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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1984, Collections de BAnQ.

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LES USINES D'ARMEMENTS AU QUEBEC Réédition CSN-CEQ : 0,50 $ frais de poste.Disponible dans les Conseils centraux CSN (ou tél.: (514) 598-2401) Si vous trouvez que 30 000 bombes atomiques américaines et 22 000 bombes russes c'est trop alors que 500 000 000 d'humains ont faim Rendez-vous à la MANIFESTATION EN FAVEUR DU DÉSARMEMENT SAMEDI, 20 OCTOBRE Pour connaître les détails consultez vos syndicats CSN CM no.20 octobre 1984 SOMMAIRE Courrier Action positive: le déraillement du CN 8 Un F-18 pour la paix 10 Quand L'Actualité se mêle des garderies 11 L'apostasie par milliers 12 Devenez journaliste 12 Commentaire i Nature sexuelle ou pouvoir lesbien?Dominique Robert Chronique Délinquante i Y a-t-il une chronique délinquante dans la salle?Hélène Pedneault Spécial USA ! Les Américaines et le pouvoir 19 _ Elections présidentielles: Oui à Géraldine Ferraro?Francine Pelletier 20 _ L'autre candidature: Qui a peur de Sonia Johnson?Madeleine Champagne 22 _ Spécial USA Les Américaines et le pouvoir Noires et pauvres: Autant en emporte Reagan Monique Letarte ACTUALITÉ Douze jours au Tiers-Monde: Tribulations d'une Québécoise aux Philippines Francine Pelletier Écologie Arrosages chimiques: Choristoneura la tordeuse Magali Marc 26 EXCLUSIF Kate Millett parle d'amour et de littérature Lise Moisan, Sylvie Dupont Actualité Les femmes et la pr tion alimentaire mondiale: les damnées de la terre Carole Beaulieu Journal Intime et Politique 44 Toutes les femmes sont mortelles Hélène Pedneault Fiction Nourritures solaires Suzanne de L.-Harwood H Cinéma Festival des films du monde: De la femme publique au privé des femmes Claude Krynski, Joyce Rock, Josette Giguère, Françoise Guenette Arts Arriver à une critique féministe de l'art Rose-Marie Arbour, Christine Ross LITTÉRATURE Furtive Flora Groult Hélène Pedneault Théâtre 54 Jovette Marchessault: Avec "Gertrude et Alice, Natalie et Renée et ce cher Ernest" Hélène Pedneault Flashes Culturels Livres, cinema, théâtre, expositions, calendrier octobre 1984 3 LA VIE EN ROSE Courrier Chronique bourdonnante Je me croyais sursaturée d'information et de lecture ; je ne voyais pas la nécessité d'en rajouter Et pourtant, je viens joindre les rangs de vos abonnées.En plus de savourer, dans le numéro de juillet, le commentaire d'Armande Saint-Jean, j'ai eu le bonheur de me régaler de la chronique délinquante (voire délirante) d'Hélène Pedneault Quel délice d'intelligence, de vivacité d'esprit, d'humour et de cynisme ! J'apprécie également le fait que vous nous donniez en pâture la photo de nos deux bourdons.À croire qu'elle fut prise au moment même de la parution d'Actualité, en avril dernier.Ils ont l'air qui convient à leurs textes respectifs.Jean Paré a l'oeil triomphant et le sourire ironique alors que Georges-Hébert nous fait donc d'un air benêt de circonstance 1 Bref, ce sont deux pages de LVR à encadrer et à revoir dans les moments de déprime ! J'ai réalisé avec le numéro 18 (Spécial Été) que LVR.tout en reflétant notre réalité de femmes, pouvait être tout à fait «supportable».Est-ce moi qui suis parvenue à maintenir un certain équilibre, même lorsque confrontée à de dures réalités, ou bien est-ce que le ton de LVR serait moins accablant, au fil du temps 7 Au plaisir de vous lire sous peu.Dorothy Leigh Lizotte Repentigny J'ai adoré les commentaires d'Hélène Pedneault et d'Armande Saint-Jean sur les faux bourdons.C'est une écriture vibrante, cinglante (.) LVR réussit à me toucher à chaque nouvelle édition Marie Adornetto Montréal ZvR dans nos campagnes D'héritage québécois, je suis née et j'ai été élevée en Californie.À l'âge de 15 ou 16 ans, j'ai passé des vacances au Québec.(Je trouvais) que mes amies québécoises limitaient leurs horizons ; ça me rendait triste.Je me rends compte aujourd'hui qu'il y avait autant de différence entre les filles de ville et les filles de campagne qu'entre celles de Californie et du Québec.Je me demande, en lisant la Vieen rose, comment le mouvement féministe a touché la vie des femmes dans la campagne au cours des dix années qui se sont écoulées depuis mon séjour au Québec Stéphanie Cauchon Californie ^ÈVR menstruelle Lorsque je reçois La Vie en rose, je la gruge jusqu'à la moelle, la substan-tifique.J'accrécierai grandement le fait que ma revue préférée soit sur le même «beat» que moi.une coulée féconde à chaque mois.Je pourrai aussi m'en imprégner (anciennement ce mot signifiait féconder) pour que renaisse en moi une écriture enfouie dans les questions de construction P.S.: Chez ma voisine, le 15 mai, on était une belle gang de femmes à garnir sa corde à linge.Louise Campeau Notre-Dame des Anges £e charme discret de la maquette Mon abonnement non seulement à cause de la qualité des reportages, de la pertinence des sujets traités et de la prestance de l'écriture mais aussi -et c'est peut-être ae qui m'a décidée -à cause de la présentation graphique qui me charme de plus en plus Bravo à toute l'équipe et «chapeau» aux filles de la «maquette artistique» ! Nicole Labbé 3?t encore quelques fleurs Chères vous autres, Pour résumer mes sentiments à l'endroit de votre revue et sans vouloir trop «redonder», je dirais qu'elle constitue une de mes nourritures intellectuelles, idéologiques et sentimentales préférées, tout en contribuant à teinter ma vie d'un rose espérance-réalisme essentiel pour l'éclat du teint et de la vigilance.Je profite de l'occasion pour souligner combien la qualité des textes que vous publiez m'enthousiasme et reflète une éthique professionnelle - hélas 1 - trop peu répandue dans le domaine du journalisme écrit.J'admire votre rigueur intellectuelle et savoure l'excellence stylistique et syntaxique des articles de ma revue favorite.Longue vie à vous 1 Anne Desjardins Un petit mot pour vous dire que La Vie en rose me soulage des inepties et de la fadeur de la presse écrite.Anne Gauthier Québec rédaction illimitée Je souhaite longue vie et pas de problèmes financiers à LVR Vous êtes un peu finalement notre revue, à nous les femmes québécoises de tous acabits.Vous nous faites même rêver de former une grande équipe de rédaction à l'échelle de la province : eh oui.petite suggestion en passant, ça serait pas mal le fun si on pouvait vous envoyer, à l'occasion, des articles Serait-ce possible "> (.) Et si vous nous disiez comment vous fonctionnez sur le plan de la conception des numéros et de la rédaction, ça nous rendrait votre travail encore plus passionnant à lire et à regarder ! Thérèse Saulnier Victoriaville (NDLR Réponse en page 12, in ACTUALITÉ FÉMINISTE) ÉQUIPE DE DIRECTION : Ariane Emond.Françoise Guenette.Claude Krynski, Louise Legault, Lise Moisan.Francine Pelletier • RÉDACTION Françoise Guenette.Francine Pelletier • ADMINISTRATION : Louise Legault • PROMOTION: Ariane Émond • SECRÉTARIAT : Carole Gladu • DIRECTION ARTISTIQUE : Sylvie Laurendeau • COLLABORATION : Anne-Marie Alonzo.Rose-Marie Arbour.Carole Beaulieu.Madeleine Champagne.Chantale Cusson.Joanne Deschênes.Sylvie Dupont.Josette Giguère.Suzanne de L -Harwood.Monique Langlois.Danielle Lapointe.Monique Letarte.Magah Marc.Jovette Marchessault.Hélène Pedneault.Maryse Pellerin.Dominique Robert.Joyce Rock.Christine Ross • ILLUSTRATION : Marie-Josée Chagnon.Thérèse Godbout • PHOTOGRAPHIE : Ginette Clément.Denyse Coutu.Suzanne Girard.Colleen McKay • MAQUETTE : Diane Blain.Sylvie Laurendeau.Luce Venne-Fordone (publicité) • CORRECTION D'ÉPREUVES : Suzanne Bergeron.Hélène Lecours.Claudine Vivier • COMPOSITION : Concept Médiatexte Inc • IMP : Imprimerie Canadienne Gazette Inc • DISTRIBUTION Les Distributeurs associés du Québec.DAQ.tel 645-8754.extérieur I-800-361-4550 • PUBLICITÉ: Claude Krynski 843-7226 • ABONNEMENT : 1 an.10 numéros 19$.2 ans.20 numéros 33$.3 ans.30 numéros 45$ Tarif international, par voie de surface 30$.par avion 44$ Louise Legault 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des ans du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif On peut nous |0indre de 9 h 30 à 17 h au 3963 rue Saint-Denis.Montreal.H2W 2M4.ou en téléphonant (514)843-8366 ou 843-7226 Copyright 1984- LA VIE EN ROSE Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés Dépôt légal Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-549 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Courrier de deuxième classe 5188 Commission paritaire 4 067 CDN LA VIE EN ROSE octobre 1984 editorial Qui exerce un pouvoir n'est jamais innocent», écrivait Christiane Rochefort dans Les Enfants d'abord En ces jours de victoires politiques pour les femmes- Géraldine Ferraro aux États-Unis.28 nouvelles députées à Ottawa, dont 14 Québécoises - la phrase résonne comme un avertissement.Pourtant, tout indique que les femmes, et des féministes, sont prêtes à risquer leur «vertu» pour accéder à un pouvoir qu'on ne saurait plus ignorer.Mais la question est loin d'être tranchée., comme vous le venez en lisant ces réflexions sur le pouvoir, formulées par des féministes dont certaines sont plutôt modérées (Simone de Beauvoir) et d'autres indiscutablement radicales (Ti-Grace Atkinson).' «Regardez et admirez béatement votre époux lorsqu'il parle et couvrez-vous sagement les genoux» - voilà encore à quoi ressemblent les femmes dans les hauts échelons du gouvernement.Bella Abzug.77ie Gender Gap J'ai toujours pensé qu'il faut prendre les instruments des mains des hommes et s'en servir.Je sais que les féministes sont très divisées sur la marche à suivre.Les femmes doivent-elles occuper de plus en plus de postes, entrer en compétition avec les hommes ?Cela implique sans doute d'acquérir certains de leurs défauts en même temps que de leurs qualités.Ou bien faut-il, au contraire, refuser complètement cette démarche ?Dans le premier cas.elles accèdent à plus de pouvoir Dans le second, elles se réduisent à l'impuissance Bien sûr, si c'est pour prendre le pouvoir et l'exercer de la même façon que les hommes.ce n'est pas ainsi qu'on changera la société.Or.à mon avis, le véritable projet des féministes ne peut être que de changer la société et la place de la femme dans la société.Simone de Beauvoir.Simone de Beauvoir aujourdhui Une démarche d'émancipation n'a de sens que si elle se fixe un objectif de prise de pouvoir ou de partage de pouvoir.Claire Bonenfant.Re we Statut de la Femme Le .pouvoir selon elles! Pour une fois, je voudrais être gagnante, je voudrais qu'on soient toutes gagnantes.Et j'aime, j'appuie et je rends hommage au courage de toute féministe qui ose réussir, quel que soit son champ d'intervention : la femme qui poursuit son psychiatre pour viol - et gagne ; la femme qui se présente comme gouverneure - et gagne ; la jeune fille qui dénonce les cours obligatoires (pour filles seulement) d'économie domestique de son école - et gagne Robin Morgan.Going Too Far La toute première conquête à poursuivre, c'est de devenir plus nombreuses à tous les niveaux de pouvoir et de décision.(Je sais que les féministes n'aiment pas le mot pouvoir mais je trouve qu'il serait temps de le prendre en compte si l'on ne veut pas rester d'éternelles naïves).Madeleine Van Raemdonck.Attaché auprès du Premier ministre pour la condition féminine en Belgique Même les hommes les plus puissants ne peuvent pas nous donner le pouvoir.Nous devons le comprendre.Cela veut dire qu'il nous faut agir, cesser d'attendre que les hommes ou même d'autres femmes nous disent quoi faire.Gloria Steinem Ms.avril 1981 Les syndicats ne me font pas plus peur que la ménopause.Margaret Thatcher, Châtelaine.1979 Je ne puis dire si les femmes sont meilleures - mais je puis affirmer qu'elles ne sont sûrement pas pires.golda MeIR, ex-Première ministre d'Israël Pour obtenir ce qui nous importe, il sera peut-être nécessaire de perdre tout le reste.Bernadette Devlin.The price of my Soûl 1969 Pour nous la politique ne concerne pas seulement l'usine ou le bureau mais également les chambres à coucher et les cuisines.Emma Bonino.députée italienne, F.avril 1980 Enfin le pouvoir est-il intrinsèquement négatif1 Associé à l'autonomie, à l'initiative, à la connaissance et à la compétence, il présente un rôle utile en termes de coordination, de planification et de réalisation.Que les femmes dévaluent souvent leur travail va de pair avec la crainte ou le refus instinctifs du pouvoir comme concept global.Louise Constantin Sans fleurs ni couronnes Je m'étais bien juré en entrant en politique de ne pas devenir un homme politique.Je voulais vivre cete expérience avec ma différence et forcer ce milieu résolument imperméable aux conditions de vie des femmes à me reconnaître comme femme politique J'y ai laissé des plumes, mais je ne regrette rien de ce choix fondamental.Lise Payette.Les femmes et l'information.Rapport FPJQ La question des femmes sera réglée quand elles auront le droit, comme les hommes, d'être médiocres à des postes importants._ _ Françoise Girard.ex-députée.journaliste française Plutôt que réclamer une part du gâteau réservé aux hommes, ne ferions-nous pas mieux de fabriquer un autre gâteau ?Patricia Mische Revue Statut de la Femme Je ne crois pas que l'on puisse combattre «de l'intérieur», on esta l'intérieur ou bien à l'extérieur, et seule notre présence témoigne de notre place (.) Quant on ne peut pas détruire les postes de pouvoir, on peut certainement s'abstenir de les occuper.On va vous arracher le pouvoir des mains, on va vous l'an-acher justement là où vous êtes, et ça ne va pas vous plaire Et ça va faire mal Ti-Grace Atkinson.Odyssée d'une amazone 1/ Plusieurs de ces phrases sont tirées de 1 anthologie ,4insi disent-elles, montée par Madeleine Hébert.Ed Opuscule, 1982 octobre 1984 5 LA VIE EN ROSE Communiques -Samedi à Repentigny Le 13 octobre, un colloque sur la condition féminine versus la famille.organisé par le groupe Inter-femmes de Repentigny.se déroulera à la polyvalente Jean-Baptiste Meilleur.777 rue Iberville, de 9h à 22h.Le coût : 12 $ par personne, incluant le repas du midi et le service de garderie, de 9h à 17h.Et 6 $ de plus pour assister à la conférence de Maurice Champagne-Gilbert Pour plus d'informations groupe Inter-femmes.tel 585-7107 de 9h à I7h du lundi au vendredi ^^ent ans pour McGill Les 12, 13 et 14 octobre prochain, aura lieu la première partie de l'événement «intellectuel, culturel et athlétique» organisé par le Comité du centenaire des femmes de McGill pour célébrer les réalisations des femmes.Sous le thème Des visions du monde les femmes, l'éducation et le changement on vous propose une série de conférences : La situation des femmes une perspective internationale (par Helvi Sipila du Secrétariat général des Nations-Unies), Des victoriennes aux voyageuses dans l'espace (avec Simone Monet-Chartrand, Marie-Josée Drouin, Margaret Fulton et Laura Sabia) et La situation des femmes la connection Nord-Sud (par Margaret Snyder, officier senior du Fonds volontaire de la décennie des femmes de l'ONU).Les 2' et 3' parties de l'événement auront lieu en décembre, janvier et mars.Pour informations 392-8048 ^^ar les gens d'ARC Les 19 et 20 octobre, le module d'Animation et de Recherche culturelles de l'Université du Québec à Montréal (ARC) organise un colloque sur /animation et les pratiques sociales et culturelles Problématiques abordées : l'éclatement social, l'émergence de nouveaux mouvements sociaux, les rapports à l'État, la formation des intervenants en animation, etc.Des représentant-e-s de groupes sociaux et féministes et de disciplines universitaires seront là.(Lieu : UQAM) Frais d'inscription : de 5 $ à 20 $.Pour informations le module d'ARC 282-3634 udi historique Le 25 octobre, le thème du Jeudi de l'histoire des femmes des mouvements populaires ouvriers sera «Les luttes de l'AFEAS.des luttes qui nous rejoignent».Par et avec des femmes qui luttent pour faire reconnaître le travail qu'elles font, soit comme collaboratrices de leur mari, soit à la maison (travail ménager).Lieu : 1212 Panet, salle 200.à 13h30.Pour informations Lucie Leboeuf: 527-8291 ou Rachel Vinet : 524-3561 îemmes et technologie Contrairement à ce que nous annoncions en septembre, c'est le Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA) qui organise un colloque sur les femmes et le virage technologique, les 3 et 4 novembre, dans les locaux du Y.W.C.A.1355.Dorchester ouest, à Montréal.Au programme du samedi : table ronde sur le mouvement des femmes à l'ère du virage technologique, les stratégies juridiques, le travail en coalition, etc.; ateliers sur le financement des groupes de femmes, le marché du travail et la sécurité du revenu.Et une primeur : le lancement du film de Dagmar Gueussaz.Le Travail piégé, fait de témoignages de femmes qui vivent du travail «au noir» en dépit - à cause 7 - du fameux virage Dimanche : Rencontre avec des groupes du Canada anglais.Un service de garderie est prévu Pour renseignements Comité organisateur.5907.rue St-André.Montréal H2S 2K3 Tel 271-7835 ages et modèles À ne pas manquer, les 9.10, 11 novembre, le colloque organisé par l'Institut canadien de recherche sur l'avancement de la femme (ICRAF).Sous le thème Images et Modèles, l'événement réunira entre 800 et 1 000 Canadiennes : représentantes de groupes de femmes, autochtones, artistes, créatrices et universitaires.Elles tenteront d'élucider les rapports des images et des modèles avec l'existence concrète des femmes.Pour le programme détaillé du colloque et autres informations Marie Vallée, départe ment des Sciences politiques de l'UQAM.CP 8888.suce A Montréal.H3C 3P8 Tel 282-4430 ou 282-4522 3$?anif pour la paix Attention : le 20 octobre, dans les rues de Montréal, reprise de la grande manifestation pour la paix.20 000 personnes en 1983, 40 000 en 1984 7 (Voir Un F-18 pour la paix, in Actualité féministe).Pour informations CSN: 598-2121 siblement lesbiennes Le samedi 6 octobre, aura lieu pour la troisième année consécutive la Journée de visibilité lesbienne, au Cégep Maisonneuve.Les tarifs sont de 3 $ (4 $ à l'entrée) pour le spectacle et la danse seulement, de 8 $ (9 $ à l'entrée) pour la journée seulement, de 10 $ (12 $ à l'entrée) pour la journée, le spectacle et la danse Divers ateliers traiteront des préoccupations majeures des lesbiennes, en plus des kiosques d'information.Pour inscription à l'avance chèque ou mandat à l'ordre de l'Association Les Siennes du Québec a/s Haut-Pluriel.935 rue Duluth est.Montréal H2L IB7 «Y» de l'automne Une première au «Y» (YWCA) des femmes à Montréal : Positive Images of Women.Ce cours de huit semaines, offert dans le cadre de l'Action féministe au YWCA, comporte lectures et discussions de nouvelles, récits, poèmes écrits par et au sujet des femmes et pouvant servir d'inspiration et de ressources pour les participantes.La session débutait le 13 septembre mais ce projet-pilote sera présenté en français à l'hiver si la demande se fait sentir.Le Café des lunchs du mardi offrira deux séries de mini-conférences sur les thèmes : vieillissement, santé, violence, femme et développement, le tout sous l'angle de l'intérêt des femmes.Tous les mardis midi à 12 h 15.Avec la Riposte des femmes, le Y offre des consultations individuelles et des groupes de discussion pour les femmes victimes de viol, de harcèlement sexuel, d'inceste ou de toute autre forme de violence.Aussi, un service de formation pour celles qui veulent intervenir auprès des femmes violentées.(À noter, l'excellent dépliant On apprend à être victime, on peut le désapprendre, à commander par téléphone : 866-9941.poste 58.) Il existe également au Y un Comité sur la pornographie Pour vous renseigner à ce su/et ainsi que sur les activités et les cours offerts par le Y.adressez-vous au YWCA 1355.boul Dorchester ouest Montréal Tel 866-9941 Francine Meyer (poste 43) est la directrice de l'Action féministe ^Jes actions plus efficaces Le Centre de formation populaire offre des sessions d'une journée ou moins sur le fonctionnement interne et les finances des groupes, et sur le développement international.Si vous côtoyez des groupes de femmes, des 3, LA VIE EN ROSE 6 octobre 1984 comités de solidarité internationale ou tout autre organisme sans but lucratif, ces sessions vous permettront d'être plus efficace dans vos actions, de former une relève compétente et de mieux comprendre la société dans laquelle on vit.Pour obtenir le programme complet et toutes les informations adressez-vous au Centre de formation populaire (CFPj.3575.boul St-Laurent.local 406 Montréal H2X 277 tel (514) 842-2548 ^Emérique latine Le Centre de documentation d'Amérique latine publiera régulièrement un Guide bibliographique qui contiendra la liste des documents les plus importants reçus sur l'Amérique latine.Le CEDAL reprend également la publication de ses bulletins d'information sur différents thèmes, dont la situation des femmes latino-américaines.Le bureau du CEDAL est maintenant situé au 3738.rue St-Denis Montréal H2W 2M4 $5olence conjugale ?Le groupe PU-Femme a conçu un projet de prévention et d'information juridique destiné aux femmes victimes de violence conjugale : ce montage-vidéo traitant de l'attitude des tribunaux face aux femmes violentées, vise à démythifier le système judiciaire et à présenter les voies de recours possibles Pour plus d'informations Projet PU-Femme.955.boul Maisonneuve.Montréal Tel 527-4331 Sortir.de la maison Toutes les femmes, en particulier les ménagères, sont invitées à s'inscrire aux activités du Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal.Le CEAF est un organisme d'éducation populaire qui offre aux femmes la possibilité de se rencontrerr-de discuter et de réaliser des projets.Les frais d'inscription varient selon les activités et une animatrice accueille les enfants de tous les âges.On peut s'inscrire le jeudi 20 septembre de 10 h à 16 h au 2314.rue Ste-Catherine est à Montréal, ou en téléphonant au 524-5656 du lundi au jeudi publications des femmes Un outil précieux : le Guide commenté des publications de femmes aux États-Unis et au Canada (Annotated Guide to Women's Penodicals in the US £ Canada) On y trouve la liste commentée de plus de 250 périodiques classés par catégories, par titres et par régions géographiques.// faut commander le guide chez Annotated Guide, c/o N.S.IW.S.Box E-94.Earlham College.Richmond.IN 47374.Abonnement 12 $ (2 numéros) pour les mdividu-e-s.20 $ pour les institutions : exemplaires 6.50 $ (10 S pour les institutions) attention! Porno Toutes les femmes qui veulent se battre contre le sexisme et la pornographie dans les médias peuvent se joindre à Évaluation-Médias/ Media Watch.CP 1687.Suce H.Montréal Québec.H3G 2N6 Tél.270-7069.r/V-on à Provi-Soir «La pornographie est la théorie, le viol est la pratique» La hausse de 18% des agressions sexuelles en 1983 et la prolifération de la pornographie ne sont pas des coïncidences.NON aux vidéos pornographiques : boycottons les dépanneurs Provi-Soir (Pro-viol?).Solidarité Rose entreprend un travail de sensibilisation et de protestation contre la vente de vidéos pornographiques dans les dépanneurs Provi-Soir.Vous pouvez contacter Solidarité Rose au 392-3008 :tion féministe Le 13 octobre.Y Alliance pour Taction non violente vous propose une action «créativement diversifiée», c'est-à-dire non organisée centralement : un thème commun, pour faire les liens entre pornographie, viol et guerre ; une méthode d'action directe ; une préparation à la non-violence, etc.Pour en savoir plus Collective féministe, a/s Alliance pour Taction non violente.CP 381.Suce E Montréal.H2T 3A7.Tel 495-4088 ou 274-4786 -Àrecherchées.témoins de la conscription 1917-18 Votre grand-mère a-t-elle été témoin des événements qui ont entouré la conscription lors de la Première Guerre mondiale : mouvements de résistance à l'enrôlement obligatoire, de l'été 1917 à l'armistice du 11 novembre 1918 ; organisation des conscrits réfugiés dans les bois et aidés par les villageois ; tribunaux d'exception ; vendeurs de conscrits ; et surtout, les émeutes de Québec, alors que l'armée tira sur les manifestant-e-s 7 Ces témoignages serviront à l'équipe de la Turlute des années dures, qui est à faire un film sur la conscription.Écrire ou téléphoner à Pierre Anderson 275.Latourelle.app 2.Québec.GIR ICI.(Tel 418-529-8227.frais virés) ou 575.Boul Laurentien app 308.Ville Saint-Laurent H4M 2M1 (514-747-3810) .—fcr-hanteuse féministe Sommes à la recherche d'une chanteuse désirant interpréter des oeuvres inédites d'inspiration féministe.Recherchons également une musicienne pour créer la musique sur des textes de chanson.Communiquez avec Francine Bélanger, au 524-8217 .3a mpositeures Les femmes ont-elles un discours musical qui leur est propre 7 Auteures-compositeures de chansons canadiennes-françaises, je désire connaître vos oeuvres afin d'établir l'existence (ou non) d'un discours et d'une musique spécifiques aux femmes (Thèse de PhD.en musicologie).Communiquez avec Cécile Matte Tel (514) 659-500S.octobre 1984 7 LA VIE EN ROSE -Actualité Féministe Action positive: le déraillement du CN Le 22 août dernier, un tribunal de la Commission canadienne des droits de la personne jugeait le Canadien National coupable de discrimination systémique à l'égard des femmes.En cinq ans de lutte juridique, le CN avait investi 500 000 $ pour répondre à la poursuite intentée par le groupe féministe Action travail des femmes (ATFj qui, lui, y avait consacré 6 300 $ (!) et des milliers d'heures de travail bénévole.Depuis 1978, en fait, ATF essayait d'ouvrir une brèche dans la cotte de mailles du CN.et en avait entendu de toutes les couleurs.Après avoir épuisé tous les arguments sur l'inaptitude physique et mentale des femmes à travailler au CN, l'employeur avait même eu cette perle : «Les femmes et les chemins de fer sont, traditionnellement voire même culturelle-ment, incompatibles».«Pour éviter le divorce, empêchons le mariage 1 », s'étaient donc dit les virils tra- vailleurs, contremaîtres et directeurs du rude CN et ils avaient tout fait pour préserver la pureté de la culture ferroviaire : harcèlement sexuel et harcèlement tout court, embauche par le «bouche à oreille», épreuves de force physique (soulever d'une main une mâchoire de freins de 300 lbs par exemple), d'aptitude mécanique ou autre (pas forcément exigées des hommes ou pas nécessaires pour exécuter la tâche), en plus de l'accueil décourageant au bureau de main-d'oeuvre du CN.LA VIE EN ROSE octobre Ensemble, ces tactiques, que les Américaines appellent «chilling effect» (douche froide), constituent une discrimination systémique Au CN.cette résistance mâle a été particulièrement efficace: en 1984.les femmes y occupent moins de 1% des 50 000 postes de cols bleus, alors que la moyenne nationale de femmes cols bleus est de 13%.Or, le CN, société de la Couronne et deuxième employeur du pays, a un effet d'entraînement sur tout le patronat national.C'est pourquoi la décision du 22 août, qui fonde la légitimité de l'action positive en quelque sorte, est historique.Mais rappelons les étapes préliminaires de la lutte CN/ATF.Les montagnes russes Entre 1978 et 1981, le CN offre environ 1 000 postes dans la région de Montréal.À l'été 1978, plusieurs des candidates référées par ATF sont refusées parce qu'elles ne réussissent pas le test Bennett d'aptitude mécanique À l'automne, le CN annonce que les futures postulantes devront connaître la soudure (or, les dossiers des employés engagés entre 1978 et 1980 révèlent que plus de la moitié n'ont aucune expérience en soudure) En juin 1979, ATF dépose devant la Commission canadienne des droits de la personne une plainte contre le CN pour discrimination systémique, en vertu de l'article 10 de la Charte canadienne des droits et libertés Sept femmes déposent au même moment des plaintes individuelles contre le CN.Cette année-là, ATF mène une campagne de pression pour que la Commission mette sur pied un tribunal habilité à imposer un programme obligatoire daction positive au CN.En juillet 1980, la Commission juge que la plainte de discrimination systémique est fondée et tente une conciliation.Le CN règle immédiatement les plaintes individuelles, embauche les sept femmes et leur paie un total de 7 1 600 $ en arrérages En février et mars 1981, la Commission est de nouveau submergée de lettres et de télégrammes exigeant la mise sur pied d'un tribunal.Le CN embauche 23 femmes «vérificateurs» et «nettoyeurs de wagons» mais ATF apprend de source sûre que le CN changera bientôt l'organigramme et que ces mêmes postes ne conduiront plus à des promotions On crée délibérément un cul-de-sac, un beau ghetto féminin tout neuf ! Pour vérifier cette hypothèse.ATF envoie plusieurs femmes intéressées à des postes «d'apprentis».Le CN refuse leurs candidatures à ce poste susceptible d'avancement.Elles portent plainte à la Commission.Le CN les embauche pour les mêmes postes peu après ! ! ! Devant la transparence de ces manoeuvres, la Commission met sur pied, à l'automne 1981.le tribunal qui entendra la première cause canadienne de discrimination systémique.Deux semaines avant la première audition, prévue pour le 7 décembre 1981.le Chemin de fer CN et la Commission canadienne des droits de la personne déposent une requête conjointe pour reporter les auditions à une date ultérieure et indéfinie Ils se disent prêts à négocier ensemble un programme spécial d'intégration des femmes, en ne faisant aucune mention de ATF.ATF s'objecte vigoureusement À ce stade-ci.les femmes du groupe frôlent la crise d'apoplexie ! Le Tribunal leur donne raison et la cause est entendue en sept semaines réparties sur une période d'un an et demi, entire décembre 1981 et mai 1983.Le 22 août 1984.un an et demi après la fin des auditions('), le Tribunal publie son jugement.Des cols plus bleus Quels seront, au juste, les effets de cette décision 7 À compter d'août 1985.le CN devra se soumettre aux ordonnances du Tribunal et - oh ! coupe amère 1 - il devra faire rapport de résultats concrets à ATF.chaque trimestre, jusqu'à ce qu'il rejoigne la moyenne nationale actuelle de 13% de femmes «cols bleus» à des postes dits non traditionnels.Pour ce faire, le CN devra, sur une base trimestrielle, embaucher au moins une femme sur quatre personnes.Mais cette dernière mesure n'entrera en vigueur que lorsque les employés du CN temporairement mis à pied auront été «rappelés» par le CN.Voilà un hic de taille.Selon monsieur Bernard Lègaré.l'un des coordonnateurs des relations publiques du CN, à la fin de 1982 et au cours de 1983, le CN aurait mis à pied environ dix mille employés.«Entre la moitié et le tiers d'entre eux sont susceptibles d'être réengagés pour certains travaux».Évidemment, nul ne peut obliger un employeur à embaucher quelqu'un.Enfin, vous voyez le problème 7 Entre le 22 et le 27 août, la haute direction du CN a fait probablement beaucoup d'heures supplémentaires (bénévolement 7).mais il était impossible de connaître sa réaction à la décision du Tribunal.Des téléphonistes jusqu'aux cadres, tous et toutes respectaient la consigne : bouche cousue.Les «grosses» responsabilités des gros Le 27 août.Maurice LeClair.président-directeur général du CN.faisait une déclaration Parlant «du problème sérieux de l'égalité des femmes», de «ses causes profondément enracinées» dont «une attitude universelle touchant les femmes et le travail», il a fait appel «à la patience, au compromis, et à la compréhension» (c'est écrit, je le jure).À la page 5, il arrivait enfin à l'essentiel : «Le CN agirait de façon irresponsable, à titre d'un des employeurs les plus importants au Canada, s'il acceptait un jugement d'une portée aussi grande sans que ne soient portées à l'appréciation des cours de droit commun les questions de la juridiction du Tribunal et des conséquences macro-économiques de son jugement sur la société canadienne » Bref, le CN demande à la Cour d'appel fédérale de réviser cette décision.Car les chefs de file du CN ne plient pas docilement l'êchine.Compte tenu des enjeux politiques et économiques de cette cause, ils ont effectivement de grosses responsabilités.envers les autres patrons du pays ! (Les lignes téléphoniques des clubs de golf du pays ont-elles été complètement mobilisées la fin de semaine du 25 août 7) Mais détrompez-vous, nous ne sommes pas vraiment au 19' siècle.L'employeur veut notre bien.Monsieur LeClair, homme de parole et de principes (plus que d'action 1).annonçait aussi que le CN ira plus loin que ce qu'ordonne le Tribunal.Il a justement dans ses tiroirs «un des programmes les plus novateurs et progressifs [sic] d'action positive qui, dans plusieurs cas.dépasse les objectifs fixés par le Tribunal».«Dans les mois qui viennent, expliquait-il.le CN créera un poste supérieur permanent auquel seront attachées les responsabilités suivantes : limiter les tests d'aptitude mécanique [sic] aux postes exigeant octobre 1984 9 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe ces aptitudes ; cesser d'imposer aux candidates les tests physiques déjà épargnés aux hommes ; n'exiger l'expérience de soudeur que des candidats [sic] à des postes d'apprentis ; informer le public canadien du fait que le CN est un employeur non discriminatoire à l'embauche ; s'assurer que le personnel de l'embauche ne tienne pas compte du sexe dans l'accueil et l'interview des postulants et qu'une fois embauchés, les employés ne puissent être démis de leurs fonctions par un contremaître à cause de leur sexe.» Nous ne pouvons pas souhaiter que la personne responsable touchera un gros salaire 1 Un poste n'est pas un programme.Qu'on offre, l'air magnanime, «d'étendre ces mesures à tout le réseau trans-cana-dien» n'est que normal.Ce qui «inquiète» le CN, c'est la quote-part de 13% de femmes cols bleus et la façon dont il doit rendre compte de résultats concrets, noms et chiffres à l'appui.Mais, poursuivait monsieur LeClair.«notre inquiétude la plus importante se rattache au fait que la décision du tribunal crée un précédent, de par sa nature».La prochaine ronde du match La décision du CN d'aller en appel ne surprend nullement les représentantes d'Action travail des femmes.Qu'il publie un telle déclaration, peut-être.