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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1985, Collections de BAnQ.

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Le magazine féministe d'actualité Fera-t-il plus beau dans le métro Ce qu'il faut lire est en ÉDITORIAL Rapport Fraser Cachez cette putain.Lise Moisan Courrier Communiqués Commentaire Les Centres de femmes oublies?Lyse Brunet Chronique délinquante 13 Y a-t-il un misérable mouton dans la salle?Hélène Pedneault ACTUALITÉ FÉMINISTE Le Centre de santé des femmes de Montréal 14 Politique familiale: beaucoup de propositions.16 Article 15: enfin r égalité?17 Harcèlement sexuel: du côte des filles 19 INTERNATIONAL Salvador Les 300 jours de Quarte Caroline Jarry Allemagne «Ich liebe Deustchland» mais.Nathalie Watteyne Fiction Bas, bobettes et borborygme* Sylvie Moisan SOMMAIRE 22_ ENTREVUE Louise Roy Fera-t-il plus beau dans le métro?Francine Pelletier 28_ ACTUALITÉ Thérapie féministe Loin de Freud et des autres Denyse Monté 32_ LOISIRS Paris est une fête Diane Tremblay in 85 JOURNAL INTIME ET POLITIQUE 42 25 juin 1978 LITTÉRATURE 44 Bandes dessinées Elles dessinent par la bande Sylvie Laplante Cinéma H et ma Sanders-Brahms «L'espoir, c'est après le cinéma» Diane Poitras 48 I LuG r ; n Théâtre 51 Thérèse d'Avila parmi nous Hélène Pedneault ARTS Quitter la marge 52 Christine Ross Use Landry Un art qui en dit long 53 Rose-Mane Arbour Flashes 54 Livres, cinema, spectacles Calendrier juin 1985 LA VIE EN ROSE ¦^Editorial Rapp Cachez cette putain Discrétion, contrôle, réglementation: ainsi s'annonce l'avenir de la prostitution, selon John Crosbie, ministre fédéral de la Justice.Pourtant, il y avait beaucoup mieux dans les 105 recommandations du très attendu rapport Fraser.par Lise Moisan Le 22 avril, le Comité spécial d'étude de la pornographie et de la prostitution (Comité Fraser), déposait son rapport aux Communes.Après deux ans de travaux, incluant une tournée dans 22 villes canadiennes, le Comité se dit soucieux de sauvegarder la sécurité et les droits fondamentaux des personnes adultes qui se prostituent, mais aussi de combattre la criminalité qui entoure cette activité et l'atteinte à l'ordre public que constitue la prostitution dans la rue.Inspiré par le féminisme, le Comité Fraser reconnaît par exemple le rôle déterminant de la violence faite aux femmes et aux enfants, comme facteur prédisposant à la prostitution.Il cite une étude récente1, qui révèle que 60% des prostituées ont été sexuellement agressées au cours de leur enfance par leur père, ayant eu recours à la force dans 80 % des cas.Le Comité analyse un autre élément important : la situation économiquement faible des femmes.Il recommande donc au gouvernement «d'intensifier son engagement moral et financier à éliminer les inégalités économiques et sociales entre les sexes et la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle2».Comble de féminisme, le Comité va jusqu'à affirmer que «le droit pénal est particulièrement sexiste3».Mais à part un discours «sensible» et cinq recommandations sur des mesures socio-économiques, aussi pieuses que vagues, les propositions concrètes - les vraies, finalement - sont toutes de nature juridique, visant à ce que «la prostitution s'exerce en privé, plutôt qu'en public.» Estimant que la prostitution des femmes est «une fatalité», un «problème social» que l'on «accepte bien à regrets», le Comité pense qu'il faut prendre des mesures pour qu'elle s'exerce plus discrètement, quitte à encourager les putains à mieux gérer leur entreprise.Il recommande donc que «les actes sexuels contre rétribution» ne soient plus jugés criminels.à condition que l'offre et la demande ne se fassent plus sur la voie publique.Clients LA VIE EN ROSE 4 juin 1985 et prostituées seront dans ce cas passibles d'amendes de l'ordre de 1 000 $4.Le Rapport Fraser était à peine déposé, qu'avec l'empressement et l'alacrité d'un homme d'action, le ministre de la Justice, John Crosbie.reprenait textuellement cette seule recommandation pour en faire un projet de loi.Sur les 105 recommandations du rapport.49 portent sur la pornographie, 40 sur la prostitution des enfants, 16 sur celle des adultes : celles-là peuvent attendre.Celles qui concernent les établissements de prostitution, la prostitution à domicile et le proxénétisme sont reportées pour un débat aux Communes, à l'automne.Quant aux autres, visant une criminalisation et une réglementation plus étendue de la pornographie et de la prostitution des mineur-e-s.on ne sait pas.Le plus urgent, pour le ministre, est de rendre invisible «ce fléau des grandes villes», la prostitution de rue.Une industrie bien tranquille Mais les prostituées ne se volatiseront pas.Les clients ne seront pas de sitôt privés de leurs services 1 Car le Comité recommande de permettre la pratique de la prostitution à domicile.Voilà la brèche juridique permettant une issue à la prostituée de rue.à condition qu'elle soit majeure, qu'elle n'ait pas plus qu'une «collègue» (pour éviter les «nids de prostitution»), et qu'elle «opère» dans sa propre résidence privée.D'après le Comité, cette solution permettrait aux prostituées de s'occuper de leurs enfants, et de développer «une petite industrie à domicile» qu'elles seraient les seules à gérer et contrôler5.Mais il reconnaît par ailleurs que «ce type d'activité risque de passer sous le contrôle d'exploiteurs.» En effet, plusieurs intervenant-e-s auprès des prostituées affirment que leur visibilité constitue une protection Selon un travailleur social qui connaît bien le milieu, «les filles sur la Main se protègent les unes les autres, non seulement des clients dangereux, mais surtout des gars des réseaux : les plus anciennes préviennent les nouvelles arrivées.Car il ne faut pas oublier que Montréal est la plaque tournante d'un trafic dont l'itinéraire est l'Amérique du Sud, l'Asie.l'Afrique du Nord et les fameux chantiers de travailleurs nord-africains de Grenoble».Oui, faire disparaître de vue les femmes, c'est en faire des proies plus faciles, plus vulnérables à la violence et aux réseaux de «traite des blanches» - nationaux ou internationaux.Le Comité s'appuie plutôt sur l'exemple de la Hollande et du Danemark, où existe un système de prostitution à domicile privé qui ne semble pas avoir entraîné d'augmentation significative d'exploitation ou de victimisation.Et le Rapport Fraser ne semble pas croire que les villes canadiennes puissent être des points de départ de la traite internationale des femmes Quelles que soient les divergences d'opinion à ce sujet et le respect des personnes qu'il affiche, le Comité semble prêt à prendre ces risques.Quant aux prostituées, elles n'auront vraisemblablement plus le choix.Au -delà des préoccupations humanistes, les mots d'ordre sont clairs : discrétion des prostituées, réglementation, contrôle.Avec ce «régime mixte de décriminali-sation et de criminalisation» le Comité ne met pas fin au contrôle judiciaire : il en transfère la responsabilité aux provinces, qui pourraient émettre des permis aux établissements de prostitution conformes à une éventuelle réglementation provinciale.«Si nous souhaitons que la prostitution se déplace, c'est-à-dire qu'elle quitte la rue pour s'installer dans des lieux plus discrets, pourquoi ne pas soustraire à l'action du droit pénal les agences d'escorte et la prostitution résidentielle, étant donné que ces activités s'exercent en privé ?Si l'on parvient à adopter un système de réglementation efficace, on peut espérer que de tels établissements seront gérés en veillant à la sécurité et au bien-être des prostituées et des clients et de manière à garantir la tranquillité des voisins6.» Les deux faces du marchandage Les débats du Comité sur les diverses préoccupations et stratégies juridiques sont sans doute passionnants et soulèvent plusieurs questions stimulantes qui feront la joie des éditorialistes et analystes de toutes tendances.D'autant plus que le gouvernement du Québec et les municipalités sont invités à s'y impliquer de façon toute nouvelle.Mais cet exercice qui consiste à entrer dans la logique juridique, en suivre les méandres, se laisser séduire par certaines prouesses de raisonnement et par l'art du compromis pragmatique, me laisse, quant à moi.sur un sentiment de malaise bien familier Malaise éprouvé chaque fois que je me trouve sur le terrain de l'autre, pataugeant dans une logique qui n'est pas la mienne, m'éloignant de mes raisons et de mes besoins, en tant que femme, lesbienne et féministe.Si nous ne nous laissons pas obnubiler par ces arguments - aussi judicieux et bien intentionnés soient-ils - leur message fondamental nous saute aux yeux : 1) la prostitution des femmes est là pour rester 2) il faut la contrôler À force de fonder tous les arguments, ce «constat» s'affirme comme une loi inéluctable dans la vie de toutes les femmes.C'est ici que nous devons revenir à nous-mêmes, reprendre conscience, comme après un évanouissement.Pour nous, féministes, la prostitution est une question douloureuse, mais surtout une question piégée.Il n'est pas surprenant qu'aucun groupe de femmes ne se soit prononcé sur la prostitution lors des auditions du Comité Fraser au Québec, alors que.face à la pornographie, les féministes québécoises et canadiennes ont submergé le Comité de mémoires débordant d'exigences fermes et claires.Pourtant le mot pornographie vient des mots grecs porné prostituée et graphein écriture.C'est justement cette représentation de la femme-putain-qui-s'ignore.leitmotiv de la porno, que nous refusons.Il faut croire qu'il est plus facile de réagir lorsqu'elle se fait sur papier glacé ou sur celluloïd, que de s'élever contre le fait que de vraies femmes, en chair et en os.deviennent des putains, ou qu'à chaque instant chaque femme puisse le devenir, ne serait-ce qu'aux yeux d'un homme, ne serait-ce que le temps d'une injure dans la rue, le temps d'un harcèlement soutenu, ou parfois, le temps d'un mariage.il ne faut pas se laisser paralyser par des arguments spécieux, comme celui d'un prétendu libre choix des femmes à se vendre Sans nier que certaines essayent de jouer gagnantes dans le marchandage de leurs services sexuels, nous ne pouvons accepter le système qui commande ce marchandage.Nous ne pouvons pas.non plus, défendre l'ensemble des prostituées en tant que groupe opprimé sans nous interroger sur l'effet produit par la prostitution sur toutes les femmes.Dans toutes les sociétés et les cultures patriarcales, l'accès sexuel aux femmes est un privilège masculin, réglementé par des lois religieuses et civiles, codifiées ou relevant des coutumes.Médaille à deux faces : la légale et l'illicite.Mais ce ne sont pas les femmes qui contrôlent les règles de ce jeu.Tout ce qu'elles peuvent faire, c'est d'essayer d'être et de rester du «bon» côté de la médaille.L'effort n'est pas toujours récompensé ^ 1/ Étude récente faite à partir des biographies détaillées de 200 prostituées en Saskatchewan 21 Rapport du Comité spécial delude de la pornographie et de la prostitution, vol II.p.380.3/ Ibid, p 565 4/ Ibid.p.569.5/ «Seront jugés coupables d'une infraction punissable sur déclaration sommaire de culpabilité et passibles d'une amende maximum de 1 000 $.si.dans le but d'offrir de se livrer, ou d'employer les services d'une personne se livrant à la prostitution, quiconque stationne, s'arrête, se promène ou traverse en voiture un endroit public, i) fait signe à des piétons, les arrête ou tente de les arrêter ou tente de lier conversation avec eux.ii) arrête ou tente d'arrêter un véhicule automobile, iii) gêne la libre circulation des piétons ou des automobiles.» etc.Ibid, p 578 6/ Ibid.p.590.juin 1985 5 LA VIE EN ROSE femmes Thérapie individuelle et de groupe 4581 Fabre H2J 3V7 Métro Mont-Royal 524-3289 psychologue DENISE NOËL PSYCHANALYSTE Tél.bur.: 274-8097 jVùxUe &lee On ose à peine y réfléchir.Une mineure sur quatre est forcée à l'inceste dans le secret de son foyer3, mais à l'école 7 À l'hiver 1984.la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ) effectuait un premier sondage scientifique sur le sujet, auprès de 2 000 élèves québécoises du secondaire et de la fin du primaire.Les résultats en étaient atterrants : la grande majorité des préadolescentes et adolescentes vivent dans un contexte de harcèlement et d'agression sexuels qui s amplifie à mesure qu'elles vieillissent, et dans un climat de peur4.De 10 à 14 ans À 10 ans.elles se tiennent surtout entre filles.Et puis, elles commencent à regarder les garçons et à partager leurs jeux.Elles aiment agacer les garçons de leur âge, leur voler des becs et s'en faire voler.Mais elles apprécient moins les contacts physiques : coups de poing et jambettes, se faire tirer les cheveux, se faire jeter par terre, etc.Alors elles ne se laissent pas faire : elles frappent et engueulent les garçons.Mais il y a pire que les jambettes.Déjà à cet âge.la moitié d'entre elles ont subi des remarques sur leurs seins ou leurs fesses, se sont fait tapocher les fesses ou soulever la jupe.Et le tiers s'est fait «pogner» les seins, par des garçons du même âge ou plus vieux qu'elles.Où ?Dans la classe, les corridors et la cour de l'école, tout autant qu'en dehors de ses murs.70 % des filles disent même s'être fait achaler par une gang de gars et 16 %.attaquer.On leur a demandé si elles avaient rencontré des exhibitionnistes, si on les avait caressées de force.Aux deux questions.28 % de ces préadolescentes ont répondu oui.Par qui ?Par des adolescents de leur âge ou presque.À l'école dans le tiers des cas, mais le plus souvent ailleurs.Plus précisément, avaient-elles déjà été «attaquées avec violence pour se servir de leur corps et de leur sexe» 7 Des 1 088 fillettes interrogées, 91 ont dit oui et 81 ont avoué avoir vécu des tentatives de viol.Réussies ou non ?La question n'a pas été posée crûment aux filles de cet âge.Certaines de ces agressions avaient eu lieu dans le cadre scolaire : corridors, toilettes, cour de l'école, autobus, mais 65 % de ces attaques violentes et 80 % des tentatives de viol s'étaient produites à l'extérieur de l'école.Plus le harcèlement devient violent, plus il est le fait d'hommes adultes (le quart des agressions violentes, la moitié des tentatives de viol).Il demeure que la majorité de toutes ces agressions sexuelles sont commises par des jeunes, et c'est troublant juin 1985 19 LA VIE EN ROSE À mesure qu'elles vieillissent, de 10 à 14 ans, les fillettes ont moins de menaces, de coups de poing, de jambettes.de poussées et de «levers de jupe».Par contre, c'est la fréquence du harcèlement sexuel qui augmente, parallèlement à leurs relations avec les garçons.Comment y réagissent-elles 7 Par l'indifférence, la colère, la gêne, la honte : «Ça ne m'a rien fait, ça m'a fâchée, ça m'a écoeurée, ça m'a gênée, ça m'a humiliée.» Concrètement, ou elles ne font rien, ou elles engueulent l'achalant ou.dans moins d'un tiers des cas, elles le frappent.En général, plus l'agression est violente et plus elles cherchent à se sauver, plus elles ont peur, plus elles sont paralysées.Et elles ont souvent peur : peur de se faire achaler par les garçons (plus de 50 %).peur de se faire blesser par eux et peur des plus vieux (plus de 66 %).peur des groupes de garçons et de se promener seules le soir (75 %).Quand on demande aux fillettes ce qui motive les garçons à les agacer, elles donnent quatre raisons : parce qu'ils aiment les filles et veulent en être remarqués mais aussi parce qu'ils aiment agacer et pour montrer aux filles qu'ils sont les plus forts.Les collégiennes En août 1984, le Département de recherche, enquête et sondage du collège Rosemont effectuait aussi un sondage scientifique auprès de 1 572 étudiantes des cégeps francophones et anglophones du Québec.Selon les résultats de cette enquête, il existe dans les cégeps un harcèlement sexiste et sexuel comparable à celui des écoles primaires et polyvalentes, à quelques différences près.Les collégiennes sont agressées sexuellement sur l'emplacement du collège davantage (57,4 %) que les fillettes et les adolescentes le sont à l'école (33 %).et les parcs de stationnement semblent les endroits les plus dangereux pour elles.Ceci tend à démontrer qu'à mesure que filles et garçons vieillissent, ceux-ci se sentent de plus en plus sûrs de détenir un droit sur le corps des femmes et de l'imposer par la force, dans des lieux familiers.Actualité Féministe «Ces deux ordres de raisons, note le rapport, illustrent les deux pôles de la relation qui se développe entre filles et garçons à l'âge de la puberté : l'attirance mutuelle et la hiérarchie du pouvoir.Les filles perçoivent que les garçons sont attirés par elles et veulent établir des relations affectives et sexuelles, mais dans un contexte où c'est le garçon qui domine, où c'est lui le plus fort.» D'ailleurs, cette force physique peut-être supérieure des garçons, les filles l'admettent, même si elles ne les trouvent pas plus intelligents qu'elles.De 15 à 17 ans Dans l'enquête menée auprès des 866 étudiantes de niveau secondaire, ce qui étonne le plus, c'est l'ampleur et la quotidienneté, à l'école, du harcèlement sexuel (ou sexiste).Tous les jours, les adolescentes affrontent en classe, dans les corridors, les vestiaires, le gymnase, à la cafétéria ou à l'arrêt d'autobus, un véritable barrage de remarques négatives sur leur physique, de blagues à caractère sexuel et de comportements sexistes.C'est en classe, affirment-elles, qu'elles subissent le plus de ces remarques et comportements de la part des étudiants mais aussi, à 43 %.des professeurs ! Cela indique que ceux-ci, hommes et même femmes, ont des comportements sexistes, les tolèrent et interviennent peu pour les interrompre.Qu'est-ce que ces étudiantes veulent dire par harcèlement sexuel 7 De 77 à 92 % d'entre elles définissent ainsi les attouchements non désirés ; les confrontations à un voyeur ou à un exhibitionniste ; les propositions sexuelles non désirées, avec promesse de récompense ou avec menaces en cas de refus ; les assauts sexuels et le viol.Pour la moitié, se faire montrer des images pornographiques en est une autre forme.Sont-elles si nombreuses à avoir vécu ces types de harcèlement 7 Presque toutes ont connu des attouchements, frôlements, pincements, baisers non désirés.À près d'une adolescente sur deux, on avait montré des images pornographiques ou fait des propositions sexuelles.La violence sexuelle n'était pas absente non plus : deux filles sur dix avaient reçu des propositions avec menaces ou subi des assauts sexuels et 3,4 % avouaient avoir vécu un viol.Les étudiants sont les premiers auteurs de ces actes de harcèlement ou d'agression mais, dans plus de 10% des cas, les adolescentes nomment aussi les professeurs, les professionnels, les directeurs d'école et les employés de soutien.Bien que les menaces et les assauts aient lieu le plus souvent à l'extérieur de l'école.Les agresseurs et harceleurs sont-ils forcément des inconnus 7 Les adolescen- tes interrogées affirment que non, que ce sont deux fois plus souvent des gens qu'elles connaissent ou des amis que des inconnus.Sont-elles davantage harcelées et agressées à l'école que dans la rue, dans les endroits publics ou à la maison 7 Plus en dehors de l'école, répondent les deux tiers, autant à l'école qu'ailleurs, dit l'autre tiers.Mais quels sentiments ces expériences inspirent-elles aux adolescentes 7 D'abord la volonté de se faire respecter Quelques-unes se sont senties «valorisées», mais la plupart ont eu des suites plus négatives : stress, perte de confiance en soi, difficulté à se concentrer, perte d'intérêt pour les études, culpabilité, peur de sortir le soir, etc.Elles sont unanimes, ces jeunes : le harcèlement est un problème grave.Après l'avoir vécu, elles en discutent d'abord avec des ami-e-s, ensuite avec leurs parents Rarement à leurs professeurs ou aux membres de la direction.Certaines remettent les harceleurs à leur place ou prennent des cours d'auto-défense.Quels mécanismes anti-harcèlement aimeraient-elles voir en place7 Leurs réponses là-dessus n'ont pas été analysées.Mais l'an dernier, dans une enquête similaire, des étudiantes de niveau collégial recommandaient la diffusion dans leurs cégeps d'une information non sexiste sur le sujet, le renforcement des mesures de sécurité, l'instauration d'un système de recours et la punition, par mise à pied ou expulsion, des agresseurs, professeurs ou étudiants.La méthodologie On pourra toujours contester de telles affirmations des jeunes : «Ce n'est qu'un sondage».