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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1986, Collections de BAnQ.

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I Le magazine féministe TEST: Féministes, avez vous évolué?INVITÉES SPÉCIALES: Jacqueline Barrette Las Folles alliées LA FRANCE i t Ses valeurs éternelles \\ 8a ministre Yvette Roudy \^ LE DIMANCHE 2 MARS 20h30 L'AVENIR AU FÉMININ LES ASPIRATIONS DES JEUNES fi^kx Radio *4)P QuébeC Québec LE DIMANCHE 2 MARS 211.00 L'AVENIR AU MASCULIN LES ASPIRATIONS DES JEUNES AÎA Radio •X?Québec LE SAMEDI 8 MARS 25h50 DANS LE CADRE DE LA SEMAINE DES FEMMES À RADIO-QUÉBEC ï*a\ Radio •J* QuébeC Québec Editorial 5 Post-féminisme Courrier Commentaire 8 La crainte de l'erreur Chantai Malien Chronique délinquante 9 Y a-t-il un lifting dans la salle?Hélène Pedneault Actualité féministe Financement des groupes de femmes Le féminisme devra-t-il être rentable?10 Lyse Brunet Avortement Les Canadiennes-anglaises se soulèvent 13 Carole Beaulieu Marche pour la paix Mission accomplie 14 Francine Pelletier Communiqués 15 Actualité France Le féminisme face aux valeurs éternelles 28 Nancy Huston Qu'est-ce qui fait courir la ministre Roudy?31 Martine D'Amours Attention! Femmes au travail 32 Diane Tremblay International Out of Africa Carole Beaulieu 34 Journal intime et politique Malaise de Cendrillon 38 Renée Spam Littérature De Marie Gérin-Lajoie à Hélène Pelletier-Baillargeon La cause des femmes Lucie Villeneuve 40 Cinéma Cinémama 43 Ann Ramsden Léa Pool Entre le rêve et l'écran 44 Diane Poitras Théâtre Le CEAD a 20 ans Les belles soeurs du théâtre 48 Lise Roy Go, c'est parti! 49 Lucie Villeneuve Flashes 52 Photo-souvenir 62 La Vie en rose a 6 ans! 16_ TOUT VA BIEN! C'est pas parce que c'est pas drôle qu'on rit pas! Un survol documenté nous prouve que tout va bien pour nous, La Femme, et qu'il faut sourire à notre condition féminine.Marie-Claude Trépanier et Françoise Guénette 19_ ENFIN LIBÉRÉES! Comment se recycler, maintenant que la libération des femmes est chose faite7 Les angoisses et solutions de vieilles pros du fémi Les Folles alliées 20_ VILLAGE FÉMINISTORIQUE En exclusivité, une visite guidée de ce futur musée vivant du féminisme québécois, pour vous réchauffer la nostalgie Les Folles alliées 22_ ÇA VA ÊTRE TA FETE! Où l'on assiste aux déchirements et retrouvailles de quatre chums de filles qui nous ressemblent étrangement Jacqueline Barrette 26_ TEST: FÉMINISTES, AVEZ VOUS (VRAIMENT)ÉVOLUÉ?Plus qu'hier, moins que demain?À ne pas prendre trop au sérieux, un diagnostic rapide de votre évolution idéologique C$?A LA CULTURE L A NOTRE ACTIF Québec Le cinéma, les arts visuels, la littérature, les métiers d'art, le patrimoine, les arts de la scène sont autant de manifestations de la vie culturelle où les femmes sont présentes et actives À l'occasion de la célébration de la Journée internationale des femmes le ministère des Affaires culturelles est heureux de souligner le dynamisme de la revue La Vie en rose et sa contribution à la diffusion de la culture Gouvernement du Québec Ministère des Affaires culturelles Post-féminisme Editorial 1.Bien sûr que j'suis encore féministe, môman, mais tu sais.2.Il y a certaines choses que nous, les femmes hétérosexuelles, nous devons accepter.3.C'est tellement difficile pour les hommes.leur conditionnement est si total .4.Et ils ont leur propre façon de materner, c'est juste qu'elle est difficile à décoder des fois.5.Ben.dis quelque chose, môman! À laquelle de ces deux femmes vous identifiez-vous?Nous aussi, il y a des jours où le post-féminisme, avec son cortège d'évidences, du genre: «Elles ont tout, maintenant, qu'est-ce qu'elles veulent d'autre?», nous fait franchement rigoler.Pour toutes celles qui croient que le féminisme a plus que jamais sa raison d'être, mais qui aimeraient bien pouvoir en rire parfois, nous avons préparé un petit dossier volontairement positiviste, à la mode du jour.Une façon de célébrer le 6e anniversaire de La Vie en rose («Une revue féministe?», disaient les sceptiques, «Quelle blague! Ça ne durera pas six mois!») et de sourire ensemble à notre condition féminine! mars 1986 LA VIE EN ROSE Courrier l e pouvoir.«Des hommes pour le dire» (novembre); pour dire quoi?Malgré toute leur bonne volonté, vos collaborateurs invités n'ont pas dit grand-chose.Le texte de Bruno Boutot marque quelques bons points en refusant la généralisation.Mais surtout ceux de Gerald Godin, malgré ses circonvolutions, et de Jean-Claude Leclerc abordent la seule question vraiment importante: Les femmes font-elles et feront-elles meilleur usage du pouvoir que les hommes?Les femmes ne peuvent se permettre d'échouer au jeu du pouvoir.Si elles possèdent encore un brin de cette imagination et de cette intégrité que l'éloignement du pouvoir semble préserver, elles sont peut-être, au train où vont les choses, la dernière chance que possède cette planète.Marie Legroulx, Kingston, Ontario Monique Begin .sans emballement Nous avons suivi avec intérêt le débat concernant la candidature de Pauline Ma-rois à la chefferie du PQ.Oui, nous admettions l'appui à cette candidate sans penser trahir un soi-disant «idéal féministe».Toutefois, nous ne pouvions endosser «l'emballement» se dégageant de l'éditorial de Francine Pelletier (septembre).Appuyer Pauline Marois signifiait accepter de participer au processus électoral tout en reconnaissant les limites que ce vote pouvait avoir pour la collectivité des femmes.Ce n'était pas une question de «confiances» comme le soulignait exagérément le numéro de septembre mais Madame Marois constituait, à notre avis, une meilleure interlocutrice (non seulement parce que c'était une femme mais également pour ses politiques au ministère de la Main d'oeuvre, donnant aux femmes davantage d'accès à la formation).La question posée en décembre nous semblait beaucoup plus pertinente: «Pouvons-nous agir sur ceux ou celles que nous portons au pouvoir?» Oui, mais contrairement à ce qu'affirmait Madame Pelletier, les femmes n'ont pas «tout à gagner et rien à perdre».Elles ont beaucoup à perdre si elles misent uniquement sur une femme à la tête d'un pouvoir d'essence masculine.Le pouvoir, les femmes le prennent au travers des multiples sphères de leur vie affective, professionnelle ou militante et, bien sûr, en misant aussi sur les lobbies féministes (quoiqu'il soit illusoire d'espérer obtenir des lobbies aussi influents qu'aux États-Unis, les traditions politiques étant là fort différentes).L'article de Francine Pelletier laissait miroiter l'idée qu'une fois Marois élue, les femmes auraient obtenu le pouvoir! Sylvie Labelle, Diane Turcotte, Montréal .et sans aveuglement Il y a longtemps que j'attendais ce numéro sur le pouvoir dans une perspective féministe.Mais j'ai été un peu déçue par la minceur des analyses: nos deux interviewées, Monique Bégin et Lise Bissonnette, sont intéressantes mais qu'en est-il au juste de vos opinions à vous, l'équipe de rédaction, au-delà du débat Pauline Marois?Parlons-en du pouvoir tel qu'il est exercé par les femmes, de leurs aptitudes à la gérance et l'administration.Moi, je suis comme tout le monde, j'en ai vu bien des femmes qui exerçaient (et exercent encore) cette autorité «masculine», myopes aux malaises de leur entourage, ô combien féminin la plupart du temps, aveugles aux besoins de formation, d'enrichissement professionnel et d'échange qui s'avèrent inhérents, à mon avis, à un climat de travail fécond.Aussi suis-je en désaccord avec Madame Bissonnette: voulez-vous bien me dire à quoi ça sert d'avoir des femmes aux commandes, si elles écrasent et répriment autant sinon plus que les hommes?Oh! oui, Madame Bégin a bien raison! Qu'il est facile d'user de condescendance envers les collègues moins informées, moins élevées dans la hiérarchie, plus inexpérimentées.Reparlez-nous encore de cette question, ça en vaut le coup.Il y a encore trop de questions pour laisser platement tomber ce qui m'apparaît être un fameux noeud gordien.Il ne s'agit pas simplement de le trancher: l'avenir de trop de femmes, commis, vendeuses, secrétaires, programmatrices, en dépend.Car de l'accès au pouvoir de quelques-unes tient le futur de plusieurs, et à quel prix! Je réalise que ma lettre est assez longue, et qu'il vous faudra vraisemblablement en couper des bouts: n'ayez crainte, je n'annulerai pas mon abonnement.Josée Normandin, Ottawa ÉQUIPE DE DIRECTION: Ariane Émond, Françoise Guénette, Claude Krynski, Louise Legault, Lise Moisan, Francine Pelletier • RÉDACTION: Yolande Fontaine, Françoise Guénette, Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION: Ariane Émond • SECRÉTARIAT: Andrée-Anne Delisle • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo, Carole Beaulieu, Jacqueline Barrette, Martine D'Amours, Les Folles alliées, Marie-Claire Girard, Nancy Huston, Roselyne Landry, Chantai Malien, Hélène Pedneault, Ann Ramsden, Danielle Roger, Lise Roy, Renée Spain, Diane Tremblay, Marie-Claude Trépanier, Lucie Villeneuve • ILLUSTRATION: Sue, Diane O'Bomsawin, Christine Roche • PHOTOGRAPHIE: Martine D'Amours, Suzanne Girard, Kéro, Louise Lemieux • MAQUETTE: Diane Blain, Sylvie Laurendeau • CORRECTION: Dominique Pasquin • DOCUMENTATION: Hélène Blondeau • COMPOSITION: Concept Médiatexte inc • PÉLLICULAGE: Graphiques HI Ltée • IMPRESSION: Imprimerie Canadienne Gazette • DISTRIBUTION: Les Messageries de presse Benjamin Ltée: 645-8754 • PUBLICITÉ: Carole Pageau: 843-7226 • ABONNEMENT: 1 an, 10 numéros: 19 $; 2 ans, 20 numéros: 33 $; 3 ans, 30 numéros: 45 $.Tarif international par voie de surface: 30 $, par avion: 44 $.Marie-France Poirier: 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec • LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80, corporation sans but lucratif.On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963, rue Saint-Denis, Montréal H2W 2M4, ou en téléphonant: (514) 843-8366 ou 843-7226.Copyright 1985 - LA VIE EN ROSE.Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal: Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN -0228-5479.Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Courrier de deuxième classe: 5188 Commission paritaire 4 067 CDN.LA VIE EN ROSE 6 mars 1986 Nos dilemmes Je suis une fidèle abonnée, attentive à vos dilemmes, à vos «faux» pas.J'apprécie, au-delà de mes divergences avec certaines positions, votre volonté, votre lucidité à émettre les divergences au grand jour.Je veux dire les propos de l'éditorial, cette attitude de ne pas laisser moisir les répliques, de dévoiler les contradictions notées dans le courrier, de ne pas taire les nombreuses répercussions négatives (et positives) engendrées par «Histoire de Q», le phénomène Marois, le Spécial hommes, de tenter de définir vos intentions, de ne pas cacher les prises de becs voire les plus incisives: Micheline Carrier, par exemple.J'apprécie votre capacité de transformer la contre-attaque en ouverture, ce qui fait de vous, à mes yeux, une revue de/en transformation.«Où que ce soit, la vérité représente une complexité croissante.Mais elle est aussi en mouvement, en évolution.» (Adrienne Rich) Josée-Gabrielle Morisset, Montréal soi-même puis envers la cause.Ce qui fait qu'un jour tu fêtes tes 42 ans, fatiguée du combat.Retrouver un troisième souffle, voilà mon premier objectif en 1986 et je compte bien sur La Vie en rose pour meubler mes heures de réflexion.Nicole Nadeau, Québec inorités minoritaires Votre «Spécial Hommes» était.différent.Je l'ai accepté mais certains textes ont eu du mal à passer.Comme expérience, j'ai préféré de beaucoup le «Spécial erotique» de l'été dernier.Plus de substance.Un spécial de temps en temps nous donne quelque chose à commenter, nous tient éveillées, ce n'est pas mauvais.Il y aurait des «spéciaux» vraiment intéressants à faire sur les minorités comme les immigrantes, les assistées sociales, les prostituées, les lesbiennes.Les femmes sont une minorité mais dans cette minorité, il en existe tellement d'autres! Donnez-leur la parole, au plus vite.Dans le numéro de février, j'ai été éblouie par les deux textes de Geneviève Cotres: «À ma similaire» et surtout «Coeur d'artichaut».Des textes comme cela donnent aux femmes l'espoir de pouvoir vivre leur vie amoureuse comme elles le désirent, au vu et au su de tous.Manon M.Vleminckx, Montréal M D es bémols aux hommes Quoique je ne sois pas toujours d'accord avec vos opinions, La Vie en rose m'apporte une réflexion féministe sur les événements de l'heure et les grands problèmes de l'humanité.Votre vision des choses nous permet souvent de mettre des bémols aux propos des hommes.Je viens de terminer votre numéro sur le pouvoir.Les témoignages de Monique Bégin et Lise Bissonnette démontrent une fois de plus notre différence.Je fais partie de cette génération de «vierges médiatrices» et à mon niveau, j'ai dû me battre souvent.La game n'est jamais facile car c'est toujours un double défi, d'abord envers M eilleurs voeux Votre magazine est le seul auquel je souscris.J'aime beaucoup vos contradictions actuelles, qui sont pour moi la marque d'un magazine intelligent et de l'ouverture d'esprit de ses journalistes.Vous avez sûrement au niveau de l'équipe des rencontres remplies de difficultés, où les convictions des unes vont à l'encontre des convictions des autres.Pourvu qu'elles ne sèment pas la division.mais une union encore plus grande! Marie Bergeron, Bois-des-Filion LA PREMIÈRE BOUTIQUE D'ÉQUIPEMENT HAUTE-FIDÉLITÉ D'OCCASION VENTE - ACHAT - ÉCHANGI • Équipement de choix à des prix avantageux.• Atelier de service sur place.• Garantie de 3 mois à 5 ans sur tous les appareils.1717 ruo Çaint.Mnhort Mnntraal mars 1986 7 LA VIE EN ROSE Commentaire crainte de l'erreur Une professeure de physique livre ses observations sur l'éducation des filles.et des garçons.par Chantai Malien algré les efforts déployés depuis plusieurs années, une grande partie des filles se dirigent encore vers des métiers dits «non gagnants» ou qualifiés de «ghettos féminins».Certes, aucun métier n'est plus méprisable qu'un autre J mais s'il possède les caractéristiques communes d'être mal payé, peu considéré, d'avoir peu de débouchés et de ne permettre qu'un faible avancement, cela devient inquiétant de voir la catégorie féminine de la population continuer de s'y précipiter en grande proportion.Dans les goûts d'une personne, il y a une part innée et une part acquise; mais, sans vouloir aucunement éliminer les différences («Et vive la différence!»), il ne faut pas les accentuer au détriment de l'une des composantes de l'humanité.Les causes de ces orientations trop exclusives des femmes ont déjà été souvent analysées, en particulier dans l'excellent fascicule de la CSN, S'trouver une job, c'est ben dur; pis s'maner c'est pas sûr.L'une d'elles est l'absence de modèles féminins dans les métiers dits «gagnants»; voir des femmes ingénieures, politiciennes, mécaniciennes, électroniciennes.aura probablement un impact considérable sur les étudiantes.Le ministère de l'Éducation a apporté de nombreuses améliorations dans les informations données aux filles (débouchés, salaires, nécessité de subvenir personnellement à ses besoins.) et il a mis au point un nouvel instrument didactique pour les écoles secondaires: Explorons de nouveaux espaces, qui présente les motivations, les difficultés et les succès de femmes impliquées dans des secteurs non traditionnels.Ainsi, le Ministère espère élargir progressivement l'éventail des orientations choisies par les filles.Une facette importante manque cependant à ces analyses: la crainte excessive d'être incompétente est, à mon avis, une caractéristique acquise trop fréquemment par les filles et les femmes, et qui compromet sérieusement leurs carrières.Quelques anecdotes pour illustrer mon propos: Mes élèves arrivent au laboratoire - de physique, puisque c'est la matière que j'enseigne.Sur les tables, se trouvent des appareils inconnus de tous et de toutes, ce qui est bien normal puisque ces élèves sont là pour apprendre! Statistiquement - mais ne me demandez pas de chiffres! - je vois les comportements suivants.En général, les garçons se précipitent pour brancher l'appareil, tourner les boutons, faire marcher le système, avant même d'être tous installés, puis, souvent, se retournent vers moi: «Ça ne marche plus!» Et, en effet, un fusible a sauté, la fine cordelette s'est cassée, etc.En général, les filles s'installent, regardent le montage, lisent le texte accompagnateur et ne toucheraient à rien pour un empire avant d'avoir eu l'assurance que le geste envisagé est correct.Autre situation: un groupe d'ami-e-s est au restaurant.L'une des filles a commandé une fondue; soudai», les flammes du brûleur grossissent d'une façon inquiétante.Elle pose le doigt sur le couvercle du brûleur, hésite, craignant d'augmenter encore les flammes, enlève le doigt.Son jeune voisin, visiblement tout aussi ignorant du fonctionnement de l'appareil, essaye: il tourne le couvercle d'un côté, les flammes augmentent; il tourne de l'autre, les flammes s'étouffent.Le désastre est évité.La demoiselle est tout admirative devant le courage et la science de son voisin.Et encore: un poste à responsabilités s'ouvre dans tel organisme.On attend les candidatures à partir d'un bassin comportant évidemment des hommes et des femmes.En général, avant de se présenter, une femme examinera longuement, avec inquiétude et parfois angoisse, si elle a les aptitudes nécessaires, si elle convient au poste, et elle ne franchira le pas que si elle a la certitude de réussir, d'où le besoin si fréquent d'être «suppliée».En général, un homme envisagera inversement la situation: «Ce poste me convient-il?Ai-je des chances d'être choisi?» Ces observations me prouvent que, pour son apprentissage et pour tout son développement ultérieur, une fille utilise presque exclusivement la méthode qui consiste à «d'abord savoir, puis faire», ce qui est certes très logique, mais elle se prive ainsi souvent d'un autre mode de fonctionnement pourtant lui aussi très fructueux: la méthode des «essais et erreurs».Je constate ainsi, chez les femmes, une crainte excessive de se tromper, de mal faire, d'abîmer un objet, bref, d'être incompétentes.Par contre, je constate aussi, chez les garçons, chez les hommes, une inconscience certaine (ou une certaine inconscience, si je suis d'humeur douce) devant les conséquences possibles d'une erreur.Les parents et les éducatrices-teurs, scolaires et autres, me permettront-ils, me permettront-elles quelques recommandations pour l'éducation des enfants?D'abord, diminuer chez les filles la crainte de l'erreur (que de gronderies pourraient être économisées si l'on attendait pas d'une fille un comportement plus sage que celui d'un garçon.).Puis, augmenter chez les garçons le sens de l'écoute des autres, le goût du service.toutes qualités si bien développées chez les filles.Ce deuxième point, nettement plus difficile à réaliser que le premier, est si important à mes yeux que, l'un dans l'autre, je trouve finalement l'éducation des filles plus réussie que celle des garçons! Il est bien dommage que la société, elle, récompense plus les personnes audacieuses que les personnes dévouées.Mais n'oublions pas que la société, c'est vous et moi! y Chantai Malien est professeure de physique au cégep Saint-Laurent, à Montréal, et ce texte a été publié à l'automne 85 dans Dires, la revue du collège.LA VIE EN ROSE mars 1986 Chronique Délinquante «Y a-t-il un lifting dans la salle?» Chère maman.Au secours! Je ne comprends pas les femmes, pas plus toi, moi, que les autres.Il était bien temps que je m'en rende compte, à 33 ans.Je me demande aujourd'hui de quelle sorte de bois tu était faite.Toi, ta spécialité était de sauver la face.Ce fut ta plus grande réussite (à part moi, bien sûr.).Comment tu as pu te payer un manteau de fourrure alors que papa gagnait 22 $ par semaine chez Coca-Cola me paraît encore, avec mes yeux d'adulte, un tour de prestidigitation.Il est vrai que c'était un bon investissement, puisque tu l'as porté pendant 25 ans.Faut croire que tu étais une sorte de génie de la finance dans ton genre, puisque personne ne s'est jamais vraiment rendu compte - nous non plus - qu'il y avait un sérieux problème d'argent dans notre famille.(Si tu avais connu l'existence des cours de la Bourse, l'indice Dow Jones n'aurait eu qu'à bien se tenir.) On était toujours propres, le dedans des oreilles y compris, bien habillées, même gâtées.On avait toujours notre 10 cents pour acheter notre lait au chocolat à la récréation, et chaque dimanche, en grande pompe, on s'entassait dans un taxi pour se rendre à la messe: prendre un taxi, c'est quand même montrer qu'on est un peu au-dessus de ses affaires! Malgré tout, j'ai eu un doute sur notre situation financière quand tu m'as refusé des cours de piano à 8 $ par mois, et la maison de poupée avec tout le mobilier que Diane Bolduc semblait avoir eu, elle, sans aucune discussion.Je n'ai rien dit.J'ai sauvé la face, comme toi.Et je continue de le faire parce que je déteste, comme toi, le misérabilisme.Et c'est à cause de cet héritage de fierté que tu m'as légué que je me pose Aujourd'hui de sérieuses questions sur les femmes.Veux-tu me dire, alors que nous sommes plus de 52 % de la population et qu'on prévoit que nous serons plus de 55 % en l'an 2000 qui approche, pourquoi les femmes continuent d'avoir des attitudes de OU Les filles, sauvons la face (et les meubles, tant qu'à y être.) par Hélène Pedneault minoritaires-' C'est honteux.Nous sommes un défi aux mathématiques.La force du nombre n'a aucune incidence sur notre manière de demander.Alors qu'on devrait exiger, on continue de demander patiemment sans avoir de réponses.On pleure la nuit plutôt que de parler fort le jour.On n'arrête pas de faire des histoires de coeur avec les moindres histoires minables, on met du sentiment dans tout ce qu'on vit.Comment veux-tu discuter avec un garagiste ou un banquier avec cette mentalité?Moi, ça commence à me poser des problèmes de conscience.De deux choses l'une: ou on est niaiseuses génétiquement, ou on est stratégiques et je ne m'en suis pas encore rendu compte.Mais j'ai toujours trouvé que «Reculer pour mieux sauter» était un proverbe vicieux.Un virage à 180 degrés, ça s'appelle un retour en arrière si je ne m'abuse, et je m'affole en ce moment parce que j'ai l'impression que c'est ça qu'on est en train de faire.Qu'est-ce qu'on a appris, maudit, si encore aujourd'hui on préfère comprendre un four micro-ondes ou un robot culinaire plutôt qu'une photocopieuse ou un ordinateur?Si on accumule encore nos précieux manuscrits trop sensibles dans des caisses, plutôt que de les transformer en pièces de théâtre ou en romans visibles?Si on a encore peur de prendre des risques et de se tromper sur la place publique?Pendant ce temps, on a l'impression que les femmes n'inventent rien.Après la flambée des années 75 à 80, c'est un peu dur à prendre.Est-ce là tout le feu qu'on contenait?J'en doute.Mais où est-il passé?Dans le même gouffre que toutes les modes?Aurait-on cru, par hasard, ceux et celles qui ont claironné que le féminisme était passé de mode?J'ai l'impression qu'on est un peu gagas en ce moment.A tel point que ça ne m'étonnerait pas du tout d'entendre des nouveaux mots d'ordre du genre: «Soyons consentantes à 100 %, et nous ferons ainsi disparaître complètement le viol de la planète.» Ou encore: «Les filles, continuons d'être des fleurs à la merci du premier sécateur venu.» Ou: «Varions nos virages pour déjouer l'adversaire, tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt au milieu, et finissons dans le fond du garde-robe, comme à tous coups.» Tu vois, maman, comme j'ai le sens de la phrase publicitaire, je perds de l'argent par ma faute.Plus: «Perdons la mémoire, ça vaut mieux que de se souvenir.» (Et refaisons les mêmes erreurs.) Moi, je dirais plutôt: «Soyons un défi à la science, vivons sans coeur et sans reproches.» C'est ma nouvelle devise.Et si tu es d'accord, maman, je vais te voir bientôt pour préparer un cours de sauvage de face qu'on pourrait offir au «Y» des femmes.Ça devrait pogner énormément.Bon, je m'arrête ici.J'ai encore des milliers de choses à te dire pour me défouler, mais ça ne servirait à rien: les filles de La Vie en rose vont me couper, comme d'habitude.Je t'embrasse.Ta fille qui t'aime même si elle ne te comprendra jamais.^' Hélène mars 1986 9 LA VIE EN ROSE Financement" des groupes de femmes Actualité Féministe' Le féminisme devra-t-il être rentable?Saviez-vous que le centre de femmes de votre quartier risque de bientôt fermer ses portes, faute d'argent?Il y a presque 1 500 groupes de femmes au Québec.Plusieurs tirent leur maigre financement des gouvernements fédéral et/ou provincial.Or, là aussi, l'Etat-providence se questionne: les groupes de femmes sont-ils «rentables» ?Si non, c'est leur survie qui est en jeu.Depuis que le Eorum sur la situation économique des femmes, organisé par le Conseil du statut de la femme en 1983, l'a mise à l'ordre du jour, la question du financement des groupes de femmes n'a guère évolué.Les problèmes ont été dits et redits, mais les solutions se font attendre.Même si, sous la pression des groupes, les budgets ont sensiblement augmenté ces dernières années, ils demeurent largement insuffisants.Comment s'en étonner alors que les gouvernements fédéral et provincial ne parlent que de «désengagement» et de «rationalisation des coûts»?A mon avis, ce contexte nous oblige à reposer en ces termes la question du financement des groupes: Quels choix politiques présideront à l'affectation des ressources de l'État dans les années à venir?Le féminisme sera-t-il de ceux-là?Le mouvement féministe a beaucoup changé depuis 10 ans.Au Québec, on compte quelque 1 500 groupes de femmes, dont plus d'une quinzaine d'associations et de regroupements d'envergure provinciale.Les femmes ont compris que pour être écoutées, il faut être organisées et branchées sur l'action.Les groupes organisent des colloques, font du lobbying, ils produisent des bulletins, écrivent des mémoires et se promènent entre Ottawa et Québec pour les défendre, ils gèrent un fonctionnement démocratique.De plus, nombreux sont ceux qui offrent des services comme les centres de santé, les maisons d'hébergement et les centres de femmes.Mais qu'ils orientent leur action vers les pressions politiques ou vers les services, tous les groupes font en plus un travail énorme de sensibilisation, de formation et de recherche.Tout cela concourt à les sortir de la marginalité - mais leur coûte beaucoup plus cher.Il leur faut donc, de plus en plus, revendiquer des gouvernements la reconnaissance de leur action envers les femmes.Le féminisme rentable?L'action féministe, comme n'importe quelle autre, supposa d'être menée de façon continue.La continuité suppose un financement de base, à partir duquel il est possible d'axer les efforts vers le développement plutôt que de passer son temps à survivre.Cependant, dans le contexte socio-politique actuel, c'est toute la perspective du financement des organismes volontaires, dont les groupes de femmes, qui est revue et corrigée.Les nouvelles équipes au pouvoir, à Ottawa et à Québec, ne définissent plus l'État comme un «agent de changement» associé d'emblée à l'action démocratique des groupes, mais comme un «animateur qui va soutenir les initiatives» (Bou-rassa dixit).La différence est de taille puisque cet animateur est avant tout un gestionnaire.Soucieux d'abord de la rentabilité de ses investissements, il se prépare à évaluer l'efficacité et la pertinence sociale des orga- nismes volontaires face aux besoins de la population.C'est actuellement la perspective de travail du comité Nielsen, mis sur pied par le gouvernement fédéral pour choisir les secteurs où l'on effectuera les coupures qui réduiront le déficit.Le comité suggère de financer les organismes en subventionnant des projets précis plutôt que par des subventions de soutien, ou statutaires.Le Programme Promotion de la femme du Secrétariat d'État, le seul voué au financement de l'action féministe, pourrait être touché par cette mesure.Tout le monde sait, de plus, qu'il est attaqué régulièrement par les REAL Women, qui font pression pour le Lucie Laviolette (Suja(o) Rebirth Montreal 524-5580 Québec 524-3642 Vcm/irr pmlrwmnncltc de là LA VIE EN ROSE 10 mars 1986 L'État C" eux Qui sont les principaux bailleurs de fonds des groupes de femmes québécois?Au fédéral: le Programme Promotion de la femme du Secrétariat d'État, créé en 1973, suite aux recommandations du rapport Bird sur la situation des femmes canadiennes.Son budget, pour le Québec seulement, est passé, de 1975 à 1985, de 50 000 $ à plus de 2 millions $.En 1984, par exemple, il accordait des subventions de soutien à 162 groupes et finançait 162 projets ponctuels (avec une moyenne de 7 652 $ par projet).En 1985, son budget pour tout le Canada était de 13 184 000 $.Des augmentations sont prévues jusqu'en 1987, date à laquelle s'appliquera la nouvelle orientation