VO, 1 janvier 1995, mai-juin
LE MAGAZINE DE -VU E OUVRIÈRE àL ENTREVUL le chantre des Colocs DEDE FORTIN .uiétude du fou du roi Dossr .es rapporl^ntre I Etat et le mouvement commun i 9 7708A9"035006 06 • en reprenant le contrôle de notre travail • en protégeant les services publics • en refusant l'exclusion sociale des Jeunes, des femmes, des pauvres • en misant sur la solidarité sociale choisir EDITORIAL 4 ENTREVUE 8 • Dédé Fortin le chantre des colocs L'inquiétude du fou du roi Le parolier principal du groupe Les Colocs est occupé.Le p'tit nerveux carbure à la musique et à l'action, impatiemment, et aux entrevues, plus ou moins sérieuses, avec patience À force de faire rigoler la galène, il ne se surprend plus des demandes de cabotinage Le fou du roi, au Moyen-âge.n'avait de fou que le nom.Personnage important de la vie publique, il était le seul à avoir l'impunité nécessaire pour critiquer le roi.André Fortin décide d'assumer, de plus en plus, son sérieux.DOSSIER 22 • Les rapports entre l'État et le mouvement communautaire Le mariage de raison Le mouvement communautaire québécois a bien change depuis 30 ans Les groupes populaires étaient un heu de militantisme; ils sont en train de devenir un nouveau secteur d'emplois Chaque nouveau problème social suscite la création de nouveaux organismes communautaires Ils sont maintenant plus de 3 000 au Québec, dans toutes les régions, prêts à offrir un service de première ligne bien différent de celui dispensé par le réseau public.On le dit plus humain, plus démocratique Mais pour l'État, c'est surtout moins coûteux! BILLET: La fin de l'année 7 LIRE: Indianités 15 Personnes âgées, personnes sidéennes 16 PHOTO-REPORTAGE: Le fil d'attente 20 TOUR DU QUEBEC: Une croyante sur roulettes 35 CHRONIQUE INSOLENTE: La 3e voie 36 Mourir d'une balle canadienne.37 SUR LA PLANÈTE.Radios d'Haïti 40 SUR LA PLANÈTE: Les bulldozers du Pérou 42 E VOest un magazine d'intérêt général et un magazine alternatif d'information, de réflexion et d'enquête qui traite des conditions de vie et de travail, des luttes, de la culture et des aspirations du monde populaire VO s'adresse aux militants-es, aux interve-nants-es des milieux populaires et à tous ceux et celles qui aspirent à des changements sociaux.Fondé en 1951 à titre de revue de l'Action catholique ouvrière, VO a évolué au fil des ans pour devenir un magazine indépendant, qui s'inspire des différents courants émancipateurs.Les articles publiés dans VO n'engagent que leur-s auteur-e-s.Conseil d'administration: Daniel Beaulieu.Guy Biron, Anne-Marie Brunelle, Sylvio Gagnon.Ginette Gaudreault, Yvan Noé Girouard.Clotilde Lemay, Monique Tremblay Comité de rédaction: Diane Brulotte, Francesca Dalio, Guillaume Dostaler, Abdelhamid Gmati.Françoise Guay, Pierre Viau.Collaborations régulières et membres de comités: Nicole Brais, Marie Constantineau.Guillaume Dostaler, François Gervais, Daniel Gingras, Pierre Hamel, Christine Nagl.Pierre Viau.Rédacteurs en chef: Jean Robitaille et Daniel S -Legault.Coordination, promotion, publicité: Jean Robitaille Direction artistique, secrétariat de rédaction, comptabilité, mise en pages: Daniel S.-Legault Promotion: Anne-Marie Brunelle.Gestion des abonnements et traitement de textes: Ginette Gaudreault.Représentation publicitaire: Réseau international (514)722-7708.Édition: Revue Vie ouvrière inc.Impression: Imprimerie d'Arthabaska inc.Distribution: Messageries de presse Benjamin Fréquence de parution: 6 numéros par an.Photo couverture: Dédé Fortin, par Benoît Aquin.Grille de tarifs d'abonnement: Individu ou groupe populaire: 20$/an ou 35$/2ans Institutionnel: 28$/an Soutien: 28$/an.Étudiant ou sans emploi: 14$/an.À l'étranger (par avion), individuel.25$/an.À l'étranger (par avion), institutionnel: 33$/ an.Un numéro seulement: 5,10$ (incl.frais de poste).VOest membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).Le magazine reçoit une subvention du Ministère de la Culture du Québec Ses articles sont indexés dans le répertoire analytique de presse Repère.Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0849-035X Envoi de publication, enregistrement n°0220.Parution: n254, 1"mai 1995.VO: 1212 rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 Téléphone: (514) 523-5998, télécopieur: (514) 527-3403 Décalages entre LES CLOISONS Entre un gouvernement élu et une fonction publique executive, le bien public balance.Quelle est la distance idéale à parcourir?L JEAN ROBITAILLE a rumeur court sur la Grande-Allée: le meilleur moyen pour un groupe communautaire de faire suer un sous-ministre, c'est de lui envoyer une lettre en indiquant «copie conforme à Lisette Lapointe»! L'anecdote est révélatrice.Le dossier de l'action communautaire a fait un bond de géant dans la hiérarchie de pouvoirs à Québec.La dernière priorité de la plupart des ministères (hormis peut-être celui de la Santé et des services sociaux) a été promue au plus haut sommet.Le 23 février dernier, le Premier ministre Parizeau déposait auprès de ses collègues du Conseil des ministres un mémoire visant la création d'un Secrétariat à l'action communautaire, dirigé par Lisette Lapointe et relevant directement de son bureau.Mais surtout, l'anecdote rappelle la distinction qu'il faut faire entre l'appareil étatique (les ministères, sous-ministres et hauts fonctionnaires) et l'appareil gouvernemental (les ministres et leur personnel politique).LES GOUVERNEMENTS PASSENT; LES FONCTIONNAIRES RESTENT1 Malgré les changements de gouvernements, ce sont les mêmes fonctionnaires qui conçoivent et appliquent les programmes.Petit à petit, le politique met l'administratif à sa main.L'État québécois s'apprêtait sous le régime libéral à faire disparaître tout le secteur communautaire qui ne lui était pas utile.Les budgets destinés aux groupes d'éducation populaire viennent, assortis de certaines conditions, d'être substantiellement augmentés.Autre exemple, depuis 1982, le ministère de la Sécu- Ne manquez pas dans le prochain numéro.Juillet-août 1995 élus-es et hauts fonctionnaires: DE L'ASSEMBLEE NATIONALE rite du Revenu ne jurait que par le développement de l'employa-bilité.Le même ministère produit aujourd'hui des analyses qui marquent l'échec de ces politiques.Et qui annonce la nouvelle marotte: l'insertion en emploi.En fait, on change d'approche idéologique.et géographique.Les thèses françaises «socialistes» remplacent les idées néolibérales états-uniennes.Il faut du temps, de la poigne - et du doigté! - avant qu'un gouvernement n'imprime vraiment ses couleurs.La situation actuelle à Québec est impressionnante à cet égard.Les rapports entre le cabinet d'un ministre et son ministère sont étonnamment plus «tendus» qu'on ne serait porté à le croire.Il faut écouter certains ministres tenter de composer avec leur sous-ministre.Il faut entendre les attachés politiques d'une autre ministre parler en «ils» plutôt qu'en "nous» du ministère pour lequel ils travaillent.Il faut voir comment, physiquement, les bureaux du cabinet d'un-e ministre sont bien à part, dans l'édifice d'un ministère.QUAND ETAT ET GOUVERNEMENT SE CONFONDENT Les péquistes arrivent au pouvoir avec un programme qui fait une très large place au mouvement et aux groupes communautaires des différents secteurs.Quoique difficile à situer idéologiquement, parce que pluri-classiste, le PQ affirme clai- rement ses distances face au néo-libéralisme, pour un État plus interventionniste mais moins gestionnaire.À la différence des libéraux qui nous promettaient un État essentiellement moins présent.Ce qui est donc plus spécifiquement en jeu ici, ce sont les rapports entre l'État et le gouvernement, entre l'administratif et le politique, dans le contexte d'un État en crise et en recomposition.Quelle est la distance souhaitable entre l'appareil d'État et le gouvernement?La population choisit un parti, c'est pour qu'il gouverne.Mais en même temps, comment éviter que le plus fin populiste élu ne pervertisse inconsidérément le rôle de l'État?Ces questions, dans la seule logique d'une relation État-gouvernement, ne trouvait pas de réponses évidentes.Rappelons-nous que dans les régimes totalitaires, État et gouvernement se confondent.C'est donc seulement dans l'élargissement et la démocratisation de la société civile que ces questions peuvent se résoudre.En impliquant de nouveaux acteurs (des milieux syndicaux, communautaires, des affaires, des arts, des MRC, des institutions, etc.) on défocalise la tension État-gouvemement.Et on redonne à plus de citoyens-nes le pouvoir d'arbitrer et de décider.V», 1 Du moins ceux et celles qui ne sont pas victimes des coupures de postes! en r 3 < T a ai a > entrevue Clément GUIMOND: Un directeur et une Caisse pas comme les autres dossier LA SCIENCE AU QUOTIDIEN FTQ Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec %2> 545, boulevard Crémazie Est 17e étage Montréal (Québec) H2M2V1 Téléphone: (514) 383-8000 Télécopieur: (514) 383-8001 HULL (819)777-5441 JONQUIÈRE (418)699-0199 MONTRÉAL (514)383-8000 QUÉBEC (418)623-8713 RIMOUSKJ (418)722-8232 ROUYN (819)762-1354 SAINT-JÉRÔME (514)431-6659 SEPT-ÎLES (418)962-3551 SHERBROOKE (819)562-3922 TROIS-RTVIÈRES (819)378-4049 NOUVELLES PARUTIONS en en z < 1 1 a CU Le syndicalisme: état des lieux ., enjeux Quelle est la vraie nature du syndicalisme d'aujourd'hui?Successeur du syndicalisme d'antan ou créature hybride se définissant davantage par la notion de changement7 Mona-Josée GAGNON propose une réflexion sur le passé et le présent, mais surtout sur l'avenir du syndicalisme Une analyse originale ancrée dans les réalités du Québec 140 pages» 14,951 Une société sans les jeunes?D'une société des jeunes, sommes-nous devenus une société sans les jeunes?Quelle place occupent les jeunes dans nos sociétés9 De nouvelles règles régissent l'insertion professionnelle et sociale des jeunes À partir de leurs réactions, Madeleine GAUTHIER dessine un portrait saisissant d'une jeunesse aux multiples visages Un livre-phare au cœur des transformations de la société 390 pages » 24 S Disponibles en librairie ou chez le distributeur INRS-Cullure et Société Tél.: (418) 694-6400 Univers Distribution de livres UNIVERS 845, rue Marie-Victorin Saint-Nicolas (Québec) G0S 3L0 Téléphone: (418) 831-7474 • Fax: (418) 831-4021 ULET MICHEL CLARK, professeur « Le dernier mois de grossesse est souvent pénible.Surpoids, sommeil constamment entrecoupé de changements de pause, fatigue.Tout pour alimenter le désir d'accoucher.Depuis la nuit des temps, j'entends les paroles qui exorcisent la souffrance: Si ça peut finir!" Ces temps-ci, c'est aussi les paroles qui résonnent du fond des corridors de mon école: «Si ça peut finir!» Mais c'est moi qui accouche, le prof, pas les élèves.Dix mois d'un travail ardu: à discipliner, à aider, à écouter, à aimer, à instruire et, enfin, à éduquer.Quelquefois, je me dis que j'accoucherai d'un être complet, solide et plein de promesses.D'autres fois, je me dis que d'autres continueront la gestation! C'est mon travail que de devenir, pendant dix mois, le cordon ombilical par lequel passera la vie, en espérant qu'au terme de l'année, un-e -ado- trouvera un peu de l'adulte qu'il désire être.Je vous dirai que ces temps-ci, je fais de bien petits adultes, parce que la gestation devient de plus en plus difficile.Une centaine de jeunes en recherche, ça vous siphonne un cordon ombilical en un rien de temps! ELEVES ET PROFS SE PARLENT ENCORE D'où je me trouve, dans une classe, je vois tout: les amours, les chicanes, les fatigues.J'entends tout: les mots d'amour, photo jw rchahoson les mots de haine et les confidences.Eh oui, même dans une école qui essaie de calquer le modèle de qualité totale d'une entreprise de production de «choses», les élèves et les profs se parlent encore.L'ECOLE ÇA PEUT ÊTRE UNE BEN P'TITE GAME'.» trippant, mon père vient nous aider à monter le kiosque a l'expo-science.Regarde, ma mère nous a préparé un petit lunch!- Je comprends que la vie est belle, qu'il y a des adultes pour m'aimer, m'aider et m'encourager.daire II, j'ai pris de la dope, parce que je pensais que ça m'aiderait à comprendre mes maths.» Ce que je comprends, c'est la détresse de celle qui aimerait réussir, mais qui n'y arrive pas.J'entends Cathie qui me dit: «En secon- J'entends Karine: -Eh! Michel, c'est J'entends Cedric bougonner: -Maudit que ton cours est "plate".J'coule encore, pi j'veux rien savoir de personne!.