La vie en rose, 1 janvier 1986, avril
LA Le magazine féministe d'actualité VOULEZ PAS 3 o u o 2 > o LIZETTE GERVAIS: LA SUI QUOTIDIENNE ¦ VIOL: ONZ FEMMES EN COLÈRE ¦ TRAVAI COMMENT NÉGOCIER AVEC L'É ¦ ENTREVUES: PAULE BAILLARGEOi» Kl M YAROSHEVSKAYA no 35 avril 1986 CE QUE VOUS NE VOULEZ PAS SAVOIR SUR LE.Editorial Courrier Commentaire 8 Pas de panique sur le Titanic francine st-laurent Chronique délinquante 9 Y a-t-il un mensonge dans la salle?hélène pedneault Actualité féministe Négociations du secteur public Derrière la bataille des chiffres 10 jean-anne bouchard Enquête Problèmes à louer 12 chantai lavigne Nouveau Départ La vie après 43 ans 13 lynda baril Avortement Mobilisation générale 14 hélène sarrasin Accouchement Médecins vs sages-femmes 14 hélène sarrasin Communiqués 15 Actualité Confrontation d'un violeur Onze femmes en colère 30 françoise guénette 16.dette Cervalf LA SURVIE QUOTIDIENNE Il y a près de deux ans, Lizette Gervais apprenait qu'elle avait le cancer.Et décidait de lutter.Mais comment?L'ex-animatnce de télévision, l'ex-mterviewer complice de l'émission radiophonique La Vie quotidienne le raconte à deux amies journalistes.Hélène Pedneault et Nicole Gilbert 21_ TOUT CE QUE VOUS NE VOULEZ PAS SAVOIR SUR LE CANCER Le cancer vous fait peur?Nous aussi, ce sujet tabou nous terrorisait.avant que nous y regardions de plus près.Quelles sont vos chances d'avoir le cancer?Quels types de cancer sont les plus dangereux pour vous?Y a-t-il moyen de les prévenir?Comment ne pas gagner à la pire Loto du XXe siècle?Francine Pelletier et Hélène Sarrasin Sommet de la francophonie La francophonie sera-t-elle unisexe?34 gloria escomel International 36 Les Philippines après Marcos Jusqu'où ira Cory Aquino?marie boti Journal intime et politique 38 Ruminations postélectorales d'une candidate sceptique greta hofmann nemiroff Cinéma Paule Baillargeon Le vrai visage d'Alzheimer Diane Poitras Kim yaroshevskaya Le plaisir des grands rôles lucie villeneuve et fabienne julien 42 43 Littérature 47 Naoual l'Égyptienne anne-marie alonzo Théâtre 48 Appeler un cul un cul francine pelletier Flashes Calendrier 52 59 avril 1986 3 LA VIE EN ROSE LOGIDISQUE inc.et LA VIE EN ROSE rfl Anne Bergeron fi Pierre F.Brault DU COTE DES PETITES FILLES MIM11: 2 ans et plus MIMI 2: 5 ans et plus Commodore 64 et 128 — manche à balai recommandé ÉPARGNEZ 10$! 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Les femmes ne se sont pas gênées pour lui dire, à la ministre, qu'elle faisait une erreur: dès la mi-février, les 25 représentantes des femmes élues pour Décisions 85 refusaient d'assister aux trois rencontres prévues à la place par Mme Gagnon-Tremblay.Au début mars, 13 groupes très importants et représentatifs (dont l'AFEAS, la FFQ, Au Bas de l'échelle, le Regroupement des garderies, l'Association des femmes collaboratrices, les Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, le FRAPPE, le Regroupement provincial des maisons d'hébergement et celui des centres de santé, l'R des femmes, etc.) lui télégraphiaient leur désaccord, exigeant le respect des engagements pris par les pé-quistes et la suite de la consultation.À moins qu'elle n'incite ses collègues à revenir sur leur décision, Mme Gagnon-Tremblay va vite se retrouver isolée, sans véritable base politique, elle qui invitait les femmes, dans son message du 8 mars, à «l'informer, l'alimenter, et la soutenir dans les gestes et les dossiers qu'elle aura à dé- "^7—editorial .L'Etat-sauve-qui veut Gendre3».Ignorer le travail fait par ses pré-décesseures et par les groupes de femmes du Québec, pour mieux suivre la ligne ministérielle, n'est pas la meilleure façon de décrocher cet appui.Mais qui est Monique Gagnon-Tremblay?«La politique, ça n'a pas de sexe», déclarait-elle à un journaliste.On a envie de lui poster le miroir pour lui rappeler qu'elle n'est pas une ministre comme les autres! Comme si d'autres femmes avant elles, de Claire Kirkland-Cas-grain il y a 25 ans à Lise Payette à Thérèse Lavoie-Roux à Pauline Marois à Louise Harel, n'avaient pas péniblement expérimenté que la politique a bel et bien un sexe, qu'elle camoufle habituellement sous des pantalons bleus ou gris foncé finement rayés.La notaire d'Ascot Corner a «toujours su fonctionner dans un milieu d'hommes et n'y a pas vu de difficultés».A-t-elle accepté de les voir, les difficultés, elle qui n'aime pas les conflits ni les controverses ?Le fait qu'il n'y ait que 15 % de femmes à l'Assemblée nationale ne la scandalise pas outre mesure: «La proportion de femmes cadres dans les entreprises n'est pas plus élevée qu'à l'Assemblée nationale.» On croirait entendre Ding (ou Dong?).Mais justement, Mme Gagnon, c'est bien ça qui est dramatique, que les femmes ne soient nulle part bien représentées! Quand on lui demande pourquoi il n'y a pas plus de femmes en politique, la ministre repond qu'«il faut avoir le goût de se battre et être prêt à subir les critiques, (.) être disponible (et) savoir s'organiser».Il faut carrément être une super femme, quoi.Autrement dit, le problème n'est pas global, systémique, social, politique.mais individuel, psychologique et privé.Pour elle, c'est d'ailleurs «privément que nous devons toutes et chacune négocier le partage des tâches domestiques, prendre la place qui nous revient et encourager nos filles vers des domaines non traditionnels».même si elle admet la nécessité parfois de l'action collective.Il est vrai que Mme Gagnon-Tremblay est bien mal entourée, avec tous ces hommes d'affaires et technocrates plus ou moins «sages», recrutés par son chef Bou-rassa dans les rangs patronaux.Ça doit parler chiffres, déréglementation, privatisation plus que garderies et action positive au conseil des ministres! L'ancien club des Hush Puppies n'était déjà pas très fort sur la chose féminine, mais là, on a l'impression que les sujets de femmes sont devenus obscènes.Les libéraux les ont bien exhibés un peu pendant la campagne, promettant ici dès programmes d'accès à l'égalité obligatoires dans les secteurs public et para-public, là un développement du réseau des garderies, et en général une attention soutenue pour les priorités des femmes définies par Décisions 85\ Cinq mois plus tard.rien ne va plus: «Coucou! C'était une blague.Qui nous a vraiment crus?» C'est donc pour ça que Bourassa n'a pas voulu débattre avec Pierre-Marc Johnson des questions des femmes?Vous croyez que j'exagère?Suivez un peu le cours des négociations du secteur public, écoutez le discours de l'État-em-ployeur et préparez-vous à raccourcir votre liste d'épicerie et à reprendre votre vieille belle-mère chez vous; que vous soyez une des 225 000 travailleuses syndiquées du secteur public ou, comme moi, une consommatrice régulière de services de santé et d'éducation, vous n'y échapperez pas, aux coupures5.Vous pensez vraiment que ça va mieux à Ottawa?Eh bien, prenez le budget Wilson, du nom de son père putatif: il n'y a rien là-dedans de bien intéressant pour les Canadiennes.A moins qu'une surtaxe généralisée de 3 % vous semble à même d'embellir le quotidien des 50 % de femmes contribuables (souvent cheffes de famille) qui gagnent moins de 10 000 $ par an; à moins que vous ne fassiez partie des 12 % de femmes à gagner plus de 50 000 S par an6; à moins, enfin, que les programmes sociaux en général vous paraissent de luxueux divertissements dont les femmes et les pauvres (souvent les mêmes) pourraient se passer avec un peu de bonne volonté.Heureusement qu'Ed ( Broadbent ) et Margaret (Mitchell) et Lynn (MacDonald) et tous leurs braves collègues néo-démocrates sont là pour riposter en Chambre.Mais cela ne suffit pas.Il faudrait plutôt prendre modèle sur les femmes retraitées qui, marchant sur Ottawa et mobilisant la presse, ont réussi à faire reculer un Brian Mulroney toujours vulnérable à l'opinion publique, sur la désindexation des pensions de vieillesse.Tout ça pour vous dire que, d'une capitale à l'autre, l'étiquette a bien peu d"im-portance: à Ottawa comme à Québec, l'attitude des dirigeants est la même.Favorable d'abord à l'entreprise privée, aux grandes corporations fiscalement choyées, aux groupes et aux hommes influents.Menaçante pour les programmes sociaux donc pour les femmes, les enfants, les minoritaires et les pauvres.Par ailleurs, est-ce que déménager aux États-Unis serait vraiment une solutionrj^* Françoise Guénette 1/ La Presse, 14 février.21 Selon Lise Leduc, coordonnatrice du Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail, La Presse, 6 mars.3/ Le Devoir, 10 mars 4/ La Presse, 8 mars.comme les extraits suivants.5/ Voir «Derrière la bataille des chiffres», Jean-Anne Bouchard, p.10.6/ La Presse, 4 mars.avril 1986 5 LA VIE EN ROSE Courrier iveparlez-nous d'amour C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu et relu votre numéro de février sur l'amour.Bravo pour avoir été aussi sincères.Et particulièrement à Hélène Sarrasin pour «Lettre en deux temps», splendide.Nicole Bériault, Montréal Je félicite La Vie en rose d'avoir publié le très bel article de Geneviève Cotres, «A ma similaire».En le lisant, j'ai revécu mon enthousiasme de vingt ans à la découverte de l'amour lesbien; mais à cette époque, il fallait hypocritement camoufler tous nos gestes, jusqu'à nos regards.et surtout ne pas vivre ensemble! Une lesbienne d-âge mûr qui n'ose pas encore dire son nom P.S.: Vous constaterez que les vieilles habitudes ne se perdent pas.Mais pour vous je signe: Marie-Claude Jasmin.Tout ira mieux Chère Marie-Claude Trépanier, je suis beaucoup trop bonne en maths (c'était ma matière préférée à l'école)! Voici les réponses à deux de tes questions (LVR, mars 86: «Tout va bien»).Dans combien d'années les femmes rattraperont-elles l'écart entre leurs 70 cents et la piastre mâle?Il a fallu 7 ans pour obtenir 3 cents, il faudra donc 70 ans pour 30 cents.Tu additionnes ces années à la date de départ, c'est-à-dire 1975: ça donne 2045.J'aurai 92 ans.En quelle année, si ce rythme fou se poursuit, nos élues représenteront-elles notre 52 % de la population?Très simple: 18 femmes après 40 ans, sur les 122 députés à l'Assemblée nationale.Il faudra 64 femmes députées pour former un peu plus de 5 % de l'Assemblée.Nous atteindrons ce nombre faramineux en 2087 si «tout va bien», bien sûr.Merci pour ton article si jovial! J'irai sûrement m'éclater un jour au Village féministorique.Louise Campeau Notre-Dame-des-Anges Salut, Ginette! Pourquoi pas ceci, à ajouter au Village féministorique encore en projet?Mont Body: C'est la liberté! Notre corps, c'est tout ce qui nous appartient encore! Pour votre chum, ce sera l'ascension vers un panorama de méthodes contraceptives dont il n'osait pas connaître l'existence.Pour 5 $, observez au microscope les moeurs de tous les petits virus qui forment le réseau des MTS (maladies transmises sauvagement).Assistez au visionnement sans interruption du vidéo-clip Real Women; 1ère partie: Christianisme vs crétimsme (5 min.), 2e partie: Not a freedom story (251 min.).Ginette Trop sévères?Je suis étonnée de voir que La Vie en rose, quoi qu'elle écrive, reçoit toujours des critiques très (trop!) sévères.On lui demande l'impossible, c'est-à-dire de plaire à toutes les femmes.d'être parfaite! C'est bien d'être exigeante, mais il faut pouvoir apprécier la diversité des propos d'une revue.Sans être toujours d'accord avec ce que je lis dans La Vie en rose, je ne me sens pas menacée pour autant.Il faut arrêter de demander la perfection aux femmes, comme tout le monde l'a toujours fait, et surtout arrêter de s'attaquer entre nous comme si nous étions des adversaires.C'est une belle perte de temps! Continuez à être «imparfaites»! Chantal David, Longueuil Vous me faites du bien.Autant dans vos affirmations que dans vos hésitations.Je m'y retrouve.La Vie en rose est bourrée de sentiments d'espoir, de désespoir, de détermination, de respect et de folie.Vous êtes dérangeantes.De là les attaques, quelles qu'elles soient, même de milieux dits féministes.Les féministes ont des zones d'ombre qu'elles ne veulent pas dévoiler.Vous êtes ma conscience et vous m'aidez à continuer.Continuez vous aussi.Francine Duchesneau, Québec J'aimerais un peu moins d'entrevues de femmes qui ont réussi, ou d'écrivaines, et un retour à des femmes en lutte, par exemple dans les syndicats.En fait, le mouvement syndical se replie sur lui-même et reflète la société dans son tournant à droite; les comités des femmes y restent l'une des très rares voix progressistes.De plus, dans les syndicats à majorité de femmes qui se battent, comme celui des Caisses populaires, des militantes auraient sûrement des choses à dire, plus à la portée des travailleuses de ces nombreux ghettos d'emploi non organisés.Il y a aussi des femmes dans les mouvements pacifistes et leurs propos sont sûrement aussi importants que les rêves de Louise Roy (.) Dernièrement, Betty Friedan a écrit dans le New York Times un article très intéressant: selon elle, les femmes devraient reprendre les luttes des déshérité-e-s, la lutte pour l'avortement, et sortir de la contemplation de femmes qui ont réussi.Vous ne faites du mouvement des femmes qu'un cercle de «femmes libérées».On a appris dans les syndicats des affaires sociales que rien de ce qui est acquis ne l'est pour toujours, que si on ne jouit pas de l'appui de larges secteurs de la population, on devient à la merci des ÉQUIPE DE DIRECTION: Ariane Émond, Françoise Guénette, Claude Krynski, Louise Legault, Lise Moisan, Francine Pelletier • RÉDACTION: Christine Daffe, Yolande Fontaine, Françoise Guénette, Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION: Ariane Émond • SECRÉTARIAT: Lise Lachapelle • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo, Lynda Baril, Hélène Blondeau, Marie Boti, Jean-Anne Bouchard, Louise Bourget, Hélène Dorion, Gloria Escomel, Nicole Gilbert, Greta Hofmann Nemiroff, Fabienne Julien, Hélène Lagacé, Roseline Landry, Chantal Lavigne, Hélène Pedneault, Diane Poitras, Danielle Roger, Hélène Sarrasin, Francine St-Laurent, Lucie Villeneuve • ILLUSTRATIONS: Diane O'Bomsawin, Marcella Toro • PHOTOGRAPHIE : Mank Boudreau, Anne de Guise, Suzanne Girard, Caria Nemiroff, Jacques Tougas • MAQUETTE: Diane Blain, Caroline des Rosiers (publicité), Sylvie Laurendeau • CORRECTION: Dominique Pas-quin • DOCUMENTATION: Hélène Blondeau • COMPOSITION: Concept Médiatexte inc.• PELLICULAGE: Graphiques H.I.Ltée • IMPRESSION: Imprimerie Canadienne Gazette • DISTRIBUTION: Les Messageries de presse Benjamin Ltée: 645-8754 • PUBLICITÉ: Carole Pageau, Nathalie Ranger: 843-7226 • ABONNEMENT: 1 an, 10 numéros: 19 $; 2 ans, 20 numéros: 33 $; 3 ans, 30 numéros: 45 $.Tarif international par voie de surface: 30 $, par avion: 44 $.Hélène Blondeau: 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada, par le ministère des Affaires culturelles du Québec et par le Secrétariat d'État, Programme de la femme.• LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80, corporation sans but lucratif.On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963, rue Saint-Denis, Montréal H2W 2M4, ou en téléphonant: (514) 843-8366 ou 843-7226 Copyright 1986 - LA VJE EN ROSE.Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal: Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Courrier de deuxième classe: 5188 Commission paritaire 4 067 CDN.LA VIE EN ROSE 6 avril 1986 gouvernements réactionnaires.La même chose risque d'arriver aux mouvements de femmes.Serge Lalonde, Montréal L VR pro Pro-vie?En tant que militantes de Sainte-Thérèse, nous nous sommes empressées de lire l'article de Lynda Baril: «Sainte-Thérèse, priez pour nous» (LVR, fév.86).Nous avons trouvé regrettable que La Vie en rose ait préféré relater les actions des gens de Pro-vie, ce qui laisse croire que les partisan-e-s Pro-choix n'existent pas ou du moins, ne font rien, dépassé-e-s par les événements.Or, depuis un an, des centaines de personnes se sont mobilisées en faveur du maintien des services d'avortement au CLSC de Sainte-Thérèse.Des dizaines de groupes ont appuyé les démarches du Comité-femmes étudiant du Collège Lionel-Groutx.Vous n'en parlez pas.Vous vous plaisez à répéter que les jeunes femmes d'aujourd'hui ne sont plus féministes: nous avons l'honneur de vous apprendre que c'est une majorité de jeunes qui mène la mobilisation à Sainte-Thérèse.Si, depuis un an, vous aviez daigné vous déplacer, vous auriez été à même d'évaluer la situation.Non seulement vous ne l'avez pas fait, mais ça vous a pris une année pour écrire un texte qui, félicitations, porte sur Pro-vie! Pendant que certaines se gargarisent de principes idéolo-féministo-révisionnistes, d'autres se battent (.) En d'autres mots, nous aurions aimé un peu plus de soutien de votre part.Isabel Larose et Josée Chapdelaine, Comité-femmes étudiant de Lionel-Groulx, Sainte-Thérèse Ni DLR C'est vrai: nous avons raté une excellente occasion de souligner le travail énorme et efficace effectué à Sainte-Thérèse par un groupe de jeunes féministes.Mais si les propos d'Isabel Larose et Josée Chapdelaine, recueillis au téléphone par Lynda Baril, n'ont pas été retenus dans la synthèse, c'est que le propos de l'article s'était élargi.Il nous semblait nécessaire de mesurer, cette fois, l'envergure du mouvement Pro-vie au Québec et au Canada.Sainte-Thérèse n'est pas un cas isolé.Ceci dit, nos effectifs sont trop réduits pour que nous puissions nous «déplacer» régulièrement, à la grandeur du Québec.Un mot ou un coup de téléphone de temps en temps pourraient nous aider à mieux couvrir les dossiers.Nos choix sont une question de temps et de priorités plus que de révisionnisme.Si nous donnions vraiment notre appui à Pro-vie, nous ne gaspillerions pas deux pages à décrire ses méfaits et stratégies.B roue et l'Art J'apprécie beaucoup tout l'effort qui va dans le sens de l'actualisation du potentiel humain, car la distance entre la réalité et cet idéal est terriblement grande.Or, Broue agrandit cette distance.La pièce fait l'apologie de la médiocrité et du sexisme.J'ai ressenti de la honte et j'ai trouvé ça long.Ce n'est pas là mon «goût du Québec».J'ai plutôt le goût d'un Art qui aille au-delà du patriarcat, qui soit joyeux, intéressant et intellectuellement nouris-sant, et je suis certain qu'il aurait une clientèle.Claude Saint-Jarre.Montréal C était donc vrai! Je n'étais pas d'accord avec la critique du Regroupement autonome des jeunes, formulée par Carole Beaulieu («De chrysanthèmes en chrysanthèmes», éditorial LVR, octobre 1985).Plus maintenant.J'ai quitté le RAJ il y a trois mois.Le RAJ est en agonie, miné par des militants professionnels, et il n'offre pas de place aux jeunes militantes.Ce qui n'est pas accepté, en fait, c'est notre différence d'être, notre créativité et notre volonté de ne pas militer sept jours sur sept, pour respecter notre vie privée, nos loisirs et notre sexualité.J'aurais bien des choses encore à écrire sur le RAJ, mais je préfère m'arrêter là.Bien qu'ayant annulé mon abonnement, je continue à lire votre magazine.Judith Leblanc, Montréal g ollectionneu.se Je voudrais absolument me procurer -en les achetant bien sûr - quatre numéros de LVR épuisés.Il s'agit du numéro 1 (Le Salaire au travail ménager), du numéro 5 (L'Avortement en 1982), du numéro 6 (L'Amour toujours l'amour) et du numéro 9 (Vmllirons-nous comme elles?).Peut-être qu'une lectrice de LVR consentirait à me vendre ces précieux numéros?Chantal Gauthier (514)722-8353 A VIS Nous ne publions que les lettres signées et nous nous réservons le droit de ne choisir que les extraits les plus significatifs.La rédaction avril 1986 • Équipement de choix à des prix avantageux.• Atelier de service sur place.