des politiques: au-delà, on ne peut rien prévoir ou espérer.Au provincial: le ministère de l'Éducation, par la Direction générale de l'éduca- tion des adultes, et le ministère des Affaires sociales.En 1984-85, par exemple, le MAS a réparti 4 millions $ entre 33 maisons d'hébergement, dans le cadre de son programme d'aide aux femmes en difficulté.Ce montant, qui semble énorme, n'a pourtant assuré que 50 % des besoins réels: 6 000 femmes y ont eu accès en 1985 et les travailleuses permanentes n'y ont gagné en moyenne que 13 000 $.Quant aux centres de femmes, encore plus pauvres, le MAS n'en a financé que 23 (sur 34 demandes) en 1985, au coût moyen de 13 000 $.Qu'adviendra-t-il, avec la nouvelle politique du MAS?Depuis quelques années, les groupes de femmes ont aussi beaucoup utilisé les projets de création d'emplois, fédéraux ou provinciaux, pour assurer leur permanence ou le développement de leur action.Par exemple, au fédéral, 80 % des fonds ont été octroyés jusqu'à présent à des organismes communautaires, dont les groupes de femmes.Mais à l'avenir, les conservateurs de Mulroney l'ont déjà annoncé, ces programmes seront réorientés vers l'entreprise privée.L.B.détourner de ses objectifs initiaux.Ce programme est donc loin d'être une ressource acquise.Au Québec, la Commission Rochon doit réévaluer la rentabilité des services sociaux et proposer des coupures.Or, c'est le ministère des Affaires sociales qui, par un programme destiné aux femmes en difficulté, finance une partie des activités des groupes qui s'occupent de santé alternative ( ex: centres de santé des femmes), de prévention de la violence (ex: maisons d'hébergement), d'aide aux femmes violentées (ex: Viol-secours), aux femmes itinérantes (ex: Chez Doris) et aux familles monoparentales.On peut donc s'attendre à ce que les gouvernements évaluent les groupes de femmes ainsi: L'action féministe est-elle rentable?Y a-t-il un marché pour le féminisme?Y a-t-il des consommatrices pour les groupes de femmes?On parlera de «gestion par projets» plutôt que de «financement des groupes» et les groupes devront définir leurs «clientèles».Il faut s'inquiéter de cette nationalité économique parce qu'elle peut conduire, ni plus ni moins, à la dépolitisation du mouvement féministe en obligeant les groupes à devenir des prestataires de services, dont les priorités seraient dictées par les nécessités du marché.Elle risque aussi de faire éclater l'idendité que s'est façonnée le mouvement des femmes au fil des ans: valeurs, modes de fonctionnement, rapports au pou- CLUB VOYAGES DU PLATEAU VOYAGES PIGEON QUALITÉ ET SERVICE AU MEILLEUR PRIX Paris à partir de.389,00$ Amsterdam 448,00$ Londres 448,00$ Genève, Zurich 519,00$ Frankfurt, Dusseldorf 519,00$ Hong Kong 1 150,00$ Bangkok 1 300,00$ New Delhi 1360,00$ Lima 659,00$ Floride 189,00$ Circuits européens 1345,00$ Location voitures, hôtels, etc.SURVEILLEZ NOS SPÉCIAUX DERNIÈRE MINUTE POURQUOI PAYER PLUS CHER?PLANIFIEZ VOS VOYAGES AVEC NOUS Tel: 521-3320/526-2434 981, rue Duluth est (Angle Parc Lafontaine) Montréal CHANDELEUR DE FRANCINE NOËL Le premier texte dramatique de Francine Noël, l'auteure du roman à succès Maryse Trois gardiennes, trois femmes aux origines différentes, aux destins différents, se retrouvent, le temps d'un week-end, au domicile de Sara Desneiges, âgée de 12 ans.Quatre tronches de vie qui se chevauchent, se confrontent et nous interpellent.Un apport important à la dramaturgie actuelle.190 pages - 10,95$ VLB Editeur la petite maison de la grande littérature 20 ANS DU CENTRE D'ESSAI DES AUTEURS DRAMATIQUES Vingt courtes pièces, aux contenus variés de vingt auteurs différents, qui donnent un aperçu intéressant de notre dramaturgie.Mieux qu'un manuel scolaire, 20ans s'avère un outil précieux pour initier les étudiants aux pratiques théâtrales octuelles.Tous les grands noms de la dramaturgie québécoise (ou presque) s'y retrouvent, de Michelle Allen et Jean Barbeau à Michel Tremblay et Gilbert Turp, en passant par Marcel Dubé, Michel Garneau, Marie Laberge et Jovette Marchessault.320 pages - 14,95$ ) ô 4665, rue Berri, Montréal Québec, H2J 2R6 tel: (514)524-2019 mars 1986 1 1 LA VIE EN ROSE voir, participation collective.Bref, c'est aussi la culture des groupes de femmes qui est menacée.Comment réagir?Cette nouvelle attitude de l'État va nous obliger, les groupes de femmes, à faire des pressions soutenues pour maintenir nos acquis, à nous assurer de la place des femmes dans les différents dossiers et à chercher une plus grande visibilité sur la scène politique et dans les médias.Il faudra surtout travailler à bâtir un plus large consensus social autour de la nécessité de l'action féministe, démontrer que, malgré les progrès accomplis, les femmes sont toujours pauvres, comme le sont les groupes et comme l'est aussi le ministère de la Condition féminine au Québec, sans porte-feuille, avec comme seul pouvoir la persuasion.Cela veut dire aussi que nous devrons aborder autrement la question de notre financement.Jusqu'à maintenant, très préoccupés de préserver leur autonomie, les groupes ont surtout réagi contre les possibilités que l'État subventionneur récupère leurs pratiques et veuille les contrôler.Même si ces préoccupations sont toujours légitimes, elles ont eu pour effet, à mon avis, de placer les groupes sur la défensive.Il est normal que les gouvernements veulent contrôler les fonds publics; il leur faudrait cependant des outils de contrôle mieux adaptés aux groupes.Il est aussi normal, jusqu'à un certain point, que les gou- Actualité Féministe vernements récupèrent les initiatives des groupes pour les étendre à des secteurs plus larges de la société.Cela a été le cas, par exemple, de l'intervention féministe auprès des femmes violentées, développée par les femmes des maisons d'hébergement.Aujourd'hui, on forme dans le même sens les intervenantes du réseau des affaires sociales.Le problème est ailleurs: dans le fait que la contribution des groupes de femmes à toute la société, et leurs initiatives, ne soient pas reconnues.Une telle reconnaissance se traduirait, entre autres, par un financement adéquat de leur travail.Pour nous, les groupes, adopter une attitude plus affirmative voudrait dire refuser la balkanisation du mouvement féministe et sa réduction en une masse de petits projets; refuser que le bénévolat des femmes soit encore proposé comme une solution pour économiser; participer à toutes les commissions, réunions et instances qui discuteront des solutions; avoir une position sur la question et la défendre de façon concertée.C'est d'ailleurs ce que s'apprêtent à faire les groupes concernés par l'évaluation de la Commission Rochon en matière de santé.Nous devons explorer ces pratiques relativement nouvelles: concertation, lobbying, etc.Il n'y a pas d'autres façons d'influencer en notre faveur les choix politiques.Une question de responsabilité L'enjeu est de taille car il ne s'agit pas seulement d'une question de sous.Le mouvement féministe porte en lui-même un projet de société: l'égalité des femmes, l'humanisation des rapports sociaux, la fin des guerres et une plus grande qualité de vie.Dans cette perspective, l'action volontaire des femmes, qu'on l'appelle bénévolat ou militantisme, est une prise en charge collective et non un moyen d'économiser.C'est une tout autre affaire.Enfin, il faut dire que tout en réclamant un plus grand accès aux sources gouvernementales de financement, les groupes de femmes sont très loin d'entretenir une dépendance face à l'État.Ce qui soutient leur action, c'est avant tout la volonté politique des femmes et leur propre implication quotidienne dans les dossiers.Quand les groupes s'adressent aux gouvernements pour qu'ils appuient financièrement leur action, ils font appel à la responsabilité de l'État et de toute la société face à la condition des femmes.Or, rien aujourd'hui n'autorise les gouvernements à se désengager de celle-ci, à se déresponsabiliser.Bien au contraire.Les groupes de femmes commencent à peine à gagner des points.et tout ne va pas si bien! .A Lyse Brunet Lyse Brunet est coordonnatrice générale de l'R des centres de femmes.Le Centre d'essai des auteurs dramatiques 1965-1985 LE PROJET CAMILLE C.présente SOUVENIRS DE SOEURS/ LES FEMMES ÉCRIVENT LE THÉÂTRE QUÉBÉCOIS lecture d'un montage d'extraits d'oeuvres dramatiques québécoises avec Marie Adam (Théâtre de Carton) Jasmine Dubé et Lise Roy le lundi 10 mars à 20 h à la Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal 465 est.Mont-Royal Réservations 526-7529 Avec la collaboration de la Vie en Rose magazine léministe d'actualité.CENTRES D'ÉTUDES UNIVERSITAIRES DE L'UQAM à Saint-Jean à Saint-Jérôme à Ville de Laval Êtes-vous intéressé(e) à suivre un ou des cours universitaires dans les villes desservies par les trois (3) centres d'études universitaires?Désirez-vous obtenir des informations sur un point précis?Si oui, communiquez avec le personnel des centres : C'est facile de nous atteindre.Saint-Jean: 282-3102, 1-346-7901, 1-800-363-9290 (sans frais) Saint-Jérôme: 282-3104, 1-436-2878, 1-800-363-3691 (sans frais) Ville de Laval: 282-3075, 682-1343 Direction : 282-8398 Université du Quebec a Montréal LA VIE EN ROSE 12 mars 1986 Avortement Les Canadiennes-anglaises se soulèvent Elles en avaient marre depuis longtemps de leurs gouvernements à la gomme, qui n'étaient pas fichus d'être aussi tolérants que celui du Québec! Marre de devoir quitter Edmonton pour aller se faire avorter à Seattle, aux Etats-Unis.Marre des descentes dans les cliniques d'avortement, marre des procès qui n'en finissent plus, marre du «Cri silencieux», marre des députés qui ne parlent plus que du droit du foetus.Marre, quoi! Alors, elles ont décidé, en novembre dernier, lors d'une rencontre du Comité canadien d'action sur le statut de la femme (National Action Committee on the Status of Women, NAC), de reprendre l'offensive.S'inspirant d'une stratégie déjà employée au Québec, à l'époque de la Coordination nationale pour l'avortement libre et gratuit, elles s'apprêtent à tenir, dans plusieurs grandes villes canadiennes, des tribunaux populaires mettant en procès la loi canadienne sur l'avortement.Le premier procès a déjà eu lieu le 25 janvier, à Vancouver, en Colombie-Britannique.Des femmes de tout âge sont venues y témoigner des conditions dans lesquelles elles ont vécu leur avortement, avant et après 1969 (date de la légalisation de l'avortement thérapeutique), aussi bien en clinique qu'en milieu hospitalier.Au moment de publier, on ignore encore les retombées de ce premier procès populaire au pays des conservateurs de Bill Bennett.Six villes canadiennes: Vancouver, Edmonton, Saskatoon, Winnipeg, Toronto et Halifax ont déjà confirmé leur «participation» à cette série de tribunaux.D'autres villes pourraient toutefois s'ajouter d'ici juin 1986, alors que la campagne s'achèvera à Ottawa par un «événement majeur».Intitulée «Crimes contre les femmes: la loi de l'avortement en procès», cette série de tribunaux populaires vise à «remettre les droits des femmes au premier plan du débat entourant l'avortement», a expliqué à La Vie en Rose l'une des organisatrices ontanennes, Mme Patricia Antonyshin.Selon Mme Antonyshin, le débat entourant l'avortement est de plus en plus centré sur les droits du foetus.«Avec la montée des fondamentalistes, dit-elle, la question des droits des femmes est de moins en moins présente.Les procès veulent souligner le caractère injuste de la loi actuelle sur l'avortement.» La participation du Québec à cette campagne était encore incertaine au début du mois de février, même si la Coalition onta-rienne la considérait «acquise en principe» et n'étant plus «qu'une question d'organisation».Plusieurs groupes du Québec s'interrogeaient en effet, en début d'année, sur la «pertinence» d'organiser de tels tribunaux ici en 1986.«Nous en avons fait il y a quatre ou cinq ans, rappelle Anne St-Cer-ny, de la Fédération québécoise du planning des naissances (FQPN).Certaines se disent qu'il est plus important maintenant de préserver les acquis.» À ce propos, bon nombre de groupes populaires, de femmes et de syndicats ont discuté, le 8 février dernier, de la création d'une Coalition québécoise pour le droit à l'avortement qui prendrait la relève de la défunte Coordination.A cette occasion, des porte-parole du Centre de santé des femmes du quartier, de même que des femmes travaillant dans des CLSC où sont pratiqués des avortements ont fait le point sur la situation au Québec.Le docteur Henry Morgentaler participait aussi à la rencontre.Coalition québécoise ou pas, les Onta-riennes entendent profiter des prochains mois pour inviter les Canadiennes (et les Québécoises! ) à écrire au ministre fédéral de la Justice, John Crosbie, pour lui demander d'abroger l'article 251 du Code criminel, régissant les conditions de pratique d'avortement.Pour plus de détails, on peut contacter Nicole Dicaire auprès de la Coalition onta-rienne pour des cliniques d'avortement, au 1-416-532-8193, ou Lise Gratton au 731-4931, poste 304.V» Carole Beaulieu Toutes les femmes, à leur manière, mènent la bataille pour faire reconnaître leur travail.COMITE DE LA CONDITION FEMININE DE LA CSN CSN LA VIE EN ROSE La marche1 pour la paix Actualité Féministe Thorill Eide Mission accomplie Thorill Eide n'en est pas à sa première marche pour la paix.Elle était de ces femmes norvégiennes qui, en 1981, organisèrent une marche de Copenhague à Paris; puis, en 1982, de Stockholm à Minsk en URSS et, finalement, en 1983, de New York à Washington.Plus ambitieuse et plus dangereuse, traversant cette fois sept pays d'Amérique centrale, la dernière marche pour la paix prenait fin à Mexico le 22 janvier dernier.«Tous les experts internationaux avaient condamné l'initiative au départ, rappelait l'initiatrice du projet, en conférence de presse à Montréal, fin janvier.Nous serions fusillé-e-s, disaient-ils, les centraméricains ne comprendraient pas; les médias et les gouvernement se montreraient indifférents.Mais c'est tout le contraire! J'ai été étonnée de voir à quel point 300 personnes, en shorts et en espadrilles, pouvaient ébranler les pouvoirs en place, que ce soit positivement ou négativement.» Des gouvernements ouvertement en faveur de la marche pour la paix, il n'y en a eu que deux: le Panama et, surtout, le Nicaragua qui a vu dans les mtemaaonalistas un appui concret à sa lutte contre l'impérialisme américain.A juste titre.«Mais là comme ailleurs en Amérique centrale, poursuit Mme Eide, on a tenté de nous manipuler.Certains sandinistes, appartenant aux bas échelons du parti, n'avaient pas compris l'importance de notre indépendance politique.Alors, ils remplaçaient nos affiches par les leurs, nous emmenaient visiter les plantations de café.On leur a parlé et ils ont compris.» Le Salvador, le Honduras et le Guatemala s'annonçaient comme les endroits les plus névralgiques d'un parcours de 2 000 kilomètres.C'est pourtant le Costa Rica qui s'est avéré le plus hostile.«Costa Rica se vante d'être un pays pacifique, démocratique.Il n'en est rien: c'est un pays contrôlé par les États-Unis et, dans une grande mesure, par l'armée.» C'est là que les marcheuses et marcheurs ont été attaqués par des journaux criant à la propagande communiste, physiquement agressé-e-s par le mouvement néo-fasciste Costa Rica Libre et, finalement, reconduites à la frontière.Autre pays sous forte influence américaine, le Honduras a carrément refusé d'ouvrir ses portes à la marche.Mais, comme au Salvador, une petite délégation de 20 personnes a pu se rendre par avion dans la capitale.«J'y ai rencontré le ministre des Affaires étrangères qui, à mon grand éton-nement, voyait notre initiative d'un bon oeil.Le problème était que le Président, un homme redevable aux formes armées, ne partageait pas sob avis.» Autre surprise pour Thorill Eide: aucune censure ne s'est exercée contre elle ou les autres porte-parole au Salvador, où l'on ayait aussi, pourtant, refusé les pacifistes.«A la radio et à la télévision nationales, j'ai pu dire exactement ce que je pensais du régime.Je crois qu'au Salvador, c'est un peu comme aux États-Unis: Duarte est si sûr de lui qu'il peut se permettre de tels exercices de démocratie.» Le Guatemala venant d'élire son premier gouvernement civil depuis 30 ans, la marche a pu s'y dérouler sans problèmes, bénéficiant même d'une couverture de presse considérable et neutre.Finalement, le pays évalué comme le moins important, le Mexique, a aussi révélé des surprises.Alors que des milliers de personnes (jusqu'à 20 000 dans les campagnes et 50 000 à Mexico) se mêlaient aux marcheurs et marcheuses pour la paix, le minis- tre des Communications se déplaçait personnellement pour empêcher que les porte-parole «n'abordent les problèmes du Mexique».Comme quoi tous les pays centraméricains partagent, à des degrés divers, les mêmes contradictions.A quel point une marche pour la paix parvient-elle à empêcher l'escalade militaire?.«Ce n'est pas sa première raison d'être, précise Thorill Eide.Nous étions là pour faire comprendre tant aux gouvernements en place qu'à leurs citoyen-ne-s que le monde est au courant de ce qui se passe chez eux.» Mais il y a déjà des conséquences positives à cette périlleuse entreprise: au Costa Rica, il est question d'abolir le Costa Rica Libre et, quant à la poursuite des objectifs de la marche, deux bureaux seront bientôt mis sur pied, à Panama et à Oslo, en vue de coordonner l'information.Il y a aussi au moins deux conséquences négatives.Outre l'emprisonnement et la torture d'un Salvadorien, Brigidio Sanchez, qui s'était joint à la marche, il y a le problème du leadership.«Plus jamais je ne ferai une marche pour la paix qui ne sera pas entièrement dirigée par des femmes.C'était la première fois, et j'ai trouvé les hommes agressifs, toujours enclins aux rapports de force.La marche a failli y perdre son âme», me confie Mme Eide en entrevue.Mais rien n'empêchera cette femme de 47 ans de récidiver.Elle songe déjà à l'Afghanistan ou, mieux encore, à une marche de femmes au Liban.Si l'aventure vous intéresse, écrivez (et envoyez vos dons) au Peace Office, Rosenkrnatz Street, # 18, 0160 Oslo, Norvège, tél.42-55-12 (code régional 2).4 .c.Francine Pelletier DIANE RICARD : VOIX et SONS ENR.psychophoniste thérapeutique par la voix 117, Villeneuve ouest Montréal.Québec H2T 2R6 (5I4| 276-7945 LA VIE EN ROSE 14 mars 1986 Communiqués Groupes Au Bas de l'Echelle vous propose une série d'événements pour commémorer ses dix ans d'existence les 12-13 et 14 mars.On s'informe au: 270-7878, Lorraine ou Chantai.Le Centre de santé des femmes offre à nouveau ses ateliers d'information sur l'auto-examen, sexualité et contraception douce, les infections vaginales courantes.Pour plus d'informations: 842-8903.La Ligue des femmes du Québec organise une campagne de boycott-girlcott des produits alimentaires d'Afrique du Sud, particulièrement les oranges Outspan et les pommes Granny Smith, les conserves et jus de fruits sud-africains.Pour en savoir davantage: 527-1176.Le Collectif de désobéissance civile du comité pour une Afrique du Sud libre nous informe que neuf femmes qui avaient occupé à Montréal le magasin de chaussures Bata le 12 septembre dernier, comparaîtront le 10 mars prochain devant la cour municipale sous l'accusation de voies de faits.Informations: Anne-Marie 937-1871; Lyne 844-9875.Les Jeudis de l'Histoire des Femmes présentent le 6 mars à 13 h 30 au 1212, rue Pa-net, salle 100: «Le 8 mars», une historique de la journée internationale des femmes.Pour informations supplémentaires: 524-3561.Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec invite les femmes et les groupes qui veulent s'informer et s'impliquer davantage en santé des femmes à une journée de sensibilisation le samedi 12 avril à Montréal.Les thèmes principaux seront: reproduction, sexualité et autosanté des femmes.On communique avec Josée Belleau, (819) 770-3674.Évaluation-médias organise une session d'information pour encourager les indivi-du-es ou groupes de femmes à faire des représentations sur l'élimination des stéréotypes sexistes dans les médias, lors des audiences publiques du CRTC, les 20-21-22 avril à Montréal.On s'informe au 270-7069.Concertation inier-régumale des garderies du Quebec est un nouvel outil que les regroupements régionaux de garderies se sont donné et qui rejoint quelque 180 garderies.Des rencontres et des comités sont formés pour échanger, s'entraider et travailler à la promotion de leurs intérêts et de ceux des enfants.Pour informations supplémentaires: 672-8826.La Fondation du Comité canadien d'action sur le statut de la femme annonce l'exposition et la vente d'oeuvres d'art créées par les femmes de tous les coins du Canada qui aura lieu le 30 mai et le 1er juin 1986.La Fondation demande aux artistes de contribuer par une oeuvre en vue du tirage.Aussi, celles qui le désirent peuvent contribuer en achetant ou en vendant des billets pour le tirage.On communique avec Debbie Hughes-Geoffnon, (416) 922-3246; 344 Bloor ouest, suite 505, Toronto, Ont.M5S 1W9 Colloque québécois sur l'interventwn féministe: le Point d'appui convie à une réflexion sur l'approche féministe en thérapie, à Rouyn-Noranda les 4-5-6 avril prochains.Un rendez-vous à ne pas manquer.Pour renseignements: (819) 762-8443.Conférence nationale les femmes et la loi aura lieu à Chicago du 20 au 23 mars.Cette conférence regroupera plus de 3 000 avo-cat-es et étudiant-es en Droit, des juges et des femmes d'affaires.On s'informe aux: (312) 908-0739, (312) 248-4419, (314) 863-8172 138 J.^'JJ SJAii J-JJJ ncnsucnimeuts mu -c-stii rowt o appuiicl\tpi oaioc it 01 pmyin1ion ois acplssiolts à : caractfae sfxull dl rouyn-noranoai J/eunes Les centres Déclic-Jeunesse pour les jeunes de 18 à 29 ans annoncent un programme d'aide aux Jeunes Promoteur-es appuyé par sept groupes de soutien aux initiatives-jeunesse.Pour de plus amples informations concernant les programmes Jeunes Promoteur-es, Jeunes Volontaires, Stage en milieu de travail et autres programmes, Communication-Québec: 873-2111 -Déclic-Jeunesse /Publications Publié par Les Publications du Québec, Tout sur la ménopause, de Mme Yolande Desmeules-Gaudet, est un ouvrage de vulgarisation sur cette étape importante que les femmes traversent souvent dans l'ignorance, l'inquiétude et l'isolement - 4,95$ Toujours aux Publications du Québec, rappelons les mines de renseignements contenus dans les trois guides: - Guide d'information pour les femmes - Guide d'accès à la Justice - Guide des aînées Un autre outil très utile aux femmes, le repertoire de l'Association des femmes d'affaires du Québec; 2 000 femmes à l'échelle de la province offrent des services variés et très souvent innovateurs.Le Bottin des femmes, Éditions Lanctôt, 376, Sherbrooke est, Montréal H2X 1E6 (514) 845-4281 - 3,50$ Le Goéland annonce la parution d'un Catalogue d'aides techniques pour rendre le travail et les études plus accessibles aux handicapé-es.Communiquer avec Robert Lévesquc.(514) 334-0704./i/omosexuelles The lesbian phoneline de Toronto nous informe de l'existence d'un répertoire sur les groupes, les services et les activités.Pour s'informer et s'inscrire: 533-6120, mardi et jeudi, P.O.Box 1258, Station F.Toronto, Ontario M4Y 2LY Le magazine Conditions recherche des textes pour son numéro international de l'été 1986.Fiction, poésie, nouvelle, théâtre, reportage, entrevue, 4 pages ou moins en anglais accompagnées d'une courte biographie.Envoyez vos manuscrits à: Conditions.P.O.Box 56, Van Brunt Station, Brooklvn, New York 11215, U.S.A.mars 1986 15 LA VIE EN ROSE Un soir de désoeuvrement, pour ne pas dire de chômage, j'ai vu à la télévision un jovialiste célèbre.Ce spécialiste de la joie proposait des recettes pour le bonheur.Lui, il souriait à son tube de dentifrice chaque matin.Depuis, j'utilise la même ruse.C'est facile: sitôt levée, je regarde ma condition féminine et je lui souris.J'ai besoin de cette discipline car je ne suis pas d'un naturel jovialiste, quoique je ne sois pas naturellement triste non plus.Mais comment voir raisonnablement la vie en rose, maintenant que la Décennie de LA femme est terminée?Le lendemain de cette soirée de Damas, je me suis penchée sur des données objectives, issues de documents officiels de l'ONU1; j'ai même consulté un magazine au titre ô combien enjoué, La Vie en rose.Je peux maintenant affirmer que tout va bien dans le meilleur des mondes, à l'instar du célèbre héros de Voltaire, un homme du nom de Candide.Même si un autre qualificatif que candide me conviendrait mieux: je serais, à la rigueur, une Roger bon temps, une Rogère bonne tempe, ou une Rogerte à temps, ou une pinte de bon sang, ou.Bon.Tout va bien pour nous La Femme, donc, et pour plusieurs raisons.Je veux présenter les faits avec l'oeil obstiné de la jovialiste que je suis devenue.Vous savez que la Décennie consacrée à la Femme s'est terminée en 1985.Mais saviez-vous qu'il y a maintenant plus de 40 ans que l'on se préoccupe spécifiquement de La Femme dans le monde?Les Nations Unies s'étaient déjà engagées une première fois en faveur de l'égalité entre l'Homme et la Femme, avec la charte de 1945.Insuffisamment.Il aura fallu attendre 1975 pour qu'on décèle enfin le «hasard génétique» responsable du fait que la moitié de la population du globe accomplissait les deux tiers du travail, percevait un dixième des revenus et possédait moins d'un centième de ses biens.Pour rattraper le retard, on proclama donc la période 1975-1985 Décennie de La Femme.Eh bien, les résultats sont là, évidents, incontestables, après 30 + 10 ans d'efforts, de travail et de justice.En 1985, une enquête menée dans 140 pays révélait que «les femmes font presque tous les travaux ménagers de la planète, ce qui, vu leurs occupations extérieures, signifie que la plupart ont une double journée de travail; on sait aussi que les femmes assurent environ la moitié de la production alimentaire mondiale mais qu'elles ne possèdent presque pas de terres; que dans le monde, les femmes constituent un tiers de la population active officielle mais qu'elles se concentrent dans les occupations les moins bien payées et que le chômage les atteint plus que les hommes, etc.» Et c'est comme ça dans tous les domaines.nalysons étape par étape cet amas de bonnes nouvelles.D'abord, nous pouvons affirmer que La Femme possède une chasse gardée, mondialement reconnue et que peu lui arrachent: les travaux ménagers.Évidemment, c'est un travail non payé, mais qui parmi vous voudrait jeter à terre l'économie de tous les pays du monde en le rétribuant?Deuxièmement, nous savons maintenant que beaucoup de femmes travaillent en double puisque, en plus des travaux ménagers, leur chasse gardée mondialement reconnue, elles travaillent de plus en plus à l'extérieur de leur foyer.Est-ce en plus des deux tiers du travail mondial de 1975?Le jovialisme m'a fait perdre la bosse des maths.De toute façon, voilà ainsi confirmée l'une des thèses féministes les plus radicales: une femme, même malade, vaut deux hommes et un demi-salaire! | Par ailleurs, que La Femme ne possède pas la terre arable g qu'elle fait fructifier est peut-être un bien; ainsi la productrice S alimentaire québécoise, par exemple, sera touchée moins direc- g tement par d'éventuelles modifications à la loi sur le zonage ô agricole.Que le salaire de La Femme n'égale pas celui de | l'Homme est encore normal, puisqu'elle occupe en général une | fonction moins importante: honnêtement, paieriez-vous votre i mars 1986 gardienne au même prix que votre député?D'autre part, il est bon que La Femme au travail ait un objectif concret, comme dépasser le salaire minimum avant l'an 2000.Le succès ne se nourrit-il pas de grandes ambitions?Quant au chômage, disons que La Femme le partage avec les autres et que, ici comme ailleurs, elle en fait plus que les autres.C'est tout à son honneur.Cela me rappelle la déclaration d'une femme d'affaires: «Si les femmes subissent des inégalités, d'autres groupes connaissent des difficultés comparables.C'est difficile de déterminer ce qui est prioritaire entre les femmes, les jeunes et les handicapés2.» C'est une femme blanche, mûre et aisée qui le dit.Tout va bien car La Femme, qui constituait 31 % de la population active en 1975, en forme 35 % en 1985, dans nos pays industrialisés.En 10 ans, nous avons gagné plus de 4 %.Je vous laisse calculer dans combien d'années le pourcentage de femmes officiellement au travail représentera vraiment le nombre de femmes suant doublement d'un jour à l'autre.Sinon, tout s'améliore: en 1978, il n'y avait que 28 pays à avoir inscrit dans leur code une législation sur l'égalité des salaires, en vertu de laquelle il était illégal de payer aux hommes et aux femmes des salaires différents pour un même travail.En 1983, ils étaient 90.Ça veut dire que l'écart se réduira vite.D'ailleurs voici, pour les lectrices instruites, un petit problème: en 1975, les ouvrières de l'industrie gagnaient 70 cents là où un homme gagnait 1 $; en 1982, elles gagnaient 73 cents pour cette piastre mâle.Dans combien d'années rattraperont-elles l'écart?Peu, vous avez raison.N'est-ce pas réconfortant?