- J'comprends que Cedric est en train de s'empoisonner dans son milieu familial, comme le foetus qui bouffe ses excréments dans sa poche d'eau.Marie-France me parle de sa cure de «désintox • à 13 ans.Elle m'en parle avec force et conviction.En écoutant ses yeux qui brillent et ses mains qui gesticulent, je comprends que même si chez elle c'est encore pas mal fucké, elle, elle veut s'en sortir et trouver le bonheur quelque part.DES AVEUGLES QUI GUIDENT DES AVEUGLES Je m'aperçois qu'en vous parlant des jeunes, je vous parle surtout des adultes avec qui ils vivent.Je vous parle des adultes qui ont comme responsabilité d'aider des jeunes dans leur évolution.Je constate qu'il y a un problème.Vous le voyez venir le discours sur les parents détruits qui xnppent leurs propres enfants, ou encore le discours sur les aveugles qui guident d'autres aveugles.Mais encore plus -in» celui des adultes restés enfants qui accompagnent d'autres enfants qui ne rêvent que d'une chose: être heu- L'école dans tout ça?Comme disait Natacha, parlant de l'absence prolongée de Tatricia: .«tu sais, Michel, l'école, c't'une ben p'tite garni dans sa \ Le (A suivre.) 'T, m m D -> I < 5 in oj o > m ai cri Z D 5 ru o > André Fortin, des Colocs L'INQUIÉTUDE DU FOU DU ROI DANIEL S.-LECAULT PHOTO BENOÎT AOUIN V u Le Top Ten.Plus de 60 000 disques vendus.Des critiques de spectacles dithyrambiques.la réaction aux colocs est excellente, la revue de presse est consensuelle.plein de croupes ARTISTIQUES DOIVENT LES ENVIER.Le PLUS GROS "BUZZ" DE L'HEURE (La Presse); Ce phénomène appelé "Colocs" (Le Soleil); A vous couper le souffle (La Presse); Les Colocs cassent la baraque (Le Devoir).le parolier principal du groupe les colocs est occupé.le p'tit nerveux carbure à la musique et à l'action, impatiemment1, et aux entrevues, plus ou moins sérieuses, avec patience.à force de faire rigoler la galerie, il ne se surprend plus des demandes de cabotinage.Le fou du roi, au Moyen-âge, n'avait de fou que le nom.Personnage IMPORTANT DE LA VIE PUBLIQUE, PITRE QUI NAVIGUAIT ENTRE LE DRÔLE ET LE SÉRIEUX, IL ÉTAIT LE SEUL À AVOIR L'iMPUNITÉ NÉCESSAIRE POUR CRITIQUER LE ROI.Ob|ECTEUR DE CONSCIENCE INVOLONTAIRE, ANDRÉ FORTIN DÉCIDE d'assumer, de plus en plus, son sérieux.Il trouve même ça agréable.comme si c'était incompatible de faire danser et de répandre des idées! Peut-être une première entrevue sérieuse.PHOTO BENOÎT AOUN «Si on me demandait "Pourquoi tu dis telle chose dans telle toune?", je répondais "Ah ben.j'ai rêvé à ça une nuit", ou autre chose.C'était Earfait pour les entrevues show-iz.Les journalistes riaient."Ostie qu'y est fou!" À chaque journaliste, je répondais quelque chose de différent.Je niaisais.J'ai fait une entrevue pour Le Lundi qu 'ils n'ont jamais Eubliee.Je refusais de dire la cou-îur des condoms que j'utilise, où si j'en mettais un par dessus l'autre.» Robert Charlebois, quand il est devenu dans les années 70 une référence culturelle obligée et un modèle à penser pour plusieurs, les a surpris en annonçant vieillir: «y'en aura d'autres plus jeunes plus fous, pour faire danser les boogaloos-.Depuis, les boogaloos attendaient donc comme on attend le Messie.Et les Colocs sont arrivés.Ils sont arrivés dire impunément que les centres d'achats et les McDo défigurent les villes, que les journalistes sont souvent tèteux quand ils s'intéressent à la pauvreté, que les enfants de putain ont le présent difficile, que Golden Johnny travaille pour les yiippies1, que -Pierrette se trouve laitte» à côté du ••beau monde» du Shed Café' N'importe quel personnage public qui sortirait ça se ferait lapider.Mais les Colocs, y sont l'/ûn, y sont drôles, c'est une gCBQ de party.On peut ne pas les prendre au sérieux.Comme Foglia dans La Presse, Fortin peut dire des choses graves et crues, et la galerie rigole.Et leur disque tourne à la radio.Pourtant d'autres se sont fait casser: Plume, Karen Young, Steve Faulkner, André Duchesne, dont les propos choquaient, dérangeaient.Avec les Colocs, le politique rentre par les bouches d'aération.ASSUMER SON SERIEUX Pourquoi ne sont-ils pas pris au sérieux?Mon autre hypothèse est que la tradition veut que nos chansonniers ne soient pas de très bons musiciens et instrumentistes.D'un côté les auteurs, à qui on pardonne les lacunes techniques: de l'autre, les interprètes.Or les Colocs ont de sérieuses aptitudes d'instrumentistes.Le groupe est plus tight que bien des bands de rot* and roll sans paroles signifiantes.Fortin n'est pas d'accord.«Faire les bouffons, c'est ce qui nous a permis de ne pas être boycottés par la radio.On faisait comme ignorer, ou ne pas porter le poids des paroles.Quand je me suis rendu compte de ça, je n'ai pas trouve ça trop gTave.Je me suis dit: le monde qui vont vouloir saisir ce que je dis, ils vont le saisir quand même.Quand on porte des jugements sur la m 0) en r- Z D < 5 in eu o > société et sur soi-même, il faut pouvoir les défendre.Je me suis dit un moment donné "il faut que je réussisse à parler de mes chansons autrement qu'en faisant des jokes".C'est vrai qu'il ne faut pas se cacher.Quand j'ai commencé, je n'étais pas prêt à défendre ma vision du monde.Maintenant, j'ai du fun, mais je trouve intéressant d'assumer l'"autre côté", que dans mes paroles, il y a des idées et une vision du monde à défendre.» Je porte à l'attention de Fortin, ce passionné de cinéma, le cas de Chaplin.Les meilleurs films de Chaplin sont sûrement les premiers, plus spontanés, plus bouffons.Quand il a voulu devenir plus philosophique, quand il a voulu «passer des messages», c'était plus dur, plus lourd.Non?Le parolier des Colocs est d'accord, mais apporte une nuance essentielle.«Même dans sa première période, le personnage ne riait jamais de lui-même, il n'enlève pas de lui-même le poids de ce qu'il amène.Tu es porté à réfléchir parce que ça a l'air sérieux pour lui.Et jamais à la fin d'un film il ne venait se contredire, dire que ça n'était pas sérieux.» TOUCHER L'HUMANITE Fortin trouve difficile d'écrire.«Je m'ennuie quand je n'ai pas de contacts avec personne.Et pour écrire, il faut faire ça!» Mais sa tête est manifestement pleine d'idées.Il donne sa recette.«Je réussis bien quand je pars du particulier.Quand on veut faire une chanson sur l'amour, par exemple, il faut partir du particulier; si on part du général, c'est très rare que c'est réussi.Mes préférées, dans ce sens-là, sont Passe-moé la puck, La rue principale, Juste une p'tite nuitte, Mauvais caractère.Maudit que l'monde est beau est plus général.et moins réussi.Il me semble que j'aurais dû me concentrer sur quelque chose pour mieux exprimer le contraste entre la beauté vénérée et le personnage de Pierrette «Au début, la "bombe de la rue principale", je pensais que c'était particulier à Normandin, ou Dolbeau.J'ai compris plus tard que non.En tournée, plusieurs viennent me dire: "j'suis content d'entendre cette toune-là, j'suis pas l'seul à haïr ça les centres d'achats".» «Il faut travailler fort et constamment se cultiver pour écrire des textes qui soient branchés sur l'humanité.» Fortin a soudain peur d'être prétentieux.«Je sais que c'est gros.Mais je ne Je n'aime pat notre attitude par rapport aux Amérindiens.On les a classés assez vite comme citoyens de seconde classe.Quand ils acceptent de participer à notre société de consommation, ils provoquent des réactions: "Y va-tu être capable?" "Y va-tu nous faire chier?" Tabarnak, donnez-y une chance! C'est comme si t'invites quelqu'un chez vous, puis que tu poses 36 conditions, et que, finalement, il n'y en a pas de place chez vous.» «Sur l'immigration, il n'y en a pas de référendum; l'immigration, c'est trop bon pour la business'.Apportez'en des bouches, qu'y mangent!» Fortin croit-il à la démocratie participative, ou transparente?Je lui mentionne qu'en cas de référendum sur l'immigration.PHOTO BENOÎT AQUIN m (T.m LA NECESSITE D'EXISTER D 1 < 5 in eu o > Plusieurs lui ont demandé s'il allait voter oui ou non au prochain référendum constitutionnel.«Le référendum, ça va mesurer l'intensité du sentiment d'appartenance des Québécois.Il y en a plusieurs qui disent: "Oui, exister, c'est une bonne idée, mais pas à n'importe quel prix".Si les gens étaient convaincus que c'est très important d'exister, ils voteraient OUI tout de suite.Ça me déçoit quand j'entends des artistes dire qu'ils ne prendront pas position.Comme si c'était une question malsaine.Est-ce malsain de vouloir exister?Avec des références culturelles, une musicalité, des petites habitudes.Moi ça me touche vraiment beaucoup.» «Bien des jeunes pensent que l'avenir du monde, ça ne doit pas être que chaque petit bout de terre exige son droit d'exister, et que ça mènerait l'humanité dans un gouffre.Moi je pense le contraire: le conflit ne vient pas de ce que les gens demandent d'exister, il vient de ce qu'on leur refuse d'exister.» on trouverait peut-être un racisme très clair.«Oui, mais on partirait de quelque part.Tandis que là il y a quelque chose de tabou.Si on posait la question, on aurait des vraies réponses.On ne veut pas en parler officiellement.C'est une situation que je trouve aussi fatiguante que les inégalités qu'on peut voir.J'aimerais mieux que ce soit très clair ce que les Québécois acceptent ou n'acceptent pas, plutôt que de laisser ça à la politique officielle.» «Qu'est-ce que vous pensez vous autres, du tribunal islamique?» Fortin nous interpelle, le photographe et moi, avant de donner son avis.«On est-tu obligés d'accepter leur façon de traiter les femmes?J'ai l'impression qu'on recule.Ça me dérange, moi.» PHOTO BENOÎT AOUTJ sais pas comment dire ça autrement.Passe-moé la puck, ça me branche sur l'humanité.Quand il y a une dimension supplémentaire, même si c'est simple, ça peut te brancher sur l'humanité.Desjardins, Ferré, Vian ou Brassens arrivent à ajouter cette dimension-là.C'est la différence d'avec quelque chose qui est fait pour vendre et pour le show-business.Si j'aimais beaucoup le show-business, cette dimension-là ne m'intéresserait pas Fortin aime penser qu'il ne s'est pas donné corps et âme à l'industrie.-Moi je veux garder un mot à dire sur la promotion.Et notre compagnie de disque n'a pas le droit de venir en studio quand on enregistre.Ce qui est assez rare.Ça me choque quand je pose des questions et qu'on me répond "Inquiète-toi pas": je veux savoir.» Mais il refuse de blâmer la radio pour le -divertissement ■ homogène.Autant demander à un milliardaire de décréter la faillite du néo-libéralisme! «Ça doit être bien fatiguant pour une station de radio de recevoir des choses et de dire chaque fois la vérité.Ils invoquent alors que "ce n'est pas leur son", c'est plus simple.Il y a peut-être 4 ou 5 personnes au Québec qui décident de tout, les directeurs de programmation des grandes chaînes de radio.Si quelque chose leur plaît, ils vont le faire tourner- LA REVOLUTION SOURIANTE Les thématiques des Colocs sont plutôt grises: dope, alcool, peines d'amour, sida, villes défigurées, itinérance, folie, violence.Les textes de Fortin surprennent par leur réalisme noir.Ni joyeux ni léger.L'âme triste.Sur une musique de party, qui brasse, qui fait danser.11 y a quelque chose de latin là-dedans.Dédé raconte.•J'ai entendu un dicton, un moment donné, qui disait: "Le chant naturel de l'homme est triste, alors même qu'il exprime le bonheur." J'ai toujours eu l'impression qu'un Trenet fuyait sa tristesse.» Je n'aborde même pas la question du changement social, et Fortin me parle de révolution.«Je trouve plus attirant le révolutionnaire souriant que le révolutionnaire qui est noir.Je ne me considère pas moi-même comme un révolutionnaire, mais je suis plus attiré par des penseurs qui ont le sourire.Si je sens que la personne qui fait une réflexion sur la société est bien, ou qu'elle a du plaisir, je serai plus porté à écouter.On a moins le goût de suivre un pessimiste qu'un optimiste, même si l'optimiste se trompait.Le pessimiste, s'il se trompe, c'est platte; et s'il ne se trompe pas, tout le temps qu'on passe avec lui, qu'on ne sait pas s'il se trompe ou non, c'est platte aussi! J'aime mieux suivre l'optimisu PHOTO FRANÇOIS BOUCHES Un groupe hétéroclite.Patrick Esposito Napoli venait de Perpignan en France.André Fortin vient du Lac St-Jean, Jimmy Bourgoing de Sept-lles, Serge Robert de Ville Lasalle, et Mike Sawatzky, d'origine cri, est de Saskatoon! «Montréal, c'est ça aussi.Et le rock, le blues, le jazz, c'est devenu un folklore musical international.Partout dans le monde.En musique on connaît tous un peu les mêmes affaires.» A.Fortin C'est aussi une attitude qui aide à IBOB-voir les bouts plus rough.Et les Colocs en ont connus l'automne dernier alors que Pat Esposito, leur harmoniciste, est décédé du sida.