«C'est exagérer la réalité !» Quelques médias ont même remis en question la méthodologie utilisée par la CEQ.Pourtant, la majorité des sondages scientifiques, qu'ils portent sur les intentions de vote des citoyen-ne-s ou sur des réalités sociales, sont réalisés par des méthodes similaires, avec des échantillons d'environ 1 000 répondant-e-s.Et souvent par téléphone.Or, «les fillettes et les adolescentes ont participé à notre enquête par écrit, dans des conditions rigoureuses d'anonymat et de confidentialité», affirme Rosette Côté, du Comité de la condition féminine de la CEQ.«Nous les avons isolées et, pour nous assurer qu'elles ne subissent aucune influence extérieure, nous avons donné comme consigne aux surveillant-e-s de ne même pas leur donner d'explications si elles ne comprenaient pas le questionnaire.» Philippe Ricard, sociologue et coor-donnateur du Département de recherche, enquête et sondage du collège Rosemont, LA VIE EN ROSE 20 juin 1985 a dirigé ce sondage.Selon lui, le questionnaire évitait d'imposer une définition du harcèlement sexuel aux répondantes ; on leur présentait plutôt différentes situations et on leur demandait de les qualifier elles-mêmes.Dans l'analyse des réponses, on n'a considéré une situation comme du harcèlement que si l'étudiante l'avait vécue et définie comme telle.Et surtout, surtout, pourquoi ces quelque 2 000 fillettes et adolescentes, seules devant leur questionnaire, auraient-elles menti davantage que des adultes confron-té-e-s aux mêmes questions 7 Pourquoi auraient-elles fabulé sur un sujet pareil.La cuisinière brûle Combien de travailleuses ont le courage de poursuivre pour harcèlement sexuel7 Auprès de quelles instances le font-elles7 La direction de l'entreprise, le syndicat, si syndicat il y a.la Commission québécoise des droits de la personne, les cours civiles.Quelques histoires ont fait les manchettes : celle d'Elisabeth Moorseck, qui poursuit General Motors et un de ses contremaîtres depuis deux ans ; celle des six employées de Sidbec-Normines à Port-Cartier, (bou-letage de minerai, à 51 % propriété de l'État québécois ').qui attendent toujours une décision de la CDP.trois ans après le dépôt de leur plainte collective.Car les délais sont souvent longs et les décisions boiteuses.Que se passera-1-il maintenant avec le cas de Linda Smith 7 Le 22 mai 1984, Linda Smith, 22 ans, diplômée de l'Institut d'hôtellerie du Québec, est embauchée comme cuisinière dans un hôpital de Montréal Elle est la première femme à ce poste et dès les journées d'entraînement préliminaire, elle se sent de trop : «C'est pas la place d'une femme ici», «Avec le body que t'as, tu pourrais te faire plus d'argent ailleurs.» Un mois plus tard, elle est officiellement appelée au travail.Les travailleurs des cuisines l'accueillent très froidement.Vers midi, le chef d'équipe lui propose d'aller dîner avec lui, afin de «parler de son travail», comme il le fait toujours avec les nouveaux, question de les aider 1 Elle accepte.Une fois dans l'auto, cet homme de 34 ans, apparemment son BOUQUINEZ À L'AISE À LE kGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 en aussi grand nombre 7 Qu'est-ce qui nous empêcherait de les croire, sinon l'horreur de la situation qu'elles décrivent 7 f^f Colette Beauchamp est.de longue date, féministe et journaliste 1/ Voir «Les dessous du 9 à 5».questionnaire sur le harcèlement sexuel publié dans La Vie en rose de décembre 1981.résultats parus en septembre 1983 : 64 % des 2 465 répondantes y disaient avoir été harcelées sexuellement au travail.2/ Voir Madame au foyer, juin 1983, et La Gazette des femmes, janvier-février 1985 Plusieurs sondages scientifiques ont été réalisés supérieur immédiat, se jette sur elle Elle se débat et.sous l'impulsion du moment, le menace de s'en prendre à ses trois enfants (!) : cela fait peur à ce bon père de famille, il cesse.Mais elle ne pourra rien contre lui, lui affirme-t-il, il n'a fait que s'essayer, il ne l'a pas violée vraiment.Elle retourne donc au travail avec lui.craintive.Elle est nouvelle, en probation, une femme dans un métier non traditionnel ; elle se sent très seule et perdue.Doit-elle ou non raconter cette histoire à quelqu'un ?En se taisant, elle risque que cet homme, frustré de son échec, fasse tout en son pouvoir pour la faire partir, en lui rédigeant de mauvais rapports par exemple.D'un autre côté, en le disant, elle risque d'être congédiée par les patrons, sous prétexte qu'une femme parmi 15 gars, c'est vraiment trop de troubles.Indécise, elle avise sa vraie patronne.«Je ne suis pas surprise, même à moi il a déjà fait des avances», répond celle-ci sans agir davantage.Après quelques semaines, il n'est plus le seul à la harceler, les autres se sont mis de la partie Elle a droit à toute la panoplie des paroles obscènes et blessantes, aux ragots et farces plattes.On ne l'aide aucunement ; au contraire, on lui nuit en sabotant son ouvrage On la menace, on la blesse «accidentellement», par exemple en lui ébouillantant la main.Le stTess.la peur, l'humiliation deviennent insupportables.En septembre, Linda en parle enfin au comité de condition féminine de son syndicat, affilié à la CSN.On organise une rencontre avec le harceleur.d'abord en présence de femmes qui travaillent occasionnellement avec les cuisiniers.Il continue de nier, de refuser toutes excuses publiques.Mais ce soir-là, Linda, tellement à bout qu'elle est prête à lâcher, reçoit encouragement et compréhension.Elle apprend que si elle est la première à en parler, elle n'est pas la seule à avoir été harcelée par lui et d'autres.Elle contacte alors le Groupe d'aide et d'information sur le harcèlement sexuel au travail1.Avec leur aide, elle décide, fin février, de porter plainte devant la Commission des droits de la personne du depuis trois ans dans des institutions d'enseignement : Université Laval.Université de Sherbrooke, cégeps de Rosemont, Sainte-Foy.Saint-Jérôme.Saint-Jean-sur-le-Richelieu.Le plus récent, du collège Rosemont, interrogeait des étudiantes de l'ensemble des cégeps québécois (voir encart).3/ Rapport Badgley.rapport du comité fédéral sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes, août 1984 4/ Une première enquête a été menée auprès de 866 élèves francophones des 3e.4e et 5* années du secondaire des différentes régions du Québec, des adolescentes de 15, 16 et 17 ans La seconde a rejoint 1 088 filles de 10 à 14 ans.des élèves des S' et 6' années du primaire et des 1" et 2' années du secondaire Québec, appuyées de trois autres travailleuses de l'hôpital, aussi victimes de harcèlement et prêtes à en témoigner.Même si la direction de l'hôpital, informée, a refusé d'intervenir, Linda poursuit le harceleur et non l'hôpital.Elle veut des excuses publiques et peut-être, non pas son renvoi, mais des mesures disciplinaires à son endroit.En mai 1985, Linda travaille toujours aux cuisines.Elle perdrait trop en partant : une job pour laquelle elle est formée, qu'elle aime bien, et elle a un bon salaire (13 $ de l'heure).Alors, elle en subit les contrecoups : son harceleur la laisse désormais tranquille mais ses copains ont pris la relève.On l'enferme dans les vestiaires obscurs pour l'effrayer, on lui promet de lui casser les deux jambes, etc.Mais elle est soutenue par les autres travailleuses de l'hôpital et cela fait toute la différence.Linda est même allée parler aux travailleuses de GM, demeurées silencieuses (terrifiées par les menaces des gars) tout au long de l'affaire Elisabeth Moorseck, pour les convaincre de la nécessité de cette solidarité contre le harcèlement.Pour que la peur et l'intimidation cessent.Pour Linda, exception faite des «waitress».secrétaires, etc., quotidiennement achalées, les femmes exerçant des métiers non traditionnels sont davantage harcelées que d'autres travailleuses : «Nous sommes de plus en plus nombreuses et les gars ne veulent pas nous voir là.c'est clair, alors ils réagissent comme ça.» Trois mois après sa plainte, Linda attend toujours des nouvelles de la Commission des droits de la personne.Et si jamais elle perd, sa réponse est prête : «La prochaine fille, elle, va gagner !» _L.S./F.G.1/ Issu de Au bas de / échelle Le Groupe daide et ^information sur le harcèlement sexuel au travail situé au 770.rue Rachel est.à Montréal H2J 2HS .intervient de plusieurs façons : information légale, préparation et suivi des dossiers, assistance morale et technique, personnes ressources.Yvonne Séguin, la semaine de 10 h à 17 h : (514) 526-0789 juin 1985 21 LA VIE EN ROSE Entrevue Louise Roy Fera-t-il plus beau dans le métro?par Francine Pelletier Le 20 mars dernier, le ministre des Transports du Québec, Guy Tardif, nommait Mme Louise Roy, alors directrice des Études et de la Planification au même ministère, à la tête de la Commission de transport de la Communauté urbaine de Montréal (CTCUM).Il y avait là de quoi en étonner plusieurs.Non seulement Louise Roy est une femme, de 37 ans seulement, sociologue urbaine de profession, mais elle est aussi célibataire, sans enfants et féministe! Plutôt inusité, comme description de p.d.g.De plus, elle vient du milieu gouvernemental qui n'a pas souvent eu les mêmes idées que la Communauté urbaine de Montréal (CUM) en ce qui concerne le transport en commun.Mais le défi ne s'arrête pas là: nommée pour une période de deux ans, Louise Roy doit assurer la passation des pouvoirs.Car à l'instar des autres commissions de transport au Québec, la CTCUM est en train de devenir beaucoup plus «démocratique»: l'autorité, concentrée entre les mains du ou de la président-e (jusqu'à présent nomme-e par le gouvernement), passera à un conseil d'administration composé de neuf membres, majoritairement élus, dont le président du comité exécutif de la CUM, trois conseillers municipaux de Montréal, trois de la banlieue, et deux citoyen-ne-s.Nous avons rencontré Louise Roy dans les bureaux capitonnés de la CTCUM, quelques jours après l'adoption de ce projet de restructuration et trois semaines seulement après sa nomination.La nouvelle présidente paraissait étonnamment calme, pour une femme qui a tant à faire.Calme, ouverte et terriblement sincère.C'est une femme «en pleine possession de tous ses moyens», qu'il serait difficile de ne pas aimer, comme en témoigne à peu près tout ce qui a été dit sur elle.Et puis, c'est vrai, elle insiste pour lire son courrier, rencontrer des groupes de citoyen-ne-s et ses propres employé-e-s, visiter les différentes stations de métro, métro qu'elle continue à utiliser, d'ailleurs-quoiqu'elle trouve sa nouvelle limousine bien pratique, après les longues journées de travail.juin 1985 23 LA VIE EN ROSE Entrevue ¦'r't J'ai pensé qu'une femme à la tête de la CTCUM serait une chose extraordinaire pour les femmes en général.La Vie en rose : Avez -vous été aussi surprise que nous d'apprendre qu'on vous voulait à la tète de la CTCUM ?Louise Roy : Très surprise.Je savais qu'on cherchait des candidats, on m'avait même demandé si j'avais des suggestions.J'en avais : tous des hommes de 45-50 ans.en complet gris.le modèle type Et puis, on m'annonça qu'on voulait quelqu'un de jeune, une femme, qui pourrait apporter un regard neuf sur la question du transport.Moi.À prime abord, je trouvais moi-même l'idée assez extravagante.D'abord, le contexte politique, tant au niveau provincial que municipal, sera bientôt instable ; ensuite, la CTCUM comme telle est en pleine période de transition, et porte toujours les blessures d'une longue série de conflits de travail.Finalement, tous mes prédécesseurs sont issus du milieu politique local, de l'interne Personne n'avait encore accédé à ce poste de l'extérieur.Il y avait donc plusieurs facteurs à considérer.Puis, je me suis dit : une telle occasion ne surviendra pas deux fois dans ma vie.Et j'ai pensé à tous ces ministres, qui le deviennent du jour au lendemain, et qui ne connaissent pas encore leurs dossiers.Alors que moi.je connais bien le transport en commun, j'y travaille depuis plusieurs années déjà.Ce que je ne connais pas.c'est la boîte proprement dite, une grosse entreprise de 8 000 employé-e-s et un budget de 600 millions de dollars par année Finalement, j'ai pensé qu'une femme à la tête de la CTCUM serait une chose extraordinaire pour les femmes en général.C'est un aspect qui a compté dans ma décision.LVR : Mais comment se fait-il que votre nomination, exceptionnelle à plus d'un égard, semble avoir fait l'unanimité ?Applaudie tant par le syndicat des employés de la CTCUM que par les femmes et les médias 'Même Pierre Desmarais Hsèst senti obligé de dire quelques bons mots.LR : Je reçois en effet beaucoup de lettres, les gens me félicitent, me disent : avec vous, ça va changer.Je n'ai encore rien fait, mais on donne la chance à la coureuse.L'image de la CTCUM était devenue tellement négative qu'un changement de direction ne pouvait que signifier une amélioration, je crois.Mais j'ai aussi l'impression qu'on me fait confiance parce que j'arrive avec un regard neuf, parce que je suis une femme aussi, plus sensible aux besoins des usagèr-e-s, aux relations de travail.Et puis, personne n'a eu le temps même de penser si on me voulait là ou non.Ce fut une trop grande surprise.LVR : Mais qu avez-vous pensé de l'article de Michael Farber dans la Gazette disant «-Neuf jours après la nomination de Louise Roy.il n'y a toujours pas de rideaux aux fenêtres du métro ou de macramé sur le mur'», et celui de Jean-Guy Dubuc de La Presse vous incitant, ni plus ni moins, à redresser les torts du pouvoir masculin.N'est-ce pas.de part et d'autre, condescendant 7 LR : J'ai trouvé la lettre de Jean-Guy Dubuc plutôt sympathique, parce qu'au fond elle me disait : il y a beaucoup d'attentes à votre sujet, vous avez des idées et vous ne devez rien à personne.Alors allez-y.C'est ce que je pense aussi.L'autre article, je l'ai lu.J'ai trouvé ça un peu tortueux comme raisonnement.Je n'ai pas très bien compris, en fait.Mais comme je ne suis pas un homme politique qui.tous les jours, va découper ce que les journaux disent de lui, je crois que je n'ai pas tellement à m'en soucier.Il y aura sûrement des bêtises à un moment donné.Il faudra que je garde mon intégrité à travers tout ça.LVR : Revenons aux attentes du public S'il y en a tant, c'est qu'il y a énormément d insatisfactions Pourtant, toutes vos interventions, /usqu à maintenant, affirment votre concordance de vues avec le nouveau plan directeur de la CTCUM.mis au point par Lawrence Hannigan qui était loin davoir des idées progressistes Comment se fait-il que vous vous sentiez si bien à la CTCUM ?LR : Je ne me sens nullement en contradiction avec la CTCUM parce que.premièrement, le mandat est clair : il y a un réseau à faire fonctionner et il ne faut pas que ça coûte trop cher Ensuite, le fameux plan directeur pour les années 84-86, malheureusement inconnu du public, fait vraiment un virage vers la clientèle.D'abord, on veut améliorer le service à la clientèle en mettant sur pied un système d'information, une campagne de publicité, un traitement des plaintes Ensuite, on veut maintenir et améliorer la qualité du réseau de transport, d'autant plus qu'il a maintenant vingt ans et que sa détérioration est imminente.Enfin, on doit assainir les relations de travail pour les raisons que l'on sait.Ce sont les trois éléments clés sur lesquels je veux travailler.Mais l'essentiel dans tout ça.c'est une meilleure communication entre toutes les parties concernées.D'abord à l'intérieur de l'entreprise, il faut vraiment que la direction se rapproche des employé-e-s, aille voir les gens où ils travaillent, recueille leurs suggestions, car ils en ont, j'en suis sûre, voie comment ça se passe.Il faut aussi se rapprocher des usagèr-e-s.Déjà, les rapports avec les médias sont meilleurs depuis un an, grâce à un service de relations publiques.Je veux faire passer une autre image de la CTCUM où prime la qualité du travail, des services, du personnel.D'ailleurs, quand tu compares la CTCUM à d'autres commissions de transport partout en Amérique du Nord, elle s'avère très performante, par rapport au nombre de passagers transportés, au nombre d'heures de services, compte tenu des effectifs dont nous disposons.Il y a donc un sentiment de fierté à développer tant de la part des employé-e-s que des usagèr-e-s.LVR : C'est un refrain qui commence à être connu pour les Montréalais-es N'y a-tilpas des améliorations concrètes à envisager 7 LR : Il y a toute une série de petites choses à § entreprendre qui ne demanderaient pas | beaucoup plus, en fait, que de la bonne g volonté.Par exemple, accélérer le temps de ° déplacement en créant des voies réservées o aux autobus, mieux faire connaître les £ LA VIE EN ROSE 24 juin 1985 horaires, améliorer le système de correspondance, la signalisation dans le métro.De la part du public, il y a aussi des choses à faire : la propreté dans le métro.C'est sale.Nous allons avoir une campagne de publicité là-dessus et nous ajouterons des poubelles ! LVR : Mais les graffiti pourquoi s'acharner à les faire disparaître 1 N'est-ce pas un peu comme les musiciens dans le métro, une forme de culture populaire ?LR : C'est une question compliquée.La politique de la CTCUM est de les effacer en moins de 48 heures parce qu'à partir du moment où il y en a un ou deux, il y en a plusieurs.Et puis, les graffiti entraînent autre chose : une détérioration généralisée, plus de malpropreté, de comportements agressifs, de violence.Je crois qu'il faut être prudent, sans quoi on se retrouvera comme à New York : devant une situation incontrôlable.LVR : Vous avez aussi parlé d'accroître la clientèle de la CTCUM Comment ?LR : Compte tenu du fait que la population de Montréal n'augmente pas et qu'après chaque grève, il faut de huit à neuf mois avant de récupérer l'achalandage normal.c'est un problème.Il n'y a pas de solution miracle, mais on pourrait, par exemple.3 offrir une réduction en dehors des heures | de pointe, offrir aux détenteurs-trices de la | CAM2 des réductions dans les grands maga-o sins, les pharmacies, au Musée, à la Place s des arts.J'aimerais aussi associer la CTCUM £ aux événements culturels, sportifs.Pour- J'aimerais aussi associer la CTCUM aux événements culturels, sportifs.Pourquoi n'irait-on pas au concert en métro?quoi n'irait-on pas au concert en métro 7 J'aimerais décloisonner la CTCUM.en faire autre chose qu'un laps de temps qu'on subit une ou deux heures par jour, la rendre vitale et intéressante.Ce que j'essaie de faire, en fait, c'est d'orienter la CTCUM vers une stratégie offensive plutôt que défensive, vers des idées nouvelles plutôt que de simples réactions.LVR : Votre nomination nous a apphs quelque chose d'intéressant, justement 60 % des usagers sont des usagères Pourtant, le système de transport n est pas réellement pensé en fonction des femmes, il est pensé en fonction du 9 à S Y aurait-il moyen d'accommoder davantage les besoins des femmes ?LR : J'ai déjà fait des recherches sur la question des femmes et toute l'organisation des réseaux de transport est effectivement faite pour la main-d'oeuvre active.Mais