Évidemment, à côté de la question presque réglée du «travail égal, salaire égal», il y a encore un peu de discrimination dans la promotion accordée à La Femme.En Italie, par exemple, sur 100 journalistes hommes engagés en 1967, 53 étaient devenus directeurs de rédaction en 1982.Par contre, des 100 journalistes femmes engagées la même année, aucune n'avait dépassé l'échelon de rédactrice.Mais l'Italie, c'est bien connu, est un pays méditerranéen, donc soumis aux influences centenaires du sexisme latin.Entre la «mamma» et la «putana», il n'y a pas de place pour la journaliste.Mais nous visons en Amérique du Nord, dans cette société moderne où la Femme journaliste est très reconnue, sinon adulée; à preuve, Denise Bombardier, Louise Arcand, Solange Chaput-Rolland, etc.alhcureusement, la plupart des femmes ne sont pas journalistes mais secrétaires, serveuses, infirmières, ouvrières des industries alimentaire ou textile, femmes de ménage, etc.et mal payées, suite à ce fameux «hasard génétique» que l'on ne peut que déplorer et qui rend leur salaire encore plus inégal.Parce qu'elle est mal payée, on a beaucoup dit que La Femme en général est plus pauvre et qu'avec la crise, son pouvoir d'achat diminue dramatiquement.Encore là, c'est ne voir que l'aspect négatif et alarmiste des choses.Qui a eu l'honnêteté de dire, en contrepartie, que les biens de consommation typiquement féminins, eux, ne cessent de s'améliorer, comme ces Tampax ou ces Kotex désodorisés et de plus en plus absorbants?Aujourd'hui, La Femme en a plus pour son moins d'argent.Tout va bien mieux qu'on le pense.Ceci dit, l'ONU me faisait remarquer que, au niveau international de La Femme, la balance commerciale du pouvoir est déséquilibrée.Du côté Femme, trop de responsabilités; du côté Homme, trop de pouvoir et de succès.Or, le succès appelle le succès, comme l'illustre Dallas et comme le confirment les plus belles théories jovialistes ainsi que le document officiel de l'ONU.C'est un fait que vous ne nierez pas: auiourd'hui et depuis des siècles, presque toutes les richesses du monde appartiennent aux hommes, tandis que le gros du travail incombe aux femmes.Mais heureusement, ce n'est que temporaire puisque les gouvernements ont décidé de prendre au sérieux leur dette envers leur Femme nationale.Les indices sont clairs: 90 % d'entre eux ont créé un organisme officiel pour s'en occuper.Et puis l'un des grands succès de la Décennie n'est-il pas l'adoption de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes?Que 65 pays à peine l'aient signée ne veut rien dire.Après tout, des inégalités subsisteront encore un certain temps, le monde n'étant pas parfait.Les nouvelles lois sont mises en oeuvre trop lentement, les bonnes intentions ne se transforment pas toujours en actions concrètes.C'est humain.Il existe, par exemple, 12 pays où La Femme doit encore obtenir le consentement de son mari si elle veut accepter un de ces emplois peu prestigieux et mal payés, même si elle lui jure qu'elle continuera d'entretenir sa maison.I ais il n'y a pas que le travail dans la vie.Tant qu'on a la santé, chômeuse ou mal payée.I Question de santé, la Décennie de La Femme a | été marquée par ce que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle «la déclaration d'intention la plus optimiste jamais faite par la communauté internationale».Ça aussi, je l'ai lu dans le document officiel.Déjà optimiste, j'y ai appris que la plupart des femmes mettent leurs I enfants au monde sans risque.Sauf en Afrique ou en Asie, évidemment, où chaque année plus d'un demi-million de femmes meurent en couches.Plus quelques autres ailleurs, à cause des distances et de la pauvreté, ce qui est compréhensible même à une époque où l'on dépense des milliards pour explorer l'espace et ses planètes: une épidémie de choléra peut être plus dure à contrôler qu'un Voyageur 12 qui déraille.Pour l'accouchement, les statistiques sont plutôt rassurantes, donc.Mais 25 millions de femmes tombent gravement malades après leur accouchement, apprends-je.Cela m'inquiéterait si je n'étais pas, désormais, une gaie luronne.Et si je ne savais pas que La Femme vit plus longtemps que l'Homme, presque partout dans le monde.Réjouissant, non?Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle en est troublée au point de souffrir, deux fois plus que l'Homme, de maladie mentale.Comme si faire seule les travaux ménagers, travailler 16 à 20 heures par jour, mettre les enfants au monde et les nourrir, laver, éduquer, tout en crawlant au seuil de la pauvreté.ne constituaient pas une saine gymnastique mentale?Et puis, vivre plus longtemps mais plus angoissée, c'est peut-être la rançon des choses.La Femme, au moins, a perdu un de ses sujets d'angoisse: la grossesse non désirée.Car tout va bien là aussi: les femmes contraceptives se reproduisent à une vitesse folle.«Dans le monde, 50 % des femmes qui souhaitent différer une grossesse ou renoncer à avoir des enfants sont en mesure de satisfaire ce désir.» Il existe, bien sûr, un autre 50 % de cas isolés, comme celui du CLSC Sainte-Thérèse ou ceux des neuf pays africains où, il y a peu, la majorité des femmes n'avaient jamais entendu parler des moyens contraceptifs modernes.Nous sommes dans un monde libre et il se peut qu'un gouvernement démocratique empêche les femmes d'avoir recours au libre choix pour ne pas compromettre le succès de sa politique nataliste, prioritaire à cause d'un conflit frontalier.Ce serait logique.Je le répète, nous sommes dans un monde libre.La preuve, c'est qu'en Amérique du Sud, une femme qui décide librement d'avorter illégalement est une femme qui décide librement de risquer sa vie.Ces morts accidentelles et difficilement «chiffrables» mises à part, tout va bien puisqu'en 10 ans, de 1970 à mars 1986 17 LA VIE EN ROSE 1980, la proportion de femmes mariées utilisant la contraception a plus que doublé.Avec l'espacement des naissances ainsi créé, ces bébés légitimes auront plus de chances de naître et de vivre en santé, de même que leurs mamans pourront préserver leur productivité, à l'usine ou aux champs.C'est un cercle vertueux, qui, j'en suis sûre, pourrait adoucir la position d'une Église qui condamne encore comme immoral l'usage de la contraception.Au nom d'un foetus, même femelle, certains défenseurs de la vie ne sont-ils pas prêts à épargner la mère?ais saviez-vous qu'il y a un lien entre l'éducation et la contraception?Moi, je l'ai su par la même enquête: la Femme qui a fait plus de sept ans d'études recourt à la contraception.Or, elle est de plus en plus nombreuse.Selon les chiffres, plus de femmes que jamais peuvent me lire aujourd'hui et il n'y a pas besoin de chiffres pour le prouver.Comptez avec moi: 7 filles pour 8 gars étudient au secondaire et 4 femmes pour 5 hommes se rendent à l'échelle supérieu- re.Ne soyons pas mesquines: c'est presque pareil (tant qu'on ne multiplie pas par millions).Évidemment, ces données ne sont bonnes que pour les pays où l'instruction est obligatoire.Il est vrai que dans les pays en voie de développement on continue de favoriser les garçons, car les parents y conçoivent l'éducation comme un investissement.À juste titre, non?Or, une fille, même jeune, rend plus de services à sa mère et elle a moins de chances, même plus vieille, de trouver un emploi salarié.Alors, ses parents, en bons gestionnaires, préfèrent ne pas l'envoyer à l'école.En réalité, c'est sa gentillesse et son dévouement qui retiennent la jeune fille à la maison.On ne peut pas dire que c'est négatif.D'ailleurs, lorsqu'on l'envoie à l'école quand même, la Fille s'oriente, là comme ici, vers des matières qui lui seraient probablement plus utiles à la cuisine ou à la case que dans le vrai monde extérieur.Mais supposons que la fille va et reste à l'école.Eh bien, son professeur ne se conduira pas avec elle comme avec son frère.La Fille sera récompensée si elle est sage, docile et ordonnée; le garçon, s'il donne la bonne réponse.Même si elle n'est pas récompensée, la Fille donne souvent la bonne réponse.Elle a trop de qualités, cette Fille! Une autre qui ira loin! Tout va bien, c'est aveuglant! Travail, santé, contraception, éducation: la situation ne s'est-elle pas améliorée sensiblement sur tous les plans, même inclinés au défaitisme?Quant aux rares inégalités persistantes, soyons claires: le règlement de ces broutilles est improbable tant que les hommes prendront les décisions, mais les femmes ne seront pas libres de participer aux décisions tant que ces broutilles (discrimination salariale, éducative, médicale, etc.) ne seront pas réglées.Retournez ça dans votre tête, mais pas trop longtemps: vous êtes statistiquement, fragiles.Parmi les quelques points noirs obstruant le teint lumineux de notre condition féminine, les Nations Unies ont constaté que la Décennie n'avait pas fait augmenter la participation de La Femme à la vie politique de la majorité des pays, en voie de développement ou non.Sauf ici, au Québec, où l'on peut dire qu'il n'y a jamais eu autant de femmes au pouvoir! Il n'aura fallu que 40 ans pour obtenir, après le droit de vote, 18 femmes à l'Assemblée nationale.Aidez-moi à calculer: en quelle année, si ce rythme fou se poursuit, nos élues représenteront-elles notre 52 % de la population?(Envoyez-moi la réponse, SVP) 'espère vous avoir convaincues qu'il y a beaucoup de bonnes raisons de sourire à sa condition féminine.Il existe bien des détails que je n'ai pas cru bon de souligner et qui nous réjouiraient encore: par exemple, le fait que 9 Canadiennes sur 10 ne soient pas battues par leurs conjoints, le fait que 7 fillettes sur 10 ne soient jamais agressées sexuellement, le fait que pendant au moins 16 minutes sur 17, aucun viol ne soit perpétré, etc.Mais pourquoi être triomphaliste?Je n'ai qu'un regret.J'ai bien cru, l'été dernier, lors de la Conférence de Nairobi, qu'on obtiendrait le quart de siècle de La Femme.Je serais même allée jusqu'au demi-siècle.Les dix dernières années ont été tellement positives qu'il serait dommage de tenter de faire mieux avec Le ou La Jeune par exemple, qui n'a même pas de décennie pour Lui/Elle mais qui n'est jamais content-e de toute façon.Alors que La Femme, elle, est de plus en plus positive.Pour le vérifier, j'ai passé en revue les derniers titres de La Vie en rose, dont l'état d'esprit est si représentatif de La Femme québécoise.Quelques exemples: Janvier 1985: Spécial littérature pour enfants qui savent lire.Février: Vive les sages-femmes! Mars: Les féministes se félicitent.La Vie en rose a cinq ans et 5 millions d'abonnées! Avril: La garde partagée, c'est la libération! Mai: Lise Payette est au point.Juin: Louise Roy: il fera plus beau dans le métro.Juillet-août: Réussir l'erotique.Septembre: Marois, c'est un phénomène! Octobre: Diane Dufivsne bien habillée.Novembre: Des hommes pour avouer, enfin! Décembre-janvier: Du pouvoir avec notre sexe.Février: Parlons-nous d'amour! Et que dire du numéro de mars, un modèle du genre positif, qui passera sûrement à l'histoire, du moins celle des Nations Unies.Car aucun des titres de LVR ne trahit notre pensée rayonnante de cette joie de vivre qui nous caractérise: Enfin libérées! Tout va bien! Qu'est-ce qui fait sourire la ministre Roudy?Virage réussi, etc.Pour finir, j'aimerais vous laisser.Avec une autre pensée de mon maître à jovialiser, particulièrement adaptée à La Femme: «Vous ne perdez rien quand on vous enlève ce que vous avez et vous gagnez tout quand vous demeurez ce que vous êtes3 ,»j 1/ La plupart des informations suivantes sont tirées de La Situation de la femme dans le monde, document de travail de la Conférence de Nairobi, juillet 1985, préparé pour les Nations Unies par New Internationalist Publications, Royaume-Uni.21 Lu dans le magazine Affaires, mars 1985, p 30, ces paroles de Me Fecteau.3/ André Moreau, Pour le meilleur et sans le pire, Éd.André Moreau et compagnie, .Montreal, 1984, p.66.Madame la Marquise Toutes et tous connaissent l'expression «Tout va bien.».J'aimerais en rappeler la signification, tirée du livre Trésors des expressions françaises ( Éd.Delin) de Sylvie Weil et Louise Rameau: «Quand on ajoute à ces mots des points de suspension ou bien l'apostrophe "Madame la Marquise», c'est pour dire, en fait, que les choses ne pourraient aller plus mal.» C'est une allusion à une chanson des années 30.La marquise téléphone à James, son domestique, pour lui demander des nouvelles car elle est absente depuis quinze jours: «Allô, allô, James, quelles nouvelles?» James répond: «Tout va très bien.Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien.Pourtant, il faut que je vous dise.On déplore un tout petit rien, un incident, une bêtise: la mort de votre jument grise.» Ce n'est que le début.«La jument est morte dans l'incendie qui a dévasté les écuries, tout va très bien, tout va très bien, l'incendie a été provoqué par le suicide de Monsieur le Marquis.» À la fin de la chanson, tout va toujours très bien, mais il ne reste rien, semble-t-il, que le téléphone! Je vous propose le même exercice.Par exemple: «Tout va très bien, Madame la Marquise; ah! il faut que je vous dise: je suis enceinte.J'ai dû lâcher l'école mais tout va bien: mon agente du B.S.est très gentille et je suis sûre que le SIDA n'est pas vraiment héréditaire.» M.C.T.LA VIE EN ROSE 18 mors 1986 Ca, c'est une nouvelle! Bien sûr, nous connaissions toutes quelqu'ami, beau-frère ou politicien qui nous le disait depuis longtemps.Mais, parce que nous étions trop occupées, un peu maniaques, ou perfectionnistes sur les bords, nous persistions à croire que ce n'était pas le cas.En tout cas, 1 essentiel c'est que maintenant la libération des femmes soit chose faite.Pour nous, militantes des groupes de femmes, artisanes acharnées de cet événement, c'est l'émotion.Nous atteignons notre but ultime, notre raison d'être en tant que groupe, c'est-à-dire ne plus avoir de raison d'être.Ou, plus poétiquement, mourir pour renaître.En effet, puisque «tout va très bien, Madame la Marquise», nous assisterons bientôt, champagne à la main, au sabordage heureux des maisons pour femmes victimes de violence, des centres viol-secours, des comités de condition féminine, des cliniques illégales d'avortement.Nous verrons s'opérer les mutations joyeuses de Vidéo Femmes en Vidéo Personnes, de Marie-Géo-graphie en édition canadienne-française du National Geographic et, si le processus est vraiment bien enclenché, vous lisez en ce moment le dernier numéro de La Vie en rose.Quelle allégresse.Cependant, avec la griserie du champagne, dans le firmament de notre joie, passera sans doute, le temps d'un soupir, la comète de la nostalgie.Accordons-lui la chance de s'exprimer un peu.Après tout, peut-être ne repassera-t-elle que dans 76 ans?Pour celles qui se demandent dans quel domaine elles investiront leur fougue, leur créativité, leur passion si longtemps consacrées aux luttes féministes.Pour celles qui se sentent, bien légitimement, un peu étourdies au lendemain de la victoire (à moins que ce ne soit l'effet du champagne.).Pour celles qui vivent un peu l'état «post coïtum anima triste», et pour toutes les autres, voici le témoignage vibrant de dignes représentantes de l'âge d'or du féminisme, saisies en pleine discussion: les Ginette Tremblay.Celles dont l'action, plus que le nom, passera à l'histoire; les militantes anonymes mais assidues, les marcheuses de 8 mars, les porteuses de pancartes, les acheteuses de macarons.Le réveil brutal des Ginette Tremblay (ou: «Je vis ma libération») gt: On a commencé à se douter que ça s'en venait quand, par exemple, on a vu que Viol-secours était en première page de l'annuaire avec les pompiers et la police! On s'est dit que si les mouvements de femmes avaient réussi à se faire reconnaître à ce point-là, on était sûrement sur la bonne voie.Alors, on s'est préparées à disparaître et à renaître.Hein, Ginette?par les Folles alliées gt: Oui, Ginette! On a pris des cours de pré-retraitées.On s'est demandé comment se recycler.Qu'est-ce qu'y a Ginette?gt: Je l'cré pas, moé! Je le savais que ça allait arriver un jour, mais pas si vite! J'ai toujours dit que je verrais pas ça de mon vivant, la libération.Faut-y que je me suicide à matin?gt: Pompe pas, là, Ginette! C'est faitt, c'est faitt! C'est écrit dans La Vie en rose, tu vas pas t'astiner là-dessus.gt: Faut passer à autre chose.Moi, j'ai toujours rêvé de me recycler.Un second début, ça me fera du bien.gt: Oui, Ginette, mais où vas-tu retrouver tes vieilles tchommes, hein?Vas-tu aller louer au bingo et aux quilles?gt: T'as raison, Ginette.J'ai peur aussi que si on noie trop notre victoire, la misogynie en profite pour remonter à la surface.La conscience est une faculté qui s'oublie, ça prend pas un doctorat pour savoir ça.gt: Arrêtez donc, Ginette! Justement, moi, j'ai eu une bonne idée.Pourquoi est-ce qu'on ferait pas profiter la petite terre qu'on a dans les Cantons de l'Est?La civilisation' des loisirs s'en vient, dirigeons-nous vers l'exploitation touristique; ça fera notre prospérité en même temps que servir notre postérité.Suivez-moi, mon plan est fait.(Oui, tournez la page, c'est ça.) S^f * Y a ben rien que nous autres qui étaient pas au courant! Les Folles alliées, ce sont Hélène Bernier, Jocelyne Corbeil, Pascale Gagnon, Lucie God-bout.Agnès Maltais, Christine Boillat.mars 1986 19 LA VIE EN ROSE Accueil Les Ginette Tremblay vous invitent à une excitante visite guidée du Village féministorique.Pour ce faire, sautez dans la Maniphérique.Départs à toutes les heures.Manit de nuit en saison seulement.Pour les hommes, des minibus avec guides suivent la parade.Nous fournissons slogans et pancartes.Rabais de 10 % aux vieilles militantes sur présentation de leur pancarte.Le trajet de la Maniphérique remonte le Boulevard du Huit-Mars dans le sens des aiguilles d'une montre (à ne pas confondre avec un grand virage à droite).Parc Safarire C'est la détente! Pour relaxer et jouir d'un moment de tranquillité, nous meLui is à votre disposition un immense parc central, accessible de tout le Village Apportez votre vin, votre pain, votre aki, votre frisbee, vos bébés, etc.Vous aurez la joie d'y admirer quelques espèces en voie de disparition.Nous avons réuni pour votre bon souvenir des spécimens de la race des Reggie Chartrand, Bruno Boutot, Jean-Paul II, Rambo, Monsieur Net, etc.Ces bêtes étant particulièrement sensibles, nous recommandons aux femmes de bien vouloir retenir leurs fous rires, et aux hommes de ne pas les nourrir.Merci.ACCUEIL Wymminland C'est la magie! Cette semaine, dans le cadre de notre série «Les grandes batailles de l'histoire», assistez à La Guerre des sexes.Voyez la reconstitution par nos robotonomes de cette célèbre bataille qui fit couler tant d'encre, tant de salive.et n'eut jamais lieu! Village du Pornoël C'est l'aventure! Vous aimez les livres et les films à suspense?Vous rêvez d'être Tintin ou Yoko Tsuno?Nous vous donnons la chance de LA VIE EN ROSE 20 STATIONNEMENT Musée C 'est la nostalgie! Expositioi des planches de Wen-Do reno i NE, Si vous avez des su.¦ témoignages post- vivre pendant une heure des émotions fortes.Soyez l'héroïne de l'après-midi.Choisissez un scénario parmi ceux que nous vous proposons et joignez nos commandos.Entrez dans le Village du Pornoël et.Pour les femmes d'action: - faites un scandale dans un cinéma porno: crevez l'écran! - brisez la vitrine d'un sex-shop tout en échappant au propriétaire et à la police.- essayez de prendre une bière dans une taverne.Pour les verbales: - convainquez Hugh Heftner (pdg de Playboy) de se faire moine ou de se suicider, au choix.- rencontrez Jean-Paul II, l'homme qui a embrassé tant d'asphalte, et faites-lui mordre la poussière.Notre personnel stylé vous fera subir sifflements, regards insinueux, remarques désobligeantes.Une atmosphère exceptionnelle, comme dans le bon vieux temps.Place Chants-de-Mars C'est la pause! Vous pourrez y admirer la fameuse Statue de la Femme.Et, moyennant une petite subvention de 25 cents, vous recevrez de sa bouche les Conseils de la Statue de la Femme.MCDONALDA C'est le restaurant! Vous trouverez au menu de votre fast-food préféré les célèbres galettes de séraphin et, en spécial, le nouveau Me MLF (mayonnaise, laitue, fromage).Quartier Radical C'est le mystère! On y trouve de tout.Ça dépend du point de vue où l'on se place.Faites-vous votre propre opinion.La direction du Village recommande aux hommes qui auraient encore un malaise de simplement laisser la fenêtre du minibus fermée.Merci.L'Avenue Lesbienne C'est l'alternative!Parallèle au Boulevarddu Huit-Mars pendantun moment, elle est attenante au quartier radical.Vous pourrez vous y attarder aux choix: choix social, choix personnel, choix politique ou choix pas si bête avec moi.Nous offrons une «deux pour une» dans tous les bars de l'avenue puisqu'une femme invertie en vaut deux.Faubourg Culturel C'est le divertissement! Comme au bon vieux temps, après la manif, laissez le chum avec le bébé et venez nous rejoindre pour la soirée.Venez prendre un verre entre amies, venez jouer au jeu électronique Mrs Custer's Revenge.À notre chic Cabaret du soir qui flanche, le CSF, nous vous offrons des vidéo-clips.Cette semaine, assistez à l'enregistrement en direct de la chanson We are half of the world, we make the children.par le groupe On AAC de l'autre moitié.Un diaporama-revival suivra, intitulé: Mais qu'est-ce qu'elles voulaient?Et, pour finir en beauté cette palpitante journée, un grand spectacle de variétés: Du mégaphone à la Wondeur, rétrospective de nos années folles.de la semaine: La Planche de Wen-Do et son temps, de Pol Pelletier aux Folles alliées.Vous pourrez admirer et même acheter es célèbres par celles qui les ont cassées! Le Village féministorique vous remercie de votre visite et vous dit: Au revoir! gestions pour le Village, celui-ci n'existant encore qu'à l'état de projet, n'hésitez pas à nous écrire.De même, si vous avez des ibératoires à nous communiquer, envoyez le tout à: Les Ginette Tremblay, a/s La Vie en rose, 3963 Saint-Denis, Mtl H2W 2M4.21 LA VIE EN ROSE par Jacqueline Barrette Nicole venait de déposer le gâ-teau-au-chocolat-écoeurant au centre de la table.Habituellement, les ah wow! pleuvaient sur le gâteau, marquant une trêve au discours en cours.En tout cas, ça s'était toujours passé comme ça depuis six ans, à chacun des soupers hebdomadaires de leur quatuor.«Le quatuor lyrique!», avait un jour proclamé Lucie et les rires des trois autres avaient confirmé le choix du nom de baptême.Chaque jeudi, Nicole l'anorexique préparait la bouffe pour tout le monde, Agnès la ronde mangeait pour deux (Nicole et elle-même), Carmen buvait plus qu'elle ne bouffait et Lucie, elle, enfumait la salle à manger, d'abord en suçant ses Gitanes et aussi en crachant des insights flambants sur touti et surtout sur toutes.Et n'eût été de l'humour magnifique de Lucie et de leur peur d'exprimer la colère que ses insights leur inspiraient, il y a belle lurette qu'il n'y aurait plus eu de quatuor lyrique mais bien plutôt un tno-en-câ-lisse.Toutes dans la trentaine, elles étaient amies depuis toujours ( 1970) et pour la vie ( 1970-?).Quand l'une d'elles disait «nous autres», Dame Solidantée gonflait le buste au point qu'au fil des années, elle en était venue à «chausser» du 42 double D.Nicole et Agnès s'aimaient d'amour, étaient donc lesbiennes, à moitié avouées puisque Nicole tenait à son anonymat.Carmen, une hétéro invétérée, changeait d'amant à une vitesse folle puisque chacun d'eux lui donnait son ticket à une vitesse folle.Lucie avait divorcé en 1980 et vivait seule avec sa petite Anaïs ( 8 ans ).Elles étaient LA VIE EN ROSE mars 1986 donc très représentatives des femmes dans la trentaine, si on exclut l'autre majorité.Bien! Donc, v'ià le gâteau de ce jeudi-là mais même Agnès ne s'exclame pas.SILENCE.Dame Solidaritée tâte son corsage et fouille dans sa sacoche pour mieux marquer son malaise (celle-là, je l'ai piquée à Clémence).Donc, SILENCE, provoqué par la dernière tirade de Lucie affectueusement surnommée Beam Light par les autres.Et pendant ces secondes de silence, Agnès, Nicole et Carmen ont le même flash et ce, sans s'être consultées.Chacune s'imagine renversant le gros bol à salade et ses restes sur la tête de Lucie.Chacune, en pensée, empoigne les cuillers de bois et se voit jouant un puissant solo de drum sur cette tête de bois.Chacun plisse sadiquement les lèvres en imaginant les deux lambeaux de laitue vinaigrée venir se plaquer sur les quenoeils de Lucie, le vinaigre qui mord les prunelles de Beam Light Lucie.Tout cela en quelques secondes et (je me répète) sans s'être consultées.(Comme quoi la théorie de l'inconscient collectif est parfaitement verifiable).Lucie venait d'insighter et comme presque chaque fois, ça fessait dur! Forte de son expérience thérapeutique (cinq ans, et ça durait, dans les bras de Jung), ça faisait une mèche que Lucie avait tracé oralement (entendez: avec la langue) le portrait ti-ko-logi-que de chacune et ceci sans aucun frais de leur part.Et ça empirait! Prenez la semaine passée.Lucie y était allée un peu fort en prétendant qu'il y avait méprise, que le les-bianisme d'Agnès n'était que fuite devant sa peur des hommes et que d'ailleurs son obésité le confirmait.Que par ailleurs, le lesbianisme de Nicole était tout aussi névrotique puisque c'était l'animus musclé d'Agnès qui l'attirait tant et que la petite taille de Nicole prouvait qu'elle fuyait sa douleur en restant une petite fille en quête d'un papa auquel elle n'avait jamais eu droit et que cette fuite la condamnait à se contenter d'un papa sans pénis.Que dans le fond, Carmen aussi était lesbienne, à sa manière tout aussi névrotique de choisir immanquablement des amants à l'anima proéminent et que ça rassurait bien son machoïsme à Carmen que ces femmelettes aient un pénis.Et qu'elle, Lucie, eh bien elle avait résolu ses problèmes sexu-u-u-hu-hu.(Lucie s' était étouffée dans les volutes de sa Gitane.On avait bien ri -hi!hi! - d'autant plus qu'on souhaitait que ces rires viennent mettre fin au jeu préféré de Lucie: cogne, cogne, cogne la caboche!).Mais ce soir?Qu'est-ce qu'elle avait tirade, Lucie, pour que les habituels rires-éponges ne fusent pas et que le Silence règne en maître?Réembobinons, take it away Lucie: «Faisons le point, mes soeurs (elle avait pris la voix de Denise Bombardier pour ce court préambule): On a parlé de Kadhafi, du Défi mondial, du livre Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, du prétendu virage de La \rie en rose.(Agnès avait dit «adroite», Nicole «centre-dur», Carmen «centre-mou», Lucie, moqueuse, «j'ai pas d'opinion là-dessus»).Cela nous a permis de rebrasser le discours féministe, PIS APRÈS?(Sa colère montait).Toutes les questions ont été posées, le discours féministe a nommé les douleurs, les colères, il est devenu répétitif et il m'assomme, le discours! C'est mauditement ironique que le discours soit devenu la plus belle fuite devant le RESSENTIR! On s'est accrochées au «nous-les-femmes-du-Qué-bec» comme un nourrisson s'accroche à sa 23 LA VIE EN ROSE Christine Roche, née à tyontréal en 1939, vit à Londres depuis 1969.Illustratrice et caricaturiste à la pige, ses dessins ont paru dans plusieurs recueils et revues d'action politique et/ou féministe.Ceux-ci sont tirés de I'm not a feminist, but., un album publié en 1985 par Virago Press, Londres.Si nous en avons tiré autant de dessins, c'est que nous apprécions l'esprit mais aussi le point de vue éditorial de Christine Roche.surtout pour un spécial rire jaune nounou.C'était correcque dans le temps.Mais c'est fini, kaput! «Le NOUS illusoire qui contenait la somme de nos JE a pété comme une capote trop usée le soir des Yvette au Forum.