«Pat était tellement content d'être avec une #0Q qui avait du fun pour ses dernières années.- suite page 13 m m r 2 3 < 5 -9 m OJ o > Passe-moé la puck PAROLES ET MUSIQUE: A.FORTIN Aujourd'hui la télévision est v'nue nous voir Pour constater l'état du désespoir Une coup'e de sans-abri à la veille de Noël Ça c'est un beau su|et pour le show des nouvelles La caméra dans' face j'y faisais des grimaces Mais que c'est qu'y font là à filmer ma carcasse?C'est pour un reportage sur les plus démunis ('voudrais savoir ton nom, j'voudrais voir ton taudis l'habite pas d'un taudis, j'm'appelle pas j'viens tout seul l'vas t'mettre les points su'es i ou ben mon poing su'a gueule Golden (ohnny travaille pour les yuppies Si j'avais l'droit d'voter ben j'voterais pas pour lui Y'a l'Armée du Salut, pourquoi tu vis dans'rue?J'ai dit ben passe-moé la puck pis j'vas en compter des buts! M'a poser d'autres questions sur ma situation C'est d'intérêt public de savoir si j'me pique Tu bois-tu d'Ia robine?Tu fouilles-tu dans'poubelle?Épargne-moi les détails de ta vie sexuelle Bobette, Branlette, Canette, Ginette, Quêter, manger ('m'en vas m'saoûler Tu vas en savoir plus long si tu m'donnes un peu de fric C'est comme le téléthon des alcooliques Y'a l'Armée du Salut pourquoi tu vis dans'rue?l'ai dit ben passe-moé la puck pis j'vas en compter des buts Le journaliste têteux a fait le tour du bloc Y'a filmé juste un peu, /a ramassé son stock Y'est rentré dans l'café, y'a demandé les chiot- tes Moi j'en ai profité pour y piquer son truck l't'allé m'chauffer les fesses au bureau du B.S.Ben on peut pas t'aider si t'as même pas d'adresse Ça fait qu'j't'allé tchèque un p'tit logement deux pièces On peut pas t'Ie louer, t'as même pas d'B.S.Aujourd'hui la télévision est v'nue nous voir l'me sentais comme un rat dans un laboratoire Y'a l'Armée du Salut pourquoi tu vis dans'rue?l'ai dit ben passe-moé la puck j'ai dit ben passe-moé la puck Ben passe-moé la puck pis j'vas en compter des buts.LE BEBE-TELEVISION (DE ST THOMAS DIDYME À MONTRÉAL) Né en 1962, sur une ferme de rang, près du petit village de St Thomas Di-dyme, au bout du Sague nay Lac-St-Jean.Dizième d'une famille de onze enfants.Le père, et plusieurs des frères, tra- vaillaient dans le bois.«Je suis arrivé dans la maison en même temps que la télévision.Ça m'a donné des ouvertures, ça m'a excité.Il y avait plein de trucs devant mes yeux.Ça m'a ouvert è une autre vie.» Il fait ses études primaires et secondaires LES BOUTS DE CHANSONS Quand on parle de textes.Fortin est conscient de certaines trouvailles.«Je me suis aperçu après coup que "centre d'achat" ne rimait pas avec les autres lignes.Ça rajoute à l'idée que ça n'a pas d'affaire là.Ça ne rime même pas.» C'est en arrivant à Montréal, vers 1981-82, que Fortin s'est mis à écrire des chansons, ou plutôt des bouts de chansons.«Plus jeune, je m'amusais souvent è imaginer des débuts de chansons.Mais je ne savais pas comment les continuer!» À Montréal, il a appris, au contact d'autres musiciens, tranquillement, à écrire des chansons complètes.«C'était pour m'amuser, pour le fun, pour me distraire.Je n'écrivais pas pour un public.C'était un peu comme de l'"art brut"!» a Normandin (la p'tite ville de la rue St-Cyrille et du centre d'achats).Un voyage culturel en Alberta lui fait perdre ses dispositions pour la science et lui en fait gagner pour les arts et les lettres.Rendu à Montréal, il réussit à obtenir son diplôme universitaire en cinéma sans suivre ses cours théoriques.Il travaille pendant un certain temps pour la télévision: les informations de Télé-Mé- tropole, Surprise sur prise.100 limites, etc.Mais la logistique est lourde, il préfère la création.«J'avais pas beaucoup d'oreille musicale, mais ça, ça se développe.La création, de toute façon, c'est comme un autre département! J'aime mieux en faire qu'en écouter.J'aime FAIRE, être en action.» De la guitare, il passe è la batterie.«C'était facile pour moi, je pouvais embarquer dans n'importe quel rythme.» A travers différents groupes improvisés, tel les Hollywood Mufflers, jouant le plus souvent dans des petits bars, il rencontre Jimmy, Pat, Serge, Mike, dans l'ordre du désordre.Ce qui l'amène, avec les Colocs, è être remarqué au Festival International de rock de Montréal (FIRM) en 1991.LE CLOWN INQUIET suite de la page 11 - «Je suis inquiet depuis que j'suis jeune.» - «Curieux aussi!?» - «Curieux, mais inquiet d'abord.Et ça développe la curiosité.» - «C'est quoi cette inquiétude?» - «Je ne sais pas.J'ai toujours été inquiet, mais en même temps.j"'aime ça"! Très jeune j'étais inquiet.Quand j'étais petit, je disais à ma mère en rentrant de dehors: "Il me semble que j'ai vu quelqu'un".Mais il n'y avait personne! Je faisais des histoires avec ça!» L'amusement est une façon de soigner l'inquiétude.Ce n'est pas une contradiction.-Je suis inquiet-, constate Fortin, -mais je rassure du monde.Comment j'arrive à faire ça?Je ne sais pas.J'imagine que quand l'optimiste dit "on va faire comme ci, on va faire comme ça", ça rassure son monde.» ^ 1 Son répondeur téléphonique affirme: «Salut, laissez-moi un message.pas trop long s.v.p.»! 2 Vous aurez reconnu l'ex-maire Doré.qui aurait dû s'y reconnaître.3 Le Shed Café, rue Saint-Laurent à Montréal, est un lieu branché par excellence depuis quelques années, où il fait bon se montrer.Un ami de Fortin entraîne patiemment son petit chien à aller chier sur le trottoir en face.LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE 0 il c il c i\ c D'iWSlBtt iflNtt WBttMB □ Abonnement individuel 1 an : 20,00 $ □ Abonnement individuel 2 ans : 35,00 $ □ Abonnement individuel à l'extérieur du Canada 1 an : 25,00 $ D Abonnement institutionnel 1 an : 28,00 $ □ Abonnement institutionnel à l'extérieur du Canada 1 an : 33,00 S D Abonnement de soutien 1 an : 28,00 $ D Étudiants / Sans-emploi 1 an : 14,00 $ D Numéro individuel 3,75 $ + 1,25 $ poste NOM 1 ADRESSE CODE POSTAL PAIEMENT INCLUS : MME PARVENIR VOTRE Revue Vie Ouvrière, (Québec), H2L 2Y7 ■ CHÈQUE OU MANDAT-POSTE À : 1212, rue Panet, Montréal Téléphone : (514) 523 5998 K i~7~ iT IT.iV i ù»iU-^.:7^ ir '7 Gosselin^A ssocies < i >M t'T AH! I S \(,KI I S I4IS.RUE JARRV EST BUREAU 430.MONTRÉAL (QUÉBECl H2E IA7 TÉLÉPHONE 15141 376-40W TÉLÉCOPIEUR I5IJ) J7t,-40 PHOTOS YVES PROVENCHER t un nés âgées à cohabiter avec des personnes atteintes du sida.Les mesures de prévention leur sont alors expliquées, et il rencontre les proches parents pour les rassurer.Cette démarche de sensibilisation sera d'autant plus facilitée que les personnes âgées habitant la maison ont très bien connu son conjoint et ont été des témoins privilégiés de sa longue et pénible agonie.Seule une dame, Alexina Côté, décidera de partir pour mieux revenir quelques mois plus tard.«Mes craintes étant atténuées, explique-t-elle, et je me suis rendu compte que l'intimité d'une petite maison d'hébergement me manquait.» La cohabitation de personnes âgées et de personnes sidéennes s'est ainsi effectuée en douceur.«Les deux groupes partagent les mêmes repas, jouent aux cartes et leurs visiteurs se mélangent dorénavant après avoir compris que le sida ne s'attrape pas en se donnant une poi-.gnée de main», me dit Richard Surducan.Pour Germaine Ferland, «doyenne» des bénéficiaires de la maison d'hébergement, «les personnes sidéennes sont avant tout des êtres humains.victimes d'une terrible maladie.» Ainsi, au mois d'août 1994, la Maison Richard G.Desjardins devient la première résidence (et sera en 95 encore la seule) à accueillir des personnes atteintes du sida et des personnes âgées.«UNE CLIENTELE A LA FOIS» Opérer une maison d'hébergement pour personnes atteintes du sida nécessite des coûts plus élevés que s'il s'agissait de personnes âgées.Il faut ajouter du personnel de garde supplémentaire et prévoir l'achat de lits d'hôpital.Richard Surducan entreprend alors des démarches auprès de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Montérégie pour obtenir une subvention pour compléter cette transformation.Avant même d'avoir étudié cette demande, certains dirigeants-es de la Régie lui font comprendre qu'il devra se spécialiser auprès d'une seule clientèle parce que, selon leurs critères, il s'agit de deux clientèles différentes.Espérant voir sa demande de subvention acceptée, et considérant le nombre élevé de personnes atteintes du sida qui désirent une place, le conseil d'administration de la maison décide au début de 1995 de donner suite à la recommandation de la Régie régionale, en desservant exclusivement des personnes sidéennes.Richard Surducan entreprend aussitôt, en collaboration avec les tra-vailleurs-ses sociaux-les du CLSC, des démarches pour reloger les personnes âgées vers d'autres centres d'accueil.Entre-temps, la Régie lui apprend que la demande de subvention est refusée.La Régie invoque que le projet d'une maison d'hébergement pour personnes sidéennes est trop coûteux et qu'elle tient davantage à favoriser des organismes leur dispensant des services dits légers (information, prévention, co-voiturage, écoute et accompagnement).Richard Surducan qualifie cette décision d'absurde.«Les services lourds ne sont que la prolongation des services légers à offrir aux personnes atteintes du sida.En fait, ces dernières subissent tôt ou tard une perte d'autonomie tellement importante qu'elles doivent recourir inévitablement aux services lourds.L'avènement de maisons d'hébergement pour les personnes atteintes du sida ne constitue sûrement pas une "mode" comme le prétendent certains dirigeants de la Régie.» «Où sont les véritables économies lorsqu'une personne atteinte du sida doit être hospitalisée durant une période prolongée?», se demande Richard Surducan.Selon les données fournies par Lauréanne Collin, de la Direction des relations avec la communauté de la Régie régionale de Montréal, le coût d'hébergement annuel pour une personne dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée du réseau public se situe entre 40 000$ à 60 000$ par an.En guise de comparaison, Richard Surducan prévoyait héberger environ 10 personnes atteintes du sida avec un budget annuel de 145 000$.Suite à ce refus, le conseil d'administration a opté pour maintenir la cohabitation de personnes âgées et de personnes sidéennes.Richard Surducan explique cette volte-face comme suit: «Tout d'abord, c'est une question de survie pour la maison.Aussi drôle que cela puisse paraître, la contribution monétaire mensuelle des personnes âgées est légèrement supérieure à celle des personnes sidéennes, soit 625$ contre 481$.Les personnes âgées habitant notre maison ont une capacité de paver que ne possèdent même pas les personnes atteintes du sida; ces dernières recevant pour la plupart de l'aide sociale ou ont de très faibles revenus.Cette décision, ajoute-t-il, nous permettra également de démontrer que la problématique d'hébergement est la même pour les deux groupes contrairement aux prétentions des dirigeants de la Régie régionale.- LES COUTS D'OPERATION En retour des frais d'hébergement exigés, la maison fournit aux six personnes sidéennes et aux quatre personnes âgées les services suivants: la nourriture, les frais d'entretien, l'accompagnement, le soutien tant sur les plans moral que physique, l'aide aux familles, les soins médicaux à domicile, le suivi aux hôpitaux Charles-Lemoyne et Pierre-Boucher.Elle offre aussi le co-voiturage aux personnes sidéennes vivant à l'extérieur de la maison d'hébergement, et un café-rencontre.Trois personnes, dont deux salariées, dispensent ces services.Quelques bénévoles donnent fréquemment de leur temps pour permettre aux em-ployés-es de souffler un peu.La Maison Richard G.Desjardins fait donc face à des coûts d'opération assez élevés, et qui le seraient encore plus sans l'apport de bénévoles.Les prévisions budgétaires annuelles soumises dans la demande de subvention étaient les suivantes: 145 000$ pour faire fonctionner une maison accueillant uniquement des personnes sidéennes dont moins de 40 000$ en coûts salariaux, tandis que les revenus anticipés par la contribution attendue des personnes bénéficiaires se situaient à près de 52 000$.C'était donc pour combler un déficit légèrement supérieur à 90 000$ qu'une demande de subvention avait été adressée à la Régie régionale.