À moins que ce ne soit le déraillement du CN.selon le mot de Carole Wallace d'ATF ! À la veille des élections fédérales, ATF demandait au gouvernement de mettre un fonds public à la disposition des groupes démunis financièrement puisque, sans ce fonds, aucun groupe ne pourra utiliser le précieux précédent juridique si durement gagné.ATF demandait même au premier ministre Turner de se prévaloir du pouvoir que lui confère l'article 19 de la Loi sur les droits de la personne et d'ordonner au CN de se soumettre aux ordonnances du tribunal.Pour les femmes d'ATF, la requête en appel du CN «repose sur des motifs d'ordre politique et non juridique.11 est scandaleux qu'une société de la Couronne se serve de l'argent des contribuables pour repousser le jour où d'autres grandes entreprises devront faire face aux conséquences de leurs politiques discriminatoires.L'action positive, on la veut maintenant Pas dans quatre ans» À suivre.Lise Moisan -18 pour la paix (Actualité féministe) dadis évalué à 16 millions $, un seul des F-18, ces super avions militaires, vaut maintenant autour de 35 millions S à cause de « l'évolution des coûts », expression à retenir ! Or le Canada, si pacifique, possède près de 140 F-18.Les défenseurs de bon ton de l'industrie militaire locale, ministère de la Défense compris, jouent inlassablement la carte de l'emploi : «Les usines d'armement créent des emplois.Leur prospérité est une garantie contre le chômage.» Ils ne venaient donc aucun inconvénient, pourrions-nous croire, à ce que la Défense nationale, qui dispose après tout d'un budget annuel de 9,2 milliards $.verse le prix d'un seul F-18 dans un fonds spécial de création d'emplois.pour la paix.Voilà ce qu'exige une très large coalition des forces québécoises antimilitaristes dont la Caravane pour la paix, la Coalition pour la paix, la CSN, la CEQ (la FTQ garde étrangement silence.) et plusieurs groupes «non regroupés».Le coup d'envoi de l'opération FI8 sera donné Je 20 octobre.Journée internationale pour le désarmement.Ce jour-là.40 000 personnes devraient manifester à Montréal en reliant par une chaîne humaine trois points stratégiques : le Consulat général des États-Unis, le Consulat général de l'URSS et un édifice du gouvernement canadien.L'opération se poursuivra toute l'année, comme l'expliquent Gérald Larose (CSN) et Yvon Charbonneau (CEQ) dans la récente réédition de Les usines d'armements au Québec ou des emplois pour la paix ?: il faut «préparer soigneusement (.) le grand référendum d'octobre 1985.alors que des dizaines de milliers de Québécois-es iront voter (manifester) avec leurs pieds » Le Québec en guerre ?Il faudra pour cela mener une vigoureuse campagne de contre-information auprès des médias et du public De plus en plus on «accepte»Jsans avoir été con-sultè-e-s) que plus de la moitié des usines d'armement de tout le Canada se trouvent au Québec.En effet, dans la seule région de Montréal, des milliers d'emplois dépendent, partiellement ou en totalité, de la production militaire.Les contrats d'exportation représentent 40% de la production et rapportent environ 770 millions de dollars.Nous vendons 60% de notre production militaire aux États-Unis mais en échange, le Canada doit acheter des produits militaires américains.De plus, les deux pays connaissent actuellement un véritable boom économique dans le matériel militaire : les ventes canadiennes aux États-Unis sont passées de 267 millions en 1978 à environ 1 milliard en 1982, et le Canada a acheté autant chez son voisin.Les pièces détachées fabriquées ici sont assemblées aux États-Unis et vendues un peu partout dans le monde Serions-nous en guerre 1 Enfin, les marchands de canons n'admettent jamais qu'en termes de création d'emplois, l'industrie d'armement est de loin l'investissement le moins rentable de nos taxes.Selon le Bureau of Labour Statistics des États-Unis, en 1980 1 milliard de dollars investi dans l'éducation, créait 187 000 emplois ; 139 000 dans la santé; 100 000 dans la construction et finalement 86 000 emplois dans les services publics, contre seulement 76 000 emplois dans le secteur militaire.Ces chiffres éclairent bien autrement la question de l'emploi et prouvent la logique des «emplois pour la paix».Si le ministre (flambant neuf) de la Défense nationale «coopère», le fonds sera consacré à deux priorités : financer des études sur la reconversion des usines québécoises d'armement et des projets concrets de coopération avec «nos voisins, en particulier les pays du Tiers-Monde».À partir de cela, un comité national chargé de négocier et de gérer le fonds, entériné par les groupes membres de cette coalition, s'appuiera sur l'expertise d'un comité d'analyse économique pour vérifier les projets L'imagination, l'envergure audacieuse et le sérieux de ce projet sont une mixture qui devrait motiver les jeunes et redonner envie de se battre à bien des progressistes «qui en ont vu d'autres».Nous serons de la manif et de l'opération.Lise Moisan LA VIE EN ROSE 10 octobre 1984 Quand «l'actualité» se mêle des garderies C'est avec colère et indignation que le Regroupement des garderies sans but lucratif du Québec (RGQ) a pris connaissance de l'article «Les Garderies, jardins ou jungles'» paru dans Y Actualité de septembre 84 Madame Dominique Demers publie sans la moindre nuance des données et exemples issus des garderies à but lucratif et relègue du même coup l'ensemble des 400 garderies sans but lucratif (SBL) au rang de poubelles où les enfants seraient exploités, méconnus et maltraités.Autant dire que nous travaillons depuis 15 ans non pas comme éducatrices mais comme tortionnaires.Le RGQ a toujours dénoncé les garderies à but lucratif parce qu'elles font de l'argent sur le dos des enfants.Nous avons reçu depuis des années de nombreuses plaintes émanant de parents fréquentant ce type de garderies.Cependant, l'article de madame De-mers met dans le même sac l'ensemble des services de garde Et la nuance, le discernement se perdent dans les brumes astrales de Y Actualité, brumes patriarcales ne l'oublions pas.Georges-Hébert Germain a fait des petits.Les garderies sans but lucratif n'ont plus à faire leurs preuves quant à leur raison d'être, que ce soit pour les enfants ou les parents.À la lecture de cet article, on pourrait croire que le seul lieu viable pour l'enfant, c'est la maison, avec comme seuls responsables papa et maman.Surtout maman.Pourtant si des garderies sans but lucratif sont mises sur pied depuis dix ans c'est aussi pour les enfants, c'est aussi pour favoriser leur développement intégral.Le contrôle des parents sur la garderie ne se limite pas au travail «de bras», mais se manifeste également par leur implication au niveau de la gestion et de la pédagogie et ce, conjointement avec les éducatrices, dont la valeur professionnelle ne peut être mise en doute.Madame Demers, jouant avec la sacro-sainte culpabilité, oppose les besoins des enfants à ceux de leurs parents, plus précisément à ceux de leurs mères.C'est faire fi des revendications du RGQ et de nombreux autres organismes par rapport à l'octroi de subventions qui assurent des services de qualité.Les femmes accèdent de plus en plus nombreuses au marché du travail.Leur rôle à l'intérieur de la famille change.Elles ne sont plus les seules responsables des enfants.Cette nouvelle réalité n'a rien pour nuire aux besoins des enfants et a leur bien-être.Au contraire, par les garderies, les enfants ont accès à un environnement privilégié conçu d'abord et avant tout pour eux.Un réseau de garderies de qualité est indispensable pour répondre aux demandes croissantes des femmes.Quant aux difficultés financières des garderies SBL, elles sont dues à un manque évident de volonté politique du gouvernement.Grâce aux parents et aux travailleuses en garderies, ces dernières tiennent le coup contre vents et marées.Les enfants y sont heureux, les garderies peuvent en témoigner en tout temps, leurs portes sont ouvertes.Madame Demers, que nous venons de joindre au téléphone, trouve son article satisfaisant.Elle nous a également déclaré qu'elle voulait faire un article «choc» sur le sujet.Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle a réussi à nous «choquer».Nous pensons que madame Demers a raté sa cible, à savoir les propriétaires de garderies à but lucratif, de même que le gouvernement qui leur octroie des permis, cautionnant l'existence de ces parking d'enfants que nos voisins américains appellent les «Kentucky Fried Children».Isabelle Gusse.permanente du regroupement des garderies du québec octobre 1984 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe L'apostasie par milliers Le 6 septembre, à la veille de l'arrivée de Jean-Paul II, le Collectif pour la liberté des femmes annonçait que 1 265 femmes du Québec et du Nouveau-Brunswick avaient signé la pétition «Les femmes ne sont pas nées pour se soumettre» et que 1 140 d'entre elles rendaient public leur retrait de l'Église.Toutes refusent de cautionner les préceptes moraux qu'édicté le pape.Cette action, même réalisée en deux mois d'été et comme toujours sans le sou, a bien atteint ses buts : montrer l'antagonisme fondamental entre la liberté des femmes et le catholicisme et, surtout, dire haut et fort que les Québécoises sont loin d'être des brebis, n'en déplaise au Pasteur en chef ! Rappelons le texte de la pétition : «Depuis deux mille ans, l'Église catholique romaine contribue à perpétuer l'oppression des femmes de tous les pays, en niant notre droit à la sexualité, au plaisir, à l'autonomie et en nous condamnant à mettre au monde des enfants non désirés.Combien d'entre nous obéissent encore à ces lois faites par des hommes pour des hommes 9 Au Québec, en 1984.comme les années précédentes : des milliers de femmes utilisent des contraceptifs efficaces et condamnés par la religion catholique ; 25 000 femmes choisissent d'avorter (Chiffres en main, 1983) ; 25 000 femmes choisissent de se faire stériliser (Chiffres en main.1983).Les adolescents et les adolescentes ont leur première relation sexuelle vers 16 ans (Le Soleil, novembre 1980) Des milliers de femmes sont lesbiennes.Près de 40% des femmes mariées choisissent de divorcer (Égalité ou indépendance.CSF.1978) Près de la moitié des femmes québécoises se retrouvent sur le marché du travail.Pour des milliers d'autres, ménagères sans revenus propres, mères chefs de famille sur le bien-être, leur travail «sacrifié et obscur» les condamne tout simplement à la dépendance et/ou à la pauvreté.• Les femmes ne sont pas nées pour se soumettre Nous annonçons que, depuis des années, nous avons choisi dans notre quotidien de vivre en dehors de ces lois antifemmes et de lutter contre elles, individuellement et collectivement Nous sommes en effet convaincues que le progrès de l'humanité tout entière est lié à la liberté des femmes de décider elles-mêmes de leur vie, de leurs corps et de leur sexualité.» Lise Moisan 18 au 28 OCTOBRE 1984 Renseignements: 843-4725 LA VIE EN ROSE octobre 1984 Devenez journaliste Vous voulez nous envoyer des articles 7 Certainement ! Nous l'avons déjà dit et nous aurions dû le répéter plus souvent : vos textes sont les bienvenus.Plus, nous en avons besoin ! Non pas pour remplir des pages que certaines d'entre vous (et d'entre nous) trouvent déjà trop chargées de mots, mais bien pour diversifier le contenu, l'approche, les préoccupations exprimées et les styles d'écriture.même les signatures 1 Et pour élargir la base d'une rédaction qui connaît - sans les vivre encore, rassurez-vous - les risques de l'essouflement «mensuel».Alors choisissez : publievez-vous votre première géniale fiction dans La Vie en rose ?Oserez-vous un journal intime et politique (l'une des chroniques qui nous démarquent le plus de la masse journalistique) ?Dans les deux cas, le format idéal est : 6 feuillets dactylographiés à double interligne (25 lignes X 60 frappes).Ou alors résumerez-vous en flashes vos critiques de livres, films, pièces, tèlèromans (11/2 feuillets maximum) et en commentaire votre indignation ou satisfaction devant un événement politique ou autre (3 feuillets) 7 Mais n'oubliez pas que La Vie en rose se veut un magazine d'actualité : en plus des communiqués, nous recherchons particulièrement de bons reportages (sur vos conditions de travail, votre vie quotidienne, des événements culturels, une initiative des femmes de votre région, etc.), des entrevues avec des femmes remarquables, des analyses ou commentaires politiques.des comptes rendus critiques de livres ou de recherches, etc.(format idéal : de 6 à 9 feuillets) Bref, écrivez sur ce qui vous intéresse : des enfants au sport, des élections municipales à vos relations amoureuses ou amicales.Dans tous les cas, soyez la plus concise possible et tenez compte des dates de tombée : deux mois, en gros, avant la sortie en kiosque (donc le 8 octobre pour le numéro de décembre-janvier, le 10 décembre pour le numéro de février - à cause des Fêtes - le 7 janvier pour le numéro de mars, le 4 février pour le numéro d'avril, etc.).Et saviez-vous que nous rétribuons depuis deux ans toutes nos collaboratrices (parfois en retard, mais.) ?Ces tarifs encore symboliques seront augmentés dans quelques mois ; pour l'instant, ils sont de 7.50 $ le feuillet pour un flash, de 10 $ pour une fiction et de 15 $ pour un reportage ayant exigé recherche, entrevues et plus de rédaction.C'est pas la fortune, mais ça peut dépanner.Et puis n'écrivez-vous pas dans La Vie en rose d'abord par conviction et par plaisir ?Alors ne harnachez plus votre envie et votre talent de journaliste : envoyez (des photocopies de) vos textes directement à La Vie en rose.3963, rue St-Denis, Montréal, H2W 2M4, au nom de Francine Pelletier ou de Françoise Guenette (à la rigueur, proposez-nous les sujets à l'avance par téléphone).Nous vous répondrons le plus tôt possible (compte tenu du débordement habituel.).Nous nous réservons, bien sûr, le droit d'accepter ou de refuser vos textes, comme de vous demander des réaménagements, précisions ou corrections.La «rigueur» que vous appréciez en dépend.Et si vous avez d'autres suggestions plus farfelues, folles ou critiques, allez-y.Avec la mensualité, le rythme et l'élan de La Vie en rose s'accélèrent ; c'est le temps ou jamais «d'embarquer».Françoise Guenette 11.95S Editions Libre Expression 14.95S 11,95$ JEAN-YVES SOUCY r o m *_ _ N yùca) Un livre épatant! Pour comprendre et résoudre les phobies, les manies, le stress et toutes les tracasseries du quotidien.BIEN DANS SA TÈTE de Henri Martin-Laval, chroniqueur de II fait touiours beau quelque part Un roman pétillant! ÉRICA 7 Elle est adorable, attachante, exigeante, capricieuse ÊRICA de Jean-Yves Soucy.auteur du DIEU CHASSEUR et de PARC LAFONTAINE.,3e dernier recours Un récit surprenant! Une épidémie décime les femmes Les hommes devront-ils enfanter?LE DERNIER RECOURS de Christine L'Heureux auteure de L'ORGASME AU FÉMININ octobre 1984 13 LA VIE EN ROSE Commentaire Le Rapport Nature sexuelle OU pouvoir lesbien?par Dominique Robert Voici la deuxième fois que je lis Le Rapport Bertrand sur le vécu de 1000 femmes lesbiennes' et j'oscille toujours entre deux avis : une approbation mitigée à l'égard de certaines idées et le rejet systématique de certaines autres.Ce qui revient à dire que je trouve l'ensemble de l'ouvrage plutôt décevant.L'analyse de Mme Bertrand repose sur la formule «questionnaire-réponses à choix multiples-interprétation des réponses et des statistiques».Et si les réponses nous parviennent d'un échantillonnage respectable de 1 000 femmes lesbiennes, on constate très facilement que les questions et les interprétations nous arrivent d'une seule personne.Car derrière chaque question, chaque commentaire de l'auteure, on sent poindre le projet bientôt envahissant de la psychologue, qui tente d'établir une fois pour toutes, envers et contre tout, sa théorie d'une «pulsion naturelle» en matière d'orientation sexuelle (voire d'une «pulsion de l'âme»), que l'on ne choisit pas, qui n'a rien à voir ou à peu près avec les déterminismes sociaux ou politiques, avec laquelle enfin on doit toutes et tous apprendre à vivre, lesbiennes ou non Cette théorie a un fond d'humanisme populaire et pose une volonté de tolérance auxquelles je ne suis pas insensible.Mais ce type de discours à tôt fait de révéler un moralisme plus étroit.Mme Bertrand semble parfois avoir plus de comptes à régler que de «vérité» a établir.D'une part avec les ultra-réactionnaires du type Frank Caprio ou Alexander Lowen, qui n'ont trouvé à dire sur le lesbianisme que des énormités de première classe, et d'autre 1/ Le Rapport Bertrand sur le vécu de 1 000 femmes lesbiennes.Luce Bertrand, Ed.Primeur/ Opinions.Montréal.1984.396 p., 19.95$.Luce Bertrand part avec les féministes radicales dites lesbiennes séparatistes qu'elle s'empresse d'enfermer injustement dans une attitude d'homosexuelles impérialistes.Son discours se situe confortablement à mi-chemin des deux, là où il rassure le plus aisément la majorité.À bien y penser toutefois, il se trouve un peu plus à droite, son objectif n'étant pas de discréditer complètement la thèse soutenue par les ultra-réactionnaires à propos d'une «Nature» sexuelle, mais bien d'élargir le concept juste assez pour faire une place au lesbianisme et à l'homosexualité en général.L* emploi restrictif du discours f féministe dans le Rapport m'apparaît aussi comme de l'opportunisme un peu manipulateur.Ce n'est pas rendre ¦ service aux femmes et encore moins aux lesbiennes, que de les mettre en garde inconditionnellement contre le radicalisme féministe J'aimerais citer à titre de comparaison l'excellente analyse que fait Adrienne Rich du lesbianisme dans son texte La contrainte à I hétérosexualité et l'existence lesbienne2 L'auteure y remet en cause non pas le lesbianisme mais bien l'hétérosexualité comme telle, en tant que source de répression véritable et quasi-obligatoire pour la majorité des femmes.Elle ne tente pas de réhabiliter l'homosexualité aux yeux de l'hétérocratie mais bien de rendre justice à tout le potentiel révolutionnaire ou libérateur contenu dans l'existence lesbienne et même dans ce qu'elle appelle le «conti-nuum lesbien».Ce dernier concept fait éclater la définition purement clinique des orientations sexuelles pour l'étendre au réseau de soutien invisible, parce que méprisé, qui existe entre toutes les femmes, homosexuelles ou non.On a affaire à un tout autre ordre d'idées où se joue, dirais-je, une véritable démystification identifiée aux femmes et où l'on ne tente pas de ménager le chou, la chèvre et toute la ménagerie bourgeoise.Par rapport à cela, le Rapport Bertrand ressemble vite à une promotion personnelle à saveur additionnelle de croisade homo-philanthropique.Mais comment combler le vide entre une psychologie populaire accessible et un discours d'élite à peu près introuvable 7 Le Rapport Bertrand a surtout le mérite d'informer plus immédiatement, si ce n'est d'une façon tout à fait judicieuse, lesbiennes ou proches de lesbiennes qui continuent de souffrir abusivement de leur homosexualité.Et ce.malgré bien des lacunes trop évidentes au niveau de l'analyse.FIN 2/ La contrainte à l hétérosexualité et lexistence lesbienne Adrienne Rich.Nouvelles Questions Féministes.No I.mars 1981.Cité dans LVR, juin 1982.dossier Lamour.toujours l'amour octobre 1984 15 LA VIE EN ROSE Chaque mois, le cinéma qui se fait dans Cinema Canada 2,50$ l'exemplaire.Par abonnement: 22$ pour une année (soit 12 numéros) Boîte postale 398, Succursale Outremont, Montréal (Québec) H2V4N3 Téléphone (514) 272-5354 LA VIE EN ROSE 16 octobre 1984 Chronique Délinquante Y a-t-il une chronique délinquante dans la salle?Oui Un jour d'août, je me promenais sur la rue Rachel II faisait une chaleur lourde, du genre de celle qui sévissait presque à temps plein durant le dernier été.Je croquais officiellement, à pleines dents (comprendre que je ne me cachais pas) un superbe gâteau qui devait faire dans les 500 calories solides, confirmées une à une par n'importe quel livre primaire de diététique (pâte à chou/crème Chantilly/ cossetarde, fraises fraîches et kiwis coincés entre les deux).En moins de cinq minutes, je me suis fait dire par deux commerçants que «c'était beaucoup de calories» En public En premier lieu dans un magasin naturiste - d'accord, j'avoue que c'est de la provocation claire - où j'achète toujours mes bâtons d'encens Spiritual Sky pour exterminer sans merci l'odeur des chats dans mon appartement.Et.en deuxième lieu, dans une quincaillerie Rona où j'allais juste comme ça, pour rien, pour renifler parce que j'adore ça.Pourtant, ce gâteau ne m'est absolument pas tombé dans l'estomac comme une tonne de briques ou de ciment, alors ce n'était vraiment pas l'affaire de la quincaillière.Mais j'avais certainement l'air de trop aimer ça (cou-donc, je n'étais pas en train de me sacrifier !).Et il faut dire que mes «passions» paraissent sans que je le veuille dans quelques rondeurs suspectes.Moi je me trouve très en santé de manger un gâteau avec un plaisir si évident que tout le monde en crève d'envie.Je suis certaine que mon corps pense la même chose que moi et qu'il ne me fera pas de troubles.La seule difficulté que j'ai, c'est avec mon subconscient à qui j'ai dit un jour d'enregistrer que j'aimais les par Hélène Pedneault livres.Et je viens de me rendre compte que les deux mots sont pareils pour parler d'un bouquin ou d'un poids.À l'époque je n'ai pas songé à lui faire la différence et.en toute bonne foi.il a enregistré une passion pour les livres qui n'a aucune place décente dans ma bibliothèque.Je suis en train de suivre des cours d'informatique pour pouvoir le déprogrammer et le reprogrammer comme du monde.Tout est sous contrôle.Justement, le contrôle Ça me fait penser que j'ai perdu de vue mon sujet.Nous étions sur la rue Rachel, fin août.Je venais d'être humiliée publiquement pour un tout petit gâteau de rien du tout.Heureusement que j'étais de très bonne humeur cet après-midi-là.J'adore aller à la poste mailer des lettres et je venais d'y aller En plus mes affaires vont bien.Malheureusement, je déteste être contrôlée ou avertie ou prévenue ou «conseillée d'amie» pour mon bien.C'est la chose que je déteste le plus au monde.Si je veux un conseil, je le demande.En dehors de ça.bâdrez-moi pas.C'est la raison pour laquelle je n'endure pas de patron ou de patronne.C'est un mot disgracieux qui me rappelle la couture et les modèles qu'il faut suivre sinon on n'est pas à la mode et on risque de se retrouver avec une chemise de nuit quand on avait l'intention de se coudre une paire de pantalons.Les banques me tont payer 1 $ si |e demande à voir un chèque que j'ai fait, elles me font payer 8 $ si j'ai le malheur de faire mon dépôt une heure trop tard, elles me gèlent les fonds si je dépose un chèque de ma meilleure amie qui a l'air suspect parce que trop personnel.C'est le terrorisme et le contrôle quotidien.C'est rendu que les quêteux de 25 cents de la rue St-Denis m'engueulent quand je refuse de les subventionner et que ma voisine d'en bas contrôle mes allées et venues et avec qui et à quelle heure.En plus tous les sondages Gallup et Crop et compagnie essaient de contrôler mon vote en me disant que Brian Mulroney sera le prochain premier ministre, et que si j'ai l'intention de gagner mes élections pour avoir l'air de savoir choisir j'ai intérêt à mettre ma croix où ils pensent.Et en plus ils prétendent me contrôler par l'objectivité.Ils sont «objectifs .'» La belle affaire.Les journalistes contrôlent mon opinion publique, l'Office de la langue française contrôle ma langue, les gens de l'impôt contrôlent mon revenu (je ne peux malheureusement pas le mettre au pluriel), l'argent des autres contrôle mes goûts et mon inconscient contrôle ma vie.Alors, je n'ai qu'une solution : je demande officiellement carte blanche.Le jour où j'aurai assez d'argent à mettre dedans, je m'achèterai un bas de laine et j'enverrai chier les banques et leurs intérêts, qui ne sont pas ceux qu'ils prétendent nous donner pour notre argent qui profite (ou dont on profite).Mais comme le contrôle est quelque chose d'excessivement épuisant pour qui le pratique, parce qu'il faut veiller et avoir des yeux partout, je compte sur leur épuisement pour m'en sortir intacte.Anna Prucnal danse sur sa dissidence et moi.je ne sais pas danser, mais j'ai une passion terrible pour la dissidence, soutenue par un Mars en Scorpion.Allez demander à ma pauvre mère si je suis contrôlable.FIN octobre 1984 17 LA VIE EN ROSE Elections présidentielles Pourquoi Abzug, Morgan, Brownmiller et Lerman disent-elles Oui à Géraldine Ferraro ?par Francine Pelletier Que Ronald Reagan soit ou non réélu président des Etats-Unis d'Amérique le 6 novembre prochain, le précédent aura été créé : pour la première fois, une femme, Géraldine Ferraro, se rapproche du type de pouvoir politique le plus spectaculaire.Pourquoi des sopranos du féminisme américain comme Bella Abzug et Robin Morgan misent-elles sur elle plutôt que sur Sonia Johnson du Citizen's Party, candidate à la présidence face à Fritz Mondale et à Ronnie ?Et que pensent de ces élections les femmes noires, parmi les premières victimes depuis quatre ans des « reaganomics » ?Heureusement, tandis que passent les Reagan et autres nuisibles cow-boys de la droite à la mâchoire plus ou moins mulroneyenne, les écrits, les idées, l'amour demeurent.Une autre grande Américaine, Kate Millett, discute ici, &&& longuement, de ses livres, des hommes, du mouvement, de l'Amérique — cette nation livrée au lavage de cerveau — et d'amour.Et s'il y avait plus de pouvoir de changement profond dans ses propos que dans la nomination de Géraldine Ferraro ?LA VIE EN ROSE e mouvement féministe américain a-t-il une stratégie commune face aux élections présidentielles du 6 novembre prochain 1 Pourquoi favorise-t-il le Parti démocrate de Walter Mondale plutôt que Sonia Johnson et le Parti des citoyen-ne-s 7 Que pense-t-il de la nomination de Géraldine Feiraro à la candidature vice-présidentielle démocrate 7 Comment perçoit-il la Parti républicain et Ronald Reagan à l'heure actuelle 7 Ce sont, en gros, les questions que nous avons posées par téléphone à Susan Brownmiller.Bella Abzug.Robin Morgan et Lisa Lerman.quatre féministes américaines reconnues.' L'idée étant de comprendre un peu mieux les enjeux des élections américaines et.surtout, de voir comment nos «voisines du Sud» réagissent à un méga-événement dont les vagues nous reioin-dront rapidement, tant sont siamoises les réalités politiques, économiques et sociales du Canada, du Québec et des Etats-Unis.Le ticket gagnant ?Si un concept symbolise I'American Way of Life, c'est bien celui des gagnant-e-s (winners) et des perdant-e-s (losers), devenu une véritable éthique individuelle et politique ! «Ronald Reagan n'a qu'une obligation face à son parti, rappelait récemment Newsweek, et c'est de gagner».2 Qu'elles soient impliquées ou non dans la campagne électorale, les féministes américaines ressentent aussi le besoin d'être gagnantes Et cela ne peut vouloir dire qu'une chose : se débarrasser de Reagan, «le président le plus conservateur depuis 50 ans».C'est pourquoi, un mois avant le scrutin du 6 novembre, elles appuient massivement le Parti démocrate et le «ticket» Mondale-Ferraro Moins par conviction que poussées par un sens pratique et un souci d'efficacité très développés.Autre américanisme dont il faut tenir compte pour comprendre ces élections : le profond enracinement dans la vie et la politique américaines du système bipartite opposant républicains et démocrates.«Aux États-Unis, me dit Lisa Lerman, on grandit soit dans un camp, soit dans l'autre : c'est 1/ Susan Brownmiller est connue surtout pour son livre Le viol Bella Abzug, avocate, ex-membre du Congrès américain et de l'administration Carter comme conseillère sur la question des femmes, est présentement au Comité national du Parti démocrate Robin Morgan, en plus de collaborer à Ms Magazine est l'auteure de Sisterhood is Powerful.Anatomy of Freedom et.à paraître en novembre.Sisterhood is Global Lisa Lerman.avocate, anciennement du Center for Women's Policy Studies (organisme qui conseille le gouvernement fédéral sur la question des femmes), est actuellement professeure invitée au Collège de droit de l'Université de la Virginie de l'Ouest 21 Newsweek 2 septembre 1984 un choix inévitable, une question de valeurs.Encore très jeune, j'identifiais les républicains à l'argent et les démocrates au libéralisme J'ai d'ailleurs toujours voté démocrate aux élections présidentielles et je m'apprête à le refaire.» Elle n'est pas la seule : les quatre femmes interrogées voteront démocrate.D'abord parce que les démocrates ont toujours été plus identifiés aux droits des femmes -comme d'ailleurs aux droits des groupes ethniques, des travailleurs-euses.des as-sistè-e-s sociaux-ales, bref, des plus dèmu-ni-e-s que les républicains, qui traînent encore une aura d'enfants de choeur et de Country Club.Cela explique aussi pourquoi bon nombre de féministes sont également des membres très actives du Parti démocrate.À la tradition de voter démocrate, s'ajoute celle de voter, d'exercer son droit démocratique.«Je crois au vote», dit d'emblée Susan Brownmiller, et d'ailleurs «plus de femmes que d'hommes votent aux États-Unis.» selon Bella Abzug Une bonne féministe ?Il ne faut pourtant pas croire que toutes les féministes ont offert aux démocrates leurs votes sur un plateau d'argent 11 y avait au début de la campagne plusieurs opinions, tout comme il y a différents courants féministes Seule NOW (National Organization of Women) a vite appuyé Walter Mondale.probablement parce que ce groupe -représentant aujourd'hui des millions Susan Brownmiller d'Américaines - «se sentait coupable de ne pas avoir soutenu Jimmy Carter en 1980 et d'avoir ainsi contribué à sa défaite», précise Lisa Lerman.«Mais pour bien d'autres féministes plus impliquées, comme moi, dans les mouvements de base (grassroots), il s'agit maintenant, en 1984.de forcer les candidats démocrates à se mouiller sur la question des femmes.» Si la majorité des féministes appuient auiourd'hui Mondale.ce n'est pas pour ses qualités personnelles - «un personnage assez fade» (Susan Brownmiller), «certainement pas un premier de classe» (Robin Morgan) 1 1 1 - ou pour son intérêt dans la question des femmes, mais parce qu'il a touiours su s'entourer de femmes intelligentes, réellement préoccupées, elles, par la situation des femmes.C'est peut-être surtout parce qu'il a choisi Géraldine Ferraro comme compagne de route.Gerry Ferraro 7 «Une vraie bonne féministe» (Brownmiller).«une vraie leader, charismatique, articulée et respectueuse à la fois» (Lerman).«une bonne législatrice, une personne politique' qui comprend la nature du changement et sait comment le provoquer» (Abzug) : les qualificatifs abondent quand il est question de Ferraro Seule Robin Morgan atténue quelque peu : «Je pense facilement à 20 femmes, au moins, que j'aurais préféré voir nommées, des femmes plus radicales dont Bella Abzug par exemple Mais une femme plus radicale n'aurait eu aucune chance.» Pour elles, cependant, et contrairement à ce que nous avons pu croire.3 ni Ferraro ni d'ailleurs Mondale ne correspondent à «un choLX conservateur».«Quant on voit ce que Ronald Reagan représente et quand on sait que le Parti républicain ne rêve que d'accentuer le virage à droite, le mot conservateur est tout simplement déplacé pour définir les candidat-e-s démocrates», poursuit Robin Morgan Tactique de division ?Étant donné cette vision fondamentalement réaliste des choses, toujours plus soucieuse de pratique que d'idéologie, il était presque gênant de demander pourquoi le mouvement féministe américain n'appuyait pas Sonia Johnson, plus identifiée aux intérêts des femmes que Mondale et même Ferraro «Pourquoi encourager une diversion, alors que nous avons une femme vice-présidente pour la première fois dans l'histoire 7».me crie, plutôt exaspérée.Bella Abzug, qui ne croit pas.d'ailleurs, que «Sonia Johnson soit plus près des buts qui nous préoccupent» Il faut dire que Madame Abzug a été l'une des seules à prédire la nomination d'une femme à la vice-présidence démocrate, au moment où tout le monde croyait qu'il faudrait encore quatre ans.De plus, voici une femme «politique» jusqu'au bout des ongles, qui croit fermement à ce genre d'intervention «Vous devez vous rentrer dans la tête qu'il ne peut y avoir aucun changement pour les femmes si elles ne prennent pas le pouvoir», me rèpète-t-elle.Elle n'a sûrement pas besoin de le répéter à ses consoeurs ; elles en semblent toutes convaincues 1 Les femmes interviewées, unanimes à considérer Sonia Johnson comme «une femme splendide.exceptionnelle ».sont par ailleurs partagées sur la portée de son implication politique.Comme Abzug.Susan Brownmiller pense qu'il ne s'agit pas «d'un effort sérieux» mais plutôt «d'une tactique de division» Robin Morgan croit au con- 3/ Éditorial «De Wojtyla à Feiraro».LVR septembre 1984 octobre 1984 19 LA VIE EN ROSE Bella Ab.Abzug traire, que c'est un «geste important» qui trace la voie «dune alternative».Et Lisa Lerman précise : «Si les Américain-e-s s'en-lignent à ce point dans le sillon de la politique traditionnelle, c'est qu'ils et elles se sentent impuissant-e-s à s'exprimer autrement.» Or.des candidat-e-s comme Jesse Jackson et.dans une moindre mesure, Sonia Johnson facilitent l'intégration d'idées plus radicales dans le processus politique C'est pour cela qu'on les aime et même qu'on les appuie - sans pour autant voter pour eux.Car «penser qu'une femme qui parle ouvertement de viol, d'avortement.et qui accuse sans cesse le patriarcat puisse aujourd'hui partager la scène de la course à la présidence est tactiquement naïf», affirme Robin .Morgan, qui a pourtant signé une pétition "d'appui à Sonia Johnson Il faut dire, comme le fait remarquer Lisa Lerman.que la politique américaine «évite "trop souvent de parler des vraies questions», engluée comme elle l'est dans le bipartisme et dans la farouche guerre partisane qui en résulte.Cela est surtout vrai du Parti républicain qui a soigneusement évité, à sa convention nationale de Dallas, fin août, d'aborder la question des femmes même si.pour la première fois de son histoire, un nombre impressionnant de femmes prirent le micro.C'est que, face à la nomination de Géraldine Ferraro, les républicains ont du rattrapage à faire.Tout en continuant de s'opposer violemment à l'avortement et même à l'ERA (l'Equal Rights Amendment), le parti ne peut tout simplement pas se permettre d'ignorer les femmes : trop de républicaines ont déjà abandonné ses rangs alors que d'autres, dont la fille de Ronald Reagan, se disent incapables d'appuyer la nouvelle plate-forme d'ultra-droite dont vient de se doter le parti.Une victoire incertaine ?Mais y aurait-il vraiment plus d'acquis réels pour les femmes suite à une victoire démocrate ?