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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1985, Collections de BAnQ.

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EVU ES loigenlaler e c i n Lambert a r c n i t e c 1 e Le magazine féministe d'actualité La Vie en Rose a 5 ans! SOMMAIRE ÉDITORIAL La gloire aller-retour Françoise Guénette 4 Courrier 7 Communiqués 9 Chronique délinquante Y a-t-efle une féministe la sale?Hélène Pedneault 10 dans actualité FÉMINISTE 12 Les féministes se critiquent Francine Pelletier 20__ Le mal de tête Ginette Paris 24_ La majorité silencieuse Josette Giguère 26_ La Conquête de l'Ouest Françoise Guénette Malaises d'une casseuse de veillées Lucie Leboeuf 28_ Un féminisme de préférence Nicole Brossard 30_ Une aventure à hauts risques Françoise Collin 32_ 1975-1985: DIX ANS DE FÉMINISME Rétrospective photos.Recherche: Joanne McDermott et Ariane Émond.Conception: Sylvie Laurendeau.42_ Les filles des féministes Carole Beaulieu 45_ Friedan la mystifiée?Hélène Sarrasin 47_ Un héritage insupportable Ginette Noiseux 48_ Nécessairement moralistes Nancy Huston Entrevue 16 La passion selon PhyNis Lambert Anne-Marie Alonzo, Françoise Guénette JOURNAL INTIME ET POLITIQUE Mon père à moi 54 Hélène Pedneault flashes 60 Livres, cinema, arts visuels, spectacle, théâtre CALENDRIER mors 1985 3 LA VIE EN ROSE éditorial gloire aller-retour une réputation de PME culturelle réussie que nous avons nous-mêmes consolidée en entretenant un discours positif, axé sur l'expansion du projet plutôt que sur ses contradictions.Aux autres femmes et aux médias, nous avons parlé plus facilement de nos tirages, succès et projets que de nos angoisses financières, de nos problèmes de fonctionnement et de nos tiraillements idéologiques.Avions-nous tort ou raison 7 On nous a accusées de triomphalisme et il y avait sans doute un peu de cela.Mais nous voulions tellement réussir et durer 1 Nous étions sûres de nous et du projet, énergiques, confiantes, candides.et étonnées par le succès rapide et apparent de l'entreprise.Ex-militantes-boudèes-par-les-médias, nous avions tout à coup un tôle public à assumer : pour avoir choisi de fonder iin magazine plutôt, par exemple, qu'un groupe de recherche sur les femmes et l'information, c'était inévitable.Nouvelle, cette représentation «officielle» du féminisme semblait populaire Certaines n'y ont vu qu'une commercialisation du LA VIE EN ROSE Mars, le mois du féminisme à la une.Le mois des bilans donc des oublis, des promesses donc des mensonges, des grands reportages rétrospectifs donc des erreurs d'interprétation.Mars, le mois du féminisme rentable et visible, occulte aisément le féminisme combatif mais invisible des onze autres mois.C'est un premier paradoxe.Paradoxe aussi de La Vie en rose, qualifiée de «réussite», surtout le 8 mars.Pour nous, cela évoque un malaise et, de plus en plus, un signe d'avertissement.Car où est la «gloire» de La Vie en rose7 Bien sûr.nous durons depuis cinq ans déjà, avec derrière nous quatre insérés dans le Temps fou et 24 numéros, alors que tant d'autres sont apparus, fulgurants, puis ont sombré dans le ciel des magazines et revues.Effectivement, parties d'un projet sans le sou et «dérisoire» («La Vie en rose n'aura pas de télex, pas d'envoyée spéciale à Kaboul, ni à Téhéran Sauf exception, personne sur Les Lieux», par Françoise Guenette disions-nous en mars 80), nous en sommes arrivées à tirer tous les mois à 20 000 exemplaires et à rouler 350 000 $ de chiffre d'affaires en 1984.Il est vrai que 6 000 femmes (et hommes) sont maintenant abonnées, et qu'av* les ventes en kiosques et le facteur de multiplication, près de 60 000 Québécoises lisent La Vie en rose.Oui.le magasine emploie désormais huit femmes et une quinzaine de collaboratrices régulières dont les cachets ont doublé depuis deux ans.Certainement, les deux fêtes du 8 mars organisées à Montréal par le magazine, La Fièvre du mardi soir (1983) et Rose Tango ( 1984), ont été très courues.Évidemment, nous sommes invitées souvent à nous prononcer sur tous les sujets, de la stérilisation des personnes handicapées à la nomination de Francine Lalonde ou à l'auto-financement des groupes de femmes.Et dans les cégeps et universités, nous recevons enfin des cachets, comme les autres «spécialistes».Tous dus en premier lieu à la visibilité de La Vie en rose, ces symptômes de reconnaissance publique nous ont construit mars 1985 féminisme.Sans vouloir parler au nom de toutes, nous leur réfléchissions une image publique du féminisme, donc d'elles-mêmes.Et combien de féministes ont l'habitude de se voir publiques 7 De là peut-être pour plusieurs, l'origine du malaise et.par conséquent, la difficulté de se situer face à La Vie en rose t aujourd'hui, cette étiquette de réussite nous écorche la peau.Le mot a un aspect fini, achevé, définitif, glacé comme la colle des «tirettes à mouches», et rappelle tous ces commentaires agacés : «Mais les femmes ont tout, maintenant, qu'est-ce qu'elles ont encore à chialer ?» En ce sens, le succès de La Vie en rose sert aussi de diversion : il détourne l'attention des préoccupations de celles, majoritaires, qui ne «réussissent» pas selon les mêmes critères : les travailleuses aux emplois menacés, les mères sans garderies, les femmes battues sans refuge ou recours, etc.Car il est tellement plus facile pour le pouvoir et la presse d'interpeller le journal qui s'affiche que d'aller sur tous les terrains du quotidien chercher l'avis des milliers de femmes et féministes anonymes.Manipulée par l'anti-féminisme.le conservatisme, l'intolérance, la réussite de La Vie en rose, c'est-à- chercheures et auteures québécoises7 Mais l'ouverture au monde 7 Beaucoup reste à faire.Et.malgré l'amélioration de nos moyens techniques et financiers, rien n'est garanti : nous sommes peu.nos ventes en kiosques gonflent moins vite que nos coûts d'impression, notre percée sur le marché est difficile, nous avons du mal à susciter une relève et féministe et journalistique, et nous frôlons parfois le burn-out collectif! ! ! (D'ailleurs, comment cela n'est-il pas encore arrivé ?) Parce que nous croyions à ce projet de «folles», nos vies personnelles depuis cinq ans y sont quasi entières investies ; nous avons emprunté à la caisse pop et pris des risques financiers ; nous avons appris l'écriture journalistique, le marketing, l'administration, les trucs de la distribution et le trac sans fin de la publication, nous avons mâchouillé des chiffres et digéré nos erreurs.Tout cela était, est encore, inhabituel pour les femmes que nous étions.Nous avons dû dépasser nos propres peurs de l'argent, de la visibilité, de l'échec et.pire, du succès ; accepter l'angoisse et l'insomnie, mais aussi l'affection et la fidélité des lectrices.Bref, nous avons, c'est vrai, misé gros pour gagner gros.Comme dans une histoire d'amour, il n'y a que le trop qui tienne et La Vie en rose, entre vous et nous, n'est pas autre chose V;*:-iV.'.> • f A I * Membre de la Corporation professionnelle des travailleurs sociaux du Québec Nell-Anne Toegel Intervention Féministe Individuelle - De groupe 175, De TEpée Outremont Que.H2V 3T1 Tel: (514) 279-8916 BUREAU: (5I4) 769-2176 Pierrette Tremblay, MPs.PSYCHOLOGUE Crise siluahonnelle — idées suicidaires stress — homosexualité phobie — séparation — deuil Membre de la Corporation Professionnelle des Psychologues du Québec -* v~77 - Courrier A la défense de Peanuts L'article de Claire Lapointe.«Le monde selon Mafalda», m'a fait bondir d'indignation ! Est-il bien nécessaire, lorsqu'on veut décrire une oeuvre (et j'imagine que c'est le but de la chronique littérature), de la comparer à une autre, en l'occurence Peanuts.complètement différente, écrite à une époque différente, dans un pays différent ?Je suis une 'an de Mafalda J'apprécie également une foule d'auteurs de BD, dont Bretecher n'est pas la moindre.Et j'adore les Peanuts Et je ne vois pas pourquoi il faudrait dénigrer l'un pour valoriser l'autre.Les personnages de Peanuts me font rire depuis longtemps, je les aime et il me semble que chacun d'eux me ressemble un peu (eh oui ! même Lucy !).Ils ne sont pas pour moi «les voisins que vous ne voudriez pas avoir», ils ressemblent aux voisins que j'ai.Évidemment, pour aimer, il faut connaître, et si on se contente de la page hebdomadaire dans La Presse.On n'y parle pas de politique ?La candidature de Linus à la présidence de son école était pourtant une belle satire des élections américaines.Ils ont «la conscience sociale paresseuse» 7 Ça me rappelle le club des Faiseurs de Bonshommes de neige (critique du sport organisé et de la compétition) ou la rencontre de Charlie Brown avec le «petit bum» qui lui vole son gant de baseball.Et Peppermint Patty n'est-elle pas un magnifique personnage féministe ?Courageuse, indépendante, insoumise, à la fois généreuse et affectueuse.Finalement la psychologie des personnages me semble bien remettre en question tout l'ordre de la société nord-américaine, et les rapports humains qu'elle engendre.Mais, de toute façon, faut-il tout voir à travers une «grille d'analyse», quelle qu'elle soit ?On a le droit d'aimer ou de ne pas aimer, de rire ou de ne pas rire mais faut-il le faire au nom d'une «ligne», ou d'un dogme, ou d'un système idéologique ?Et pardonnez-moi, mais j'ai bien rigolé sur la conclusion de l'article, qui déplore le manque de féminisme de Quino.Est-il écrit que les artistes sont tenu-e-s de dénoncer les injustices, toutes les injustices ?Et là, on tombe dans une discussion sur l'art en général : la responsabilité de l'artiste, la liberté d'expression.Je ne m'embarquerai pas là-dedans.Personnellement, je suis allergique aux dogmes.Faut-il rejeter l'oeuvre de Michel Tremblay parce qu'elle n'est pas «politique» 7 Et Jacques Brel n'a-t-il écrit que de la merde parce qu'affreusement misogyne 7 Le perfectionnisme idéologique, maladie particulièrement dangereuse lorsqu'elle atteint ceux qui sont au pouvoir, peut sembler anodin pour les individus, mais il nous priverait de bien des bonheurs.Francine Labrie Ste-Adèle x^ierté déplacée J'ai toujours défendu les féministes dans leurs revendications qui m'appa-raissent justifiées (.) Je suis donc prête à remettre en question les stéréotypes et à repenser l'avenir - mais pas au prix de mes goûts.Car il est mal vu pour les femmes aujourd'hui 1 ) d'aimer cuisiner, à moins que ce ne soit des «spécialités», 2) d'aimer coudre ou tricoter, à moins d'y gagner sa vie, 3) de s'adonner au ménage, à moins que l'armée familiale n'ait créé un champ de bataille, 4) de cajoler ou de s'inquiéter de ses enfants, sans recevoir l'étiquette de «mère-poule».Mais pourquoi donc certaines femmes aujourd'hui s'enorgueillissent-elles de ne pas être des femmes de maison 7 Est-on fière de ne pas savoir nager ?Faut-il en dévaloriser certaines pour en déculpabiliser d'autres ?Pour ma part, je me considère comme privilégiée d'avoir moins d'argent mais plus de temps.Du temps pour écouter mes adolescentes, du temps pour les aimer, du temps pour créer et apprendre.La pression est très forte pour que nous devenions toutes des «superfemmes» et peut-être que mes filles n'y échapperont pas.Mais je refuse de penser que c'est le féminisme qui les y aurait conduites.Danielle Taylor Ville LaSalle ÉQUIPE DE RÉDACTION : Ariane Emond.Françoise Guénette.Claude Krynski, Louise Legault.Lise Moisan.Francine Pelletier • RÉDACTION : Françoise Guènette, Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION: Ariane Emond • SECRÉTARIAT: Andrée-Anne Delisle • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo.Carole Beaulieu, Sylvie Bélanger, Nicole Brossard.Françoise Collin, Gloria Escomel.Josette Giguère, Nancy Huston.Lucie Leboeuf.Joanne McDermott.Joanne Melanson.Ginette Noiseux.Ginette Paris.Hélène Pedneault.Diane Poitras.Hélène Sarrasin • ILLUSTRATION : Marie-Josée Chagnon, Suzanne Côté.Marlène Devost, Thérèse Godbout ChrisUne Lajeunesse.Diane O'Bomsawin • PHOTOGRAPHIE : Marik Boudreau.Ginette Clément.Suzanne Girard • MAQUETTE : Diane Blain.Sylvie Laurendeau, Luce Venne-Forcione (publicité) • CORRECTION D'ÉPREUVES : Suzanne Bergeron.Louise Malette • COMPOSITION : Concept Médiatexte Inc • PELUCULAGE : Dupligraphix • IMPRESSION: Imprimerie Canadienne Gazette Inc • DISTRIBUTION: Les Distributeurs associés du Québec (DAQ).tél.: 645-8754, extérieur: 1-800-361-4550 • PUBUCrTÉ : Claude Krynski : 843-7226 • ABONNEMENT : 1 an.10 numéros : 19$, 2 ans, 20 numéros : 33$.3 ans.30 numéros : 45$ Tarif international par voie de surface 30$.par avion 44$ Marie-France Poirier 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec Ce numéro est subventionné également par le Secrétariat d'État, programme PromoUon de la femme, mais les opinions exprimées dans le magazine ne représentent pas forcément celles du Secrétariat d'État • LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963.rue Saint-Denis.Montréal, H2W 2M4.ou en téléphonant : (514) 843-8366 ou 843-7226 Copyright 1984 - LA VIE EN ROSE Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés Dépôt légal Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Courrier de deuxième classe 5188 Commission pantaire 4 067 CDN mars 1985 7 LA VIE EN ROSE Communiqués Le calendrier du 8 mars Le 8 mars, une soirée en poésie, chansons et musique, organisée par la Fédération des femmes du Québec, le YWCA, le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme, le Conseil des femmes de Montreal, aura lieu au YWCA 1355.rue Dorchester, ouest Montréal Inf.284-2040.Du 4 au 18 mars, la librairie Aube-épine offre 15% de rabais sur tous les livres neufs.Au 4050.rue Saint-André.Mil 524-9890 Le 9 mars, une grande Fête de solidarité viendra clôturer la tournée du Québec effectuée en février et mars par des femmes du Nicaragua, du Guatemala, des Philippines et de l'Afrique du Sud.À 20 k à l'église Notre-Dame des Sept Douleurs.284.rue de l'Église Verdun Inf.Lise Gamier : 526-9682 Le 10 mars sera la journée des activités de l'Intersyndicale des femmes (regroupement des comités de condition féminine des grandes centrales syndicales), au Pavillon Judith-Jasmin de l'Université du Québec à Montréal rue Sainte-Catherine De 10 à 18 h, ateliers, kiosques, films et vidéos, animation.Le thème Imaginons le pouvoir des femmes sera discuté dans des ateliers sur la santé, l'éducation, le travail, la politique, l'amour, les syndicats.À 13 h 30, panel : Le pouvoir des femmes versus le pouvoir de l'État A 17 h, cocktail en hommage à Léa Roback.une pionnière syndicaliste et féministe.Garderie sur place.Inf.: Lise Moisan 598-2097 Travailleuse ou chômeuse ?Au Bas de l'échelle est là pour aider les non-syndiqué-e-s.Par un service téléphonique, des séances d'accueil, des sessions d'information sur vos droits, etc.Inf.6839 A.rue Drolet n° 305.Mtl H2S 2TI: 270-7878.Avec ou sans emploi, syndiquée ou non.les trois conseillèr-e-s de la FTQ sont là pour vous renseigner sur vos droits sociaux : assurance-chômage, logement santé et sécurité, immigration, impôts, etc.Inf.Les conseillers sociaux FTQ 20.bout de Maisonneuve ouest.Mtl H2X 1Z3 844-8644 Manif anti-Reagan Les 17 et 18 mars, Mulroney et Reagan se rencontrent à Québec Pour protester contre ce rapprochement Ottawa-Washington, avec ses conséquences Léa Roback sociales et politiques, joignez-vous à la Coalition, le 17 mars à 13 h.face au Parlement Transport par autobus de Montréal.Inf.Centre international de solidarité ouvrière : 598-2020.ou Coalition québécoise pour la paix 849-1956 Inf à Québec (418) 647-5856 Télé -violence Parents et consommatrices-teurs d'images, comment réagir à la violence des vidéo-clips et séries télévisées ?l'Association nationale des téléspectateurs (et spectatrices ?) vous invite à un colloque sur La Violence à la télévision : quoi faire ?.les 29 et 30 mars au Centre Saint-Pierre.1212.rue Panel Mtl Inf.: Rachel Lauzon 729-6393 0 e Déméritas Encore une fois, le Conseil du statut de la femme vous demande de décerner les prix Déméritas et Éméritas à la pire et à la meilleure des publicités.Envoyez vos votes au Comité pour la publicité non sexiste du CSF.1255.Carré Philippe.No 708.Mtl H3B 3G1 Inf : 843-8383 ou sans frais : 1-800-361-4349 amnistie pour les femmes Du 11 au 16 mars, le groupe Amnistie internationale de l'Université de Monn-éal, en collaboration avec le service d'animation culturelle de l'U.de M.vous invite à une semaine autour du thème : Les Femmes et les droits de la personne Cinéma, théâtre, conférences, témoignages, ateliers vous informeront sur la situation des femmes au Salvador, au Guatemala, en Haïti, en Afrique du Sud, en URSS et aux Philippines, et vous donneront des moyens concrets pour aider les milliers de prisonnières d'opinion actuellement détenues.Inf : Andrée Lemieux 343-6524 Femmes de Charlesbourg Vous êtes assistée sociale, chômeuse, chef de famille, et vous habitez la région au nord de Québec ?Pour connaître vos droits et vous entraider, contacter le Regroupement des femmes sans emploi au nord de Québec: 101.rue de l'Église.Charlesbourg (418) 849-9110 A/ontréalaises d'abord Le Centre des femmes a 12 ans ! Et il offre toujours une grande variété de cours, entre autres «La femme et l'argent» et des cours de français aux anglophones.De plus, en mars et avril, on propose aux femmes immigrantes des réunions d'information : «Chercher du travail» (6 mars), «L'entrevue avec l'employeur» (13 mars), «La situation des femmes dans leurs pays d'origine (19 mars), «L'arrivée des femmes au Québec» (27 mars).«Le statut des femmes au Québec» (27 mars), «Le statut des femmes au Québec» (3 avril).Pour toute information sur les services et les cours offerts le Centre des femmes de Montréal, i 3585.rue Saint-Urbain.Mtl H2X 2N6 842-4780 Info-femmes, à Pointe-aux-Trembles, offre toujours des café-rencontres, des cours de croissance personnelle, des techniques de recherche d'emploi, des consultations individuelles, etc.Information et inscription sur place 1050.boul Saint-Jean Baptiste.Pointe-aux-Trembles.ou tel 645-1526 Le YWCA commence le 12 mars, pour ses lunch du mardi, une série de 10 films : Ciné-femmes, tous les mardis midis, à 12 h 15.au 1355.boul Dorchester ouest tel 866-9941.no 43 Radio populaire Dans la nouvelle programmation de Radio Centre- Ville radio communautaire et multilingue, (CINQ-FM.102.3 sur la bande FM), l'émission Micro-ondes peut vous servir.C'est un «babillard radio-phonique au service des groupes populaires et des syndicats».Il suffit de transmettre les informations que vous voulez diffuser, avant le jeudi midi, à Evelyne Foix.au 495-2597 L'émission est diffusée le vendredi de 10 à 11 heures mars 1985 9 LA VIE EN ROSE Chronique Délinquante Ya-t-elle une féministe dans la salle?ou «Que de souvenirs, que de souvenirs.1» par Hélène Pedneault* Chère Marianne, chère lâcheuse, Je profite de la Décennie des femmes pour revoir avec toi les dix dernières années de fun vert que nous avons passées à militer ensemble.Toi, tu as eu ton voyage plus vite que moi, et j'espère que tu ne t'ennuies pas trop à Sainte-Anémone-de-Résurgence entTe tes 12 poules, ton coq, tes 18 chats, ton élevage de visons et tes 8 chèvres.Ça profite ce petit monde-là ! Ce n'est pas comme nous.On sera toujours aussi cassées vu que le militantisme féministe ne fait partie d'aucun plan de carrière, que ce n'est pas une job, - ça nous fait un moyen trou dans notre curriculum vitae ! - et que de toute façon, ça paraît mal de dire qu'on a été militante féministe pendant 12 ans.Que de réunions, que de colloques, que de manifestations.(Entre toi et moi, heureusement que ça a diminué !) Que de souvenirs.As-tu déjà calculé les heures qu'on a passées en réunion pendant 12 ans 7 C'est phénoménal.On devrait se faire enregistrer au livre des records Guinness, ça nous ferait au moins un diplôme ! Ten rappelles-tu comme j'haïssais ça marcher, en hiver comme en été, mais j'étais pareil de toutes les manifs à cause de mon maudit sens du devoir.Heureusement qu'on avait déjà réglé son cas au bas de nylon, sinon on se serait gelé les cannes ! Que de corne sous les talons, que d'ampoules, que de souvenirs.On générait tellement d'ampoules d'une manif à l'autre qu'on aurait pu alimenter Hydro-Québec pendant quelques décennies.Moi, je te jure, je devais en avoir d'au moins 200 watts à certains moments.Que d'èblouissements.que de souvenirs.T'en rappelles-tu, au début, à l'époque de «Vous LA femme» 7 C'était-tu fatikant d'entendre toujours parler de nous au singulier (c'est vrai qu'on était singulières.!) comme s'il n'y avait qu'une seule femme concernée.LA femme par-ci.LA femme par-là.On a-tu cherché laquelle c'était ! Dire qu'après dix ans, il y a des attardées qui le disent encore.Que de dénonciations, que d'engueulades, que de communiqués de presse, que de souvenirs.T'en rappelles-tu comment on s'est «enfargées dans le poil» aussi, dans les débuts 7 J'avais fait une dermite parce que mes jambes n'étaient plus habituées au poil.Le médecin m'avait dit que c'était causé par l'angoisse.Alors je lui avais répondu : Si je comprends bien, je fais de l'angoisse sur les jambes7 N'empêche qu'à force d'économiser sur la lame de rasoir, sur la mousse à raser, sur le Neet, la cire ou l'esthéticienne (ça coûte cher en maudit), ça nous a permis de nous acheter plus de livres de femmes (ça coûte cher en maudit aussi, je connais des éditeurs qui devaient être morts de rire pendant la montée du féminisme.).T'en rappelles-tu, à cette époque, on était capables de lire L'Euguélionne en trois jours alors que raisonnablement ça aurait dû nous prendre deux semaines.Que d'enthousiasme, que de nuits blanches, que de souvenirs.T'en rappelles-tu.dans les réunions, on n'osait pas parler quand on n'était pas d'accord ?J'avais appelé ça «le syndrome du blender».Il y a\*ait des filles tellement pressées de comprendre qu'elles passaient tout dans le blender : il fallait que rien dépasse et que tout le monde pense pareil.C'était-tu fatikant ! C'est-tu ennuyant de toutes penser pareil ! Il y en avait d'autres aussi qui mesuraient le taux de féminisme de chaque femme comme on mesure les tremblements de terre sur l'échelle Richter, de 0 à 10, comme jadis certains groupes de gauche étaient capables de mesurer le taux de bourgeoisie, de conviction politique ou de prolétariat au mot près.Les curés faisaient pareil pour mesurer le taux de foi chez leurs zouaves.«J'aguis» ça être mesurée.Ça me met sur un stress incroyable.Encore aujourd'hui, je ne vais pas m'acheter de brassière à cause de ça.Que de belles «ostinations».que de beaux collectifs.Parce qu'on pensait que personne menait, que tout le monde avait une influence égale dans les décisions.Ça permettait à certaines de se déresponsabiliser dans le collectif, et à d'autres de nous faire accroire qu'elles n'étaient pas en train d'exercer un pouvoir.Comme si les leaders naturelles n'existaient pas.Que d'illusions, que d'énergie perdue, que de souvenirs.N'empêche que ça eu du bon, faut pas cracher sur les collectifs.Après, ça fait du monde solide, capable de faire face à n'importe quoi ! T'en rappelles-tu quand la politesse a foutu le camp et qu'on est devenues grossières ?Quand on s'est mis à traiter Guy des Cars et Jean-Paul II de seniles, Jean-Yves Desjardins d'impuis- LE MAGAZINE DE L'INFORMATION AU QUfcBEC «Le 30» est heureux de féliciter toute l'equipc de «La Vie en rose» à l'occasion de son cinquième anniversaire.«5 ans d'entêtement» titre d'ailleurs la première page de notre dernier numéro, portant entre autre sur «La Vie en rose».Nous vous invitons à vous le procurer.«Le 30», le magazine de l'information au Québec est au monde du journalisme et de la communication ce que «La Vie en rose» est à celui du féminisme: le fruit de la passion de savoir et d'informer.LA VIE EN ROSE 10 mars 1985 sant et Georges-Hébert Germain de taon 7 Et c'est rien, ça, ce sont les insultes les plus polies.Il y en a que je n'ose même pas écrire tellement elles sont salées.Que ça faisait du bien de faire une farce cochonne de temps en temps ! Aujourd'hui on doit se retenir un peu plus à cause de l'image et du marketing, mais on n'en pense pas moins.! Que d'impolitesse, que de grossièretés, que de souvenirs.Pis toute la vague d'auto-défense, les cours de Wen-Do, toutes ces planches qu'on a cassées en s'imaginant que c'était le cou de Philippe Sollers ou les jambes de Jean-Yves Desjardins.Que d'agressivité défoulée, que de muscles.C'est étonnant qu'avec toutes ces tech- 325 ste- Catherine est mont rea I, Qc H2X 1L6 844-0756 ®berri niques de défense il n'y ait pas eu d'hommes battus ! Comme disait Benoîte Groult : «Qu'est-ce qu'on a été gentilles !» Ils ont beau traiter les femmes de castratrices, n'empêche qu'ils devraient se rendre compte qu'il n'y en a pas beaucoup qui ont été castrés pour vrai ! Ni battus, ni violés, ni tués en série, ni mutilés, ni rien.Je me demande encore aujourd'hui de quoi ils ont peur.Ça continue de me mystifier.T'en rappelles-tu quand on s'est mis à parler de nos ovaires et de notre clitoris 1 Et que le monde aimait pas ça.Que de gêne, que de pudeur, que de souvenirs.Et la jouissance ! On est venues tellement mêlées à un moment donné qu'on La Thématique contemporaine de l'égalité Répertoire, résumés, typologie L.Marcil-Lacoste 246 p.28$ • Première bibliographie systématique de l'égalité au xx« siècle Sociétés et vieillissement Revue Sociologie et sociétés Vol.XVI, n* 2 Sous la direction de J.c.Massé et M.