«Malgré l'apport supplémentaire provenant de la contribution des personnes âgées, le déficit prévu se situera à près de 65 000$», tient à préciser Richard Surducan.Des pourparlers ont été entrepris auprès du CLSC afin de vérifier si les personnes sidéennes qui vivent en maison d'hébergement peuvent être admissibles au programme SISMAD-SIDA au même titre que les personnes occupant leur propre logement.Le montant octro\t soit 228$ par semaine, pourrait servir à combler le déficit anticipé de la maison.Pour le moment, le problème du sous-financement ne s'est pas posé avec a n r Z < « o ni c acuité.La seule personne qui requérait des soins médicaux particuliers au moment de la réalisation de ce reportage Richard Surducan et Gilles Thériault possédait sa propre assurance pour défrayer les coûts d'embauché d'une infirmière.«Mais qu'adviendra-t-il des autres personnes lorsqu'elles nécessiteront des soins médicaux plus importants?- se demande Surducan.L'OUVERTURE D'ESPRIT Le témoignage de Gilles permet de mesurer l'importance des maisons d'hébergement pour personnes atteintes du sida.«En juin 1994, je croupissais seul dans mon appartement.Je ne mangeais plus depuis une dizaine de jours et mon poids n'était plus que de 42 kilos.J'attendais la mort.Une amie religieuse passant par hasard chez moi me voit dans ce triste état.Elle entreprit aussitôt des démarches auprès de Richard Surducan pour que je puisse aller habiter sa maison d'hébergement.Huit mois plus tard, je suis toujours vivant et je suis revenu à mon poids normal.Gilles termine l'entrevue avec la réflexion suivante: «Si la population démontrait autant d'ouverture d'esprit que les personnes âgées habitant cette résidence, il serait probablement plus facile d'accepter le sort qui nous attend.» l!3 in a en Z 3 < t ifl eu o > Québec, on pays à portée de main ! Publication de 616 pages, 14.95$ Pourquoi l'indépendance Mépris de la constitution Finances publiques Invasion fédérale Génocide des francophones Négociation impossible L'Action ^nationale! 1259, rue Berri, bur.320 Montréal ■ H2L 4C7 (514) 845-8533 Alliance des professeures et professeurs de Montréal iceo Par les temps qui courent, trop peu de gens disent aux professionnelles et professionnels de la santé à quel point ils sont précieux à l'amélioration de la qualité de vie des Québécoises et des Québécois.En ce 1er mai, la Centrale des professionnelles et professionnels de la santé tient à souligner la valeur du travail de ses membres.CENTRALE DES PROFESSIONNELLES ET PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ m en 01 z 4 m ru o > LE FIL UU TEMPS PHOTOS: BERNARD JEAY TEXTE: HAMID LAÏDAOUI Emportés par la foule qui nous draine et nous entraîne, chantait la môme Piaf.L'homme et sa fiancée ont été, de tout temps, attirés par les files d'attente.Que ce soit pour manger dans un resto célèbre, retourner les etrennes des fêtes, courir les Boxing days et autres soldes annuels, se précipiter pour les REER ou les soupes populaires.L'ANONYMAT COLLECTIF «Oyez, braves gens qui vous ennuyez», clament les médias.«Venez nombreux pour vous recueillir, vous baigner ou acheter le dernier gadget en ville!» Il n'y a de communautaire que l'illusion d'être ensemble, se plaignait Vaneigem (Traité du savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Gallimard).Mais son désarroi au contact des foules exprime l'angoisse et la difficulté de vivre comme dans les peintures d'Edvard Munch.Combien au contraire sont ces hommes et ces femmes qui, pour fuir la grisaille et la monotonie, se fondent dans la foule en quête d'une dérive psycho-géographique.LA SOLIDARITÉ Malgré cette époque de sinistrose et d'individualisme, un geste spontané de solidarité s'opère dés qu'il s'agit d'une noble cause.C'est ainsi que des milliers de personnes ont défilé pour se recueillir après le massacre de Poly ou pour déposer leur obole lors d'une guignolée ou à l'appel des organismes caritatifs.Heureusement l'homo sociologicus est un dépassement de l'homo oeconomicus, constate le sociologue Raymond Boudon (io logique du social, éd.Pluriel).Au grégarisme mercantile et à la dictature du gadget, il oppose la solidarité sociale, au mensonge réifiant la vérité subjective.Alors, manipulation des foules ou social éclaté?Au fil du temps l'humain, tantôt prométhéen, tantôt dionysiaque, est toujours à la recherche du social perdu, j^ij in 0) O) z > Les relations entre l'Etat et le communautaire: Remise du prix Simonne Monet-Chartrand à Lucie Bélanger, de Relais-femmes, par Lisette Lapointe, le 8 mars 1995 au Centre des femmes de Montréal.PHOTO XAVIER UU6 CHHON&PBESSE UN MARIAGE DE RAISON?I E Le mouvement communautaire québécois a bien changé depuis 30 ans.Les groupes populaires étaient un lieu de militantisme; ils sont en train de devenir un nouveau secteur d'emplois.Chaque nouveau problème social suscite la création de nouveaux organismes communautaires.Ils sont maintenant plus de 3 000 au Québec, dans toutes les régions, prêts à offrir un service de première ligne bien différent de celui DISPENSÉ PAR LE RÉSEAU PUBLIC.On LE DIT PLUS HUMAIN, PLUS DÉMOCRATIQUE.MAIS POUR L'ETAT, C'EST SURTOUT MOINS coûteux! A L'HEURE DE NOUVELLES COMPRESSIONS DANS LES BUDGETS SOCIAUX ACCOMPAGNÉES D'UN MOUVEMENT IMPORTANT DE DÉCENTRALISATION, QUE NOUS RÉSERVENT CES NOUVEAUX RAPPORTS ÉTAT-COMMUNAUTAIRE?Le COMMUNAUTAIRE EST-IL EN TRAIN DE VENDRE SON ÂME POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS?Un dossier réalisé et écrit par JEAN ROBITAILLE • yv DES INTERETS CONVERGENTS Au MOMENT DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE DES ANNÉES 60, l'ÉtaT-PrOVIDENCE NAISSANT A EU BESOIN DE S'APPUYER SUR LE MOUVEMENT SYNDICAL POUR SE DÉVELOPPER.L'ÉTAT EN CRISE d'aU|OURD'hUI A BESOIN DE S'APPUYER SUR LE MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE POUR SE RETIRER! I État du début des années 60 est L' confronté à d'énormes défis.Dans le domaine de la santé, de l'éducation, les trous sont béants, les disparités énormes, les services morcelés.Pour constituer un État national moderne, laïc, qui assume pleinement le développement social et économique du Québec, un consensus social s'impose.Le partenariat État-mouvement syndical est alors essentiel à la constitution d'un État-Providence.L'organisation syndicale y gagnera beaucoup.L'adoption du Code du travail en 1964, la syndicalisation des employés-es de l'État à la même époque et la reconnaissance de leur droit de grève sont le résultat de cette conjoncture particulière.L'État y trouve son compte.Il normalise et domestique ses rapports avec les milliers de travailleurs-ses qui seront appelés à relever les défis sociaux dorénavant dévolus à l'État moderne.À LA DIÈTE Aujourd'hui, ce même État est critiqué de toutes parts pour son caractère technocratique, bureaucratique.Pour reprendre les termes de Jacques Grand'Maison, malgré des moyens substantiels, l'État n'a pas réussi à régler aucun des graves problèmes sociaux qui nous confrontent.Son pouvoir est affaibli par la mondialisation des marchés.Il est endetté.Et les problèmes sociaux, loin d'être résolus, se multiplient, se complexifient."L'État doit faire plus avec moins», voilà la nouvelle maxime de nos gestionnaires publics.L'État en crise a donc à nouveau besoin d'un partenaire fiable pour opérer les transformations qu'il s'impose.Les intérêts du mouvement syndical ne convergent plus avec ceux de ce nouvel État contraint à une diète sévère.Mais le mouvement communautaire apparaît comme le partenaire tout désigné.Et depuis le temps que le mouvement communautaire lutte pour sa reconnaissance.Les besoins de l'État à l'égard du communautaire se résument ainsi: • Assurer la complémentarité du réseau public dans la dispensation des services socio-sanitaires.En clair, assumer tout ce qui déborde, ou ce que l'État ne veut pas ou plus prendre à sa charge (ex: maintien à domicile, violence conjugale, nourrir les enfants des quartiers défavorisés, etc.); • Favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des personnes sans emploi qui sont à la charge de l'État par le biais des programmes d'employabilité; • Revitaliser les communautés locales, participer au processus de «communau-tarisation », de démocratisation des communautés locales; • Faire jouer par le communautaire un rôle de contrôle social des populations à risque (ex: délinquance juvénile, prostitution, itinérance, problèmes de santé mentale, encadrement des personnes assistées sociales, etc.).Mais le communautaire a également besoin de l'État.11 compte bien que sa reconnaissance par l'État se traduise par un meilleur financement.11 pourra ainsi rendre plus accessibles les services alternatifs qu'il offre.Le mouvement communautaire aspire aussi à une démocratisation et un élargissement de la société civile.Il veut représenter les exclus-es et il s'affiche comme un nouveau partenaire, incontournable, de la définition et de l'organisation de notre vie en société.J^T, ILLUSTRATON DENIS ROUX L'autonomie du mouvement communautaire est une question hautement épineuse, lusqu'où le communautaire a-t-il besoin de l'État?Et la réciproque est aussi vraie.Jacques Fournier, du CLSC Longueuil-Ouest, nous fournit une belle image pour illustrer cette tension.«Ça me fait penser à deux porcs-épics en hiver.Ils ont froids et ils ont besoin de se réchauffer.Ils ont tout intérêt à se rapprocher.Mais attention, pas trop proche parce que sinon, ça pourrait piquer.»^ Québec depuis 1960 UNE PRÉSENCE TENTACULAIRE D'après un texte de LUCIE BÉLANGER, LORRAINE GUAY et VINCENT GREASON Cl est au début des I années 60 que nait véritablement ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler le mouvement communautaire autonome.Car l'émergence de l'État moderne n'entraîne pas automatiquement la disparition de la pauvreté, de la discrimination, de l'exploitation.Un changement majeur s'opère alors dans la façon de comprendre et d'agir face aux conséquences du mal dévelop-pement.À partir de 1960, on voit en effet se consommer une rupture a%'ec les élites traditionnelles et leurs modes de prise en charge des plus démunis-es.Alors que la Société Saint-Vincent-de-Paul et les organismes gravitant autour de l'Église et de ses institutions continuent d'être très actifs dans les loisirs et les activités charitables, on voit naître les premiers comités de citoyens-nes issus des milieux défavorisés.Ces comités ne quêtent plus des paniers de Noël mais revendiquent de meilleures conditions de vie: logement, parc, école, centres communautaires, etc.Ces comités rejettent la dépendance: ils misent sur la participation des premiers concernés par les injustices, sur la reconnaissance de leurs droits et sur l'action collec- tive.Cela restera l'origine, l'âme et le coeur du mouvement communautaire autonome québécois.Au Maîtres chez nous du début de la décennie, les groupes populaires allaient répondre par Le potiwriraiu citoyens.mais pas n'importe quels citoyens!.DANS TOUS LES SECTEURS Aux stratégies de revendication et de pression sur les pouvoirs publics, s'ajoute la création de services communautaires contrôlés par les ci-toyens-nes eux-mêmes.On assiste alors à un véritable déferlement d'initiatives créatrices: - comptoirs alimentaires coopératifs soutenus par les ACEF; - cliniques médicales; - services juridiques: - centres d'éducation de quar- tier; - associations de locataires; - regroupements d'assistés so- ciaux (ADDSl et des avocats populaires; - groupes de soutien en formation, information, documentation; - premières garderies.La conception du service est et restera différente.Côté solidarité internationale, il est révélateur de constater que les premiers groupes se forment autour de l'appui au Chili d'Allende.Plus tard ce sera le Nicaragua des Sandi-nistes et les oppositions aux dictatures militaires du Salvador et du Guatemala, ceci en confrontation perpétuelle avec la politique extérieure canadienne.C'est à cette époque que débute la longue et dure bataille du financement par l'État de l'éducation populaire autonome.