VO, 1 janvier 1994, juillet-août
juv [LET .AOÛT 1994 249 3,75$ dossier n hLpHAbÉTbAT PIERRE VALLIÈR «.il ne faut pas tuer 3S Don Quichotte» 9 770849 035006 Vous l'attendiez ?Il est enfin disponible Le Quiz des femmes Vous connaissez peut-être celui-ci ?Le Mmi-quiz féministe est un jeu-questionnaire sur la contribution, individuelle ou collective, de femmes à notre société.Ce jeu paru en 1983, grâce au travail de recherche des militantes du Mouvement socialiste et à l'appui du Comité de la condition des fem- mes de la CEQ pour la production et la diffusion, a connu un succès retentissant.Les 5 000 copies ont été vendues dès les premiers mois et, chaque année depuis, la CEQ reçoit des demandes de personnes qui souhaitent se le procurer.En 1994, le Comité de la condition des femmes de la CEQ fêtera son 20e anniversaire.Pour souligner ce grand événement, nous avons fait renaître le Mini-quiz sous la forme d'un nouveau jeu : le QUIZ DES FEMMES.Nous avons modifié, rajeuni et remis à jour les questions du jeu.Les 500 questions concernant les femmes sont regroupées sous 6 thèmes : • Discrimination, justice et droits • Arts, lettres et culture •Sciences, technologie et santé •Sports, jeux et loisirs • Politique, histoire et mouvements sociaux Les questions de chacun des thèmes apparaissent sous la forme d'un jeu de cartes plastifiées.Vous pouvez jouer individuellement, en groupe, à 'école, à la maison, le nombre d'heures qu'il vous plaira, tout en améliorant vos connaissances sur des événements et des femmes remarquables.Le Quiz de femmes sera disponible au coût mi-nime de 20 $.Vous pouvez commander au Centre de documentation de la CEQ-Québec au (418) 627-8888, ou par télécopieur au (418) 627-9999.Commandez dès maintenant ! ^-VKi •Mythologie, spiritualité et religion El CEQ ÉDITORIAL 4 ENTREVUE 8 • Portrait de Pierre Vallières «Il ne faut pas tuer les Don Quichotte» Qu'arnve-t-il de Pierre Vallières9 De 66 à 72.Vallières se retrouve en prison, et dans les manchettes de tous les journaux Chef présumé du FLQ.il est successivement accusé de haute trahison puis de conspirauon séditieuse; il est condamné à mort, il est comparé à Che Guevarra et aux leaders du Black Pantner La suite est moins connue Quand on parle des chevaux de bataille de Vallières, on parle d'une impressionnante écurie Socialisme et indépendantisme dans les années 60.féminisme et contre-culture en 70s.homosexualité et santé mentale en 80s Puis, les autochtones, la Bosnie Vallières défend toutes les veuves, tous les orphelins Sans jamais changer de valeurs VIE ET CULTURE 20 • Vivre au salaire minimum • La droite culturelle n'est pas toute nue DOSSIER 24 • L'ALPHABÉTISATION en dehors de l'école En 1B94, au Canada, il y a des millions de personnes qui ne savent pas lire et écrire suffisamment pour fonctionner dans leur vie quotidienne, et participer au développement sociai technologique II se fait de l'alphabéD-satJon autant chez les sans-emploi que chez les travailleurs-ses en milieux de travail Notre dossier explore ces sujets moins connus, tels les difficultés d'existence d'un reseau alternatif en alphabétisation et le phénomène de la sous-traitance avec les commissions scolaires II jette un coup d'oeil du côté des «jeunes analphabètes» produits par le système scolaire actuel, et un regard sur l'alphabeDsauon en milieu de travail BILLET PHOTO-REPORTAGE LIRE AUX ETATS SUR LA PLANÈTE CHRONIQUE INSOLENTE EN MOUVEMENTS QUEBEC EN COULEURS 7 14 16 39 40 43 44 46 ES VO: LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE VO est un magazine d'intérêt général et un magazine alternatif d'information, de réflexion et d'enquête qui traite des conditions de vie et de travail, des luttes, de la culture et des aspirations du monde populaire VO s'inspire des différents courants émanci-pateurs II s'adresse aux militants-es, aux mtervenants-es des milieux populaires et à tous ceux et celles qui aspirent à plus de justice sociale.Fondé en 1951 à titre de revue de l'Action catholique ouvrière, VO a évolué au fil des ans pour devenir un magazine indépendant.Les articles publiés n'engagent que leur-s auteur-e-s.Conseil d'administration: Daniel Beaulieu.Guy Biron, Anne-Marie Brunelle, Sylvio Gagnon, Ginette Gaudreault, Clotilde Lemay, Monique Tremblay Comité de rédaction: Louise Boivin.Diane Brulotte, Francesca Dalio.Guillaume Dostaler, Abdelhamid Gmati, Françoise Guay, France Paradis, Pierre Viau.Collaborations régulières et membres de comités: Nicole Brais, Marie Constantineau, Guillaume Dostaler, François Gervais, Daniel Gingras, Pierre Hamel, Christine Nagl, Maryse Robert.Pierre Viau.Rédacteurs en chef: Daniel S -Legault et Jean Robitaille Coordination, promotion, publicité: Jean Robitaille Visuel, comptabilité, montage des couvertures: Daniel S.-Legault Gestion des abonnements et traitement de textes: Ginette Gaudreault.Représentation publicitaire: Caroline Maria et Denis Rioux.Mise en pages: Louise Gravel Impression: Imprimerie d'Arthabaska inc.Distribution: Messageries Benjamin Fréquence de parution: 6 numéros par an Photo couverture: P.Vallières, par Benoît Aquin Grille de tarifs d'abonnement: Individu ou groupe populaire: 20$/an ou 35$/2ans.Institutionnel: 28$/an.Soutien: 28$/an.Étudiant ou sans emploi: 14$/an.À l'étranger (par avion).individuel: 25$/an.A l'étranger (par avion), institutionnel: 33$/ an Un numéro seulement: 5.10$ (mcl frais de poste).VO est membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).Le magazine reçoit une subvention du Ministère de la Culture du Québec.Ses articles sont inscrits dans le répertoire analytique de presse Points de repère Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0849-035X Envoi de publication, enregistrement n:0220.Parution: n°249, 1"juillet1994.VO: 1212 rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 Téléphone: (514) 523-5998, télécopieur: (514) 527-3403 SoiTOBlM- JEAN-FRANÇOIS AUBIN l'éducation populaire, c'est un ensemble de pratiques (session, cours, café-rencontre, apprentissage par l'action, comites, etc.) dans plusieurs domaines (logement, solidarite internationale, jeunes, alphabétisation, défense de droits, etc.), qui visent à redonner un pouvoir personnel et collectif à des citoyens et des citoyennes souvent exclus de notre société.C'est une éducation sans scolarisation.En mai dernier, le ministère de l'Éducation (MEQJ annonçait la dissolution du programme de soutien au financement de l'éducation populaire.Du même souffle, il informait les 800 groupes financés par ce programme de leur transfert à d'autres ministères, principalement au ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS).Dans le cadre de ce transfert, seuls les groupes en alphabétisation demeureront au MEQ1.Ces mesures confirmées par Jacques Chagnon, ministre de l'Éducation, prendront effet en 1995-1996.UN CHOIX DE SOCIÉTÉ Cette annonce soulève plusieurs questions.En procédant à cet abandon de responsabilité, le MEQ tire un trait sur 27 ans de reconnaissance et d'aide financière à l'éducation non formelle, non institutionnelle.Une éducation populaire qui est appelée à jouer un rôle indispensable auprès de «.plusieurs personnes ayant un travail précaire ou tout simplement exclues du marché du travail, voire de la vie sociale», comme le mentionne le Conseil supérieur de l'éducation dans un avis récent2.Il s'agit d'un choix de société.D'autres sociétés ayant certains points de repère comparables au Québec, comme la Suéde, ont fait le choix contraire 1 Iles ont choisi de soutenir d'une façon beaucoup plus significative ce type d'éducation non institutionnelle.Mais le choix fait par le MEQ est un choix conséquent avec l'orientation du Gouvernement libéral de resserrer la formation autour d'objectifs exclusifs de scolarisation ou d'adaptation rapide de la formation de la main-d'oeuvre, tout en laissant dans l'oubli une partie importante de la population.Ce changement de cap se fait à la pièce, sans faire l'objet de débat public.SANS JETER LA PIERRE D'autre part, ces événements doivent être situés dans un contexte plus large et amener le mouvement d'éducation populaire à revoir ses stratégies.Il serait trop facile de jeter la pierre à qui que ce soit.C'est l'ensemble du mouvement PERSPECTIVES L'EDUCATION POPULAIRE: NOUS DÉFINIR D'APRÈS LES SOUS?!?d'éducation populaire qui doit avoir l'honnêteté et la lucidité de se poser les questions nécessaires, même si elles risquent de remettre en question nos pratiques et nos orientations.Ce n'est pas par rapport à l'État, mais par rapport aux besoins des milieux que doivent se définir les organismes d'éducation populaire.N'est-il pas symptomatique qu'il existe deux organisations provinciales (le Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MEPACQ.) et la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles MSSSl pour regrouper les différents groupes communautaires?Et que ce qui différencie ces deux organisations, ce soit principalement le bailleurs de fonds auquel elles s'adressent (MSSS ou MEQ}?Le mouvement d'éducation populaire a-t-il trop concentré ses énergies à la défense de programmes de financement en délaissant quelque peu les enjeux sociaux?Certains organismes n'ont-ils pas mis au rancart la dimension «éducation populaire ■ au profit de la dimension «service direct à la population-, parce que le financement y est plus facile à trouver'?Cela vaut au moins la peine que l'on se pose ou se repose ces questions.Le 14 juin, le ministre de l'Éducation confirmait une nouvelle coupure de 10% pour l'ensemble des groupes d'éducation populaire PHOTO DANEL LH3AULT D'un ministre à l'autre, quand vient le temps de financer l'éducation populaire, le gouvernement se fait prier.Et si on réorientait nos énergies à regrouper toutes les forces vives qui croient en une éducation populaire permettant à des citoyens-nes de milieux défavorisés d'avoir la possibilité d'exercer collectivement un pouvoir dans la société?Une éducation qui permet également à des gens de devenir critiques, de mieux comprendre les mécanismes de notre société, et de chercher avec d'autres à la transformer.Si l'éducation populaire est l'élément majeur, l'élément commun qui peut caractériser l'action communautaire autonome, cela ne doit-il pas se refléter dans les structures organisation-nelles?Est-ce que le mouvement d'éducation populaire peut augmenter son unité et son rapport de force en étant regroupé à l'intérieur d'une seule structure provinciale?Cette structure pourrait regrouper, dans un esprit de souplesse et d'autonomie, tous les organismes qui font de l'éducation populaire, indépendamment de leurs sources de financement.Le MÉPACQ, la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles MSSS, les différents organismes et fédérations nationales (ACEF, FRAPRU, RGPAQ, etc.) sont des acteurs privilégiés pour entreprendre des discussions exploratoires à ce sujet.La tendance à se définir par rapport à un bailleur de fonds, surtout inconsciente, freine l'efficacité.JJTj 1 Mais ils seront sous la responsabilité du service d'alphabétisation des commissions scolaires, ce qui laisse supposer davantage de luttes à mener pour préserver leur autonomie.2 Conseil supérieur de l'éducation, l'ro un modèle Je fhniWTWHt en édueation des adultes.Avis au ministre de l'Education.Québec, 1994.3 Entre 1985 et 1994, le budget du MSSS, qui finance des services d'abord et avant tout, pour les organismes communautaires, est passe de 24.4 millions $ à 94 millions $.Dans la même période, le budget au MEQ pour ces organismes a à peine augmenté, passant de 7,9 millions $ à 9.3 millions S.LE Ne