(elle fixait au loin, le regard déflaboxé comme si elle venait d'évoquer Hiroshima).Ce soir-là, le NOUS s'est scindé: le NOUS-nounes d'un bord, le NOUS-sélect de l'autre (on est toujours la nounoune de quelqu'une).Je retire mon JE du quatuor lyrique! Ça fait cinq ans que JE me raconte mon histoire, que JE ressens la douleur et la colère de JE, JE petite fille, JE adolescente, JE femme.Ce sera ça mon NOUS désormais, ma Sainte-Trinité! Ça fait cinq ans que vous vous nourrissez de mes découvertes comme jadis on parasitait le JE d'Anais, de Simone, de Kate, de Lise (pas s'être retenue, elle serait remontée jusqu'à la Bolduc).C'est assez, il faut que le parasitisme devienne communion! Mais vous êtes trop chieuses pour RESSENTIR la peine et la rage qui jaillissent quand on a l'honnêteté de tourner courageusement le regard vers son propre JE et de contempler avec horreur son LIBAN INTÉRIEUR! (suite à l'évocation de cette image, le trio-en-câlisse avait poussé un «sacrament!» intérieur, collectif et ahuri.La bonne Agnès avait calmé sa colère en se disant que sûrement Lucie avait voulu dire son BILAN INTÉRIEUR et que d'ailleurs il était caractéristique des thérapeutisés de lapsusser.Lucie, elle, se déchaînait.) «Vous aurez plus rien de moi, vous saurez! Mon JE assumera sa solitude désormais! (Elle les pointa une à une).Toi, Agnès, quand tu pèseras 400 livres; toi, Nicole, quand t'en pèseras 72 pis toi, Carmen, quand ta cirrhose ou ton sida se pointera, peut-être qu'à ce moment-là, vous comprendrez ce que j'essayais de vous dire.» (C'est là que le SI-LEN'CE arrive et qu'en pensée le trio renverse le bol à salade).Lucie éteint fébrilement sa quarantième Gitane de la veillée, se lève, met son manteau et crisse son camp! Dame Solidaritée, n'y tenant plus, se met à necker sauvagement avec Monsieur Silence.Exit Lucie excitée! Suivons-la.Elle marche sur le trottoir, elle fulmine et fume.Son beam light l'encombre.Elle sait qu'elle soigne un cancer du poumon qui ne demande qu'à naître.Sa Gitane tente stoïquement de lui mettre un bouchon: «Ah! et puis merde, on fait c'qu'on peut, non?» Lucie lui écrase la tête sur le ciment et braille.Son beam light l'éclairé et elle voit.Elle voit que ses découvertes, c'est elle qui ressent l'urgence d'en parler, que les filles ne lui ont jamais soutiré de confidences (au contraire! ) et que s» c'est elle qui se meurt de raconter! Lucie entre xchez elle, se jette dans les bras duveteux de sa douillette et braille plus que jamais car elle continue de voir.Et ce qu'elle vient juste de voir est à la limite du supportable: elle voit que ça fait des années qu'elle brasse la cage des autres, que c'est comme une maladie chez elle, qu'elle se comporte (et particulièrement avec celles qu'elle aime le plus) comme s'il fallait retirer un couteau fictif des mains de l'autre, comme si, attaquée ou pas, elle se devait de désarmer l'autre à tout prix, comme si sa vie même en dépendait.Ô quelle douleur! quand elle pense au mal qu'elle a fait, au mal qu'elle s'est fait aussi.Lucie s'endort en se demandant encore et encore: «Pourquoi?Pourquoi est-ce que je fais ça?Et pourquoi avec tant d'urgence?» Lucie trouvera-t-elle la réponse à sa question, avec le temps?Je dirai oui et ce, le jour où son beam light viendra se braquer sur sa zone intérieure la plus sinistrée et jusque-là demeurée cachée.D'aucuns connaissent leur Waterloo, d'aucunes finissent par rencontrer leur Beyrouth.Lucie aura du mal à s'en remettre.C'est pas parce que la guerre vient de finir qu'une ancienne combattante s'en va sifflant une douce ritournelle sur l'air de «Je-me-fiche-pas-mal-des-dégâts, Valderi, Val-dera!» Mais elle sera libre.enfin (je crois vote** 151 - ' -.i.- Olldwa.Oniano KlP 5H3 (6131 563 0681 que Lucie mérite ce happy ending car elle en a payé le prix).Et là-bas, chez Nicole?Retournons-y donc, juste au moment où Lucie vient de sortir, beam light devant.Monsieur Silence se durcit entre les bras de Dame Solidaritée car ils ont passé l'étape des préliminaires.Dame Solidaritée croit que c'est son devoir de le briser, ce Monsieur Silence.Elle le fait donc en le traitant ( non sans raison mais tout de même) d'éjaculateurprécoce! Et juste avant de lui claquer la porte au nez, elle lui jette au visage: «VOUS êtes tous pareils!» Ce VOUS porte le masculin au grand complet: ça va de Monsieur Silence en passant par le bureau-of-my-uncle.En remontant la rivière avec le saumon, ce VOUS s'est vu engrossé du JE de John Lennon, de ceux de Jean-Paul II, de Castro, de Foglia, de Tom Waits, des JE de Depardieu, Freud, Dracula, John Wayne, Michel Girouard et son copain le Prince Charles, du JE de Saint-Joseph qui trône majestueux à côté du JE de l'inspec-teur-Clouseau-de-la-sû-re-té.Oups, j'allais oublier le JE du gars, un pote-à-moi, qui avait proposé en 1975 que le slogan pour l'Année de la Femme soit: «Femme-toi!» Et c'est ce «VOUS êtes tous pareils!» qui achève de rompre (entendez: débander) Monsieur Silence! Ce qui fait qu'après souper, Carmen prend la parole: «Ça fait deux mois qu'elle a pas baisé, Lucie, ça commence à paraître, j'trouve!» Agnès et Nicole débâtissent l'argument avec force en faisant valoir que le drame de Lucie, c'est que son thérapeute soit un homme.Je vous épargne les autres hypothèses visant à élucider le cas Lucie, ces hypothèses ayant pour objectif premier de reculer l'heure où la colère d'Agnès, de Nicole et de Carmen sonnera, révélant à chacune leurs trois vérités.Et le quatuor lyrique' Kaput?Non, elles vont se retrouver un de ces quatre huit mars pour fêter leurs retrouvailles.Et laissez-moi y aller d'une prédilection: la colère va (enfin) éclater sous les yeux exorbités de Dame Solidaritée, qui croira calvpso facto à la DÉMOBILISATION! Tellement qu'elle étouffera et détachera son soutien-gorge et que, prise de panique, elle laissera là le quatuor pour aller téléphoner à Monsieur Silence, le priant de venir.Un «Et ta soeur, elle vient?» s'échappera des lèvres de celui-ci.Démunie au possible, Dame Solidaritée reviendra à la salle à manger et trouvera le quatuor lyrique formant un seul corps rieur à travers ses sanglots libérateurs.Cela la gonflera de fierté! Tellement que d'aucunes et voire même d'aucuns voudront que, face à ce tableau touchant, Dame Solidaritée verse des larmes huileuses à base de graisse de rôti qui fleureraient bon le ragoût de pattes de cochon! Elle s'en gardera bien, d'autant plus qu'elle paniquera devant son impuissance à rattacher sa cross-your-heart-de-P/a\7e.x7e et que de ce fait (ô paradoxe maudit!) germera en elle l'idée encore lointaine d'une chirurgie esthétique! Que la Déesse et son Époux nous gardent et vous gardent le JE bien au tendre.\f Jacqueline Barrette est écrivaine, scénariste de théâtre, de cinéma et de télévision, humoriste et bien d'autres choses, dépendant des jours.LA VIE EN ROSE 24 mars 1986 80 FEMMES DO QUÉBEC DANS LES ANNÉES assemblées par h PoT ^nebetZwartsenberg Photos 24 photographes, plus de 130 photos de femmes des différentes communautés culturelles du Québec à travers les activités de la vie quotidienne.156 pages, ISBN 2 89091 060 I Pour célébrer la sortie du livre, une exposition aura lieu à la galerie Powerhouse du 15 mars S avril 1986.FRAGMENTS ET COLLAGES de Diane Lamoureux FRAGMENTS ET COLLAGES fait un retour sur l'expérience féministe des années 70 et relance le débat au lieu de sonner le glas d'un mouvement qui a déjà bouleversé le Québec actuel.176 pages ! 4,95 $ \SBN2 89091 059 8 L'AUTO-EXAMEN: UN GESTE DE SANTÉ Le Centre de santé des femmes de Montréal Des moyens pratiques, des connaissances anatomi-ques et physiologiques pour i auto-examen des seins et des organes génitaux.Inspiré des ateliers du Centre de santé des femmes de Montréal, ce guide est essentiel pour observer et | \ comprendre notre corps.96 pages, illustré 7,50$ ISBN 2 89091 058 X distribution en librairie diffusion dimedia EN VENTE DANS JOUTES LES LIBRAIRIES au Questionnaire FEMINISTES ! Avez-vous t$t| î (vraiment) évolué?1.Vous définissez le féminisme comme: a- un combat toujours à recommencer b- l'obsession de votre mère c- une PME déficitaire d- une femme Première ministre 2.Ce qui vous contrarie le plus du féminisme, c'est: a- que même les hommes se disent féministes b- que vos amies de filles rient de votre chum c- de ne pas pouvoir rire des féministes d- d'être obligatoirement une super-femme 3.Ce qui vous plaît le plus du féminisme, c'est: a- d'avoir découvert le goût du sang.menstruel b- d'avoir reçu un coffre à outils pour votre 12e anniversaire c- d'être «subventionnables» depuis 1975 d- d'avoir un mari qui partage les tâches plus de 6 minutes par mois 4.Vous discutez de choses et d'autres avec vos amies quand, mine de rien, la conversation débouche sur l'érotisme: a- vous affirmez que le summum de l'érotisme serait qu'on vous chatouille la peau des cuisses avec du velours râpé b- vous dites: «Y a rien là!», en mâchant de plus belle votre gomme balloune c- vous proposez une relecture, à voix haute, de certains classiques, notamment Emmanuelle et Histoire de Q.d- vous vous enfermez aux toilettes une bonne demi-heure S.La conversation dérive sur vos rapports amoureux avec les hommes: a- vous les avez éliminés de votre vie il y a déjà dix ans b- vous trouvez les vieux ( 30 ans et plus) trop nonos, et ceux de votre âge immatures c- après trois ans d'une relation parfaite, vous vous félicitez de ne pas vivre avec votre chum d- vous songez à servir à votre chum cet ultimatum: la procréation ou la mort 6 Aux dernières élections, vous avez voté: a- pour une illustre inconnue qui avait le mérite a ) d'être une femme et b) d'avoir passé une heure à vous iaser au coin de la rue b- pour personne, la politique c'est fucké c- pour le NPD, en guise d'alternative d- pour Gérald Godin, parce que Gérald c'est pas pareil 7.Lorsque vous croisez un beau gars dans la rue, vous dites: a- C'est les plus beaux qui sont les pires b- Si seulement il avait les cheveux roses c- Hummmm.d- Est-ce qu'il viendrait travailler pour moi?'1 8.Invitée à une réunion de famille.a- vous arrivez avec votre blonde b- vous jouez au PacMan pendant des heures c- vous commencez à parler de fesses avec vos belles-soeurs d- vous faites faire la vaisselle par les hommes y Pour vous, l'amour entre femmes c'est: a- un choix politique et antihétérosexiste b- bien correct c- le baiser du 22 août 1980 d- la plus belle chose jamais arrivée.à votre chum de fille 10 Pour vous, le mot «pouvoir» évoque: a- un (sale) rapport de force b- Cindy Lauper sur scène c- prendre des responsabilités.et des tonnes de bêtises! d- une bonne table dans un club privé 11.Vous avez acheté un duplex délabré avec votre soeur: a- après avoir établi en six mois à peine une convention collective, vous vous apprêtez, votre Manuel du bricolage sous le bras, à refaire l'électricité, la plomberie et la plupart des divisions b- vous faites de l'urticaire rien qu'à y penser c- vous convainquez votre chum de venir habiter avec vous, pour l'obliger à en faire au moins la moitié d- vous engagez un contracteur 12 Vous frôlez durement le pare-choc de la voiture stationnée derrière vous.Son propriétaire, une armoire à glace, manifeste l'intention de vous étrangler: a- vous lui faites un discours bien senti sur les mérites de la non-violence | b- vous lui crachez dessus c- vous choisissez courageusement g la fuite & d-vous lui donnez la carte de votre I agent d'assurances ~ 13 Certaines phrases ou expressions vous affolent: i LA VIE EN ROSE 26 mars 1986 a- Les féministes baisent-elles mieux que les autres?b- Les ieunes ne sont ni féministes ni politisées c- la vie en rose est une revue réactionnaire d- Le Québec n'est pas prêt à élire une femme Première ministre 14.Vous hésitez devant un kiosque à lournaux: a- vous demandez à la commise, finalement, si elle n'aurait pas le dernier bulletin du r.-ue b- vous choisissez cltn d'oeil parce que, franchement, c'est plus agréable c- vous vous précipitez sur la vie en rose dès que vous reconnaissez enfin sa couverture, avec le gros plan d'une femme connue d- vous hésitez entre châtelaine, la vie en rose et .Us, et payez les trois avec votre American Express 15.Vous êtes allée manifester pour la dernière fois: a- la semaine dernière a Chicoutimi.devant l'Empire du sexe b- hier au cégep, devant l'interdiction de fumer dans les cases c- le 8 mars 1983 à Montréal d- au mois de janvier à Sainte-Marthe-sur-le-lac 16.Vous avez fait le ménage pour la dernière fois: a- le mois dernier, en apercevant un troupeau de moutons d'Australie sous le divan b- il y a cinq minutes, parce que votre mère vient souper c- jeudi, parce que vous vous êtes sentie obligée de passer derrière votre chum qui a donc pas le tour! d- il y a cinq ans, votre femme de ménage haïtienne s'en charge maintenant 17.Vous vous maquillez: a- jamais! b- ben liens.c- les jours où vous avez la condition féminime à terre, c'est-à-dire régulièrement d- tous les matins, une femme dans votre situation ne pouvant négliger son «paraître» 18.Vous vous rasez les jambes: a- ïamais! b- quoi?c- de mai à octobre d- pas depuis que vous vous faites épiler chez l'esthéûcienne 19.Votre mets préféré est: a- le pâté chinois végétarien b- les McCroquettes c- la salade quatre-saisons d- la mousse de saumon au coulis de kiwi 20.Votre sex-appeal serait grandement amélioré par: a- un petit foulard à carreaux noué autour du cou b- une Kawasaki 750 c- des talons hauts en lamé or d- un revenu de 50 000 $ par an 3SO*I N3 3IA vi NOIJxIH3N03 27 LA VIE EN ROSE Actualité féminisme face aux valeurs éternelles L.I.La cuisine ! autre jour, dans une librairie à ' Saint-Germain-des-Prés, je m feuilletais distraitement un li-m vre qui venait de paraître: Les Sexes de l'homme.Un recueil de textes comme on en fait tous les mois en France: un peu de psy, un peu de science, des témoignages personnels, des tables rondes.des mots, quoi, comme d'habitude, me disais-je, beaucoup de mots pour ne rien dire.Et puis, juste avant que d'ennui et d'exaspération je ne referme le livre, mes yeux sont tombés sur la phrase suivante: «Je peux difficilement imaginer ma sexualité autrement que par Nancy Huston comme un itinéraire tortueux et ambigu.Elle ne suit pas la ligne droite d'une érection, ni même les grisailles d'une hétérosexualité blessée par le féminisme.» Et, un peu plus loin: «Il (le féminisme) m'a sorti d'une solitude dans laquelle nous sommes tous plus ou moins enfermés.» Ce n'est pas possible, me suis-jc dit.Ce n'est pas un Français qui a écrit ça, c'est un Québécois.Je regarde dans la liste des collaborateurs à la fin du livre, et je vois que l'auteur de ces lignes, Marc Chabot, a publié Chroniques masculines aux Editions Pantoute, Québec.Il y a deux moralités à tirer de cette saynète: la première, c'est que les hommes français ignorent résolument le féminisme, et la seconde c'est que les Françaises (catégorie dans laquelle, bien que Canadienne de naissance, je m'inclus) ignorent résolument ce qui se passe au Québec.Je parlerai surtout de la première; mais il faut dire à propos de la seconde que le provincialisme est l'un des pire défauts de tous les courants intellectuels français, et les féministes n'y font pas exception: elles témoignent d'un manque d'intérêt presque incroyable pour ce qui se passe ailleurs (sur les plans théorique et juridique, notamment).Même les livres et articles les plus fondamentaux, les plus innovateurs, parus en anglais, allemand, italien ne sont pas traduits, ou s'ils sont traduits ils ne sont pas lus, ou s'ils sont lus ils ne sont pas inté- : grés, réutilisés: aussi chauvins en matière de nourriture de l'esprit que du corps, les Fran- > LA VIE EN ROSE 28 mars 1986 çais semblent convaincus que seule la cuisine française est digestible.Au fond, féministes québécoises et françaises éprouvent les unes pour les autres un sentiment qui ressemble fort à de la pitié.Les Québécoises ont pitié des Françaises parce qu'elles habitent un pays dans lequel ies traditions misogynes sont tellement fortes que le mouvement des femmes n'a pu faire que de piètres progrès au cours des années 70, et piétiner depuis.Les Françaises ont pitié des Québécoises parce que, tout en gardant la nostalgie du glorieux héritage intellectuel de l'Hexagone, elles sont infectées par l'idéologie pragmatiste américaine et demeurent donc à un niveau d'analyse théorique d'une naïveté lamentable.Et moi, qui me situe un peu au croisement de ces deux cultures, j'ai parfois envie de me boucher les oreilles pour ne plus avoir à entendre ce dialogue de sourdes.Mais, comme ce que je suis censée faire ici, ce n'est pas me boucher les oreilles mais ouvrir la bouche, j'essayerai - à partir de mon point de vue stratégique -de dire aux Québécoises où en est le féminisme français en ce début de 1986.II.La mode D'où est-ce que je tenais la certitude que Marc Chabot n'était pas un Français?Eh bien, tout simplement du fait qu'en France il n'est plus, mais alors plus du tout, à la mode pour un homme de dire qu'il a été influencé par le féminisme, a fortiori quant à sa sexualité.Premier point, donc: le féminisme est passé de mode, et comme tout le monde sait, la mode est (comme la cuisine) l'une des valeurs éternelles de la France.Beaucoup d'autres -ismes ont vu leur popularité fléchir à l'orée des années 80: le marxisme, le structuralisme, le gauchisme, le lacanisme.pour ne nommer que ceux-là.Les journaux «radicaux» sont un bon indice: à la différence de Mother Jones1 aux Etats-Unis ou du feu Temps fou au Québec, Libération en France n'estime plus de la moindre utilité de montrer que le féminisme a eu un véritable impact sur les mentalités.C'est ouf.tout juste bon comme objet occasionnel de sarcasmes cinglants.Est out en général tout ce qui ressemble de près ou de loin à un moralisme; or, le féminisme en est indiscutablement un.Le seul moralisme qui tienne en ce moment pour des journaux comme Libé, c'est l'antiracisme.Ça, c'est valable.Le racisme produit des souffrances respectables; le sexisme, non.Ceci, évidemment, parce que les hommes sont respectables; les femmes, non.Le Pen2, c'est dangereux, la porno, non.La loi antiraciste est l'un des acquis les plus précieux de la législaùon d'après-guerre; la loi antisexiste (bloquée depuis plusieurs années au stade de proposition) est un scandale.Il est donc de bon ton - ça, oui - de traiter les féministes de racistes.Par exemple, le reportage de Libé sur une récente manifestation de femmes contre le viol a transcrit ainsi l'un des slogans scandés: «Qu'il soit Jaune, ou Noir, ou Rouge (ou Blanc - note de la claviste*), un violeur est un violeur», alors que les vraies paroles, répétées très fort et à des milliers de reprises, étaient: «Qu'il soit Jaune, Noir, Bleu-Blanc- Rouge, un violeur est un violeur», ce qui est quand même mieux enlevé.Juste pour vous donner une idée de l'infinie bienveillance de nos camarades de la presse contestataire.III.L'humour Parlant de presse, il faut bien dire que la presse féministe en France est plus que moribonde.Des dizaines de publications ont cessé de paraître: Histoires d'Elles (à qui LVR a emprunté le titre de sa rubrique «Journal intime et politique»), Sorcières, La Revue d'en face, Le Temps des femmes, Femmes en mouvement, Pénélope.L'un après l'autre, les revues et journaux de femmes qui avaient connu une si merveilleuse éclosion au cours des années 70 ont mordu la poussière.Pourquoi?Il est de mise aujourd'hui d'attribuer la faute, directement ou indirectement, à François Mitterrand.Et c'est vrai que, après la victoire des socialistes aux élections présidentielles de mai 1981, un grand nombre de formations marginales ont fait l'expérience de la même (pour employer un mot douteux) débandade.Il ne faut pas oublier que le féminisme en France est né du gauchisme post-68, et non pas (comme le Women's Lib aux États-Unis) du mouvement pour les droits civiques.Et le gauchisme sous un gouvernement de gauche, c'est moins drôle que sous un gouvernement de droite.Or, l'humour est une valeur française presque aussi éternelle que la cuisine et la mode.Dès que Mitterrand a créé le MDR (ministère des Droits de la femme), avec la brave Yvette Roudy à sa tête, le MLF (marque non déposée4) a cessé d'être rigolo.Yvette Roudy est brave parce qu'elle a rédigé, au moins, la proposition de loi antisexiste, parce qu'elle a lancé une grande campagne sur la contraception, parce que son ministère subventionne un nombre considérable d'organismes féministes qui continuent de vivoter tant bien que mal (maisons de femmes battues, centres audio- COLLECTION PRINTEMPS NOUVELLE COLLECTION POUR HOMMES visuels, centres de recherche et d'information , Festival des films de femmes, Association des femmes journalistes, etc.), parce qu'elle a créé un groupe de travail sur le sexisme dans les manuels scolaires, et parce que, avec toutes les autres femmes ministres, elle a fait irruption dans les assises du Parti socialiste pour protester contre la manière dont la parole des femmes y est bafouée (autre sujet d'hilarité pour Libé, bien entendu).IV.L'amour Et pourtant, malgré ces efforts louables, chaque année mes étudiantes américaines qui viennent à Pans pour leur «Junior Year Abroad» sont plus incrédules devant l'insistance éhontée des dragueurs dans la rue et plus choquées par la crudité des affiches de cinéma.Alors j'essaie vainement de leur expliquer que la femme-objet est une valeur française inaliénable, au moins aussi éternelle que la cuisine, la mode et l'humour.On peut appeler ça l'Amour, la gauloiserie, le libertinage, l'érotisme noir, les Folies Bergères - peu importe, ça participe d'une institution plus sacrée que l'Église catholique.Cette institution, comme d'autres, a pu se sentir quelque peu ébranlée au cours des années 70; elle s'est fièrement redressée et semble ne plus craindre rien.V.Quelques bribes d'espoir Mais tous les symptômes de la maladie mortelle du féminisme que j'ai évoqués jusqu'ici sont des symptômes médiatiques: la presse, la publicité, les discours politiques, les livres.Or, je suis persuadée que plus de choses ont changé chez ceux et celles qui n'ont pas accès à cette parole publique que chez ceux et celles qui l'ont.Je rencontre sans arrêt des gens - depuis les paysannes berrichonnes auprès de qui je passe mes vacances, jusqu'aux badauds qui assistent aux débats du Centre Beaubourg - qui disent avoir été profondément transformés par le féminisme.Les «nouveaux pères», cela existe ici, les nouveaux maris et les nouveaux compagnons aussi; seulement, ils n'osent pas le claironner sur les toits.Il serait dangereux de prendre la France au pied de la lettre et croire que l'image clinquante, toujours-plus-maligne, toujours-plus-cynique qu'elle donne d'elie-même correspond à la réalité.Du côté des femmes, un travail sérieux et très considérable continue de se mener, dans le quasi-silence laissé par la disparition des revues et des collections «femmes» chez les éditeurs.Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) subventionne une trentaine de groupes qui poursuivent des travaux portant spécifiquement sur les femmes.Des dizaines de professeures, à Paris et en province, donnent, chacune dans sa discipline, des cours dans une optique féministe.Surtout, énormément de femmes qui ne tiennent aucun «discours» se sont senti le droit de ruer dans les brancards, sur leur lieu de travail ou à la maison, grâce à ce qu'elles avaient entendu dire du mouvement des femmes, le droit aussi, et le désir, de se rapprocher d'autres femmes pour en parler, en mors 1986 29 LA VIE EN ROSE tète-à-tête ou en petits groupes.Et cela est d'une importance proprement inestimable: on ne pourra jamais comptabiliser, transformer en statistiques ces prises de conscience.Elles sont moins tapageuses que les affiches de cinéma, mais il n'est pas sûr que leurs effets à long terme soient moindres.S'il y a une chose qui inquiète à juste titre les groupes de femmes qui continuent de fonctionner (personnellement, je fréquente Les Cahiers du GRIF et «Dialogues de femmes», mais je sais que les mêmes inquiétudes sévissent ailleurs), c'est le generation gap.Nous sommes, depuis maintenant plus de quinze ans, peu ou prou les mêmes à militer: nos cheveux blanchissent, nos visages se rident, et nous nous demandons comment faire pour assurer la relève.En effet, les jeunes femmes d'aujourd'hui sont préoccupées par d'autres problèmes que nous, jeunes.Leur contraception et leurs avortements sont remboursés par la Sécurité sociale: pourquoi seraient-elles féministes?La crise économique et le chômage frappent indifféremment les hommes et les femmes, non?Comme l'a très bien dit une teenager récemment, parlant avec une vieille de la vieille: «Pour nous, il n'y a pas de nous.» Ça, c'est regrettable, et du reste c'est faux: le chômage ne frappe pas indifféremment les hommes et les femmes, bien sûr.Mais cette petite phrase - il n'y a pas de nous - m'a bien donné à réfléchir.Parce qu'il me semble que l'une des grandes raisons de la dé- Actualité confiture actuelle du féminisme en France, c'est qu'on a vu que nos nous à nous étaient parfois bidons.Que des femmes n'avaient aucune envie d'y être incluses et ont refusé de se laisser embarquer dans nos utopies -les prostitutées, par exemple (Lyon, 1975), ou les femmes du Tiers-Monde (Nairobi, 1985).Et que même entre féministes ferventes, il y avait des divergences profondes: le beau rêve de la sororité universelle était à peu près aussi irréalisable que celui du prolétariat international.Notre nous à nous, donc, n'a pas tenu l'épreuve de la réalité.Mais ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose.Pas si mauvais de se remettre à réfléchir, plus humblement, plus modestement, à partir de ces je extrêmement diverses que nous sommes.De se réunir quand cela est urgent, ou agréable, ou nécessaire, mais sans l'illusion d'un Front uni contre l'ennemi.De remettre en cause certains de nos concepts, tels que front et ennemi, empruntés à des luttes masculines qui ont toujours exclu les femmes (et bon nombre d'hommes aussi).On peut appeler cela la mort du féminisme; je préfère l'appeler le recul critique.Et je conclurai comme j'ai commencé, dans une librairie: à la fin novembre dernier, la défunte librairie de femmes Carabosses renaissait de ses cendres, rachetée par deux éditrices et rebaptisée Librairie Pluriel.Une véritable foule s'est pressée au vernissage pour fêter l'ouverture: une foule mixte mais plutôt féminine.J'y ai reconnu des dizaines de visages de la belle époque d'avant les socialistes.Et l'amie avec laquelle j'étais m'a dit, avec un malin sourire, en faisant allusion aux résultats prévisibles des élections législatives de mars: «On voit bien que la droite revient, n'est-ce pas?» ^ Nancy Huston est romancière et essayiste, auteure entre autres de Mosaïque de la pornographie (Denoël, 1982) ,4 l'amour comme à la guerre (Seuil, 1984) et Lettres parisiennes (Bar-rault, 1986).Albertaine d'origine, elle vit aujourd'hui à Paris.V Publication mensuelle de gauche, publiée à San Francisco, reconnue entre autres pour son approche «journalisme d'enquête».21 Jean-Marie Le Pen est le président du Front national, un parti d'extrême-droite français qui obtenait 11% des voix aux élections européennes de 1984.3/ C'est une tradition à Libération que les clavistes, les personnes en charge de la photocomposition, ajoutent leurs commentaires à l'occasion.4/ En 1980, le groupe Politique et Psychanalyse (Éditions des femmes, etc.) obtenait devant les tribunaux le monopole du sigle MLF.POURQUOI LES FEMMES ONT-ELLES PLUS ÊCRTT EN 30 ANS QUEN 30 SIÈCLES?BENOITE GROULT, écrivaine, reprend la question des femmes à l'occasion d'une série de 3 rencontres les mardi, mercredi et jeudi 25, 26 et 27 mars à 1 9:30 Frais: 25 $ Lieu: Université de Montréal Pavillon 3200 Jean-Brillant PLACE DES FEMMES DANS L ÉCONOMIE: RECULS OU PROGRÈS?JEANIMINE DAVID-McMEIL professeure à l'Institut d'économie appliquée, École des Hautes Études Commerciales ANNETTE MORIN-FORTIER, économiste conseil, analysent la condition économique des Québécoises à l'occasion d'une série de 3 rencontres les mercredis 2, 9 et 16 avril à 19:30 Frais: 25 $ Lieu: Université de Montréal Pavillon Central 2900 Chemin de la Tour On s'inscrit sur place le premier soir Métro Snowdon ou Laurier - autobus 51 - stationnement rue Jean-Brillant près Decelles Renseignements : 343-6090 Université de Montréal Faculté de I éducation permanente POUR NOTRE BIEN NAÎTRE POUR NOTRE BSN NAÎTRE ALTERNATIVE NAISSANCE, groupe d humanisation de la grossesse et de l'accouchement, vient de publier un document de 35 pages d'informations critiques sur l'utilisation et les conséquences de 4 interventions médicales de routine.Cette brochure est le fruit d une étroite collaboration entre femmes; mères, accompagnantes à l'hôpital, sages-femmes, médecins et autres consultantleis.vous pouvez vous procurer une copie de ce document au coût de 5,00$ (incluant les frais de poste) en écrivant à: ALTERNATIVE NAISSANCE 3429 De Lorimier Montréal, P.Q.H2K3X5 (514)521-1360 LA VIE EN ROSE 30 mars 1986 Qu'est-ce qui fait courir la ministre Roudy?De toute évidence, la ministre française des Droits de la femme a du cran.Du cran et de la voix.N'est-elle pas allée jusqu'à dénoncer publiquement: «Le PS traite les femmes comme des paillassons»?Qu'on arrête, dit-elle, cette pratique hypocrite qui consiste à présenter des femmes candidates là où l'on sait pertinemment qu'elles n'ont aucune chance d'être élues.Deux semaines après le congrès de Toulouse, dans un ministère bouillonnant d'activité, je rencontrais cette obstinée qui mène bataille pour l'accès des femmes à la chasse masculine la mieux gardée.D'abord à l'intérieur du Parti socialiste où, admet-elle, c'est chaque fois une conquête à renouveler.Mais le problème n'est pas exclusif au PS.Si les tendances se poursuivent, la prochaine Assemblée nationale française risque fort de ne compter que 3 à 4% de femmes, contre 5,7% actuellement.Aussi la ministre participe-t-elle, avec d'autres femmes de différentes formations politiques, à créer une association non partisane qui incitera les femmes à défendre leur place dans toutes les sphères d'activité, y compris la sphère politique.Défoncer les chasses gardées, reprendre les places usurpées: une constanie dans le discours d'Yvette Roudy.Un leitmotiv qui lui vient de loin.