-Les groupes entendent faire valoir qu'ils ont une contribution spécifique dans les milieux où ils oeuvrent, qu'ils doivent être financés en conséquence, que ce financement doit cesser d'être aléatoire.»1 MOUVEMENTS DE FEMMES Puisant dans ses luttes historiques, le mouvement des femmes continue, intensifie et diversifie ses actions directes, ses pressions, ses négociations pour modifier le sort et la place des femmes dans notre société.Seront mis sur pied des organismes aussi variés que la Fédération des Femmes du Québec (1966), l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (1966), le Front de libération des femmes du Québec (1969), les comités de condition féminine dans les grandes centrales syndicales.Les politiques gouvernementales en seront fortement influencées et donneront naissance au Conseil du statut de la femme ( 1973) et à la publication en 1978 d'un mémoire qui fera époque: Pour la Québécoises, égalitietmdépendmce.O) en in M o > Les groupes féministes interviendront sans relâche pour le droit à l'avortement et à la contraception libres et gratuits avec le fameux Nous aurons les enfants que nous voulons, contre la violence faite aux femmes, pour l'égalité dans l'emploi, contre le sexisme, pour l'accès aux congés de maternité et à un réseau universel et gratuit de garderies.On procède à la mise sur pied des Maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, des Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, des Centres de femmes, des Centres de santé de femmes, des Associations de familles monoparentales, etc.ÇA POUSSE Dans une conjoncture économique de plus en plus difficile, devant les problèmes croissants d'appauvrissement et de mal développement d'une société fracturée créant deux Québec dans un, le mouvement communautaire autonome se développe.Il fera une critique de plus en plus systématique du monopole étatique de la gestion du social.On assistera ainsi presque simultanément à partir des années 80: - à l'émergence d'un mouvement de jeunes rassemblés dans le Regroupement autonome des jeunes qui mène à l'époque la bataille pour obtenir la parité de l'aide sociale pour les moins de 30 ans, la jeunesse ouvrière catholique qui, en 1983 avec «d'autres groupes populaires, organise la Marche des sans emploi» (Favreau, 1989:39).Le Regroupement des Maisons de jeunes, le Regroupement des Mai-sonsd'hébergement jeunesse, le Regroupement des organis- mes communautaires jeunesse, etc.poursuivent dans cette lignée.-à l'arrivée sur la scène publique de personnes âgées décidées à lutter collectivement pour améliorer leur qualité de vie.■Jugeant les clubs de l'Âge d'or un peu trop timides socialement, trop centrés sur les loisirs et pas assez sur les droits des retraités, certains-es mettent sur pied l'Association québécoise des droits des retraités-es»2.Ce sont ces groupes qui vont mener la fameuse lutte de la désindexation des pensions de vieillesse contre le gouvernement fédéral.- à la consolidation de l'action bénévole libre dans de nombreux secteurs, plus particulièrement dans l'aide aux personnes âgées désireuses de vivre à la maison le plus longtemps possible.Considérée comme un moyen d'expression et d'accomplissement pour plus de 3 millions de personnes au Québec, l'action bénévole se distingue de celle des groupes communautaires «par le fait que les services offerts à la population par les organismes bénévoles sont généralement donnés par des bénévoles alors que dans le cas des organismes communautaires, les services sont donnés par du personnel rémunéré.» - à l'implication de plus en plus systématique des communautés culturelles dans des actions de pression politique visant l'adaptation culturelle des services (mentionnons par exemple l'action de l'Association des communautés culturelles pour l'accès aux services de santé et aux services sociaux) et dans la création de groupes communautaires répondant à leurs besoins.LES DIFFERENTS SECTEURS Tous les secteurs de la vie sont littéralement pris d'assaut: - l'habitation avec la poursuite du travail des comités de logement en faveur du logement social mais avec la mise en place de coopératives d'habitation et plus tard l'implication dans les défis plus larges de l'aménagement urbain; - l'éducation populaire poursuit ses revendications historiques y ajoutant le phénomène de l'analphabétisme auquel vont s'attaquer les groupes d'alphabétisation; - l'information avec la proli- fération des journaux et des radios communautaires; - la santé et le bien-être où se multiplient les ressources et services qui cherchent autrement à répondre à de nouveaux besoins issus à la fois de nouvelles exclusions sociales et économiques et des rigidités du réseau public.On trouve des ressources alternatives en santé mentale, des groupes SIDA, de l'intervention auprès des hommes violents, des cuisines collectives, un mouvement pour l'humanisation des naissances, des ressources pour toxicomanes, etc.; - le travail où, avec les Coopératives de travail, les Corporations de développement économique communautaire s'affairent à des solutions novatrices aux problèmes d'exclusion du marché du travail.De nombreuses initiatives visent soit le maintien et la création d'emplois, soit le développement de l'em-ployabilité, soit une combinaison des deux (telle l'expérience du Carrefour Jeunesse-Emploi).Au niveau provincial, le réseau des SEMO date d'une vingtaine d'années.Fondé par des groupes de quartier, il vise par exemple à con- trer l'exclusion du travail de citoyens-nes particulièrement discriminés tels les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les toxicomanes, etc.AGIR LOCALEMENT Au niveau régional, de nombreux groupes sont engagés dans le développement local, poursuivant une démarche d'expérimentation et d'innovation (ex: la coopérative de tomates de Manseau, le JAL, etc).Des groupes de défense de Manifestation pacifiste de femmes, à Ottawa, le 8 mai 1983.p^a macti*damxjrs L'Z droits des chômeurs-ses, le Mouvement Action-Chômage par exemple, continuent d'être très actifs.On doit également mentionner la contribution importante des groupes pacifistes, environnementaux et de coopération internationale.Des luttes, récemment, sont initiées, entre autres par la TROVEP de Montréal, contre les programmes d'employabi-lité du fédéral (PDE, article 25, etc.).Les comités d'assistés-es sociaux et de nombreux groupes communautaires attaquent les programmes provinciaux (EXTRA, PAIE, Corporation intermédiaire de travail, formation obligatoire, etc.).Des réflexions sont menées dans divers milieux sur le sens même de la croissance économique et du progrès social, et sur les mutations profondes du travail dans les sociétés dites "développées- (mutations liées à la fois à la mondialisation des marchés et aux poussées technologiques).Les revendications du mouvement communautaire visent de plus en plus la création d'emplois socialement utiles et qui expérimentent de nouvelles formes de gestion et d'organisation du travail.^T, 1 Mouvement populaire et fafer-ventton communuuttitrt: de 1960 à nos jours.Continuités et ruptures.CFP et les Éditions du Fleuve-Alternatives, Louis Favreau, 1989.2 Ibid.Présentation d'aiteirs: L.BÉLANGER, L.GL'AY et V.GREASON ont écrit en janvier dernier un document de réflexion intitule "Le Secrétariat d'État à l'action communautaire autonome».Le présent article reprend de larges extraits de l'historique de ce document.m 01 o> < 5 m eu o > Le temps est venu de reconnaître le secteur communautaire comme un partenaire de l'État au même titre que ses institutions locales, les CLSC, les bureaux d'aide juridique, les commissions scolaires, etc.1 •> Voilà ce que le gouvernement péquiste avait à proposer le 17 janvier dernier aux représentants-es du mouvement communautaire.Et voici ce que le mouvement communautaire aurait voulu entendre: «Le temps est venu de reconnaître le secteur communautaire comme un partenaire de l'État au même titre que le mouvement syndical, le monde des affaires, les municipalités, etc.» PARTENAIRES SORTIR DES LIGUES MINEURES Toute la différence est là: à quel niveau de pouvoirs le communautaire pourra-t-il intervenir?Dans les ligues mineures ou dans les ligues majeures?Le mouvement communautaire a des prétentions, d'ordre politique, dont celle de parler au nom des exclus-es.Vivian Labrie, militante de Québec, l'exprime bien quand elle dit que -dans notre hiérarchie sociale, en dessous du mouvement syndical, il n'yapasde représentant reconnu.- Mais le mouvement communautaire a des croûtes à manger, reconnaît-elle."Pour vraiment jouer le rôle de contre-pouvoir politique, le communautaire va devoir relever le défi de constituer un mouvement de masse plus organisé.» LA MYSTIQUE DES EXCLUS-ES est également ce que prétend Joseph Giguère, directeur du Centre St-Pierre.«Je me plais à dire que le communautaire est le meilleur représentant des énergies des exclus et des pauvres.Dans l'histoire, la révolution paysanne puis le mouvement syndical ont été le moteur de la justice sociale.Ce rôle appartient maintenant au communautaire.Mais, évidemment, il ne suffit pas de l'affirmer pour Joseph Giguère qu'il en soit ainsi.Le communautaire doit représenter plus que la mystique de l'exclusion, il doit représenter les exclus.» Pour que le communautaire puisse jouer adéquatement ce rôle de représentation politique, il devra en avoir les moyens.La Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal rappelait récemment que «si la société comprend que les exclus-es et les marginalisés-es ont le droit d'être aidés-es, il semble plus difficile de percevoir qu'ils et elles ont aussi le droit d'être représentés-es.» Vivian Labrie ouvre de nouvelles voies en disant qu'il faudrait au mouvement communautaire -l'équivalent de la formule Rand2.Une forme de taxation sociale qui nous assurerait que les pauvres soient représentés et entendus.» UN RAPPORT MARCHAND Mais comment jouer ce rôle politique quand le financement par programme confine les groupes communautaires à la dispensation de services?Jean-Yves Joannette, coordonnateur de la TROVEP de Montréal, est particulièrement virulent."La lutte pour la reconnaissance de nos services va travestir plein de choses.On participe au pattem d'infantilisation des pauvres.On était des Comités de citoyens; on est devenu des organismes à «clientèle».On entre dans un rapport marchand avec le monde.Mais pire, de plus en plus, les groupes sont forcés d'exclure les gens puckés.Plutôt que ces gens-là aillent foutre le bordel au bureau d'aide sociale, c'est contre les groupes qui les excluent qu'ils réagissent.- J^T, 1 Le Secrétariat à l'action communautaire, Do- cument de consultation, Cabinet du Premier ministre, 17 janvier 199S.2 La formule Rand garantit la perception automatique des cotisations syndicales.Ce fut un gain historique pour l'organisation du mouvement syndical La fable du Loup et du Chien Il était une fois un loup qui avait très faim, suis sûr que tu pourrais manger avec nous si tu S'approchant d'une ferme, il aperçut un le désires», ajouta-t-il.chien.«Mon dieu, ce que tu es maigre mon pauvre loup», lui cria le chien.Le loup, Le loup, intéressé par l'offre, s'étonna tout de affamé, se montra curieux.«Comment se même de ce que le chien portait autour du cou.fait-il que toi, tu aies l'air aussi vigoureux?», Il le questionna encore.demanda-t-il.«Ah ça, c'est juste un collier.On l'attache à une «Je me porte très bien parce que je suis bien corde parce que le maître veut qu'on protège nourri par le maître de la ferme.À tous les la ferme et qu'on ne s'en éloigne pas.» jours, le maître me tend ses restes et ça me suffit amplement», répondit le chien, «je Le loup prestement s'enfuit sans manger.^«, Le Secrétariat à l'action communautaire (SAC): «L'OMBUDSMAN DES GROUPES» «Le rôle premier du Secrétariat à l'action «Il faut bien comprendre l'objectif du communautaire sera d'améliorer les re- gouvernement, poursuit-il.On veut que lations entre les organismes commu- les organismes puissent jouer le mieux nautaires, leurs regroupements et legou- possible leur rôle qui est d'améliorer les vernement», selon Yvon Leclerc qui tra- solidarités locales.Et non pas qu'ils soient vaille depuis l'automne dernier à la créa- forcés d'obéir à la techno-structure de tion du nouveau Secrétariat.Une struc- l'État.La tentation normative va proba- ture modeste et légère dans l'appareil blement toujours exister dans la ma- gouvernemental mais drôlement bien chine d'État; cette tentation de couler logée - directement dans les bureaux du les rapports avec les groupes dans un Premier ministre -, et dirigée par Lisette moule rigide.Il nous appartiendra au Lapointe, l'épouse du chef du gouverne- Secrétariat de veiller au grain.D'être en ment.fait, un peu comme Yombudsman des groupes.» Faciliter les relations entre l'État et le communautaire, c'est entre autres, pour On pourrait néanmoins craindre que le Yvon Leclerc, «d'éliminer les exigences gouvernement soit tenté de n'accréditer qu'on impose aux organismes, souvent que les groupes qui feraient son affaire, plus élevées que celles demandées à des et qu'il ne profite de l'occasion pour grosses entreprises comme Bell Canada! couper les vivres de ceux qui contestent Des états financiers vérifiés ou des for- trop.Yvon Leclerc réfute énergiquement mulaires qui n'en finissent plus, on va cette hypothèse.