La vie en rose, 1 janvier 1983, mai
aire DOSSIER LA VIE EN ROSE.NUMERO II.MAI 1983 21 BOUFFER, C'EST PAS D'LA TARTE ! 22 LA FEMME ACCORDÉON Yolande Martel 23 SEXISME STOMACAL Anne St-Denis 24 REPORTAGE: EST-CE AINSI QUE LES FEMMES MANGENT?Françoise Guenette 29 LA MERE NOURRICIÈRE : UNE CERTAINE , SOUPE QUE J'AIMAIS D'ELLE Fabienne Julien 30 ODEURS Madeleine Champagne 31 ANOREXIE: TOURNER EN ROND JUSQU'A LA MORT Françoise Guenette _ OBESITE : QUAND LE CORPS SE VENGE Françoise Guenette 33 LA GUENON EN SOI Lise Marcil _ 34 L'OBÉSITÉ EST-ELLE POLITIQUE ?Francine Pelletier _ ÉDITORIAL COURRIER COMMUNIQUES LUTTES DE FEMMES L' avortement Le pouvoir médical TRAVAIL Restaurants Harcèlement sexuel Loi du travail COMMENT Al RE/Joanne Méianson Une job de femme LES US QUI S'USENTZ/Monique Dumont Les mauvaises manières 11 13 CHRONIQUE DÉLINOUANTE/Hélène Pedneault Y a-t-il une patate frite dans la salle?15 ACTUA LI TE /Francine Pelletier Les Amérindiennes : mais qu'est-ce qu'elles veulent ?17 DOSSIER/Coordination Françoise Guenette Bouffer, c'est pas d'Ia tarte 21 LE POINT AVEUGLE/Nicole Morisset CUISINE Les recettes de Super Xuru JOURNAL INTIME ET POLITIQUE/Greta Hofmann Nemiroff Grève FICTION/Louise Ladouceur Son plus beau ménage 36 38 40 44 PRONOSTICS POLITIQUES/Hèlène Lévesque René Lévesque : un homme et son péché 46 SPORTS/Christiane Bèdard, Sylvie Marcoux Le sport ou le jeu : pour éviter le blanchissage 49 ENTREVUE /Micheline Grimard-Leduc Une entrevue avec Florence Arthaud : choisir le large 52 SPÉCIAL POÈSIE/Louise Dupre De la chair à la langue : Nicole Brossard, Jocelyne Felx, Madeleine Gagnon, Marie Savard, France Théoret, Yolande Villemaire, Josée Yvon 54 CINÉMA ET VIDÉO/Madeleine Champagne.Françoise Guenette, Carole Laganière Festivals à Berlin et à Québec : l'une filme, les autres aussi 59 Ghandi et les femmes 63 SPECTACLES/Marik Boudreau La fièvre du mardi soir FLASHES CULTURELS Livres, théâtre, musique, arts visuels, calendrier JAMBETTES/ Brochu 64 66 2 LA VIE EN ROSE, mai I9S.I 1 éditorial AVORTERENT L'année prochaine à la Cour suprême «On peut voir apparaître depuis peu, avec une horreur incrédule, les premières véritables conséquences de la légalisation de l'avortement par nombre d'États :.utilisation et même décapitation de foetus humains à fins expérimentales, assassinats de foetus de filles en Chine, etc.» Jacques Benoît, La Presse 9/4/83 Nous l'avons déjà dit, les techniques de la droite vont se diversifiant.La bataille des femmes pour l'avortement.par exemple, devra de plus en plus se dérouler ailleurs, devant les cours de justice où nous entraînent les «pro-life crusaders».Le 9 mai, un certain Joe Borowski se présentera en Cour au nom du droit à la vie des foetus canadiens, pour demander que la loi fédérale sur l'avortement soit déclarée inconstitutionnelle ; l'avortement serait alors interdit dans fous les cas, même quand la vie ou la santé de la mère est en danger.1 Début mai, l'Association canadienne pour l'abrogation de la loi sur l'avortement (ACALA), à qui la Cour a refusé d'intervenir face à Borowski, décidera probablement de poursuivre le ministre fédéral de la Justice ; elle demandera l'abrogation de l'article 251 du Code criminel, au nom du droit des femmes à la liberté et à la sécurité (consacré par l'article 7 de la Charte canadienne des droits).Alors que Morgentaler se prépare à ouvrir le samedi 26 avril les portes de sa nouvelle clinique à Winnipeg, malgré les lignes de piquetage, les menaces anti-sémites et le harcèlement, la bataille de l'avortement reprend donc (avait-elle déjà cessé?) cette fois sur l'échiquier juridique.Sans cesser pour autant d'infiltrer les conseils d'administration et comités thérapeutiques des hôpitaux, de faire du lobbying auprès des gouvernements, des médecins et des institutions d'enseignement, les opposants à l'avortement suivent et soutiennent maintenant, à coups de millions, leur porte-étendard Joe Borowski.C'est dans ce climat, dans ce contexte historique précis, que s'insère brutalement l'intervention de la Commission québécoise des droits de la personne (CDP) Dans le Devoir du jeudi 14 avril, on nous informait que «l'Êpiscopat et la Commission des droits demandent de protéger les droits du foetus» Venant des évêques, cela ne nous étonne pas, mais comment la Commission des droits peut-elle avancer une telle position sans en voir toutes les conséquences pour les femmes désirant avorter, et pour toutes les femmes 7 En effet, la veille, à Québec, devant la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de loi 106, portant réforme au Code civil québécois, les deux organismes avaient présenté à la suite de leurs mémoires des recommandations comparables quant aux droits prénataux.Pour les évêques, il s'agit d'accorder tous droits à l'enfant «dès sa conception» et pour la CDP de définir «un régime juridique applicable au foetus».C'est qu'il y a dans le code actuel un «vide juridique» par rapport au foetus, dont les droits ne sont reconnus que dans certains cas (droit successoral).Les législateurs québécois ont voulu préciser en ajoutant à l'article 1 du projet de loi 106 : «L'être humain possède la personnalité juridique», la phrase «/'/ est sujet de droit depuis sa naissance jusqu'à sa mort».Pour la Commission des droits, il faut supprimer la deuxième phrase, et revenir au statu quo, en attendant de prévoir un régime juridique propre à la condition prénatale.Pourquoi est-il si urgent de combler ce vide juridique 7 La Commission l'explique dans un mince supplément à son mémoire : c'est pour parer aux «problèmes qui peuvent survenir concernant le foetus.L'on songe plus particulièrement à la question de l'avortement, aux problèmes de l'expérimentation in vitro, à ceux qui résultent de l'alcoolisme de la mère et qui est dommageable pour le foetus, à ceux qui résultent des pratiques récentes de mère porteuse d'un enfant destiné à des tiers».Le journaliste Gilles Lesage avait beau jeu de lier épiscopat et Commission des droits : leurs deux positions sont également contraires aux intérêts et aux droits - d'ailleurs complètement passés sous silence - des femmes québécoises, réduites au rôle de porteuses, dont les décisions (avortement, adoption) ou les habitudes (alcool, cigarettes) sont à surveiller étroitement, dans l'intérêt primordial du foetus.Qu'il y ait contradiction entre l'intérêt du foetus et celui des femmes, les évêques le savent Pas la Commission des droits, apparemment Interrogée par La Vie en Rose, la présidente, madame Francine Fournier, est tout étonnée qu'on puisse mal interpréter les recommandations de la CDP : «Je suis furieuse.et embêtée de cette sortie dans les journaux.Nous ne voulons absolument pas toucher à l'avortement, nous pensons plus largement en termes du foetus.Nous corrigerons l'ambiguité de notre texte mais la recommandation demeure, c'est-à-dire que le Code con- tienne des règles sur le régime juridique applicable à la condition prénatale, et qu'on biffe la 2ème phrase de l'article 1.» Mais corn ment la CDP en est-elle venue à une telle position ?Après une journée complète de discussion sur le projet de loi 106, à la mi-mars, les 11 commissaires (six hommes, cinq femmes) étaient pourtant d'accord entre autres sur l'article 1 du projet, tel que formulé par le législateur.Et dans le mémoire produit par la CDP, il n'y a pas un mot là-dessus.Que s'est-il passé entre-temps 7 Entre-temps, à l'initiative de la directrice de la recherche à la CDP, avocate spécialiste en droit civil, on a conçu le supplément et la nouvelle recommandation sur les droits prénataux.Et l'avis des 11 commissaires là-dedans?Aucun vote n'a été pris; on a consulté hâtivement au téléphone les quatre ou cinq commissaires qu'on a pu (ou voulu) rejoindre, pour obtenir leur accord Est-ce vraiment ce que madame Fournier appelle un «consensus global» ?Comme si des questions aussi graves, entraînant tant de conséquences pour les femmes, pouvaient se discuter en cinq minutes au téléphone.Qu'un organisme gouvernemental voué précisément à la défense des droits, comme la CDP, pose des gestes aussi graves sans en voir les effets, est déjà douteux.Que cela coïncide avec d'autres tentatives juridiques de limiter la liberté des femmes, le danger augmente d'autant, et l'urgence de réagir Borowski n'est pas seul, l'empressement naïf de la CDP (et sans doute de beaucoup d'avocats financièrement intéressés à investir un nouveau lieu de pratique) à «combler un vide juridique» n'est pas moins offensif que les attaques contre la clinique Morgentaler.Comment ne pas voir dans toutes ces manifestations convergentes un système qui se défend en augmentant la répression ?Encore une fols.l'État (ce pouvoir des pères sur nous) essaie de renforcer son contrôle du corps des femmes.Alors que, tous les sondages le prouvent, une majorité de citoyens-ennes sont au contraire favorables à une libéralisation de la loi.Alors que revenir en arrière, vers une interdiction totale de l'avortement, ne ferait que ramener d'une légalité relative à une dangereuse clandestinité les femmes obligées d'avorter.^ iyn P.S.: Le 27 avril en conférence de presse a Montréal, le Centre de sanfé des femmes de Montréal et la Fédération du Québec pour le planning des naissances ont dénoncé le procès Borowski et la position de la Commission des droits, et appuyé l'ouverture des cliniques de Winnipeg et Toronto 1/ Voir La Vie en Rose, page 7 Joe Borowski contre le droit à l'avortement et LVR mars-avril, mai 1982.p 26 Pro-Vie : nouvelles stratégies.LA VIE EN ROSE, mai 1983 3 courrier 1* * 1* * % % % ai T* % * % * * ¥ ¥ * Chères alliées Tous les Bisexualité en rose points de vue ?et préjugés Tant mieux ! Toute l'équipe de l'Office des droits des détenu-e-s (ODD) vous félicite pour le brio avec lequel vous avez conduit le dossier «Femmes en prison» (mars 83) Ce dossier n'était pas facile I Les données se font rares, les statistiques officielles nous sont livrées au compte-gouttes, les autorités pénitentiaires sont souvent inaccessibles, le monde de la criminologie en général s'en désintéresse et les détenues et les ex-détenues sont souvent si meurtries qu'elles préfèrent «tenir ça mort» S'aioute à cela toute la complexité du fonctionnement et de la philosophie des systèmes iudiciaire et carcéral et plus particulièrement vis-à-vis des femmes.