VO, 1 janvier 1997, mars-avril
ENTREVUE S- iîx ■ •-« #i ^ ^B A • r, t.s ■*^» m » ^ ^ ■^m t t iiij\j^u;j£i au Québec .le 7e jour, ils se transformèrent L'école publique Mme feo*ir>e four fou+ le /v>omde C'est une école qui favorise la réussite de tous les élèves Favoriser la réussite des plus faibles sans nuire à celle des plus forts: voilà le défi d'une bonne école.Mais cela ne veut pas dire offrir aux jeunes une école médiocre.Au contraire, l'école de tous les enfants, c'est aussi l'école de tous les talents.C'est une école à même de réaliser un véritable projet éducatif dynamique sans sélectionner les jeunes, car il est inacceptable que les projets particuliers soient réservés aux seuls bons élèves et que l'école ordinaire doive assumer tout le reste des responsabilités.£?' C'est une école laïque où la religion a sa place Partout au Québec, la pratique religieuse s'est transformée et la diversité s'est accrue.C'est pour prendre en compte cette réalité nouvelle que l'école d'aujourd'hui ne doit plus avoir comme fonction de transmettre la foi, mais bien de donner à tous les jeunes une bonne connaissance des grandes religions, particulièrement des religions chrétiennes qui ont marqué notre histoire, et de transmettre les valeurs humanistes dont elles sont porteuses.C'est une école qui accepte tous les élèves, les riches comme les pauvres Lorsqu'ils font des études supérieures, les jeunes du public réussissent aussi bien que ceux du privé.Cependant, comme l'école publique accepte tous les enfants, les riches comme les pauvres, les élèves en formation professionnelle comme ceux ayant des difficultés, elle a besoin de plus de moyens.Prétendre qu'il y a une saine concurrence entre le privé et le public, c'est comparer des pommes et des oranges.Si l'on veut être juste, il faut reconnaître que tous les fonds publics doivent aller à l'école publique.C'est une école à laquelle on donne les ressources nécessaires Selon les chiffres du ministère de l'Éducation du Québec pour l'année 1995, la dépense par élève pour les commissions scolaires totalise 5 897 $.Ce chiffre se situe bien en deçà de ce qui est consenti en Ontario, soit 6 255 $, et aux Etats-Unis, soit 6 607 $.Et s'il est vrai que le Québec a réussi un rattrapage important en éducation depuis la révolution tranquille, ce rattrapage n'est pas complété.Et pour réussir, il faut mettre fin aux compressions budgétaires et refaire de l'éducation une véritable priorité nationale.Cela se prépare dès la petite enfance C'est dès la petite enfance qu'on apprend tout ce qui va nous servir plus tard à l'école.Mais tous les enfants n'arrivent pas en première année avec un même bagage culturel.Or, pour que les enfants de tous les milieux partent du bon pied, il faut des garderies de qualité et accessibles pour les plus petits alors que les maternelles doivent prendre le relais pour les enfants de quatre et cinq ans.Des bons services éducatifs dès la petite enfance, voilà une condition de réussite pour l'avenir.E CEQ r^4 0nimM*e PHOTO FRANÇOIS BOUCHER [24 ENTREVUE LOUISE VANDELAC Le monde du travail Just-ln-Time 10 Sociologue.Louise Vandelac voulait devenir, pour elle et pour les autres femmes, sujet du savoir Super-actrve.elle a été confrontée, après les avoir étudiées, aux limites qui se présentent aux femmes et aux familles de notre époque Elle s'inquiète maintenant pour toutes les victimes du nouveau monde du travail, de la gestion inhumaine Just-ln-Time.DOSSIER LES DÉPANNEURS AU QUÉBEC Le 7* jour, ils se transformèrent 24 )( .ri H lt 1 L^ ^^^^^^^^m !nHË*fl Il est, par essence, proche de sa clientèle Modeste et perdu dans son quartier résidentiel, véritable caméléon, c'est un commerce qui s'est transformé tout au long du siècle, aux grés de l'organisation sociale, des lois, des besoins de la population, et des invasions marchandes Toute une vie grouille au dépanneur de quartier ou de passage: c'est souvent le lieu public organique par exceL lence.ÉDITORIAL: L'affaire Franck Lambert 4 PHOTO-REPORTAGE: L'histoire juge 7 VIE ET CULTURE: La radio audionumérique 16 LIRE: Le pan de la liberté 19 SUR LA PLANÈTE: Pérou: mines de rien 20 CHRONIQUE INSOLENTE: En pain d epice 40 TOUR DU QUEBEC: Taxi Plus 41 EN MOUVEMENTS: Reforme de l'aide sociale 42 COURTES ET SUCREES 46 E VO est un magazine d'intérêt général et un magazine alternatif d'information, de réflexion et d'enquête qui traite des conditions de vie et de travail, des luttes, de la culture et des aspirations du monde populaire VO s'adresse aux militants-es, aux interve-nants-es des milieux populaires et à tous ceux et celles qui aspirent à des changements sociaux Fondé en 1951 à titre de revue de l'Action catholique ouvrière, VOa évolué au fil des ans pour devenir un magazine indépendant, qui s'inspire des différents courants émancipateurs.Les articles publiés dans VO n'engagent que leur-s auteur-e-s.Conseil d'administration: Guy Biron, Anne-Marie Brunelle, Marianik Gagnon, Raymond Langevin, Clotilde Lemay, Daniel S.-Legault, Monique Tremblay.Comité de rédaction: Louis Brillant, Jacques Collin, Chantai Desjardins, Guillaume Dostaler, Françoise Guay, Julie Perreault.Rédacteurs en chef: Jean Robitaille et Daniel S -Legault.Coordination, promotion, publicité: Jean Robitaille.Direction artistique, secrétariat de rédaction, montage des couvertures: Daniel S.-Legault.Gestion des abonnements et traitement de textes: Ginette Gaudreault.Mise en pages: André Leclerc Représentation publicitaire: Réseau international (514) 722-7708 Édition: Revue Vie ouvrière inc.Impression: Imprimerie d'Arthabaska inc.Distribution: Messageries de presse Benjamin.Fréquence de parution: 6 numéros par an.Photo couverture et intervention: Julie Perreault et D.S.-Legault (médaillon: L.Vandelac, par François Boucher).Grille de tarifs d'abonnement: Individu ou groupe populaire: 23$/an ou 40$/2 ans.Institutionnel: 32$/an.Soutien: 35$/an.Étudiant ou sans emploi: 15$/an.À l'étranger (par avion), individuel: 30$/an.À l'étranger (par avion), institutionnel: 40$/an, Un numéro seulement: 5,35$ (incl.frais de poste).La distribution de VO est certifiée par l'Agence de vérification de la distribution par assermentation (AVDA).VO est membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).Ses articles sont indexés dans le répertoire analytique de presse Repère Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0849-035X.Envoi de publication, enregistrement n°0220.Parution: n°265, 1" mars 1997.VO 1215 Visitation, bureau 101, Montréal (Québec), H2L 3B5 Téléphone: (514) 523-5998, télécopieur: (514) 527-3403 Adresse électronique: vo@mllnk.net r^DlTOfUM- Janvier 1992.Franck Lambert, prestataire de la sécurité du revenu, se voit offrir par son agent un Stage en milieu de travail.Employé par le ministère du Tourisme du Québec, on l'informe qu'il n'a pas droit, contrairement à tous les autres salariés-es, au salaire minimum.C'est la loi, paraît-il.Son stage devait durer quatre mois.Il se termine après seulement cinq semaines sans qu'il n'ait bénéficié d'aucune formation particulière.La cause de son renvoi: un comportement perturbateur.«On m'a reproché d'être trop sociable.On m'a expliqué qu'il fallait respecter la hiérarchie, que je ne devais pas dire bonjour à tout l'monde», nous a confirmé Franck Lambert.«Vous savez, ça faisait deux ans que j'étais sans travail.J'étais excité à l'idée de travailler dans la fonction publique.Je voulais me faire chum avec le monde." Mais il en aurait fait trop.«On m'a dit: "Calme-toi, pis reste dans ton coin." Pour l'aider à surmonter ce problème d'intégration au travail, la Commission de formation professionnelle, qui supervisait le stage, a proposé que M.Lambert suive le cours d'Initiation à la vie professionnelle.Mais le ministère du Tourisme a refusé.Affecté à la photothèque1 du ministère, il aura passé tout son temps à classer des photos qui s'empilaient pêle-mêle depuis quatre ans.Le ministère du Tourisme n'a pas agi différemment de la majorité des employeurs: prêt à accueillir des stagiaires de l'aide sociale à la condition qu'ils-elles fassent n'importe quelle job sans rechigner.Mais confronté au réel besoin de formation d'un stagiaire, l'employeur démissionne.LA COMMISSION DES DROITS SE DÉFILE Ayant déjà milité dans un groupe communautaire, Franck Lambert contacte un bureau d'avocats-es spécialisés en droit social.On l'aiguillonne vers la Commission des droits de la personne qui étudie son dossier pendant trois ans, pour décider de laisser tomber l'affaire sous prétexte notamment du préjudice «pécuniaire peu important", moins de 200$.«J'ai trouvé ça bizarre que la Commission des droits de la personne refuse de me défendre pour ce motif.» Malgré le refus de la Commission, ses avocates, Mes Galipeau et Bara-bé, décident de porter sa cause devant le Tribunal des droits de la personne.Le 23 décembre dernier, après plusieurs jours d'audition caractérisée par une importante preuve d'experts, la décision est rendue.Dans un jugement de 38 pages, le juge Simon Brossard estime que les articles 23 et 24 de la Loi de la sécurité du revenu, lesquels refusent aux personnes assistées sociales en stage de travail la protection de la Loi des normes du travail et du Code du travail, sont in- 1 Ironiquement, la photothèque a été fermée peu de temps après, à l'occasion de coupures budgétaires. JEAN ROBITAILLE La loi est discriminatoire UNE IMPORTANTE VICTOIRE D'UNE PERSONNE ASSISTÉE SOCIALE / compatibles avec la Charte des droits et libertés de la personne.MAIS UN TRIBUNAL LUI DONNE RAISON La position du juge Brossard est sans équivoque: «Dans les faits, le contrat de stage en milieu de travail mettant en cause monsieur Lambert, le ministère du Tourisme, le centre Travail-Québec et la Commission de formation professionnelle ne couvre pas une situation correspondant à un stage de formation en milieu de travail mais plutôt une situation d'emploi.Durant la période de cinq semaines qu'a duré le stage, monsieur Lambert n'a reçu aucune formation ni entraînement, il n'a fait qu'exécuter le travail indique par madame Laquerre à la première heure et s'est acquitté de cette tâche durant toute la période où il a été à la photothèque.(.) De plus, la rupture du contrat illustre également que pour le ministère du Tourisme la formation n'était pas la considération première de son offre de stage- Le ministère du Tourisme n'a pas agi différemment de la majorité des employeurs: prêt à accueillir des stagiaires de l'aide sociale à la condition qu'ils-elles fassent n'importe quelle \ob sans rechigner.Mais confronté au réel besoin de formation d'un stagiaire, l'employeur démissionne.Le juge a condamné le ministère de la Sécurité du revenu à verser 362$ au demandeur, somme qui représente la différence entre sa prestation d'aide sociale et le salaire minimum (181$) ainsi qu'un montant équivalent pour compenser les dommages moraux Pour les avocates de M.Lambert, ce jugement est une importante victoire «pour tous ceux et celles qui croient au principe de l'égalité de tous devant la loi».Pour la première fois, la pratique discriminatoire de l'État employeur est mise en cause.Leur réjouissance risque cependant d'être de courte durée.Le Procureur général du Québec a déposé une requête pour permission d'en appeler.Cette décision est relativement surprenante puisque la ministre Louise Harel avait réagi plutôt favorablement au jugement, soulignant au passage que son projet de réforme servirait justement à régulariser ces situations ambiguës.APARTHEID SOCIAL Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec étudie la possibilité d'entreprendre un recours collectif au nom de toutes les personnes assistées sociales qui ont vécu ou qui vivent la même situation.C'est évidemment cela qui inquiète le Procureur du Gouvernement, bien plus que les 362$ en cause.Pendant ce temps, Franck Lambert complète son DEC en techniques administratives tout en travaillant à l'occasion dans des stations-services.Il ne verra probablement pas ses 362$ de sitôt.Mais il aura au moins le mérite d'avoir forcer un tribunal à reconnaître l'apartheid social dont sont victimes les personnes assistées sociales sur le mar- ché du travail.il tj 0) 0) ce > < ■ rr < EN O > JLZfk^ûncmm rslATTIOIMAL 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopie: 514-845-8529 Revue mensuelle, 38,00$ par an C'est le 80e anniversaire • Sociale, économique et indépendantiste • Indépendante des partis politiques • Des faits, des idées et des solutions • 2 000 pages par année • Plus de 200 collaborateurs 01 01 cr > < as s < 2 ■ OJ o > FTQ Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec LA *»* 1 BALe C^°!.c^ ou 545, boulevard Crémazie Est 17e étage Montréal (Québec) H2M2V1 Téléphone: (514) 383-8000 Télécopieur: (514) 383-8001 HULL (819)777-5441 JONQUIÈRE (418)699-0199 MONTRÉAL (514)383-8000 QUÉBEC (418)623-8713 RIMOUSKI (418)722-8232 ROUYN (819)762-1354 SAINT-JÉRÔME (514)431-6659 SEPT-ÎLES (41S)962-3551 SHERBROOKE (819)562-3922 TROIS-RJ.V1ÈRES (819)378-4049 P H T - R E P R T A G E L'HISTOIRE JUGE PHOTO ET TEXTE: JULIE PERREAULT L'Afrique du Sud est sortie de 46 ans d'apartheid.Embargos et désinvestissements d'entreprises se sont souvent faits sous la pression d'actionnaires et de groupes antiapartheid.Ici, finale d'une occupation pacifiste anti-apartheid à Montréal en 1985.