À 16 ans dactylo dans une conserverie de poisson, elle s'est forgé un avenir qui, disait-on, n'était pas pour elle: le retour aux études, le travail à son compte, le militantisme.Roudy est l'une des rares femmes à être arrivée en politique par le biais du féminisme.Son appartenance au Mouvement ; démocratique féminin a précédé - et mar-; que - son militantisme dans les rangs socia-! listes.Dans son livre A cause d'elles1, elle ; raconte comment une poignée de féminis-: tes ont réussi, face aux sarcasmes des uns 1985.Toulouse, 12 et 13 octobre Réunis en congrès à les socialistes français vont assister à une manifestation inattendue.Une cinquantaine de femmes, Yvette Roudy en tête, s'avancent à la tribune et réclament 20 % de candidates lors du scrutin de mars prochain.et des candidates susceptibles d'être élues.Visiblement, les «camarades» sont surpris.Certains ne songent même pas à retenir un «Qu'elles retournent à leurs casseroles!» par Martine D'Amours et à l'incrédulité des autres, à mener une action et une réflexion efficaces qui trouvent aujourd'hui leur accomplissement dans l'exercice du pouvoir.«Là, conclut-elle, se trouvent sans doute les limites de tout combat, aussi démocratique soit-il.» Sous le ciel des machos J'espérais l'entendre parler de cela justement, des limites, ou tout au moins des difficultés d'être ministre des Droits de la femme dans un gouvernement de gauche.J'espérais un peu d'impatience devant la lenteur de la machine, devant les atermoiements des collègues.Naïveté de ma part, sans doute.Roudy-la-fonceuse met en évidence les avancées, non les faiblesses.Il y a cinq ans, son ministère n'existait pas.Cette année, on a augmenté son budget et promu sa titulaire au rang de ministre à part entière.«Il y a bien eu un certain scepticisme au début mais ce ministère s'est imposé par son travail.» Et par ses réalisations, car il y en a.Loi sur l'égalité professionnelle, la grande loi pro-femmes du gouvernement de gauche.Remboursement de l'avortement par la Sécurité sociale.Campagnes nationales d'information, notamment sur la contraception.Financement de stages dans les métiers non traditionnels, spécialement en informatique.La liste est longue et à l'entendre, on croirait que les socialistes ont endossé, comme une deuxième peau, les revendications féministes.Pas de problème, donc?Mais si, j'insiste, il y en a eu au moins un, et de taille.Madame Roudy n'aime guère parler de ce projet de loi antisexisme qu'elle a dû abandonner tant la levée de bouclier a été rapide.et unanime.Il ne s'agissait pourtant que d'étendre à la discrimination sexiste les dispositions de la loi antiracisme de 1972.«Mais alors, devait écrire Yvette Roudy quelques mois plus tard, le ciel des machos me tomba sur la tête.» Comme on s'en doute, les machos n'étaient pas tous du même bord.Le quoti- mars 1986 31 LA VIE EN ROSE dien de gauche Liberation ouvrit le bal en titrant: «Une loi cache-sexe» et, à l'unisson, publicistes, politiciens et médias de gauche comme de droite crièrent haro sur la censure.En coulisses, on dit que même le groupe parlementaire socialiste ne voulait pas de cette loi.Yvette Roudy ne va pas jusque-là.«Certains de mes collègues n'ont pas eu le courage de me soutenir jusqu'au bout, expli-que-t-elle.Ils trouvaient l'idée bonne et m'ont encouragée à la présenter mais quand j'ai été attaquée, ils ont simplement .regardé ailleurs.Mais c'est courant en politique, vous savez.» L'épisode est éloquent.Ce qu'il a révélé aussi, par ailleurs, c'est que le mouvement des femmes français est trop faible pour peser dans la balance des orientations politiques.L'autre moitié du chemin?Yvette Roudy se plaît à dire: «Je fais la moitié du chemin; aux femmes de faire l'autre moitié.» De quoi en énerver plus d'une dans les rangs féministes, d'ailleurs partagés à son sujet.Tout en l'identifiant à l'aile la plus progressiste du PS - elle s'est, par exemple, prononcée en faveur de la semaine de 30 heures - , tout en reconnaissant son courage politique, on lui reproche parfois de chercher à occuper tout le terrain, Actualité Attention! Femmes au travail! Pour mesurer l'avancement des femmes, l'emploi est un bon indicateur.Quels sont les salaires, les responsabilités et les pouvoirs des travailleuses françaises?De 1950 à 1984, l'écart salarial entre femmes et hommes était passé de 36 % à 26 %, un progrès peu exceptionnel de 10 %.Depuis 1984, la réduction des inégalités s'est encore ralentie et au rythme actuel, l'égalité des salaires ne sera pas au rendez-vous avant 2075! Si les nouvelles professions (informatique, recherche, etc.) rémunèrent plus équi-tablement les femmes, elles ont rarement accès aux postes de décision et de direction et l'écart salarial s'accentue avec les années.D'après une enquête Cégos publiée par le Nouvel Observateur (29 novembre 1985), entre 30 et 45 ans, l'écart passe de 4 à 7 % en informatique, de 3 à 5 % en études et recherche, de 10 à 15 % dans le secteur commercial et de 13 à 18 % en administration et en gestion.Les femmes cadres, elles, gagnent 8,6 % de moins que leurs collègues mâles à 30 ans, 18,7 % à 45 ans, 25 % à 55 ans.Ce constat amenait 85 femmes, «parmi les plus influentes dans leurs domaines respectifs», à signer le Manifeste des 85 pour l'égalité des femmes paru dans le même Nouvel Obs.De Simone de Beauvoir à Claire Brétecher en passant par des députées so- Proportionnelles Dans le mode de scrutin «à la proportionnelle» qui prévaut en France, le sort des minorités politiques se joue au moment de la fabrication des listes.Le système fonctionne comme suit: dans chacune des circonscriptions électorales, chaque parti présente non pas une candidature mais une liste de candidat-e-s placé-e-s par ordre d'importance.À l'issue du scrutin, le parti verra siéger en Chambre un nombre de candidat-e-s proportionnel au nombre de votes recueillis par sa liste.Comme on peut s'y attendre, seul-e-s les premièr-e-s de la liste seront élu-e-s.Si donc, au moment de la fabrication des listes, les partis relèguent les femmes au dernier rang, on se retrouvera avec beaucoup de candidates mais peu de députées.Ce que madame Roudy et les autres femmes du PS ont obtenu, suite à l'esclandre du congrès d'octobre, c'est l'assurance que les 20% de candidates socialistes seraient «régulièrement réparties», c'est-à-dire proportionnellement aussi nombreuses qye les hommes en tête de liste.M.D.cialistes, une cavalière et une championne de tennis, toutes invitent les «partenaires sociaux» à lever les blocages à l'égalité professionnelle (embauche, salaire, carrière), un principe réaffirmé en 1983 par la Loi Roudy, qui reprenait une loi de 1972 et la constitution française elle-même.Dans une perspective semblable, les 7 et 8 décembre, se tenait à Paris une Rencontre des lieux d'expression et d'initiatives de femmes.Des femmes et des groupes de toutes les régions de France y discutaient entre autres de travail, d'emploi, de nouvelles technologies.D'autre part, au CNRS ou ailleurs, des de se prétendre, en somme, la dépositaire attitrée du féminisme.On a dit volontiers que l'arrivée de la gauche au pouvoir et la création d'un ministère des Droits de LA femme (toujours LA femme! ) étaient venues brouiller les cartes.C'est peut-être vrai.Ce qu'il faudrait admettre avec autant de force, c'est qu'en 1981, le mouvement des femmes était déjà en période de reflux.Alors?Alors, comme l'exprime une ancienne militante qui travaille aujourd'hui au MDF, «ce ministère fait un minimum, mais il faudrait une base pour faire pression.» Actuellement, cette base n'existe pas, ou pas suffisamment pour utiliser l'atout que représentent une ministre et un ministère composé de féministes.Et si cette base se remettait à bouger?Parions que madame Roudy aurait tout à y gagner.Faisant allusion à l'épisode de la loi antisexisme, n'a-t-elle pas exprimé le souhait que «les femmes s'organisent en groupes de pression impossibles à contourner»?Martine D'Amours, ex-secrétaire de rédaction de la revue Vie ouvrière, collabore maintenant, comme pigiste, à Mouivments, La Vie en rose et Pour le socialisme (désormais L'autre actualité).1/ À cause d'elles, Yvette Roudy, Éd.Albin Michel, Paris, 1985, 233 pages.chercheures, sociologues, économistes ou historiennes, travaillent sur des thèmes comme les rapports sociaux liés au sexe ou la division sexuelle du travail, par des recherches empiriques auprès des entreprises, des femmes et de leurs familles.De plus en plus, la réalité des femmes prend forme: leurs emplois, leurs conditions de vie, leur «production domestique», les rapports sociaux dans lesquels elles vivent sont décrits, chiffrés, analysés.Ces travaux sont généralement mieux subventionnés en France qu'au Québec et leurs résultats sont diffusés dans des revues spécialisées, soit féministes comme Nouvelles Questions féministes, Pénélope, les Cahiers du GRIF ou de l'Atelier Production-Reproduction, soit d'économie ou de sociologie.Les chercheures oublient aussi des bouquins plus «grand public», comme Espace et temps du travail domestiqu*.ou Une histoire des femmes est-elle possible?Formes de travail et d'expression diversifiées, multiples, mouvantes, difficiles à saisir.Qui a peur du travail des femmes?, demandait récemment une sociologue française.Certains seraient-ils inquiets?Les femmes ne sont plus (seulement) dans les rues et on ne sait pas à quoi elles travaillent si assidûment.Diane Tremblay Paris 1/ Chabaud-Rychter, Fougeyrollas Schwebel et Sonthonnax, Librairie des Méridiens, déc.1985.2/Ouvrage collectif, dirigé par M.Perrot, Ed.Rivages, 1984.3/ M.Maruam, Éd.Syros, déc.1985.LA VIE EN ROSE 32 mars 1986 Out of Burkina Faso: une des femmes de la garde personnelle du President « Vous êtes bien belles», nous dit une Congolaise au long pagne coloré devant qui nous nous arrêtons, poussiéreuses, pour acheter un peu de riz et de poisson.«Belles?» «Oui, belles, insiste-t-elle en pointant du doigt Delphine, la Burkinabé, parce que vous portez des pantalons et que vous conduisez leurs gros camions».Npar Carole Beaulieu ous sommes 36, certaines en pantalons, plusieurs en pagnes, 18 Africaines et 18 journalistes occidentales.Pendant 27 jours nous fonçons, même de nuit, sur les pistes défoncées d'Afrique noire, présu-mément à la recherche de la femme africaine.Nous avons toutes relevé le défi lancé par la société hôtelière française PLM-ETAP-Frantel: rouler d'Abidjan à Brazzaville en traversant dix pays d'Afrique centrale et d'Afrique de l'ouest, couvrir plus de 10 000 kilomètres avec de rutilants camions Renault blancs, conduits par des femmes noires(!).De la Côte d'Ivoire au Congo en passant par le Ghana, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Gabon, nous expérimentons pendant un mois aussi bien le confort climatisé des hôtels de luxe que le troublant silence des nuits passées à la belle étoile dans la poignante désolation du Sahel nigérien.Une Burkinabé nous offre LA VIE EN ROSE 34 697012 «Si j'avais su ce que c'est que d'être une femme, chantent les femmes du Mali.Si j'avais su, je me serais changée en oiseau.» N'Djamena, Tchad.Elles sont des milliers, oui, des milliers.Massées le long des rues de N'Djamena la criblée de balles, N'Djamena dont tu m'as déjà tellement parlé, Fatima, entre deux rappels douloureux de ces brûlantes journées passées au volant d'un des camions des forces armées d'Hissène Habré.Depuis des heures, déjà, elles attendent.Debout devant leur porte, accroupies devant les tables où l'essence se vend à la bouteille, elles attendent le convoi des «femmes africaines à la découverte de leur continent».Pour l'occasion, on a même fermé les écoles, et les petits enfants bruns se bousculent autour de nos camions.«C'est important pour nous, vous savez», me lance la secrétaire générale de l'Organisation des femmes du Tchad (OFUNIR), en replaçant de la main son brillant voile de tête.«Elles sont heureuses que vous soyez ici.» Oui, je sais.Ou plutôt, je ne sais pas.Depuis des jours déjà je me suis faite à l'idée que ce voyage n'est qu'une vaste fumisterie, une belle opération publicitaire bien montée, capitalisant sur la valeur du dossier des femmes pour publiciser des hôtels et des camions français, une opération publicitaire qui détourne l'attention des médias locaux des vrais problèmes auxquels font face les femmes africaines, pour la fixer sur les «amazones du volant», comme nous appelait la presse du Burkina Faso.Mais je ne sais plus.Trop de visages de femmes s'éclairent d'un étrange sourire à la vue de nos camions.Regards anonymes, croisés au détour des villages poussiéreux, regards momentanément levés du sol ou détournés de la case, regards stupéfaits de découvrir d'autres femmes noires derrière le volant des dix camions blancs avalant les pistes défoncées.«Des soeurs dans la lutte», nous disait encore hier la présidente des femmes révolutionnaires du Bénin.Si seulement c'était vrai.À maints égards, ce voyage met souvent les participantes africaines dans des situations intenables.«Je ne suis pas une conductrice de rallye, hurle un jour, au Congo, la Nigérienne Rahama alors qu'elle tente vainement de sortir son camion des deux mètres de boue dans lequel il s'est enfoncé.Je-suis une secrétaire.» Secrétaire, notaire, médecin, étudiante, fille d'ambassadeur, travailleuse sociale, elles ont toutes été déléguées par leur pays pour représenter la femme africaine.Certaines parmi les 18 n'ont jamais conduit de leur vie, ou si peu.D'autres, éduquées en Europe, n'ont que peu vécu dans leur pays.Ce raid routier à travers dix pays d'Afrique est finalement le reflet plutôt fidèle des incroyables défis auxquels sont confrontées aujourd'hui les femmes d'Afrique noire.Les femmes africaines nous crient d'abord qu'il n'y a pas qu'une Afrique.Qu'il y a l'Afrique des marchés, où des femmes comme Rahama peuvent acheter pour des milliers de francs de tissus.L'Afrique de Micheline, où des femmes africaines gèrent des hôtels et deviennent propriétaires de librairies.L'Afrique de Fanta, la musulmane, plus à l'aise dans les boîtes de nuit que sur son tapis de prière.Mais aussi et surtout l'Afrique de Delphine et de Fatima, une Afrique où des milliers de femmes tentent, sans le pouvoir de l'argent qui a libéré les précédentes, de lever le joug de la polygamie, de l'oppression, sans y perdre leur identité.Dans l'intimité des camions, derrière l'apparence du front commun des Africaines, de sourds antagonismes voient le jour entre les représentantes des régimes «plus ou moins progressistes», entre les Africaines «occidentalisées» dans leurs attitudes et leurs vêtements, et les femmes des pays souvent plus pauvres et plus nationalistes.Mais qui sont-elles donc, ces femmes africaines à la recherche desquelles nous avons pris la route?Au Togo du libéralisme économique, où personne n'ose parler des médecins et des travailleurs sociaux arrêtés quelques semaines plus tôt, elles marchent des dizaines de kilomètres pour venir nous accueillir.Elles ont fait du vin de palme et de la bière de mil.Elles rient de nous voir tenter de danser la kika.Elles ont le sourire las de la soeur du gendarme togolais, celui qui répond toujours aux questions qu'on lui pose à elle.Dans le petit village de Fazao, au nord du pays, elles ont neuf ou dix ans.Elles n'offrent aux questions de l'étrangère que de grands sourires silencieux.À leurs côtés, des dizaines de petits Togolais curieux demandent des Bics pour écrire, interrogent dans un français presque trop parfait: «Vous venez de loin?» mars 1986 35 LA VIE EN ROSE «Que voulez-vous, convient l'un des instituteurs du village.Les parents croient encore que les filles ont moins besoin d'instruction que les garçons.Mais ça change doucement.» Sur les bancs de bois de l'école de Fazao elles sont sept aujourd'hui.«Si j'avais su ce que c'est que d'être une femme, chantent les femmes du Mali.Si j'avais su, je me serais changée en oiseau.» Au Bénin, dans la Maison du peuple d'un petit village près de la frontière, le camarade préfet s'excuse de l'absence des Béninoises.«Les femmes vous ont attendues des heures, dit-il avec un large sourire, mais elles ont dû rentrer préparer le souper.» Le souper.Évidemment.Nous trinquons dans la nuit noire à la santé des Béninoises du socialiste Bénin.Heureusement, au Cameroun, les femmes ont depuis peu un ministère de la Condition féminine.L'organisme doit recenser tous les textes de loi qui touchent les femmes et préparer un projet de code de la famille.Il doit faire le point sur la participation des femmes à l'économie nationale et tenter d'organiser le secteur informel, tout en favorisant les caisses d'épargne féminine.Il doit aussi offrir de l'appui technique et financier aux petits projets féminins et endiguer le flot de jeunes femmes sans ressources qui joignent les rangs de la bourgeonnante industrie de la prostitution de Douala, la capitale commerciale du pays.Pour faire tout cela, évidemment, le Ministère a le plus petit budget de tout le gouvernement.Mais les femmes, on le sait bien, savent faire beaucoup avec peu.Dans les villages, elles se pressent autour des cases où se tiennent les séminaires organisés par le Ministère.«Leurs questions sont souvent trop nombreuses pour le temps que nous avons, raconte presque douloureusement Mme Christiane Niend, responsable de la cellule juridique du Ministère.Elles sont tellement assoiffées de savoir, et nous avons si peu de ressources.» «Si j'avais su ce que c'était qu'être une femme, chantent les femmes du Mali,;*' me serais changée en biche, dans la brousse je me serais changée en biche.» Niamey, Niger.Non, la secrétaire générale de l'Association des femmes de la capitale, Mme Aissa Aruna, ne conviendra pas que bien peu de choses ont changé pour les Nigériennes vivant en milieu rural depuis la création, en 1976, de l'Association des femmes du Niger.«Nous avons des programmes, dit-elle.Nous leur fournissons des moulins pour décortiquer et écraser le grain.Nous commençons actuellement une campagne d'information sur la contraception.» Le temps semble pourtant s'être arrêté sur le Niger.Deux tiers des femmes y commencent toujours leur vie conjugale à 15 ans.Elles ont encore, en moyenne, sept enfants.Leur statut juridique est encore défini par un amalgame de code islamique, de Code Napoléon et des coutumes de chaque ethnie.Leur journée commence toujours à 4 h du matin pour s'achever à 23 h.«La religion musulmane est contre la contraception, explique Rahama, une musulmane d'une grande famille touareg, membre de l'association.Mais la religion musulmane ne veut pas que la femme souffre, ajoute-t-elle.Et pour la santé des femmes, il faut espacer les naissances.» Étrange¦ gymnastique mentale à laquelle doivent se,l livrer les Nigériennes soucieuses d'amélio-g rer les conditions de vie des femmes des leur pays! £ Ji GENCE t9U LIVRE LECLAIREUR, édité par L'AGENCE DU LIVRE, est mis à la disposition gratuite de toutes les lectrices et lecteurs de LA VIE EN ROSE E f\GENCE DU LIVRE 1246, rue Saint-Denis.Montréal, tel: 844-6896 - 844-4967 LA VIE EN ROSE 36 mars 1986 347816 «Nos hommes, les paysans, sont le cul du monde, chantent les Maliennes.Et nous, nous sommes la merde.» Au Tchad d'Hissène Habré, les femmes sont requises sur tous les fronts.En treillis verts, portant des epaulettes roses brodées à la main aux lettre MPRi milice populaire révolutionnaire), des dizaines d'entre elles patrouillent bénévolement les rues de N'Djamena, la capitale.«D'abord, repousser l'envahisseur libyien hors du Tchad, m'explique l'une d'entre elles, la main posée sur sa mitraillette, les yeux fixés sur cette bande de 55 kilomètres carrés de désert sur laquelle flotte toujours le drapeau de la Jamahirya de Mohamar Kadhafi.Après, on pourra parler du reste.» Depuis deux ans déjà, le Tchad s'est doté d'un ministère de la Promotion féminine.Deux des 63 députés du gouvernement sont des femmes, et une association a été mise sur pied il y a sept mois.«Des comités de femmes sont déjà formés dans tous les quartiers de la capitale», soutient Monique Deport, une travailleuse sociale sde N'Diamena.«Notre priorité est de lut-| ter contre l'analphabétisme qui touche plus |de 90 % des femmes, déclare la ministre s de la Promotion féminine du Tchad, Mme a Fatimé Kiluto.Notre second objectif est de rendre les femmes plus autosuffisantes en mettant l'accent sur la production agricole, en leur fournissant des équipements appropriés, comme des moto-pompes.» «Nos hommes, les paysans, sont le cul du monde, chantent les femmes du Mali.Et nous, nous sommes la merde.» En Afrique, les caissières de banque sont des hommes, et presque tous les pays ont désormais leur ministère de la Condition féminine.Rahama, la Nigérienne, a retrouvé dans deux mètres de boue la boucle d'oreille en or qu'elle avait perdue alors que, dans sa grande robe de dentelle, elle poussait son camion hors d'une fondrière.Diane, notre déléguée béninoise, trouve toujours une femme de chambre pour fermer sa cinquième et dernière valise.Toutou est notaire.Pauline, diplômée en droit.Dédé est médecin.Micheline dirige un hôtel au Congo.Felicia est gérante de banque au Ghana et Marilyn joue au tennis tous les jours.Il y a bien Delphine, la Burkinabé de 34 ans, mère de cinq enfants, pour discourir contre «le féodalisme» et en appeler à «l'émancipation de la femme», mais son régime est «radical», disent d'autres Africaines, et il «ne durera qu'un temps».Les Burkinabés doivent voter cette année un Au Congo, les rallyeuses tirent leur caravane de la boue salaire minimum vital pour les femmes, un nouveau code de la famille et une réforme de l'éducation qui tiendrait compte des tâches domestiques imposées aux filles.Ali, notre guide tchadien, désespère, lui, de la hausse du prix des femmes.Sa deuxième et dernière lui a coûté bien cher, dit-il.Pas question d'en acheter une troisième.Tout va bien en Afrique, le prix des femmes est en hausse.Montréal, Québec.Out of Africa depuis un mois déjà, j'y roule encore de nuit sur des routes fantomatiques qui ne mènent nulle part, évitant de justesse les fondrières et les ravins qui menacent sans cesse d'engloutir nos fragiles efforts.Out of Africa, j'entends encore monter le chant des femmes qui pilent le mil et le sorgho.Out of Africa, je rêve encore aux femmes qui ne peuvent en sortir aujourd'hui.y£ En kiosque ou par abonnement : QUI VIVE CP.367, Suce de Lorimier MM.Qc, H 2 H 2N7 (5 14) 522-3432 a> c > 3 0) o CD (A co k- a c a> o (A ._ o 3 k_ O* Q> a> E o 3 k-3 C (A a> 3 E (D •a> .C 4-» (À x 3 3 o CO 0) hirt se p T3 CD o (A «J (A a C 03 ce (A O a> M LES (ATOUTS ^UU SYMPOSIUM VARIÉTÉ la marée du jour à votre table FRAÎCHEUR ambiance et service CHALEUREUX rapport qualitè/pnx AVANTAGEUX 4293 ST-DENIS MONTREAL QUÉBEC 842-0867 mars 1986 37 LA VIE EN ROSE 98 Journal intime et politique on fait au- H I jourd'hui?» ¦ «Euh.» H Chaque fois c'est la même chose, la même ^^L^^Ê humiliation V V tant, je connais bien la question et je prépare ^^^^B toujours ma réponse a l'avance.Je ne veux pas être prise au dépourvu.Alors, je me mets à fouiller dans la petite section sur le côté de mon porte-monnaie.Je ne trouve pas.Je m'énerve.Au point même que j'en transpire sous les bras, moi qui n'ai jamais la peau moite même sous le meilleur des soleils d'été.Pourtant, je l'avais bien mise là, c'est impossible qu'elle n'y soit plus.Lui, il patiente pendant que je cherche.Il en profite pour ranger quelques trucs.«Bon, je l'ai.» Je savais que je l'avais.La chose avait simplement glissé entre ma carte d'identité et ma carte de crédit.Le coeur me débat pendant que je déplie ce petit morceau de papier froissé.Je me sens ridicule, mais lui montre tout de même.«Vous voyez, c'est à peu près ça que j'aimerais.» Il examine.Inquiète, j'attends son verdict.«Oui, je crois que c'est possible en dégradant un peu sur le dessus, tout en laissant la boucle naturelle.Passez au lavabo s'il vous plaît.» Pendant qu'on me lave les cheveux, je me détends un peu.Le pire est passé.ou plutôt non, il ne l'est pas, car le pire dans tout ça c'est que je sais pertinemment que je vais sortir de chez le coiffeur en version améliorée, mais que jamais je ne ressemblerai à cette tête de femme que j'ai découpée dans une revue.Même si j'ai choisi l'image d'une belle femme, sans qu'il ne s'agisse ni d'une très belle, ni d'une très jeune et très jolie, je me sens à mille lieues de ce modèle et ça me S rend triste.Et puis il y a cette gêne à montrer See petit bout de papier au coiffeur.J'ai l'im-| pression qu'il perçoit toute ma condition i personnelle lorsqu'il me voit extraire de mon Malaise de Cendrillon par Renée Spain porte-monnaie ce portrait de femme que j'ai choisi soigneusement comme si tout le reste de ma vie en dépendait.Depuis quelque temps, mon malaise s'accentue.Il y a quelques mois, par exemple, j'ai ouvert le téléviseur alors qu'à Radio-Canada on soulignait la fin de la décennie des femmes.Il y avait là un grand nombre de femmes aussi remarquables et talentueuses les unes que les autres.Heureusement pour moi, l'émission était passablement avancée quand j'ai ouvert mon poste; j'en ai donc manqué une grande partie.Je dis heureusement parce que je commençais à sentir une boule dans l'estomac.Mon plexus solaire était bel et bien en train de se nouer.Il y avait là des femmes qui avaient fait quelque chose de leur vie.Des femmes importantes.De cette trempe de femmes qui peuvent servir de modèles à toutes les autres.C'est fou comme ce soir-là, assise dans mon salon, je me sentais à mille lieues de ces modèles.Malgré que, parmi ces femmes de qualité, j'en reconnaisse quelques-unes (ma «boss» était là et aussi ma voisine d'en bas à qui l'on rendait hommage), je n'étais ni l'une d'elles ni même figurante parmi elles.J'étais devant elles à les regarder ou plutôt derrière elles, très loin derrière.Cette nuit-là, j'ai mal dormi et le lendemain je me suis sentie déprimée.Pas de chance; à quelques semaines d'intervalle, c'était le Gala des femmes de l'année diffusé par Télé-Métropole.Que de femmes exceptionnelles et méritantes dans toutes les sphères d'activité! Je n'ai pas eu le courage d'écouter jusqu'à la fin.On dit qu'il faut présenter aux femmes des femmes qui réussissent.Il paraît que nous manquons de modèles de notre sexe.Moi, quand on me présente tous ces modèles, je ne sais plus lequel découper pour mettre dans mon porte-monnaie.Entre les entrepreneures, les pdg, les ministres, les athlètes, les scientifiques, les artistes, les humanistes, etc., il me semble que je n'arriverai jamais à ressembler à l'une de ces femmes accomplies.Et puis, il faut avouer que ça se complique drôlement.On voit maintenant des pdg qui font du jogging, des athlètes qui font de la télévision.des journalistes qui écrivent des livres, des écrivaines qui sont aussi musiciennes et j'en passe.Surtout que le gala avait heu à la fin d'un mois et que pour mot les fins de mois sont douloureuses.Aussitôt que Châtelaine, La Vie en rose et parfois La Gazette des femmes me sont livrées, je m'empresse de lire les entrevues de femmes, comme si à l'examen de leur profil j'allais découvrir leur recette.Mais rien n'y fait; je suis chaque fois plus renseignée sur des femmes illustres mais je reste déprimée.Et puis, certaines s'étonnent quand on leur demande comment elles font pour avoir des enfants et mener leur carrière.Il semble normal pour elles de déployer autant d'énergie.Après tout, leur exemple ne devrait-il pas montrer que tout est possible?Pour tout dire, la femme qui, ces dernières années, m'a montré de la façon la plus spectaculaire que tout était possible, c'est Jo-celyne Blouin.Bien sûr, je ne la connais pas personnellement mais, comme tout le monde, j'ai vu cette Miss Météo ridiculisée se transformer sous nos yeux en celle que nous retrouvons tous les soirs au petit écran.Au début, je ne comprenais pas pourquoi elle s'accrochait.Maintenant, je sais que c'est parce qu'elle est courageuse.Des jours, je me prends à rêver que je m'adresse à ceux ou celles qui l'on conseillée pour refaire son image.Toute une équipe de gens efficaces ne réussirait-elle pas à transformer la Cendrillon que je suis?Mais j'ai trop peur qu'on me demande de donner carte blanche pour ce travail et ça, j'en suis incapable.En attendant, il me reste encore quelques questions.Si on dit que derrière tout homme qui réussit il y a une femme, qu'y a-t-il derrière chacune de ces femmes qui réussissent?Un homme?Une femme?Peut-être beaucoup d'autres femmes plus qu'ordinaires pour lesquelles aucun coiffeur ne fera jamais de magie.