(.) Cependant nous croyons pertinent de souligner davantage l'importance de la pauvreté comme motif d'incarcération chez les femmes.Les chiffres sont éloquents : 80% des femmes incarcérées le sont soit pour non-paiement d'amende, soit pour vol ou fraude de moins de $200, commis sans violence ; 90% d'entre elles écopent de moins de trois mois de prison ; 78% sont sans emploi deux mois avant l'incarcération (.) Depuis quelques mois, l'ODD s'est efforcé de sensibiliser les groupes de femmes à la cause des prisonnières Ce dossier est sans conteste un sérieux coup de pouce.Au nom des Québécoises incarcérées, merci ! Daniele Bellehumeur O.D.D.Montréal Vous trouverez ci-|Oint une demande d'abonnement à LVR.Après la lecture de votre Dossier Maternité (nov-déc.82), qui m'a suprêmement déçue parce que |e l'ai trouvé biaisé, je m'étais dit que finalement votre revue ne correspondait pas à mes intérêts et à mes valeurs.J'ai cependant acheté les numéros ultérieurs et votre dernier dossier sur les femmes en prison (mars-avril 83) de même que celui sur la vieillesse (jan.-fév.83) m'ont fait changer d'avis.Il serait intéressant de refaire un autre dossier sur la maternité mais qui réunirait cette fois tous les points de vue.Je suis mère célibataire par choix (.).La maternité, ça signifie bien sûr des contraintes au niveau du temps, des activités et, il faut l'avouer, au niveau de l'autonomie Par ailleurs, les problèmes que j'ai pu identifier qui constituent un frein à mon développement se situent plus au niveau de ma dépendance émotive, de ma peur de prendre vraiment le contrôle de ma vie, de mes sentiments de culpabilité, finalement d'éléments avec lesquels ie me débattrais avec ou sans enfant Je pourrais même dire, après quatre ans et demi de maternage célibataire, que le fait d'avoir eu un enfant m'a permis de commencera me libérerde la dépendance émotive que je ressentais dans mes rapports amoureux et m'a apporté une confiance en moi qui m'a permis de commencer à transformer ma vie.Si jamais vous décidiez de consacrer un autre dossier à la maternité, j'aimerais bien y participer.En attendant, je continue de vous lire avec beaucoup d'intérêt, parfois avidement, parfois avec scepticisme, mais touiours avec beaucoup d'admiration pour le travail que vous faites Daniele Guenette Montréal Je lis dans la critique de «Torch Song Trilogy» (mars-avril 83) une phrase qui me servira de prétexte : «Arnold tombe amoureux d'un bi-sexuel qui, comme tout bi-sexuel, a des problèmes d'identité.» D'un sexisme à l'autre, ne nous gênons pas Les hétéros dominants crachent sur les lesbos-homos dominés Résultat: tout bi-sexuel a des problèmes d'identité! Le problème est que dans ces cas-là dominants et dominé-e-s s'entendent pour posséder ou vouloir le même type de pouvoir, pour lequel les hommes et les femmes demeurent des éternels perdants.Je ne crois pas, comme Francine Pelletier, que «personne n'échappe aux préiugés» En fait, personne n'échappe aux préiugés qu'il a envie d'avoir.À ce ieu, c'est la femme qui perd le plus I Paul Levasseur Montreal À quand les mémoires de Léa Roback?Dans le numéro de mars-avril, j'ai lu avec intérêt plusieurs articles et entre autres le dossier solidement chapeauté sur les femmes détenues.Il faut souligner que plusieurs ont le courage de s'en sortir, ce qui est énorme ! Je veux aussi souligner l'excellent article sur Léa Roback qui a fait et continue de faire beaucoup pour les femmes ouvrières et autres.Il serait intéressant qu'elle sorte un volume sur ses expériences personnelles.Françoise Begin Québec Je suis bien contente des deux annonces publicitaires parues.Elles ont dé|à commencé à donner des résultats ! Merci Louise Fugere Les Folles Entreprises Montreal Fille d'une mère et mère de deux filles J'ai dévoré votre dossier sur la maternité.S'il est bon de voir clair et de façon réaliste (suicide, infanticide, sexisme, etc.), i'ai aussi beaucoup apprécié le côté positif.Ça m'a fait du bien de penser que ie ne donne pas tout mon «lus» pour rien, que l'en retire aussi quelque chose du point de vue affectif, du renouvellement de soi et de la vision du monde.Si toutes les femmes pouvaient s'ouvrir et se voir telles qu'elles sont avec leurs limites vis-à-vis des enfants, mais aussi avec leur puissance, quel-le-s enfants ferions-nous ! Louise Neveu Miette 4 LA VIE EN ROSE, mai 19)J courrier LA FIÈVRE DU MARDI SOIR rides again.Le 8 mars, fête des femmes.mais où se retrouve-t-on en tant que lesbiennes?Sommes-nous absentes parce que nous ne sommes pas des «vraies femmes» ?La grève du souper ne nous con- ¥ Tg % cerne pas plus que la prise en charge des tâches ménagères par les gars.À la manif du 5 mars, un contingent de 400 lesbiennes, visibles, le plus gros contingent de la manif (et le plus photographié) : aucune couverture de presse, le silence Bof1 c'est l'évidence, on ne s'attendait quand même pas à avoir bonne presse! Pouvoir oblige ! Mais les féministes, elles, et les féministes de LVR, nous reconnaissent-elles?Une grosse fête organisée pour fêter «entre toutes les femmes» mais., pas un mot des animatrices sur les lesbiennes (que pour dire LVR défend, entre autres, l'amour des femmes pour d'autres femmes).Pas un mot.Comme * 4* ¥ * * :?¦ • • ••«••• Faites l'expérience Prétendez que vous êtes une femme obèse et regardez la télévision une journée entière Comptez les messages qui vous disent a quel point vous êtes laide et devez changer Relevez le nombre de remarques que font vos amies sur leur «excès de poids», les régimes qu'elles suivent, les livres qu'elles veulent perdre quand elles sont plus minces que vous ne le serez jamais Feuilletez un magazine et essayez d'y trouver une image positive d'une femme obèse Puis imaginez ce que ressent une femme obèse qui marche dans la rue, à la merci de tous ceux qui ont la permission sociale de la détester et de la mépriser Êtes-vous surprises alors que les femmes obèses restent souvent à la maison, ne fassent pas suffisamment d'exercice, mangent parfois pour se réconforter?Étes-vous surprises9 Que ressentiriez-vous en lisant un auto-collant qui declare SAUVEZ LES BALEINES, HARPONNEZ LES GROSSES POU-LETTES*».' Décidément, la colère gronde parmi les femmes «trop grosses» Elles en ont marre d'être la cible d'innombrables préjugés sur l'embonpoint, même dans un milieu féministe, et elles en sont venues â revendiquer «toute» leur place, a exiger qu'on ne s'arrête pas aux couches de graisse pour les considérer, à demander qu'on les aime.Un mini-mouvement, ni plus ni moins, en faveur du «Fat Liberation» Considérant que les idées que nous nous faisons sur l'obesite les oppriment de la même façon que les préjugés sur la race ou le sexe, elles en appellent au deconditionnement de l'esprit qui prise la minceur a n'importe quel prix, particulièrement pour les femmes «L'oppression^Jes grosses femmes entretient l'oppression des femmes puisque c'est BIBLIOGRAPHIE La nourriture-névrose: Un nouveau mal su siècle9 Michel Declerck et Jeanne Boudouard, Éditions Denoël/Gonthier, 1981 Fat is a feminist issue: A self-guide for compulsive eaters, Susie Orbach, Berkeley Books, New York, 1979.Fat is a feminist issue 2: A program to conquer compulsive eating, Susie Orbach, Berkeley Books, New York, 1982 La mal bouffe: Comment se nourrir pour mieux vivre! Stella et Joël de Rosnay, Éditions Olivier Orban, Paris, 1979.C't'à ton tour, Laura Cadieux, Michel Tremblay, Editions du jour, Montréal, 1973.«Moi je mange: les grosses femmes», Nicole Lacelle, Agenda du remue-ménage, Montréal, 1980 Le corps à corps culinaire, Essai philosophique.Noëlle Châtelain, Editions du Seuil, Paris, 1977 Les grosses rêveuses, Nouvelles, Paul Fournel, Éditions du Seuil, Paris, 1982.Les yeus et le ventre: L'obèse-L'anorexique, Hilde Bruch, Payot, 1975.une autre façon que les hommes ont de nous dire comment faire et de nous punir si nous n'y parvenons pas Les femmes intériorisent cette oppression pour ensuite l'utiliser contre elles-mêmes et contre d'autres femmes».2 Enfin, les femmes obèses impliquées dans ce mouvement tiennent beaucoup a démystifier certaines idées entretenues à leur sujet dont voici les principales: 1 On utilise l'argument massue de «santé» contre les femmes obèses N'est-il pas malsain d'être grosse9 Non, on n'a pas une moins bonne santé parce qu'on est grosse 2.La médecine aborde l'obésité de façon de plus en plus technique et dangereuse Des opérations comme celle du Jejunoilial Shunt (qui réduit de 20 à deux pieds le petit intestin afin de réduire l'absorption d'aliments) mettent la vie des personnes obèses en danger, les affaiblissent, les rendent sujettes a de graves maladies et les mutilent 3 Une femme obèse au regime est engagée dans un processus a la fois douloureux et contradictoire Le corps a qui on donne moins de nourriture s'adapte de façon très efficace à la nouvelle situation et n'en réclame pas davantage Or des que la personne se met a manger plus «normalement», ce qui est absorbe au-delà de la quantité prescrite par le regime est perçu par le corps comme étant «en trop» et cause une prise de poids Tout cela pour aboutir à son poids initial D'ailleurs, certaines femmes obèses qui croyaient être des mangeuses invétérées ont découvert qu'elles ne l'étaient pas quand elles ont cessé d'être des invétérées des régimes alimentaires 4 Des études démontrent que le taux de succès des régimes sur une période de cinq • ans est de 2 à 3% Ces données en tête, senez-vous prêtes a risquer votre santé et votre vie?5 Les féministes proclament que les femmes devraient avoir le contrôle de leur corps Tant que les femmes obèses ne pourront accepter et aimer leur propre corps, aucune femme n'aura vraiment droit au sien parce qu'elle a fait siennes bien des valeurs dans lesquelles on a enfermé les Nord-Americaines.6 En ce qui concerne l'obésité liée à l'appartenance de classe, je pense personnellement qu'il y a un rapport étroit entre les deux, entre la femme pauvre et obese, de classe ouvrière Une étude de la femme new-yorkaise démontre que l'obesite est six fois plus répandue parmi les «couches inférieures» que chez celles des classes privilégiées L'obésité est également fréquemment associée à l'origine ethnique1 Francine Pelletier • «Save the Whales - Harpoon Fat Chicks!» 