|ÎJ5 r-.0) 0) Œ.> < en ce < 5 m en eu o > À notre saiite t La ministre d'État de l'Emploi et de la Solidarité, ministre responsable de la Condition féminine et ministre de la Sécurité du revenu H Gouvernement du Québec Ministère de la Sécurité du revenu En .n cette journée internationale des femmes, j'aimerais souligner d'une façon toute particulière, l'inestimable travail des groupes de femmes qui, jour après jour, contribuent à faire du Québec une meilleure société, une société plus égalitaire.Leur travail s'est avéré essentiel au cours des dernières décennies et le demeure plus que jamais aujourd'hui, je tiens à rappeler que c'est sous l'impulsion au mouvement des femmes que le gouvernement a posé des gestes pour concrétiser, dans nos lois et nos politiques, ce projet d'égalité.La Loi sur l'équité salariale, le modèle québécois de fixation des pensions alimentaires pour enfants (qui entrera bientôt en vigueur) et la mise en œuvre de la Politique d'intervention en matière de violence conjugale sont autant de retombées concrètes des alliances tissées au fil des ans.AÙUAJl Louise Harel Québec ss POUR QUE LE MONDE TOURNE PLUS JUSTE DËI/ELOPPE/MENr Er R4IX (514)257-8711 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N1A3 nWs Ta Gouvernement du Québec Ministère des Relations avec les citoyens et de I Immigration JOURNÉE i i\i ~r~ ee f=< i^vi y^rr i o r\i ^v i_ ee cdee i_^x cr>is < en rx < 5 m (D eu Q > IS lu W IL» IP\L ,a\n IÈ 1T E Les mines péruviennes MINES DE RIEN Loin du Tupac Amaru et de l'ambassade japonaise, a 4 800 mètres d'altitude, on trouve des mines dans les Andes.Reportage dans le Tiers Monde du Tiers Monde.ANDRE LACHANCE Est-ce la tisane de coca prise plus tôt dans un café de La Oroya ou simplement le soroche, le mal des hauteurs?Depuis quelques minutes, j'ai l'impression de faire un mauvais rêve et de manquer désespérément d'air; mes jambes se dérobent, j'ai les oreilles bourdonnantes et je ne parviens qu'avec peine à me déplacer dans les venelles pentues et boueuses du campement.Pas facile, en effet, de faire son travail de journaliste dans un campement minier perché à quelque 4 800 mètres d'altitude, au sommet désolé et frigide des Andes péruviennes."C'est dur pour toi et ça l'est aussi pour nous», me dit, affable, un mineur aux pommettes rou- PHOTD SEBASTTA S&LGADO Chronique d'une privatisation CO oc > < cr < in CD OJ o > A.LACHANCE C/est dans ce pays décrit comme «l'élève modèle» du FMI et de la Banque mondiale - que d'aucuns qualifient plutôt de «mendiant assis sur un tas d'or» -, que nos valeureux entrepreneurs canadiens et québécois ont investi plus d'un milliard et demi de dollars.S'ils font se pâmer d'aise les spéculateurs-rices, de même que le ministre des Mines et de l'Énergie, Daniel Hokama, qui escompte des dépenses d'exploitation minière de 10 milliards de dollars EU d'ici dix ans, les Cambior, Dynacor, Sulliden et Barrick Cold (Arequipa Mining) de ce monde sont toutefois vus d'un oeil critique par de nombreux Pé-ruviens-nes.«Les étrangers achètent nos entreprises à prix très bas, affirme l'économiste "progressiste" Humberto Ortiz Roca, de la Commission épiscopale d'action sociale à Lima.On sous-éva-lue systématiquement les entreprises minières appartenant à l'État avant de les vendre à des sociétés étrangères, qui les paient parfois en rachetant simplement des bons de notre dette extérieure.Évidemment, elles ré-exportent tous leurs profits!» À Morococha, comme à La Oroya - centre industriel voisin où la Centromine possède d'importantes installations -, on partage cette analyse.«La privatisation annoncée va accroître notre misère», craint un responsable syndical qui tient à con- server l'anonymat, par peur de représailles.«Il y a ici beaucoup d'incompétence, surtout parmi les administrateurs et les techniciens, qui méprisent les simples ouvriers.Ils prennent souvent de mauvaises décisions, achètent de mauvaises pièces ou commandent en retard, ce qui freine la production.En plus, beaucoup s'emplissent les poches.Pas étonnant que les accidents de travail soient si nombreux, notamment parmi les contractuels.» SUR LE DOS MINEUR Il faut savoir que la Loi péruvienne du travail, amendée par le gouvernement ultra-libéral d'Alberto Fujimori, favorise le recours aux employés contractuels.À Morococha, comme à La Oroya et dans la plupart des mines du Pérou, il y a ainsi deux catégories de mineurs: les permanents et les dits «contractuels», ces derniers beaucoup plus nombreux, et, comme par hasard, beaucoup moins payés.Les employés permanents - affectés surtout aux concentrateurs de minerai et au chemin de fer - gagnent le fabuleux salaire de 15SÉU par jour, alors que leurs collègues à statut précaire, véritables taupes forant les divers fronts de taille à la seule force de leurs poignets, se font à peine 7$ÉU par jour! Le pire, c'est peut-être qu'ils soient enviés par ces milliers de pauvres hères qui travaillent comme des bêtes dans d'innombrables petites mines artisanales, sans sécurité aucune, souvent même sans salaire, les propriétaires les rétribuant en leur fifl ges comme des macintosh, crachant sa chique de feuilles de coca sur le sol glacé.Surtout quand on doit travailler au pic et à la pelle dans le fond d'une galerie qui menace à tout moment de s'écrouler." Je le crois sur parole.Car ici, à Morococha, tout parle, crie, hurle de misère.Les hommes, les femmes et les enfants d'abord, qui s'entassent à huit dans des viviendas minuscules et sans chauffage, mal nourris, mal soignés.Puis les choses qui, à leur manière, gémissent, elles aussi; usines délabrées et vétustés, terrils envahissants, taudis infects aux murs lépreux, sur lesquels les graffitis du Sentier lumineux achèvent de s'effacer, reliquats dérisoires d'une guerre sale et suicidaire.Jusqu'à la nature qui rage, elle aussi en silence, devant ses ruisseaux souillés au mercure, à l'arsenic et au cyanure, ses montagnes éven-trées, ses pentes blanchies par des tonnes et des tonnes de poussières délétères.AU FOND D'UNE VALLEE C'est dans ce décor lunaire que vivent, ou plutôt survivent, les 570 ré-sidents-es de Morococha.Au fond de cette vallée des hautes Andes, au mi- PKJTO 4TCKE UVX&NCE lieu de ces montagnes aux flancs rouilles, où s'accrochent des lambeaux d'herbe dorée par un soleil froid.Pas un seul arbre à des dizaines de kilomètres à la ronde, pas une seule maison de ferme.Rien.Que le annoncée donnant le droit d'exploiter le gisement à leur compte deux jours par mois.«Il faut faire une distinction entre les mines artisanales et des sociétés comme la nôtre, précise Robert LaVallière, directeur des Relations avec les investisseurs chez Cambior, qui s'apprête à investir 800 millions de dollars EU, afin d'exploiter le gisement de cuivre de La Cranja, dans le nord du pays.C'est vrai que les entreprises artisanales sont souvent "broche à foin" et que les conditions de travail font dur.Dans plusieurs grandes entreprises appartenant à des étrangers, les ouvriers péruviens ont cependant droit aux mêmes avantages que leurs collègues canadiens ou américains en matière de santé et sécurité, d'environnement, de congés, etc.Mais c'est sur que les salaires doivent être concurrentiels à ce qui est payé ailleurs dans le pays.Pas question de verser des salaires de 30$ de l'heure comme en Abitibi quand une bière coûte seulement 40 cents!» lacques Trottier, président d'Exploration Sulliden qui évalue le potentiel du gisement aurifère de Las Huaquillas, dans le département de Cajamarca, abonde dans le même sens: «Quand tu arrives dans un pays en profonde transformation économique et sociale comme le Pérou, tu ne peux pas appliquer les standards nord-américains tout de suite.Si tu payes trop, tu vas créer plus de problèmes qu'autre chose.Faut y aller graduellement.À Las Huaquillas, on va employer beaucoup de paysans locaux.Ils seront contents de travailler et pas frustrés du tout, même s'ils ne gagneront pas les salaires des ouvriers de l'Abitibi.» JJTj =^C— 1NCX ti>.iVCE LE COMMUNAUTAIRE PREND LE CHEMIN DE L'INFOROUTE Piloté par l'Institut canadien d'éducation des adultes (ICEA) et La Puce communautaire, le projet Comrnunautique s'engage à fond sur le chemin de l'inforoute.Il est soutenu financièrement par le Fonds de l'autoroute de l'information du Québec et le Fonds d'intervention régionale de l'île de Montréal.Comrnunautique n'est ni un récent logiciel, ni un nouveau serveur branché.C'est tout simplement un projet servant à stimuler l'appropriation sociale et démocratique des nouvelles technologies par les organismes communautaires et les citoyens en s'appuyant sur l'expérience du milieu.y L'inforoute selon Comrnunautique Le projet Comrnunautique mise donc sur la sensibilisation, la formation, l'animation et le soutien des organismes communautaires dans leur expérimentation des réseaux télématiques.Le réseau communautaire servira alors de relais auprès des populations potentiellement exclues pour ainsi leur ouvrir l'accès à l'inforoute.Il contribuera également à l'émergence de nouveaux usages sociaux, d'une expertise, de services et de projets porteurs d'emplois dans ce secteur d'activités.Le développement de cet espace télématique soutiendra l'avancement de l'économie sociale et de la vie démocratique.Suite à une étude de besoins réalisée à l'été 1996 auprès de plus de 85 organismes, groupes de base et regroupements, Comrnunautique démarrera sous peu ses activités en : offrant une formation et une sensibilisation aux nouvelles technologies de l'information et des communications ; assurant le développement, la diffusion et le rayonnement de contenus communautaires francophones sur l'inforoute ; créant un site incubateur d'expériences et carrefour de contenus communautaires ; animant des groupes de discussions; menant une expérience-pilote d'animation d'un point d'accès public aux citoyens dans un quartier défavorisé.Pour en connaître davantage, communiquez avec nous par téléphone au (514) 948-2044 ou (514) 259-3126 et par courrier électronique à icea@cam.org ou à puce@mtl.net ^4 RI ssi »l KO Cet espace publicitaire a été mis à la disposition du magazine Vie ouvrière par la Société des Casinos du Québec, soucieuse de contribuer à la vie communautaire de Montréal. froid, la faim et l'incertitude du lendemain.•Dans les campements miniers, les conditions se sont détériorées», confirme Héléna Alvarado, responsable du bureau du Service universitaire canadien outremer (SUCO) au Pérou.«11 y a eu beaucoup de mises à pied et les syndicats se sont désintégrés.Avant, les travailleurs et leurs familles étaient couverts par la sécurité sociale, maintenant c'est fini.Les conditions de vie ne sont pas meilleures qu'il y a 30 ans.En fait, elles ont empiré parce que le milieu est aujourd'hui fortement contaminé!» Centromine, la société minière d'État qui exploite les gisements polymétalli-ques de Morococha, est en passe d'être démantelée et privatisée, conséquence des politiques d'ajustement structurel préconisées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.Pour la plus grande crainte des mineurs, dont les conditions de travail et de vie risquent d'empirer encore, comme cela s'est vu dans les régions péruviennes où les mines ont été vendues à des intérêts privés, souvent étrangers.Il savent notamment ce qu'il en a coûté à leurs collègues de la mine de fer de Marcona, à une quarantaine de kilomètres de Nazca, dans le sud du pays.Là-bas, le nouvel employeur, la miniè- re Shougang de la République populaire de Chine, est même en passe de leur faire regretter les «bons vieux Yankees» d'antan: «Avant, la Marcona Mining Company nous donnait la possibilité de faire instruire mes fils», raconte un mineur de Marcona, devant un graffiti qui résume à lui seul son propos: «Los chinos son malos, los gringos eran mejores!»1 Évidemment, la santé de ces travailleurs, ainsi que celle des membres de leur famille, est à l'avenant: problèmes respiratoires persistants, silicose, emphysème, maux d'estomac, dénutrition chronique pour les enfants de ceux qu'un accident empêche de travailler, etc.Des maux encore aggravés par leurs très faibles revenus, certes, mais aussi par l'état de déliquescence des services publics de santé.Car en plus d'être incapables d'acheter de la nourriture en qualité et en quantité suffisantes, il leur est quasiment impossible de se procurer des médicaments.L'hôpital régional en manque lui aussi, comme de personnel compétent.En fait, l'établissement est souvent incapable de faire une simple perfusion sanguine.FILOMENA Regroupées au sein d'un organisme populaire nommé Filoména, les épouses des mineurs ont décidé de reprendre le contrôle de leur vie.Leur premier objectif: la santé des familles, qui comptent en moyenne cinq enfants.Au total, 17 promotrices de soins de santé vivent dans les campements miniers des environs, en profitant pour faire de l'éducation et de la planification familiale tout en s'occupant des «botequines populares», espèces de petites pharmacies.La cinquantaine alerte, An-gelica Medrano est l'une des • âmes» du groupe Filoména.