^ Renée Spain est directrice de la recherche et des communications à l'Office des services de garde à l'enfance du Québec.mars 1986 39 LA VIE EN ROSE Littérature • De Marie Gérin-Lajoie à Hélène Pelletier-Baillargeon La cause des femmes Marie Gérm-La/oie avait 81 ans et elle se mourait.Mais les nouveaux costumes «civils» - enfin! - dessinés par Michel Robichaud étaient prêts et elle insista pour avoir le sien, au risque même de choquer ses compagnes religieuses, habituées de voir leur fondatrice plus «habillée».Non, Marie Gérin-Lajoie n'était pas une «soeur» et une femme comme les autres.La vraie fille de sa mère Marie Lacoste! Et leur biographe, la journaliste et écrivaine Hélène Pelletier-Baillargeon, semble appartenir à la même famille.par Lucie Villeneuve Elle est belle et généreuse; sa parole, un mélange d'humour et de rigueur intellectuelle.Depuis son travail de journaliste à la revue Maintenant1, Hélène Pelletier-Baillargeon continue de croire en l'urgence de l'avancement des grandes valeurs sociales, à l'instar de Marie Gérin-Lajoie dont elle vient de publier la biographie'.Elle est une de ces grandes femmes dont la spiritualité et la chaleur communicatrice invitent à l'écoute, au partage.Je suis heureuse de la rencontrer et lui avoue spontanément: «Je voulais offrir votre livre à ma mère, j'étais certaine que ça la captiverait.Je pensais pour ma part le consulter, question de curiosité.Eh bien, j'ai dévoré le bouquin en deux soirées.»et je me suis éprise d'admiration pour son héroïne, cette femme tenace et marginale qui a été, avec sa mère Marie Lacoste, une pionnière du féminisme au Québec.Hélène Pelletier-Baillargeon s'est mise à sourire.Il est vrai que Marie Gérin-Lajoie est peu connue des femmes de ma génération.Sa biographe a le grand mérite de lui redonner sa place exceptionnelle dans l'histoire du Québec, tout en apportant un éclairage nouveau sur la société québécoise du début du siècle.Marie Gérin-Lajoie a milité au sein de la Fédération nationale de la Société Saint-Jean-Baptiste (FNSSJB), comme rédactrice en chef du journal La Bonne parole; elle a créé la première école de service social à Montréal et fondé un ordre religieux, l'Institut Notre-Dame du Bon-Conseil, qui étonne par son originalité et son ouverture aux valeurs laïques.Pas étonnant qu'Hélène Pelletier-Bail- Hêlène Pelletier-Baillargeon largeon soit tombée amoureuse de cette femme d'action.Une estime teintée de reconnaissance ressort à la lecture de ce livre très bien écrit, ponctué d'anecdotes et soutenu d'un esprit critique sûr.Si l'auteure est passionnée pour Aiane Gérin-Lajoie, c'est qu'elle s'est identifiée à cette femme qui provient de la même couche socioculturelle et qui, elle aussi, a été journaliste et femme d'action.«Dans tout son cheminement, dit-elle, je reconnais beaucoup de choses, dont l'espèce de recherche qu'elle fait pour concilier sa soif de justice sociale, le socialisme et le christianisme.La même enquête a caractérisé la génération de ce que j'appellerais «les chrétiens de gauche», dans les années 60, alors que la Révolution tranquille et le Concile oecuménique se sont retrouvés à incarner, au Québec, deux forces de renouveau et de remise en question.» Au début du siècle déjà, Marie Gérin-Lajoie, avec sa mère et son oncle Léon Gérin, avait prôné l'instruction obligatoire et gratuite.Mais il aura fallu attendre que le neveu de Marie, Paul Gérin-Lajoie, forme en 1964 le premier ministère de l'Éducation pour obtenir les réformes souhaitées.Comme quoi l'histoire du Québec avançait à petits pas.Des origines prestigieuses Marie Gérin-Lajoie est vite initiée aux grandes valeurs nationalistes et féministes.Le père de sa grand-mère paternelle,' Etienne Parent, et son arrière-grand-père maternel, Louis Lacoste, ont été tous les deux emprisonnés à Chambly lors de la révolte des Patriotes de 1837.Son grand-père Antoine Gérin-Lajoie était l'auteur d'Un Canadien errant, et sa tante Antoinette créera en 1936 la première École LA VIE EN ROSE 40 mars 1986 d'éducation familiale et sociale.Du côté maternel, sa tante Justine beaubien devait fonder l'hôpital Sainte-.Justine.Marie Gérin-Lajoie naît en 1890, à une époque où il y a conjoncture entre les conservatismes politique et religieux.Sa famille appartient à cette classe montante de la bourgeoisie éclairée qui, tout en étant chrétienne, introduira une forme de «rivalité respectueuse» à l'endroit du haut clergé.Sa mère, Marie Lacoste, dominera dans les années 20 le combat pour l'avancement du droit des femmes, s'opposant aux évêques comme à Henri-Bourassa, cet anti-féministe notoire qui fustige régulièrement dans le Devoir la lutte suffragiste.Une mère suffragette.Marie Lacoste est une autodidacte qui s'intéresse à l'étude du droit et réclame la refonte du Code civil en matière matrimoniale.A cet effet, elle rédige à l'intention des femmes un petit Traite de droits usuels qu'elle révisera régulièrement, convaincue que les droits et libertés si chers à la cause des femmes présupposent une pleine capacité juridique et l'obtention du droit de vote.Vite, elle se rend compte que la cause des femmes et l'action sociale ont bien meilleure presse dans la société anglaise de Montréal.Elle milite donc à la branche montréalaise du National Council of Women (NCW)3.Éprouvant cependant des difficultés croissantes à vivre pleinement ses idéaux patriotiques et religieux au sein de ce regroupement, elle fonde en 1907, avec Carole Béique, la Fédération nationale de la Société Saint-Jean-Baptiste.Sa fille Marie, qui vient d'être la première Canadienne-française à obtenir son Bacc.ès arts, devient en 1913 rédactrice en chef de La Bonne parole, publication féministe à grand tirage et journal officiel de la FNSSJB.Dans ses écrits à La Bonne parole, Marie Gérin-Lajoie réclame la reconnaissance de la valeur économique des femmes.«Aimer son prochain, écrit-elle, c'est chercher à rétablir en sa faveur des conditions normales de vie.» C'est pourquoi elle croit que «la question ouvrière n'est pas un problème de répartition des richesses, mais un problème de répartition des pouvoirs», et qu'il faut faire prévaloir les réformes des structures sur les remèdes moraux subjectifs.En 1918, Marie Gérin-Lajoie part quelques mois à New York s'initier au case work, ou étude de cas en service social, une méthode axée sur des techniques d'enquête, les statistiques et le pragmatisme.A son retour à Montréal, Mère Sainte Anne-Marie l'invite à inaugurer le cours d'action sociale de son École d'enseignement supérieur.Depuis dix ans déjà, Marie Gérin-Lajoie est conférencière au Cercle d'étude Notre-Dame qu'elle a fondé pour permettre aux femmes qui n'avaient pas accès aux études supérieures de poursuivre leur formation intellectuelle.Les sujets favoris de ses conférences sont: le syndicalisme (en particulier la syndicalisation des travailleu- ses d'usine), le féminisme, l'instruction obligatoire, la question juive, la paix mondiale, le suffrage universel et le droit des peuples à l'autodétermination.Elle n'oublie jamais la dimension internationale des problèmes traités.Elle aura donc des chroniqueuses internationales à La Bonne parole, en plus d'une collaboration masculine épisodique.trahie par l'Église À cette époque, sa mère Marie Lacoste continue de lutter fébrilement pour le droit de vote des femmes.Le 9 février 1922, elle fait partie de la délégation des 400 femmes qui présentent leur requête au Parlement de Québec, requête qui se solde par un échec cuisant.Marie Lacoste décide donc d'aller à Rome où elle apprend enfin que «la pratique du suffrage féminin ne saurait contrevenir au droit divin» (merci, messieurs! ).mais que tout projet de législation en ce sens doit être soumis à l'avance à l'épiscopat local.A Québec, Mgr Rodrigue Villeneuve prétend que «le suffrage féminin risque de perturber l'harmonie conjugale».À Montréal, Mgr Gauthier maintient sa neutralité et ne répond plus aux lettres de Marie Lacoste.Suite à ce désaveu episcopal, le comité de direction de la FNSSJB se scinde, Thérèse Casgrain et ldola Saint-Jean désirant s'affranchir de la tutelle des évêques.La relève mettra dorénavant l'accent sur le féminisme, de façon plus radicale que Marie Lacoste.Cette dernière est désormais brisée intérieurement, se sentant trahie par les évêques et implicitement blâmée par la deuxième génération de féministes.«Elle choisira, la mort dans l'âme, de démissionner à la fois de la présidence de la Fédération (qu'elle avait assumée pendant 15 ans) et de celle du Comité provincial du suffrage féminin», écrit Hélène Pelletier-Baillar-geon.Un an plus tard, essayant de censurer la fille après la mère, l'épiscopat fera des «pressions discrètes» sur Marie Gérin-Lajoie pour qu'elle abandonne la direction de La Bonne Parole.Sans céder tout à fait, elle réduit la portée de ses commentaires mais collaborera jusqu'en 1938.Des soeurs débrouillardes Pendant 12 ans, Marie Gérin-Lajoie aura été une militante laïque consciente de la nécessité du célibat pour mener à bien son oeuvre d'animatrice sociale, de conférencière et de journaliste.Mais dans la société de son temps, la chrétienté est omniprésente et toutes les structures sociales et éducatives en sont tributaires, ce qui laisse peu de pouvoir et de crédibilité au laïcat.Marie Gérin-Lajoie et ses compagne du Cercle d'étude se promènent de paroisse en paroisse et se font répondre: «Vous viendrez nous voir quand vous aurez mis le petit bonnet.» Pour avoir plus d'appuis religieux et obtenir le financement nécessaire pour mener à bien certaines oeuvres, l'option de Marie sera de fonder un institut religieux, en 1923.Il s'agit, selon Hélène Pelletier-Bail-largeon, d'un choix purement stratégique.«Sa conception de la vocation n'a rien de mystique, c'est une vocation profondément orientée vers l'action sociale.Ce choix lui permet de déployer au maximum son action sociale, d'établir le Service social à Montréal, mais c'est au détriment de la poursuite de certains aspects de son militantisme féminin.» Par contre, «cette même option fournira à son jeune Institut des moyens et champs d'action alors inaccessibles à des femmes laïques oeuvrant en milieu canadien-français et catholique .» Son projet de fondation est très original.Elle souhaite que les religieuses soient des éducatrices sociales sans costume singulier, qui collaboreraient à la formation d'un laïcat féminin autonome, engagé dans l'action.Elle ne veut pas de hiérarchie chez les soeurs, encore moins de soeurs converses: toutes sans exception assisteront aux cours réguliers de son École d'action sociale i ouverte aussi aux femmes de l'extérieur).Elle prétend «réduire la vie religieuse à ce qu'elle a d'essentiel», prônant une simplicité de vie «qui pourrait bien miner l'esprit pharisaïque qui entache si souvent les communautés religieuses et leur rendre la sympathie du public.» Après la fondation, elle recrute des femmes marginales et qui ont du caractère: «Je n'ai pas besoin de soeurs obéissantes, j'ai besoin de soeurs débrouillardes.» D'ailleurs, l'une de ces recrues, Soeur Dorothy, est une ex-espionne au service de la CIA; elle sera consultée sur la logistique de la visite du pape au Canada, en 1984! A l'heure de l'instruction spirituelle, elle lit les éditoriaux du Devoir ou quelque ouvrage de sciences sociales.Dès que le réseau français de Radio-Canada commence à diffuser, au début des années 50, elle fait installer un téléviseur dans la salle commune et modifie l'horaire des novices et des professes de façon à ce qu'elle puissent écouter Point de mire, animé par René Lé-vesque.«Regardez bien ce jeune homme, il ira loin», prévoit Marie Gérin-Lajoie, elle dont Mgr Bruchési affirme que «si elle n'était pas femme, elle serait ministre.» En 1939, Marie Gérin-Lajoie, conformément aux objectifs de son Institut, fonde la première École de service social à l'Université de Montréal, alors que l'histoire officielle prétend qu'un certain abbé Desmarais en aurait été l'instigateur.Une Église monarchique En 1986, malgré son problème de recrutement, l'Institut du Bon-Conseil demeure très présent et agit comme support et fer de lance du regroupement des femmes qui voudraient accéder à la prêtrise et aux charges de paroisse.Hélène Pelletier-Baillargeon, elle, garde de l'espoir face à l'épiscopat du Québec, de plus grand et le plus réformiste au plan de la question des femmes», et elle estime mars 1986 41 LA VIE EN ROSE Littérature que les femmes ne pourront être exclues indéfiniment de l'Église, à cause de la rareté croissante des prêtres, «ces fonctionnaires du sacré qui se promènent comme des commis-voyageurs en répétant le geste magique du grand derviche!» Autre raison d'espérer: des théologiennes font présentement une relecture «passionnante» de l'Évangile.«On va mettre à jour tous les liens qui existent, dit-elle, et qui expliquent une misogynie beaucoup plus émotive et psychique que théorique.La mariologie, par exemple, ce culte de déification de la Vierge, n'a pas son pendant chez les protestants pour la bonne raison que les pasteurs sont mariés.» Si l'Eglise est aussi en retard dans ses structures, c'est, selon Hélène Pelletier-Baillargeon, parce qu'elle n'a pas encore digéré les valeurs démocratiques de la Révolution française, parce qu'elle demeure monarchique et pyramidale.«Il faudrait que les communautés locales aient plus de pouvoir et votent pour élire leur chef, tout comme il faut «décléricaliser» la fonction pastorale et faire en sorte que les femmes, une fois prêtres, remettent en question le modèle actuel de pouvoir et d'intervention.» Madame Pelletier-Baillargeon se voit, là aussi, une parenté avec Marie Gérin-La- Marie Gérin-Lajoie joie, «dans la problématique entre les chrétiens de droite qui se sont crispés et qui se crispent encore, par exemple au sein de la réforme scolaire, et le courant plus progressiste de l'Église, qui dit que les chrétien-ne-s sont amené-e-s à collaborer à l'avènement d'une société plus juste, d'une façon égalitaire et franche, dans une Cité désormais séculière.» Voilà presque deux heures que je l'écoute parler de ses héroïnes.Son discours est vif et sa culture proverbiale.Je viens de connaître - ou plutôt de reconnaître - trois femmes admirables, Marie Lacoste, Marie Gérin-Lajoie.et Hélène Pelletier-Baillargeon, dont l'exemple d'engagement social fait chaud au coeur.Surtout au milieu d'un hiver glacial où le politique et le social sont en léthargie, avec au pouvoir des hommes englués dans leurs traditions, loin des idéologies féministes ou à peu près - quel euphémisme! - sourds à la parole des femmes, ^.v* Lucie Villeneuve est comédienne, travaille présentement à la rédaction de deux textes de théâtre, collabore à la revue Jeu.ll.Maintenant était une revue «chrétienne de gauche-, fondée en 1962 par les pères dominicains.Hélène Pelletier-Baillargeon y fut rédactrice puis, de 1972 jusqu'à la fin, en 1974, directrice.Elle collabora ensuite au Jour et à Critère, assuma la chronique politique de Châtelaine, puis le dossier de la déconfession-nalisation au ministère de l'Éducation (1981 à 1983).Elle a déjà publié Contemplation (Fides, I977)el Le pays légitime (Leméac, 1979).ll.Mane Génn-Lajoie, de mère en fille, la cause des femmes, Hélène Pelletier-Baillargeon, Éd.Boréal Express, Montréal, 1985.3/Le NCW avait été fondé en 1893 par des femmes qui voulaient accéder à l'Université McGill, et qui prônaient la réforme urbaine et des mesures de santé publique et d'hygiène.41M une Génn-Lajoie, op.cit., p.214.20 h 30 THEATRE EXPÉRIMENTAL DES FEMMES 5066,ru.CLARK (coin lourier) MONTRÉAL Rés.: 271-5381 1CLT VIEI TER LA VIE t lecture de courts textes erotiques, sur scène : les écrlvalnes : Louky Bersianik, Nicole Brossard.Louise Desjardins.Marie-Franc me Hébert, Joane Hétu.Suzanne Jacob.Louise La douceur, Carole Lagrenade.Patricia La montagne.Geneviève Letarte, Brigitte Mackay, Hélène Pednault, Maryse Pel-lerin.Danielle Roger, France Théorèt, Sylvie Tremblay, les actrices : Line Archambault.Marie-Joseé Baron, Markita Boles, Johanne Fontaine, France Labrle, Chantai Lamarre, Louise Laprade, Suzanne Lemoine, Maryse Pigeon, Anne-Marie Provencher, Lise Roy, Julie Vincent, les musiciennes : Ginette Bergeron.Marie-Claude de Chevlgny, Catherine Dostaler.Martine Leclerc, Geneviève Letarte.Priscilla, Danielle Roger, Assar San tana, Judith Gruber-Stitzer.Gina Tremblay, Mara Tremblay.2-3 SOIREE DES MURMURES.Voyeurisme/Exibi-tlonisme 21 performances simultanées, closes, à voir à la dérobée Danse, théâtre, vidéo, mime, Installation, action painting, culturisme, photo, performance multl-disciplinaire.Avec : Josée Lambert, Alice Bergeron, Diane Lassonde.Francine Larivée, Sylvie Laliberté, Jocelyne Tremblay, Lise Bégin.Marik Boudreau, Suzanne Girard, Patricia Schwartz, Jennifer Rodri-gues, Anne Thibault, Dominique Morelle, Monique Crépault, Hélène Nadeau, Christine Lajeunesse, Danielle Trépanler, Vlcky Tansey, Kate Lushlngton, Caroline Osborne.Diane O'Bomsawin.4BRÈCHES de/avec marie ouellette {co-fondatrice de trois et 7 la mimera magique 8) et mlcheline gragln.sara et marielle sont les_ premières voyeuses de leur théâtre BRÈCHES est une pièce prétexte pour se faire plaisir : inventorier toute l'imagerie touchant â cette monde magique pleine d'énigmes qu'est la théâtre, ouvrir une brèche, une envers de décors où sont révélées les secrètes pensées de deux stares devant vous ! ! ! En prolongation à partir du 13 mars 5PAT OLESKO (NEW YORK) The Soiree of 0 and she doesn't mind If you laugh! "The Soiree of O, or, Clothing as a Fecund Thought" advances the heart of overt dressing thru sighs, tries, size and lies."It is after all, not what you wear but what you puts on', that's im-po'tentf" Pat Olesko is a unique American artist living in New York.In performance and sculpture, she uses Irony ans ridicule to make her art humorous.Her talent for the outrageous adds wit and color to special events and lectures.She Is a serious artist who offers a fresh approach to contemporary performance and sculpture.THE CLICHETTES (TORONTO) Louise Garfield, Johanna Householder and Janice Hladki, 3 feminist performers."What's life without sex?That's the musical question the lip-syncing Cllchettes ask in their new comedy, and whose sex is it anyway9 A spectacle between pop theatre and mock video you won't want to miss! The Clichettes are the 1984 Lip-Sync Champions, Houston Texas They are renowned for their bizarre blend of fantasy, pop culture spoof and vaudeville feminism.6-7 AMOURS IMPREVUES DANS LA JUNGLE equa tori ale • Sax- Is - fun de/avec Ginette Bergeron et Joane Hétu Saxophonistes du groupe Wondeur Brass • Jane One Woman de/avec Louise Laprade, actrice * Amours Imprévues.• Scènes de lit 2 tableaux erotiques de Lise Vaillancourt : avec Line Archambault.Marle-Denyse Daudelln, Chantai Lamarre, Maryse Pigeon et Lise Vaillancourt {Troupe du TEF) • Performance d'Élyse Bédard.chanteuse d'opéra • Surprise de Marie Chouinard.danseuse et chorégraphe LA VIE EN ROSE 42 mars 1986 Cinéma Parce qu'elles jugeaient frustrante la formule traditionnelle des festivals de films, les organisatrices de Cinéma ma avaient réparti sur six fins de semaine, l'automne dernier, leur programmation (films de femmes, ateliers et discussions)1.Avec un thème par week-end: la Pologne, Multi-média, Autobiographie, Comédie, Sexualité, Femmes de toutes les races, pour montrer la diversité de la production des femmes, faussement perçue comme monolithique.L'artiste montréalaise Ann Ramsden y présentait son vidéo Manufactured Romance.Elle nous livre ici ses réflexions, ainsi que les réponses que lui a fournies Carolynn Rafman-Lisser, co-organisatrice.par Ann Ramsden ANN RAMSDEN: S'il est vrai que les femmes explorent une grande variété de sujets dans leurs films et vidéos, on peut se demander pourquoi il est nécessaire de créer un événement spécifique avec des productions de femmes?Surtout à Montréal où, par ailleurs, les festivals se succèdent presque sans airêt.CAROLYNN RAFMAN-LISSER: Il est en effet extraordinaire de constater qu'en 1985, les femmes ont toujours besoin de tenir leurs propres événements parallèles.La programmation des deux principaux festivals de films tenus à Montréal l'automne dernier comprenait moins de 10 % de films faits par des femmes.En fait, on devrait se demander pourquoi ces films ne sont pas inclus dans les événements cinématographiques majeurs.Des manifestations séparées telles que Cmémama 85, sont absolument nécessaires pour rendre les productions des femmes accessibles au public.AR: N'étant pas familière avec les politiques de l'industrie du film, je me suis demandé si la programmation des festivals ne reflétait pas tout simplement la réalité.En d'autres termes, est-ce que seulement 10 % des films sont faits par des femmes?Est-il toujours aussi difficile pour les femmes d'avoir accès à la formation et aux subventions?Ou est-ce que leur travail est encore ignoré?CRL: A Montréal, les autres festivals ont développé, au cours des dix dernières années, une formule maintenant bien rodée et sécurisante.Et je pense qu'ils craignent d'ouvrir leur programmation aux oeuvres des femmes, qui sont souvent plus provocantes et plus expérimentales dans leur manière d'aborder autant la forme que le contenu social et culturel.AR: Quoi qu 'il en soit, le taux de participation très élevé à Cinémama 85 semble confirmer la pertinence d'un festival de productions de femmes.De plus, une des particularités de Ci-mars 1986 Rebecca Pauly dans «voyage à Lyon» de Claudia von Alemann némama 85 était d'intégrer film et vidéo dans les mêmes programmes'.La vidéo, pour une fois, ne se faisait pas traiter en parent pauvre, comme c'est habituellement le cas dans les autres festivals de cinéma.CRL: Je pense que le film et la vidéo peuvent être considérés comme deux aspects du langage cinématographique et ces vi-sionnements permettaient de voir les similitudes entre les deux moyens d'expression.Nous voulions aussi montrer que les femmes sont suffisamment versatiles pour travailler avec le médium qui leur est économiquement ou technologiquement accessible.Quand les cinéastes travaillent en vidéo, elles tendent à utiliser les caractéristiques propres au médium.Citons à litre d'exemple, les effets de chroma key utilisés dans les vidéos de Laura Mulvey, 77ic Bad Sister, et de Von Aleman Dos Frauenzimmer.43 Mais le grand écran pose évidemment un problème pour la vidéo, dont l'image a une meilleure définition sur moniteur.Quant à moi, je ne crois pas tellement à la soi-disant intimité de la télévision et à cause de ma formation, je n'aime pas beaucoup le moniteur.Bien sûr, la qualité de la vidéo se rapproche de plus en plus de celle du film, mais je préfère encore le film.AR: Personnellement, comme je travaille avec le médium vuiéo depuis des années, j'aime bien visumner mes productwns sur un moniteur.Mais je dois dire que j'ai été très agréablement surpnse par la qualité de projection de mon vidéo sur grand écran, dans le cadre de Cinémama.De toute évuience, les rapprochements entre la vidéo et le film ne peuvent qu'être bénéfiques aux artistes des deux disciplines.Cinémama a montré que les femmes qui produisent en film ou vidéo partagent un certain nombre de préoccupatums, et ceci autant dans l'exploration du langage cinématographique que dans le choix des sujets.Les giands moments de Cinémama 85 furent sans contredit, les visionnements de The Gold Diggers (film), de Sally Potter, Le voyage à Lyon (film) et Das Frauenzimmer (vidéo), de Claudia Von Aleman, Far From Poland (film avec des parties tournées en vidéo), de Jill Godmilloiv et The Bad Sister (vidéo), de Laura Mulvey et Peter Wollen.Mis à part Manufactured Romance3, les autres vidéos québécois présentés furent Deux, de Camille Maheux et Ewa Turska3, Les tatouages de la mémoire, de Helen Doyle et C'est une bonne journée.de Françoise Dugré et Joanne Foumier4.1/Du 8 novembre au 14 décembre 85, au cinema de l'ONF.2/11 faut souligner qu'à Québec, Vidéo Femmes a intégré les deux médias dans son festival depuis plusieurs années.3/Disponible au Vidéographe.4/Disponible à Vidéo Femmes LA V Léa Pool Entre le rêve et récran Après le succès éblouissant de La Femme de l'hôtel1, Léa Pool nous propose cette année un autre long métrage fiction, Anne Trister, qui est en fait le dernier volet d'une trilogie commencée en 1979 avec Strass Café Déjà sélectionné par le Festival des films de femmes de Créteil et par le Festival de Berlin, en compétition officielle, Anne Trister s'apprête à conquérir à son tour les publics internationaux.L'univers de Léa Pool (exil, création, poésie urbaine) nous est de plus en plus familier.Mais comment traverse-t-elle cet espace, parfois périlleux, entre le film rêvé et sa concrétisation en images?A-t-elle, pendant le tournage, une façon particulière de travailler?Quels sont ses rapports avec les producteurs et les technicien-ne-s?par Diane Poitras Pour Léa Pool, faire du cinéma, c'est se livrer entièrement.Elle ne pouvait pas être plus à nu, croyait-elle, que dans Strass Café.Puis, voyant que son propos pouvait toucher des gens profondément, elle se dit: «Ça ne fait pas si mal que ça, on peut peut-être essayer une autre fois!» Et, de cette première fiction jusqu'à Anne Tnster, Léa Pool a acquis de l'assurance: «La marge entre ce que je vis à l'intérieur et ce que j'exprime à l'extérieur est un peu moins.immense.» Tournage de «Anne Trister» Elle a aussi disposé de moyens de plus en plus importants.Le mixage sonore de Strass Café, trois bandes, s'est fait en trois heures; celui d'Anne Trister, jusqu'à vingt-cinq bandes en dolby, a demandé dix jours de travail! Ce qui implique un rapport tout à fait différent à la structure de production.On a souvent l'impression que cette dernière, dans un processus créateur, ajoute lourdeur et contraintes.Telle n'est pas nécessairement l'opinion de Léa Pool.LP: L'imaginaire d'un-e auteur-e peut s'exprimer de façon luxueuse ou, avec autant LA VIE EN ROSE 44 mars 1986 B9C de force, de façon extrêmement simple.Qu'il y ait beaucoup ou peu d'argent, une production bien gérée est toujours là pour aider le film.Et la bonne gestion d'un budget, c'est une qualité de producteur.Tu vois des films, parfois, qui ont coûté 4 millions $ et tu te dis: «Ça se peut pas! Il n'y a qu'un million sur l'écran!».Le budget d'Anne Trister, 1,4 million $, a été à mon avis bien géré parce que Roger Frappier et Claude Bonin' ont toujours fait des choix qui se retrouvent sur l'écran plutôt que dans leurs poches.Ce que je voulais exprimer de façon luxueuse, j'ai l'impression de l'avoir lorsque je regarde le film.Un exemple précis: Anne, le personnage principal, entreprend une fresque démesurée qui est le reflet de sa propre identité.Elle y retrace son paysage intérieur dévasté par la mort du père.Dans le scénario, la peinture était décrite en deux lignes.Mais pour que le film soit fort, il fallait que la peinture vienne le soutenir psychologiquement.Si elle était ratée, c'était une catastrophe.C'était donc un projet énorme; une caserne de pompiers au complet a été peinte: sol, plafond, et les quatre murs.Deux personnes, un architecte et une femme peintre, ont réalisé le concept, aidées par six autres personnes.Cela a coûté 40 000 $.Avec un petit budget, je n'aurais pas pu exprimer ça.Je voulais aussi que le début du film se passe en Israël, dans le désert.On aurait bien pu tourner ailleurs.À un moment, il a été question d'aller aux Iles-de-la-Made-leine.Mais je voulais que les figurants soient des juifs avec le teint mat, les cheveux noirs, etc.Pouvoir aller en Israel juste pour tourner la séquence d'ouverture était donc un luxe, mais aussi un respect de mon univers et de ma démarche, que l'argent m'a permis.LVR: L'argent, ça permet aussi de constituer des équipes techniques plus importantes.Est-ce que ça enlève un peu de tension lors du tournage?LP: On a des talents fantastiques au Québec.Les techniciens sont hyper-professionnels; ils tournent quatre, cinq films par année, minimum.Mais deux semaines avant la fin du tournage, ils sont déjà en train de parler du prochain film.Sur le plateau, il y avait deux ou trois personnes qui me suivent depuis le début et qui croient profondément à ce que je fais.Les autres faisaient bien leur travail mais je sentais bien qu'Arme Trister ou La Guerre des tuques, ça leur était égal! La prochaine fois, je rêve de rassembler une équipe plus petite où je choisirais les gens en fonction non seulement de leur compétence mais aussi de leur intérêt pour ma démarche.J'ai besoin de ça.Sur Arme Trister, je n'ai pas senti de résistance, mais je n'ai pas senti de flamme non plus.¦ t f ( Tout en souhaitant plus de chaleur, Léa Pool | reconnaît avec générosité que son style de tra-I vail, sans éclat, et ses manières discrètes ne s favorisent pas les grands emportements.