-M.T.Brault 150 p.9.50$ • Questionnement d'une société moderne face au phénomène du vieillissement.I LES PRESSES £f »'m sUCL;*-JL DE L'UNIVERSITÉ £n"« "Sïc'"^ IjmP OE MONTRÉAL M .si«t mj«2i 25 savait même plus qui on désirait.C'est là que nos chums ont commencé à nous faire les gros yeux parce qu'on se mettait à «cruiser» la voisine ou à regarder nos amies de trop près ! Même Pauline Julien s'est mise à chanter «j'pensais jamais que j'pourrais faire ça.danser avec mon amie d'fille, sentir monter le sensuel, et aimer ça à part de d'ça».Que de mélanges, que de malentendus, que de souvenirs.On s'est battues pour rapetisser les gros mots mal employés comme frigide, hystérique, névrosée, folle, et j'en passe.Par contre, on a vu apparaîre des nouveaux mots comme sexage, sexuation.et on s'est mis à féminiser les termes.On a refusé d'être noyées dans le genre masculin.Alors ça donne des affaires comme : «Les étudiant-e-s concernè-e-s devront remettre leurs travaux-elles aux enseignant-e-s syndiqué-e-s qui doivent rendre des comptes aux directeurs-trices de leur département».Et on dit que ça alourdit une phrase ! Voyons donc.Que de mauvais genres, que de problèmes de grammaire, que de souvenirs.Bon.avec tout ça, je vais être en retard à ma thérapie.Parce que tu sais que maintenant on a lâché les groupes pour l'individuel.En fait, on essaie de retrouver notre individualité.Appelons ça le «backlash» du collectif.Ah ah ah 1 Pas besoin de te dire que ma lettre est confidentielle.Il ne faudrait surtout pas qu'elle tombe sous les yeux de Georges-Hébert Germain.On aurait l'air de quoi de se critiquer comme ça.entre nous.Et ne t'inquiète pas pour moi.Je continue d'infiltrer La Vie en rose depuis trois ans et elles ne s'en sont pas encore rendu compte Tout va bien.Je t'embrasse.Sororellement, comme on disait dans le temps.' Avec la délirante collaboration de Marie-Claude Trèpanier 1/ Phrase empruntée à un monologue de Clémence.mars 1985 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Henry Morgentaler La Conquête de l'Ouest par Françoise Guénette l'automne 1982, six ans après que sa victoire juridique ait acquis aux Québécoises plus d'accessibilité à l'avorte-ment.le docteur Henry Morgentaler remontait à l'assaut rdela loi fédérale en ouvrant des cliniques d'avortement à Winnipeg et Toronto.C'était reparti : poursuites pour contravention aux articles 251 et 252 de la loi de 1969.procès devant jurys, manifestations PTO-Vie et contre-manifestations Pro-Choix, retour de la controverse dans les médias et l'opinion canadienne, attaques des cliniques, menaces personnelles.et, en novembre dernier, à Toronto, un autre acquittement pour le docteur.Qui songe maintenant à 1'Alberta.La Vie en rose a voulu rencontrer Henry Morgentaler en janvier dernier, pour analyser ses motivations d'humaniste et ses tactiques de nouveau croisé (une croisade que nous trouvons nécessaire et courageuse) mais aussi pour discuter avec lui, entre autres, d'une possible «moralité féministe de l'avortement».Après tout avec combien d'hommes partageons-nous une connaissance aussi intime de la question?LVR : Vos déplacements soulèvent des vagues pancanadiennes de hargne et de controverse Votre clinique de Winnipeg a été attaquée, on vous a menacé avec des sécateurs, votre tète est mise à prix.Aux États-Unis, trente cliniques d'avortement ont été attaquées depuis un an Avez-vous peur de la montée de ce terrorisme antiavortement 7 HM : Oui.cette montée de violence est inquiétante.J'y vois la banqueroute morale du mouvement anti-avortement.Ces gens emploient des moyens désespérés parce qu'ils ont perdu leur bataille et qu'ils le savent : une majorité croissante de Canadiens favorisent la liberté de choix, les sondages le confirment.LVR : Depuis 1976.on a l'impression que c'est réglé au Québec, mais cest trompeur il y a des régions où avoir un avortement est très problématique.HM : C'est quand même réglé à 90% : les Québécoises sont plus choyées que toutes les autres Canadiennes.En plus des hôpitaux et des cliniques privées, il y a maintenant huit CLSC et quatre centres de santé des femmes qui offrent des avorte-ments financés par le gouvernement, sans comité thérapeutique, en dehors des hôpitaux, donc de façon tout à fait contraire à la loi.La plupart des Québécoises ont donc accès à des avortements médicalement bien faits.Leur santé est mieux protégée ; elles n'ont plus à aller en Ontario ou aux États-Unis, les délais sont diminués .et on sait que ce facteur temps est critique.Chaque semaine de délai augmente de 20% le risque de complications majeures, de 30% le risque de mort.Dans les autres provinces, les délais sont de 5 à 8 semaines et il y a des régions, des provinces même, où l'avortement n'existe pas L'île-du-Prince-Édouard.par exemple.À Terre-Neuve, un seul hôpital fait.sept avortements par semaine ! Les femmes d'Alberta et de Saskatchewan doivent traverser aux États-Unis.C'est vraiment très inégal d'une province à l'autre En fait, n'y ont vraiment accès que les femmes de classe moyenne, blanches, habitant les grands centres.Les femmes des régions rurales, les femmes isolées, les adolescentes, les immigrantes n'ont pas d'accès, et pas de voix politique.Cela explique un peu, selon moi, l'apathie générale : la classe moyenne, qui est la classe dirigeante du pays, a accès à l'avortement, elle.LVR : Après le Québec, vous avez ouvert des cliniques à Toronto et Winnipeg Vous partez ces jours-ci pour Calgary et Edmonton Votre stratégie est-elle de couvrir le Canada de cliniques et de provoquer dans les autres provinces la même impasse juridique qu'au Québec ?HM : Oui.la stratégie est de forcer les LA VIE EN ROSE 12 mars 1985 choses parce que le processus politique est bloqué.LVR : Attendez-vous quelque chose des conservateurs ?HM : Non.C'est un parti beaucoup plus à droite que les libéraux, déjà pas mal à droite ! On connaît la position des ministres clef .Mulroney est personnellement opposé à lavortement, John Crosbie et Jack Epp aussi.Je m'attends à peu de changements, malheureusement.Quand j'ai adopté cette stratégie, à l'automne 82, c'était la même chose.Les gouvernements ne voulaient pas toucher à cette question.Mais les comités thérapeutiques disparaissaient les uns après les autres et l'accès à Lavortement devenait ardu dans tout le pays : il fallait réagir et, comme cela avait été acquis au Québec grâce à l'acquittement par jury, il me semblait que la seule façon de débloquer le processus était de retourner devant le peuple, c'est-à-dire d'offrir une clinique en disant : «Voilà, ma clinique offre de bons services médicaux.Si vous me traduisez en justice, je vais gagner».LVR : Effectivement, à Toronto, en novembre, un jury vous acquittait encore Pourquoi avez-vous qualifié ce 4' acquittement de «victoire morale» ?Victoire pour les femmes ou pour le système du jury ?HM : Pour les deux.Pour les femmes d'abord ; ça montre que les jurés, les représentants du peuple, croient que les femmes ont droit au service médical qu'elles désirenL C'est aussi une victoire morale pour la démocratie telle que représentée par les jurys.Le jury est une sorte de soupape de sécurité contre l'arbitraire : c'est vraiment la sagesse collective, le gros bon sens qui s'oppose souvent à la classe dirigeante et à l'establishment, et surtout aux juges et avocats.Pour ces gens-là.c'est la loi qui prime, même caduque, même désuète, même cause de souffrances pour des milliers de gens.Quand les jurés ne condamnent pas.c'est que la loi n'est plus respectée, donc à changer.LVR : Vous dites qu une majorité croissante de Canadien-ne-s favorisent le libre choix Pourquoi cette opinion majoritaire n'aboutit-elle pas à un plus gros lobbying politique, formel ou informel ?HM : C'est surtout, à mon avis, parce que le lobby anti-avortement est très bien organisé, farouche, fanatisé et très bien financé.Les politiciens ont peur de ces gens-là, de se faire harceler la nuit, de leurs millions de lettres.L'Église catholique officielle et les églises protestantes évangéliques sont aussi derrière tout ça.Les politiciens ont peur de ces institutions et de perdre là des votes.Les partisans du libre choix, eux, pen- sent que c'est déjà acquis.Le mouvement féministe, d'après moi.n'est pas très bien organisé au Canada ; un mouvement bien organisé aurait déjà dû aboutir à un changement de loi.Pour ne pas la changer, cette loi mal faite, le gouvernement invoque l'absence de consensus dans le pays.Mais le consensus n'est pas nécessaire pour une loi permissive.Aux États-Unis, il n'y a pas de consensus non plus et les Américaines ont une loi bien meilleure que la nôtre : depuis 1973 et la légalisation par la Cour suprême, toutes les femmes peuvent aller chez un médecin, dans une des 600 cliniques existantes ou dans un hôpital et réclamer un avortement dans de bonnes conditions.LVR : Entre les politiciens.I opinion publique, les médias, les tenants des deux clans, la question morale est toujours venue fausser le débat Nous, les féministes, avons toujours traité lavortement comme un sen'ice médical inaccessible et non comme une question morale Mais aujourd'hui, des féministes s'interrogent et cherchent une «éthique féministe de lavortement1 ».On le sait.nous, quant on avorte, qu'on met fin à une vie possible; on trouvait plus urgent de résoudre le problème concret des femmes qui ne voulaient pas de cette vie-là mais ça n'empêche pas deseposer individuellement la question quand on fait le choix d'avorter Vous la posez-vous cette question ou lavez-vous résolue une fois pour toutes ?HM : Je l'ai résolue depuis longtemps.Évidemment, il faut questionner chaque geste qu'on pose : est- ce un geste moral et responsable, ou non7 11 y a plusieurs volets.D'abord, quelles sont les conséquences de cet acte, donner la vie ?On sait que les enfants désirés, voulus, ont plus de chances de recevoir amour et affection, plus de chances de devenir des adultes bien dans leur peau, capables d'entrer en relation avec autrui, plus coopératifs, moins frustrés.11 y a un tel décalage entre la biologie et la possibilité réelle de bien soigner des enfants que ça me paraît irresponsable - à moi.qui suis humaniste - de dire à une jeune fille de 12 ans : «Tu dois absolument continuer cette grossesse parce que c'est le bon Dieu qui donne la vie».C'est ce que dit la morale catholique, par exemple.Et ce n'est pas vrai : la fécondation est souvent un accident biologique.Forcer une femme, qu'elle ait 12 ou 45 ans.si elle n'est pas prête, si elle a déjà trop d'enfants, si elle est mentalement instable ou malade, forcer une femme à devenir mère contre son gré sans tenir compte des conséquences, pour moi c'est hautement immoral LVR : Vous sentez-vous soutenu par un mouvement organisé, par beaucoup de gens et de ressources ?HM : Le mouvement féministe a essayé de ramasser des fonds à Toronto et à travers tout le pays.mais sans beaucoup de succès.Les fonds recueillis étaient insuffisants : les frais d'avocats sont énormes 1 Mais je me sens très soutenu par l'opinion publique.Récemment, j'ai fait un petit essai : par une petite annonce dans la Gazette, j'ai demandé des fonds directement à la population.En une semaine, on a recueilli 15 000$ ! Je prépare d'autres annonces pour les journaux francophones du Québec.Jusque-là, c'était bizarre : au Québec, il semblait y avoir une apathie générale, même chez les féministes.J'ai demandé à quelques-unes d'organiser un fonds de soutien et il n'y a eu aucune réponse.L'énergie n'était pas là.Comme si les gens disaient : «Que les femmes des autres provinces se débrouillent, nous, on a réglé notre problème.» C'était un peu décevant pour moi.LVR : Vous croyez que c'est un manque de solidarité ?HM : Oui.pour moi c'est un manque de solidarité.LVR : Le film de Paul Cowan.La Justice en procès : l'affaire Morgentaler.vous présente comme «un dissident qui remplit un devoir moral en bravant une loi quil trouve injuste2» Êtes-vous vraiment cet homme-là 7 HM : Un peu, oui.Je ne suis pas un dissident au point d'être une minorité d'une personne, mais dans le sens où j'ai reconnu qu'il y avait une loi injuste, qu'il y avait des victir.es à cette loi et que j'étais dans une position clef, comme médecin, pour venir en aide à ces femmes-là.C'était un devoir moral.C'était comme de voir des gens se noyer dans une rivière ; il suffisait d'étendre le bras pour les aider.Mais s'il y avait un écriteau disant que c'est contre la loi détendre le bras et d'aider une personne qui se noie, est-ce que je le ferais, oui ou non 7 Cette image m'avait aidé à prendre la décision.LVR : En plus d'avoir survécu aux camps nazis, le fait dètre Juif a-t-il pu jouer dans votre choix de lutter pour lavortement 7 Vous sentiez-vousThommeéludupeupleélu.choisi pour remplir une mission 7 HM : Mes parents avaient laissé le judaïsme et la religion réelle de la famille était le socialisme.Mon père était leader syndical, échevin et l'un des chefs du mouvement socialiste de notre ville natale, Lodz.en Pologne.LVR : Votre mère aussi militait7 HM : Oui.et elle était une des premières féministes car le mouvement socialiste reconnaissait l'égalité des hommes et des femmes.C'était illégal : on envoyait les socialistes en Sibérie.De mes parents, j'ai gardé ces notions de dignité per- mars 1985 13 LA VIE EN ROSE sonnelle et collective, de nos responsabilités envers la collectivité.Je voulais devenir, comme Pasteur, un bienfaiteur qui découvre des microbes.Alors quand j'ai défié la loi, ce n'était pas pour le plaisir de la rébellion.11 y avait en-dessous de ça une philosophie, et une compréhension profonde de mon devoir médical.Ça se tenait bien ensemble.Et.une fois dans la lutte, cela a pris une envergure telle que j'avais comme un fardeau, une cause sur mes épaules ; il ne fallait pas que je lâche.LVR : Aviez-vous l'impression d'être le symbole de la lutte den être le principal protagoniste ou dêtre un héros solitaire 7 Le film de Paul Cowan vous donne vraiment une image de justicier, de cowboy solitaire défiant la loi seul et sans appui Par exemple, on voit des manifestations d opposant-e-s à l'avortement mais aucune des manifs des groupes de femmes qui ont soutenu votre action et qui.de 1973 à 1976.ont aussi fait changer l'opinion publique.N'est-ce pas une grande lacune du film 1 HM : Oui, c'en est une.Je me suis toujours senti appuyé par beaucoup de gens mais, malheureusement, cet appui était souvent silencieux, je ne le connaissais pas.De temps en temps, je me sentais très exposé à toute la puissance de l'État, du gouvernement, de la police, de la prison, des gardiens.Souvent, je me sentais tTès seul là-dedans.LVR : Mais vous n étiez pas seul II y avait des troupes derrière vous Des groupes comme le Comité de défense Morgentaler et plus tard le Comité de lutte pour l'avonement libre et gratuit, organisaient conférences de presse et manifs Ce n'était pas négligeable comme donnée Aviez-vous besoin ou non de ces groupes pour gagner ?HM : Oui, absolument.J'avais besoin d'encouragement et je l'appréciais Moi, je n'ai jamais eu l'idée que j'étais le seul à mener le combat.J'en étais devenu le symbole par la force des choses.LVR : Selon vous, les pressions des féministes ont-elles contribué autant que votre lutte jundique à modifier la situation au Québec 1 HM : C'est difficile à dire.C'était important.Ce sera aux historiens d'identifier l'élément déterminant.Ça allait bien ensemble : un homme posait un geste tel qu'il s'alignait sur la lutte féministe (coïncidence historique 7).Je ne suis pas assez prétentieux pour croire qu'il n'y avait d'important que mes actions.Par contre il fallait que je sois appuyé par des gens auxquels je tenais, qui partageaient la même idéologie que moi.C'est important encore aujourd'hui 4^ 1/ C'est le propos de Not an Easy Choice, un essai de Kathleen McDonnell, The Women's Press, 1984 (Rapporté dans Kinesis, décembre 1984) L'auteure y développe une pensée féministe critique et défait quelques idées reçues : même féministe, une femme peut demeurer incertaine de sa position face à l'avortement ; les opposants à l'avortement surtout des femmes, ne sont pas un monolithe idéologique de droite : à part les fanatiques, plusieurs ont une conception large et intéressante du droit à la vie ; la notion du choix s'enracine dans un système de valeurs qui prône les droits individuels, ce que les féministes ont souvent rejeté ; etc Tout en réaffirmant le droit fondamental des femmes à décider de leur corps.McDonnell nous prévient : la technologie de la reproduction et les droits du foetus sont les prochaines questions à affronter.21 La Justice en procès /affaire Morgentaler.de Paul Cowan (ONF, 1984) raconte la lutte juridique menée par le docteur Morgentaler entre 1970 et 1976, au moyen de reconstitutions des procès, d'entrevues et d'archives.Le film éclaire «un cas complexe qui remettait en cause des lois, le rôle du jury, les pouvoirs des tribunaux et de l'opinion publique, etc » mais transforme parfois Morgentaler en héros de thriller américain En janvier, à l'Outremont.l'ONF sortait aussi LAvonement histoire secrète, de Gail Singer, du Studio D.De cette «enquête sur la réalité de l'avortement en Irlande, au Japon, en Thaïlande, au Pérou, en Colombie et.au Canada», on sort troublée et informée : «Chaque année dans le monde, de 30 à 35 millions de femmes se font avorter La moitié le font illégalement et environ 84 000 y trouveront la mort.» Ces deux films, le dernier surtout, sont à voir.même si Radio-Canada (CBC) a refusé de les programmer parce que soi-disant «biaises» en faveur de l'avortement une décision scandaleuse Fin janvier, sortait également le documentaire de Suzanne Guy, C'est comme une peine d'amour ds femmes jeunes et vieilles témoignent de leurs avortements.et cela déborde sur les rapports entre femmes et hommes (Le Devoir.9/2/85).À suivre. UN REGARD NEUF SUR LE MONDE .regard neuf parce qu'il y a du sang neuf au journal Le Devoir! Une nouvelle équipe de journalistes dynamiques et chevronnés qui s'ingénient à tamiser la masse d'information quotidienne pour ne vous en livrerque l'essence.Une substance digne d'intérêt.La meilleure vue d'ensemble des événements dans le monde politique, social et culturel.Un regard neuf sur les affaires Avec la récente publication d'un nouveau cahier exceptionnel: Le Devoir Économique, le journal Le Devoir devient le seul quotidien à vous offrir un contenu économique et financier exhaustif.Tout y est! À tous les jours! Dans une mise en page intelligemment structurée, pour un maximum d'efficacité et un minimum de temps de lecture.Jetez-y un coup d'oeil! Le Devoir pourrait bien être le seul quotidien dont vous ayez besoin désormais.ABONNEZ-VOUS! LE DEVOIR ESSENTIEL! Entrevue La passion selon Phyllis Lambert par Anne-Marie Alonzo et Françoise Guénette u'est-ce qui nous impressionne le plus ce jour-là.dans le grand bureau blanc de la directrice du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert 7 D'être face à l'une des architectes majeures d'Amérique du Nord 7 Ou d'approcher pour la première fois, une multimillionnaire, l'une des rares Québé- coises à être tombée dans l'argent étant petite comme Obélix dans la potion magique 7 En fait, mouton noir delà dynastie Bronfman, femme d'argent et de pouvoir aux gestes de mécène et aux placements sûrs.Phyllis Lambert nous intrigue depuis longtemps.Pourquoi, par exemple, lit-elle Roland Barthes ?L'ambiguïté et la gêne ne durent pas.Phyllis Lambert se révèle attentive, directe, souriante et l'heure arrachée à son agenda chargé (elle part dans quelques heures pour Le Caire) s'étire en toute curiosité réciproque.Nos questions ne la désarment jamais.Au féminisme, entre autres, elle n'oppose pas l'attitude courante des femmes de pouvoir, qui donnent facilement en exemple leur réussite personnelle à toutes celles «qui n'ont qu'à le vouloir pour s'imposer».Oui, les conditions de la majorité des femmes sont parfois effroyables, reconnaît Phyllis Lambert, et elle s'en dit solidaire.«Mais de loin», précise-t-elle sans aucune mauvaise conscience, sans forcer son discours, et cette franchise même est ce qui, somme toute, nous la rend sympathique.Elle n'a pas réponse à tout mais, sur certains sujets, serait intarissable : la participation des citoyens au développement urbain, les valeurs fondamentales de l'architecture, etc.De l'architecture, sa passion première, elle a déjà dit de bien belles choses.Alors, pressentant la rebelle, nous l'interrogeons plutôt sur elle-même, son 5 curieux parcours.8 Comment la fille de Samuel Bronfman -« magnat du pétrole, de l'alcool et de l'immo-| bilier - a-t-elle quitté le confort ouaté et 0 conservateur du Westmount de 1950 pour | étudier les beaux-arts à Paris, devenir une architecte renommée, parcourir le monde et puis, dans les années 70, devenir la figure de proue du mouvement de restauration du patrimoine montréalais, qui s'opposa au maire Drapeau et aux autres développeurs acharnés, en lien avec les comités de citoyens 7 L'argent n'explique pas tout, ni la culture : lapassionetlavolonténesontque d'elle.« Enfant, j'étais sculpteur.De 11 à 18 ans.j'ai même exposé.Je travaillais surtout l'argile Mais je n'ai pas voulu poursuivre Je suppose que je n'étais pas passionnée à cent pour cent.Sans être tellement sportive, je montais à cheval, j'aimais beaucoup aller dans les bois, être avec les animaux.Mais la sculpture était ma chose à moi.Je rêvais de devenir un «sculpteur fameux», comme ça, je serais libérée de ma famille et je ferais ma vie moi-même.» lvr : Vous avez donc étudié à Vassar.la prestigieuse université américaine pour jeunes filles bien en littérature américaine et sociologie, et même pondu une thèse sur l'exil européen de Henry James Et ouis le 17 mai 1949 - vous aviez 21 ans - vous avez épousé à Montréal le financier français Jean Lambert Un mariage qu'on a présenté comme un autre effort de vous dissocier de votre famille pl : C'était tout à fait vrai.Le mariage était ma porte de sortie, ma planche de salut.Je voulais aller étudier la peinture et la sculpture en France.Ma famille a dit : «Jamais de la vie ! Une jeune fille dans une ville comme Paris, ça ne se fait pas !» Vous comprenez, à l'époque, les filles n'allaient pas du tout à l'université.Des filles de mon école, très peu se sont formées : elles se sont mariées, sont devenues les «femmes de quelqu'un», ont eu des enfants qui sont allés dans la même école qu'elles.Je trouvais ça impensable! Et puis Paris, c'était la grande culture.On étudiait le français, nos professeurs nous en parlaient beaucoup.C'était plus «glamourous» que Londres ou New York.lvr : En 1953.vous êtes donc allée à Paris Et c'est alors que votre père vous a envoyé de New York une coupure du Time Magazine, avec lesquisse du Seagrams Building qu'il sàpprè-tait à construire sur Park Avenue Le projet vous a paru si laid que vous l'avez convaincu d atten- dre En six semaines, vous avez embauché l'architecte qu'il fallait Mies van der Rohe et on vous a confié la supervision du travail Aviez-vous pensé à l'architecture auparavant 7 pl : À Vassar.je m'y intéressais, comme chroniqueur artistique d'un journal étudiant : cours, reportages.C'était en 1945.1946.à la fin de la guerre et il y avait la question des sites à protéger.Mais avec l'affaire du Seagram, une fois rentrée en Amérique pour mettre le projet sur pied, j'ai été passionnée.lvr : Y avait-il des femmes architectes reconnues à cette époque-là ?pl: Non.Quand j'ai commencé à travailler sur le Seagram, on a voulu m'inter-viewer pour les pages féminines du New York Times et j'ai refusé.J'ai toujours détesté ça.Pour moi.c'était ça.la femme : le social, le papotage.