-L'espérance de vie est faible «Les Asiatiques sont mauvais, les Américains étaient meilleurs.» PHOTO ANDRÉ LACHANCE PHOTO ANDRÉ LACHANTS dans les campements miniers, dit laconiquement Angelica, alors que je l'interviewe dans un petit restaurant de La Oroya, où nous prenons une bouchée avant de grimper à Morococha, à une dizaine de kilomètres plus loin.Détail révélateur: alors que je me bourre de soupe, de frites et de truites provenant d'un élevage piscicole des environs, je remarque qu'Angelica ne touche pas à son poisson.Pendant que je règle la très faible addition, je l'entends demander à la serveuse de mettre son plat de truites et de frites dans un sac.«Pour mon mari», fait-elle lorsque je l'interroge du regard, un sourire gêné aux lèvres.ATTENTION AU GASPILLAGE! L'après-midi est déjà très avancé lorsque nous parvenons à Morococha.Des nuages lourds raclent le sommet dénudé des montagnes et, malgré quelques éclaircies resplendissantes, des flocons de grêle nous tombent dessus par à-coups violents.Il fait froid, humide.Posé devant un alignement de masures aux murs d'aJobe (boue séchée), un grand bac tient lieu de fontaine.Quelques femmes aux doigts rougis y lavent du linge dans l'eau glaciale, surveillant du coin de l'oeil des bambins aux joues écartâtes qui gambadent parmi les détritus et les pierres.Je suis invité à entrer dans une vhïetuhi pareille à toutes les autres: un carré de quatre mètres sur quatre où vit, sans chauffage, ni toilettes ou eau courante, un jeune couple et ses deux enfants.Du plafond, pend une ampoule nue, au bout d'un fil torsadé.C'est la seule installation électrique de la pièce: «Il n'y a pas de courant, m'explique la "maîtresse" des lieux, une femme de mineur au faciès amérindien prononce.La compagnie a coupé l'électricité.Elle prétend qu'on gaspille trop.» '7^ en CD rx > < in ce < 5 in CD CM O > I E La vie des dépanneurs au Québec «UNE CHANCE QU'Y VENDENT DE LA BIÈRE SUR TERRE» Indépendants vs grandes surfaces Ils vendent de la bière.Beaucoup de bière.Et des cigarettes.Et de la gomme.Et des BILLETS DE LOTO.Et LE lOURNAL.L.ES «À-CÔTÉS» POUR LESQUELS ON NE VA PAS À l'ÉPICERIE.C'EST plus rapide.C'est souvent plus proche.C'est habituellement le dernier commerce ouvert du village ou du quartier.celui à qui les passants demandent leur chemin.c'est, comme À d'autres époques l'église ou la taverne ou le magasin général, l'endroit public central.Depuis des lustres, ouvrir un petit dépanneur indépendant est une façon de créer sa iob, quitte à y mettre 65 heures par semaine.Des familles neo-quebecoises, moins décomposées, s'y essaient.Depuis peu, le Petit Dépanneur Indépendant livre une lutte féroce aux Grandes Surfaces des patins du marketing.Le premier, au coeur du quartier, s'organise sur une base familiale, mise sur son service personnalise, fait credit, et livre à domicile.L'autre engage les ieunes qu'il trouve, compte sur le volume de vente, avec de bons prix, un affichage rationnel, et.quelques hold-ups inévitables.Pas d'entrées dans les manuels d'histoire.Pas d'entrées dans les statistiques gouvernementales.Mais tout au long du XXe siècle, indépendants dans tous les sens du terme, les petits dépanneurs se sont adaptes, en cameleons, à toutes les mutations de la société et du commerce.UN DOSSIER COORDONNÉ PAR DANIEL S.-LEGAULT L'histoire des dépanneurs I NAGUÈRE LE PETIT RESTAURANT JULIE PERREAULT 01 a Œ > < Œ < in QJ D > La tradition.Si le terme -dépanneur» est jeune, datant des années 70, le commerce, lui, a une longue tradition.Même plusieurs.En ville, le «petit restaurant», la petite épicerie du coin, la confiserie et la tabagie vont, question de survie, se transformer massivement en dépanneur.En région rurale, la filiation nous ramène au magasin général.On va au ■•dépanneur» pour le pain, le lait et la bière, mais aussi pour socialiser.Dans les années 20, on voit surgir de petits commerces que les Ca-nadiens-nes français-es appellent un «petit restaurant».L'équivalent du Tobacco and candies stores qu'on retrouve du côté anglophone, le «petit restaurant» se distingue du restaurant type en vendant AUSSI des produits pour emporter.Selon Sylvie Taschereau, historien- ne et professeure associée à l'Université Concordia, le «petit restaurant vend surtout des produits de première nécessité comme le pain, le lait, le beurre, en plus des bonbons, liqueurs douces et cigarettes.Parfois, on y trouve un peu de nourriture préparée.Et quand on est équipé pour la garder, on Une nouvelle tendance: le dépanneur-garage vend de la crème glacée qui attire les enfants.» PROCHE DU MONDE Insérés dans les quartiers résidentiels, de tous temps les dépanneurs se sont développés à proximité de leur clientèle.L'aménagement de l'espace montréalais a suivi la logique du Régime français, en îlots rectangulaires allongés: sur les petits côtés, les commerces, sur les longs, les résidences.«On imagine facilement que de petits commerces de produits alimentaires se soient établis sur les longues rues résidentielles (nord-sud), entre les artères commerciales (est-ouest)», note Dinu Bumbaru, d'Héritage Montréal.PHOTO JUUE PEHREAULT LIEUX COMMUNS i.p.Si le dépanneur indépendant survit, c'est qu'il est intégré dans son quartier ou sa localité.Jugé «magasin d'utilité courante», il réussit à déjouer le zonage résidentiel.Il fait presque partie de la famille.Il connaît son monde et les allées et venues de chacun-e, dissuadant le cambriolage.Petit, l'inventaire est d'environ 40 000$.Et surtout, il fait crédit, même dans les quartiers populaires montréalais.Comble de bonheur, même à moins 2S°C, il livre.Maillon vital du cocooning! Impossible de mêler les indépendants et les dépanneurs de chaîne.Les franchisés et corporatifs sont souvent ouverts 24 heures et situés sur des artères passantes.Le vol à main armée est courant, facilité par la localisation du dépanneur.On pense volume, ce qui permet de baisser les prix jusqu'à concurrencer ceux de l'épicier.L'inventaire étant plus gros, il est plus dispendieux au départ, frôlant les 100 000$.Mais pour l'insertion dans le quartier, on repassera.J/T, Au rez-de-chaussée ou dans des demi-sous-sols, ces commerces crèchent au coin des rues et des ruelles.Les «petits restaurants», ou petites épiceries, occupent des bâtiments à l'architecture particulière: corniches et tourelles font un «clin d'oeil au passant, l'invitant à s'arrêter au "magasin du coin".»1 La famille propriétaire réside souvent dans le même logement que son commerce exigu.On offre, jusqu'à tard le soir, des produits variés, en petite quantité.Suzanne Laferrière, de l'Autre Montréal, rappelle qu'«on allait à l'épicerie tous les jours à cette époque, car les glacières étaient rares.L'épicier connaissait tout le monde et "marquait" les achats», payables plus tard.Le crédit est resté dans la culture.PETIT ENTREPRENEURSHIP Ouvrir un -petit restaurant» semble accessible aux familles ouvrières.«C'est un moyen de s'en sortir en temps de crise personnelle comme le veuvage, la maladie ou la retraite», note Sylvie Tas-chereau.Exigeant peu de capital de départ, un équipement limité au tiroir-caisse, ces petits commerces sont une alternative pour les femmes et les im-migrants-es.Stratégie de survie, Mme Taschereau remarque que «pendant la crise des années 30, on voit les petits restaurants se multiplier à une allure folle dans les quartiers ouvriers».Entre 1930 et 1939, on constate une hausse de 25% du nombre de petits commerces de détail du secteur alimentaire, vendant bonbons ou tabac.-* M.BENOÎT et R.GRATTON, Pignon sur rue.Les quartiers de Montréal, éd.Guérin, 1991.L'industrie actuelle du dépannage Selon différentes sources, entre 4 500 et 10 000 dépanneurs (!) peupleraient le territoire québécois.Une étude de 1994, commandée par Provi-Soir, arrive à 5 700 dépanneurs.Un nombre en décroissance depuis cinq ans.Les petits indépendants sont les plus vulnérables, selon M.Zicha, analyste financier chez Léves-que, Beaubien et Ceoffrion.«Des 400 qui disparaîtront d'ici les cinq prochaines années, 90% devraient provenir de cette catégorie.»1 Même si les dépanneurs indépendants sont encore et de loin les plus nombreux, leur part du gâteau rétrécit à vue d'oeil.Ainsi, les chaînes comme Couche-Tard et Provi-Soir ne représentent que 12% des dépanneurs mais 24% du marché des ventes.^ r _________________________________________ photo johnsubww Aujourd'hui, parler de dépanneurs oblige à distinguer indépendants, «bannières», franchisés et corporatifs.L'indépendant est maître de son commerce et approvisionné par différents distributeurs.Généralement, il s'agit d'une entreprise familiale, propriétaire ou locataire du bâtiment.Il contrôle totalement sa mise en marché.«Ceux qu'on appelle dans le jargon les "bannières" sont des dépanneurs propriétaires de leur commerce ayant un contrat d'exclusivité avec un distributeur», précise Marina Vulcu, de l'Association des détaillants en alimentation du Québec.Ils affichent une bannière connue comme Proprio (Provi-Soir), Sept-Jours (Couche Tard) ou Point-d'aide (Groupe Colabor).L'étalage et la publicité sont faits selon les normes de la bannière.MOINS PROPRIÉTAIRES Les franchisés sont uniquement propriétaires de leur inventaire.Dans les dépanneurs franchisés, comme la majorité des 245 dépanneurs Provi-Soir, l'investissement de départ est d'environ 90 000$.L'établissement et l'équipement appartiennent à la compagnie, dite le franchiseur.Le dépanneur franchisé verse au franchiseur un loyer fixe plus une commission de 5% sur les ventes (sauf consignes et loterie, par exemple).Le franchisé suit les normes de la chaîne et est responsable de la gestion du commerce.Le dépanneur corporatif, comme la plupart des Dépan-Escompte, Couche-Tard, est plus contrôlé et intégré à la chaîne.Tout est complètement planifié: les produits, l'étalage, le prix de vente, la publicité, l'uniforme et même le service à la clientèle.Employé par la chaîne, un gérant s'occupe du bon fonctionnement du magasin.La concentration a fait d'Alimentation Couche-Tard le géant de l'industrie de l'«accommodation».De 1 dépanneur en 1979, il en compte aujourd'hui 310, les deux tiers dans la métropole.Cotée en bourse depuis 1986, la progression est continue.En 1992, son concept Dépan-Escompte révolutionne l'industrie du dépannage: lait, boissons gazeuses, croustilles et eau de source sont vendus au prix du supermarché.Il grossit en absorbant le réseau de La Maisonnée, en 1993, puis Perrette en 1994.Avec un chiffre d'affaires de 400 millions $, un bénéfice net de 5 millions $ en 1996, l'empire s'intéresse au marché ontarien.Le timing est bon.La vente de tabac vient d'y être interdite dans les pharmacies et le gouvernement Harris ne cache pas sa volonté de privatiser la société des alcools de cette province.Deux mines d'or, il T.'X ■ IL* 1 Les Affaires, samedi 10 décembre 1994.ci > < 4 5 m PHOTO JOHNCRESSEY A l'instar des autres commerces de détail, la durée de vie des «petits restaurants» est limitée: de quelques mois à quelques années.Si le capital de départ est peu important, qu'on peut obtenir la marchandise à crédit pour 30 jours, il faut de la liquidité pour survivre.Et aussi beaucoup d'énergie humaine.«Le coût est très élevé pour la vie familiale, soutient Sylvie Taschereau.La fonction de parents se mêle à celle de patron.Une situation génératrice de tensions.» L'ALCOOL ET LES FRICTIONS La création, en 1921, de la Commission des liqueurs, chambarde la situation.Dorénavant l'importation et la vente d'alcool revient à la Commission.Nombre de petites épiceries licenciées, ancêtres des dépanneurs, ne peuvent plus vendre que de la bière et sont poussées à la faillite.Les années 50-60 et le développement des grandes surfaces amèneront un autre remue-ménage semblable.«Sous l'impulsion des Steinberg, beaucoup de petites épiceries vont fermer», fait remarquer Suzanne Laferrière.«Celles qui restent vont vendre de la bière et du vin pour se démarquer des grandes épiceries n'ayant pas ce droit».Avec la fin des années 60, on assiste, dit l'historien Linteau, au «recul du petit magasin indépendant devant la montée des chaînes corporatives puis des chaînes de franchisés.» La tendance est nord-américaine.Les Perrette feront figure d'avant-garde au Québec en développant un large réseau de franchises.Perrette est d'abord une laiterie.Et elle en tire profit: tout son marketing est fait autour du lait dont le prix défie ceux des autres dépanneurs.Perrette ne vendra pas d'alcool jusqu'en 1985, date où 52 de ses magasins obtiennent un permis d'épicerie.Les autres sont refusés, pour ne pas créer «une concurrence déloyale», face aux dépanneurs indépendants environnants.Pour Perrette, la décennie 80 est marquée par des accusations de fraude.