«Per-£ SOtme ne crie sur ce plateau», remarquait la journaliste Minou Petrowski pendant le tournage de La Femme de l'hôtel.) LP: Je ne sais pas comment travaillent les autres réalisateurs-trices.Mais moi, je répète beaucoup avec les comédien-ne-s avant le tournage.Quand on arrive sur le plateau, le déblayage technique est fait, les mouvements sont décidés (la comédienne sait qu'elle va de tel endroit à tel autre).Il n'y a plus que l'émotion à travailler et il n'y a donc pas de décisions majeures à prendre.Et je ne suis pas quelqu'un qui parle fort pendant le tournage.Ma façon de réaliser n'est pas spectaculaire.De plus, je travaille sur le non-jeu de l'actrice, sur le côté non théâtral du jeu.Comme je tourne beaucoup en gros plan, je suis placée à côté de l'actrice et je peux voir qu'elle a levé les yeux, qu'elle a fait un rictus ou qu'une fossette s'est placée à la bonne place.Ce qui fait que moi, je suis satisfaite, mais le technicien qui est quelques pieds derrière, qui a attendu trois heures pour que la scène soit tournée, s'il pense voir quelque chose qui va éclater sur scène!.ou au moins que ça gueule.Les techniciens n'entendent même pas ce que les personnages disent! C'est d'ailleurs un problème pour le preneur de son: dans mes films, ça chuchote! Je peux donc très bien concevoir qu'il y ait un certain ennui.Les seules personnes capables d'être prises par ce qui se passe sont le directeur photo et les comédiennes, avec qui j'ai toujours des relations extrêmement privilégiées.Les autres, je pense que je les déroute un peu.LVR: Est-ce que ça ne risque pas de créer un manque de confiance et donc des rapports un peu difficiles avec l'équipe?LP: Je ne l'ai pas senti.Dans aucun de mes films, je n'ai lutté contre une équipe.Parce que je ne suis pas capable d'entrer dans des rapports de pouvoir et je dois compter avec cette incapacité.Mais il est dur de se retrouver face à une équipe très professionnelle (certains d'entre eux ont 20, 30 longs métrages derrière eux), et de ne pas avoir peur d'admettre que ces gens-là ont plus d'expérience que toi.C'est dur de continuer ta démarche et de prendre le temps nécessaire pour savoir où poser ta caméra même si eux, ils le savent déjà.Peut-être qu'il ne faut pas la poser là, justement, pour trouver ton langage à toi.Il faut se faire confiance.Avec les producteurs, c'est un peu plus compliqué.Ils ont des intérêts et des pres- ¦•Anne Trister»: Albane Guiihe et Louise Marleau sions que l'équipe n'a pas.A certains moments, mes deux producteurs étaient bien «insécures» par rapport à ce que je faisais et ils le communiquaient.Alors, je devais investir plus d'énergie pour établir un rapport de confiance avec eux qu'avec l'équipe, où la confiance s'établissait quotidiennement par les rapports interpersonnels.Avec les producteurs, absents du plateau, il y a un décalage.De plus, si le producteur n'est pas inséré dans cette aventure collective, il en devient le censeur.Un producteur qui comprend ça a tout intérêt à être sur l'équipe.Par ailleurs, il faut bien qu'il fasse son travail et c'est sa job de dire qu'on dépense trop de sous.LVR: Comment travailles-tu avec le directeur photo?LP: Je ne suis pas assez ferrée en technique pour dire que ça prend un 4K ici et telle lumière là-bas.Je vais plutôt lui apporter des livres sur un peintre pour qu'il voie ce que je cherche.Ou bien je lui dis: «Je ne sais pas pourquoi, je vois ce film extrêmement contrasté, il me semble qu'il faut que les zones d'ombre et de lumière soient très marquées, contrairement à La Femme de l'hôtel, par exemple».Je fonctionne plutôt comme ça, avec des références.Pendant la dernière version du scénario, je découpe dans les revues de photo des images qui ressemblent à mon film.Je les colle dans le scénario et je montre ça au directeur photo.Ensuite, aux premiers rushes*, on s'ajuste.Mais à partir de là, moi, je n'interviens plus beaucoup dans le travail du directeur photo.La réalisation, c'est avant tout un travail de relations interpersonnelles.Un réalisateur peut ne pas connaître grand-chose à la technique; il y aura toujours quelqu'un qui la connaît mieux que lui.Mais personne d'autre que lui ne peut établir des rapports privilégiés avec tous les individus, pour que tout le monde aille dans le même sens.Cela demande beaucoup d'énergie.Dans le meilleur des cas, comme dans La Femme de l'hôtel, l'énergie circule: tu en donnes et tu en reçois.Avec Anne Trister, j'ai l'impression que je me suis beaucoup donnée et que j'ai eu de la difficulté à être nourrie.Je ne sais pas pourquoi.Peut-être parce que c'était trop gros comme machine.Avoir des rapports privilégiés avec 30 personnes, c'est trop.Il y avait aussi deux rôles principaux, Louise Marleau et Albane Guilhe.Cette jeune comédienne française, dont c'était le premier film, représentait un défi: elle a quand même le rôle-titre, une heure 40 à l'écran! Et moi je faisais le pan.devant les producteurs, que c'était elle que je voulais et que j'étais capable de l'amener là où je le voulais.Mais les autres comédien-ne-s avaient autant besoin d'attention.Pour Louise Marleau, ce n était pas une excuse, qu'il y ait Albane Guilhe! Il faut trouver en soi assez d'énergie pour être partout.Et mon problème, par moments, était de ne pas avoir cette énergie.LVR: C'est peut-être le prix qu'il faut payer mars 1986 45 LA VIE EN ROSE FESTIVAL $6 SlPx>rr».KxMl 203 QuêtMK GlK 4A1 Tu /e tB) 692-3090 Cinéma sur une grosse production pour le luxe dont tu parlais tout à l'heure?LP: Peut-être.Pour mon prochain tournage, j'aurais plutôt envie de travailler avec moins de budget.ou avec le même budget, mais dans un autre type de production.Il y a une inflation des équipes techniques.C'est un luxe propre au Québec et c'est dangereux.J'aimerais une équipe de 15 personnes (au lieu de 30) et ne pas dédoubler les fonctions: choisir, par exemple, quelqu'un-e qui serait en même temps script et première assistante.Ou maquilleur et coiffeur.Moins nombreux, avec plus de jours de tournage, on pourrait impliquer l'équipe davantage et donner à chaque personne une responsabilité qui ne relève pas uniquement de sa fonction.Actuellement, on ne leur demande même pas! Je suis sûre que plein de technicien-ne-s seraient prêt-e-s à travailler ainsi.LVR: Cette inflation dont tu parles, est-elle due à une volonté de faire un cinéma de plus en plus calqué sur des modèles étrangers, nches et soi-disant universels?LP: Quoique ce qui se fait ici depuis deux ans soit plutôt intéressant, je pense qu'il faut faire attention aux modèles de production.J'ai peur que les équipes qui travaillent tout le temps ensemble, en gang, finissent par normaliser le cinéma, que ça fasse un cinéma-type.Mais le danger d'uniformisation ne vient pas uniquement des équipes.Il y a aussi un type de scénario à présenter, un type de production, toute une démarche extrêmement organisée qui peut faire l'affaire du cinéma à un moment donné, mais qui peut aussi nous desservir.Je pense qu'il faut se questionner devant chaque film, pour savoir quel type de production convient le mieux à chacun.LVR: Beaucoup de cinéastes-auteurs trouvent que le tournage est une expérience éprouvante et décevante parce que l'imaginaire y est confronté aux contraintes de la réalité.LP: Non, pour moi, c'est le contraire.J'ai toujours l'impression d'être dépassée par ma propre création, nais dans le bon sens du terme.Comme, encore une fois, la fresque: je peux bien avoir l'idée d'une belle peinture, mais quand je la vois réalisée et quand je vois Pierre Migneault la filmer et l'éclairagiste faire la lumière, c'est magnifié! Je suis toujours émerveillée par mon matériel.Je vois que je ne suis plus là, que j'ai envie de faire autre chose.Mais ça ne veut pas dire que le résultat n'est pas ce que je pouvais faire de mieux au moment où je l'ai fait.LVR: Ça me fait drôle de l'entendre parler ainsi parce que je le voyais comme une réalisatrice qui préférait travailler en solitaire.Peut-être à cause du personnage de La Femme de l'hôtel.LP: Ah! oui, mais alors, attends! Tout cela n'empêche pas que tu es toujours toute seule.Je pense qu'un tournage est un des moments où l'on est le plus seul au monde.Parce qu'il n'y a que toi qui sais.au fond.La seule chose que tu peux tenter désespérément (et cela est très proche des rapports amoureux), c'est d'exprimer à l'autre qui tu es, en espérant que l'autre va le saisir.C'est très égoïste: tu veux que les autres te saisissent pour t'aider, toi, à communiquer.Sur un tournage, j'aurais parfois envie d'être technicienne au lieu de réalisatrice! Il y a toujours du beau monde, c'est stimulant et l'équipe peut profiter de cette énergie.Toi, réalisatrice, tu n'en profites pas du tout.Tu es toujours la dernière à savoir qu'il y a une histoire d'amour entre telle et telle personne.Tout le monde en jase dans les corridors et toi, t'es tellement prise dans ta bulle, dans ce que tu as à dire, que tu ne vois rien! C'est une double réalité, constante, d'être avec autant de gens qui participent à la même oeuvre que toi et d'être en même temps si seule.LVR: Est-ce que ton prochain film sera la quatrième partie de cette série?LP: Ce serait un peu redondant de continuer.Je vis actuellement des choses qui, j'en suis sûre, seront dans un film, un jour.Mais en faire un film maintenant serait une transposition bête de la réalité.Il faut laisser une distance se créer entre la vie et la création.LVR: Ça ne te fait pas peur, cette pause, ce silence?LP: Non.J'imagine qu'il peut arriver que je n'aie peut-être rien à dire pendant des années.Il ne faut pas s'énerver avec ça, c'est tout, et faire autre chose.1/ Prix LE Ouimet-Molson de la critique québécoise.Prix de la presse internationale au Festival des films du Monde, Prix de l'excellence au Festival of Festivals de Toronto, Prix d'interprétation féminine au Festival international de Chicago ( Louise Marleau ), Prix du public au Festival de Créteil et Prix génie pour la meilleure chanson originale et la meilleure actrice ( Louise Marleau ) au Genie Awards à Toronto.21 Primé à quatre festivals, dont le Festival international de films de femmes de Sceaux (Créteil) 1981.3/ Anne Tnsler est une coproduction de l'Office national du film (Roger Frappier) et des Films Vision 4 (Claude Boninj.4/ Rushes: visionnement, le soir, de la pellicule tournée dans la journée.Anne Tnsier | Al bane Guilhe ) est une ieune femme peintre, juive, que le film nous fait découvrir à la mort de son père.Profondément ébranlée, elle quitte sa mère (Kim Yarochevskaya) et son pays, la Suisse, pour émigrer au Québec chez une psychologue (Louise Marleau).Anne Trister se lance alors dans une quête d'amour et dans un projet de peinture immense, démesuré.au risque de se perdre.LA VIE EN ROSE 46 mars 1986 Une production de ROGER FRAPPIER et CLAUDE BONIN ALBANE GUILHE • LOUISE MARLEAU • HUGUES QUESTER • LUCIE LAURIER • NUVIT OZDOGRU • GUYTHAUVETTE • KIM YAROSHEVSKAYA Scenario: MARCEL BEAULIEU et LÉA POOL • Direction de la photographie PIERRE MIGNOT Montage: MICHEL ARCAND • Musique RENÉ DUPÉRÉ • Producteur exécutif ROGER FRAPPIER Un* coproduction Office National du Film du Canada al Las Films Vision 4 Inc.avac la participation da la Soctaia G*naraia du Cinéma du Québec.Téléfilm Canada al la Société da Radio Télévision du Ouébac 'onfcvision 4 me nrhon»ai5ap1 (dans cariâmes salles seulement) Loulsetle Dussault £A un si l'on n'y inclut pas ^RM de souvenir?Ali service de l'écriture théâtrale SL-^R\ vu mur lour diffuseur, ¦ H porte-parole, conseiller, ani-^^8H^H mateur attentif a la dramaturgie Je mW wkm ehez nous II compte actuellement plus de cent membres, certains connus et même illustres - des femmes pour près de la moitié.Mais, sur la scène publique, les femmes ont-elles toujours été présentes, connues, reconnues, jouées?Au Projet Camille Claudel, notre groupe de création théâtrale, la curiosité et la nécessité d'y regarder de plus près nous ont amenées à monter un collage de textes d'au-teures québécoises.À l'issue d'une première étape - lecture des programmes de saisons théâtrales, de dictionnaires littéraires, de pièces - que retenions-nous d'une recherche plutôt modeste?De 1900 à 1950, les femmes québécoises sont à peu près absentes de l'écriture publique: on les retrouve à la maison, à l'hôpital ou à l'école, mais rarement à leur table de travail.Et si certaines s'imposent dans l'art de la chronique, par exemple, elles s'effacent le plus souvent derrière la protection d'un pseudonyme.Puis, surgissent les Françoise Loranger, Anne Hébert et Marie-Claire Biais.Leur écriture intérieure, parfois tourmentée, liée au questionnement humaniste, réfléchit assez bien la grande noirceur dont elles sont tributaires.Au début de ces années Jeanne-Mance Delisle Clémence Oesrochers jf4 —Théâtre- Le CEAD a vingt ans Les belles soeurs du théâtre Depuis octobre et jusqu'à la fin d'avril, le Centre d'essai des auteur-e-s dramatiques fête ses 20 ans, en autant de lundis dédiés à des textes majeurs ou inédits, à des auteur-e-s marquanf-e-s, à des compagnies de théâtre.Le 10 mars, il faudra voir Souvenirs de soeurs, un collage de textes de 20 auteures québécoises.par Lise Roy en «isme» - nationalisme, existentialisme, athéisme, féminisme -, l'effervescence socio-politique du Québec donne aux artistes ce sentiment du «tout est possible».Au théâtre comme ailleurs, les femmes s'affirment, s'affichent; non plus seulement comme actrices mais comme auteures, metteures en scène ou directrices.Ces femmes d'alors qui osent la parole théâtrale - Odette Gagnon, Denise Boucher, Pol Pelletier, Jovette Marchessault.-, que veulent-elles à travers les mots?Veulent-elles prouver quelque chose, s'exorciser, prendre un certain pouvoir?Peu importe, elles écrivent; et il est de toute importance et de toute urgence qu'elles le fassent! Ces auteures parlent délibérément d'elles, des femmes et de leur vécu contemporain.Elles inventent des personnages en pleine implosion émotive, en rage intérieure et en exigence radicale vis-à-vis du monde extérieur.Elles inscrivent à pleines pages les oppressions reconnues mais si peu combattues par nos sociétés.Dans cette dramaturgie féminine, on assassine le trio infernal des personnages mère-putain-vierge pour faire place «à des héroïnes, des mythes, des images vers lesquelles nos personnages peuvent tendre; on fouille l'histoire à la recherche d'un imaginaire trop longtemps contenu.Les spectacles-témoignages, les one-woman-show et les créations des années 70- Louisette Dussault, Jocely-ne Goyette, le Théâtre des cuisines.- imposent un discours personnalisé et une vérité dramatisée du quotidien; ce miroir s'avère nécessaire à l'évolution de notre théâtralité.La parole théâtrale des femmes est souvent dure et provocante; pourtant, les Jacqueline Barrette et Clémence Desrochers nous ont depuis longtemps indiqué la force de l'humour.Mais au théâtre, il nous a d'abord fallu crier, hurler, pleurer, nous plaindre, dénoncer avant de pouvoir parler librement, rire, rêver à voix haute.Il nous a fallu tout ce temps pour oser prendre volontairement un plaisir réel et profond à cet acte d'écriture.Écriture qui n'est plus seulement réaction mais qui, aujourd'hui, devient proposition.Les années 80 consacrent cette affirmation féministe par une véritable marée haute de jeunes auteures.Elles sont de partout: d'Abitibi, de Québec, du Bas-du-fleuve - Jeanne-Mance Delisle, Marie La-berge, Jocelyne Beaulieu.Elles oeuvrent partout: à la télé, en théâtre d'été ou en Marie Loberge Elizabeth Bourget théâtre pour l'enfance et la jeunesse, dans les institutions ou en autogestion - Marie* Francine Hébert, Suzanne Aubry, Maryse Pelletier, Elizabeth Bourget, Michèle Allen.Elles écrivent de façon réaliste ou lyrique; elles cherchent et recherchent de nouvelles avenues littéraires afin de créer des oeuvres fortes, signifiantes, personnelles.Le 10 mars 1986, à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, Jasmine Dubé, Marie Adam et moi-même, Lise Roy, appuyées par Danièle Lévesquc, nous lirons des passages de cette oeuvre théâtrale.Nous dirons les mots de beaucoup d'entre elles et, faute de les nommer toutes, nous partagerons avec vous une partie de cette richesse écrite au féminin, afin qu'elle soit consignée dans nos mémoires pour le plaisir et pour l'avenir.>t Lise Roy est femme de théâtre, membre du Projet Camille Claudel, un personnage qu'elle a incarné sur scène en 1984, et 1985 dans une mise en scène de Geneviève Notcbaert.48 mars 1986 La saison de Go s'ouvrait avec le spectacle de Suzanne Jacob, Autre.A la mi-mars, Marie Choui-nard enchaînera avec un show de danse sur lequel elle travaille depuis trois ans déjà, et qui a eu beaucoup de succès à Londres.La saison se clôturera, le 1er mai, avec la pièce tant attendue de Pauline Harvey, La nuit des braves, dans une mise en scène de Lise Vaillancourt et Ginette Noiseux, toutes deux directrices artistiques de Go.Le TEF prévoit aussi monter une banque de femmes de théâtre à l'étranger, c'est-à-dire une liste de dramaturges et de metteures en scène, pour régler le problème de base, soit le manque de bons textes, et nourrir la création d'ici.On veut de plus multiplier les échanges de travail par le biais de workshops: en insérant de jeunes auteures dans des équipes de production, on leur permet d'entendre et de mieux visualiser leurs textes, et de travailler conjointement avec metteure en scène, comédiennes et scénographe.«C'est concret, une scène de théâtre, dit Lise Vaillancourt: on a reçu des textes formidables mais qui supposaient de graves difficultés techniques, qui n'étaient tout simplement pas montables.Le théâtre est un médium finalement très traditionnel, qui utilise des moyens très traditionnels.On n'en est pas rendues à inventer d'autres moyens techniques, pas tant qu'on n'aura pas cerné toutes les techniques actuelles et qu'on n'aura pas fait un travail plus approfondi avec toutes les membres d'une production.» La banque de femmes dramaturges permettra à Go de travailler directement sur le médium et d'aller plus loin dans la recherche formelle, puisque le contenu sera au départ très bon.À cet effet, on publiera les Cahiers d'Espace Go pour diffuser des rapports de recherche théâtrale et des textes autrement refusés par les éditeurs sous prétexte qu'ils ne sont pas assez littéraires.Selon Lise Vaillancourt, «ce n'est pas la fonction des éditeurs que de juger d'un texte de théâtre; ce n'est pas de la littérature au sens où ils l'entendent, c'est de la parole qui doit être efficace théâtralement.» Déjà, l'an prochain, on prévoit deux textes «révolutionnaires» de Djuna Barnes, écrits en 1927, et travailler avec la dramaturge Rina Fraticel-li et la metteure en scène suisse Gisèle Salem.C'est à suivre.Go, c'est parti! Go, ça veut dire départ! C'est aussi un jeu de stratégie, une façon d'occuper le territoire et de prendre sa place.En janvier, le Théâtre expérimental des femmes inaugurait son nouvel espace, le Go.Du Ier au 7mars s'y déroulera le 4e Festival de créations de femmes.Thème: l'érotisme.par Lucie Villeneuve Festival erotique Après la Vie en rose et son numéro spécial «Tenter l'erotique» (juillet 1985), le TEF ose à son tour chercher un nouveau vocabulaire et un nouvel espace erotiques; il s'agit là d'une belle audace.En effet, l'un des buts du 4e Festival de créations de femmes sera de remettre en question la relation spectatriceueur)-actnce(teur) ou voyeuse(eur)-exhibitionniste, tout en visant à ce que les spectacles soient, par leur forme, érotisants.Tout un contrat! Selon Lise Vaillancourt, il était important que les textes erotiques montrent une conscience rigoureuse et soient politiquement très engagés.On cherchait aussi des textes qui ne soient pas contraints «d'une vision hétérosexuelle de la société», c'est-à-dire qui ne se situent pas face à un regard extérieur ou à un système social, mais qui cherchent plutôt le regard interne, personnel.«Écrire un érotisme de femmes implique un regard plus actif, qui peut avoir une autre couleur et qui peut, à la limite, ne plus s'appeler hétérosexuel ou homosexuel.» Toujours selon Lise Vaillancourt, l'espace erotique des femmes n'existe pas dans cette société: «Tout est à trouver: les mots dont tu te serviras pour décrire ton érotisme, ta façon de te présenter sur scène, de «cruiser», de séduire.Dans le dictionnaire, ravir a trait au rapt, à prendre quelqu'un en otage, au lieu d'aller vers quelque chose.Il faut donc commencer par trouver les mots, puis l'espace.» L'ouverture du festival, le 1er mars, est une soirée-concert: Viens, on va se faciliter Lise Vaillancourt et Brigitte Mackay la vu, d'après le texte d'Hélène Pedneault publié l'été dernier dans «Tenter l'erotique» de LVR, texte qui sera joué et mis en musique à l'intérieur d'un spectacle réunissant sur scène 15 écrivaines, 20 musiciennes et comédiennes.On enchaîne, les 2 et 3 mars, avec des performances-théâtre mises en scène par des artistes de différents médiums.Les 4 et 5 mars, c'est la Soirée des murmures: des performances erotiques de 5 à 10 minutes se dérouleront simultanément à l'intérieur de 14 à 18 boîtes; une dynamique voyeuse( eur (-exhibitionniste sera créée quand le ou la voyeuse entrant dans une boîte sera vue, à travers une vitre, par le public circulant à l'extérieur.Le 6 mars, on présentera la pièce Brèches, qui a gagné le concours de mise en scène.Et le 7, on finira en beauté avec le Bal des splendeurs, pour femmes seulement: la tenue de gala est obligatoire, il y aura de la danse et même des danseuses du ventre.Comme il n'y a que 200 places, il faudrait réserver au plus tôt.Il s'agit du plus gros Festival de créations de femmes organisé par le TEF.On prévoit d'ici deux ans donner une couleur plus internationale à l'événement en coordonnant trois théâtres féministes: ceux de Boston et de Toronto montent déjà cette année, presque aux mêmes dates qu'à Montréal, des festivals de femmes.On recevra alors des femmes de théâtre de Paris et d'Amsterdam.En attendant ce festival plus international, le 4e Festival s'ouvre à Go, rue Clark, dès le 1er mars.Les billets sont en vente dès février (programmation détaillée dans le calendrier culturel).- mars 1986 P ROF E S N E LLE S Parizeau.De Lagrave et Croteou Avocats & Procureurs Bai-nsiers & Solicitors François Parizeau Carole De Lagrave Nathalie Croteau 4017A rue Notre-Dame ouest Montreal (Quebec) HdC 1R3 Tel (514)937-9326 MIRIAM GRASSBY MARIETTE PILON LINDA SOLOMON AVOCATES Suite 92i ioio ouest Ste-Catherine Montreal.Quebec h3b 3w 15141 870-i1oo TEL: 286-9270 DIANE CHAYER HARRIET WICHIN THÉRAPEUTES/THERAPISTS FEMINIST INTERVENTION FÉMINISTE CONSULTATION INDIVIDUELLE a GROUPE TARIF VARIABLE TEL 934-0841 Louise Rolland AVOCATE UNTERBERG.LABELLE.JENNEAU, DESSUREAULT a ASSOCIÉS 1980 SHERBROOKE OUEST, SUITE 700.MONTRÉAL H3H 1 ES dfc HELENE BÉLANGER DOCTEUR EN CHIROPRATIÛUE 407 ST LAURENT SUITE 1 10 MONTREAL QUEBEC M2V 2YS imeuo Pljce d Aimesi SUR RCNOEZ VOUS ISUI 871 8SJ0 DENISE NOËL PSYCHANALYSTE 5350 RUE WAVERLY MONTREAL H2T 2X9 TEL: (514) 495-3696 Copropriété indivise et locations d immeubles I Artistes pigistes Travailleurs (euses) indépendants (tes) Élaboration de système comptable Tenue de livres manuelle Informatique Vérification Groupes sans but lucratif BERNADETTE JOBIN COMPTABILITE GENERALE 4Z9D RUE LAVAL MONTREAL H2W2J5 849*2530 Claudette Isabelle Sexologue Counselling individuel Insatisfaction — doutes problèmes de fonctionnement Membre de l'Association des Sexologues du Québec 3919, rue Berri (métro Sherbrooke) Montréal H2L 4H2 844-4528 ROFESSIONNELLES (514) 688-1044 Luce Bertrand m.p.s.psychologue « Une femme à l'écoute des femmes » PEURS - DÉPENDANCES - CULPABILITÉ HÉTÉROSEXUALITÉ - HOMOSEXUALITÉ CROISSANCE - CHEMINEMENT DANIELE TREMBLAY Psychologue Thérapie individuelle et de couple Expertise psycho-légale : agression sexuelle divorce 426 est, boulevard Saint-Joseph, Montréal, H2J 1J5 721-1806 524-4.226 SUZANNE PERRON psychologue c p.p.q 1321, boul.St Joseph est Montréal h2J 1m1 911 av Pratt Outremont, H2V 2T9 bureau : 737-7699 Monique Panaccio PSYCHOLOGUE psychothérapie et psychanalyse Psychothérapie individuelle Problèmes liés à l'homosexualité HÉLÈNE GOSSELIN Psychologue 831, avenue Rockland, Outremont 651-9963 Diane Girard Psychologue 1497, Boul.Saint-Joseph est coin Fabre Montréal, Québec H2J 1M6 (514)522-3195 (514)598-8620 SUZANNE BOUCHARD psychologue-membre de la c.p.p.q.psycho-thérapie, croissance, thérapie de la famille mono-parentale, réaction aux séparations, anxiété et « burn oui».Téléphone 737-5171 Suite 322 5950 Chemin de la Côte des Neiges Montréal.Que.H3S 1Z6 Thérapie individuelle et de groupe 4581 Fabre H2J 3V7 Métro Mont-Royal 524-3289 marie cabana psychologue Livres u odeur de Maudie Journal d'une voisine, Doris Lessing, Éd.Albin Michel, Paris, 1985, 301 p.Intelligente et superbe Doris Lessing! Cette auteure, connue au Québec surtout depuis son inoubliable Le carnet d'or, nous offre cette fois Journal d'une voisine, un portrait presque intolérable de la vieillesse.En fait, c'est l'histoire de la rencontre de deux femmes que tout sépare a priori.Janna, une cinquantaine d'années, est la brillante rédactrice en chef d'une revue féminine à grand tirage.Femme-enfant, elle n'a toujours vécu que pour elle-même, son autosuffisance , son image et surtout sa carrière.Après la mort de son mari et la longue maladie de sa mère, elle reçoit comme un choc la conscience d'être passée à côté de quelque chose d'essentiel tout au long de son existence.Janna se rend compte, en effet, qu'elle n'a jamais appris à donner, à vibrer aux êtres, à se sentir «responsable» .C'est alors qu'elle rencontre Maudie Fowler, âgée de plus de 90 ans, qui est loin d'être une «adorable vieille dame».Maudie est indigente, malade, isolée, pour ne pas dire complètement abandonnée.En outre, elle a plutôt mauvais caractère.Janna bascule dans un autre monde et apprend avec beaucoup de maladresse à aider la fière Maudie, qui souffre beaucoup de cette dépendance.Doris Lessing nous brosse de la vieillesse et de la maladie un tableau à la limite du supportable, sans nous épargner aucun détail de la dépendance en ce qui a trait aux moindres gestes du quotidien, que ce soit manger ou aller aux toilettes.On a l'impression de respirer l'odeur de Maudie, de son taudis, de sa détresse.On ne peut certes pas dire que c'est un roman qui se savoure, car le récit est trop dur et combien trop vrai.C'est plutôt un livre qu'on vit de page en page avec Janna, avec Maudie.Que reste-t-il quand on est devenue vieille?.La seule consolation pour Maudie est d'avoir rencontré Janna, qui l'a aidée et soutenue.Journal d'une voisine est une histoire intéressante.Doris Lessing avait d'abord écrit ce roman, ainsi que sa suite 5'; vieillesse pouvait, sous le pseudonyme de Jane Somers.Éditeurs et critiques londoniens n'ont pas Andrée Chedld reconnu le style de la célèbre romancière et ont ignoré les deux romans.Finalement, Lessing a dévoilé le subterfuge au grand public et ses deux livres ont été publiés sous son vrai nom.Si vmllesse pouvait met en scène la même héroïne, après la mort de Maudie.Cette fois, il s'agit de la rencontre de Janna avec un troublant inconnu.Mais ceci est une autre histoi- Roselyne Landry V, acances libanaises La maison sans racines, Andrée Chedid, Éd.Flammarion, Paris, 1985,248 p.Pour qui a vécu, ne serait-ce , que quelques jours, dans ce Liban d'avant la guerre, pour qui n'y a passé que quelques heures entre deux avions, ce roman doit être lu.«Sybil, douze ans, habite les USA.Sa grand-mère Kalya, la cinquantaine, vit à Paris.Elles ne se sont jamais rencontrées et décident de passer leurs prochaines vacances ensemble, au Liban, pays de leurs ancêtres.» 1932/1975, deux époques, deux vies inconnues qui se rejoignent à l'aube de la tragédie.Ni Kalya, ni sa famille, ni même Sybil dans sa terrible innocence des guerres et de la pauvreté, ne croient à l'étonnant désastre.Le liban ne se reconnaîtra plus.Les bombes, les obus, les rafales de mitraillette.le pays s'écroule, les êtres fuient en tous sens, de la ville à la montagne, à la ville, jusqu'à se terrer dans son appartement (ou ce qu'il en reste) en attendant.1932: Kalya, aujourd'hui grand-mère, se souvient de son enfance et de sa grand-mère, du pays intact, de la joie d'y vivre, des coutumes qu'il est souvent bon de contourner, et de l'amour.1975: Kalya, grand-mère de Sybil, verra mourir un peuple, crever un pays et s'éteindre l'amour étranglé.1975: deux jeunes femmes, deux amies, Myriam et Ammal, l'une catholique, l'autre musulmane, poseront un geste.Quitte ou double: si le plan réussit, ce sera la paix-et-l'amour pour tous les clans, si cela échoue.Habillées des mêmes couleurs exactement, le jaune, les deux adolescentes traverseront la place aux yeux de tous et des francs-tireurs pour se rejoindre et s'embrasser et pour que la ville, enfin réu- TESSY uOIFFURE CONSULTATION GRATUITE 3973, ST-DENIS, MONTRÉAL - 289-9384 Offrez-le en cadeau.• Un outil de références.