À mon avis, nous étions tous des êtres humains et je ne voulais pas être classée dans la boîte femmes Sans être insultant, c'était., moindre lvr : Ça représentait ce que vous refusiez : la dépendance Et votre volonté de prouver votre indépendance semblait forte pl : Je ne voulais rien prouver Je ne pouvais pas supporter, envisager autre chose.Je crois que j'ai toujours agi de façon à éviter l'insupportable et je ne pouvais pas imaginer de vivre dans une maison avec toutes ces choses domestiques Je voulais faire ce que j'aimais, tester mes possibilités, non pas prouver lvr : ï'ous avez déjà dit «Parce que femme, j'ai fait ce que j'ai voulu.1» Or.la plupart des femmes pourraient dire exactement le contraire Aviez-vous conscience d être dans une situation exceptionnelle ?pl : Au début, je trouvais agaçant de ne pas être un garçon, parce que les garçons pouvaient avoir et faire plus de choses.Les filles allaient dans des «finishing schools».avec toutes ces choses que je trouvais affreuses.En vieillissant, j'ai tTouvé ma piste à moi et - quel bonheur ! - je n'étais pas programmée On misait le gros lot sur le dos de mes frères, ma soeur aînée était programmée comme tous les aînés mais moi.on me laissait libre.Plus tard, étonné, mon père m'a dit : «Oh ! Je croyais que tu étais ma «pretty little daughter» ! mars 1985 17 LA VIE EN ROSE lvr : Étiez-vous rebelle ?pl : Je n'aimais pas qu'on me dise quoi faire.Mais rebelle, non.Plutôt très gaie, indépendante, solitaire.et je n'ai jamais senti le besoin de plaire, pour obtenir des choses par exemple.Je ne sais pas pourquoi.Mais je sais que j'étais beaucoup aimée.Pas tellement par mon père, mais par ma mère et par les amis de la famille.lvr : Vous êtes d'une famille juive est-ce que la religion était importante ?pl : Non.c'était plutôt une tradition.Mon père trouvait important, pour être civilisé, d'appartenir à des traditions.La famille et la religion en étaient de très fortes.Je pense que deux choses ont marqué ma vie : une appartenance à une longue histoire et une culture identifiable On me racontait la sortie des Juifs d'Egypte et je me voyais dans cette continuité.L'autre message de la religion était: «You care about others.» Nous ne sommes pas seuls mais dans une communauté, d'où la notion de solidarité, de responsabilité sociale En 1957, l'édifice Seagram est terminé, qualifié de «chef-d'oeuvre d'une beauté formelle et fonctionnelle» par le New Yorker et.Phyllis Lambert a décidé d'être architecte De ses quatre ans de travail avec Mies van der Rohe, elle gardera le goût d'une architecture de la sobriété, aux formes pures et rigoureuses.Elle étudie donc l'architecture, d'abord à Yale, puis à l'Illinois Institute of Technology, promotion 1963 Son premier gros projet sera ensuite la construction à Montréal du Centre Saidye Bronfman (du nom de sa mère), pour lequel elle recevra le prix Massey d'architecture en 1970.D'autres réalisations aux États-Unis et au Canada lui vaudront encore des prix prestigieux et.en 1981.la médaille du mérite de l'Ordre des architectes du Québec.Droguée de l'architecture depuis plus de 20 ans, Phyllis Lambert en a cependant une conception assez inusitée.Ainsi, elle lit Roland Barthes et les structuralistes : la sémantique dans l'histoire de l'art l'intéresse parce que «l'architecture n'est pas isolée des idées, nous ne sommes pas que des façonneurs sans pensée.» «Je lis beaucoup en histoire de l'architecture, pour comprendre la continuité des idées.Vous savez, en ce moment, il y a une crise en architecture.On revient en arrière pour se demander : qu'est-ce qu'on fait 7 Quelle est la base de l'architecture 7 On est là.à fabriquer des éléments commerciaux mais y a-t-il plus que ça 7 Je pense que oui.C'est pourquoi les philosophes et les historiens m'intéressent.J'ai découvert Michel Foucault, par exemple, avant qu'il ne devienne la rage des architectes.Mais je lis aussi Italo Calvino.c'est magnifique, et Michel Tremblay.Quand j'ai donné un cours en urbanisme, j'ai même demandé aux étudiants de comparer la perception des quartiers dans Michel Tremblay (La Grosse Femme) et Gabrielle Roy (Bonheur d occasion) !» lvr : Vous considérez-vous comme une intellectuelle - il y a une forte part de réflexion chez vous - ou une femme d'action ?pl : Comment peut-on agir sans se poser la question du sens de ce qu'on fait 7 Mais intellectuelle 7 Je ne sais pas.Einstein en était un.Moi, j'aime trop l'action : je ne pourrais pas rester dans une chambre à lire et à écrire tout le temps.Même si j'aime beaucoup écrire.sur l'architecture, uniquement.lvr : Jamais de fiction ?pl : Pourquoi la fiction 7 lvr : (Anne-Marie) Parce que moi, j'en fais ! pl : Mais vous ne faites pas d'architecture ! ! ! lvr : Pensez-vous que vous êtes quelqu'un de moderne 1 pl : Qu'est-ce que ça veut dire 7 Je ne suis pas rétro, je ne vis pas dans le passé Je me souviens d'avoir parlé à quelqu'un qui ne savait pas si les Romains étaient venus avant ou après les Égyptiens.Je lui ai dit : «Mais comment pouvez-vous ne pas savoir ça, vivre sans le savoir, sans voir la suite des choses, et où l'on s'inscrit dans la vie ?» Cet homme de 60 ans m'a répondu : «J'ai vécu très bien sans savoir ça.» Pour moi, c'est une image.Évidemment, on est moderne, dans la mesure où l'on se débat avec la vie.en architecture par exemple.Pendant l'entre-deux guerres, on a essayé de casser avec le passé, et là, c'était du modernisme.Mais cela a créé d'autres problèmes : est-ce qu'on avait rompu trop vite ?Phyllis Lambert elle-même, depuis 1 5 ans, est passée «de la conception d'édifices modernes à la préservation du patrimoine urbain2» Après avoir travaillé à New York, Chicago, Los Angeles et Toronto, elle rentre à Montréal en 1972, à la mort de son père, au moment où les développeurs immobiliers démolissent de plus en plus de vieux édifices montréalais, comme la maison Van Horne.rue Sherbrooke.Des comités de citoyens ont déjà commencé à réagir et Phyllis Lambert se joint à eux.Elle deviendra administratrice de Sauvons Montréal le regroupement de ces organismes, auquel on doit la survie et le classement historique de plusieurs vieux bâtiments.En 1975.elle fonde avec d'autres Héritage Montréal qu'elle présidera jusqu'en 1984.une fondation qui recueille des fonds, finance les groupes de pression et intervient auprès des promoteurs et des pouvoirs publics.Elle sera aussi présidente de la Société du patrimoine urbain, coordon-natrice du projet coopératif de rénovation des 600 logements de Milton Park.Elle créera le Groupe de recherche sur les bâtiments en pierres grises de Montréal (une autre de ses vieilles passions) et, en 1979, le Centre canadien d'architecture.Celui-ci abritera bientôt, dans la vieille maison Saughnessy, sauvée elle aussi des démolisseurs, la plus grande collection de photos et de dessins d'architecture au monde.C'est le projet favori de Phyllis Lambert, qui veut aussi continuer d'intervenir en préservation du patrimoine.«Si l'on pouvait faire cent fois Milton Park, cent fois McGill College.Les coopératives d'habitation, par exemple, sont des initiatives importantes pour que les citoyens aient plus de contrôle sur leur environnement Selon moi, rien n'est plus horrible que d'être soumis à un gouvernement, à une autorité extérieure, sans pouvoir élaborer son jugement soi-même et réagir.Si les gens sont abrutis et abîmés et que quelqu'un arrive de l'extérieur pour leur dire de sortir de leur maison, qu'on va élargir leur rue.etc.là.ils sont en exil, puisqu'ils n'ont pas de contrôle sur leur quartier, sur leur ville, donc sur leur vie Ce contrôle venu de l'extérieur, je trouve ça abominable.» lvr : Est-ce qu'un changement du pouvoir politique municipal changerait quelque chose ?pl : Je ne sais pas.Cette volonté politique de contrôler n'est pas unique à la Ville de Montréal.Dans les arts aussi, toute notre énergie passe à combattre l'État, qui devrait plutôt nous stimuler.Je me demande si on ne devient pas fasciste dans ce pays.Et je ne pense pas au gouvernement du Québec, l'un des meilleurs au Canada.lvr : Cela ne vous donne pas envie de faire de la politique, pour changer les règles, comme on dit ?pl : C'est difficile, si vous avez déjà une passion pour ce que vous faites.Parce que du moment où vous êtes au pouvoir, vous avez l'obligation d'écouter tout le monde et d'agir avec beaucoup de gens, donc vous négligez ce que vous préférez.Et puis, j'aime bien une société composée de groupes de pression.Je suis moi-même une «femme de pression» et j'adore ça.comme moyen d'influer sur les gestes posés à Montréal.Aux États-Unis, le lobbying est vraiment institutionnalisé, chaque compagnie a son lobbyiste.Ce qui n'est pas le cas au Québec, malheureusement.lvr : Selon vous, cela offre plus de chances de succès que le pouvoir lui-même ?pl : Si l'on veut prendre le pouvoir, il n'y a qu'un poste à chercher : celui de «boss».Sinon c'est trop difficile.J'ai eu cette expérience avec la Biennale des arts de la rue.J'avais un certain pouvoir mais je n'étais pas commissaire.Si je l'avais été, cela aurait marché.Suite à la page 59 mars 1985 18 LA VIE EN ROSE mal 1 était une fois une femme de 44 ans ; moyennement belle et bonne, intelligente et habituée à l'autonomie.Elle aimait et était aimée de ses deux enfants et de son mari.Un matin d'août, elle commença à s'ennuyer.Son fils de 20 ans faisait tout le bricolage et le souper trois fois par semaine.Sa fille de 18 ans était responsable des lavages et de l'aspirateur ; toutes les données du budget familial «rentrées» dans son ordinateur, elle payait les comptes et équilibrait le budget.Père et époux attentif, son mari était journaliste et travaillait à la maison.Il mettait volontiers de l'ordre et faisait les courses en prenant ses marches.Bref, la vie domestique n'était pas un poids, mais pour tout le monde un roulis confortable.«Mission accomplie», se disait notre héroïne.Sa vie de famille et l'éducation de ses enfants étaient une réussite.Elle était maintenant libre de faire ce qui lui tentait.Elle voulait apprendre ; voyager intérieurement, intellectuellement, émotivement.Avec une motivation à plus long terme : faire quelque chose pour la cause des femmes.La voilà donc inscrite en septembre à une série de cours universitaires en «études féministes».Sept mois plus tard, dans la grisaille de mars et en vue de la fin de session, elle ordonna ses notes en un petit résumé.Féminisme no 1 Les femmes sont différentes des hommes.Biologiquement, culturellement, éco-§ nomiquement, psychologiquement, spiri-§> tuellement, etc.Enfin, hommes et femmes 5 ne vivent pas dans le même univers.Par | exemple, il n'est pas «naturel» pour les à femmes de penser en termes hiérarchiques, i analytiques ou linéaires.Elles habitent | plus spontanément le cerveau droit alors | que les hommes ont surdéveloppé le cer-i veau gauche.Elles sont du côté delà vie, les par Ginette Paris hommes du côté de la mort.Elles sont la Voie, la Vérité, le Salut mais pour l'instant elles sont opprimées.La société, parce qu'elle est le résultat de l'esprit masculin, opprime la féminité.Il faut exiger la reconnaisance de ces différences fondamentales et des besoins spécifiques des femmes.Il faut aussi plus de femmes au gouvernement pour contrebalancer la pensée et la législation masculines.Il faut revaloriser le féminin, le lunaire, le yin.l'anima, la déesse, le corps, la nuit, la matière, l'enfant, l'émotion, l'humide, l'irrationnel.Il faut parler au féminin : l'enfante, la doctoresse, la professeure, l'écrivaine.Il faut se tenir avec des femmes, avoir des amies femmes et si possible les préférer à tout autre compagnie masculine.Il faut lire des femmes, aller dans des restaurants tenus par des femmes, avoir sa menuisière, sa déménageuse et sa banquière.(Ici, note personnelle, gribouillée à la mine dans la marge des feuilles à trois trous : Serait-il plus féministe d'aimer plus ma fille que mon fils ~> Une féministe devrait-elle ne mettre au monde que des filles •>) Féminisme no 2 La féminité est une catégorie inventée par le patriarcat pour y maintenir les femmes : il n'y a finalement que des personnes humaines, et les différences biologiques importent moins que les différences culturelles, individuelles.Qu'on ne vienne pas nous parler de notre capacité à ressentir, de notre devoir de sauver le monde de la destruction, de nos qualités intuitives.Le fait de naître mâle ou femelle ne devrait préjuger d'aucune qualité spécifique.Une femme peut exceller dans les domaines scientifique, politique, militaire et, autant qu'un homme, contrôler ses sentiments et soutenir la compétition.Il faut enseigner aux filles à être des leaders, à grimper dans les arbres et plus tard à grimper dans la hiérarchie corporatiste et gouvernementale Accepter d'être classée dans la catégorie «femme» c'est se faire avoir tôt ou tard.À preuve, l'histoire des femmes et le portrait de la colonisée contemporaine.(Ici, note personnelle : Le féminisme no 2 suggère-t-il que si je suis «typiquement féminine», je perds ma force et que si je suis forte, il s'agit d'une force «humaine» et non «féminine» ~>) Consultations À ce point de sa récapitulation, notre étudiante attrapa un mal de tête à vous séparer définitivement le cerveau droit du cerveau gauche.Elle consulta d'abord une femme médecin qui lui dit qu'une dent de sagesse, jamais sortie, faisait pression sur la mâchoire et le crâne.La patiente n'en conclut pas qu'il fallait arracher la dent, mais plutôt en extraire la sagesse.Ce qui l'amena chez une thérapeute gestaltiste, pour «explorer ensemble» les contradictions entre les féminismes no 1 et no 2.La cliente fit l'exercice de «mettre le chapeau» de la féministe no 1 et de s'exprimer.Ensuite, elle «mit le chapeau» de la féministe no 2 et parla de cet autre point de vue, avec autant de conviction, ce qui confirma qu'elle s'identifiait autant à un féminisme qu'à l'autre.Après quelques séances, thérapeute et cliente en arrivèrent au diagnostic suivant: le mal de tète était l'expression psychosomatique d'une polarisation, vécue comme insoutenable, entre le féminisme no 1 et le féminisme no 2.Fascinée par tout ce qu'elle découvrait Ginette Paris est professeure en psycho-sociologie à l'UQAM Elle a écrit Le Réveil des dieux (Éd.de Mortagne.1981) et.bientôt à paraître.Le Mythe d Aphrodite (Éd Boréal Express.1985) LA VIE EN ROSE 21 mars 1985 (enfin, l'aventure intérieure.), l'étudiante consulta alors une très sage et toute grisonnante thérapeute jungienne, analysée en sa jeunesse par Jung en personne ! Elle lui demanda : 1 ) ce qu'était la polarisation.2) pourquoi cela lui donnait tant mal à la tête, et 3) comment s'en sortir.À la première question, la très sage femme répondit que la polarisation est une façon d'interpréter toute forme d'opposition comme une contradiction.À la deuxième, elle répondit que l'opposition ainsi interprétée lui donnait mal à la tête parce que l'analysée, s'identifiant aux deux pôles ainsi mis en contradiction, se trouvait devant un choix impossible mais selon elle inévitable.Pour répondre à la troisième question, l'analyste lui laissa entendre que ce serait plus long.Après plusieurs rencontres, en effet, l'analysée commença à entrevoir une issue.Elle devait, par une «quête héroïque, initiatique», réussir : a) à extraire la sagesse, b) à résoudre l'insoutenabilité de la contradiction, c) à devenir créatrice dans l'expression de son féminisme.Solution À ce moment, le mal de tête était devenu si insoutenable que l'édifice délicat de sa vie quotidienne, aménagé avec art et patience depuis tant d'années, menaçait de s'écrouler dans la crevasse qui se creusait entre les deux cerveaux.La vie domestique étant un écosystème très organique, plus elle avait mal à la tète, plus il y avait de «bugs» dans le budget familial et moins il y avait de choses qu'elle aimait dans le frigo.Son mari l'oubliait dans ses commissions et son fils bricolait de plus en plus chez sa blonde., Elle prit alors l'initiative d'enlever son mari pour un voyage d'un mois.Aux Caraïbes, le punch au rhum aidant, l'odeur «femelle» de l'humide terre équatoriale, le bruit sensuel de la Mer Aphrodisiaque, la couleur ravissante des hibiscus, la profusion des poinsettias, des lauriers-roses, le chant du coq et le grognement des cochons, les baignades quotidiennes et la chaleur ralentissante, produisirent sur son inconscient un effet tropical, c'est-à-dire qu'il se mit à foisonner de symboles et de rêves tous plus «archétypaux» les uns que les autres.La veille de son retour, elle fit le rêve suivant : elle regardait un commercial à la télévision.La voix off d'une gTande prêtresse déclarait: «Pourquoi vous contenter de 1 ou 2 7 c'est un.deux, trois, quatre, cinq, six, sept, Violette.Violette.qu'il vous faut !».Sur l'écran, une seule image : le signe mathématique de l'infini, auréolé d'une luminosité spirituelle.Ce rêve puissant la combla de joie, et elle constata alors que son mal de tête avait disparu.Curieuse tout de même de son sens, elle se présenta dès son retour chez la vénérable sibylle-thérapeute.Au bout d'une heure, l'énigme était résolue.Le «Violette.Violette» se référait à la couleur violet, une couleur non pure, en quelque sorte une intermédiaire entre deux pôles qui seraient le blanc (féminisme no 1) et le noir (féminisme no 2).Le «Violette.Violette» suggérait ici que la solution était dans la gamme complète des couleurs.Le « 1,2.3,4,5,6.7.» indiquait une direction: pour échapper à la polarisation contradictoire et dogmatique entre les féminismes no 1 et no 2, l'inconscient suggérait de multiplier les catégories, donc les féminismes.afin de correspondre aux variations infinies de la force et de la liberté des femmes.et ce jusqu'à l'infini symbolisé par le signe.Libérée de son mal de tête, munie d'une interprétation de son rêve qui lui semblait adéquate, l'étudiante analysée revint à sa motivation première : «faire quelque chose pour la cause des femmes».Elle se donna comme tâche de coordonner, harmoniser, confronter les différentes manifestations de l'effort féministe.Permettre la diversité mais éviter le chaos.Conserver la rigueur, la radicalitè de certaines formes du féminisme, mais multiplier la communication entre les tribus Elle ne travaillerait plus à la recherche «du» féminisme, mais à la multiplication «des» féminismes, en commençant par découvrir son propre féminisme.Conclusion Ici, elle tira un trait et ajouta sa conclusion personnelle : «Non seulement je n'ai pas à trancher entre féminismes no 1 et no 2.mais je n'ai pas non plus à trancher entre : le féminisme des lesbiennes et celui des femmes mariées, des députées, des prostituées, des mères célibataires, des femmes collaboratrices de leur mari et celui des amazones ; le féminisme jeune, vieux, ancien, moderne et postmoderne, américain, européen, québécois et tiers-mondiste fie féminisme politique, littéraire, cinématographique, philosophique, théologique, économique et technologique ; le féminisme psychiatrique et antipsychiatrique, gynécologique et auto-gynécologique ; le féminisme drop-out.drop-in, officiel et officieux, secret et déclaré, comique et tragique, ludique et institutionnel, théorique et pratique ; le féminisme maternel, paternel, fraternel, sororal, filial ; le féminisme rose, noir, blanc, bleu, bariolé, picoté, carreauté ; le féminisme de la pouponnière, de la maternelle, de l'école primaire et du secondaire, du collège et de l'université.Le féminisme peut se diversifier et il peut également se qualifier : il peut être franc ou manipulateur, opportuniste ou courageux, pertinent ou impertinent, timide ou audacieux, génial ou imbécile.11 y aura de plus en plus de variations du féminisme, parmi les cinq races et les cinq continents.et plus il y en aura, plus il y aura de tribus féministes qui devront apprendre à communiquer ensemble.» Fin.Épilogue Cette histoire s'inspire de l'expérience vécue dune étudiante adulte de l'UQAM, à qui j'ai enseigné pendant trois ans.Évidemment, j'interprète ici des confidences et des bribes de conversations échelonnées sur trois ans.Par souci de réalisme romanesque, je lui ai fait relire ce texte, pour voir si elle s'y reconnaîtrait.Elle m'a dit que je lui prêtais trop de conscience.et qu'elle avait eu plus qu'un «simple mal de tête» : «J'en suis presque devenue folle tellement j'étais confuse et contradictoire.Pour le reste, c'est mon histoire, je la signerais comme une déposition pour la police.» Elle était d'accord pour que je me cache ainsi derrière son personnage, à condition que j'ajoute brièvement ce que moi j'en pense.Alors voici, le plus carrément possible, quelques opinions personnelles.Admettre la diversité ne signifie pas que tout se vaut.Tout et n'importe quoi ne font pas partie du féminisme.Il y a féminisme et anti-féminisme.Le féminisme est un système.Un système peut supporter l'opposition (il y a opposition par exemple entre la louve et la brebis, l'érable et le hêtre dans un écosystème biologique) mais non pas la contradiction (la pollution au mercure d'un ruisseau, par exemple, est en contradiction avec la présence des poissons, puisqu'elle les menace d'extinction).Il y a opposition mais non pas contradiction entTe le féminisme radical, séparatiste, de la lesbienne, et le féminisme de ia femme collaboratrice de son mari, parce que l'un peut exister et l'autre aussi (c'est d'ailleurs tTès souvent le radicalisme des unes qui permet la modération des autres).Le féminisme peut avoir plusieurs visages, mais cela ne veut pas dire que n'importe quel comportement peut être qualifié de féministe, du moment qu'il s'agit d'une femme.Chaque féminisme a sa cohérence et sa rigueur et doit exprimer une des facettes fondamentales du féminisme : l'autonomie, la force, la valeur inaliénable des femmes.Rester à la maison peut être compatible avec une des figures du féminisme, mais s'y faire battre par son mari et trouver cela normal est en contradiction avec l'idée même du féminisme et ne parlons plus alors de féminisme.La polymorphie du féminisme n'a rien à voir avec les bons sentiments, dans le genre : «Nous sommes toutes des femmes, aimons-nous les unes les autres», mais a tout'à voir avec la stratégie de l'action.On ne travaille pas de la même façon si l'on cherche à obtenir l'uniformité idéologique (c'est-à-dire une seule ligne de parti), ou si l'on cherche à fonder une confédération des tribus.22 *' mars 1985 LA VIE EN ROSE NOUVEAUTES La majorité silencieuse par Josette Giguère 985, année bilan pour les fem- Imes du monde entier.Année de mise au point et de souffle nouveau pour le féminisme québécois.Qu'en pensent les femmes d'ici 7 À l'heure actuelle, les jeunes femmes dans la trentaine, celles qui ont été portées par la vague des années 70, se considèrent-t-elles comme féministes 7 Oui.avec des nuances, des guillemets, des hochements de tête.Pourquoi mes amies, féministes dans leur comportement, leur perception du monde et leur vie privée, hésitent-elles à se dire féministes 7 LA VIE EN ROSE «Je suis féministe individuellement Féministe engagée 7 Non,parce que je ne participe activement à aucun mouvement», précise France.30 ans, gestionnaire dans une grande entreprise.Lise.26 ans, technicienne en cartographie, se décrit aussi comme féministe seulement au niveau de son action personnelle.L'avant-garde du mouvement lui a trop souvent semblé extrémiste Un extrémisme qu'elle définit comme des idéaux qui ne colleraient pas à sa réalité et auxquels elle n'arrive pas à s'identifier.«Comme si je faisais partie dune majorité silencieuse par rapport au mouvement, ajoute-t-elle » Claude, 30 ans.graphiste et mére de deux enfants, déclare ne pas toujours regarder les questions d'abord en tant que femme, mais en tant qu'être humain.«Dans mon entourage pourtant, je suis cataloguée féministe.Sans doute parce que je n'hésite pas à afficher mes idées lorsque je trouve qu'il y a injustice.Je ne me considère toutefois pas comme une radicale » Le rejet des hommes Dans la discussion qui s'ensuit autour de la notion/définition du féminisme, elles mettent en cause une certaine attitude de méfiance face aux hommes Elles croient à la possibilité d'un partage avec eux.Pourquoi faudrait-il toujours douter de la bonne foi de ceux qui désirent se dégager de leur éducation 7 «Ce serait vouloir ignorer à tout prix les contra France Chartrand dictions qui sont le tissu de chaque être humain.La cohérence exige-t- elle le refus de tout compromis ?», demande France.«C'est d'ailleurs ce qui m'intéresse dans le féminisme de La Vie en rose poursuit Claude.Cette revue n'a pas la prétention de nous indiquer la voie à suivre.» Claude ne souhaite pas un «resserrement idéologique»' car, en ce moment, il y a un grand besoin de discussion et très peu de certitudes.Elle aime trouver dans LVR des opinions différentes, même si elle n'est pas toujours d'accord Elle pense, entre autres, à l'article sur le partage des tâches domes- IL % Lise Leclerc mars 1985 24 tiques (novembre 1984) dans lequel on pouvait lire que c'est un autre piège.«Je suis capable de m'en occuper, du gars qui est à côté de moi.et de savoir si c'est un piège ou pas.Le défaitisme, par rapport à toute association avec les hommes, me fatigue un peu Des rapports d'autorité, on peut aussi en vivre avec une femme.Ça se joue entre deux personnes.» La balance du pouvoir Et voilà les rapports de force au coeur des propos France se demande comment les relations au pouvoir se modifieront lorsque les femmes en auront davantage «S'il y avait plus de femmes dans les gouvernements, c'est certain que les priorités seraient autres.L'organisation sociale autour delà maternité, par exemple, serait différente.«Lise est convaincue quelesfemmes ont un parti pris pour le pacifisme etla non- violence.Claude émet des doutes.«Les femmes comme championnes du pacifisme, j'y crois plus ou moins.Par contre, ce qui m'attire dans le féminisme, c'est que dans le Claude Leboeuf désir de faire évoluer notre condition, il y a la volonté de changer le monde.» Changer le monde, modifier les structures sociales impliquent nécessairement l'intégration des femmes au pouvoir.Sur cette question, il y a unanimité : celles qui ont la capacité et le goût d'exercer du pouvoir et de prendre des responsabilités devraient avoir toute liberté de le faire.Ainsi, des idées qui n'avaient pas cours, il y a quelques décennies, font aujourd'hui partie des préoccupations courantes de jeunes femmes actives.Où situent-elles les points d'influence du féminisme dans leur milieu 7 D'abord, dans la diminution des stéréotypes sexistes dans l'éducation et la publicité.Parce que le travail commence par l'éducation des enfants autant que de la population.Puis, dans la lutte contre le harcèlement sexuel.Que les blagues sexistes passent moins «naturellement» qu'avant constitue un progrès Ensuite, dans l'effort collectif pour briser l'isolement des femmes.La pornographie ?Enfin, le débat autour de la pornographie a suscité bien des interrogations «Il faudrait s'entendre sur les termes, fait remarquer Lise.Qu'est-ce que c'est la pornographie 7 Les mauvais traitements infligés aux femmes, aux enfants 7 Je suis certaine qu'il y a des hommes qui pensent comme nous, mais on ne les entend pas Où sont-ils ?» France se demande pourquoi et comment l'érotisme devient pornographie.