1 / Martha Courtot.«Une identité faussée», pu-ble dans Sinister Wisdom, n° 20 Traduit par Maryse Pellerm.2/ Judith A Stem.« Trimming the Fat for a Profit an Essay on Fat Liberation», m Womenwise, New Hampshire.USA.Hiver 82 3/Courtot.op cit.34 LA VIE EN DOSE, mai 19») QUÉBÉCOISES DEBOUTTE\ tome 2 Collection complète des \ournaux Suivie tie deux tables rondes avec des femmes du Front de libération des femmes (1969-1971) et du Centre des femmes (1972-1975).Pour toutes celles qui s'intéressent au féminisme ti'ici, voici un instrument précieux, capital et de toute première main.370 pages 20,50$ \'exemp\a\œ ,-,| LE PRIX À PAYER POUR ÊTRE MÉRE Martine Ross L'arrivée d'un enfant n'est pas sans causer de perturbations, surtout dans une société où la maternité est enfermée dans des stéréotypes qui ne correspondent pas au vécu et aux besoins des femmes.Et le prix à payer en reste lourd.Un livre qui dévoile le non-dit de la maternité et permet de choisir.en connaissance de cause.296 pages 14,95$ \'exerr\p\a\re POUR EIRE pFflER MERE MA VIE COMME RIVIÈRE tome 2 Simonne Monet cnartrand Il faut lire MA VIE COMME RIVIÈRE tome 2 comme on s'approche doucement de quelqu'un pour mieux partager les plaisirs de la connaissance et de la reconnaissance.360 pages, \\\ustrè 15,95$ l'exemplaire NOUS, NOTRE SANTÉ, NOS POUVOIRS présenté par C.R.A.F.S.«Quand les femmes alcooliques, quand les femmes seules, quand les femmes âgées, quand les femmes déprimées, quanti les femmes battues.se regroupent, elles demeurent rarement écrasées au fond de la cage.» Roxane Simard, psychologue ^if-ions du remue-ménage -,i"t-Martii lai v.fond de ia uv,, Roxane Simard, psychologue Les éditions du remue-ménage/ Éditions coopératives Albert Saint-Martin 208 pages, 12,00$ l'exemplaire ^mue-ménag« U k/f EJV ROS£ mai ;°SJ J5 considerant qu'en comparaison AVECLl la femme nord-américaine moi sa survivance de 7.3 grammes de p ce ouï équivaut à 2.88 onces de steak port mangerait 212 lb de viande par an mation moyenne nord-américaine), la|f 36.11 lb de moins par année.sol[ vie adulte, soit un total de 4,506,528,000,000 du québec, et sachant que dans l il faut 21 lb de protéines végétales po quelle serait la somm québécoises pourraient marc] pouvoir disposer 36 LA VIE EN ROSE, mai 1983 Sfi MÂLE NORD-AMER,CAiN MOYEU (154 LB) fENNE (128 LB) A BESOIN POUR Sff^ M # >TÉINES DE MOINS QUE LUI PAR JOUR, >USE, CONSIDÉRANT DONC QUE LÀ OÙ L'HOMME •E (CE QUI CORRESPOND À LA CONSOM-EMME N'EN AVALERAIT QUE 175.89, SOIT I -1,444.4 LB SUR LA PÉRIODE D'UNE POUR L'ENSEMBLE DE LA POPULATION FÉMININE J CONDITIONS ACTUELLES D'ÉLEVAGE UR PRODUIRE 1 LB DE PROTÉINES ANIMALES, I DE PETITS POIS QUE LES MANDER SI L'ÉGALITÉ VOULAIT DIRE: DE LA DIFFÉRENCE?LA VIE ES ROSE, mai 1983 37 santé Xuper Xuru au bureau sous sa fausse identité uper Xuru se préparant à cuisiner LA CUISINE DE Après plusieurs années d'essai, nous avons fini par convaincre Xuper Xuru de partager quelques-unes de ses recettes avec nous.Voici donc Xuper Xuru elle-même : • Bonjour Mesdames et Messieurs et bienvenue dans la cuisine de Xuper Xuru Après une journée épuisante, partagée entre le bureau où je travaille sous une fausse identité et mes multiples exploits comme sauveteuse de rhumanité, j'exerce ma passion secrète : la cuisine.Jai le plaisir aujourd'hui (chanceuses que vous êtes) de partager avec vous deux de mes recettes favorites.Je commencerai avec ma fameuse soupe à l'ail ; non seulement délicieuse et nettoyante, elle est aussi une de mes armes secrètes contre mes ennemis les plus terribles : en effet, une seule bouffée de mon haleine et mon travail est déjà à moitié fait.Je vous suggère donc de servir cette soupe puissante à des gens avec qui vous allez passer la soirée.Autrement, vous risquez de demeurer seule, où que vous alliez.Sachez tout de même que cette soupe à l'ail est exquise et qu'il faut bien l'essayer au moins une fois dans sa vie (et c'est certain que ce ne sera pas la dernière.) La soupe sera suivie de poisson marine et vous pourriez servir le tout avec des salades, par exemple une salade de lentilles et une salade verte.» 38 la he es rose, mai IW Soupe à l'ail La quantité d'ail peut varier.Moi j'utilise au moins trois tètes d'ail mais vous pouvez n'en prendre qu'une ou deux.Ceci pour servir quatre ou cinq personnes.Divisez chacune de vos tètes d'ail en gousses et mettez ces gousses dans l'eau bouillante environ 30 secondes.Retirez-les et pelez-les (les avoir ébouillantées facilite la tâche ).Ajoutez-les à environ un demi-gallon de bouillon de poulet chaud ( que vous aurez prépare vous-même).Ajoutez trois clous de girofle, 1/4 de cuil.à table de sauge, 1/4 de cuil.à table de thym une feuille de laurier, cinq branches de persil frais, quatre cuil.à table d'huile olive.Amenez à ebullition puis laissez mijoter 30 minutes après avoir salé et poivré au goût.Retirez du feu et passez au «blender».Prenez un bol, dans lequel vous présenterez votre soupe, battez-y trois ou quatre jaunes d'oeuf eny ajoutant goutte à goutte quatre cuil.à table d'huile d'olive.Mélangez-y tranquillement (très tranquillement) environ deux tasses de votre soupe, puis la quantité qui reste.Et voilà la soupe à l'ail prête à servir.Poisson mariné Choisissez environ deux livres de beaux filets de poisson blanc et frais.Je vous conseille le filet de sole, mais un autre poisson à chair blanche peut convenir.Coupez votre poisson en morceaux, les plus petits possible, mettez-le dans un bol et couvrez-le de jus de limettes fraîches.Recouvrez le bol et placez-le au réfrigérateur durant environ quatre heures.Après ce laps de temps, votre poisson sera devenu opaque, c'est-à-dire «cuit".Ajoutez maintenant d'autres ingredients, selon vos goûts personnels.Condition essentielle toutefois : tout doit être frais.Voici ceux que je vous recommande : un poivron ( piment) vert, un poivron rouge, un ou deux piments (forts), une tomate, un oignon - tous coupés en très petits morceaux - une carotte râpée, du persil haché.Enlevez l'excès de jus de limette du poisson, ajoutez les ingrédients ci-haut mentionnés, et gardez le tout au frigo jusqu'au moment de servir.technologie «Dans votre cuisine, soyez toujours en alerte et prenez mille et une précautions.Faites très attention au mélangeur qui fuient (comme le mien) et vous jouent des tours.Il serait dommage de vous retrouver inondée sous une averse de soupe à l'ail.» «Pourquoi ne pas inviter vos ami-e-s de bonne heure afin qu'ils et elles vous aident ?Une main supplémentaire est toujours bienvenue dans MA cuisine.» LA IIE EN ROSE, mai I9SJ 39 ^journal intime et politique 7 Voici ce qu'elle aime : les petites haies d'arbustes, le vin blanc, le sucre à la crème, Mozart, les émigré-e-s, l'amitié, Emma Goldman, les romans compliqués et interminables, le blues des femmes en colère, les intérieurs méticuleusement arrangés, les angles arrondis des petits enfants.Et beaucoup, beaucoup plus encore.Voici ce qu'elle déteste : le décor-motel, la télé, la bière, le fast food, le rock-punk-et-new wave, les tissus synthétiques, l'interprétation mâle du monde, le machisme politique et intellectuel.Et beaucoup, beaucoup plus encore.Sa famille a ses racines dans cette bourgeoisie montante de l'Europe centrale du siècle dernier.Mais c'est bien avant l'holocauste, et bien avant sa naissance à elle que ses parents sont venus s'établir à Montréal.Elle conserve d'ailleurs une nostalgie toujours vivace pour la Vienne fin-de-siècle, sans se faire d'illusions pour autant sur la corruption qui y régnait.Les matières qu'elle préfère : le reflet de l'argent sur le bois poli, la porcelaine fine, les draps à dentelle et les mets minutieusement, préparés.Elle est membre d'un syndicat qui lui fait partie d'un regroupement représentant 300 000 travailleurs et travailleuses des services publics.Cette alliance se mobilise pour des grèves et s'appelle le Front commun.Elle enseigne Shakespeare et dirige son département, mais on la définit politiquement comme partageant les intérêts de personnes dont l'existence est floue pour elle.Bien sûr, elle peut les voir en train de promener leurs vadrouilles trop grandes dans les couloirs des institutions, mais il n'y a aucune communication d'un bord comme de l'autre.Leurs unions locales,sont séparées et ne se rejoignent qu'au niveau des exécutifs.C'est d'ailleurs une des choses qui la rendent méfiante vis-à-vis son syndicat : il réfléchit comme un miroir la structure hiérarchique de son adversaire, le gouvernement.Elle souj^onne également les • • •„ • • • grands chefs syndicaux d'être de connivence avec le gouvernement et de mettre la priorité sur la question nationale.C'est l'appui des syndicats qui a permis l'arrivée au pouvoir du gouvernement actuel, et maintenant le gouvernement se retourne