«Naturellement !», répondent mes interlocutrices.Selon elles, cela garantirait l'ERA.l'avortement continuellement menacé par les politiques de Reagan, le salaire égal, la réforme des pensions.4 la séparation de l'Église et de l'État, une meilleure législation sur la violence sexuelle.(«La première fois que j'ai vu Géraldine Ferraro.raconte Susan Brownmiller.elle est venue me dire qu'elle avait lu mon livre sur le viol.Combien d'hommes dans sa position peuvent dire la même chose ?») Reste à savoir si les démocrates gagne- 4/ Géraldine Ferraro vient de soumettre un proiet de loi sur la question Lisa Lerman ront les élections.Seule Bella Abzug en est persuadée.Robin Morgan y croyait, quoi-qu'avec un certain ètonnement, jusqu'au jour où les rapports d'impôt de John Zacca-ro, l'époux de Madame Ferraro.firent la une des journaux.«Si la vie était juste, cette histoire n'influencerait personne.C'est un exemple flagrant de sexisme : jamais un homme à la place de Ferraro n'a été soumis à de tels interrogatoires» Susan Brownmiller aussi se dit ambivalente à l'heure actuelle et Lisa Lerman ne croit franchement pas à une victoire démocrate : «Tous les sondages, même ceux réalisés dans des États traditionnellement démocrates, indiquent l'avance parfois considérable de Reagan».L'autre candidature Qui a peur de Son par Madeleine Champagne Qui a peur de Sonia Johnson ?Certainement pas le républicain Ronald Reagan, à peu près sûr de gagner les élections présidentielles de novembre 1984 Même pas Walter Mondale et sa colistière Géraldine Ferraro, moins sûrs de gagner mais très certainement dans la course.Et pourtant ces deux partis poser avec Sonia Johnson, une féministe convaincue qui a remporté l'investiture du Parti des citoyen-ne-s - le Citizens' Party - en août à Saint-Paul au Minnesota.Nommée sans opposition par 200 déléguè-e-s venus de 26 États différents, elle aussi luttera pour la présidence des États-Unis le 6 novembre prochain.Mais qui est Sonia Johnson 7 Mère de quatre enfants, divorcée, cette femme de 48 ans est l'auteure de From Housewife to Heretic (De ménagère à hérétique), un livre qui raconte sa très pénible excommunication de l'Église mormone en 1979.pour avoir publiquement défendu l'ERA.l'Equal Rights Amendment.Rappelons que cet amendement à la constitution américaine, qui aurait reconnu l'égalité des hommes et des femmes, n'a pas reçu l'appui d'un nombre suffisant d'États et n'a donc pas été ratifié.Son sens du leadership, ses écrits et ses conférences vibrantes d'idéalisme font de Sonia Johnson une candidate intéressante, douée, sous des dehors de «femme rangée», dune nature combative et énergique, disent les dèlégué-e-s du Citizens' Party.Mais tous et toutes ne sont pas d'accord.Ainsi, en 1982, elle n'a pas obtenu la présidence de l'Organisation nationale des femmes, le NOW, malgré une lutte féroce, parce que considérée comme une fanatique par certaines dirigeantes du mouvement NOW.on le sait, a depuis accordé son appui au démocrate Walter Mondale.LA VIE EN ROSE 20 octobre 1984 Mais alors, la réélection de Reagan trau-matisera-t-elle un mouvement féministe qui lui est si opposé 7 Brownmiller croit que le mouvement est dé]à «fatigué», que ses militantes n'aspirent plus qu'à retrouver leur propre vie: «C'est qu'aux États-Unis nous sommes peu axé-e-s sur les mouvements politiques, nous n'avons que faire des idéologies Chaque fois que )e traverse la frontière, je m'en rends compte.» Robin Morgan n'est pas d'accord : «Bien sûr, on ne peut prononcer ici le mot «socialisme» sans qu'il se confonde avec «communisme», mais le féminisme est quelque chose de profondément ancré dans le quotidien.Je ne crois donc pas qu'il y ait tant de déchirements Évidemment, après l'élection de Reagan en 1980.nous avons eu nos moments de découragement.Et puis nous avons senti que les femmes retroussaient leurs manches, reprenaient leurs activités à la base, approfondissaient leur connaissance du système et des moyens de l'influencer.» 28 fois Ferraro ?Certes, avec un clivage sexuel (gender gap) de plus en plus évident entre les suffrages masculins et féminins, le mouvement des femmes américain est auiourd'hui une force politique que les politiciens ne peuvent plus ignorer, tout comme au Canada et au Québec.Mais, contrairement à nos «voisines du Sud», nous demeurons réticentes face au jeu de la politique traditionnelle Les 28 nouvelles députées canadiennes, par exemple, pourront-elles changer le moindrement la nature du pouvoir, ou seront-elles changées par lui 7 Un mois plus tard, est-il trop tôt pour aller voir "FIN Merci à la librairie Androgyne pour les photos à Johnson?Sonia Johnson Le parti de l'alternative Et quel est ce Parti des citoyen-ne-s que l'on connaît peu au Canada et pas beaucoup plus aux États-Unis, dois-je le dire 7 Mis au monde à Cleveland.Ohio, en 1980.par 275 délègué-e-s représentant 30 États, le Citizens' Party n'a pas d'abord été conçu comme un tiers parti, après les républicains et les démocrates, mais bien comme le deuxième parti, le parti de l'alternative.Ces délégué-e-s de 1980 représentaient, on s'en doute, la gauche américaine : radicaux de vieille souche, jeunes apôtres de l'environnement, féministes militantes, re- prèsentant-e-s des milieux syndicaux.Bref, cette gamme assez vaste d'Améri-cain-e-s allait de Mario Savio, un radical très connu de Berkeley qui a surtout milité dans les années 60.au docteur Barry Commoner, écologiste réputé, qui reçut d'ailleurs l'investiture du parti en 1980 (en passant, son nom était fort à propos : «commoner» veut dire citoyen, en ancien anglais).Reconnu dès 1980 par la Commission américaine pour les élections fédérales, le Parti des citoyen-ne-s avait dès lors pour but notamment, le contrôle par les citoyens des industries énergétiques, le gel de la construction des centrales nucléaires, la réduction des dépenses militaires et, surtout, la participation décisionnelle des simples citoyen-e-s aux conseils d'administration des grandes entreprises américaines.En d'autres mots, que ceux-ci et celles-ci aient leur mot à dire dans les choses de l'État, au-delà de leur représentation publique et politique Aux élections de novembre 1980, qui menaient Ronald Reagan au pouvoir, le parti recueillait 236 146 votes, soit 0.3% de tous les suffrages exprimés à cette occasion aux États-Unis.octobre 1984 21 LA VIE EN ROSE tre part, ce même peuple américain a vu les fonds de Medicare coupés de 3.6 millions $, ceux de « Medicaid » de 700 millions $.ceux du programme d'aide aux assistés (Food Stamps) de 900 millions $, ceux de l'aide aux familles monoparentales de 500 millions $ L'Amérique voit donc ses pauvres devenir de plus en plus pauvres et nom-breux-euses Or, qui s'appauvrit aux États-Unis 7 Les femmes, et plus particulièrement les femmes noires, nous dit Marilyn Fower.dans une étude publiée dans la revue Feminist Studies du printemps 1984.portent le fardeau delà «Reaganomie».Pourquoi 7 Parce qu'elles sont sur-représentèes parmi les pauvres, le groupe social le plus dépendant de l'aide financière gouvernementale et le plus vulnérable à ses fluctuations À cause d'un passé historique de discrimination, le chômage est très élevé chez les femmes noires.Alors qu'en général, les femmes occupent déjà des emplois subalternes dans l'administration et les services, les femmes noires se situent au bas de l'échelle.Le pourcentage croissant, des femmes chefs de famille s'élevait à 47,1% en 1981 parmi les familles noires.Enfin, le relâchement actuel de la politique d'emploi des minorités favorise un nouvel essor de la discrimination.En Louisiane, récemment, j'ai rencontré Madame Je'nell Chargois, vice-présidente de la coopérative Southern Consumers et membre organisatrice du mouvement Black Line for Progress À cette féministe qui a été sporadiquement active au sein du mouvement pour l'amendement des droits égaux (ERA), fai demandé quel était le point de vue des féministes noires sur la politique actuelle de l'administration républicaine.Monique Letarte : Pour commencer, madame Chargois.quést-ce que la coopérative Southern Consumers ?Je'nell Chargois : Son premier objectif est de contacter les pauvres, spécialement parmi les Noir-e-s, et de les aider à se faire une place au sein de la société.En fait, la coopérative met en commun différentes ressources investies dans les entreprises, les programmes d'éducation, les journaux, les émissions radiophoniques Jusqu'à maintenant, en Louisiane, Southern Consumers a permis l'ouverture de plus de dix entreprises et a mis sur pied des programmes d'éducation qui orientent ses membres vers les affaires, Southern Consumers existe aussi dans treize autres États du Sud ML: Et le mouvement Black Line for Progress ?JC : Black Line for Progress est beaucoup plus politique qu'économique.Il essaie d'intéresser les masses à la politique actuelle : il est important de faire comprendre à notre communauté qu'elle a son mot à dire sur les décisions prises à son sujet.Nous collaborons étroitement, aussi, avec l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleur (NAAOF).les voy< r - w MC : Quel groupe social est le plus touché par les récentes coupes budgétaires ' JC : Ce sont les Noir-e-s.définitivement, puisque nous sommes tout en bas de l'échelle sociale américaine Durant les dix dernières années, certains membres de notre communauté avaient atteint le premier échelon de la classe moyenne, mais depuis les coupes massives dans les services sociaux et les budgets gouvernementaux, notre communauté s'appauvrit.De plus en plus de Noir-e-s se retrouvent sans toit et avec très peu à manger.D'ailleurs, nous avons constaté dernièrement une augmentation significative du taux de suicide.Oui.lorsqu'on parle de coupes dans les services sociaux, ce sont en grande partie les Noir-e-s qui sont pénalisé-e-s.ML : Et parmi les Noir-e-s.les femmes seraient-elles encore plus vulnérables ?JC : Il n'y a aucun doute.Chez nous, les femmes sont souvent seules à supporter la charge familiale.Cela s'explique historiquement Ayant été amenés aux États-Unis comme esclaves, nos hommes étaient sous-payés ou pas payés du tout pour leur travail et il a toujours été plus facile aux femmes de se débrouiller pour apporter le pain quotidien.Aujourd'hui, parmi nos pauvres, ce sont toujours les femmes surtout qui ont le fardeau des responsabilités familiales : elles ont donc besoin de plus de services sociaux possible.I ML : Quel serait le groupe suivant à subir les effets des coupes budgétaires 7 JC : Je dirais que ce sont les femmes blanches, car elles aussi sont discriminées dans l'emploi ou se retrouvent au bas de l'échelle.De plus, un nombre grandissant de femmes blanches se retrouvent seules pour élever leurs enfants, essayant comme nous de rejoindre les deux bouts.ML : Dans le fait que les femmes blanches et noires sont parmi les plus affectées économiquement voyez-vous une nouvelle base d unité ?JC : Oh oui ! Et je la vois presque tous les jours.Régulièrement, les féministes blanches et noires s'assoient autour d'une même table pour discuter les solutions possibles.Et je crois que.de part et d'autre, nous voyons la nécessité de nous unir.Je dirais que c'est peut-être le seul point positif de la politique de Reagan 1 Dans la misère, les gens se tiennent les coudes.«.et se dressant de toute sa taille, sa voix s'élevant comme le tonnerre, elle demanda : «Et ne suis-je pas une femme 1 Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J'ai labouré et planté et engrangé et aucun homme ne pourrait me tenir tête Et ne suis-je pas une femme ?» >• Sojourner Truth Convention pour les droits des femmes.28 29 mai i8si Jennell Chargois ML : Selon vous, quelles sont les divergences entre féministes blanches et noires ?JC : Nous avons des perceptions différentes de la famille.Les féministes blanches semblent pouvoir balancer complètement le concept «famille» hors de leur vie.Nous, les femmes noires, nous désirons travailler et être égales, mais la famille prend toujours une place importante dans notre quotidien.De plus, la femme noire respecte beaucoup l'homme, non qu'elle le considère supérieur, mais plutôt égal et digne de respect.Les féministes blanches respectent de moins en moins l'homme, je crois.ML : Et quels seraient les points communs ?JC : Les femmes blanches comprennent très bien nos problèmes et nous soutiennent ; les chances de coalition sont donc meilleures Même au niveau du travail, un-e Noir-e a plus de chances d'être embau- ché-e par une femme blanche que par un homme.Aussi, le mouvement féministe blanc progressant plus rapidement, il stimule les féministes noires.ML: Que pensez-vous de la nomination de Géraldine Ferraro à la vice-présidence du Parti démocrate ?JC : J'en suis très contente, même si je n'appuie pas la politique du Parti démocrate.À cause de cette candidature, je voterai pour eux.Et c'est la position des autres femmes noires politiquement conscientes.Malheureusement, une trop grande partie de notre peuple ne se soucie guère d'analyse politique et je dirais qu'à 60% au moins, les femmes votent comme les hommes, si elles votent.ML: Qu envisagez-vous pour résoudre le problème ?JC : Il faut redonner confiance à notre peuple.Notre race a un passé d'humiliation et de servitude et ces chaînes ne se brisent pas aisément.Le problème de l'Amérique noire n'est pas l'Amérique blanche, mais l'Amérique noire elle-même.Cette confiance s'acquiert par l'éducation et par un travail de conscientisation, ce que Southern Consumers et Black Line for Progress essaient de faire.En ce sens, nous trouvons que Jesse Jackson a apporté énormément au peuple noir, car il a réveillé un certain espoir FIN P • U • B • L • I• C• A •!I •O • N • S .LES REGIONS CULTURELLES questions 4f culture l _ 6 _,¦ CULTURE Dans ce numéro, les auteurs tentent de rendre compte de la réorientation de la recherche dans le secteur de l'histoire socio-culturelle du Québec depuis une dizaine d'années Cette recherche est caractérisée par l'étude d'espaces régionaux limités ainsi que par une nouvelle approche de l'histoire du milieu rural, de miev>x en mieux contrasté avec le milieu urbain L'étudedecinq régions(la Mauricie, le Bas-Saint-Laurent, l'Outaouais, les Cantons-de-l'Est et Montréal) ainsi que des réflexions théoriques témoignent de la vitalité de cette nouvelle approche de l'histoire des régions.QUESTIONS DE CULTURE 5 LES RÉGIONS CULTURELLES 189 pages 12,00$ «Le monde d'aujourd'hui et de demain peut-il se payer le luxe de négliger la richesse, la collaboration de ce groupe de personnes de plus en plus nombreux qui, en 1984, arrive au seuil de la vieillesse, en étant disponible pour travailler à un ordre nouveau, qui seul permettra un nouvel art de vivre?» Tels sont à la fois le souhait et la question formulés dans la présentation de ce numéro auquel une douzaine de collaborateurs (psychologue, historien, professeur, gérontologue, écrivain.) ont apporté une réponse, chacun à sa manière, poétiquement ou scientifiquement.QUESTIONS DE CULTURE 6 LA CULTURE ET L'ÂGE 198 pages 12,00$ Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à 0erec„ tare 1979 Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec(Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 LA VIE EN ROSE 24 octobre l°84 PRIX SPECIAL DU JURY.FESTIVAL INTERNATIONAL DU LOGICIEL D'AVIGNON 1984 Même un enfant de deux ans peut se servir de l'ordinateur! LA VIE EN ROSE présente MIMI, un jouet intelligent, un outil d'apprentissage hors du commun produit par la maison Logidisque.MIMI est un programme interactif à l'aide duquel l'enfant crée des contes passionnants, tout en se familiarisant avec les lettres de l'alphabet.À l'aide de MIMI.l'enfant peut: IMAGINER et CRÉER les aventures fascinantes de Mimi la fourmi et ses amis, les lucioles, les escargots et les papillons; VOIR des scènes animées et différentes pour chaque lettre du clavier: ENTENDRE de courtes pièces musicales issues des répertoires enfantin, folklorique, populaire ou classique; APPRENDRE à reconnaître, de "l'Averse" au "Zzzz" d'un moustique virevoltant, les lettres de l'alphabet.Et MIMI a une très bonne mémoire! L'enfant ou l'adulte peuvent enregistrer des histoires comprenant jusqu'à 120 scènes et les faire exécuter automatiquement.MIMI, c'est des milliards d'histoires au bout des doigts! L'auteure, Anne Bergeron, enseigne dans le domaine des applications pédagogiques de l'ordinateur à l'Université du Québec à Montréal.Elle prépare déjà une suite à MIMI.MIMI est disponible sur COMMODORE 64 et demande un lecteur de disques.COUPON REPONSE Veudlez me faire parvenir .de MIMI à 69,95$ l'exemplaire.( + taxe de vente provinciale: 9%) exemplaires Nom: .Adresse: Tél.: .Code postal: Signature: .•.Total: .?MASTERCARD: No de compte: .Date d'expiration: .?VISA: No de compte: .Date d'expiration: Veuillez faire parvenir votre chèque ou mandat postal à l'ordre de: LA VIE EN ROSE 3963.rue St-Denis Montréal.QC H2W 2M4 Commandes téléphoniques acceptées: (514) 843-7226 ou (514) 843-8366 1 1 1 1 1 1 1 1 ' I I I I I I I | |.I I I I I I I I Kate Millett parie.par Lise Moisan et Sylvie Dupont d'amour et de littérature La théoricienne féministe, celle dont la thèse de doctorat, La Politique du mâle, est devenue dès sa publication, en 1970, l'un des premiers, sinon le premier, best-sellers féministes aux Etats-Unis, puis en Occident.La leader féministe, celle qui fut dans les années 1970 l'une des principales, sinon la principale, porte-parole du Women's Liberation Movement américain.La championne du lesbianisme, celle qui fut clouée au pilori à la une du Time pour avoir répondu « oui » à la question piégée « Etes-vous lesbienne ?», alors qu'elle vivait encore avec son mari.L'activiste politique qui fut de toutes les luttes, contre la guerre du Viêt-nam, pour l'ERA, pour les droits civils, contre les dictatures, etc.Une entrevue à Toronto, une autre à New York.Près de cinq heures de bandes sonores et nous n'avons parlé que.LA VIE EN ROSE 26 octobre 1984 femmes du mouvement, publier ton autobiographie serait de la folie lu allais te nuire leur nuire Kate : Et nuire au mouvement, oui.Nous pouvions refaire le monde, défier l'hétérosexualité, la monogamie, essayer toutes sortes de choses bizanes.tant que ça restait entre nous Mais de là à écrire ce que nous vivions, à le rendre public 7 Dès qu'on pense à publier ou à exposer, transgresser des tabous est lénifiant.D'ailleurs, les personnes qui craignent les tabous refusent de publier ce qu'elles écrivent sur leur vie privée, et la plupart n'osent même pas écrire là-dessus pour elles-mêmes par que le simple fait de coucher son intimité sur le papier transgresse déjà un interdit.Sylvie : Et pourtant tu las fait quand même Pourquoi ?Tu n'avais pas peur ' Kate : Même si je peux paraître très courageuse d'avoir fait et écrit toutes ces expériences choquantes, je suis du genre à me faire du sang de punaise Avant de commencer un livre comme En vol.ou comme le prochain sur mes déboires avec la psychiatrie.|e traverse des mois et des mois d'angoisse.Et même si |e sais parfaitement que ma seule issue est d'écrire, je n'ose pas J'ai attendu très longtemps pour En volel.comme toujours quand je n'écris pas un livre au moment où je le devrais, je me suis rendue très malade Écrire devient alors un moyen de guérir la maladie que j'ai déclenchée en me réprimant à un point tel qu'à chaque instant la pression intérieure risque de faire voler en éclats mon identité.Lise : Comment t es-tu sortie de cette impasse 7 Kate : Je me suis mise à écrire en cachette, dans les avions, entre deux conférences.J'achetais des petits cahiers à 49c et je les remplissais ; ils sont devenus la première partie d'En vol.Plus tard, j'ai cessé de travailler à la sauvette, je me suis assise consciemment pour écrire et j'ai montré à Fumio.1 avec qui je vivais alors, ce passage où je raconte qu'à huit ans, un homme m'a fait monter dans sa voiture et a essayé de me violer Mais je ne savais pas quoi faire de ces huit pages À première vue, elles n'avaient aucun rapport avec un deuxième livre.Pourtant, elles mont beaucoup appris parce que je venais de me libérer d'un énorme tabou : jusque-là.j'avais complètement occulté cet épisode de ma vie.Ensuite, écrire est devenu un peu plus facile.Mais à bien des égards.En vol était mon premier vrai livre et j'étais encore néophyte : j'ai passé des mois à mendier les encouragements, à douter de mes idées, à demander à Fumio et à Vita la permission d'écrire un livre aussi bizarre et aussi lourd de conséquences.Il a encore fallu quatre longues années de travail, de doutes, d'attentes et de refus avant qu'En vol trouve un éditeur et soit publié.Sylvie : Après un best-seller et avec tout ce battage autour de toi.tu étais pourtant une valeur sûre pour un éditeur ' Kate : C'est ce que Nelson Doubleday.qui avait édité Sexual Politics2 s'était dit: j'ai signé un contrat et il m'a avancé de l'argent En Vol était mon premier vrai livre et j'étais encore néophyte.C'est un livre de jeunesse, d'exploration, d'expérimentation.Nous avons voulu parler de ses livres (et donc d'amour) parce que Mille» est d'abord et avant tout une écrivaine.et selon nous une des plus grandes parmi les féministes de notre époque.Aussi parce que ses livres n'ont certainement pas le succès qu'ils méritent Les bourgeois ne les aiment pas pour des raisons évidentes, la gauche parce qu ils sont trop féministes et le mouvement féministe dans son ensemble parce que Kate a un gros défaut : elle ne suit aucune autre «direction» ou «ligne» que celle que lui dicte sa soif de liberté et de vérité Elle soulève le tapis pour analyser la poussière et sort les squelettes des placards Mais surtout, dans chacun de ses livres, elle enfreint la sacro-sainte consigne du silence Quant à nous, c'est exactement pour cela que nous les avons tant aimés, et que nous avons eu envie de vous faire connaître, au-delà du personnage politique.Kate Mil-lett l'ècrivaine.Pour cela, nous avons choisi de vous présenter le plus simplement possible les principales questions dont nous avons discuté avec elle Drôle d'entrevue, où notre admiration pour son oeuvre est évidente, où plusieurs de nos interventions ne sont même pas des questions, et où vous ne trouverez aucune description de lieu ou d'atmosphère, parce que chacun de ses propos nous semblait dune telle richesse que vous en priver aurait été, selon nous, un véritable gaspillage Sachez cependant que Kate Millett est une femme de cinquante ans, infiniment chaleureuse, drôle, bonne vivante, sensible, touchante, séduisante, captivante, sensuelle, bref, que nous l'aimons.En vol, Éd.Stock.Paris.1975.Cette autobiographie s'ouvre sur l'affolante période de notoriété qui a suivi la parution de Sexual Politics {La Politique du mâle) et le scandale du Time, qui publiait à la une que Kate était lesbienne.En vol est un documentaire où Kate raconte sa panique, les avions, les conférences dans tout le pays, ses relations avec Fumio, son amant-ami depuis une dizaine d'années, ses amours avec des femmes, le tournage de son film Three Lives et surtout son besoin d'écrire ce livre pour rendre compte de la vie privée et politique du mouvement des femmes.(Flying.1974) Lise : Qu'est-ce qui t'a poussée à écrire En vol 7 Kate : Après La Politique du mâle, j'ai eu une tentation très forte : devenir - pas une personnalité politique, pire encore - une écrivaine 1 Faire de la littérature, raconter nos tentatives de viwe ce que nous appelions «la nouvelle vie».Sylvie : Ton premier livre ne t'amenait pourtant pas dans cette direction Au début d'En vol, tu dis même que la célébrité a failli te réduire au silence que selon ta mère, ta soeur et les La panique décrite au début d'En vol vient probablement de là, et aussi de la fausseté de ma situation : à l'époque, je promenais dans tout le pays Kate-Milieu" -du-Women's-Lib.cette marionnette idiote, cette idéologue qui a toutes les réponses Plus la comédie durait, plus je me sentais stupide : parce que.évidemment, je n'avais pas toutes les réponses La marionnette était une fabrication des médias Et plus je rencontrais les médias, plus les images se faussaient : alors j'essayais en même temps de recréer dans ma tète une réalité que je pourrais ensuite écrire II fallait que j'écrive sinon j'allais perdre tout sens de la réalité, et c'est exactement ma définition de la folie.Je paniquais parce que je n'étais pas la démagogue que j'étais censée être et que je sentais au fond de moi cette autre vérité qui poussait et qui poussait pour voir le jour.C'était une angoisse très destructrice, mais aussi une sorte de catharsis inévitable D'une part, je n'étais pas encore prête à écrire ce livre trop dérangeant et, d'autre part, ne pas l'écrire ne réglait rien : m'adap-ter et me taire, c'était devenir une sorte de robot «pour un livre autobiographique».Malheureusement, il s'attendait vraiment à une autobiographie décente et respectable, et pas du tout au manuscrit que je lui ai envoyé.Pendant des mois et des mois, j'ai attendu son verdict.En vain.Chaque fois que je téléphonais, la responsable, comme par hasard, n'était pas là et elle ne me rappelait jamais Elle me transmettait par sa secrétaire des critiques déprimantes sur tel ou tel aspect de mon style mais ïamais sur le contenu du livre, que je continuais à réécrire et à réécrire, encore et encore.Avec le temps, sa secrétaire, qui aimait En vol est devenue mon espionne et c'est par elle que l'ai appris que Nelson Doubleday détestait mon Hvre en bloc et s'était juré que.lui vivant, il ne serait jamais publié.J'étais complètement découragée et à bout de force : je suis tombée malade Heureusement.Doris Lessing est venue me voir à la ferme et elle a tellement aimé mon 1/ Fumio Yoshimura sculpteur japonais qui a été pendant plus de quinze ans l'amant-ami et compagnon de vie de Kate 2/ Titre original de La Politique du mâle octobre 1984 27 LA VIE EN ROSE livre qu'elle m'a proposé de l'apporter chez son éditeur.Knoff 3 Sa visite m'a suffisamment remonté le moral pour que je me décide à aller voir un médecin : j'avais une péritonite et 49 pierres dans la vésicule biliaire 1 J'aurais dû réclamer le coût de l'opération à Doubleday parce que j'ai toujours été certaine que c'est de désespoir au sujet de ce livre que j'ai failli mourir Sylvie : Ne pas écrire ce que tu dots écrire, ne pas publier t'entraîne dans l'angoisse, la folie et la maladie Mais écrire, nèstce pas angoissant ' Dans En vol.tu dis que «faire ce livre a des rêsonnances masochistes» Kate : Je crois que dans ce passage, je me moquais un peu de moi ! En fait, c'est me taire qui aurait été masochiste.Au contraire, ce qu'il y a d'intéressant dans cette forme d'écriture, c'est qu'elle me permet de comprendre ma propre expérience.La plupart du temps, nous ne comprenons pas ce que c'est aussi la récompense : ]e pense à une anecdote.Un jour, dans un hôtel parisien, le type de la réception est venu me chercher : «Madame de Beauvoir vous demande au téléphone» Je me suis ruée sur l'appareil, dans tous mes états ; Simone de Beauvoir venait juste de finir En vol et m'appelait pour.en faire l'éloge.Mais elle parlait en français, à toute vitesse, et je ne comprenais rien, et j'aurais tellement voulu comprendre et savourer parce que je savais que, à mes yeux, ses mots justifieraient mon livre jusqu'à la fin de mes jours Mais elle allait trop vite ! Et j'ai dû l'interrompre pour lui demander de parler en anglais ou d'aller plus lentement Elle déteste parler anglais et elle ne voulait pas parler plus lentement.Et bien sûr.en l'interrompant, je lui avait fait perdre le fil ; je m'en voulais à mort, mais que voulez-vous 7 Je ne comprenais rien 1 (Nous sympathisons, en riant avec Kate de ce «drame littéraire») Si nos institutions ridicules nous avaient foutu la paix, tout le monde pourrait être bisexuel.nous vivons parce que nous ne prenons pas le temps d'y réfléchir ; je veux dire méthodiquement, avec une structure de phrase linéaire Car la logique même de la phrase nous mène à des conclusions, peut-être erronées parfois, mais le plus souvent très révélatrices.Quant on écrit comme cela, on cesse d'être à la merci de ce qui arrive et on se l'approprie : c'est une démarche passionnante Mais je sais très bien pourquoi les gens n'écrivent pas ce genre de livres : la punition, c'est la réaction des autres.Parfois.3/ Knoff a effectivement publié Flying en 1974.LA VIE EN ROSE Sylvie : En vol a une facture très particulière, qui n a rien à voir avec celle des autobiographies traditionnelles Tu ècns la réalité comme un roman Kate : Tu vois, toutes mes études «si chic»4 en littérature anglaise m'ont longtemps empêchée d'écrire Mais une fois jetée à l'eau, je me suis servie de tout ce que je savais.Ma formation littéraire est devenue mon carburant et.ce carburant, je lai utilisé pour filer vers une direction tout à fait nouvelle.En vol est un livre de jeunesse, d'exploration et d'expérimentation.Je voulais écrire un documentaire sur ma propre vie.J'avais déjà abordé le documentaire biographique par le biais du cinéma quand l'avais tourné Three Lives'" Mais en littérature, le documentaire bouleverse toutes les règles de l'écriture.Par exemple, danS En vol j'ai délibérément utilisé un américain anu-acadèmique : la langue de la réalité, cette langue de tous les jours qui bouleverse de fond en comble les conventions de l'écrit Dans mes livres autobiographiques, je mets tout ce qu'on trouve habituellement dans un roman : descriptions, personnages, mises en situation, crises, flashbacks, atmosphère, etc.Mais ce ne sont pas des romans, parce que le roman exige la fiction, le mensonge, l'histoire inventée de personnages imaginaires.Avec l'autobiographie, vous ne jouissez pas de cette protection si vous jouez le jeu.4/ Une maîtrise à Oxford, un doctorat à Columbia.S/ Three Lives.16mm.75 minutes Noir/blanc et couleurs Portraits biographiques de trois femmes dont Mallory Millett, la soeur de Kate Parce qu'il faut dire que, dans la plupart des autobiographies, on trouve tout de la vie publique et rien de la vie privée : ce sont de longs communiqués de presse.Quels risques je prenais avec En vol1 Non seulement en termes littéraires mais face à des personnes réelles.Si je faisais l'amour, il fallait que ce soit dans le livre puisque c'était un documentaire 1 Bien sûr.tout le monde fait l'amour ; mais pas sur le papier.Personne ne raconte ses expériences sexuelles dans une autobiographie, sauf si c'est un roué6 comme Henry Miller Miller m'a rendu service parce que.tout roué qu'il soit, il a introduit en littérature la possibilité de parler de sa vie sexuelle dans une autobiographie Lise : Mais Miller est un homme et quand un homme raconte sa vie sexuelle - que ce soit intime indiscret ou même trivial - ça reste de la littérature Tandis quune femme Kate : C'est justement pour ça qu'il m'a été si dur d'oser écrire f n vol et ensuite de le faire publier et accepter C'est un livre de souvenirs, de confidences.Sylvie : N'est-ce pas aussi parce que ce livre est profondément dérangeant 1 Le fait par exemple, qu il raconte en détail tes relations amoureuses et sexuelles avec des personnes des deux sexes c'est le genre de choses qui dérangent à peu près tout le monde hetéros.gais, lesbiennes Kate : Oui.L'homosexualité est menaçante mais la bisexualité lest encore plus parce qu'elle démolit l'argument libéral qui veut que l'on naisse comme ceci ou comme cela et que le reste ne soit qu'une question de droits civils.Je crois que si toutes nos institutions ridicules nous avaient foutu la paix, nous pourrions toutes et tous êtTe bisexuel-le-s et qu'il y aurait, à partir de là.toute une gamme de comportements et de préférences individuelles Mais affimer cela, c'est renvoyer chaque personne à son identité propre, une identité à laquelle elle a peut-êtTe renoncé depuis longtemps.Pourtant, à part tous les problèmes qu'on risque d'avoir si on ne se limite pas à aimer des personnes d'un seul sexe, c'est évidemment un choix enrichissant qui affirme l'individualité et permet d'en savoir davantage sur soi, sur les autres et sur la vie.Sylvie : Tu vois un rapport entre l'amour et la connaissance 7 Kate : Très certainement Aimer donne plus d'ampleur au moi.Par exemple, il y a des jours où on se retrouve seule, déprimée, plutôt de mauvaise humeur, avec l'impression d'avoir une vie bornée, répétitive et monotone.Et.soudainement, parce qu'on a une amant-e qui se passionne pour les chevaux ou la peinture, on se met à regarder intensément un cheval ou une toile qu'on n'aurait peut-être jamais vus sinon ; dans ces moments d'intensité, nous sommes 6/ Roué : débauché En français dans l'interview.octobre 1984 28 attiré-e-s au-delà de nous-mêmes et notre univers s'élargit Je pense beaucoup à la brièveté de la vie.Je vais avoir 50 ans cette année.Et je m'arrête souvent à cette propriété qu'a ma vie de s'étirer ou de se contracter Mais à 12 ans aussi, je pensais à cela.Lise : Et l'amitié 7 Kate : Je crois que si nous la respections davantage, l'amitié pourrait probablement nous en apprendre autant que l'amour Sita, Éd.Stock.Paris.1978.Autobiographie.Kate va s'installer en Californie pour vivre enfin avec Sita.la femme dont elle est passionnément amoureuse.Mais en son absence, la passion de cette dernière s'est refroidie Kate ne s'y résigne pas ; elle cherche à comprendre, interroge chaque mot.chaque geste de Sita et passe au peigne fin son propre désarroi.C'est l'histoire des derniers soubresauts d'une relation avant la rupture.