• Garantie de 3 mois à 5 ans sur tous les appareils. -Commentaire " Pas de panique sur le Titanic Il y a 74 ans sombrait l'insubmersible Titanic.Alors que plongeurs et techniciens s'évertuent à renflouer l'épave, à coups de millions, c'est une autre version du naufrage qui remonte ici à la surface.par Francine St-Laurent Quatorze avril 1912.Ils ne se trompent pas, ceux et celles qui, ce matin-là, ont prédit une journée fatidique.Le «Ritz des mers», le dernier modèle de la White Star, l'insubmersible Titanic, vient de heurter un iceberg.Il est 23 h 40.Curieux paradoxe : pendant que le navire subit l'agitation d'une ruche inquiétée, la mer est aussi calme qu'une nappe d'huile.Pendant que se déroule la plus sombre tragédie de l'histoire maritime, le ciel est clair et plus étoile que d'habitude.1 500 femmes et hommes périssent.Des passa-gèr-e-s qui ont beau hurler: 900 kilomètres les séparent des côtes de Terre-Neuve.Ce naufrage est l'une des premières catastrophes du siècle: il n'est pas étonnant que se multiplient plus tard, sur les écrans de cinéma, les versions hollywoodiennes du drame.De 1929 à 1958, le cinéma américain fera sombrer le Titanic six fois, en muet, en noir et blanc, en couleurs et dans toutes les langues.Ces films de catastrophe feront rêver les foules, car la fin du Titanic rappelle étrangement la mythologie grecque: les Titans se croyaient invincibles mais Zeus les foudroya et les précipita dans le Tartare.En 1912, le Titanic représente la victoire du génie technologique de l'Homme sur la nature.Tous croient que ce redoutable-monstre de fer et de titane, avec ses cloisons étanches, peut affronter tous les temps.Mais c'est la catastrophe.Des 2 200 passagèr-e-s à bord, il n'y a qu'un peu plus de 700 rescapé-e-s.Les producteurs américains auront là une recette idéale pour faire tout un plat, et nous faire sortir nos mouchoirs.D'autant plus qu'il y a également des femmes sur le paquebot.C'est un filon rentable: par leurs inévitables crises d'hystérie, par leurs plaintes et lamentations, il va de soi que les «faibles créatures» offriront un spectacle angoissant et sinistre.Robert Wagner, Jeff Donnel, David Mc-Callum se noieront bravement et successivement sous les yeux et les sanglots de Barbara Stanwyck, Loretta Young et Honor Blackman.Encore une fois, la fiction dépassera la réalité et le cinéma montrera des femmes une image peu valorisante.Toutefois, dans la réalité, il suffit de fouiller un peu les journaux de l'époque pour lire de nombreux témoignages qui clament à haute voix l'héroïsme des passagères du Titanic.Il est faux de croire que les femmes, au milieu de ce drame atlantique, font preuve de lâcheté.Au contraire, autant le comportement courageux des femmes sera louange, autant celui des hommes sera parfois accablé de reproches.En effet, on voit quelques passagers revêtir des habits de femmes afin d'être sauvés: «Un homme prend place dans une des chaloupes sous un déguisement», déclare une survivante dans La Presse du 20 avril 1912.Des matelots doivent même empêcher à coups de feu certains hommes de sauter dans les chaloupes pour arracher les places réservées aux femmes: «Le colonel Astor s'était conduit avec la pire lâcheté et avait dû être abattu d'un coup de pistolet, avec un autre millionnaire new-yorkais, par le maior Butt.» (La Presse, 19 avril 1912) Pour décrire l'attitude des femmes, l'un des survivants dira: «Quand [les canots] furent à la hauteur du pont B, où toutes les femmes étaient rassemblées, celles-ci s'y placèrent lentement, à l'exception de quelques-unes qui refusaient de laisser u.u mari.Dans certains cas, elles furent arrachées des bras de ceux-ci et poussées dans les bateaux, mais en général on ne s'opposa pas à la volonté de rester à bord.On ne remarqua chez elles aucun désordre, aucune panique, et pas de femmes tombant dans des crises d'hystérie comme on pouvait s'y attendre dans de telles circonstances.» (sic) Toutes les femmes du Titanic ne seront donc pas rescapées, puisque de nombreuses passagères préfèrent mourir aux côtés de leur mari.Parmi elles se trouvent quelques Québécoises.Dans La Presse du 15 avril, on relate l'héroïsme d'une Montréalaise, Mme H.J.Allison.Cette citoyenne de West-mount, mère de deux enfants, préfère laisser sa place dans la chaloupe à des êtres plus faibles qu'elle.Un journaliste de La Presse commente ainsi cet acte de bravoure: «Cette héroïque conduite de la malheureuse femme nous montre le dévouement sublime devant le plus atroce des dangers et il est certain que la conduite de cette jeune mère a été imitée par d'autres femmes qui, comme elle, ont été englouties dans les flots.» En fait, il est évident que beaucoup d'hommes et de femmes font, ce 14 avril 1912, preuve de sang-froid, et d'autres de lâcheté.Si les femmes ne font ensuite guère étalage de leur bravoure, les hommes, eux, ne cessent de vanter la leur dans les journaux: «Les suffragettes sont obligées d'avouer l'esprit chevaleresque des hommes!» Ce genre de propos provoque un conflit ouvert dans les quotidiens de l'époque.Mlle Sylvia Panhkurst, l'une des principales suffragettes d'Angleterre, riposte ainsi: «J'ai la plus grande admiration pour l'héroïsme des hommes qui étaient à bord du Titanic.Toutefois, on exalte peut-être un peu trop cette conduite.C'est une loi naturelle que les femmes et les enfants doivent être sauvés les premiers: les enfants parce que la jeunesse est sacrée, et les femmes parce qu'elles sont si nécessaires au genre humain.Si les hommes étaient toujours chevaleresques, ils nous accorderaient ce que nous demandons!» (La Presse, 18 avril 1912).S'il y a déjà 74 ans que le Titanic a coulé, les suffragettes modernes se demandent encore, elles, quand le paquebot du sexisme en fera autant! ^ Francine St-Laurent.journaliste à la pige, a collaboré à plusieurs magazines et travaillé, comme recherchistc, aux Cent ans de La Presse.la vie en rose 8 avril 1986 Chronique Délinquante Y a-t-il un mensonge dans la salle?Ma voisine d'en bas pense que je mène une double vie.Ça la chi-cote à un point tel qu'elle a commencé à se ronger les ongles.Je ne la contredis pas.Je ne l'encourage pas non plus.Je fais le sphinx.Je passe et repasse à toute vitesse devant sa porte, avec ou sans talons hauts, comme ça elle peut penser que j'ai différentes sortes de rendez-vous.Je sais qu'elle m'entend.De toute façon, elle n'a pas le choix: je n'ai pas le pas léger d'une nymphe évanescente.J'ai toujours eu le pas assuré d'une fille qui avait l'air de savoir où elle s'en allait, même quand je me sentais moins utile qu'un pois chiche.Je n'ai jamais su errer comme du monde.C'est une tare, parce que si je savais errer, je trouverais le moyen d'avoir l'air fragile parfois, et quelqu'un aurait peut-être envie de me protéger, de me nourrir et/ou de me bercer.Ce qui n'est pas près de m'arriver parce que j'ai l'air indestructible.Je suis donc condamnée à l'autonomie la plus ennuyante, même si je ne sais pas faire cuire un steak haché.L'autonomie obligée exige qu'on se contente souvent de peu, y compris d'un sandwich à la mayonnaise Miracle Whip.(Je vous le recommande avec un excellent policier.On arrive à ne plus pouvoir s'en passer.) Autrement, c'est le restaurant.C'est simple.Ma voisine d'en bas ne connaît de mon intimité que le macaroni avec la soupe aux tomates Aylmer froide que je mets par-dessus le macaroni chaud.Ce qui finit par devenir un plat tiède tout à fait acceptable.Pourquoi salir deux casseroles?Quand elle a connu ce côté intime de moi, elle a ri pendant deux jours.Alors je ne l'ai pas mise au courant des sandwiches à la mayonnaise et du reste que je ne raconte pas parce qu'il pourrait y avoir des coeurs fragiles.Autant que possible, je ne voudrais pas faire perdre des lecteurs et des lectrices à LVR.En plus, elle pense que je mène une double vie.Je ne lui dirai jamais qu'elle se trompe complètement.En fait, j'en mène trois ou quatre, je ne les compte plus depuis longtemps.Et je peux jurer que ce sont toutes des histoires d'amour.Et là je ne parle pas de mes trois, quatre jobs à temps plein.En fait, je n'ai pas le temps de vivre tellement je suis autonome et occu- OU Comment faire en sorte que le privé ne devienne jamais politique par Hélène Pedneault pée.Je n'ai même pas le temps de dire à la personne dont je suis amoureuse que j'en suis amoureuse.Ça viendra.Chaque chose en son temps.Dans quelques années, je m'organiserai bien pour prendre quelques jours de vacances.Et n'allez pas croire que je me tais par timidité.Moi, timide?Voyons! Je manque de temps.Il faut bien que je sorte mes poubelles et que je lave mon linge en plus de tout le reste.Et puis, je suis très jalouse de ma vie privée.Tout le monde se pose des questions à mon sujet et c'est très bien comme ça.Le mystère est toujours attirant.Dans ce monde d'information à outrance, on peut devenir une nouvelle, un potin ou une dépêche de la Presse canadienne dans le temps de le dire.Et ma voisine d'en bas adore les potins, entre autres choses qu'elle adore.C'est une fille très enthousiaste de nature.Je suis tellement jalouse de ma vie privée que je ne m'en parle même pas à moi-même, de peur qu'elle me paraisse dans le visage, à découvert.A côté de ça, le secret de Fatima est un secret de Polichinelle.Je suis une tombe.(Ce qui n'est guère réjouissant, je l'avoue, mais ce côté de moi est très apprécié de plusieurs de mes amies porteuses de secrets qu'elles croient inavouables, sauf à moi.Il ne faudrait surtout pas que je publie mes Mémoires d'outre-tombe, même si la tentation est grande à force de demeurer sur la rue de Chateaubriand.) Donc je n'ai jamais enfourché la moto féministe: «Le privé est politique».Cette phrase m'a toujours donné des frissons d'horreur, étant donné mon caractère extrêmement privé.Mais je vais lui dire que je suis amoureuse.Qu'est-ce que vous croyez?Que j'ai peur?Pas du tout.J'ai beaucoup de sang-froid, je n'ai jamais rougi de ma vie et j'ai l'air toujours au-dessus de mes affaires (vaudrait peut-être mieux que je sois dedans?).Je termine mon contrat à Radio-Québec à la fin mai, alors en juin ou en juillet, avant de reprendre le travail en août, j'aurai bien cinq minutes pour lui dire.Ça ne prend pas beaucoup de temps à dire ces choses-là quand on est directe comme je le suis, et franche et sûre de soi.Et comme ça, j'aurai enfin vaincu mon autonomie maladive, sans psychothérapeute.(À suivre.) avril 1986 9 LA VIE EN ROSE Négociations du secteur public Actualité Féministe Derrière la bataille des chiffres Une fois de plus, l'Etat québécois négocie avec ses 360 000 employé-e-s.Pour les 225 000 travailleuses du secteur public directement concernées, l'enjeu est multiple: amélioration des conditions de travail, protection de la sécurité d'emploi et des acquis.Mais, à travers elles, c'est l'autonomie de toutes les Québécoises consommatrices de services sociaux qui est menacée par la vision comptable de l'Etat.1 ne s'agit pas de prendre prétexte de cet exercice pour débattre des questions aussi larges et aussi englobantes que le rôle de l'État ou les grands choix budgétaires qui s'imposent à lui dans la conjoncture présente», affirmait d'emblée Paul Gobeil, président du Conseil du trésor, en déposant les offres gouvernementales aux syndicats du secteur public, le 19 février dernier.Trois ans plus tard, l'ex-vice-président de Provigo marche sur les traces de son prédécesseur péquiste, le ministre Yves Bérubé, celui-là même qui avait déclaré: «Le Québec n'est pas une épicerie.» Et, en gros, le gouvernement libéral de Robert Bourassa répète aux femmes ce que le gouvernement péquiste leur avait seriné en 1982.Comme le précédent, il assujettit la négociation du secteur public à une vision purement comptable, en la soustrayant de toute analyse sociale et de toute perspective politique globale du rôle de l'Etat.Cette vision compartimentée ignore les grandes questions de l'heure' et au premier plan l'autonomie des femmes dans la société.Le gouvernement libéral a offert d'autres indices de sa mentalité.Est-ce le fruit du hasard si le rapport tant attendu de la commission Beaudry a vite pris le chemin des tablettes, peu après que le Conseil du patronat du Québec y ait découvert une centaine «d'irritants»?Rappelons que plusieurs des recommandations de cette commission chargée de reviser le Code du travail québécois (régissant surtout le secteur privé) étaient favorables aux demandes des femmes: accès facilité à la syndicalisation, normes minimales de travail, etc.Est-ce également le fruit du hasard si, à quelques jours du dépôt des offres patronales, la ministre de la Condition féminine, Mme Gagnon-Tremblay, annulait la tenue du deuxième volet de Décision 85?Il aurait abordé précisément les droits des travailleuses et le problème du manque de garderies; le gouvernement péquiste l'avait d'ailleurs reporté pour attendre la fin des audiences publiques de la commission Beau-dry.Hasard enfin qu'à un autre niveau, fédéral celui-là, d'autres acquis des femmes, les pensions de vieillesse, les allocations familiales, le droit à l'avortement soient aussi menacés par l'Etat?Il semble bien que, partout, les femmes doivent s'opposer au gouvernement autour de la question de la responsabilité de l'État.Ce que les chiffres ne disent pas «Le gouvernement ne veut pas remettre en cause en profondeur les acquis dans les conditions de travail puisque beaucoup de ces acquis ont des conséquences directes sur la qualité des services offerts», disait encore Paul Gobeil.Décidément, le ridicule n'a jamais tué les politiciens.Même si M.Gobeil admet le lien entre conditions de travail et qualité des services, ses offres aux employé-e-s de l'État remettent justement en cause, profondément, autant les acquis des travail-leuses-eurs que les responsabilités de l'État en matière de services sociaux, de santé et d'éducation au Québec.Si, dorénavant, les femmes du secteur public doivent limiter leur négociation au cadre proposé par le gouvernement sans pouvoir y débattre des responsabilités de l'État; si les femmes n'ont plus de lieux communs de débat, comme Décisions 85; si les commissions parlementaires et autres ne sont que des opérations-médias destinées à faire croire à la population qu'elle est consultée, les femmes devront désormais se contenter de faire leur épicerie et de payer la facture.Elle auront été les grandes perdantes de la bataille de chiffres.Nous devons refuser d'être enfermées dans une vision froide et purement comptable de la négociation, parce qu'il y a des réalités dans le secteur public dont il faut tenir compte.Aux yeux du gouvernement, les travailleuses-eurs du public se résument à des colonnes de chiffres, à des masses salariales à comprimer.Ce que l'on oublie souvent, c'est que des personnes réelles sont en cause ici, des femmes en majorité.Or, que sont-elle devenues, ces «privilégiées» du secteur public, depuis les négociations décrets de 1982?Selon la ministre des Services sociaux et de la Santé elle-même, Mme Thérèse Lavoie-Roux, 47% des emplois dans les affaires sociales sont à temps partiel.D'après une enquête menée dans 18 établissements de santé par la Fédération des affaires sociales (FAS) de la CSN, 55% des femmes étaient «en statut précaire de travail», comparativement à 45% chez les hommes1.Autrement dit, même dans un milieu où elles sont largement majoritaires, les femmes occupent des emplois plus instables et moins bien rémunérés que les hommes.Cette tendance à la précansatum du travail des femmes est visible aussi dans l'enseignement collégial, où le pourcentage de femmes est passé de 35 à 30% depuis 1982, selon un rapport du Conseil du statut de la femme de mai 1985.Déjà la plupart des femmes dans le secteur public gagnent moins de 20 000$ par an; inutile de faire un dessin pour voir qu'avec la réduction des heures, donc des salaires, elles auront de plus en plus de misère à boucler leurs fins de mois.Les offres de l'État Qu'y a-t-il pour ces femmes dans les offres gouvernementales de février?Rien sur les programmes d'accès à l'égalité, ni sur la correction des discriminations salariales, ni LA VIE EN ROSE I 10 avril 1986 W/fy sur les programmes volontaires d'aménagement du temps de travail, ni sur la formation et le recyclage; rien non plus sur les changements technologiques, les garderies, le harcèlement sexuel.Il s'agit pourtant de demandes communes à plusieurs fédérations syndicales, formulées aux tables «centrales» de négociation.Mais avec la loi 37, tout doit être renégocié aux tables «locales», ou «sectorielles».Adoptée en juin 1985, cette loi réforme le code du travail du secteur public et établit un nouveau cadre décentralisé de négociation.Concrètement, des sujets importants pour toutes les travailleuses devront être négociés cégep par cégep, établissement par établissement, école par école.Or, comment quelques femmes isolées dans une école, un cégep ou un centre d'accueil pourront-elles réussir seules à négocier des programmes d'accès à l'égalité, à faire instaurer des mesures contre le harcèlement sexuel, à forcer l'employeur à leur payer de la formation au travail ou des congés de perfectionnement, face entre autres aux changements technologiques?Dans de telles conditions, jamais les femmes n'auraient obtenu le congé de maternité comme elles l'ont fait en 1979, en négociant en même temps pour toutes les femmes du secteur public.La décentralisation conduit tout droit à de grandes disparités dans les conditions de travail, à une baisse dans la qualité des emplois et, à court et moyen termes, dans la qualité des services offerts d'un établissement à l'autre, d'une région à l'autre.La loi 37 a aussi créé l'IRTR, l'Institut de recherche et d'information sur la rémunération dont le mandat sera d'étudier l'évolution des salaires entre le secteur privé et le secteur public et, de là, de «décréter» les salaires deux ans sur trois.Concrètement toujours, les femmes perdront encore là une portion de leur autonomie financière puisqu'elles ne pourront plus négocier elles-mêmes leurs salaires en fonction de leurs conditions réelles.C'est plutôt la cote financière du Québec, évaluée par des financiers américains, qui continuera de les déterminer.Sur le plan des salaires comme sur celui de la sécurité d'emploi, le gouvernement se trouve donc à précariser davantage le travail des femmes du secteur public.L'augmentation de 3,5% pour un an, l'offre maximale de M.Gobeil, ne protège même pas leur pouvoir d'achat.De plus, pour la payer, l'Etat ne puisera pas entièrement dans ses propres caisses mais récupérera 100 millions $ dans des ressources acquises par les travailleuses-eurs: les banques de congés de maladie et les assurances salaires.Enfin, le gouvernement maintient les discriminations salariales et cautionne' le fait que employées gagnent 87% du salaire de ses employés.Les priorités de qui?Le gouvernement libéral nous invite donc à entreprendre une négociation purement technique et comptable, pour experts seulement: les porte-parole syndicaux peuvent toujours discuter des chiffres, mais seulement à l'intérieur des paramètres établis par l'État-employeur.C'est l'offre et la demande, point.Pas question de déborder sur la qualité de vie et de services, sur la question des femmes, sur le rôle et les priorités de l'Etat.Mais c'est bien de priorités qu'il s'agit: tout le monde admet qu'il n'y a pas d'argent pour tout.Mais y en a-t-il vraiment pour l'éducation et la santé?On le sait déjà: les femmes sont les principales utilisatrices des services sociaux, de santé et d'éducation, puisqu'elles sont encore les premières responsables des familles et des enfants.Et qui amène les enfants à l'école, à l'hôpital?Qui prend gratuitement la relève quand on raccourcit les séjours à l'hôpital, quand il n'y a plus de place dans les centres d'accueil?Quand on coupe dans les services sociaux, on augmente la charge de travail de toutes les femmes et on pénalise dramatiquement certaines d'entre elles.z A LA O RECHERCHE n de "M" itinéraire-mémoire photopographique du 2 au 19 avril 1986 à 21 h.10 ouest, rue Ontario, MTL.rés.: 844-5128 THÉÂTRE Un seul exemple: en 1981, trois femmes sur cinq, de 65 ans et plus, vivaient sous le seuil de la pauvreté.La proportion montait à quatre sur cinq pour les femmes de 75 ans et plus.Cinq ans plus tard, l'insécurité économique subie par les femmes vieilles s'est encore accrue.Le Conseil général des usagèr-e-s du Centre des services sociaux du Montréal métropolitain (CSSMM) déclarait récemment que 1 136 familles ou personnes attendent l'aide des services sociaux: «vieillards à placer, familles éclatées, femmes battues, jeunes chômeurs dépressifs, victimes de viol et dinceste, enfants négligés ou maltraités.» Et, selon Mme Suzanne Lefebvre, travailleuse sociale au BSS/Centre-ville de Montréal, «la personne âgée en attente de placement vit presque toujours seule et c'est une femme.Quand sa demande arrive, il faut environ un mois et demi avant que nous puissions la visiter pour évaluer sa situation.Une fois l'évaluation et la recommandation faites, il lui faudra attendre de 8 à 14 mois pour obtenir un lit dans un établissement.Souvent, quand nous rappelons.la personne est morte.» Les coûts de l'autonomie Qui remet actuellement en cause le rôle de l'État?Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement libéral a formé trois comités de «sages» (-hommes! ) provenant du monde patronal, pour étudier la privatisation, la productivité et la déréglementation.Cela en dit long sur ses choix: pouvoir accru de l'entreprise privée, diminution des interventions sociales de l'État, retour au libre marché et, dans le secteur public, plus grande privatisation des services.Sur la questions des femmes, la majorité des Québécois-es sont d'accord: il faut prendre des mesures pour corriger les discriminations qui leur sont faites (par les programmes d'accès à l'égalité, la formation, les garderies, la reconnaissance du travail domestique, etc.) Malgré ce consensus social (au moins théorique), le gouvernement ne semble pas prêt à assumer les coûts économiques de l'autonomie des femmes.Contre les réalités des femmes, la bataille des chiffres va-t-elle se perpétuer encore longtemps?Jean-Anne Bouchard Jean-Anne Bouchard est coordonnatrice adjointe à l'information au comité de coordination des négociations du secteur public, CSN.1/ Statut précaire: un emploi précaire se caractérise par l'absence de sécurité et de protection d'emploi, par des conditions de travail difficiles et par de bas salaires.Mme Lavoie-Roux, par contre, exclue le temps partiel des «status précaires», ce qui n'est pas le point de vue de la CSN.avril 1986 1 1 LA VIE EN ROSE .EnqUête-Actualité Féministe Problèmes à louer Presque une femme locataire sur deux, dans les quartiers populaires de Montréal, aurait été victime de harcèlement ou de discrimination.C'est ce que révèle une récente enquête menée par le comité Logement Rosemont et le Front d'action populaire en réaménagement urbain ( FRAPU) auprès de 297 femmes des quartiers Hochelaga, Vieux-Rosemont et Saint-Henri'.L'étude, une des premières à se pencher sérieusement sur la question des femmes et du logement, démontre que, particulièrement si l'on est chef de famille monoparentale ou assistée sociale, il existe des problèmes spécifiques pour les femmes.Discrimination Maryse est le cas typique de la victime de discrimination: jeune, assistée sociale et chef de famille monoparentale.Après avoir quitté un mari qui la battait, elle entreprend de se chercher un logement dans un quartier près du centre-ville.Que ce soit sous forme de faux-fuyants ou de nets refus, la réponse est finalement toujours la même: «Pas d'enfants et pas d'assistés sociaux».Maryse se décourage et retourne voir son ancienne propriétaire, celle du temps où elle habitait avec son mari.Mais le prix à payer est lourd.Le logement se trouve dans le nord de la ville et il gruge presque la totalité de son budget.Jusqu'à 40 % des femmes ont vécu de semblables situations de discrimination évidente.Mais si le refus est souvent direct (dans un cas sur trois), le propriétaire fait souvent aussi appel à des moyens plus détournés pour décourager une personne jugée indésirable.On dira que le logement est trop petit, on exigera des références ou une avance considérable ou on refusera d'ouvrir, à une Noire, par exemple.On peut aussi demander à la personne de revenir demain, affirmer que c'est déjà loué, exiger des renseignements personnels ou l'inscrire sur une liste d'attente.La preuve qu'il s'agit bien'de discrimination reste évidemment toujours difficile à faire.Par ordre d'importance, les enfants, le fait qu'une personne soit assistée sociale, soit une femme, soit jeune et qu'elle soit une femme seule avec enfants ont été identifiés comme les cinq premiers motifs pour refuser de louer, qu'ils aient été avoués par le-la propriétaire ou son intermédiaire, ou déduits par le-la locataire.Pas de surprise, donc, lorsqu'on constate par la suite que les femmes assistées sociales (à 61,2 %) sont les plus touchées par la discrimination.Pour réussir à obtenir malgré tout le logement désiré, certaines femmes en seront réduites à user de tactiques.Elles inventeront un mari ou un travail, cacheront les enfants ou donneront de fausses références.Mais il ne s'agit que de 19,2 % des femmes.Pire, à la suite d'un refus indirect, plus de la moitié n'insistent pas et se contentent de chercher ailleurs.Harcèlement Il s'agit du second grand volet de l'enquête: 47,8 % des répondantes en ont souffert.Françoise est l'unique femme seule dans son bloc appartements.Blagues sur sa vie privée, têtes curieuses qui l'observent, elle affirme sentir un contrôle constant de ses faits et gestes de la part des voisins et du concierge.Ce type d'indiscrétion sur leur vie privée, 26,3 % des femmes interrogées ont eu à le subir.Les autres formes de harcèlement les plus fréquentes: visites impromptues en l'absence ou en la présence de la locataire, injures, insultes, pressions au moment de la signature du bail, menaces de couper certains services et refus de faire des réparations.Dans 15 % des cas, il s'agit de harcèlement sexuel mais tout laisse croire, se- feminist perspectives m Une nouvelle série d'essais d'actualité sur le vécu des femmes.No.2 Les tâches liées au soin des enfants, par Michelle Duval No.3 Bilan et perspectives de recherches féministes, par Francine Descarries-Bélanger et Micheline de Sève No.4b Le mouvement profamille est-il pour ou contre les familles?par Margrit Eichler Prix: 2,50 $ par numéro Institut canadien de recherches sur les femmes/ICREF 408-151 Slater, Ottawa, Ont.KIP 5H3; (613) 563-0681 ¦Nouveau Départ" La vie après 43 ans Micheline était mariée et bien mariée.Elle n'avait - soi-disant -pas de quoi se plaindre: une belle famille, de beaux enfants, une belle maison.Mais un jour, son plus vieux est parti.Et tout d'un coup, ça a été la panique.Qu'est-ce qu'elle deviendrait, elle, quand ils voleraient tous de leurs propres ailes?Qu'est-ce qu'elle ferait si du jour au lendemain son homme décidait de la laisser?Elle qui, à 42 ans, avait peu d'ami-e-s, pas de diplômes; rien qu'une couronne ternie de reine du foyer.C'est à elle et à des milliers d'autres Micheline que Monica Matte a pensé en fondant en 1977 le programme d'orientation Nouveau Depart: «Ces femmes-là, celles qui après avoir dédié 15, 20 ou 30 ans de leur vie à leur famille vivent un sentiment d'inutilité, celles qui sont incertaines de leurs capacités et de leur avenir, nous les rencontrons tous les jours.Mais nous avons rarement conscience de leur détresse morale.car chacune d'elle vit son problème de son côté, dans l'isolement des longues journées à la maison, se croyant seule à le vivre aussi cruellement, et ne sachant ni comment s'en sortir, ni qui pourrait l'y aider.» Depuis maintenant neuf ans, le programme Nouveau Départ a incité plus de 8 000 femmes à ne pas aborder la seconde moitié de leur existence à reculons.Des femmes entre 35 et 55 ans qui veulent réorienter leur vie mais qui ne savent pas où ni trop comment.Par une série de 12 rencontres de trois heures chacune, le programme les aide à mieux se connaître, à s'auto-évaluer et à s'orienter vers l'une des quatre options LA VIE EN ROSE 12 avril 1986 Ion les auteures de l'enquête, que le phénomène serait plus répandu.L'entrevue téléphonique n'encourage en rien des aveux d'une telle nature.Quant aux auteur-e-s du harcèlement, dans 76,8 % des cas il s'agit des propriétaires et/ou des intermédiaires, tandis que dans 23,2 % des cas ce sont des voisins.Les cibles principales, elles, sont les assistées sociales dont le logement a besoin de réparations urgentes et majeures.Ce dernier facteur, souligne-t-on dans l'étude, pourrait autant être une cause qu'une conséquence du harcèlement.Les femmes harcelées réagissent activement dans une proportion de 64,6 %, mais surtout par la réplique.Dans les cas de harcèlement sexuel, elles se montrent beaucoup plus passives (44,2 %).Si les victimes de discrimination semblent plus passives que les répondantes harcelées, ces dernières se sentent davantage insécures dans leur logement.Certaines victimes de harcèlement sont même allées jusqu'à déménager.Autre constatation, les femmes discriminées doivent consacrer plus d'énergie à se chercher un logement et, à la suite d'un refus, elles se retrouvent une fois sur deux avec un logement en moins bon état que celui souhaité.Le harcèlement et la discrimination affectent donc sérieusement les conditions de vie des femmes concernées.De surcroît, ils les laissent démunies, démontre l'enquête.En majorité, les répondantes connaissent l'existence de recours, surtout la Régie du logement, mais n'y font pas appel.En fait, 67,4 % de celles qui les connaissent ne les utilisent pas.Cri d'alarme Bref, il y a de quoi s'inquiéter.Surtout, soulignent les auteures de l'enquête, lorsqu'on constate que les femmes sont de plus en plus pauvres et que le nombre d'assistées sociales et de femmes chefs de famille ne cesse d'augmenter.Si l'on ajoute à cela un taux de vacance dans les logements de Montréal à son plus bas niveau depuis des années, le phénomène de la «gentrifica-tion» des quartiers populaires et le ralentissement de la construction de logements pour population à faibles revenus, il y a tout lieu de croire que l'avenir ne se révélera guère plus réjouissant.y£ Chantal Lavigne 1/ Le rapport de l'enquête est disponibl comité Logement Rosemont: tél.: (514) 6133.proposées: le marché du travail, le retour aux études, le bénévolat ou le réaménagement de la vie au foyer.Nouveau Départ n'encourage pas les participantes à rester à la maison ou à jouer les grandes âmes bénévoles.Au contraire.«Mais nous présentons tout de même cela comme des options», explique la présidente de l'association sans but lucratif Nouveau Départ, Mme Daisy Pronovost: «D'une part parce que l'engagement social peut être pour certaines un premier pas, un tremplin vers autre chose.Et d'autre part, parce qu'une femme qui décide de rester au foyer mais qui prend conscience de sa valeur et de son potentiel peut davantage s'affirmer et exiger le partage des tâches.Pour nous, le principal, c'est de les faire bouger, de les orienter vers des activités valorisantes qui répondent à leurs besoins, pas aux nôtres.» Quel bilan les responsables de Nouveau Depart font-elles, presque dix ans après sa naissance?«Un bilan très positif», répond Mme Pronovost.Une étude réalisée en 1984 par trois étudiantes de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal vient d'ailleurs appuyer ses dires.La très grande majorité des participantes (94 %) se sont dites satisfaites ou très satisfaites du programme.Presque les trois quarts d'entre elles ont choisi l'une des quatre options, dans l'ordre suivant: les études (40%),-le travail (29%), l'action sociale (22 %) et le réaménagement de la vie au foyer (9 %).Suite à Nouveau Départ, elles ont pour la plupart augmenté la fréquence de leurs activités personnelles et réalisé un nouveau partage des tâches familiales.Bien sûr, 96 % de celles qui ont choisi de retourner aux études se sont inscrites dans des disciplines traditionnellement féminines.Bien sûr, celles qui ont investi le monde du travail l'ont souvent fait derrière une caisse enregistreuse ou une machine à écrire.Les animatrices du programme ont beau les informer des «voies de l'avenir», leur dire que les chances d'avancement en sciences humaines sont plutôt minces.Dans les écoles secondaires et les cégeps, les filles boudent encore les sciences et les techniques; alors quand il s'agit de femmes qui ont en moyenne 43 ans, de mères de famille confinées pendant des années à leur comptoir de cuisine, les résultats sont, somme toute, «encourageants».Et Nouveau Départ est bel et bien déterminé à poursuivre son travail.Avec 30 centres au Canada, dont 15 au Québec, souvent installés dans des institutions scolaires, l'association est sur sa lancée.Ses projets: consolider ses bases et ouvrir de nouveaux centres pour les Québécoises et les francophones hors-Québec.«Un nouvel élan», dit Mme Pronovost.Un nouveau départ, quoi.Lynda Baril VENEZ FÊTER LE PRINTEMPS SUR NOTRE TERRASSE! APPORTEZ VOTRE VIN 521, rue Duluth est Montréal De midi à minuit 521-4206 avril 1986 13 LA VIE EN ROSE , Avorte ment Actualité Féministe Mobilisation générale e 18 février dernier, en conférence de presse à Montréal, des porte-parole d'une centaine de groupes de bfemmes annonçaient la formation d'une nouvelle Coalition pour l'avortement libre et gratuit.Ses objectifs: défendre le droit inaliénable des femmes à disposer de leur corps; faire abroger les articles 251 et 252 du Code criminel canadien, qui régissent l'avortement; obtenir des services de planning des naissances complets et accessibles; exiger de l'information sur la sexualité dès le préscolaire; voir à l'implantation de services complets et qualifiés d'interruption volontaire de grossesse; revendiquer que tous ces services soient subventionnés par l'État.Quels moyens la Coalition utilisera-t-elle?D'abord, elle organisera un tribunal à Sainte-Thérèse, où le CLSC a mis fin à sa pratique d'avortement sous les pressions de Pro-Vie ', et appuiera tous les groupes qui voudront organiser ailleurs de tels tribunaux 2, dans le but d'exiger du gouvernement fédéral le respect des droits et libertés de la personne.Elle se coordonnera avec d'autres groupes nationaux et panca-nadiens revendiquant le libre choix; elle participera à une manifestation pancana-dienne à Ottawa, en juin prochain; elle développera un portrait exhaustif de l'accessibilité des services de planning des naissances; elle participera à la Commission Rochon sur les services sociaux au Québec; elle appuiera une campagne publique d'adhésion et de financement du libre choix.COLLECTION PRINTEMPS NOUVELLE COLLECTION POUR HOMMES Au Québec, malgré les «Pro-Vie» de Sainte-Thérèse et leurs menaces, la politique gouvernementale en matière d'avortement, depuis les fameux procès Morgenta-ler, a été de «tolérance».Le nouveau procureur général, Herbert Marx, un ministre qu'on se plaît à qualifier de «féministe», affirmait dernièrement qu'il limiterait son intervention au respect de la jurisprudence.Pourquoi, dès lors, réveiller le chat qui dort par le lancement d'une coalition?C'est qu'il ne faudrait pas se conter d'histoires: les services d'avortement n'ont jamais été une réalité pour les femmes des régions.Et ceux de Montréal sont de plus en plus réduits.Avec les années, les comités thérapeutiques des hôpitaux ont graduellement resserré l'application des critères de la loi fédérale.Dans les CLSC, on a souvent, pour réorganiser les services, démantelé les équipes de planning, dont les budgets n'étaient pas «protégés», et transféré l'argent ailleurs.De cette dégradation des services, la Coalition conclut qu'il faut reprendre l'offensive car l'accès à l'avortement doit être libre et gratuit pour toutes les femmes.C'est un principe à faire admettre une fois pour toutes.Tout aussi inaliénable devrait être le droit des femmes à disposer de leur corps, un droit nié par les articles 251 et 252 du Code criminel, dont l'abrogation est au coeur de la lutte.Forte de l'appui de 72% de la population canadienne, la Coalition entend bien faire valoir ces principes aux yeux de l'État.Pour informations et appuis: Lise Gratton (514-279-6883) ou Denise Larochelle (598-2092).Hélène Sarrasin 1/ Voir «Sainte-Thérèse, priez pour nous!», Lynda Baril, LVR, février 1986.21 Voir «Les Canadiennes-anglaises se soulèvent», Carole Beaulieu, LVR, mars 1986.Accouchement Médecins vs sages-femmes Le gouvernement québécois s'apprête à rendre publique une politique de périnatalité incluant la légalisation de la pratique des sages-femmes et l'implantation de projets-pilotes de centres de maternité.Des mesures auxquelles s'oppose depuis toujours la Corporation des médecins du Québec.Le 30 janvier dernier, le Comité des femmes médecins de la Corporation livrait les résultats d'un sondage réalisé auprès de 924 femmes ayant accouché à l'hôpital au cours de l'été 1985.Pour 98,6 % d'entre elles, l'expérience avait été positive.Pas la perfection mais presque.Oh! il y avait bien quelques ombres au tableau: 66,7 % avaient de la difficulté à s'asseoir à cause de leur épisiotomie; 18,8 % se remettaient d'une césarienne; 43 % avaient subi un lavement et 58 % un rasage, deux interventions que le comité lui-même qualifie «d'anciens protocoles d'hôpitaux, qui mériteraient d'être révisés».Somme toute, concluait le comité, que des lacunes faciles à corriger.Dès lors, s'interrogeaient les femmes médecins, pourquoi investir dans des formules alternatives de naissance?Pour quelques marginales?Le 11 février, les groupes luttant pour l'humanisation des naissances convoquaient les médias pour répondre aux médecins et contrer ce genre de raisonnement.Avant de s'attaquer au sondage, ces groupes rappelaient l'ampleur de leur mouvement et les améliorations qu'il avait apportées aux conditions d'accouchement de toutes les Québécoises: chambres de naissance si désiré, présence du conjoint, droit d'avoir son bébé auprès de soi, etc.Quant au sondage lui-même, on contesta la méthodologie employée, c'est-à-dire des entrevues téléphoniques deux ou trois jours après l'accouchement, à un moment où les femmes sont (encore) généralement euphoriques.Les auteurs du sondage eux-mêmes, inquiets du biais ainsi introduit, avaient recommandé à la Corporation un suivi des parlurientes (une réserve que les femmes médecins n'ont pas cru bon de mentionner).Selon Madame Elaine Valentini, du comité Maison de naissance de Montréal, il est manifeste que ce sondage a mesuré la satisfaction suite à un événement en soi extraordinaire, plutôt que les soins qui l'entouraient.Le nouveau gouvernement, à la veille d'adopter une politique plus ouverte aux alternatives, sera-t-il influencé par le sondage des médecins?Isabelle Brabant, de l'Alliance québécoise des sages-femmes praticiennes, semble confiante.Le mouvement pour l'humanisation reçoit un appui de plus en plus fort du personnel médical lui-même, ainsi que d'une partie du milieu politique.La principale ministre concernée, Madame Thérèse Lavoie-Roux (Affaires sociales), suit le dossier depuis plusieurs années et elle a déjà assuré de son soutien personnel les groupes d'humanisation des naissances.C'est un débat à garder à l'oeil.Hélène Sarrasin LA VIE EN ROSE 14 avril 1986 Communiqués Congrès___ et colloques Le Congrès international sur la paix et la sécurité intitulé «Mythes et réalités: le rôle de l'éducation à l'ère nucléaire», sous l'égide de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université McGill, se tiendra les 21, 22 et 23 avril, à l'hôtel Reine Elizabeth.Près de 2 000 congressistes tant francophones qu'anglophones des domaines de l'éducation, des services sociaux, de la médecine et des autres professions d'aide sont attendues.Renseignements: Les services de congrès GEMS, (514) 735-1388.Le Colloque de Naissance-Renaissance, organisé par le comité Maisons de naissance se tiendra à l'Université de Montréal, pavillon principal, local Z-l 10, le 4 avril à 19 h 30.Le thème du débat public sera: «Les Centres de maternité: une alternative réaliste?» Informations: Comité Maisons de Naissance, Véronique O'Leary: 276-3190.La Fédération des femmes du Québec célèbre cette année son 20e anniversaire.Son congrès se tiendra à Montréal les 25, 26 et 27 avril.Les thèmes seront: «Rétrospective - Perspective, 20 ans et plus».Pour en savoir davantage et fêter avec elles: Liliane Blanc: 844-7049.Le Forum des femmes, organisé par la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), se tiendra à Montréal du 18 au 20 avril, au Palais des congrès.Il s'adresse aux jeunes et aux femmes de tous les syndicats, des milieux santé et éducation, des groupes populaires et des groupes de femmes.L'occasion de «faire le point sur nos bons coups» et de «penser les stratégies de demain», en trois thèmes: santé, éducation, pouvoir.Pour programme information: Forum des femmes, 1415, Jarry est, Mtl H2E 1A7.Tél.: (514) 374-6660 ou (418)658-5711.Le Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence organise un colloque à l'Uqam les 1, 2 et 3 mai 1986, dont le thème sera: «La violence familiale: s'en sortir».Informations: Hélène Tremblay: 842-8777.T^ublications_ Les ripostes de Camille.à propos de la violence sexuelle.C'est le titre d'un outil d'animation pédagogique lancé par le comité de la condition féminine de la CEQ à l'approche du 8 mars.Mais il n'y a pas que les enseignantes à pouvoir utiliser cette bande dessinée pour aborder avec les jeunes la question du harcèlement sexuel.Le document est en vente au Centre de documentation de la CEQ, 2336, chemin Ste-Fov, CP.5800, Ste-Foy, Québec G1V 4E5, à 3 $ l'unité.Inf.: (514) 374-6660.vJTroupes_ Évaluation-médias invite les groupes de femmes et les individues à une session d'information pour les aider à préparer leurs interventions en vue des audiences publiques du CRTC qui se tiendront à Montréal les 20, 21 et 22 avril.Ces audiences ont pour but de faire le bilan de l'auto-réglementation dans les médias en ce qui concerne l'élimination des stéréotypes sexistes.De plus, on cherche des femmes désireuses de s'impliquer bénévolement dans l'organisation.On communique avec Catherine Forget: 270-7069.La Fédération pour le planning des naissances fait face aujourd'hui aux plus graves problèmes de ses 50 ans d'existence.Le ministre fédéral de la Santé, Jake Epp, a réduit de 12,5 % le budget de la Fédération tandis qu'il a augmenté de 12 % celui d'un organisme qui ne propose que la méthode naturelle de planification familiale (sic).Pour empêcher toute nouvelle réduction, écrivez au ministre fédéral de la Santé, à votre député ou envoyez votre soutien financier à la Fédération pour le planning des naissances du Canada, 151, avenue Slater, Bureau 200, Ottawa (Ontario), KIP 5H3.Le Centre de santé des femmes de Montréal offre de nouveaux ateliers féministes d'information sur les sujets suivants: la ménopause, le vécu concernant l'avortement, l'affirmation de soi, le plaisir.Pour plus d'informations: 842-8903.Le 'V des femmes propose une série d'ateliers qui auront lieu tous les jeudis de 19 h à 21 h au YMCA.Le 3 avril: maîtriser les problèmes quotidiens; le 10: prendre le temps de penser à soi; le 17: les relations interpersonnelles, la relation mère-fille; le 24: l'amitié féminine; le 1er mai: les relations de couple et le 8 mai: soirée d'amitié.Pour renseignements: Diana Pitzzuti: 866-9941, poste 65.Les Jeudis de l'histoire des femmes vous convient à une rencontre avec des femmes autochtones, le 10 avril.Quelles sont les conditions de vie actuelles de ces femmes?Qu'en est-il de leurs luttes?Bibiane Courtois et Anne St-Onge, Montagnaises, répondront à vos questions.Informations: Lucie Leboeuf: 527-8291.Ano-sep, association qui regroupe les femmes séparées ou divorcées, offre des ateliers dans ses quatre centres de Montréal.Les sujets discutés sont: problèmes juridiques, drogue, travail, relations parents-enfants, psychologie de l'être humain, sexologie, personnalité féminine.Pour plus d'informations: 849-5339.Le FRAPPE (Femmes regroupées pour l'accessibilité au pouvoir politique et économique) offre deux journées d'étude intitulées: «Les femmes et la politique: parlements, des lieux à investir».Celle d'avril sera animée par Mme Hélène Sarrasin, chargée de cours en science politique à L'U.de M.FRAPPE met également à votre disposition trois documents (5 $ chacun) sur le fonctionnement des appareils municipal, provincial et fédéral.Informations et réservations: Chantai St-André, (514) 842-5067.Divers_,_ Librairie des femmes à vendre: Martine Huysmans, propriétaire d'Aubépine, librairie féministe, sise au coin de Duluth et Saint-André, à Montréal, pour cause de retour aux études.Si vous êtes intéressée à prolonger la vie d'un de nos lieux féministes, contactez Martine: 524-9890.MIEL - Le Mouvement d'information et d'expression des lesbiennes nous informe de la création d'un canal d'informations à Paris.Pour écouter les informations: (1) 43-79-61-91.Pour laisser vos informations: (1) 43-79-66-07.Maison des femmes, 8, Cité Prost, 75011 Paris: (1) 43-48-24-91.Recherche sur le refus de la maternité.Marlène Carmel fait une recherche sur les femmes qui n'ont pas d'enfant volontairement et qui n'en désirent pas prochainement.Que vous acceptiez de répondre à son questionnaire lui serait très utile.Contactez Marlène Carmel, 235A, Bossé, Chicoutimi G7J 1L8, (418) 696-4388.Les Jouets de Mère-Grand est une boutique qui achète vos jouets qu'elle remet en état.Si vos enfants ont grandi, il y a sûrement des jouets non violents et sans piles qu'ils n'utilisent plus.Pour en savoir davantage: Louise Dusablon: 271-3171.?Montreal 441 7.rue Saint-Denis Montréal (Quebec) H2J 211 (514) 845-5938 Quebec 47.Sous-le-Fort.Place Royale Quebec (Québec) GIK 4G9 |4I8| 692-2875 avril 1986 15 LA VIE EN ROSE da a été comme un bombardement.A ce moment-là, ma vie s'orientait différemment; j'allais vivre de façon plus autonome, avec deux enfants qui pouvaient partir en appartement d'une journée à l'autre, et mon plus jeune fils qui allait rester avec moi.J'étais insecure sur tous les plans, y compris pour mon travail parce que je suis à contrat.La nouvelle du cancer est arrivée dans tout ça.Je suis entrée à l'hôpital le 3 juin 84, le jour de mon anniversaire.C'est comme ça que je m'en rappelle.Autrement, je ne me souviens d'aucune date.