contre les syndicats.N'est-ce pas là la preuve ultime que l'État est l'ennemi du peuple ?insiste-t-elle auprès de ses collègues syndiques.On sourit avec indulgence devant ses «excès», et elle se réfugie régulièrement dans le silence.Al automne, elle retrouve le travail après un été fort productif.E lie a cultivé quantité de fleurs et de legumes, elle a lu avec avidité, elle a terminé un roman et rédige un joli essai littéraire.Réunion départementale : Mike, le vice-président de son syndicat, annonce l'imminence d'une grève.Le gouvernement a profité des mois d'été pour adopter des lois qui rendent les grèves illégales.Il promené sur l'assemblée ses yeux bleus et brillants.Personne ne répond à l'intensité de son regard ; peut-être espère-t-on éloigner l'inévitable par le silence.Elle regarde la lumière du matin dorer les aimables contours de son visage et lui sourit avec affection.CA est une année de grèves parce que les conventions collectives de l'enseignement et du secteur public sont expirées.Les feuilles tombent, puis c'est la première neige et Mike ne cesse d'entonner le même refrain à chaque réunion hebdomadaire : la grève est proche.Les boites aux lettres des professeur-e-s s'emplissent de documents syndicaux détaillés et compliqués.Par un froid matin de novembre, ils et elles font grève pour appuyer les gens du secteur hospitalier.Par représailles, certains chèques de paie seront diminués.Le sien arrive intact et elle ne dit rien.Pourquoi retourner de l'argent à ses oppresseurs ?LA VIE EN ROSE, mai 1983 41 journal intime et politique Quelques jours avant les vacances de Noel, le gouvernement adopte un texte de loi passablement volumineux.Si volumineux qu'en fait, il faudrait deux ans pour que puissent se dérouler les trois lectures requises en chambre.Ce projet de loi comprend 700 documents, en tout 80 000 pages.Comme le gouvernement détient la majorité a l'Assemblée nationale, la loi passe sans aucune lecture.Il semble que cette legislation, non seulement va détériorer le système d'éducation, mais en plus va entraîner la disparition de milliers d'emplois et d'énormes baisses de salaires.Pas plus tard que le lendemain, les deputes se votent, eux.une hausse de salaire.Le public ne se scandalise qu'a peine.Quand elle retourne au travail, elle apprend que d'autres syndicats ont négocie avec le gouvernement.Le Front commun s'effrite et se réduit maintenant a 80 000 enseignant-e-s.Les deux syndicats qui regroupent les enseignant-e-s a travers la province devront lutter seuls, annonce Mike a ses collègues toujours silencieux-euses ; il y aura une grève a coup sur dans les semaines qui suivent.Il faut dire aussi qu'elle appartient a une minorité linguistique plutôt impopulaire dans la province.C'est dû aux caprices de l'immigration : a l'époque ou ses parents sont arrives ici, l'«espèce» a laquelle ils appartenaient n'était pas acceptée par la majorité.Mais il y a belle lurette qu'elle a appris a composer avec son statut de minoritaire.«But what about us ?», criait-elle au milieu des rires en troisième année, quand son cote perdait lors de ces votes collectifs tant prises dans les écoles privées libérales.Demiere reunion syndicale avant la grève.Mike donne son compte-rendu et se rassoit en hochant silencieusement la tète devant ses collègues qui, enfin poussé-e-s a s'exprimer, prennent position.La plupart s'engagent mais sans grande conviction.Ils et elles savent qu'au sein de leur propre syndicat, la majorité des gens accordent plus de valeur au nationalisme qu'aux droits civils.Petite enclave linguistique menacée, perdue dans un immense continent anglophone, la majorité québécoise a peur de se faire rayer de la carte, que ce soit de Il'intérieur ou de l'extérieur , Elle s'anime au cours de la reunion, et hausse même la voix pour dire qu'elle sortira sa pancarte mais sans enthousiasme.Elle déteste toute forme de nationalisme, mis a part un certain esprit de quartier qui survit encore.Ses collègues sourient avec indulgence et fatalisme.La planification des tâches vient dissiper les doutes : on organise une chaine téléphonique et on distribue les horaires de piquetage.Cette efficacité vient reaffirmer l'exceptionnel «esprit de corps» du groupe, sa capacité a surmonter une incrédulité profonde.En sortant, elle sount a Mike.pour l'assurer qu'elle fera de son mieux., Il fait très froid en ce février de grève.On s'emmitoufle soigneusement, on saute sur place pour ne pas geler, on se réfugie parfois dans une entree chauffée et on se rechauffe avec la soupe, le cafe et les bagels que distribue a intervalles réguliers la camionnette syndicale.Les dépêches syndicales que l'on se passe a la ronde sont lues comme paroles d'évangiles.Les chauffeurs des camionnettes colportent les nouvelles des autres lignes de piquetage.Les rumeurs sur d'éventuels scabs foisonnent.Un jour, elle a tellement froid qu'elle sent presque l'empreinte de ses os à l'intérieur de sa chair ; impossible de se réchauffer jusqu'au «shift» du lendemain.A travers les portes vitrées de l'édifice, elle devine la silhouette des boss qui.de leur nid douillet et «institutionnel», semblent lorgner les grévistes.Un autre jour, elle empêche deux personnes d'entrer dans l'école, en interposant tout simplement son corps pas très brave de femme vieillissante.à moins que ce soient ses paroles.Les journées froides collent ensemble comme des pastilles collées les unes aux autres au fond d'une grande poche poussiéreuse.L'ennui paralyse la ligne de piquetage.Histoires intimes et farces de newfiesontdejaete racontées.Il y a bien cette fois ou le prof d'arts plastiques la plonge dans le ravissement avec ses histoires de contes de fees irlandais.Sa belle voix d'Irlandais étire le mot «faaaaeeeries» tandis que ses yeux s'agrandissent.Au fil des jours les pancartes se détériorent et deviennent illisibles.De toute evidence, la grève ne peut plus continuer.80 000 enseignant-e-s en grève, ça veut dire beaucoup d'enfants desoeuvre-e-s.La menace du «chaos social» ne tient qu'a un fil.Le gouvernement impose une loi qui pnve les enseignantes de leurs droits civils pour les deux prochaines années.Il menace les eventuel-le-s dissident-e-s de représailles très lourdes.Elle écoute les details de la loi a la radio, ferme le poste et reste longuement assise, le regard fixe, dans une piece inondée de soleil.Elle pense et repense : les comptes a payer, les vacances non prises ; le confort et Beethoven.Elle pense au pouvoir de l'Etat et sent les mâchoires du fascisme lui mordre le cou.Elle s'habille et se rend a une grande reunion syndicale, au coeur de la ville.La reunion est longue, étouffante, l'atmosphère enfumée.L'executif enjoint l'assemblée de ne pas fumer.Par contre, les membres de l'executif, eux, fument compul-sivement et personne n'ose leur en faire la remarque.Le négociateur en chef a les yeux cernes et tristes, sa peau est grise de fatigue.Il veille jour et nuit, se rend a Quebec pour rien.Les membres de l'executif se promènent de long en large dans la salle, s'arrêtant de temps a autre pour échanger quelques reflexions.Ils font semblant de ne pas trop remarquer l'attention qui se concentre sur eux.Dans sa tète, elle appelle ce genre de comportement «machisme syndical».Mike preside la reunion avec une telle équité que tout le monde en est fier.On a très conscience, ce soir-la.de la gravite du drame qui se joue.Au même moment.l'Assemblée nationale achevé la dernière lecture de sa loi matraque honteuse.Des walk-man aux oreilles, achetés pour un tout autre usage, certains suivent la progression de la procedure legislative a la radio : on leur permet de prendre le micro quand bon leur semble.On propose à l'assemblée syndicale la motion suivante : défier la loi malgré les lourdes représailles.Suivent de nombreuses interventions : des pour, des contre.Elle écoute, tout en brodant une tapisserie pour le nouveau-ne de ses ami-e-s de Brooklyn.Des collègues-femmes lui demandent de prendre la parole : en tant que féministe reconnue, elle devrait mentionner que la plupart des enseignants menaces de perdre leur job sont des enseignantes.Elle se retrouve devant le regard critique de ses pairs, et se surprend elle-même de la passion et du mordant de ses propos.elle, la gréviste a contre-coeur.Plus tard, une imposante majorité vote en faveur du défi de la loi.C'est la premiere fois, depuis sa troisième année à l'école, qu'elle fait partie d'une majorité en délire.Cette nuit-là.elle n'arrive pas a dormir.Pendant ces journées ou les enseignants défient courageusement le pouvoir, il tombe une petite pluie fine qui gele jusqu'aux os.Les lignes ouvertes et la presse crient leur indignation devant la nouvelle loi.Elles en appellent à la suprématie de la constitution.Le gouvernement, lui, en appelle à la suprématie de l'État.Les nationalistes les plus fervents bredouillent en public, coincés par leur peur d'affaiblir leurs propres rangs.Elle essaie de retrouver la passion qu'elle voulait tant transmettre a ses collègues peu de temps auparavant.Ses heures de piquetage terminées, elle rentre chez elle et se m«t au lit.Elle grelotte sous sa pile d'edredons pour le restant de la journée.42 LA vie en rose, mai mi journal intime et politique La maladie court sur la ligne de piquetage : grippes, diarrhées, laryngites.La psychologue du college, elle, a attrape une pneumonie.La mauvaise humeur règne et les retardataires ou les absent-e-s se font engueuler.