{Sita.1976) Si nous la respections davantage, l'amitié pourrait probablement nous en apprendre autant que l'amour.Mais pour l'instant, l'amour reste notre meilleur professeur parce que notre «moi» a énormément besoin de se protéger et que.même avec nos amies, il se cramponne à son cocon.Ce n'est que contraint par la force du sentiment amoureux qu'il consent à relâcher un peu sa petite prise mesquine (rires) pour s'intéresser vraiment à l'autre Lise : L'intimité amoureuse et sexuelle nous pousserait donc davantage à nous ouvrir que I amitié ?Kate : Je pense que oui.Pas automatiquement mais potentiellement Cela me rappelle une de mes théories dans En vol J'avais des tas de théories.Celle-là s'appelle «faire-l'amour-avec-ses-amies» Avec le temps, j'ai un peu battu en retraite, et les autres aussi.C'était peut-être trop théorique, ou simplement prématuré.Toute mon exposition sur Rosie Dakota porte sur «l'amante qui devient l'amie».En écrivant le texte de présentation, j'ai compris que la ligne de démarcation entre l'amour et l'amitié devient beaucoup moins nette avec le temps.Peut-être que nous mystifions ce qu'est faire l'amour ~> On en fait tout un plat, et dès qu'il y a le moindre hic dans une relation, on se dit qu'il vaut mieux s'abstenir Comme si.pour faire l'amour, il fallait que tout soit parfait ! Sylvie : Un autre des grands thèmes d'En vol, c'est le refus de la monogamie de la possessivité, de la jalousie Kate : et ensuite j'ai écrit Sita un livre tout entier sur la jalousie 1 (Éclats de rire.) Ça montre bien ce qui peut arriver aux plus merveilleuses théories ! Sita est l'histoire ordinaire d'une jalousie ordinaire, dans la mesure où je n'étais pas tellement jalouse de mes rivaux ; j'en avais, mais ce n'était pas le plus grave Je dirais qu'il y a probablement deux sortes de jalousie.L'une relève de la possessivité : «Tu es à moi et tu ne dois pas faire l'amour avec quelqu'un d'autre.» L'autre s'exprime plutôt en termes : «Je faime.Pourquoi ne m'aimes-tu pas en retour7 Je te perds et je ne veux pas te perdre.» II Photographies et encres de Kate Millett, Noho Gallery, avril 1984 Lise : En lisant Sita, ; avais l'impression dètre dans une espèce de zone libre où ;e pouvais enfin me permettre de scruter les aspects les plus obscurs de mon expérience amoureuse tu mas donné envie de chercher plus loin Kate : Proust et Colette l'ont fait aussi.Leur exemple m'a aidée pendant que j'écrivais Sita et, plus tard, quand les interviewers m'ont fait des commentaires du genre : «Tu es vraiment masochiste.Pourquoi ne la quittais-tu pas 7» Comme si tout le monde ne vivait pas ce type de relation au moins une fois dans sa vie ' Sita est l'histoire ordinaire Lise : Sinon plusieurs ! (rires) Kate : Alors, pourquoi a-t-on si peu écrit là-dessus 1 Pourquoi n'a-t-on jamais étudié au microscope ce genre de relation 7 Proust m'a servie parce que lui aussi a passé beaucoup de temps à examiner la notion de perte Lise : Dans tes livres, on trouve des passages qui venant d'une lesbienne féministe peuvent sembler «politiquement incorrects» Je pense, par exemple, à un passage de Sita que j'aime particulièrement parce qu'il touche une corde sensible «Aucune femme ne m'avait encore baisée avec force d homme Jetais prise» Kate : Oui, je vois ce que tu veux dire 1 En fait, j'essayais simplement de décrire le plus honnêtement possible ce que j'avais senti.Et si ce n'est pas politiquement correct, je n'y peux rien parce que c'est ce qui est arrivé.Ce qui m'a bouleversée dans cette rencontre, c'est de me retrouver devant une femme encore plus féminine que j'en avais l'habitude et de découvrir qu'elle faisait l'amour avec une telle force.J'aurais pu tout aussi bien écrire «comme un pénis» que «comme un homme», parce qu'à l'époque, je ne connaissais que les femmes douces, polies et «politiquement correctes» du mouvement, et.les hommes.Cette combinaison d'assurance, de force et de passion chez une femme était pour moi irrésistible.Effectivement, nous étions en marge de la «ligne» du mouvement, à un moment où celui-ci commençait à peine à ébaucher une éthique qui avait de bonnes raisons de bannir la force.Lise : Penses-tu que la vie hétérosexuelle de Sita ait pu la rendre plus désirable à tes yeux par une espèce «d'érotisatwn par association» aux hommes, au pouvoir ?Kate : C'est possible.Mais même si cela peut sembler un point de vue assez traditionnel et superficiel, on pourrait aussi maintenir que.objectivement, une femme hétérosexuelle qui connait des relations lesbiennes a une plus vaste expérience sensuelle Lise : Tu crois 7 Une sexualité «colonisée» par la culture mâle ne risque-t-elle pas d'avoir du mal à émerger, d'être moins libre, moins créatrice 7 Kate : C'est vrai.Plus que l'hétérosexualité, que l'homosexualité mâle ou que la bisexualité, la relation lesbienne est une aventure, une exploration, parce que le code social autorise une très grande intimité entre les femmes, à condition qu'elle reste platonique.Entre deux femmes qui se désirent, il y a donc un regard diffèrent.Il est merveilleux de vivre le désir avec un homme parce qu'il vient d'un tout autre univers, mais je ne crois pas que ce regard-là puisse exister entre un homme et une femme Dans ce regard, il y a toute l'intimité d'une même mémoire collective, d'une jalousie ordinaire.Sylvie : Dans Sita, tu écris presque tous les /ours sur ce qui se passe entre vous As-tu I habitude de tenir un journal 7 Kate : Non.Je suis beaucoup trop paresseuse pour ça.Sauf pendant que j'écris un livre.Les petits cahiers de Sira sont ce que j'ai fait de plus proche du journal intime ; d'ailleurs, ils ont donné à ce livre une quotidienneté que n'avait pas En vol Généralement, je me contente de vivre sans sentir le besoin de consigner ce qui marrive au jour le jour.Il y a longtemps que j'ai cessé d'avoir peur d'oublier.On n'oublie jamais vraiment.Au lieu d'essayer de se souvenir en quelques secondes de toute une série d'événements complexes, il suffit de s'asseoir et de prendre le temps pour que tout revienne.Encore une fois, quand on écrit, la logique même des phrases ramène tout à la mémoire.Et souvent, on perçoit l'essentiel comme on ne l'avait jamais perçu auparavant.octobre 1984 29 LA VIE EN ROSE Lise : As-tu eu des surprises sur I essentiel de ta relation avec Sita en écrivant ce livre ?Kate : Oui.bien sûr.On gagne tellement en objectivité quand on écrit1 C'est d'ailleurs, je crois, l'une des raisons qui poussent les gens à consulter un psychiatre : ils vous font raconter des histoires Et.dans votre manière de les raconter, certaines choses se dégagent Le lecteur a un peu la même fonction, mais il est plus utile que le thérapeute parce qu'à un «psy».on raconte des histoires de «psy» ; on lui dit ce qu'on croit qu'il veut entendre.Et puis chaque histoire a plusieurs versions, selon la personne à qui on la raconte.Quand on écrit, on ne peut pas tricher autant.On ne peut plus compter sur une intonation de la voix pour rendre l'histoire plus triste ou plus drôle.On n'a que les mots et cela oblige à une plus grande honnêteté.L'autobiographie m'aide à percevoir la vérité.La Cave, méditations sur un sacrifice humain.Éd.Stock, Paris, 1980.En 1965, Kate lit dans le Time un entrefilet On vient de découvrir dans une maison d'Indianapolis le cadavre d'une adolescente, couvert de contusions et de brûlures, et portant, gravés sur l'abdomen, les mots : «Je suis une putain et fière de l'être».L'enquête révèle que Sylvia Likens.16 ans.a été séquestrée dans la cave et torturée à mort pendant plusieurs semaines par une bande d'enfants ; ils agissaient sous les ordres d'une femme, Gertrude Baniszewski, qui avait la garde de l'adolescente et de sa petite soeur À partir du compte rendu du procès et des journaux de l'époque, 14 ans plus tard, La Cave reconstitue cette histoire.(The Basement, 1979) Sylvia Likens Sylvie : Je reste convaincue que s'il était un essai, s'il était linéaire et sans ombres, ce livre perdrait énormément de portée Selon moi.la force de La Cave, c'est justement que.à côté des passages d'essai, il y a ces passages d imagination où tu entres à l'intérieur des personnages Cest par là que tu nous amènes à dépasser les explications toutes faites et les théories reçues Kate : L'essai peut arriver à cela.Sartre l'a réussi dans Saint Genet J'ai lu ce livre au moins six fois Sartre arrive magistralement à sonder la psyché et les mobiles de Genet ; par l'essai, il fait ce qu'on ne croirait possible que par la fiction.J'ai commencé La Cave avec cet exemple en tête.Mais finalement, j'ai dû entrer dans la peau des personnages Pour comprendre, dans le sens de «comprendre, c'est pardonner».Il y a beaucoup de Faulkner dans ce livre.Je Fumio m'a dit un jour : «la Cave,c'est ton mythe du Péché originel, de la Chute, du Paradis perdu.» Sylvie : Après En vol et Sita, tu as publié La Cave, qui n'est pas un livre autobiographique Je pense qu en essayant daller au coeur de ce fait divers pour comprendre la mort de Sylvia Likens, tu as écrit non seulement un outil précieux de réflexion politique mais aussi une merveille littéraire Je l'ai lu deux fois, et ]e vais le relire Mais j'ai l'impression que je suis une exception ?Kate (qui n'en croit pas ses oreilles) : Et comment1 C'est vraiment un livre que personne n'aime, que personne ne lit jusqu'au bout.Je me dis souvent que pour La Cave, j'aurais dû m'en tenir à l'essai : les femmes, les féministes, pour qui je l'ai écrit l'auraient trouvé moins dur, et auraient peut-être eu moins de réticences à le lire.Et puis, parfois, en prose ordinaire, on arrive à s'expliquer suffisamment pour que les gens ne nous prêtent pas de mobiles douteux ! Ti-Grace Atkinson, qui a aimé le livre, m'avait prévenue qu'il ne serait pas populaire : «The Basement is a can of worms.» devais devenir Gertrude, me mettre dans sa peau Et tout est là, parce que j'étais certaine d'en être incapable Mais mon amie Rosie Dakota, jjui est entre autres comédienne, m'a dit: «Ça m'étonnerait.toi et moi, nous allons jouer Gertrude et Sylvia.» Nous l'avons fait, en échangeant les rôles.Non seulement je savais comment être Sylvia, ce qui ne métonnait pas, mais je savais aussi comment être Gertrude Et cela m'a horrifiée.Sylvie : N'est-ce pas précisément pour cela que ce livre fait si peur ' Parce qu'il nous propose de nous identifier à Sylvia bien sûr mais aussi à Gertrude 7 Kate : Oui.Parce que qui voudrait être Gertrude 1 Qui voudrait se mettre dans sa peau ~> Qui voudrait n'avoir rien d'autre à faire que de torturer une enfant ~> En pensant à quoi ~ À tous les enfants qu'on a détestés dans sa vie ; à tous ceux qu'on a dominés, humiliés, fait souffrir ; à combien c'était facile.Je me souvenais de tout Tous les mouvements étaient là.tous affreusement familiers.C'est pour cela que j'avais tant tardé à écrire La Cave - des années.En étant Gertrude, jerationalisais «mon» meurtre, je le comprenais ; j'avais de la compassion pour «ma» pauvreté, pour le vide de «mon» existence, pour «mon» désespoir Je pouvais même ressentir de la haine pour cette petite bète, en bas.dans la cave.Je ne suis jamais arrivée à prendre plaisir à ses cris, mais j'ai pris des distances face à eux.Je ne voulais pas en rester là.Dans la fiction, savoir, c'est comprendre et comprendre, c'est pardonner Les fictions de Faulkner, comme la plupart des fictions, s'arrêtent là.Moi, je ne voulais pas Sylvie : Tu ne voulais pas pardonner ?Kate : Non.Ce crime me révoltait trop.Et puis, à quoi ça rime de comprendre et de pardonner, sinon à inviter la répétition, à permettre que ces choses recommencent et recommencent encore ?Ça, c'est Faulkner.Et finalement, ce n'est pas comprendre.Je voulais donc dépasser l'essai et la fiction pour introduire dès le départ une série de questions philosophiques : écrire un mythe En fait, c'est Fumio qui m'a dit un jour «La Cave, c'est ton mythe du Péché originel, de la Chute, du Paradis perdu» Il avait raison.C'est cela que représente Sylvia : le Péché originel, l'asservissement et même la mort [N.D.T.: Le mythe du Péché originel : Adam et Eve sont immortels et vivent dans la nudité au Paradis terrestre.Mais Satan donne à Eve le désir du Fruit défendu : Eve tente Adam jusqu'à ce qu'il cède et ils font l'amour : c'est le Péché originel.Quand Dieu les regarde ensuite, ils découvrent la Honte et cachent leur nudité.Dieu comprend alors qu'ils ont pèche II les chasse du Paradis et les rend mortels.Comme c'est Eve qui a entraîné la Chute d'Adam, son châtiment sera d'être soumise à lui.] La plupart d'entre nous sommes asservies à l'adolescence, mais nous n'en mourons pas toutes comme Sylvia.Nous continuons à vivre avec le fardeau de la honte de notre Péché Mais comment cette conscience du Péché se transmet-elle d'une femme à une autre 7 Comment apprenons-nous que nous sommes des esclaves "> Moi.je l'ai appris par les religieuses, Sylvia, par Gertrude.Bien sûr, Gertrude n'était que l'agent d'un monde extérieur qui, de toute façon, aurait puni Sylvia Gertrude exécute une mission et elle prend tout au pied de la lettre, elle exagère Si la Bible dit qu'une jeune fille doit rester pure, elle ira jusqu'à la tuer pour la punir de son «impureté».L'exagération clarifie les choses Dickens l'a dit, Dostoïevski l'a cité et Kafka s'en est servi.Par l'exagération, on peut faire un exemple.Pour moi, Gertrude et sa bande ont transposé et incarné dans la réalité une fable, une métaphore, un mythe sur quelque chose que j'ai toujours su : le commencement de la honte, c'est le commencement de la fin.C'est comme ça qu'on enchaîne et LA VIE EN ROSE 30 octobre 1984 Il y a longtemps que j'ai cessé d'avoir peur d'oublier.On n'oublie jamais vraiment.Gertrude Baniszewski qu'on brise une jeune femme J'en étais convaincue, mais je n'avais jamais entendu quelqu'un le dire, ni le mouvement, ni Hugh Heffner,8 ni personne d'autre.Sylvie : Alors tu as écrit le mythe de Sylvia Likens Kate : Oui, parce qu'il pouvait expliquer quelque chose de beaucoup plus important que tout ce que j'avais dit dans La Politique du mâle ; cette fois, il s'agissait de quelque chose de profond, de moral, de mythique, de philosophique.Quand j'ai su que j'écrivais un mythe, et pas seulement un essai ou une fiction, j'ai pu parler de la Sorcière.À ce moment-là, dans le livre, on a oublié l'essai.On est en pleine fiction : on est Sylvia, on est Gertrude, et les tortures sont de plus en plus cruelles, le rythme s'accélère, on fonce vers la mort de l'enfant.Brusquement, j'arrête tout, et je plonge dans un passage de prose objective où j'explique que Gertrude est la Sorcière - pas l'Hérétique rebelle - la Sorcière des contes d'enfants - la belle-mère de Cendrillon et de la Belle au bois dormant.Une création patriarcale.L'Amazone transformée en harpie.Gertrude endosse le rôle et sacrifie la jeune fille au nom des préceptes du patriarcat, alors même que le règne patriarcal achève.Gertrude est la dernière vraie croyante, la gardienne 8/ Hugh Heffner fondateur et propriétaire de «l'empire Playboy».de la cave.Deux pages sur la Sorcière, et nous revenons à la cave, à la réalité.L'éditeur voulait que je coupe ce passage, et d'autres pages de réflexion théorique sur la torture, mais j'ai dit : pasquestion 1 II fallait qu'elles y soient.(Ici Kate s interrompt pour nous dire combien elle est heureuse de pouvoir enfin parler de ce livre «C'est la première discussion littéraire que fat sur La Cave » nous confie-f- elle, à notre grand étonnement) Lise : Et Sylvia, comment la perçois-tu } Quel est le «rôle» de la sacrifiée 7 Kate : Avec ce livre, j'ai lutté contre cette notion freudienne éculèe qui veut que les femmes soient masochistes Dès qu'ils entendent l'histoire de Sylvia, bien des gens s'empressent de dire: «Elle aurait dû s'évader.Si elle ne l'a pas fait, c'est parce qu'elle ne le voulait pas vraiment.» Et chaque fois, je me fâche parce que je ne vois pas du tout Sylvia comme une masochiste.Au début, alors qu'ils ne sont encore que méchants, elle est beaucoup plus une victime : par la suite, elle parvient à une lucidité qui n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était autrefois, ni avec le degré de compréhension d'une adolescente de son âge Je voulais qu'elle sache, et je crois que c'est inévitable après tout ce temps passé à réfléchir dans l'isolement de la cave.Je voulais que sa mort soit un geste délibéré, un refus de tout ce qu'elle savait de la vie.Selon le rapport d autopsie, rien de ce qu'ils lui ont fait n'était suffisant pour la tuer.Pourtant, elle est morte.Vivre dans ces circonstances ne présentait plus d'intérêt Échapper à la vie, c'était la liberté Elle n'est pas restée là Sa dernière tentative d'évasion avait échoué, alors elle s'est échappée dans la mort Je voulais qu'elle transcende sa mort parce qu'elle est nous toutes : je ne voulais pas qu'elle meure stupidement, dans le silence et l'ignorance, mais je ne veux pas dire que cela n'arrive jamais.Elegy for Sita.Targ Editions, Pough Keepsie, 1979 Kate et Sita sont redevenues amantes et amies et doivent se voir prochainement.Sita se suicide.Une fois de plus, Kate cherche à saisir les mobiles de cette femme dont la mort, non seulement la bouleverse, mais aussi la révolte comme un abandon.Écrire cette élégie lui permet de soulager son chagrin, de comprendre et de retrouver un peu Sita.(Ce texte est encore inédit en français, mais La Vie en rose en a publié un montage d'extraits (juillet-août 1984) sous le titre Élégie pour Sita).Sylvie : La mort est très présente dans toute ton oeuvre Dans En vol dès le début, il y a la mort de ton ami Nell Après la mort de Sita.tu as écrit Élégie pour Sita Et il y a La Cave Je crois quon peut parler d'un thème central1 Kate : Oui.Et j'ai aussi écrit un livre (inédit) sur ma tante qui est morte, et là je me suis dit : pourquoi suis-je toujours coincée dans les mêmes sujets : l'amour et la mort.Va pour l'amour, mais la mort.Un autre sujet tabou Et quand j'ai songé à écrire sur mon père, le fait qu'il soit mort m'a d'abord retenue parce que cela aurait été lui parler et qu'il ne pouvait plus m'entendre Quand on parle à un mort, on a toujours un peu le sentiment de devenir folle Pourtant, c'est ma façon de poursuivre une certaine forme de communication avec quelqu'un d'important pour moi.C'est pour cela que j'ai écrit Élégie pour Sita : pour soulager ma peine et ne pas la perdre complètement.Je crois aussi que penser à mon père est une manière de me réconcilier avec la masculinité, avec certaines qualités et certaines compétences masculines que j'aimerais posséder.Quand je dirige la ferme ou quand je construis une maison, je sais que mon père est en quelque sorte à côté de moi : ma mère.elle, voulait que j'écrive des livres.S'il fallait que je choisisse, ma vie se rétrécirait ; mais si j'arrive à assumer des traits de ma mère et d'autres de mon père, j'élargis mon identité et mon existence.Sculpture de Kate Millett, montrant Gertrude octobre 1984 31 LA VIE EN ROSE Notre époque se prête mal à l'amour des hommes.Sylvie : Où en sont tes rapports avec les hommes ?Kate : En général, j'aime bien les hommes.Il y en a très peu que j'ai aimés d'amour, et je ne les ai pas aimés autant que les femmes Et il y a Fumio que j'ai aimé autant que n'importe quelle femme.Je ne ressens pas beaucoup d'hostilité à leur égard Ils arrivent parfois à m'intimider, particulièrement si je suis en situation d'impuissance ; mais de moins en moins souvent, parce que, avec le temps, j'ai trouvé des façons de répondre à leur arrogance et à leur suffisance.Cette arrogance, cette suffisance me renversent toujours.Quel spectacle ! Peu importe qui ils sont, ils vous sont toujours au moins égaux, sinon supérieurs ! Ça dépasse l'entendement1 Souvent, à cause de ça, ils m'agacent et m'ennuient Mais il y a des choses merveilleuses chez les hommes : leur masculinité-je veux dire dans son essence, évidemment Leur masculinité est en partie une construction sociale, mais pas leurs corps, leurs visages : je les trouve très beaux.Parfois, leur façon de penser et de parler est fascinante et éclairante.Mais c'est aussi une construction sociale et.très souvent, ce qu'ils pensent et disent est tout simplement horrible Lorsqu'ils ne sont pas en position de blesser ou d'humilier, on peut vraiment les apprécier.Mais notre époque se prête mal à l'amour des hommes : nos vies sont encore tellement soumises à leur pouvoir, nous sommes encore tellement à la merci de cette danse rituelle des comportements codés et stéréotypés, qu'il est difficile de réussir à les connaître et à les aimer.Pourtant, quand nous arrivons à transcender leur mentalité de classe dominante et à traverser toutes les barrières qu'il y a entre nous, cela nous laisse entrevoir combien la vie serait merveilleuse si nous n'étions pas sur un pied de guerre et combien il serait bon, s'ils devenaient «aimables», de les aimer.En Iran, Éd.des femmes.Paris.1981, L'ayatollah Khomeiny renverse le régime sanguinaire du Shah d'Iran et sa révolution semble prometteuse.Les Ira-nien-ne-s expatrié-e-s membres du «Comité pour la liberté artistique en Iran» rentrent au pays et transmettent à Kate, qui militait avec eux depuis des années, «l'invitation urgente» de leurs soeurs et de leurs amies.Car chez les femmes Révolutionnaires iraniennes, l'euphorie fait rapidement place à l'anxiété ; le fanatisme religieux leur semble très inquiétant.Une fois sur place.Kate et son amie photographe, Sophie Kerr, assistent à la naissance d'un mouvement féministe qui se heurte immédiatement à la violence et à la haine : les meetings, les assemblées de masse, la première Journée internationale des femmes en Iran, les manifs des femmes contre le tchador, Kate et Sophie suivent tout jusqu'à leur arrestation et leur expulsion du pays.(Going to Iran.1979) Lise : Comment est née l'idée de ton dernier livre ?Es-tu partie pour l'Iran avec l'intention de l'écrire ?Kate : Non.Je pensais peut-être écrire un essai mais, une fois là, les événements se sont précipités à un tel rythme que ce livre s'est imposé.Going to Iran est un livre d'histoire, l'histoire la plus passionnante : celle qui se passe autour de soi et à laquelle on participe.Je me suis un peu inspirée, pour ce livre, de Norman Mailer et du «New Journalism".Il faut dire qu'avec tout ce qui nous est arrivé, à Sophie et à moi, j'avais de la matière : les manifestations, la répression de plus en plus forte, notre arrestation, notre emprisonnement et finalement notre expulsion du pays.J'avais lu beaucoup de récits de prisonniers politiques mais je dois dire que, pendant ces moments où nous ne savions pas ce qui allait nous arriver et si nous nous en sortirions, j'ai compris comme jamais auparavant à quel point l'être humain est fragile devant le pouvoir de l'État Pendant que j'écrivais ce livre, il y a eu en Iran la prise des otages de l'ambassade américaine, et ils étaient détenus depuis longtemps déjà quand je l'ai terminé.Going to Iran a été refusé par 13 éditeurs qui avouaient sans honte «détester les Iraniens».Ironiquement, c'est la maison Coward qui a finalement eu le courage de le publier (coward veut dire lâche ' N.d.T.).Le commencement de la honte, c'est le commencement de la fin.LA VIE EN ROSE 32 octobre 1984 Je pense que les asiles de fous sont des prisons et la psychiatrie, une énorme industrie de contrôle social.Sylvie : Est-ce quécnre te semble plus facile moms douloureux d'un livre à l'autre, avec I expérience 7 Kate : D'une certaine manière, oui.Le problème, c'est que je finis toujours par me heurter à de nouveaux tabous et qu'en fin de compte, ce n'est pas vraiment plus facile.Par exemple, les tabous du Looney-bin trip9 -c'est le titre de travail de mon prochain livre sur mes mésaventures avec la psychiatrie -sont très différents de ceux d'En vol Tout le monde a une expérience sexuelle, mais ce n'est pas tout le monde qui a un dossier psychiatrique Si tu perds la tête, tu perds en même temps toute crédibilité.Et si tu es une intellectuelle, si tu as emmagasiné des tas de choses dans ta tête, que tu en es fière.et que ça fait partie de ton identité depuis l'enfance, c'est une perte d'autant plus dévastatrice.Je pense que les asiles de fous sont des prisons.Dans ce livre, je m'attaque à la psychiatrie et à sa définition de la normalité et de la maladie mentale.La psychiatrie est une gigantesque industrie intimement liée à l'État, et dont la fonction est le contrôle social.Mais il est extrêmement difficile de dire cela aux États-Unis parce que les Américains ont une foi presque inébranlable en la psychiatrie.Ici.dès qu'on a un peu d'éducation, on a son psychiatre à 50Î la session et.à ce prix-là, on y croit Plus que tout autre peuple au monde, nous, les Américains, nous avons le ceneau lavé.Le contrôle social, nous l'appelons thérapie 9/ Looney-bin signifie littéralement «boîte à fou » Post-scriptum «.nous les Américains nous avons le ceneau lavé » Comme ça te ressemble, chère Kate, d'avoir la générosité de t'inclure dans ce nous.Tu n'as pas le cerveau lavé, loin de là.Tu as toute ta lucidité Et c'est justement pour ça qu'après ton premier, aucun de tes livres n'a été un best-seller.L'immense majorité de tes compatriotes ne se reconnaît pas dans ta résistance.Tu le sais Mais tu dis nous quand même.Tu n'es pas amère.Tu ne te désolidarises pas de la masse hypnotisée, bernée.Lucide, tu restes pourtant généreuse La lucidité, la générosité de la femme, de l'artiste.Tu dis nous.Pourtant, tu sais que.quand tu vas leur donner en pâture ton «Looney-bin trip», tous les médias de ton pays, tous ses laveurs de cerveau, tous ses contrôleurs sociaux vont s'empresser de répandre la Bonne Nouvelle : tu es folle - ils l'ont toujours dit - tellement folle que tu viens de l'avouer.Tu sais que c'est ça qu'ils vont dire, et qu'on va les croire.Parce qu'on a le cerveau trop vide, trop propre, trop stérile pour que puissent y germer un doute, une idée rebelle Tu es lucide et tu as peur.Mais même si tu sais ce qui t'attend avec ce livre, tu vas le créer quand même, le porter en toi, le donner au monde.Ils y verront une autre preuve de ta folie.Le risque, la folie de la femme et de l'artiste.Créer pour rien.Savoir qu'on donne et donner quand même La générosité Pour le patriarcat, c'est une faiblesse et une folie.Pour la femme et l'artiste, c'est une force et un espoir.Le patriarcat exploite parce qu'il est incapable de créer II est stérile parce qu'il n'a pas la force d'être généreux.Et toi.Kate Millett.tu oses affirmer que «le règne patriarcal achève» Ils peuvent bien dire que tu es folle.Nous te disons merci pour ta générosité et ton espoir.Nous allions faire une entrevue, nous avons fait une rencontre FIN Conception et réalisation : Lise Moisan et Sylvie Dupont.Traduction et rédaction : Sylvie Dupont.Photos : Colleen McKay octobre 1984 33 LA VIE EN ROSE IBÀUkANGltà riNANGGAL ,IGAY ANG AKATARU - BIGAY Al Douze jours ai Tribulations d'une Quel: Le 14 mai dernier, la majorité des forces populaires philippines réitéraient leur opposition au president-dictate l'atmosphère des deux se par Francinie Est-ce que ça vous impressionne?», me demande un jeune homme.Il est à peine 8 h.il fait 37° et 100% d'humidité.Campés dans un ravin poussiéreux devant l'usine de la Holland Milk, sous le regard gêné d'une statue de la Vierge soigneusement dressée dans un coin, une vingtaine de travailleurs philippins en grève nous observent.Il y a quelques jours, deux des leurs ont été tués et un autre sérieusement blessé par les militaires Pourtant, ça sourit ferme sur la ligne de piquetage et les chansons fusent, tantôt militantes, tantôt sentimentales Aux Philippines, les mots «solidarité internationale» ne sont pas des paroles en l'air mais, au contraire, une stratégie consciencieusement mise en pratique par la gauche révolutionnaire afin de bâtir des appuis à l'étranger Et cela explique pourquoi \e me retrouve - ainsi qu'un Américain d'Hawaï, un Philippin vivant aujourd'hui en Californie, un Chinois de Hong Kong, un Nèo-Zélandais, un couple irlandais et un autre norvégien, trois Malais, six autres Canadien-ne-s et 19 Japonais-e-s- sur des lignes de piquetage à Manille et dans d'autres lieux plus incroyables encore.Pour la plupart syndicalistes, journalistes, féministes et/ou étudiant-e-s.nous sommes invité-e-s par le KMU (Mouvement du 1" mai, fédération des syndicats de gauche) à tin-e de «délégation étrangère», c'est-à-dire pour agir à la fois comme obser-vateur-e-s et.dans une certaine mesure, comme leur garantie de sécurité, juste à la veille des importantes élections du 14 mai dernier.Le cas de la Holland Milk n'est pas unique ; il y a des milliers d'histoires de ce genre aux Philippines Mais Smokey Mountain restera peut-être le plus «vif» de mes souvenirs.Car «la montagne fumante» - ou «cent ans d'ordures», nous dit Father Mike en approchant du site- est le dépotoir de la ville de Manille.Plus saisissante encore que l'odeur ou les mouches, reste la vision de centaines de cubicules de tôle ou de carton presque proprement étalés sur un flanc de cette montagne de déchets fumants.Cinq mille familles vivent là, pour une raison bien simple : hommes, femmes et enfants gagnent leur vie à récupérer tout ce qui est récupérable : vieilles boîtes de conserve, toiles, bouteilles, paniers.qu'ils revendent ensuite au recyclage Parfois, ils trouvent aussi de quoi se nourrir dans ce LA VIE EN ROSE 34 octobre 1984 \r}ALIK ANG M64 TINANGGAL w/ i.WAY ANG AKATARU - IBIGAY AI nu Tiers-Monde Piquet de grève devant l'usine Philec à Manil tjécoise aux Philippines leur des Iles, Ferdinand Marcos, en boycottant des élections législatives plus ou moins truquées.Quelle était semaines précédentes ?ie Pelletier fouillis d'objets indésirables.C'est ainsi que Smokey Mountain constitue une mini-sociètè où l'on travaille, mange, fait l'amour, élève des enfants et meurt.Entre deux piles de butin, une femme se fait tranquillement poser des bigoudis ; un peu plus loin, une enseigne comme on en voit partout annonce «Anita's Cantine».Imelda Marcos, femme du président et.comme par hasard, maire de la ville, a beau vouloir reloger ces gens dans des «communautés modèles», au moins 40% d'entre eux Si reviennent : ils ne retrouvent ni leur milieu i g social ni.surtout, de travail dans ces i < endroits toujours trop éloignés.j «C'est bien que les touristes voient ça».\ nous dit une femme à qui nous demandons ° la permission de la photographier.Ou, S comme disent les habitants de Tondo.un i bidonville de Manille, réputé pour son organisation militante : «Nous ne sommes pas d'accord avec la théorie selon laquelle nous serions insupportables à la vue.» C'est que Smokey Mountain ou Tondo ne témoignent pas seulement de l'endurance humaine, ce sont aussi des exemples de la grande politisation des Philippins.Tous ceux et celles dont nous demandons l'avis sur les élections prochaines répondent : «Boycott !» En d'autres mots, ces Philippin-e-s s'opposent à la dictature de Ferdinand Marcos, au gouvernement américain qui l'a mise en place, à l'exploitation et à la répression qui en résultent.Partout où nous allons, en ville ou en campagne, chez les laïcs ou les religieux, chez les hommes ou les femmes, chez les pauvies ou les moins pauvres, nous voyons transparaître le même phénomène : un pays saisi par la volonté et le courage de milliers de gens qui.chacun à leur manière, travaillent à ce que ça change.C'est peurt-ètre ce qu'il y a de plus impressionnant aux Philippines.Justice for Aquino, Justice for Ail Si cette détermination politique, aussi bien articulée que sentie, est aussi palpable, c'est beaucoup à cause de l'assassinat, le 21 août 1983.de Benigno Aquino.1 me confirme l'une de mes nombreuses interlocutrices.Aquino, «qu'on aurait facilement oublié s'il était mort d'une crise cardiaque», est devenu le héros national, qui symbolise tous les assassinats, toutes les injustices, tous les crimes perpètres par le régime depuis près de 20 ans et plus particulièrement depuis 1/ Voir La Vie en rose, janvier 1984 : «Dictature dans les îles», par Francine Pelletier, p 49 octobre 1984 35 LA VIE EN ROSE que Marcos imposa la loi martiale en 1972.Pour plusieurs, la mort un peu trop spectaculaire de cet ex-sénateur revenu au pays pour tenter la «réconciliation nationale» a été un abrupt réveil aux réalités du pays.C'est notamment le cas des hommes d'affaires et des fonctionnaires qui.du jour au lendemain, manifestaient tout de complets vêtus dans les rues chic de Makati." s'organisaient en comités, parlaient de renverser le dictateur.Mais, de façon générale, cela a été la goutte qui a fait déborder le vase.Car, depuis 1979, sévit une crise économique qui a fait dégringoler la valeur du peso à deux reprises, a causé une inflation et un chômage sans précédents et a littéralement paralysé l'exportation dont dépend l'économie philippine.Plus que la répression - ce sine qua non dune dictature- l'économie aura donc fini par être le talon d'Achille de Marcos.Car la crise vient démentir toutes les promesses faites à la classe moyenne, une classe qu'on n'a ni ignorée, ni exploitée, ni réprimée comme on l'a fait des plus pauvres.Dans le plan économique de Marcos, les paysan-ne-s et les dèfavorisé-e-s des villes devaient être «sacrifiés» pour permettre ce qu'il Un leepney particulièrement bariolé appelait «le développement par en haut».La mort d'Aquino n'a pas fait qu'aggraver la crise économique - c'est alors que les investisseurs étrangers ont fui comme des coquerelles - elle a donné Marcos en pâture à tous les secteurs de la population.La crédibilité du régime, en dégringolade depuis quelques années déjà, fut alors atteinte à un tel point que le gouvernement des États-Unis, inquiet pour ses bases militaires et pour les intérêts économiques américains, imposa la tenue d'élections «libres, honnêtes et propres» Bien sûr, tout comme les élections au Salvador et au 2/ Le Wall Street de Manille.3/ Tiré de Demonstration Elections.