manquez pas dans le prochain numéro.Septembre-octobre 1994, le 250e n de V0 ! M^DEVlEOUVRlÈRE ENTREVUE MICHAËLLE JEAN, JOURNALISTE Permettre à l'autre d'exister DOSSIER: Le scandale de la privatisation de l'amiante m 05 o o < 01 o > 1 Cl a 3 o < Qui, sinon l'État, peut assurer la solidarité sociale, lutter contre les inégalités et favoriser 1 épanouissement de l'ensemble des citoyennes et citoyens du Québec ?Pour ce faire, l'État doit pouvoir compter sur une fonction publique forte, impartiale et centrée sur les besoins de la population.SOLIDAIRES POUR LA RELANCE SOCIALE.3 a OJ o > Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec * llLLET Marie, ex-danseuse «topless- sur l'aide sociale, en sevrage d'héroïne, relevant d'une récente fausse-couche, trois enfants, tous placés dans des familles d'accueil, se cherche un logement, parce qu'elle n'en peut plus de vivre avec son chum qui est toujours saoul et parfois violent.Marie s'est rendue au bureau de l'Association des locataires, ayant appris leur existence à l'aide d'un tract distribué dans le quartier, dans le cadre d'une campagne contre la discrimination dans le logement.Elle était allée visiter un logement dans une coop d'habitation.Le logement lui plaît et elle a les moyens de se le payer.La personne qui le lui fait visita lui donne l'impression qu'il n'y aura pas de problème, lui fait remplir un long formulaire d'inscription et lui dit de rappeler le surlendemain.Ce qu'elle fait, pour se faire répondre qu 'elle n 'est pas acceptée.Pour Marie, se trouver un logement où elle se sentira en sécurité et en stabilité est essentiel à sa prise en charge et a l'amélioration de ses conditions de vie des plus difficiles.Mais pour la coop, Marie représente un potentiel de problèmes trop éle\:é.Le droit de Marie à un logement adéquat est hypothéqué par le bon vouloir d'un éventuel propriétaire.La loi interdit a un propriétaire de refuser de louer un logement pour des motifs discriminatoires, comme l'origine ethnique, la condition sociale, l'âge, l'orientation sexuelle, etc., selon l'article 10 de la I harte des droits et libertés.Mais la liste des motifs ne comprend pas une ex-junkie qui risque de -retomber- a tout moment a cause de sa situation économique et affective.«SE TROUVER U\ LOGEMENT» Quels sont les recours de Marie?Fa time de discrimination n'est pas une 25 ANS D'EXPÉRIENCE ÇA COMPTE pvssii 9.ft'4ôl l8,yw,65 SOI IX.0,01 0,00 ACIII 18,828,14 mshi 18,828,14 i2,79.i,m 12,798,85 Gosselin -^Associés COMPTAMES ACiRI IS I4IS.RUEJARRYEST.BI Kl U 420.MONTRÉAL (Ql ÊBEOH2E IA7 TI:.l.l:.l'HONL::l.M4>.17MOT0 ire la preuve d'avoir été vie-mince tâche, et implique des démarches judiciaires.Le problème de Marie demande une solution a court terme.Elle ne veut même pas entendre parler d'un centre d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, à court terme ou en cas d'urgence, tellement elle est obsédée par son désir de -se trouver un autre logement-.Que peut-on lui offrir à l'Association des locataires?Une assistante et un suivi dans des démarches qui demandent du temps.Marie n'a plus le temps.NOUS sommes a la fin juin et elle veut un logement / Avis aux propriétaires La discrimination est illégale.Se loger est un droit pour tout le monde.ir»dr fbMK.ll x mimm M- |W "UH'tM'tll 1 \.t r» n|iii|ti- « Nlrnl hr» !*•- 1 i±i U* itt- .1 ImM-r j kl 11.lu f 1 !>■ 1 il» U ilr«* riFiMiul»*! 1 •mlrt fc-> 1 (•■ ,«1.111 ! -.I.his l< » ih^ukUmi" 14111 1 ri 1 tiv.f mu justes et qui ne craindront pas d'engager quelqu'un qui a défendu ses droits.» On doit pourtant être sur ses gardes.Dans certains secteurs, comme la restauration par exemple, tout le monde se connaît.Il n'est pas impossible qu'il y ait des représailles.LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ Chaque année, Au bas de l'échelle organise, avec d'autres groupes membres du Front de défense des non-syndiqué-e-s, une campagne visant l'augmentation du salaire minimum.Et chaque année, malgré des victoires partielles, ils se heurtent au même argument.Si on augmente le salaire minimum, on risque d'engendrer des faillites d'entreprises et une baisse de l'offre d'emploi.Ghyslaine Paquin réfute cette affirmation: »Le taux de chômage, calculé par Statistique Canada, ne tient pas compte de ceux et celles qui se sont découragés, qui n'ont pas cherché d'emploi au cours des quatre dernières semaines.Il est possible que la hausse du taux de chômage qu'on enregistre avec l'augmentation du salaire minimum soit due au fait que plus de gens se cherchent activement un travail.- Une étude récente, réalisée par deux économistes, MM.David Card et Alan Krueger, lui donne raison.La hausse du salaire minimum dans l'État du New Jersey, alors en pleine récession, a eu pour effet d'augmenter le nombre de travailleurs-ses dans le secteur de la restauration rapide.Selon M.Card, ces établissements n'arriveraient pas à engager tout le personnel dont ils ont besoin quand les salaires sont trop bas.Une autre enquête a été réalisée en 1988 par la Commission des normes du travail auprès des établissements qui engagent une main-d'oeuvre au salaire minimum.Elle révèle que 62% de ces employeurs estiment qu'une augmentation du salaire minimum ne change- PHOTO YVES PROVENOER.AGENCE CHRONOPRESSE rait rien à leur mode de fonctionnement.Seulement 1496 affirment qu'ils seraient obligés de procéder à une réduction du temps de travail.Et quand on pose la question aux bas salariés-es, la réponse est presque unanime.En effet, 93,2% d'entre eux-elles aimeraient que le salaire minimum soit rajusté annuellement.Quant aux 6,8% qui ne l'expriment pas, l'enquête ne donne pas leurs raisons.^tA 1 Communément appelé seuil de pauvreté.ENTRETIEN AVEC JACQUES PELLETIER: LA DROITE CULTURELLE N'EST PAS TOUTE NUE! ABDELHAMID GMATI Notes de Jacques Pelletier durant l'entretien.fOu/lr d^ Lima a nJ, .■ L| auteur est quelque peu réduc-I teur dans son traitement de la ••Culture- dont il ne retient que la seule littérature et une vague évocation de quelques oeuvres cinématographiques, oubliant ainsi tous les autres modes d'expression.En entrevue, Pelletier reconnaît que, bien sûr, -la culture est plus riche» et que le «théâtre, par exemple, est un des secteurs culturels les plus dynamiques depuis les années 70.En fait, j'ai réagi à un courant qui était très important depuis quelques années sur le plan médiatique, j'ai voulu discuter les positions de ce courant-la qui est incarné par les intellectuels - essentiellement des écrivains.Mais c'est vrai qu'il y a l'équivalent de ça à d'autres niveaux: je pense à Denys Arcand, dont certains propos récents, concernant la culture d'ici, reflètent une attitude un peu dédaigneuse rejoignant les positions de Larose.Si on prenait d'autres domaines de la culture, je pense qu'on pourrait trouver l'équivalent de ce courant.• DE BIEN VIEUX HABITS -L'impression que j'ai est que la défaite référendaire de 80 a créé une sorte de déception dans la culture de gauche, au moins au sens large du terme, y compris chez ceux qui n'éprouvaient pas un enthousiasme particulier pour le PQ.Après cela, il y avait des problèmes économiques importants qui ont curieusement amené le syndicalisme québécois à transformer ses pratiques, a tout le moins son discours, en moins combatif, en plus de concertation.Les gens de Liberté, qui s'occupaient essentiellement de littérature dans les années 70, se sont mis à publier, à partir des années 80, des essais sur des questions d'intérêt culturel plus large.Leur position est très sceptique, très désenchantée.On a l'impression que ça va mal et que la société québécoise n'évolue pas dans le sens qu'ils auraient souhaité.Et là apparaît une espèce de nostalgie de forme plus classique de la culture, entre autres, à travers la valorisation du cours classique et il y a aussi la valorisation de ce que Ricard appelle parfois "le relais européen" (le relais européen veut dire le relais français).Il y a une sorte de prise de distance par rapport à la culture qui se fait ici.Et c'est curieux parce que dans les années 70, ces gens-là étaient proches de ce qui se faisait ici.Là tout à coup, ils sont un peu distants; ils ont une attitude un peu méprisante par rapport à la culture qui se fait ici dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.D'une certaine manière, leur position n'est pas nouvelle sauf que, dans les années 70, ce courant-là était marginal, par rapport à l'ensemble de la culture de l'époque.La gauche étant tombée, on voit ce courant sembler correspondre à quelque chose.C'est pour ça que je trouve cela intéressant à l'intérieur d'un débat entre intellectuels ayant des positions différentes.Pour moi, ce sont des adversaires d'il y a 20 ans.» DEUX BOUTS DE CHAÎNE Y a-t-il une «droite»' et une «gauche- en matière culturelle?Cela renvoie-t-il aux mêmes concepts socio-politiques?Jacques Pelletier, qui n'a pas abordé la question dans son livre, opère la distinction -sur la base de sa conception de la littérature», son domaine, tout en précisant que pour les autres secteurs, ce serait un peu la même chose.-J'opère la distinction, un peu, en reprenant le rapport entre éthique et esthétique.La conception de "gauche" fait primer la variable éthique sur la variable esthétique.«En même temps, la question est piégée, parce que si on dit "c'est l'éthique qui prime", cela peut vouloir dire qu'une oeuvre qui n'est pas très intéressante sur le plan esthétique deviendrait, tout à coup, valorisée.C'est pour ça qu'il faut tenir les deux bouts de la chaîne (je pense que ça vaut aussi pour les arts plastiques, le théâtre, le cinéma).Il faut être assez nuancé dans ces questions-là.Les gens dont je discute les positions ont une conception assez fermée: s'il y a un propos d'ordre un peu moral, ou social, ils vont dire "c'est de la littérature de propagande.c'est du catéchisme, c'est pas intéressant ".Ils ont une conception de l'art et de la culture comme d'une sphère assez fermée.» Pelletier se réclame de gauche et à ceux qui lui reprochent de n'apporter que des idées connues, il répond qu'il n'a pas changé d'idée et qu'il y reste fidèle.Contrairement au milieu culturel où les gens changent souvent d'idées très facilement, pour des raisons sérieuses, mais aussi par des phénomènes de mode.Et il émet des réserves quant aux courants actuels, une sorte de -transculture» dans laquelle il ne se retrouve pas.LES ÉTATS UNISPHILES Pelletier aborde un autre courant culturel (qu'il aurait aimé traiter dans un autre chapitre de son livre - peut-être dans une deuxième édition), celui de la culture «à l'américaine», «représenté par des gens plus jeunes, qui fait une place plus importante, à la télévision, au cinéma, au vidéo-clip, à la musique populaire, une culture centrée sur le court-terme, sur l'instant, le spectacle.C'est un courant avec lequel je suis aussi en désaccord, en partie pour les mêmes raisons, parce que ce sont des gens qui ne mettent pas en question l'ordre du monde actuel.Je dirais même que, sur le plan politique, les Roy, Martineau, sont aussi conservateurs, sinon plus que ceux dont je discute les positions dans le livre.Mais en même temps que je m'oppose à cela, je me dis qu'il faut faire attention de ne pas rendre le fossé entre les deux types de culture encore plus large qu'il ne l'est.» En définitive, l'auteur, s'il avait à refaire son livre, reprendrait les mêmes questions de fond, mais il en développerait d'autres comme celle du réseau supportant ce courant-là, ce qui n'était pas son objectif principal, ou comme le courant de la culture «à l'américaine-, ou encore ce qu'il n'a