Ça la soulage de savoir que personne, dans son département, n'a traverse la ligne de piquetage.On convoque une reunion syndicale.L'autre syndicat, celui qui représente les trois-quarts de tous les enseignant-e-s subit des pressions de la part de son executif pour abandonner la grève.Les travailleurs et travailleuses du secteur hospitalier, qu'on avait massivement appuye-e-s en novembre, votent contre la grève.Le Front commun s'effrite davantage.Elle est de plus en plus convaincue que les executifs syndicaux sont de connivence avec l'Etat ; pour tout ce joli monde, il s'agit d'une situation d'urgence nationale, et nationaliste.Elle vote pour la poursuite de la grève, même s'il faut qu'elle la fasse toute seule.Membre d'une minorité convaincue mais défaite, elle rentre chez elle et ne trouve pas le sommeil.Premiere journée de retour au travail.Les profs se frayent un chemin jusqu'à la salle de reunion, dans une ambiance de carnaval animée par des élevés qui ont su profiter de longues et de turbulentes vacances.La reunion, elle, est marquee du sceau de la déprime, comme s'il y avait eu mort dans la famille.C'est humiliant d'être de retour au travail dans de telles circonstances, pense-t-elle.Elle a un goût amer dans la bouche.N'a-t-elle pas toujours dit que les syndicats sont de connivence avec l'État?N'a-t-elle pas sans cesse répète que l'État est l'ennemi du peuple 1 Pourtant, l'histoire est venue lui tordre le bras, même a elle : bien sûr qu'elle a fait grève, bien sûr qu'elle a participe a une lutte collective.Elle sait que ces derniers temps, elle a beaucoup plus pense a son organisateur syndical qu'à son mari.Même qu'elle en rêve.Mike, un homme dont le sourire peut illuminer les plus TROIS PORTRAITS DE FEMMES Un grand roman HElf N YGlESlAS Le diable: au emir Gail Godwin Une mère et ses deux fi • Le diable au cœur" I3.95S Demande/ nos catalogues Kdipresse ( 1983) inc 8382.St-Denis Montréal «Une mere et ses deux Filles- 15.95$ CINE HISTOIRE QUI POURRAIT ARRIVER À Tous et toutes [ÎB^B ACROPOtE | hsstsdt'lafcnaisana: J sombres couloirs, est fatigue et inconsolable.Elle a envie de le brasser en lui criant : «je te l'avais bien dit ! C'est la faute de ton sentimentalisme liberal.le terrorisme de la ligne juste, c'est ça qui nous a trahi-e-s !» Elle jongle silencieusement dans sa tète.De sa voix la plus professionnelle, elle lui demande comment il prend ça le retour au travail.Bravement, il enumere ses deceptions en citant les raisons objectives.Il s'arrête brusquement après un «je ne peux pas.», se couvre le visage et éclate en sanglots.De gros sanglots déchirants venus du plus creux de lui-même.Des sanglots qui vont bien au-dela des aléas de la politique.Des sanglots qui s'étouffent des qu'on regarde autour de soi et qu'on se rend compte qu'on est seul.Les collègues, avec leur merveilleux esprit de corps, le regardent, impuissants.Quelqu'un s'approche et lui touche le bras, mais il n'y a rien, vraiment rien, que les adultes sachent faire les uns pour les autres dans des moments pareils.Elle, c'est une femme qui aime la tendresse et Haydn, les paysages bucoliques et le bon theatre.Elle fouille dans son sac, y trouve un mouchoir brode qu'elle lui donne.Elle entend sa propre voix, forte et assurée, lui dire qu'il a mené la bonne bataille, qu'il a fait de son mieux.Mais dans son coeur, elle aimerait, oui, elle voudrait tant se familiariser avec les bombes, les fusils et les cocktails molotov.Elle veut se débarrasser de cette douceur un peu triviale, de ces debris de l'amour et de l'attente qui traînent comme de longues racines derrière les accidents tortueux du parcours politique.Elle sait cependant, qu'elle ne peut se fier aux actes «héroïques».Elle rassemble ses papiers et se prepare a rejoindre ses etudiant-e-s.Elle va aller s'assoir avec eux et elles pour discuter ensemble des moyens de survie a développer pour passer au travers des moments les plus durs d'une lutte qui est permanente.Elle espère qu'il va lui rester un peu de passion, ou tout au moins, qu'elle pourra leur léguer une capacité d'être sans merci ^ Greta Hofmann Nemiroff Traduction Francine Pelletier ¦S* Il CROC, LE MAGAZINE QU'ON RIT ! LA HE EN ROSE, mai I9SJ 43 fiction Son plus beau ménage par Louise Ladouceur Avant de changer de robe, ma mere avait fait son menage, son plus beau menage.Elle ne savait pas pourquoi elle s'était mise à laver les draps, les rideaux, les nappes, tout ce qu'il était possible de laver dans la maison.Subitement, comme ça, un lundi comme les autres, un lundi de lavage ordinaire.Elle avait commence à laver un lundi matin, et lundi soir elle lavait encore.Tout, elle a tout lavé, et pendant que tout était au lavage, elle en a profité pour nettoyer les murs, les plafonds, les fonds de tiroir, mais pas les planchers.Elle ne sait pas pourquoi, mais pas les planchers.Elle a nettoyé les vitres, par exemple.Les vitres, surtout.Elle n'arrêtait pas, elle ne pouvait pas s'arrêter de frotter les vitres.C'est comme si elle voulait effacer ce qui l'empêchait, l'avait empêchée, de voir au travers.Ma mère voulait voir au travers de tout ; des vitres, des tiroirs, des murs, du plafond, mais pas du plancher.Puis quand elle a bien pu voir au travers, longuement, elle a replacé les rideaux, les nappes, les draps, après les avoir soigneusement repassés.Trop soigneusement.Ma mère avait repassé plus que les rideaux, les nappes, les draps.Ma mère avait repasse ses amours, ses ambitions, ses désirs, et elle les avait étales partout dans la maison.Puis elle s'était promenée autour avec l'air d'inspecter si tout était à sa place.Mercredi ou jeudi, elle avait oublie le jour, elle était partie pour faire le marché et elle s'était arrêtée devant une annonce de voyage.«Envolez-vous loin du quotidien» qu'elle disait et à ma mère, en lisant l'affiche, il lui était pousse des ailes, et le goût de la dépense.Elle avait acheté tout le nécessaire habituel à l'épicerie, mais en double.Elle avait rempli le frigidaire et les armoires en belles rangées doubles bien alignées, pour qu'on ne puisse pas s'y tromper.Elle avait même acheté de quoi faire du jambon haché pour au moins deux semaines.Et elle s'était mise à faire cuire jambon et légumes pour faire aussi une soupe.Et elle s'était mise à bouillir dans ses chaudrons, avec encore plus d'ardeur que le ragoût.Et elle avait pleuré.Elle ne sait plus si c'était les oignons ou cette boule dans l'estomac qui ne voulait pas passer.Tout ce qu'elle savait c'est que cette fois-là elle ne passerait pas, même une fois les oignons bien soigneusement coupés en rondelles.Cette fois-là, elle avait coupé les oignons en rondelles au lieu d'en petits cubes, et elle s'était surprise à imaginer des ballons envolés sous ses yeux, des ballons qu'elle n'osait pas crever.Et après les ballons, des boules de cristal avec des visages oubliés, comme des photos anciennes qui n'auraient jamais existé.Des photos qui n'auraient jamais pu être prises ailleurs que dans ses rêves désertes.Et ma mere était restée longtemps a regarder les oignons, immobile, captée, capturée par son abandon.Puis elle s'était levée tranquillement.Elle avait range oignons, légumes, jambon.Elle s'était déshabillée devant le grand miroir derrière la porte de sa chambre et elle avait regarde, impassible, le reflet dans le miroir.Ma mere s'était vue pour la première fois, nue, entière, vivante.Elle s'était rhabillée comme si c'était dimanche.Elle avait même ressorti d'un vieil emballage poussiéreux le chapeau de paille rose que lui avait offert son premier amoureux et elle avait écrit sur le carnet de notes en passant près du téléphone : «Ne t'inquiète pas si je rentre un peu tard», et ma mere, radieuse, avait respire le printemps comme si c'était elle qui l'avait fait.^ LA VIE EN ROSE, mai I9S1 45 pronostics politiques René Lévesque: un homm Le gouvernement du Parti québécois a du plomb dans l'aile.Pas besoin d'être politicologue pour établir le diagnostic.Mais les causes?Usure normale ou précoce du pouvoir ?Difficultés de gestion de la crise économique ?Sans doute.Mais encore ?En fait, pour comprendre ce qui est arrivé à ce parti, il faut retourner en arrière et refaire l'itinéraire politique de son principal fondateur.Et cela, c'est s'attaquer à un mythe vivant.Un mythe bedonnant dans la soixantaine, qui s'appelle René Lévesque.Mais depuis 20 ans, notre destinée collective a été si inextricablement liée à la sienne qu'il devient impossible d'expliquer l'une sans l'autre.L'homme qui se saoulait de son propre discours En 1 960, René Lévesque est entré en politique par la grande porte.Il arrivait auréolé de la notoriété acquise comme grand reporter d'abord, puis comme animateur-pédagogue-vedette de Point de mire Vedette, oui.Jusqu'à la moelle des os.Il l'est resté.Individualiste forcené aussi, s'alimentant et se saoulant de son propre discours, pliant la réalité à ses propres exigences.C'est en oeuvrant au sein du cabinet libéral Lesage, de 1960 à la défaite en 46 LA VIE EN ROSE, mai I9SJ 1966 du «gouvernement de la Révolution tranquille», d'abord comme ministre des Richesses naturelles, puis comme ministre des Affaires sociales, que Lévesque s'est acquis auprès du grand public une réputation de progressiste.Voire de dangereux socialiste.Avec le recul, les deux épithètes pâlissent singulièrement.On admet aujourd'hui que les révolutionnaires du cabinet Lesage étaient tout au plusdes réformistes qui s'efforçaient de tirer le Québec de l'ornière dans laquelle les longues années de pouvoir duplessiste l'avaient enfoncé.Mais les mesures mises de l'avant n'avaient de révolutionnaire que le contraste qu'elles offraient avec le conservatisme précédent «Il fallait vraiment des prouesses de l'imagination pour considérer cette prise en charge (la nationalisation du réseau hydro-électrique) comme une mesure révolutionnaire.»1 Surtout quand on sait que l'Ontario voisine avait nationalisé son réseau 40 ans plus tôt, et que le Québec ne faisait que suivre le Manitoba, la Saskatchewan et même la créditiste Colombie-Britannique.Alors, que Lévesque ait été à l'avant-garde de son parti, c'est clair.Mais socialiste ?Comme