pire encore, on ne tient pas compte du fait que les femmes, même lorsqu'elles vont travailler à l'extérieur, ne se déplacent pas seulement de la maison au travail, elles cumulent les déplacements : maison, garderie, travail, courses à faire, maison, etc.Et il est connu que dans la plupart des ménages «motorisés», ce sont les hommes qui ont l'usage de la voiture.Mais je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de spécifique à faire pour les femmes qui utilisent les transports en commun.Faire en sorte que le système soit plus facile à utiliser, plus agréable, c'est en faire bénéficier majoritairement des femmes qui auront ça de moins comme fardeau LVR : ft la sécurité de métro 7 Certaines stations.Lucien-L Allier, notamment, étant réputées pour leurs agressions LR : C'est effectivement imponant pour les femmes.11 faut qu'il y ait des agents de surveillance, des pénalités pour les agresseurs .Mais ces choses existent déjà, dans une certaine mesure.On ne peut pas dire, d'ailleurs, que le métro de Montréal soit très insécurisant par rapport à d'autres, au contraire La sécurité dans le métro, en fait, c'est surtout une question de climat général.De plus, moins une station est fréquentée, plus elle est menaçante.Or, il y aurait peut-être des hypothèses plus préventives à explorer.Et là, je reviens à l'idée de faire du métro quelque chose de positif et de familier.Que les jeunes viennent y faire des sessions de peinture, par exemple, ils seraient alors beaucoup moins tentés d'y revenir faire des mauvais coups.LVR : Mais les femmes ne se sentiraient elles pas plus à Taise dans le métro s'il y avait beaucoup plus de femmes employées 7 Le bilan de la CTCUM est très mauvais à cet égard juin 1985 25 LA VIE EN ROSE Entrevue LR : C'est vrai, 0.2 % des effectifs, c'est loin d'être élevé.Le système d'horaires «brisés» à la CTCUM - deux temps de travail discontinus dans la même journée - et l'assignation par ancienneté, qui peut vouloir dire attendre 1 5 ans avant d'avoir ses fins de semaine, n'ont rien pour encourager les femmes dont les obligations familiales sont très grandes.Il n'y a pas d'ailleurs d'installations sanitaires pour les femmes à l'heure actuelle.Actuellement.50 femmes sont chauffeu-res d'autobus et près d'une centaine le seront d'ici la fin de l'année.Les femmes sont de plus en plus décidées - j'ai des lettres qui en témoignent - et l'accueil qu'elles reçoivent dans le milieu est relativement bon Pour ma part, j'ai l'intention de continuer à stimuler l'intérêt pour de telles candidatures.LVR : Et vous, maintenant que vous vous retrouvez dans ce monde d'hommes par excellence, comment comptez-vous exercer le pouvoir 7 LR : D'abord, je suis habituée de travailler dans un monde uniquement masculin.C'est une situation que je vis depuis longtemps et qui ne change pas tellement d'un endroit à l'autre.Ce qui change, c'est que je me retrouve vraiment aux commandes, la majorité des pouvoirs étant concentrés dans mes mains, pour l'instant.C'est d'ailleurs pourquoi ce poste est si prestigieux, salaire3 et limousine à l'appui.Moi.je privilégierais un fonctionnement plus collégial.Je veux créer un comité de direction qui discuterait de tous les problèmes avant qu'une décision ne soit prise.Ça n'a pas tellement à voir avec le fait d'être une femme mais avec le fait que je suis une personne d'équipe.J'aime la ville: on devrait pouvoir y vivre sa vie, élever ses enfants, avoir accès aux espaces verts, à la convivialité.D'ailleurs, on m'a demandé récemment si, en tant que présidente de la CTCUM, je ferais partie du Club St-Denis.ce club sélect pour les hommes d'affaires francophones, que je croyais encore réservé exclusivement aux hommes.Cela m'a fait prendre conscience que les lieux de pouvoir sont des endroits où circule l'information, tant officielle que non officielle, et que cela est essentiel à l'exercice de mes fonctions.Ordinairement, un p.d.g.de la CTCUM se créerait un tel réseau d'information - qui en est un de reconnaissance aussi - dans les milieux d'affaires : la Chambre de commerce, par exemple, où d'ailleurs j'ai été invitée à faire une conférence.Et j'irai.Mais à l'émission de Radio-Canada sur les femmes récemment, à laquelle j'étais invitée ainsi qu'une cinquantaine d'autres, je me suis dit que mon réseau, à moi, devait aussi venir de mes vis-à-vis féminins.C'est une chose qu'il m'est difficile d'évaluer en ce moment.Mais étant donné que je n'arrive pas à la CTCUM à l'âge de 50 ans.déjà membre de toutes sortes d'associations et impliquée dans les milieux d'affaires ou politiques, j'ai à bâtir ma propre légitimité tant à l'intérieur qtVà l'extérieur de la boîte, tant dans les milieux reconnus que pas.LVR : Vous avez souvent dit que vous êtes une «passionnée» du transport Qu'est-ce qui vous passionne là-dedans ?LR : Je m'intéresse au transport dans la mesure où je m'intéresse aux questions de la vie dans la ville.Je suis très urbaine : j'aime la ville.C'est un endroit où l'on devrait se sentir bien, où l'on devrait pouvoir vivre sa vie, élever ses enfants, avoir accès à des espaces verts, à des espaces publics, à la convivialité.Et puis j'aime la ville pour ses contradictions.Montréal, par exemple, est aussi laide qu'elle peut être belle et je l'aime pour ça.pour son hétérogénéité aussi.Bref, il y a des enjeux sociaux et politiques très intéressants dans tout ça.Au fond, le système de transport, c'est un peu comme la sève de la ville, ce qui lui permet de fonctionner, de circuler.Le centre-ville de Montréal se serait effondré sans le métro.Le développement des banlieues lui aurait tiré le tapis sous les pieds si le métro n'avait permis toute une série d'activités commerciales, Place Bonaven-ture.Ville-Marie, les Terrasses, Atwater.Et puis, le centre-ville est réellement un modèle par rapport à l'intégration du métro dans la ville et les édifices.Le réseau piétonnier souterrain de Montréal, ça n'existe nulle part ailleurs.Mais c'est l'exception.De façon générale, il n'existe pas d'intégration entre l'urbanisme et le transport en commun, comme il en existe en Europe.À Lyon, par exemple, comparable à Montréal en termes de population, il y a des rues uniquement consacrées aux autobus et aux piétons.Et les autobus sont équipés pour actionner les feux-de circulation, question d'éliminer les retards.Nous aurions besoin d'une vision plus globale où chacun-e trouverait sa place : l'automobiliste, lusagèr-e du transport en commun, le piéton, le cycliste Et puis, Montréal a plus souvent l'air d'une ville bombardée que bien des villes européennes : il y a de grands trous partout liés à la spéculation foncière.LVR : Quand vous pensez à Montréal dans l'an 2000.qu'est-ce que vous voyez ?LR : Des possibilités d'action commune entre le transport et l'urbanisme, des déplacements plus harmonieux dans la ville.Je vois aussi une qualité de vie plus intéressante au centre-ville, des quartiers moins isolés les uns des autres.Ce qui fait la qualité des villes, à mon avis, c'est l'intégration des endroits de travail, d'habitation et d'amusement.La rue Prince-Arthur existe surtout parce que les gens de banlieue n'ont pas accès à ce genre d'activités.Ma vision de l'avenir, ce serait de nous permettre, citoyen-ne-s de villes ou de banlieues, moins de déplacements, des vies plus inté- 1 grées, plus harmonieuses I « 1/ La Gazette.29 mars 1985.2 21 Carte Autobus Métro.s 3/ 90 915 $ par an.I LA VIE EN ROSE 26 juin 1985 N • E • A • U • T • E LES PETITS INNOCENTS L'ENFANCE EN NOUVELLE-FRANCE denise lemieux 205 pages 12$ HISTOIRE DE LA SAGE-FEMME DANS LA RÉGION DE QUÉBEC hélène laforce 237 pages 19.50$ Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à s 7979 Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec (Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 Université de Montréal Faculté de l'éducation permanente PIAF Perfectionnement des intervenantes et intervenants auprès des femmes e Un programme féministe de 15 crédits dans lequel on systématise ses connaissances sur les femmes.e Un programme qui peut être complété par une formation sur mesure pour obtenir un certificat (30 crédits).e PIAF s'adresse aux intervenantes ou intervenants en santé, en travail social, en éducation et dans les groupes de femmes.Date limite d'admission : le 2 août 1985 Pour information : tél.: 343-6090 LE MANITOBA DES FEMMES RÉPOND Questionnaire Gabrielle-Roy par Janick Belleau $14.95 Le Manitoba des lemmes répond publié par le CEFCO a pour but ultime la connaissance de soi et de celle d autrui Un livre qui affermira la solidarité des femmes entre elles et qui avivera la compréhension d'un sexe envers l'autre.Cent trente et une Manitobaines ont accepté de répondre à des questions personnelles- indiscrètes même au dire de certaines -pour parler de leurs goûts, attitudes, réactions, souvenirs, etc.face à des réalités auxquelles personne n'échappe.On ne dira plus que les Manitobaines sont des femmes silencieuses après avoir lu ces confidences à « cœur ouvert », selon l'expression de Janick Belleau, auteur de ce questionnaire sérieux et mi-sérieux.CEFCO, Collège de Saint-Boniface, 233-0210 (poste 247) Actualité Thérapie féministe Loin de Freud et des autres Etes-vous l'une de ces personnes qui considèrent la thérapie essentielle à leur vie?Vous connaissez la bioénergie et la gestalt et vous hésitez devant le cri primai et le rebirth?Et la thérapie féministe, qu'en faites-vous?La journaliste Denyse Monté explique en quoi consiste cette «psychologie au féminin», en quoi elle est (souvent) différente des autres.M M |H I étail temps que quelque i hose m m I I se passe.J'étais comme morte W m I Je n'avais plus d'énergie et je ne ^^^M pensais qu'au suicide lu thé- I rapie.j'ai commencé tranquille-I ment à mettre des mots sur ce que I je vivais intérieurement.Chose I que je n'avais jamais faite.Jamais ¦ je ne m'étais assise pour me regarder, pour écouter ce qui se passait en moi.J'étais absolument inconsciente.» Cécile a 38 ans.Déjà, à 29 ans, elle craque : dépression 1 Un psychiatre 11 «met sur les pilules» tout en la recevan à son cabinet une fois par semaine.Au bout de six mois, il la renvoie en lui disant qu'elle est «correcte».Son médecin de famille prend la relève.Ils sont jaunes, roses, bleus, eux aussi, les petits bonbons de son traitement.Mais Cécile se sent encore plus mal.Exaspéré, à bout de ressources, le bon docteur finit par lui recommander une psychothérapie.Voilà donc Cécile rejoignant la moyenne des «une personne sur quatre» qui fait l'expérience de la thérapie au moins une fois dans sa vie (d'après Marquita Riel, sociologue, professeure à l'UQAM et auteure du Guide des nouvelles thérapies).Cécile rejoignant la horde des femmes qui composent à 80 % la clientèle en thérapie.Outre les psychothérapies dites traditionnelles, le choix est vaste parmi la cinquantaine d'approches nouvelles qui existent sur le marché : rebirth, cri primai, gestalt.bioénergie, psychosynthèse, beha-viorisme, catharsis, méthode de Felden-krais, bio-imagerie,etc.Et aussi, thérapie féministe.Démystifier le thérapeute La thérapie féministe, qui se distingue des courants thérapeutiques où l'individu prime sur le social, marque de façon révo-s lutionnaire l'entrée du féminin dans l'uni-| vers de la psychologie.Mais elle n'est pas la ¦ plus connue ni la plus courue.«C'est | qu'elle n'existe pas tout à fait en tant que g thérapie formelle, car, comme l'explique | Janine Corbeil, psychologue, il n'y a pas 1 (encore) de théorie féministe complète de par Denyse Monté la personnalité.On retrouve donc des thérapeutes de tous les types d'intervention qui se définissent comme féministes.» Il s'agit de les retracer.C'est ainsi qu'un gestaltiste.comme Janine Corbeil, peut utiliser l'approche féministe dans son intervention thérapeutique.«L'approche féministe emprunte à plusieurs théories connues, dira Nell-Anne Toegel.travailleuse sociale : approche humaniste (gestalt.rogérisme, etc.) dans la qualité d'interaction ; behaviorisme.lorsqu'on suggère à la personne des devoirs ou des exercices pour s'affirmer ; analyse structurelle, quand on prend le social en considération afin de faire le lien du personnel au politique.Également, thérapie radicale qui démystifie le rôle du thérapeute et analyse les jeux de pouvoir» (et admet, à la limite, que quiconque peut être thérapeute) D'ailleurs, l'une des techniques de l'intervention féministe - qui s'avère aussi une philosophie - consiste à transmettre le pouvoir, ne pas se cacher derrière le professionnalisme.L'approche rogérienne.comme le fait remarquer Janine Corbeil.est une théorie assez féministe.«Appliquée au féminin, l'un de ses postulats de base énoncerait qu'une femme (appelée cliente et non patiente) a en elle les ressources pour faire face aux situations qui se présentent : la ou le thérapeute n'a qu'à ne pas l'écraser, à lui laisser émerger son pouvoir.» Apprivoiser le pouvoir Mais en quoi l'approche féministe apporterait-elle donc plus aux femmes que les autres thérapies qui ne tiennent pas compte de la problématique de la socialisation spécifique aux femmes 1 D'une part, «les thérapies traditionnelles (psychothérapies d'inspiration freudienne) charrient des valeurs masculines (instinct de domination, sexisme.) qui ont rendu les femmes malades, en premier lieu», dira Marquita Riel.Pour Roxane Simard.psychologue, l'une des pionnières en intervention féministe, «les thérapies nouvelles qui ne s'identifient pas comme féministes, sont très peu axées sur la solution des problèmes, aptitude qui précisément est à renforcer chez les femmes.Il faut que les femmes deviennent interventionnistes», dit-elle.Pour Martine Ross, également psychologue et thérapeute féministe, le travail clé s'articule autour de la notion de pouvoir.C'est là que réside, selon elle, le malaise des femmes.«Les femmes qui viennent me voir ne se sentent pas bien parce qu'elles vivent de l'impuissance.Elles souffrent d'un manque de pouvoir Avec elles, je travaille sur les moyens concrets d'obtenir du pouvoir.Je leur montTe comment négocier, comment changer les rapports de force, que ce soit au travail, dans le couple, dans les rapports quotidiens.Les thérapies qui réfèrent au passé dans le but d'apporter un mieux-être (psychanalyse, rebirth, cri primai, etc.) n'aident pas à accentuer notre pouvoir et ainsi à trouver une solution pour notre avenir.Ce n'est pas suffisant de savoir qui on a été et ce qu'on n'est pas devenue.Pour moi.l'important, c'est d'apprendre en thérapie comment faire ce qu'on n'a pas su faire jusqu'ici.» Ainsi en serait-il.suivant cette logique, des thérapies corporelles (antigymnastique, bioénergie, abandon corporel, etc.).enfin, de toute méthode qui ignore, dans ses fondements et son action, le rapport entre le vécu psychique des femmes et leur conditionnement, les structures sociales.L'histoire de Cécile Cécile avait choisi son thérapeute sans connaître sa technique.«Les premiers temps, il me prenait la main quand je pleurais.À l'occasion, il utilise diverses approches corporelles Si j'ai le vertige, par exemple, il me suggère des mouvements et on discute des effets de ces mouvements.11 peut me demander de frapper dans des coussins.Il y va intuitivement ; j'ai déjà voulu connaître le nom de sa méthode, il m'a vaguement parlé de gestalt.sans plus de précision.11 ne veut pas se définir.» «Qu'est-ce que cette thérapie a changé chez toi ?» «Avant, je me désapprouvais en tout.Je me détruisais, je m'enfonçais dans la voie de l'autopunition.Je me jugeais : "T'es paresseuse, laide, méchante." La juin 1985 29 LA VIE EN ROSE thérapie m'a appris à me regarder autrement et à m'accepter.Un exemple : avant, j'aurais éprouvé très vivement un sentiment.Disons, de l'ennui.Aussitôt, je me serais dit : "C'est affreux de t'ennuyer, les autres ne s'ennuient pas.T'es moche".Maintenant, si je m'ennuie, je me tiens un discours différent.Je me permets de vivre le sentiment tout ne me trouvant pas si affreuse."Bon.tu t'ennuies.Qu'est-ce qui se passe ?T'as le goût de rien 7 Parfait.T'as le droit.Et puis après, qu'est-ce qui pourrait bien te tenter 7" Je dépasse l'apitoiement.Aujourd'hui, je débouche sur le goût de vivre.Avant, je me calais dans mon autorejet et je voulais mourir ennuyée, ou bien fâchée.c'était selon ! Je m'interdisais le droit de vivre des émotions et surtout, d'y survivre.«Je pensais qu'une thérapie me rendrait autre et je réalise, après trois ans, que fondamentalement, ma structure n'est pas tellement différente d'avant.Je ne suis pas débarrassée d'un bagage d'habitudes, de réflexes, de conditionnements.J'ai encore de l'angoisse, de grands besoins de sécurité, de sexualité.Je me consolide dans ce que je suis.Ce qui change, c'est ma perception de moi.Je combattais ma nature : aujourd'hui, je l'accepte et même, je commence à l'aimer.Mon thérapeute, c'est mon nouveau parent.Je vais chercher auprès de lui l'écoute, la compréhension, l'approbation.» Et pourquoi avoir choisi un homme 7 Est-ce parce que les professionnels (mâles) de la santé inspirent toujours plus de confiance 7 Cécile avoue «n'y avoir même pas pensé».Actualité Traître dépendance ! Dans l'idéologie féministe, trois ans de thérapie, c'est long.Pour Nell-Anne Toegel.il y aurait un problème de dépendance ! «Si j'étais la thérapeute, dit -elle, je me poserais des questions » On l'imagine bien puisque l'un des fondements de l'intervention féministe consiste à prendre tous les moyens possibles pour ne pas développer et encore moins entretenir la dépendance.Martine Ross partage le même avis.La durée moyenne des thérapies qu'elle pratique : six mois ! On est loin du sept ans habituel en psychanalyse, des psychothérapies qui s'échelonnent couramment sur quatre, cinq, six années comme autant de baux automatiquement renouvelables.«À partir du moment où les femmes ont compris comment articuler leur pouvoir, comment aller le chercher, comment trouver des solutions pour leur travail, leurs relations, comment définir, choisir et obtenir ce qui est bon pour elles, dès que tout cela est assimilé, le lien thérapeutique se dénoue.Et c'est assez rapide.» L'équation rapide-superficiel serait donc enonée 7 «Oui.c'est le mythe de la pratique privée, dénonce Martine Ross, que de traditionnellement favoriser la dépendance pour s'assurer de faire de l'argent.» Dans leur ouvrage intitulé L'intervention féministe.I alternative des femmes au sexisme en thérapie, un collectif de travailleuses sociales, dont Ann Pâquet-Deehy, souligne que «la pratique de la psychothérapie dans son ensemble est critiquée notamment en ce qu'elle opprime et contrôle les femmes en renforçant cette vision stéréotypée de la femme qui s'appuie sur un homme fort et dominant».On pense à Cécile et à tant d'autres.Mais si l'homme fort et dominant est.une femme 7 Guère mieux, car il s'agit de la même oppression systémique.La thérapie féministe préconise l'abolition de tout rapport d'autorité (de dominant-e à dominée, d'expert-e à «malade» ou «névrosée», de fort-e et libre à faible et dépendante.Partager ses outils Mais l'intervention féministe n'est pas exempte d'une relation de pouvoir manifeste, pour ne pas dire techniquement nécessaire.Comment se présente-t-elle 7 Du côté de Martine Ross, cela prend l'allure d'un modèle.«Si la cliente m'a choisie, ce n'est pas par hasard Je dois lui servir de modèle.Pas pour qu'elle me copie, là est le danger du pouvoir.Mais pour lui servir de point de référence Temporaire La plupart des femmes ont manqué de modèles de femmes.Je ne suis pas pour autant un idéal.L'idéal c'est que chacune réalise ce qu'elle doit faire.Comme thérapeute, j'ai du pouvoir.Je ne le cache pas.Je m'en sers en donnant des moyens concrets aux femmes daller chercher le leur.Je facilite l'expression des grands rêves de chacune, entre autres.» Nell-Anne Toegel insiste sur ces points de l'intervention féministe comme s'il ELLES CINÉASTES.AD LIB 1895-1981 THERESE LAMARTINE De tous les pays, de 1895 à nos jours! Une véritable anthologie du cinéma des lemmes.