«United States staged elections in the Dominican Republic.El Salvador.Vietnam and the Philippines».Il m'est impossible de compléter la référence de ce texte dont j'avais noté des extraits ; juste avant l'atterrissage à Manille, nous eûmes la consigne de jeter tout document «compromettant», pour éviter les problèmes avec la police et la douane philippines Actualité Guatemala plus tôt cette année, les élections philippines du 14 mai auront été essentiellement «un exercice de relations publiques soigneusement orchestré par une puissance étrangère, les États-Unis, afin d'influencer sa propre population»Bref, une campagne de propagande privilégiée par l'administTa-tion Reagan désireuse d'obtenir les appuis nécessaires à la poursuite de sa politique de «bie business and big guns».On a beau faire miroiter les «valeurs démocratiques» ainsi qu'envoyer des observateurs - qui trouvent immanquablement que les élections sont une bonne affaire - un fait demeure : les États-Unis ont souvent contribué à remplacer des régimes démocratiques par des régimes de mesures de guerre: le Brésil en 1964.le Chili en 1973.le Guatemala en 1954.les Philippines en 1972, la Thaïlande en 1975.la Turquie en 1980 Le gouvernement américain, au fond, ne tient qu'à trois choses : que le régime en question soit anticommuniste.4 qu'il soit disposé à être guidé par la politique américaine et qu'il traite avec considération les multinationales et les investisseurs étrangers Si c'est le cas.les élections lui importent peu: «Les États-Unis appuient ces régimes non seulement lorsqu'il n'y a plus de démocratie mais même lorsque des milliers de gens sont terrorisés et torturés.»5 From Tarlac to Tarmac Les Philippins savent tout ça C'est pourquoi ils ne ratent pas une occasion de crier leur mécontentement Seulement dans le mois qui suivit l'assassinat d'Aquino, 165 démonstrations de masse ont eu lieu dont la plus fameuse, «From Tarlac to Tarmac», a réuni un demi-million de personnes et a couvert 1 50 kilomètres, de la ville natale de Benigno Aquino au nord de Manille jusqu'à l'aéroport où il a été tué.D'ailleurs, les manifestations aux Philippines ne durent pas quelques heures, elles prennent au moins toute la journée.On n'y marche pas.on jogge : imaginez 50 000 personnes qui spontanément se mettent à courir dans la rue 1 On ne se limite pas à une ville, on manifeste à travers le pays ; mieux encore, on traverse le pays - tout au moins l'île principale de Luzon ou celle de Mindanao au sud - .à pied ou en «jeepney», ces véhicules typiquement philippins.6 Ce sont 4/ Portant un toast à Margaret Thatcher, il y a quelques années.Reagan déclarait : «Il faut voir loin, voir à un temps où il n'y aura pas de communistes Un temps où le monde se souviendra de nos adversaires seulement pour avoir participé à un triste et plutôt bizarre chapitre de l'histoire humaine » New York Times.5 avril 1981 5/ Tiré de Demonstration Elections ibid 6/ Sorte de jeeps allongées et superbement bariolées.les fameux «lakbayan» et «sakbayan» qui exigent une interminable organisation et obligent les manifestant-e-s à se réfugier dans les églises, la nuit, par mesure de sécurité.Les groupes participant à ces diverses manifestations sont aussi incroyablement nombreux C'est à en perdre la tête quand on essaie de se tracer un petit organigramme 1 Mais on comprend vite que c'est la prolifération qui importe, autant pour des raisons de sécurité (on ne sait plus très bien qui est qui) que pour la mobilisation à la base À noter aussi : on s'organise toujours par «secteurs», c'est-à-dire par groupe socio-économique : étudiant-e-s, paysan-ne-s.travailleurs-euses.reli-gieux-euses.professionnel-le-s Mais quel que soit le groupe, la question centrale demeure: « Dismantle the US-Marcos Dictatorship»7.Ce qui peut surprendre, par contre, c'est l'appui évident accordé à la NPA (National People's Army), c'est-à-dire à la guérilla, qui depuis 1968 n'a fait qu'accroître son efficacité et son importance.Ne l'appelle-t-on pas, sourire en coin, les «Nice People Around»8 7 Mais la NPA, c'est en fait l'armée du Parti communiste, un parti très underground dans un pays très catholique.C'est aussi une véritable armée qui joue dur.Comment expliquer une telle sympathie populaire 7 «Je ne serais pas une «Filipino» si je n'appuyais pas la NPA».me répond une dame très bien mise, bourgeoise de toute évidence, en attendant le début dune réunion du WOMB (Women to Ouster Marcos and Boycott).Une autre, qui en 1976 s'est jointe à la guérilla en y amenant sa fille de deux ans, déclare sans ambages : «C'est la plus haute expression de la lutte » Bien sûr, il y a une part de romantisme, pour ne pas dire d'héroïsme, dans le fait de devenir une hors-la-loi, dans le maquis, en mission dangereuse, soumise à une discipline rigoureuse Mais si la NPA reçoit un appui aussi enthousiaste que répandu, c'est qu'elle accomplit un travail essentiel et de façon assez impeccable.Tout le monde sait, y compris Marcos et l'administration Reagan, que la gauche révolutionnaire est la plus grande menace pour le gouvernement actuel comme pour les intérêts américains.C'est d'ailleurs la seule faction politique que les États-Unis ne sont absolument pas prêts à voir comme solution alternative à Marcos.II se peut que nous ayons - en Amérique du Nord comme en Europe - des réticences face à une solution violente et à une manière passablement masculine de régler les conflits.Mais il faut bien se dire que 7/ Démantelons la double dictature de Marcos et des États-Unis 8/ Littéralement gentilles personnes autour1 octobre 1984 36 LA VIE EN ROSE «dans le Tiers-Monde, la pauvreté et la répression sont extrêmes et il serait arrogant pour nous qui sommes sur le «dessus» de dire aux gens «en dessous» qu'ils ne devraient pas prendre les armes Leur résistance armée est toujours compréhensible et mérite notre plein support, le système créant la pauvreté et l'impuissance étant bien plus obscène que l'acte d'un guérillero.9 Théologie de libération dans les barrios Ce qui aide davantage à comprendre l'engagement révolutionnaire du peuple, ce sont tous ces religieux et surtout ces religieuses qui.loin d'être cloitré-e-s dans leurs institutions respectives, sont parmi les personnes les plus engagées et les plus touchantes que nous avons pu rencontrer.Elles sont certainement en partie responsables du fait que les Philippines sont aujourd'hui arrivées à un point de non-retour, c'est-à-dire au renversement sans doute assez rapproché du présent régime et à l'instauration sans doute assez éloignée d'une véritable démocratie populaire.Car c'est à ce clergé de gauche qu'on doit les fameuses «communautés chrétiennes de base», ce concept issu de Vatican II qui a littéralement changé l'allure du pays, surtout depuis l'imposition de la loi martiale en 1972.Le point de départ de ces groupuscules formés à partir des quartiers populaires (en ville) et des barrios (en campagne) est la lecture de la Bible, ou plus précisément de ses «aspects libérateurs» Mais les besoins matériels des gens étant considérés au même titre et même avant leurs besoins spirituels, il en résulte une véritable réorganisation sociale qui va parfois jusqu'à la création d'écoles autonomes.Mais quel esprit anime ces soeurs pas comme les autres, peu appuyées par la hiérarchie catholique, ou protestante, et toujours minoritaires, mais dont l'impact est indéniable 7 Une religieuse explique «Mon implication dans la lutte pour la libération ne m'a pas fait perdre la foi mais, au contraire, l'a purifiée Petit à petit [.], j'en suis arrivée au point où je peux laisser à Dieu la liberté d'être ce qu'il est et, même, la liberté d'être ou de ne pas être 11 n'a pas besoin d'être là parce que ma sécurité en a besoin [.] Une nouvelle communauté est en train de naître ici, à partir de la base, d'en dessous, et ma place, aussi modeste soit-elle.est là.»10 «Ail this virtue is getting me down !»," déclare mi-figue mi-raisin le délégué irlan- 9/ Chris Brazier, «Looking Beyond Violence».New Internationalist.|uin 1984.10/ Cité dans l'entas, périodique philippin de gauche, mai 1984 11/ «Tout ce zèle finira par me déprimer !» octobre 1984 dais après dix jours de visite de bidonvilles, de lieux de grèves et d'une prison, de réunions, de «briefings», de conférences et de manifs.(On nous avait avertis qu'aux Philippines, on vit six semaines en deux.) Il faut dire que tous les Philippin-e-s rencon-tré-e-s semblent tellement efficaces et impliques - on retrouve les mêmes personnes dans deux ou trois groupes différents- qu'on pourrait se demander ce qu'ils et elles font de travers ! Toujours la question des femmes Lors d'une réunion bilan, les délégués irlandais et américain font l'observation que toutes les femmes qui nous accueillent et nous encadrent, dont le travail est fort apprécié, ne semblent pas bénéficier du même rôle d'avant-plan que leurs collègues masculins.Et ils le déplorent.Bien que les femmes philippines soient loin d'être invisibles ou passives, les deux «John» viennent de toucher un point sensible, à voir le silence gêné qui suit leur remarque La question des femmes est toujours épineuse mais peut-être l'est-elle encore plus dans un pays qui a tellement d'autres chats à fouetter.À un moment si explosif de leur histoire, alors que chacun et chacune se sent renforcè-e par la lutte collective, les hommes philippins n'ont sans doute pas très envie de se rabattre eux-mêmes le caquet en s'avouant «oppresseurs», pas plus que les femmes d'ailleurs en se reconnaissant «victimes».«Il y a un mythe aux Philippines selon lequel les femmes sont les égales des hommes».Les meilleurs hommes du pays 1.dit-on souvent.Cela ne nous aide pas à aborder la question des femmes ; on est encore à faire valoir qu'elle existe.» Remy est membre fondatrice de Pilipina.l'un des rares groupes de femmes à se dire et à adopter une orientation féministe.Il faut dire que le mot fait encore peur.Il a trop longtemps été associé aux images créées par les mass-media : des libertines qui prennent plaisir à brûler leurs soutiens-gorge, des hystériques, des frustrées, des lesbiennes.De plus, tout ce qui vient de l'Ouest suscite une assez grande méfiance.Or, les Philippines sont très décidées à développer leur propre analyse, selon leur propre réalité, et qui oserait leur dire qu'elles ont tort7 Cette analyse sera sans doute la priorité de Gabriela, une nouvelle fédération de groupes de femmes mise sur pied en mars dernier pour encadrer la mobilisation croissante des femmes, particulièrement depuis la mort d'Aquino.Dans un premier temps, il s'agit surtout de rassembler et d'unifier des groupes dont l'orientation peut sembler assez différente : outre Pilipma et Kalayan (liberté), résolument féministes, la majorité des groupes, tels que WOMB, WOMEN (Women in Media Now) etNOWRP (National Organization of Women Religious 37 Religieuses manifestant le 1" mai of the Philippines) ont des préoccupations essentiellement nationalistes.«C'est que tout le monde veut faire de la politique, poursuit Remy.Mon plus grand souhait est que nous arrivions à aborder la question des femmes à l'intérieur de Gabriela.Moi, il m'a fallu me rendre à une conférence en Suède en 1974.où d'ailleurs je défendais allègrement la «nécessité de lutter avec les hommes», pour me rendre compte qu'en 12 ans de militantisme, je n'avais jamais parlé à une femme comme une femme.Plus tard, j'ai organisé des rencontres avec des femmes de Tondo.Pour la première fois, nous parlions non pas d'eau, d'électricité ou de nourriture mais de nous-mêmes.Il faut parler de nous.Quand nous entendons des hommes nous accuser de diviser la lutte en nous penchant sur nos problèmes, ou la fille de notre plus grand historien dire en pleine assemblée «Pourquoi perdons-nous du temps à discuter ces affaires de femmes 7», nous savons qu'il faudra être patientes.» Non, le privé n'est pas encore chose politique aux Philippines.Il faut dire que la lutte des femmes, quand même amorcée au début des années 1970 avec la création d'un premier groupe.Mahibaka, a été brutalement suspendue, comme bien d'autres luttes, par la proclamation de la loi martiale.Mais si, depuis 12 ans, la «libération nationale» - et tout ce qui s'y rattache : conditions de travail, droits humains, antinucléaire, etc.- a fait d'énormes progrès, on ne peut pas encore parler d'un véritable mouvement de femmes.Pourtant, toutes les femmes interrogées prévoient, optimistes, l'émergence d'un mouvement dont Gabnela pourrait être le premier jalon.Et elles possèdent un tel bagage politique, en termes d'analyse, d'expression et d'organisation, qu'on a tout de suite envie de les croire.Elles s'entendent aussi pour ne pas isoler la question des femmes de la question nationale.«Les deux doivent être menées simultanément», affirme Nelia.organisatrice d'un réseau de garderies.Pointe ici le scepticisme d'une féministe nord-américaine.Après tout, le mouvement féministe n'a-t-il pas pris son envol à partir du moment où il a imposé le principe de son autonomie ?Mais le féminisme, en Amérique du Nord, n'a jamais été en com- LA VIE EN ROSE Une aune bovcotteuse pétition avec la simple survie, ni même avec un mouvement politique aussi vigoureux, aussi populaire et j'oserais dire aussi progressiste que lui-même.Si cela avait été le cas.où en serions-nous aujourd'hui 7 Une leçon d'humanité Et puis, s'il y a une chose que les Philippines vous apprennent, c'est à mettre les choses dans leur contexte.Jamais, au cours de ce séjour, je n'ai l'impression de faire face à une idéologie pure et dure, à des expressions toutes faites, à des perroquets Plus appréciable encore - et cela m'aide à percer le m\ stère de la politique philippine - les gens semblent plus à l'aise dans la contradiction, ou la divergence, que nous le sommes généralement.Par exemple, deux mois avant le scrutin du 14 mai.une partie importante de l'opposition traditionnelle, qui s'était ralliée au mouvement de boycott, décidait néanmoins de se présenter aux élections On aurait pu s'attendre à ce que ses candidats se fassent traiter de tous les noms, au moins d'opportunistes et de petits-bourgeois (on ne peut pas dire qu'ils ne l'étaient pas un peu !), se fassent accuser d'affaiblir le boycott ou.simplement, qualifier de naïfs Rien Interpellé là-dessus, le sénateur Tanada.patriarche vénéré de la politique philippine, ex-avocat de Benigno Aquino et fervent défenseur du boycott, répond : «Vous savez, les Philippins adorent la fonction publique, c'est quelque chose qui nous est resté des Espagnols.» Sans doute, mais d'où vient cette compréhension, cette tolérance 7 Du fait d'être orientaux dans l'âme, mais latins par tradition et américains par habitude, c'est-à-dire habituè-e-s aux contradictions 7 Partout dans Manille, d'énormes panneaux publicitaires affichent une image on ne peut plus kètaine de la famille normale -papa, maman, deux beaux enfants, aux traits plus occidentaux qu'orientaux - et demandent: «À seulement 188 pesos par mois, pouvez-vous vraiment leur refuser une tèlè couleur ?» Ou est-ce.après la théologie de la libé- ration, provenant essentiellement d'Amérique Centrale, l'élaboration de la «théologie de la lutte» qui inspire tant de latitude 7 Cette philosophie philippine se résume aux faits que les problèmes ne se règlent pas du jour au lendemain, que la lutte sera longue et que tout événement fait partie d'un processus.Alors, aussi bien en prendre son parti.(Nous, il nous faut aller en thérapie pour apprendre la même chose !) 11 faut dire aussi que les Philippines, contrairement à plusieurs pays latino-américains par exemple, ont déjà connu la démocratie, il n'y a pas plus de 20 ans.Bien sûr.ce n'était pas «le Pérou», mais quand on connaît bien ses droits fondamentaux, on est peut-être plus prèt-e-s à mettre le temps et la patience nécessaires pour les retrouver.La tolérance des Philippin-e-s ne s'e.xpli-que-t-elle pas.finalement, par le fait qu'on est ici au Tiers-Monde 7 Dans un pays où les vidanges débordent des trottoirs, où l'odeur de pourriture nous assaille, où la chaleur nous accable, où le bruit ambiant est phénoménal, où la promiscuité humaine est frappante .mais où les magnolias et les hibiscus sont luxuriants et les gens impeccables de leur personne, où personne ne crie et tout le monde murmure, où l'on apprend à relaxer comme par instinct, où le rire est aussi un moyen de protestation, où l'on vous fait de la place là où il n'y en a pas toujours.Il y a là une leçon d'humanité difficile à oublier FIN En collaboration avec Mollv Kane La double torture des femmes I * histoire d'Hilda Narcisco corn-\ mence dans la nuit du 24 mars 1983.à Davao.capitale de la grande île de Mindanao, au sud des Philippines.Elle séjourne Lh depuis deux jours chez le pasteur Volker Schmidt, en attendant de trouver un emploi de catéchiste dans une paroisse, travail qu'elle a auparavant exercé à Manille Car.comme tant d'autres aux Philippines.Hilda Narcisco a choisi de travailler «parmi les pauvres».Elle vient de se coucher lorsque les militaires anrivent.Ils l'arrêtent ainsi que le révérend et ses associés, même sans mandat à cet effet,1 ils leur bandent les yeux, leur lient les mains et les mènent à un «safe house» pour interrogatoires C'est là surtout que Hilda est harcelée, brutalisée et, finalement, violée.«Ils ont essayé de me violer une deuxième fois, mais ils n'ont pas réussi : je me débattais trop.Alors ils m'ont jetée dans un coin, par terre.Un homme a mis son pénis dans ma bouche, un autre me tirait les seins 1/ Hilda Narcisco apprit ensuite qu'un PCO (Presidential Commitment Order) avait été émis à leur égard : on pouvait donc disposer deux à volonté sans la moindre justification et le troisième essayait de mettre son doigt dans mon vagin.Je voulais vomir.J'avais tellement mal à la tête que j'ai pensé me la fracasser sur le plancher, pour que ça cesse.Je leur ai demandé : «N'avez-vous pas une mère, une soeur, une amie7.Qu'est-ce que vous ressentiriez si on leur faisait cela 7» Ils m'ont répondu que.bien sûr, ils seraient en colère.Et ils ont continué.Pendant tout ce tenjps, j'entendais les cris de mes compagnons qui résonnaient ailleurs dans la maison» Le lendemain, Hilda et ses compagnons sont emprisonnè-e-s.On les accuse de «subversion» et on leur fait un procès qui se termine en queue de poisson le 26 juillet 1983.faute de preuves.Ce qui ne les empêche pas de poireauter en prison jusqu'au 9 septembre suivant, alors que Marcos, à la veille de son anniversaire, les.gracie, l'humanité lui revenant annuellement ce jour-là.Il y a présentement près de 1 500 prison-nièr-e-s politiques aux Philippines et l'histoire de Hilda Narcisco n'est qu'une parmi tant d'autres.Est exceptionnelle, par contre, la détermination de cette femme à dénoncer la «double torture» des détenues politiques.Dès le début de son emprisonnement malgré le souvenir de ce qu'elle a vécu, malgré la peur et l'humiliation qu'elle devrait sûrement subir à nouveau, elle exige qu'une accusation de viol soit portée contre ses agresseurs.Car.selon elle : «Le viol est chose trop fréquente pour les détenues politiques.Je ne peux accepter qu'on nous vole notre dignité de cette façon».Et puis, les conséquences d'une telle expérience sont énormes.Hilda Narcisco en est sortie physiquement, psychologiquement et peut-être surtout «spirituellement» atteinte : «Je me suis beaucoup demandé où était Dieu à des moments pareils Habite-t-il les militaires 7 Habite-t-il même les hommes qui se battent pour la justice, la démocratie et la liberté7.» Depuis.Hilda Narcisco prépare un livre sur les femmes et la torture aux Philippines et cherche les appuis nécessaires pour faire débloquer un procès auquel elle tient toujours et dont l'aboutissement serait une victoire majeure pour les femmes.Aux lettres et aux dons déjà parvenus des s États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Aile- g magne et de l'Australie, vous pouvez ajouter < les vôtres : Victor J Helly.Xavier House.P.O.% Box 2122.Manila 2800.Philippines FIN F.P.2 selon les informations de g Danièle Lacourse S LA VIE EN ROSE 38 octobre 1984 -ecologie- Choristoneura la tordeuse ans mon article du mois dernier sur la pollution du fleuve Saint-Laurent, je terminais en disant que nous ne devons pas laisser, les yeux fermés, les gouvernements protéger notre santé.S'il est un domaine où les écologistes ont les yeux bien ouverts, c'est certainement celui des arro- sages chimiques contre les insectes ravageurs de la forêt L'un deux, connu sous le vocable poétique de «tordeuse des bourgeons de l'épi-nette», se nomme en latin : «Choristoneura fumiferana» N'hésitant pas à afficher davantage mon érudition, j'irai même jusqu'à dire qu'en réalité Choristoneura ne s'attaque pas seulement aux épi-nettes, mais aussi et surtout au sapin baumier.Tordeuse de profits À cause de l'importance économique du sapin baumier.dont le bois est utilisé par les compagnies de pâtes et papier, cette savante approche nous incite à conclure que notre amie Choristoneura a mal choisi son garde-manger À cause d'une question de gros sous, et parce que l'industrie forestière ne badine pas avec ces sales insectes, le ministère de l'Énergie et des ressources du Québec (MER) dépense depuis plus de dix ans des fonds publics pour arroser copieusement les régions touchées par cette «pôvre petite bète» avec des produits chimiques qui sont en eux-mêmes - c'est là le hic - bien plus dangereux que tous les insectes parasites réunis.Résultats 7 Des études révèlent qu'il y aurait un lien entre des maladies graves comme le syndrome de Reye ou le syndrome hémolytique et urèmique (SHU) et les arrosages chimiques Inutile de dire, ce sont des êtres humains faits de chair et d'os qui souffrent de ces maladies Choristoneura, elle, a la vie dure.Conscients que des arrosages chimiques ne viendraient jamais à bout d'une population de «tordeuses» dans une région donnée, les écologistes - encore eux - nous ont avertis que les «populations résiduelles» (comprendre les tordeuses ayant survécu aux arrosages) seraient d'autant plus tenaces que la disparition de leurs consoeurs allait augmenter leur accès à la nourriture, faute de compè- oclobre 1984 par Magali Marc* tition C'est ainsi que les écologistes prédisaient l'apparition d'une «super-tordeuse».une Choristoneura plus grosse, plus résistante, se reproduisant plus efficacement.Et vlan1 La reprise, en 1981.de l'épidémie que le ministère de l'Énergie et des ressources pensait avoir enrayée en arrosant depuis 1973 donna raison aux ècolos Les arrosages n'avaient fait qu'empirer la situation Une bonne fille ! Il faut dire, pour être juste, que Choristoneura n'est pas la petite peste qu'on voudrait nous faire croire Malgré qu'elle fasse l'objet de la réprobation de ceux dont le premier objectif est le profit.Choristoneura est reconnue par les écologistes, ces empêcheurs d'arroser en rond, comme un insecte qui a un rôle important à jouer dans l'équilibre écologique.Parfaitement 1 Ce rôle 7 S'attaquer aux maillons faibles, aux arbres devenus trop vieux, pour faire de la place et permettre aux forêts de se régénérer Sans les interventions humaines de coupe à blanc et de déboisement abusif.Choristoneura remplirait gentiment son rôle de régénératrice, disparaîtrait, réapparaîtrait selon un cycle qui lui est propre et tout le monde serait content.Mais voilà, l'industrie des pâtes et papier a toujours eu carte blanche pour exploiter les forêts québécoises.Les industriels se sont servis, ont déboisé le pays à tire-larigot et se plaignent maintenant que Choristoneura menace leurs profits.Parce que les écologistes s'opposent aux èpandages annuels de fénitrothion et de matacil (les deux insecticides utilisés) depuis plus de dix ans.on aimerait faire croire au public qu'ils se fichent royalement des emplois générés par l'industrie forestière Beaucoup perçoivent encore les écologistes comme des «granolas» amoureux de la nature qui ne songent qu'à protéger les arbres et les petites fleurs Pourtant, l'homologation récente d'un insecticide biologique, le Bacillus tburiengensis (qui a été depuis utilisé avec succès par Environnement Canada), est le résultat de la lutte menée par ces mêmes écologistes pour faire en sorte que le MER.s'il veut arroser, le fasse avec des produits inoffensifs pour les humains.S'il persiste à le faire avec des produits chi- miques dangereux, c'est moins à cause de leur efficacité, loin d'être évidente, qu'en raison des pressions des compagnies productrices d'insecticides chimiques, qui n'acceptent pas d'être supplantées par les producteurs d'insecticides biologiques Ainsi, à l'hiver 1982, quand les groupes environnementaux participaient plus nombreux que jamais aux audiences publiques du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, pour s'opposer au programme d'arrosage du MER.des bruits couraient que celui-ci avait déjà fait sa commande d'insecticides chimiques pour arroser les forêts au printemps 1983 Le processus de «consultation du public» devenait donc une sinistre farce puisqu'en réalité, le MER avait déjà fait son lit.Pire encore : non seulement le ministère de l'Énergie et des ressources persiste à utiliser des fonds publics pour financer de coûteux programmes d'arrosage chimique auxquels les groupes environnementaux s'opposent mais, de plus, il paye des annonces dans certaines revues spécialisées comme Forêt et consenation afin de faire CTOire au public que ces arrosages chimiques contre la tordeuse sont nécessaires Pendant ce temps, les groupes de pression tentent péniblement de ramasser leurs petits sous pour faire contrepoids à cette propagande trompeuse Pénible contradiction que d'avoir, par le biais de nos forêts, à convaincre les gens du bien-fondé d'un programme contre lequel nous nous opposons de toute nos forces 1 Reste à savoir quels seront les résultats des audiences publiques convoquées en août et septembre derniers, malgré les protestations véhémentes des groupes participants qui estimaient n'avoir pas assez de temps pour bien se préparer.En effet, le MER.toujours peu respectueux des procédures de consultation, n'a rendu public qu'en juin dernier son programme d'arrosage pour les années à venir Cela ne laissait aux intéressés qu'une courte période estivale pour étudier les «briques» du MER et le rapport de la firme Marsan sur les impacts des arrosages chimiques.Ce genre de mépris n'étonne plus, on s'y fait FIN Magali Mare est co-prèsidente de la Société pour vaincre la pollution (SVP).LA VIE EN ROSE 39 Actualité Les femmes et la production alimentaire mondiale de la terre Réunies à Guelph, en Ontario, en juin dernier, près de 200 productrices agricoles du monde entier ont critiqué le système de production alimentaire et les politiques essentiellement mâles de « l'aide au développement ».Exceptionnellement, La Vie en rose avait accès à ces débats.LA VIE EN ROSE par Carole Beaulieu 40 octobre 1984 n agriculteur de la planète sur deux est une agriculteure1.Des rizières de l'Asie du Sud-Est jusqu'aux terres dévastées d'Afrique, en passant par les fermes du Québec, partout, ce sont des femmes qui produisent 60% des vivres consommées au foyer2 En Amérique latine et en Afrique subsaha- rienne, les femmes constituent de 50 à 90% de la main-d'oeuvre agricole, mais ne possèdent même pas 1% des terres'.Rares sont celles, d'ailleurs, qui reçoivent un salaire pour leur travail, celui-ci n'étant même pas inclus dans le produit national brut4.Encore armées des seuls outils dont disposaient leurs grand-mères, le pot à eau et la bêche, la majorité des femmes du Tiers-Monde attendent encore le développement promis qui devait améliorer leurs conditions de vie 1 À l'approche de la conférence des Nations-Unies5, à Nairobi (Kenya) en juillet 1985, qui devra faire le bilan de la Décennie de la femme et du développement, un nombre croissant de voix s'élèvent pour dénoncer les politiques de développement «définies par des hommes, appliquées par des hommes et ne tenant pas compte de l'apport économique des femmes.»6 Réunies à Guelph du 15 au 17 juin dernier, lors de la première Conférence canadienne sur la femme et la production alimentaire, quelque 1 50 femmes du Canada et une vingtaine du Tiers-Monde se sont jointes à cette dénonciation du «màle- 1/ «Le grand silence des femmes rurales du Tiers-Monde».Agence France-Presse, mai 1984 2/ AFP.op.cit.3/ «Women, Land and Food production», par Jane Cuttingham et Marilee Karl.Isis International Bulletin.1979.4/ En 1979.79.9% des Mexicaines étaient classées comme inactives En fait.94.7% des femmes âgées de 12 ans et plus sont actives, principalement en agriculture, comparativement à 89.7% des hommes Pourtant à peine 17.5% reçoivent un salaire comparativement à 90.3% des hommes Women's Worth - Sexual Economics and the World of Women, by Lisa Leghorn et Katherine Parker.Routledge et Kegan Paul.1981.p.52.5/ En fait, il y aura plutôt deux conférences : l'une regroupera les représentantes des gouvernements membres de l'ONU et l'autre, parallèle, est organisée par des organismes non gouvernementaux (ONG) impliqués dans le développement et qui espèrent ainsi faire entendre la véritable voix des femmes.6/ «Development, a Mans World».Barbara Rogers Documentation de la conférence.7/ Des femmes du Nicaragua, du Bangla Desh.du Zimbabwe, du Brésil, de la Haute-Volta et des Antilles, entre autres, participaient à la conférence développement» et ont lancé un cri d'alarme.À moins que le rôle des femmes dans la production alimentaire ne soit reconnu et appuyé, l'industrie agro-alimentaire qui, encore en 1983.a laissé 15 millions d'enfants mourir de faim8, nourrira de plus en plus les riches, de moins en moins les pauvres et.surtout, de moins en moins les femmes.D'une terre à l'autre Quatre heures avant de s'envoler pour Guelph.Kathleen Kneen tondait encore ses moutons dans la ferme qu'elle exploite à Pictou en Nouvelle-Ecosse.Mauvaise saison pour une telle conférence que ce mois de juin, mois de la tonte et des foins.Mais les agriculteures canadiennes sont venues, même si elles ont dû engager gardienne et employé (une femme en agriculture en vaut deux, tout le monde sait ça !).8/ in Le Devoir.7 juillet 1984 À Guelph.les Québécoises ont été bien sollicitées, elles qui.en plus de l'Association des femmes collaboratrices, qui travaille auprès des femmes depuis dix ans, se sont donné récemment un Comité provincial des femmes en agriculture.Désormais reconnu à l'intérieur de l'Union des producteurs agricoles (UPA), le comité travaille à mettre sur pied des comités régionaux, dans tous les coins du Québec, afin de permettre aux femmes de se rencontrer pour réfléchir sur leur situation professionnelle.Ainsi, le comité prévoit travailler cette année en fonction de deux priorités : l'amélioration des sen'ices de garderie pour les femmes en milieu rural et un meilleur accès au crédit agricole pour les femmes.Les Femmes en agriculture font aussi des pres- Elles étaient donc une bonne vingtaine, près du quart des participantes à cette conférence organisée par le groupe de travail Femmes et développement du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCIC)9 et qui réunissait surtout des représentantes d'organismes d'aide Des usines de traitement de poisson de Terre-Neuve aux grandes exploitations des Prairies, elles sont venues dire leur inquiétude face à l'orientation de l'agriculture et leurs efforts pour obtenir une reconnaissance sociale, économique et professionnelle de leur travail.«Pour une fois qu'on nous invitait !» de dire une agriculteure du Québec.Elles, si peu consultées par les intel- 9/ Formé en juin 1983.le groupe de travail était à l'origine constitué de six femmes déjà impliquées dans des organismes non-gouvernementaux.De six.le nombre est rapidement passé à quarante .une preuve, selon les organisatrices, que le sujet est brûlant sions auprès du ministère de l'Agriculture du Québec pour qu'une femme y soit chargée de suivre la progression des revendications que l'étude de Suzanne Dion, Les Femmes dans l'agriculture au Québec.' avait mises en lumière : le droit au repos, plus de sécurité et d'autonomie financière, la pos-sibibté d'influencer le devenir de l'agriculture, etc.Selon l'Association des femmes collaboratrices, plus de 30 000 Québécoises travaillent en agriculture.Pourtant, à peine 7,3% d'entre elles ont le statut de productrice agricole qui leur permettrait de voter à l'UPA.FIN 1/ Les Femmes dans l'agnculture au Québec.Suzanne Dion Éd La Tenre de chez nous.1984 octobre 1984 41 LA VIE EN ROSE lectuel-le-s du développement, elles n'allaient pas manquer cette occasion ! Elles n'ont d'ailleurs pas raté cette chance de partager, avec leurs consoeurs des autres provinces et du Tiers-Monde, leurs efforts d'organisation même si.parfois, comme le soulignait l'Ontarienne Louise Myner.devant l'ampleur des problèmes des femmes du Tiers-Monde et la puissance d'un système de production alimentaire qui.entre 1970 et 1980.a laissé le nombre de sous-alimentè-e-s passer de 400 à 500 millions10, elles se sont demandé : «Comment faire le lien, comment engager la lutte 7» La malédiction du développement Un nombre croissant d'organismes internationaux s'entendent sur cette réalité : bien loin d'avoir amélioré le sort des femmes, les efforts de développement des dernières années ont rendu leurs conditions de vie encore plus pénibles, quand ils ne les ont pas dépouillées de leur gagne-pain".Le modèle de développement imposé par les pays industrialisés - concentration des terres, culture en fonction de l'exportation et non de la consommation locale (de façon à accumuler des devises pour rembourser la dette) - a eu des effets dévastateurs chez les femmes.Tandis que les hommes délaissaient les cultures vivrières pour produire les ananas et les bananes des multinationales, ou qu'ils s'embauchaient à bon marché dans les grandes plantations, les femmes se retrouvaient de plus en plus les seules responsables de l'agriculture de subsistance, souvent sur les moins bonnes terres.Déjà sans fin.leurs tâches se sont encore accrues : corvées d'eau et de ramassage de bois, irrigation des sols, surveillance des troupeaux, semailles et repiquage du riz.désherbage.récolte et vannage du grain, sans compter l'éducation des enfants et les travaux domestiques L'avènement, bref, de la triple journée de travail ! Outre cette augmentation des tâches des femmes, plusieurs études publiées récemment font état de véritables drames causés par l'ignorance des planificateurs.Par exemple, des femmes de Gambie ont perdu leur récolte littéralement «bulldozée» par la décision des techniciens du gouvernement de transformer ces terres en rizières12.10/ «Les terres du Tiers-Monde pour nourrir les peuples industrialisés», Le Monde, novembre 1982 11/ En Haute-Volta.le droit ancestral pour les femmes de cultiver une terre et de garder pour elles le fruit de leur travail a été aboli lorsque les rizières ont remplacé les cultures traditionnelles AFP.op.cit.12/ «Bulldozed.» The New Internationalist janvier 1984 D'autres, sur la Côte Ouest-africaine, ont vu s'évanouir le mince revenu qu'elles tiraient du commerce du poisson, à cause de la construction d'une gigantesque usine de réfrigération dont les profits iront aux multinationales".Bref, la liste des malédictions du «développement» s'allonge constamment.Et «l'aide au développement» est bien loin d'avoir arrangé les choses.Ainsi, en Afrique, même si plus de 70%14 du travail agricole est réalisé par des femmes, la presque totalité de l'aide au développement a été dirigée vers les hommes.Le labeur des femmes, aux champs ou dans la maison, n'étant pas reconnu comme «travail», les agriculteures du Tiers-Monde reçoivent rarement de l'aide technologique sous la forme de pompes à eau, d'eau courante, d'outils ou de meilleurs ustensiles.Depuis dix ans déjà, les évidences s'accumulent La faillite du développement, déjà consacrée par plusieurs organismes internationaux, est largement due au refus des planificateurs de tenir compte de l'apport économique des femmes.Si ce n'était pas si tragique, on pourrait presque en rire.Un monde d'hommes À Madagascar, des milliers de sarcloirs achetés par le gouvernement n'ont jamais été utilisés parce qu'ils sont trop lourds pour les femmes et que les hommes refusent de sarcler, activité qu'ils considèrent typiquement féminine1' Ailleurs en Afrique, des puits s'assèchent parce que les techniciens n'en ont expliqué l'entretien qu'aux hommes alors que ce sont les femmes qui sont responsables de la corvée d'eau.Des projets d'accroissement de la récolte d'un village de pêcheurs échouent parce que.après avoir donné de nouveaux filets aux hommes, on a oublié de donner de meilleurs outils aux femmes qui n'arrivent pas à traiter tout le poisson ainsi péché.Bon nombre des participantes à la conférence de Guelph.oeuvrant au sein des organismes d'aide, ne se gênent pas pour le dire : l'aide au développement est un monde d'hommes.Au Canada, même si 95% des travailleurs-euses des organismes d'aide sont des femmes, à peine quelques-unes d'entre elles siègent aux conseils d'administration des principaux organismes, et cela, depuis peu.