«Qu'est-ce qu'il y a dans la tête et dans le coeur des personnes qui conçoivent les produits pornographiques 7 Qu'est-ce que les hommes vont y chercher7» Claude aimerait que nous précisions davantage nos positions.«Tant que nous nous en Josette Giguère tiendrons à des généralités, il sera trop facile d'associer cette lutte au puritanisme» «Pourquoi, suggère France, ne pas parler nous-mêmes d'érotisme 7» Explorer notre imaginaire sexuel, découvrir nos fantasmes au-delà des images imposées, pourrait être en effet un moyen de lutte efficace.Non coupables Lorsqu'elles envisagent l'avenir, qu attendent-elles du féminisme 7 Que les militantes continuent de veiller au grain.«Si je ne suis pas plus engagée, ce n'est pas une question d'idées, mais de temps» souligne Claude Se culpabiliseraient-elles face aux militantes 7 «Un peu.répond Lise Parfois, je me dis que si le mouvement n'avait été composé que de modérées, comme moi.les choses n'auraient pas avancé aussi vite » France ne se culpabilise pas.«Lorsque je me fais respecter des hommes avec qui je travaille, je gagne ce respect-là pour les femmes qui me suivront C'est ma façon de faire ma part.» Et puis, d'ajouter Claude.La «militance».ce n'est pas le mode de vie de la majorité.» Josette (jiguere est traducmceet lournaliste à la pige à Montréal 25 mars 1985 LA VIE EN ROSE Au terme de cette décennie historique, le Secrétariat d'État tient à exprimer ses félicitations aux innombrables initiatives des groupes de femmes.Le Secrétariat d'État est cependant conscient que les succès acquis ne sont que des étapes vers une amélioration de plus en plus grande de la condition de la femme canadienne.C'est dans cet esprit que le Secrétariat d'État redoublera d'efforts notamment pour réduire la violence faite aux femmes et accroître leur accès à une autonomie socio-économique.I ^ Secretariat Secretary d'Etat of State Malaises d'une casseuse de veillées a Vie en rose me demande de faire une critique du féminisme comme je le connais et le vis.Je pensais faire l'article facilement J'allais rencontrer mon groupe de recherche sur le vécu religieux des femmes et, ensemble, on aurait vite rempli trois pages.«Les filles, c'est l'temps de chialer contre les féministes», ai-je annoncé, encourageante.«Mais chialer contre quoi ?», ont-elles répondu.«Les féministes sont o.k.».Fin de la discussion.Alors me voici face à mon papier et à mon crayon, à me creuser la cervelle.Procédons méthodiquement : j'ai 43 ans, dont dix-huit de vie commune avec le même homme, trois fils de 17, 15 et 13 ans, une formation universitaire.Comment suis-je devenue féministe ?En organisant une garderie en milieu populaire, en luttant pour les droits des assistées sociales, en créant des liens entre les femmes du Tiers-Monde et les femmes d'ici.Pause : mes fils viennent bouffer avant de dormir.Eux, vont certainement avoir des critiques.«Pourquoi critiquer ?Vouloir l'égalité, c'est bien normal.Les épais, c'est les hommes qui refusent», me rétorque l'aîné subito presto.Et tac ! Bon.Reprenons.Être féministe, qu'est-ce que ça veut dire ?Lutter en solidarité avec d'autres femmes, puisque j'en suis une.Parce que des femmes, ayant visages réels, ont donné un nom de chair, de personne aimée et respectée, à la lutte pour l'avortement, contre la pauvreté, le viol, l'inceste, l'exploitation.Le féminisme que j'ai connu, que je connais, c'est le refus du mépris envers ces femmes que j'aime ; c'est la soif de dignité et de respect pour elles et pour moi.C'est la foi dans la parole des femmes, notre parole.Foi dans notre maturité, dans notre apti- par Lucie Leboeuf tude à prendre la vie, par tous les chemins, qu'ils dérangent ou dérogent.Mais me voilà assiégée par le doute : mon approche est-elle acceptable pour les féministes, les «vraies», ou bien est-ce que ça fait cul-cul ?Défier le quotidien Décidément, je n'ai ni le coeur ni la tête à l'analyse en bonne et due forme, mais plutôt des malaises à partager.Par exemple : j'ai mon chum, mon mari, et avec lui, le désir de continuer à relever le défi de bâtir un nouveau rapport homme-femme.Défier l'épaisseur du quotidien : c'est là.pour moi, le vrai test Mais 18 ans de mariage, ça ne soulève pas de gros applaudissements en milieu féministe.Il faudrait plutôt annoncer son divorce.N'y a-t-il pas là une forme d'intolérance, une approche à sens unique ?.En rejetant le modèle patriarcal, capitaliste, faut-il aussi renier la relation possible, essentielle (même si elle n'est pas la seule «vraie» ou «normale») entre femmes et hommes qui ont le goût de construire autre chose, mais ensemble 7 Et sans doute aussi avec des enfants.Quelle place réser-ve-t-on aux enfants 7 Malgré les luttes pour des garderies et pour des grossesses librement consenties, ne concevons-nous pas la maternité un peu.à reculons?Etre mère n'est pas d'abord signe d'oppression, d'exploitation ! Au contraire, c'est souvent le levier de l'agressivité potentiellement révolutionnaire des femmes, de leur pouvoir, particulièrement en terrain populaire.Je pense, par exemple, à la force des femmes d'Afrique du Sud, qui luttent avec les écolièr-e-s contre l'apartheid.Je pense aux grand-mères de la Place de mai, en Argentine, qui, pour retrouver leurs enfants et petits- enfants kidnappés par les militaires, n'hésitent pas à défier un régime totalitaire de droite.Je pense aux femmes de l'OPDS1, à Montréal, qui ont occupé le bureau d'un ministre pendant deux semaines pour résister à l'appauvrissement de leurs familles.Et quelle place fait-on aux adolescent-e-s7 On dirait que le féminisme n'intervient pas suffisamment auprès des jeunes, notamment à l'école2.C'est que les mères féministes sont loin d'être seules à éduquer.diriger, inspirer leurs enfants.Il y a les ami-e-s.les voisin-e-s, la télé, l'école.qui.eux, sont rarement féministes.Le rapport de force finit par être très inégal et nous passons pour les éternelles casseuses de veillées ! Ne pourrait-on pas développer des pédagogies plus appropriées ?Et comment nous parler entre nous, les articulées qui savent tout et toutes celles qui sentent que c'est pas correct les revues porno chez le coiffeur de leurs jeunes, les grosses farces sexistes dans les partys de famille, mais ne savent pas comment faire, qui cherchent, qui s'effraient dans un quotidien qui deviendrait continuelle situation de combat 7 Comment nous donner les moyens de vivre sans passer pour folles, et sans capituler 7 Ces malaises sont en même temps espoir, puisque accepter de s'en parler annonce déjà un demain de parole partagée.Ça me rend confiante en notre capacité de continuer la bataille.Ça pousse comme à mes accouchements.Rien ne peut arrêter cette puissance qui se dégage de nous.4^ Lucie Leboeuf est animatrice au Centre pastoral en milieu ouvrier et agente d'éducation pour des organisations populaires à Montréal.1/ Organisation populaire des droits sociaux.21 Mise à part l'enquête exceptionnelle du comité de condition féminine de la CEQ, sur le harcèlement sexuel dans les écoles LA VIE EN ROSE 27 mars 1985 «Le féminisme québécois est straight parce qu'il n'est ni théorique, ni mouvementé.» minisme de préférence our porter un regard critique sur le féminisme québécois, il faudrait tout d'abord voir en quoi il a réussi et en quoi il a échoué et ce à partir de ses objectifs.11 faudrait faire un bilan de ses réussites en regard des lois qu'il a fait modifier, disparaître et des nouvelles qu'il a fait passer ; il faudrait évaluer le pouvoir réel des féministes aux niveaux législatif, administratif et juridique.D'autre part, il faudrait établir le nombre et l'efficacité des lieux d'accueil et d'information créés par les féministes et enfin, dresser une liste des activités et des productions culturelles réalisées par des féministes.Mais, me direz-vous, il ne s'agit pas de cela : il s'agit de savoir si le féminisme québécois a bien fait les choses aux niveaux idéologique et théorique.Mais à quoi évaluons-nous cela ?À l'amélioration (sic) de la condition féminine, à la colère et à la révolte des féministes, au nombre de factions et de tendances féministes, au nombre de lesbiennes, au succès de quelques chanteuses, écrivaines ou de La Vie en rose ou à la violence et/ou à la bonne volonté des hommes ?Une chose est certaine : toutes les femmes vivent dans un environnement qui leur est hostile, qu'elles soient braves femmes (obéissantes), féministes (contestataires) ou lesbiennes (dissidentes).Photo de classe Toutes sont soumises à un conditionnement (l'hètérôle) et à une propagande (la langue et l'imaginaire mythique et social) qui, lorsque bien assimilés, entraînent un état de soumission aux valeurs patriarcales, valeurs qui vont à rencontre de l'autonomie, de l'intégrité et de la créativité des femmes, valeurs qui discréditent et dé/classent les femmes.La majorité des femmes sont dominées (subjuguées et commandées par des e hommes ou un homme).La majorité des 1 femmes sont exploitées dans leur corps S sexué et dans leur corps de travail, j Ainsi pouvons-nous dire, inspirées par 5 cette «photo de classe», que le féminisme g doit travailler en des lieux multiples et 1 élaborer des interventions stratégiques 1 selon qu'il s'attaque à l'imaginaire patriarcal par Nicole Brossard (féminisme radical et lesbien).au pouvoir des hommes (féminisme radical politique) et à l'injustice (féminisme réformiste et marxiste).Donc, pour revenir au féminisme québécois, on peut dire qu'il a oeuvré dans chacun de ces domaines.Mais, phénomène étrange, alors que le mouvement féministe compte plusieurs féministes radicales et lesbiennes, le féminisme québécois est d'apparence certaine un féminisme straight C'est, en 1985, un féminisme «droit», «d'aplomb», efficace et tolérant à l'égard des différences qui l'animent.C'est un féminisme sans excès de paroles, sans frasques, dévoué et compétent.Que le féminisme québécois soit straight n'est pas un mal en soi.Au contraire, c'est ce qui nous a donné le temps de nous organiser et de développer un certain nombre d'aptitudes à négocier, à administrer et à planifier ; mais si le féminisme québécois persiste uniquement en ce sens, que l'on peut qualifier de réaliste, il est certain que dans quelques années, très bientôt, nous nous retrouverons à nouveau dans un grand roman à l'eau de rose, rempli de «femmes libres» occupées individuellement à assouvir leur «féminité» et redevenant en moins de deux de «vraies femmes»'.Le féminisme québécois est straight parce qu'il n'est ni théorique, ni mouvementé Pourquoi la théorie ?Que serait le féminisme québécois sans les essais de Kate Millett, de Shulamith Firestone, de Ti-Grace Atkinson, de Mary Daly.d'Adrienne Rich.d'Andréa Dworkinde Simone de Beauvoir, de Monique Wittig, de Luce Irigaray2, de Louky Bersianik, sans les textes de Québécoises deboutte.des Teres de Pioche et d'Amazones d'hier.Lesbiennes d'au-jourdhui ?Sans ces analyses, les femmes en colère contre les injustices et la discrimination commises à leur égard seraient considérées (et peut-être se considéreraient-elles) comme n'importe quel autre groupe de pression, ce que d'ailleurs on aimerait bien nous faire croire.Aussi faut-il nous poser la question à savoir quel est le rôle de l'analyse théorique dans le mouvement féministe.C'est par l'analyse théorique que nous pouvons observer le fonctionnement et les mécanismes du système patriarcal, ceci dans ses grandes lignes (valorisation de l'homme et infériorisation des femmes) ainsi que dans ses conséquences pratiques, c'est-à-dire quotidiennes et institutionnelles (violence, viol, pornographie, pauvreté chronique des femmes, aliénation, etc.).En somme, l'analyse théorique nous permet : 1 ) de décoder les métaphores et mythes à laide desquels les femmes sont enfermées dans des images négatives, méprisantes et asservissantes.2) de comprendre les mécanismes discursifs qui marginalisent les femmes, qui les culpabilisent et qui leur enlèvent toute légitimité, toute crédibilité, toute identité.3) d'identifier les comportements contradictoires qui sont les nôtres, compte tenu de l'état effrayant dans lequel nous sommes.De telles analyses ont pour résultat de nous déculpabiliser, de nous permettre d'identifier ce qui est malsain, dangereux pour nous, de nous donner confiance en nous-mêmes, de nous donner le courage et l'énergie de nos propres émotions, de nos perceptions, de nos certitudes intérieures.Ainsi pouvons-nous dire que la connaissance théorique est ce qui transforme les femmes révoltées et les femmes naïves en des féministes radicales, c'est-à-dire en des femmes qui comprennent que ce qui leur arrive et que ce qui arrive à toutes les femmes n'est pas un effet du hasard, une question de malchance ou de personnalité, mais bel et bien le résultat d'un système Suite à la page 56 Nicole Brossard est poète, romancière et essayiste, auteure de Amantes (Quinze, 1980) et Picture Theor)' (Nouvelle Optique, 1982).en plus d'être cofondatrice de la revue La Barreau;our( 1965) et du journal féministe Les Têtes de Pioche (1976) Elle vit à Montréal.1/ «L'aveu par loppresseur qu être «femme» n'est pas quelque chose qui va de soi.puisque pour en être une.il faut en être une «vraie» (et les autres donc ')».Monique Wittig.in Questions féministes 21 Comme la plupart des intellectuel-le-s què-bécois-es.les féministes importent massivement essais, analyses et théorie 29 LA VIE EN ROSE mars 1985 Une aventure par Françoise Collin Dl abord, je dirai que je n'adresse | et n'ai à adresser aucune criti-* que au féminisme si, par critique, on entend un jugement et une réprobation.Tout ce que je peux faire, c'est une analyse critique, qui est d'ailleurs une auto-analyse puisque je parle de l'intérieur du féminisme, et comme agente -parmi d'autres - de celui-ci (pour avoir fondé et animé depuis douze ans Les Cahiers du Grif).Chaque chose a son temps.Et ce dont je ne voudrais plus aujourd'hui a eu son sens avant.L'essentiel est de ne pas se figer.Le féminisme est un mouvement, et constamment en mouvement.Son analyse critique est toujours liée à une exigence existentielle et à un agir.Il ne faut pas craindre de remettre en question cela même qui a pu paraître évident.Le féminisme est un travail de réinterprétation interminable.Toute autre attitude supposerait qu'il y a une orthodoxie féministe à laquelle il faut se tenir et à partir de laquelle on peut brûler les hérétiques (c'est-à-dire les autres).Le féminisme n'est pas une Église.C'est une pensée vivante et un poiein un faire.C'est une aventure, une aventure à hauts risques, l'aventure des femmes, l'aventure de la société.Mon aventure aussi.Ceci n'est pas un aveu de scepticisme, une acceptation de tout et de n'importe quoi.Au contraire, cette aventure parce qu'elle est dépourvue de programmation, exige une attention constante, un état de veille, d'éveil, de guet.Ne pas (trop) se tromper est plus difficile quand il n'y a pas de dogme.Car à chaque moment, il faut être la plus juste possible, au plus juste.C'est un peu comme quand on écrit : il n'y a pas de recette à appliquer et pourtant on ne peut pas écrire n'importe quoi, tous les mots ne sont pas bons à prendre.L'explosion Les débuts du féminisme ont été marqués par une énorme espérance, une énorme utopie - qui n'était pas sans rapports avec les courants sociaux des années 60 (mai 68 en France).Les femmes n'ont pas seulement dénoncé des situations, défini leurs objectifs, elles se sont véritablement retrouvées et, dans ces retrouvailles, ont explosé.Nous avons succombé à la magie de tout moment révolutionnaire : nous avons cru que la libération des femmes, et déjà leurs retrouvailles, seraient la fin de tous nos maux.Nous avons cru pouvoir la hâter en la vivant tout de suite, entre nous, entre femmes.Nous avons succombé à la pensée dichotomique (que nous dénoncions) : les femmes sont bonnes, les hommes mauvais (par scrupule nous disions généralement : le patriarcat est mauvais).Repérant et dénonçant la source d'une injustice, nous en avons fait la source de toutes les injustices et de tous les malheurs du monde Sans le déclarer nécessairement, nous avons pensé que lopprimé-e a toujours raison.Beaucoup ont rejeté en bloc tout ce qui était contaminé par le patriarcat : le pouvoir, l'argent, la politique, mais aussi la spécialisation, le professionnalisme, l'organisation.Ce travail d'épuration n'en finissait pas.Comme le médecin qui.à force de vouloir détruire le microbe, détruit le malade, chacune s'efforçait de supprimer en soi toute trace suspecte : le savoir, le nom.le passé, la compétence, la séduction, l'amour des enfants, l'amour d'un homme.On n'avait plus droit qu'aux valeurs «spécifiques», aux attirances «spécifiques», au monde «spécifique», à l'écriture «spécifique».On en venait à s'identifier à une espèce, l'espèce élue, l'espèce femme.Le cabotage Aujourd'hui, nous avons abandonné ce purisme irréaliste et limitatif de nos propres ressources.Nous avons cessé de confondre féminisme et moralité.Nous avons entamé une navigation en forme de cabotage, où il faut, comme je le disais, êrie attentive en permanence, où rien n'est jamais définitif, où il ne faut jamais relâcher son regard et sa pensée pour discerner les écueils.saisir les chances, évaluer les situations complexes, avec, on le sait, des risques et même des certitudes d'erreurs Nos positions et nos stratégies concernant des points déterminés, comme la question du travail ou celle des manipulations génétiques et de la reproduction, doivent elles-mêmes être constamment réajustées pour que nous ne soyons pas finalement victimes de nos revendications.Certaines, parce que ça les arrange, disent que le féminisme est fini parce qu'il n'occupe plus la rue et que les femmes sont «rentrées à la maison».Si «rentrer à la maison» signifie rentrer en soi pour reprendre sa mesure, redéfinir ses contours, alors oui.L'unanimisme féministe qui a eu des effets positifs incontestables impose aujourd'hui ce passage, nécessaire à toute vie personnelle, interpersonnelle et socio- politique.Trop souvent, certaines ont vécu par procuration, parasitant les amies ou le groupe, d'autres se nourrissant de fantasmes, d'autres encore se culpabilisant d'exister trop, culpabilisées ou même extradées - non sans être plagiées ou pillées au nom de l'idéal collectif.Aujourd'hui, rentrer à la maison peut donc signifier se confronter à son espace, à ses limites, pour nouer, à partir de là.un lien avec l'autre dans l'amitié ou dans le projet politique.Les femmes qui s'étaient «retrouvées» entre elles ne se sont pas perdues Elles ont apris à se trouver autrement à négocier mieux leurs rapports pour éviter certains écueils.Et le rapport aux hommes s'est lui aussi modifié.Incontestablement, la femme n'est pas «naturellement bonne» et ce n'est pas «la société patriarcale qui la corrompt», même si elle l'opprime La finitude humaine ne s'épuise pas dans ses conditions socio-politiques.Nous avons donc appris à nouer des liens plus nuancés, à gérer nos rapports avec les hommes comme avec les femmes (tout en sachant que les premiers sont toujours plus autres, plus étrangers même quand ils sont proches) en vue de mener à bien notre projet socio-politique : la fin d'un système de domination prenant prétexte de la différence des sexes.En fait, délaissant les principes moraux, nous avons réintroduit l'éthique dans la politique.Suite à lo page 57 l-rançoise collin.londamce et animatrice de la revue Les Cahiers du£n/'(Bruxelles/Paris), est écri-vaine et professeure de philosophie D'origine belge, elle vit et enseigne aujourd'hui à Paris.mors 1985 31 LA VIE EN ROSE 1975 DIX ANS DE FÉMINISME 1985 Dix ans d'images resserrées en huit pages: même en couleur, la rétrospective sera nécessairement partielle, plutôt montréalaise et fortement comprimée! Voici tout de même, pour les frissons et les soupirs, un petit scrapbook de ces années mouvementées, comme un clin d'oeil dans le rétroviseur, pour mesurer le nombre de lieux gue les femmes ont envahis pour y imposer leur vision des choses.De ce parcours, 1975 n'était pas, à notre avis, le vrai début.Tout au plus la date souligne-telle un haut fait de la diplomatie internationale: à l'ONU, 38 diplomates finissaient par concéder l'existence.d'un problème féminin! S'il fallait dater les débuts de la deuxième vague fulgurante du féminisme guébécois gue nous venons de traverser, nous choisirions plutôt le tournant des années 70, avec la naissance du Front de libération des femmes (FLF).Leur extraordinaire slogan, Québécoises deboutte!, allait insuffler une énergie débridée à la décennie et donner son titre au premier journal «féministe et révolutionnaire» du Québec.Chose certaine, les femmes ont bousculé les idées reçues depuis dix ans.Dans cette folle éguipée, nous avons souvent pris les bouchées doubles.Pour y apprendre guoi, en plus d'accumuler guelgues acguis.fragiles?Sans doute le plaisir de forcer les choses, ensemble et partout et de différentes manières.De tout ce mouvement, 1985, nous le savons, ne sera surtout pas la fin.A.E.-— momuii iiiiviiill pus a trop d*(»iiviii! 4 Première troupe de théâtre féministe, le Théâtre des cuisines attache le grelot à l'idée encore saugrenue de la reconnais sance du travail ménager La poétesse Marie Savard fonde avec d'autres les Éditions de la Pleine lune et elle en signe le premier ouvrage.1 Le Centre de santé des femmes de Montréal commence à développer une approche globale, polyvalente et collective de la santé.Dix ans plus tard.Québec, Hull, T rois-Rivières et Sherbrooke ont des centres analogues.1975-1979.Le premier journal féministe après Québécoises deboutte! 23 numéros publiés par un collectif de féministes, les premières ici à se dire radicales.La Librairie des femmes ouvre grand ses portes, rue Rachel, a Montréal.ETES DE PI CHE JOURNAL DES FEMMES m ïïRE Élue députée péqulste le 16 novembre.Lise Payette devient la première ministre d'Etat à la condition féminine.Seule quelque temps au saint des saints ministériels, elle sera aussi responsable des Institutions financières et coopératives, et de la réforme de l'assurance-automobile._jé1 | Les Éditions du Remue-ménage se lancent dans la galère de l'édition lèministe: théâtre, agendas, essais, anthologies, .et ce livre «pour enfants pas comme les autres».Oeuvre monumentale à l'effigie du couple et du mariage.La Chambre nuptiale de Fran Larivèe, tout en beauté et en douleur, bouleverse et indigne à la lois.tout comme La Nef des sorcières créée le 5 mars au TNM.8 mars: dans un sous-sol d'église surchauffé, les groupes autonomes de lemmes lancent aux syndicats et à la gauche en général, par un discours virulent, que les lemmes ne sont pas «une réserve de main d'oeuvre pour la révolution». réclamons Assistance aux lemmes est mis sur pied à Montréal Le regroupe ment provincial comprend aujourd'hui 35 centres d'hébergement pour lemmes et enfants battus.La lutte pour des garderies contrôlées par les parents et les travailleurs(euse.s).subventionnées par l'État, continue.2 avril: g 2 000 femmes défilent pour 3 l'avortement libre et gratuit.= des garderies L populair A l'Université de Montréal réflexion, mises au point, débats, cinéma, chanson.Le mouvement des femmes en plein essor, en plein espoir! .et Luce Guilbeault, son deuxième.Some American Feminists, avec Kale Millett, Ti-Grace Atkinson, Betty Friedan La création à Montréal des Fées ont soil de Denise Boucher déclenche une levée de boucliers de l'extrême-droite catholique.et une belle chicane' Québécoises! A ma mère, à ma mère, à ma mère, à ma voisine annonce la création du Théâtre expérimental des femmes, avec Nicole Lecavalier.Louise Laprade et Pol Pelletier.Le 24 décembre, à minuit, les téléphonistes de Bell Canada votent la grève pour la première fois de leur histoire, à 93%.égalité et indépendance Le CSF publie son «manifeste»: une somme impressionnante d'informations et pas moins de 306 revendications sur la condition des femmes.Le Grand Remue-ménage de Sylvie Groulx et Francine Allaire: un film percutant sur les stéréotypes sexistes.Le bulletin de liaison Pluri-elles devient la revue Des luttes et des rires de lemmes et.ainsi, la 3e publication féministe autonome à voirie jour au Québec.m»i\im n \< nos s\ih»v\ii 17-22*0* »IANII IM.VIIOS tultBM M'Ilm II tvpil * ¦" DII'WI Dl I'M'' -It ANN! DABC La lutte pour I avortement s'étend aux régions et aux vedettes.La Coordination nationale récolte les noms de 100 Québécoises connues qui.toutes, endossent le slogan: "Les femmes ne sont pas nées pour se soumettre, nous aurons les enfants que nous voulons.» Etats généraux des travailleuses salariées de laCSNetdelaCEQ Film choc d'Anne-Claire Poirier sur le viol i V'wî Action travail des lemmes entame son fameux procès contre le CN.jugé cinq ans plus tard coupable de "discrimination systémique à l'égard des femmes». 