fait qu'esquisser concernant le référendum, les conséquences de l'échec, la décomposition de la gauche et de la culture de gauche.M.us cela, c'est un autre livre.O) 01 o < en -a- (M o > I E EN DEHORS DE L'ÉCOLE n 1994, au Canada, il y a des millions de personnes qui ne savent pas lire et écrire suffisamment pour fonctionner dans leur vie quotidienne, et participer au développement social technologique.Et scolarité ne rime pas avec alphabétisation.L'analphabétisme est marginalisé, et «invisibilité»! On croise tous les jours des personnes analphabètes.Mais s'en aperçoit-on?Il se fait de l'alphabétisation autant chez les sans-emploi que chez les travailleurs-ses en milieux de travail.Notre dossier explore ces sujets moins connus, tels les difficultés d'existence d'un réseau alternatif en alphabetisation et le phénomène de la sous-traitance avec les commissions scolaires.il jette un coup d'oeil du côté des «jeunes analphabètes» produits par le système scolaire actuel et un regard sur l'alphabetisation en milieu de travail.UN DOSSIER COORDONNE PAR JEAN FRANÇOIS AUBIN ET DANIEL S.LECAULT UN RESEAU ALTERNATIF EN ALPHABÉTISATION: Y AT IL UNE PLACE AU QUÉBEC?]EAN-FRANÇOIS AUBIN «Nous sommes en 1994 après Jésus-Christ.Tout le Québec est occupe EN ALPHABÉTISATION PAR LES COMMISSIONS SCOLAIRES.TOUT?Non! Un RÉSEAU alternatif peuplé de croupes populaires résiste encore et toujours a l'envahisseur.Et la vie n'est pas facile pour les garnisons de politiciens et de fonctionnaires des camps retranches du ministère de l'éducation.» LE DEVELOPPEMENT D'UN RÉSEAU u cours des années 1966-1967, naissent à Pointe Saint-Charles et à Saint-Henri - deux quartiers parmi les plus pauvres de Montréal -les premières expériences d'alphabétisation populaire.Ces expériences sont inspirées des pratiques de conscientisation de l'éducateur brésilien Paulo Freire1.C'est donc plus de 25 ans d'expertise que possède le réseau des groupes populaires en alphabétisation.Ces groupes - ils sont une centaine actuellement - se sont développés à l'image des milieux où ils s'insèrent.LES DIFFÉRENTES PRATIQUES Presque toutes les commissions scolaires offrent actuellement des activités DEUX RESEAUX D'ALPHA: COMMISSIONS SCOLAIRES ET GROUPES POPULAIRES PHOTO JEAN-FRANÇOIS AUBIN MARIE-JOSEE BOUCHER Les deux réseaux offrant des cours d'alphabétisation (commissions scolaires ET CROUPES POPULAIRES) SE PARTAGENT UNE PART TRÈS INEGALE DU GÂTEAU DES FONDS PUBLICS.elon Gilles Landry, du groupe d'alphabétisation Lettres en main, l'alphabétisation a véritablement connu son essor dans le foisonnement des groupes populaires mis sur pied au cours des années 80.Plus axés sur les besoins des étudiants-es fréquentant les groupes, ils ont rapidement gagné leurs lettres de noblesse.M.Landry rappelle même que l'organisation de l'UNESCO (section Canada) avait choisi le réseau des groupes populaires à titre de référence au plan de l'alphabétisation.Devant cet état de fait, les commissions scolaires ont dû rajuster leur tir et ont alors créé leur propre programme d'alphabétisation commu- nautaire comprenant un «Guide de formation sur mesure en alphabétisation-.Le ministère de l'Éducation, soucieux de prouver sa bonne volonté à ce chapitre, a augmenté son budget au cours des années, mais toujours en privilégiant son réseau public de commissions scolaires au détriment des groupes populaires.UN CHOIX DE SOCIETE Les budgets sont déséquilibres: en 93-94, les commissions scolaires ont reçu 74,3 millions $ pour leurs activités d'alphabétisation; les groupes populaires ont reçu 2,5 millions $.Gilles Landry rapporte qu'en 1984, Lettre eu main jouissait d'une subvention de 47 000$.Dix ans plus tard, le groupe en reçoit 49 000$, alors que les com- «C'est un choix de société que le Gouvernement semble avoir fait.Il croit que l'alphabétisation n'est pas source de création d'emplois.Le Ministère va faciliter le rattrapage scolaire des élèves du cycle secondaire et serrer la vis davantage en alphabétisation.» d'alphabétisation.Y a-t-il lieu de financer un autre réseau que celui-là?Au gouvernement du Québec, plusieurs politi-ciens-nes et fonctionnaires pensent que non.D'ailleurs ces groupes sont maintenus dans une pauvreté indécente.■•< hB a fait le choix au Québec de soutenir le développement de l'alphabétisation dans l'appareil scolaire plutôt que dans la société.(.) Une telle orientation a marginalisé le mouvement d'éducation populaire-, affirme Jean-Paul Hautecoeur2, chercheur en alphabétisation.Au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation (RGPAQ), on pense que non seulement il y a une place pour un réseau alternatif, mais que ce réseau doit obtenir un soutien financier accru de la part de l'État québécois.Ils comparent la situation au domaine de la santé, où le développement d'un réseau alternatif (médecine douce, santé mentale, sage-femme, etc.) a permis l'éclosion de pratiques novatrices et, par conséquent, de faire minima-lement évoluer les pratiques du réseau institutionnel.Le réseau alternatif en alphabétisation, c'est comme l'oxygène du mouvement d'alphabétisation au Québec, affirment-ils.C'est souvent le seul lieu où l'on prend le temps de réfléchir sur les causes de l'analphabétisme, où l'on dit •non» à l'exclusion de personnes qui sont moins performantes académiquement parlant, où l'on considère les personnes pour ce qu'elles sont, et non pour le problème qu'elles ont.cr Paulo Freire, Pédagogie des opprimés.Librairie François Maspero, Pans.1974.Jean-Paul Hautecoeur, Alpha 90 - Recherches en alphabétisation, Québec, 1990, p.131.=-:_: ;:='.-=: Dans les commissions scolaire, les taux d'abandon sont assez alarmants, de 50% à 60%.Dans les groupes, on compte 7% d'abandon! missions scolaires voyaient leur budget augmenter de 400% sur la même période! Comment justifier que l'écart soit si grand entre les fonds accordés aux commissions scolaires et ceux accordés aux groupes populaires?«C'est un choix de société que le Gouvernement semble avoir fait.11 croit que l'alphabétisation n'est pas source de création d'emplois.Le Ministère va faciliter le rattrapage scolaire des élèves du cycle secondaire et serrer la vis davantage en alphabétisation-, rapporte Raymond Pilon, responsable de l'alphabétisation à la CECM.À ce titre, on peut déjà donner comme exemple le nouveau cadre régissant la mesure «rattrapage scolaire -du ministère de la Sécurité du revenu, qui fera passer de 33 000 à 20 000 le nombre de personnes admissibles à ce programme.DES RESEAUX DIFFÉRENTS En principe, les deux réseaux visent le même public, le public peu scolarisé québécois d'origine et immigrant.Aucun cours de ces réseaux ne mène à un diplôme.Les groupes d'alphabétisation offrent leur formation à temps partiel, alors que les commissions scolaires l'offrent à temps plein et à temps partiel.En pratique cependant, les groupes d'alphabétisation populaires reçoivent beaucoup plus de Québécois-es d'origine que l,i ( h M, dont la population rejointe est à 49% d'origine haïtienne.Les groupes d'alphabétisation reçoivent aussi les personnes qui, une fois atteints les 2 000 heures de formation à la commission scolaire, sans être alphabétisées, sont éjectées du système scolaire.Dans les commissions scolaire, les taux d'abandon sont assez alarmants, de 50%> à 60%.Dans les groupes, on compte 7% d'abandon.• Quand l'élève abandonne à Lit liimigoine, c'est ou bien parce qu'il est malade, ou qu'il a trouvé un emploi», souligne Joanne Bouffard.t — Évolution des budgets pour l'alpha, entre les commissions scolaires et les groupes populaires.• Plusieurs adultes analphabètes confirment que leurs parents avaient aussi des difficultés à lire et à écrire.[J.-F.A.] • 80% de l'alphabétisation se fait en français au Québec.Il se fait aussi de l'alphabétisation en anglais, en créole, en espagnol, en portugais et en langues amérindiennes.[J.-F.A.] • En 1800, le fait de savoir écrire son nom était suffisant pour être considéré-e comme alphabé-tisé-e.[J.-F.A.] • Selon Statistique Canada, 30% des adultes canadiens-nes qui ont terminé leurs études secondaires ont de la difficulté à lire et 36% d'entre eux-elles sont incapables d'exécuter une série simple d'opérations numériques.[J.-F.A.] > 1 y a eu bien des guerres verbales et verbeuses sur la notion d'analphabétisme1.Jusqu'à ce qu'en 1989, Statistique Canada entreprenne une vaste enquête dont les résultats font aujourd'hui autorité.L'Enquête sur les capacités de lecture et d'écriture utilisées quotidiennement classe la population canadienne âgée de 16 à 69 ans en quatre catégories: Le niveau 1 regroupe les personnes qui ont de la difficulté à utiliser du matériel écrit et sont les plus susceptibles de déclarer ne pas être capables de lire.Dans cette catégorie (qu'on assimilait autrefois à l'analphabétisme total), se retrouvent 6% des adultes québécois-es.Le niveau 2 regroupe les personnes qui ne sont capables d'utiliser du matériel écrit que pour accomplir des tâches élémentaires comme re- L'ANALPHABETISME DES CHIFFRES ET DES MOTS pérer un mot familier dans un texte simple.Dans cette catégorie, se retrouvent 13% des adultes québécois-es2.Le niveau 3 regroupe les personnes qui peuvent utiliser du matériel de lecture dans un certain nombre de situations à condition que ce matériel soit clair et que les tâ- MARTINE D'AMOURS ches à accomplir soient simples.Dans cette catégorie, se retrouvent 25% des adultes québécois-es.Le niveau 4, enfin, regroupe les personnes capables de satisfaire à la plupart des exigences de lecture courantes.Dans ce groupe, qui fait preuve de beaucoup de polyvalence dans ses capacités de lecture, se retrouvent 57% des adultes québécois-es.J^T, 1 Au Canada et au Québec, on utilise, règle générale, l'expression 'analphabète-.Dans certains pays d'Europe, on choisira plutôt le mot "illettré».2 Grosso modo, les niveaux 2 et 3 correspondent à ceux-cel-les qu'on désigne comme analphabètes fonctionnelles».«La multiplication de* jargons et l'accroissement de la place occupée par l'écrit devraient nous amener à questionner les pratiques établies.Se pourrait-il que nos façons d'utiliser l'écrit le rendent étranger à une partie importante de la population, et que cela fasse partie des causes mêmes de l'analphabétisme?» Andrée Boucher, Une société sans barrières, Forum organisé par le RGPAQ, l'ICEA.la CEQ, 1990, 36 p.PATRICK, 13 ANS, ANALPHABETE MARTINE DUPONT Les nouveaux analphabètes sont jeunes, et viennent en grande partie de l'échec du réseau scolaire, ou ils étaient souvent, dès le primaire, en difficultés.AFARE, VATEU, GEVU.Pour Patrick, 13 ans, ces mots qu'il a écrits signifient TRAVAIL, VENDEUSE et CHEVEU.En ce qui concerne la lecture?Patrick est incapable de lire des mots à syllabes simples tels que CAFÉ, ÉPICERIE, LÉGUME.N'allez surtout pas tirer des conclusions trop hâtives, Patrick n'est pas un déficient.Selon les normes de notre système d'éducation québécois, il porte l'étiquette TCC (troubles de comportement et de conduite) mais pour le reste, il est tout ce qu'il y a de plus normal.En janvier 1994, la psycho-éducatrice d'une polyvalente de la Rive-Sud contactait, de sa propre initiative, le groupe d'alpha La Boite à lettres1 pour parler de Patrick.Elle était à la recherche de ressources extérieures pour aider ce jeune.Elle a expliqué que le matériel scolaire dont disposait la polyvalente de Patrick, n'était pas adapté pour lui.Il doit, par exemple, travailler avec des fascicules, alors qu'il ne sait ni lire, ni écrire.Elle a aussi mentionné que même la classe de Patrick était inadéquate.Alors, que fait un-e adolescent-e qui ne sait ni lire 33% des personnes inscrites en alphabétisation ont moins de 30 ans.