À cette époque, plus de 500 gérants-es passent chaque année dans les 150 magasins Perrette.Après quelques mois de travail acharné, la plupart (90%) sont congédiés-es pour déficit d'inventaire.Perrette accuse allègrement ces gérants-es de vol.et retient salaires, assurance-chômage et le dépôt initial de 1 000$ exigé des nouveaux gérants-es.D'ex-gérants-es poursuivront et gagneront contre Perrette.Dans les années 80 encore, les grandes chaînes d'épicerie, qui ne peuvent augmenter leurs heures d'ouverture, fondent autant de chaînes de dépanneurs.Pour accroître leur part de marché, Pro-vigo se retrouve avec Provi-Soir, Métro-Richelieu avec Sept-Jours, Steinberg avec La Maisonnée, et IGA avec Boni-Soir.DIMANCHE, JOUR DE L'ARGENT En 1990, avec la modification de la loi sur les heures d'ouverture des commerces, une nouvelle page d'histoire s'ouvre.Entre 1990 et 1995, 43% des con-sommateurs-rices ont réduit la fréquence de leurs visites au dépanneur.L'ouverture des épiceries le dimanche fait mal: 20 à 25% du chiffre d'affaires hebdomadaire des dépanneurs était fait dans cette journée sacrée.C'est sur les produits non-périssables, tels le sucre, la farine, les conserves et les céréales, que les dépanneurs perdent le plus de terrain.La contrebande de cigarettes a aussi laissé des traces.L'Association des détaillants en alimentation du Québec estime qu'entre 1992 et 1994, plus de 500 dépanneurs ont disparu.en fumée.Produit stratégique, les cigarettes représentent 25% des ventes et amènent des visites régulières au dépanneur.Par exemple, la personne fumeuse va en moyenne 4,5 fois par semaine au Provi-Soir et en profite pour faire d'autres achats.En 1994, dans les seuls Dépan-Escompte, une hausse de 500 clients-es par semaine est enregistrée due à la réduction des taxes sur le tabac.L'orage vient rarement d'un seul nuage.Entre 1991 et 1995, la fréquentation dans les pharmacies est passée de 49% à 64%2.De quoi rendre nerveux même les géants.L'autre concurrent des dépanneurs, ce sont les pétrolières.Tigre-Express, ça vous dit quelque chose?C'est le dépanneur annexé à la station Esso.Selon la National Association of Convenience Stores, le dépanneur avec poste d'essence est la formule la plus rentable aux États-Unis, une formule d'avenir.^*À 2 Commerce, septembre 1996.PHOTO BRIAN KING PHOTO TOMJACOBI Chénier et Frères, Hull LA FRONTIÈRE DE LA BIÈRE JACQUES COLLIN Ottawa.Un groupe de jeunes veulent continuer la fête, mais pas moyen d'acheter la moindre bière.On saute dans un taxi.Destination: l'autre côté de la frontière.En quelques minutes, au bout du pont, le premier dépanneur en vue est le bon.Le taxi s'arrête sans se soucier des ados du quartier qui flânent sur le perron du petit commerce, la bande se précipite dans un turbulent tohu-bohu à la conquête d'une grosse caisse de bières.Pendant que certains se chargent d'explorer le réfrigérateur, les autres calculent sur place, devant la caisse, leur quote-part.Sitôt fait, dans le même mouvement effréné, on repart outrefrontière.Au dépanneur Chénier et Frères, sur la rue Notre-Dame dans le vieux Hull, ce genre de scène est monnaie courante.En 1979, monsieur Lacroix achète, avec son épouse, son frère et sa belle-soeur, l'épicerie des frères Chénier qui a pignon sur rue depuis 1949.La famille cohabite dans le logement rattaché au commerce.Il faut réorganiser les lieux afin d'agrandir le réfrigérateur à bières et permettre le libre service.On déplace des comptoirs, puis on introduit les loteries, les s/us/is, les passes d'autobus, les timbres poste.L'épicerie ressemble de plus en plus à un dépanneur.Les heures de travail sont longues.Pendant que les deux hommes passaient près de 15 heures par jour dans le commerce, Pt-CTUS D6NEL S -LËGALUT les femmes, en plus de l'entretien de la maison, passent une bonne douzaine d'heures par jour.Il y a deux tantes et un cousin qui sont embauchés pour venir en aide.Les deux livreurs sont les seuls qui ne sont pas de la famille.UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE Il n'y a pas que les jeunes qui viennent chercher leur bière au Québec.En Ontario, des magasins d'État, les Brewery's Retail, détiennent l'exclusivité de cette vente.Ça ferme tôt la semaine et complètement le dimanche.En dehors des heures d'ouverture, le Québec est la meilleure alternative.À tous les ans, lors de la Fête du Canada, on vidait le magasin, «il ne restait plus une bière-, nous raconte Yves, le fils Lacroix.-Tout ce qui se passait en Ontario avait un impact direct sur notre dépanneur.» Yves se rappelle que lors d'un arrêt de travail dans les brasseries ontariennes, tous les buveurs et vendeurs de bière de l'Ontario s'approvisionnaient au Québec.La réglementation interprovinciale rendait illégal le commerce de la bière d'une province à l'autre.Mais la surveillance de la GRC ne servait à rien.Les brasseries québécoises n'ayant pas le droit de vendre directement au détail, elles devaient passer par le dépanneur.Un tenancier de Toronto avait envoyé un de ses employés par avion chercher un plein camion de bière; on louait le camion à Ottawa, on traversait le pont, le premier commerce capable de fournir la bière était le bon.Les brasseries québécoises laissaient des camions de bière dans le stationnement du dépanneur.Lorsqu'ils étaient vides, on les remplaçait.C'était la seule façon de répondre à la demande.La frontière a fait de Chénier et Frères le plus gros vendeur de bière à Hull.,'T, en Œ > < CD Œ < 5 m a cr > < en cr < 5 Situé à 14 km de la Baie-des-Cha-leurs dans les terres à mi-chemin de Bonaventure et New-Rich-mond, le dépanneur de Saint-Alphonse niche entre trois usines à bois.La concurrence n'est pas trop forte au coeur de la forêt gaspésienne; seules deux épiceries y ont pignon sur rue.Le dépanneur de Saint-Alphonse en Gaspésie est un véritable magasin général des temps modernes.Son propriétaire, Bertin St-Onge, opère une véritable station multi-services qui permet: à monsieur le Curé de faxer des messages à ses nombreuses paroisses, aux automobilistes de faire le plein d'essence, à la gang de jeunes de s'équiper en jeux Nintendo, aux couples de reluquer les cassettes vidéo, aux travailleurs forestiers de carburer au café et à monsieur le Maire de jaser politique avec les citoyens-nes.On trouve de tout dans ce dépanneur, même le maire du village: c'est M.St-Onge lui-même.En 1990, Bertin St-Onge s'achète un garage dans son village natal afin de le transformer en dépanneur.Il se crée un emploi et devient enfin son propre patron.Quelques années plus tard, dans la jeune trentaine, il se fait élire maire de Saint-Alphonse.Heureux de son sort, Bertin St-Onge gravite entre son dépanneur et la mairie depuis quatre ans.PLACE À POTINS C'est autour de la machine à café et des beignets que les gens viennent lire les journaux et parler de politique municipale, régionale et provinciale.Assis sur des tabourets ou debout, on brasse l'avenir de l'industrie forestière du village.Un autre sujet à la mode au dépanneur, après la météo et les gens qui appellent en hiver pour s'informer de l'état des rangs, est le dézonage des terres agricoles.«Il ne reste plus de terrains disponibles au village pour les jeunes couples qui veulent se construire une maison», résume le maire.Saint-Alphonse, appelé «la petite Belgique», pour avoir été le seul village gas-pésien fondé par des Belges, s'apprête à fêter son centenaire l'an prochain.Peut-être les célébrations sauront-elles attirer plus de touristes.«En général, Saint-Alphonse, en Gaspésie LA COPICHE DU MAIRE NATHALIE LABONTE les seuls touristes qui passent dans le coin vont à la pêche au saumon sur la rivière Bonaventure», avoue le maire.Aux heures de pointe, étudiants-es et travailleurs forestiers envahissent la «co-piche», le dépanneur dans le jargon du coin.«Pendant l'hiver, deux usines sur trois fonctionnent ici et emploient une soixantaine de travailleurs, explique Bertin St-Onge.En été, ce chiffre grimpe à 210 personnes.» Plusieurs adoles-cents-es flânent également devant le dépanneur.«Je leur ai installé des ta- bles dehors sur le gazon, vis-à-vis la maison des jeunes», renchérit-il.Bertin vend beaucoup de marchandises à crédit: «Étant donné que tous les gens se connaissent, ils ne peuvent pas se permettre d'être malhonnêtes, car ils seraient tout de suite discrédités, réplique l'homme qu'on surnomme le marchand général.De plus, avec un taux de chômage de 65% et des emplois saisonniers dans le village, si tu es en business, t'as pas le choix de fonctionner à crédit.» ^7, PKJTO FHANC06 SAVABD Il llll min: 13 II) Dépanneur Madame Ida, Tadoussac TENIR LE «FORT» JULIE PERREAULT Un hold-up à Tadoussac?!?Drôle de question, estime François Savard, un résidant de l'endroit.Le fugitif n'aurait le choix qu'entre deux routes, une vers le nord, ou une autre, vers le sud, où il risquerait bientôt de devoir attendre le traversier vingt minutes, devant le bureau régional de la SQ! Tadoussac est un village touristique, de 850 residents-es réguliers, qui se démultiplie l'été pour atteindre S 000 personnes.Avec l'automne, la majorité des commerces ferment, se barricadent et s'ensommeillent jusqu'au prochain printemps.Le dépanneur Madame Ida résiste.Sous bannière Proprio, dépositaire exclusif des produits de la Société des alcools du Québec (SAQ), et offrant un mini-club vidéo, le dépanneur est toujours achalandé.Avec la Caisse populaire, le bureau de poste et l'épicerie installée à 5 maisons de là, le dépanneur de Madame Ida est une institution du village.L'ERMITE ET LES GENS DE PAROLE Le passage au dépanneur est toujours source d'échanges entre amis-es.Les proprios, madame Ida et son fils Pierre, connaissent l'histoire de tout le monde.Si on parle au dépanneur, «ce n'est pas d'enjeux sociaux , fait remarquer François Savard.C'est plutôt du placotage de village.C'est important de prendre des nouvelles du monde.» Alors chacun-e se raconte un peu, entre le vin ou la cassette vidéo.À 70 ans.Madame Ida, la propriétaire, veille tous les jours au dépanneur dès 8h le matin À 14h, son fils, d'une quarantaine d'années, prend la relève jusqu'à 23h.Madame Ida est sans doute la personne la plus connue du village.Son fils est plutôt du genre ermite.«On ne le voit presque jamais, raconte François Savard.Il prend quelques marches dans le village.Pas de voiture.Pas de loisir.Il ne semble avoir aucune passion.Pas de femme dans sa vie, même juste un soir.(tout se sait dans un village)!- Bref, leur vie, c'est le dépanneur.Plutôt qu'une véritable concurrence avec l'épicerie qui ferme tous les soirs vers 22 heures, le dépanneur lui est complémentaire.Son créneau est clair: les à-côtés.Et comme il a les produits de la SAQ, c'est là qu'on va quand on invite les amis-es.Enfants et ados s'y rendent pour les bonbons, le chocolat et les fameux jeux Nintendo.Mais pour la loterie, curieusement, c'est à l'épicerie que ça se passe.Les touristes suivent les mêmes pattems de consommation que les locaux: nourriture à l'épicerie, alcool et liqueurs douces au dépanneur.La principale différence, c'est le crédit.Pour les gens de la place, le crédit c'est une culture.«Un moment donné, tu demandes combien tu dois et tu payes.Si ça tarde, c'est pas grave- Xtj 0) m > < en CE < in Le dépanneur Comeau, Longueuil PETIT PETIT PETIT NATHALIE PAQUIN A l'angle des rues De Lemoyne et Saint-Alexandre dans le vieux Longueuil, le Dépanneur Comeau a le look parfait du dépanneur typique de quartier.Trois marches usées mènent dans un commerce exigu où l'oeil a vite fait le tour.Ici, pas de produits inusités ou exotiques et encore moins de photocopieur.C'est le dépanneur dans sa pure vocation minimale.Une cordonnerie voisine le dépanneur et deux logements (dont celui du chansonnier Raymond Lévesque) occupent l'étage supérieur.Voilà déjà 30 ans que la vieille porte du Dépanneur Comeau s'ouvre sur la clientèle du coin.Depuis, PHOTO NATHAUE PAQUIN quatre tenanciers-ères se sont succédés-es, jusqu'à Sylvie Vachon et son chum, il y a six ans.En fait, c'est la mère de Sylvie, Antonia Vachon, la véritable propriétaire du dépanneur.«C'est eux qui ont acheté mais c'est moi qui ai payé!», lance-t-elle en riant.Un investissement de 65 000$.UNE SOLIDE EXPÉRIENCE DU MÉTIER «Lorsque je suis entrée ici, il y avait plusieurs produits considérés comme des "mauvais vendeurs" pour un dépanneur, tels les coeurs de palmiers.Et nous avons dû jeter beaucoup de soupes en boîte.» De plus, à l'acquisition du commerce, la cuisinette a été démolie pour faire place à une chambre froide.Avec ses 73 ans et ses 31 années d'expérience dans des commerces semblables, Mme Vachon connaît bien les rouages du métier.Elle a d'ailleurs tenu deux autres dépanneurs indépendants sur la Rive-Sud de Montréal.Le petit commerce jouit d'une clientèle bien établie: les résidents-es du quar- Afin d'accommoder une clientèle de plus en plus sélective, de plus en plus exigeante, les Tremblay ont dû agrandir deux fois.Des rénovations totalisant plus de 100 000$.Pendant des années, le commerce était jouxté, tout au fond, d'un casse-croûte tenu par Diane.Un endroit de choix pour les gens débarqués de l'autobus Voyageur, dont le seul arrêt bromontois se trouve ici.Plus tard, l'espace fut loué pour une boucherie.De même, à l'avant, juste à côté des magazines, un mini-salon de coiffure a longtemps été en place.Un autre casse-croûte vient d'y ouvrir.Vers pour la pêche, permis pour la chasse, le dépanneur vend toutes sortes de produits.