«.une recherche impressionnante, pour ne pas dire titanesque.un précieux outil de travail et une irremplaçable source de documentation » Francine Laurendeau, Le Devoir, 9 mars 1985 472 pages, illustré.En librairie : 27,95$ les éditions du remue-ménage LA VIE EN ROSE 30 juin 1985 s'agissait d'un nouveau code d'éthique en santé mentale : «Minimise ton pouvoir en le mettant sur la table et en le nommant.Dévoile et partage tes outils.La personne n'est pas malade : elle a des besoins.Elle a intériorisé les lois de la société (les modèles, ceux-là dont Roxane Simard dit qu'ils agissent en renforçateurs au niveau de la dépression.) et rentre dans des rôles qu'elle n'a pas choisis.Quand l'écart est trop grand entre ce qu'elle est et ce qu'elle essaie d'être pour se conformer.ça pète !» Ses clientes, Nell les reçoit chez elle dans un bureau., qui n'est pas un bureau.Une pièce haute en bouquins bien ou mal alignés Deux fauteuils, un coin relaxe, immense, jonché de coussins.Elles ont le choix : s'asseoir en vis-à-vis, s'allonger, se tapir, se recroqueviller, se caner à la romaine.passer au salon, même Et prendre le thé.pourquoi pas : ça aide à dédramatiser.À qui s'adresse l'approche féministe ?À entendre les intervenantes, à peu près toutes les femmes avec tous les types de problèmes, toutes sortes de symptômes, sont visées par l'approche féministe.Comme le dit Janine Corbeil.«l'intervention féministe a, plus que les autres approches, tendance à amener les femmes à secouer le loug de leur esclavage».Qui n'en a pas besoin, même périodiquement ~> «Il nous arrive, poursuit-elle, de recevoir des femmes qui ont été longtemps en thérapie ailleurs et qui endurent depuis toujours des situations qu'elles ne devraient pas endurer.Par exemple, un fils de 45 ans, alcoolique, qui vit avec les maigres res- sources de sa mère.Aucun traitant avant n'a aidé cette femme à prendre son pouvoir en mains pour mettre ce fils à la porte ! C'est une approche qui pousse la femme à ruer dans les brancards suffisamment pour se faire de la place et enlever le monde sur son dos C'est de l'éducation et du travail intrapsychique.C'est pas toujours considéré gentil, ce qu'on suggère, mais les femmes se sentent mieux dans leur peau.» Qu'une femme soit en démarche de recherche ou en état de crise, l'intervention féministe peut aider.Des restrictions se posent dans le cas de personnes ayant perdu contact avec la réalité, bien que tout dépend de la thérapeute.Pour sa part.Martine Ross se sent à l'aise avec des «psy-chiatrisées».Les femmes en état de grande panique ne l'effraient pas ; il n'en est pas de même pour toutes les intervenantes.Quant aux femmes qui arriveraient en thérapie en situation d'urgence (ne mangeant plus, ne dormant plus, ne fonctionnant plus), «il faut d'abord une approche d'urgence, commente Janine Corbeil ; c'est-à-dire voir ce que, concrètement, cette personne peut faire pour traverser cette phase et si autour d'elle il y a des gens pour la supporter.Une fois cela établi, le processus thérapeutique peut débuter, à travers lequel la femme prendra conscience de ce qui l'insatisfait, l'opprime, etc.» Martine Ross pose une réserve quant aux femmes qui vivent un grand besoin d'appartenance de groupe, besoin de jouer dans un modèle social.D'après elle, «ces personnes ne sont pas à l'étape de travailler leur pou- voir, elles en sont à travailler l'illusion que les autres leur ressemblent».Pourtant, certaines intervenantes féministes posent comme assise de leur théorie, le regroupement Elles font valoir la nécessité de déboucher sur le collectif, afin de dépasser le compétitif d'une part, et de répandre des réseaux d'entraide, de support, de conscientisation d'autre part, en vue d'un changement social.À défaut de pouvoir se payer le luxe d'une thérapie en privé, avec un peu de chance et de patience, il est possible de consulter une travailleuse sociale dans un CLSC ou un CSS.Depuis trois ans environ, les travailleuses sociales sont formées à l'Université de Montréal à l'intervention féministe.Quant aux psychologues, leur formation relève plus de leur démarche personnelle que d'un acquis académique.Concluant dans une vision plus globale, Marquita Riel incite les femmes «à soutenir tout le phénomène des thérapies nouvelles.À la condition d'y créer notre propre discours.À la condition de sans cesse questionner le cadre de référence dans lequel ces thérapies nous embarquent.» C'est ce qu'ont fait ces femmes auxquelles on doit l'intervention féministe.Le travail est à poursuivre par toutes celles qui sont et seront en thérapie, de concert avec les thérapeutes dont il faut espérer la vigilance d'esprit et l'ouverture, sans résistance, au monde, mutant Denyse Monté est journaliste à la pige L'INFORMATION SOUS INFLUENCE Comment s'en sortir par Jacques Keable Jacques Keable L'information sous influence Comner.t s'ar, sortir essai vlb éditeur Un réquisitoire implacable contre la concentration de la presse Le contrôle des médias par une poignée de businessmen n'est pas une fatalité.Des solutions existent pour s'en sortir et fauteur y apporte sa contribution 240 pages 14,95$ Un ouvrage important qui concerne les lectrices et les lecteurs de LA VIE EN ROSE.vlb éditeur 11 1 I I I M ?331 3f3TJ 303 m-rr LECTURES D'ETE / ESSAIS L'IDENTITE USURPEE Tome 1 L'Amérique écartée Jean Morisset Le Quebec est une nation américaine écartée et avortée.L'Affaire de la Baie-James permet de voir en raccourci les quatre siècles de cette amèricanité.Par contre, le modernisme péquiste s'obstine à chercher une langue et une France artificielles pour mieux oublier.Mais quoi?14.95$ 192 pages Dans toutes les librairies et à Nouvelle Optique M i i i i i i i i i i i i iT-rrm i i i i.i.i i i i i i i i i i juin 1985 31 LA VIE EN ROSE Loisirs est une fête par Diane Tremblay Vous partez demain pour Paris?Et c'est la première fois?Chanceuse.Car Paris est une fête - empruntons l'expression à ce cher Ernest.Hemingway-pour l'oeil et la bouche, surtout avec quelques points de repère et un peu d'argent.Diane Tremblay, qui y habite depuis plus de six mois, vous ouvre son carnet d'adresses parisiennes.Bonnes vacances! Vous débarquez à Paris par un beau matin de l'été 1985.La ville est belle, envoûtante, trépidante, mais elle ne semble pas toujours très accueillante au premier abord ! Surtout pendant les mois chauds et fous de l'été où elle est envahie par les touristes.Car vous n'êtes pas la seule à profiter du taux de change du dollar, très avantageux pour les Nord-Américaines.Alors mieux vaut savoir où vous allez et ce que vous voulez ! ÉvidemmenL les premiers jours, surtout si c'est votre première rencontre avec Paris, vous voudrez tout voir.Pour connaître toutes les possibilités (innombrables!) et tous les détails (jours de fermeture, heures d'ouverture, quel métro?, etc.), pour vous éviter des pas inutiles, rien ne vaut un bon guide.Le choix est vaste : à côté du classique Michelin vert, vous en trouverez de plus personnalisés, bien qu'il n'existe pas encore de guide féministe de Paris.Et ce guide complétera ma propre sélection de lieux parisiens, nécessairement limitée, eL je le reconnais, tout à fait subjective ! -GUIDES- Canal Saint-Martin LA VIE EN ROSE Guide de Paris en jeans (39 F) : bon guide pour savoir où manger, dormir et sortir, au prix le plus bas possible, sans que ce soit dégueu pour autant.De bons tuyaux sur les marchés, les puces, les lieux touristique», etc.Paris mon amour (35 F) : le «guide des fous (folles 7) de Paris !», dit-on.Un peu plus original et fouillé.Exemples : initiatives alternatives, restos végétariens, partitions de musique, cuir, etc.Paris pratique (35 F) : cette fois, c'est «le guide pour bien vivre à Paris».Bien fait, par rubriques : adresses d'artisans, de bars, de boutiques diverses.Ça facilite la vie à Paris.Paris, mode d'emploi (revue Autrement, 75F) : pour investir ces 75 F, il faut rester plus d'une semaine à Paris, avoir envie de vraiment la connaître.De bonnes adresses, mais un plan un peu confus ; si ce n'était de l'index à la fin, on s'y perdrait ! Si vous n'avez aucun de ces guides, dernière chance : cet été.dans le métro, quelque 200 tucistes recrutés par la société parisienne des transport (la RATP) hanteront les couloirs du métro et les autobus pour vous distribuer des cartes et vous g guider.Des tucistes, c'est quoi 7 Ce sont des g jeunes de 16 à 21 ans, sans emploi et «mis 1 en activité» par le gouvernement français * dans le cadre des TUC (travaux d'utilité | collective), un programme qui s'apparente aux travaux communautaires du Québec.Pour leur éviter le chômage, on leur offre de se «rendre utiles à la collectivité» pour 1 200 ou 1 700 francs (environ 200 $) par mois ! Ce qui, bien sûr, fait diminuer les statistiques du chômage.avant les élections législatives de 1986 1 Mais nous parlions de Paris.Si vous êtes comme moi, vous aurez envie de rencontrer des gens, entre autres des femmes avec des intérêts semblables aux vôtres.Dans cet ex-bastion du MLF, librairies et cafés féministes sont un bon point de départ : on peut toujours y dénicher de l'information sur des activités féministes et des livres introuvables au Québec.Évidemment, l'été, la plupart des groupes de recherche féministes sont au repos ou travaillent à domicile ! Il reste quand même beaucoup de lieux de femmes ouverts.-LIEUX DE FEMMES- Librairie Carabosse et Bar-Carosse (librairie et café non mixte) : 58, rue de la Roquette (1 r).tél.: 700-13-06.Métro: Bastille.Centre audiovisuel Simonede-Beauvoir (mercredi, jeudi et vendredi, de 15 h à 20 h) : 7, rue Francis de Préssensé (14').juin 1985 32 Place de la Concorde tél.: 542-21-43, M° : Pernety.Éditions Tierce (maison d'édition et librairie féministe) : 1, rue des Fossés Saint-Jacques (5').Tél.: 329-83-07.M° : Luxembourg.Agence Femmes Information (AFI, centre de documentation et agence de presse) 21, rue des Jeûneurs (2'), Tél.: 233-37-47.M° : Sentier.Ministère des droits de la femme : 53, avenue d'Iéna.(16e).Tél.: 501-86-56.M° : Ièna.Bibliothèque Marguerite-Durand (Centre de documentation féministe fondé en.1932 ! Beaucoup de matériel ; du lundi au vendredi, de 14 h à 18 h) : 21, place du Panthéon, Mairie du V arrondissement (5e), Tél.: 326-85-05.M° : Luxembourg.Maison des femmes (bulletin d'information et plusieurs activités) : 8, Cité Prost (11').Tél.: 348-24-91.M° : Charonne.Librairie des femmes (.du MLF déposé) : 76, rue de Seine (6e).Tél.: 329-50-75.M° : Odéon.Paris est une ville agréable à découvrir à pied, par les jardins du Luxembourg, le Boul'Mich (Boulevard Saint-Michel pour les non-initiées), les quais de la Seine, les îles Saint-Louis et de la Cité, etc.Mais la marche finit par donner faim Outre le fast-food français qui.j'ai été étonnée de l'apprendre, est en grande majorité contrôlé par des capitaux français, malgré les noms anglais (Free Time.O'Kitch etc.).il y a des salons de thé très chouettes.Le Flore en l'île est délicieux, avec vue sur la cathédrale Notre-Dame.Angelina's est une institution, face au jardin des Tuileries.Les Classiques est excellent, selon une connaisseuse.Si vous voulez une petite bouffe plus traditionnelle, avec de bons vins français : Bloody Mary, ambiance tranquille près de la Bastille.Pour bouffer tard le soir, jusqu'à 2 h du mat dans le centre du Marais : Piment-Café Ou encore : le Parc aux Cerfs.près de Montparnasse.—SALONS DE THÉ ET CAFÉS- Le Flore de l'île (Saint-Louis, tous les jours de 11 h à 1 h 45 du mat) : 42, quai d'Orléans, (4e).Angelina's : 226, rue de Rivoli (l").Les Classiques (de 11 h à 24 h) : 22, Passage Dauphine, (6').Bloody Mary: 41, rue Amelot.(1 Ie).tél.: 700-22-02.Piment-Café : 15, rue de Sévigné (4'), tél.: 274-33-75.Parc aux Cerfs : 50, rue Vavin (16e).tél.: 354-87-83.4e Sans Ascenseur : rue des Écouffes (4'), M° : Saint-Paul.Chez Toutoune (réservation nécessaire) : 5.rue de Pontoise (5e).tél.: 326-56-81.Si vous voulez manger sur le pouce, une baguette et un bout de fromage suffisent.Je vous recommande ma fromagère et mon fromager préférés : très sympas.ils nous ont fait découvrir, à ma colocataire et moi, de nombreux fromages à peu près inconnus au Québec : le Vacherin, l'Époisse, le Lan-gres.la Feuille de Dreux.Ça vaut le détour jusqu'à la Fromagerie des Moines, près de Clichy et de Montmartre.Mais il y a une foule de fromageries à Paris et on peut y déguster un fromage différent chaque jour de l'année.Enfin, pour terminer cette resto-rapide pourquoi pas une glace chez Berthil-Ion ~> La meilleure de Paris.Elle se compare avantageusement aux glaces italiennes, ce qui n'est pas peu dire ! L'endroit est facile à trouver, surtout en été, lorsque la file atteint presque un kilomètre ! -FROMAGES ET GLACES- Fromagerie des Moines : 47.rue des Moines (17e).Fromagerie de Montmartre : 9.rue du Poteau (18').Lecomte : 76, rue Saint-Louis en l'île (4').Barthélémy : 51, rue de Grenelle (7e).Ferme Saint-Hubert j 21, rue Vignon (8e).Maison du fromage : 62.rue de Sèvres (7e).Androuet : 41, rue d'Amsterdam (8e).Berthillon (glaces, fermé les lundis et mardis) : 31, rue Saint-Louis en l'île.Paris, c'est aussi, peut-être surtout un style : des vêtements, du cuir, du design, un parfum, un cachet particulier.Un mélange d'originalité, d'humour, de folie et de grandes traditions françaises.Depuis mon arrivée, j'ai repéré quelques adresses pour de petits achats qui entrent bien dans les valises ou les sacs à dos.LA VIE EN ROSE BOUQUINEZ À L'AISE À US kGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 Tour Eiffel -SOUVENIRS- Plastiques (plateaux, cendriers et souvenirs divers) : 103, rue de Rennes (6') ou 5, rue de Miromesnil (8').Bourillon (Denise y vend des vêtements et lainages originaux !) : 101, rue du Bac £•>¦ Élégance-Cuir (ma boutique, parce que Paris, c'est le cuir) : 2, rue de Compiègne (10').M0 : Gare du Nord Goupil (encore du cuir !) : 28.boul.Saint-Germain (6').Maison du Bas (des bas folichons, rayés, en dentelle, avec brillants, et tout !) : 1, rue Lepic (18').Dominique Buci (toujours des bas, mais Loisirs aussi des foulards, etc.) : 10, rue de Buci (6«).Geneviève Lethu (ustensiles, nappes et trucs de cuisine) : Les Halles, niveau 2 (1").Artisans du monde (artisanat, café, vêtements, etc.) : 20, rue Rochechouart (9e)- Le Lavandon (un peu de parfum parisien à prix réduit 7 De toute façon, la rue Mouffetard vaut le détour) : 138, rue Mouffetard (5').Capucines (parfums à prix réduit) : 18.rue des Capucines (2').Boutique Chic-Choc (souvenirs de Paris, style RATP : vous verrez !) : Les Halles (1").Et plutôt que d'aller aux puces de Saint-Ouen (M° Clignancourt).comme toutes les Américaines et les autres, pourquoi n'es-saieriez-vous pas les puces de la place d'Aligre (M° Ledru-Rollin) 7 Un marché de fruits et légumes charmant, des vêtements et breloques (pas cher), des rencontres originales, et pour terminer les courses, un bar à vin animé, à deux pas.Le marché de la rue Lepic (M° Blanche - 18') et celui de la rue Mouffetard (M° Censier-Daubenton) comptent aussi parmi mes préférés : le premier, pour les poissonneries et la marchande de bas en tous genres (Maison du bas) et le second pour sa clientèle jeune, sympa, et ses boutiques d'affiches de cinéma et de cartes postales, entre autres.Tiens, vous avez peut-être envie d'écrire quelques lettres 7 Même après six mois de fréquentation (comme pour moi), Paris garde une part d'insaisissable.Comment décrire son caractère, ses humeurs, son rythme de vie accéléré, dingue ?Si vous craignez de ne pas trouver les mots justes et voulez de la papeterie «parlante», un peu originale ou personnalisée, les adresses ne manquent pas.Cela s'explique : tellement _ d'écrivaines et d'artistes étrangères (sans f compter de simples ècriveuses boulimi- j ques !) ont choisi de vivre à Paris que les 3r papeteries font sans doute des affaires d'or, s -PAPETERIES- Marie-Papier: 26, rue Vavin (6').Cassegrain : 422, rue Saint-Honoré (1").La papeterie : 203, bis boul.Saint-Germain (6').Papier -I- : 9.rue du Pont Louis-Philippe (4').Letter Box : 7.rue d'Assas (2e).Gibert Jeune (le moins cher) : 5.Place Saint-Michel (5').Le départ arrive toujours trop vite.Un petit dîner en ville pour oublier que c'est déjà la fin des vacances 7 Pour la bouffe, à Paris, y a le choix 1 Presque trop ! Côté brasseries, il faut, bien sûr, aller à la Coupole: une institution, mais, contrairement aux Deux Magots ou au Flore de Simone de Beauvoir, celle-ci demeure encore bien NE PARTEZ PAS SANS ELLE!!! Pour un été plus chaud, LA VIE EN ROSE de juillet-août vous donne un spécial erotique! Qui a dit que les féministes étaient antisexe?Encore cette année, dix écrivaines vous proposent des nouvelles.erotiques, et d'autres vous suggèrent des livres «cochons».En kiosque le 22 juin Mais il y a l'autre côté de la médaille: la pornographie.Comment les Folles Alliées en ont-elles périlleu-sement fait le sujet de MADEMOISELLE AUTO BODY, leur dernier spectacle?Et, en § éditorial, comment lutter contre f la porno en évitant le piège de la « censure?Cela en plus de nos chroniques habituelles et d'une I entrevue avec Anne Sylvestre.i vivante.La brasserie Bofinger.près de la Bastille, est moins connue, mais sublime : décor style Art nouveau.Enfin, la Closerie des Lilas.«last but not least».Parce qu'on peut aussi y finir la soirée au son du piano.C'est de plus en plus rare, mais tellement agréable.Si l'on aime la nouvelle cuisine, deux restos «branchés» (à la mode) à proposer.D'abord Y Harmonie, où le poisson et le magret de canard sont excellents, la présentation des plats divine.Et si vous aviez vu les yeux de Dominique devant sa marquise au chocolat1 Bref, inoubliable ! Le second, Natacha parce que Natacha est très sympa et sa bouffe, exquise.Tout près de Montparnasse en plus : super ! Enfin, pour les voyageuses en jeans, quelques restos pas chers (50F) mais qui vous donnent quand même l'ambiance de Paris : Charrier, brasserie typique Art déco, le Poiidor.bonne cuisine régionale, et le Petit gavroche, à l'ambiance bistro.Pour finir la soirée, un dernier verre peut-être : Costes est très «in» avec un décor fabuleux plutôt futuriste.Les Bains sont très «branchés», le Rosebud est plus tranquille, presque classique.Enfin Who's et Polly Maggo.qui ne me plaisent pas particulièrement, sont ouverts jusqu'à 3-4 heures du mat et très populaires auprès des Allemandes, Américaines et autres du genre auto-stoppeuses des environs de la Place Saint-Michel.BARS- Rosebud : 11 bis, rue Delambre (14').Les Bains : 10, rue du Bourg Labbé (3').Costes : place des Innocents -Les Halles.Who's : 13, rue du Petit Pont (5e).Polly Maggo : 11, rue Saint-Jacques (5').Rhumerie: boul Saint-Germain (6').M° : Mabillon.Avec tout cela, je n'ai même pas eu le temps de mentionner la Cave d'Anjou (130, RESTOS- avenue de Clichy) où l'on m'a fait découvrir tant de bons vins français, ni tous ces bars où la nuit se termine au rythme de la salsa.Enfin, vous reviendrez l'an prochain, non ?Bien sûr.la pub française est particulièrement agressive et sexiste aux yeux d'une femme du Québec, les mecs français ont souvent le regard un peu trop baladeur et insistant, et certains d'entre eux (pas tous heureusement!) ont atteint un degré de sexisme presque inimaginable.