[J.-F.A] REACTION DE PERSONNES ANALPHABÈTES LES PRINCIPALES INTÉRESSÉES )EAN-FRANÇOIS AUBIN «A L'ÉCOLE, ON A ÉTÉ MIS A PART.CELA MANQUAIT DE JUSTICE.L.E PROFESSEUR AVAIT SES ELEVES PRÉFÉRÉS.(.) NOUS ÉTIONS LAISSÉS À NOUS-MEMES ET IGNORÉS PAR LE PROFESSEUR.On A REDOUBLE.L'ÉCOLE, POUR NOUS, A ETE UNE EXPERIENCE DESASTREUSE.On EN A RETIRE un sentiment de frustration et d'échec total.» Voici le constat fait par un croupe d'apprenants-es en alphabetisaTION DE Saint-)ean-sur-Richelieu.n effet, lorsqu'on prend la peine d'écouter les personnes analphabètes, on s'aperçoit rapidement de toute la charge négative associée à l'école.«Ce n'est pas tout le monde qui veux retourner étudier dans des écoles.Il y en a qui ont des mauvais souvenirs de l'école, et puis dans une école, l'atmosphère est froide, c'est bien plus chaleureux et amical dans un centre populaire.», de dire René Ouellet.D'autres se sont retrouvés-es dans un groupe populaire, parce que les commissions scolaires appliquent une limite de 2 000 heures pour s'alphabétiser.C'est ce qui est arrivé à Fleurette, une apprenante d'un groupe de Montréal.•Ils m'ont mise dehors parce que j'avais fait 2 000 heures (de formation).Ils m'ont mise à la porte! ■ L'alphabétisation populaire est plus personnalisée.-Nous avons senti une atmosphère plus détendue et sympathique, car nous étions un petit groupe.C'est plus facile, car nous avons beaucoup plus d'explications.C'est pourquoi nous comprenons plus facilement.(.) On a facilement le droit de parole et nous nous sentons respectés dans nos opinions», explique Marcel Séguin.Le fait de pouvoir apprendre à son rythme est une différence fondamentale.Les participants-es aux ateliers d'alpha apprécient que l'on ne s'en tienne pas de façon restrictive à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.Pis des fois on fait pas toujours.de l'écriture.On parle d'aut' choses, de qu'est-ce qui s' passe dans d'aut' pays pis tout', qu'est-ce qui s' passe ici aussi au Québec.C'est pas simplement une école pour apprendre à écrire pis à lire: c'est pour ça que j'aime ben ça», nous dit Jean, un participant de Québec.Et comme l'explique bien Alain Lessard, également de Québec, ce n'est pas parce que les gens ne savent pas lire et écrire ou qu'ils ont de la misère avec ça qu'ils ne sont pas intelligents.» 17 Un-e jeune sur sept est analphabète fonctionnelle (de nivesu 2).[J.-F.A.] ni écrire dans une classe où il n'a qu'à tendre légèrement le bras pour toucher son voisin?La réponse est simple: il dérange ou bien il se fait déranger.Dans le cas de Patrick, c'est la première partie de cette réponse qu'il faut retenir.La situation était rendue à un point tel que le directeur de la polyvalente a pensé à intégrer le jeune à une classe de déficients-es.À DANS 3 ANS Le 10 janvier 1994, la psycho-éducatrice est allée rencontrer les responsables de Lu Boite à lettres avec Patrick.Après l'avoir évalué et constaté ses carences, ils ont décidé de prendre en charge l'adolescent.Le groupe d'alpha voulait que ses services soient intégrés au système scolaire: le principe de l'école obligatoire jusqu'à 16 ans était considéré essentiel, et il était important que Patrick demeure avec des jeunes de son âge.La direction de la polyvalente a refusé.Au secondaire, les jeunes ne sont-ils pas supposés être alphabétisés?Comme la psycho-éducatrice le mentionnait, Patrick n'est pas le seul de sa classe dans cette situation2.Aujourd'hui, il est toujours dans la même classe et ses apprentissages sont toujours nuls et le resteront tout au cours de ses études secondaires.Un jour, Patrick ira cogner à la porte de Lit Boite à lettres.Dans trois ans, quatre peut-être.À ce moment, Patrick viendra rejoindre les jeunes analphabètes qui, comme lui.ans sur les bancs d' ont passé plus de 10 d'école.^»j l ,1 Hé/fi- i lettres de Longueuil est un groupe populaire en alphabétisation qui travaille depuis plus de dix ans auprès de jeunes analphabètes âgés-es de 16 à 30 ans.Dis la troisième année de l'école primaire, plus de 10".des élèves éprouvent des difficultés qui se traduisent par un retard d'un an ou plus.A l'entrée du cours ^e condaire, la proportion grimpe à 22%.• En 1991, au moins 160 personnes inscrites en alphabétisation possédaient un diplôme de secondaire V![J.-F.A.] ET DANS LE PEU QU'IL RESTE AUX GROUPES AUTONOMES.MARIO RAYMOND Certaines commissions scolaires pigent dans les budgets alloués aux groupes d'alphabétisation.CD ai a o a ru En 1993-1994, le ministère de l'Éducation aura financé 93 groupes d'alphabétisation au Québec à l'aide d'un budget de 2,5 millions J.Paradoxalement, ce programme, voué à l'alphabétisation populaire autonome (PSAPA) et qui ne donne en moyenne que 22 000$ à chaque groupe accrédité, aura aussi servi à financer indirectement les activités d'alphabétisation de certaines commissions scolaires.Ces commissions scolaires ont mis sur pied des comités bénévoles sensibles à la cause de l'alphabétisation.Ces comités ont un mandat de sensibilisation du milieu et de recrutement de personnes analphabètes pour alimenter les classes d'alpha de la commission scolaire.Jusqu'en 1988, le financement de ces «comités locaux» est assuré par le biais de programmes de développement de l'employabilité du Gouvernement fédéral (PDE, Article 25, etc.).Par la suite, ces groupes vont obtenir leur propre accréditation au ministère de l'Éducation, même si «le programme exclut, aux fins de financement, les activités d'un organisme PHOTO BERNARO JEav dont le mandat en alphabétisation se limite à l'étape de la sensibilisation-information-recrutement»1.LA POSITION DU MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION Au ministère de l'Éducation, on se dit conscient de ce phénomène que l'on juge, par ailleurs, marginal.On affirme que des groupes dont l'intervention se limiterait aux seuls aspects sensibilisation et recrutement pour le compte des commissions scolaires ne devraient pas être financés au PSAPA, mais plutôt par les budgets finançant l'éducation populaire autonome.Il est difficile d'évaluer le nombre de ces organismes accrédités qui ne correspondent pas aux critères du programme.Mais le phénomène est loin d'être marginal: en Montérégie, il s'agit d'un groupe sur deux.iL«j 1 MEQ, Programme de soutien à l'alphabétisation populaire autonome, 1993-1994, p.16. LA SOUS-TRAITANCE EN ALPHA: LE MARIAGE DIFFICILE ENTRE COMMISSIONS SCOLAIRES ET CROUPES POPULAIRES MARIE-JOSÉE BOUCHER Pour élargir leur clientèle, les commissions scolaires font de la sous-traitance EN EMBAUCHANT, A CONTRAT, DES FORMATEURS-RICES ISSUS-ES DES CROUPES POPULAIRES.UNE SOUS-TRAITANCE QUI FAIT QUELQUES PROBLÈMES! epuis trois ans, Joanne Bouffard est gestionnaire au groupe La Jamigolne rue Saint-Denis.«Conclure une première entente de service avec la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) en 1992 a permis au groupe de garder en poste Élise, une des meilleures formatrices de La Jamigoine.Mais l'entente avec la CECM a aussi ses mauvais côtés: seuls la formation et le travail de préparation des cours sont financés.Il ne reste alors plus de temps pour la gestion interne du groupe.» Lors de l'embauche d'un prof d'alpha, la CECM fournit le salaire de l'ensei-gnant-e incluant les coûts du matériel.A La famigotne et i l étires en main, on affirme que les sommes allouées pour les besoins matériels, par la commission scolaire aux groupes pop, sont négligeables.Et où vont les tonds liés à la ressource de soutien?La commission scolaire en conserve-t-elle une partie pour ses propres infrastructures?-Il n'y a pas d'excédent au plan de la formation», déclare Jean-Claude Drouin, directeur du centre créé par la CECM pour développer l'alphabétisation.Mais pas moyen d'obtenir de chiffres appuyant cette affirmation.Pour sa part, Gilles Landry affirme que la CECM fait des profits importants par le biais de la relation de sous-traitance avec les groupes populaires.LES QUALIFICATIONS DIFFÈRENT.Actuellement, une cinquantaine de pro-fesseurs-es payés par la CECM font de l'alphabétisation dans les groupes populaires 1 i I l [ \\ peut embaucher un-e enseignant-e issu-e d'un groupe populaire sur la base de sa compétence plutôt que sur son ancienneté, et ce, en accord avec la partie syndicale.Par contre, depuis le 1er juillet 93 et en \ ertu de-ft Loi 107, un-e professeur-e d'alphabétisation embauché-e par une L'HUMAIN, LE MATERIEL, LE SOUTIEN Au plan de la répartition des coûts, le transfert des fonds du MEQ aux commissions scolaires se fonde sur trois barèmes: la ressource humaine (l'enseignant-e à qui incombe la charge de cours), la ressource matérielle (les besoins qui découlent de la tenue du cours, tels que papeterie, livres, crayons) et la ressource de soutien (tous les frais d'exploitation liés aux cours, soit les frais d'administration, d'entretien, etc.).Les groupes d'alphabétisation reçoivent plutôt une subvention globale du MEQ, mais, pour compléter leur budget, plusieurs doivent avoir recours aux ententes avec leurs commissions scolaires.commission scolaire doit détenir son baccalauréat en éducation, ce que le MEQ n'exige pas pour les groupes d'alphabétisation qu'il finance directement.Les enseignants-es déjà à l'emploi d'une commission scolaire et ne correspondant pas à ces exigences sont te-nus-es d'aller compléter leur formation, et cette règle s'applique pour ceux et celles qui sont en relation de sous-traitance avec la commission scolaire.LE RESPECT MUTUEL EXISTE.Entre les deux réseaux cependant, il ne faudrait pas croire que les relations sont aussi tendues partout au Québec Bien qu'il n'y ait pas de situation idéale, certaines commissions scolaires, dont celle de Sherbrooke notamment, entretiennent avec les groupes populaires d'alphabétisation des liens basés sur le respect mutuel et la reconnaissance de la spécificité du travail accompli par les groupes.Les groupes populaires croient en la nécessité d'une politique globale en alphabétisation qui permettrait d'éviter le recours aux pratiques de sous-traitance a\ ec les commissions scolaires.i!S A L P H A EN MILIEU DE TRAVAIL MARTINE D'AMOURS PHOTOS: DENIS RIOUX Que font syndicat et patronat quand vient le temps d'alphabétiser des travailleurs-ses?l s'agit de situations expérimentées le plus souvent dans de crosses entreprises, et là où le travail manuel est omniprésent.Quelques expériences.", rr% hez Air Liquide, avant l'introduction des changements technologiques, un-e opéra-teur-rice à l'emballage pouvait se débrouiller sans grandes connaissances en lecture et en calcul.Tout au plus, devait-il-elle savoir compter le nombre de palettes et appareiller deux étiquettes indiquant les numéros de lots.Mais l'ordinateur est venu chambarder tout cela.Dorénavant, les machines s'ajustent aux spécifications que l'opé-rateur-rice a entrées sur ordinateur.S'il-elle se trompe en indiquant les numéros de lots, les électrodes aboutiront dans les mauvaises boîtes.L'opérateur-rice doit donc pouvoir vérifier si les machines agissent selon ses directives.Mais pour cela, il faut savoir lire et calculer.LES VULNÉRABLES DU TRAVAIL C'est souvent dans un contexte de changement - changements technologique, mais aussi nouvelle normes de qualité, nouvelles formes d'organisations du travail - que le vieux problème de l'analphabétisme refait surface.Au moment d'implanter des programmes de formation pour mettre en oeuvre ces changements, on se rend compte qu'une partie plus ou moins importante des travailleurs-ses ne possède pas les compétences