«J'avais des malaises depuis deux mois, pas plus.Au départ, on ne m'a pas dit que c'était aussi grave.Ce n'est qu'une dizaine de jours après que les médecins m'ont appris que j'avais un type de cancer "agressif; c'est le terme qu'ils ont employé.Est-ce que ce cancer était là depuis quelques mois?Depuis un an ou plus?Personne ne peut le dire.De toute façon, le résultat était très grave, et ils ne savaient pas comment le traiter.C'était sûr, à ce moment-là, qu'il n'y avait pas d'intervention chirurgicale possible parce que la maladie était trop avancée.Et les traitements, quels qu'ils soient, prennent du temps.Au fond, il s'agissait de savoir si la radiothérapie ou la chimiothérapie pouvaient être efficaces.J'avais déjà pris la décision d'être plus autonome, mais je me suis demandé si j'étais capable de vivre ça toute seule, et si j'allais essayer de me battre.Et j'ai décidé que oui.«Je n'allais pas reculer à cause de cette maladie.Je voulais vivre pleinement, pousser, avancer et rejoindre la vie.Finalement, la radiothérapie a été absolument inefficace.Peut-être la chimiothérapie, ensuite, a-t-elle été efficace?Mais j'ai exploré aussi toutes sortes de médecines douces: diète, relaxation, imagerie positive, massothérapie, etc.Parce que je me disais: "Ça ne vaut pas la peine de vivre si je ne vis qu'à moitié.S'il y a des choses à explorer, c'est à moi de le faire." J'avais aussi beaucoup d'ami-e-s qui me soutenaient.En fait, je n'avais pas choisi de vivre pour moi.Je sentais que tellement de gens voulaient que je reste en vie et comptaient sur moi, que c'était comme si je le faisais pour les autres.Alors j'ai décidé de vivre pour moi.J'ai l'impression que cette décision m'a beaucoup aidée.» HF: Es-tu entrée à l'hôpital à cause d'une crise ou suite à une série d'examens inquiétants?5 LG: Ni l'un ni l'autre.J'avais passé tous les % tests Pap, les cytologies.J'en avais encore a eus la semaine dernière.On m'avait dit que | quelque chose n'allait pas, mais que ce serait traité en microbiologie, que c'était une înfec-£ tion.Ce dont j'étais sûre en entrant à l'hôpi-é tali c'était de ne pas avoir de cancer.HP: Alors il n'y avait pas eu négligence de ta part?LG: Non.J'avais des rendez-vous tous les six mois.J'y étais même allée en décembre, en mars, en mai.En plus, comme ancienne bénévole à la Société canadienne du cancer, j'avais, pendant des années, sensibilisé les femmes à la prévention.Oh! J'avais un tout petit fibrome, mais ils n'opèrent pas pour ça! J'avais aussi des menstruations un peu plus abondantes, mais je me disais que c'était la ménopause.On met tout sur le dos de la ménopause.HP: Mais comment se fait-il qu'ils n'aient rien vu lors des examens?LG: Je ne sais pas si c'est la bonne explication, mais comme le cancer était à l'endocol, c'est-à-dire plus haut que le col, plus près de l'utérus, les sécrétions n'étaient pas modifiées, ce qui donnait toujours des cytologies négatives.Les médecins ont reconnu après qu'ils devraient peut-être faire leurs examens plus en profondeur, mais que ce serait plus désagréable pour les femmes.De toute façon, ce genre de cancer est assez rare.Au début, ils m'ont dit que c'était un cancer «Grade 1», c'est-à-dire un cancer du col qui se traitait facilement, avec un pourcentage très grand de réussite.Et je le croyais.Si c'était nécessaire, ils allaient me proposer une intervention.Après, ils ont commencé à être confus: l'intervention n'était plus possible, c'était plus grave qu'ils ne le croyaient et le cancer avait un caractère très agressif.J'ai eu deux traitements successifs: la radiothérapie, puis la chimiothérapie dont je ne croyais pas avoir besoin.La radiothérapie m'a tellement affaiblie et rendue malade que je ne voyais plus les choses de la même façon.Je me disais: «C'est peut-être comme ça qu'on part.» À d'autres moments, j'avais l'impression que j'allais m'en sortir.Je passais par tous les états.NG: Est-ce que tu as eu envie de décrocher à un moment donru • LG: Oui.Je me disais que ça ne valait pas la peine de se maintenir en vie à coups de comprimés de codéine, toujours mal dans sa peau parce qu'on souffre trop.C'était toujours le même type de douleurs, comme de menstruations.Je me demandais pendant combien de temps ça allait continuer.Pourtant, j'y repense aujourd'hui, ils m'avaient clairement dit que je n'avais à peu près aucune chance de m'en tirer.Il y avait peut-être une intervention possible, mais ça ne réussissait que dans 3 à 5 % des cas.Je suis allée consulter une autre équipe médicale, à Toronto, qui a posé le même diagnostic.Mais moi, entre-temps, j'avais commencé à faire de la relaxation et de l'imagerie, à essayer de me débattre d'une autre façon.J'avais aussi commencé une psychothérapie.J'allais devoir vivre des choses seule, mais je ne pouvais pas le faire sans soutien.Et je ne voulais pas l'exiger de mes ami-e-s.Je suis sûre qu'une de mes amies, entre autres.pleurait iusque chez elle en sortant d'ici.Si je voulais garder des contacts véritables avec les gens, il ne fallait pas qu'ils viennent toujours me voir comme une malade.J'avais souvent pensé à la psychothérapie dans le passé.La personne que j'ai choisie, avec son petit côté «flyé», m'a amenée sur des pistes nouvelles.Elle n'avait pas peur que j'essaie ceci ou cela.NG: Étais-tu prête à tout essayer en te disant que tu n 'avais plus rien à perdre?LG: Pas vraiment.Je le faisais avec plus de confiance que ça.J'avais vraiment l'impression qu'il allait se passer quelque chose.NG: Tu as essayé l'imagerie positive.Comment est-ce que ça fonctionne?LG: On relaxe et on arrive à un état de calme, par de la musique et des paroles, sur cassette.Puis on donne une image à sa maladie et on se donne un instrument pour la combattre, toujours en image.Moi je voyais une espèce d'oiseau noir, gluant, épouvantable, que je portais dans mon ventre.Je le regardais jusqu'à ne plus pouvoir le tolérer et là, je me donnais des pics, des râteaux, des couteaux, toutes sortes d'instruments pour le combattre, le détruire et le dégager de moi.Après, je me flattais, toujours en image, comme pour m'apporter un peu de douceur ou panser une plaie.Je faisais l'exercice deux ou trois fois par jour, pendant trois quarts d'heure, en me répétant que ce serait efficace.HP: Tu t'es donné un pouvoir sur ta nuiladie.LG: Oui.Peu à peu, le système lymphatique, qui était atteint, est redevenu sain, et c'est alors qu'ils ont pu m'opérer.Est-ce uniquement à cause de la chimiothérapie?Est-ce le fait d'avoir suivi en partie la diète du Dr Kousmine (méthode Simonton2)?C'est probablement une combinaison de tout cela.HP: Mais tu as pris aussi utu décision intérieure?LG: Oui.Je n'avais jamais eu de pouvoir nulle part.Peut-être un peu dans ma vie professionnelle, sûrement pas dans ma vie privée.L'intervention a eu lieu quand j'ai décidé de courir le risque.Ils devaient faire une intervention d'exploration: ils évalueraient les ganglions, feraient des coupes pour savoir si les tissus étaient positifs ou négatifs et, s'ils s'avéraient négatifs, les médecins pourraient procéder à l'intervention, c'est-à-dire enlever l'utérus.NG: Mais n'es-tu pas allée consulter une gué-tisseuse avant l'intervention-' LG: Je suis d'abord allée voir un médium, en décembre, une semaine ou deux avant l'opération.Je me demandais ce que je pouvais faire pour me renforcer et ne pas devenir folle dans tout cela.Mes enfants étaient complètement désemparés et réagissaient, comme tous les adolescents, en s'éloignant de moi.Ils n'acceptaient pas ma maladie.avril 1986 17 LA VIE EN ROSE Cela m'était difficile à vivre.Alors j'ai consulté un médium, qui m'a dit des choses étonnantes sur ma maladie: qu'il n'y avait pas de problème et que les ganglions étaient négatifs, alors que les médecins m'avaient dit le contraire.Ceux de Toronto avaient dessiné devant moi, sur un grand tableau, une personne avec ses organes génitaux et tous ses ganglions, et ils avaient fait une croix dessus en me disant: «Il n'y a rien à faire là, Madame.» Le médium m'a dit aussi que je m'étais toujours laissé dominer, et que la maladie en était un effet.Je vivais dans un stress que j'étais incapable de dominer.On prétend que les cancers sont causés par un ou des stress qui seraient survenus dans une période de six à dix-huit mois avant la maladie.J'ai très bien pu identifier ce qui avait craqué à ce moment-là dans ma vie.Ce médium m'a remonté le moral.Il m'a aidée à identifier ce qu'il a appelé mes intimidateurs, c'est-à-dire les situations et les personnes qui me dominaient à cette époque-là.Je suis aussi allée voir une guérisseuse qui avait des qualités de voyance, et qui m'a beaucoup soutenue et énergisée: je me sentais tellement bien en sortant de chez elle! Tout ça demeure quand même assez mystérieux.HP: Comment étais-tu avant l'intervention?Tu allais t'endormir et tu ne savais pas dans quel état tu allais te réveiller.LG: Non.Je savais seulement que si l'intervention était courte, ça voulait dire qu'ils n'avaient rien pu faire et qu'il restait bien peu d'espoir.Par contre, si l'intervention durait très longtemps, ça signifiait qu'ils étaient arrivés à enlever la tumeur.En me réveillant, j'ai entendu quelqu'un dire qu'il était neuf heures moins vingt.Comme j'étais entrée dans la salle d'opération à huit heures, j'ai pensé que cela avait été très court et que c'était foutu.Mais tout à coup quelqu'un s'est plaint de «cette grosse journée».Alors là, j'ai compris qu'on était le soir et que j'étais sauvée.L'opération avait duré 12 heures.Et quand j'ai aperçu mes ami-e-s qui avaient l'air tellement content-e-s, j'ai su que tout devait être correct.HP: Mais tu savais que la convalescence serait très longue?LG: Oui.Au moins six mois avant de reprendre un bon nombre d'activités, m'avaient dit les médecins, et un an avant de recommencer normalement, parce que j'avais encore des traitements de chimiothérapie à subir après l'intervention, de manière préventive.Mais j'ai commencé à travailler à mi-temps au bout de quatre mois.J'ai aussi cherché d'autres moyens de me rétablir comme l'anugymnastique, les massages.Encore maintenant, j'ai une masso-thérapeute.Mon corps avait été tellement bousculé par les médicaments, les intoxications, l'intervention et tout le reste.J'avais besoin d'être dorlotée, traitée en douceur, sans aiguilles ni couteaux.HP: Comment t'es-tu «ajustée» à la douleur, quasi pcnnarwnte?LG: J'essayais de faire de la relaxation parce dio-Canada en I960, au temps de Judith Jasmin.Ixs femmes étaient rares dans les couloirs de l'information.Mais elle a tout de suite connu une certaine Andréan-nc Lafond avec qui elle a fait plus tard les 400 coups, en animant La Vie quotidienne, l'une des meilleures émissions de radio jamais produites à Radio-Canada.On s'en ennuu; encore, même si le tandem s'est séparé en 1980, après quatre ans de merveilleuse folie.Ah! La Vie quotidienne, ça, a été extraordinaire.!, dit Lizette Gervais.C'était la première fois, à ma connaissance, que deux femmes animaient une émission ensemble.Andréanne et moi, on était tellement complémentaires, complices, exigeantes.Il y avait un tel humour entre nous: on était ausssi folles en ondes qu'en dehors! Dans les moments les plus difficiles de ma maladie, je me disais parfois: «Bon.Qu'est-ce que je choisis?L'humour ou le désarroi?Tu ferais mieux de prendre l'humour, ma fille, parce que le désarroi ne va te mener nulle part.» Avec Andréanne, c'était comme ça.En quatre ans, il n'y a pas eu une seule fois où on n'a pas été sur la même longueur d'ondes.On avait des personnalités diffi'-entes au départ, et on les accentuait en ondes.On s'était donné des rôles.Andréanne était la femme qui vivait seule, la célibataire qui a- des problèmes avec son auto et plein de livres dans sa maison.Moi, j'étais la mère de famille qui avait des problèmes de petits, un chien, un chat, un mari et tout.On était des filles d'information, Andréanne et moi, et La Vie quotidienne représentait ce qu'on avait toujours voulu faire toutes les deux.On faisait l'émission comme si personne d'autre n'écoutait.Pour alimenter la réflexion de quelqu'une, le témoignage d'une personne ordinaire est certainement aussi valable qu'une entrevue avec un ministre de n'importe quoi.Tout était dans le ton.On se moquait l'une de l'autre.On disait en ondes des choses qui frisaient parfois le double sens, et ça, les femmes ne se l'étaient jamais permis.On transgressait des tas de choses.Je pense que cette audace vient avec la maturité.On n'aurait pas pu l'avoir plus jeunes.Et c'est ça qui était agréable: être bien dans sa peau de femme de 45 ans et profiter de toutes les expériences de sa vie.Andréanne a été très bouleversée par ma maladie.Quand je l'ai appelée, tout ce qu'elle a trouvé à dire, c'est: «Mon chéri, mon chéri, mon chéri», et elle braillait.Je lui disais que j'étais encore en vie, et elle me répétait «Mon chéri» en pleurant.Ça a été ça, notre téléphone.J'étais moi-même bouleversée parce qu'elle n'est pas une fille qui pleure.On ne se voyait pas en dehors du studio, mais on savait qu'on pouvait toujours compter l'une sur l'autre.Quelquefois, on est allées manger ensemble.Mais manger avec Andréanne, ça veut dire entrer dans un restaurant à 6 heures, et être encore là à 3 heures du matin.! Je ne pouvais pas le faire toutes les semaines.Notre amitié est très profonde, même si on ne se parle pas ou on ne se voit pas pendant six mois.On se confiait beaucoup l'une à l'autre pendant le travail.On arrivait une heure à l'avance le matin et on avait le temps de se raconter tout ce qui s'était passé la veille.On avait même un code pour dire «J'ai fait telle chose», ou «Je suis allée à telle place.» Quand on se parle, on peut se raconter nos vies en cinq minutes.J'avais beaucoup de responsabilités en ce temps-là, et c'était précieux d'avoir quelqu'un qui m'écoutait, à qui je pouvais dire que j'en avais ras le bol.Andréanne répondait: «Peut-être as-tu raison, mais as-tu pensé à telle chose?» Et là on se mettait à rire, invariablement.Aujourd'hui, c'est l'intervieweuse interviewée.Mais quand il s'agit de quelqu'une de la trempe de Lizette Gen>ais, ce sont les deux in-tervieweuses de LVR qui rasent les murs de timidité, même si nous la connaissions déjà et estimions autant la personne que la jouma- a liste.Nous venions discuter d'un sujet tragi- f que, mais nous avons d'abord parlé métier.^ Comme si nous ne pouvions pas mm en cm- S pêcher, parce qu 'il est difficile de parler mala- S die d'emblée avec une vivante de cette enver-1 gioe.«Dans une entrevue, tout est dans la £ LA VIE EN ROSE 18 avril 1986 Nicole.Non.Tout est dans la dernière, a-t-elle répondu.Quand on est limitée dans le temps, comme à la radio, il faut se garder quelque chose de punché pour que ça rebondisse à la fin.Je trouve inacceptable qu'un-e interviewer-euse dise: «Ce que vous aviez à nous dire était bien intéressant, mais nous n'avons plus de temps.» Je suis peut-être de la vieille école, mais il vaut mieux déplacer un-e autre invité-e et lui donner tout le temps qu'il lui faut.Il faut être souple.Si j'ai parfois la nostalgie de la radio?Non, pas vraiment.Dans ce métier, on est tellement bousculée qu'on n'a pas tellement le temps de maintenir le contact, même avec des gens intéressantss.On fait une longue entrevue, mais on ne revoit pas la personne après, parce que quelqu'un d'autre attend pour être interviewé.C'était comme ça, en tout cas, à La Vie quotidienne, qui durait plus de deux heures, en direct.En entrevue, on touche des aspects auxquels on n'oserait jamais toucher autrement.On est indécente, voyeuse.On fouille dans la vie des gens, on respecte à peine la durée d'une réponse.On arrive quasiment avec une stratégie, comme pour piéger les gens.Alors que mes rapports avec les gens, dans la vie, ne sont pas du tout comme ça.Je suis double.Il paraît que je suis une parfaite «gémeaux».Andréanne me le répétait toujours.que plus j'étais tendue, plus la douleur était forte.Et finalement, je prenais des calmants.C'était presque un cercle vicieux.Je ne voulais pas en prendre trop, et je finissais toujours par en prendre.Mais c'était des douleurs contrôlables.Je n'ai pas eu la peur panique de vivre avec une douleur permanente insupportable, sur laquelle je n'aurais aucun contrôle.J'allais avoir mal un bout de temps, mais un calmant atténuerait ma douleur quand je le voudrais.J'arrivais même à dormir sans somnifères: le soir et la nuit sont pourtant des périodes très angoissantes à l'hôpital.NG: Quand on vit des choses aussi difficiles, quand on affronte la mort, qu'est-ce qu'on attend de ses ami-e-s?LG: Je voulais que mes ami-e-s parlent de ce qui les intéressait, de ce qu'ils vivaient.Quand je parlais de moi, j'avais l'impression de m'effondrer et d'aller plus mal.Tellement de gens m'ont manifesté leur amitié à ce moment-là, c'est incroyable.Chez moi ou à l'hôpital, des gens qui ne s'étaient jamais rencontrés se rencontraient tout à coup.Et ça créait une espèce de climat qui obligeait à aller à l'essentiel.NG: Tu allais au coeur des clwses.LG: Mes ami-e-s faisaient probablement un choix dans les choses qu'ils me racontaient.Mais on ne «placotait» pas, dans le genre: «J'ai acheté telle chose, j'ai fait mon marché, j'ai vu une robe, etc.» C'était beaucoup plus profond.J'ai aussi donné à certain-e-s ami-e-s très proches des choses qui m'appartenaient: par exemple un bijou que j'avais porté, que j'aimais beaucoup, et que je vois maintenant sur elles.Ou encore des objets qui me tenaient à coeur et que je vois maintenant dans leurs maisons.Cela crée un autre type de liens.HP: En fait, ta vw a e'té complètement transformée en un an, plus que pendant les 50 années | précédentes.LG: Ah! oui! Quand j'ai commencé à me rendre compte que j'avais toutes les chances au monde de survivre après une intervention majeure, mutilante, et que je restais avec un handicap, cela m'a pesé.Mais à l'hôpital, je lisais La Vie en rose (je ne dis pas ça pour vous faire plaisir), et à ce moment-là il y a eu un article d'Anne-Marie Alonzo, «Cuir et chrome3».Je le relisais tous les soirs.J'avais déjà fait une entrevue avec elle, et je considère que c'est la meilleure entrevue que j'aie jamais faite.Cela tient à elle, pas à moi.Si elle était capable de survivre, et d'autres comme elle, avec un handicap qui a changé toute sa vie, moi aussi je le pouvais.J'ai compris alors que vivre n'était pas seulement se laisser vivre, même si j'avais une sorte de deuil à faire de mon corps, de certaines parties de mon corps.Pour moi, ce deuil était d'autant plus important que je n'avais jamais donné naissance à des enfants.J'avais l'impression que je m'étais encore punie par ce cancer à l'utérus.Je n'aurais pas pu faire un cancer du poumon! En moi, quelque chose n'avait pas été réglé par rapport à la maternité.J'avais toujours été perfectionniste: la petite fille sage, parfaite, presque modèle.Je ne voulais pas être dans la peau de quelqu'un d'autre.Je me convenais.Et puis tout à coup.la grande faille dans la perfection: je ne pouvais pas avoir d'enfant.HP: Mais tu Tas vécue la maternité, tu as adopté des enfants.LG: Oui, mais j'aurais eu besoin, dans mon corps, de vivre une grossesse.J'avais pris la décision de vivre une grossesse et d'adopter un enfant aussi.J'avais besoin des deux.Finalement, j'ai vécu la maternité sans grossesse, sans donner naissance, sans accouchement.NG: Colette disait: «Mon corps sait ce que ma tête ne veut pas savoir.» LG: Oui, c'est vrai.Et moi qui n'ai jamais réussi à mener une grossesse à terme, je me suis prise pour la mère de tout le monde.HP: Est-ce que toi, tu te laisses materner main-tetuint?LG: Ah! oui, tout à fait! J'ai commencé à me laisser materner par ma mère il y a quelques mois.Parce que je me prenais aussi pour la mère de ma mère.A cause d'elle et de mes enfants, je trouvais épouvantable ce qui m'arrivait.Je souhaitais parfois être seule et décider pour moi, ne pas vivre pour les autres et me donner à moi-même la liberté de vivre ou de mourir.Mais je me l'interdisais.Je me sentais responsable et coupable de faire vivre «ça» à mon entourage.Maintenant, j'ai replacé les choses: mes enfants sont mes enfants, moi je suis moi et ma mère est ma mère.Et quand je vais chez elle, je vais chez ma mère.Elle me prépare des petits repas.Elle se comporte comme une mère qui s'occupe de sa fille malade.Et à mesure que sa fille est de moins en moins malade, elle s'en occupe de moins en moins.1970: luette avec ses enfants Louis Nghla et Julie Sauvé.NG: Peut-on faire un lien entre ton engagement social et ce goût de materner, de toujours aider le monde?Tu t'es occupée des prisonniers, de défendre les droits de la personne, en plus de ta carrière et de tes enfants.Tu étais toujours disponible pour les glandes causes.LG: Oui, peut-être.Mais la culpabilité |oue beaucoup dans tout cela aussi.Je me sentais coupable d'avoir été choyée par la vie.J'avais réussi mes études, j'avais la chance d'avoir un métier intéressant.Tout marchait bien pour moi, et je m'élonnais touiours que Lisette Gervais a quitté Radio-Canada en 1980, alors que l'émission avait toujours le vent dans les voiles.Parce qu'elle avait l'impression de n'avoir plus