Ça aussi, ça fait partie du dépaysement ! Mais Paris, c'est aussi quelques bonnes librairies féministes, des contacts avec des femmes chercheures ou militantes, un rythme de vie plutôt dingue, un lieu d'émotions très fortes, beaucoup de cinéma (mais le Festival international des films de femmes, à Créteil cette année, sera terminé depuis mars).Bref, malgré la pub et les mecs sexistes, Paris demeure, c'est vrai, tellement belle ! ^ La Coupole: 102.boul.Montparnasse (14'), tél.: 320-14-20.Bofinger: 5.rue de la Bastille (4'), tél.: 272-87-82.La Closerie des Lilas : 171, boul.Montparnasse, (6'), tél.: 326-70-50 L'Harmonie : 8.rue de Thénard (5').tél.: 354-59-47.Natacha : 17, bis rue Campagne première (14'), tél.: 320-79-27.Chartier: 7.rue du Faubourg Montmartre (9').tél.: 770-86-29 Poiidor: 41.rue Monsieur le Prince (6') tél.: 325-95-34.Le petit gavroche : 15, rue Croix de la Bretonnière (4').aux éditions du Boréal Express Un nouvel ART D AIMER LA RENAISSANCE D'APHRODITE de Ginette Paris Ginette Paris montre comment la sexualité peut être une force civilisatrice et redevenir une initiation au sacré.Elle nous propose ni plus ni moins qu'un nouvel art de vivre et d'aimer.En librairie à 12,95$ Canette F , }f ^naissance «Aphrodite i uin 1985 35 LA VIE EN ROSE Les 300 jours de Duarte Qu'y a-t-il de changé au Salvador depuis l'élection l'an dernier de Jose Napoleon Duarte?La guerre continue et, dans la prison d'Ilopango, des militantes politiques comme lui Maria Henriquez croupissent toujours.Mais encore?Fin avril, Caroline lorry, journaliste et sympathisante du mouvement révolutionnaire, analyse les forces en présence.e conflit armé au Salvador dure depuis maintenant cinq ans.On sait que le mouvement révolutionnaire, dirigé par le FMLN-FDR'.lutte contre un gouvernement qui représente les intérêts de quelques grands propriétaires terriens plutôt que ceux de la majorité.On sait aussi que, depuis 1979.la répression contre toute mani- festation d'opposition s'est faite extrêmement violente (50 000 civil -e-s ont été tué-e-s depuis cette année-là) et que de nom breux secteurs de la société salvadorienne se sont ralliés à la lutte armée, en partie à cause de l'impossibilité d'introduire des réformes économiques, politiques et sociales, bloquées par l'extrême-droite et les forces armées.Le 1" juin 1984, le démocrate-chrétien José Napoleon Duarte était élu à la présidence du Salvador.Le 15 octobre suivant, pour la première fois depuis le début de la guerre, une délégation gouvernementale rencontrait des représentants du FMLN-FDR.Cela signifiait-il la possibilité d'une solution politique au conflit, par opposition à une solution exclusivement militaire 7 Mais le dialogue a été suspendu depuis.Pourquoi 7 Et en quoi les élections législatives du 31 mars dernier ont-elles - ou n'ont -elles pas - contribué à la résolution du conflit 7 Ces questions sont souvent laissées dans l'ombre par les mass-médias, derrière des nouvelles à la fois sensationnelles et indifférentes.L'élection de Duarte, il y a un an, a effectivement modifié la scène politique salvadorienne, dans la mesure où il a été élu sur ces promesses : rétablir la paix dans le pays, éliminer les escadrons de la mort et entreprendre des réformes.Bref, son élection a légitimé le gouvernement salvadorien, jus- IA VIF EN ROSE par Caroline Jarry qu'alors discrédité internationalement.En acceptant de rencontrer le FMLN-FDR une première fois en octobre dernier, une deuxième fois le 30 novembre.Duarte a ensuite donné l'impression de pouvoir contrôler les forces armées et l'extrême-droite Duarte clame maintenant que le mouvement révolutionnaire n'a plus de raisons de continuer la lutte armée puisque la situation s'est «améliorée» depuis son élection.Pourtant, au cours de sa première année au pouvoir, il n'a pas réussi à entreprendre les réformes économiques promises et la réforme agraire a été stoppée2.Les postes clefs au sein des forces armées et policières sont occupés par les mêmes militaires que par le passé - Vides Casanova et Lopez Nuila.pour n'en nommer que deux - maintes fois accusés par des organisations de défense des droits humains d'avoir ordonné des massacres\1Lnfin.Duarte a suspendu le dialogue avec le FMLN-FDR.Le rapport de forces Ce dialogue constitue pourtant le seul espoir de solution politique au conflit En novembre dernier, le FMLN-FDR a présenté à la délégation gouvernementale un plan de paix en trois phases, qui prévoyait notamment la formation d'un forum national représentant tous les secteurs sociaux, la participation des forces révolutionnaires à un gouvernement provisoire qui serait chargé de résoudre les problèmes économiques les plus urgents, la fin de l'intervention américaine dans le conflit et la tenue d'élections générales.Cette proposition a ete refusée jusqu'à maintenant Son acceptation par le gouvernement dépend de l'évolution du rapport de forces entre le FMLN-FDR et Duarte.tel que perçu sur le plan international et tel que vécu au Salvador même.Or, à l'intérieur du pays, une tendance s'exprime de plus en 36 plus ouvertement en faveur du FMLN-FDR En effet, le processus de dialogue entamé en octobre dernier a provoqué la réactivation assez spectaculaire du mouvement populaire, que des années de répression et le passage à la clandestinité de nombreux dirigeants avaient écarté de la scène politique.L'irruption soudaine de manifestations d'appui au FMLN-FDR risquait d'échapper au contrôle de Duarte : c'est la raison pour laquelle il a suspendu le dialogue jusqu'aux élections législatives du 31 mars dernier Probablement grâce à ses intentions réformistes.Duarte a gagné ces élections, à la surprise de tou-te-s et surtout de la coalition des partis d'extrême-droite, qui avait jusqu'alors détenu la majorité des sièges à l'Assemblée législative.Avant même de connaître les résultats électoraux définitifs.Duarte avait confirmé ses promesses réformistes et annoncé sa volonté de poursuivre le dialogue avec le FMLN-FDR.Faut-il comprendre que la démocratie chrétienne a maintenant le contrôle de la situation 7 Pas vraiment.Mais, après cinq années de guerre, le gouvernement salvadorien sait qu'une solution militaire contre le mouvement révolutionnaire est impossible à moins d'une intervention américaine directe que presque tous veulent éviter, au Salvador comme aux États-Unis.Duarte mise donc sur une victoire aussi politique que militaire.qui passe par un discours réformiste et par la poursuite du dialogue avec les forces révolutionnaires, dans le but de récupérer un peu du terrain politique que celles-ci occupent - et de rétablir le rapport de forces en sa faveur.De la droite à Reagan Dans le nouveau rapport de forces qui juin 1985 697516 s'ébauche, il est difficile de prévoir la réaction des partis d'extrême-droite Opposés depuis toujours au dialogue et aux réformes, si minimes et insignifiantes soient-elles, leur réaction dépendra sans doute du pouvoir qu'ils conserveront.Difficile aussi de prévoir la réponse du peuple en général, dont l'orientation politique déterminera, en fin de compte, le poids du FMLN-FDR dans le dialogue qui devrait reprendre sous peu.C'est dans la mesure où le FMLN-FDR aura réussi à former politiquement et à inspirer la majorité de la société salvadorienne (organisations paysannes et ouvrières, syndicats, comités de mères de disparu-e-s.etc.).que celle-ci réclamera des transformations économiques, politiques et sociales en profondeur, plutôt que des réformes superficielles subordonnées au contrôle de l'oligarchie et de ses représentants politiques et militaires.Finalement, il ne faut pas non plus oublier le rôle de l'administration Reagan, une donnée fondamentale dans l'analyse du conflit salvadorien.Au moyen d'une aide économique et militaire multiforme, les États-Unis assurent la survie du gouvernement Duarte et garantissent la cohésion des forces militaires et d'extrême-droite avec ce gouvernement, qu'ils peuvent ainsi largement contrôler.Droits humains La situation au Salvador s'est fait connaître d'abord par toutes les violations des droits humains qu'on y a perpétrées, telles que les rapportait périodiquement Amnistie internationale.Cet aspect de la réalité salvadorienne a-t-il changé depuis l'élection de Duarte à la présidence ~> D'après ce que l'on en sait, la répression est plus «sélective».Mais, encore en février dernier, la Commission des droits humains des Nations unies condamnait la répression au Salvador.Les conditions de détention des prison-nièr-e-s politiques, elles, ont très peu évolué.Dans le cadre d'une semaine d'activités organisée à Montréal du 11 au 16 mars par Amnistie internationale, et axée sur les violations des droits et libertés des femmes à travers le monde, la Salvadorienne Luz Maria Henriquez témoignait de ces conditions4 Elle-même a été emprisonnée deux ans au Salvador avant d'être amnistiée par le gouvernement et d'arriver à Montréal en juin 1983.Je l'ai interrogée sur la vie quotidienne des prisonnières.Luz Maria Henriquez : En général, quand une personne est arrêtée, on l'amène d'abord dans les prisons clandestines de la Police nationale, de la Garde nationale ou de la Police du Trésor.C'est là qu'on commet les tortures les plus cruelles, qui vont de la menace psychologique à l'usage d'appareils sophistiqués pour donner des chocs électriques, en passant par l'application sur le corps de produits chimiques provoquant des infections5.Celles et ceux qui ont de la chance - j'appelle ça de la chance - sont consigné-e-s aux tribunaux militaires pour être transféré-e-s dans un pénitencier.Les pénitenciers ne sont pas clandestins ; ils sont donc accessibles aux organismes comme la Croix-Rouge internationale et Amnistie internationale.Personne n'y est caché.CJ : Et toi.où as-tu été emprisonnée ?LMH : J'ai été capturée par les membres d'un escadron de la mort, qui ont fait violemment irruption dans mon bureau.Ils m'ont livrée à la prison de la Garde nationale.C'est là où j'ai passé les moments les plus durs.Ils m'ont torturée pendant 17 jours.J'ai eu le nez, les dents et les mâchoires brisées.J'ai subi des chocs électriques sur tout le corps : ils en augmentaient l'intensité petit à petit, jusqu'à ce que tout le côté gauche de mon corps soit paralysé ; j'en ai retrouvé l'usage, mais je suis demeurée sourde de l'oreille gauche.Et puis, il y a le viol.La première fois, les gardes s'y sont mis à plusieurs : ce fut le pire moment de tout.Et pendant qu'ils me violaient, ils me disaient des choses comme : «Ça t'apprendra à te mêler de politique ! Les femmes, ça doit rester à la maison.» On m'avait arrêtée parce que je travaillais dans un syndicat.Mais j'ai eu cette chance d'être transférée au pénitencier des femmes, où je suis restée 25 mois.Dans les pénitenciers, les conditions de détention sont différentes et je dirais même qu'elles se sont améliorées à la suite des pressions constantes de tou-te-s les prisonniér-e-s politiques.Il y a deux pénitenciers : celui d'Esperanza.à Mariona.où se trouvent les hommes, et celui d'Ilo-pango.où j'étais.C'est dans ces pénitenciers que le Comité des prisonniers politiques.COPPES.a été créé.C'est la plus haute instance des prisonniers et prisonnières politiques.On y lutte, à l'intérieur même des pénitenciers, pour de meilleures conditions de vie.CJ : Tu as toi-même travaillé au sein du comité : quelles étaient vos revendications ?LMH : Oui.j'ai été coordonnatrice générale du comité pendant deux ans.Il faut d'abord dire que le COPPES est un organisme politique et corporatif.Politique en ce sens que nos activités à l'intérieur des prisons sont étroitement liées à la lutte du peuple.Et corporatif parce que nous luttons pour juin 1985 37 LA VIE EN ROSE de meilleures conditions de détention.Nous avons gagné de nombreuses batailles, d'ailleurs : un peu plus de nourriture, des tables pour manger, etc.Je crois que nous devons notTe survie à nos luttes et.surtout, à la très grande solidarité qui nous unissait, les prisonnières politiques.CJ : Aviez-vous des contacts avec les prisonnières de droit commun ?LMH : Oui.Nous vivions à part mais nous avons exercé des pressions pour pouvoir établir des contacts entre les deux pavillons et, certains jours, nous pouvions nous voir.Nous avons même essayé de mettre sur pied une sorte de programme de santé et d'éducation auquel elles auraient participé, mais la direction générale du pénitencier s'y est opposée, pour éviter que les prisonnières de droit commun n'acquièrent une conscience politique Nous avons quand même établi avec elles des relations qui sont devenues très précieuses.Quand nous déclarions une grève de la faim ou une semaine de solidarité avec la lutte du peuple, elles nous appuyaient, elles répondaient à nos chants révolutionnaires, à partir de leur pavillon CJ : Comment vois-tu le futur immédiat de la situation au Salvador ?LMH : Je crois que la guerre sera longue.Car même si les forces gouvernementales répriment très durement notre peuple, elles ne pourront pas vaincre le FMLN-FDR.Il n'y aura pas de solution au conflit tant que l'on ne tiendra pas compte du mouvement révolutionnaire dans notre pays et des conditions d'injustice politique, économique et sociale qui sont à l'origine de la guerre.D'abord l'espoir Après coup, deux aspects me frappent, dans les propos de Luz Maria : d'abord la priorité pour elle de la lutte révolutionnaire sur les préoccupations féministes ; ensuite, l'énergie positive qui l'anime.Le premier sujet a déjà été évoqué dans les pages de La Vie en rose'' : les femmes impliquées dans les luttes de libération nationale ont-elles raison de remettre à plus tard leurs revendications spécifiques pour d'abord lutter aux côtés des hommes ?A cela.Simone de Beauvoir répondait qu'effectivement l'urgence de la lutte contre l'impérialisme et ses représentants locaux exigeait que les hommes et les femmes fassent cause commune : une fois cette lutte gagnée, disait-elle, les femmes devaient rapidement faire valoir leurs propres revendications.D'après moi.tout en légitimant les luttes de libération, cette réponse reflète encore le raisonnement des féministes d'Amérique du Nord et d'Europe, c'est-à-dire de femmes qui vivent dans des conditions économiques, politiques et culturelles qui leur ont permis de développer une lutte spécifiquement féministe Or.telle n'est pas la situation au Salvador ou au Nicaragua, et je crois que les revendications féministes, comme nous les avons formulées ici.ne sont même pas concevables pour les femmes salvadoriennes et nicaraguayennes.Non seulement ces revendications viendront-elles après la lutte politique, de laquelle elles vont naître, mais elles seront pensées différemment.C'est la raison pour laquelle Magda# Henriquez, dirigeante de l'Association des femmes nicaraguayennes AMNLAE.et qui parle donc en pleine connaissance de cause, répondait à la question de La Vie en rose : «Il a donc fallu, au début, convaincre les femmes du bien-fondé dune association qui leur serait propre 7» -«Bien sûr !» Ces femmes qui luttent pour la liberté de leurs peuples s'étonnent probablement, non seulement de nos demandes féministes, mais de notte méfiance face à la nature BOUQUINEZ À L'AISE À IB KGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 de leur engagement.Elles ne nous servent pas un discours orthodoxe, comme certaines d'entTe nous le croient, lorsqu'elles situent la condition des femmes de leur pays dans une perspective politique : elles parlent de leur réalité.Deuxième observation : les réponses de Luz Maria, en dépit de la souffrance qu'elles évoquent, ne sont pas celles d'une «victime» de la guerre, mais celles d'une femme qui lutte.Elle parle peu de ses proches mort-e-s au combat ou des durs sacrifices exigés par la guerre.Sur les conditions de vie dans la prison d'Ilopango.par exemple, plutôt que de rappeler les tortures infligées, elle raconte spontanément la solidarité entre les prisonnières et les améliorations des conditions de détention qu'elles ont réussi à obtenir.Ainsi, sans s'en rendre compte, elle nous montre cet aspect de la lutte dont on n'entend pas souvent parler : celui de la volonté et de l'espoir Caroline Jarry est rédactrice à l'agence de presse salvadorienne Salvapresse.1/ Front Farabundo Marti pour la libération nationale et Front démocratique révolutionnaire : les bras respectivement politico-militaire et politico-diplomatique dont l'alliance en 1980 a réuni toutes les forces d'opposition : social-démocrates, social-chrétiens, marxistes.2/ Principalement pour deux raisons la résistance farouche des grands propriétaires terriens et le fait que la réforme a été amorcée en 1979 de façon souvent malhabile (par exemple, on a donné des lopins de terre à des paysans sans le jr fournir les outils et la formation technique nécessaires), ce qui a entraîné une chute de la production agricole totale du pays (NDLR) 3/ «Now.who will run Salvador's military ?», John McAwards.in New York Times, 4 luin 1984 4/ Pour des raisons de sécurité, il s'agit d'un nom d'emprunt.5/ Lire à ce sujet : ei Salvador Une femme du front de libération témoigne.Ana Guadalupe Martinez, Édition des femmes, coll Femmes de tous pays.Paris.1981 6/ «Propos d'une révolutionnaire nicara- £ guayenne».entrevue avec Magda Henriquez.# LVR.novembre 1983, et «Simone de Beauvoir, o féministe».LVR, mars 1984 £ LA VIE EN ROSE 38 juin 1985 347816 Ich Hebe Deutschland, aime bien l'Allemagne.Mais lors d'un séjour en Bavière, chez des parents que je voyais pour la première fois, j'ai parfois entendu des propos qui m'ont fait dresser les cheveux sur la tête : «Les hommes ne font pas la vaisselle, tu vas faire rire de toi !» a-t-on dit à mon frère qui voulait aider à la besogne.«Mon homme va se lever et il va se fâcher si son déjeuner n'est pas prêt.» Évidemment, j'étais dans la partie la plus conservatrice de l'Allemagne, où domine la droite.Le sexisme, là-bas.est-il si différent de celui d'ici7 Si les Nord-Américains blaguent sur la libération des femmes, on dirait qu'ils ne s'affichent pas aussi ouvertement machos que les Bavarois : ça ne passe plus.Pourtant, les femmes ont obtenu le droit de vote en 1918 - bien avant nous -et c'est dès 1919 que la Constitution de la République de Weimar proclamait l'égalité des droits civiques.Mais sous le troisième Reich d'Adolf Hitler, les femmes les perdirent de nouveau.«L'unique tâche de la femme allemande est de servir l'homme ; de devenir la gardienne de son foyer, de son âme.de son corps et de son esprit, f Les Artisans des ateliers INSTAURAT IflM INTERIEURE décapage — rembourrage menuiserie & finition I L VENTE 754.rue Saint-Paul ouest.Montréal, Oué 875-5509 I J juin 1985 mais.jusqu'à son dernier souffle», déclarait Hitler en 1937.Il changea cependant d'avis pour les besoins de la guerre.