de base, en lecture, en écriture et en calcul, qui leur permettraient de suivre la fanfare.On est toujours analphabètes par rapport à une société.Chez nous, quantité d'adultes peuvent certes écrire leur nom, mais n'arrivent pas à décoder suffisamment l'information écrite pour être autonome en société.On sait que ces personnes sont plus que les autres exclues du marché du travail.Ce qu'on sait peut-être moins, c'est que l'analphabétisme fonctionnel limite le choix des emplois ainsi que la possibilité d'être formé ou recyclé."Quand il y a des changements dans les usines, rapporte Jean-Guy Fournier, du Service de recherche de la CSN1, il arrive fréquemment que ces gens démissionnent, acceptent des démotions, s'en aillent en pré-retraite ou demeurent cantonnés dans des emplois qui demandent peu de qualifications." Bref, leurs compétences sont peut-être suffisantes pour occuper leur emploi actuel, mais quand cet emploi change de nature, ou pire, quand il disparaît, ces travailleurs et tra- grammes requis.Deux programmes ont été lancés en l'espace d'un an: un programme d'apprentissage, qui permet à des tra-vailleurs-ses de production d'apprendre un métier, et un programme de formation de base (alphabétisation!.r l Depuis septembre 1993 et jusqu'en septembre prochain, une quarantaine d'employés-es de chez Air Liquide prennent chaque semaine quatre heures de leur temps de travail pour s'alphabétiser, avec l'aide du personnel de la CECM et d'un matériel adapté aux situations vécues à l'usine.L'employeur assume tous les coûts de cette formation, y compris celui des heures de travail perdues.L'objectif: qu'au bout de ces quelque 200 heures d'alpha, les tra-vailleurs-ses soient en mesure de remplir l'exigence de savoir lire, écrire et calculer, qui sera d'ici quelques années appliquée à tous les postes, et de suivre une formation professionnelle maison.Mais toutes les démarches ne connaissent pas une issue aussi heureuse.Dans un contexte de réduction de personnel et d'introduction de changements technologiques, la compagnie ICI (ex-CIL) a fait passer des tests d'aptitude à ses employés-es.Une dizaine, parmi les plus anciens-nes, éprouvaient de réelles difficultés à apprendre les nouveaux procédés et ont été mis à pied."Ils auraient eu besoin d'une formation de base pour leur apprendre à apprendre, une démarche axée sur la lecture, la compréhension, l'analyse, rapporte André Forte, conseiller syndical à la Fédération de la métallurgie CSN.Le syndicat a proposé de suspendre les mises à pied et de convertir les primes de séparation en programme volontaire de formation de base.La compagnie a refusé, disant que le rôle de dispenser la formation de base revient à l'école, pas à l'entreprise tion de base au Service d'éducation de la FTQ, a -accompagné" une vingtaine de démarches comme celle du syndicat d'Air Liquide.La FTQ a en effet pour politique d'encourager ses syndicats affiliés à revendiquer et à négocier avec les employeurs des programmes de formation de base en alphabétisation et en apprentissage du français en milieu de travail.Près d'une centaine l'auraient fait jusqu'à maintenant.A la CSN, on a d'abord opté pour la réalisation d'une enquête sur les besoins dans différents milieux de travail.En appliquant, en les simplifiant, les catégories et les instruments de mesure de l'enquête de Statistique Canada, on a découvert qu'en moyenne 28,5% des ré-pondants-es (variant entre 12,2% dans une papetière et 41,3% dans une usine agro-alimentaire) éprouvaient de sérieuses difficultés à accomplir les tâches quotidiennes en lecture et en calcul2.Maigre ces résultats, plus de 90% des répondants-es en difficulté percevaient leurs aptitudes comme étant suffisantes pour remplir leurs tâches actuelles.La CSN a utilisé son enquête comme outil de sensibilisation.vailleuses sont extrêmement vulnérables.DES PATRONS-NES EMBARQUENT, D'AUTRES PAS Les employeurs aussi sont conscients du problème.En 1990, le Conférence Board a recueilli les opinions de 626 diri-geants-es d'entreprises canadiennes comptant plus de 50 employés-es.70% de ces dirigeants-es estimaient qu'entre 1 et 30% de leur effectif était aux prises avec d'importantes lacunes en lecture et en écriture.Ils-elles s'inquiétaient des effets possibles sur les activités de leur entreprise: impact négatif sur la qualité, erreurs, pertes de productivité, difficulté de réaffecter les employés-es, etc.Plusieurs signalaient que l'analphabétisme freinait l'introduction de nouvelles technologies et gênait la formation et l'acquisition de nouvelles compétences.Mais à peine 24% avaient élaboré une politique ou un programme systématique pour s'attaquer à ce problème.Dans un cas sur cinq, les syndicats participaient à l'élaboration du programme2.Chez Air Liquide, une entreprise confrontée aux changements technologiques et à l'augmentation des normes de qualité, l'employeur et le syndicat (section locale 6394 des Métallos) s'entendaient sur la nécessité d'une formation professionnelle.Restait à savoir comment.Le syndicat a d'abord rejeté une proposition patronale de travail partagé couplé à une ou deux journées-semaine de formation obligatoire.-Cela nous semblait inacceptable pour plusieurs raisons, explique Mike Golden, le vice-président du syndicat, et notamment parce que la compagnie ne considérait pas le problème des analphabètes.En effet, les personnes qui éprouvent des difficultés graves en lecture et en écriture n'auraient pas pu suivre la formation professionnelle et, conséquemment, se seraient vu fermer l'accès à des postes supérieurs.En cas de mises à pied, elles n'auraient pas pu aller -bumper sur des postes qui comportaient des exigences plus élevées.» 200 HEURES D'ALPHA L'entente, intégrée à la convention collective, prévoit notamment la mise sur pied d'un comité, paritaire et permanent, chargé d'évaluer les besoins de formation et de mettre sur pied les pro- LES SYNDICATS: D'ENQUÊTE EN LOGICIEL Louise Miller, responsable de la forma- Suite à une enquête menée en 1987, qui révélait que 70% de ses membres éprouvaient des besoins de -rafraîchissement académique, de rattrapage sco- • Environ 90% des emplois exigent de deux à trois heures de lecture psr jour.[J.-F.A.] • «Je travaille dans une petite usine à plein temps; cela fait 15 ans que je suis une opératrice.Un jour mon patron m'a offert un autre poste, je lui ai dit que je préférais être une opératrice, mais en moi je sais bien que j'aurais aimé cela, mais j'avais un problème d'écriture et de lecture.Le poste en question demandait beaucoup d'écriture et de lecture.» Suzanne, Pointe-Saint-Charles.• Moins de 15% des employeuses canadiens-nes offrent à leur effectif un programme de formation de base.[J.-F.A.] • Une étude récente du Conférence Board révèle que 40% des em-ployeurs-es interrogés-es font passer des tests de sélection préliminaire aux postulants-es pour s'assurer qu'ils-elles répondent aux exigences de lecture, d'écriture et de calcul.[J.-F.A.] laire et de formation générale de base-, la CSD a produit un logiciel d'alphabétisation en français, mathématiques et sensibilisation aux nouvelles technologies.-Mystère à l'usine- se présente comme un jeu d'aventures; pour résoudre les énigmes, il faut lire, écrire et calculer dans des situations habituelles en milieu de travail.Pourquoi un logiciel?«Les gens trouvent dévalorisant d'admettre qu'ils s'alphabétisent, alors que c'est avec fierté qu'ils disent suivre un cours sur ordinateur-, souligne Gilles Boucher, responsable du Service de la main-d'oeuvre à la CSD.«L'objectif de notre centrale, poursuit-il, c'est de faire de cette formation sur ordinateur un tremplin vers la formation technique, de façon à ce que nos gens puissent demeurer en emploi même dans un contexte de changements technologiques ou de fusion d'entreprises.On voulait s'assurer qu'en disant oui à la technologie, on ne prépare pas du monde pour le BS».Validé auprès du syndicat de la boulangerie Weston, le logiciel d'alphabétisation sera implanté dans d'autres milieux de travail grâce à un réseau de militants-es syndicaux-les.Bref, plusieurs syndicats semblent conscients du problème, mais n'ont que peu traduit, jusqu'à présent, cette sensibilité dans des actions concrètes.8!» Ml ET APRES L'ALPHA?Toutes ces expériences, fort louables, ne règlent pas le quart de la queue du problème.D'abord, elles rejoignent une minorité de travailleurs-ses analphabètes, ceux-celles qui ont la chance d'être syndiquées-es et de pouvoir se former avant de subir les contrecoups des transformations du marché du travail.Les autres sont éminemment vulnérables, surtout les 35 ans et plus, parce qu'ils-elles sont proportionnellement plus nombreux-ses et qu'ils-elles ont encore quelques dizaines d'années de travail devant eux-elles, donc de fortes chances de voir s'élever les exigences reliées à leur tâche.Ensuite, elles laissent béant le trou qui sépare l'alphabétisation de l'équivalence de secondaire V.Or, 70% des emplois créés ou à créer entre 1986 et l'an 2000 exigeront 12 années de scolarité; la moitié exigeront des études universitaires.Louise Miller, du Service d'éducation de la FTQ, est d'avis qu'il faut trouver les moyens d'instaurer des formes de tutorat en milieu de travail, qui permettraient aux gens qui le désirent d'étudier pour obtenir ces équivalences.«Sinon, on demande aux travailleurs-ses de terminer leur secondaire par la filière traditionnelle, ce qui est très long et carrément inaccessible à ceux qui n'ont pas un horaire de travail régulier.» rç 1 CSN: Confédération des syndicats nationaux.2 Robert C.Deslauriers, L "impact des employés analphabètes sur les entreprises canadiennes, Centre de perfectionnement des ressources humaines, Conférence Board du Canada, 1990.3 FTQ: Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.4 Démordu I v\ en alphabétisation: rapport et résultats d'une enquête tut la formation de base, CSN, 1992.5 CSD: Centrale des syndicats démocratiques. ACCÈS-OTTAWA! On retrouve, en Onterio, une politique «du langege accessible», longtemps revendiquée par le mouvement provincial en alpha.Le Gouvernement ontarien s'engage à produire des lois et des rapports destinés à la population dans un langage accessible.Par contre, une politique en alphabétisation est toujours à l'état de projet.istoriquement, jusque dans les années 80, l'alphabétisation relevait du ministère de l'Éducation de l'Ontario (MÉO), qui soutenait avec quelques miettes les organismes populaires d'alphabétisation et quelques commissions scolaires.Vers le milieu des années 80, le Gouvernement de David Peterson a enlevé du MÉO la responsabilité de l'alpha, afin de le transférer vers l'Ontario Training and Adjustment Board (OTAB), l'équivalent ontarien de la Société québécoise du développement de la main-d'oeuvre (SQDM).La stratégie liant l'alpha et l'employabilité, développée à la suite de l'accord du libre échange et de la désindustrialisation massive de l'économie ontarienne, fut reprise par le Gouvernement NPD actuel.Aujourd'hui, l'OTAB est maître de 96% des budgets alloués à l'alpha en Ontario.De nouveaux acteurs sont arrivés dans le décor, acteurs absents au Québec.Parmi ceux-là, notons les collèges communautaires (genre cégep ontarien), dont le mandat est de fournir l'économie ontarienne avec une main-d'oeuvre qualifiée.Dans les faits, les collèges communautaires se servent des fonds d'employabilité comme nouvelle source de financement pour palier aux coupures importantes dans le domaine de l'éducation publique.Ils trouvent leur clientèle en alpha et en formation de base (alpha avancée) parmi les assistés-es sociaux-ales, les chô-meurs-ses, les travailleurs-ses «en transit- (dont l'usine vient de fermer.).GAGNER OU PERDRE Employeurs-es, consultants-es privés, collèges communautaires et syndicats ontariens: sur le marché du travail, chacun est impliqué avec des motivations différentes.Par contre, pour les groupes communautaires qui offrent depuis longtemps une démarche d'alpha populaire, le virage qui lie l'alpha et l'employabilité est une menace.Parce que seuls les groupes qui acceptent de lier leur travail d'alpha avec une démarche d'employabilité sont financés, cette politique a amené un coup fatal à plusieurs groupes qui travaillent dans une optique politique de prise en charge et de transformation sociale.EN ONTARIO, ON LIT POUR MIEUX TRAVAILLER: QUAND ON ARRIME ALPHABÉTISATION ET EMPLOYABILITE VINCENT GREASON Une tendance se développe actuellement au Québec qui veut lier alphabétisation et employabilite.examinons l'expérience de nos voisins-es ontariens-nes.PTVnk/rTin : 03 O o < • Le Québec se classe au deuxième rang comme étant la province ayant le plus haut taux d'analphabétisme au Canada après Terre-Neuve.