rien à dire, de n'ap-pirrtcr plus rien de neuf.On lut a proposé un contrat comme présidente à l'Office des semi-ces de garde à l'enfance du Québec.Cette question l'ayant toujours préoccupée, elle a accepté.En 1982, elle attrait au Secrétariat à l'adoption, toujours au ministère des Affaires sociales, pour s'occuper principalement des dossiers d'adoption intenutioriale et de recherche des antécédents.Elle v est umjours.y Hiîlèsh Pedneault avril 1986 19 LA VIE EN ROSE ce soit aussi facile.Même si j'aurais sûrement eu une carrière plus prestigieuse si j'avais été un homme.NG: Et tu sentais le besoin de payer pour ça?LG: Oui.Il y avait à côté de moi des gens tellement démunis.Cela n'avait pas de sens.Et à cause de ma position sociale, dans des emplois de responsabilité, de vedettariat si l'on veut, je pouvais encore mieux aider les autres.Au fond, j'ai toujours trouvé mes activités bénévoles plus gratifiantes que mon métier.J'y rencontrais des gens que je pouvais amener dans les médias, pour faire connaître leur cause ou pour entendre leur témoignage.Je n'ai jamais séparé mes engagements sociaux de mon métier.HP: Finalement, dans ton imagerie positive, as-tu fini par tuer ton oiseau noir?LG: Oui.Mais c'est curieux: après l'intervention, je n'étais plus capable d'écouter ma cassette et je n'arrive plus auiourd'hui à créer mon oiseau noir, à l'imaginer.Je vis maintenant au jour le jour.J'ai le trac chaque fois que je fais quelque chose, que ce soit prendre un taxi ou faire une émission.Je reviens dans le monde.C'est vraiment une espèce de renaissance.Je vois les choses tellement différemment.Moi qui prêchais la tolérance, je me suis rendu compte que je ne l'étais pas toujours.Mais là, je le suis vraiment.Je prends les gens tels qu'ils sont.Et ils me prennent comme je suis.HP: Quelque part, tu as lâche du lest?LG: Oui.Des ami-e-s m'ont dit qu'ils voulaient que je reste en vie, et c'est important.L'un d'eux, qui avait toujours respecté mes choix, m'a dit un jour: «Reste en vie pour moi.» La maladie a modifié tous mes rapports avec les gens.J'ai certainement une vingtaine d'ami-e-s très près de moi, sur lesquels je pouvais compter à n'importe quel moment, jour et nuit.L'une de mes amies travaillait toute la nuit et au matin, elle prenait sa voiture, partait de Québec et venait me voir.C'était ce type d'amitié-là.Il y avait tellement de monde qui pensait à moi, cela doit être ce qu'on appelle la «communion des saints», l'énergie, les âmes.HP: As-tu beaucoup pensé à la mort avant l'intervention?LG: Non.J'avais bien plus peur de vivre en faisant pitié.Je n'avais pas peur de la mort.J'avais peur de continuer à dépendre de tout le monde comme cela avait été le cas pendant les mois qui venaient de s'écouler.Et la mort, je me donnais encore le temps d'y penser.Pour moi il n'y avait rien de précis après, je n'étais pas rendue là.Le combat n'est pas terminé.Depuis juin 85 jusqu 'à mars 86, au moment de la remise de cet article, le scénario s'est modifié: la mère de Li-zette, dont elle était très proche, est décédée subitement à la fin du mois d'août.Puis il y a eu des complications suite à l'intervention, un douloureux zona causé par l'épuisement, deux hospitalisations de l'automne 85 jusqu'à janvier, et une autre intervention chirurgicale due à une occlusion intestinale.Cela fait beaucoup pour une seule femme.Je rêve qu'on puisse un jour arriver à partager la souffrance à plusieurs.^ 1/ Ces deux heures d'émission seront diffusées les vendredis 28 mars et 4 avril, à Radio-Québec.21 Voir encart «La méthode Simonton».3/ Voir La Vie en rose, février 1985.Le Regroupement des intervenantes/ts en planification des naissances/éducation sexuelle de la région 06.CLSC Centre-Sud • CLSC Longueuil-Ouest • CLSC Seigneurie de Beauharnois • CLSC Module Lachme • CLSC Rivière des Prairies • Centre de santé des femmes du quartier • CLSC Côte des Neiges • CLSC du Marigot • D.S.C.Lakeshore • Clinique des Jeunes St-Denis • CLSC Module Snowdon • CLSC Parc Extension • CLSC Métro • CiSC Vallée des Forts • CLSC Lamater • CLSC Montréal-Nord • CLSC St-Michel • CiSC Norman Béthune * Cité de la Santé de Laval *CLSC Outremont Mont-Royal • CLSC Secteur Bordeaux • CLSC Jean-Olivier Chémer • CLSC La Presqu'île • CLSC des Mascoutains • Hôpital Charles LeMoyne • CLSC Longueuil-Est • CLSC Haute Yamaska • CLSC Mercier-Ouest • CLSC La Petite Patrie • CLSC Joli-Mont • CLSC Centre- Ville • Centre hospitalier St-Luc • CLSC Hochelaga-Maisonneuve • CLSC J -Octave Poussin • CLSC Rosemoni • CLSC Module St-Laurent • Centre hospitalier de Valley field • Hôpital Ste-Jeanne d'Arc • CLSC An/ou • CLSC St-Hubert • CLSC Arthur-Caux • CLSC Ste-Rose de Laval • CLSC des Hautes Laurentides • CLSC de Farnham • CLSC Jardin du Québec • CLSC Huntingdon • CLSC Brandon • Centre hospitalier Maisonneuve-Rosemont • CLSC Ahuntsic • CLSC Module Verdun • DSC Verdun • CLSC St-Leonard • CLSC du Havre • CLSC Chiteauguay • CLSC Pierretonds • CLSC St-Louis du Parc • CLSC La Chênaie • DSC Honoré Mercier • CLSC des Seigneuries LA VIE EN ROSE 20 avril 1986 CANCER «La maladie est la zone d'ombre de la vie, un territoire auquel il coûte cher d'appartenir.En naissant, nous acquérons une double nationalité qui relève des bien-portants comme des malades.Et bien que nous préférions tous présenter le bon passeport, le jour vient où chacun de nous est contraint de se reconnaître citoyen de l'autre contrée.» Susan Son tog, La maladie comme métaphore En soi, le mot est inoffensif, n'a aucune résonance particulière.On se demande à quelle partie de son anatomie onco peut bien être rattaché.A aucune et à toutes à la fois puisque onco veut dire tumeur et tumeur, de nos jours, veut presque toujours dire C-A-N-C-E-R, comme dirait Clémence.Il m'aura suffi de quelques visites au département d'oncologie de l'Hôpital Notre-Dame pour n'avoir plus de doute là-dessus, d'ailleurs.Surchauffée, la salle d'attente est toujours pleine.Chaque fois, et j'y suis retournée cinq fois, indépendamment de l'heure, du jour ou du mois, il y a à peine assez de sièges pour accommoder tout le monde.Le café et les jus sont gracieusement offerts, signe que l'attente en ces lieux est non seulement longue mais particulièrement douloureuse.Les visages sont gris, les cheveux beaucoup trop rares, les corps «maganés» par la maladie et sans doute aussi par l'âge.Ici, on distingue facilement la personne accompagnée de celle qui accompagne.Ce qui frappe surtout?La par Francine Pelletier résignation, toute angoisse étant soigneusement dissimulée derrière des corps impassibles.Je me suis retrouvée dans un de ces nouveaux «pavillons des cancéreux» sans m'y attendre, me rattachant à la conviction chancelante que - moi qui n'avais jamais le moindrement intéressé la médecine (et encore jeune!) - je n'y avais pas ma place.«Le cancer est une maladie dont nous souffrons ou souffrirons presque tous, directement ou indirectement»; ainsi commence un article du Scientific American.Une personne sur trois est présentement atteinte de cancer dans les pays industrialisés (au Canada: une sur quatre) et une sur cinq en meurt Et le taux est continuellement à la hausse.Ce qui veut dire que non seulement vous continuerez à entendre parler de cancer, mais que vous (ou votre entourage) en serez touchée, si ce n'est déjà fait, d'ici quelques années.Si la médecine affiche un certain optimisme quant à la possibilité de trouver un remède au cancer d'ici l'an 2000 - une quantité énorme de recherches se poursuivent à l'heure actuelle1 - elle a relativement peu à offrir aux millions dindividu-e-s qui en mourront d'ici là.D'ailleurs, s'il y a tant de recherches, et tant d'euphorie chaque fois qu'on pense apercevoir la lumière au bout du tunnel, c'est que, comme le dit un récent article du New York Times, «les armes traditionnelles utilisées contre le cancer semblent atteindre les limites de leur efficacité».Ces armes, utilisées seules ou en combinaison, sont la chirurgie (on extrait la tumeur), la radiothérapie (on la brûle) et la chimiothérapie (on la détruit par médicaments).Elles guérissent dans presque 50 % des cas, une augmentation de 40 % depuis la seconde-Guerre.Mais tous les cancers ne sont pas guérissables à 50 %.Alors que le cancer de la peau, très fréquent chez les femmes comme chez les hommes, se guérit presque à 100 % s'il est dépisté assez tôt, le cancer du poumon, le plus meurtrier de tous, ne se guérit que dans 6 % des cas.Car il en va du cancer comme des cowboys au cinéma: il y en a des avril 1986 21 LA VIE EN ROSE bons et il y en a des mauvais.Les «bons» sont presque toujours des cancers localisés, c'est-à-dire limités à une tumeur facilement repérable dont, idéalement, la chirurgie viendra à bout.Un tel cancer est classifié «Stade un» sur une gradation de 4.Les «mauvais» sont presque toujours systémiques (stade 3 ou 4), c'est-à-dire qu'ils se sont répandus, par le sang ou les voies lymphatiques, ailleurs dans l'organisme causant ainsi des métastases ou cancers secondaires.Il suffit qu'un seul ganglion soit atteint, en plus de la tumeur initiale (qui contient d'ailleurs des milliards de cellules cancéreuses), pour que le problème soit généralisé.Et donc, invincible.Car si la radiothérapie ou la chimiothérapie parviennent la plupart du temps à faire régresser les tumeurs cancéreuses, ce sont des méthodes particulièrement débilitantes: les rayons parce qu'ils sont source de cancer en soi, les médicaments parce qu'ils détruisent toutes les cellules qui se reproduisent vite (dont les cheveux).Il peut donc arriver que la radio ou la chimiothérapie tuent le ou la patiente qu'elles viennent par ailleurs de guérir.«Maman, c'est Denise.J'ai une bosse.Sur le sein.Comment, c'est normal?Je sais qu'un sein c'est une bosse, mais une bosse sur une bosse, tu trouves ça normal?J'ai peut-être le c.a.n.c.e.r.(épelerj.Connais-tu un bon gynécologue?Morgentaler! Maman.j'en ai peur! Je veux être examinée par une femme.» Clémence Desrochers, Extrait de «J'ai une bosse» Voilà une des nombreuses ironies du cancer.La plus étonnante est sans doute que nous ne serions pas à ce point «cancérifié-e-s» si la médecine, toujours grandement impuissante face à cette maladie, n'était pas si efficace face aux autres.Depuis la révolution sanitaire, depuis surtout la découverte des antibiotiques, «il n'y a à peu près plus de maladies intraitables», de dire le Dr Philippe Gauthier, gynécologue-oncologue à l'Hôpital Notre-Dame ainsi qu'à l'Hôtel-Dieu de Montréal.À bas la peste, donc, le choléra, la typhoïde, la fièvre jaune et ce qui était le fléau du siècle dernier, la tuberculose - pour ne nommer que celles-là.Reste le cancer, non pas que ce soit une maladie récente (on a découvert des momies égyptiennes cancéreuses) mais il faut vivre relativement vieux, relativement en santé aussi, pour même s'apercevoir que le cancer nous ronge les dedans.Il faut dire que le cancer se singularise par son côté invisible et indolore, ceci jusqu'à la phase ultime, c'est-à-dire lorsqu'il est «trop tard».Autre ironie: le cancer est aussi fréquent qu'il est difficile, médicalement parlant, à contracter.Pour que la maladie se manifeste, il faut que les mécanismes de surveil- lance du corps manquent plusieurs fois à leur tâche, une faille assez inexplicable dans «cet extraordinaire édifice qu'est notre matériel génétique».En effet, le processus de la cancérisation est parfaitement exceptionnel, une lubie de la nature, et quelle lubie! « Immortalisation.C'est le mot clé, constamment employé par les spécialistes, pour qui la cancérisation n'est rien d'autre qu'une recherche de l'éternité de la part de nos cellules, qui tentent d'échapper à la dictature de l'organisme pour se mettre à leur compte, comme n'importe quelle bactérie, et se multiplier indéfiniment», écrivait le Nomel Observateur, en janvier dernier.Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle bactérie, sinon on en serait venu à bout avec des antibiotiques.Il ne s'agit même pas d'une maladie mais d'un groupe de maladies - il y aurait jusqu'à 250 types de cancer, selon certains cancérologues - dont le seul point commun est parfois cette prolifération de cellules «sauvages».Le problème c'est qu'on ne sait toujours pas pourquoi - que ce soit chez les humains, les huîtres, les plantes ou les souris de laboratoire - les cellules se détraquent ainsi.«La division et la multiplication des cellules est un domaine que la médecine connaît mal, précise le Dr Gauthier.Nous détenons une dizaine de morceaux du puzzle mais il en manque peut-être 900 autres.» Ce qu'on sait, c'est qu'il existe des prédispositions au cancer, qu'on nomme susceptibilité immunologique et incidence familiale.Cela veut dire que si vous êtes déjà atteinte d'une maladie grave (le SIDA, par exemple) ou si vous avez déjà eu un cancer, vous êtes plus susceptible de le contracter; de même si des membres de votre famille en ont déjà été victimes.Mais il y a aussi des facteurs externes qui prédisposeraient et, dans certains cas, causeraient le cancer: les habitudes de vie, la profession, l'environnement.On estime qu'environ 80 % des cancers sont attribuables à ces facteurs environnementaux et pourraient donc être évités.D'après l'épidémiologiste américaine Elizabeth Whelan, il y aurait très précisément huit facteurs impliqués, à degrés divers, dans ces types de cancer: le tabac, l'alimentation, l'alcool, la radioactivité, le soleil, les médicaments, le sexe (oui, le sexe) et la profession (voir encart: Mieux vaut prévenir).On parle aussi, depuis peu, de cancers contagieux, c'est-à-dire causés nar un virus.«Un cancer sur deux dans le monde, mais plus encore dans le Tiers monde, est d'origine virale», d'après certains spécialistes.Ce serait le cas des cancers qui s'attaquent au rhinopharynx, au foie et au col de l'utérus.Ce dernier cancer est causé par les virus dits de Papova2, transmis sexuellement; l'herpès (un autre virus) et le chlamydia (une infection3) en faciliteraient la cancérogenèse.Mais voilà presque une bonne nouvelle car qui dit virus dit techniquement curable.En ce début d'année, on discute aussi de Vinlerleukm-2 (IL-2), un traitement que tente de perfectionner un médecin du National Cancer Institute aux États-Unis.Plutôt que de «brûler, couper ou empoisonner» les tumeurs cancéreuses, il s'agit de «stimuler le système immunitaire (les globules blancs) dans sa lutte contre les cellules étrangères, en l'occurrence des cellules cancéreuses4».Onze des 25 patient-e-s sur lesquel-le-s on a tenté l'expérience ont connu des résultats encourageants.Mais les effets secondaires sont très dangereux et un patient en serait même mort.On est donc très loin du but.De toute façon, d'expliquer le Dr Gauthier, il faut attendre dix ans avant qu'un nouveau traitement devienne monnaie courante.Que la solution au cancer soit liée au «corps qui combattrait sa propre maladie» plutôt qu'à des interventions mutilantes, semble cependant de plus en plus évident si l'on se fie à d'autres traitements expérimentaux.Des médecins du Cnpps Clinic and Research Foundation en Californie, par exemple, étudient la possibilité de combiner une drogue connue contre le cancer (le métothrexate) à des anticorps qui guideraient, tels des missiles, le médicament aux cellules cancéreuses, sauvegardant ainsi les cellules saines.Comme pour le IL-2, ce traitement serait particulièrement le bienvenu dans les cas inopérables et chez ceux et celles qui, après avoir été traité-e-s au maximum, développent des cancers secondaires ailleurs dans l'organisme.Ceci dit, les chercheur-e-s et les médecins s'entendent pour dire qu'il y a «peu d'espoir d'une grande découverte bientôt en ce qui concerne le traitement du cancer».Cancer du sein: calculez vos risques Votre âge: 20-34 ans: 10 points 35-49: 40 50 et plus: 90 Votre race: Jaune: 10 points Noire: 20 Blanche: 30 Incidence de cancer dans votre famille: Aucune: 10 points Tante, grand-mère: 50 Mère, soeur: 100 Votre dossier médical: Aucun antécédent cancéreux: 10 points Déjà un cancer du col: 50 Déjà un cancer du sein: 100 Grossesse: Première grossesse avant 25 ans: 10 points Première après 25 ans: 15 Aucune: 20 Régime alimentaire: Riche en gras et protéines animales: 30 points Modéré en gras: 20 Végétarien: 10 Additionnez les points obtenus avec chacun des 6 items.Vous aurez au minimum 60, au maximum 370.À 150 et plus, la vigilance s'impose.LA VIE EN ROSE 22 avril 1986 III.Plus qu'une maladie, une psychose «Dites-moi, docteur, est-ce que je vais guérir?» C'est la question le plus souvent posée, d'après le Dr Anne-Marie Nutini, l'une des rares femmes cancérologues du Québec.«Je suis honnête avec mes patient-e-s, de dire l'hématologue-oncologue de l'Hôpital Saint-Luc à Montréal.Je leur dis ce qu'ils ou elles ont et ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire.» Tous les cancérologues n'affichent pas la même franchise.Le D' Nutini avoue que de nombreux médecins sont mal à l'aise face au cancer.«Toute notre formation est là pour nous rappeler qu'il faut guérir, sinon nous ne sommes pas de bons médecins.Or il y a un stigmate associé au cancer, celui de la mort.» Beaucoup plus que les aspects mystérieux du cancer (d'autres maladies demeurent mystérieuses aux yeux de la science), c'est cette contradiction de la médecine qui explique le mieux le climat de terreur créé par le cancer.«Les phantasmes qu'inspira la tuberculose au siècle dernier et que fait naître aujourd'hui le cancer sont autant de réactions à une maladie jugée intraitable et capricieuse, c'est-à-dire incomprise à une époque où la médecine pose pour postulat de base que toutes les affections sont guérissables», ex- La cigarette et le cancer du poumon1 Nombre de Risque accru cigarettes par jour de 1-9 .362 % 10-19 .762 20-39 .1 369 40 et plus .1 777 L'âge auquel vous avez commencé 25 ans et plus .308 20-24 .908 15-19 .1 369 Moins de 15 ans .1 577 1/ Étude menée par l'American Cancer Society auprès d'hommes âgés de 35 à 48 ans par rapport à des hommes du même âge qui n'ont ia-mais fumé régulièrement.D'où vient le cancer?1.Facteurs Mortalités dues environnementaux au cancer Tabac .30-35 % Alimentation .30-35 % Radiations .2-4 % Profession .1-2 % 2.Facteurs génétiques .4-5% 3.Facteurs mexpluqués .19-33 % avril 1986 plique Susan Sontag dans La Maladie comme métaphore.On pourrait d'ailleurs se demander si le cancer n'est pas la meilleure illustration de notre incapacité de traiter avec la mort.Car le cancer n'est jamais vu comme l'aboutissement plus ou moins attendu d'une vie bien remplie, alors que c'est souvent le cas pour les maladies cardiaques, par exemple.Il y a une honte rattachée au fait d'avoir le cancer, comme il était honteux jadis d'avoir la peste ou la syphilis.«Une société accusée de corruption et d'injustices a toujours eu recours aux métaphores offertes par les maladies pour atténuer les soupçons qui pesaient sur elle», explique encore l'auteure américaine.Ceci est d'autant plus vrai que le cancer est considéré comme la maladie de l'opulence: à cause des problèmes de dépistage précoce en pays pauvres, il semble frapper davantage les pays riches.Pour ma part, je me suis demandé ce que j'avais bien pu faire à mon corps/à la nature/ au ciel.pour me retrouver parmi les dé-chu-e-s.Bref, «j'ai pris ça personnel, plutôt qu'historique».Je me suis même demandé si je ne faisais pas un cancer par empathie pour ma mère; un an et demi avant moi, on lui avait diagnostiqué un cancer aussi rare qu'incurable (à la moelle des os).Autant que s'informer sur le cancer, il faudra sans doute se prémunir contre la gêne et la culpabilité envahissante qui l'accompagnent.Mais, comment résister à cette psychose alors que, tous les jours, des aspects de notre environnement et de nos vies deviennent un peu plus suspects?De l'eau que nous buvons à l'air que nous respirons, des relations sexuelles que nous avons aux grossesses que nous n'avons plus assez.De là à conclure que «la vie est cancérigène» (Châtelaine, oct.83) et mieux encore, que nos propres personnalités le sont, il n'y a qu'un pas.En effet, on prétend beaucoup en ce moment que certaines personnes seraient plus «susceptibles» au cancer que d'autres: celles qui intériorisent plutôt qu'extériorisent leurs problèmes, celles qui se laissent plus facilement abattre.Il est difficile de ne pas voir dans cet engouement pour la psychologie une nouvelle morale, pour ne pas dire un nouveau masochisme.Car, comme dit Mme Sontag, croire que nous sommes, sans le savoir, la cause de notre maladie, c'est croire que nous l'avons méritée: «L'explication psychologique sape la réalité de la maladie.» D'ailleurs, poursuit-elle, il était communément admis dans l'Angleterre du XVIe et du XVIIe siècle, que «l'homme heureux n'avait pas la peste».