«On a arrêté de distribuer des permis de chasse parce que c'était un paquet de problèmes avec le gouvernement.En plus, ça demandait beaucoup de paperasse et ce n'était pas trop payant-, précise Rosaire.Des articles sont retirés, d'autres apparaissent.Valideuse, service de photocopie, télécopie: on se tient à jour.-Ce qui nous étonne encore beaucoup à Bromont, raconte Gaétan, c'est le nombre de sacs que l'on passe.À Val d'Or, les clients partaient directement avec leur bière ou leur journal; ici, ils demandent toujours un sac!» Caprices d'embourgeoisés-es?QUAND LA CONFIANCE RÈGNE L'incontournable formule «club vidéo» a fait son entrée au dépanneur il y a déjà quelques années.«Ça marche très bien, dit Gaétan, on loue environ 700 films par semaine.» Une initiative hasardeuse puisque deux commerces spécialisés dans la location de films se disputent un marché plutôt restreint dans un même voisinage.Pour louer un film au dépanneur, on exige de vous une seule information: votre numéro de téléphone.Pas de preuve d'identité, ni de carte de crédit.Dans une ville comme Montréal, on imagine aisé- PH0TD UATHAIJE PAOUN »^~ y ment les répercussions d'une telle confiance.qui n'est pas sans faille ici non plus.«On s'est fait piquer des films une couple de fois, mais dans l'ensemble les gens sont honnêtes.» Pour le crédit aussi la prudence est dorénavant de mise.«On a eu notre leçon! Au début, on s'est fait po-gner.Des chèques personnels on en a eu longtemps.Ça nous a occasionné de grosses pertes.Les gens restent ici un an, puis oups! ils disparaissent.Leurs commerces ferment, alors ils s'en vont.Quand Hyundai était là, on avait plus de monde», ronchonne Rosaire.MalgTé ces quelques mauvais payeurs-ses, les Tremblay changent encore les chèques de chômage et de TPS, les prestations d'aide sociale et ils tolèrent encore de faire crédit aux bons-nes clients-es, comme cette vieille dame du HLM d'à côté.(surtout pour des pintes de lait).^ PHOTO NATHAUE PAOUIN tier.Il s'en trouve de tous âges, bien que les gens âgés semblent majoritaires.40% des recettes proviennent des ventes de bière et de vin.Le lait, le pain et les gâteaux quant à eux occupent 20% des parts du chiffre d'affaires.Et les premiers du mois, la valideuse et les gratteux sont très populaires.ON N'A PLUS LES DIMANCHES QU'ON AVAIT Avant l'adoption de la Loi 90, le jour faste de la semaine, c'était le diman- che.Maintenant, c'est la journée la plus tranquille.«Les grands magasins nous font mal depuis qu'ils omirent le dimanche.Au lieu de se balader en auto, comme autrefois, et faire un arrêt au dépanneur, les gens préfèrent se promener dans les centres d'achat.Ils vont en profiter pour acheter là, en passant, le pain et le lait.Malgré tout, nous sommes chanceux: il n'y a pas de gros marché d'alimentation situé vraiment proche.» Ainsi, les bonnes journées du Dépanneur Comeau s'échelonnent du mercredi au samedi.Le mercredi étant d'ailleurs le moment par excellence pour la valideuse, alors que sont offerts les lots de un ou plusieurs millions.«C'est pas payant mais cela amène de la clientèle!» Sur un des murs, quelques films en location attendent.C'est un marché peu significatif: à peine deux sorties par jour le dépanneur est aussi distributeur autorisé de cartes de la Société de transport de la Rive-Sud de Montréal (STRSM).«Un gros 0,5% de nos ventes», ironise Mme Vachon.Les bonbons à 1 cenne subsistent toujours, mais sont surtout consommés par des adultes nostalgiques.Bien connaître ses clients-es, ça aussi c'est important.On ne fait pas crédit à tout un chacun.«Au début, nous avons eu beaucoup de problèmes avec le crédit.Mon gendre faisait confiance à tout le monde.» Depuis, Mme Vachon est la seule à autoriser les crédits et ils sont rares.À peine une quinzaine de personnes bénéficient de cette faveur, le ne fais pas de crédit sur la bière ou le vin.non, quand même! Seulement sur les essentiels comme le pain et le lait.» Les seuls chèques qui sont parfois acceptés sont les chèques d'allocations familiales du gouvernement.Le Dépanneur Comeau n'a été victime de hold-ups que trois fois.Quant aux vols à l'étalage, Mme Vachon les sent venir: «J'ai l'oeil habitué.je les attrape assez vite.» PAS DE RETRAITE EN VUE Il est difficile pour Mme Vachon de seulement envisager sa retraite.Le vérita- rv m 01 oc > < ■ cr.< 5 ce OJ O > ble dada de cette commerçante, c'est le monde, le public, qu'elle adore.Infirmière avant son mariage, elle aurait même continué sa vocation jusque dans ses premiers commerces où elle a déjà administré des vaccins aux enfants de ses clientes qui la connaissaient bien.Et cela, c'est sans compter les fois où elle faisait du gardiennage alors que les mamans complétaient leurs emplettes.•J'installais l'enfant près de moi dans le dépanneur avec un livre à colorier, des crayons et un suçon.Il était aux anges.- Pas surprenant que des anciens clients-es - et leurs enfants et petits-enfants - continuent de fréquenter le commerce de la dame.^7, PHOTOS MARYSE DUMONT Martin Gagnière, gérant, mise sur la nouveauté et la variété pour satisfaire sa clientèle.Près d'une école secondaire et à une certaine proximité du CÉGEP, la clientèle se compose d'élèves, de travailleurs-ses et de touristes.«Près de 250 clients passent chaque jour.Certains se prennent un café et un muffin, puis jasent quelques instants.On parle de tout: des sports, des femmes, de la politique, de la société, de l'économie, de la vie en général.» Le Vent du nord est situé à une intersection, près d'un pont menant à deux extrémités de la ville, le nord et l'est.Ayant pignon sur la rue Belvédère dans le vieux-nord de Sherbrooke, il dessert à la fois la population de ce quartier et les gens de passage.Le bâtiment date du début du siècle: «À l'origine, c'était une sorte de magasin général.•> L'on peut voir, dans le sous-sol de l'autre partie du bâtiment, que c'était un endroit où l'on gardait les chevaux pour la livraison.Plus tard, ce fut un marché IGA et, par la suite, un dépanneur.Il y a deux ans, Denise Langlois et son mari, Jean-Pierre Gagnière, achètent le dépanneur indépendant qu'ils avaient antérieurement possédé pendant huit ans dans les années 80.Une nouvelle décennie, une nouvelle clientèle.Les «Le Vent du nord», Sherbrooke * DÉPANNER, SE RENOUVELER, SE DÉMARQUER MARYSE DUMONT propriétaires l'ont compris.Ils ajoutent alors deux cordes à leur arc: les microbrasseries et la boulangerie."Mon frère et sa femme, les propriétaires, ont un emploi ailleurs.Lorsqu'ils ont acheté le dépanneur, ils m'ont approché pour que je sois gérant.C'est donc moi qui m'occupe du magasin, de 7h le matin jusqu'à 6h le soir, sauf le dimanche.Le soir, mon frère prend la relève de 18h à 23h.On a aussi une employée à temps partiel le dimanche et un soir ou deux par semaine, sur appel.» LE FUTUR EST DANS LES BINES On a investi 10 000$ dans l'entreprise pour les rénovations, comme le four à pain, le plancher, etc.Les coûts d'achat du magasin montaient environ à 10 000$, plus l'inventaire évalué, pour l'année 1996, à 42 000$.La marge de profit de l'entreprise se situe à environ 18%, en moyenne."Durant les années 80, mon frère vendait beaucoup plus de boissons gazeuses, souvent en paquet de six bouteilles ou des caisses de cannet-tes.Maintenant, avec la venue des grandes surfaces qui offrent un prix plus bas pour ces produits, il est impossible d'en vendre autant.» Fait peut-être surprenant, la loterie attire peu la clientèle.-La vente des grat-teux est plutôt restreinte», explique Martin Gagnière."Tellement que cela nous empêche d'obtenir la machine pour la validation.Il faut atteindre une moyenne spécifique de vente de grat-teux pendant trois mois pour pouvoir la louer; ce qui est un cercle vicieux selon moi, puisque les gens préfèrent acheter à la fois des gratteux et des billets de validation.» Quel est alors le produit le plus vendu?Les microbrasseries, qui obtiennent la faveur du public avec un pourcentage représentant plus de 50% du chiffre d'affaires dans la bière.Environ 15 000$ en inventaire y sont attribués.Au Vent du nord, on accepte les demandes spéciales des clients-es, qui se font surtout pour des marques spécifiques de bière ou de pain (comme Cousin).Essayer constamment de nouveaux produits est un outil efficace pour capter l'attention et la fidélité de la clientèle."On pense même offrir des fèves au lard le dimanche, dont la recette serait "maison".Ça reste à confirmer: nous devons vérifier le temps et le personnel supplémentaires que cela impliquerait.» Ttj François Cousineau n'a que 20 ans.Mais ces dernières années, il a travaillé comme livreur dans des dépanneurs indépendants de Montréal-Nord et des quartiers populaires de Montréal.Le livreur, c'est l'intermédiaire entre le patron du dépanneur et les clients-es.De son poste de passeur, il peut tout observer.Drôle de jobbine, où les temps morts à jaser avec les clients-es et à regarder la télévision succèdent aux rushs de livraison où la réputation du dépanneur est en jeu.En partant, l'été est toujours plus tranquille que l'hiver.Le temps des Fêtes est LA période annuelle d'af-fluence.Chaque mois, la date du chèque d'aide sociale marque une ruée.Chaque semaine, ce sont les jeudis, vendredis et samedis soir qui sont les plus achalandés.Chaque jour, on connaît un boom entre 17h et 18h puis avant la fermeture, entre 21h et 23h.«Dans les rushs, ça demande de l'endurance.Par exemple, pour monter et descendre trois étages avec une caisse de 24, a 30°, à full pine.» Le cauchemar d'un livreur, c'est son bicycle qui brise, quand ce n'est jamais le temps.Un cadre mal lubrifié qui tombe en morceaux.La chaîne qui débarque.Des crevaisons.«Je suis maintenant capable de réparer complètement un flat, démonter la roue, le pneu, pat-cher le trou, et tout remonter, en moins de 15 minutes.» SALAIRE D'ÉTÉ, SALAIRE D'HIVER Leurs semaines font 50 heures de travail.Comme la livraison commence généralement à lOh le matin et n'arrête souvent qu'avec le dépanneur lui-même, à 23h, le livreur fait souvent 13 heures de travail en ligne.Livrer à domicile COMMANDER SANS LAISSER D'ADRESSE DANIEL S.-LEGAULT Le livreur reçoit entre 2$ et 3$ de l'heure, à la base.Les pourboires varient énormément, comme la demande.Cer-tains-es ne donnent rien pour une commission, d'autres jusqu'à 5$.L'été, traditionnellement tranquille dans les dépanneurs, on peut faire 20 livraisons par jour, pour en moyenne 65c de pourboire chaque fois.L'hiver, de 40 à 100 livraisons par jour rapportent en moyenne 1$ chacune.«Les gens donnent souvent plus parce qu'il pleut ou qu'il fait froid.L'été, il arrive plus souvent que des gens ne laissent aucun pourboire.» Un dépanneur a bien essayé de ne payer qu'à commission, 50c chacune, mais dans la fraternité des livreurs, il est considéré comme un exploiteur sans scrupules.Car il ne faut pas s'y tromper: les livreurs des dépanneurs d'un quartier se connaissent bien.Ils se croisent très souvent, se jasent à l'occasion.Avec la récession des années 80, on a agrandi le rayon d'action des livreurs, qui doivent accepter des commandes plus éloignées qu'avant.Les trajets peuvent faire 4 kilomètres aller-retour.Les livreurs ont quand même un pouvoir, une force de négociation: pour un dé- Robert Lévesque, livreur, et son patron.panneur, un bon livreur est souvent indispensable.Il connaît les clients-es.«Un bon livreur, un livreur sympathique, ça amène des fèedback au dépanneur, des gens qui rappellent.» C'est un élément essentiel du service personnalisé! L'employé-livreur sert également de «gérant de backstort- en organisant le roulement de la marchandise.Et il livre à peu près les mêmes produits que vendus au comptoir.Beaucoup de bière surtout.«C'est plus pesant!».ALLÔ, C'EST MOÉ.LTn dépanneur de quartier a surtout des habitués-es.«Quand je rentre le lundi, juste en voyant les sacs déjà préparés pour la livraison, si je vois un Echo-Vedettes avec un litre de lait 2% plus deux Players filtre, je sais tout de suite que c'est pour la madame du 4447 des Érables.À certaines heures, r r Œ > < Œ < If) (0 CVI o > PKJTO BERNAFC jEAY Dépanneur «BBQ, Los Amigos», Montréal BIÈRE ET EMPANADAS JULIE PERREAULT En entrant dans ce dépanneur, boulevard St-Laurent, on se croirait dans un casse-croûte latino-américain.Le poulet rôti côtoie les em-panadas, ces petits chaussons à la viande et aux olives.Un comptoir et quelques tables invitent les clients-es à siroter un café, à lire le journal et à discuter.Derrière, les allées traditionnelles du dépanneur s'alignent; tout s'y empile.Casse-croûte et dépanneur: un 2 dans 1.«C'est la seule façon d'arriver de nos jours», soutient M.Ugaldes.C'est sa femme, Carlota, qui prépare les mets péruviens vendus au comptoir.Personne ne chôme dans cette famille même si aucun salaire fixe n'est versé.