«Chaque fois qu'on soumet des projets d'aide pour les femmes, des projets qui leur 13/ Women s Worth, op cit.p 46 14/ «Alimentation : produire plus ou s'organiser mieux».Croissance des jeunes nations, avril 1983.15/ AFP.op.cit donneraient un certain pouvoir, on nous dit : «Qu'est-ce que la libération des femmes vient faire dans le développement 7», me confie une bénévole de Développement et Paix.Mais n'écris pas ça dans la revue !» En effet, même si depuis 1975, Année internationale de la femme, les femmes sont devenues un sujet d'intérêt croissant pour les programmes de développement, cet intérêt ne s'est souvent traduit que par des programmes «ghettos».Comme le mentionnait une femme du Tiers-Monde, «les cours de couture et de nutTition, c'est bien beau.», mais quand on pense qu'au Botswana, par exemple.40% des familles16 sont supportées par une femme, il serait peut-être temps de penser à une autre forme d'aide.De là, d'ailleurs, l'un des objectifs de la conférence de Guelph : permettre aux femmes impliquées dans les organismes d'aide de réfléchir sur la question et de développer des stratégies d'action.Ces femmes ont d'ailleurs déjà senti le besoin de se regrouper et ont créé, en mai dernier, le Comité québécois femmes et développement (CQFD)17, qui vise principalement à organiser un réseau d'échange d'information entre les organismes de coopération internationale et les groupes de femmes.Une même exploitation Pas question donc, au cours de cette conférence, d'opposer «pays développés» et pays sous-développès.ou de parler de ce que les femmes «riches» du Canada peuvent faire pour leurs soeurs plus pauvres Comme le disait si bien une syndicaliste agricole de Tenre-Neuve, Mary Burge, dans l'émouvant discours d'ouverture de la conférence : «Des producteurs-trices de pommes de tenre de Terre- Neuve aux ouvrièr-e-s agricoles de l'île de Saint-Vincent, l'exploitation est la même, même si les contradictions sont moins évidentes dans les pays industrialisés.Le pouvoir est entre les mains des compagnies multinationales d'équipement aratoire, de transformation, etc.Ce sont elles qui décident de ce qui doit pousser sur nos tenes.pas les besoins de l'humanité, pas le nombre d'affamé-e-s.» Pour Mary Burge.comme pour plusieurs participantes à la conférence, le «développement» n'a été rendu possible que par le travail invisible, non payé des femmes.et il devient urgent que celles-ci s'organisent.Mais que faire contre les intérêts politiques et économiques qui, profitant du labeur gratuit des femmes, ont transformé la production alimentaire en un vaste 16/ «Women in Development», Forum, mars 1984 17/ Le comité a aussi pour objectif d'étudier et d'analyser les conditions socio-économiques des femmes dans les organisations de coopération et dans le Tiers-Monde LA VIE EN ROSE 42 octobre 1984 supermarché mondial au sein duquel les tenes des pauvres nourrissent les riches187 Que faire quand ces intérêts empêchent les femmes de participer aux planifications qui pourraient changer leur vie 7 Que faire surtout quand on s'appelle Marie Potvin, qu'on est déjà débordée avec sa ferme du Lac Saint-Jean, que cette conférence va nous coûter cher (à cause de la gardienne et de l'employé ').qu'on travaille déjà à organiser les femmes du Québec à l'intérieur du syndicat des producteurs.?Que faire quand on s'appelle Maria Olga Espinoza et qu'on essaie de faire pousser du grain dans un Nicaragua assiégé où des étrangers viennent brûler les garderies nouvellement bâties 7 Ou Judy Williams de la Grenade où.depuis l'invasion américaine, tous les programmes communautaires d'éducation ont été interrompus7 Chose certaine, et là-dessus tout le monde s'entend, il est urgent que les femmes s'organisent, qu'elles prennent tous les moyens pour forcer une reconnaissance légale et économique de leur apport à l'agriculture, que des pressions soient faites auprès des organismes d'aide pour que les pro|ets tiennent enfin compte de la réalité des femmes et, surtout, que les femmes tentent d'atteindre des postes décisionnels où elles pourront enfin participer à la définition des politiques agricoles1''.Une organisation internationale ?Déjà, le lendemain de la conférence, le Conseil canadien pour la coopération internationale prévoyait engager à mi-temps une animatrice qui s'occuperait d'assurer le suivi de la conférence.La nécessité d'améliorer les communications entre les productrices canadiennes et de développer des outils d'éducation (canevas de travail, grilles d'analyse) qui leur permettraient de mieux voir les liens entre leur situation et celles des femmes du Tiers-Monde demeure l'une des principales recommandations faites au terme de la conférence.Le groupe de travail Femmes et développement doit d'ailleurs se réunir cet automne pour revoir la vingtaine de stratégies d'action suggérées par les participantes et définir un plan d'action Déjà, on sait qu'il organisera un atelier sur les femmes et la production alimentaire lors de la conférence de Nairobi, et le travail d'organisation déjà réalisé au Québec (voir encart) n'a pas manqué d'intéresser les Canadiennes des autres provinces.18/ En Colombie, la production d'oeillets pour les Américains rapporte 80% de plus que celle du blé pour le marché local.«Food First».The New Internationalist 1984 19/ Le World Food Bank doit, entre autres, réviser cette année ses politiques alimentaires.Comment y faire entendre la voix des femmes 7 Pour plusieurs participantes, le projet de créer une véritable organisation internationale de productrices alimentaires au sein de laquelle les femmes du Tiers-Monde auraient une place prépondérante, n'a toutefois pas fait l'unanimité de la conférence Plusieurs, surtout parmi les femmes du Tiers-Monde, craignent en effet qu'une fois de plus, ce soient «des fonctionnaires et des intellectuelles» - «ces femmes qui ne savent pas ce qu'est marcher deux heures pour aller chercher de l'eau» -qui les y représentent Les participantes s'entendent toutefois sur lurgence de fournir aux familles les outils qui rendront leur travail plus efficace : la propriété de bonnes terres, des sources d'eau potable, des systèmes d'irrigation appropriés, l'accès au crédit et à la formation technique Si plusieurs hésitent encore à dire, com- finançaient».Succès de solidarité, la conférence de Guelph n'aura toutefois pas été le moment historique qu'avait souhaité Mary Burge Les femmes du monde ne vont pas, demain matin, s'unir pour renverser le système de production alimentaire.Mais ce qui.hier, n'était encore que des idées exprimées dans des études d'économistes féministes filtre lentement jusqu'aux productrices.Changement de sujet ?Pendant qu'une pluie fine vient noyer les dernières minutes de la conférence, des femmes à plus de 2 000 km de Guelph se battent pour obtenir des toilettes sur leur lieu de travail et un salaire supérieur à deux dollars de l'heure.Non, ce n'est pas dans le Bangla Desh de Kushi Kebir.Pas plus que dans les Antilles d'Elene Horne.C'est dans non-e «beautiful British Columbia» FIN me l'écrivaient Leghorn et Parker, que la «division sexuelle du travail est responsable de la faim dans le monde»20, elles conviennent que même une réforme agraire ne rendra pas justice aux femmes à «moins qu'une solide organisation de femmes ne fasse entendre sa voix.» Dangereuses les fermières ?Dangereuses ces fermières qui parlent de renverser tout le système de production alimentaire 7 Pas encore, selon Mary Burge.puisque des organismes comme l'ACDl ont accepté de financer la majeure partie des coûts de la conférence, soit quelque 48 000 $.le reste venant de contributions des groupes membres du CCIC et des participantes.Peut-êtTe plus qu'on ne pense, selon une des coordonnatrices de la conférence qui soutient que, au départ, les bailleurs de fonds ne «savaient pas tellement ce qu'ils 20/ Womens Worth p 45 Une Canadienne sur 16 Six pour cent des femmes canadiennes adultes sont agriculteures1.Selon une étude du Conseil canadien pour le développement rural, plus de 90% d'entre elles sont activement impliquées dans l'exploitation, et cela, pour une moyenne de 30 heures par semaine, sans compter une cinquantaine d'heures de travaux domestiques2 Même si l'enquête montre que la majorité d'entre elles se sentent bien là où elles sont, il semble qu'un nombre croissant (65% selon une étude de la National Farmers Union') veulent être reconnues pour leur travail, avoir leur mot à dire dans le devenir de l'agriculture FIN 1/ Farm Women Cultivate a Living, par Liz Willick Henzons.mai 1983 2/ «Rural Womens Study», Council on Rural Development Canada.1979 3/ 77ie Employment Practices of Farm Women par Susan Koski.1982, pour le National Farmers Union octobre 1984 43 LA VIE EN ROSE CJeudi 19 juillet 9 h du matin1 I est un matin comme les autres.I Je suis dans le même lit, avec I les mêmes chats, dans le même jaune soleil qui domine tout dans ma chambre, un jaune qui règne La fenêtre est ouverte, il a l'air de faire beau Comme c'est un matin vraiment comme les autres, la même radio vient de me réveiller.Je sais qu'il est 9 h parce que je l'ai programmée pour les nouvelles de Radio-Canada que j'écoute toujours entre deux eaux, au premier réveil qui femmes sont rtelles par Hélène Pedneault veut pas se réveiller parce que les rêves 'tirent trop fort vers la nuit.Parfois les nouvelles entrent par les parois poreuses du rêve et ajoutent des images au scénario qui est en train de se dérouler.Cette technique d'avant-garde n'existe pas encore au cinéma : chaque personne qui vit est en avance sur la technique Parfois, souvent, au deuxième réveil, je n'ai plus aucun souvenir des nouvelles que j'ai pourtant très bien entendues.Les rêves sont plus forts que les nouvelles Mais ce matin-là.la voix de l'annonceur crie plus fort.Enfin, il a la même voix que d'habitude, mais ce qu'il dit crie Personne ne crie à Radio-Canada, bien entendu.Ce qu'il dit me crie Le fil du rêve se coupe comme un cordon ombilical C'est douloureux quand c'est trop brusque.«La comédienne Denise Morelle a été trouvée assassinée hier dans un logement vacant de la rue Sanguinet».La voix de l'annonceur est pourtant aussi recto-tonale qu'hier qu'a-vant-hier.que l'année dernière.Aussi dépourvue d'émotion à cause de l'objectivité obligatoire établie par contrat.Les horreurs sont aussi des choses objectives.Elles entrent dans le réseau d'information de la même façon qu'un bulletin de météo.«La comédienne a incarné pendant quelques LA VIE EN ROSE 44 octobre 1984 années le personnage de Dame Plume dans la populaire série télévisée pour enfants La Ribouldmgue La première idée qui me vient à l'esprit est une évidence.Il ne faut pas sous-estimer les évidences, parce qu'en général ce sont les dernières à être vues et comprises Ce matin-là.le réveil trop récent ne me donne pas le temps de bâtir l'écran de protection habituel qui m'empêche de voir les évidences le reste de la journée.Je me dis tiens, voici une évidence : personne, de tous ceux et celles qui écoutent la nouvelle en même temps que moi.personne au monde, que ce soit un ou une féministe, un ou une anti-féministe, le pire macho qui soit ou la personne la plus objective du monde de l'information, personne ne pensera que c'est une femme qui a commis ce «meurtre crapuleux», comme disent les médias en mal de lieux communs Le monde entier sans exception, sans même un infime pourcentage de personnes en désaccord, pensera que c'est un homme qui a «fait le coup».Évidemment.La voici l'évidence.Je suis certaine que les gens ne pensent même pas qu'ils sont en train de vivre une évidence terrible, parce que c'est normal de penser que c'est un homme qui commet ce genre d'acte de cruauté et de sadisme envers une femme.Normal.Je me lève, je m'habille et je sors chercher les trois quotidiens Jeudi 19 juillet 9 h 30 du matin Seul Le Devoir n'a pas, à sa une, la photo de Denise Morelle.À la une de La Presse.dans la moitié inférieure, gros titre sur l'assassinat de 23 personnes par un tireur fou dans un McDonald aux États-Unis.Les journaux donnent plus de détails que la radio.En allant visiter un logement à louer.Denise Morelle aurait été surprise par un maniaque qui l'aurait assommée, battue, mutilée, étranglée et violée.En plein après-midi.Elle est morte le 17 juillet, on a trouvé son corps le 18, et nous sommes le 19.La police n'a aucune piste, les voisins n'ont rien vu.rien entendu Chaque personne, ce jour-là.parle de l'assassinat.J'en parle aussi parce que, quand je suis envahie par une évidence, elle m'obsède longtemps.Je n'ai pas envie de raconter en détail le contenu des commentaires que j'entends.C'est la même chose que d'habitude parce que c'est la millième fois qu'une femme se fait tuer de cette manière.On en parle plus parce qu'elle est connue, cette fois.Le mode d'emploi de ce genre de meurtre doit être dûment enregistré quelque part pour que des hommes différents l'utilisent avec la même atroce fidélité.Lundi 23 juillet milieu de la journée Je suis dans une tabagie de la rue Mont-Royal pour acheter des cigarettes, et juste sous le comptoir, à portée de ma main, je vois Alio Police et Photo Police Je les achète parce que je veux en savoir plus long, parce que la nouvelle me taraude depuis quatre jours et que j'essaie d'avoir moins peur en m'informant davantage.Je fais toujours ça Il me semble que ce qu'on sait en détail désamorce la peur.Comprendre, savoir.Dans ces deux journaux spécialisés, plusieurs pages sont consacrées à Denise Morelle Je regarde plus loin et je lis d'autres gros titres : «Ex-mannequin battue à mort au Mont-Tremblant», «Il n'accepte pas le divorce : il lance son auto dans le fleuve avec ses trois enfants à l'intérieur» Je tourne autour du pot parce que je sais que les détails macabres ne manqueront pas Mon père achetait Alto Police chaque semaine, et je faisais les mots croisés 25 x 25 en ayant l'air de ne pas lire ce qui précédait parce que j'étais trop jeune pour savoir que la misère humaine prend parfois des formes insoutenables Alio Police dit : «La vue du cadavre de Denise Morelle a fait dire à un enquêteur chevronné : «Elle a été victime d'un sadisme rarement vu.Cette courte phrase ne laisse place à aucune équivoque Denise Morelle a souffert les pires tourments (.) Seul un maniaque peut avoir accompli un crime aussi dégoûtant».Fin de la citation Maniaque est un terme générique qui décrit des individus qui étaient normaux la minute d'avant Le Caporal Lortie avait toujours été un bon garçon, tranquille.Un père de famille Si un maniaque était un êtTe anormal, on aurait vite fait de mettre la main sur lui Maniaque est le terme facile qui sort en premier quand la réalité est trop insupportable à décrire ou à vivre.Je continue de lire: «Denise Morelle était une comédienne effacée.Elle jouait au théâtre depuis environ 25 ans sans ïamais devenir une super-star» Elle avait 57 ans.Dans un autre journal on dit 58.dans un autre, 59 Jeudi 9 août 18 heures On me raconte qu'une jeune femme, finissante de l'École nationale de Théâtre, a passé des auditions pour un film.Le réalisateur (ou le directeur du «casting», peu importe) l'appelle pour lui dire qu'elle est acceptée, mais à une condition.«Laquelle ?» - «Je te trouve pas mal de mon goût.Qu'est-ce que tu fais ce soir ?» Elle raccroche en braillant.Elle ne fera pas le rôle, et elle ne racontera pas publiquement sa mésaventure : seulement à quelques ami-e-s qui vont répandre la rumeur dans le' milieu La rumeur circulera mais ne sortira pas du milieu, et le nom de cet homme n'apparaîtra sur aucune «black list» de comédiennes.L'évidence qui me vient, c'est qu'une autre comédienne jouera le rôle.Quand même.Pas de nouveaux développements dans le «dossier» Denise Morelle Elle est mcte parce que cet homme l'a décidé ainsi, et elle est devenue un dossier de police.Jeudi 30 août J'apprends qu'un scénariste québécois est allé voir son film et qu'il a eu la surprise de sa vie en lisant, dans le générique, son nom accompagné de celui d'une femme qu'il ne connaissait pas, alors qu'il avait écrit le scénario seul.Renseignements pris auprès du réalisateur, il apprend que celui-ci a décidé de «récompenser» une amie de cette façon parce qu'il avait couché avec et qu'elle avait tellement de beaux seins.Pratique courante?J'ai appris entre temps que Denise Morelle a été attaquée vers 3 ou 4 h de l'après-midi, et que.selon l'autopsie, elle ne serait morte que vers 11 h du soir.J'espère qu'elle avait perdu connaissance.Dimanche 2 septembre.10 h du soir À Radio-Canada on dit à Louise Arcand qu'elle ne fera plus le téléjournal parce qu'on veut «rajeunir» l'information La jeune femme dans la vingtaine engagée à sa place n'y est pour rien.Louise Arcand, 40 ans, porte plainte et dépose un grief au syndicat des annonceurs.Elle porte plainte.elle a le courage de le faire Bien d'autres ont vécu ça avant elle : les femmes n'ont pas le droit de vieillir à l'écran, en public, quoi Je me demande si la même chose n'est pas arrivée à Andréanne Lafond vers 1975.Denise Boucher me dit : «Sais-tu ce que ça veut dire, «porter plainte» 7 Ce que ça signifie de courage de dire publiquement qu'on s'est fait avoir quelque part 7 Parce que c'est tellement normal d'être une mouche et d'être écrasée».C'est rare que les femmes portent plainte, c'est vrai.Soit qu'on n'ait pas d'argert pour poursuivre en justice (et «ils» le savent très bien, c'est pour ça qu'ils continuent à nous «fourrer»), soit qu'on ait peur de passer pour des imbéciles Lundi 3 septembre.10 h 30 du matin Un début de grippe me retient au lit, fiévreuse 11 faudrait pourtant que je me lève, avec tout le travail qu'il me reste à faire J'écoute la radio.On interrompt // fait toujours beau quelque part pour annoncei qu'une bombe vient d'exploser à la Gare centrale : trois morts et une trentaine de blessés.L'attentat n'est pas encore revendiqué Aux nouvelles de 3 h, j'apprends qu'il est relié à la visite du pape et que la police a arrêté un jeune homme blond pour interrogatoire.Il est presque 4 h.Je tape ce papier depuis 1 h cet après-midi en écoutant les nouvelles à toutes les heures.J'en sais un peu plus long chaque fois.J'attends les nouvelles de 4 h.dans cinq minutes.Je sais que je n'ai pas plus peur parce qu'une bombe a sauté ce matin.Je n'ai pas peur plus quV vant.Je n'ai qu'une envie : porter plainte.Contre les tueurs, contre les escrocs, contre les tombeurs sordides qui profitent de leur poste de pouvoir.Porter plainte.Et comme dirait Denise Boucher : «If you want to erase me (us).I (we) will shine » FIN octobre 1984 45 LA VIE EN ROSE Fiction Nourritures solaires par Susanne de L.-Harwood n super bel été, «comme quand on était jeunes».Du soleil jour après jour, un ciel «ébleuis-sant», des cigales chantant, des nuits chaudes comme la gorge de Springsteen.L'allumeuse sacrée venait chaque jour prendre sa place I au soleil sur le tablier de ciment 1 M brûlant de la piscine publique, ^^^Ê parmi les corps étrangers beur- rés bronzés.Née du 22 juillet, donc sorcière, on avait porté atteinte à ses pouvoirs de maîtresse de l'intérieur.Une lueur féline attisait ses yeux, insoumise : «Vous ne m'enterrerez pas vivante !».Et que sa solitude si familière en soit devenue rance la paniquait.Alors elle s'attablait à l'écriture dans la pièce laquée rouge : entretenir le feu devant la noire madone électrique.Derrière le rideau de bambou, le soleil plombait, les plantes fleurissaient, l'asphalte fondait, la ville s'échauffait.Elle se mettait aux soins intensifs : rock hash café cigarettes et l'écriture venait ou pas.Le téléphone sonnait ou pas.Ses intestins se vidaient.Ses yeux se promenaient sur les icônes autour d'elle - pour en extraire l'inspiration 7 -, sur la photo de l'homme aux mains généreuses.Ses mamelons bourgeonnaient.Son corps doré avait faim.C'est cette difficulté d'être au présent et les sueurs d'écrire qu'elle venait -lâcher lousses dans l'eau, l'existentielle en pleine ville.Avoir chaud.Sur le tremplin de l'écriture elle hésitait, devenue craintive des profondeurs tant on est bien à la surface solaire, irrationnelle.The sun's sexual healing.Elle se laissait émouvoir par les seins des filles, les cuisses des gars.Se mouiller.Avant de plonger elle prenait une pose sur le bord de l'eau turquoise : admirer le look aérographique de son maillot rose et octobre 1984 LA VIE EN ROSE 46 blanc brillant sur l'aqua de la piscine et ses jambes lisses brunies pour la première fois depuis ses longs étés d'adolescente bout geoise sur le patio de la maison maternelle (le père l'ayant quittée bien avant).Depuis, elle avait fui le soleil, porté du noir, joué la dame aux camélias.Dans la peau solarisée.tout redevient possible.Ses mains nageuses remuaient le feu sur l'eau : un kua 1 de chair caniculaire.Elle aspirait à entrer dans le système solaire, à se lever et se coucher avec le solei! comme Canicula.la p'tite chienne astrale Radiance, odeur de métal blanc.La cons- cience se liquéfie et l'angoisse.Camé-léonne sur sa roche, elle s'offrait à l'épreuve du feu à nue.Le soleil la suçait comme un bonbon.C'est la fusion qu'elle invoquait, primaire, sacrée, Youverture chaude où l'âme coulée va se reposer, d'autant plus prête pour la lune et ses effets toxiques.«Lets dance.under this serious moonlight» (Bowie).Le corps, rien qu'un corps mielleux, solide au centre.Un souffle jaune lui embrasait la face d'une haleine de curry hot.In California les santa ana ventent rouge.Emmagasiner ce feeling héroïque plus que précieux : désespéré.L'été est tellement court.Ouvrir ses veines au soleil.En flottant sur le dos elle le dévisageait de son troisième oeil vert hors-la-loi.Noyade narcotique dans ce regard orangé pénétrant comme la vie.22 août.Fermeture de la piscine.Déjà la lumière s'argente.Cet été outrancier «va nous coûter cher».L'hiver sera meurtrier.ou pas.Elle porterait un rouge à lèvres flamboyant FIN 1/ Allusion à une figure du Yi-King.le livre chinois des transformations et de la sagesse LA VIE EN ROSE octobre 1984 47 —Cinéma- De «La Femme publique» au privé des femmes Où en est rendu le cinéma des femmes ?Le 6e Festival des films du monde, du 16 au 27 août, à Montréal, était une bonne occasion de vérifier quelques hypothèses, avec ses 18 longs métrages de femmes cinéastes (sur plus de 200 réalisateurs, jugez la proportion i).Les Allemandes qui nous avaient offert ces dernières années les si beaux Allemagne, mère blafarde, Les années de plomb et L'amie tiennent-elles encore le haut du pavé?Est-il encore justifié d'entendre présenter le cinéma des femmes comme uniquement intimiste, personnel, voire spécialisé.c'est-à-dire non universel, commercial, populaire et compétitif?Cette image, au moins, aura été cassée : entre ces 18 films et cinéastes, la diversité est quasi totale, des propos, des genres, de l'approche plus ou moins féministe.Image de santé, sans doute, de voir se côtoyer un thriller néo-zélandais /Trial Run/ et une fiction documentaire tournée à New York par une Iranienne /Nightsongs/, une histoire d'amour plutôt romantique /Silver City/ et un film sur la négociation quotidienne d'une rupture /The Trouble with Love/1, une adolescente hongroise /Journal intime^ une révolutionnaire irlandaise /Anne Devlin/ et des cinéastes au travail (la Femme de l'hôtel et L'Homme à la valise/.Dans ce beau mélange de genres, une chose est constante cependant : la primauté des personnages de femmes et la complicité des femmes entre elles.Evidente chez les trois amies de Final Call (de l'Allemande Dagmar Hirtz), ou chez les trois Femmes(s) de l'hôtel (de la Québécoise Léa Pool), elle nourrit aussi Nightsongs et Trial Run.Et les personnages se meuvent à l'aise dans ce « thème » encore nouveau au cinéma, la plupart du temps justes, bien cernés, reconnaissables.Évidemment, c'est tout le cinéma qui évolue (enfin) et, durant ce Festival, des hommes aussi ont montré des femmes remarquables, non stéréotypées : Grace Quialey, la vieille dame indigne jouée par Katherine Hepburn tremblotante et superbe, la travailleuse sociale de Annie's Coming Out, entre autres, étaient de beaux personnages, réels plus que phantasmes, sans rapport avec les Pirate et autres Femme(s) publique(s).Mais c'est sur le cinéma des femmes que nous avons concentré notre attention, sur ses nouveaux modèles, sur sa qualité technique, sur ses propos.par Claude K ry n s k i, Joyce Rock, J o s e tt e G i g u e r e ©i Françoise G u e n e tt e Annie's Coming Out LA VIE EN ROSE 48 octobre 1984 2549 Je me précipite toujours au cinéma lorsqu'un film de femme est mis à l'affiche D'abord pour une bonne vieille raison qui s'appelle solidarité, ensuite parce que je trouve toujours intéressant de voir comment les femmes évoluent dans ce domaine des arts.Et depuis que j'ai assisté au dernier Festival des films du monde de Montréal, l'importance des réalisations cinématographiques des femmes m'est apparue dans toute sa splendeur1 Pourquoi 7 Parce que les cinéastes femmes parlent de choses qui me concernent et qu'elles en parlent en proposant du neuf.Après quasiment un siècle d'images généralement sexistes, un nouveau discours cinématographique nous permet enfin de respirer Qu'elles fouillent dans le passé ou qu'elles peignent la vie d'aujourd'hui, Meszaros.Hirtz.Read.Pool et les autres ont une vision des femmes et de la vie plus conforme à la réalité Alors que les phantasmes masculins nous servent encores des Femme publique subjuguées corps et âme par le cerveau masculin.Et comme s'il n'était pas suffisant de faire de nous des esclaves, il faut en plus que nous soyons jeunes, vachement sexy et toujours prêtes Valerie Kaprisky et Marushka Det-mers.nouvelles stars du cinéma français, étalent leurs charmes à un rythme que seul un certain manque d'imagination erotique bien masculine peut encore désirer.Les types physiques des personnages féminins des films de femmes sont beaucoup plus variés et ne nous condamnent pas à l'uniformisation par le stéréotype Même ridées, les héroïnes vivent encore avec plaisir et intelligence Même phénomène du côté des types psychologiques.L'image que les cinéastes femmes nous renvoient de nous-mêmes n'est plus celle de la femme obsédée par l'amour romantique, la sexualité ou la famille Bien sûr, l'amour, les rapports humains sont de grandes préoccupations, mais ces thèmes sont traités de points de vue nouveaux et variés.Dans Final Call et Trial run Ihe trouble with love Trial Run.par exemple, le personnage principal, féminin bien entendu, vit en couple, a des enfants, mais n'entretient aucune relation aliénante Dans/lnneDev-lin.l'héroïne du même nom sacrifie peut-être quelques années de sa vie.mais cette fois pour une cause, celle de l'Irlande Elle a ces capacités de courage, de grandeur d'âme qu'on nous a souvent reproché ne pas avoir.Si dans 77ie Trouble With Love.l'héroïne est tout d'abord piégée par l'amour, elle saura prendre suffisamment de recul par rapport à ce qu'elle vit pour arriver à s'en sortir.Avec humour en plus Les personnages féminins sortis du passé, dans Journal intime ou Silver City par exemple, sont davantage coincés par leur environnement politique ou social, mais la lucidité dont on nous les montre capables en font des femmes dont on peut être fière.Journal intime Avec les femmes aux commandes de la scénansation.de la caméra, de la mise en scène, bref de tous les outils du cinéma, on commence enfin à sortir de nos rôles de victime.Victimes des hommes, victimes de la morale, victimes de tout un système de valeurs.Du même coup, ce système de valeurs est contesté.Violence, compétition, jeux de pouvoir ne sont plus à la base des rapports humains.Les femmes cinéastes (du moins celles dont j'ai pu voir les films à ce dernier festival) semblent vouloir renverser la vapeur Leurs personnages deviennent en quelque sorte leurs porte-paroles.Avec subtilité toutefois et sans que l'esthétique propre à l'art cinématographique ne soit grossièrement sacrifié au profit du Message.Ce me fut d'ailleurs une agréable surprise de constater à quel point les femmes cinéastes contrôlent bien leurs outils artistiques Bien sûr.il existe des faiblesses Le scénario de Trial Run (un suspense de Mèlanie Read) y aurait gagné en efficacité si la série d'hypothèses proposée pour démasquer l'agresseur avait été davantage plausible.Un montage plus serré de Nightsongs (Marva Nabili) aurait donné davantage de rythme à la description, par ailleurs très juste, d'un milieu dur de New York.Cette même critique vaut pour le Anne Devlin de l'Irlandaise Pat Murphy.Toutefois, les récits extrêmement bien construits de Journal Intime (Marta Meszaros), Silver City (Sophia Turkiewicz) et Final Call (Dagmar Hirtz).leurs excellentes photographie et mise en scène, témoignent éloquemment du grand talent de leur réalisatrice.C.K.J'ai faim, j'ai froid Sur trois films du Festival qui traitaient des adolescentes, J'ai faim, j'ai froid le court métrage de Chantai Akerman, est de loin meilleur que Old Enough ou Secret Places - et plus drôle.Le même sens de l'humour se manifestait dans le long métrage d'Acker-man, L'Homme à la valise, où elle joue le rôle principal.Toujours aussi prolifique, cette cinéaste belge maîtrise son métier avec un talent admirable et réconfortant pour celles qui souhaitent un cinéma de femmes raffiné mais jamais gratuit.Récipiendaire du Prix du public du Festival des films de femmes de Sceaux cette année, Le Cri de la Polonaise Barbara Sass.passait aussi au Festival Malheureusement, des coupures exigées par l'État avant sa diffusion à l'étranger et ce qui me semblait une mauvaise traduction sous-titrée ne facilitaient pas toujours notre compréhension des enjeux du film.Une jeune ex-détenue travaille dans une maison pour travailleurs-euses retraité-e-s.parmi lesquels se cache un contremaître qui s'enrichissait aux dépens des travail leurs.Des agents de Solidarité enquêtent sur lui.ce qui est sans doute transparent pour des Polonais-e-s.mais pas évident pour nous.Présente à Sceaux, Madame Sass expliquait que cette classe de petit-bourgeois est particulièrement haie en Pologne et qu'elle figurait parmi les priorités de la campagne de «nettoyage social» entreprise par Solidarité, avant la loi mar- octobre 1°84 49 LA VIE EN ROSE tiale.Malgré les frustrations de la version censurée, ce film trace un excellent portrait d'une marginale qui essaie de s'en sortir dans sa vie de travail et dans sa vie émotive, et qui n'y arrive pas.bloquée par la société et par ses propres méfiances.Il est d'autant plus riche à côté de films tels Old Enough, de l'Américaine Marisa Silver et Secret Places, de la Britannique Zelda Barron, deux films «mignons» et pleins de valeurs commerciales mais sans beaucoup de complicité réelle et peu de courage social.Old enough Dans un festival qui semble exclure le documentaire (à peu près 10 films sur plus de 200, dont cinq sur les réalisateurs en tournage., de fiction '), quelques films de fiction démontraient quand même bien le vécu du réel.Par exemple.Ntghtsongs.de l'Iranienne Marva Nabili, sur les Chinois new-yorkais.Malheureusement pour notre intérêt, le film est beaucoup trop long et lent dans sa description dune famille de Hong Kong immigrée à New York, aux prises avec le travail au noir, les gangs d'adolescents et les syndicats corrompus Même très noir, le portrait de ce ghetto démontre avec courag et sympathie un autre côté du rêve américain.JR.Qui y a-t-il de nouveau sous les spotlights de cinéma ?Les mamans, les putains, les pu-celles et les victimes s'y promènent-elles toujours ?S'y essouflent-ils encore le justicier aux yeux d'acier et le sauveur de la dernière minute 7 Force nous est de reconnaître que dans l'arène de nos protections imaginaires, restent encore de nom- breux fantômes à pourchasser.Rèjouis-sons-nous par contre d'y découvrir parfois des personnages autres, crédibles, substantiels, poétiques et heureux.D'y rencontrer des adolescentes délurées ou des fous adorables de vulnérabilité.D'y faire connaissance avec des femmes autonomes, aimantes et intelligentes.Le film de Marta Meszaros, Naplo gyer-mekeimnek (Journal intime Diary For My Children) raconte la lutte de Juli, adolescente, pour s'imposer en tant qu'être pensant et distinct.Juli affronte, tout et tout le monde Sa tante Anna, autoritaire ; ceux qui l'entourent, résignés ; la mesquinerie de la société hongroise de l'après-guerre Elle refuse la mort et l'injustice.Jusqu'à la fin du film, et au-delà on le suppose, Juli reste fidèle à ce qu'elle est Un beau rôle d'adolescente forte.Nightsongs Dans J ai faim, fat froid Chantai Akerman transforme la fugue de deux adolescentes à Paris en épopée burlesque.Elles ont faim, elles dévorent Elles ont froid, se trouvent un toit.Sans complications, ni peurs ni pleurs.Avec un détachement déroutant, qui s'accomode bien de l'existence.Tout comme Keith Karradine dans le Choose Me d'Alan Rudolph.