1.Louise Legault 2.Guillaume 3.Ariane Émond 4.Laurence 5.Marie-France Poirier 6.Claude Krynski 7.Lise Moisan 8.Francine Pelletier 9.Françoise Guénette 10.Andrée-Anne Delisle 11.Sylvie Laurendeau 12.Josette Giguère 13.Joanne Verdier 14.DenyseCoutu 15.Magali Marc 16.Marie Sabourin 17.Carole Gladu 18 Luce Venne-Forcione Vous mouriez d'envie de voir ce dont nous avions l'air, pas vrai (L'homme en noir à droite est le seul qui soit indispensable e Mais c est près de 200 collaboratrices qui ont prête main-forte a LVR au cours des cinq dernières annee^' Andrée Cote - Anne de Guise - Jovette Marcbessault - Joyce Rock - Nicole Monsset - Nicole Bernier - S Lise Nantel - Marie Decary - Danielle Blouin - Francine Tremblay - Monique Dumont - Chantai Sauriol - >.Trepanier Madeleine Champagne - Greta Hofmann-Nemiroff - Sylvie Roche - Diane Petit - Anne et toutes les autres qu'il nous est impib 32 in» 34 37 38 m ROSE MEMES! aj?Voici donc un petit échantillonnage de la «gang» ! i Inn Innnlinnnamanl Ho lo raima II not fin an nillo\ 19.Michel Gingras (notre facteur) 20.Diane Blain 21.DanaZwonok 22.Diane Poitras 23.Lise Levasseur 24.Joanne Melanson 25.Louise Rolland 26.Suzanne Bergeron 27.Judith Gruber-Stitzer 28.Christine Lajeunesse 29.Diane O'Bomsawin 30.Louise De Grosbois 31.Ginette Clément 32.Marik Boudreau 33.Joanne Deschênes 34.Hélène Pedneault 35.Carole Beaulieu 36.Louise Fugère 37.Nicole Campeau 38.Madeleine Leduc 39.Ginette Loranger 40.Marie-Josée Lafortune 41.Louise Desmarais (la trop discrète) 42.Raymonde Lamothe 43.Patricia Clark 44.Marie-José Chagnon 45.Danièle Lapointe.;e|V11 Nous tenons donc a remercier: Sylvie Dupont - Claudine Vivier - Suzanne Ducas -Suzanne Girard (notre photographe)- Camille Gagnon - Yolande Martel - Andrée Brochu -Jqrjelyne Lepage - Hélène Lévesque - Anne-Marie Alonzo - Gloria Escomel - Marie-Claude e florin - Arabelle - Marie Cinq-Mars - Rose-Mane Arbour - Christine Ross nrjossible de nommer ici! L'Association des lemmes collaboratrices issue de nombreuses revendications de l'AFEAS.veut la reconnaissance de ce travail non comptabilisé et des avantages sociaux.Les Québécoises pour le OUI: 15 000 femmes se rassemblent Place Desjardins, mobilisées par les enjeux du référendum.L'assemblée des Yvette: au Forum, 15 000 autres femmes, rassemblées par le Parti libéral, protestent contre le discours de Lise Payette, qui avait maladroitement comparé les femmes au foyer aux Yvette des manuels scolaires.La Cuisine rouge réalisée par Paule Baillargeon et Frédérique Collin: «L enfant femelle, fille des soumises, se révolte et décide de faire sa valise».La nuit nous appartient: à l'initiative du Regroupement québécois des centres contre le viol, des milliers de femmes proclament leur droit de circuler librement dans les rues à toute heure du jour ou de la nuit, sans peur d'être agressées.Les Folles Alliées, troupe de théâtre d'action féministe â Québec, connues surtout pour Enlin Duchesses une dénonciation des concours de «Miss».L'accouchement â la maison refait surface: Naissance-Renaissance canalise toutes les ressources pour faire reconnaître le travail des sages-femmes, à l'hôpital comme à la maison.Retrait préventif: les travailleuses enceintes obtiennent le droit de se retirer de leur travail s'il est risqué pour elles, leurs foetus ou nourrissons.moman Moman, de Louisette Dussault: le conflit mère-amour/mère-police.Comment élever ses entants dans une société pensée pour les adultes? Film de Helen Doyle et Nicole Giguère: la maldie mentale comme conséquence sociale de la répression vécue par les lemmes.La Chevauchée rose: la Journée internationale des femmes, sous les bannières de Marie Décary et Lise Nantel.Le Collectif Clio, (Michèle Jean, Micheline Dumont, Marie Lavigne, Jennifer Stoddart) publie l'Histoire des lemmes au Québec depuis quatre siècles, un document de référence fondamental.Juillet organisé par l'Institut Simone-de-Beauvoir de l'université Concordia, le premier Colloque international sur la recherche et l'enseignement relatifs aux femmes est le moment de définir des domaines de recherche prioritaires.POWERHOUSE *| ANTI NUKE SHOW Première au Québec, le colloque Perçons le mur du silence analyse la situation des femmes journalistes et l'information laite sur les femmes Unique au Québec.Powerhouse, galerie parallèle et lieu d'échanges, n 'expose que des oeuvres de femmes.L'Association des femmes autochtones du Québec, lors des conférences constitutionnelles sur les droits aborigènes, revendique la clause d'égalité des sexes et demande la reintégration du statut d'Indien La crise économique frappe et appauvrit dramatiquement les femmes, particulièrement celles à la retraite Wondeur Brass: elles sont les premières à sortir leurs cuivres de leur cuisine pour monter une formation de \azi.Grève des travailleuses des Caisses populaires du Saguenay/Lac Saint-Jean, stratégique dans un secteur où les femmes sont défavorisées en termes de salaires et de promotions.C'est surtout pas de l'amour le film de Bonnie Klein s attaque crûment à la pornographie et à la violence étalée partout, du dépanneur à la station de métro.a film about PORNOGRAPHY 8 mars: à Montréal, 400 lesbiennes, boucliers au poing, forment un contingent coloré, «de plus en plus visible».15-23 août: pour la 1ère fois en 43 ans, les 9 000 syndiquées du vêtement, des femmes à 90%, font la grève des boutons.De plus en plus, les femmes deviennent les piliers du mouvement pour la paix, ici et ailleurs.Les 225 000 travailleuses du secteur public se font couper «dans le maigre» les décrets gouvernementaux tombent malgré la mobilisation généjale des syndicats.Féministe, syndicaliste et militante active depuis 1975, Monique Simard accède à la vice-présidence de la CSN.3 décembre: à Montréal, la bannière insultante du bar topless Caté Caprice.«Nos modèles 1983 sont arrivés», soulève le coeur.Arrestation de manifestantes.La propriété privée est sauvegardée.A l'aube des dix ans de Vidéo Femmes, C'est pas parce que c'est un château qu 'on est des princesses: un film-réflexion sur les conditions particulières des femmes détenues.^ r ¦ Rose Tango Pour la 2e année consécutive, La Vie en rose organise la fête du 8 mars 3 500 femmes remplissent le Paladium.11 novembre: les Consoeurs du Souvenir Pour la 2e année aussi, Dana Zwonok rappelle les femmes violées en temps de guerre et sème l'émoi.Le 15 août, moment historique: avec le débat des chefs, la conditions féminine comme enjeu électoral. Les Jilles des féministes lies ont survécu - très bien, merci1 - à une enfance sans poupée Barbie et sans lunch préparé par les douces mains de maman.Elles avaient huit, six.quatre et un an quand, à l'appel de Québécoises deboutte' leurs mères ont entrepris, chacune à sa façon, «dans les années chaudes du féminisme»2, de dire la vie autrement.Quinze ans après le Front de libération des femmes du Québec (FLFQ).quinze ans après le «nous éduquerons nos filles autrement3.» des Têtes de Pioches que sont devenues les filles des féministes ?par Carole Beaulieu Leur histoire de femme se conjugue-t-elle avec celle de l'humanité, comme le souhaitaient en épilogue les quatre auteures de l'Histoire des femmes au Québec ?Sont-elles féministes 7 Quelles sont pour elles les luttes à mener d'ici l'an 2000 7 Pour tenter de répondre à ces questions.La Vie en rose en a rencontré cinq, pas nécessairement représentatives de la diversité du mouvement auquel leurs mères ont pris part, mais bien toutes «filles de féministes».Saturées «J'avais 13 ans.Je trouvais ça rushant', toutes ces énervées qui faisaient des réu- nions chez nous, qui disaient que les hommes étaient des cons».rappelle Nathalie Jean, sur les réunions des Têtes de Pioche Overdose.Saturation.Recul nécessaire.Elles en parlent toutes un peu.les filles de féministes, qui ont grandi entre deux manifs.trois réunions et quatre remises en question.D'ailleurs, aucune d'elles n'a été ou n'est actuellement impliquée dans ce qu'on pourrait appeler un groupe autonome de femmes.«Au cégep, les filles en étaient encore à discuter quels jouets donner aux enfants.Je savais tout ça Ça me rebutait de ressasser les mêmes idées que j'entendais depuis que j'étais toute petite.J'ai préféré LA VIE EN ROSE 42 Emmanuelle Borthau.Jennifer Alleyn et Dominique Jean mars 1985 m'impliquer ailleurs», raconte Sylvie Tru-del.20 ans, étudiante à l'université en sciences politiques.Féministes, les filles de féministes 7 Oui.Non.Je ne sais pas.Tout dépend de leur âge ou presque.Pour Emmanuelle et Jennifer, 1 5 et 16 ans.le féminisme demeure encore abstrait, même si elles conviennent que des luttes restent à mener, qu'il «va toujours falloir un mouvement des femmes sinon on va reculer» «Je n'ai pas à être féministe en ce moment, lance Emmanuelle Berthou.Je sais que je vais lavoir, ma job de mécanicienne sur un cargo.Je ne me sens pas concernée par ce pour quoi les féministes gueulent.À l'école, on leur réplique aux gars » Étonnées Mais on ne relègue pas si facilement aux oubliettes l'héritage maternel.Pour Nathalie Jean la rebelle, qui a «envoyé promener tout ce que maman représentait» en arborant sa mini-jupe de cuir rouge et ses larges boucles d'oreille dans les corridors de l'École d'architecture, le féminisme a frappé à la porte cet été quand, dans le cadre d'un emploi d'inspecteur en bâtiment, elle a été confrontée à des «femmes à la maison qui ne lui faisaient pas confiance parce qu'elle était une femme dans une job d'homme» «Je ne comprenais plus Ma mère s'était tellement battue.Je croyais que tout était réglé Je ne comprenais pas comment ces femmes-là avaient pu ne pas être exposées aux idées féministes.Je trouve encore qu'elles ont été trop loin, ma mère pis sa gang, mais cet été, avec mes bonnes femmes, je ne manquais pas une occasion de leur dire ce que les femmes peuvent faire » Pour d'autres, comme Dominique Jean, 23 ans.le choix du féminisme s'est refait au quotidien, à mesure que «les idées de maman, pourtant acceptées et partagées», sont véritablement devenues les siennes.«Maintenant, c'est mon choix,» raconte celle qui, toute jeune, faisait des dessins pour ce qui allait être la voix du féminisme radical des années 70.le journal des Têtes de Pioche Outillées Mère féministe ou non, les luttes à mener d'ici l'an 2000 ne sont pas plus évidentes ! Bien sûr, comme le rappelle Sylvie Trudel.il y a la légalisation de l'avortement, l'accès des femmes à de meilleurs emplois et de meilleurs salaires, «mais c'est en chemin, c'est inévitable», semblent-elles dire.Chose certaine, même peu enclines à participer à des luttes collectives, elles se | disent mieux outillées pour bâtir leur destin, s, plus intenses, plus agressives lorsque vient | le moment de défendre leur autonomie.1 «J'ai jamais pensé que je pourrais dépendre ?d'un homme.Ça ne se négocie même pas.» s lance Dominique Jean.S Elles sont d'ailleurs unanimes, les filles des féministes, sur la question de l'autonomie financière.«Mes bébelles.mes sous, mon indépendance économique.» comme le dit si bien Dominique, bachelière en histoire, «à 50-50 dans tout» avec l'homme qui partage sa vie.«C'est comme les sept filles avec qui je travaille l'été comme guide au canal Lachine.Sept filles avec des destins très forts, qui ont des passions et le courage de se donner ce qu'elles veulent, qui ne sont pas des militantes féministes mais qui ne parlent pas que de chums et de recettes.» Admiratives La question de la «féminité» est toute en mouvance chez ces femmes des années 80.auxquelles leurs mères ont appris à changer l'huile du moteur et à réparer les fusibles.«J'avais sept ans quand une femme avec la tête rasée est venue chez nous J'ai dit à ma mère que j'étais pus capable Je trouvais ça épouvantable», raconte Jennifer Alleyn.Quoique conscientes des raisons de la révolte de leurs mères contre les stéréotypes féminins de beauté et/ou d'élégance, elles ne veulent pas être les «féministes mal habillées, pas maquillées», mais plutôt elles-mêmes, avec leur sensualité, leur goût de se plaire à elles-mêmes.«Je me trouve souvent plus ardente, plus convaincue.Mais c'est difficile de savoir si c'est moi ou si c'est parce que ma mère était féministe.» s'interroge Sylvie.Moi.Elle Difficile de faire la différence pour ces filles qui ont entretenu et entretiennent encore avec leurs mères des rapports privilégiés «J'ai toujours vu la différence entre elle et les autres mères qui restaient à la maison, raconte Sylvie.Ça me plaisait Je m'en faisais même une fierté.» Plutôt admirées, les mères, pour leur autonomie, leur audace, ce qu'elles ont osé dire ou faire.«Des fois, j'ai des mini-jalousies, raconte doucement Dominique Jean, devant le monde qui se font faire de la bouffe par leur mère, qui reçoivent des gâteaux faits à la maison Bien sûr, maman cousait nos boutons et elle a repassé ma jupe le jour de ma graduation, mais c'était pas une «vraie» mère Pourtant, jamais je dirai qu'elle s'est trompée.Je suppose qu'on pourrait dire que je marche sur ses traces.» Optimistes «Sur les traces de leur mère», ces femmes de moins de 25 ans marchent avec beaucoup d'optimisme, particulièrement en ce qui a trait à leur rapport avec les hommes «Notre génération d'hommes est plus correcte,» disent-elles à l'unisson «C'est important que je fasse attention à ne pas avoir les mêmes attitudes que ma mère, qui a un background très différent Autour de moi, il y a des hommes intéressants,» explique Sylvie.Mais tout n'est pas encore gagné.«C'est aberrant Si tu voyais le nombre de mes amies qui se cherchent un homme pour la vie.s'indigne Nathalie Pourtant ces filles-là ont planifié des super carrières.Elles ont des bourses pour aller se perfectionner aux États-Unis mais elles pensent à se caser ! Moi aussi, je veux être deux mais pas à tout prix.» Pour les plus âgées, qui ont établi de solides relations de couples, la question des enfants ramène sur le tapis toute la différence du «rapport au monde» qu'expérimentent les femmes.«C'est compliqué de réfléchir à ma vie avec des enfants Quel temps ça va me prendre 7 Est-ce que je handicape' mais projets7 La question revient beaucoup aux femmes, moins aux hommes qui disent souvent «si ma blonde veut».Je ne sais pas encore quoi en faire.C'est un bug' que ma mère n'avait pas Elle nous a eues.C'est tout.» Autonomes Non.elles ne sont pas des super-femmes, les filles des féministes.Non, elles n'ont pas lu tous les classiques du féminisme qui traînaient dans les appartements de leurs parents et n'ont pas en mémoire tous les grands moments du féminisme québécois.Et elles ont encore toutes «peur dans la rue».«Il y a des conditions objectives qui n'ont pas changé : la violence, le harcèlement sexuel, l'insuffisance du réseau de garderies.Nous vivons dans ce contexte-là, réfléchit tout haut Dominique D'ailleurs plus j'avance, plus je trouve que les problèmes sont profonds On a beau partager les tâches domestiques, ça va plus loin, comme une façon différente d'être au monde.» Farouchement autonomes, porteuses d'un féminisme qui semble délaisser les luttes organisées pour investir avec assurance les multiples espaces de notre société, les filles des féministes mènent cette vie qui.comme leurs mères le voulaient, «ne serait plus ce qu'elle était»4.Derrière Dominique, la boulimique d'information, «en break' de militance.en démarche personnelle» ; derrière Sylvie, qui dit ne plus sentir en elle «ces relents de devoir-sacrifice» avec lesquels se défend encore sa mère ; derrière Nathalie.Emmanuelle.Jennifer.il m'a semblé souvent Suite à la page 58 Carole Beaulieu est journaliste au Devoir en plus de collaborer régulièrement à La Vie en rose M Le slogan «Québécoises deboutte '».devenu revue, a été lancé en 1971 par les militantes du Front de libération des femmes (FLF).21 L Histoire des femmes au Québei depuis quatre siècles.Michèle Oumont.Marie Lavigne, Michèle Jean et Jennifer Stoddart Coll Idèelles.Éd.Quinze.1982 Les auteures identifient les années chaudes du féminisme à la période 1965-1979 V Les Tètes de Pioche 1976-1979.réédité aux Éd.du Remue-ménage 4/ LHistotre .op.cit , p 504 43 LA VIE EN ROSE mars 1985 la m»!lll,e ' ingt ans après La Femme mystifiée Betty Friedan livrait récemment Femmes, le second souffle une réflexion sur le vécu des femmes aujourd'hui et sur leur mouvement.Comme en 1963, c'est encore la perception d'un malaise qui l'incite à prendre la plume : «Comment, malgré toutes ces possibilités que nous avions arrachées pour elles et dont nous leur étions envieuses, comment (les femmes d'aujourd'hui) pouvaient-elles poser à haute voix certaines questions, évoquer certaines nécessités dont elles n'étaient pas sensées s'inquiéter, ces vieilles nécessités qui ont modelé nos vies, nous ont piégées, et contre lesquelles nous nous sommes rebellées ?»' Mais contrairement à la réaction qu'avait suscitée La Femme mystifiée-enthousiasme chez les femmes en général, agressivité chez nombre d'hommes - Femmes, le second souffle a reçu un accueil mitigé des féministes et assez positif de personnes qui s'opposaient hier à la thèse de lauteure.2 Car certaines féministes considèrent que Betty Friedan marque un recul, abandonne la lutte.À l'inverse, ses nouveaux appuis y voient une autocritique du mouvement, de ses «excès», et un discours plus modéré, positif dans la conjoncture actuelle.Les uns et les autres devraient relire Friedan.Dans le contexte socio-politique des années 60, la dénonciation de la «mystique par Hélène Sarrasin féminine» a heurté les bases de toute la structure sociale.En écrivant que les femmes ne jouissaient pas en cirant le plancher de la cuisine et que redonner aux chemises un blanc immaculé ne constituait pas une expérience exaltante.Betty Friedan faisait voler en éclats cette image de la féminité dont les femmes avaient été bombardées de toutes parts après la Seconde Guerre mondiale.Après vingt ans de féminisme, on se rend compte que ce que Friedan revendiquait -le droit d'être un être humain avant d'être épouse et mère - à peu près personne, en 1984, n'oserait s'y opposer publiquement.Mais elle ne s'est jamais située dans une perspective féministe radicale.C'est-à-dire qu'elle n'a jamais remis en question le système des rôles sexuels dans notre société.Pour Friedan, les enfants, l'entretien du foyer, sont et demeurent sous la responsabilité des femmes.Un procès de trop ?Dans Femmes, le second souffle.Friedan voit bien que le choix de faire carrière dans le cadre social actuel est difficilement compatible avec une vie affective riche, pour elle synonyme de vie de famille, et que les femmes en souffrent.Friedan touche ici un point essentiel.On peut penser en effet que la réflexion et l'action féministes, bien qu'elles en aient toujours été préoccupées, doivent maintenant insister sur la qualité de la vie et des rapports humains.Malheureusement, plutôt que de prendre appui sur cette constatation, la réflexion de Friedan dévie et ce qui apparaissait fondamental - la difficulté d'articuler vie émotive et réalisation professionnelle - devient secondaire.L'auteure choisit plutôt de faire le procès d'une nouvelle mystique.Selon Friedan, c'est la «mystique féministe» - développée en réaction à la «mystique de la féminité» - qui fait aujourd'hui obstacle à la pleine réalisation des femmes.Cette mystique est celle de toutes femmes qui, plutôt que de voir à changer le système, 45 tentent plutôt de l'intégrer en arpentant les chemins traditionnels masculins et en omettant des dimensions importantes de la féminité : maternité, intimité, etc.Sans doute ne peut-on nier cette réalité, mais c'est déplacer le problème que d'en faire l'obstacle fondamental au plein épanouissement des femmes actuellement.Longtemps on a hésité, c'est vTai (je l'ai moi-même ressenti), à parler de l'enfant désiré, du temps souhaité pour pouvoir s'occuper de soi, de son chum, de sa chum.On a hésité par peur d'être accusées d'être remplies de contradictions et sans doute le pensions-nous nous-mêmes.Je crois que nous avons maintenant mesuré les limites d'une telle attitude et que nous sommes en mesure de la dépasser*.Mais Betty Friedan semble faire fi de la volonté des femmes de poursuivre leur intégration au monde-malgré la difficulté de tout réussir à la fois.Elle identifie un problème majeur mais ne l'inscrit pas dans une réflexion théorique d'ensemble et ne donne aucune balise pour encadrer l'action à entreprendre.Sa critique sévère du mouvement féministe saborde même, d'une certaine façon, l'action qu'il aurait pu entreprendre là-dessus.La démarche de Friedan est motivée par un sentiment de responsabilité face aux jeunes femmes mais aussi par un sentiment de culpabilité, qui l'amène à glisser vers des compromis douteux.Bref, le nouveau souffle est faible.Hélène Sarrasin, chargée de cours à l'Université de Montréal, travaille présentement à une thèse de doctorat sur les perspectives du mouvement des femmes au Québec.1/ Femmes le second souffle Friedan.Betty.Éd.Stanké.Montréal.1983 2/ Voir l'éditorial de Marcel Adam dans La Presse du 28 avril 1984.3/ La lutte pour la reconnaissance des sages-femmes, la participation importante des groupes de femmes à la consultation organisée par le gouvernement québécois sur une future politique familiale, pour ne donner que deux exemples, en témoignent LA VIE EN ROSE BOUQUINEZ À L'AISE À LE KGENCE DU LIVRE 1 246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 csn aux entêtées de la Vie en rose! Comme vous, les 80,000 femmes du secteur public CSN sont déterminées à aller de l'avant.Le Gouvernement veut nous imposer un recul de 20 ans.Pas question! Nous voulons garder nos jobs et pouvoir les faire bien Chacune à notre manière, travailleuses dans le secteur public ou le secteur privé, dans les groupes populaires, usagères des services publics, notre bataille est commune! Un hé n ta g e insupportable «Je suis tannée de me faire rabâcher les oreilles par les plus vieilles, de leur fatigue, de leur épuisement, de leur désespoir et de leur regard hautain sur la relève dont je suis.'» Le texte suivant n'avait pas été prévu; nous ne soupçonnions pas la colère des «jeunes» féministes engagées, de celles qui, sans avoir connu l'euphorie des années 70, nous suivent de près, et que nous considérions simplement comme notre prolongement.A Francine Pelletier.JB e t'écris parce que j'ai aimé ton article dans Y Agenda des femmes 852.J'y ai lu des constatations qui m'ont éclairée, auxquelles je pouvais enfin m'identifier.Tu dis qu'il nous reste à nommer de A à Z le monde dans lequel nous voulons vivre.ça me parle enfin d'avenir et d'action ! Pour nous, les jeunes, qui n'avons pas participé aux grandes manifestations des années 70, qui connaissons plus l'amertume que l'espoir créé par cette époque du féminisme, c'est essentiel.D'ailleurs, ce qui a surgi surtout, en lisant ta réflexion sur les dix dernières années du féminisme, c'est un sentiment de colère devant l'héritage insupportable que nos aînées nous ont légué.De quoi aurait l'air un féminisme attirant et viable, dis-tu ?Mais de quoi a l'air celui qu'on nous propose maintenant, celui que l'on m'a proposé il y a quatre ans ?À 23 ans, on me demandait d'être codirectrice d'un théâtre féministe, et c'était merveilleux.Je n'avais pas à attendre la mort des aînées pour hériter de l'entreprise 1 Nous étions deux nouvelles, nous créerions de concert.La création des femmes, du moins au Théâtre expérimental des femmes, s'effondrait sous le poids de la fatigue et des déchirements.Parce que nous considérions que c'était important, et par besoin d'identité collective, nous avons décidé de poursuivre le travail, car, sans en avoir comme vous la nostalgie, nous avions énormément mystifié les années 70 Vous aviez tant parlé alors que nous n'y étions pas ! Comme le disait une jeune par Ginette Noiseux comédienne : «Je n'ose plus poser de questions à des femmes qui sont tannées de se répéter.» À découvert Nous avons peur d'être rejetées par les féministes, cette mauvaise peur de ne pas être assez informées, assez qualifiées.Alors nous lisons, nous lisons, sans vraiment trouver notre place.Bien sûr, nous nous reconnaissons à travers ces écrits mais nous nous demandons où nous allons, sans assises, sans alliées, à découvert, à l'intérieur de collectifs divisés.On veut qu'émergent de notre génération de nouvelles théoriciennes géniales, et nous sommes marquées de la honte de notre infertilité.Ces théoriciennes naîtront de notre nouvelle conception de la sexualité.Il faut l'avoir vécue et en parler pour qu'elles puissent l'écrire.J'évoque ici la luxuriance, le narcissisme, la puissance sexuelle féminine.Mais il y a de quoi transformer le monde ! Serons-nous prêtes à soutenir ces femmes qui oseront les premières franchir toutes les barrières psychiques de leur identité d'opprimées 7 Peut-on concevoir un amour lesbien de son corps dans une relation hétérosexuelle 7 Dans l'isolement Nous, celles de 25 à 30 ans, sommes aussi les produits d'une lutte qui nous a éveillées à choisir des métiers monopolisés par les hommes.Nous sommes le produit du patriarcat qui a instauré, dans nos écoles, des structures favorisant l'individualisme, afin que mai 68 ne soit jamais plus.Mais nous n'avons pas dropè nos études à cause de la crise économique ou du haut taux de divorces.Nous voilà aujourd'hui des spécialistes (scénographes, auteures.