«Maman, il faut que tu passes le Pap test une fois par année.Tu sais pas ce que c'est le Pap test?Non, ça n'a rien à voir avec le passage de Jean-Paul II.T'es comique à matin.J'entends des glaçons dans ton verre.C'est un peu tôt pour prendre l'apéritif, me semble, neuf heures du matin.Viens dîner avec moi, on va regarder ensemble combien j'ai de bosses.» Clémence, idem Cela ne veut pas due qu'il n'y ait pas de liens entre le stress (émotif ou physiologique), par exemple, et une baisse des fonctions immunitaires.Au contraire, une attitude plus «positive» stimulerait nos défenses naturelles.Encore une fois, rien n'est prouvé et tout dépend des individu-e-s.Mais tous les mystères qui entourent le cancer ont ceci de positif qu'ils forcent la médecine à adopter une approche plus globale.Comme dit le Dr Nutini, «on ne fait pas de cancérologie toute seule dans son coin».Il n'a jamais été non plus autant question de prévention.Si la plupart des médecins demeurent plus intéressés à découvrir la cure du cancer que les moyens de ne pas tomber malade, le terme «prévention» a définitivement fait sa marque dans la littérature médicale.Il y a déjà cinq ans aussi que le Dr Jan de Winter ouvrait, en Angleterre, une clinique de prévention du cancer, dont l'enseigne dit «SVP, Entrez alors que vous êtes toujours bien portant-e-s.» Mais qu'est-ce que la prévention sinon d'abord de l'information?La dernière partie de cet article s'inscrit dans cet esprit.Ou «SVP, Lisez ce qui suit alors que ça ne vous concerne pas encore.» LA VIE EN ROSE .e cancer au féminin Quels sont les cancers dont risquent de souffrir les femmes?Jusqu'à maintenant, le cancer du sein était pour elles à la fois le plus fréquent et le plus mortel.Mais aux États-Unis, cette année, le cancer du poumon est devenu pour les femmes, comme c'est le cas depuis longtemps pour les hommes, le tueur numéro un.Le Canada devrait, comme d'habitude, suivre sous peu(!).Voilà donc partie en fumée la vieille théorie accordant aux femmes une certaine immunité de ce côté.Fumant de plus en plus, elles sont de plus en plus atteintes aux poumons, ce qui confirme que la cigarette est à 80 % responsable de ce cancer.Si la cause est claire dans ce cas, la maladie n'est pas plus facile à traiter pour autant.Au contraire, le manque de symptômes précoces du cancer est ici particulièrement néfaste: il est «trop tard» dans plus de 90 % des cas.De plus, les tumeurs qui se développent dans les poumons sont souvent inatteigna- «Oui, bonjour docteur, mon nom est Denise Bombé-Letorse, je suis très inquiète, me semble que j'ai.oui, j'ai la Croix bleue.J'ai quarante et un an.Non, pas mariée.Non, pas d'amant, non, pas d'enfant, non, pas d'avortement, non, pas de fausse couche, non, pas la pilule, ni le stérilet.Non, pas sainte.Trouvez l'erreur, docteur.Quoi, pas avant un mois?(main sur le sein) Mais, il va m'en pousser d'autres.Ça veut dire que je ne saurai pas avant un mois si j'ai le c.a.n.c.e.r.ou pas?» e cancer du se Répartition de 100 cas de cancer chez les (emmes Clémence, idem bles par chirurgie et, mystère, résisteraient davantage aux rayons et aux médicaments.Comment le tabac provoque-t-il le cancer?«L'inhalation de la fumée entrave le processus normal de nettoyage en faisant disparaître les cils des bronches et en faisant épaissir la muqueuse qui protège les tissus sous-ja-cents.Il s'ensuit que les agents cancérigènes restent pris assez longtemps sur la muqueuse de la voie respiratoire pour pénétrer dans les cellules avant d'être expulsés par la toux, le seul mécanisme de nettoyage qui reste.Ces agents vont attaquer les cellules lentement et progressivement jusqu'à ce que le cancer prenne forme.5» Plus on fume, et plus il y a longtemps, plus les chances sont grandes de développer un cancer (voir encart: La cigarette.).La bonne nouvelle, c'est que le fait d'arrêter de fumer vous vaudra des poumons «remis à neufs» dans (seulement) 10 ou 15 ans.En attendant, vous pourrez toujours vous féliciter de ne plus contribuer à la pollution de l'atmosphère, la pollution causée par le tabac étant de loin quantitativement supérieure à la pollution industrielle.Si aucune partie du corps n'est à l'abri du cancer, le sein, chez les femmes, est particulièrement vulnérable.Une femme sur douze développe un cancer du sein; aux États-Unis, une femme en meurt toutes les 15 minutes.«Il y a peu d'évolution du taux de survie à ce cancer, précise le Dr Gauthier, mais il y a de gros changements thérapeutiques.» En effet, ce que l'on a appelé «une des plus grandes erreurs thérapeutiques du siècle», la mastectonue radicale d'ablation du sein et des muscles sous-jacents), est peu utilisé de nos jours.Et pour cause.Dans le East West Journal, Le Dr de Winter explique: «Nous savons que le cancer du sein n'est souvent qu'un des signes extérieurs d'une maladie généralisée.Alors pourquoi s'acharner à l'extirper d'un seul endroit sinon parce que le sein est une partie très visible de l'anatomie féminine?» (Et peut-être pas très appréciée du «corps» médical?) La mastectomie a non seulement causé des mutilations inutiles, elle a contribué à répandre l'idée que le cancer du sein est un cancer localisé.Ce n'est vrai que dans 50 % des cas, pour lesquels une exérèse locale (une chirurgie qui n'enlève que la tumeur et les tissus adjacents), suivie probablement de radiothérapie, s'avère assez efficace.Mais pris dans son ensemble, le taux de survie au cancer du sein est seulement de 50 %.«Survie» est d'ailleurs un terme assez relatif.Une personne aura survécu à son cancer si, cinq ans après le diagnostic, elle est toujours vivante.La médecine considère alors qu'elle a autant de chances de mourir d'autre chose que du cancer.Aussi lente est l'apparition d'un cancer - entre cinq et 20 ans -aussi rapide est donc sa progression une fois qu'il est détectable.Au point où une personne qui doit en mourir le fera dans les quelques années qui suivront.Bien sûr, ici aussi, il y a de notables exceptions: les cancers particulièrement «agressifs», celui de la moelle des os par exemple, ne se soumettent pas à la règle des cinq ans.Quelles sont vos chances de développer un cancer du sein?Il existe un portrait type des victimes: une femme blanche approchant la ménopause, qui n'a pas eu d'enfant avant son 35e anniversaire, encline à l'obésité et dont une autre parente directe aurait eu le cancer.Contrairement à d'autres formes de cancer, il s'agirait aussi d'une femme de milieu socio-culturel élevé.Peut-on se protéger en pratiquant l'auto-examen des seins?Il n'existe pas de méthode de dépistage vraiment efficace de ce cancer (comme c'est le cas, et c'est d'ailleurs le seul, pour celui du col de l'utérus), puisque les seins n'affichent pas de stade précancéreux.Or, de deux choses l'une: ou bien la bosse que vous aurez découverte sera bénigne (c'est très fréquent) et vous n'aurez plus à y penser, une tumeur bénigne le demeurant toujours, ou bien elle sera maligne et il ne vous restera plus qu'à espérer qu'elle soit localisée.Il se peut par ailleurs que l'auto-exa-men empêche la propagation du cancer si, une fois la bosse découverte, la chirurgie ou un autre traitement intervient à temps.Répartition de 100 décès attribuables au cancer chez les femmes À propos de««« er un patron, mère, torcher un et des enfants.» C'est ce que ne craignent plus de dire aujourd'hui les femmes qui se savent atteintes d'un cancer et qui ont décidé de s'occuper d'elles.Pour ces personnes, la «qualité de vie» a une résonance toute particulière.C'est dans cet esprit qu'ont été créés au Québec «des groupes d'entraide b l'intention des personnes atteintes de cancer».Mis sur pied par des malades et des personnes de leur entourage, ce sont des lieux d'échange, d'information, de soutien.À l'hôpital Hôtel-Dieu de Montréal, Vie nouvelle est un de ces projets.Son âme dirigeante, le psychologue-oncologue Harry Pretty, a préparé, de concert avec une étudiante à la maîtrise en psychologie, tout un programme: conférences sur divers aspects du cancer et du vécu des gens qui en sont atteints, ateliers de relaxation, bulletins d'information, etc.1 Chaque année, plus de 2 000 nouveaux-elles patient-e-s franchissent le seuil de l'hôpital.À chacun-e, le Dr Pretty explique la même chose.D'abord son diagnostic.avril 1986 LA VIE EN ROSE 24 Répartition de 100 cas de cancer chez les hommes Répartition de 100 décès attribuables au cancer chez les hommes ^ _r Bouche et pharynx 2 Vie nouvelle Lui est là pour les guérir, si possible.C'est un rôle négatif.Le rôle positif, c'est le-la malade qui le détient.C'est eux et elles qui doivent voir à développer leur autonomie, à se renforcer.Le Dr Pretty les assure de son soutien mais ne peut faire le travail à leur place.Il parle de ses patient-e-s avec une immense admiration et une tendresse touchante: «Je profite de leur cheminement pour croître moi-même.Ce sont des personnes extraordinaires.» Tout en considérant le travail des Simonton comme un apport important à la lutte contre le cancer, le Dr Pretty refuse de mettre l'accent sur la responsabilité individuelle.Pour lui, il est plus important d'insister pour que la personne apprenne à se donner ce qu'elle désire.Attitude qui aura pour conséquence l'élimination des comportements déséquilibrants.«La maladie, dit-il, est l'occasion de provoquer des changements qui proviennent du plus profond de l'intérieur.» Hélène Sarrasin 1/ Pour en savoir plus sur Vie nouvelle: M.Aurèle Milot, 745, Croissant d'Artignv, Du-vernay, Laval, H7G 4N3.Tél.: 669-2984.avril 1986 Plus préventif que l'auto-examen serait peut-être le massage des seins.Faire des rotations sur les côtés extérieurs des seins avec le plat de la main permet une meilleure circulation des fluides à l'endroit le plus vulnérable.En fait, tout exercice est à recommander.Une étude récente vient de démontrer que les femmes qui sont actives physiquement depuis l'adolescence ont deux fois moins de chances de développer un cancer du sein.C'est vrai également pour le cancer du col de l'utérus, de l'utérus, des ovaires ou du vagin.Bien que ce ne soit pas un geste préventif comme tel, l'auto-examen des seins a certainement sa place comme exercice de contrôle et de démystification du corps.Car une femme qui s'examine les seins est une femme qui sait ce qu'elle cherche.Il faut savoir que les seins sont loin d'être des parties inactives de notre anatomie.De la puberté à la ménopause, les seins sont sujets à des fluctuations hormonales, quand ce n'est à des changements de volume.Mais contrairement à l'utérus, les seins n'ont pas une façon commode (les menstruations) de drainer les fluides superflus.Ceux-ci doivent passer par les voies lymphatiques qui peuvent, avec l'âge, se bloquer.Ceci explique qu'on puisse découvrir, surtout dans la région des aisselles, des bosses ou des kystes.Il ne s'agit pas nécessairement de cancer.C'est aussi pourquoi l'allaitement protège du cancer du sein: les fluides, pour une fois, circulent plus librement.Ceci dit, les hommes peuvent aussi en être atteints, bien qu'il s'agisse d'un très petit nombre (1%).L'incidence familiale est un autre facteur à relever pour le cancer du sein.Vous avez deux fois et demie plus de chances d'être touchée si une femme de votre famille en a déjà été victime.Mais l'incidence familiale est la même pour le cancer du côlon (3e cancer mortel chez les femmes et 2e chez les hommes i et le cancer de la prostate (3e chez les hommes).Ce qui laisse croire que l'alimentation est ici un facteur clé: ces trois types de cancer se limitent presque exclusivement aux pays industrialisés où l'on se nourrit abondamment de matières grasses, de protéines animales, mais très peu de fruits et de légumes (de fibres).Les femmes asiatiques, jusqu'à maintenant peu frappées par ce cancer, le développent lorsqu'elles vivent en Amérique du Nord.L'alimentation n'agit pas directement sur les seins, par contre.L'ingestion de matières grasses inciterait plutôt le système endocrinien à produire un surplus d'hormones.De plus, les androgènes produits naturellement par les glandes surrénales se métabolisent, chez les personnes obèses, en œstrogènes.Le fait que beaucoup de cancers du sein soient hormono-dépendants ne fait qu'appuyer l'hypothèse de ce lien.Ceci dit, le cancer du sein est peut-être le meilleur exemple de l'aspect multifactonel du cancer, c'est-à-dire que plusieurs causes en sont possibles.On ne peut donc jurer de rien.Une femme qui aurait allaité et suivi un régime riche en céréales et en légumes peut quand même développer un cancer du sein.Un gros fumeur peut ne pus avoir de cancer du poumon.Et alors qu'on s'inquiète beaucoup des additifs découverts dans notre nourriture, il semble que le BHA et BTH (qu on retrouve entre autres dans les chips) nous protègent du cancer de l'estomac.Comme dit le Dr Nutini, «les statistiques ne valent rien».Ou, si vous voulez, le cancer est un peu comme la loto: on l'aborde avec beaucoup d'incertitude et en espérant que la chance nous sourira.Il y a un peu moins d'incertitude pour celui qu'on appelle la «Cadillac des cancers»; le cancer du col de l'utérus est, de tous, celui qu'on contrôle le mieux.Pourquoi?Parce qu'il est possible de le dépister 10 ou 15 ans avant qu'il ne se manifeste, au tout début de son évolution.La méthode est simple, extrêmement efficace et peu coûteuse: c'est le Pap test (ou cytologie).«Une merveille de dépistage», selon le Dr Gauthier.Toute femme ayant une vie sexuelle active devrait le passer une fois par année, lors d'un examen gynécologique.En prélevant ainsi des cellules du col de l'utérus, il est possible de voir (en laboratoire) s'il y a présence de cellules cancéreuses.Cet examen est devenu d'autant plus important qu'on parle «d'épidémie» de lésions cancéreuses au col: aux Etats-Unis, l'augmentation est de 459 % depuis dix ans.À leur stade le plus inoffensif, ces lésions se nomment Jysplasies (légères, moyennes ou sévères) ou encore carcimmie in situ.Il s'agit de cancers en voie d'implantation mais que les médecins hésitent à identifier ainsi puisqu'il peut même y avoir, au tout premier stade, des régressions spontanées.C'est ce sent «tous les changements pathologiques caractérisant le cancer du col».C'est ce qu'on me diagnostiquait il y a un an et demi, après un examen colposcopique < par un microscope introduit à l'entrée du vagin) et une biopsie (le prélèvement d'un petit morceau du col examiné ensuite en laboratoire).Le traitement pour la dysplaste comme 25 LA VIE EN ROSE La méthode Simonton «L'espérance de guérir est déjà la moitié de la guérison.» Voltaire pour le carcinome m situ est le même: soit la cryothérapic, soit le laser.Dans le premier cas, on détruit les cellules cancéreuses avec un applicateur d'azote liquide refroidi à -40"; dans le deuxième cas, un faisceau de lumière intense, invisible à l'oeil nu, brûle les cellules anormales.Si le laser est plus coûteux et moins accessible6, il entraîne moins d'effets secondaires.Les deux méthodes - qui n'affectent en rien la fertilité ou les grossesses subséquentes - sont efficaces à plus de 90 %.C'est d'ailleurs ce qui fait dire au Dr Gauthier qu'il est rarissime, de nos jours, de voir un cancer du col au stade iwci-sif.Dans ce dernier cas, le traitement le plus souvent employé est Yhystérecwtme radicale (l'ablation de l'utérus, du col de l'utérus et du haut vagin).Sans quoi, le cancer se propagera éventuellement dans la cavité pelvienne.En principe, seules les femmes qui n'auraient jamais eu de cytologie pourraient se retrouver avec un cancer aussi «agressif».Mais, bien sûr, il y a là aussi exceptions (voir l'entrevue: la survie.).Au stade 4, la survie n'est plus que de 10 %.«Docteur Carrée?Oui Parée, excusez, c'est Denise Bombé-Leforse à l'appareil.J'appelle au sujet.Oui, vous les avez reçus?Négatif?C'est-à-dire?Le contraire de positif.C'est-à-dire?Vous êtes bien certaine?Ils sont sains tous les deux?Merci docteur, oui, à l'année prochaine, avec plaisir, docteur Carrée, même date, même heure, même chaise si vous voulez! (Elle raccroche et lance un grand cri à la Véronique Le Flagais dans la Lotto) - Fallait que j'crie!» Clémence, idem Le plus déprimant, avec le cancer du col de l'utérus, c'est sa cause.J'ai déjà mentionné le virus de Papova.Le Dr Gauthier, lui, est plus catégorique: «C'est causé par l'homme.» C'est-à-dire que la pénétration < lors des relations sexuelles) est décidément en cause ici.C'est encore plus vrai si vous avez commencé vos relations sexuelles à un âge précoce et si vous avez (eu ) de nombreux partenaires.Mais - et c'est ici qu'une mauvaise nouvelle devient franchement punitive - «précoce» se traduit ici par 18 ou même 20 ans et «nombreux» par quatre partenaires (ou plus) par année! Comme personne n'ose (encore?) préconiser l'abstinence en tant que mesure préventive, il est bon de savoir que le condom et, dans une moindre mesure, le diaphragme peuvent offrir une certaine protection.Enfin, c'est un cancer qui frappe les femmes de plus en plus jeunes: entre 40 et 49 ans, pour la plupart, mais l'incidence pour les moins de 30 ans est dramatiquement à la hausse.Le cancer de l'utérus Comme le cancer du sein, le cancer de La méthode Simonton est une approche psychologique au traitement du cancer.Élaborée par Cari, cancérologue et radiothérapeute américain, et Stephanie Mattews Simonton, psychologue et psychothérapeute, elle est basée sur l'hypothèse selon laquelle une maladie n'est pas un problème purement physique mais plutôt un problème de la personne tout entière; le corps, oui, mais aussi l'esprit, le psychisme, les émotions, l'affectivité.Il ne s'agit pas ici de nier les éléments cancérigènes présents dans notre environnement, ni les facteurs génétiques, mais bien de s'intéresser au fait qu'à certains moments de notre vie, nos défenses naturelles puissent ne pas être en mesure de résister à la maladie.Selon le couple: «Un stress chronique aboutit à la suppression du système immunitaire, ce qui à son tour crée une prédisposition accrue à la maladie, et surtout au cancer.Le stress conduit aussi à des déséquilibres hormonaux qui peuvent augmenter la production de cellules anormales au moment même où le corps est le moins capable de les détruire.» Ainsi, les Simonton ont remarqué qu'un an et demi avant l'apparition d'un cancer1 on retrouvait souvent un choc psychologique important dans la vie de la personne: perte d'un être cher, divorce, retraite, départ des derniers enfants.Le problème n'est pas l'événement en soi mais l'incapacité de la personne à faire face au stress qui en découle et de là, «l'attitude de victime» qu'elle adopte.L'intervention développée par les Simonton est basée sur l'hypothèse suivante: si votre psychisme est en mesure de vous rendre malade, pourquoi ne pourrait-il pas aussi vous guérir?Le fait que certain-e-s paiicnt-e-s en phase terminale guérissent alors que d'autres, ayant suivi le même traitement médical ne guérissent pas vient appuyer cette hypothèse.En fait, il semble bien que c'est la volonté de vivre qui soit en cause.Comment augmenter le désir de vivre chez les caflcéreux-ses?D'abord en les aidant à identifier les stress majeurs sur- venus dans leur vie quelque temps avant le diagnostic.On discute ensuite avec eux de la façon dont ils ont pu participer à leur maladie.On leur explique aussi la fonction jouée par la maladie dans une société orientée vers le travail et dans laquelle on décourage les gens de s'occuper de leurs émotions.Suit l'apprentissage de techniques de relaxation et de visualisation.La relaxation consiste à contracter chaque muscle l'un après l'autre séparément, puis à les imaginer se détendre comme un câble qui se dénoue.Détendue, une personne résiste mieux à la souffrance.La visualisation, à pratiquer trois fois par jour, entraîne la victime à «voir» son cancer et la lutte qu'elle lui mène.Par exemple, elle imagine la maladie comme une masse de goudron s'incrustant et ses «globules blancs» (ceux qui, dans le corps, combattent la maladie) comme une marée écu-meuse et blanche impossible à freiner.Ainsi, on tente de donner aux malades un sentiment de pouvoir sur leur vie.Ces techniques peuvent non seulement contrôler les douleurs dues à la maladie mais, éventuellement, aider à la faire régresser.Ceci n'implique pas l'abandon des traitements médicaux orthodoxes, au contraire.On encourage chaque malade à chercher le meilleur traitement médical qui soit, en commençant par trouver un médecin dans lequel il ou elle a confiance.En même temps, on nous encourage à ne plus voir la guérison comme quelque chose qu'on nous fait, puisque «ce n'est qu'une partie de ce qui se passe2».Hélène Sarrasin 1/ S'agit-il de cancers qui évoluent beaucoup plus rapidement que d'autres?Rappelons que.de façon générale, le cancer évolue sur une période de 5 à 20 ans.21 Pour en savoir plus: Guénr envers et contre tout, le guide quotidien du malade et de ses proches pour surmonter le cancer, Cari Simonton, Stephanie Matthews Simonton et James Creighton, Éd.Épi, 1985.2.Radiothérapie: traitement complémentaire par un appareil qui émet des faisceaux de rayons ionisants (énergie à très haute puissance) provenant de différentes sources (cobalt, radium, etc.).3.Chimiothérapie: médication absorbée oralement, par voies intraveineuses ou - plus rarement - par voies intramusculaires.4.Ilormonothérupte: hormones absorbées oralement, pour les cancers hormono-dé-pendants comme ceux du sein, de la prostate, des ovaires.5.Immunothérapie: traitement par vaccins, pour augmenter les défenses de l'organisme.LA VIE EN ROSE 26 avril 1986 1.Le tabac " On ne conteste plus aujourd'hui le fait que le tabac soit cancérigène.Si vous devez (!) fumer: - ne fumez que des cigarettes filtre et à faible teneur en goudron, - ne fumez pas plus de H cigarettes par jour, - n'inhalez pas profondément, - éteignez la cigarette bien avant d'arriver au filtre, - ne buvez pas: l'alcool stimule l'effet cancérigène du tabac.2.D'après certains épidémiolo-gistes, une mauvaise alimentation pourrait expliquer jusqu'à 50 % des cancers chez les femmes et 30 % chez les hommes.Pour mieux manger: - réduisez le cholestérol: pas plus de 3 oeufs par semaine, - mangez moins de gras (animal ou végétal): pas plus de 80 grammes par jour, - mangez plus de céréales, de fruits et de légumes verts, - éliminez (ou presque) les desserts riches.3.L'alcool lui-même n'est pas considéré comme cancérigène mais ingéré en quantité suffisante, il agit comme cocancéri-gène, notamment sur les voies aéro-digestives: bouche, glotte, larynx, oesophage.La modération est ici le mot clé, le type d'alcool n'ayant aucune espèce d'importance.Pour mieux boire: - ne buvez pas plus de 4 onces de spiritueux ou 1/2 litre de vin ou 1 litre de bière par jour.