[J.F.A.] • Le revenu annuel moyen de 51% des adultes analphabètes est de moins de 10 000$ par année.[J.-F.A.] a eu a > À cet égard, les groupes francophones d'alpha continuent leur travail avec un financement de l'OTAB, mais un peu à l'abri des exigences d'employabilité: on peut reconnaître que dans le contexte ontarien un-e francophone puisse vouloir s'alphabétiser pour une raison autre que celle d'améliorer ses possibilités d'emploi! ^7, La rapport Southam indiqua qua laa textes jugea laa plua difficiles par laa adultes analphabètes aont laa documanta provanant daa organiamaa gouvernementaux et d'entreprises commerciales, at laa documanta reliés aux tranaactiona bancaires.[J.-F.A.J QUAND LA LECTURE ET L'ÉCRITURE TOMBENT DANS L'OUBLI.PRATIQUER )EAN-FRANÇOIS AUBIN PPRENDRE À LIRE, C'EST UNE CHOSE.MAIS FAUT-IL ENCORE POUVOIR MAINTENIR ET DÉVELOPPER CET APPRENTISSAGE, SINON ON ASSISTE À UN PHÉNOMÈNE D'«ANALPHABÉTISME DE RETOUR».À CE TITRE, ON A ENCORE BEAUCOUP DE TRAVAIL À RÉALISER AU QuÉBEC POUR STIMULER LA PRATIQUE DE LA LECTURE ET DE L'ÉCRITURE.PAR EXEMPLE, LES GOUVERNEMENTS MUNICIPAUX CONSACRENT EN MOYENNE 10,95$ PER CAPITA AU FINANCEMENT DES BIBLIOTHÈQUES,- EN ONTARIO, C'EST UN PER CAPITAL DEUX FOIS PLUS ÉLEVÉ AVEC 23,80$.lÏA Dépenses per capita de quelques villes canadiennes pour leur service de bibliothèque Toronto Régina Vancouver Halifax Montréal 48$ 44$ 40$ 38$ 21$ DESSIN P€RHE LACHANCE COURTOGt LE MONDE ALPHABtnCU Source: Revue Défi, août 1992, Montréal et les grandes villes canadiennes: une analyse comparative, François Séguin, bibliothécaire, Bibliothèque Maisonneuve, Montréal. QUÉBEC CONSEIL CENTRAL DES SYNDICATS NATIONAUX DE LA RÉGION DE QUÉBEC (CSN) L'alphabétisation.une responsabilité collective et syndicale.Tel: 647-5840 Fax: 647-5765 155 boul.Charest Est Québec, Qc G1K 3G6 UNIVERSITÉ POPULAIRE D'ÉTÉ Les mouvements sociaux sont-ils porteurs d'une culture différente?________ Pour une cinquième année le Centre de Formation Populaire organise une université populaire d'été.du 28 août au 1er septembre 1994 Pour informations: CENTRE DE FORMATION POPULAIRE Tél.(514) 842-2548 Fax (514) 842-1417 ~^~-^~- abcde ghijklmnopqrstuvwxyz "fondation québécoise pour l'alphabétisation 1-800-361-9142 r m f iilluftiiriiln.n orrr H.Il Qutbrr 1889, rue Gauthier, Montréal, Qc H2K 1 A4 si tous désirez contribuer à l'affranchissement de près d'un million de Québécois, envoyez votre don à l'adresse ci-contre ( un reçu vous sera envoyé).Nom: Aiimm Yillr: Code postal: l|»-rmi> ilr charité: 08S9975 - 2U i ADULTES-MILIEU TION-ENFANTS -ACCUEIL DE ADOLESCE PROFESSIO DES IMMIG ADOLESCE PRIMAIRE -ÉLÈVES END ÉLÈVES HA ÉCONOMI FRANCISAT PÉS- ALPH FAIBLES-S MILIEUX PL ENFANTS DES IMMIG ADOLESCE PROFESSIO DES IMMI ADOLESCE PRIMAIRE ÉLÈVES END ÉLÈVES HA ÉCONOMIQU X PLURIETHNIQUES-ADOLESCENTES ET ADOLESCENTS-PRESCOLAIRE-ELEVES HANDICAPES FORMATION PROFESSIONNELLE - PRIMAIRE-MILIEUX SOCIO-ÉCONOMIQUEMENT FAIBLES - L'école c'est LA SOLUTION pour tout le monde Alliance des professeures et professeurs de Montréal (CEQ) ALPHABETISA-SECONDAIRE- HNIQUES -RMATION JANTES ET TENTES ET NNELLE -GRANTS-COLAIRE-X SOCIO-FICULTÉ -1ANDICA-3UEMENT iDULTES-SATION -ACCUEIL NIQUES -RMATION ÎANTES ET TENTES ET NNELLE -GRANTS -"OLAIRE-X SOCIO- _FICULTÉ - a o < FRANCISATION - ADULTES - MILIEUX PLURIETHNIQUES - ADOLESCENTES ET ADOLESCENTS - PRÉSCOLAIRE - ÉLÈVES HANDICAPÉS - ALPHABÉTISATION - ENFANTS - FORMATION PROFESSIONNELLE - PRIMAIRE - MILIEUX SOCIO-ÉCONOMIQUEMENT "3 CVJ o > Leader du gouvernement Leader of the Government au Sénat et |i,~/ Vr^, m the Senate and Ministre responsable 'Jy"^:ri, Minister with spécial responsibility de l'alphabétisation .CS' :*S:j for Literacy Ottawa.Canada K1A0A4 613 996-4382 Fax 613 995-3223 Message de la ministre responsable de l'alphabétisation Chers amis, Le gouvernement du Canada a lancé le Programme national d'alphabétisation en faisant appel à la collaboration des provinces et des territoires, mais également en comptant sur une mobilisation générale de l'ensemble des intervenants socio-économiques: les groupes communautaires, les entreprises et les organisations syndicales.Le Secrétariat national à l'alphabétisation est responsable du financement des activités entreprises conjointement par les deux niveaux de gouvernement, du financement des initiatives du secteur bénévole et non gouvernemental, et de la coordination des activités et de la liaison avec les organisations.Les groupes communautaires et les organismes volontaires jouent un rôle irremplaçable en ce qui a trait à la promotion et à l'avancement de l'alphabétisation dans la société canadienne.Car, compte tenu des activités qu'ils mènent et des groupes auxquels ils s'adressent, ces organismes sont en mesure d'atteindre et de sensibiliser tout un segment de la population qui, autrement, serait exclus des programmes d'alphabétisation.Misant sur l'entraide et l'encouragement mutuel, les organisations volontaires sont en outre les mieux placées pour mettre au point des formules d'apprentissage spécifiquement adaptées aux besoins des personnes et des clientèles cibles.À titre de ministre responsable de l'alphabétisation, je suis heureuse d'avoir l'occasion de rendre un hommage particulier à tous les organismes volontaires et à toutes les personnes qui contribuent, dans leur milieu, à notre effort collectif d'alphabétisation.Joyce Fairbairn Canada AUX ÉTATS Tout New-York était rivée au -p'tit écran-.On venait d'accuser un futur juge de la Cour suprême états-unienne d'avoir autrefois harcelé sexuellement une de ses secrétaires1.Assis devant le téléviseur de la maison, à côté de moi, il y avait James2, un ami.Il semblait tout à fait conquis par ce qu'il entendait et voyait.Lorsqu'il se tourna vers moi, un moment donné, il me dit: «Tu sais, ce gars-là, c'est un oréo-.Je comprenais de moins en moins.Je me sentais ridicule d'avoir à continuer à le questionner: «Je sais qu'un oréo, c'est un biscuit.Mais qu'est-ce que tu veux dire par là?" «Noir à l'extérieur, mais blanc à l'intérieur , m'expliqua-t-il! Clarence Thomas était lui aussi africain-états-unien {an aftican ameriam, selon le nouveau terme utilisé), mais considéré comme ayant adopté une mentalité de «blanc»! James n'était pas tout seul à utiliser le symbole de l'«oréo-pour parler de Thomas.Beaucoup à Harlem l'ont répété.Il y avait des noirs qui, faute de pouvoir devenir blanc jusque dans leur chair (quoique certains ont même essayé!), se faisaient un devoir de se «blanchir" de leur pensée, de leur racine et même de la lutte de leur peuple: leurs pairs les jugeaient sévèrement.La plupart du temps, le terme «orêoi sera utilisé par ceux et celles qui veulent revaloriser leur peuple et qui font un retour aux sources, pour étudier, par exemple, l'histoire de l'Afrique noire et de ses grands personnages.D'autres feront une critique de la foi chrétienne comme étant celle que les maîtres ont donné à leurs esclaves pour mieux les contrôler.D'autres encore étudieront une langue africaine comme le swahili.UN AUTRE ÉCRAN Durant les semaines et les mois qui suivirent l'épisode «Hill-Thomas-, je regardais par le biais d'un autre écran la situation des hommes et des femmes noirs-es de mon quotidien: John, séropositif, toujours en train de se deman- LA TELEVISION ÉTATS-UNIENNE NOIRE ET BLANCHE: «MISTER SAM, Y FAIT DE BONS ORÉOS» MICHEL BOUTOT PHOTOMONTAGE OEMS PJOUX der, non seulement à cause de sa maladie mais aussi à cause de sa situation financière précaire, s'il allait survivre: Isabelle, mère sans époux, cherchant désespérément un homme pour remplacer un vide affectif et financier; Paul qui, étant au «Harlem Hospttal», me demandait, tout angoissé par la peur de perdre son logement, de téléphoner à sa propriétaire pour l'informer qu'il était à l'hôpital et qu'il entrevoyait ne pas pouvoir payer son loyer du mois; Arthurine qui, n'ayant pas d'assurance maladie, avait dû se rendre seule et souffrante au «Harlem Hospital».On aurait eu beau «zapper-: aucune chaîne importante de télé n'allait montrer cette situation.Presque le quart de la population mâle africaine-états-unienne âgée de 20 à 29 ans est sous le contrôle du système judiciaire (centre d'accueil, centre de détention, en probation ou libéré sur parole)'.Le sida frappe la communauté africaine-états-unienne (surtout les femmes) plus que tout autre groupe.Dans les églises noires catholiques, on prie toujours devant les statues de saints et de saintes à la peau blanche.Beaucoup d'enfants, de jeunes hommes et de jeunes femmes et d'adultes se retrouvent avec de graves problèmes d'identité.Peut-on, par conséquent, se surprendre, un jour, de \ oir a la tele certains s'écrier: «Monsieur Sam faites de moi un bon oréo!- 17 On se souviendra de l'affaire du juge Clarence Thomas et de son ancienne secrétaire \mta Hill en 1991.James est de culture africaine-états-unicnne.Ce terme semble généralement accepté aux Etats-Unis pour parler de ceux et celles qu'on appelait autrefois les -noirs-es-états-uniens-nes».BJad Men in Prison, The 1TC Press, Georgia (Atlanta).1990.Mkhfi Bol 101 a vécu deux ans à Harlem, New-York.ai o > d is lu m ILIA iPlL ,A In Iê TlE LE RETOUR A LA VIE CIVILE AU SALVADOR: PAR LA PORTE DU DIABLE TONY KWAN PHOTOS: JOSÉ RIVAS LES GUERILLEROS-AS SALVADORIENS-NES ARRIVENT-ILS-ELLES À RÉINTÉGRER LA VIE CIVILE APRES LA LUTTE ARMÉE ET LA GUERRE TERRIBLEMENT MEURTRIÈRE DE 79 A 92?en a o < en 1 ru o > Depuis les hauteurs du plateau appelé puerta del diablo (la «porte du diable», à cause d'une drôle de configuration de rochers), tout près de San Salvador, on voit l'Océan pacifique, une quarantaine de kilomètres au sud.On a aussi une vue panoramique de Panchimalco, un village autochtone très pittoresque.Une vraie carte postale.C'est un lieu qui était fréquenté par les jeunes amoureux et les touristes, et qui a recommencé à l'être.Mais durant la guerre, personne ne venait ici: c'était un lieu stratégique, un poste militaire, et.un dépotoir pour les -escadrons de la mort».Israël Pineda, mon guide sur les lieux, travaille actuellement pour une organisation non-gouvernementale (ONG) de promotion de coopératives.Israël a passé 10 ans dans les rangs de la guérilla du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN).Pendant que Tonito, son fils de quatre ans, part curieux et naïf à la recherche du diable, je l'interroge sur son passé de guérillero.Dix ans de combats, ça ne devait pas être une partie de plaisir.