èclairagistes, etc.), compétentes, mais pour la plupart sans travail et sans organisation C'est-à-dire sans réseaux pour nous «backer».pour nous recevoir.Nous manquons d'institutions pour refléter notre multiciplicité.Notre spécialisation ne va pas à contre-courant de nos idéaux.Elle devrait tisser entre nous des liens et nous permettre de nommer de A à Z le monde dans lequel nous voulons vivre.Or.quels liens existe-t-il entre les femmes biologistes, philosophes, scénographes7 Tout se tient, entre ma recherche sur l'imaginaire féminin branchée sur le milieu écologique, la médecine bio-dynamique et la philosophe Mary Daly.Comment se fait-il alors que nous soyons si isolées ?Il est temps de rétablir des ponts - et nos priorités.De nous dévoiler.Tant mieux si 1985 est l'année des bilans Cela implique que c'est aussi l'année des perspectives d'avenir Ginette Noiseux est scénographe et.depuis quatre ans.codirectrice du Théâtre expérimental des femmes à Montréal.1/ Lise Vaillancourt.ècrivaine et codirectrice aussi du TEF.dans un texte qu'elle nous envoyait à la suite de la lettre de Ginette Noiseux.2/ Agenda des femmes 1985 Éd du Remue-ménage.Montréal.1984 Des militantes féministes y analysaient «leur» décennie Colette Beauchamp, Nicole Lacelle, Francine Pelletier.Hélène Pedneault.Colette Béut et les éditrices.LA VIE EN ROSE 47 mars 1985 Nécessairement moralistes «Une féministe n'est pas nécessairement militante, mais elle est nécessairement moraliste.Il faut le savoir et il faut savoir le revendiquer.» ne vague odeur de moralisme», dit-on.De quelque manière qu'on la formule, la question du moralisme féministe est dans l'air du temps - comme une odeur, justement - depuis quelques années.Et il devient urgent de lui donner une existence plus concrète.À travers des mots, oui.Mais des mots qui ont du poids, et qui produisent des effets.Qu'on me permette de raconter une expérience personnelle (et donc parisienne), parce qu'elle me semble édifiante.En 1981, l'idée du féminisme comme moralisme, à force de flotter dans l'air, commence à me trotter dans la tête.J'en parle avec deux amies.La première, Léila Sebbar.avait écrit un livre intitulé Le Pédophile et la maman, paru peu après mon propre livre Jouer au papa et à l'amant ; il se trouve que, toutes deux, nous dénoncions la pédophi-lie et que, toutes deux, nous avions été traînées dans la boue par le pédophile-star de Paris, Gabriel Matzneff, dans le journal homosexuel Le Gai Pied.Matzneff filait une longue et pénible métaphore sur nos méthodes policières, nous traitant respectivement de «commissaire» Sebbar et d «inspecteur» Huston, sous prétexte que nous avions toutes deux émis des réserves à l'égard de la libèration-des-enfants-grâce-aux-rapports-sexuels-avec-des-adultes.La deuxième amie, c'était Anne-Marie Dardi-gna, auteure d'une remarquable remise en cause de l'«érotisme noir» en littérature : Les Châteaux d'Éros À trois, donc, nous avons discuté plusieurs fois de ce «problème» du moralisme Et il nous est apparu clairement que les prises de position féministes étaient très souvent, indiscutablement, moralistes.Pas moyen de le nier : condamner la pornographie, la prostitution, l'excision, lutter en faveur de l'avortement ou pour la reconnaissance du viol comme crime - tous ces efforts s'enracinaient dans une seule et unique conviction morale qui, pour être implicite, n'en était pas moins exprimable par Nancy Huston Cette conviction peut être formulée à peu près comme suit : toute fille et toute femme, quelle que soit son appartenance nationale, culturelle, raciale, etc.doit être respectée dans son intégrité et considérée comme la propriétaire exclusive de son corps Ce corps ne peut et ne doit être ni vendu, ni acheté, ni échangé, ni battu, ni mutilé, ni pénétré de force, ni obligé de porter un enfant du seul fait de son appartenance au sexe féminin Une idée en l'air Dit comme ça, ça paraissait simple, et même tout à fait défendable.Fortes de ce premier consensus esquissé entre nous, nous avons contacté d'autres amies et connaissances, liées de près ou de loin au mouvement des femmes, pour leur demander si la question du «féminisme comme moralisme» les intéressait, elles aussi.À notre grand étonnement, elles ont toutes répondu que oui.C'était une idée dans l'air, comme je vous ai dit.Alors, nous sommes allées voir Simone de Beauvoir pour lui proposer un numéro spécial des Temps Modernes consacré à ce thème.Elle a immédiatement compris l'enjeu de la question, elle nous a écoutées attentivement, mais pour le numéro spécial elle a dit : «Travaillez, écrivez, allez-y, et nous verrons après si la quantité et la qualité des textes le justifient».Elle avait raison d'être prudente, comme vous allez voir.Étape suivante : grande réunion dans mon studio de 25 mètres carrés ; nous étions une trentaine entassées là-dedans.Des femmes de plusieurs horizons différents : les responsables de la chronique du «Sexisme ordinaire» des Temps Modernes justement ; des historiennes ; des écri-vaines ; Simone Iff du Planning familial ; plusieurs collaboratrices de la Revue d'en face Discussion houleuse, passionnée, désordonnée, foisonnante, comme dans les bons vieux temps des débuts du mouvement, dix ans plus tôt.Au bout de quelques heures, nous décidions, pour mener à bien ce projet, de former des «groupes de travail».Aussitôt dit.aussitôt fait.Tel groupe explorerait l'aspect historique de la question, tel autre l'aspect philosophique, tel autre l'aspect légal, et ainsi de suite.Très bien.Mais - par une sorte de prémonition difficile à expliquer - j'avais la certitude, à la fin de cette soirée-là.que ce numéro ne verrait jamais le jour.C'était exact La raison en était peut-être l'état plus général du mouvement des femmes en France à ce moment-là : les journaux et revues mouraient comme des mouches, les querelles entre groupes s'étaient envenimées.Peu importe; ce n'est pas mon propos ici.Le groupe auquel je m'étais associée, avec Leïla et Anne-Marie, s'appelait «Fantasmes alternatifs».L'idée en était que nous ne pouvions pas passer notre temps à dénoncer les fantasmes phallocratiques si nous n'avions rien à «mettre à la place», comme on dit Ce groupe s'est réuni pendant un an et demi - longtemps après que l'idée même d'un numéro des Temps Modernes se fut volatilisée.À cinq ou six, nous nous voyions tous les quinze jours ou tous les mois, et nous nous sommes vite rendu compte que nous ne parlions pas du tout des «fantasmes alternatifs».Nous parlions des mêmes fantasmes que d'habitude -phallocratiques.patriarcaux, aliénants -, en essayant de comprendre pourquoi certains d'entre eux continuaient de nous fasciner.À ce moment, nous sommes revenues au «féminisme comme moralisme», mais par un autre biais : nous nous apercevions que ce genre de discussion était plus ou moins tabou dans le mouvement des femmes, et que nous nous étions souvent autocensures afin de correspondre à l'image idéale que nous avions de la «bonne» féministe Nancy Huston est romancière et essayiste, auteure des Variations Goldberg (Seuil.1981 ) et de Mosaïque de la pornographie (Denoël.1982) Alber-taine d'origine, elle vit aujourd'hui à Paris.49 LA VIE EN ROSE mars 1985 aux Editions de la Pleine Lune ET CHEZ VOTRE LIBRAIRE Du théâtre qui se lit MARIE-CLAIRE BLAIS Sommeil d'hiver Marie Claire Biais dramaturge, qui connaît?Dès 1968, elle écrivait sa première pièce L'exécuiion, et en 1976, La nef des sorcières.Sommeil d'hiver est un recueil de quatre textes dramatiques précédés d'une pièce de théâtre.Des textes envoûtants sur la solitude, la création, l'amour, la liberté et l'oppression.9,95$ JOVETTE MARCHESSAULT Alice & Gertrude, Natalie & Renée et ce cher Ernest Jovette Marchessault évoque les présences d'Alice Toklas, de Gertrude Stein, de Natalie Barney, de Renée Vivien et d'Ernest Hemingway, puis transforme le jeu dramatique en une célébration de la parole.Un texte flamboyant.Qu'on se rappelle La saga des poules mouillées, «ce très grand moment du théâtre au Québec».9,95$ M.il.Ii.—;ii.ft Alice & Gertrude, Natalie & Renée el ce chec Ernes! ANNE-MARIE ALONZO Une lettre rouge orange et ocre La mère et la fille.Deux femmes s'attirent se lient et se déchirent.Se retrouvent aussi au pied de la croix car leur vie est vive et douloureuse.Il y a pourtant le rire.L'humour/amour des deux, les voix sont souvent douces, les sourires frôlent les regards éclatés.Un livre émouvant.7,95$ WM'-M \KI1 \l (>\/(i l ne lettre rouge orange et ocre MARIE SAVARD Sur l'air d'Iphigénie Marie Savard explore le lieu interdit de la rencontre amoureuse de la mère et de la fille.Son écriture, sauvage et lucide, tourne en dérision le dominant Imaginaire de la Culture.7,95$ DANS LA COLLECTION «Rrose Sélavy» dirigée par Yolande Villemaire COLETTE TOUGAS Le porphyre de la rue Dézéry Un premier roman au timbre de voix singulier et attachant.Colette Tougas évoque, avec une maîtrise étonnante, les mutations de l'âme de l'enfance à l'âge adulte.C'est d'une drôlerie et d'une intelligence à toute épreuve.Le porphyre de la rue Dézéry est un livre d'images et de secrets.7,95$ J'exagère un peu et j'emploie peut-être abusivement le «nous», mais en substance c'était ça : le mouvement agissait sur nous comme un surmoi.Du reste, ce même conflit - entre le discours féministe et la vie intime de celles-là mêmes qui le tenaient -a éclaté au grand jour l'année suivante aux États-Unis, lorsque les lesbiennes S.-M.(sado-masochistes) ont conspué l'image de la «sexualité à la vanille» que trimballait depuis toujours le Women's Lib.Bref, toutes ces questions étaient dans l'air.Un projet à l'eau L'une des femmes de notre groupe.Ruth Stegassy.travaillait comme traductrice pour la maison Harlequin en France.Elle nous faisait des analyses fines et désopilantes de la structure (invariable, c'est bien connu) de ces romans à l'eau de rose.Nous nous sommes dit : Tiens 1 Ces structures ne sont pas très différentes de celles de la pornographie, et pourtant Harlequin vise un marché presqu'exclusivement féminin.Peut-être ne faut-il pas aller trop vite dans la dénonciation des «mâles», sans chercher à comprendre l'attrait qu'exercent sur les femmes les histoires qui démontrent la supériorité des hommes.1 L'année suivante - après un certain nombre de péripéties et parmi les bonnes résolutions de la «rentrée» - nous sommes passées des «propos en l'air» à un «projet concret».Il n'y aurait pas de numèrode revue, tant pis, mais.Savez-vous ce qu'on a décidé de faire 7 D'écrire, collectivement, un roman à l'eau de rose ! L'idée paraissait bonne : ça nous amuserait, ça nous permettrait d'explorer nos fantasmes rétro, nos «rêves de midinette», comme disait Leïla, et puis ça aurait l'avantage de nous rapporter de l'argent.Vous l'avez déjà deviné, ce roman n'a jamais vu le jour.D'abord, nous ne nous accordions pas sur le prénom et la profession de l'héroïne ; ensuite, après avoir quand même écrit un premier chapitre drôle aux larmes, nos réunions se sont espacées, nous nous sommes perdues de vue, et le projet est tombé à l'eau.Comme vous voyez, entre les idées en l'air et les projets à l'eau, le féminisme-comme-moralisme n'a pas fait beaucoupde progrès en France.Cet échec devrait d'ailleurs intéresser Luce Irigaray.dont le projet philosophique depuis quelques années consiste à montrer que les grands penseurs masculins ont systématiquement négligé ou refoulé ces éléments féminins que sont l'eau et l'air (sur Nietzsche : L'Amante marine : sur Heidegger : L Oubli de l'air).En effet, les morales échafaudées depuis toujours par les hommes ont tendance à être drôlement solides, et à produire des effets très palpables, notamment en ce qui touche (sans jeu de mot) le corps des femmes.Pensez aux morales chrétienne, islamique, juive, hindoue, aristocratique, libertine, bourgeoise, libertaire.C'est impressionnant, non ~> Même quand ce ne sont pas des morales «officielles», elles ont toutes ce plus petit dénominateur commun : la conviction qu'il faut surveiller, tenir en bride, mater, d'une manière ou d'une autre, le corps féminin.Un credo individualiste Le credo féministe esquissé plus haut n'est pas très loin de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.il tient de l'idéologie individualiste, dominante en Occident depuis 200 ans.En effet, si la société prime sur l'individu-e, on peut justifier toutes sortes de pratiques misogynes : la prostitution de certaines femmes préserve la vertu des autres ; l'excision des petites filles garantit leur soumission à leur futur mari et entérine leur destinée maternelle ; l'échange des femmes renforce la solidarité des clans entre eux, et ainsi de suite.D'une façon générale, la gestion de la féminité est un élément clé de la préservation des traditions culturelles, et le féminisme une réaction typiquement «moderne» là encore.puisqu'il valorise l'égalité des individue-e-s au detriment de la cohésion sociale.Il s'agit donc d'assumer pleinement ce credo, avec tout ce qu'il implique d'anti-relativiste et d'anti-libéral Cela ne veut pas dire réactionnaire et fasciste, mais cela veut bel et bien dire moraliste.C'est incontournable : dès l'instant où on n'est pas satisfaite avec le monde tel qu'il est et où on agit dans l'espoir de le changer, on est moraliste Parce que n'être pas satisfait-e avec le monde tel qu'il est, c'est faire une distinction entre le bien et le mal.C'est estimer que le statu quo a du mal.fait du mal, et c'est imaginer un bien pour lequel il vaut la peine d'agir.Je ne dis pas lutter parce que c'est un vieux mot fatigué et fatigant.Agir en faveur d'un bien, on peut le faire par sa parole et par sa façon d'être ; une féministe n'est pas nécessairement militante, mais elle est nécessairement moraliste Il faut le savoir et il faut savoir le revendiquer.Parce que de nos jours, le mot «moraliste» est une injure.Il a des connotations négatives dans nos sociétés qui ne savent conjuguer la liberté individuelle qu'au masculin.Appliqué aux institutions, il évoque la répression ou le désir de répression.Appliqué aux femmes, «moraliste» signifie bien pire encore : la frigidité, le ressentiment, la menace castratrice.Surgit tout de suite limage de la Mère punissante dont les garçons croyaient s'être affranchis en quittant la maison.Ils vont dans le grand monde et il s'attendent à ce que leurs blondes, au moins, les laissent faire ce qu'ils veulent (plus : qu'elles coopèrent ; qu'elles les aident à bafouer les règles 1/ Après tout - fait également bien connu - ce sont les lectrices qui déterminent en grande partie le contenu des romans sentimentaux, et quand elles se «lassent» d'une formule, celle-ci se transforme aussitôt pour s'adapter à leurs goûts, l'unique critère de qualité étant la vente POUR QUI TOURNE LA ROUE?Un vidéo qui questionne les effets de la microtechnologie sur le travail des femmes.Disponible sur cassettes, format 3/4 po.et 1/2 po.VHS, couleur, 36 min.1983.G.IV Distribution de vidéos.1 308 Gilford Montréal, Que.H2J 1 R5 (514) 524-3259 mars 1985 51 LA VIE EN ROSE // faut lire les lettres de FLANNERY O'CONNOR Ou aurait pu faire Flannery O Connor sinon écrire?À 27 ans.elle apprend quelle est atteinte d'une maladie incurable.Il lui reste juste assez d énergie pour écrire, et comme, à I en croire, elle n est bonne qua ça .elle parvient, en clignant de I oeil à considérer cette épreuve comme une benediction".Pourtant, la littérature ne lui suffit pas.elle a de la vitalité à revendre et se lasse, à la longue, de parler de gens qui n existent pas à des gens qui n existent pas Alors, elle s adresse aux amis de chair et dos pour leur dire ce qui est: la ferme, les métayers noirs, les démêles de sa mère avec le bétail, la difficulté d'être une femme de lettres dans une petite ville du Sud.C est une grande découverte.Celle d'une femme exceptionnelle par sa lucidité, son don pour noter le grotesque, c est-à-dire le melange de comique et de tragique, de ceux qui passent à sa portée, son humour qui ne la lâche pas.même aux portes de la mort, et qui n est pas la moindre forme de son courage, une franchise et une honnêteté dont je ne vois pas d autre exemple que Kafka." (Roger Grenier, Le Monde) Il ne pouvait pas nous échoir un plus grand bonheur de lecture.(Angelo Rinaldi.L Express) Editions Gallimard — En librairie à S24.95 maternelles).Et puis qu'est-ce qu'ils entendent ?Encore des «non».Encore des interdits : «Ne touche pas ci.ne fais pas ça» -C'est enrageant.Ils enragent.Et nous 7 Nous culpabilisons.Tergiversations féministes En France - puissent nos déboires servir de mise en garde aux Québécoises - les deux cas exemplaires à cet égard sont Parfaire Détective en 1978 et l'actuelle «Proposition de loi antisexiste».Dans le premier cas, un mensuel spécialisé dans les faits divers à caractère sexuel a été interdit d'affichage et de vente aux mineur-e-s ; presque tous les journaux ont attribué cette interdiction aux «féministes» (alors qu'elle était le fait d'instances institutionnelles dont les groupes de femmes avaient pris bien soin de se distancier) ; ils ont hurlé à la censure, à l'atteinte à la liberté d'expression.Entendre leurs chums libéraux (progressistes) crier haro sur le féminisme a provoqué une crise de conscience chez bon nombre de femmes.Elles se sont culpabilisées, pour rien, en fait, puisque Détective est immédiatement réapparu sous un autre titre (Qui ?Police), sans rien changer à sa couverture ni à son contenu Depuis l'an dernier il a même repris son titre d'origine.Détective est mon, vive Détective 1 Dans le deuxième cas, le malentendu a été encore plus flagrant, car à la seule mention d'une «loi antisexiste» les journaux de gauche.Libération en tête, se sont mis à pleureT hypocritement sur Flaubert et Baudelaire.Et les féministes de tergiverser : d'une part, ont-elles répété, il s'agit non pas d'une loi mais d'une proposition de loi ; depuis maintenant plus de deux ans, Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme, échoue même à la faire inscrire à l'agenda de l'Assemblée nationale.D'autre part cette loi n'interdirait pas les publicités, livres et films sexistes ; elle permettrait simplement à certaines associations féminines de se constituer partie civile pour demander cetete interdiction En dernière instance, donc, ce serait un juge- probablement mâle - qui trancherait.Mais il ne faut pas être de mauvaise foi.Ce n'est pas parce que le pouvoir décisionnel sera délégué que nous n'aurons rien à voir avec les décisions prises On ne peut pas jouer sur tous les tableaux à la fois.Ou bien on pense qu'un certain type de représentation des femmes doit disparaître, et alors on intervient directement ou indirectement en ce sens, ou bien on se déclare non-interventionniste sous prétexte que la «liberté d'expression» est sacro-sainte.Mais la censure La censure est une question complexe, et grave.Nous sommes loin de la belle simplicité du credo évoqué tout à l'heure.Si nous ne voulons pas être assimilées aux forces répressives avec lesquelles nous sommes parfois amenées à conclure des alliances (l'Église au Québec, l'État dans l'Indiana2).nous devons à la fois revendiquer une position de principe et savoir entrer dans des considérations stratégiques.Nous devons parvenir à agir en faveur de nos valeurs, plutôt que de continuellement réagir aux valeurs qui nous sont imposées.À mon avis, il faut censurer le moins possible, mais censurer quand même : les films snuff (dans lesquels de vraies femmes sont vraiment tuées), les publicités les plus avilissantes, l'affichage des magazines pornographiques, pas beaucoup plus.Il faut insister sur des distinctions que le libéralisme tend à effacer : obliger les gens à voir une image n'est pas la même chose que de leur permettre de la voir ; un-e enfant n'est pas la même «chose» qu'un-e adulte ; un livre (fait avec des mots) n'est pas la même chose qu'un film (fait avec des corps vivants).Mais la censure n'est en aucun cas une panacée.Le sexisme n'est pas une chose si superficielle qu'il suffirait d'une loi pour l'éliminer.Notre moralisme doit absolu- ment tenir compte de cette nuance : distinguer entre le bien et le mal ne veut pas dire diviser le monde en «bons» et en «méchants».Si l'expérience loufoque de notre groupe «Fantasmes alternatifs» nous a appris quelque chose, c'est que l'identification du mal au mâle est un leurre.Les femmes ne sont pas spécialement bonnes Même pas les féministes.«Les hommes en général» ne sont pas les méchants.Même les hommes pornographes-proxénètes-clients-machos-violeurs sont «méchants» pour des raisons qu'on ne peut pas faire l'économie d'analyser.Des raisons qui tiennent, entre autres, à la place assignée aux mères dans nos arrangements familiaux.Car la haine de la femme, c'est avant tout l'ambivalence à l'égard de la mère et cette ambivalence, beaucoup de femmes la partagent.Elle a des racines profondes, et le fait de couper quelques-unes de ses branches les plus hideuses n'empêchera pas l'arbre lui-même de pousser de plus belle.Sans une transformation globale - qui ne peut être que très graduelle - de nos modes de vie et privés et publics, les causes de notre oppression demeureront intactes, et tous nos efforts pour en enrayer les effets seront voués à l'échec.En d'autres termes, si nos analyses de ces problèmes sont simplistes, les remèdes que nous proposerons le seront forcément aussi.Ce qui veut dire qu'ils ne marcheront pas.qu'ils tomberont à l'eau, qu'ils s'évaporeront pour redevenir une «vague odeur de moralisme».Et que notre point d'anivée sera le même que notre point de départ ^£ 21 Allusion à la lutte anti-pornographique : les évêques québécois se sont opposés à la porno télévisée ; la ville dlndianapolis a adopté un règlement permettant à des citoyen-ne-s.ba-foué-e-s dans leurs «droits civiques», d'intervenir contre la porno UN VIDEO DE DIANE POITRAS AVEC LUCE GUILBEAULT ET RENÉE GIRARD Sa dernière fille la quittera bientôt, son mari s'achemine vers la retraite avec amertume, et Marie sent monter en elle une colère diffuse.1 %se 4 fa) désir.1308 Gilford, Montréal fEZE] Que.H2J 1R5 (514) 524-3259 mars 1985 53 LA VIE EN ROSE Journal intime et Politique par Hélène Pedneault e voulais dire à Sylvie, mon amie Sylvie, que j'avais 24 ans quand mon père est mort Et j'ai dit : j'avais 24 ans quand je suis mort.C'est ce qui est sorti de moi.de ma bouche, spontanément, et c'est aussi ce qui m'a coupé la parole ensuite : comme si après cette phrase, je ^r n'avais plus rien à dire.Ce n'est pourtant pas ce que je voulais dire, en bonne fille précise, bien engoncée dans ses événements importants comme dans une cagoule protectrice, l'hiver, sous zéro.Ce n'est pas du tout ce que j'aurais voulu dire, je l'ai dit quand même, bien malgré moi.et après je ne me suis plus du tout souvenue de ce que je voulais dire à Sylvie.C'était sans doute sans intérêt.D'ailleurs, j'ai été obligée de partir presque tout de suite après la phrase tant je venais de me couper la parole d'un coup.On m'aurait tranché la carotide ou la langue que je n'aurais pas été plus muette et tenorisée.À cause de sept mots sortis en lapsus - parce que c'est comme ça qu'on appelle ça - sept mots bien courts qui m'en ont dit plus long que huit années de rationalisation ardente.La veille, j'avais écrit à Suzanne et j'avais signé - je ne sais trop pourquoi - Hélène Pedneault.fille de Louis-Philippe.C'est sorti comme ça.je ne l'ai pas retenu, mais je me suis étonnée.Ça faisait des années que je n'avais pas nommé le prénom de mon père.Et le lendemain, je me rends compte qu'il est mort avec une grande partie de moi et que je n'arrête pas de bouder depuis ce temps-là Parce que je suis une fille qui boude, j'ai pris connaissance de ça dernièrement.Je ne le savais pas.parce qu'en général personne n'emploie ce mot pour qualifier le comportement dune adulte bien portante et saine en général.Mais je boude Comme s'il pouvait me le payer d'être mort avant son temps.Ou le mien 7 Bouder au lieu de bouger, ce qui est le cas de beaucoup de monde, hommes et femmes, qui bloquent sur un passage de leur vie au lieu d'avancer.Les trois quarts du temps, quand on ne va pas bien, c'est qu'on est en train de bouder.Sinon on bouge, même si on n'oublie pas les marques.Ça faisait déjà douze ans d'ailleurs que je boudais mon père parce qu'il avait arrêté, du jour au lendemain sans prévenir, de m'amener à la chasse et à la pêche.J'étais probablement devenue trop une fille, ça devait commencer à paraître.Il ne m'a donné aucune explication et à douze ans je n'ai pas compris.J'ai sangloté et ensuite boudé dans ma chambre pendant quelques jours.Peut-être un seul mais il a été long.C'est après sa mort que je me suis donné des semblants d'explications.Il m'a obligée à devenir une fille avant que je ne le veuille : j'avais été son seul garçon pendant si longtemps.Le salaud, il m'a laissé tomber, Monpè lâchement Mais il ne pouvait pas m'expli-quer, il n'aurait jamais trouvé les mots qu'il fallait : il ne pouvait que sentir qu'il devait agir comme ça avec moi puisque je n'aurais jamais décollé toute seule de son ombre, qu'il aille chez Canadian Tire ou à la pratique de la fanfare de Jonquiêre où il m'assoyait parmi les boîtes d'instruments vides, par teirre.C'était un bon musicien, j'étais fière de lui.il savait jouer l'Arlésienne.de Bizet et aussi le Washington Post pour les parades.Je ne décollais pas de lui.Marie-Claude dirait que j'étais une vraie tache.Mais c'était un père qui collait aussi, qui savait coller, qui prenait dans ses bras, qui chantait des chansons et qui berçait sans jamais avoir l'air de se fatiguer.C'était un père qui aurait pu être une mère, mais qui n'avait pas les désavantages de ce rôle ingrat, qui a eu la chance de ne pas en être une.C'est sûr qu'il avait moins de respon- sabilités.Mais il était un homme avec quelque chose en plus que tous ceux que je connaissais à l'époque.