«On prend le nécessaire», me dit M.Ugaldes.Depuis l'ouverture, il y a presque cinq ans, les journées du couple durent entre 12 et 15 heures, sept jours par semaine.Après l'école, les enfants s'installent aux tables et font leurs devoirs.La vie familiale emménage au dépanneur.ON NE VOIT PLUS LA CLIENTÈLE PASSER Bientôt, les Ugaldes voudraient fermer un jour par semaine, mais les journées sont tellement variables qu'on hésite.«Il y a des journées tranquilles, avec une vingtaine de clients.L'été, on a plus de monde, entre 50 et 100 par jour.En général, les samedis sont plus achalandés.» Pendant l'heure qu'a duré l'entrevue, prévue dans une période de faible achalange, pas moins de 15 personnes sont passées par le dépanneur.Trop occupé, ce propriétaire sous-esti-merait-il l'achalange de son dépanneur?Reste que les temps sont plus difficiles qu'avant.-La situation économique inquiète mes clients», une clientèle aux origines variées: québécoise, européenne, latino-américaine, etc.Aristobal i-> 01 m Œ > < II) Œ.< 5 in CD ru O > mon patron me disait: "r'garde bien, un tel va appeler".Et le téléphone sonnait!» Plusieurs le font sans prendre le temps de décliner nom ou adresse.«Allô c'est moé.» Avec la voix, et surtout le contenu de la commande, on sait qui c'est.Il y a peu de hold-ups chez les indépendants.Proportionnellement aussi peu qu'ils sont bien intégrés dans leur milieu.«Ceux qui y passent sont surtout les dépanneurs des rues passantes, comme ceux des chaînes, qui ont une clientèle pas régulière.Ou bien les propriétaires ethniques, des Vietnamiens par exemple, qui n'ont pas de contacts dans le quartier.Les cambrioleurs savent qu'ils ne seront pas retracés.» Vivre avec le dépanneur, c'est rencontrer ce que François appelle «le Québécois de tous les jours», le peuple.Presque tout le quartier y passe.Même les prostituées font parfois un petit arrêt pour proposer leurs services.PHOTO JUUE PEPflEAULT LES NOUVELLES ARDOISES Même à Montréal, les dépanneurs «de quartier» font facilement crédit.Les ententes se font au cas par cas.Les remboursements, à la date du chèque d'aide sociale, de la prochaine paye, ou autrement.Parfois le recouvrement est musclé.«J'ai vu souvent mon patron aller voir un client quelque part dans le quartier pour le collecter.Et ça peut être heavy.» Mais les mauvaises créances sont minimes.Et le meilleur outil du dépanneur pour se faire rembourser, c'est d'être l'incontournable établissement du quartier.«C'est au dépanneur qu'on connaît le mieux les déplacements des gens du quartier».«Ceux qui feraient pas crédit ne fonctionneraient pas», estime François.Les premiers à y recourir sont les livreurs eux-mêmes.Il n'est pas rare qu'un livreur ne voit jamais la couleur de sa paye, qui ne fait que diminuer son compte.«C'est comme une carte de crédit.Il y en a qui montent de gros comptes.» La plupart du temps, les comptes s'additionnent sans intérêts.Les dépanneurs servent-ils de prêteurs?«Non, pas d'habitude.Mais certains en profitent.J'ai déjà vu un client "barré" donner 90$ à un autre pour sortir une caisse de 12!» jïfl Ugaldes apprend beaucoup sur leurs habitudes de vie; il écoute plus qu'il n'intervient.Mais les photos du Pérou, accrochées dans le dépanneur, déclenchent les échanges et l'obligent à raconter sa culture d'origine.RÊVE D'ENFANT • Quand j'étais petit, au Pérou, je voulais déjà un commerce», se rappelle M.Ugaldes.«Je vendais des bonbons devant la maison.J'allais les acheter en ville et je revenais au village en les vendant juste un peu plus cher».Au Québec depuis 25 ans, les Ugaldes ont beaucoup travaillé pour réussir à épargner.Les contrats, courts, sans sécurité, se sont enfilés: plongeur, cuisinier, commis de banque, commis à la poste, etc.Il croit que les immigrants-es sont plus travaillants et persévérants que les Qué-bécois-es.Bien peu l'auraient imité: la première année de son dépanneur, il a continué à travailler ailleurs, dormant dans les allées de son commerce! Indépendant, il aurait souhaité s'associer à une chaîne d'alimentation comme Provigo ou 1GA.«Mais ça m'aurait coûté plus cher pour obtenir l'inventaire et j'aurais dû payer avant d'avoir ouvert mes portes.» Au départ, la banque refuse de lui prêter car il travaille à l'heure sans sécurité d'emploi.L'agent immobilier qui lui a vendu sa maison résidentielle lui avance les fonds avec sa maison en garantie.La banque garantira ensuite le prêt, une fois le dépanneur ouvert.Quand je lui dis que l'investissement pour ouvrir un dépan- neur est relativement faible, il n'est pas d'accord.«J'ai dû investir plusieurs dizaines de milliers de dollars pour installer mes deux chambres froides, mon système d'aération et les comptoirs.» MARKETING MAISON Je m'étonne du peu de bonbons offerts dans ce dépanneur.«On n'est pas dans un quartier familial, précise M.Ugaldes.Ici, il y a surtout des travailleurs, des adultes, des gens accotés sans enfant.J'ai seulement deux petits enfants qui viennent ici régulièrement.L'autre jour, ils m'ont demandé une sorte de bonbon au chocolat que je n'avais pas.Je vais m'en procurer car ce sont des clients réguliers.» C'est sa façon de répondre aux besoins de la clientèle fidèle.«Un jour, un Français m'a demandé une sorte de vin, selon lui très populai- PHOTO JUUE PEBBEAULT re.J'ai inscrit le nom du vin et demandé à des clients s'ils connaissaient cette marque.Personne n'avait entendu parler de ce vin.Je ne l'ai pas commandé.» Pas d'étude de marché, le service est intimiste.Il souhaite vendre des billets d'autobus, obtenir une vali-deuse de 6/49, mais ses démarches n'ont pas encore donné de résultat.Les cigarettes sont le produit le plus vendu au Dépanneur BBQ-Los Amigos.Les chips, la bière et le vin arrivent au deuxième rang.-Aujourd'hui, on vend moins de bière en caisses de 24», note M.Ugaldes.On achète davantage de bière à l'unité.En grosse cannette, elles sont plus rentables.mais aussi, plus facile à piquer.Dans les pantalons de survêtement, deux ou trois cannettes de bière s'insèrent facilement dans les poches.A moins qu'une caméra-vidéo, comme le propriétaire en a installé une, vous décourage.CRÉDIT, DROGUE ET ROCICN ROLL Dans ce quartier de va-et-vient, cette rue de passage, difficile de faire confiance au premier ou à la première venue.Une grande affiche surplombe la caisse enregistreuse: «Pas de consommation de drogue ou d'alcool.Pas de crédit.» Les propriétaires ont été échau-dés-es.«Je me suis fait avoir par plusieurs clients», soutient Aristobal Ugaldes.«Les premières fois, ils te demandent et te remboursent.Puis, ils te redemandent, te redemandent encore de plus gros montants et là, ils disparaissent».Rarement, tTès rarement il fait crédit, et seulement à quelques rares personnes qu'il connaît.Côté drogue, on faisait la passe sous son nez.Un ami lui a ouvert les yeux, ses enfants aussi, en voyant deux gars -sniffer» de la coke dans une allée.L'élargissement des heures d'ouverture des épiceries a affecté ce dépanneur du centre-ville même si autour les grandes surfaces ne sont pas légion.Le plus fascinant, c'est que M.Ugaldes s'est rendu compte de ce phénomène il y a à peine un an, alors que la loi est en vigueur depuis 1990.En visite chez sa belle-soeur, un soir qu'il avait fermé son dépanneur plus tôt, elle l'invite à l'accompagner à l'épicerie.C'est là qu'il réalise que les épiceries sont ouvertes tous les soirs.A la fois ouvert sur le monde et sur diverses cultures, on dirait que le dépanneur, pour cette famille, les coupe du quotidien.^7, ai 0) Œ > < ■ CI < 5 m Ce Q > en en oc > < en ce < in eu Dépan-Escompte Couche-tard, Montréal BIC BROTHER, BIG DÉPANNEUR JULIE PERREAULT Coin Rachel et Delorimier, les gens s'arrêtent le jour mais surtout la nuit.Une clientèle «couche-tard».et jeune, dans la vingtaine, vient dépenser un petit 3$ au dépanneur.Peu portée sur la loto, elle préfère massivement les bières de micro-brasseries québécoises.Les ventes devancent même nettement celles de bières commerciales comme Molson ou Labatt.Ce goût marqué des résidants-es du Plateau, c'est ce qu'on appelle en marketing un micro-marché.C'est la prochaine conquête des Dépan-Escompte Couche-Tard.Après l'ère de l'uniformisation totale, le géant de l'industrie du «dépannage" personnalise la formule.Légèrement.On est loin du dépanneur typique de coin de rue.L'endroit ressemble plus à une petite épicerie, l'éclairage néon en prime.Ici, les dalmatiens en peluche côtoient le café, le pain cuit sur place, les charcuteries et le Kraft Dinner1.Il a gardé trois choses du dépanneur traditionnel.Cigarettes et bières représentent 50% des ventes; les heures d'ouverture défient les autres commerces d'alimentation et les produits, toujours plus variés, s'empilent, s'alignent, s'amoncellent.Mais là s'arrête toute comparaison.Les allées, subdivisées, sont bien identifiées, histoire d'organiser le trop plein.Le gérant-salarié travaille 45 heures par semaine et embauche une douzaine d'employés-es, la moitié à temps plein.6 000 personnes transitent hebdomadairement par ce dépanneur.Et le chiffre d'affaires annuel frôle le million de dollars! BIG BROTHER AU DÉPANNEUR Depuis un an, Luc Toupin est gérant de ce Dépan-Escompte, un des 310 points de vente d'Alimentation Couche-Tard.Ancienne franchise La Maisonnée, rachetée en 1993, la façade, les produits et la gestion ont bien changé.«La grosse différence entre un dépanneur franchisé et un "corporatif", c'est le contrôle», souligne Luc Toupin.«Chez Couche-Tard, tout est contrôlé à la cenne.C'est exigeant pour tout le monde.Mais en bout de ligne, il n'y a aucune perte." À titre d'exemple, toutes les transactions sont informatisées et automatiquement transmises au siège social.À la fin de chaque semaine, les données ne sont plus accessibles aux o > Parmi les produits d'épicerie, le Krci/t Dlnnet serait le plus gros vendeur dans les dépanneurs nord-américains gérants-es des dépanneurs.Une bonne stratégie pour que les bilans financiers partiels soient faits régulièrement.En un an de gestion, M.Toupin a augmenté de 12% le chiffre d'affaires du dépanneur.Il a réduit les stocks, accru la variété des produits, et repensé les étalages à la façon Couche-Tard.«Avant mon arrivée comme gérant, tu entrais dans le magasin et tu te sentais étouffé», se rappelle-t-11.Mais quelque chose est resté de cette sensation.avec tous les spéciaux en surenchère accrochés au plafond et sur les caisses de bière.La guerre des prix et les circulaires de spéciaux distribuées aux maisons environnantes, voilà la tactique Couche-Tard.Le petit dépanneur tout près ne s'en remettra peut-être pas.«Il a fermé six fois depuis le mois d'août et changé d'administration», précise Luc Toupin.Mais la concurrence se fait dans les deux sens.Récemment, le même petit dépanneur s'est payé une nouvelle peinture.La façade est désormais bleue et jaune.couleurs Couche-Tard! LA FOURMILIÈRE Le midi, le dépanneur est envahi.Des hordes d'adolescents-es débarquent.On est à deux pas de la polyvalente Jean-ne-Mance.Liqueurs, chips mais surtout bonbons sont la cible de cette jeune clientèle.«A cette heure-là, ne me demande pas mon plus beau bonjour», me lance la préposée aux ventes.On imagine: les mille mains tendues, les cris, les bousculades.Le gérant se transforme alors en surveillant et attend, avec un brin d'impatience, que sonne la cloche.Après, c'est plus tranquille.Quelques rares clients-es vont s'arrêter et raconter leur vie au gérant.Les autres, plus jeunes, souvent en groupe de 2 ou 3, saluent simplement.Parfois, on échange sur la météo, les résultats d'élection, mais les discussions ne vont pas en profondeur.» Le soir de Noël, un voleur est entré, armé et sac-à-dos prêt à recevoir les billets: il a vidé la caisse.Luc Toupin me raconte l'événement de façon anodine.«On a un hold-up à peu près tous les mois et demi», me dit-il.Ça fait presque partie de la culture d'entreprise.Mais n'a-t-il pas de problème de recrutement?«Non, dit-il, les jeunes connaissent làgatrn-.Côté vol à l'étalage, la perte peut atteindre 200$ par semaine.Le café, les petites conserves de crevettes à 3,99$ et la bière en cannette sont les premiers produits piqués.Il me raconte ses courses folles pour rattraper un voleur de bière et le convaincre de revenir installer la caisse dans le frigo.Mais son approche ne réussit pas toujours.«Prends ce jeune de 14 ans, effoiré sur une chaise dans mon bureau.11 ne réagissait pas quand j'essayais de lui faire comprendre que son vol avait des conséquences.On aurait dit qu'il me disait: "c'est-tu fini?".Même attitude avec Luc Toupin, le gérant.la police.Une fois dans leur voiture, il a réussi à en sortir et à leur échapper.» CHEVALIER DU DÉPANNEUR GAGNANT Avant de devenir gérant en 1994, il avait tout fait dans les dépanneurs: commis, caissier, boulanger.Pour Luc Toupin, le dépanneur indépendant n'a pas d'avenir.Même si sa job est stressante, son salaire moyen, il a la certitude de ne pas perdre son emploi, et mise même sur une promotion au sein de l'empire Couche-Tard.