À partir de 1944.les femmes participent, au même titre que les hommes, au devoir de la patrie.C'est ainsi que les Allemandes passèrent d'un statut de gardiennes à un rôle de coopérantes, pour devenir ensuite celles qui reconstruisirent le pays, beaucoup d'hommes étant morts au combat.Ce n'est qu'en 1969 que le gouvernement de la RFA1 abolit l'existence légale de la discrimination faite aux femmes.Du premier congrès de femmes en 1972 à l'Année internationale des femmes en 1975, le mouvement féministe allemand s'organise.Trois types de regroupements existent maintenant en Allemagne de l'Ouest2 : 1) Le Cercle pour l'avancement de la formation d'un parti féministe1, établi à Munich, qui a pour objectif premier d'aider les femmes à trouver leur identité.2) L'action féministe socialiste, formé à Cologne, qui propose aux femmes de se libérer de la double oppression du patriarcat et du capitalisme.3) Les mouvements féministes autonomes (comme ceux que nous connaissons ici), formés par des femmes seulement, qui.entre autres, publient des périodiques féministes comme Emma.Les femmes ont donc mis plusieurs années pour retrouver des droits qu'elles avaient déjà obtenus.Et le conflit des générations rend difficile la tâche du mouvement féministe.Celles qui ont vécu la guerre et qui ont participé au développement du pays n'acceptent pas facile-39 ment les alternatives proposées par les plus jeunes.J'ai eu l'occasion d'en parler, à mon retour, à deux Allemandes qui vivent au Québec depuis quelques mois.Elles me disaient que la génération des vingt ans croit que la bataille est gagnée.Comme ici, ces jeunes sont naïves quelquefois, mais le relent de conservatisme y est sans doute pour quelque chose.Le pays est maintenant dirigé par Helmut Khol.sous la bannière du parti CDC1.Ce gouvernement, très réactionnaire, rend fragiles les acquis des femmes.Par exemple, pour avorter en Allemagne, il faut trois papiers différents signés par un médecin, un travailleur social et un autre professionnel de la santé Certains centres de gauche ouverts à Berlin remettent aux femmes les trois papiers nécessaires, mais elles doivent ensuite se rendre aux cliniques légales pour lavortement L'aile droite du parti dirigeant et certains groupes anti-avortement souhaitent que l'on suspende l'aide thérapeutique et financière.Les femmes devront alors, comme par le passé, se rendre à Londres.Amsterdam ou ailleurs dans les Pays-Bas.Reste Berlin, où tout semble exceptionnellement plus libre.Depuis six ans.l'Université des femmes est ouverte à celles qui veulent échanger sur leurs conditions de vie.Des séminaires sont offerts chaque année sous un nouveau thème.Les féministes, à Berlin, sont plus nombreuses.On y a même vu des lesbiennes manifester, à l'occasion 1 En somme, le Nord est plus libéral que le Sud.les générations ne vivent pas le féminisme de la même manière, mais, là-bas comme ici, c'est surtout la vague de conservatisme qui semble la plus menaçante pour les femmes.Nathalie Watteyne 1/ République fédérale d'Allemagne 2/ Selon Sheffer.Harry G., Women in Two Germantes A comparative study of a socialist and a non-socialist society.New York.Perga- mon Press.1981.235 pages 3/ Traduit de l'anglais Furtherance circle for the formation of a feminist party 4/ Union chrétienne démocrate.697042 LA VIE EN ROSE Fiction Bas, bobettes et borborygmes par Sylvie Moisan Il n'était pas vraiment beau.Presque laid, en fait Mais vous avez ramolli et le ramollissement possède l'avantage de modifier considérablement les critères sélectifs de votre recrutement De petits yeux qui bougeaient sans cesse, à gauche, à droite, puis se posaient sur vous, juste là.Ce n'était pas tellement leur mouvement que l'endroit même où ils se posaient qui produisait cet effet sur vous.Et puis il y avait longtemps déjà que vous.Longtemps que vous n'aviez pas serré, mordu, sucé, baisé quoi II faut bien de temps en temps recréer le lien, le lien avec l'autre.Ça s'appelle aimer, ou baiser, ou survivre.Ça dépend de l'école C'est une question, pour ainsi dire, d'éthique.Mais l'éthique ce soir-là, avec les six bières et la demi-bouteille de vin Mais l'éthique ce soir-là.Ce n'est pas difficile.On lance un regard, on s'approche discrètement.Il faut avoir l'air décontracté, c'est important.Puis, après avoir engagé la conversation (le sujet importe peu), quand on sent que c'est le moment, on effleure, on touche.Il est en général assez bien vu de rire Pas trop fort quand même : ça fait fuir les mélancoliques et les intellectuels, deux catégories qui ne manquent pas d'intérêt.Vous ne savez pas si ce qu'il dit est drôle, intéressant, profond, intelligent, original II est tard déjà.C'est l'heure où l'évaluation est difficile.D'ailleurs, vous ne savez plus c très bien qui vous êtes, alors pour ce qui est | des autres.Ils n'ont qu'à décider eux-° mêmes.Ils n'ont qu'à savoir, à dire, à pren-| dre.«Il fera très bien l'affaire.Il est sùre-I ment beaucoup mieux que les autres», g vous dites-vous.Vous avez très envie qu'il | le soit.Vous êtes sûre qu'il l'est.De l'un à 1 l'autre, de l'envie à la certitude, il n'y a qu'une bière Vous la prenez, car ce velu sur ses bras, car cette nuque et ce sourire.C'est donc décidé.Vous le ramenez chez vous.Il monte l'escalier devant vous et ses fesses.Vous sortez la bougie, le petit joint.Il vous embrasse, vous serre.Ça s'annonce bien.Le radotage amoureux refait surface.«Une sorte de communication intense, sans mots», vous dites-vous pendant qu'il mordille vos oreilles, ses mains sur vos seins.Vous êtes contente.Il va se déshabiller.Il se déshabille.Vous lui déboutonnez sa chemise ; il l'enlève.Pas mal ! Puis l'instant se rapproche où vous veirez la chose, le secret, ce qui précisément occupait votre esprit alors qu'il vous racontait, avec verve, son voyage au Mexique.Il ouvre sa braguette, enlève ses pantalons et alors.le rêve s'écroule 1 La surprise, la déception, l'amertume vous assaillent : mais pourquoi donc n'a-t-il pas enlevé ses bas d'abord ?D'horribles petits bas de nylon noir avec un motif rouge vin, tout à fait semblables à ceux que porte votre pére.Et puis il a gardé aussi ses «bobettes».un slip jaune or dont le large élastique blanc gode autour de sa taille et duquel un testicule, échappé, déborde sur la cuisse.Il vous enlace passionnément et, la main sur vos reins, il vous embrasse.Pendant que sa langue sonde votre bouche avec une fougue qui ordinairement vous ravit, vous tâchez, non sans peine, de chasser cette image, comble du ridicule, que votre amant, en toute innocence, vous impose «On peut être quelqu'un de très bien et avoir des bobettes jaunes et des bas de nylon noir.Des vétilles, tout ça», vous efforcez-vous de penser durant que sa main explore votre sexe dont l'ètroitesse et la sécheresse témoignent de votre désarroi.Vous réussissez, avec tact car vous avez de l'expérience, à lui retirer ces deux vête- ments affreux et parfaitement incompatibles.Quel soulagement ! Enfin, vous finissez par faire l'amour, bien qu'à travers les images fantasmatiques que suscite toujours en vous cette sorte d'activité, revienne sporadiquement l'image «bas-bobettes» qui flashe dans votre esprit, rendant votre plaisir intermittent, votre orgasme improbable.Tant pis.Mais il vous reste toujours la tendresse.Vous posez alors votre tête sur sa poitrine et vous lui caressez le ventre, en toute amitié.Mais voilà qu'une vibration sonore, des bruits éclatants émanent de sa cage thora-cique Gargouillis.Borborygmes.Vous renoncez à l'échange post-copulatoire lorsque vous comprenez qu'il vous faudrait parler très fort, dans le silence nocturne, pour arriver à enterrer le vacarme de sa tuyauterie qui rappelle cruellement le caractère immonde de ce qui se corrompt, lentement, dans le ventre de chacun.Vous n'avez plus qu'à dormir.Mais lui l'a déjà compris.Un ronflement tonitruant atteste en effet de son sommeil profond, vous annonçant, pas très subtilement, que vous avez devant vous toute une nuit pour réfléchir aux vicissitudes de l'amour, à la difficulté d'être deux, aux joies de la solitude.Le lendemain matin vous fermerez les yeux lorsque, en bobettes jaune or, il remettra ses bas.Vous ne sourcillerez pas lorsqu'il réclamera du Cheez Whiz pour mettre sur ses toasts.Et.après lui avoir signifié que vous êtes pressée à cause d'un rendez-vous chez le dentiste, vous le regarderez descendre l'escalier, songeuse, en vous disant : «Dire que j'aurais pu l'aimer.celui-là ^ Sylvie Moisan poursuit une maîtrise en création littéraire à l'Université Laval de Québec.juin 1985 41 LA VIE EN ROSE Journal ntime et politique in 19 7 8 Cl est ce matin.Six heures et je I suis déjà hors des draps tièdes.Je n'ai pas envie de m'y couler m encore cinq minutes comme m d'habitude.Vendredi est enfin arrivé.Je remplis la baignoire et laisse mon corps se détendre dans l'eau un peu trop chaude.Je le regarde Je voudrais qu'il pardonne déjà la violence qu'il va subir et que je n'ai pas su lui épargner Mes seins sont enflés et les nerfs de mon cou tendus.Je m'habille rapidement et sors respirer l'air du matin déserté.Qui peut se permettre d'accuser un êtTe humain 7 Nous n'avons droit de jugement que sur nous-mêmes.Je suis étrangement calme Comme si ce qui m'attendait ne me concernait pas.Je lis.En fait ce qui se développe aujourd'hui en moi, ce qui se creuse en moi n'existe pas, ni dans ma tête, ni dans mon coeur.Non que je le rejette mais je suis tellement autre chose que je sens mieux.Mon esprit, mon corps tendent vers tellement d'autres symphonies.Et tu arrives.Nous ne parlons pas beaucoup Tu semblés nerveux.Je crains ne pas t'avoir assez dit à quel point ta présence m'a été précieuse.Je réalise encore une fois qu'on ne se connaît pas beaucoup.Où en sommes-nous dans nos sentiments ?Je me le demanderai souvent dans les jours qui suivront mais sans jamais te poser la question.Pour ne pas t'effrayer mais aussi pour ne pas avoir à me regarder de plus près.Je laisse tout voguer.Je t'aime mais je te crains.Je te crains pour cette déception que tu as de tes amours, pour cette rancune que tu as face à toi-même.Tu me prends par la main.Après les gestes fiévreux de l'amour, je découvre ceux de la tendresse, discrets, muets.Nous attendons.Tu m'embrasses.Tu me dis que tu t'inquiètes, je suis si petite, si frêle.Je te rassure.Et je te quitte.Le reste, je le vivrai seule.Et tu en es bien conscient.Que je te le dise, te le mime, tu ne le sentiras pas dans tes tripes.Ton corps sera absent et du même coup ton esprit Quand je vivrai la souffrance, tu risqueras de vivre la culpabilité mais comme nous nous respectons, je crois que nous nous sommes bien compris.Je ne | vivrai pas la vengeance et tu ne vivras pas la à culpabilité.Je souffrirai et tu pleureras de i ne pas pouvoir souffrir à ma place.C'est l tout.Simplement, tranquillement, g Nous sommes plusieurs.Nous vivons | toutes sensiblement la même chose mais i chacune s'est retranchée dans sa tour d'ivoire.Je n'en suis pas vraiment touchée.J'ai hâte de sortir et bien que j'agirai tout à l'heure en pensant à elles, je ne cherche pas à établir de contacts Je pense à toi qui te trouves dans la même situation avec les hommes.J'avais imaginé que tu t'étais mêlé.Tu m'as avoué par la suite que non.J'en ai été surprise.Je te croyais plus spontané, plus ouvert que moi.L'instant d'une minute, j'essaie de me redire ces mots qui provoquent une réaction chez les autres mais qui n'évoquent plus rien en moi.«Tu es enceinte et dans quelques minutes, tu te feras avorter.» Aucune réaction.Enfin, j'entre dans la salle.On me sourit.J'adopte cette position qui en amour est chaude et accueillante et qui, ici, me semble humiliante malgré toute la simplicité du personnel.Le médecin n'a vu de moi que mon sexe offert.J'ai l'impression d'être une bête mais je choisis de ne pas me laisser aller à cette révolte.On m'aidera.Preuve d'humanité quand de nombreux médecins fuient encore cette responsabilité.J'ai le temps de songer aux hôpitaux francophones qui se complaisent dans la lâcheté, à ce personnel médical anglophone qui m'entoure et s'efforce de me parler dans ma langue.J'éprouve une grande reconnaissance, un élan de chaleur pour ces infirmières.Je sens une solidarité entre elles et nous.Je regarde ce qu'on va faire à mon corps.On insère en moi cet instrument métallique, froid, qui me scie.Anesthésie.Le médecin pique le col de l'utérus.J'ai mal.Il travaille vite.Je tente de maîtriser ma souffrance.L'infirmière à mes côtés rit avec le docteur.Cela me fait du bien même si je n'arrive pas à saisir le sens de leur conversation.J'aurais envie de repousser le médecin, d'aira-cher cet instrument qui blesse ma chair.Je ferme un instant les yeux.On introduit un tube dans mon vagin.Je sais que c'est le moment où on aspirera l'embryon.Quelques secousses qui me déchirent et tout s'arrête.Le médecin m'explique quelque chose que je ne suis pas certaine de bien comprendre.Il me demande si ça va.J'arrive à sourire même si les larmes embuent mes yeux.Il recommence et cette fois la garde appuie très fort sur mon ventre.J'ai envie de hurler.C'est comme si on m'arrachait le coeur.Cet appareil suce mon sang et je ne suis que souffrance.Je ne réalise rien sinon que j'ai mal.Personne ne viendra me faire croire que j'ai songé à la vie qu'on arrachait en moi, je n'ai pensé qu'à moi, qu'à ma souffrance.Par fierté et par souci du personnel, je n'ai cependant pas prononcé un son.J'ai serré les dents.Quand le médecin a retiré le tube puis l'appareil de métal, l'infirmière a glissé une serviette sanitaire entre mes jambes et je me suis dépêchée de me remettre sur pied.Le médecin a dit que j'avais un sourire exquis.Je lui ai dit merci et sans m'appuyer sur l'infirmière, ni tenir mon ventre, je suis entrée dans la chambre, rejoindre les filles Je m'efforçais malgré les crampes qui me déchiraient à chaque pas de ne pas laisser voir combien j'avais mal.Il serait assez dur le moment où elles seraient de l'autre côté.J'ai fermé les yeux.J'ai senti mon ventre se tordre, se crisper.Une chaleur m'a monté aux joues tandis que mes mains devenaient de glace.J'ai su à ce moment que je n'avais jamais autant souffert et surtout qu'il n'y a aucune souffrance pire que celle qui atteint ce centre entre nous.J'ai laissé ces quelques minutes se perdre dans l'oubli.J'ai été présente à mon corps meurtri.J'ai enfin touché mon ventre tout chaud.Puis j'ai pensé à toi et j'ai rassemblé mes forces pour me relever et te rejoindre.J'ai souri à toutes.Je sentais la vie me reprendre.Un immense soulagement m'envahissait et je voulais te rassurer le plus vite possible.J'étais la première qui revenait vers vous, les hommes.Ils me regardaient tous cherchant une plaie, une déchirure.Il n'y avait qu'une joie d'être neuve.J'étais prête à revivre.Tu étais surpris de me voir souriante, sans plainte.Je voulais tout te dire, non pour tattendrir mais pour que tu puisses le plus possible être de mon expérience.Nous sommes sortis et tu m'as amenée vivre chez toi.Au milieu de cette laine brésilienne, de ces meubles québécois, de ces poils de chien qui me rendent toujours malade.Tu m'as bordée dans ton lit, m'as servie comme une enfant et t'es inquiété de mon visage pâle.Tu m'as parlé de toi aussi.Je t'ai vu attentif, affectueux.Je me suis surprise à n'attendre de toi que confidences et tendresse.J'étais au-dessus de l'amour ou peut-être au-dessous.En fait je ne le palpais pas.L'affection que j'éprouvais grandissait en même temps que l'estime.Je ne voulais pas tout gâtet en essayant d'y insérer l'amour J'étais heureuse.Et puis il y a eu le soleil sur ma peau cet après-midi, mes seins fermes et tes yeux sur mes jambes.Deux jours seulement avaient passé, on aurait dit vine éternité.Je mords déjà dans l'avenir.^ H.S.LA VIE EN ROSE 43 juin 1985 Littérature Bandes dessinées Elles dessinent par la bande par Sylvie Laplante Parmi vous, les bédéphiles en feront des bulles: toute une quinzaine, début juin, Montréal sera le haut lieu de la bande dessinée.D'abord avec le Salon international de la BD dans le Vieux-Port du 29 mai au 2 juin.Ensuite avec le Colloque de bande dessinée, à l'Université du Québec, du 7 au 9 juin *.Sylvie Laplante avait prévu le coup.Elle a cherché, trouvé et cuisiné (presque) toutes les dessinatrices québécoises de BD: peu en vivent, hélas, sinon par la bande.M M WÊ 1 taut être héroïque pour faire de M M I I la BD au Québec.» Marie Cinq-m m I Mars rappelle cette observation de Fred, le i élèbre bédéiste fran-^ çais.entendue lors d'un festival de bandes dessinées à l'Université de Montréal, il y a déjà huit ans.«C'est tellement vrai, me dit-elle, que j'ai lâché le dessin d'humour pour la peinture.» Manque de support et marché restreint, les bédéistes d'ici vivent toujours la même angoisse : où publier 7 Doublée, pour les femmes, d'une autre question : comment se tailler une place dans l'univers des «p'tits bonshommes» québécois 7 D'abord, sont-elles nombreuses à vouloir le faire 7 «Bonjour, j'écris un article sur les bédéistes québécoises.» - «Mmmm.Il n'y en a pas beaucoup, qui as-tu trouvé?», me répondent spontanément la majorité des dessinatrices rejointes au téléphone.Comme si on jouait à la cachette 1 Un marché vite fait Bon, il y a Croc.Heureusement.Mais on y retrouve peu de bandes dessinées signées par des femmes.«On ne peut se donner pour objectif une représentation égale des deux sexes.On ne trouvera jamais assez de filles, rétorque Jacques Hurtubise.l'un des fondateurs du magazine qu'on rit.Dans Croc, il y a beaucoup plus d'illustratrices que de dessinatrices de BD'.» Vous rappelez-vous, dans Châtelaine.ces mini-BD en bas de page du courrier des lectrices7 Pendant environ quatre ans, de 1976 à 1980, Mira Falardeau, Marie Cinq -Mars et Andrée Brochu se sont wE ctix>iB2-voos Pas Çu-il y a ?«jje Tâéïéisi NATtiiCfes p*Rt£ LifAie*n Peu X>E Bë3>ëv .- ET ûO'ELiej LvS,Ais*JT avait peu -p'HêRoiAlÊl- 3 ¦ y/ u Pé L>.¦ W t IV -* Mira Falardeau partagé cette petite place au soleil.Pourquoi C/iôte/amea-t-elle cessé depuis de publier des dessins d'humour 7 «Je ne sais vraiment pas, répond Andrée Brochu.C'était pourtant une formule intéressante qui favorisait les dessins de femmes.» À la rédaction de 1* revue, la réponse est plutôt évasive : changement de politique éditoriale, manque de bons scénarios Ghyslaine Fallu (dessins) et Francine Fer-rand (scénarios) ont été les dernières à signer des BD dans Châtelaine, avec une série de six bandes publiées sporadique- ment dans les années 80, 81.Après la parution éclair de quelques revues de BD.comme Cocktail Recueil BD.L'Eldorado et Iceberg, il y eut en 1983 la sortie de Titanic, consacré exclusivement à la BD.Pourtant tiré à 1 5 000 exemplaires, Titanic disparaissait à son tour en novembre 1984.«C'est vraiment dommage que la revue ait fait naufrage», dit Caroline Mérola, une bédéiste de 22 ans qui y avait publié une vingtaine de planches.«Je suis quand même chanceuse : depuis le mois d'avril, je collabore à la revue Filles MAUVAISES CWPn 1mb |5*0LAlRES CHE1 LES FULE} (DBilACLt syiTEMiQue) Andtée Biochu 44 juin 1985 LA VIE EN ROSE d'aujourd'hui.une page par numéro, c'est au moins ça.» «Patience et passion.ce n'est facile pour personne !», poursuit Caroline.Surtout que les places sont limitées : premier arrivé, premier servi 7 Cette impression d'arriver en retard, plusieurs bédéistes m'ont dit la ressentir.Comme si la «clique» des heureux élus était déjà formée et fermée.t \\*?Mois q^e se P°SSe Caroline Mérola De toute façon.Croc ne peut suffire à la demande.Un petit espoir : By Jove, une nouvelle revue créée par Jean-Pierre Leblanc, propriétaire de la librairie Fantasio (à paraître en juin) «Sans avoir les mêmes moyens que Croc, By Jove constitue quand même un support, une chance de publier, explique Diane O'Bomsawin On n'est pas payé-e-s mais on n'a pas non plus à répondre aux exigences du marché et on s'amuse » BD ou bénévolat ?Marie Cinq-Mars n'a plus le temps de «jouer» : «J'ai 33 ans, je vais avoir mon troisième enfant alors j'ai besoin d'un moyen d'expression qui me permette aussi de gagner ma vie.Depuis 1981, j'ai mon atelier de peinture et ça va très bien.» Marie a gagné, cette année, le cinquième prix de la compagnie McDonald du Canada : «La peinture est un art complet et reconnu.» «C'est important, la reconnaissance», poursuit Mira Falardeau, une pionnière dans le domaine.«Depuis que je fais de la caricature, je me rends compte que, contrairement à la BD, il y a une tradition de caricature au Québec.Les caricaturistes sont pris-es beaucoup plus au sérieux et sont rémunéré-e-s en conséquence.» Pour les bédéistes, on ne peut pas parler de métier.«Heureusement que j'ai droit au chômage!, s'exclame Marylène Compère-Lesage, alias Woolie.J'ai créé une série de bandes dessinées : Julie.histoires en quatre cases, sans texte.J'ai réussi à la vendre, en partie seulement, à une agence de presse régionale.A La Presse, on m'a répondu que ça coûte trop cher d'acheter des bandes dessinées d'ici.Et Croc ?«Je n'ai pas encore essayé parce que je ne suis pas sûre que mon style corresponde à la revue.Et j'ai connu Titanic trop tard.» Marylène a aussi tâté le milieu publicitaire en proposant à une compagnie de nourriture pour chats une BD : Mia et Mal histoires de chats Toujours pas de réponse.