À la différence de ma mère, il avait des liens avec l'extérieur, il avait des activités, et l'extérieur m'a toujours attirée quand il s'agissait de l'extérieur de la famille.Il ne faisait pas le ménage, il bricolait : ce qui est bien plus intéressant à regarder et à aider pour une enfant entre 0 et 12 ans.Il ne faisait pas la cuisine, il allait à la pêche l'été, ce qui est une activité passionnante à faire (même s'il faut toujours se taire) avec l'homme qu'on aime, surtout quand il vous amène à la rivière sur la barre de son bicycle, par les petites routes en gravelle Il n'y avait que lui qui pouvait me consoler quand le docteur Lapointe à la grosse voix impressionnante venait me donner une piqûre.(Il fallait que je sois dans ses bras, et là le docteur pouvait me donner toutes les piqûres qu'il voulait.54 mors 1985 LA VIE EN ROSE Après je m'endormais, épuisée d'avoir eu si peur, toujours dans ses bras.) Mon père avait une manière de nous bercer assez particulière, une jambe pendante pardessus un des bras de la chaise berceuse, ce qui nous faisait un appui-dos très confortable.Je faisais tout ce qu'il faisait : il lisait, je lisais, je lis encore énormément.11 bricolait, je bricolais, (nous avons même construit une chaloupe ensemble dans la cave), et je bricole encore, ce qui m'a valu de ma voisine d'en bas le surnom de Rona.Il faisait de la musique, j'ai fait de la musique et j'en fais encore.J'aime ce qu'il aimait : les choses techniques, l'électronique et les ordinateurs.Il aimait les animaux, et aujourd'hui je parle à mes chats comme il le faisait.Parfois, quand la nostalgie me gagne, j'ai l'impression que tout ce que j'ai de bon me vient de lui.J'oublie que, de ma mère, j'ai «le front» (pas celui au-dessus des yeux, l'autre, celui qui permet d'avancer à travers les difficultés).Mon père était gêné, timide, et ma mère en souffrait d'ailleurs.Il n'avait aucune ambition, sauf celle de prendre les plus grosses truites de toute l'histoire de la Rivière-aux-sables, un presque ruisseau qui sépare Jonquière en deux.Il était doux et mou, en cela il n'était pas très différent de beaucoup d'hommes québécois.C'est ce qui permet à certains esprits irréfléchis et boudeurs de dire que le Québec est un matriarcat.Je ne m'attarderai pas à répondre à ces inepties, il faut que je vous parle de mon père.«J'avais 24 ans quand je suis mort» Pourquoi ai-je parlé de moi au masculin 7 Les psychanalystes pourront s'en donner à coeur joie, moi je sais que ça doit être le petit garçon de mon père qui a été enterré avec lui ce jour-là, au nouveau cimetière de Shipshaw.Quand il est mort, le 29 mai 1976.j'étais en France, en train de finir le plus beau voyage de ma vie dans le bout de Collioure.Canet, Saint-Cyprien.et toutes ces merveilles qui donnent sur la Méditerranée du côté de l'Espagne.J'étais euphorique.Et au moment exact de sa mort - je m'en suis rendu compte par la suite - je rêvais que ma mère était en train de mourir.Je me suis réveillée en sursaut, angoissée, en disant à mes amies que je devais absolument téléphoner chez moi parce qu'il était arrivé quelque chose à ma mère.À ma mère Mes amies m'ont rassurée : ce n'est qu'un cauchemar, tu t'en vas dans deux jours, profite de la fin de ton voyage.Et c'est ce que j'ai fait, insouciante.Quand je suis revenue, on m'attendait pour enteirer mon père.Quelques années après, j'ai rêvé que je faisais l'amour avec lui.J'ai aussi écrit, dans un texte encore caché : «J'ai vu mon père nu pour la première fois quand j'ai lu le rapport de son autopsie».Je ne devrais pas tout dire comme ça.C'est indécent.Mais je voudrais entendre parler des pères des autres femmes, ça n'arrive presque jamais.Je sais que Denise a aimé son père, que Pol l'a admiré beaucoup, que Marie-Claude a été proche de lui, qu'Evelyne a eu peur du sien pendant longtemps et que c'est l'idylle entre eux maintenant, mais je ne sais rien Les filles ne donnent pas tellement de détails sur leur père.Et les féministes ont beaucoup parlé de leurs mères en oblitérant, en négligeant l'importance de leurs pères.C'est une erreur, quel que soit le père qu'on ait eu.C'est pour ça que j'ai dit aux filles de La Vie en rose qu'il fallait qu'on parle des pères dans ce numéro spécial, critique du féminisme.Je voulais qu'on parle d'un sujet dont on ne parle jamais, qu'on n'analyse jamais.Moi je ne sais que parler du mien.J'ai aimé mon père d'amour et.comme Clémence l'a chanté si magnifiquement, il a été «l'homme de ma vie».Je voudrais savoir si d'autres femmes ont vécu ce lien aussi fort que moi et quelle importance cette identification au père a eu dans la vie de ces femmes - comme dans la mienne -par la suite.Je voudrais le savoir Quelle différence de comportement donne un lien très fort avec sa mère ou un lien très fort avec son père 7 Et est-ce que ça fait une différence 7 Je pose des questions, j'ouvre une porte.Je sais que j'ai du mal à parler de mon père en adulte parce que je l'ai plus connu dans ma vie d'enfant (puisqu'après.je boudais .) J'ai du mal à parler de lui de toute façon comme on a du mal à parler d'un grand amour après une rupture qu'on n'avait pas vu venir.Je voudrais que la parole soit donnée «aux filles de leurs pères».C'est un oubli important dans l'inventaire féministe et donc une avenue à ouvrir dans la suite de la réflexion féministe.A suivre j'espère, dans une enquête, un reportage ou des témoignages 55 LA VIE EN ROSE mars 1985 Suite de la page 29 x.La théorie comme «future» Si nous pensons que l'humanité (la nôtre et cela doit nous suffire) n'a aucune chance de survie en continuant dans le sens des valeurs patriarcales, nous nous devons de repenser notre rapport à l'univers, à la société, à la nature, au corps, à la technologie, voire même à la pensée linéaire et à son mode de construction binaire.Nous devons faire en sorte que nos interventions théoriques soient initiatrices de valeurs et de propositions nouvelles.C'est à mon avis la tâche théorique la plus difficile à accomplir car elle requiert un effort d'imagination qui dépasse largement l'effort de compréhension que nécessite la théorie comme observation et interprétation des faits.Cet effort théorique nous amène à la toute limite de la réalité et de la fiction, de l'histoire et de l'utopie, de la science et de la connaissance.«Le féminisme est tout à la fois visible et invisible.Visible en ce qu'il réclame, propose et inscrit de notre présence dans l'histoire, invisible en ce qu'il s'offre à notre conscience comme une voix qui évoque en nous de la certitude, comme une piste nouvelle dans le quotidien et le futur de la pensée.» (N.B.) Mouvementer le mouvement Le féminisme est une théorie, une pensée, une doctrine qui commande certaines réponses pragmatiques et je ne veux pas revenir sur cette définition.Ce n'est que récemment que nous avons substitué l'expression «mouvement des femmes» à féminisme.La question que j'aimerais poser est celle-ci : peut-il y avoir un «mouvement des féministes» et dans quel sens celui-ci peut-il s'orienter 7 Car d'une part, il y a le féminisme (théorie) et d'autre part, les féministes avec leur vie, leurs désirs, leur vingt-quatre heures, leurs amour-e-s, leur fatigue, leur joie, leurs enfants, leurs fantasmes.Si nous savons que le «mouvement des femmes» mène au féminisme, à quoi mène le «mouvement des féministes» 7 Au les-bianisme.à l'individualisme, au révisionnisme 7 Certes le féminisme mène chaque «femministe» jusqu'où elle veut et peut aller mais le féminisme nous mène-t-il là où nous devons absolument aller, c'est-à-dire dans un avenir où le phallocentrisme.la misogynie et le sexisme n'auront plus cours systématiquement 7 Comment penser le féminisme à long terme si nous n'avons que le courage de proférer contre les hommes sans préférer1 les femmes, c'est-à-dire sans que celles-ci nous habitent symboliquement comme un espoir, une raison d'être, une émotion d'être, une connivence absolue.Sans ce rapport symbolique aux femmes, les «femministes» trouveront toujours de bonnes excuses pour préférer à la lutte féministe d'autres luttes (nationaliste, linguistique, religieuse, raciale, sociale).Actualiser notre préférence pour les femmes, c'est mouvementer le mouvement féministe car c'est réactualiser le potentiel de chacune dans la perspective d'une intégrité collective.C'est porter un jugement de valeur en faveur de l'essentielle en nous et de l'essentielle, personne ne peut nous enlever la passion et l'énergie qui s'en dégage 3/ Préférer et proférer proviennent du même mot latin : pro/e)ferre qui veut dire «porter en avant».Proférer contre les hommes, c'est porter en avant notre réquisitoire, «discours par lequel on accuse quelqu'un en ènumérant ses fautes, ses torts».Préférer les femmes, c'est porter en avant l'enthousiasme qui s'anime en nous comme une fête du corps et de l'esprit lorsque nous reconnaissons être au coeur de notre sujet BOUQUINEZ À L'AISE À LE kGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 LA VIE EN ROSE 56 mars 1985 Suite de la page 31 L'art de la question Qu'est-ce que l'éthique 7 L'éthique est le rapport au présent, à la présence.Quelles que soient nos luttes, tendues vers un objectif proche ou lointain, il reste que nous avons à vivre avec ce et avec ceux qui nous sont donnés, ici, maintenant Perdre le contact avec le présent et la présence, c'est sombrer dans un militantisme abstrait et bientôt oublieux de son sens premier.C'est préférer le fantasme au réel.L'éthique- qui ne doit donc pas être confondue avec la morale et ses diktats, qui en est même le contraire - c'est non pas l'accord avec n'importe qui ou n'importe quoi, le règne des concessions, mais c'est une fois encore, la vigilance, une attention intense, toujours différente, aux contours, aux nuances, aux particularités de chacun-e et de chaque situation, pour en saisir et en faire advenir le meilleur, le plus positif.C'est, dans le travail de transformation socio-politique qui est le nôtre, le refus des slogans, des idées toutes faites, des classements sans recours, c'est l'art de la question plus que de la réponse.Tel est sans doute l'itinéraire que nous avons dû suivre, nous, femmes qui avons aujourd'hui trente-cinq, quarante, cinquante ans et plus.Tel n'est sans doute pas celui des filles qui ont vingt ans, nos filles Leurs problèmes à elles sont autres, ou elles ont une autre manière de rencontrer les mêmes problèmes Elles ont sans doute acquis une plus forte conscience de soi.Elles sont moins menacées de se laisser envahir par les hommes, par les femmes, par les idéaux ou les idéologies.Le risque serait peut-être qu'elles ne soient plus envahies du tout et qu'elles flottent, solitaires au milieu du monde des copains et copines.Leurs conditions objectives sont-elles meilleures 7 Aussi mauvaises qu'elles soient en raison de la crise - du moins en Europe -, elles sont quand même sans mesure avec celles de leurs mères et de leurs grand-mères.Les filles d'aujourd'hui ont franchi le seuil.Elles sont dehors.Mais c'est un autre problème, celui de l'avenir, de l'an 2000.Vous m'aviez demandé de parler du présent et du passé.' 1/ Ces réflexions poursuivent celles que j'avais èlaborèesdans un article paru dans Les Cahiers du Cri/n" 28 (D'amour et de raison»), intitulé «La même et les différentes».MARIE CHAIX Après avoir mis en scène son père dans «Les lauriers du lac de Constance» et sa relation avec sa mère dans «Silences ou la vie d'une femme», Marie Chaix nous révèle «Juliette», celle qui fut sa nourrice, mère et amie, portrait d'une femme au regard aigu et à la parole vive.JULIETTE chemin des cerisiers.224 p.15,95$ 57 LA VIE EN ROSE mars 1985 Suite de la page 43 Sylvie Trudel entendre les voix de celles qui avaient osé écrire: «Le féminisme n'est pas qu'un mouvement de contestation 11 implique aussi le choix de vivre autrement que par le passé.»5 Épilogue Belles et fortes, elles vivent autrement, les filles de féministes.Mais elles me font peur aussi, moi dont la mére était ménagère et à qui j'ai dû «faire l'hommage»6 de la combattre.BOUQUINEZ À L'AISE À OS NSENCE DU LIVRE 1246 roe St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 En elles, je cherche en vain la colère.Cette colère qui faisait écrire à leurs mères «nous devons rejoindre les femmes les plus exploitées»7.Cette colère qui m'habite, moi.depuis que ma mère devait fermer sa machine à coudre «parce que ça faisait de la statique dans la game' de hockey à la TV» ; depuis que je l'ai vue pleurer sa «chienne de vie» devant une laveuse à tordeur qui coulait.Cette colère que j'escomptais trouver mieux préparée, plus collective, puisqu'elle avait facilement, contrairement à la mienne, eu accès aux livres et aux idées.Cette colère qui.me disent-elles, n'est plus vraiment nécessaire.Que faire alors de la mienne ?Nathalie Jean 5/ LHistoire .op.cit.p.477.6/ «Un manifeste pour les femmes».Gisèle Tremblay, in Possibles, vol 5.1981.Il Québécoises deboutte '.Tome I Anthologie des textes du Front de libération des femmes ( 1969-1971) et du Centre des femmes Éd du Remue-ménage, p 133.Les mères L'une des fondatrices des Têtes de Pioche.Michèle Jean est actuellement sous-ministre adjointe à la formation professionnelle pour le ministère québécois de la Main-d'oeuvre et de la Sécurité du revenu.Mieux connue par la commission d'enquête sur l'éducation des adultes qu'elle présida, madame Jean demeure, comme le dit si bien sa fille Dominique, «une des big shots du féminisme» De nombreux groupes de femmes appuyèrent sa candidature à la présidence du CSF.au printemps 1984 Membre du comité de la condition féminine de la CSN, Lina Trudel fut aussi du comité des femmes du Mouvement socialiste Longuement impliquée dans les mouvements populaires et à l'Institut canadien pour l'éducation aux adultes (ICEA), elle déclarait en 1970.dans le Quartier latin «Autrefois, j'étais contre l'idée des femmes organisées entre elles pour agir et revendiquer Maintenant, il me semble que c'est une nécessité parce que les femmes se sentent marginales dans les organisations d'hommes.» Francine Ouellette.mère d'Emmanuelle, est secrétaire-rédactrice à l'UQAM Avec sa fille comme èquipière.elle navigue sur un voilier à quille, ce qu'elle considère comme une expérience féministe 1 Photographe, graphiste, artiste.Anne Alleyn participa à plusieurs rencontres du collectif qui produisit le livre Retailles Comme Francine Ouellette.elle milita peu mais se considère comme féministe.ES FUTONS DE 220 Laurier Ouest /Montréal 270 8175 570 Pulurb £sL A)ontréal &43 4759 Liaison La lecture serait-elle du genre féminin?titrait Chiffre à l'appui le bulletin des Affaires culturelles du Québec en avril dernier.Deux conclusions: l'habitude de lecture est bien ancrée chez les femmes qui puisent a une diversité de média et qui conservent stable l'intensité de leur pratique.La baisse de la lecture de livres se produit chez ceux qui ont des habitudes moins ancrées, les hommes notamment.Le taux de lecture de revues est de 10 % plus faible chez les hommes que chez les femmes (femmes 629 hommes 52 %).A chaque trimestre, la revue Liaison vous offre une réflexion sur l'actualité culturelle et artistique de l'Ontario français et de la francophonie périphérique en Amérique du Nord.Prenez tout de suite l'habitude de la lire et abonnez- Ci-mclus un choque de CD 10 Si i anion ?17 50St2ansi Adressez moi mon abonnemcnl a partir de D mars 1985 ou ?|uin 1985 Retournez aux Edihons I Interligne C P 358 suce A Ollawa Oniano K1N8V3 i613l 236-3133 LA VIE EN ROSE 58 mars 1985 Suite de la page 18 lvr : Les femmes se posent beaucoup de questions sur la nature du pouvoir Croyez-vous possible de l'exercer d'une façon moins arbitraire plus respectueuse des citoyens et citoyennes, vous qu'on définit comme une femme de pouvoir très autoritaire ?pl : Selon moi, ce n'est pas une question de sexe.Le pouvoir a aussi ses difficultés.Moi, j'ai une conception tTès nette de ce qui doit être fait.J'agis beaucoup en concertation mais, quand je sais où je vais, je comprends difficilement pourquoi les autres ne le voient pas de la même manière ! ! ! Il y a de grands dangers au pouvoir.Quand je faisais la maison Seagram, à New York, j'avais 29 ans, je disais que le ciel était jaune et on disait : «Oui, madame Lambert, c'est jaune !» C'est affreux, ça.On ne peut pas vivre avec des gens qui vous donnent raison quand vous dites n'importe quoi.Parfois, je me trouve corrompue, c'est sûr.et très autoritaire, c'est désolant.Mais il faut souvent faire vite.lvr : Vous êtes-vous déjà sentie concernée par le discours féministe ?pl : En fait, je ne m'y suis jamais arrêtée.parce que j'avais d'autres batailles à livrer, qui m'intéressaient davantage lvr : Mais trouviez-vous les revendications des femmes justifiées 1 pl : Ah oui 1 certainement ! Je trouve leurs conditions de vie souvent effroyables Un jour, à Londres, un ami se plaignait qu'une dame l'avait insulté.J'ai dit : «Mon pauvre vieux ! Si vous étiez une femme, on vous insulterait tous les jours !» lvr : Vous-même, vous êtes-vous sentie souvent insultée ?pl : Mais tout le temps ! Par quoi 7 Vous savez, dans ma famille par exemple, on ne parle toujours que des garçons, que de mes frères Et je me souviens, en Californie, j'arrivais quelque part avec mon associé et on me prenait toujours pour sa secrétaire.Quand je disais que j'étais architecte, on me répondait : «Alors, vous vous occupez des intérieurs.» Vous arrivez dans une réunion, dans une salle d'exposition et on fait très attention aux hommes et pas aux femmes.Ce sont de gros exemples, mais je crois que tous les jours, on est insultée d'une façon ou d'une autre, et moins prise au sérieux parce que femme Et les femmes sont toujours présentées comme «la femme de», «la fille de».Moi-même, on glisse toujours mon frère quelque part : on ne parle jamais de moi sans parler de lui ! lvr : Vous dites que vous endossez les reven- dications des féministes en gros La lutte contre la pornographie par exempte vous paraît-elle lustifiée ?pl : Ah oui 1 d'ailleurs, il est question de poursuivre les prostituées, à Montréal.et je trouve ça ridicule, grotesque.lvr : Mais si on vous demandait d associer votre nom à la lutte contre la porno, ou designer certaines pétitions, vous le feriez ?pl : Sûrement.# entrevue doit se terminer./ mais la parole ne cesse pas.Debout contre l'angle blanc, prête à la caméra.Phyllis Lambert continue de répondre I" Partout autour, la fulgurance du blanc, jusqu'à la cafetière et aux tasses, jusqu'au plateau.Peu de tableaux, mais des croquis, et sur le bureau des livres : Balzac.Nadar, des traités d'architecture.Partout, des traces de l'architecture comme passion.Avant, autour et pour toutes choses.Rédaction Françoise Guénette 1/ «Notre dame de la restauration», Georges-Hébert Germain, in L Actualité, mars 1983 21 Pour en savoir plus sur l'architecture selon Phyllis Lambert, voir «Garder la ville en vie», (une excellente entrevue par) Nicole Campeau.in Châtelaine, juin 1982.AUBE-ÉPINE LA LIBRAIRIE DES FEMMES livres & revues en français & en anglais 4050 St André (coin Duluth) 524 9890 BOUQUINEZ À L'AISE À (H kGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 Rtu Therrien - Louise Coulomb* - Sofy Rapport de l'AFEAS sur la situation des femmes au foyer Rita Therrien - Louise Coulombe - loly Rapport de l'AFEAS Sur la situation des femmes au foyer Une vaste enquête dont l'objectif était d'étudier la situation réelle des ménagères québécoises et de chercher les mesures concrètes susceptibles d'améliorer leurs conditions d'existence.Volume de 214 pages, 13,95$ Boitai Eiprcu Boréal Express mars 1985 59 LA VIE EN ROSE Flash Livres Portrait sexagénaire Lily Briscoe un autoportrait Mary Meigs.Montréal, traduit de l'anglais par Michelle Thériault.Éd.HMH.coll.l'Arbre.1984.367 p.J'avais lu.il y a quelques années, Lily Briscoe en version originale.J'avais été séduite par la beauté, par la forte poésie de l'écriture Je dois dire que j'aime Mary Meigs lire en anglais de temps à autre, comme on aime changer d'air ou se changer un goût de «langue».Le livre de Mary Meigs m'apportait un tel plaisir et m'emmenait avec elle, dans un ailleurs plus grand qu'un pays, plus étranger aussi.Nous voyagions, semblait-il, de Philadelphie où elle naissait en 1917.à Washington.Well-fleet.Paris, l'Italie, la Bretagne.Montréal et les Cantons de l'Est.Lily Briscoe, ce personnage artiste-peintre de La Promenade au phare de Virginia Woolf, devient ici le modèle, la complice secrète, celle en qui l'auteure se retrouve, se re-connait.Lily Briscoe vit pour et par l'art, ne plie pas vers le mariage, n'abdique pas.Mais une question est posée par M.M.en première ligne de la première page : «Toute vie mèrite-t-elle d'être racontée7».«Et la mienne 7» ajoute-t-elle.Amie de l'activiste-féministe américaine Barbara Deming et de l'auteure Marie-Claire Biais, Mary Meigs raconte les heures, les années exceptionnelles vécues auprès de ces femmes et de tant d'autres, artistes, peintres, romancières, poètes Et comment vivre une homosexualité «du coeur» (car l'éducation puritaine de cette auguste famille de Pennsylvanie ne parle pas de sexe), comment réagir lorsqu'à près de quarante ans.alors qu'elle vit avec une femme, elle se fait dire par un Edmund Wilson vieillissant et amoureux d'elle, qu'elle doit être un «genre de» lesbienne7 La question-affirmation crée un choc, provoque un long questionnement dont l'auteure nous fait part.Peu de lesbiennes sexagénaires nous parlent d'elles avec autant de sincérité et de candeur mêlées.L'homosexualité féminine n'a pas toujours eu sa place et si l'entre-deux-gueires a eu sa période de flamboyance en Europe, les États-Unis se gardaient bien d'ouvrir les portes de leurs placards.Comment pouvait-on alors souhaiter «demeurer célibataire, devenir une artiste et être à l'écoute de ses voix inté- rieures» sans se déplacer à la recherche constante d'un coin de terre où vivre en harmonie avec soi et les autres aimé-e-s ?Traduit avec beaucoup de finesse par Michelle Thériault.Lily Bnscoe est le premier livre de Mary Meigs, dont la vocation première est la peinture.Écrite à plus de soixante ans.cette autobiographie témoigne non seulement de l'oeuvre d'une femme mais aussi de toute une époque.(11 est paru aussi en anglais, chez Talon Books.Vancouver, sous le titre The Medusa Head.) Anne-Marie Alonzo Ci _ hef-d'oeuvre obscur Film d'amour et de dépendance chef-d oeuvre obscur.France Daigle.Éd.D'Acadie.Moncton, 1984.119 p Après son très touchant recueil Sans /ornais parler du vent (Éd.d'Acadie, 1982), France Daigle nous offre un film écrit Sur les pages de gauche, un texte court, poétique, écriture du scénario d'atmosphère ; sur les pages de droite, le dialogue uniquement.Pas de noms, prénoms mais des paroles données, ouvertes, dialogue d'amour s'il en est.Le livre se lit donc et se voit, se regarde comme ce film à faire, déjà fait et regardé, déjà revu.Et le livre se lit d'une page à l'autre ou d'une page par-dessus l'autre, passant ainsi d'un texte à l'autre sans faire cas du dialogue (voici donc un recueil de textes poétiques) puis en ne lisant que les JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME Disponible en 16mm: - L'entraînement des femmes - Piquez sur la ligne brisée - La cuisine rouge - Un homme un vrai - Plus qu'imparfait Les Films du Crépuscule Pour informations: Sylvie Renaud 849-2477 ANDRE JACQUES psychologue Psychothérapie gestaltiste Séances individuelles et de groupe 3950 Droiet, Montréal, H2W 2L2 (514) 843-3452 LA VIE EN ROSE 60 mars 1985 pages de droite sans se soucier des textes (voici donc une longue conversation, un texte dramatique, filmique) Ce «chef-d'oeuvre obscur» est en fait deux livres en un.Ingénieux mélange des genres, amoureux partage des choses et des dires Une histoire se trame donc, toute en images, parfois un mot, une phrase prend place, déroule l'action.L'oeil se tourne alors vers l'intérieur et fait son propre découpage Humour, amour, (in)dépendance, mélo des années sages, l'oeil est caméra Dune part décrire, de l'autre écrire et parler, d'une part dire ce qui est à faire, de l'autre, le faire Flashes de la quotidienneté sur fond d'Adagio d'Albinoni : «L'Orchestre avait joué l'Adagio.Nous rêvions de plages désertes et de vies pieuses.Un film commençait de ses multiples débuts.» Quelque part un décor, une maison, une raison.Quelque part la vision réelle d'un imaginaire.Un livre, un film, un chef-d'oeuvre peu obscur et au générique le nom de celle dont les livres s'implantent un à un et tous à la fois.Anne-Marie Alonzo TVaître et grandir autochtone Être née autochtone Recherches amérindiennes au Québec, automne 1984.vol.IV.n° 3 Le numéro d'automne de Recherches amérindiennes, consacré entièrement aux femmes autochtones, nous offre quelque chose d'inédit et parfois même d'émouvant À la fois socio-historique et anthropologique, le contenu de deux articles sur la vie «médicale» intime de femmes incit et amérindiennes a particulièrement attiré mon attention.Les propos de ces femmes sont par moments insolites mais l'expression de leurs limites et de leur vécu de femmes a une grande résonance pour nous aussi, femmes «blanches».Rose Dufour a choisi de laisser la parole à cinq femmes inuit dlglulik dans «Les menstruations et la grossesse chez les Iglulingmiut» On devine l'immense respect de lauteure pour celles qui racontent le souvenir impérissable de leurs enfantements à l'inuit.On découvre œédition/ d'ocodk NOUVEAUTES e> vemte partoit Film d'amour et de dépendance m ¦ ~ -J lui* i' I >.l'i;ii France Daigle L* PHILOSOPHIE FILM D'AMOUR ET DE DÉPENDANCE Chef-d'oeuvre obscur 119 p., 7.50$ ISBN 2-7600-0105-9 LA PHILOSOPHIE AU FÉMININ Textes choisis et commentes par Corinne Gallant 276 p., 14.95$ ISBN 2-7600-0108-3 Recherches amérindiennes aussi que.contrairement a bien d'autres peuples, chez les Iglulingmiut.la connaissance de l'anatomie et de la physiologie humaine, quant à la reproduction est claire et explicite.On constate à quel point la relation de la femme à son corps est intense, «son rythme s'accordant au rythme lunaire».Marie-Josée Routhier.quant à elle, a reconstitué l'histoire de l'accouchement et de la pratique des sages-femmes lors d'un séjour à la réserve attikamèque de la Manouane Elle rappelle le démantèlement par le pouvoir médical blanc de tout un mode de vie et d'un solide réseau d'entraide entre les femmes Car avant I940, tous les accouchements étaient vécus dans la réserve, quatre ou cinq femmes assistant la sage-femme Cette dernière jouait un rôle social extrêmement important, et il y a fort à parier qu'elle a dû accoucher plus dune femme blanche aussi Depuis les années40.les femmes ont été progressivement acheminées vers l'hôpital de Jolierte.en dépit des trajets longs et pénibles Heureusement, des brèches se sont formées dans la «forteresse blanche» : des femmes attikamèques, de plus en plus nombreuses, tentent de renouer avec le réseau de solidarité d'antan.