«Écoute, si tu fais taire oublier ça.» ceux et celles qui révèlent les injustices et qui indiquent les carences du secteur public, comment veux-tu résoudre les problèmes?Ces groupes-là sont porteurs d'un message que les autres acteurs de la société ne livrent pas.» JJï^ Yvon Leclerc DONNANT DONNANT VOUS NE VERREZ JAMAIS UN-E POLITICIEN-NE ADMETTRE QUE LES INTENTIONS DE SON GOUVERNEMENT VISENT À SOUMETTRE LES CROUPES COMMUNAUTAIRES AUX POLITIQUES DE LEUR MINISTÈRE.Au CONTRAIRE, TOUS LES HOMMES ET FEMMES POLITIQUES RENCONTRÉS-ES NOUS AFFIRMENT QUE LA PREMIÈRE CHOSE À PRÉSERVER DANS LES RAPPORTS ETAT-COMMUNAUTAIRE EST L'AUTONOMIE DE CE MOUVEMENT.Les Centres de femmes du Québec ont récemment démontré comment des programmes gouvernementaux de financement pouvaient pervertir leur mission et neutraliser leur approche féministe.C'est le cas du programme PACE (Programme d'action communautaire pour les enfants) qui vise à contrer les effets de la pauvreté chez les enfants de 0 à 5 ans.Coincés dans un éternel dilemne de sous-financement, les centres de femmes tordent un peu leur mission de base, passent sous silence l'approche féministe pour mieux se classer parmi les autres concurrents à ce programme.La rédaction du projet sera même souvent confiée à une personne contractuelle ou du CLSC qui possède déjà le langage de l'épidémiolo-gie et de la réadaptation des individus à risques.On comprend pourquoi quand on lit les objectifs spécifiques et les résultats à atteindre sur la base desquels le travail des organismes sera évalué: «que 85% des enfants participants maintiennent leur développement psycho-moteur dans les limites reconnues par le pré-test de Denver selon leur catégorie d'âge respectif; que 7596 des enfants participants maintiennent ou améliorent leur développement physique selon les courbes de croissance du Centre de recherche de l'Université de Montréal;» etc.On ne s'étonnerait donc pas que de tels programmes soient dispensés par le biais d'un CLSC, puis ainsi encadrés et évalués.Mais l'époque de 'État mur à mur est révolue: les organismes c o m m u -nautaires sont appelés à dispenser ces pro-grammes, selon les mêmes termes et conditions que ne l'aurait fait un CLSC, mais à moindre coût.QUI DECIDE?I a travailleuses sociales des CLSC nous transfèrent leur clientèle», souligne Nancy Burrows, du Centre des femmes de Verdun.«Et c'est pas tant parce qu'elles trippent sur notre approche féministe, mais simplement parce qu'elles ne suffisent pas à la tâche.C'est carrément une forme de dumping.» Michelle Asselin, coordon-natrice de l'R des centres de femmes du Québec, constate que «les modes actuels de financement nous forcent plus au service au détriment de nos autres vocations d'action et d'éducation.» Ce rôle de complémentarité aux services publics que jouent les organismes communautaires pose en fait toute la question de la provenance des mandats selon Vivian Labrie de Québec.Parce que les groupes sont dans une situation financière difficile mais aussi parce qu'ils sont sensibles aux besoins des gens dont ils côtoient la misère quotidiennement, ils acceptent d'embarquer dans des programmes gouvernementaux qui sont loin de leur convenir, mais qui sont mieux que rien.« Les groupes doivent décider si leurs mandats leur viennent du gouvernement ou de leur base.On assiste de plus en plus à l'émergence d'OSBL (organisme sans but lucratif) non-idéologiques.C'est comme une "neutralisation" des OSBL de conscientisation.» LA CAUTION DU DEPUTE Le Ministère de l'Éducation vient de servir un autre exemple d'atteinte à l'indépendance des groupes d'éducation populaire autonome.Sous les allures d'une très bonne nouvelle - une augmentation de 45% de l'enveloppe budgétaire qui leur est destinée et l'institution d'un financement triennal -, le ministre Garon imposerait dorénavant l'obligation pour tous les groupes d'obtenir annuellement trois lettres de recommandation provenant d'institutions du milieu (CLSC, commissions scolaires, etc.) et du député local, qui confirmeraient la pertinence et le dynamisme du travail effectué par l'organisme.Situation qui pourrait devenir gênante pour des groupes de pression qui occupent régulièrement les bureaux de leur député ou pour des groupes qui, pour toutes sortes de raisons, hésitent à s'embarquer dans les multiples projets de partenariat auquel leur CLSC les convie.A L'HEURE DU MARKETING Les organismes communautaires sont également placés devant une autre contradiction: la concurrence entre eux.En effet, surtout en milieu urbain, on trouve souvent plusieurs organismes, avec différentes approches, qui offrent leurs services sur un même territoire à l'intention d'une même clientèle.C'est alors la concurrence dans la chasse aux subventions.Celui qui se conformera le plus fidèlement aux exigences du programme ou qui rejoindra la plus grande clientèle emportera le gros lot! D'ailleurs, il est intéressant de noter qu'un prof de marketing au Cégep de Maisonneuve affirmait récemment à ses étudiants-es que le mouvement communautaire représentait un des secteurs d'avenir les plus prometteurs pour le marketing! JJT, PHOTO OLMA BAUŒLOT Michelle Asselin, de l'R des centres de femmes du Québec La parabole du poisson.revue et corrigée! ILLUSTRATION DENIS ROUX MICHELLEASSEUN, de l'R des Centres de femmes du Québec «On pourrait limiter l'action communautaire à la distribution de poissons aux gens qui ont faim.Bien sûr, on veut leur apprendre à pécher pour qu'ils n'aient plus faim.Mais, qui vérifie s'il reste du poisson à pécher?Par le biais de l'éducation populaire, on peut aussi fournir aux personnes les moyens pour prendre en charge la gestion du lac et ainsi assurer qu'il y aura suffisamment de poissons pour tout le monde!» Vj?j PHOTO JOANF -8URR0VUS PROFESSIONNELLE EN QUÊTE D'EMPLOI La professionnalisation des groupes est une des conséquences deIfasubordination des groupes aux programmes gouvernementaux.Pour rédiger les projets, les administrer et les évaluer selon tous les critères imposés, les groupes sont tentés de recourir aux services d'un personnel profes-sionel possédant une formation universitaire.Nancy Burrows, du Centre des femmes de Verdun Un Centre de femmes de l'île de Montréal est effectivement confronté à ce genre de contradictions.La directrice du Centre, qui est psychologue, s'est vue attribuer un salaire deux fois supérieur à la moyenne en vigueur dans les autres centres.Cela ne permet évidemment pas au Centre d'embaucher autant de travailleuses qu'ailleurs.La charge de travail étant pourtant similaire à celle des autres centres, la directrice du Centre utilise systématiquement des femmes assistées sociales, sur des programmes d'employabilité comme Extra, pour effectuer le boulot.Nancy Burrows souligne que le phénomène de professionnalisation s'explique aussi par les limites du marché de l'emploi.«Beaucoup de professionnelles finissent par chercher de l'emploi dans le communautaire à défaut d'en trouver dans le réseau public ou privé.C'est bien clair que ça contribue à une dépolitisation des groupes.» lLT, m O) en o > Comme les chaises d'un CLSC Un des problèmes aujourd'hui dans les groupes populaires, c'est que les gens qui y travaillent ne viennent plus des groupes.Ils arrivent avec leurs diplômes; ils regardent le monde, des gens qui n'ont pas beaucoup d'instruction.Ils leur donnent des petites "jobbines", mais Denyse Gauthier a milité dans les ne permettent pas aux gens de prendre leurs responsabilités.Et pourtant, qui a mis en place la Clinique communautaire de Pointe St-Char-les?Des travailleurs d'usine.Qui a fondé le Carrefour populaire, les garderies, l'école croupes populaires pendant plus de 40 ans.Elle est décédée en février dernier.Mais VO a recueilli ses RÉFLEXIONS SUR L'ÉVOLUTION DU MOUVEMENT communautaire' .Ses propos SONT ENCORE BIEN PERTINENTS.En VOICI QUELQUES EXTRAITS.d'apprentissage?Du monde de la place! L'amélioration de l'éclairage des rues, ce sont les femmes dans les rencontres-cuisines qui l'ont gagnée.» ■Actuellement, l'action des gouvernements fait que les groupes communautaires deviennent presque essentiellement des groupes de services pour pallier à l'abandon par l'État de certains services.» Pour dispenser ces services selon le bon vouloir de l'État, ça prend des ■professionnels».«Je trouve que l'État intervient malheureusement pour détruire la nature même du communautaire.Si les groupes deviennent la courroie de transmission des offices gouvernementaux qui font pas leur ouvrage, c'est bien de valeur, mais on va perdre ce lien de proximité avec les plus pauvres, cet espace de créativité et de formation exceptionnel pour les gens des milieux populaires.Les gens vont se comporter comme s'ils étaient au CLSC.Ils vont s'asseoir sur une chaise, recevoir leurs services puis après ils vont s'en aller Pour Denyse, il est clair que les groupes populaires doivent appartenir aux gens des milieux ouvrier et populaire.C'est leur école de formation, leur lieu d'apprentissage des responsabilités, de réflexion collective.C'est leur place pour agir, pour essayer de transformer leur milieu de vie.i'Tj 2 1 Jean Robitaille, Denyse Gauthier et sa gang, le monde ordinaire.L'engagement lonrue durée, VO, n° 245, nov-déc 93.D PHOTO YVES PFCVENCHER £>xn Y/ * < Lorraine Guay La récupération a bien meilleur goût RÉCUPÉRATION PAR L'ETAT.LORRAINE GUAY VA MÊME JUSQU'A LA PRONER.Il ne faut pas se conter de peurs: le mouvement communautaire rejoint bien des gens mais pas la majorité de la population.D y a donc certaines expériences on pra- TOUT LE MONDE DANS LE MILIEU tt CHH0WOUE -NSOLENTE NICOLE BRAIS Si on avait un tant soit peu le sens de l'histoire, on aurait fixé le référendum, ces jours-ci, quelque chose comme le 20 mai, 15 ans exactement après le premier rendez-vous, manqué celui-là.Ou encore mieux, le 22 juin.Pourquoi le 22 juin?D'abord parce que c'est ma fête, mais aussi parce que ça fera dix ans, jour pour jour, que Monsieur René Lévesque a quitté la politique active.Ayant ce sens de l'histoire que je nous reproche de ne pas avoir, il a démissionné le jour du 25e anniversaire de son entrée en politique active.J'aimerais bien recevoir l'indépendance du Québec le jour de mon 35e anniversaire.DE QUOI FAIRE PALIR MARIO DUMONT Yvon Deschamps a fini par croire à sa farce d'il y a 20 ans et souhaite un Québec indépendant dans un Canada fort.La chanson de Lizette commandée à Dan Bigras a eu, avec son scoop manqué, autant d'effet qu'un pétard mouillé.Et les mous, et les molles alors?Sans passion, comment les gagner?Parce qu'il ne faut pas se leurrer.Il n'y a vraiment que l'émotionnel pour expliquer toute la subtilité de la relation ambiguë qu'entretient encore, malgré toutes les entourloupettes des derniers 1S ans, la population du Québec avec l'idée d'indépendance et avec le reste du Canada.Bon.Il y a peu de chance que ça se produise.Pas que je crois que le «oui» ne pourrait pas l'emporter.Mais le référendum, de toute évidence, ne se tiendra pas avant l'automne.Pourquoi ne pas choisir le 15 novembre?A ce moment, mieux vaudrait le reporter en 96, 20 ans après l'accession au pouvoir du Parti québécois.Mais Monsieur Parizeau ne semble pas partager mon penchant pour les anniversaires.Avec tout ça, je cherche simplement à mettre un peu d'émotion autour de l'os.Vous ne trouvez pas qu'il manque un peu de «feeling» dans tout ça?On compare malicieusement le contentieux Québec-Canada à un mariage mal assorti, et le désir de souveraineté du Québec à une demande de divorce.Je pense très humblement avoir trouvé la solution.Que Mario Dumont m'excuse mais la troisième voie, celle que plusieurs attendent désespérément, celle qui aurait toutes les chances de gagner les mous et les molles et respecterait la dimension émotive du problème, c'est la GARDE PARTAGÉE.Une semaine chez Moman-Québec, une semaine chez Popa-Canada.De quoi ravir les indécis-es! T «j en O) z r 5 in aj O > 1982), Marie.et la 24e, Gabrielle, baptisée au Vatican par Mgr Couture, lors de l'expédition de la famille Brissette en octobre dernier.