l'écrit encore Peter Desbarats, «aux yeux de plusieurs hommes d'affaires et professionnels anglophones du Québec, n'importe quel programme qui amplifiait le rôle du gouvernement, aux dépens de l'entreprise privée, était non seulement socialiste mais anti-anglais.»2 Lévesque n'a pas de vraie philosophie politique à proprement parler II s'affiche comme indépendantiste et comme partisan de l'utilisation de l'État comme levier de changement.Pour le reste, il s'est toujours refusé à l'articulation d'un projet social impliquant une action à long terme II n'aime ni les idéologies, ni les idéologues Lui improvise, tâtonne et «taponne» au gré de ses états d'âme, qu'il a par ailleurs fort nombreux.Il juge les situations à la pièce, dirait-on, bâtissant des politiques sur des «feelings» quotidiens.Avec les incohérences que cela suoDose.Lévesque n'écoute pas les autres ; il rumine son propre discours intérieur.On a beaucoup écrit qu'il sombrait dans la morosité et «réfléchissait» à son avenir politique, chaque fois qu'il subissait un revers ou que son parti osait lui tenir tête.Parions plutôt qu'il a fignolé avec le temps une technique savante lui permettant de se servir plus ou moins de ces «réflexions» comme d'un instrument de chantage parfaitement efficace.N'a-t-il pas joué de sa possible démission pour forcer la main de Lesage quant au projet de nationalisation de l'électricité ?N'a-t-il pas laissé planer (et vraisemblablement entretenu) des rumeurs de démission chaque fois, entre 1960 et 1966, que les choses n'allaient pas à son gré avec ses collègues libéraux?N'a-t-il pas, plus tard, ressorti le même vieux truc chaque fois qu'il éprouvait l'urgence de mettre le P.Q.à sa main ? pronostics politiques $t son péché_ par Hélène Lévesque Il n'aurait peut-être jamais quitté le Parti libéral si celui-ci avait accepté d'entériner son projet de manifeste sur la souveraineté-association en 1967.Eût-il été un tout petit peu stratège, eût-il un peu arrondi les angles, flatté quelques pontes du parti avec suffisamment de doigté, que son option aurait peut-être pu être endossée par les libéraux.«M.Lévesque n'a jamais rompu avec la révolution tranquille Dans son esprit, le Mouvement souveraineté-association continuait une action qu'il avait entreprise au sein du Parti libéral et, s'il l'avait pu - il a tenté de le faire-c'est au sein du Parti libéral qu'il l'aurait poursuivie».3 C'est cet homme qui allait fonder avec quelques autres le M.S.A.devenu en octobre 1968 le Parti québécois.Un politicien désabusé par six années de pouvoir et dont le «socialisme» donnait de la bande depuis quelques années déjà.Celui qui prônait la mise en chantier de mesures ouvertement pro-tra-vailleurs au début de la décennie 60 -on se rappelle sa participation très active au conflit de Radio-Canada et plus tard ses violentes sorties contre l'Establishment patronal anglophone - affichait une réserve très nette au moment du conflit du secteur public de 1966.«Les Québécois qui croyaient avoir tout vu du météorite Lévesque depuis 1960 eurent du mal à reconnaître ce sombre réaliste, qui traînait ses savates à travers la province, prêchant les vertus des choses lentes et sûres» 4 C'était déjà le Lévesque qui refuserait de s'impliquer dans le conflit de la Presse, en 1971, pour des motifs d'ordre stratégique.Et Lévesque créa le Parti québécois.Avec le Parti libéral, il avait joué -maladroitement- et perdu.Il n'allait pas renouveler ses erreurs Le parti politique qu'il allait co-fonder devrait - pour porter le projet souverainiste à terme - offrir une façade de très respectable père de famille.Se démarquer des terroristes (on était en plein épisode felquiste), des indépendantistes de la première heure trop idenfiés à des actions radicales et trop portés à descendre dans la rue, des «radicaux» de gauche (mais pour Lévesque toute la gauche semble radicale sans distinction).Ne pas faire peur, surtout.Offrir une option gentiment centriste (Lévesque devait plus tard avouer que pour lui la social-démocra- tie avait surtout voulu dire une., démocratie sociale).Au noyau d'ex-militant-e-s libéraux qui avaient suivi Lévesque quand il avait claqué la porte du Parti libéral en 67, venaient bientôt se loindre les membres du Ralliement national récemment dissous (après accord avec Lévesque) du désormais fameux Gilles Grégoire, un ex-créditiste à tendance nationaliste de droite Jusque-là, ça allait Lévesque a cependant dû se ronger les ongles jusqu'aux coudes lorsque les ex-Rinis-tes, ou du moins certain-e-s d'entre elles-eux, adhéraient au P.O.sur une base individuelle, comme Bourgault les avaient conviés à le faire En dépit des multiples manoeuvres pour intimider le loup, celui-ci venait d'entrer dans la bergerie.D'autres militant-e-s de gauche allaient à leur tour poser le même geste et contribuera donner naissance à cet autre mythe du P.Q.-porteur-de-véntable-changement-social : «Je pense qu'à cette époque nous identifions le P.O.à certains de ses porte-parole plus progressistes.Je travaillais alors dans le comté de Robert Burns (Maisonneuve).Celles et ceux d'entre nous qui militaient au P.O.militaient aussi tout naturellement dans les comptoirs alimentaires qui commençaient à se mettre sur pied, dans les coopératives d'habitation, etc.Pour nous, toutes ces actions s'inscrivaient dans un continuum.On avait l'impres- sion de travailler sur un projet de changement de société, que le travail qu'on faisait dans les quartiers était partie intégrante de ce changement Je ne sais pas quand le «switchage» a pu se faire vers le projet d'indépendance d'abord et avant tout.Mais on a déchanté vite» (Une ex-militante).Dès 1970.des militant-e-s conster-né-e-s réalisaient que le fossé ne cessait de s'élargir entre la base - ce marchepied du pouvoir - et l'aile parlementaire du parti.Et jusqu'à la victoire de 1976, Lévesque allait renforcer son leadership et sa mainmise sur le parti en étouffant toute velléité de contestation.En se servant pourtant de cette frange plus progressiste dont les représentants seraient à l'origine de changements législatifs importants (avant de «démissionner» eux-mêmes) : les Lazure, Payette, Burns, Couture, etc.Pas sept ans de malheur, mais du meilleur au pire Car les deux ou trois premières années du premier mandat ont vu les élu-e-s péquistes légiférer d'abondance pour réaliser quelques-unes des promesses majeures de la campagne électorale II faut reconnaître au cabinet péquiste des débuts un certain courage politique, celui d'avoir repris et mené à terme des projets que les libéraux avaient laissés en plan parce qu'ils les jugaient dangereux sur le plan électoral, ou difficiles à LÀ HE EN ROSE, mai I9S.I 47 pronostics politiques vendre à la population : l'assurance-automobile,5 la réforme du financement des partis politiques, le zonage agricole pour protéger les terres arables contre la spéculation, la loi de la protection des consommateurs, l'abolition de la publicité destinée aux enfants.Mais qu'on se rappelle ce qu'il est advenu de la loi sur les normes minimales de travail, de celle sur la santé et la sécurité, et des dispositions législatives régissant les relations entre les propriétaires et les locataires.De belles et nobles intentions pour aboutir, au bout du processus de tamisage, à des ébauches de lois progressistes.Il avait pourtant bien commencé, ce mandat L'éponge passée sur les amendes imposées sous le régime Bourassa aux syndicats «hors-la-loi» du secteur public.Levée des poursuites intentées contre le Dr Morgentaler.Mais à l'approche du référendum, début de virage à droite.Il fallait vendre aux timoré-e-s l'idée d'un Parti québécois bien sage qui pourrait gouverner sans faire de vagues un Québec indépendant.Ça n'a pas marché, mais la barre est restée à droite, réélection oblige.Depuis, le gouvernement péquiste, après l'impasse constitutionnelle, patauge dans le bourbier économique.Les journaux parlent de morosité.Ça ressemble davantage à du désarroi en passe de devenir chronique.Idéologi-quement, le parti semble de plus en plus exsangue.À force d'obliger les dissidents au silence - au lieu de canaliser intelligemment ces dissidences pour qu'elles contribuent à alimenter et peut-être regénérer idéologiquement l'aile parlementaire - ceux-ci sont partis.Pas tous-toutes, bien sûr, et pas tous-toutes en même temps II n'y a pas eu mouvement de foule.Simplement, les idéalistes déçu-e-s cessaient d'assister aux réunions du parti.Certain-e-s ont laissé tomber après que le grand chef eut vertement rabroué les congressistes (mai 1977) qui avaient voté majoritairement en faveur de l'avortement sur demande et de la maternité librement consentie.D'autres n'ont jamais digéré le «référendum» de 1982 dont Lévesque a forcé la tenue pour «rectifier» l'option souverainiste, après avoir brutalement désavoué le congrès de l'hiver précédent.D'autres, enfin, n'ont pu encaisser le sort que les élu-e-s péquistes réservaient aux revendications des groupes de femmes et de tra-vaiileurs-euses.Après sept ans de pouvoir péquiste, on attend toujours que le gouvernement se décide à amender le Code du travail pour faciliter la syndicalisation des tra-vailleurs-euses isolé-e-s On attend depuis des années de voir s'il ne se trouverait pas par hasard, sous le monceau de déclarations prometteuses, une vraie loi sur les fermetures d'usine qui protégerait les travailleurs-euses mis-es à pied et respecterait le milieu.Des femmes, souvent des immigrantes, continuent de travailler au noir sans aucune forme de protection et dans des conditions indécentes Les travailleuses domestiques peuvent être soustraites par leur patron à l'application de la loi sur les normes minimales de travail : il suffit de déclarer qu'elles travaillent comme «gardiennes» et le tour est loué Les lois censées couvrir minimale-ment (très) les travailleurs-euses sont souvent rédigées dans un style alambi-qué et d'interprétation malaisée Elles donnent lieu à d'interminables querelles juridiques dont les travailleurs-euses font les frais.Une politique de formation-recyclage des travailleurs-euses des secteurs traditionnels, déphasé-e-s et déclas-sé-e-s par la révolution technologique, reste à formuler.Et les trop timides tentatives de réinsertion des assistées sociales sur le marché du travail n'ont donné que de piètres résultats Les prochaines élections seront des élections référendaires.Normalement, elles devraient offrir au P.O.une occasion privilégiée de préciser son projet de société, mais il n'est pas du tout sûr qu'il a l'intention de s'aventurer sur ce terrain.Prévoyons dès maintenant qu'il nous faudra forcer le débat et obliger le P.O.