Évadé d'un hôpital psychiatrique, la générosité de ce type s'exerce en acceptant d'emblée le trip des autres.Caractéristique : il n'embrasse que les femmes qu'il épouserait.Ce pourrait être Geneviève Bujold, incroyablement drôle, qui incarne une sorte de Madame Sexe religieusement écoutée par des milliers d'auditeurs, mais dont la vie sentimentale est un désert.Ou Lesley Ann Warren, propriétaire d'un nightclub, qui jusque là n'a jamais rien voulu savoir du mariage.La recherche éperdue de l'amour est ici traitée avec autant et aussi peu de sérieux qu'elle le mérite.La séquence finale sur l'euphorie inquiète de la nouvelle mariée à la saveur de l'humour le plus fin.Mais il n'y a pas que les comédies qui nous parlent autrement des êtres que nous sommes ou que nous pourrions être.Un thriller, présenté par la Nouvelle- Zélande, à la particularité d'avoir été écrit et réalisé par une femme.Mélanie Read L'héroïne de Trial Run laisse sa famille en ville pour aller faire un reportage-photo Elle doit vivre dans un chalet isolé et la nuit, elle est inquiétée par des bruits et des événements étranges.Elle décide néanmoins de faire face à ses peurs.La qualité de ce triller réside pour beaucoup dans le suspense qui parvient à nous chatouiller les nerfs sans avoir recours aux moyens sanguignolents du genre Intérêt supplémentaire, la vie familiale y est très actuelle La mère fait son jogging quotidien, seule ou avec ses enfants Elle s'exerce à lauto-dèfense avec sa fille et a une amie qui pourrait bien être la nôtre Le dénouement original de l'intrigue laisse perplexe Retransposerait-il les angoisses des femmes de qui on attend décidément beaucoup aujourd'hui 7 C'est possible Heureusement, on retrouve aussi la sérénité au palmarès des défis nouveaux L'allemande Dagmar Hirtz a choisi une réalisatrice comme pivot de son film Dans Unerreichbare Nahe (Dernier appel/Final Call).Inès tourne un documentaire sur la vie de cirque.Elle aime son travail Elle aime aussi Andreas, l'homme avec qui elle vit.Elle recueille une amie qui a voulu se suicider et tente, avec laide d'une autre amie, une scientifique, de lui redonner une meilleure image d'elle-même.Un jour, le fils qu'elle a «donné» à un américain lui écrit II désire la connaître.Les gens et les événements se meuvent ainsi autour dînes Elle garde, face à eux.une distance certaine tout en leur étant éminemment présente.De son attitude, émane une force tranquille, le calme d'un véritable accord avec soi-même.À la fin du film, Inès s'embarque pour les États-Unis.Elle s'en va rencontrer l'adolescent dont elle est soudainement devenue la mère.On sort du cinéma de bonne humeur.Ce film, ouvert sur la vie, laisse entendre que les ètTes peuvent et doivent choisir leur destin, que la liberté est surtout question d'intelligence émotive Dernier appel LA VIE EN ROSE 50 octobre 1984 67 par Rose-Marie Arbour et Christine Ross 1 est de plus en plus courant d'entendre et de lire dans les revues d'art que la question «des femmes, du féminisme et de l'art» est maintenant démodée Qu'une mode dure plus de dix ans.en ces jours d'hyper-consommation des choses et des idées, serait déjà un record 1 Mais voilà, sommes-nous devant une mode 7 Démarrer une chronique, dans une revue féministe, sur les femmes en art serait en effet démodé si la question se résumait à une affaire de style.Or il n'y a pas de style «féminin» ou «féministe» en art.de même qu'il n'y a pas de style «masculin» Par contre, il existe bel et bien des prises de position esthétiques et des options plastiques, des stratégies formelles, des moyens de diffusion de l'art qui sont féministes et cela n'est pas une mode.C'est plutôt l'affirmation que l'art n'est pas neutre : l'art est lié à l'identité de l'artiste, à son milieu, et en ce sens son autonomie est relative Dans cette chronique, nous poserons des questions sur l'art, nous commenterons des expositions de femmes et nous entretiendrons avec des créatrices et des intervenantes du milieu artistique.De façon plus critique que promotionnelle, nous situerons les productions dans leur contexte réel, en mettant en valeur les dimensions à la fois sociales et culturelles, psychologiques et politiques de l'art, car c'est bien cela que soulève la «question» des femmes en art.Au printemps dernier, le Musée d'art contemporain de Montréal tenait une exposition révélatrice de la réticence persistante du marché de l'art new-yorkais face aux productions de femmes et rappelait ainsi la nécessité de continuer à développer une critique d'art féministe.Car Via New York regroupait des artistes associés à quelques galeries new-yorkaises importantes : Mary Boone, Leo Cas-telli, entre autres.qui sont des hauts lieux du marché international de l'art Sur ces 24 artistes, pas une femme C'est là où le bât blesse : où sont passées toutes les artistes qui ont contribué à modifier la scène artistique depuis 1970, les Harmony Hammond.Judy Pfaff, Susan Rotbenberg.Nancy Spero7 Ont-elles disparu comme par enchantement7 Les grandes absentes du marché de l'art Via New York a rendu évidentes deux orientations majeures du marché actuel de l'art : d'une part, la prédominance accordée à la peinture, qui se vend tout de même mieux qu'une sculpture sur le site.et, d'autre part, quant aux artistes, l'exploitation d'une main-d'oeuvTe «exotique» : gens d'origine portoricaine, Allemands de l'Est.Italiens, artistes vivant dans les bas-fonds new-yorkais.Par le biais du marché de l'art, on américanise les différences afin de montrer la capacité d'ouverture de l'esprit libéral américain Rappelons-nous comment, après la 2' Guerre mondiale, les États-Unis envoyaient jusqu'aux frontières de l'Europe de l'Est des expositions d'expressionnistes abstraits américains (Pollock et les autres) pour montrer à quel point la liberté d'expression était plus grande aux États-Unis que dans les pays sous influence communiste.Actuellement, plutôt que d'internationaliser les artistes américains - c'est déjà fait - la stratégie vise à américaniser les «étrangers», à normaliser les différences sociales.Par conséquent, si un-e artiste est autonome face à sa création, elle ou il l'est moins face aux intérêts attachés à la diffusion de l'art.En optant pour une sélection «à l'image des choix faits par New York», mais sans autre dynamisme critique, le MAC ne faisait qu'appuyer l'appareil artistique new-yorkais et présentait, avec Via New York une apologie du marché américain et.par ricochet, de son état phallocen-trique Une exposition comme celle-ci fait bien voir que le féminisme n'a pas réussi à «intégrer» les femmes dans le marché de l'art.Échec ou victoire 7 En fait, la voie intégrationniste s'avère insuffisante si on cherche des solutions à long terme pour les femmes artistes et Via New York est un exemple de cet échec.Car il ne s'agit pas seulement de réparer les «lacunes» de l'histoire et du marché de l'art, mais également de penser ces lacunes, de développer une conscience féministe globale apte à identifier l'ensemble des rapports de domination qui structurent le système artistique Le seul mérite de Via New York aura été de nous faire réaliser non seulement les limites de la démarche intégrationniste qui, en fin de compte, ne change rien à l'isolement des femmes, mais également la nécessité de réévaluer constamment les stratégies féministes de création et de diffusion artistiques.C'est pourquoi, par cette chronique, nous examinerons plutôt les différentes formes de travail des artistes qui trouvent nécessaire d'explorer diverses voies féministes alternatives FW Rose-Marie Arbour, professeure d'histoire de l'art.UQAM Conservatrice pour l'exposition Art el féminisme (1982).Musée d art contemporain, Montréal Christine Ross, historienne d'art.Conservatrice pour les expositions Semaine de la vidéo féministe québécoise.(1982).Cinéma Parallèle.Montréal et Actuelles I.(1983).Air Canada.Place Ville-Marie.Monnèal octobre 1984 51 LA VIE EN ROSE Furtive Flora Est-ce un hasard si Flora et Benoîte Groult n'ont engendré que des filles ?La saga des Groult suit une lignée de femmes, de la mère avant-gardiste aux deux filles, pareillement souveraines mais dans l'écriture, aux cinq petites-filles et à l'arrière-petite-fille Zoé.On peut presque parler de parthénogenèse I.De Flora et Benoîte, on sait qu'elles écrivent, qu'elles sont féministes et fort différentes.L'une, Flora, plus intérieure et insinuante, plus « yin », et l'autre, Benoîte, plus coupante et directe, plus « yang ».Elles se rejoignent dans leurs sources, leur humour et leur sérénité quasi subversive.Elles nous plaisent et nous ravissent toutes deux et dans ce « nous », il y a des millions de lectrices et de lecteurs.En janvier dernier, LVR publiait une entrevue avec Benoîte.En mars, Flora était de passage à Montréal avec son dernier livre, Le Passé infini.par Hélène Pedneault Hélène Pedneault : Flora Groult, peut-on faire une entrevue avec vous sans parler de votre soeur Benoîte ?.Flora Groult : C'est souhaitable 1 Benoîte et moi sommes les soeurs les plus unies, les plus «sororelles» qui soient, mais nous en avons un peu marre qu'on nous parle de l'autre à chaque entrevue : parce que nous nous parlons beaucoup, nous habitons l'une au-dessus de l'autre à Paris, et en plus, dans le Midi, on trouve le moyen d'être encore très proches.Mais nous sentons que nous sommes des écri-vaines autonomes et que nous n'avons pas besoin d'être perpétuellement comparées.D'ailleurs, nous ne sommes pas comparables, même si nous avons écrit trois livres ensemble.HP : Vous parlez souvent de cette complicité que vous avez avec les femmes, que vous vivez avec votre soeur dabord.avec vos filles FG : Dans notre milieu familial, nous avons vécu un matriarcat consentant et joyeux.Ma mère était une féministe avant la lenre, elle s'est libérée avec une force vive admirable Elle était une jeune fille bourgeoise qui n'était pas destinée à faire autre chose qu'être la femme d'un homme Et elle a été la femme d'un métier, d'une existence, une femme d'aventure et de variété.Elle nous a élevées comme ça.On a été féministes comme on boit du lait1 HP : Cette mère différente n'était pas un poids pour vous ?FG : Non, je l'admirais.Toutes les «pauvres autres» n'avaient pas ma mère ! Elle avait des chapeaux à plumes, des ongles très rouges, elle sentait bon, elle aimait la séduction, elle était imperative, active et pleine d'invention dans la vie quotidienne.LA VIE EN ROSE 52 octobre 1984 Je n'en ai pas souffert du tout, j'en ai bénéficié Et mes filles, je crois, en bénéficient maintenant.Le passé m fini est dédié àZoéqui est la filledema fille : lematriar-cat continue.Zoé piétinait dans le jardin au-dessus duquel je travaillais mon livre, et j'entendais ses cris et ses chansons Sa présence humaine - pour tout vous dire -me dérangeait énormément Je l'aime, mais j'aurais préféré qu'elle ne sautille pas et qu'elle ne me rappelle pas à l'ordre de ma «grand-maternité», cette autre vie que ma vie de travail Alors je considérais que je lui devais bien cette dédicace ! HP : Et cette «grand-maternité-», comment lavez-vous vécue quand elle est arrivée 7 FG : C'est drôle à dire, mais je pensais surtout à ma fille Colombe qui vivait les mêmes expériences que moi.HP : Cela ne vous a pas amenée dans une réflexion un peu sombre sur loge, la peur de vieillir ?FG : Je ne pense pas à l'âge, je pense à la mort parce que ça m'ennuie de ne plus vivre.Vieillir, c'est normal : c'est complètement vain de dépenser son énergie à regretter l'inévitable.Je sais que c'est mieux d'avoir 25 ans si mon souvenir est bon.Mais si j'avais 25 ans.je n'aurais pas mes filles avec qui j'ai tant de plaisir à parler Je n'écrivais pas encore à 25 ans.alors que j'aime écrire.Moi j'aime vivre plutôt qu'être jeune.HP : Par votre mari vous vivez dans le monde de la diplomatie Rencontrez-vous dans ce milieu des femmes avec qui vous pouvez être complice 7 FG : Vous savez, il y a des femmes très bien dans tous les milieux.Je rencontre des femmes très courageuses parce qu'elles assument un métier non reconnu : femme de diplomate.Ce n'est pas un métier défini, et pourtant elles travaillent à temps plein et ont énormément de responsabilités II y a des complicités que les femmes savent très bien entretenir et développer dans n'importe quel milieu.Les femmes sont des amies facilement, sans effort.Ce n'est pas vrai qu'elles sont opposées les unes aux autres par tradition Les femmes sont vaillantes, elles ont beaucoup de cordes à leur arc.Vous savez, c'est comme quand on fait confiance à quelqu'un : moi je fais confiance à une espèce.HP : Quand vous n'écrivez pas.vous dessinez Avez-vous fait un choix réel entre le dessin et l'écriture ?FG : J'ai commencé ma vie en pensant que je serais peintre, dessinatrice ou décoratrice, parce que toutes ces choses faisaient partie du climat familial.Donc j'ai été à l'École des arts décoratifs.Mais je suis entrée en littérature d'une façon plus professionnelle, alors l'écrit est devenu mon véritable emploi et le dessin, mon violon d'Ingres.Mais j'ai fait les dessins d'un livre pour enfants dont Benoîte a fait le texte et je me suis bien amusée.HP : La peintre Marie Laurencin fait partie de votre parenté, je crois FG : Ce n'était pas tout à fait notre parente mais une très grande amie de ma mère Elle a été la manaine de ma soeur, et puis elle m'a «annexée» parce que je n'avais pas de marraine.C'est un personnage qui a traversé notre vie de façon très «char-meresque» 1 Elle avait beaucoup de talent elle écrivait très bien mais elle n'a jamais publié Elle écrivait des lettres très brèves mais pleines d'émotion et de poésie, même si c'était de toutes petites lettres.J'en ai encadré quelques-unes chez moi.Ça, c'est le côté inconnu du personnage.HP : Dans Le passé infini vous dites : «Je n ai jamais fait panie à bloc de la Corporation» en parlant du féminisme, et quelques lignes plus loin, vous dites «Je trouve ça rudement simple la vie sans vous» en parlant des hommes N'est-ce pas une contradiction ?FG : C'est mon personnage d'Iris qui dit ça J'ai décrit une femme qui a commencé sa vie dans la plus pure tradition de la «féminitude» : elle plonge dans l'amour comme on tombe dans un puits La passion est un élément qui lui est familier d'avance, elle a envie d'aimer et de se dévouer.Trop Elle ne fait pas du tout partie de la «Corporation» parce qu'elle ne sait même pas qu'elle existe.En ce sens, ce n'est pas du tout moi parce que j'étais plus consciente.J'ai commencé à souffrir les affres de l'écrivain quand il a été publié.Et depuis, oui.j'ai les angoisses de l'écrivain, mais c'est quand même pour moi le plus beau métier du monde.J'écrirais pour rien, même si je n'écrivais pas de livres ; j'écrirais pour me consoler.HP : Où prenez-vous vos histoires 7 Avez-vous des modèles ?FG : Dans ma tète et aussi dans la vie.Je ne découpe jamais sur un pointillé, mais tout le temps je suis assaillie par de petites sensations.J'ai été très frappée un jour en lisant le journal d'Henry James : il dit à toutes les pages, «une bonne idée pour une nouvelle».Il est tellement obsédé par la littérature que pour lui tout est nouvelle.Comme Cézanne pour qui tout était pomme dans sa période pomme Sans atteindre ces degrés, je pense que quand on écrit on écrit tout le temps, même si on vient de finir un livre.HP : Quel sorte de couple formez-vous avec votre mari 7 C'est votre deuxième couple, je crois FG : C'est à l'opposé du premier.Mon mari est un intellectuel et un original sans le savoir, il a une culture très ample et très profonde.Il a à peu près évité tous les défauts des hommes normaux 1 II n'impose rien, n'a aucun désir de domination, n'exige rien et vous regarde comme une personne à part entière.J'ai énormément d'estime pour ce compagnon, cet ami qui représente tout ce que j'aime dans les Vous savez, c'est comme quand on fait confiance à quelqu'un : moi, je fais confiance à une espèce.Elle n'a pas été une combattante, mais elle a eu un cheminement très révélateur qui l'a menée à une libération véritable de sa personnalité, à une expression d'elle-même.Et elle est sereine.Elle aime le passé infini, et elle est très heureuse de regarder les choses telles qu'elles ont été.Il n'y a pas d'animosité dans ce couple rompu, pas d'amertume inutile.HP : Êtes-vous une femme sereine 7 FG : Je crois que j'ai le goût de la vie, et c'est ça qui fait la sérénité.J'aime ma vie.HP: Avez-vous confiance en vous 7 FG : La confiance n'est pas un nénuphar1 Elle ne se dédouble pas comme le nénuphar qui triple son volume en quelques jours.Je n'ai fait aucun progrès, à chaque fois je recommence à zéro.J'ai un tout petit nénuphar.HP : Vous avez déjà dit que vous paienez pour écrire La majorité des écrivain-e-s pourtant se plaignent plutôt de la douleur décrire FG : C'est Giono qui disait ça et je l'ai repris.J'ai écrit pour mon plaisir à partir de 10, 11 ans; mon premier livre, Le lournal à quatre mains, je l'ai écrit avec ma soeur : c'était un livre plein de souvenirs.relations homme/femme : l'amitié qui peut aussi être doublée de passion et d'intensité, la générosité, la libéralité des comportements.Je trouve ça délicieux et presque nouveau.HP : Quels sont les écrivain-e-s que vous lisez 7 FG : J'aime les écrivains et les écrivaines intimistes : Katherine Mansfield.Virginia Woolf, ces écrivaines anglaises qui ont tant de finesse et une touche légère J'adore Simone de Beauvoir.Je consacre beaucoup de temps et d'énergie à lire des poètes : Apollinaire, de Nerval.Verlaine.Rimbaud.Beaudelaire Je lis beaucoup.Je relis, Candide par exemple.J'adore les journaux intimes, les biographies, comme tous les intimistes.Particulièrement le journal de Jules Renard.HP : La vie des autres vous intéresse à ce point 7 FG : J'aime leurs impressions, leurs sensations, leurs émotions, tout ce qui est caché.J'aime le furtif.FIN Le passé infini Flora Groult, Ed.Flammarion.Paris.1984.262 pages, 15.25 $.octobre 1984 53 LA VIE EN ROSE Entrevue rnest" Les événements se bousculent pour notre amie et collaboratrice Jovette Marchessault.Fin octobre, sa nouvelle pièce, Alice et Gertrude, Natalie et Renée et ce cher Ernest, prend l'affiche à l'Atelier continu de Montréal.En octobre aussi, La Terre est trop courte, Violette Leduc, est présentée en workshop par le Ubu Theatre de New York La Saga des poules mouillées sera bientôt jouée au Rhinoceros Theatre de San Francisco, son Triptyque lesbien, traduit par Yvonne Klein, paraîtra sous peu à Toronto chez Women's press.Entre ses collaborations à des films et ses cours d'écriture dramatique à l'Université du Québec, c'est à l'Etang-aux-Oies, entourée de ses « groupes de thérapie » — chattes, oies, poules, canards et chienne — qu'elle vit le quotidien et qu'elle écrit.Hélène Pedneault : Pourquoi avoir choisi de réunir ces cinq personnages.Alice Tohlas.Gertrude Stein Natalie Barney.Renée Vivien et Ernest Hemingway ?Jovette Marchessault : Je peux justifier mon choix ainsi elles étaient lesbiennes, ont formé des couples, ont animé des salons littéraires.Elles étaient aussi d'origine américaine - Renée Vivien par sa mère - avaient de l'argent, et ont participé d'une façon évidente à la culture.Il y a aussi ce contraste, cette différence entre le couple lesbien formé par Alice et Gertrude et celui formé par Natalie et Renée.Elles ont aussi connu la Belle Époque, le délire et la folie de ce temps-là D'ailleurs, toutes les fins de siècle se ressemblent et nos années 80 sont les jumelles des années 1880 par Hélène Pedneault HP : Mais en fait l'action se passe en 1939.non ?JM : Oui, à l'automne de 1939.le jour où les armées d'Hitler envahissent la Pologne.Mais la vraie référence historique est celle de la Belle Époque, que seul Ernest n'a pas connu.Toute l'action se déroule dans le salon littéraire de Natalie Barney.Ce soir-là, Natalie pose un acte fondateur - «Encore un !» dit Renée - et elle a convoqué ses amies Alice et Gertrude.HP : Je ne sais plus qui disait «// y a deux monuments à visiter à Paris la tour Eiffel et Gertrude Stein.» JM : C'est un autre Américain, Thorton Wildere, dramaturge et ami d'Alice et Gertrude.HP : Et le prétexte de la pièce, ce sont les retrouvailles de Gertrude Stein et d'Emest Hemingway, qui ont longtemps été en brouille JM : Officiellement, ils sont morts brouillés.En fait, cette pièce est sur la Création, sur la difficulté des relations humaines, c'est-à-dire l'amour et l'amitié, la jalousie et la pitié, la fidélité et la reconnaissance Cette pièce, je la dois en partie à une sa-lonnière américaine, Gloria Orenstein, qui m'a fait découvrir la grande tradition salonnière.1// Traduite par Suzanne de L.-Harwood.la pièce est présentée dans le cadre d'une série d'événements théâtraux coordonnés et coproduits par le Centre d'essai des auteurs dramatiques (CEAD).LA VIE EN ROSE 54 octobre 1984 HP : Renée Vivien était déjà morte depuis 30 ans, au moment où la rencontre a lieu JM : Comme le dit si bien Michelle Rossignol, qui fait la mise en scène : «Ce n'est pas un cours d'histoire mais une pièce de théâtre» Pour moi, la seule vérité, au théâtre, est celle des situations, des sentiments des protagonistes, et non la pseudovérité historique.Le théâtre est l'épreuve de vérité par excellence, sans espace pour la complaisance envers soi-même ou pour les règlements de compte : tout doit servir à la progression Le roman est beaucoup moins exigeant HP : Pourquoi y avait-il cette brouille entre Gertrude Stein et Ernest ?JM : Ce cher Ernest avait la fâcheuse habitude de se retourner contre les gens qui avaient été généreux avec lui et de les ridiculiser dans ses romans.Gertrude, de son côté, était assez rancunière.et Alice ne donnait pas sa place.J'ai eu envie d'explorer cette situation parce que Gertrude et Ernest sont des êtres en état de création, compétitifs, égocentriques mais aussi très sensibles et terrorisés par tout l'appareil critique.Et j'admire, je respecte le dernier geste de «papa» qui, ne voulant pas achever sa vie dans une caricature odieuse de lui-même, à l'aube d'un di- ça me touche beaucoup qu'il ait accepté.HP : Et tu es en train d'écrire le quatrième volet de ton quatuor théâtral avec Anaïs dans la queue de la comète.JM : Autant Alice et Gertrude est dans la lignée de La Saga des poules mouillées.autant Anaïs est dans la continuité de La terre est trop courte.Violette Leduc Anaïs dans la queue de la comète est une pièce zodiacale, entre Mars et Vénus et ce moment où les sentiments échappent à la force de gravitation.L'astrologie est une des plus vieilles utopies de l'histoire de l'humanité ; je viens de lire que dans l'Allemagne nazie il était notoire que les horoscopes des citoyens soient joints à leur dossier d'état civil, pour les utiliser au mieux de la cause.Mais ce n'est là qu'un aspect de la pièce : Anaïs Nin en est la planète principale et les satellites sont Henry Miller et sa femme June.Antonin Artaud le pèlerin cosmique et Otto Rank, le psychanalyste et' artiste raté.HP : Après Anaïs, reviendras-tu au roman 1 JM : Oui, mais pas au roman traditionnel.J'aurais envie plutôt d'écrire une mythopée - mythe, épopée et utopie - sur la création.HP : Est-ce plus difficile pour toi d'écrire des Nous, les écrivaines, les écrivains, nous sommes les espions de l'émotion.manche de juillet 1961, se tua d'une balle dans la bouche.Dans ma pièce, il est souvent «papa» et je crois qu'on le nommait ainsi par admiration et par affection.Le cri de ralliement de mes protagonistes est: «Soyons légendaires !» Et elles le sont : Natalie la flamboyante, l'Amazone, anima avec Renée Vivien le salon le plus cosmopolite de son temps et le plus ouvertement lesbien.Alice et Gertrude, lesbiennes «bien tempérées», animèrent, elles, un salon de la modernité.Alice était la femme du coup de foudre, de la fidélité : leur couple a duré quarante ans et seule la mort les sépara.HP : Qui interprète ta pièce 1 JM : Michelle Rossignol a réuni une équipe extraordinaire : Alice Toklas sera jouée par Patricia Nolin, Gertrude Stein par Monique Mercure, Natalie Barney par Louise Marleau et Renée Vivien par Julie Vincent.2 HP : Et ce cher Ernest ?JM : Un coup de génie : par Michel Gar-neau, qui lui ressemble beaucoup physiquement 1 Ce sont ses débuts à la scène et 2/ À l'Atelier Continu, rue Laurier, à Montréal, à compter du 23 octobre.Les décors et costumes sont de Louise Lemieux et Mérèdith Caron.la régie assurée par Guy Beausoleil ; Joël Bienvenue a écrit la musique et Linda Gaboriau est directrice de production personnages masculins ?JM : Non.Quand j'écris pour le théâtre, je me prends toujours pour une autre ou un autre, parce que le théâtre, de toute façon, c'est l'Autre.C'est celle qui met en scène, celle qui organise l'espace, celle qui habille les personnages, celles et ceux qui les jouent.Et c'est encore le plaisir des autres, celui des spectatrices et des spectateurs.HP : La création te préoccupe beaucoup ses difficultés ses empêchements, ses grandes joies JM : Nous, les écrivaines, les écrivains, nous sommes les espions de l'émotion et c'est, il me semble, dans la création que cette émotion est la plus évidente.HP : Ces émotions, tu les fais entrer dans le canal de ton imaginaire et elles deviennent presque, à la limite, des fantasmes Quel est le rapport entre le fantasmatique et les émotions 7 Est-ce que le fantasmatique est une émotion pour toi ?JM : Je n'aime pas le mot fantasme.Quand il s'agit de l'imaginaire des hommes on parle d'imagination, de fiction et quand il s'agit de l'imaginaire des femmes, on dit fantasme, pour nous évacuer, nous déprécier et nous censurer, je crois.Comme si les hommes n'avaient pas de fantasmes ! En l'appelant fantasme, on veut sûrement évacuer toute la douleur des femmes et des hommes, et des enfants et des bêtes.HP : On a dit souvent que tu avais une forme d'écriture lyrique En même temps, il se passe des choses très concrètes dans tes pièces.Tu te promènes entre les deux et tout à coup le lyrisme s'installe.JM : Ça doit être mon Verseau qui fait des siennes!.C'est Mercure, l'eau mercu rielle.l'eau de vie.Je trouve le réalisme terriblement réducteur, c'est le frère d fantasme.Je préfère partir du concret, aller dans un élan irrésistible vers le réel des sentiments, des émotions, dans la foulée des vaches de nuit.Hommage aux femmes d'abord Le 27 mars dernier.Journée mondiale de théâtre.Jovette Marchessault et Monique Mercure présentaient un message qui fit scandale dans le milieu théâtral masculin.Parce qu'il illustre bien l'engagement de Jovette, voici un extrait de ce texte, pourtant commandé, qu'on jugea trop partiel.ou terroriste 1 Après tout, ce n'est pas tous les jours le 8 mars 1 «Nous voulons cette fois rendre hommage aux femmes du théâtre québécois et aux femmes des ailleurs.À ces fondatrices qui créèrent et animèrent des lieux où des textes qui aident à vivre, qui donnent un excès de joie dans le coeur, furent entendus.«Hommage à ces femmes auteures.metteures en scène qui traversèrent ensemble ce qui flambe et fait si peur dans la souvenance, afin d'arriver au relief de la représentation, à tout ce qui révèle l'invisible dans la montée des paroles.À ces femmes interprètes, comédiennes des rires, tragédiennes de l'impossible (.) à ces femmes des costumes (.) à ces femmes des décors (.) à ces femmes des sons et des lumières (.) Enfin, hommage et reconnaissance à toutes les femmes présentes dans les salles, les lieux de théâtre, décennies après décennies, ces femmes spectatrices dont la ferveur et la générosité permirent et permettent au théâtre québécois de trouver les mots essentiels de son dialogue avec les légendes et avec l'Histoire» FIN octobre 1984 55 LA VIE EN ROSE Flash Livres ^ambitieuses Émilies.Emilie Emilie ou lambition féminine au XX'IIlème siècle Elisabeth Badinter.Éd.Flammarion.France, 1983, 21 $ Elisabeth Badinter est une femme bien.D'autant plus qu'elle a de fort beaux sujets à nous proposer, des suiets pas évidents, plutôt épineux comme l'amour maternel (dans Lamour en plus que beaucoup de femmes ont lu avec grand plaisir) et l'ambition Le mot est lâché comme un lion.On ne l'emploie jamais, ou quand on l'emploie, c'est en général pour dénigrer quelqu'un: «C'est une ambitieuse», la lèvTe pincée et le regard entendu.Parce qu'il faut entendre : c'est quelqu'un qui ferait n'importe quoi pour réussir, qui vendrait son âme et sa mère.On mélange ambition et arrivisme.Et c'est dans un magnifique livre très bien documenté de 489 pages que Elisabeth Badinter nous convainc que l'ambition fait par- tie de nous au même titre que la joie de vivre ou l'angoisse.Cer-tain-e-s en ont plus que d'autres.Peu n'en ont pas du tout.Comme il y a des gens qui ne sont pas angoissés, mais ils sont rares.L'ambition est une chose belle que Badinter définit par «l'éternelle insatisfaction», la sensation qu'il y a toujours quelque chose de plus à accomplir Et pour faire sa démonstration, elle regarde la vie de deux Emilie, Mme du Châtelet.femme de science exceptionnelle, amoureuse des arts et bourrée de talents divers, maîtresse de Voltaire, et Mme d'Épi-nay.sociologue avant le terme, auteure de réflexions essentielles sur l'éducation des enfants et le système scolaire, maîtresse de Grimm.Par surcroit ~> Pas tout à fait.Comme Voltaire pour Mme du Châtelet.Grimm a été un support remarquable à l'ambition de Mme d'Épinay.Ils n'ont pas été des empêcheurs de tourner en rond.Et c'est comme ça que ces deux femmes à l'ambition quasi démesurée ont traversé l'histoire : elles ont régné, elles ont mené la guerre contre tous les autres hommes et la maieure partie des femmes.Elles ont écrit, laissé des traces partout.On se souvient aujourd'hui de Mme du Châtelet parce qu'elle a été la maîtresse de Voltaire On ne se souvient pas de Voltaire parce qu'il a été l'amant transi de Mme du Châtelet mais parce qu'il a été un génie.Et pourtant, encore aujourd'hui, on se sert de la traduction de l'oeuvre de Newton faite par Emilie, 300 ans plus tard.Son ambition était parfaitement justifiée : peu de femmes, même aujourd'hui, sont mathématiciennes Le territoire des mathématiques est fort bien gardé Alors si vous avez des problèmes parce que vous vous sentez ambitieuse, que vous croyez que c'est mal et que vous ne voulez pas que «ça» paraisse, ou que votre chum se plaint qu'il ne vous voit pas assez parce que vous êtes trop ambitieuse, lisez Badinter.Elle a quelques réponses intéressantes.Et nulle part elle ne raconte qu'il est absolument nécessaire de faire un stade pour y arriver, comme Diane.Mais l'ambition est tellement mal comprise, qu'il faut peut-être jeter autant de poudre aux yeux pour la sortir de soi.Hélène Pedneault 3^)ujours Gabrielle De quoi t'ennuies-lu Evelyne ?.,.Gabrielle Roy.suivi de Ely, Ely.Ely.Montréal.Boréal Express.1984.,122 p.Une adorable vieille dame se rend en Californie retrouver son frère Majorique et traverse les États-Unis en autobus.Drôle de traversée où elle raconte ses souvenirs à des étrangers venant d'un peu partout pour se rendre qui au Texas, qui dans l'Ohio.qui dans une prairie perdue où l'attendent ses bêtes à cornes Evelyne raconte, intarissable Et le voyage prend la forme d'un suspense Evelyne se rendra-t-elle au but, reverra-t-elle le frère exilé, comment trouvera-t-elle le pays de l'éternel soleil ?C'est une histoire racontée superbement, dans le style tout à fait unique de Gabrielle Roy Phrases douces, limpides, allant de la description très touristique du pays voisin au voyage intérieur d'une septuagénaire fort attachante.Dans la seconde histoire, Ely.Ely.Ely.G.Roy reprend le ton plus autobiographique qui avait fait la force de La route dAlta-mont et de Les enfants de ma vie Une jeune journaliste débarque, d'un train en plein champ et en pleine nuit, pour se rendre à Ely préparer un reportage.Lisez.Vous saurez l'histoire, vous goûterez le style.Vous aurez envie d'en parler et de faire lire Quelque part, Gabrielle Roy ne mourra pas.Anne-Marie Alonzo Luce Irigarav S^venture Irigaray Éthique de la différence sexuelle.Luce Irigaray, Les éditions de Minuit, Paris, 1984 On ne soulignera jamais assez, à mon avis, l'importance de l'oeuvre de Luce Irigaray.Depuis la parution de Speculum, de l'autre femme' en 1974.Irigaray n'a pas cessé d'interpeller les châteaux forts masculins de la psychanalyse, de la sémiotique et de la philosophie Chacun de ses livres est une aventure Aventure théorique, certes semée d'embûches (rigueur scientifique oblige), qu'il ne faut pas hésiter à mener jusqu'au bout tant ce qui s'y joue pour les femmes est capital Aventure littéraire : il y a un sty le Irigaray, que je qualifierais de poétique et visionnaire, dune rare beauté En ce sens, le dernier chapitre de Éthique ne déçoit pas C'est à Speculum, de l'autre femme et Ce sexe qui n'en est pas un2 Anne dAcadie Jeanne Ducluzeau, 260p , 1 1 95$ A nd'fcaà œ edition/ dctccidie L'héroïne de ce roman, la jeune et belle Anne Babm, n'avait que cinq ans au moment du Grand Dérangement" Déportés par les Anglais en 1 755, des milliers d'Acadiens se réfugièrent à l'étranger Anne d'Acadie raconte l'histoire de ceux qui furent accueillis à Chatellerault, en France, en attendant la construction des fermes promises par Louis XV Les Editions d'Acadie.C P 885.Moncton.N-B E1C 8N8 Nos livres sont distribues par DIFFUSION PROLOGUE LA VIE EN ROSE 56 octobre 1984 la femme infinie quinze récits inédits de science-fiction féminine choisis et présentés par Pierre K.Rey et traduits par Jean-Pierre Pugi qu'il faut rattacher le dernier ouvrage de Luce Irigaray.La sexualité féminine existe comme «continent noir» parce que soumise à la loi du Père et à son discours que l'exclue À partir de cette prémisse.Irigaray s'emploie à une mise à nu des sources patriarcales Speculum est une «retraversèe» des textes de Freud et Platon Ce sexe qui nen est pas un traque plus avant le discours dominant de la psychanalyse et tente une interprétation du fonctionnement social à partir de l'exploitation des «corps sexués» des femmes Par sa volonté d'une sexualité féminine autTe.ce livre ose des pistes que nous commençons à peine à explorer.Recueil de cours donnés à l'Université Erasmus de Rotterdam.