à l'hôpital ou au village.Ne serait-ce que pour ces deux articles, il faut se procurer ce numéro de Recherches amérindiennes au Québec À lire aussi, l'entrevue avec la présidente de l'AFAQ (l'Association des femmes autochtones du Québec) et l'article sur les femmes autochtones et le gouvernement indien autonome Sylvie Bélanger Cet espace a été réservé et payé pour rendre hommage aux 5 ans de la Vie en Rose pour sa lutte contre: LE PATERNALISME LE MACHISME LE SEXISME et aussi parce que vous êtes des saprées belles p'tites poupounes.CROC LE MAGAZINE QU'ON RIT LES ÉDITIONS D'ACADIE Nos livres sont distribués par DIFFUSION PROLOGUE mars 1985 61 LA VIE EN ROSE Flash Cinéma jA vraie dope L émotion dissonante, réalisation de Fernand Bélanger, ONF, 1985 Dans le corridor achalandé du cégep, une femme lit une lettre en marchant : «Papa, maman.Ça fait trois mois qu'on s'est vus c'fà dire depuis not/der-nier affrontement.J'vous en prie, assoyez-vous.Alors, à l'école, ça n'va plus.J'ai tout simplement abandonné.» Indifférente au va-et-vient des étudiants, la femme s'asseoit sur une marche d'escalier : «.j'ai été à Vancouver avec le gars qui m'avait vendu mon once de pot.Nous avons cueilli des champignons sur la côte.Y a fallu s'sur-veiller de près parce que les flics commencent à connaître ça ! Moi.jles revends, ça paie la chambre, la bouffe, pis les rêves On a parlé de vous l'aut'jour.mon pusher et moi.avant qu'y parte pour l'Amérique du Sud.après y avoir annoncé que j'étais enceinte de lui (.)».On sent que W% m.•Ci tTT, / 1 Ml éÊT ! *¦ Mm *\ I * JÊÊm ' s.L'émotion dissononte la lectrice commence à avoir des chaleurs ! «.Maintenant que j'vous ai mis au courant des dernières nouvelles, disons que.même si j'fume du pot à l'occasion.j'chus pas allée à Vancouver ! J'ch'pas enceinte, pis j'pour-suis mes études.Mes derniers résultats vous feront certainement plaisir1 J'voudrais qu'vous envisagiez cette confession dans cette perspective Vot'fille.Valérie.» C'est sur ce ton affectueux et humoristique que Fernand Bélanger aborde le phénomène de la drogue dans L'Émotion dissonante Avec humour, mais aussi avec intelligence et, je dirais presque, avec un gros bon sens ! Car ce dernier a tendance à disparaître bien vite lors de discussions sur la drogue.surtout chez certains parents apeurés.Bélanger veut donc dédramatiser le phénomène et chercher à comprendre les problèmes réels qui en sont la source.Très novateur, ce documentaire réussit, de manière exceptionnelle, à incorporer des éléments de fiction pour «densifier la réalité».Il arrive parfois que deux ou trois actions se déroulent parallèlement dans la même séquence, dans le même plan et ceci, sans jamais créer de confusion ! Les «interventions animées» de Piètre Hébert poursuivent les personnages comme des rêves fragiles et persistants.Une des séquences est même construite sur le modèle d'un vidéo-clip, avec la musique du groupe Offenbach 1 Ce film est captivant.Passé en coup de vent à L'Autre Cinéma et à l'Outremont.à Montréal, en janvier dernier.L Émotion dissonante sera présenté dans les écoles de la CECM.Heureuse initiative Mais on ne peut que souhaiter ardemment qu'il revienne en salle.Diane Poitras femmes lisent le Journal de Montréal chaque jour de la semaine, 67% PLUS de lectrices que La Presse Bon anniversaire à «La Vie en Rose» et à ses lectrices le journal de montreal le no 1 des quotidiens français d'Amérique LA VIE EN ROSE 62 mars 1985 Dans le prochain numéro de La Vie en rose! ^HH^f^ L'Année internationale de la La garde partagée est-elle un remède miracle ou un guet-apens pour les parents séparés?Après 25 ans d écriture, Christiane Rochef ort approche-t-elle du «repos de la guerrière»?¦HnEVUIf d'Hélène Pedneault.Que pensent et que font des femmes juives et arabes face à la cause xjnniTnu'Diïn palestinienne?ANALYSE Jù^Jù&xh^ Un jour la jument va parler.Un best-seller à lire absolument «Un roman qui ressemble à la vie, écrit avec le cœur.» Reginald Martel (La Presse, 04/02/84) On rit avec Élise, on pleure avec elle, on suit le cheminement de cette femme attachante qui goûte l'ivresse d'une re-naissance la menant irréversiblement vers une vie nouvelle.Marcelyne Claudais, Un jour la jument va parler.Éditions de Mortagne, 526 pages (1 5,2 X 22,9 cm), 14,95 $.©h Marceline Claudais Ecfrtiorv de ITtatognc 5 la jument va parler?.ni flash ^ Eh oui ! La cinéaste Lêa Pool rafle tous les honneurs.Après le Prix de la presse internationale au festival de Montréal (août), le Prix de l'excellence au festival de Toronto (septembre).LA FEMME DE L'HÔTEL sortait des Rendez-vous du cinéma québécois, en Janvier, avec le Prix de la critique québécoise et est en nomination pour un Cesar français.A quand le troisième film, Léo ?Qu'arnwe-t-il 10 ans après une revolution et que rien n'a changé.?BORN IN FLAMES (LES GUERRIERES) i _ î m m r • • Un film de Lizzie Borden (v originale, st.français) précède de LA CHEVAUCHEE ROZE de Marie Oecary AU CINEMA PARALLELE 3682 boul Saint-Laurent du 1er au 14 mars a 19h30 et 21h00 du 15 au 28 mars a 21 hOO saut les lundis Distribution: Cinema Libre Thérèse Guiibouit.Françoise Foumelle, Dyne Mousso, Madeleine Gagnon et Yolande Taillon.Arts visuels Zyouble coup de maître Une poète, une comédienne, deux peintres : Madeleine Gagnon et Dyne Mousso exposaient leurs toiles à la Galerie La Malvas, à Montréal, en novembre dernier Dyne Mousso commence à peindre en 1949, quand elle fait connaissance avec le peintre Jean-Paul Mousseau et entre dans le cercle des automatistes Elle participe à une exposition de groupe en 1952 qui.pendant une trentaine d'années, ne sera suivie d'aucune autre : Dyne se consacre au théâtre, où elle tient une trentaine de rôles majeurs et atteint une célébrité malgré laquelle, depuis quelques années, elle s'obstine à ne faire que de la radio, au grand désespoir de ses admirateurs et admiratrices.Elle revient à la peinture vers 1980, encouragée par Thérèse Guilbault et Yolanda Taillon, et c'est avec cette dernière qu'elle expose de nouveau en 1982 Encres et huiles d'une extrême diversité et richesse, d'un mouvement dynamique et tourmenté, aux tons contrastés et chauds, caractérisent sa peinture.Madeleine Gagnon.dont la formation est d'abord musicale, puis littéraire - elle a enseigné à l'UQAM de 1969 à 1982 - est essentiellement connue par son oeuvre poétique et de fiction, ayant publié jusqu'à présent une dizaine de livres, parmi lesquels Pour les femmes et tous les autres.Antre.Lueur.Au coeur de la lettre.Autographie L.etc.Ses APRÈS: -UNE FEMME (C.Claudel) - SUZANNE VALADON DANS LA MÊME COLLECTION: LUCILE DE CHATEAUBRIAND OU LA NOSTALGIE DU GÉNIE À LIRE ABSOLUMENT.Demandez nos catalogues gratuits.5198, rue Saint-Hubert - Montréal (QC) (514) 273-6141 LA VIE EN ROSE 64 mars 1985 textes ont connu une diffusion internationale, publiés dans diverses anthologies et traduits en anglais, espagnol et italien Elle peignait depuis vingt ans.sans se résoudre à dissocier l'image de la lettre, puisque c'est au coeur de ses livres qu'elle ose commencer à dévoiler ses encres sobres et stylisées, puis à reproduire quelques acryliques - auxquelles la photo blanc et noir ne rend pas justice -.C'est à la Galerie La Malvas que revient le plaisir de nous faire découvrir dans toute sa justesse l'oeuvre picturale de Madeleine Gagnon, dans des tons pâles - blancs, demi-teintes rosées et bleutées-contrastant avec les lignes ou taches noires évocatrices.Gloria Escomel Spectacle L'autre monologuiste Dans le milieu du théâtre, une femme monologuiste.ça ne court pas les rues.Et quand viennent se greffer à ça les étiquettes «militante», «féministe» et «lesbienne», eh bien 1 c'est encore plus rare, pour ne pas dire courageux.Avec son air inimitable, Johanne Doré parle d'elle, de ce qui la touche et la dérange - et par le fait même, parle de nous Nous, les femmes militantes.souvent pauvres, souvent isolées, avec nos problèmes de coeur et de cul, avec tout ce que ça amène de triste et de drôle.Son spectacle, intitulé Confidences à voix haute ou Qu'est-ce qu'on attend pour être heureuses ?, est un collage de cinq monologues créés et écrits en collaboration avec deux femmes du Théâtre de Quartier.Un show accessible et sans déguisement inutile.Ce soir-là, je me tordais de rire par moments et j'avais à d'autres moments des noeuds Le vendredi 8 mars à 22 h à Radio-Québec un document particulièrement émouvant J'ai toujours rêvé d'aimer ma mère au cœur du film, la réalisatrice, Francine Prévost du côté du passé, sa mère, Béatrice du côté de l'avenir, sa «fille», Claudia trois femmes qui explorent ensemble la relation mère-fille Une production de l'Office national du film du Canada Office National national du film Film Board du Canada of Canada A L'AFFICHE CE MOIS-CI 1 EN PRÉSENCE DES VIDÊASTES mardi le 19 mars 1985 \ 19 h 30) X FEMMES \ Marie-Haute a la marée basse video m mm coul real M J Adam et Y Bam Une oeuvre émouvante féministe el positive, qui aborde avec sensibilité le rapport de la femme avec son corps et avec l environnement social mardi ,e 26 mars 198509 h 301 «JEUNES» < Infans » video 30 mm.coul.real P Gauvm Un montage lait a partir de témoignages d'entants et de parents qui tente de taire surgir ce que l'on n'ose pas dire ou se dire entre parent et enfant Biscuit Soda video.52 mm coul real R Faulkner R Jutras et L Ramone Biscuit Soda se veut le reflet du Quotidien de trois jeunes de 16 a 20 ans a la recherche d'eux-mêmes et dune place dans la société Au .Videographe 4550 rue Gamier (coin Mt-Royal) tel.: 521-2116 Contribution volontaire 2.00 S mars 1985 65 LA VIE EN ROSE flash dans le ventre et des pincements au coeur.«La griffe de la jalousie a posé sa main velue sur mon destin lesbien».dit Johanne dans son monologue Histoire à dormir assise.et: «Moi qui l'aime tant., plus encore même depuis qu'a vit une autre relation».J'ai été particulièrement touchée par ce monologue, car c'est une situation on ne peut plus familière Mais avec elle, je me suis permis d'en rire Joanne Melanson * Pour ceux et celles intéres-sé-e-s à découvrir ce spectacle, contacter le Théâtre du Quartier.3702, rue Ste-Famille.Montréal, H2X 2L4.(514) 845-3338.Johanne crée aussi des monologues sur demande, pour animer vos fêtes populaires et soirées bénéfices, (514) 274-4071 Déjouer le théâtre La Manoeuvre de John Lewis Car-lino.au Café de la Place de la PDA du 9 janvier au 4 mars Avec Andrée La Manoeuvre : Jean-René Ouellet et Andrée Lachapelle Lachapelle et Jean-René Ouellet.Mise en scène : Daniel Roussel Traduction : Jean Leclerc et Henri Barras Dramaturge et cinéaste, John Carlino Lewis, un Américain né à New York en 1932.fait de La Manoeuvre (The Exercise) une pièce intimiste basée sur «une série de soi-disant improvisa- tions».Deux comédiens se retrouvent pour travailler un texte, un homme et une femme, ayant déjà été amants, se re-font face après une douloureuse rupture.les herbes rouges — Rosie Harvey C'EST D'Y PRENDRE QUELQU'INTÉRÊT QUI L'AGITE • ! 119 France Théoret 1 INTÉRIEURS — 1 [mm \ 1 725 Carole Massé L AUTRE HE 127 [ U119/3S ABONNEMENT 10 NUMEROS 20$ ! D12S/3S CI-JOINT o CHÈQUE O MANDA T POSTAL ' ¦ - - ' ^^^^^^^ D127/3S les herbes rouges CP 81.BUREAUS.MONTRÉAL H2T3AS -CODE POSTAL - LA VIE EN ROSE 66 mars 1985 pour jouer ensemble devant un public qui ne sait d'eux que ce qu'ils ont bien voulu leur raconter Saviez-vous qu'en grec ancien, acteur se disait hypocrita ~>.La mise en scène est ici basée sur le non/eu c'est-à-dire sur le spontané, le plus-que-naturel : s'éloigner de la magie pour la retrouver, donner l'impression (étonnante dans ce cas) de ne pas jouer pour mieux jouer, justement Que nous dit-on et qu'y a-t-il de vrai dans ce qui est dit1 L'un et l'autre nous donnent à voir, fouillent leur mal, retrouvent la vie d'avant eux-mêmes, continuent de se chercher.Les problèmes ne changent pas Elle joue/improvise la naissance Il est/fait l'enfant Elle vit au bord de l'abîme, se tient timidement entre la raison et la folie Il est là pour l'aider, dit-il constamment, uniquement cela, ce cher coeur.Mais l'aimable Samaritain se trouve piégé dans les méandres de sa propre improvisation, celle où il revit, déchiré, la maladie puis la mort du père.On retrouve un homme effondré, cachant (à nous com- me à lui-même) ses blessures.Jean-René Ouellet joue juste, crédiblement, un rôle plutôt ingrat et.me semble-t-il, pas tout à fait achevé, l'auteur nous laissant en suspens Plus qu'une pièce sur le couple.La Manoeuvre est une mise en abîme du théâtre même, une remise en question de la (non) vérité du théâtre Les specta-teurs-trices sont apostrophé-e-s, on leur demande de voir et de comprendre que le théâtTe n'est qu'illusion, n'est pas qu'illusion.Andrée Lachapelle.troublante, bouleversante comme rarement il est possible, joue/ne joue pas sur une corde si raide qu'elle en est invisible, rappelant ainsi ses étonnants personnages de Toi et tes nuages et de La Maison de poupée Ne perdant ni pied ni tête, et dans des moments d'extrême fragilité, où la vulnérabilité ressemble à une fêlure, elle se lève, se relève, comédienne jouant une comédienne jouant à déjouer Aussi simple sur cette scène que dans la vie.Anne-Marie Alonzo OUVREZ L'OEIL UN NOUVEL ÉVÉNEMENT CINÉMATOGRAPHIQUE À MONTRÉAL (514) 522 3141 CINEMA FlMMlS MONTOf AL Du travail et de l'amour Louise Vandelac Diane Bélisle Anne Gauthier Yolande Pinard WÈÊÊ SSEDITOC N saint-mar tin Repas à préparer, linge à laver, chagrins d'enfants à consoler.LA PRODUCTION DOMESTIQUE est un tissage de gestes emmêlés aux sentiments.Activité carrefour de la sexualité, de la maternité et des mille et un gestes qui entretiennent la vie quotidienne.LA PRODUCTION DOMESTIQUE constitue la base et la face cachée de notre système économique et social.«8 EDITIONS SAINT-MARTIN 4073 rue st-hubert montréal h2l 4A7 mars 1985 67 LA VIE EN ROSE Calendrier Cinéma L'art et les femmes Au Musée des Beaux-Arts de Montréal, une série de films sur la vie et l'oeuvre de plusieurs femmes artistes, peintres, sculpteurs artisanes et danseuses Portrait of The Artist as an Old Lady : Parasheva Clark : la pétillante Parasheva Clark, artiste canadienne d'origine russe et sa lutte pour s'imposer en tant qu'artiste: dimanche 3 mars, 13 h 30.Keno-jouah.artiste esquimau à travers l'oeuvre de Kenojouak, les moeurs des artistes du Grand Nord : 3 mars.13 h 30.Pina Bausch Un jour Pina a demandé les chorégraphies novatrices de Pina Bausch et de sa troupe, suivies par Chantai Akerman à travers l'Europe: 3 mars, 15 h et jeudi 4 mars.19 h.Ce monde éphémère Miyuki Tanobe Tanobe, Québécoise d'origine ]aponaise, se sert de techniques orientales pour peindre des scènes du Québec traditionnel: dimanche 10 mars.13 h 30.Quilt in Womens Lives la courtepointe traditionnelle et ses artisanes : et The Artist was a Woman, une présentation de femmes artistes européennes et américaines, de la fin de la Renaissance au début du 20« siècle: 10 mars.15 h.Au Musée des Beaux-Arts de Montréal, 1379.rue Sherbrooke ouest, Mti.2$ la séance.Inf.: 285-1600.Les femmes au Parallèle Au Cinéma Parallèle, à Montréal, toute la programmation de mars est réservée à des films de femmes.La Chevauchée Roze.de Marie Dècary : téléguidée par une visionnaire myope, une cavalerie se lance à l'assaut d'un verger enneigé et s'empare de la dernière récolte de pommes du monde Pour rire, du 1" au 14 mars.19 h 30 Bom in Flames (Les Guerrières), de Lizzie Borden, 1" Prix du Festival international des films de femmes.Sceaux ( 1983) : à New York, dix ans après la révolution socialiste aux États-Unis, la violence menace toujours la vie des femmes.Du 1" au 14 mars.21 h.Les Tatouages de la mémoire, de Helen Doyle : à travers l'errance d'une femme, les traces indélébiles de la souve- La Chevauchée roze nance ; Sarah est tour à tour désert, femme-oiseau, déesse, rythme noir, à la recherche de sa propre vérité.Les 9 et 10 mars au centre Guy-Fa vreau, 19 h et 21 h ; le 11 mars au Parallèle.19 h 30 et 21 h 30.On fait toutes du show business, de Nicole Giguère : la réalité des femmes dans le monde la musique «rock», avec Belga-zou.Chantai Beaupré.Diane Du-fresne.Louise Forestier, Marjolaine Morin.Paule Morin, Blue Oil.Geneviève Paris.Louise Portai.Sylvie Tremblay.Wonder Brass.Nanette Workman.Au Centre Guy-Favreau, les 9 et 10 mars, 19 h et 21 h et au Cinéma Parallèle, le 11 mars à 19 h 30 et 21 h 30.Pour informations : le Cinéma Parallèle.3682.boul.Saint-Laurent Montréal, 843-6001 et le Centre Guy-Favreau, 200, boul.Dorchester ouest.Montréal, 283-7925 ou 283-3225.mars et d'avril dans différentes régions du Québec.Cette joyeuse virée les mènera dans une quinzaine de villes, dont Tracy (5 mars), Drummondville (6 mars), Juliette (7 mars), Mont-Laurier (9 mars).Pour en savoir plus, contactez Michèle Pérusse : (514) 844-2928.jExilio in pectore extranamiento Conçue et réalisée par Alberto Kurapel, une performance conjuguant vidéo, cinéma, diapositive, théâtre, musique électro-acoustique et poésie, afin d'exprimer (en espagnol et en français) la réalité du monde de l'immigrant latino-américain.Le 16 mars à l'Espace Exilio, 645.rue Wellington, local 230 (Métro Square Victoria), à 20 h.Information ou réservation : Yves Langlois.(514) 270-8664.Je faime ben qu'trop Une pièce de Jocelyne Beau-lieu, mise en scène de Geneviève Notebaert.scénographie de Da- , nielle Lévesque.avec Madeleine Aubin-Lemaire.Lily Bilodeau, Denys Contant, Richard Duchar-me, Aline Strogosz.Cinq personnages ont des démêlés avec l'amour, le couple, la violence et la liberté.À Montréal, au 2020.rue de la Visitation, à partir du 6 mars et par la suite disponible sur demande pour les groupes intéressés à la sensibilisation sur la violence familiale.Inf.: Aline Srogosz, 274-9324.Zes Folles Alliées en en tournée Amorcée le 1" mars à Sherbrooke, la tournée des Folles Alliées Enfin Duchesses ! se poursuivra tout au long des mois de nements Mary Meigs La librairie Hermès vous invite à rencontrer Mary Meigs.le 9 mars, de 14 h à 16 h.au 1120.rue Laurjer ouest Montréal, (514) 274-3669 sitions Dazibao.centre d'animation et d'exposition photographique.4060.Saint-Laurent, suite 104: Judith Crawley et Sheila Green-berg (photographie), du 6 au 31 mars.Galerie Aubes, 3935, 3935A.Saint-Denis : Pnina Ga-gnon (dessin) en mars.Galerie d'art la Malvas, 3859, Saint-Dénis : Lucie Duval (peinture), du 10 au 28 mars.Galerie Esperan-za.2144, MacKay : Nancy Pettry (photographie, oeuvres sur toile et sur papier) et Jane Adams (aquarelle), jusqu'au 9 mars.Galerie Interaction.4060, Saint-Laurent : Francine Potvin (paysages portatifs, céramique), à compter du 17 mars.Galerie Noctuelle, 307, Sainte-Catherine ouest, suite 555 : Christiane Lemire, du 2 au 27 mars.Galerie Oboro.3981.Saint-Laurent suite 499, en collaboration avec Galerie SkoL 3981, Saint-Laurent, suite 810 : Exit No 19 (exposition collective en photographie), du 5 au 16 mars.Galerie Optica.3981.Saint-Laurent, suite 501 : June Leaf (sculpture et dessin), du 5 au 23 mars ; conférence de June Leaf («Les mains qui parlent») 10 mars à 14 h ; soirée vidéo avec Eisa Cayo (dates à confirmer).Galerie Powerhouse, 3738.Saint-Dominique, suite 203 : Carol Wainio (peinture) et Danielle Fillion (sculpture-constructions), jusqu'au 9 mars ; encan annuel du 12 au 17 mars ; Joyce Blair et Danielle Sauvé (installations), à compter du 23 mars Galerie Skol.3981.Saint-Laurent suite 810 : Hélène Blouin («Couleurs en Sud», peinture), du 19 au 30 mars.Galerie Treize.3772.Saint-Denis : Francine Simonin (peinture et dessin), à compter du 14 mars.Michel Tétreault Art Contemporain, 4260.Saint-Denis : Lise Landry (éléments-fictions, oeuvres en papier), à compter du 13 mars.Vu.Centre d'animation et de diffusion de la photographie, 44, Garneau.suite 202 : Linda Rutherford (photographie), du 7 au 31 mars.,^^^mmm] Le Deuxième sexe La condition des femmes aujourd'hui.30 ans après Le Deuxième sexe, et à travers le regard de Simone de Beauvoir : une série de quatre émissions de télévision, tournée en France, au Maghreb, aux USA.en Chine et en Inde, et réalisée par Josée Dayan.À Radio-Québec, les jeudis à 20h.du 7 au 28 mars -1 LA VIE EN ROSE 68 mors 1985 Pour souligner nôtre 5e anniversaire, La Vie en Rose a pensé offrir à 5 personnes, 5 cadeaux d'anniversaire! Soyez parmi les 5 chanceuses qui recevront les 5 ouvrages ci-contre.Pour participer au concours, il suffit de vous abonner, de vous réabonner ou d'abonner une amie à LA VIE EN ROSE.Autant de chances de gagner que d'abonnements annuels! Ces livres, d'une valeur approximative de 100 $ sont gracieusement offerts par les Éditions du Seuil et les Éditions du Boréal Express.^ ?Nouvel abonnement ?Réabonnement à partir du numéro_ ^ S__—_1 S NOM DE FAMILLE Le tirage sera effectué dans les bureaux de LA VIE EN ROSE, le 5 avril 1985.à midi, par un représentant des Éditions du Seuil.Les règlements de ce «concours 5e anniversaire» sont atfichés à LA VIE EN ROSE, au 3963, rue St-Denis, Montréal, Qc, H2W2M4.Cette oftre est valable jusqu'au 31 mars 1985.1 an 10 numéros 27% de réduction 2 ans 20 numéros 37% de réduction 3 ans 30 numéros 42% de réduction 19$ 33$ 45$ S EN AMOUR rAVEC EN ROSE?Proté pour tm avec œ supern et co votre p/n (dès mi Offre sffi Poursem 5,95 l (si vous êtei ÏOU f P son ciel ou sa vie?H tion sexuelle, fore 1981 jjanette et les e veulent plus oir ire 1981 elle famille et la [bre 1982 pied, mises au re 1982 ère à l'autre, maternité 83 mes en prison, âTT983 Bouffer, c'est pas d'Ia ne fo'6'iriiflSftait dans sa margar ' re 1983 J'informa-reirassier ibre*f983 rprp,es veulent syndica- \\\\\\\\\\ Je joins mon paiement de: ?6,95 S mon no.d'abonnée est ¦Os ?7,95 $ Frais de poste et de manutention inclus pour chaque reliure demandée ?par chèque ?Visa ?MasterCard \S Nom ^ N° carte Signature Nom_ Expiration _TéL Adresse Ville _ Tél.Code postal _ Ci-inclus un chèque ou mandat-poste au montant de_" 2,50$ par numéro Adresse _ Ville _Code postal _ Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison 1 2 3 4 7 8 10 11 12 13 14 ?16 17 18 19 20 21 22 23 ?V LA VIE EN ROSE, 3963, rue St-Denis, Montréal, Oc H2W 2M4 ^ V LA VIE EN ROSE, 3963, rue St-Denis, Montréal, Qc H2W 2M4 . !?LIBRAIRIES \ CLASSIC fW'Jiuo Québec 825 boulevard st-laurent.place longueuil.longueuil.tel: 677-8341 - 1430 ouest ste-catherine.montreal.quebec.tel 866-8276 - 1 plaza alexis ni h on.westmount.québec.tél.: 933-1806 - galeries d anjou.ville d anjou.quebec.tel: 353-6950 - le carrefour laval boul.le carrefour.laval.québec.tél.: 681-7700 - centre laurier.2700 boul.laurier.ste-foy québec tel 653-8683 les galeries de la capitale.5401 boul.des galeries.quebec.quebec.tel 627-3855-place fleur de lys 550boul hamel québec.québec.tél.: 529-9609-place de saguenay.boul talbot.chicout1mi.quebec.tel.: 543-3882 -les promenades d'ouiaoua1s.1100 boul.maloney.gat1neau.québec.tél.: 561-1319 - centre place vertu.3205 boul côte vertu ville st-laurent, québec.tél.: 335-2971 - les galeries de granby.40 rue evangeline.granby.quebec.tel 378-6547 - centre les rivières.4125 boul.des forges.troisrivières.québec.tél.: 378-8708.«Adieu Volodia» Simone Signoret Éd.Fayard «La cité des sortilèges» Han Suyin Éd.Québec-Livres «Détresse et enchantement» Autobiographie de Gabrielle Roy _ Éd.Boréal Express -1^*5"$" Offre valable jusqu'au 31 mars 85 its-tes De plus, n'oubliez pas que nos gérant, démarquent 5 best-sellers de leur choix à tous les quinze ]ouis. L autre À$À Radio télévision Québec Le jeudi 7 mars à 20h Avec Simone de Beauvoir.Première d'une série de 4 émissions qui témoignent de 30 ans de féminisme.
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