• Un répertoire unique de ressources.Un guide pratique de services et produits.3.50$ (514) 845-4281 376.rue Sherbrooke Est.Montréal H2X1E6 LA VIE EN ROSE 52 mars 1986 nie, puisse fêter sur la place calmée.Mais la balle a jailli et les deux corps se sont effondrés, entremêlés.Qui d'Ammal ou de Myriam a été atteinte?L'une est sur l'autre, sous l'autre, soudées, unies; une seule mourra pourtant, qui n'est pas plus coupable que l'autre.Alors, décidée, laissant Sybil l'Américaine dans le coin de la porte d'entrée, Kalya, armée d'un revolver, ira vers les deux femmes, vers le sang qui forme une flaque.La marche de Kalya ne dure que quelques minutes mais s'étend sur tout le livre.Cela devient une marche interminable et torturante, ponctuant des chapitres se situant en 1932 et d'autres en 1975, parallèles à cette marche, parallèles à la mise à mort d'un pays qui était joyau au bord de mer.Anne-Marie Alonzo cJ imone inédite Simone de Beauvoir, Claude Francis et Fernande Gontier, Éd.Libre expression, Montréal, 1985.Avec Les Emis de Simone de Beauvoir, Francis et Gontier avaient signé en 1979 un ouvrage fort intéressant dans lequel ils établissaient une chronologie détaillée de la vie de Simone de Beauvoir ainsi qu'une bibliographie complète de ses oeuvres, ses articles, interviews, conférences, préfaces, des manifestes qu'elle a signés, des films auxquels elle a participé.Cette fois, ils sont allés au-delà des écrits déjà rendus publics, grâce à leur découverte de lettres inédites de Simone de Beauvoir à Nelson Algrcn.l'écrivain américain dont elle a été amoureuse.Les auteurs se sont servi également des nombreux entretiens, échelonnés sur dix ans, que l'écrivaine leur a accordés et dans lesquels elle révèle les vrais noms des personnes apparaissant sous des noms fictifs dans ses livres, ainsi que des ment les verbes réfléchir et agir, s'est réalisée autant dans l'action sociale que dans ses activités intellectuelles.Celle qui a osé écrire, dire et faire, vit comme elle écrit: avec fougue et détermination.Vivant pleinement sa vie afin de l'investir dans sa vocation d'écrivaine: «Il faut que dans ma vie tout serve.» Simone de Beauvoir faits qu'elle avait préféré taire dans ses mémoires.Ces confidences leur ont permis d'aller au-delà du personnage, à la découverte de la femme.Au-delà des apparences (on la croyait sévère, austère), on découvre une Simone de Beauvoir sensuelle, excessive dans la joie comme dans le désespoir et la colère.Toujours passionnée, souvent amoureuse.Une femme qui, conjuguant simultané- On passe à travers ce livre comme Simone de Beauvoir a traversé le monde.Avec un intérêt grandissant pour cette vie, une volonté de s'en saisir, une curiosité de l'autre et aussi avec cette hâte et ce désir d'aller plus loin.On aura envie de lire ou relire toute l'oeuvre de Simone de Beauvoir.Bref, une lecture très stimulante, si les nuits blanches ne vous font pas peur! Danielle Roger Le tremblement des gestes Hors champ, Hélène Dorion, Éd.du Noroît, Saint-Lambert, 1985, 109 p.Ce serait le rêve de tout-e édi-teur-trice de recevoir un manuscrit qui aurait la qualité du plus récent recueil d'Hélène Dorion.Poète active dans la vie littéraire québécoise, Hélène Dorion a fait longtemps parti du comité de rédaction de la revue Estuaire.Ce recueil travaille le poème et fait un «parcours de relief» du corps, de la chair et de l'âme.Hors Champs est un livre qui «conjugue les gestes», qui les apprivoise, et fait un trajet simple et long, celui de l'amour et du désir, celui douloureux de la passion.«Ta salive inondera mes parois.Rien ne sera dit que cette marée chaotique dans les replis du ventre.» La tendresse ici est intense, excessive, démesurée, la quête, absolue.Il s'agit ici de deux êtres, d'elle, de lui.Et d'un voyage qui se termine sur un changement.Le sien à elle.À présent différente.«Mon souffle saccadé/à l'oreille tu me dis/ que la vie me va bien/dans les mouvements du sexe/there's something dis-tu encore/in you that's différent.» Car elle questionne l'éphémère au fil des pages, elle le questionne lui, et sa mémoire (parfois défaillante) de l'amour et du feu qui les brûle.Parfois il est absent.Parfois elle le réclame; qu'oublie-t-il d'elle cette fois encore qui la déchire et la 849-1095 Hôtel Méridien Complexe Desjardins Anne Drolet Nicole Bériault André Sarrasin MASSAGE MASSOTHÉRAPEUTES DIPLÔMÉS Accès au vestiaire, à la piscine et au sauna ISABELLE GAUTHIER 4280 RUE FABRE, MONTREAL H2I 3T6 TÉLÉPHONE : (5141 523-3718 TENUE DE LIVRES • RAPPORTS D'IMPÔT CONSEILLÈRE EN PLANIFICATION ET ORGANISATION BUDGÉTAIRE, COMPTABLE ET ADMINISTRATIVE mars 1986 53 LA VIE EN ROSE scinde?«Mais il y a dans ton cri/cette façon de taire/le poids de l'éparse.» À chercher, à le chercher lui, elle s'épuise et le lui dit.À le trouver, elle se calme et le dépose, lui et son amour pour lui, dans une autre pièce, un autre heu où il ne la blesserait plus.«Dans la rue je marche/et sur l'épaule ce poids/d'être bien/ que tu n'y sois pas.» Anne-Marie Alonzo folonial Français La Femme au temps des colonies, Yvonne Knibiehler et Régine Goutaher, Éd.Stock, 1985.334 p.Deux historiennes se penchent enfin sur une partie de l'histoire trop longtemps occultée et que la littérature coloniale a négligée au profit de fantasmes erotiques d'un goût douteux.Yvonne Knibiehler et Régine Goutalier mettent en évidence le rôle qu'ont joué les femmes dans l'éducation, la santé et le développement des pays colonisés d'Afrique, et elles soulignent l'importance primordiale et sous-estimée de ce même rôle.Elles nous donnent également une vision globale de la perspective économique et sociale de l'époque en ce qui a trait à la participation des femmes à l'un des plus grands projets qui soient: n'oublions pas qu'à un moment la France possédait dix millions de kilomètres carrés en Nouvelle-France, et que les administrateurs, de Choiseul à Colbert, considéraient ces immenses territoires comme d'inépuisables vaches à lait qui apporteraient fortune et aisance aux quelques privilégiés assez heureux pour avoir acquis des parts dans les diverses compagnies d'exploitation.Comme le soulignent les auteures, coloniser est un acte essentiellement masculin: «C'est conquérir, pénétrer, posséder, féconder.» Mais que ce soit du côté des colonisatrices, religieuses, épouses ou aventurières (car il y en a eu), ou du côté des colonisées indigènes, la part qu'ont prise les femmes dans cette histoire souvent sanglante ne peut qu'intéresser celles que nous sommes maintenant.Ne serait-ce que pour apprendre que les femmes de l'époque ont été confrontées pour la premiè- re fois à des manières différentes d'être femme, d'élever des enfants, de faire l'apprentissage de la vie.La Femme au temps des colonies est un document fascinant qui se lit comme un roman, plein d'anecdotes et bourré d'informations captivantes.M\rie-Claire Girard sexe du travail Le sexe du travail: structures famdiales et système productif.Collectifs de femmes.Presses universitaires de Grenoble, France, 1984.«Le travail aurait-il un sexe?Question absurde.Tout le monde le sait, il n'a d'existence qu'au masculin, dans les domaines où s'exerce l'activité des hommes.» C'est ainsi que s'ouvre ce recueil de textes d'un groupe de femmes engagées depuis plusieurs années dans la recherche théorique et empirique sur le travail des femmes.Impossible de résumer un tel bouquin où chercheures, enseignantes et militantes avancent des hypothèses, des thèses parfois complémentaires, parfois contradictoires, mais généralement en rupture avec ce qu'il est convenu d'appeler la Science.Car la vingtaine d'études de cet ouvrage contestent entre autres la distinction conventionnelle entre les domaines du travail et de la famille.La participation des femmes au travail est vue, dans ce contexte, comme une déviance par rapport au modèle général, masculin, bien sûr.L'analyse simultanée des structures familiales et des systèmes productifs permet de dépasser la simple critique du modèle traditionnel en sciences sociales: celui où les femmes sont «inactives» dans la famille, alors que les hommes, implicitement sans famille, sont «actifs» dans le monde du travail.Un livre captivant pour celles qui s'intéressent à la question.Mais ne sommes-nous pas toutes concernées par le travail ou la famille, souvent par les deux à la fois?Diane Tremblay N.B.Si le livre n'est pas disponible à Montréal, on peut le commander au PUG, B.P.47XC38040, Grenoble Cédex.(130 FF port payé).fttss&tk'faftttaissanû: J, «ELLE QUI TRAVERSA LE MONDE» UN ROMAN SIGNÉ ANNE DELBÉE l'auteure du célèbre «UNE FEMME» (CAMILLE CLAUDEL) A LIRE ABSOLUMENT AnneDelbée Elle qui tmuersa\ le monde 20,95$ EN VENTE PARTOUT 5198, rue St-Hubert Montréal, H2J 2Y3 1IIMISTE une liste des nouvelles parutions est publiée trois fois l'an.Abonnement annuel : 2 $.3642, boul.Saint-Laurent, 2e étage Montréal H2X 2V4.Tél.: 842-4765 LA VIE EN ROSE 54 mars 1986 We cHiphlands ^nn petite auberge en À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et avec chambre de bain privée, des salles communes spacieuses .tout est là pour créer une atmosphère calme et agréable.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traîneaux.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : P.O.Box 118 CI Judith Hall Valley View Lane Grace Newman Bethlehem, M H 03574 (603) 869 3978 LES MEILLEURES VENTES DU «LIVRE DE POCHE» Titres Auteurs l.LE NOM DE LA ROSE UMBERTO ECO 2.UNE FEMME A.DELBEE 3.L'AMOUR EN HÉRITAGE J.KRANTZ 4.LA BICYCLETTE BLEUE R.DEFORGES 5.DEAD ZONE S.KING 6.LA NUIT DU RENARD M.HIGGINS CLARK 7.PARC GORKI M.CRUZ-SMITH 8.UN HOMME O.FALLACI 9.DICTIONNAIRE LAROUSSE DE POCHE LAROUSSE 10.COMMENT SE FAIRE DES AMIS D.CARNEGIE SÉRIES «BIBLIO» (Romans et Essais) l.LE VICOMTE POURFENDU 1.CALVINO 2.MRS.DALLOWAY V.WOOLF 31'ESPRIT DU TEMPS J.ATT ALI 4.INDES ROUGES B.-H.LÊVY 5.V0YAGE EN ORIENT H.HESSE Cette liste est établie sur la base des ventes à l'ensemble des librairies, grands magasins, tabagies et dépa meurs.Théâtre problème d'abondance Chandeleur, de Francine Noël, au Théâtre d'aujourd'hui, rue Papineau à Montréal, jusqu'au 6 mars.La première pièce de théâtre de Francine Noël recrée en par- semaine, laissant sa fille de 12 ans, Sara des neiges, avec sa gardienne préférée, la jeune et dynamique Muriel.Le chum de Muriel viendra bientôt les rejoindre, suivi d'Almira, l'ex-nounou de Sara qui, battue par son mari, cherche refuge chez son ancienne maîtresse.Finalement, Florence, femme d'une «Chandeleur» de Francine Noel tie le charme de son roman Maryse: une situation réaliste et re-connaissable pour la génération des 30-40 ans, des personnages séduisants de simplicité, une certaine vision sociale dont le prémice serait l'autonomie des femmes et, enfin, de l'humour.Une femme «monoparentale» part à New York pour la fin de cinquantaine d'années habitant Rosemont et troisième gardienne émérite, viendra s'ajouter à la cohue ainsi que son mari Clément.En filigrane, nous voyons se dérouler l'histoire de cet homme désespéré, suicidaire, car sans travail depuis trois ans.Souvent touchée, je suis sortie de la pièce peu emballée.Il y a mars 1986 55 LA VIE EN ROSE Flash Cinéma une abondance de thèmes dans Chandeleur, mais qui ne sont pas toujours habilement exploités et qui ne mènent à aucun déroulement dramatique: le rapport adulte-enfant, l'amour à 20 ans, la question des femmes battues.Autant de flashes qui viennent s'ajouter au message principal, celui de la «différence», incarné par le personnage d'Almira.Tantôt russe, tantôt portugaise, juive ou latino-américaine, Almira est femme de nulle part et de partout.C'est la femme immigrante.Marie Tifo est impressionnante dans ce rôle quasi impossible mais elle n'arrive pas à nous le rendre crédible, tout simplement parce qu'Almira est d'abord une métaphore, un gros point sur les i.À aucun autre moment la conscience politique de l'auteure ne s'exprime avec plus d'évidence que lors du monologue d'Almira, un curieux mélange des discours d'une femme dépourvue et d'une intellectuelle de gauche.On a l'impression que Francine Noël a voulu trop en mettre.Pourquoi ne pas avoir misé sur l'histoire de Clément et Florence?Hubert Loiselle et Amulette Garneau sont bouleversants dans ces rôles, incarnant le drame de la petite misère presque sans mot dire.Ceci dit, cette pièce est née d'un atelier d'écriture plutôt que d'un vrai coup de coeur comme Maryse, et on le sent.Cela ne veut pas dire que Francine Noël n'a pas de talent pour le théâtre, un médium qu'elle connait bien pour l'avoir enseigné longtemps.Au contraire, il est fort possible que son nom s'ajoute à ceux des femmes dramaturges qui comptent au Québec.Après son rendez-vous avec le roman?Francine Pelletier Le réveil d'Alicia L'Histoire officielle (La Historia Oficial), Luis Puenzo, Argentine, 1984.Au cinéma Parisien, à Montréal, en mars.cience de la situation politique, risque tout pour connaître la vérité.D'âge mûr et très à l'aise financièrement, Alicia (Alexan-dro) et Roberto (Hector Alterio) ont adopté une petite fille, Gabi, d'Alicia se fige, déchiré entre l'incrédulité et l'horreur.Étonnée de constater la naïveté politique de son amie, Ana laisse entendre que Gabi pourrait bien être l'enfant d'une desparecida.Les enfants arrêté-e-s avec leurs parents, ou né-e-s dans l'une des 340 prisons clandestines d'Argentine étaient souvent placé-e-s chez des militaires sans enfants ou chez des amis du régime.Voulant savoir ce qu'il en est, Alicia poursuivra sa recherche avec une ardeur toute sherlockienne.Comme une touriste dans son propre pays, elle observe les mères et les grand-mères de la Place de mai qui défilent silencieusement en tenant les photos de leurs enfants disparu-e-s.Un jour, une des grand-mères l'approchera et lui montrera timidement des photos de sa fille enceinte, aujourd'hui introuvable.Petit à petit, Alicia se rend compte que Gabi ne lui appartient pas, qu'elle est l'enfant désirée d'une autre femme.Mais la vérité est plus déchirante encore.Elle apprend que Roberto a été un ami de la junte, peut- Gisèle Lafortune, N.D.esthéticienne-naturiste 3446, rue Saint-Denis • Demande: notre dépliant ¦¦ r.^.n«TlKTEMi* Venant d'un autre pays que l'Argentine, l'Histoire officielle aurait des allures de mélodrame.C'est l'histoire d'une femme qui veut découvrir les parents de son enfant adoptée, avec les angoisses qui en découlent.Mais nous voici en Argentine, un pays qui n'a pas oublié les desparectdos t disparu-e-s ), ces milliers de dis-sident-e-s de gauche et de pré-sumé-e-s terroristes arrêté-e-s par la junte militaire il y a environ 10 ans.Outre le fait que La Historia oficial est le premier film à parler de cette tragédie, il prend aussi énormément d'envergure par la performance de Norma Alexandre jouant le rôle d'une bourgeoise qui, après avoir pris cons- qu'ils adorent.Alicia enseigne l'histoire dans une école privée pour garçons et se fait dire un jour par un étudiant qui lui reproche de s'en tenir aux «versions officielles»: «L'histoire est écrite par des assassins » Ce sera le début d'une longue remise en question.Bientôt, son amie Ana (Chun-chuna Villafane), de retour à Buenos Aires après un long exil (on est en 1983), lui rendra visite.Lorsqu'elle lui décrit la nuit où les militaires ont défoncé sa porte à la recherche de son amant, un militant de gauche, Alicia est prise de fou rire comme une adolescente.Mais lorsqu'Ana raconte comment on l'a torturée et violée, le visage PAULINE PROULX-TAILLEFER assureur-vie Montréal: 932-1419 Laval: 687-0470 JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME Disponible en 16mm: - L'entraînement des femmes - C'est comme une peine d'amour - La cuisine rouge - Un homme un vrai - Plus qu'imparfait Les Films du Crépuscule _ ___ Pour informations: Julie Desrosiers 849-2477 LA VIE EN ROSE 56 mors 1986 être même celui qui a dénoncé son amie Ana aux autorités.Excédé par les questions insistantes de sa femme, hors de lui quand elle refuse de lui dire où se trouve leur enfant (elle visite sa «nouvelle» grand-mère), Roberto la battra sauvagement.Alicia quitte alors la maison, fermant la porte sur tout ce qui avait été sa vie.D'une force indéniable, ce film a été acclamé en Argentine tant par le public que par les critiques.Ina Warren 'arouche Mona Sans toit ni loi, Agnès Varda, France, 1985(1" Prix au Festival de Venise 1985), avec Sandrine Bonnaire, Mâcha Mérril.Autrefois secrétaire dans une institution scolaire, Mona Bergeron (Sandrine Bonnaire, géniale) a décidé de prendre le large.Elle circule sur les routes de France comme ça vient, en stop, à pied; elle travaille une journée, une semaine quand elle n'a plus de quoi manger; elle dort où elle Agnès Varda peut, sous la tente, chez des gens qu'elle croise ou dans des endroits désaffectés.Elle accepte comme un dû la charité des étrangers.Elle fait l'amour quand ça lui tente, sans raison apparente, presque par désoeuvrement.Routière, clocharde, vagabonde, Mona est seule, pauvre, sale.Elle n'est rien, n'appartient à personne et repousse toute tentative d'apprivoisement.C'est son choix.Elle parle peu, encore moins d'elle.Pendant cette heure et demie bouleversante, on écoute les gens qui ont croisé sa route en dernier, on essaie de déchiffrer à rebours cette jeune femme énigmatique et farouche, trouvée morte de froid dans un fossé.Après la projection, je me suis dit que la ville est remplie de Mona et que je les vois à peine.Agnès Varda a «cinécrit» (écrit et réalisé), comme elle le dit, un film remarquable, obsédant, qui laisse un goût amer dans la bouche.Il faut vous précipiter si ce film prend l'affiche dans votre ville.Ariane Émond VIENT DE PARAÎTRE Le Complexe de la Superfemme VERSION FRANÇAISE D'UN BEST-SELLER AMÉRICAIN LE LIVRE : Dans un langage pratique et direct, l'auteur offre avec ce best-seller traduit de l'américain un guide à ces millions de femmes obligées de jouer simultanément les rôles de travailleuse, épouse, mère et femme de ménage, pour les amener à ne pas tout faire, à ne pas travailler encore plus et à profiter malgré cela des joies de la vie.UN LIVRE POUR CELLES QUI VEULENT REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LEUR VIE En vente dans les bonnes librairies au prix de 18.95$ LES ÉDITIONS QUÉBEC-AMÉRIQUE 450, est Sherbrooke (suite 390) Montréal, Qc.H2L 1J8 LUCIE CHAPUT ASSUREUR-VIE Assurance-vie et revenu invalidité Rentes, REER, Assurance collective, Planification successorale et financière Sun Life du Canada 1155, rue Metcalfe, bureau 707 Montréal H3B 2V9 861-2603 Dom: 277-9343 Revue de Femmes pour les Femmes Abonnement 7 00$ CENTRES DES FEMMES DE LAVAL 233, des Alouettes Laval.(Québec) H7G 3W2 668-8600 mars 1986 57 LA VIE EN ROSE Fe la politique Histoire à suivre, Diane Beaudrv.ONF, 1986 et ,4 propos de Nairobi, Tina Horn, Les Nouvelles cinéastes, en coproduction avec l'ONF, 1986 Deux films de femmes, deux films de l'ONF et deux films qui traitent de politique.Celui de Diane Beaudry, Histoire à suivre, que vous avez pu voir aux Beaux dimanches en février, examine le rôle grandissant des Québécoises sur la scène politique.Celui de Tina Horn, intitulé A propos de Nairobi, montre une rencontre que trop peu de femmes ont pu vivre l'été dernier1.Ces deux documentaires tombent pile, car ils défrichent de nouvelles pistes pour le mouvement des femmes.Sans prendre nécessairement position en faveur de l'engagement politique traditionnel, Diane Beaudry montre ce qu'il est: une bataille semée d'embûches et de contradictions, qui se solde souvent par un échec, mais que nous ne pouvons plus ignorer.Après avoir longuement écouté Lise Payette, qui est le pilier du film, Pauline Ma-rois et ses ardentes militantes, Louise Harel, Kathleen Verdon (vice-présidente du RCM), et Léa Cousineau (ex-chef de cabinet de Mme Payette), la question qui reste n'est pas «Pourquoi aller en politique?», mais «Comment aller en politique?».Comme Lise Payette et Léa Cousineau, en partant du féminisme?Ou comme Pauline Ma-rois et Louise Harel, par le biais de l'engagement dans un parti?La narration et les entrevues sont assurées par la journaliste Armande Saint-Jean, dont la présence donne au film une certaine chaleur et une plus grande cohésion.Histoire à suivre manque par ailleurs d'action dramatique.Pourquoi ne pas avoir centré les propos et les images sur la course à la chefferie du PQ, un événement récent et si- gnificatif?Cela nous aurait mises dans le coup davantage qu'une longue série d'entrevues «chaise» qui ont souvent lieu, d'ailleurs, dans la cuisine ou le salon de l'interviewée.Bref, aux antipodes des lieux du pouvoir.C'est sans doute la première faiblesse du film: nous entendons abondamment parler du pouvoir, mais sans voir à quoi il ressemble.Est-ce le sujet d'un prochain film?A propos de Nairobi dévoile un autre rapport au politique: celui que les femmes à la base ont établi, partout dans le monde, en luttant pour leurs droits.C'est pourquoi le film s'attarde, à Nairobi, au Forum réunissant les organismes non gouvernementaux plutôt qu'à la Conférence officielle regroupant les déléguées de 160 pays.On comprend le vrai sens de Nairobi: un petit résumé des grands problèmes de ce monde et le début d'un véritable mouvement féministe international.Pour avoir ressenti moi-même quelques difficultés à traiter d'un événement aussi complexe (voir LVR, sept.85), je suis pleine d'admiration pour les Nouvelles cinéastes qui ont coproduit le film.Il n'y a pas le moindre temps mort, la moindre hésitation: on passe des scènes de foule à Betty Friedan (et à beaucoup d'autres), à un village matai I une tribu du Kenya), avec souplesse et rigueur.La narration, un vrai tour de force, y est pour beaucoup.Jamais verbeuse, beaucoup plus qu'un lien entre les images, elle éclaire l'arrière-plan politique de Nairobi, dimension que la presse internationale n'a jamais rapportée.De toutes les images, je retiens surtout la scène finale: enroulées dans leurs tissus et leurs énormes colliers, les oreilles savamment sculptées, des femmes masais racontent comment elles se sont aperçu qu'il ne fallait plus «écouter les hommes», préoccupés uniquement de leurs intérêts et de leur plaisir.Assis à côté d'elles, les hommes du village sont silencieux comme des tombes._Francine Pelletier 1/ Histoire à suivre et ,4 propos de Nairobi seront tous deux présentés au Festival des filles des vues de Québec, du 12 au 16 mars.,4 propos de Nairobi sera également au Festival de films de femmes de Hull, les 7, 8 et 9 mars.Le Musée d'art contemporain, le lieu de l'art actuel du mardi au dimanche de lOh à 18h Cité du Havre 873-2878 MUSEE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL 5 ANS D'AUTOGESTION 3315 REI NE - M AR IE - ¦735 1259 LA VIE EN ROSE 58 mars 1986 calendrier' Louise Bêdard dans "Chaleurs» de Paul-André Fortler GRATUIT À la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, 465, avenue du Mont-Royal Est, tél.: 872-2266.Durant le mois de mars vous pourrez assister aux spectacles suivants: le 4: Suzanne Jacob, le 12: François Léveillé, le 14: la comédie «Hé qu'mon chum est platte!» et le 19: Michel Rivard.À la Maison de la culture de Côte-des-Neiges, 5290, chemin de Côte-des-Neiges, tél.: 739-7195, le 11 mars: Suzanne Jacob, le 12: Marie-Josée Simard, percussionniste, le 16: Flûte et trio à cordes, invitée: Lise Daoust, le 18: le Théâtre d'un temps dans «Je t'aime ben qu'trop»,le 19: Susan Mac -pherson, danseuse, le 25: Won-deur Brass, et le 26: Lorraine Desmarais, pianiste de jazz.Tous les spectacles sont à 20 h.ÉVÉNEMENTS L'Art qui parle organisé par l'ensemble des centres alternatifs de Montréal.Main film, 2060, boul.St-Laurent, 5e étage, 845-7442, 6 mars, 20 h.: Lorne Martin «Scène the light», (anglais).Articule, 4060, boul.St-Lau-rent, suite 106, 842-9686, 7 mars, 19h30: Stephen Scho-field, François Morelli, Darrel Wilson «Le Chat botté».Dasibao, 4060, boul.St-Lau-rent, suite 104, 845-0063, 9 mars, 14 h.: Pamela Harris«Faces of feminism».Optica, 3981, boul.St-Lau-rent, suite 501, 287-1574, 19 mars, 20 h.: Tom Dean (anglais).P.R.I.M., 3981, boul.St-Laurent, suite 303, 849-5065, 21 mars, 20 h.: Elke Town«Post-modernism in video» (anglais).Skol, 3981, boul.St-Laurent, no 810, 288-6636, 27 mars, 20 h.: Francisco Xavier Lo-pez« Utopie».DANSE O Vertigo Danse présente «Timber», mise en scène de Ginette Laurin, du 12 au 30 mars au théâtre de la Veillée.Réservations: 526-7288.Fortier Danse Création présente «Chaleurs», une chorégraphie de Paul-André Fortier, du 3 au 16 mars - salle Marie Gérin-Lajoie de l'Université du Québec à Montréal.EXPOSITIONS Aubes, 3935, rue Saint-Denis, 845-5078 Jusqu'au 16 mars: Marcial Grenon, Travaux récents; 18 mars au 6 avril: Léo Zogmayer en collaboration avec la galerie Hilger de Vienne.Centre Saidve Bronfman, 5170, Côte-Ste-Catherine, 739- 2301, 11 mars au 10 avril: «Le musée imaginaire de.» Dazibao, 4060, boul.St-Laurent, espace 104, 845-0063 5 au 30 mars: Meg Gerken «Chambres à coucher»; Pamela Harris «Visages du féminisme: Toronto» Galène La Malvas, 3859, rue Saint-Denis, 843-3585 Jusqu'au 16 mars: Denise Bouchard Wolfe, sculpture.Galène l'Émergence Plus, 807, rue Laurier est, 274-7948 5 au 16 mars: Lucie Ri vest et Johanne Gagnon, Techniques mixtes; 19 au 30 mars: Violaine Poirier, peintures.Maison de la culture Côte-des-Neiges, 5290, Chemin de la Côte-des-Neiges, 739-7195 8 au 29 mars: ReineCharbon-neau, aquarelles; Inèse Birstins, sculptures.Musée des arts décoratifs, rue Sherbrooke et Pie IX, 259-2575 Jusqu'au 6 avril: Eva Zeisel, designer pour l'industrie.Powerhouse, 3738, rue Saint-Dominique, # 203, 844-3489 15 février au 8 mars: groupe d'artistes peintres 15 mars au 5 avril: «Les femmes du Québec dans les années 80: un portrait», exposition de photographies; Ola Van Schoonhoven «Requiem for a dream-', assemblages.THÉÂTRE Le Théâtre Petit à Petit présente: «Bain public» du 20 février au 22 mars, au restaurant-théâtre La Licorne, 2075, Saint-Laurent.Réservations: 843-4166.Le Théâtre Experimental des femmes nous propose du 1er au 8 mars, le 4ième Festival de créations de femmes, ayant pour thème l'érotisme.La lauréate du concours de mise en scène de ce festival verra son spectacle se poursuivre du 13 au 23 mars.L'espace Go, 5066, rue Clark, 271-5381.Acte 3 présente une adaptation du roman «Les Enfants terribles», de Jean Cocteau, dès mars 1986 à la clinique de Saint-Claud de Montréal.Informations: 276-8091.Le Théâtre Parminou présente en mars 3 créations sur la condition des femmes: «Ça crève les yeux, Ça crève le coeur», «Le salaire brille pour tout le monde» et «L'or rose».Informations: (819) 758-0577.À la Maison Théâtre, /'.4r-nere-Scène présente «Les Boîtes», du 11 au 27 mars pour un public de 10 ans et plus.Réservations: 288-7211.Le Théâtre de Quartier offre des ateliers intensifs d'une durée de 12 heures: Techniques du Théâtre de l'opprimé, les let et 2 mars; animatrice Lise Gionet.Initiation à l'improvisation, les 29 et 30 mars; animateur Jeano-Guy Leduc.Renseignements: 845-3338.ERRATUM Il s'est glissé deux malencontreuses erreurs dans le calendrier LVR.La danseuse Louise Bédard (coin supérieur gauche ) a été photographiée par Hennka Lehmann et le personnage Mine de rien de Michèle Desaulniers a été confondu avec Chatouille Sonia Côté.Si vous déménagez.Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse.Ville_ Code Postal.N° d'abonnée_ S.VP.Faire parvenir ce formulaire à : La Vie en rose.3963 St-Denis.Montréal.QC, H2W2M4 mars 1986 59 LA VIE EN ROSE Abonnez-vous à La Vie en rose, économisez jusqu'à 49 % sur le prix de vente en kiosque et obtenez gratuitement cette jolie pendulette, à l'effigie de La Vie en rose.Petite, légère, pratique elle vous suivra partout; bref, elle vous sera aussi fidèle que vous.à La Vie en rose.1 an 10 numéros (36% de réduction sur le prix en kiosque) 19$ 2 ans 20 numéros (44% de réduction) 33$ 3 ans 30 numéros (49% de réduction) 45$ ?Nouvel abonnement ?Réabonnement a partir du numéro ?J'abonne une amie NOM PRÉNOM ADRESSE VILLE PROVINCE CODE POSTAL TÉLÉPHONE NOM PRENOM ADRESSE VILLE PROVINCE CODE POSTAL TELEPHONE PROFESSION ?1 An/10 numéros 19$ ?A l'étranger 30 $ ?2 Ans/20 numéros 33 $ ?Par avion 44 $ ?3 Ans/30 numéros 45 $ ?Chèque ?Visa ?MasterCard Numéro de la carie Expiration PROFESSION ?1 An/10 numéros 19$ ?À l'étranger 30 $ ?2 Ans/20 numéros 33 $ ?Par avion 44 $ ?3 Ans/30 numéros 45 $ SVP Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison Cette offre est valable jusqu'au 31 mars 1986 C'EST DU SPORT! La Vie en rose a 6 ans, 10 000 abonnées, 66 000 lectrices et lecteurs.Merci à vous.De gauche à droite: Carole Pageau, Hélène Blondeau, Francine Pelletier, Sylvie Laurendeau, Diane Blain, Marie-France Poirier, Louise Legault, Françoise Guénette.Devant: Ariane Émond, Yolande Fontaine.L'équipe permanente de La Vie en rose, quoi ! Le jour de la photo, manquaient malheureusement Claude Krynski et Andrée-Anne Delisle.Dans le numéro d'avril de LA VIE EN ROSE: Tout ce que vous ne voulez pas mais devriez savoir sur le cancer.ENTREVUE: Lisette Gervais.GRAND REPORTAGE: les Chinoises face à la modernisation.INTERVENTION FÉMINISTE: la confrontation des violeurs.19742192 «L'AVORTEMENT Histoire secrète» LE SAMEDI 8 MARS à 22h30 Un documentaire sur l'avortement qui donne la parole aux femmes du Japon, de la Thaïlande, du Pérou, de la Colombie et du Canada.Une production de 10.NI.Dans le cadre de LA SEMAINE DES FEMMES du 2 au 8 mars L autre télévision Radio Québec i ¦ \Marguerite Marcoux propriétaire
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