«Moi.pour vivre, explique Lucie Faniel, j'ai fait toutes sortes de choses comme, par exemple, des jeux pour enfants dans La Presse Là, je reviens du Festival de bande dessinée d'Angoûlème et j'ai déjà envie de retourner en France.Il y a tellement plus de possibilités !» Les trois d'Angoûlème Seulement quatre femmes avaient posé leur candidature à l'Office franco-québécois de la jeunesse pour participer à la fin de janvier dernier au célèbre Festival d'Angoûlème.«Finalement, on n'était que trois filles sur les 28 représentants québécois, explique Johanne Cullen.Il fallait soumettre une bande dessinée ou un dessin d'humour sur le thème : Être jeune en 1985.C'était super et ça permettait de voyager pour pas cher.» Johanne.25 ans, est la dessinatrice (Type) de la série Stéréotypes publiée dans Croc, sur un scénario de Pierre Claveau (Stéréo).«J'ai de la chance de travailler avec un scénariste.C'est rare au Québec, de pouvoir fonctionner à deux.» En fait, il y a un autre duo.aussi formé d'une fille et d'un gars, mais aux rôles inversés : Sylvie Pilon écrit le scénario et Jules Prud'homme dessine Xavier, le cégèpien dont les aventures étaient publiées dans Titanic et le seront bientôt dans Croc «Le secret, de dire Sylvie, c'est de bien se connaître et de vouloir dire les mêmes choses.S'il n'y a pas plus de scénaristes de BD au Québec, c'est que le marché est bien trop restreint pour qu'on puisse se spécialiser.Il faut écrire pour le plaisir.» Marylène Compère-Lesage, allas Woolie Rtiiré.Par.ce.fumet, il.retrouva son Ohem'ia) .Lïme l'attendait avec un délicieux flat de palper! Marie Cinq-Mars Johanne Cullen.elle, mise sur le réalisme de Stéréotypes : «Nous voulons que les gens s'identifient à l'histoire, aux dessins, aux propos.L'important, c'est ça et évidemment l'humour.» Même sexiste ?La recherche de gags est-elle une exigence de la BD 9 Même si l'humour à tout prix implique souvent des aspects sexis- olsa ttJ&MÙBà Lucie Fonlel tes ?La question provoque soupirs, hésitations et agacement des dix dessinatrices interrogées.Caroline Mérola.qui était aussi du voyage à Angoûlème, se risque : «Il faut faire attention au sexisme, c'est vrai, mais il ne faut pas non plus se coller une étiquette de «femme à ne pas toucher».Par exemple, mes personnages féminins sont souvent, comment dire, un peu naïfs.Mais ce n'est pas du sexisme : la naïveté est un prétexte à gags.D'ailleurs, il y a beaucoup d'action dans mes BD : je veux qu'elles soient fortes et qu'elles t'embarquent dans l'histoire.» Lucie Faniel.33 ans, la troisième participante à Angoûlème, est aussi réticente face aux BD à tendance féministe : «Je pense à Olga, un personnage que je signais dans les débuts de Croc Olga et les juin 1985 45 LA VIE EN ROSE Guylaine Desrochers bêtes était jugé féministe par certains et certaines.En fait, la bande était plutôt bête, puisque les personnages masculins étaient représentés avec des têtes d'animaux.Finalement.Olga n'était pas vraiment plus dégourdie que les autres personnages féminins de bandes dessinées.Je lui reproche après coup d'avoir été un peu trop passive et assez mignonne.» Sa nouvelle série, Flip tip, publiée dans Croc.est plus légère.«Plus fantaisiste, précise Lucie.Et cette fois, tous les personnages sont des animaux !» Du journalisme visuel Sans vouloir créer un moule «BD de femmes», on constate que les dessinatrices accordent, en général, plus d'importance au contenu et à la réflexion qu'aux gadgets graphiques, et que leurs histoires sont plus proches du quotidien que des aventures tout à fait farfelues, genre péripéties policières ou aventures extra-terrestres.Pour Mira Falardeau, la bande dessinée ou le dessin d'humour ne doivent pas être que de l'humour pour de l'humour.«C'est du journalisme visuel.Du moins, c'est comme ça que j'aimerais le pratiquer.Dans Châtelaine, je me prononçais en tant que femme, je parlais du vécu des femmes et de leurs préoccupations, puisque c'étaient aussi les miennes » La caricature répond donc très bien aux aspirations de Mira : elle en publiait une première dans Le Soleil de Québec, fin mars, ce qui fait d'elle la seule caricaturiste d'un grand journal québécois.Andrée Brochu, comme dessinatrice d'humour, travaille aussi dans un domaine sérieux.«J'aime illustrer, avec des littérature dessins uniques ou à cases, avec ou sans bulles, les documents réalisés par divers organismes : le comité de condition féminine de la CSN.la Centrale des enseignantes et enseignants du Québec, l'Institut de recherche appliquée sur le travail.Tout le côté graphique m'attire : illustrations et pages couvertures, par exemple, comme je l'ai souvent fait pour La Vie en rose.» Comme Mira Falardeau, Andrée a participé à l'exposition Art et Féminisme en 1982.Dans le catalogue réalisé à l'occasion, les organisatrices disaient d'elle : «L'humour accentue ici aussi bien la vanité que la gravité du conflit féminin.» Un humour critique à tout prix plutôt que d'abord militant7 «Comme l'a déjà dit Clémence Desrochers : "Je suis une femme, j'écris et je vis en femme mais c'est difficile de censurer le rire3." Ce que je recherche avant tout, c'est développer mon sens de l'humour, comme un sixième sens » Biscuits au chocolat et BD C'est un moment par excellence pour Diane OBomsawin : être au lit avec un verre de lait et une pile d'albums de BD Diane est tombée dans cette passion magique quand elle était petite, comme Obélix dans la potion.À 25 ans, elle en veut toujours plus.«J'en lis tellement que j'ai l'impression de ne pas être assez bonne pour en faire ! Tellement que je préfère lire des bandes dessinées et faire de la peinture.Mais je ne pourrais pas me passer non plus de dessiner.J'ai envie de faire une BD qui risque, moins conventionnelle, comme on en faisait à Iceberg*.» Diane est attirée par l'humour noir, la dérision, l'absurde.«Mais je n'ai pas de but précis quand je commence une BD, dit-elle, contrairement à ma copine Judith, qui est plus.structurée.» Et Judith de répondre : «C'est que je ne suis pas une maniaque de BD comme Diane Souvent, je décide de dessiner parce que j'ai lu ou vu quelque chose à quoi j'ai envie de répliquer Ce sont les sujets féministes qui m'intéressent » Judith Gruber-Stitzer est aussi musicienne dans le groupe Wondeur Brass : «C'est justement Diane 0'Bomsawln LA VIE EN ROSE 46 juin 1985 Diane qui a conçu la pochette de notre premier long-jeu.» Diane fait aussi de la BD en peinture et elle a participé à l'événement 3 \ 4 de BD en direct aux Foufounes électriques l'année dernière.L'aventure des albums Jusqu'à présent, une seule bédèiste québécoise a produit un album.«Presque deux.» Christine Laniel sourit : «Le tome II de Carcajou devrait sortir avant la fin de l'année.» Le glouton continue donc de raconter ses légendes indiennes.Fruit d'une longue recherche en collaboration avec des anthropologues, la production de Carcajou a été rendue possible grâce au Conseil Attikamek-Montagnais et à la maison d'édition Appartenance.Guylaine Desrochers, elle, pourrait publier bientôt son premier album, si elle obtient - ô suspense 1 - la subvention miracle nécessaire à sa production Entretemps, elle met au point les enquêtes policières que Julie, une sergente-détective hors pair, aura à mener si le projet se concrétise.«Pour l'instant, chuchote-t-elle, c'est top secret !» Guylaine a déjà publié dans Titanic et dans Croc, et dessiné une série de chroniques sur des gens de Lanaudière.Le monde de la bande dessinée n'est pas toujours aussi drôle que ses artisanes et artisans le souhaiteraient : il n'en demeure pas moins fascinant.Et si j'avais à résumer mon impression générale face à ces femmes qui font de la BD, je dirais : folie et passion.Une passion qui m'a conquise et une folie contagieuse qui, je l'espère, contaminera les directeurs et directrices de journaux et revues d'ici.Vite, qu'on leur fasse une place et qu'on leur donne une chance de nous faire rire, enfin ! ^* Sylvie Laplante.son bac en communication terminé, fait de la pige Au Salon : 150 exposantes, une vingtaine d'invitè-e-s québécois-es.canadiens ou européens, dont trois filles : Christine Laniel.Caroline Mérola et Sylvie Pilon, un hommage à Albert Chartier.le père d'Onèsime (vous ne lisez pas le Bulletin des agnculteurs ?).Au Colloque, destiné à «regrouper et stimuler le milieu québécois de la BD» : 27 heures de communications, ateliers, tables rondes, dans une perspective non académique malgré le uhème À 1 école de la BD Pour plus d'information sur les deux événements : 6024.rue Christophe-Colomb.Montréal H2S 2G2.tél.: (514) 273-9033.I / Entrevue avec Jacques Hurtubise et Hélène Fleury, réalisée par Catherine Saouta.dans Imagine no 25.juin 1984 21 An et féminisme.Gouvernement du Québec, ministère des Affaires culturelles.Musée d'art contemporain.1982 L'exposition avait lieu du II mars au 2 mai 1982 3/ «Chère Clémence», entrevue réalisée par Hélène Pedneault dans La Vieenrose.juin 1982 4/ Mini-revue de BD créée au début de 1984 Cinq parutions seulement, avec contribution bénévole des dessinateurs-trices.POUR LÉ.NU>\eRO DE.NOEl-, EU-L-£.^ LXW/ i.£A FAIT 00 QUE^ JE- PONP£ DE£ &/\HDE£ PE^INéE^.TE-COMMEHCts.A* AVOlf^ AVOINE £>l£T>ÉW I» • t I ¦ t i • • ¦ ¦ ¦ 88 Johanne Cullen juin 1985 47 LA VIE EN ROSE cinema Helma Sanders-Brahms L'espoir, c'est après le cinéma Avec quelque 16 films et des rétrospectives à travers le monde, Helma Sanders-Brahms est l'une des cinéastes allemandes les mieux connues à l'étranger.Fin mars, elle passait rapidement à Montréal présenter L'Avenir d'Emilie et une rétrospective au Conservatoire d'art cinématographique.Une petite heure entre Los Angeles et Berlin, elle nous a parlé du cinéma et de son dernier film, citant avec simplicité des exemples tirés de sa propre vie.La première fois que j'ai vu Allemagne, mère blafarde, je suis sortie du cinéma avec l'impression de ne plus avoir de souffle : je pense que j'avais cessé de respirer pendant la projection.Ébranlée, certes, par l'histoire, mais aussi par cette façon immodérée de dire et montrer les choses Comment pouvait-on faire un cinéma aussi extrême ?J'ai su plus tard que les films de Helma Sanders-Brahms ont suscité de vives critiques dans son pays.On a qualifié Allemagne de pro-tasciste.Heinrich d'apolitique et une amie féministe ne lui parle plus depuis Lavenir d Emilie Ce rendez-vous avec elle m'a fait découvrir une femme que je soupçonne de vivre avec les angoisses insolubles de celles et ceux qui refusent l'injustice et les réponses rassurantes Son cinéma ne peut qu'être qu'inconfortable.Helma Sanders-Brahms: L'humanisme, la science, la recherche effrénée du progrès ont mené cette planète dans un gouffre désastreux.On a exploité le Tiers-Monde de manière invraisemblable.Sous prétexte d'être rationnel, on a éliminé les mythes, la sorcellerie, on a inventé l'exploitation par l'argent.Je crois que c'est le temps de réagir parce que le monde est arrivé à un moment où la vie ne peut pas continuer comme ça.La vie ne va pas continuer.par Diane Poitras Pour moi, les femmes ont aujourd'hui le devoir de combattre ce système.Mais je me demande si nous ne sommes pas trop faibles.Il y a en nous tellement de choses qui nous lient à ce système ! DP : Qu'est-ce que vous voulez dire ?HSB : On a les mains liées 1 Comme Isabelle qui voyage d'un bout à l'autre du monde.Comme Paula qui est mariée à un général.Je vais m'exprimer autrement.Il y a longtemps, j'ai vu un tout petit film colombien qui ^nontrait une mendiante indienne devant la vitrine dune boutique de pellicule photo.Pendant le film, on voit la femme mourir.Et à la fin.il y a cette dernière image qui dit : «Ce film a été fait sur pellicule Kodak.».(silence) C'est un exemple des contradictions avec lesquelles on vit.Je vais vous raconter une autre histoire.Un jour, j'ai été invitée à Bali.Et comme tous les touristes, je voulais fuir les touristes.Comme il y avait quelqu'un pour me montrer l'île, j'ai demandé à voir de vraies fêtes paysannes.On m'a emmenée dans un village et c'était tellement beau ! Il y avait là une trentaine de fciL-ies de tous les âges, qui dansaient sur la place.Et même les femmes de 80 ans étaient toujours belles avec leur corps souple 1 À un moment donné, un des musiciens s'est levé et est parti.Puis un autre.Et lentement, tous les musiciens et toutes les femmes sont disparus derrière une petite porte au fond de la cour.J'y suis allée aussi et j'ai trouvé une autre place, très grande, où tout le village était rassemblé.Il y avait là un grand écran et un vieux projecteur qui faisait un bruit temble, comme un vieillard en train de tousser.Et tous ces gens, assis, regardaient un film de John Wayne ! Je me suis demandé : «S'ils projetaient un film de moi.est-ce que ça changerait quelque chose 7» DP : C'est un constat assez pessimiste ! HSB : Oui (rires).Mais il faut quand même être honnête ! DP : Si on parlait de L'avenir d'Emilie (voir page 50) Ce film est-il un constat d'échec pour les femmes qui veulent concilier maternité et autonomie ?HSB : Non.C'est l'échec du mariage de Paula aussi bien que celui d'Isabelle.L'échec est certainement double.Je parle souvent avec des femmes comme moi, qui, à deux heures du matin, quand elles ont bu assez de vin pour le constater, avouent ne pas réussir à mener une vie émotive satisfaisante.Elles admettent qu'elles auraient aimé une sorte de constance et qu'elles se sentent souvent seules.Par ailleurs, je connais beaucoup de femmes qui, chaque fois qu'on mange ensemble, me disent: «Mais qu'est-ce que j'aimerais être toi ! Je ne supporte plus cette vie.Je ne supporte plus cet homme, on ne fait plus l'amourdepuis dix ans.» LA VIE EN ROSE 48 juin 1985 Je ne sais pas comment résoudre la question.Et je ne sais pas si ma fille aura la force de vivre d'une manière plus heureuse D'une certaine façon, je crains qu'elle aussi ait son échec.Le film est fait pour constater ça et questionner.Je ne crois pas, en principe, que les films peuvent vraiment donner des messages ou des leçons.DP : As-tu l'impression que c'est précisément ce que ton amie féministe n'a pas accepté ?HSB: Peut-être, oui.On aimerait que le cinéma donne de l'espoir.Mais on peut très rarement trouver des histoires qui remplacent l'espoir brisé de notre vie.Je me méfie beaucoup d'un cinéma qui essaie de stimuler de faux espoirs.L'espoir, c'est après le cinéma.Si.après être sorti-e de la salle, on se pose de nouveau les questions essentielles de sa vie, alors là, peut-être.DP: Ne pensez-vous pas qu'Isabelle risque fort d'hériter de la haine de sa mère ?HSB : Oui.Bien sûr, elle risque ça.C'est ce que lui dit Paula, sa mère : «Tu vas aimer ta fille et elle ne te comprendra pas Elle t'aimera et tu ne la comprendras pas.» | (soupir) Toutes les générations refusent â les générations précédentes Pourquoi 7 | Pourquoi la génération de nos parents 3 nous semble-t-elle toujours la plus retar-s dée 7 £ Toutes ces mères qui disent : «Je suis la meilleure amie de mon enfant.» Je me demande si ce n'est pas un mensonge qui va se retourner contre elles.Par exemple, j'ai une amie qui ne cesse de répéter : «Je suis la meilleure amie de ma fille.» Tout le temps 1 Et la fille, toujours calme, ne répond pas.ne dit pas : «Oui, maman, c'est vrai.Oui.on s'aime !» Non.elle reste tranquille.Ma génération a tendance à croire que nous ferons mieux que nos mères Mais ce sont les enfants qui décident.DP : Parlez-moi de ces médailles de guerre, si dérangeantes dans L'avenir d'Emilie.HSB : (Elle sourit) Ça.c'est la gloire qui reste des guerres.et c'est triste.Il vaut mieux décorer des nounours avec ces médailles 1 Mais, au-delà du jeu.ce film parle certainement de guerre : la Deuxième GuerTe mondiale, la guerre de Penthésilée et Achille.Cinema is a battlefield ' Il est vrai aussi qu'aujourd'hui, après 16 films, je regarde les petites choses qui en restent, les prix remportés, et c'est comme des médailles.Ma fille adore les montrer à des amis : «Regarde, c'est en or et ça brille '» Mais d'une certaine façon, c'est nul ! Je voulais que le film montre cela aussi : toutes ces batailles gagnées dans le monde des hommes.D'un autre côté, il y a toutes les batailles invisibles, les principales de notre vie.comme cette déclaration de haine de Paula, la nuit, qui est aussi une déclaration d'amour.Et ce soulagement qu'éprouvent la mère et la fille à la fin.quand elles rient toutes les deux sur ce qui s'est passé.Moi.je trouve que là.tout le monde a gagné sa décoration ! (rires) DP : Dans cette scène entre Paula et Isabelle, vous passez du réalisme à une autre dimension Un éclairage nouveau arrive don ne sait où et Paula chante pour la caméra Pourquoi ce glissement ?HSB : Ce film commence par des scènes très réalistes.Puis il y a l'image d'Isabelle marchant dans la rue couverte de poissons morts et c'est déjà très surréaliste.Bien que ce soit aussi d'un réalisme très fort.Avec l'étrange scène d'amour dans l'hôtel, tout commence à se déplacer vers une vision intérieure.Alors, quand la mère et la fille se rencontrent, il est très tard dans la nuit et on est déjà loin du réalisme.Au moment où Paula se met à danser, la chambre est complètement vidée de ses meubles, qu'on a enlevés petit à petit pendant la scène.Et cette lumière qui s'allume derrière elle, c'est son rêve de vedette.Je voulais la flatter un petit peu par cet éclairage, lui créer l'auréole de ses rêves.C'est ce qui rend la scène en même temps merveilleuse et triste.DP : Ce scénario est beaucoup plus linéaire que ceux de Allemagne, mère blafarde ou Heinrich.Pourquoi 7 juin 1985 49 LA VIE EN ROSE Cinéma HSB : J'ai pensé que pour raconter des conflits aussi déchirants mais en même temps familiers, il fallait m'approcher le plus possible d'un cinéma auquel les gens sont habitués.J'ai voulu séduire le public par la forme, qu'il entre facilement dans le film et en sorte avec un peu plus de souplesse.DP: Est-ce pour vous un tournant une nouvelle façon de faire des films 1 HSB : Non.J'ai écrit ce scénario pour Brigitte Fossey et Hildegarde Knef, des comédiennes habituées à des rôles semblables.De plus, le conflit mère-fille est classique et c'est les Grecs anciens qui l'ont le mieux interprété.C'est pourquoi j'ai voulu m'approcher comme eux d'une unité de temps et de lieu.DP : Vous avez déjà dit de très belles choses de vos rapports avec Eva Mattes et Hemrich Ciskes.qui tiennent respectivement les rôles principaux de Allemagne.et de Heinrich.