«Les années 84-85 furent très dures.Il fallait se battre alors qu'on n'avait presque rien à manger.Une fois, j'ai passé 15 jours sans manger.» La mort n'était jamais loin.«J'ai deux frères qui sont tombés sur le champ de bataille.C'étaient des combattants du FMLN.Ma petite soeur aussi, elle était dans les comandos urbanos (les unités de commando urbaines de la guérilla).Elle n'avait que 18 ans quand l'armée l'a tuée.» Les accords de paix de 92 ont donné lieu à des fêtes gigantesques.LA REVOLTE Qu'est-ce qui l'a poussé à prendre les armes?«J'ai grandi à la campagne près de Santa Ana.J'ai compris très jeune que le sort réservé aux travailleurs des plantations de café était parfaitement inhumain.Leurs salaires valaient deux fois rien.Les patrons leur donnaient une nourriture très pauvre.Ils dormaient souvent à même le sol, sous la pluie.Cette prise de conscience fut le début de ma révolte.» Une révolte dangereuse.De cela, Mario Francisco Escamillo, un autre ex-guérillero et membre de l'Association des blessés de guerre du FMLN (ASALDK.) n'en a jamais douté.Comme beaucoup d'étudiants-es, il était au courant de toute la répression qui sévissait dans son pays.Un jour, des membres des escadrons de la mort ont visité son école.«Eux, ils nous ont dit: "Ne vous joignez pas à la guérilla.Si vous faites ça, on vous tue!" Ma réponse fut de m'incor-porer à la guérilla.C'était en 1979, j'avais 15 ans.» Comme Mario raconte tout en riant constamment, on sent que poser d'autres questions ne dérangerait pas.Est-ce qu'il s'ennuie de sa vie de guérillero?«Dans la montagne, on était comme une grande famille.De plus, c'était comme une école.J'ai appris comment faire plein de choses comme.manier les armes sophistiquées et faire des tmittkuX» Il v ,iv>iit donc une égalité des sexes plus grande que dans la société civile.Voilà une révolution dans la révolution! La «Porte du diable» a été et est redevenue un lieu de rencontre pour amis, amoureux, touristes, et l'occasion de photos-souvenirs.FALLAIT IL FAIRE LA GUERRE?Outre ses 70 000 morts-es, des civils-es pour la plupart, quel est le bilan de la guerre et de la lutte armée au Salvador?«Ça a valu la peine.La ville n'est plus vert-kaki-, lanceJuan-Ramon Medrano, ex-commandant du FMLN et, depuis peu, député élu.«Avant, les soldats étaient partout.Or, aujourd'hui, grâce aux accords de paix, plusieurs milliers ont été démobilisés et les autres n'ont pas le droit de sortir des casernes.Cette démilitarisation, on l'a gagnée à travers la lutte armée.» Est-ce qu'il fallait faire la guerre?On pose la même question à Maria-Alejandra et Francisco, des paysans pro-FMLN du département de Cuscatlan, histoire de savoir l'avis des «petits soldats».«Aujourd'hui, on a plus le senti- ment d'être libre, répond Francisco.L'armée ne vient plus nous intimider et nous voler.» Marie-Alejandra est d'accord, mais elle précise: Moi, même si j'ai perdu deux fils, je ne blâme pas les soldats.Les soldats, ce sont des gens pauvres comme nous.Le vrai coupable, c'est le gouvernement.» Cette étonnante capacité de pardonner est monnaie courante chez les ex-guérilleros-as.Tout comme, d'ailleurs, une timidité plutôt inattendue dans les circonstances.Force est d'admettre que cela détonne tout à fait avec le machisme tonitruant que l'on a l'habitude d'associer aux habits vert-kaki.«Sans la guerre, nous n'aurions pas eu droit aux terres.Nous n'aurions rien eu.C'est l'avis de Luis-Alberto, un jeune ex-guérillero.Mais le gouvernement ne livre toujours pas les titres de propriété.«El gobierno no cumple» (le gouvernement ne tient pas ses promesses).Ce refrain revient constamment et traduit une grande frustration.Du reste, la mauvaise foi du gouvernement ne se limite pas à l'accomplissement des accords de paix.Selon Francisco, le parti officiel a eu recours à l'achat de votes aux récentes élections.«Moi aussi, j'ai pris les quarante colones qu'ils offraient, mais cela m'a pas empêché de voter pour le Frentel de Front FMLN), explique-t-il, complice.LA DEMOCRATISATION Les cause* du conflit opposant le régime salvadorien et le mouvement de guérilla, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), étaient multiples: élections volées, inégalités socio-économiques épouvantables (ex: la question de la terre) et violations massives des droits humains, dont l'assassinat de Monseigneur Romero.Ainsi, les accords de paix de 1992 étaient fondés sur un pari simple mais primordial: le FMLN s'engagea à déposer les armes en échange d'une série de mesures de démocratisation (tenue d'élections propres, démilitarisation, réformes des institutions politiques, octroi de terres aux ex-guérilleros-as, etc.).Le 20 mars dernier, le parti gouvernemental, l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA), remporte les élections générales.De nombreux facteurs expliquent la victoire de la droite: l'appui des médias, des tactiques d'intimidation, la peur de l'inconnu, une campagne électorale menée à l'états-unienne et, surtout, les nombreuses tracasseries administratives ayant pour effet de baisser le taux de participation électorale.Le FMLN devient tout de même le principal parti d'opposition.La radio ambulante «Farabundo Marti», devenue «Doble f».Au bureau du fisc, des militaires brûlent des dossiers de prisonniers politiques.— ■-*.>* iy LE RETOUR: UN DEUXIEME EXIL Sylvia Cartagena est journaliste à la radio Doble f.Durant la guerre, elle occupait une fonction semblable à la radio Farabundo Marti - l'ancêtre de la DobU ' et une des radios clandestines de la guérilla.Son retour à la vie civile fut difficile.«Chacun vit ça différemment.Moi, je ne connaissais plus personne.Ma famille, mes amis.tout le monde était parti.ou mort.Pour moi, le retour ce fut un deuxième exil Le retour est encore plus difficile dans le cas des blessés-es de guerre.Là encore, el gobienw m cumple.Mario Francisco de l'ASALDIG résume le drame: «Compensation, assistance médicale, réhabilitation et formation., tout ça était prévu dans les accords de paix.Toutefois, l'an passé, prétextant que le budget pour l'année en cours avait été déjà voté, le gouvernement n'a rien dépensé dans ce sens! Il fallait lutter.On a fait plusieurs manifs dont une qui a viré au vinaigre: les flics ont tué plusieurs blessés-es de guerre.Gêné, le gouvernement a fini par verser quelques indemnisations, juste avant les Élections (belle coïncidence!).C'est un début, mais ce n'est pas suffisant en CD O < 0) O > LE MONUMENT À LA RÉCONCILIATION Comment voient-ils l'avenir?«En général, avec beaucoup d'optimisme, déclare Mario.«Je compte apporter mon possible à l'ASALDIG et j'aimerais un jour étudier en droit.De toutes maniè- res, je veux continuer à contribuer socialement.Pour sa part, Sylvia Carta-gena se montre critique face au FMLN.Selon elle, «le Frente doit changer ses idées figées.Ce qui importe le plus aux gens, ce sont les tortillas et la sécurité d'emploi.•• Israël Pineda voit plusieurs défis: «Les escadrons de la mort sont encore là.On n'arrive pas à empêcher la fraude électorale.Les accords de paix piétinent.Mais, d'un autre côté, on ne sent plus la présence de "la botte qui réprime le peuple", et le Frente a gagné de l'espace.» Oui, en effet, le FMLN a gagné de l'espace politique.Mais, l'avenir du pays ne dépend pas que des ex-guérilleros-as.Cela dépend aussi de la bonne volonté de leurs anciens-nes adversaires.Est-ce qu'une telle volonté existe?A ce propos, l'autoroute de Comalapa qui relie la capitale à l'aéroport international du même nom fournit un indice.Vers le milieu du trajet, on passe devant le monument à la réconciliation.Austère, grise et sans âme, cette construction n'a vraiment rien pour attirer l'attention, si ce n'est les policiers armés de mitrailleuses qui assurent la surveillance.Le monument se trouve sur le bord de l'autoroute, au milieu de nulle part.Il n'y a rien autour.L'emplacement du monument refléterait-il l'importance que le régime salvadorien accorde à la réconciliation nationale?T7 B.404 La formation des évangiles 5 jeudis soir: du 15 septembre au 20 octobre Francùie ROBERT D.423 Les voies d'avenir des communautés chrétiennes locales 5 mercredis soir: du 14 septembre au 12 octobre Jean-Louis LAROCHELLE Le soir je me mets à jour Renseignements: 739-3223 INSTITUT DE PASTORALE 2715, chemin Côte Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 La formation, un atout pour l'action! Production vidéo ♦ Formation ♦ Location de salles st'pierrl 1212, rue Panet, Montréal, Que.H2L 2Y7 Tél.[51-43 524-3561 CHRONIQUE Je n'essaierai pas de vous faire croire que je ne sais ni lire ni écrire, je suis plutôt du genre sur-scolarisée.Ça me fait une belle jambe, ce n'est pas toujours aussi utile qu'on le croirait pour affronter les défis d'aujourd'hui.Toute sur-équipée que je suis, j'admire d'autant plus les gens qui, sans pouvoir lire, réussissent à fonctionner tant bien que mal dans un monde qui n'en finit plus de se complexifier et, par ricochet, de nous complexer.La première «conversation» que j'ai eue avec un guichet automatique est restée bien gravée dans ma mémoire.Je m'étais offerte pour rendre service à une amie qui venait de se casser la cheville et qui était cassée de surcroît.Au risque de me casser moi-même la gueule, j'ai emprunté sa carte pour effectuer un retrait automatique.Quelle inconscience! J'avais mal noté son numéro d'identification personnel et j'ai osé, dans toute mon ignorance, m'obstiner avec le guichet.Au bout de trois avertissements, INSOLENTE INFORMABÈTE FONCTIONNELLE ce salaud a littéralement avalé la carte en m'intimant l'ordre sur un ton très cassant - du moins est-ce ainsi que j'ai entendu ce qui était écrit à l'écran - de me présenter à la Caisse pour récupérer ladite carte.Imaginez ma honte quand j'ai dû rendre compte de ma mission à ma cluim invalide.J'ai failli mettre cela sur le dos de mes lunettes! L'APPROCHE MINIMALISTE Depuis ce temps, j'ai appris à me débrouiller au guichet.Comme pour tous les plus ou moins nouveaux gadgets qui ont envahi nos vies (répondeur téléphonique, four micro-ondes, lecteur de disque compact, vidéo-cassettes, ordinateurs et autres jeux d'enfants), j'ai adopté une approche minimaliste.Je suis sûre que les colonialistes de l'informatique pourraient facilement me comparer à certains autochtones qui, dit- NICOLE BRAIS on, à côté de leurs -belles- maisons préfabriquées inhabitées, préféraient occuper leurs bons vieux vrigwams.Le micro-ondes trône à côté de ma cuisinière qui ne chôme pas plus qu'avant.Tout au plus, sert-il à réchauffer des restes.On souffre maintenant, parmi bien d'autres maux, d'acné informatique.Vvez-vous déjà calculé le nombre de boutons dont sont ornés non pas vos pareils, mais vos indispensables appareils?.boutons dont vous ne vous servez jamais, de peur de perdre la commande programmée par un ou une boulimique technologique charitable de votre entourage, à qui vous avez avoué n'avoir pas encore lu le manuel d'instructions de 40 pages du vidéo (une page par bouton).JJ7, LE MAGAZINE DE VIE OUVRIERE Il f .Il f v -.