- assurez-vous que les calories que vous buvez ne remplacent pas les calories comestibles, no- tamment les aliments riches en vitamine B et en fer, puisque l'alcool détruit ces éléments nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme.4.Radiations Toutes les formes de rayons ionisants, en quantité suffisante, provoquent le cancer.Les rayons X et la radiothérapie, donc, mais aussi les radiations qu'on trouve dans l'air, le sol et l'eau.Ceci dit, les rayons X et, dans une certaine mesure, la radiothérapie s'avèrent souvent essentiels au maintien de la santé.Pour éviter l'excès: - dressez une liste des radiographies (ou rayons X) que vous avez subies, - chez le dentiste ou chez le médecin, assurez-vous que les radiographies qu'on vous fait sont bien nécessaires.Par exemple, il n'est pas obligatoire de passer une mammographie (radiographie des seins) avant l'âge de 50 ans si vous ne présentez pas de facteurs de risque, - assurez-vous d'être munie du tablier protecteur qui, de façon générale, doit être employé lors de la radiographie (ou d'une autre forme de protection), - ne passez aucune radiographie si vous êtes enceinte, même de 24 heures (!), - ceci dit, outre la mammographie après 50 ans, toute fumeuse âgée de 40 ans et plus devrait passer une radiographie des poumons une fois l'an.5.Le soleil On a de plus en plus de raisons de croire que les rayons ultraviolets du soleil (ou des lampes solaires) sont la cause première du cancer de la peau.Plus vous avez le teint clair (c'est-à-dire moins vous avez de mélanine, le pigment qui protège des ultraviolets), plus vous êtes susceptible de développer un tel cancer.Si vous aimez vous exposer au soleil: - allez-y progressivement, 15 minutes la première journée, 20 minutes la deuxième, etc.- évitez le soleil brûlant, entre 11 h et 14 h, - utilisez une lotion avec écran solaire (Paba), - soyez consciente du fait que le sable, la neige, les nuages reflètent les rayons ultraviolets qui, d'ailleurs, augmentent de 5 % avec chaque 1 000 pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer.6.Aucun des médicaments couramment employés n'est, bien sûr, jugé cancérogène.Ceci dit, certaines drogues semblent avoir des liens évidents avec la maladie.Si la pilule contraceptive et la Prémarine (traitement de la ménopause) ne semblent plus être en cause, les Valiums, les amphétamines et la réserpi-ne (contre l'hypertension) le sont toujours.Pour être plus sûre: - réduisez, dans la mesure du possible, votre consommation de ces médicaments, comme de tout autre, - ne prenez aucun médicament lors de votre grossesse sans l'avoir d'abord vérifié auprès d'un-e professionnel-le de la santé, - choisissez votre médecin attentivement: il ou elle doit répondre à vos besoins - et non le contraire.7.1 Étant donné l'incidence des maladies transmises sexuellement (MTS) aujourd'hui, les relations sexuelles peuvent être des facteurs de risque (voir section sur le cancer du col de l'utérus).Sachez que: - les condoms peuvent prévenir les MTS, - les hommes circoncis sont moins porteurs de virus, - votre hygiène personnelle, comme celle de vos partenaires, est un facteur important.8.La profession On entend de plus en plus parler de cancers reliés aux industries de l'amiante, du bois, du vinyle de chloride, du nucléaire.Le Dr Jack Siemiatycki au Centre de recherche en médecine préventive de l'Institut Armand Frappier à Montréal aurait récemment établi l'existence de 19 produits cancérigènes associés à différents travaux industriels.Mais c'est un sujet relativement neuf pour lequel nous avons peu de données.Ceci dit, les risques liés à de tels emplois sont 20 fois moins élevés que ceux reliés à l'usage fréquent de la cigarette.Par précaution: - si vous travaillez dans une usine de produits chimiques, suivez de près les mesures de sécurité établies par l'usine (et ajoutez-en au besoin) - si vous démolissez une maison ou un hangar.soyez conscience de la présence d'amiante (ou d'urée-formaldéhyde?) dans le matériel d'isolation.F.P.1/ Ces informations sont tirées de Preventing Cancer, d'Élizabeth Whelan.^ A avril 1986 16.95$ r352 pages VIENT DE PARAITRE LE COMPLEXE DE LA SUPERFEMME de Marjorie Hansen Shaevitz Etes-vous parmi ce nombre croissant de femmes qui doivent jouer des rôles multiples - ménagère, mère, épouse - et qui de plus partagent leur temps entre carrière, études et travail bénévole ?Voici enfin un livre qui traite efficacement du principal problème des femmes qui travaillent à l'extérieur du foyer: comment recouvrer le contrôle de sa vie.Bref, ce livre est essentiel pour toute femme désireuse de vivre en harmonie avec elle-même dans le monde d'aujourd'hui.Version française d'un best-seller américain /QUEBEC/AMERIQUE 450, Sherbrooke est, suite 390, Mtl.H2L 1J8 tel.: 288 2371 27 LA VIE EN ROSE SOCIETE CANADIAN CANADIENNE ^7 CANCER DU CANCER SOCIETY LA VIE EN ROSE 28 avril 198é l'utérus (de l'endomètre, en fait ) est une maladie des femmes vieillissantes: de 50 à 64 ans, surtout.Il fait aussi plus de victimes que celui du col de l'utérus: environ 3 000 Canadiennes en sont mortes en 1985, contre 2 000 d'un cancer du col.Autre différence: de soudains saignements indiquent aux femmes ménopausées une condition anormale alors que le cancer du col, sauf lorsqu'il est très avancé, est parfaitement asymptômati-que.Il n'existe pas, pour l'utérus, d'outil de dépistage aussi efficace que le Pap test: il faut procéder à un curetage pour déceler la présence de cellules cancéreuses.Par ailleurs, on croit que tous les cancers auraient, s'il était possible de la voir, une évolution semblable à celle du cancer du col de l'utérus.Les causes du cancer de l'utérus ressemblent à celles du cancer du sein, car deux facteurs sont ici en cause: l'obésité et le traitement aux hormones fréquemment administré aux femmes ménopausées.Il pourrait s'agir en fait de la même cause puisque, on l'a dit plus haut, l'embonpoint crée un surplus d'oestrogènes dans le corps.Or, c'est la présence d'oestrogènes sans leur complément naturel, la progestérone (produite par les ovaires lors du cycle menstruel ) qui semble faire problème.Si vous suivez un traitement aux hormones, assurez-vous de la présence des deux éléments.La pilule contraceptive, par ailleurs, n'est plus à craindre depuis qu'on a retiré du marché le type séquentiel (14 comprimés d'oestrogène suivis de 7 comprimés de progestérone).Le cancer des ovaires Quoiqu'on entende peu parler de ce cancer, «c'est le pire de tous», d'après le Dr Gauthier.Moins fréquent que les trois autres, il peut par contre frapper à tout âge et, comme le cancer des poumons, il est difficilement détectable avant un stade très avancé.Le symptôme est alors un ventre extrêmement gonflé, les ovaires ayant grossi et répandu de l'eau dans l'abdomen.Le traitement indiqué est la chirurgie suivie de chimiothérapie.Comme les autres cancers gynécologiques, le cancer des ovaires ne se propage pas en dehors de la cavité pelvienne mais à ce stade, les chances de survie ne sont guère réjouissantes.Comme pour les seins et l'utérus (et le côlon ou la prostate chez les hommes), l'alimentation, l'ingestion d'hormones et l'activité physique semblent jouer des rôles majeurs.Malgré tout cela, malgré l'extraordinaire susceptibilité des organes génitaux féminins à la maladie (quelle qu'elle soit), les femmes meurent toujours moins de cancer que les hommes: au Canada, 44 femmes pour 56 hommes.Et puisqu'il faut bien se consoler: les maladies cardio-vasculaires (davantage encore une maladie d'hommes) tuent toujours un peu plus que le cancer.Mais pour combien de temps encore?La soudaine incidence du cancer du poumon chez les femmes a de quoi nous laisser songeuses.Il n'y a pas de conclusion à apporter à un article sur le cancer, pas plus qu'il n'y a de cure miracle.Mais comme devant toutes les Bibliographie lauto-examen un geste de Le Nouvel Observateur, 24-30 janvier 1986.«Le traitement des maladies et la lutte contre le cancer», John Cairns, Pour la science (édition française de Scientific Ame rican), janvier 1986.«Cancer Prevention Goes Walk-in», Bar bara Stacy, East West Journal, February 1986.«Cervical Cancer: the Facts», Sheryl Adam, Healthsharing, été 1982.«Le point sur le cancer», Monique de Gramont, Châtelaine, octobre 1983.LIVRES Im maladie comme métaphore, Susan Son tag.Éditions du Seuil, 1979.Preventing Cancer: What You Can Cut Your Risks by SO Percent, Elizabeth Whelan, W.W.Norton and Co., 1977 L'auto-examen: un geste de santé, Le Cen tre de santé des femmes de Montréal, Édi tions du Remue-ménage, 1986.Guérir envers et contre tout, Cari Simon ton, Stephanie Matthews Simonton, James Creighton, Éditions Épi, 1985.DÉPLIANT La Société canadienne du cancer distribue des dépliants sur différents cancers ainsi que sur les données générales.À Montréal: 1980, Sherbrooke ouest, 514-931-7548.AUTRES RÉFÉRENCES Le service Info-cancer de la Fondation québécoise du cancer.À Montréal: 1372, Sherbrooke est, 514-527-2194.Le Centre de santé des femmes de Montréal, 16, Boul.Saint-Joseph est, 514-842-8903.Vie nouvelle, a/s M.A.Milot, 745, Croissant d'Artigny, Duvernay, Laval, H7G 4N3.Tél.: 669-2984.mauvaises surprises que nous réserve la vie, mieux vaut savoir au départ l'étendue du drame que s'y heurter confusément, en plein affolement.Il est d'ailleurs plus rassurant, finalement, de savoir à quoi s'en tenir.Ceci dit, je n'ai de leçon à donner à personne.Pour une femme très impliquée à un certain moment dans le mouvement de santé des femmes et dont le métier est l'information, je m'étonne moi-même du peu de renseignements supplémentaires dont je me suis munie lors de ma «crise».La peur me paralysait.La peur n'est d'ailleurs pas un aspect négligeable du cancer.«Ils sont nombreux, les gens qui ne veulent pas savoir qu'ils ont le cancer, précise le Dr Nutini.On a beau leur dire, ils insistent pour dire qu'ils n'ont qu'une tumeur.» Aujourd'hui, alors que tous les tests de contrôle me disent que je suis guérie, il me semble que je n'ai pas tout à fait regagné les rangs des bien-ponants.Car dans ce royaume, personne ne songe (sérieusement) à la maladie, encore moins à la mort, et moi, j'y songe beaucoup plus qu'avant.Il faut dire que, même en Cadillac, le cancer colle à la .e Centre de santé, pour l'autonomie du r les femmes du Centre de santé des femmes du quartier, à Montréal, il surtout se préparer à réagir dès les premiers signes d'apparition de la maladie.Comment?Én se connaissant bien.Dans cet esprit, le Centre incite toutes les femmes à effectuer l'auto-examen des seins et du col de l'utérus.Si le second est beaucoup plus difficile à interpréter que le premier, comme le précise la médecin Francine Languedoc, «il est intéressant en ce qu'il permet aux femmes de s'approprier une connaissance qui les concerne.» Le Centre a ouvert des cliniques pour apprendre aux femmes à faire ces examens et vient de réaliser un excellent livre pratique sur l'auto-santé, maintenant disponible: L'auto-examen: un geste de santé, Éd.du Remue-ménage, 1986.peau.Puissions-nous - chercheures, médecins, patientes ou innocentes citoyennes - en faire bientôt une «maladie comme une autre».j>f*_ 1/ La recherche sur le cancer s'avère «l'opération la plus coûteuse» jamais entreprise par la médecine: plus de 4 000 études cliniques aux États-Unis, l'année dernière, ont impliqué entre 400 000 et 800 000 cancéreux-ses.21 Ce même virus jouerait un rôle dans les cancers du pénis (très rare dans les pays industrialisés), du rectum, de la bouche et des lèvres, confirmant l'idée d'une maladie transmise sexuellement.3/ Voir «Etes-vous une dame au chlamydia", Carole Beaulieu, LVR, septembre 1984.4/ Le Devoir, 9 décembre 1985.5/ Le Cancer du poumon: Les Faits Dépliant distribué par la Société canadienne du cancer.6/ D'ailleurs, les cliniques de colposcopie comme telles ne sont accessibles que dans les grands centres hospitaliers: Montréal, Québec, Sherbrooke, Rimouski, Chicoutimi, Jon-quière.ovril 1986 29 LA VIE EN ROSE Actualité Li ¦ homme ne comprend tou-jours pas.Nous venons de m faire irruption dans sa mai-f sonnette en désordre et nous formons devant lui un demi-cercle silencieux, impavide mais tendu.Avec, au beau milieu, sa belle-fille Mariette qu'il n'a pas vue depuis longtemps.«Bonjour, Maurice», dit-elle calmement.Il évite son regard et croise les bras sur sa camisole grisâtre, comme pour cacher les soubresauts de son ventre mou, sa braguette encore entrouverte.Il venait de s'endormir, après sa nuit de veille à l'usine, quand nous avons frappé à sa bicoque, quelque part en banlieue de Montréal.Dehors, le soleil reluit sur une matinée fraîche de décembre.Mais ici, dans cette cuisine sale où la truie ronronne doucement, les toiles sont tirées et l'odeur de vieux tabac prend à la gorge.Dans la pénombre, le petit gros homme commence à trembler, de froid et de peur.J'espère tout à coup qu'il n'est pas cardiaque.Ex-alcoolique, ex-batteur de femme et d'enfants, toujours amateur de petites filles, ce serait la plus belle blague de ce vieux Maurice que de nous claquer entre les doigts, juste au moment où Mariette Confrontation d'un violeur Onze femmes en colère Qu'est-ce qu'elle donne, la colère des femmes, lorsqu'elle s'exprime de façon non violente et efficace ?A quelques jours du premier Colloque québécois sur l'intervention féministe, voici une petite histoire.par Françoise Guénette trouve assez de courage pour venir lui parler, essayer de lui faire comprendre tout le mal qu'il lui a fait, à elle, il y a 30 ans, et tout le mal qu'elle le soupçonne d'avoir fait, il y a peu, à sa petite fille à elle, sa petite Valérie de 20 mois.Ce que nous sommes en train de faire s'appelle une confrontation.C'est une riposte non violente imaginée par les féministes pour lutter contre l'agression sexuelle et la violence exercée contre les femmes : «Une victime de viol, accompagnée d'autres femmes, va rencontrer publiquement son agresseur pour lui dire qu'elle juge son comportement inacceptable, qu'il doit changer immédiatement et remettre en question les attitudes qui l'ont mené à poser ce geste», résume la chercheure Michelle Duval, dans une étude intitulée La Nouvelle Colère des femmes1.La pratique Nous sommes dix à accompagner Mariette.Nous nous sommes rencontrées une heure plus tôt, à la station de métro.Il y a là des femmes qui travaillent auprès de femmes violentées, d'autres qui ont déjà enseigné le wen-do, d'autres encore qui, toujours militantes féministes, se sont recyclées dans l'action culturelle.Certaines sont de nouvelles Montréalaises, arrivées depuis peu de villes de province où elles animaient des centres de femmes.D'autres encore sont venues le matin même, avec Mariette, de Québec.Et il y a moi, l'observatrice, celle qui aimerait bien tout noter de sa première confrontation.Mais il ne faut pas observer, me prévient tout de suite A., il faut participa-, attentive et profondément solidaire, il faut concentrer son énergie pour soutenir celle qui va parler et pour la protéger éventuellement contre une réaction violente de l'agresseur.Mais Mariette vient de trancher comme à la scie le silence épais.Voix douce, si douce, elle part de très loin.«Je me souviens, Maurice, et je voudrais que tu te souviennes aussi.Quand t'as marié ma mère, j'avais quatre, cinq ans, et t'étais jaloux de moi.Tu me battais à coups de strap, matin et soir.» Maurice - à cause de la présence de toutes ces femmes?- a un sursaut d'horreur: «C'était du temps que je buvais!» A.l'interrompt: «Tais-toi et écoute.» Mariette reprend: «Après, matin, midi, soir, tu me faisais avaler des bols de moutarde.Pour me punir de quoi, Maurice?Pis après, t'as commencé à me toucher.» Maurice n'en peut plus: «T'exagères, là.» «Après», répète A., mais Maurice prend les nerfs: «Hey! Êtes-vous rentrées icitte légalement?» avril 1986 LA VIE EN ROSE 30 Personne ne lui répondra.Car «la confrontation n'a rien d'un dialogue entre la femme et le violeur.La femme dit ce qu'elle a à dire et s'en va, même si l'agresseur tente d'engager le dialogue.C'est à lui de l'écouter et de prendre contact avec la réalité de sa victime, à lui de sortir de l'abstraction: la personne qu'il a violée est quelqu'un qui souffre.» «Moi, j'ai 32 ans et j'ai vécu depuis ce temps-là avec la peur.Quand t'as marié ma mère, t'as tout détruit.Tu m'as battue, violée, puis tu m'as fait placer en foyer nourricier, par manque d'amour.Tu t'en lavais les mains.Si tu savais, Maurice, les Noël et les jours de l'An que j'ai passés, à cause de ta méchanceté.C'était facile de se défouler sur une petite fille de quatre, cinq ans.Et toi, t'étais respecté par la famille, personne l'a su, personne t'en a voulu.Mais là, Maurice, vient le moment où il faut régler ses comptes.» Maurice essaie de se défendre, encore interrompu par A., dont le ton sec ne lui plaît pas, c'est évident.Mais il retient son geste.Mariette poursuit: «J'ai laissé Valérie aller chez les grands-parents, cet été; j'avais pas pensé que tu serais là.Je l'ai retrouvée deux jours après, toute bizarre, la vulve tout enflée.» - «Non, non! hurle Maurice, j'ai pas été seul avec elle, je bois plus, je.» «Laisse-moi parler!» Mariette a élevé la voix: «Laisse-moi parler.J'ai le droit de penser que c'est toi.Je me rappelle la première fois que t'as abusé de moi, avec ton gros doigt, et ça me fait mal comme si c'était hier! Valérie, c'est sûr que quelqu'un l'a tripotée.» Maurice baisse sa tête clairsemée.Jeune, il devait ressembler à Félix Leclerc.«Si jamais elle retourne dans la famille et que t'es là, Maurice, que ce soit clair que Valérie ne s'approchera pas de toi, qu'elle se sauvera de toi comme moi je me sauvais2.Et moi, je vais reprendre la place que tu m'as volée dans la famille.C'est pas à moi d'avoir la tête basse, Maurice.Il y a des choses que j'oublierai jamais, mais je passerai pas ma vie à t'en vouloir non plus.» Mariette n'a pas de notes .Son discours, elle ne l'a pas préparé mais là, il lui défile dans la gorge, ordonné, vibrant, intarissable.Maurice essaie de reprendre sur lui.Toujours appuyé à l'évier, il s'allume une rouleuse d'une main tremblante.Sa face de Félix Leclerc déchu s'est creusée.Il veut s'avancer, le cercle se contracte.«J'veux mettre du bois dans le poêle!» Il est bien le seul ici à avoir froid.Le cercle s'ouvre.Maurice descend les marches de la cave.Je l'imagine tout à coup remonter avec sa 12 et nous tirer dedans, vieux Rambo fou d'humiliation.Mais Maurice est un peureux, qui a décidé de filer doux.Il enfourne les bûches dans la truie avant de revenir s'adosser à l'évier, résigné.«Les petites filles, dit Mariette, on touche pas à ça.C'est des êtres humains comme toi et moi.Si t'as des problèmes, va te faire soigner, Maurice.Quand on attaque des petits gars, tout le monde en parle dans les journaux et à la TV, mais des petites filles, on dirait que ça compte pas! Les examens de conscience, c'est ici qu'il faut les faire, Maurice, pas de l'autre côté.Si jamais quelque chose d'autre arrive à Valérie - ou à un autre enfant de la famille et que j'en ai connaissance - c'est toi qui sera responsable, Maurice.Même si c'est pas toi, ce sera toi.Et cette fois-là, on reviendra pas te voir ici, dans ta cachette, mais sur la job devant les autres gars! As-tu compris?» Théoriquement, la confrontation a lieu dans un endroit public, devant témoins, pour «rompre le silence qui protège le violeur.Le violeur ne peut plus se camoufler derrière l'anonymat; en le dénonçant publiquement, la femme violentée dit que le viol existe et qu'il est commis par un homme ordinaire.La vérité éclate.La victime n'est plus isolée dans son secret et plus de personnes sont saisies de la réalité du viol.» Oui, Maurice a compris.qu'il s'en tire LA VIE EN ROSE avril 1986 31 Actualité L'intervention féministe en colloque à bon compte.L'air hagard plus que repenti, le regard à terre et les épaules voûtées, c'est l'image même de la défaite et de la couardise.Recommencera-t-il?Pour l'instant, j'ai l'impression que non.Sur le trottoir désert, Mariette, toute rouge, hurle: «Quel effet ça fait, de gagner le million?» Toutes l'entourent et la félicitent.Je consulte ma montre: le tout, interminable, a duré 23 minutes.Hormis les rappels au silence d'A., personne d'autre que Mariette n'a parlé.Et quelles paroles! «En thérapie, je frappais sur des coussins mais c'était pas assez! Il fallait que je me libère de ce poids, que je me débarrasse de ça et que je protège ma fille.J'ai été dans l'angoisse tout l'été à cause de ça, je pensais devenir folle, et que le passé recommençait.» La théorie «La confrontation, explique Michelle Duval, va à l'encontre de la victimisation.Ni soumises ni passives, les femmes prennent elles-mêmes les décisions.Elles se défendent sans avoir recours à des hommes ou à des représentants de l'autorité (qu'au-raient-ils pu faire pour Mariette, sans preuves formelles contre Maurice?).Elles nomment et qualifient elles-mêmes la situation.Elles misent pour intervenir sur la solidarité des autres femmes.» C'est à l'automne que Mariette est allée rencontrer un groupe de femmes de Québec, puis une thérapeute qui lui a suggéré la confrontation et l'a mise en contact avec des femmes prêtes à l'accompagner.Manette, qui n'avait jamais rien dit, a réagi quand sa fille a été attaquée.Attitude classique, apparemment.«C'est parce que nous, dit-elle, on prend pas pitié de nous autres.On dit: c'est fait, c'est fait.Mais avec ma fille, c'était comme une double agression.Je me suis dit: elle vivra pas la même chose que moi.» J.travaille avec des femmes victimes de violence familiale: «Les femmes ont l'impression qu'elles n'ont pas le droit de se défendre elles-mêmes.Mais leur enfant, la société leur donne la permission de le défendre à mort.Moi-même, si quelqu'un touchait à ma petite fille, je l'étranglerais.Mais s'il m'attaquait, moi, je ne suis pas sûre que j'aurais la même réaction.» «C'est que les femmes n'ont pas droit à la colère», écrit Michelle Duval, en se référant toujours aux travaux de nombreuses chercheures et sociologues féministes québécoises et américaines.