-Je suis jeune et j'aime prendre des responsabilités, lance ce gérant de 22 ans.J'aime le milieu dépanneur.J'ai grandi dedans.Être gérant, c'est un défi.J'apprends comme à l'école.Je vois mes erreurs, je les comprends et je ne les fais plus.» La formation mensuelle de Couche-Tard améliore ses compétences.«En partageant nos expériences de gérants, on apprend des erreurs des autres.» De quoi auront l'air les dépanneurs de l'an 2000?Certaines technologies seront développées, quelques nouveaux gadgets mis en vente.Les plus gTos changements sont peut-être derrière nous.La phase de consolidation du dépanneur de grande surface bat son plein.Luc Toupin, en gérant pragmatique, n'a qu'une inquiétude face au changement de millénaire: «ce que je sais, c'est que personne ne va vouloir travailler le 31 décembre 1999!» ^tj CH BONIOUE INSOLENTE Pour un enfant de banlieue, le dépanneur, c'est souvent loin.Ça ne veut pas dire que nous n'allions jamais au magasin de bonbons.Mais au lieu d'y aller en deux minutes, trois fois par jour, on faisait une expédition de groupe qui nous menait à près d'un demi-mille de la maison, à peu près la même distance que pour aller à l'école.Non, non, on ne faisait cela ni en voiture, ni en autobus scolaire, mais à pied.Ça a fait de nous d'excellents marcheurs-ses et des enfants assez débrouillards, quoi qu'on en dise.Et puis, il y avait un autre magasin de bonbons à 1 cenne sur le parcours de l'école, celui-là tenu par une lointaine cousine de mon père.Ah! ce qu'elle m'en faisait baver celle-là.Elle s'était mis en tête de contribuer à sa manière à notre érudition, la vieille sorcière.Elle exigeait, avant de consentir à nous servir, que nous identifions par son nom exact chaque bonbon convoité: les boules noires, celles qui changent de couleur à mesure qu'elles fondent dans la bouche, les petites négresses qui doivent certainement porter un autre nom si elles existent encore, les multiples jujubes aux formes et aux couleurs fascinantes.Elle m'emballait cela dans un minuscule sac de papier brun et je repartais à la fois soulagée d'avoir passé l'examen et déçue de ne pas avoir demandé en pointant du doigt celui-là qui me faisait saliver et dont j'ignorais le nom.Ces magasins de bonbons de mon enfance ont depuis longtemps disparu comme à peu près toutes les écoles que j'ai fréquentées, transformées en foyer pour personnes âgées ou en centres administratifs, comme le veut l'air du temps.Autour de chez moi, il y a quatre pharmacies qui vendent de tout et Le dépanneur en pain d'épice NICOLE BRAIS surtout des riens.D'ici à ce qu'elles vendent de la bière à la place des aspirines.Et à l'heure des méga-magasins où on perd le sens de la mesure entre les pneus d'auto, les appareils de télévision et les crevettes congelées, l'épicerie de quartier fait de plus en plus office de dépanneur.On y vend de la bière, des chips, des cigarettes, des palettes de chocolat, des billets de loto et autres choses plus essentielles; on vous y accueille avec le sourire des gens qui se reconnaissent.De plus, elles sont ouvertes, sept jours sur sept, de 8 à 11.Une gomme balloune avec ça?' 7, CD 0) oc > < oc < in CD eu o > -.LE MAGAZINE DE VIE - OUVRIÈRE ïm .Jëv i Jmà.O'BWPS V00> «WMffi □ Abonnement individuel 1 an : 23,00 $ 2 ans : 40,00 $ 1 an : 30,00 $ 1 an : 32,00 $ D Abonnement individuel □ Abonnement individuel à l'extérieur du Canada □ Abonnement institutionnel D Abonnement institutionnel à l'extérieur du Canada 1 an : 40,00 $ D Abonnement de soutien 1 an : 35,00 $ □ Étudiants ou sans-emploi 1 an : 15,00 $ I Numéro seulement 3,95 $ + 1,45 $ poste NOM ADRESSE CODE POSTAL , [ PAIEMENT INCLUS FAIRE PARVENIR VOTRE CHEQUE OU MANDAT-POSTE A : Revue Vie Ouvrière Inc., 1215 rue Visitation, Montréal (Québec), H2L 3B5 • Téléphone : (514) 523 5998 _ * ^^ f .• " * L^ ^ ^^ » ■ TAt, iJ-L^ J^i!r_LT.J ijL9j ^:^r_ ir jJLliù*.9' ^l^jr_J T0UB OU O^BEC Granby TAXI PLUS JULIE PERREAULT Ils rôdent à toute heure du jour et de la nuit.Les yeux aux aguets, ils veillent.Ils sont encore en service, longtemps après 21 h, lorsque les commerces ferment et que les autobus retournent au garage.Les taxis sont des vigiles urbaines.Un petit pas seulement pour devenir des «intervenants sympathiques»: des TAXI-PLUS! TAXI TAXI PLUS est un projet novateur dont l'objectif est d'accroître la sécurité des femmes en milieu urbain1.Il est le fruit d'un partenariat de quatre ans entre le groupe de femmes Entr'elles de Granby et d'autres groupes de la ville (CLSC, CALACS, Maison d'hébergement, police, municipalité).L'idée originale vient d'une femme de Granby qui, par le passé, a reçu l'aide d'un chauffeur de taxi lors d'une tentative d'agression.Le groupe a fait du pouce sur l'idée.Le rôle de tous les intervenants-es est clair et défini dans un protocole d'entente.Mais avant d'en arriver là, tout le monde avait sa petite idée sur le projet.On craignait que la ville de Granby soit stigmatisée comme lieu spécialement violent.Le préventionniste de la police voulait, de son côté, que les taxis dénoncent les hommes violents et soient témoins en cour.C'était loin des volontés des chauffeurs.Ils voulaient bien offrir un service de qualité, être une ressource sécuritaire mais «ne voulaient pas que ça prenne trop de leur temps.Ils voulaient garder ça "léger"», rappelle Françoise Guay, formatrice du Développement québécois de la sécurité des femmes (DQSF).DES DURS, DES ÉMOTIFS Être un TAXI PLUS, c'est d'abord jouer un rôle dissuasif et de refuge en cas d'agression.Dans d'autres situations, on 1 Le Développement québécois de la sécurité des femmes (DQSF) a lancé le programme Aux portes des cftfs tOtes dans 12 villes du Québec.Groupes de femmes et municipalités cherchent ensemble des moyens pour sécuriser les lieux publics souvent évités ou redoutés.Le projet TAXI PLUS découle de cette vaste initiative.offrira un service d'accompagnement sécuritaire, pour le prix d'une course normale, en proposant différentes ressources.«On écoute les femmes, on les vouvoie, on n'impose pas notre volonté», a expliqué le chauffeur de taxi Guy Gosselin à l'hebdo de la région, La Voix de l'Est.Pas question ici de se substituer aux policiers.«Le chauffeur de taxi n'est pas là pour risquer sa vie, ni celle de la femme», précise Marie Toupin, du centre Entr'Elles.Plus de 20 chauffeurs ont actuellement suivi une formation sur la sécurité et l'intervention auprès de femmes insécurisées.C'est presque la moitié de la flotte de taxi qui circule dans Granby.A n'importe quelle heure, il y a au moins un chauffeur préparé à intervenir en cas de situation difficile.Ces «gars de taxi» ont pris la formation très à coeur.«Ils ont pris conscience de ce qu'ils font déjà .fait remarquer Françoise Guay.«Ça aussi été l'occasion de réfléchir sur la violence.une réflexion que les gars ne font pas souvent».«Il y a un an passé, on fonctionnait à l'aveuglette», rappelle Gilles Gagné.«La formation nous a changés.Avant on ne savait pas comment s'y prendre avec les femmes en crise.Et on ne connaissait pas les adresses des ressources.» Tout au long du projet, les chauffeurs de taxi ont été «très passionnés».Le plus surprenant pour les filles du centre de femmes a été de les voir terminer et réussir la formation: le doute était dans l'air.Lors des simulations, une sympathie mutuelle s'est installée entre les féministes et les chauffeurs de taxi.«Ils ont beaucoup apprécié les évaluations personnalisées.Même s'ils ont l'air de durs, ça été un moment très émotif», raconte Marie Toupin.«Il y a vraiment eu un rapprochement avec ces gars qu'on ne connaissait pas».' 7, m en tr > < en tr < 5 in ■ M O > te w w»lo lu E \fsfl \E In w » 0) Œ > < en ce < 5 tri CD OJ o > Réforme de l'aide sociale: LA FIN DES PROGRAMMES-BIDONS D'EMPLOYABILITÉ?JEAN ROBITAILLE «La logique de l'employabilité: ça maintient le monde à l'aide sociale.notre objectif, c'est de les sortir de là», clame louise harel.La réforme de l'aide sociale, proposée par la ministre Louise Harel, sonne-t-elle le glas des programmes d'employabilité?«Faire travailler les gens sur l'aide sociale, ça ne marche pas», lançait la super-ministre des pauvres aux groupes communautaires venus l'entendre présenter son projet de réforme le 10 décembre dernier.Le concept d'employabilité est apparu dans le jargon gouvernemental au milieu des années 80.Il s'est vite imposé dans les milieux conservateurs comme une réponse aux difficultés du marché du travail d'intégrer l'ensemble des gens aptes au travail.Plutôt que de reconnaître comme source du problème les restructurations du marché, on pointe les individus comme responsables de leur infortune.«Le marché du travail pourrait accueillir plus de travailleurs, disait-on, mais les gens en quête d'emploi ne sont pas assez "employables".» Manque de compétences techniques et professionnelles, perte d'habitudes de travail, nécessité de s'ajuster aux nouvelles technologies, l'employabilité devient la panacée qui justifie le développement d'une multitude de programmes gouvernementaux.Mais les critiques face à ces programmes n'ont pas tardé à se faire entendre.Programmes-bidons qui ne débouchent sur rien, cheap labour, absence de formation, la liste était longue.Au début, le gouvernement a fait la sourde oreille.Puis, sous la pression, il a commandé des études exhaustives sur l'efficacité de ces mesures.Les résultats ont été concluants: rares étaient les gens qui accédaient au marché du travail grâce à ces mesures.Au contraire, la participation à ces programmes d'employabilité avait pour conséquence de retenir à l'aide sociale nombre de prestataires plus scolarisés.NOUVEAU JARGON Dans le jargon gouvernemental, on assiste alors, autour de 1994, à l'émergence d'un nouveau concept: l'intégration à l'emploi.Dorénavant il ne suffit plus de tenter de combler les lacunes d'un individu face au marché du travail, il faut être «pro-actif-.Cela implique d'offrir un cheminement personnalisé aux prestataires de l'aide sociale en quête d'emploi et de transformer au besoin les prestations d'aide sociale en subventions salariales.Le Livre vert de la ministre Harel, intitulé Un parcours vers l'insertion, la formation et l'emploi, s'inscrit tout à fait dans cette nouvelle orientation.Mais soucieux de réduire les coûts d'aide sociale et de satisfaire les apôtres du work-fare, il va plus loin en imposant l'obligation de s'inscrire dans un parcours d'intégration à l'emploi sous peine de voir son chèque coupé de 150$ par mois.De quelle nature seront ces activités d'intégration à l'emploi?S'agira-t-il encore de mesures d'employabilité comme les Extra et les Stages en milieu de travail remises au goût du jour, ou plutôt de programmes d'apprentissage mixtes école-travail, de subventions salariales, de bons d'emploi?PRIS ENTRE DEUX EAUX Le ministère de la Sécurité du revenu semble pris entre Journée mondiale pour l'élimination de la pauvreté, en octobre 1996 à Montréal.DES SIMILITUDES AVEC L'ANCIEN RÉGIME (J.R.) Le constat d'échec des mesures d'employabilité n'est pas propre à l'actuel gouvernement péquiste.En effet, à la fin du régime libéral, en août 1994, le comité exécutif du ministère de la Sécurité du revenu annonçait des intentions similaires dans un document intitulé Vers une stratégie mixte d'intervention en intégration à l'emploi des prestataires de la sécurité du revenu.«L'intégration à l'emploi et non le développement de l'employabilité doit être la finalité claire et partagée de l'ensemble de nos actions», y lit-on.On retrouve ensuite des concepts de même mouture que ceux du Livre vert de la ministre Harel, mais avec plus de détails.VISER ENTRE LES EXTRÊMES Ainsi, on explique que «l'aide à la recherche d'emploi n'a d'impacts positifs ni sur la clientèle la plus employable, ni sur la clientèle la moins employable.» C'est donc le groupe de gens entre les deux qu'il faut viser.Plus précisément, doit-on «cibler les femmes d'âge moyen, non-diplômées et n'ayant pas d'expériences récentes de travail.» C'est dans ce groupe que les programmes seraient les plus «performants».Dans le cas des gens qui entrent à l'aide sociale, et qui possèdent déjà formation et expérience de travail, on affirme que «la participation à des programmes entraîne des effets de rétention à la sécurité du revenu.» En mots clairs, mieux vaut les laisser sortir eux-mêmes de l'aide sociale sans les retenir sur des programmes.Et conditionnons l'émission du chèque aux efforts individuels des gens pour se trouver un emploi.Enfin, pour s'assurer que les prestataires plus scolarisés n'occupent pas des places sur des programmes qui ne leur sont pas destinés, on recommande simplement d'éliminer la bonification financière accordée aux participants-es.UNE DIFFÉRENCE AVEC LA RÉFORME HAREL La réforme Harel diffère de ce document sur un aspect: elle offre un encadrement personnalisé aux personnes contraintes de participer à un parcours d'insertion vers l'emploi.C'est la volonté exprimée par la ministre.Mais le Ministère aura-t-il les ressources suffisantes pour offrir cet encadrement?Dans le document du Ministère d'août 1994, on en doutait: «Avec les ressources actuelles, les membres du comité ne croient pas que, sans un allégement de la tâche, il soit possible d'amener les agents à accompagner adéquatement les prestataires dans leur cheminement.» Et il semble que dans les couloirs des sous-ministres, on en doute encore.