«Avant de songer à l'adoption, j'ai fait ma retraite.J'ai vécu.Et ma tournée dans le désert du Sahara m'a imprégnée à la manière de Saint-Exupéry.» LES CLINS D'OEIL DU BON DIEU À la mi-août 94.Il fallait tout mettre en branle pour que la famille au grand complet foule le sol du Vatican.Requêtes d'assistance financière, demandes de passeports (ce n'est pas si simple car il y a des enfants qui ne sont pas encore adoptés légalement, dont la petite Fannie, arrivée de Russie il y a deux ans), difficulté de trouver un logis à Rome à cause du grand nombre de visiteurs-ses venus pour le Synode, opération de la petite Gabrielle nécessaire pour corriger une malformation cardiaque.Ouf! Que de péripéties! Il fallait 16 poussettes, le CHUL prêtera les deux poussettes manquantes.De nombreux bénévoles se joignent à l'expédition et le docteur Paul Cartier, chirurgien, ac- cepte d'opérer Gabrielle le 9 septembre.«Tout ce que j'avais à faire avait été fait; ne me restait plus qu'à m'abandonner aux mains de Dieu car le lâcher-prise favorise en soi une souplesse, crée cet espace disponible pour la Providence.» Car Louise Brissette est croyante.Cet abandon à la Providence dont nous parle constamment Louise Brissette agace, choque.«C'est dans les détails de la vie qu'il faut reconnaître la Providence car elle est omniprésente.On oublie que c'est dans la simplicité des gestes que l'on crée des liens.Il faut demeurer ouvert aux réalités qui nous entourent, se donner à fond dans ce que l'on fait, s'offrir aux autres dans ce que l'on a de plus fort, se faire confiance et croire en la vie.C'est là que la Providence nous fera ses plus beaux clins d'oeil.» Ce que Louise Brissette ne dit pas, c'est qu'elle aide la Providence beaucoup.ET LA VIE AUTOUR Depuis près de 15 ans, Louise Brissette n'a cessé d'être disponible à ces enfants, à la cause des laissés-pour-compte.Il y a d'abord sa grande famille «élargie», la Cédrière, cette maison de dépannage à deux pas de chez elle pour les parents qui ont besoin de répit, et maintenant la Triade, maison sise au coeur du quartier Saint-Roch, qui reçoit bien sûr des handicapés mais aussi des enfants de la rue.Pour le soutien de son oeuvre, elle a créé en 1985 la Corporation des enfants d'amour.Il ne fut pas rare de voir arriver, en même temps qu'un bébé, des dons anonymes qui ont permis d'agrandir sa maison pour mieux y accueillir petits et grands.Les médias ont surtout parlé de Louise Brissette pour son voyage à Rome.Mais depuis une quinzaine d'années, Louise répond à tous les journalistes qui sollicitent une entrevue.D'ailleurs, l'équipe du Point les a accompagnés à Rome; l'Osservatore romano l'a questionnée; la revue Univers a publié un texte dans son édition de décembre dernier.Parler, parler de plus en plus afin que les tabous tombent, que s'atténue la culpabilité, que s'élève notre capacité d'aider et d'aimer les autres.J.T, 1 Sélection du Readers's Dlgest, avril 1986, p.37.2 L.Brissette, Des cadeaux mal emballés, Éd.No- valis, 1994. PKTTO ANOHEAS FEÏf fJGEB CHANTAL DES)ARDINS Les exportations canadiennes d'armement: LE CHAT ENDORMI ET LA SOURIS AU MOMENT OÙ LES PRODUCTEURS DE MARCHANDISES MILITAIRES DOIVENT FAIRE DES PIEDS ET DES MAINS POUR SE TAILLER UNE PLACE SUR UN MARCHÉ MONDIAL DE PLUS EN PLUS FÉROCE À CAUSE DU DÉSARMEMENT ET DE L'AUSTÉRITÉ ÉCONOMIQUE, LES PRESSIONS SONT ÉNORMES SUR LE GOUVERNEMENT POUR ASSOUPLIR OU OUBLIER LES PRINCIPES HUMANISTES.ILLUSTRATION JAMES WAOtR Le ministère des Affaires étrangères est-il préoccupé par la destination des armes de fabrication canadienne?Hiver 95.La Turquie a l'ambition de faire «le plus de dommages possible ■■ chez les Kurdes.Avec la bénédiction du gouvernement de Saddam Hussein, l'armée turque s'avance sans peine en territoire kurde irakien.Les bombes et les balles font des rideaux meurtriers.Beaucoup d'équipements de cette armée sont de fabrication.canadienne.On évalue qu'environ les deux tiers de la production canadienne d'armes sont voués à l'exportation, soit environ 1,5 milliard $.De ce nombre, 68% iraient aux États-L'nis, 26% dans les pays du Tiers monde, 5% vers l'Europe et 1% dans l'ensemble des autres pays1.Le gouvernement canadien publie, depuis 1991, un rapport annueF répertoriant nos exportations de marchandises militaires, et rappelant les politiques de contrôle.Le Canada a officiellement exporté pour 335 907 391$ de matériel de guerre en 1993 (dernier rapport disponible), sans compter les États-Unis.C'est que, depuis la fin des années 50, les ententes entre le Canada et les États-Unis ont établi qu'aucune licence n'est requise pour les exportations de marchandises militaires entre ces deux pays.Les fournisseurs n'étant pas obligés de rapporter leurs ventes, il n'y a pas de statistique officielle3.Cependant, selon les chercheurs, nos ventes états-uniennes représenteraient environ 1 milliard $ par année!1 LA POLITIQUE OFFICIELLE.Le gouvernement canadien ne veut pas empêcher les autres pays de se procurer des armes.La fluctuation de son baromètre de contrôle oscille entre la nécessité pour chacun d'«assurer raisonnablement leur défense- et le dangerde prolifération excessive d'armes, «surtout dans les régions où existent des tensions.» Le matériel de guerre destiné aux pays membres de l'OTAN et leurs proches partenaires, de même que ceux faisant partie de la «Liste des pays désignés - armes automatiques (LPDAA)»4, obtient quasiment d'emblée les licenses nécessaires à l'exportation parce que les pays concernés ont signé des accords militaires et ne représentent pas de menaces pour notre pays et nos alliés.Ainsi, la plupart des pays industrialisés, en plus de la Turquie (membre de l'OTAN) et de l'Arabie Saoudite (faisant partie de la LPDAA), ne font pas l'objet d'un contrôle très élaboré.Pour les autres pays, le gouvernement a établi des politiques claires quant aux différentes directions que peuvent prendre nos arsenaux canadiens.Elles stipulent que «le Canada contrôlera rigoureusement les exportations de marchandises et de technologies militaires vers: A) Les pays qui représentent une menace pour le Canada et ses alliés, B) Les pays où les hostilités ont été engagées ou risquent de l'être, C) Les pays visés par des sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations Unies et D) Les pays dont les gouvernements ont un bilan de graves violations des droits de la personne à l'endroit de leurs ressortissants, à moins qu'il ne puisse être prouvé qu'il n'y a pas de risque raisonnable que les marchandises soient utilisées contre la population civile.» EXPORTATION DE MARCHANDISES MILITAIRES DU CANADA RAPPORT ANNUEL 1993 ■^ PHOTO RKXARD W1LSON "^V?«* >K î 1k .V \ 4 ri .ET SES CONTRADICTIONS Pour 1993, plusieurs rapports internationaux (Amnistie Internationale, le Human Rights Watch World Report, le Country Reports of the Department of State et le Critique of Country Reports of the Department of State), dont se sert le gouvernement pour prendre ses décisions, rapportent unanimement de nombreuses violations des droits humains dans plusieurs pays où nous avons vendu des marchandises militaires cette même année.Le cas de la Turquie est le plus patent.Non seulement tributaire d'une longue liste de viola- PHOTO WEEGEE IARTHUR PELUG] t i O n S d e S droits de la personne depuis plusieurs années (centaines de prisonniers politiques, tortures, morts suspectes), la Turquie vit de graves et complexes tensions politiques, interethniques et religieuses.Depuis 1984, le gouvernement turc a recensé des mil-liers de morts autant dans l'armée, chez les rebelles kurdes, que chez les civils kurdes.Pourtant, le rapport annuel du gouvernement canadien révèle que le Canada a exporté en Turquie plus de 15 millions $ en 1992 et près de 6 millions $ en 1993 de matériel de guerre varié.Nos exportations se sont chiffrées dans les millions de dollars, en 1993, dans les cas du Brésil (reconnu comme étant le premier au rang des violateurs des droits humains en Amérique latine), du Pérou, de la Malaisie, de l'Equateur et de la Corée du Sud.65% de nos exportations internationales (si on excepte les États-Unis) concernent l'Arabie Saoudite, qui connaît des records de violations de droits humains depuis 1992.Le Canada y a vendu, en 1993, pour 212 millions $ de blindés lé- gers (de type 2006: véhicules et matériels connexes, spécialement conçus ou modifiés pour l'usage militaire).Il s'agit d'une partie du contrat de près d'un milliard $ représentant 1 117 véhicules fabriqués par GM.IL N'Y A PAS LIEU DE S'INQUIÉTER ■Il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour la violation des droits de la personne.-, c'est ce que nous ont répété à quelques reprises des responsables du contrôle des exportations au ministère des Affaires étrangères, sous anonymat.Pour prendre ses décisions, en cas de doute, le ministère fait appel à l'expertise du Bureau de la Direction des droits de la personne, au Bureau géographique de la région, aux diplomates et aux fonctionnaires du ministère de la Défense.Pour l'Arabie Saoudite, par exemple, les fonctionnaires ont conclu que le pays ne représentait pas de menace pour ses voisins, que sa position militaire est purement défensive et qu'il a une influence modérée dans le Moyen-Orient.Et les droits humains?À ce sujet, les responsables du contrôle des exportations affirment s'assurer que les types de marchandises autorisés ne pourront être d'aucunes façons utilisés contre les populations civiles.«En général, dans les cas problèmes, nous autorisons plutôt des exportations de marchandises servant à la marine ou à l'aviation qui, elles, ne sont pas en conflits avec la population, et non à l'armée de terri.' LES DETOURNEMENTS Le pays importateur doit signer ce qu'on appelle couramment un certificat de anl-user (utilisateur final) pour assurer au Canada qu'il ne réexportera pas les produits militaires qu'il s'est procurés.Mais les nombreuses infractions au certificat ont prouvé qu'il n'était d'aucune efficacité dans sa forme actuelle; un suivi prolongé des marchandises serait essentiel.Yves Bélanger, directeur du Groupe de recherche sur l'industrie militaire de l'UQAM (le GRIM), connaît le problème.«Il y a des pays qui sont de vraies passoires.Le Portugal, par exemple, a déjà été une plaque tournante, et c'a été la même PHOTO PATPJO CABB En 1982, près de Basra, pendant la guerre Iran-Irak.chose pour la Belgique à un certain moment donné.On exporte sans trop de préoccupations vers les pays alliés-.En 1987, la mise à jour de ventes de poudre (produite par la firme canadienne Expro) au Portugal, faisait scandale.La compagnie portugaise Muidem s'en servait pour fabriquer des armes qu'elle vendait en Iran, alors en guerre contre l'Irak, malgré l'embargo international.L'année dernière, des mines antipersonnelles produites par SNC Lavallin en 1987 ont été retrouvées en Iraq.«Le Koweït, qui les avait importées, nous avait assuré qu'il ne les réexporterait pas-, d'affirmer les responsables du contrôle des exportations.Ces entorses aux politiques de contrôle portent rarement à conséquence.«Dans le cas d'Expro, aucune poursuite n'a été encourue», d'ajouter Yves Bélanger du GRIM.D'autre part, l'entente entre le Canada et les États-Unis, ne les obligeant pas à contrôler leurs échanges de biens militaires, ne les oblige pas non plus à se délivrer mutuellement des certificats d'utilisateur final.Quand on sait que les États-Unis sont à eux seuls responsables pour 48% des exportations dans le monde et de 51% pour le Tiers monde, le plaçant au premier rang des exportateurs, il y a de quoi se poser des questions! Quoique très semblables aux nôtres, les politiques d'exportations de nos voisins du sud sont beaucoup moins respectées, surtout en ce qui concerne les droits de la personne.Mais le Canada n'a pas de leçon à leur faire.Par exemple, le Canada n'exporte pas à Israël, mais les F-ISA Eagle états-uniens sont composés de multiples pièces canadiennes.PHOTO MANOOOtB On n'arrive pas toujours aussi facilement à détecter le chemin qu'ont pris ces armes pour se rendre à destination! MOURIR D'UNE BALLE CANADIENNE.Dans l'immédiat, le gouvernement n'entend pas faire de modifications majeures à ses politiques.«Le mécanisme en place répond adéquatement aux demandes de l'entreprise, et les exportations militaires se font de manière consciencieuse», de conclure, toujours sous anonymat, l'un des responsables du contrôle des exportations.Mais un meilleur contrôle pourrait arriver plus vite que l'on pense, selon Normand Beaudet, auteur du M) tfu de la défaut canadienne et coordonnâtes du Centre de ressources sur la non-violence.