à dire quelle place il réserve aux femmes dans un Québec souverain.^ 1/ Peter Desbarats.René Lévesque ou le projet inachevé.Editions Fides, (977 21 Idem 3/ Pierre Bourgault Écrits polémiques 1960-81.La politique.Éditions du Club Québec Loisir Inc.1982 4/ Peter Desbarats.op cit 51 Quoique Lise Paquette ait dû se démener comme une belle diablesse dans l'eau bénite pour vendre le protêt a plusieurs de ses chers ex-collègues, comme elle le relate dans «Le pouvoir?Connais pas».1,50$ tous les mois dans tous les bons kiosques.12S l'an en vous abonnant Sortie, CP.232, suce.C, Montréal H2L4K1 Le seul vra journal gai d'inform et de divertissement du Québec.DÉJÀ PARU: LES HOMMES STRAIGHT • VIEILLIR GAI • MARIE-CLAIRE BLAIS ET MARY MEIGS • LE SIDA* NICOLE BROSSARD• MA PREMIÈRE FOIS» MICHEL LEMIEUX» LE PERÇAGE DU CORPS • ANNA PRUCNAL • LE JOURNAL GAI oooooooooooooooooooooooooooo dvmssis s O O o o o o o 0 o o o 0 0 o o o o o o o o oooooooooooooooooooooooooooo 48 LA VIE EN ROSE, mai I9SJ sports LE SPORT OU LE JEU?Pour éviter le blanchissage PEANUTS 64, et ¦Uf ÇcUuLi C'EST DU SPORT, ÇA?QU'EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE, C'ÉTAIT LE SPORT?TU N'AS PARLE QUE DES HOMMES! ET LE SPORT FEMININ, ALORS?TU N'AS PARLE NI DE JOANNE CARNER, NI DE SALLY LITTLE, NI DE HOLLIS STACY, NI DE BILLIE JEAN KING, NI DE ROSIE CASALS, NI DE SHARON WALSH! ET DONNA ADAMEK, ET BETH HEIDEN ET MARY DECKER, ON N EN DIT RIEN?NOUS AS-TU DIT CE QUE FAISAIT CONNIE PLACE?ET ALISON ROWE, ET TRACY CAULKINS, ET KAREN ROGERS, ET EVELYN ASHFORD, ET ANN MEYERS, ET JUDY SLADKY ET SARAH DOCTER?AS-TU DIT UN SEUL MOT SUR JENNIFER HARDING OU SHIRLEY MULDOWNEY?QU'EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE «C'ETAIT LE SPORT.?QUE VOULEZ VOUS REGARDER MAINTENANT, M SIEUR?IL Y A QUELQUES VIEUX FILMS SUR LES AUTRES CANAUX.la he en rose, mai ivsj 49 sports Tournez-vous automatiquement le bouton de la télévision dès qu'apparaissent à l'écran des images de petits bonhommes casquettes courant dans un champ boueux après une balle, ou se précipitant sur une rondelle de caoutchouc devant 14 000 personnes glapissantes?Confondez-vous à plaisir Wayne Gretzky et l'instructeur des Nordiques, Namatt avec une sorte de bière?La voix de René Lecavalier vous poursuit-elle dans vos cauchemars?Si oui, vous partagerez sans doute la critique du sport de compétition/consommation faite ici parChristiane Bédard et Sylvie Marcoux.Si non, c'est à vous de répondre et de poursuivre le débat.Pour ou contre le sport de compétition ?Quelle est la différence entre Robin des Bois et Wayne Gretzky?M y eut un temps où, pour être un héros, il fallait jouer au bon samaritain : voler les riches pour donner aux pauvres.De nos jours, mieux vaut jouer au hockey, voler les riches (en faisant payer jusqu'à 20$ pour un siège au Forum) et garder tout pour soi (en gagnant plus de 1 million de dollars par année).À l'ère du capitalisme moderne, «the name of the game», c'est la compétition.Ou, comme le répètent si souvent- et si bêtement - Réjean Houle et Marc Tardif dans une annonce télévisée: «La vie est une compétition.» Le sport caricature les grandes lignes et les non moins grandes contradictions du système dans lequel nous vivons.Cette caricature produite, reproduite (et re-re .) par le sport envahit les esprits des jeunes pee-wees et de leurs papas.Ou enfin, ce qui peut leur rester d'esprit après tant d'heures hypnotisés devant «La Soirée du hockey», le «Baseball du samedi», etc.L'école de la vie, ou comment on fait des abrutis Ce que le sport enseigne à ceux et celles qui le pratiquent comme à ceux et celles qui le regardent, c'est la loi du plus fort, la suprématie du désir de gagner.On désapprend la possibilité de s'exprimer librement.Rien ne demeure de la liberté et de la spontanéité propres au jeu : le sport comptabilise tout (points, punitions, gains, pertes, etc.).Ce qui est exalté, c'est la lutte contre le temps, contre les autres «joueurs», contre la douleur, contre soi-même.La poursuite d'un idéal de rendement aboutit à une mécanisation du corps et une crétinisation de l'esprit.C'est, en fait, une version idéalisée de notre système économique et politique.Le sport est une usine parfaite : toute l'énergie y est axée sur la production.Les éléments les moins productifs - les femmes, les vieillards, les personnes handicapées et tous les autres «moins qu'hommes» - en sont exclus.Ou au mieux, ils s'intègrent au système sportif mais de façon marginale et sont traités comme des éléments de niveau inférieur.On n'a qu'à considérer la couverture dérisoire accordée par les médias aux Olympiques pour personnes handi- capées ou l'écart phénoménal entre les salaires et les bourses accordés aux professionnels masculins comparativement à ceux accordés aux sportives professionnelles.Même les tout jeunes sportifs savent qu'il faut être performant et compétitif, voire même violent, sinon ils vont «réchauffer le banc».De plus, parents et entraîneurs savent que le «jeu» pourrait être un éventuel emploi pour l'enfant.Le genre d'emploi qui vous permet de marcher la tête haute et les poches pleines.Les enfants deviennent les objets des ambitions frustrées de leurs parents et de leurs entraîneurs.Résultat : 90% des enfants qui s'adonnaient au hockey l'abandonnent avant l'âge de 14 ans.La revanche de l'abruti L'utopie sportive va encore plus loin : les arbitres et les règlements ne sont là que pour répéter constamment les signes d'une authenticité, d'une équité et d'une égalité des chances qu'on ne retrouve pas dans la vie.La «justice de l'aréna» explique en partie l'attrait qu'exerce le sport sur les foules.Dans le sport, c'est la volonté et un certain nombre de prérequis naturels qui font triompher.Ces qualités (détermination, dextérité, endurance, rapidité, etc.) auraient pu se retrouver chez n'importe quel p'tit gars.Le héros sportif crée l'unanimité parce qu'il vient d'un milieu social auquel peuvent s'identifier des milliers de p'tits gars et d'ex-p'tits gars.Par exemple, le p'tit Gretzky de Brantford qui a réussi à devenir un champion national.Et, comme les gens ordinaires, le sportif n'a pas pu tricher pour «grimper».Le champion devient alors l'objet d'un culte qu'amplifient les médias au profit des pouvoirs en place.Si on aime le champion, on appuie inévitablement le système qui l'a produit.Encore plus que le champion, c'est l'idéologie de la consommation qu'on approuve parce que même les champions sont jetables après usage.Et les records ne sont-ils pas là pour être dépassés ?Rentabilité oblige I Puis-je vous offrir un coup de.poing ?I ! Le sport a aussi la «qualité» de simplifier les conflits : les rouges contre les bleus, les bons contre les méchants.Et grâce à cette simplification des conflits, le sport ressuscite artificiellement une cohésion inexistante dans un système social basé essentiellement sur le contrôle, la compétition et la domination.Car tout le monde, professeurs et étudiants, employés et patrons pourront vibrer aux mêmes vertiges, en autant que leur choix porte sur la même équipe.Mais il n'y a pas là de véritable coopération, ni d'égalité.Il n'y a qu'un faux esprit d'équipe, un alibi pour le rejet d'un ennemi arbitrairement désigné, que ce soit les Nordiques, l'URSS, l'arbitre ou les femmes.Le sport omet que le spectateur puisse prendre un recul par rapport à l'ensemble.On peut prendre pour ou contre le Canadien, maison ne peut pas prendre contre le hockey ou le sport en général.Au hockey, la violence est implicitement tolérée et, plus, manifestement et dangereusement incontrôlable.Le rapport Néron sur la violence au hockey signale l'étendue démesurée de ce phénomène qui n'atteint pas seulement les clubs professionnels mais aussi les amateurs.Ce que les auteurs de ce document ont omis de dire, c'est que le sport lui-même entretient des rapports paradoxaux qui conduisent à la violence : quand deux équipes se rencontrent, elles jouent ensemble, l'une avec l'autre, mais en même temps et peut-être surtout, elles jouent l'une contre l'autre.Puisqu'il faut bien un gagnant et un perdant et que seul le premier est valorisé, l'émergence de la violence est presqu'inévitable.Sinon, pourquoi le Comité d'étude sur la violence au hockey, auteurdu rapport Néron, définirait-il, en langage «sportif», huit types de violence, 1) être résolu, 2) l'agressivité, 3) la virilité, 4) la robustesse, 5) l'intimidation, 6) la rudesse, 7) la rudesse excessive, 8) la brutalité- dont les quatre premiers sont acceptables et les quatre derniers moins désirables ?Les moutons à deux faces Le sport fournit des modèles de comportement associés surtout à la réussite.Mais il encadre aussi les modèles de la déviance.Dévier, selon les normes du système sportif c'est être improductif sur la glace ou avoir mauvais caractère sur le «court» ; c'est acheter et consommer des drogues comme Derek Sanderson, ex-joueur de hockey professionnel, plutôt que d'acheter et de consommer des «Mr.Big» comme Wayne Gretzky.Car les héros sportifs ne sont plus seulement des champions de la production, ils sont aussi devenus de «grands gaspilleurs», pour reprendre le terme de Jean Baudrillard dans son livre La société de consommation.