| Il f wwnMB □ Abonnement individuel 1 an : 20,00 $ □ Abonnement individuel 2 ans : 35,00 $ □ Abonnement individuel à l'extérieur du Canada 1 an : 25,00 $ □ Abonnement institutionnel 1 an : 28,00 $ □ Abonnement institutionnel à l'extérieur du Canada 1 an : 33,00 $ □ Abonnement de soutien 1 an : 28,00 $ □ Étudiants / Sans-emploi 1 an : 14,00 $ □ Numéro individuel 3,75 $ +1,30 $ poste NOM ADRESSE CODE POSTAL PAIEMENT INCLUS FAIRE PARVENIR VOTRE CHÈQUE OU MANDAT-POSTE A : Revue Vie Ouvrière, 1212, rue Panet Montréal (Québec), H2L 2Y7 • Téléphone : (514) 523 5998 — t— ! «■""T l'JiU'i^T^ «r ti JoUUU^- UTILISER LES MEDIAS POUR DÉMYSTIFIER LA JUSTICE: DÉFENDEZ-VOUS! ANDRE PICHE PHOTOS: YVES PROVENCHER, AGENCE CHRONO-PRESSE en m a o 4 01 CVJ o > On croirait à un appel à la désobéissance civile.L'avocat encourage ouvertement les laissés-pour-compte à profiter des failles du système judiciaire.Il ne faut pas s'y tromper, Gérard Soulière met seulement de l'avant des pratiques courantes dans l'exercice quotidien de la Justice.Cet appareil qui punit ou absout, selon les capacités de la défense à démontrer l'innocence.La preuve contre le prévenu peut être forte."Qu'importe, soutient l'avocat, je n'ai pas le droit de considérer mon client coupable, c'est le tribunal qui condamne, pas moi.Et le droit d'une pleine défense n'est pas à l'usage exclusif de certaines catégories de citoyens.Personne n'est jamais obligé de plaider coupable.Et ceci ne veut pas dire que tu clames ton innocence, seulement que tu n'admets pas la preuve déposée contre toi», dit Gérard Soulière.C'est dans cet esprit qu'il y a cinq ans, il propose l'émission "Coupable, non-coupable» chez Vidéotron.«La radio d'abord, puis la télévision communautaire depuis cinq ans maintenant, m'ont stimulé à une étude plus exhaustive des codes de droit et de la Charte des Droits et Libertés, beaucoup plus que ne l'exige le travail habituel d'un avocat.Les questions posées à l'émission sont variées et précises.En fait, les médias communautaires ont fait de moi un meilleur avocat», lance Gérard Soulière.Le criminaliste Gérard Soulière plaide non coupable, en long et en large.Et il invite ses concitoyens-nes a en faire de même, à chaque semaine, a la télévision communautaire.La formule de l'émission a changé au fil des ans.Initialement destinée aux personnes aux prises avec un problème de droit criminel, elle traite maintenant de droit civil.Son animateur propose un cadre juridique aux personnes lésées, dont le recours est plus limité ou inexistant.«C'est effarant comment plusieurs personnes connaissent mal ou ignorent leurs droits les plus élémentaires, comme ceux des locataires ou du personnel domestique».C'est dans cet esprit que l'émission est devenue: Dcfcn-dez-vous!, explique le juriste.REJOINDRE LE MONDE Plusieurs représentants-es d'associations et de groupes populaires y collaborent depuis quelques années.Gaétan Guérard, du Mouvement action-chômage (MAC), a participé plusieurs fois à l'émission pour débattre divers points de la Loi sur l'assurance-chômage.M.Guérard explique que la télévision communautaire a des moyens limités et ne peut s'offrir les coûteux sondages des firmes spécialisées.Son impact est donc difficile à évaluer.«Au début, on craignait un manque de participation du public, relate le représentant du MAC.On avait préparé un gros contenu pour l'émission.Ce fut un travail inutile puisque l'auditoire n'a pas tardé à se manifester En fait, la tribune téléphonique est la locomotive des thématiques hebdomadaires.Les gens téléphonent pour exposer leur cas.«Nous utilisons ce moyen également pour rejoindre des gens, dit M.Guérard.Par pudeur ou par gène, certains ne viendront pas nous rencontrer à nos bureaux d'action-chômage.L'anonymat de la ligne ouverte pallie à cette retenue et nous pouvons interpréter ce geste comme le début d'une démarche plus déterminée».Pierrot Péladeau, de la Ligue des Droits et Libertés, a participé à l'émission pour discuter de la loi qui protège la vie privée.«C'est le genre d'émission qui permet de traiter de sujets plus élaborés, en comparaison aux quelques minutes allouées dans une chronique, à la télé conventionnelle.C'est aussi une approche beaucoup plus pédagogique.' UN «SHOW DE CHAISES»?Mais il voit aussi des lacunes dans le service de télévision communautaire.\\ec les multiples reprises, je suppose que l'on atteint des cotes d'écoute rai- sonnables.Mais mw^Êk^m^^ JU l'eu con" ^L tinuellement procéder à des reprises canton-^L^ ^^^^^ nées dans un ^ même secteur, I^Jr une diffusion nationale serait plus profitable.Cela profiterait autant à la communauté qu'au diffuseur, si ce dernier misait le moindrement sur une promotion adéquate.Pour le moment, la télévision communautaire ne fait pas partie de la stratégie de Vidéotron pour contrer le déferlement imminent de centaines de canaux I La préoccupation quant aux cotes d'écoute revient spontanément.Pour Guy Lafreniére, un ancien de la Fondation pour l'aide aux travailleurs accidentés (FATA).c'est à cause de la mauvaise réputation du Canal 9 et des préjugés qui l'accompagnent-, dit-il.11 fait référence aux -shows de chaises» typiques de la télévision communautaire.11 n'y a pourtant pas d'autres émissions qui vulgarisent la loi et expliquent les droits collectifs.Cherchez.Les causes traitées à cette émission ne font pas les manchettes des journaux, et les lois sociales manquent de punch pour se mériter une couverture journalistique-, poursuit M.Lafreniére.Problèmes de cotes d'écoute ou non l'ampleur de la participation et des problèmes soulevés ont mené le représentant de la FATA à une deuxième participation.Nous manquons tellement de moyens de diffusion d'informations sur les droits sociaux.» LE MENU DE L'AIDE JURIDIQUE Cette émission, c'est un peu une aide juridique hors cour et pour tous, plus accessible que l'autre.L'avocat-animateur proteste.«Une personne très pauvre est éligible à l'Aide juridique mais l'autre, avec un revenu légèrement plus élevé, ne l'est plus.La couverture est à 100% ou inexistante.Les seuils doivent être révisés et ajustés au prorata des revenus.Par exemple, un revenu X entraînerait une aide de 75%, ou 50%, etc.Et le service doit être élargi».Gérald Soulière a travaillé plusieurs années à l'Aide juridique.Le service est aujourd'hui méconnaissable.Jadis l'affaire de ses permanents-es, l'organisme public est devenu une spécialité de la pratique privée.L'avocat reçoit un mandat et il est rémunéré à l'acte, à la façon des médecins avec la RAMQ.«Certains cabinets ne font que ça, avec un volume astronomique.Des avocats réclament jusqu'à 1 million S par année», affirme M.Soulière.L'Aide juridique a contribué à créer cette situation par sa lenteur à réagir à la demande.La complicité de la police a fait le reste.C'est qu'il y a obligation de parler à un avocat avant de subir un interrogatoire.Le service public mettait du temps, des heures à retourner un appel, des délais insoutenables au goût des policiers.Flairant l'affaire, des avocats ont offert leur grande disponibilité et leurs coordonnées dans les postes.Ils se sont ainsi monté des clientèles en solutionnant ce problème qui alourdissait l'atmosphère dans les cubicules d'enquêteurs.À l'Aide juridique, on n'informe pas, on procède.«C'est un service au comptoir, comme chez McDonald, ironise l'avocat.Ce qu'on vous sert, vous le trouvez dans l'assiette à côté de vous.On ne peut rien avoir de plus que ce qui est affiché au menu- ^7, Jacques St Amant, avocat 5120, boul.Pie-IX, no 5 Montréal, Qc H IX 2B6 1,1 514 728-2693 9 t- a Q < O) ru o > ,ocr EN COULEURS QUEBEC tw w • • FRISSONS D'ETE PIERRE VIAU ' PHOTO YVES PROVENCHEB AGENCE CHHONO-PBESSE Les MacDonalds, Mikes et autres fast food ne comblent jamais tout à fait l'appétit des adolescents-es qui ' n'arrêtent pas de grandir au point de dépasser déjà d'une tête leurs parents En quête d'émotions fortes et rapides, ces adolescents-es affamés-es dévorent aussi des films d'action où les muscles des acteurs sont à la mesure des immeubles et véhicules soufflés par mille et une variétés de bombes.BLOOD JÎV, BLOOD OUT Il y a quelque temps, deux adolescents originaires d'Amérique du Sud louaient trois films.De ces films où meurent violemment plus de personnes qu'il n'y a d'acteurs-rices! À feu et à sang, sans arrêt! Un de ces films a fait vibrer en eux la fierté et l'honneur, alors que les adultes présents restaient muets d'inquiétude.Il faut voir Blood in, Blood out ou Les princes de la ville en version française.«Trois cousins chicanas de Los Angeles-Est, élevés comme des frères, vivent un pouvoir plus fort que la loi, un lien plus profond que l'amitié-, décrit la pochette du film.La violence verbale et les agressions contre la personne tissent serrée la toile de ce produit d'Hollywood.Noirs, Latinos et Blancs s'écorchent à vif pour un pouvoir de soumission totale et sans merci.- Un cousin artiste sans avenir, un autre policier sans grade et l'autre qui découvre un pouvoir terrifiant en prison; pendant ce temps, l'autorité de la femme, plutôt absente, est assignée aux territoires domestiques.daient le film avec des yeux neufs, découvraient avec satisfaction et fierté leur appartenance à la «raza».Le film venait confirmer chez eux-elles un rêve, transformer un désir d'identification à une gang en une nécessité vitale.À l'échelle d'Hollywood, ils-elles revivaient leur quotidien montréalais, qui effraie leurs parents.Y A-T-IL UNE ODEUR?Au même moment, une émission d'information à la télévision laissait des adultes discourir sur le phénomène des gang dans les écoles et les rues de Montréal.L'été sera-t-il chaud, s'inquiétait l'un ou l'autre?Quant a moi, après trois heures de Blood in, Blood out, il fallait bien prendre une bonne bouffée d'air de la ville, histoire d'exorciser les peurs et de libérer les frissons.Au retour, j'ouvrais un petit li\rc: «Quand Montréal parle avec ses tripes, ça pète et ça pue peut-être de la bouche, ça sent le Grec, ça sent l'Italien, ça sent le nègre, ça sent la ruelle du bas de la ville: tout ce sur quoi lèvent le nez nos puristes [sic] qui sont au portrait vivant de ce pays ce qu'une carte postale est aux images de notre appartenance: des tourist rooms de la pensée.Bien sûr qu'il y a comme une odeur! mais c'estje parfum de notre fleur de peau .' ,l' 1 Pierre Monette dans L 'Immigrant Mniitnul.Les éditions Triptyque, Montréal, 1994.Pour la troisième fois, les adolescents-es regar- L£ ŒNTRE 7400 au centre de ITIe de Montréal - à côté du métro, station De Castelnau - près du boulevard Métropolitain - reçoit des organismes à but non lucratif - une douzaine de locaux disponibles - possibilité de 10 à 300 personnes - session de I jour et plus - services de cafétéria et 22 chambres 7400, boul Saint-Laurent Montréal (Québec) H2R 2YI Tel 270-7400 Fax : 270-7451 Çgt Le chef défile de la solidarité dans Vemploi Le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) a contribué à la création et au maintien de quelque 6 000 emplois l'an dernier.LE F3VDS DE SOLIDARITE CL DES TRAVAILLEURS ^JLj?DU QUÉBEC (FTOP Arrêtons le démantèlement des services publics Sous prétexte de réorienter les services publics et les programmes sociaux pour mieux répondre aux besoins de la population, le gouvernement Johnson démantèle progressivement les services publics.Du coup, les grandes orientations que nous nous sommes données comme société sont remises en question.Le gouvernement n'a aucune légitimité pour procéder de la sorte.Un changement de cap s'impose Vouloir sabrer davantage dans les services, c'est mettre en péril un système qui a permis d'améliorer la santé, l'éducation et la qualité de vie de l'ensemble de la population du Québec.Le gouvernement doit mettre en oeuvre des politiques qui garantissent la pérennité et le renouvellement de notre outillage collectif ainsi que le développement de notre société.Agissons pour forcer le gouvernement à changer sa trajectoire et à redevenir un agent de développement économique et social.La Confédération des syndicats nationaux, 1601 de Lorimier, Montréal, H2K 4M5
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