«Nos soldats se retrouvent présentement dans une situation absurde d'essayer d'assurer la paix face à des armes produites par les États-Unis, la Belgique, etc.» Il y a 1 250 000 personnes qui sont mortes ou ont été blessées pendant le conflit entre l'Iran et l'Irak.Et, selon l'Agence américaine de contrôle des armements et du désarmement (ACDA), 41 pays ont participé à l'effort de guerre de l'une ou l'autre partie et 21 ont approvisionné les deux adversaires.J^», 1 Press for Conversion!, août 1994, publié par The Coalition to oppose the arms trade (COAT).2 Exportation Je monJumlises militaires du Cmnadm, rapport annuel.Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.Les chiffres du rapport canadien ne font état des marchandises qu'au moment de leur livraison.3 Auparavant recueillies sur une base vo- lontaire, les données pour les Etats-Unis ne sont plus colligées depuis 1992 parce que le Ministère des Affaires extérieures déclare ne plus a\ mr assez de ressources pour les compiler 4 In 1W1, sous la pression d'un fort lobbying de marchands d'armes, notamment GM et Damaco, le gouvernement adoptait la loi C-6 permettant l'exportation d'armes automatiques vers 13 pays \ucune arme automatique ne peut être exportée vers les pavs qui ne font pas partie de la LPDAA. m en D —> i < 2 m o > Dans les locaux de la Société d'animateurs en communications sociales (SAKS) à Port-au-Prince, Joseph Georges, un des responsables de l'organisme, est complètement débordé.Depuis le retour du gouvernement légitime, des groupes de base de toutes les régions du pays réclament un appui technique pour les aider à démarrer une radio communautaire.C'est que l'absence de médias indépendants, surtout en région, s'est fait cruellement sentir sous la dictature de Cédras des trois dernières années.«À cette époque, il y a eu un véritable engouement pour les radios clandestines», explique Georges.RADIOS CLANDESTINES Dès le lendemain du coup d'État, les journalistes des médias alternatifs ont dû réduire leurs activités au minimum pour éviter la répression.Incapables de poursuivre leur travail, les radios communautaires de Port-au-Prince se sont d'abord tournées vers la République Dominicaine.Pendant plusieurs mois, des militants-es haïtiens-nes faisaient parvenir des émissions préenregistrées à Radio-Enriquillo, situé de l'autre côté de la frontière.Grâce à cette collaboration, le président Aristide, alors en exil, a pu communiquer à quelques reprises avec la population.Les autorités haïtiennes n'étaient pas disposées à laisser cette initiative se développer sans réagir.Suite à leurs pressions, le président Balaguer de République Dominicaine a interdit la diffusion d'informations en langues étrangères.Loin de se décourager, les journalistes ont usé de toutes sortes de subterfuges pour contourner la loi.«À plusieurs reprises, par exemple, Mgr Ro-mulus lisait les nouvelles comme s'il était en train de chanter la messe!», raconte Georges.Puis, après une troisième tentative, des journalistes ont réussi à faire fonctionner une radio clandestine mobile basée en Haïti.Les résistants-es ont alors porté le coup qui a peut-être le plus intimidé les autorités.Au cours d'une de leurs émissions quotidiennes, ils ont divulgué les noms et adresses complètes de certains • attachés», mais aussi, de sénateurs et de Faire de la radio communautaire en Haïti: A L'ENERGIE SOLAIRE ISABELLE RIVEST députés qui collaboraient avec les putchistes.L'audace des militants-es a été sévèrement réprimée.Le Parlement a immédiatement ordonné aux militaires d'arrêter les responsables de la radio.Mais le lieu de diffusion de l'émission était gardé top secret.Et pendant près de deux ans, les résistants-es ont réussi à tenir le coup au péril de leur vie, et malgré les innombrables difficultés, comme le courant électrique qui fait toujours défaut et qu'il fallait trafiquer.Faire fonctionner cette radio était un risque énorme.Mais c'était essentiel pour soutenir les efforts de la résistance haïtienne.«Pour sortir de la peur, il fallait entendre une information autre que celle de la propagande des putchistes», explique Georges.Le simple fait d'écouter son émission quotidienne était un crime passible d'arrestation.Pourtant, elle était très populaire auprès de la population.«On l'entendait partout dans les rues de Port-au-Prince», se rappelle-t-il.BOIS CAÏMAN En région, le travail des radios communautaires n'était guère plus facile.Ainsi, le personnel de Radio Bois Caïman, à Mare Rouge, une petite localité au nord du pays, a dû passer dans la clandestinité au lendemain du coup d'État.Une équipe de SAKS s'est rendue sur place pour assurer la for- PHOTD MAGQESTEBER mation du nouveau personnel.Mais durant cette période, traverser les 2S0km qui séparent Port-au-Prince de Mare Rouge avec du matériel radio pouvait être très suspect.Les militaires fouillaient les véhicules et les passagers-ères à tous les avant-postes des neuf départements du pays.«Nous avons eu un peu peur, admet aujourd'hui Georges.Heureusement, tout s'est bien déroulé.Nous avions convenu de nous faire passer pour des religieux qui oeuvraient en nutrition», raconte-t-il aujourd'hui en riant.Puis à Mare Rouge, il fallait composer avec les intimidations des autorités locales.Le chef de section, représentant des militaires dans les coins les plus reculés du pays, est venu leur rendre visite à deux reprises.«Nous nous sommes présentés comme un groupe de jeunes qui voulaient faire la fête, se rappelle Georges.Nous leur avons dit que notre contenu était culturel et inoffensif.» CD !'f jj*Ei»ir Aujourd'hui, Radio Bois Caïman fonctionne très bien.Aussi, à Pilate, on a réussi à mettre sur pied un système à énergie solaire, essentiel dans un pays où les pannes d'électricité sont presque permanentes.RADIO-SOLEIL C'est au début des années 80 que les radios communautaires ont commencé à avoir un impact incroyable auprès de la population haïtienne.Jusqu'à sa fermeture en 1989 par les évèques catholiques, Radio-Soleil a joué un rôle fondamental au sein de la résistance.Joseph Georges, alors directeur de la programmation de la station, en sait quelque chose.Quelques années plus tôt, le directeur de la station avait été arrêté, puis expulsé du pays par les militaires.C'est que Radio-Soleil avait couvert la journée du référendum de 1985, alors que Jean-Claude Duvalier réclamait plus de pouvoir à la population.«Ce jour-là, les portes et les fenêtres étaient restées fermées, se rappelle Georges.La plupart des gens étaient restés chez eux.Dans les rues, on pouvait voir les militaires dans les camions du gouvernement donner 1$ à tous ceux qui acceptaient de voter."Aujourd'hui, je suis allé voter cinq fois!", racontait un passant à Radio-Soleil.» i ■» m ï ■ Le départ du dictateur Duvalier n'a pas amélioré le climat de travail des journalistes.C'est d'ailleurs sous Namphy, un peu avant les élections manquées de novembre 87, que la station a reçu une pluie de balles, de tirs de mitraillettes et de grenades qui a duré près de trois heures.Aujourd'hui, un calme relatif est revenu au pays.La présence de la force multilatérale de l'ONU contraint les attachés et les groupes para-militaires (qui circulent toujours librement au pays) à se tenir tranquilles.Mais les groupes populaires profitent de ces quelques moments de répit pour organiser la résistance, au cas où les jours difficiles revien- __________________ draient.PHOTO BENOTTAOUM Jean-Claude Museau, un étudiant, animait la résistance au Caves, dans le sud-ouest du pays.Arrêté alors qu'il collait des affiches du président Aristide, il est décédé le jour de sa libération, des suites de la torture.Avant de mourir, il a pu divulguer les noms des responsables de sa mort, dont le capitaine Pirame.Jean-Claude Museau fait partie d'une longue liste de militants-es dont la disparition a laissé la population entière en deuil.Mais comme pour Jean-Marie Vincent, Antoine Izmérie et les autres, les responsables de l'assassinat de Museau n'ont toujours pas été arrêtés.'7 JEAN-CLAUDE MUSEAU Sur un des murs, dans le local de SAKS, on peut voir une affiche: Accepter la réconciliation sans la justice, c'est assassiner Jean-Claude une deuxième fois-.LE CENTRE 7400: au centre de l'île de Montréal -à côté du métro, station De Castelnau -près du boulevard Métropolitain -reçoit des organismes à but non lucratif -une douzaine de locaux disponibles -possibilité de 10 à 300 personnes -session de 1 jour et plus -services de cafétéria et 22 chambres 7400, boul.Saint-Laurent Montréal (Québec) H2R 2Y1 Tél.: 270-7400 Fax: 270-7451 r r 3 I < 2 ■ ni a > 09 m z 3 < T te OJ O > es Cocktail drogue et armée au Pérou: LES BULL III ZERS ANDRE LACHANCE PHOTO TITO LA PENNA DES AIRS PHOTO MATS HECTOR On s'en doutait mais là, on en est certain: la lutte à la drogue que mène le gouvernement ultra-libéral du Pérou en est une que de façade.La preuve: l'armée péruvienne loue ses propres hélicoptères et ses pistes d'atterrissage aux trafiquants de drogue! «La "taxe" pour l'armée est de 70 000$ EU par cargaison de drogue-, affirmait récemment le major Evaristo Castillo Aste, un exagent de la U.S.Drug Enforcement Agency rattaché au général Torres Aciego, alors que celui-ci était ministre de la Défense.«50 000$ pour les chefs et 20 000$ pour les soldats sur le terrain», précisait même le major en dénonçant, au péril de sa vie, les généraux et les ministres du cabinet Fujimori liés au trafic de drogue1.C'est toutefois l'arrestation et la déportation par la police colombienne, en janvier 1994, du trafiquant Demetrio Chavez Penaherrera - surnommé Vatican - qui devait porter le coup le plus dur au régime Fujimori.Vatican, chef d'une mafia qui produisait et transportait 30 tonnes de pâtes de cocaïne de base par mois, avait bâti son empire - évalué à 500 millions $ EU - avec l'aide des Forces armées et des autorités civiles de l'Alto Huallaga.Juges, maires et fonctionnaires de cette région de la selva amazonienne étaient proprement devenus les employés du mafioso péruvien.Vatican partageait une part de ses énormes profits avec le haut commandement de l'armée qui, en retour, lui fournissait le support logistique indispensable.Le trafiquant louait ainsi les hélicoptères de l'armée, ainsi que des pistes d'atterrissage de l'État, afin de transporter des tonnes et des tonnes de drogue.Le 9 mai 1994, Vatican fut amené devant une commission du Congrès constitutionnel où il confirma ses relations étroites avec l'État-major du pays.Le narcotrafi-quant raconta qu'entre 1990 et 1993, il avait distribué de fortes sommes d'argent aux chefs politico-militaires de l'Alto Huallaga et, qu'en retour, il avait reçu leur protection ainsi qu'une liberté totale d'action.Il révéla même qu'il achetait parfois de la drogue saisie par les militaires à d'autres trafiquants.LE CIRQUE MEDIATIQUE Le gouvernement et la presse officielle réagirent rapidement.Dans un cirque médiatique spectaculaire, le narcotrafi- quant fut présenté comme un terroriste, un collaborateur du Sentier lumineux.Il fut accusé de "trahison à la patrie» et condamné à 30 ans d'emprisonnement, sans possibilité de visite, surtout de la part des journalistes.«Pas étonnant que les petits officiers se battent pour être affectés dans l'Alto Huallaga», affirme l'archéologue québécois Steve Gourget, professeur à l'Université de Trujillo, dans le nord du Pérou.«On les voit revenir à Lima quelque temps plus tard et s'acheter de somptueuses résidences à Miraflores, le quartier chic de la capitale.C'est comme les généraux.Ils roulent en Mercedez blindées, alors qu'officiellement ils ne gagnent que 100$ par mois!» « Prenez aussi les bulldozers dont se servent les trafiquants pour aménager leurs pistes d'atterrissage dans la forêt amazonienne», ajoute-t-il.«Il n'y a pas de route et la seule façon d'y faire venir un bulldozer, c'est par la voie des airs.Or, seule l'armée péruvienne possède des Iliouchines capables de transporter de tels poids lourds.» j 7, 1 M vit maintenant en exil en Espagne, où il a trouvé refuge après son témoignage devant l'Inspecteur général de l'armée. 2 EMPLOIS SUR 3 EXIGENT UNE FORMATION COLLÉGIALE OU UNIVERSITAIRE «■■«■ .-I.tjtf-——■» ■■■■" - il» iliy i " ■ !• im»Mni ■■ ■ «^ -o.-.~-.T LA SEULE VOIE POSSIBLE: INVESTIR DANS L'ÉDUCATION! FNEEQ CSN LA RECETTE DU BONHEUR C'EST.des emplois de qualité.En campagne POUR les servira CSN
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