Éthique de la différence sexuelle pose la question de la différence sexuelle de l'homme et de la femme comme enjeu théorique et pratique Question sans cesse reportée à plus tard, dit Irigaray.alors qu'elle représente une des questions ou même la question à penser à notre époque De nouveau, il s'agit de questionner le discours masculin-paternel occidental («Renaître à partir de traces de culture, d'oeuvres déjà produites par l'autre») en reconsidérant cette fois la problématique de l'espace et du temps L'étude des oeuvres des philosophes, de l'Antiquité à nos jours, permet de constater que «ni la femme ni l'homme n'ont construit un territoire qui leur permette d'habiter et cohabiter leur corps, leur chair, de s'étrein-dre.s'aimer, créer ensemble» Pour qu'un jour existe ce territoire il faut, dit Irigaray, ne plus hiérarchiser les fonctions maternelles et paternelles, ne plus dissocier amour et èrotisme.Il faut la mise en place, par les femmes, de nouvelles valeurs qui correspondent à leurs capacités créatrices (socialite des femmes) ainsi qu'un rétablissement, grâce au rapport mère-fille/fille-mère, de l'intimité avec soi (l'existence d'un divin féminin).En insistant sur la possibilité d'une éthique non traditionnelle de la fécondité entre les deux sexes, on peut se demander cependant si l'auteure ne réduit pas l'amour à cette seule possibilité.Dans le chapitre intitulé L'amour de soi.l'amour entre femmes - l'amour du même - est envisagé comme «repli» ou «moment historique (.) nécessaire à la constitution de l'amour ?» Il y aurait donc une hiérarchie de l'amour : d'une part l'amour entre femmes et d'autre part celui avec un grand A.qui n'a pas encore pu se réaliser, avec l'homme.L'amour de l'autre comme fécondité et l'amour du même uniquement comme «ménagement d'une intériorité» 7 Maryse Pellerin 1/ Ed de Minuit.1974 2/ Idem.1977 ¦A4)uvelles de Désirée Les filets.Désirée Szucsany.nouvelles.Montréal, éditions La Pleine Lune.1984.170 p J'aime lire des nouvelles.Courtes, frappantes, mini-romans, on y trouve de tout.Une inconnue attend, muette, sur le banc dune gare, sa valise sur les genoux.pendant des jours ' Un homme qui ne marchera plus passe un après-midi à la plage Une feuille de papier cherche sa liberté Un homme part sur les traces d'une passion.Intrigue, suspense, brin de fantastique, humour.les nouvelles de Désirée Szucsany sont pleines de force et de limpidité Tout se lit Avec plaisir, avec ètonnement Que se passe-t-il7 Que s'est-il passé7 Et où en sommes-nous 7 Plus prenante, plus fine peut-être, plus désolante et déroutante que les autres, la nouvelle Les filets relève des plus folles passions comme du sourd désir, toujours retenu, à peine respiré, à peine soufflé Je ne raconterai plus.|e dirai qu'il faut lire.Un merveilleux petit recueil qui écarte le temps, se fond dans l'espace et habite tous les lieux à la fois Anne Marie Alonzo 1/ La valise déjà publiée dans LVR.luillet-août 1983 eux qu'Azimov ?La femme infinie quinze récits inédits de science-fiction féminine choisis et présentés par Pierre K Rey et traduits par Jean-Pierre Pugi.Ed Casterman.1983 Une anthologie de nouvelles de «science-fiction féminine» choisies, présentées et traduites par deux hommes 7 Hum ! Au niveau de la traduction, je n'y ai vu que du feu.Mais, pour ce qui est des présentations d'auteures.j'ai parfois vu rouge.Joanna Russ est décrite comme «l'auteur le plus féministe» (sic) de science-fiction.Deux autres ècri- „u5 avec ôel.c« dans ces mslo.res |éh»** r,„Die -égal po£ '„*„,,„.».¦.«••« alite corn"1* vaines n'échappent pas au titre d'épouse.Et il paraîtrait que «l'humour rose et noir (est) considère comme l'un des beaux-arts du féminisme.» Vous m'en direz tant 1 Heureusement, la octobre 1984 57 LA VIE EN ROSE Flash lecture adoucit les moeurs, surtout lorsqu'elle s'exerce sur des morceaux de choix L'effet boule de neige de Katherine MacLean m'a laissée songeuse.La «formule de l'accroissement général de base» qui amène un cercle de couturières jusqu'au gouvernement mondial pourrait être un outil de pouvoir foudroyant Existe-t-elle vraiment 7 Un authentique tableau de maître de Marion Zimmer Bradley m'a bien fait rire.L'avenir nous réserve détonnantes conceptions de l'esthétique et de la décence L'insoumise de Joanna Russ constitue un bel échantillon de littérature, étrange et fascinante.La Campagne promotionnelle de Kit Reed.écrite à l'encre douce-amère, s'attaque à la bêtise du «sois belle et tais-toi» érigé en système.Le Piège temporel de Sonya Dorman est fabriqué de phantasmes d'amoureuse projetés dans le temps.Lyserge d'Ana-glyptang de Josephine Saxton se découpe une place à part dans ce volume ; l'insolite s'y exprime autant dans la construction du récit que dans les situations mises en scène.Dégel de Tanith Lee transpose avec brio le mythe vampiresque.et le conflit avec la mère 7 Mais les deux nouvelles qui m'ont le plus touchée restent Vos visages, ô mes soeurs ! Vos visages inondés de lumière! de Raccoona Sheldon et Génies génétiques de Vonda N.Mclntyre.La première, pour son refus pathétique de la violence sous toutes ses formes.La seconde, pour l'intelligence vibrante qui se dégage de ses pages Josette Giguère am- ours dangereuses La passion de Giuha Gemma Salem.Paris.Mercure de France, I9«4, 158 p.Drôle de livre, étrange roman que je ne suis pas sûre d'avoir aimé, que je ne suis pas sûre d'avoir détesté non plus.L'histoire est simple : une jeune femme n'aimant pas les femmes tombe dangereusement (le mot ici est pesé) amoureuse d'une Russe un peu 1 folle et crie à son reuse s'entend.de la Russe) Vous me suivez.Vous me suivez.Je ne raconterai pas la fin qui est.spéciale, mais toute bonne et attentive lectrice de romans psycho-agatha-christiques l'aurait devinée.J'ai lu.En deux fois, deux bonnes doses d'un suspense émotif Je me suis rappelée, les larmes aux yeux, mes folles passions (à sens unique il va sans dire) adolescentes.J'ai reconnu en Sonia, la russe ècrivaine au grand coeur, mes Sonia de toutes nationalités et je me suis dit qu'au fond les femmes sont folles.D'amour ou autrement, il leur faut toujours se (et nous) pousser à bout.Giulia le fait.Dangeureuse-ment, je le répète.Et tout finit par basculer dans cette histoire obsédante.La passion de Giulia qui vit avec Marc, s'appelle en Sonia, la Russe ècrivaine au grand coeur, mes Sonia de toutes parti.Je n'ai pas beaucoup aimé ce livre.Qui est bien écrit, se lit facilement.Il y a quelques remarques désobligeantes, une ANDRÉ JACQUES psychologue Psychothérapie gestaltiste séances individuelles et de groupe 3950 Drolet, Montréal, H2W 2L2 (514) 843-3452 façon de |uger les êtres |e me suis dit que.finalement, ni Giulia ni lauteure ne devaient beaucoup aimer les femmes Elle(s) nous avai(en)t prévenues Anne-Marie Alonzo -a4-conte d'auteures Chamanes Agathe Génois et Céline Grenier, Montréal, les Éditions à maison, 1983.39 pages Mots silencieux.Geneviève Castres, avec des illustrations de Sylvie Dagenais.Longueuil, les Éditions De l'une à l'autre, 1984, I2l pages Anaïs Nin s'était acheté une presse pour pouvoir imprimer ses livres elle-même Que voulez-vous, les goûts des éditeurs ne correspondent pas toujours à ceux des auteur-e-s et les livres (de poésie surtout) ne trouvent pas souvent des maisons reconnues acceptant de les publier Plusieur-e-s auteur-e-s ont donc décidé de prendre les choses en main et de se publier/éditer/ distribuer/publiciser par leurs propres moyens Membre des Auteurs-Éditeurs autonomes et experte en la matière, Agathe Génois nous envoie Chamanes.un beau livre gris, beige et noir, fait en collaboration avec la sculpteure Céline Grenier.Ce bel objet est un parfait exemple de communion entre le texte et l'image : 39 jjages qui contiennent toutes (sauf de très rares exceptions) une photo des sculptures (tournant toutes autour de l'oeuf (pas de poule) et quelques lignes de poésie On pourrait souhaiter un peu plus de texte de la part d'Agathe Génois, quelques lignes de plus de çi de là.et un peu plus de rigueur dans le choix des textes présentés.Mots silencieux de Geneviève Castres est aussi un fires bel objet.De jolis dessins de Sylvie Dagenais, une couverture fort attryante, belle présentation aérée, elle typographie, mais.une poésie adolescente sans grandes trouvailles ou orginalité Des rimes très sages, des thèmes collégiens et un ton fleur bleue qui va parfaitement avec la cou- leur de la couverture Pour celles qui aiment le genre, Mots silencieux regroupe des textes comme nous en écrivions au joli temps du couvent et des amours innocentes.Anne-Marie Alonzo Cinéma La femme publique : Valérie Kaprisky fantasmes de violeur La Femme publique, de Andrzej Zulawski.avec Valérie Kaprisky, Paris.1984 J'avais dit que je n'irais pas von La Femme publique À cause des critiques enthousiastes, des médias, etc.j'y suis allée et je me suis très vite sentie flouée, face à un film pornographique, fort bien construit, avec une histoire, des moyens, et d'excellent-e-s comédienne-s.En effet, tout l'arsenal des films porno est là : la violence, le sexe et une perversité hétérosexuelle mal masquée par une fable pseudo-intellectuelle autour des Possédés de Dostoïevski.Le prétexte permet à l'auteur du film de se «montrer» en réalisateur fou et possédé, tour à tour intellectuel face au cinéma, maître-chanteur et amoureux brutal de la comédienne qu'il a découverte, puis «faite», avant que la «créature» LA VIE EN ROSE 58 octobre 1984 dévore son «créateur» (sic).Les images sont deux heures de violence acharnée, bien entendu canalisée et dirigée sur l'héroïne victimisèe.qui subit les assauts des hommes qu'elle croise.Tour à tour danseuse nue pour voyeur en mal «d'amour», maîtresse passive du réalisateur fou, ou jouant le rôle dune comédienne disparue maîtresse d'un troisième.Aucune tendresse, aucune communication, sinon celle, unilatérale, de la brutalité.Les femmes sont faites pour ça, pour se déshabiller, se faire déshabiller, être disponibles immédiatement.Aucune scène net épargnée, tout sert à ranger les femmes dans la catégorie de celles qui n'ont rien à dire : le schéma est plutôt classique mais rien ne fait peur à Zulawski, pourvu que «l'art» soit préservé.Isabelle Tréma rançon du génie ?Le film dérange depuis qu'il a été tourné.Il a été refusé à Cannes parce que jugé scandaleux et il a partagé l'auditoire du Festival des films du monde de Montréal : huées et bravos à la projection de La Femme publique d'Andrze) Zulawski.Ce film est une sainte horreur 1 Tous les démons y sont lâchés.Amour-souffrance, désespoir meurtrier, viol, cruauté, décadence.Ah ! le spectacle est hallucinant et orchestré comme une symphonie de fin du monde.Le cinéma/kinè-ma/mouvement retrouve ici son sens originel.Mais fallait-il pour cela que le mouvement descende jusqu'aux enfers 7 Je n'y ai pas vu l'humour qui s'y trouve, selon Valérie Zulawski, la vedette de ce film «possédé» La violence ne me fait pas rire, j'en ai encore peur Je ne suis sans doute pas la seule, à en juger par l'atmosphère lourde qui étranglait la salle cet après-midi-là.Si «tout ça.c'est du théâtre», comme le laisse entendre le salut final des actrices et des acteurs.le diable est un petit farceur Josette Gicuère Spectacles 3Ï?ytholog îe rose Magie rose Diane Dufresne au stade olympique, le 16 août Maintenant que la fameuse Magie rose de Diane Dufresne au Stade olympique a bel et bien été réalisée et surtout, amplement critiquée, on peut se demander si notre grande star du «show biz» n'a pas un peu raison de mettre l'océan Atlantique entre elle et ceux qui font marcher ici l'industrie du spectacle Que le son ait été archi-mau-vais, que le décor ait fait pitié, que le laser ait sûrement coûté trop cher pour ce que ça valait.personne ne me contredira (et l'ajouterais : que Jacques Higelin ait été insupportable du début à la fin.Mais c'est discutable, semble-t-il).Mais que.selon plusieurs.Diane Dufresne se soit pètè la gueule sur sa propre «mégalomanie» - et qu'on s'en réjouisse 7 - voilà qui fait dur1 Je suis tout à fait d'accord avec mon amie Ped (dite aussi Pedneault) quand elle dit : «Tout ce que cette femme-là fait sur scène, elle le réussit à merveille» En effet, il n'y a pas l'ombre d'amateurisme Mais il a fallu que je me déplace (c'était mon premier show «live» de D.D.), que j'entende le chauffeur de métro nous chanter «Donnez-moi des roses», que je me faufile à travers cette masse extraordinairement rose et de bonne humeur, que j'entende la clameur monter des 50 000 sièges à l'entrée en scène de celle que tout le monde attendait.pour me rendre compte à quel point Diane Dufresne est un véritable phénomène «Une déesse», ai-je pensé spontanément en la voyant apparaître à l'autre extrémité du stade, enveloppée dans une orgie de taffetas rose bonbon dont la traîne se déroula tant qu'elle marcha.Le tape-à-l'oeil mis à part, qui peut nier que Diane Dufresne stimule, inspire, mobilise comme rien ni personne d'autre ici, ni artistes, ni fêtes nationales, ni surtout manifestations politiques 7 Le fait de savoir flatter et aguicher son public n'est certainement qu'une partie de la réponse Diane Dufresne On est d'ailleurs un peu tannè-e-s de s'entendre appeler «le plus beau public du monde».Mais Diane Dufresne va plus loin : elle nous fait sentir (elle l'a même dit) qu'on est «aussi artistes que l'artiste» Et c'est à cela que sert la mythologie : à nous rendre plus grandes que nous-mêmes et.dans le cas qui nous occupe, un peu plus sèduisant-e-s, un peu plus fort-e-s.un peu plus flyè-e-s.que nous oserions nous l'avouer Ce phénomène n'a rien à voir avec les idées ou même la parole ; d'ailleurs ne sommes-nous pas toujours un peu dèçu-e-s chaque fois qu'elle parle 7 C'est lié surtout au corps qui se déhanche, se livre à la fête.«Objet sexuel», sans doute, mais tellement autre chose aussi que ces mots, soudainement, prennent un sens voluptueux et sensuel qu'on leur a rarement prêté Et c'est lié au coeur qui, pour une fois, suit tout simplement, tout naturellement.Si Diane Dufresne ne nous déçoit jamais vraiment, c'est qu'elle nous prête sans cesse les dimensions gigantesques qu'au fond nous avons toutes et tous.Francine Pelletier Les Films du Crépuscule vous propose des films pour les regroupements et associations de FEMMES dont: Depuis que le monde est monde -L'Entraînement des femmes - Un homme, un vrai - Plus qu'imparfait -Plusieurs tombent en amour - La Cuisine rouge._4503.St-Denis.Montreal.H2J 2L4.849-2477 octobre 1984 59 LA VIE EN ROSE Flash Angélique Ionatos Angélique en exil Angélique Ionatos.du 25 au 29 juillet 84, salle Maisonneuve de la Place des Arts.Je l'avais brièvement entrevue à la télévision française : deux minutes de paroles, une chanson.Et j'avais été saisie par Angélique Ionatos.La voix d'abord, comme un gouffre de sensualité.Un charme féroce, irrésistible, inépuisable.Forte, parfois rauque.certainement basse, cette voix envoûte.Je ne comprends pas le grec.Je comprenais.Je l'ai religieusement écoutée/ vue/entendue/regardée à la salle Maisonneuve de la PDA.Le temps s'est figé, nous étions prises, mes amies et moi Jamais les poètes grecs n'avaient parus si simples, si beaux.Le charme féroce de la voix, un voile arraché à la sensualité, une robe de coton blanc, la guitare sur les genoux et quelque part l'infinie tendresse d'une artiste pour son pays Angélique Ionatos vit l'exil dans toute la grandeur de la mémoire intérieure Sa musique épouse les textes d'Élytis, de Ritsos et de Cavafy, elle entre en eux et se laisse rejoindre pour que le poétique prenne place avant tout.Grecque, «accidentale et orientelle».A.Ionatos dit l'hu-mour/amour du pays, la sensualité se nomme terre/mer.le corps naît des Cariatides Et la femme, toute menue, se ligue contre toute bêtise et tout anéantissement.1 Anne-Marie Alonzo 1/ Bientôt dans LVR.une entrevue avec cette Grecque drôle, féministe, politique.hélas moins connue que Nana Mouskouri I Arts visuels ir laUwnn*» a»» im«r»tui* ttnmniHr Montréal tout-terrain flash d'humour Montréal tout-terrain, au 305 rue Mont-Royal est.du 22 août au 23 septembre Cette exposition portait bien son nom.dans l'envahissement massif d'un édifice désaffecté de la Ville de Montréal habité pour un mois seulement, malheureusement, par 60 artistes du courant néo-expressionniste des arts visuels de Montréal Si le véhicule était judicieusement choisi.#les occupant-e-s n'en ont pas pour autant développé les multiples possibilités.Sans thème de départ, chaque artiste y est allé de ce que l'espace ou le moment lui inspirait, mais dans un éparpillement confus qui rendait parfois difficile la compréhension des travaux et donnait du tout une vision fragmentée plutôt que cohérente.«C'était là le risque à prendre», selon Céline Baril, l'une des huit organisatrices du Montréal tout-teirain «C'était le choix de l'organisation de faire d'emblée confiance aux artistes.Contrairement, disons, au fonctionnement habituel des musées et galeries traditionnelles » L'ensemble était étonnant : un instantané, un gigantesque flash de ce qui se brasse présentement Comme tout flash, cela manquait de profondeur mais le survol des lieux donnait suffisamment d'indices pour avoir le goût de suivre de plus près ces artistes, donnait aussi à penser que si les arts visuels étaient ici plus reconnus, nous n'aurions pas grand-chose à envier à New York ou Paris.Dans cette perspective.Montréal tout-terrain était un bon coup Je pense ici au sous-sol dont l'atmosphère était particulièrement réussie avec l'environnement de Alain Pelletier et la sculpture de Robert Saucier ; je pense aux environnements des petites pièces, à Joyce Blair avec son 77?e Second Entrance into the Real, à Anna Yomldon et sa Carte du monde aux Walking Houses de Deborah Margo et Cinthia Von Frank, à l'humour impayable de Céline Baril dans sa Description mathématique d'un accord pour ne nommer que ces oeuvres.Tous ces parcours étaient tracés d'ingéniosité, d'intelligence et d'humour II ne reste plus qu'à souhaiter qu'un tel événement en provoque d'autres et ait des suites réelles.Danielle Lapointe LA VIE EN ROSE 60 octobre 1984 LE CHAMPAGNE * DUSON / Représentant les meilleures marques dans le domaine de la reproduction sonore, nous serons heureux de vous aider à choisir la chaîne stéréophonique correspondant à vos besoins.Au plaisir.9343 LAJEUNESSE, MONTRÉAL, QUÉBEC, CANADA H2M 1S5, (514) 389 1377 l'interdite à l'inédit Sur les Elles du temps Camille Claudel et des sculpteures québécoises contemporaines, galerie UQAM.27 juin - 15 juillet L'exposition faisait suite à la pièce Camille C présentée à Montréal au printemps dernier La pièce racontait les principaux événements de la vie de Claudel, sculpteure oubliée - ou effacée -de l'histoire, et les installations des artistes québécoises s'inspiraient de cette biographie Conçue à partir du décor de la pièce, l'installation de Roy et Demers reliait directement sculpture et théâtre La bande sonore, par cette voix de femme ne modulant que des sons ou par le bruit de Camille détruisant rageusement ses sculptures, accentue la «théàtralité» inhérente à chaque oeuvre, et à l'ensemble de l'exposition.L'oeuvre de Claudel.Les causeuses m'a tout de suite accrochée, même en photo, au point que je me suis plu à imaginer une conversation entre Elles.Camille et les sculpteures de l'exposition, à travers le temps et l'espace C'est la souffrance d'une interdite qui était racontée dans Blessure et Y Installation de Lavertu.celle-ci rappelant étrangement la crucifixion.C'est la création étouffée qui apparaissait dans Mekious.le labyrinthe aux portes closes de Demidoff-Sèguin.et cet ètouffement créait une tension dont l'Orm de Brodeur témoignait.L'Installation- escalier de Cousineau rendait en quelque sorte hommage aux femmes qui se sont usées physiquement et mentalement à cause de cette mise en veilleuse forcée de leur créativité.Mais les dés ne sont pas joués définitivement et Le magasin pittoresque de Larin et À t MMÔÛC«WHt dans Fruits la nouvelle revue culturelle française (livres, textes, cinéma) En vente à 12,00$ (pour ce numéro double) Diffusion au Québec: Anne-Marie Alonzo pan toi de Prince manifestaient une force créatrice féminine d'autant plus saisissante qu'elle a été reléguée aux oubliettes pendant des siècles.Bref, le langage métaphorique de ces sept sculpteures contemporaines expliquait la souffrance, la lutte et la vitalité de Claudel et des femmes en général Une telle exposition valait la chandelle, les responsables de cet événement.Céline Camirand et Manon Règimbald.ayant réussi à créer un lien entre les Elles du temps, entre l'interdite et l'inédit.Une reprise est-elle possible ~> Monique Langlois ïï belle e(s)t la bête William Bouguereau Musée des Beaux-Arts, 21 juin -23 septembre.Bouguereau est un peintre académique du XIX' siècle Le trop grand nombre de figures féminines présentes dans ses oeuvres exposées au Musée des Beaux-Arts m'a incitée à les scruter de mon oeil féministe, et l'exposition est devenue l'excellent point d'appui d'une petite remise en question du fait d'être femme Voici celles que j'ai vues : des petites filles, des baigneuses, des bergères et des maraudeuses, une tricoteuse, plusieurs mères (attendrissantes!, presque nymphes, une prêtresse, la Vierge et Vénus Toutes sont belles, il ne leur manque que la parole.mais contrairement aux hommes des tableaux, elles sont en général non identifiées Être femme, c'est être personne.Ces modèles figurés dans des scènes allégoriques, religieuses ou des scènes de genre, mettent en évidence des rôles féminins associés à l'amour coniugal et maternel Quant à lhomme.s'il est parfois placé dans des rôles d'époux et de père, c'est avant (Le départ du berger) ou après (Le retour de 1 agriculteur) une journée passée dans l'exercice d'un travail qui l'identifie à sa fonction dans la société 11 enlace alors tendrement sa femme et son enfant, et les illustrations ne sont pas sans rappeler la «Sainte Famille» Être femme, c'est être épouse et mère Les sujets des tableaux senent aussi de prétextes à la représentation de nus féminins et masculins à saveur erotique et sexuelle Les femmes peintes par Bouguereau ont le teint beaucoup plus pâle que celui des hommes, au point où elles paraissent nues comme des ob|ets La nudité fait oublier leur visage.C'est Lévinas qui disait : «Le visage est ce qui interdit de tuer», indiquant la difficulté de tuer quelqu'un face à face Cependant le meurtre n'est pas nécessairement physique, et représenter des femmes nues, sans visages, facilite leur métamorphose de femmes-indi-vidues en femmes-objets et revient à les tuer mentalement Les femmes, sous l'apparence d'obiets d'art, deviennent des marchandises sexuelles et erotiques et.de ce fait, des obiets politiques Être femme, c'est être objet.L'exposition Bouguereau.bref, redonnait l'occasion de voir à quel point des rôles féminins peu diversifiés ont pour effet de rendre les femmes semblables entre elles, d'uniformiser leur image Monique Langlois intervention féministe consultation individuelle Gisèle Legault.travailleuse sociale psycho-thérapeute et professeur e à l'Université de Montréal 277-1216 (Outremont) LA VIE EN ROSE 62 octobre 1984 Cinéma S^ouveau cinéma de femmes À surveiller, dans le cadre du 13' Festival international du nouveau cinéma de Montréal, toute une série de films réalisés par des femmes : Flugel le dernier film de Helma Sanders-Brahms, .Vorre manage de Valeria Sarmentio.Un jour Pina m'a demandé de Chantai Akerman, La maladie de la mort, dernier long métrage de Marguerite Duras, Savannah Bay c'est toi de Michèle Porte d'après la pièce de Marguerite Duras (avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier).Donan Gray dans le miroir de la presse à sensation d'Ul-rike Ottinger, ainsi que plusieurs autres.Du 18 au 28 octobre, à la Cinémathèque québécoise, aux cinémas Ou-tremont et Parallèle, à Montréal calendrier Z=elda Le Théâtre d'Aujourd'hui entame la nouvelle saison avec Zelda un premier texte de Jo-hanne Beaudry.Une décennie dans la vie de Zelda et de Scott Fitzgerald, porte-paroles mythiques d'une génération entière, à l'époque des années folles (1920-1930).Du 13 septembre au 6 octobre.Pour plus de renseignements, communiquez avec le Théâtre d'Aujourd'hui, 1297, rue Papineau, Montréal.Tél.: 523-1211.^Homrae gris Un homme de cinquante ans camoufle sa vie sous une apparente conformité Pourquoi s'est-il arrêté, un soir gris et pluvieux, à un motel avec sa fille de 22 ans ~> Peut-on.quand on a 22 ans, vivre et être la fille de l'homme gris ~> Un texte de Marie Laberge.L'Homme gris.du 13 septembre au 6 octobre, à la Salle Fred-Barry, 4353, rue Ste-Catherine est.Pour réservations : 253-8974.£i Trousse Au Théâtre Malenfant.734.rue St-Jean-Baptiste, Terre-bonne, du 13 septembre au 13 Dorian Gray octobre.La Trousse c'est Su-zelle.le mouton noir de sa famille Mariée à 16 ans.elle aboutit presqu'aussitôt dans le milieu de la prostitution.C'est un personnage sensible, tendre, drôle, révolté aussi.Un texte de Louis-Marie Danse-reau, mis en scène par André Montmorency et interprété par Danielle Fichaud Renseignements : Louise Bourque, Théâtre Malenfant: 492-0165 ou Danièle Papineau-Couture : 842-3851.-transit L'Eskabel, 1235.rue San-guinet, à Montréal présente Transit, un théâtre musical de création canadienne.La musique est de Micheline Coulom-be-Saint-Marcoux et le livret de France Théorêt Transit est produit par l'Eskabel et de l'Atelier lyrique du Rhin, en collaboration avec la Société internationale pour la musique contemporaine, section canadienne, et mis en scène par Piene Barrât, directeur de l'Atelier.Du 3 au 28 octobre.Musique îmmes et musique L'évolution et la place des femmes en musique : rappelons que le 4e Congrès international Femmes et musique se tiendra à Paris, du 25 au 28 octobre.Pour s'inscrire ou pour obtenir davantage de renseignements, s'adresser au 4' Congrès international Femmes et musique.45 bis.rue de la Glacière.75013 Paris.octobre aura lieu le Festival folie/culture, un événement d'envergure internationale puisqu'une quinzaine de pays y seront représentés.(À noter : la présence d'Howard Buten.l'auteur de Quand j'avais cinq ans.je m'ai tué.au Seuil.) Auto-Psy (défense des droits des psy-chiatrisé-e-s) et Obscure, coopérative en arts actuels, organisent l'événement, qui inclut également une exposition de photographies, des films et des vidéos.On peut se renseigner auprès de Obscure 20, rue Saint-Jean, n° 30.Québec.G1R 1N6.Tél.: (418) 529-3775.Vidéo nements S^mystifier la folie À Québec, du 1" au 7 octobre et à Montréal du 7 au 10 Vidéo 84 : du 27 septembre au 4 octobre, les rencontres vidéo internationales de Montréal réunissent des vidèastes de 11 pays différents dont les Canadiennes et Québécoises Elisabeth Chitty, Françoise Dugré.Johanne Fournier, Nora Hutchison.Lorraine Dufour.Anne Ransdem.Lisa Steele, Elisabeth Von Der Zaag, Jane Nar-they.Au Complexe Guy-Favreau.rue Dorchester et à Vidéographe, rue Gamier Les bandes seront disponibles à Vidéo Femmes, à Québec, du 11 au 14 octobre.Dans le cadre de Vidéo 84.il y aura plusieurs installations vidéo de femmes : Barbara Steinman, au Musée d'art contemporain, Cité du Havre, du 27 septembre au 11 octobre.Dara Birnbaum.à la galerie Graff, 963 rue Rachel est.du 30 septembre au 23 octobre.Mary Lucier.à la galerie Jolliet.279 rue Sherbrooke ouest, du 29 septembre au 20 octobre.Marshalore, à la galerie Optica.3981 rue Saint-Laurent, du 3 au 27 octobre.Muriel Olesen et Marie-Jo Lafontaine, à Powerhouse.3738.rue Saint-Dominique, du 29 septembre au 21 octobre sitions Mireille Lavoie : céramique, à la galerie Interaction.4060, boul.Saint-Laurent, du 23 septembre au 14 octobre.Barbara Kruger : photo-montages.Yajiama/Galerie, 307 rue Sainte-Catherine ouest, du 10 octobre au 3 novembre.Judith Wolfe : peinture, à la galerie Aubes, 3935, rue Saint-Denis, du 10 au 28 octobre.Brigitte Potter-Mal: Appel à l'humanité dans le cadre d'une exposition de 45 artistes sur le thème «pollution et danger nucléaire», à la galerie Orboro, 3981.boul.Saint-Laurent, du9 au 20 octobre Brigitte Potter-Mâl exposera ensuite à la galerie Concordia, pendant les événements sur le désarmement, du 20 octobre au 1" novembre Orboro présente aussi une exposition de Josette Trépa-nier (et d'autres).La famille royale, du 25 septembre au 6 octobre.Barbara Astman : sculpture, à la galerie d'art Concordia, rue Maisonneuve ouest, du 17 octobre au 10 novembre.Carol Conde : photo-montages, à la galerie Dazibao.4060.boul.Saint-Laurent, du 24 octobre au 18 novembre.Diana Nemiroff: Drying/instal-ladon.au Centre Saidye Bronfman, 5170, rue Ste-Catherine ouest, du 23 octobre au 24 novembre.Au Musée des Beaux-Arts, rue Sherbrooke ouest, du 19 octobre au 18 novembre, Avant-scène de l'imaginaire Exposition organisée par Yolande Racine, avec des installations de trois artistes.Françoise Boulet.Geneviève Ca-dieux et Sandra Meigs.Deuxième Salon national des galeries d'art au Palais des congrès, du 18 au 21 octobre, sous le thème L'Art et la femme Intéressant pour avoir un panorama de la production vendue dans les galeries québécoises et de la place des femmes dans ce marché.Et à Québec Sarinda Dhaliwal : installation à la Chambre blanche, 549, boul.Charest est.du 9 octobre au 4 novembre octobre N84 63 LA VIE EN ROSE OFFRE SPÉCIALE réservée à nos lectrices ! Procurez-vous, à prix réduit, le t-shirt de la Papesse Jeanne, la seule femme Pape (853-855) de l'histoire de l'Eglise catholique romaine.Au lieu de 8,50$ (prix régulier) ne payez que 6,50$ si vous êtes abonnée à LA VIE EN ROSE, ou 7,50$ si vous n'êtes toujours pas abonnée ! ABONNEZ- VOUS à LA VIE EN ROSE et suivez CHAQUE MOIS r actualité avec nous! MIEUX, Abonnez-vous à long terme et économisez jusqu'à 42% du prix du kiosque! 3 ans 30 numéros 42% de réduction 2 ans 20 numéros 37% de réduction 1 an 10 numéros 25% de réduction 45$ 33$ 19$ P.S.: Les profits de la vanta des t-shirts iront aux centres da santé das femmes da Montréal at à l'émission MATRIX da Radio Centre-ville (102, 3 FM). LA VIE EN ROSE NE JAUNIT JAMAIS ! Le papier peut jaunir, en fait, mais les idées, dossiers, reportages et analyses de LA VIE EN ROSE ne se démodent pas d'une année à l'autre.Vérifiez-le avant que nos caves soient vides: commandez les numéros qui vous manquent.3 4 5 MARS 1981 Gagner son ciel ou gagner sa vie?Dossier salaire au travail ménager + La presse féministe en France, Madame Bolduc, le P R N JUIN 1981 L education sexuelle, dossier + Le valium et le cancer du sein, entrevues avec Marguerite Duras et Tatiana Mamonova.SEPTEMBRE 1981 Quand Janelte et les autres ne veulent plus rien savoir Dossier les femmes et l'information.+ L'Irlande insoumise, le retrait préventif, les propos d'Adrienne Rich, Nicole Brossard, Léa Pool DECEMBRE 1981 La nouvelle famille ef la loi 89 dossier + Entrevue avec Claire Bretécher, questionnaire sur le harcèlement sexuel, la droite américaine MARS 1982 L'avortement en 1982 dossier + La porno ou le terrorisme mâle, le mouvement socialiste et les femmes, la crise économique 8 9 10 JUIN 1982 L'amour, toujours l'amour dossier + Entrevues avec Clémence Desrochers et Luce Irigaray.l'affaire de Mascouche, les femmes battues SEPTEMBRE 1982 Mises à pied, mises au pas ?Dossier travail + Résultats du questionnaire sur le harcèlement sexuel, les femmes et le jazz, le pacifisme aux USA NOVEMBRE 1982 D'une mère a l'autre, dossier maternité + Elections à Montreal, histoire d'infirmières, reportage au Brésil JANVIER 1983 Vieillirons-nous comme elles ?Dossier femmes âgées + L'herpès «politique», Pauline Marois et le pouvoir, le viol, le féminisme et le socialisme en France MARS 1983 Les femmes en prison dossier + Le point G.le viol et la loi, le militantisme au Québec, spécial romans policiers 11 12 3 MAI 1983 Boulier, c'est pas d la latte ! Dossier nourriture-névrose.+ Les Amérindiennes, René Lèvesque, le sport ou le jeu, spécial poésie.JUILLET 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita Spécial fiction + Les grandes photographes, les romans Harlequin, le théâtre des hommes SEPTEMBRE 1983 Apprivoiser l'informatique, dossier + Entrevues avec Claire Bonenfant et Louise Forestier, le pouvoir médical, El Salvador NOVEMBRE 1983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme, dossier + Les Nicaraguayennes, propos de femmes pacifistes, le festival du Michigan, festivals de films de Québec et Montréal JANVIER 1984 Demain, la guerre ?Dossier femmes et pacifisme + Entrevue avec Benoîte Groult, le forum économique du CSF, dictature aux Philippines.Mensuel Histoire d'amour et d'eau salée 19 OH BOY ! Jean-Paul et l'Eglise des hommes Adresse Ville Prov.Code postal Téléphone .Ci-inclus un chèque ou mandat-poste au montant de.$ 2,50$ par numéro.3963 ST-DENIS.MONTREAL H2W 2M4 1 2 3 4 5 6 ?8 9 10 11 12 13 ?15 16 17 18 19 ?7 ?14 ?I û I I I mm lans anchir Veuillez découper coupon, I* inaérer dai i enveloppa et a ff ranci suffisamment Prévoir 6 semaines la réception. ?LIBRAIRIES L< CLASSIC 825 BOULEVARD ST-LAURENT.PLACE LONGUEUIL.LONGUEUIL.TÉL.: 677-8341 - 1430 OUEST STE-CATHERINE.MONTREAL.QUÉBEC.TEL.: 866-8276 - 1 PLAZA ALEXIS N1HON.WESTMOUNT.QUÉBEC.TEL: 933-1806 - GALERIES D ANJOU.VILLE D'ANJOU.QUÉBEC.TÉL.: 353-6950 - LE CARREFOUR LAVAL.BOUL.LE CARREFOUR.LAVAL.QUÉBEC.TÉL.: 681-7700 - CENTRE LAURIER.2700 BOUL.LAURIER.STE-FOY.QUÉBEC.TÉL.: 653-8683 LES GALERIES DE LA CAPITALE.5401 BOUL.DESGALERIES.QUÉBEC.QUÉBEC.TÉL.: 627-3855-PLACE FLEUR DE LYS.550 BOUL.HAMEL.QUEBEC.QUÉBEC.TÉt.529-9609-PLACE DE SAGUENAY.BOUL.TALBOT.CHICOUTIMI.QUÉBEC.TÉL.: 543-3882 -LES PROMENADES DUUTAOUAIS.1I00BOUL.MALONEY.GATINEAU.QUÉBEC.TÉL.: 5611319 - CENTRE PLACE VERTU.3205 BOUL.COTE VERTU.VILLE ST-LAURENT.QUEBEC.TEL.: 335-2971 - LES GALERIES DE GRANBY.40 RUE ÈVANGÉLINE.GRANBY.QUÉBEC.TÉL.: 378-6547 - CENTRE LES RIVIÈRES.4125 BOUL.DES FORGES.TROIS-RIVIÈRES.QUEBEC.TÉL.: 378-8708.? o des femmes 1985 SO les éditions du remue-ménage
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