Écrivez-vous toujours vos scénarios en fonction des comédien-ne-s ?HSB : Normalement, je ne travaille pas longtemps à l'écriture d'un scénario.Je me suis tellement imprégnée du projet que le texte en sort facilement : Heinrich, je l'ai écrit en quatre jours ! Mais la participation des comédien-ne-s peut prendre plusieurs formes.Je ne m'assieds pas forcément à une table avec eux pour discuter.Quelquefois, oui.pour mieux les connaître, mais d'autres fois je les connais déjà, de l'intérieur.Hildegarde.par exemple, j'ai écrit le L'avenir d'Emilie : Hildegarde Knef et Brigitte Fossey L'avenir d'Emilie Le nez dans son assiette pendant que maman et grand-maman s'échangent de vieux griefs, Emilie lève parfois la tête et claironne : «Quand je serai grande, je vais me marier avec Papi !».Isabelle, la maman en question, est comédienne et.lors de ses tournages, confie la petite aux grands-parents qui la gâtent avec application.Cette fois.Isabelle est revenue exténuée, insomniaque et avide de repos.Mais voilà, un amant l'a suivie jusque dans sa retraite, sa fille est tyrannique et ses parents, belliqueux.Ils lui reprochent encore sa carrière trop voyante, ses amants, sa liberté Ce n'est pas dans cette charmante maison de la côte normande qu'elle trouvera le calme.Après une courte fugue nocturne, Isabelle trouve sa mère assise dans le noir, avec ses vieux rêves de gloire et un verre de rouge à portée de la main.Isabelle se détend et laisse tomber sa méfiance.Elle confie que sa vie dispersée lui pèse parfois et qu'il lui arrive même de rêver d'une stabilité amoureuse et affective.Quant à Paula, qui se consume d'insatisfaction et de désoeuvrement, elle ne cache pas qu'elle envie sa fille.Paula a abandonné ses ambitions de comédienne pour suivre un militaire français et fuir une Allemagne meurtrie par la guerre.Mais les anciennes blessures refusent de guérir.Et les deux femmes se heurtent à nouveau : déclarations d'amour et de haine.Cette scène est un moment de vérité et de folie.Une nuit blanche où l'alcool les rend à la fois lucides et confuses, au rythme de cette lumière intermittente provenant d'un phare au loin.scénario sans la connaître.Je suis allée à Los Angeles et je lui ai dit : «J'ai écrit ça pour vous.Voulez-vous jouer ce rôle 7» Et elle m'a dit oui parce qu'elle a senti que c'était vraiment pour elle.DP : Alors, il ne faut pas se tromper ! HSB : Non ! (rires) DP: En terminant Helma.qu'est-ce que ça vous fait, toutes ces rétrospectives de vos films ?HSB : Oh 1 Je me sens bien vieille ! Mais ça me permet de constater que ces films ne sont pas les produits d'une mode.Ils ont bien vieilli.Encore maintenant, les gens en sortent troublés Au petit déjeuner, lorsqu'Emilie et Papi (dessiné à gros traits, il est vrai) boudent les deux sorcières, Paula réintègre son rôle et trahit sa fille encore une fois.Retour des choses à la fois choquant et inévitable.Puisqu'elle a accepté, il y a fort longtemps, d'être la gardienne des valeurs traditionnelles, Paula n'a pas vraiment le choix.Elle est à la fois le pilier et le centre d'un monde.Ce n'est pas un hasard si l'essentiel du drame se déroule dans sa maison.Ce lieu à son image, élégant et impeccable, est enchâssé entre le plateau de tournage, (univers d'Isabelle) et l'immense plage baignée de lumière et balayée par les vents où Isabelle encore, va courir avec sa fille.Il y a longtemps que Paula ne va plus s'ébattre sur les plages.Hildegarde Knef.qui n'avait pas joué depuis 10 ans, est éblouissante dans le rôle de Paula.Elle y met toute la triste amertume des mères vieillissantes, trop longtemps dévouées pour ne pas être dominatrices.Les autres comédien-ne-s.par contre, déçoivent.Bien que crédible dans l'ensemble, Brigitte Fossey se met parfois à réciter sur un ton monocorde.Une distance se crée souvent entre les comédien-ne-s et la caméra : comme s'ils-elles refusaient de coller à la fiction sans qu'on sache pourquoi.Si c'est par choix d'une mise en scène volontairement théâtrale, le risque est grand.Surtout pour un film qui vise un public large.Enfin, je n'ai pas été captivée tout au long du film avec une égale intensité comme cela avait été le cas pour Allemagne, mère blafarde ou Les noces de Shirin Ces films si solidement structurés que chacune des répliques, chacun des gestes des comédien-ne-s et presque chaque plan se justifie par sa beauté, sa pertinence et contribue à créer une parfaite cohésion entre l'histoire et les images qui la racontent \s D I' LA VIE EN ROSE 50 juin 1985 Patricia Nolin et Odette Gagnon Theatre Thérèse d'Avila parmi nous Primeur à La Vie en rose : c'est la première fois qu'Odette Gagnon et Patricia Nolin acceptent de parler du travail d'écriture qu'elles font en silence depuis février 84.Elles sont en train d'achever une pièce sur et avec Thérèse d'Avila Titre encore provisoire : Figures de Thérèse dAvila.Patricia : Ça fait quinze ans que j'y pense.Elle est arrivée dans ma vie comme une personne ordinaire, tout d'un coup, tout bonnement.La veille elle n'était pas là, et le lendemain elle était là.Odette : Il nous fallait le silence absolument parce que je crois qu'on banalise un sujet si on en parle trop en cours de route.On peut en parler maintenant.Hélène : Comment voulez-vous nous la présenter en 1985 7 Patricia : Comme si elle était assise là avec nous : «Hélène, je te présente Thérèse.» Elle vient nous voir, elle «bosse» notre travail.! C'est difficile de la lire avec les yeux d'aujourd'hui.Mais Odette et moi on la décode parfaitement maintenant.On a tout lu, d'elle et d'autres, à côté.Nous avons affaire à une abondance inouïe.Le pire travail est de choisir.Odette : Quand on commence à la lire, on sait qu'elle ne nous lâchera plus.Je viens de rencontrer quelqu'un pour la vie.Thérèse d'Avila : 1515-1582.Espagnole.Est entrée chez les Carmélites à 15 ans.Elle a été malade toute sa vie.ce qui ne l'a pas empêchée, à partir de 45 ans, de fonder 29 couvents de femmes et d'hommes, et de voyager sans arrêt à travers l'Espagne.Tout ça parce que qu'elle vou-| lait que son Ordre revienne à la règle • Une atmosphère de détente où vous dégusterez les crêpes les plus légères et les plus délicieuses ! •• «Lu meilleure crêperie* André Robert 1775 St.Hubert, Montréal (Métro Berri) 521-8302 Le public est jeune et rit de bon coeur Particulièrement lorsque le mari de Roberta est forcé d'admettre qu'il a vécu avec une femme sans la connaître : «Comment peux-tu affirmer qu'elle n'est pas lesbienne, lui dit sa soeur, tu ne savais même pas qu'elle était prostituée !» Et ce qui fait rire alors, ce n'est pas l'allusion au lesbianisme, mais bien l'ahurissement du mari « straight".Bien sûr.c'est gros.Et certains gags tombent à plat Mais l'humour questionne habilement les représentations figées de la sexualité et du couple.Les comédien-ne-s sont irrésistibles ; particulièrement Madonna, beaucoup plus surprenante, parce que moins stéréotypée, que dans ses vidéo-clips Écrit, réalisé et produit par des femmes.Desperately Seeking Susan est un bien agréable divertissement.Diane Poitras Silence, elles tournent, Festival Silence elles tournent à Montréal, au cinéma de la Place Guy-Favreau et à la Cinémathèque québécoise, du 6 au 16 juin.«Le propos des femmes cinéastes s'éloigne de plus en plus de l'hyperréalisme.Non seulement, elles ne se cantonnent plus dans le documentaire, mais leurs fictions mêmes cherchent moins à se rattacher à des problématiques collées au réel ; elles s'ouvrent sur l'imaginaire.» C'est ainsi que Louise Martinet Lynda Soucy.organisatrices du festival Silence, elles tournent résumaient en avril dernier ce qu'elles ont vu au T Festival international de films de femmes de Créteil (ex-Sceaux).Le festival Silence, elles tournent rendra hommage à Mai Zet-terling (en présence de la réalisa- trice) dont on montrera cinq longs métrages incluant son récent Scrubbers, un film très dur.semble-t-il, sur les adolescentes en milieu carcéral.À surveiller aussi : Les premiers pas.de Jutta Bruckner : The Gold Diggers, de Sally Porter ; The Ascent, de Larissa Sheptiko.un film grandiose qui a remporté un Ours d'or au Festival de Berlin 1977 Personnellement, je serai curieuse de voir Wanda.de Barbara Loden, les films de Jeanne Lahrune, réalisatrice française, qui, à ma connaissance, n'ont pas été présentés à Montréal, et Samba de la création du monde de la Brésilienne Vera de Figueiro (primé à Venise 1984), «.un opéra samba où se confondent carnaval, mythes du Candomble et philosophie Nago».i Nez.gorge, oreilles Dans la sélection vidéo (faite en collaboration avec Vidéo Femmes), on pouna revoir Les Tatouages de la mémoire de Helen Doyle.On fait toutes du show business, de Vidéo Femmes.La différence na pas d'importance, de Stella Goulet et Daniel Guy, Hell d'Ardèle Lister (une Canadienne qui habite aujourd'hui New York).Heroic Definitions, de la Canadienne Sara Diamond et Nez.gorge, oreille d'Eisa Cayo.Au moment où j'ai rencontré les organisatrices, plusieurs titres restaient à confirmer.Mais elles nous promettent des surprises.Un événement, donc, à ne pas manquer.Diane Poitras juin 1985 57 LA VIE EN ROSE Théâtre .Petites et grandes guerres Nature morte d'Emily Mann, au Théâtre de Quafsous à Montréal, avril 1985 Avec Nature morte, j'aurai vu presque tous les spectacles du Quafsous cette saison.J'ai déjà parlé d'aurore, l'enfant martyre et de Circulations mais pas de Théorème 85, car nos délais ne le permettaient pas.Dommage, parce que j'aurais au moins voulu dire que cette reprise et refonte du film de Pier Paolo Pasolini est sans doute le show le plus erotique que j'aie pu voir (quoique au moins un critique masculin ait affirmé le contraire).Comme je considère que le futur appartient à l'érotisme (puisque le présent appartient à la pornographie), j'apprécie toutes ces tentatives, même si nous ne sommes apparemment pas prêt-e-s à nous entendre sur les définitions.Tout ça pour dire que le répertoire du Quafsous m'impressionne de plus en plus (Louise Latraverse y serait-elle pour quelque chose ~>) et le dernier spectacle ne vient que renforcer cette impression.Traduit de l'américain.Nature morte (Still Life) se présente comme un documentaire, composé d'extraits d'entrevues sur la violence aux États-Unis.Trois monologues se complètent et s'entrecroisent : celui d'un jeune homme qui n'est jamais vraiment revenu du Vietnam, celui de sa femme - qu'il bat, qui ne comprend plus rien et se réfugie dans la grossesse - et celui de sa maîtresse, femme d'une quarantaine d'années qui, elle, comprend, philosophe sur la violence et s'affiche féministei «Voici donc l'horreur d'une grande guerre mise en parallèle avec celles, plus intimes, qu'on appelle «guêtres domestiques», dit le dépliant publicitaire.Si ce spectacle n'est pas très prenant au niveau dramatique (il n'y a pas d'évolution comme telle, pas d'interaction entre les personnages), il l'est dans ses propos.La prise directe sur la réalité permet de dépasser la simple dénonciation de la guerre à grande ou à petite échelle.Nous allons de la misère affective de Mark, pour qui le combat est «érotisant».à celle de sa femme, qui le déteste de plus en plus, à celle de Nadine, au regard à la fois cynique et clairvoyant.C'est Nadine, à mon avis, qui fait le spectacle, qui en est le clou (et Michèle Deslauriers est excellente dans le rôle), car elle amène toutes les nuances par ses propos discordants ou provocants : «Je comprends Mark.J'aurais fait la même chose à sa place » «Un plaidoyer pour un interrogatoire sur les autres et sur soi.une tentative de compréhension de notre propre violence et l'espoir que, par cette compréhension, on puisse un jour - comme le dit Nadine - se protéger et faire surface», voilà tout ce que promet Nature morte.Francine Pelletier La dépression et l'euphorie Je t embrasse Sylvia, de Rose Leiman Goldemberg.d'après la correspondance de Sylvia Plath.éditée par Aurélia Schober Plath sous»le titre de Letters Home Traduction : Rosemarie Bélisle.Mise en scène : Michelle Rossignol Avec Huguette Oligny et Christiane Proulx.Au Café de la Place des arts en avril Je ne serai pas objective (l'est -on jamais), je ne puis l'être.J'ai sangloté ce soir-là.sans honte et avec bruit, moi qui ne pleure jamais au théâtre.Letters Home, jouée d'abord à l'atelier de l'American Place Theatre de New York, s'est vue rapidement produite à Londres, en Australie, en Israël, au Danemark, en Norvège et en Grèce.Le Théâtre de Paris reprit la pièce en 1984 avec, dans les rôles titres, Delphine et Corélia Seyrig À Montréal, ce sont Huguette Oligny et Christiane Proulx qui jouent avec un tel enthousiasme, une telle vitalité, puis une telle retenue, une telle pudeur que c'en est douloureux.On rit.bien entendu, au début, vers le milieu et aussi, un peu, à la fin.On vit d'un bord avec le récit d'Aurélia, la mère, seule survivante de cette tragédie à deux, et de l'autre avec Sylvia, la fille, poète de génie, dépressive et suicidaire.La pièce se situe après la mort de Sylvia, la pièce se joue pourtant pendant la vie tumultueuse de Sylvia Plath.alors qu'elle écrit près de 700 lettres à sa famille, à sa mère surtout.Assises donc, chacune sur son fauteuil, se lisant, se parlant, se touchant peu.ces deux femmes sont amies, parentes, complices aussi bien sûr.Et si la poète vit la mort de si près qu'elle la frôle, elle peut être gaie, enjouée, emballée au point où l'irréparable semble imminent car la dépression peut aussi être euphorique ! C'est une pièce par correspondance que Je t'embrasse Sylvia, une pièce-mémoires d'une jeune fille peu rangée, le testament dune femme éprise d'écriture plus que de vie et que ses ambitions et ses rêves ont fini par achever.Sylvia Plath ne pouvait être à la fois poète, journaliste, mère de deux enfants et épouse d'un homme de lettres brillant qu'elle idolâtrait Elle avait besoin d'espace, de temps, d'amour et d'argent.Elle voulait écrire.Et se sentir aimée.C'est tout Je t'embrasse Sylvia (le titre de la traduction ne rend pas justice à la pièce) a des longueurs, de petites longueurs qui font traîner le rythme par ailleurs enlevé d'un texte qui aurait pu être trop statique, mais la mise en scène astucieuse, le raffinement et l'élégance du jeu de Huguette Oligny et la ferveur passionnée de celui de Christiane Proulx ont fait que j'ai beaucoup aimé ce soir-là au Café de la Place.Anne-Marie Alonzo LA VIE EN ROSE 58 juin 1985 Calendrier Cinéma .films de femmes Au Cinéma Parallèle, du 31 mai au 6 juin : La femme de l'hôtel de Léa Pool, à 19 h 30 et du 14 au 20 juin Sonatine de Micheline Lanctôt, à 19 h 30.Théâtre Couple ouvert Les jeux du couple qui tente de vivre différentes aventures ou passions, ailleurs.Une pièce de Dario Fo, avec Pauline Martin et Gaston Lepage, mise en scène de René-Richard Cyr, au ThéâtTe de Quat'sous, 100, av des Pins est du 7 mai au 8 juin.Du mardi au vendredi à 20 h.le samedi à 19 h et 21 h.Réservations : 845-7277 ou 845-7278.propose une rétrospective de ses cinq dernières créations : Till l'espiègle.Le /ournal de Nijinskt Lidio.Miracle de la rose.Carmen Jolin chante .et un nouveau spectacle : Dans le petit manoir.d'Ignace Witkiewicz.Théâtre de la Veillée, 1371, rue Ontario est, du 21 mai au 8 juin.Renseignements et réservations: 526-6582.Tri R étrospective Le Théâtre de la Veillée no Trio, ou le monde imaginaire, tendre et féroce de Léonor.Amanda et Esther.avec Monique Miller.Hélène Loiselle et Angèle Coutu, une pièce de Kado Kostzer, mise en scène par Alexandre Hausvater.Au Café de la Place, Place des arts, du 1" mai au 15 juin.Réservations : 842-2112 Tango argentino Le vrai tango de Buenos Aires, joué, chanté, dansé par 30 artistes argentins, un spectacle qui a fait des malheurs à Paris, Rome, Venise.Milan.À la salle Wilfrid-Pelletier.Place des arts, les 12.13.14 et 15 juin prochains à 20 h.(le 15 à 19 h) Pour réservations : 842-2112 Z-a petite bougraisse Le Théâtre de la Dame de coeur propose une formule originale: «Les rendez-vous de chez nous», d'une journée complète comprenant une animation, un repas chaud, la reprise de La petite bougraisse.interprétée par France La Bonté - à 19 h 30.et un spectacle son et lumière avec marionnettes géantes : L'île de Rès.de Richard Blackburn Du 19 juin au 1" septembre, au Théâtre de la Dame de coeur, 611.rang de la Carrière.CP.39, Upton JOH 2E0.alliage poétique Spectacle poético-musical monté par trois femmes, avec Geneviève Castre, auteure de Mots silencieux, accompagnée par Claude Charbonneau à la guitare et Marcel Rivard au piano, les 6 et 7 juin à 20 h.au Centre d'essai de l'Université de Montréal, 2350.Édouard-Montpetit Billets en vente au café Haut-Pluriel.935.rue Duluth est.Expositions Ramses II L'exposition, regroupant 80 trésors de l'époque d'un des plus grands pharaons de l'Egypte ancienne, sera présentée du 1" juin au 29 septembre au Palais de la civilisation de Montréal, ancien pavillon de la France à l'Expo.Billets en vente Place des arts, près du bureau de renseignements de la Place Ville-Marie, aux comptoirs Ticketron et services Télétron.Ce Tango argentino ,ent jours d'art contemporain Le Centre international d'art contemporain organise ces 100 jours Montréal 85 en trois volets : 1/ l'exposition Aurora Borealis regroupant 31 artistes canadiens.21 un programme d'animation (films, perfor- mances, spectacles de danse et de musique actuelles, etc.) 3/ une incitation à visiter les galeries d'art contemporain à Montréal Du 15 juin au 30 septembre.Place du Parc, 357 5, av.du Parc, Les Promenades, espace 5301.843-8530.Murale réalisée par le Groupe Mur-murs (1983) Les muralistes et le Mur-murs La première rencontre internationale des artistes muralistes.organisée par le groupe Mur-murs, réalisera, durant un mois, de véritables murales sous les yeux du public, une exposition et des conférences sur la murale Du 10 juin au 7 juillet 1985.au «Y» des femmes.1355.boul.Dorchester ouest et au Pavillon des beaux-arts de l'université Concordia, 1455, boul Dorchester ouest.Les conférences auront lieu tous les mercredis à partir de 19 h, du 1" juin au 3 juillet.Galerie Aubes.3935.rue Saint-Denis (845-5078) : Lore Bert (peinture, multi-média) du 29 mai au 16 juin Musée des beaux-arts de Montréal.1379.rue Sherbrooke ouest: Pablo Picasso, du 21 juin au 10 novembre (réservations à partir de Montréal : 873-2015.de Québec: 1-800-361-5404.sans frais) Musée d'art contemporain (Cité du Havre) 873-2878 Peinture du Québec : une nouvelle génération, regroupant 16 artistes, dont Christian Ainsley.Céline Baril.Mary-Ann Cuff.Lynn Hughes.Liana Isehayek et Monique Régimbald-Zeiber.du 5 mai au 23 |uin Galerie Treize, 3772.rue Saint-Denis.(288-5903).Picasso vu par 50 artistes (multimédia), du 6 au 30 juin.juin 1985 59 LA VIE EN ROSE OFFRE SPÉCIALE DE JUIN OFFRE SPÉCIALE DE JUIN 1 an 10 numéros 27% dé*réduction • 2 ans ' 20 numéros 37% de réduction 3 ans 30 numéros 42% de réduction 19$ 33$ 45$ SIGNATURE___ ' ^ * S V P N'OUBLIEZ PAS D INSCRIRE VOTRE ADRESSE PLUS HAUT Cette offre est valable jusqu'au 30 juin 1985.Allouez de 4 â 6 semaines pour la livraison du disque. AMOUR ROSE?Protégez-la pour toujours avec cette superbe reliur et complétez votre col lectio] dès maintena Offre spéciale pour seulem 5,95$ (si vous ête^ ou 6,95$ (si vous n pas + 1 ' de 10 Septembre 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir Décembre 1 981 La nouvelle famille et la loi 89 Septembre 1 982 Mises à pied, mises au pas?Novembre 1 982 D'une mère à l'autre, dossier maternité Mars 1983 Les femmes en prison, dossier 1 1 Mai 1983 Bouffer, c'est pas d'Ia tarte! Juillet 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita 13.Septembre 1983 Apprivoiser l'informatique, dossier Novembre 1983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme, dossier Mars 1984 Simone de Beauvoir, féministe 12.14.16 17.Mai 1984 Marie Cardinal, entrevue 18.Juillet 1984 Histoires d'amour et d'eau salée 19.Septembre 1984 OH BOY! Jean-Paul et l'Église des hommes 20.Octobre 1984 Spécial U.S.A., Les américaines et le pouvoir 21.Novembre 1984 Quelle voyageuse ètes-vous?22 Décembre 84 - janvier 85 Spécial littérature pour enfants.23.Février 1985 Vive les sages-femmes! 24.Mars 1985 Les féministes se critiquent! 25.Avril 1985 La garde partagée, Piège ou libération?26.Mai 1985 Lise Payette fait le point X.I .i r-i o m r\r\ noiomûnt Ho' Je joins mon paiement de: ?6,95 S mon no.d'abonnée est__ ?7,95 $ Frais de poste et de manutention inclus pour chaque reliure demandée ?par chèque ?Visa ?MasterCard N° carte Signature \ Nom _ ^ Ville Expiration __Tél.Adresse Code postal N« Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison Je veux recevoir les numéros_ et de LA VIE EN ROSE \ LA VIE EN ROSE, 3963, rue St-Denis.Montréal, Oc H2W 2M4 ^\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\^^ _ I Nom_ Adresse Ville Code postal.Tél.de.3 ?18 ?4 ?19 ?7 ?20 ?2,50$ par numéro 12 ?\ Ci-inclus un chèque ou mandat-ooste au montant ! 8 ?21 ?10 ?22 ?11 ?23 ?24 ?13 ?25 ?14 ?26 ?16 ?17 ?V LA VIE EN ROSE 3963 rue St-Denis.Montréal.Qc H2W 2M4 \N >y LA VIE FN ROSE, 3963.rue St-Denis.Montréal.Qc H2W 2M4 y> WONDEUR BRASS
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