À travers le phénomène d'identification populaire, le sport suit, en même temps qu'il l'aide, la transition historique et économique entre société de production et société de consommation.Si Wayne Gretzky adore les «Mr.Big», Guy Lafleur a bien savouré les yogourts Yoplaît (la fleur des yogourts), et Maurice Richard a bien rajeuni grâce à Grecian Formula 16, etc.50 la vie es rose, mai ItU sports Notre sort national En acceptant ces définitions propres au sport, les «fans» acceptent de jouer un rôle essentiellement passif et masochiste.Quand on reconnaît la valeur du champion, on reconnaît aussi sa propre médiocrité et l'impossibilité d'en sortir.Avec le perpétuel recommencement du zéro à zéro et la détermination d'un gagnant à chaque match, le sport constitue un rite de création du déséquilibre.Rite paradoxal, qui sert à conserver l'équilibre d'une société basée sur le déséquilibre ! Saviez-vous qu'en Afrique, des anthropologues ont fait jouer au soccer une population qui ne connaissait rien à ce sport ?Ces personnes ont refusé de s'arrêter de jouer en situation de déséquilibre.Elles n'ont voulu cesser que lorsque le pointage était redevenu égal.Si elles ont pu saboter l'engrenage compétitif et si la recherche de l'équilibre leur paraît plus saine, pourquoi ne le serait-elle pas pour nous?Notre société est malade, malade d'inégalité(s) et de pouvoir, malade tout court.Le sport : notre vache sacrée Le sport se présente comme modèle transhistorique.Le «monde du sport» fait l'objet de chroniques, de bulletins, de nouvelles séparées et ce, dans tous les médias.Même les critiques adressées à son endroit continuent à le voir, dans la plupart des cas, comme une manifestation détachée du vécu collectif d'une société.Elles n'attaquent pas le jeu sportif ou du moins la tournure que le sport a donné au jeu.Et quand ces critiques prétendent s'attaquer au sport en oubliant ses mécanismes profonds et en ne dénonçant que les profits des brasseries, les salaires faramineux de certains joueurs, ou le sous-paiement des joueuses de tennis, elles ne font que supporter une dissociation mystifiante entre structure sportive et société.Aussi bien qu'entre sport, féminisme et récupération.Car le sport nous a donné les Martina Navratilova (tennis).Sylvie Daigle (patinage de vitesse), Jan Stephenson (golf), Angela Taylor (course), Debbie Brill (saut en hauteur), etc.Toutes sont vedettes d'un sport individuel - catégorie féminine, bien sûr.Mais sauf quelques rares exceptions, elles ne resteront que de «pâles imitations» du jeu masculin : le clou d'un tournoi de patinage artistique restera toujours la finale masculine.D'ailleurs, elles ne jouent et ne joueront pas contre les hommes.Le sport exige un déploiement d'énergie qui, dans sa forme musculaire brute et immédiate, correspond plus adéquatement à la structure corporelle masculine que féminine.En effet, les hommes sont plus avantagés parce que leur pourcentage de gras est moins élevé en moyenne que celui des femmes et parce que leur taille et leur poids moyens sont supérieurs Et pour conserver au sport son suspense, il faut que les partenaires soient d'égale force.A titre de fausse exception, on se rappellera les traditionnelles joutes entre les joueurs du club de baseball montréalais, les Expos (sérieux), et leurs femmes (croies).Il s'agit de petites mises en scène (drôles) qu'on fait avant les vraies parties (sérieuses), pour pouvoir en rire.Dans le sport, les femmes doivent accepter de lutter les unes contre les autres Les luttes femmes-hommes n'existent pas.Elles ne peuvent être qu'objets de dérision (plattes).Par ailleurs, les médias ne porteront qu'un minimum d'intérêt aux sports d'équipe féminins Les critères traditionnels de force étant rattachés directement au calibre du jeu.les performances féminines sont généralement considérées comme moins bonnes et donc moins intéressantes, et par les médias et par les fans.Parler des équipes de femmes, ce serait aussi enlever aux prouesses féminines sportives le caractère individuel et donc exceptionnel qu'on leur donne maintenant.Ce serait parler d'une force et d'un enthousiasme qui pourraient se différencier de l'esprit d'équipe masculin.On observe souvent, quand les femmes jouent sur une base non-compétitive, une complicité entre joueuses, des fous rires et une spontanéité que leurs contreparties masculines n'ont pas.Et c'est cela qu'il faut développer.Il n'est pas nécessaire, pour sauver son âme de la récupération, de refuser de toucher à un bâton de baseball ou de s'abstenir de réussir un bon coup au ballon-volant.Ne suffirait-il pas de se réapproprier le jeu, de saboter le sport en y injectant notre sens de l'humour, de refuser de devenir performante dans le seul but de dominer ?^ chr1stiane bedard, Sylvie Marcoux FINANCE MARKETING ADMINISTRATION les services d'expansion de la petite entreprise inc "Les Services d'Expansion de la Petite Entreprise S.E.P.E Inc.vous offre des services intégrés en finance, administration et marketing ainsi que ressources humaines dans le but d'aider au maintien et au développement des petites et moyennes entreprises.S.E.P.E.Inc.Monique Gmouard 417, rue St-Plerre, Montréal, Québec H2Y 2M4 282-9Q31 LA VIE EN HOSE, mai lit) 51 sports ENTREVUE AVEC FLORENCE ARTHAUD Choisir le la r g e A 52 LA VIE EN ROSE, mai I9»3 sports Coincée entre Radio-Canada et l'inauguration du Salon nautique 1983, l'entrevue qui devait durer deux heures se voit réduite à une demi-heure.Tout juste letempsdedépasserun mythe, maispas assez pour vraiment rencontrer une femme : Florence Arthaud.À vingt-cinq ans, son journal de bord contient déjà plusieurs traversées de l'Atlantique en voilier, dont certaines en solitaire La navigation, fief masculin, l'inscrit maintenant dans ses légendes.Signe des temps7 Nécessité de la publicité ?«Dans la dernière Course du Rhum, j'étais la seule femme.On a beaucoup parlé de moi.À cet égard, je suis avantagée.» Florence Arthaud ne joue pas les héroïnes, même si elle déclare ne pas avoir peur, seule en plein milieu de l'océan.Le mauvais temps, il paraît que ça s'apprend Quant au manque de sommeil, ce qu'il y a de plus pénible, on passe aussi au travers : «On dort par tranches de demi-heures, quand on dort.(.) Je peux avoir peur d'autres trucs.J'ai horreur des forêts, ça me stresse complètement; c'est angoissant Les vagues, c'est franc.On sait ce qui s'en vient.» De navigateurs mâles, comme Tabarly, on dira qu'ils sont les «seigneurs de la mer».Pour Florence Arthaud, pas de domaine sur lequel «régner» ; elle sera plutôt baptisée «fiancée de l'Atlantique».Jolie récupération.«La petite fiancée de l'Atlantique» aioute-t-elle avec un sourire ironique.Oui, elle est sympathique, tout en gardant ses distances.La veille, à l'émission de Pierre Nadeau, j'avais bien aimé cette distance qu'elle affichait alors vis-à-vis de l'opinion des hommes de voile à son sujet.Simple façade?Peut-être Peut-être pas, car même une novice d'eau douce peut entrevoir que la voile est d'abord un rapport à soi, face aux éléments.Et ce, même en équipage.«La voile en solitaire, c'est pas pour prouver quelque chose aux autres C'est vis-à-vis de soi ; complètement personnel Égoïste.Oui.égoïste (rire) Des plaisirs tout-à-fait personnels.» De l'entrevue, ce sont ces paroles que je garderai le mieux en mémoire : la voile perçue d'abord comme un plaisir (non une mystique, ni un exploit), et ce rire, surtout sur le mot «égoïste».Ce rire et cette lueur amusée contredisent ses autres propos qui ressembleront souvent à des idées reçues : l'infériorisé sportive des femmes ; leur nature terre-à-terre, vissée à la sécurité ; les revendications féministes qui n'ont plus raison d'être, car les femmes n'ont rien à envier aux hommes.Contrairement à beaucoup de féministes dont le discours est plus révolutionnaire que le vécu, cette fois c'est le vécu, bien au-delà des paroles, qui peut servir d'inspiration.Car si elle se défend bien de vouloir servir de modèle («Ça me fait plutôt plaisir», échappe-t-elle tout de même), Florence Arthaud peut inspirer des femmes à choisir le «large», c'est-à-dire l'aventure, l'indépendance.Se choisir.Atteinte fondamentale au système masculin, basé sur les vertus de sacrifice des femmes.«J'ai dit non à tout et j'ai choisi défaire du bateau parce que j'avais envie de vivre Vivre de façon très intense.» Des autres navigatrices, des équipages féminins, il sera difficile de la faire parler Elle dira son admiration pour Michèle Mouton, une Française qui fait du rallye automobile ; mais au sujet de la complicité entre femmes, elle n'offrira qu'une réaction évasive Beaucoup d'athlètes, de sportives, redoutent ce genre de question ; par crainte de passer pour lesbiennes?Par ailleurs, il n'est pas évident qu'un choix individuel d'autonomie se traduise par une prise de conscience à portée collective.Les exemples sont nombreux.La demi-heure a passé bien vite.Quelques jours plus tard, au Salon nautique, un vidéo sur le trimaran piloté par Florence Arthaud Me vient une sorte de mélancolie.À cause de tous ces paradoxes qui forment nos vies ou bien de n'être pas sur cet étrange voilier qui ressemble à une araignée d'eau?Une araignée très gracieuse et qui serait bleu turquoise ^ Micheline Grimard Leduc P.S.Florence Arthaud a publié un livre aux Éditions du Pen Duick(1982) : «Florence Arthaud Fiancée de l'Atlantique».À l'été 1984, elle participera à la course Québec-Saint-Malo, sur son trimaran «Biotherm».¦5 ov* .e1-
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