^7, PHOTO BERNARD JEAY CD 05 CE > < en CE < 1 in OJ es deux eaux.On trace un bilan assez négatif des programmes d'employabilité.La conclusion du Livre vert est laconique: «Force est de constater que la seule logique de l'employabilité qui pré- vaut dans le régime actuel de la sécurité du revenu est improductive.» Mais on voudrait conserver certaines mesures pour les gens qui, faiblement scolarisés et sans expérience de travail, ne risquent pas d'intégrer le marché du travail prochainement.En entrevue à VO, Louise Harel expliquait que les mesures d'employabilité seraient maintenues, mais qu'elles changeront de vocation.«En deux semaines, juste avant Noël, j'ai reçu 350 lettres de gens qui s'inquiétaient de la disparition des Extra», nous confiait une ministre un peu abasourdie de voir tant d'organismes communautaires revendiquer le maintien des Extra.«On va continuer à offrir des Extra, même si c'est une mesure qui porte très mal son nom d'"Expérience" de travail.Mais on veut la proposer comme activité d'insertion sociale qui n'aurait pas pour finalité d'insérer les gens sur le marché du travail.» SORTI DU CARCAN FÉDÉRAL Déliée du carcan du Régime fédéral d'assistance publique1 qui contraignait VOX POP SUR LA REFORME a a a > < tn CL < m ru o > Dès la publication du Livre vert, les groupes populaires ont critiqué le projet de réforme de la ministre Harel, notamment l'ambiguïté entre son discours plus social-démocrate et ses propositions à saveur néo-libérale.Selon Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des personnes assistées sociales, «la ministre Harel adopte le discours du rapport Bouchard et met en pratique le rapport Fortin».Certains aspects intéressants du Livre vert reprennent des demandes formulées par les groupes populaires.Comme l'allocation unifiée pour enfants, qui permet aux familles de conserver un soutien financier de l'État quand elles quittent l'aide sociale et se trouvent un emploi à petit salaire.L'idée de rendre accessible aux prestataires de la Sécurité du revenu l'ensemble des services de main-d'oeuvre est également positive.Tout comme le projet d'offrir un parcours vers l'emploi, mieux adapté aux besoins des prestataires.Mais l'application coercitive des mesures d'intégration à l'emploi s'avère l'élément le plus contesté.Dorénavant, les jeunes de moins de 25 ans devront obligatoirement s'inscrire à une activité d'intégration à l'emploi, faute de quoi leur chèque d'aide sociale sera amputé de 150$ par mois.Cette mesure sera progressivement appliquée à tous-tes les prestataires aptes au travail, en ciblant d'abord les mères monoparentales.Vox pop de militants-es sur la réforme.EXCLUSION D'AGE ET DE LANGUE DENYSE LACELLE, DU PROJET GENÈSE «La loi actuelle accorde le barème financier de non-disponibilité aux personnes de 55 ans et plus.Non pas, nous l'espérons, parce qu'on les considère comme des travailleurs-ses trop âgés-es, mais bien parce qu'on reconnaît que, malheureusement, la plupart des employeurs les voient ainsi.et que leurs chances de se retrouver un emploi sont à peu près nulles.Puisque son projet de réforme porte à 60 ans l'obtention de ce barème, la ministre Harel peut-elle nous expliquer quelles améliorations subites elle a constatées dans l'état du marché du travail qui la conduisent à conclure que les personnes âgées de 55 à 60 ans ont tout à coup beaucoup plus de chances de se trouver un emploi?Par ailleurs, on sait que c'est en raison des lenteurs du gouvernement fédéral que les revendicateurs-rices du statut de réfugié doivent attendre si longtemps avant d'avoir une réponse.Quoi qu'il en soit, la ministre Harel est-elle d'avis qu'il soit une bonne chose que tous ces gens n'aient plus accès aux programmes de l'aide sociale qui leur permettaient d'apprendre le français et qu'ils doivent ainsi passer la première, voire la deuxième et la troisième année de leur vie au Québec sans connaissance judicieuse du français?» L'OMBRE DU DEFICIT ZERO DENIS LANGEVIN, DU COMITÉ DES PERSONNES ASSISTÉES SOCIALES DE POINTE-ST-CHARLES «L'hémisphère gauche du cerveau de Louise Harel a sécrété une réforme soi-disant social-démocrate, mais son hémisphère droit a pensé seulement aux compressions budgétaires de l'ordre de 800 millions J dans le cadre de l'atteinte du déficit zéro.Les jeunes de 18-24 ans, les cheffes de familles monoparentales et les 55-60 ans seront les plus durement touchés par la nouvelle obligation de participer à un parcours individualisé vers l'emploi.» RECONNAISSANCE DU TRAVAIL DE MÈRE FRANÇOISE DAVID, DE LA FFQ «Doit-on obliger les mères de jeunes enfants à participer à un parcours d'insertion lorsqu'elles sont assistées sociales?La Fédération des femmes du Québec répond NON.Nous sommes conscientes que l'autonomie financière des femmes est un objectif important.En ce sens, nous réclamons des emplois durables et de qualité, des parcours d'insertion adaptés aux besoins les programmes provinciaux d'aide sociale dans des mesures essentiellement «passives» de sécurité du revenu, la ministre Harel souhaite pouvoir transformer les prestations d'aide sociale en subventions salariales pour relancer la création d'emplois, en particulier dans le champ de l'économie sociale.La logique de l'insertion en emploi porte un regard beaucoup plus global sur la problématique du chômage.La réforme Harel, qui dit s'en inspirer, demeure toutefois fort réservée sur les moyens concrets de créer des emplois.L'économie sociale ne remettra pas au travail les 500 000 sans-emploi.Et on ne peut se fier sur la simple croissance de l'économie pour y arriver.En 1975, une croissance annuelle de 1% du PIB entraînait une hausse de 1% du nombre d'emplois.En 1985, la même croissance se traduisait par une hausse de 0,5% du nombre d'emplois.Et en 1995, elle n'était plus que de 0,25%.Les Parcours individualisés vers l'emploi de la ministre Harel risquent fort de buter sur les mêmes contradictions que celles rencontrées par les programmes d'employabilité si on n'augmente pas le stock d'emplois disponibles au Québec.Ces Parcours individualisés aboutiront encore dans les mêmes culs-de- sac, en marge du marche du travail.On aura changé quatre trente sous pour une piastre.' 7J Le Régime d'assistance publique du Canada a été modifié l'an dernier.Bonne nouvelle pour les provinces: les fonds provenant du fédéral pour financer l'aide sociale peuvent dorénavant être utilisés comme subventions salariales, une mesure dite active.La mauvaise nouvelle, c'est que ces transferts fédéraux ne financent plus -50-50- les budgets d'aide sociale des provinces.Il s'agit d'une enveloppe fermée, ce qui se traduit par un manque à gagner de 1,2 milliard $ en 97-98 pour le Québec.DE LAIDE SOCIALE j.R.des femmes assistées sociales et des services de garde accessibles et gratuits pour elles et pour toutes les familles à faible revenu.Nous voulons que l'on cesse de considérer celles qui ont la charge à temps plein d'un enfant comme des personnes sans travail.Qui a déjà assumé cette responsabilité sait qu'élever seul-e un ou plusieurs enfants constitue un travail, une lourde responsabilité, parfois un fardeau.La joie de voir grandir nos petits-es ne diminue en rien l'ampleur de la tâche.Il est temps que cela soit reconnu socialement et politiquement.» SAISIE DE CHEQUE FRANÇOIS SAILLANT, DU FRAPRU «Le Livre vert ne propose pas de s'attaquer à l'incapacité de payer des personnes assistées sociales, qui est la véritable cause du non-paiement de loyer dont se plaignent les propriétaires de logement locatif.Il propose de s'attaquer aux personnes assistées sociales elles-mêmes.La saisie d'une partie du chèque d'aide sociale des personnes qui auraient été trouvées coupables de non-paiement ne leur donnera pas plus d'argent pour payer leur loyer.» CE QUI MANQUE, CE QUI EST EN TROP VIVIAN LABRIE, DU CAPMO ET CO-AUTEURE DU RAPPORT BOUCHARD-LABRIE-NOËL «Le Livre vert donne toute la mesure de nos tensions de société sans réussir à s'engager suffisamment pour surprendre agréablement les personnes qui luttent pour une société plus juste.Des principes font du chemin: mettre la personne et son parcours de vie au centre, admettre notre responsabilité collective pour l'emploi, aborder les problèmes en fonction de l'ensemble de la population à faible revenu.Mais il y a ce qui manque: des dispositifs pour rétablir la confiance de part et d'autre du guichet et donner du contrôle aux personnes et aux milieux sur le système, une stratégie de création d'emplois, le budget des mesures actives et plus précisément la vérité sur les compressions budgétaires auxquelles la réforme pourrait donner lieu, aller au bout des prises de conscience sur nos valeurs fondamentales, sur les écarts entre nous et sur les effets du néo-libéralisme.Et ce qui est en trop: les pénalités et les mesures appauvrissantes.Cela rend l'adhésion impossible et empêche l'efficacité.Il suffirait de surseoir à ce qui dépasse et de proposer plutôt aux prestataires, au personnel, aux milieux, à la société comme telle, un défi: celui de s'en sortir ensemble peu à peu et de s'en donner les moyens.» VtÀ IN en en Œ > < en et < 5 m CD eu o > e t C É E S LOUIS BRILLANT Les tribulations de «Moonroney» Notre ancien premier ministre s'est retrouvé aux côtés de George Bush (et d'une brochette de présidents latino-américains à la retraite) le 23 novembre dernier à Buenos Aires pour le lancement de la revue du révérend Moon en Amérique latine, l'hebdomadaire argentin Tiempos del Mundo, de l'église de Moon.Courrier international #322.Journal de femmes pour les femmes De tête et de coeur est le premier et le seul journal du genre au Québec, pour toutes les «femmes infectées ou affectées par le VIH/sida».Le journal sera publié deux fois par année et sera également disponible en anglais et en français sur le réseau Internet.Il sera distribué à plus de 30 000 exemplaires dans tout le Québec.L'Amérindien qui ne servira plus de guide À Ottawa, la Commission nationale du patrimoine a donné son autorisation pour que la statue du guide amérindien au pied du monument dédié à Samuel de Champlain soit retirée, quitte à l'intégrer à un autre monument.En effet, les chefs autochtones de la région trouvaient que la position «soumise» du guide ne convenait pas au statut des autochtones.Courrier international #320-321.h- cri en a > 4 LO ce Les ancêtres Le 28 juillet dernier à Kennewick (Washington), on découvrait le squelette d'un homme, qui allait bouleverser les théories sur le peuplement de l'Amérique.La datation par carbone 14 révéla un âge de 8 400 ans! L'American Graves Protection and Rapatriation Act de 1990 prévolt de remettre aux nations autochtones concernées les restes d'ancêtres retrouvés.Dans le cas présent, l'étude de l'ADN du squelette et sa comparaison avec celui d'autres tribus des environs auraient pu apporter des éclaircissements, mais les Amérindiennes s'y opposent sous prétexte qu'il s'agit précisément d'un ancêtre! Assez de mémoire pour partir en orbite La quantité de mémoire vive (RAM) requise pour faire fonctionner notre petit logiciel WordPerfect pour Windows est huit fois supérieure a celle requise pour les ordinateurs de bord de la navette spatiale états-unienne! Méga-génie et méga-idiotie Le barrage des Trois Gorges en Chine promet déjà d'être l'exploit d'ingénierie du siècle.En commentant le fait que le projet allait inonder de très nombreux sites archéologiques, les responsables ont simplement déclaré que ceux-ci ne valaient pas vraiment la peine d'être protégés puisque les Chinois-es n'ont pas suffisamment d'éducation pour les apprécier de toute façon! Archeology, jan-fév 1997.Les codes des Mayas Ce qu'a été la découverte de la Pierre de Rosette pour le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens par Champolllon en 1822, nous sommes en train de le vivre pour l'écriture des Mayas: des archéologues russes et états-unlens- nes sont parvenus à déchiffrer le code logographique, et à ce jour plus de 80% des Inscriptions sont déchiffrées! Cette découverte coïncide avec une ré-émergence politique et culturelle au sein des descendants es mayas.Le sang chinois 93% seulement des besoins en sang de la Chine proviennent du commerce privé.Résultat: les intermédiaires douteux sont légions.Ces «suceurs de sang» revendent aux centres agréés le produit de leur collecte, effectuée très souvent dans des conditions effrayantes auprès de paysans-nes pauvres.Le spectre d'une épidémie est bien réel: déjà on observe une propagation énorme de l'hépatite C.«S'agissant du sida, le problème numéro un, c'est le sang.Drogue et sexe ne viennent qu'après.» Courrier international #318.^t. our n avenir rometteu -•■ v# *'• :¥».: à tt Une prése Tmf2 l£ rten i i ^ * w- .—y^.^^ KM?Hi ;H:k}:k«.-f!Tlllll7.VlHt1 LU»] **■
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.