«Le système patriarcal, pour se protéger de toute subversion, les a habituées à penser aux autres (enfants, vieillards, malades), non pas à agir pour elles-mêmes.Or, la colère est d'abord un geste d'intérêt personnel.Les femmes, ces grandes "pacificatrices", n'ont le droit d'être en colère et agressives que-pour secourir leurs enfants.Elles répriment donc leur colère légitime, ce qui augmente encore leur sentiment d'impuissance et de frustra^on.«À l'opposé, les hommes sont conditionnés à exprimer leur colère et leur agressivité plutôt que leurs émotions.Cet entraînement, par les jeux guerriers, la compétition, l'armée, etc., les endurcit, les insensibilise.Face aux victimes de leur colère, ils nieront la réalité (la souffrance) pour développer l'abstraction (ex.: tuer pour une "juste cause").«Or, la colère elle-même n'est pas à rejeter.C'est une saine réaction de mécontentement face à une situation contrariante qui a besoin d'être changée, donc une démarche éventuellement positive pour améliorer cette situation.«Comme elle est actuellement destructrice et encouragée chez les uns (dominants et surtout mâles) et réprimée chez les autres (dominé-e-s et surtout femelles, noir-e-s, enfants), il faut redonner à la colère son vé- ritable sens, la rendre accessible à toutes et tous sans distinctions de sexe, d'âge ou de race.Pour cela, poursuit toujours Michelle Duval, il faut imaginer de nouvelles pratiques de la colère, non violentes mais affirmatives, qui maintiennent la communication entre les êtres plutôt que de la rompre.«Les femmes sont bien placées pour inventer cette colère nouvelle.Pour répondre aux agressions sexuelles, les féministes n'ont-elles pas déjà amorcé plusieurs "réponses", qui vont des groupes de survivantes d'inceste aux maisons d'accueil et d'hébergement pour femmes battues, des manifestations de nuit aux centres d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles, aux comités contre la pornographie, etc.?«Derrière ces formules, il y a quatre lois très simples.Il faut se réapproprier son identité i partir de soi-même, de sa perception de la réalité); il faut parler, nommer (parce que se taire sur l'inceste, le viol, la violence, c'est s'abandonner à la honte et à la culpabilité, se faire complice de la violence en "couvrant" l'agresseur, perpétuer l'isolement des autres victimes et se priver de la solidarité précieuse des autres femmes); il faut se tenir debout (dénoncer ne suffit pas, il faut riposter activement, efficacement, ne pas implorer mais forcer l'agresseur à cesser); il faut se tenir ensemble (parce que rien n'est possible, seule).«Les mêmes lois sous-tendent l'autodéfense et la confrontation, deux autres formes d'intervention féministe non violente qui incarnent bien la nouvelle colère positive des femmes: l'une et l'autre brisent les conditionnements féminins et masculins.«Contre la "passivité naturelle" des femmes, la confrontation est un geste de résistance, de refus.Contre "la faiblesse physique" des femmes, la confrontation permet d'affronter l'adversaire sur un autre terrain que la force physique.Contre l'impuissance et la peur des femmes, la confrontation comme l'autodéfense redonne à l'agresseur ses proportions justes et humaines, apprend aux femmes à se défendre elles-mêmes, par leurs propres moyens, sans protecteur à la clef.De plus, habituées au sacrifice, au renoncement, les femmes doivent, pour une confrontation ou pour s'au-todéfendre, s'aimer et se poser en sujets valables.«Pour les hommes "confrontés" aussi, les données sont changées: des femmes qui se posent soudain en égales, unies et dignes de respect, essaient de leur communiquer sans violence la souffrance subie.«Par la confrontation, les femmes refusent donc leur rôle de victimes et tentent d'éviter que l'agression se reproduise.Cela suppose qu'elles aient la conviction profonde que l'agresseur peut comprendre et changer, ne pas répéter son comportement.» Mais Maurice, par exemple, a-t-il vraiment compris aujourd'hui la portée de son geste?Alors que nous revenons vers le métro, A.et H., dont ce n'est pas la première confrontation, racontent d'autres histoires de «rencontres» réussies.«Une avril 1986 LA VIE EN ROSE 32 fois, par exemple, on est allées à dix rencontrer dans un cégep le frère de L., une de nos amies.Il les battait, elle et leur mère veuve.Un petit macho de 20 ans, délinquant, frondeur et baveux.On l'avait sorti de sa classe en plein cours et il était là, dans le corridor, à essayer de nous faire du charme: "Ouais, vous êtes un gang de belles filles", à siffler, à vouloir sortir du cercle.Ça a duré une demi-heure.Entre de grands bouts de silence, sa soeur lui parlait, lui interdisait de continuer à terroriser sa mère.Peu à peu, il ne fanfaronnait plus, il s'effaçait, rentrait dans le mur, une vraie lavette.Le directeur du cégep est arrivé.On lui a dit de rentrer dans son bureau et vite, sinon ce serait son tour! «Le même soir, le jeune gars, bouleversé, a essayé de se faire plaindre par sa mère.Et pour la première fois, elle a été ferme avec lui et l'a menacé de le jeter à la porte s'il continuait ainsi.Leur rapport a changé depuis cette journée-là, il y a deux ans.Ah! le gars n'est pas devenu un ange, mais, au moins, il n'a pas retouché à sa soeur ou à sa mère!» M., elle, pense que son père a enfin compris, après qu'elle l'ait confronté dernièrement, seule.Son père qu'elle aimait, et qui avait fait d'elle sa maîtresse, de 14 à 17 ans, sans en voir - sans vouloir en voir - les conséquences.Ce qui semble sûr, c'est que M., comme L.et sa mère, comme Mariette aujourd'hui, ont pris du pouvoir dans l'expérience.Ainsi que toutes les femmes qui les accompagnaient.«Débarrassée de son caractère destructeur et ramenée à sa fonction de changement, la colère cesse d'être menaçante pour les femmes et devient une force positive, source de pouvoir, outil de libération.(.) Finalement, la révolution féministe et même la paix mondiale reposeraient peut-être sur cette capacité des femmes à développer une nouvelle forme de colère non violente.», conclut Michelle Duval à la fin du texte résumé ici.Cette allusion au pacifisme n'est pas exagérée.Il y a bien sûr une différence de taille entre Maurice et Reagan ou Gorbatchev.Mais, entre le tête-à-tête de onze femmes en colère et d'un violeur ordinaire, à Montréal, et l'interminable camping de centaines de femmes devant les missiles Cruise de Greenham Common, en Angleterre, c'est bien la même colère qui court, féroce et déterminée3.Et qui allumera peut-être bientôt confrontation sur confrontation.On ne se méfie pas assez de la colère des femmes.A _» X 1/ La Nouvelle Colère des femmes, Michelle Duval, étude présentée à Micheline de Sève, Université du Québec à Montréal, en décembre Pour en savoir plus Vous voulez en savoir plus long sur la confrontation, l'autodéfense ou d'autres formes d'intervention non violente en cas de violence sexuelle?Contactez le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de votre région: Sherbrooke: (819) 563-9999; Trois-Ri-vières: (819) 373-1232; Hull: (819) 771-1773; Saint-Hubert: (514) 445-6056; Rouyn: (819) 762-8443.À Montréal, le Mouvement contre le viol vous répondra: (514) 842-5040.1984.Le texte intégral paraît ce printemps dans un numéro spécial, sur le féminisme et le pacifisme, de la revue féministe Atlantis (de Nouvelle-Ecosse, disponible en librairie).Le texte est cité ici, largement et librement, avec la permission de l'auteure.2/ Maurice vit seul, officiellement séparé de la mère de Mariette, même si «son dentier est toujours chez elle»! .et qu'il l'accompagne souvent aux réunions de famille.3/ Voir La vie en rose, « Demain la guerre», n° 15, janvier 1984 GASIN DU MEUBLE PRÊT À VÏVRE avril 1986 33 LA VIE EN ROSE Sommet de la francophonie Actualité La francophonie sera-t-elle unisexe?Sous-représentées au Sommet de Paris, leurs conditions de vie et de travail souvent oubliées dans les programmes d'échange économique ou d'aide au développement, les femmes auront-elles une place dans la prospère francophonie de l'avenir - si avenir il y a?par Gloria Escomel u sommet de la francophonie, tenu à Paris les 17,18 et 19 février, les femmes brillaient par leur absence.«On pouvait les compter sur les doigts de la main droite, en a dit Monique Vézina, ministre des Relations extérieures du Canada; et encoure, sans employer tous les doigts.» En effet, elles étaient quatre: deux Québécoises, soit Monique Vézina, ministre responsable du Sommet pour le Canada, et Lise Bacon, vice-première ministre du Québec et ministre des Affaires culturelles, une déléguée de la Dominique et une des Seychelles.Les Québécoises, dans un tel contexte, «surreprésentaient» les femmes, tout en n'étant que deux sur les dix ministres canadiens et québécois qui composaient les deux délégations respectives! Ni pour l'une ni pour l'autre ce sommet n'aura été un «vain exercice de diplomatie».Toutes deux, quand je les ai rencontrées au sortir de la conférence, semblaient en effet enthousiastes sur les perspectives ouvertes par la naissance de cette nouvelle communauté francophone.«Le plus intéressant, c'est d'avoir pu créer une nouvelle solidarité qui nous donne envie de concrétiser des partages, au point de vue de la technologie, des sciences, de la culture, confie Lise Bacon.Cela accroîtra des échanges dans les industries de la culture assez rapidement, dans les secteurs du vidéo, du vidéo-clip, du cinéma, de la radio, du livre, secteurs culturels où les femmes, au Québec du moins, sont bien représentées.Tous les accords ne sont pas encore signés, mais pour le Québec, cela représente la possibilité d'exporter, non seulement en France mais dans les autres pays francophones, des productions culturelles, ce qui comble chez nous un grand besoin.«Une autre préoccupation majeure du Québec est la question énergétique.Le Québec serait prêt à prendre la tête d'un réseau de mise en commun de ressources énergétiques, ce qui serait très intéressant.Enfin, il y aurait aussi moyen de créer un réseau semblable à celui du plan Marshall, où les pays nantis pourraient faire bénéficier les autres de leurs surplus, alimentaires dans le cas du Canada.C'est une des résolutions adoptées à la fin du Sommet.Le plus important reste que des réunions entre chefs d'Etats francophones se tiendront dorénavant tous les deux ans - le prochain à Québec, à l'automne 1987 - et qu'au cours de ces rencontres plus fréquentes, on pourra élaborer des planifications plus concrètes, où la question des femmes ne sera plus oubliée.» Palmarès canadien Voeu pieux?Certes, un projet de développement, dans un pays donné, devrait en principe bénéficier aux femmes comme aux hommes.Mais en songeant à la motion votée contre l'apartheid en Afrique du Sud, je me demandais s'il n'y aurait pu y avoir une dénonciation du sexisme dont les femmes africaines sont souvent plus scandaleusement victimes que les autres.Et c'est ainsi que j'ai posé la question à Monique Vézina, curieuse de savoir si personne, à un moment donné, n'avait pensé réclamer de la solidarité naissante entre francophones des mesures qui puissent améliorer la condition de vie des femmes dans ce qu'elle a de spécifique.«Ce qui se passe en Afrique du Sud est innommable: cela ne peut se comparer à la condition des femmes, même en Afrique.C'est pourquoi le Canada a présenté une motion pour condamner l'apartheid.Oui, on peut déplorer que dans l'ordre du jour, arrêté plusieurs semaines à l'avance, on n'ait pas trouvé un biais pour dénoncer la situation des femmes, mais on doit aussi comprendre que ces 44 pays représentés ont des cultures très différentes, que le temps restait limité et l'ordre du jour très chargé.Non que je cherche des excuses: mais je sais bien qu'en redressant l'écono- mie d'un pays on soulage aussi la pauvreté des femmes.«Ceci dit, parmi les projets de développement que le Canada a présentés par le biais de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), on veille expressément à la condition des femmes de plusieurs manières: d'abord, en tant que ministre responsable de l'ACDI, j'avais promis aux femmes de continuer à porter la condition féminine, et je n'ai eu aucun mal à le faire; j'ai été longtemps une militante féministe et je considère le féminisme comme une «première nature» en moi.Dès mon arrivéee à Ottawa j'ai demandé à l'ACDI quelle était la place des femmes: l'ACDI a une femme pour présidente, une femme comme directrice et beaucoup de femmes cadres; dans les programmes, non seulement on tient compte des besoins des femmes, mais on en a un qui s'appelle «la femme et le développement», dans lequel des mesures très positives sont mises en place pour s'assurer que les femmes soient présentes à tous les niveaux: celui des programmes d'aide au développement, celui des bénéficiaires et celui des pouvoirs décisionnels.«Au Sommet francophone, le Canada a annoncé l'octroi de 350 bourses par année aux étudiants et étudiantes (et je tiens à ce que le féminin occupe le même espace que le masculin, je refuse de rajouter un «e» muet entre parenthèses!) et j'ai senti le besoin de préciser qu'une attention particulière serait accordée aux candidatures des femmes et que nous ferions en sorte qu'un plus grand nombre de femmes accèdent à nos institutions afin de les intégrer davantage au marché du travail de leurs pays respectifs.Tenez, je vais vous montrer.» Et la voilà fouillant dans une liasse de papiers, au grand crépitement de mon micro.Elle exhume le communiqué officiel sur l'octroi des bourses, où cette mesure est effectivement soulignée, puis m'en montre un autre, sur un programme d'immunisations de 10 millions $ offert par le Canada, sur lequel je peux également lire LA VIE EN ROSE avril 1986 34 que «chaque dollar investi engendrera une diminution des dépenses du secteur de la santé dans les pays du tiers monde et que, de plus, la protection de la vie des enfants aidera les femmes, principaux agents agricoles du tiers monde, à disposer de plus de temps, d'argent et d'énergies, ce qui contribuera à améliorer leur niveau de vie et leur propre santé.» «Vous voyez?Je n'accepte jamais qu'un texte ne fasse pas allusion aux femmes.», sourit Monique Vézina.J'ouvre ici une parenthèse.La veille de mon entrevue, j'ai écume les délégations d'autres pays francophones, raflant communiqués de presse et documents de tous genres: aucun, quelle que soit la générosité de ses propositions ou engagements, ne mentionnait les femmes, même comme bénéficiaires directes ou indirectes d'une mesure visant à redresser une situation générale.Ce nouveau réseau de la francophonie, que d'aucuns se sont plu à comparer au Marché commun européen ou au Commonwealth, pourra-t-il renforcer d'autres réseaux de solidarité internationale qui commencent à se créer entre femmes, féministes et/ou lesbiennes, à condition qu'elles sachent le voir et en tirer parti?Tribune à louer Toujours dans l'esprit de ce «nationalisme» qui s'exacerbe en moi dès que je mets les pieds hors du Québec et du Canada, j'ai voulu savoir en quoi les décisions prises au cours de ce sommet pourraient avantager le Québec et le Canada, qui y faisaient souvent figure de «donateurs» - ce qui est bien normal pour des États privilégiés.Indépendamment des échanges culturels déjà soulignés par Lise Bacon, qui augurent d'une ouverture de nouveaux marchés pour les productions audio-visuelles (et beaucoup de femmes vidéastes, cinéastes, ou travaillant dans le show business devraient chercher à en profiter), dans le domaine du livre (écrivaines, à vos exportations!) ou de la télévision, peut-on espérer l'ouverture de nouveaux marchés au Québec et au Canada?«Il y a souvent des sommets franco-africains, répond Monique Vézina.L'entrée du Canada crée un triangle dynamique, insuffle un nouvel élan aux relations francophones.Nous, de notre côté, nous avions déjà des accords bilatéraux avec la France ou avec l'Afrique: nous allons pouvoir les accroître.La francophonie est pour le Canada une tribune additionnelle, un «club» international où l'on va pouvoir vivre des expériences économiques de développement, de coopération et de politique internationale.«Économiquement, il y aura des retombées, poursuit-elle.Tenez, par exemple, lorsque je suis allée au Gabon en tant que ministre des Relations extérieures, ma présence, preuve de la volonté politique de mon pays, a accéléré la signature de nombreux contrats en négociation: on instaure un climat de confiance en créant des liens entre pays.» L'optimisme l'emporte donc chez Lise Bacon et Monique Vézina: beaucoup de décisions positives prises, des études de faisabilité en cours, des accords conclus.Et le prochain Sommet à Québec, dans deux ans.Où l'on espère que d'autres accords, plus concrets encore, pourront être signés.Où l'on souhaite que certaines questions concernant les femmes puissent être abordées.Sachant que les ordres du jour reflètent d'abord les désirs économiques, politiques et sociaux des gouvernements et des «gouverné-e-s influent-e-s», il appartient aux femmes, pendant ces deux ans, d'imaginer la meilleure façon d'utiliser une telle tribune francophone où le Québec et le Canada jouent, dès maintenant, un rôle de choix.À voir la gêne - non avouée, mais visible - de nos deux ministres interrogées lorsqu'il était déjà trop tard, gêne à ne pas avoir davantage poussé la question des femmes, peut-on espérer qu'elles seront de bonnes porte-parole des représentations que les mouvements féministes leur transmettront idéalement avant le prochain Sommet francophone, à Québec?N • O ' U'V'E'A'U'T'E'S PRESENCES DE JEUNES ARTISTES questions de culture 8 questions de culture IDENTITES FEMININES: mémoire et création Par leurs témoignages, plusieurs jeunes artistes nous font partager leur vécu quotidien de jeunes créateurs et d'interprètes, en tentant de répondre à la question suivante: comment, suivant quelles modalités et dans quelles conditions la nouvelle génération d'artistes pratique-t-elle son insertion sociale9 • 190 pages ISSN 0229-6829 ISBN 2-89224-051-4 12 $ Les femmes possèdent-elles des espaces culturels qui leur sont propres, au sein de la culture plus vaste à laquelle elles se rattachent9 Ces lieux de culture disparaissent-ils dans un contexte d'égalité et de partage des rôles9 Leurs manifestations sont-elles de l'ordre de la reproduction culturelle ou s'y greffe-t-il des éléments d'innovation et de création9 Ce sont ces questions posées du point de vue du rapport des femmes avec une culture particulière, celle du Québec, qui sont au coeur de ce numéro • 200 pages ISSN 0229-6829 ISBN 2-89224-065-4 12 s Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à: b B 6e rec-V tare i Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec (Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 avril 1986 35 LA VIE EN ROSE Marcos Jusqu'où ira Cory Aquino?Aux Philippines, un défi électoral qui semblait impossible à relever s'est transformé en une vague d'opposition si puissante qu'elle a emporté avec elle le régime du président Ferdinand Marcos.La source d'inspiration de ce mouvement: Corazon Aquino, «ménagère» et veuve de l'ancien dirigeant de l'opposition, Benigno Aquino, assassiné à son retour à Manille en août 1983.Surmontant les préjugés d'une société traditionnelle et patriarcale, cette femme de 53 ans a réussi à inspirer la grande majorité des 54 millions de Philippin-e-s, qui ont vu en elle le symbole du changement et l'espoir de jours meilleurs.Il reste à voir jusqu'à quel point «Cory» pourra instaurer les réformes tant attendues, étant donné les contraintes imposées par l'élite dont elle fait partie et le rôle joué par les États-Unis dans l'évincement de Marcos.L'ombre américaine Le scrutin du 7 février dernier a été déclenché par Marcos à la suite de pressions exercées par Washington, qui espérait ainsi accroître la crédibilité de son protégé et court-circuiter le mouvement de masse dont l'ampleur et les sentiments anti-américains ne cessaient de grandir.Personne, cependant, n'avait prévu l'étendue de la fraude électorale exercée (surtout)par Marcos.Non pas que la fraude soit exceptionnelle aux Philippines mais, étalée aux yeux du monde entier, elle a heurté les sensibilités démocra- Après Duvalier, Marcos.Le 25 février dernier, l'homme qui a imposé 20 ans de dictature aux Philippines était forcé de fuir le pays.Mais, comme en Haïti, les problèmes du pays sont loin d'être résolus.Corazon Aquino, la nouvelle présidente, réussira-t-elle à imposer un véritable changement?par Marie Boti tiques des pays occidentaux.Elle est devenue inacceptable! Personne n'avait prévu non plus le soutien massif accordé à Mme Aquino.De toute évidence, le système électoral bipartite que les États-Unis avaient voulu voir instaurer se révélait de la rigolade.Malgré ce fiasco, l'administration Reagan a refusé jusqu'à la dernière minute de retirer son soutien à Marcos, moins par respect pour ce «vieil allié et ami» que par inquiétude devant la possibilité qu'Aquino s'avère plus à gauche que prévu.Les Américains étaient aussi très mal à l'aise à l'idée d'une femme sans expérience et sans contacts politiques soudainement catapultée au pouvoir.Rappelons que la principale préoccupation de Washington a toujours été de maintenir aux Philippines un gouvernement pro-amé-ricain stable, un rempart contre le communisme dans cette région du monde, et de protéger ainsi ses intérêts économiques et militaires, à commencer par les deux bases de Subie Bay et Clark.Cependant, tout laisse croire que,devant l'étendue de la contestation suscitée par la victoire frauduleuse de Marcos, les États-Unis ont convaincu l'an -cien ministre de la Défense, Juan Ponce Enrile, et le chef adjoint de l'état-major des forces armées, Fidel Ramos, de passer dans le camp Aquino.Ce coup de théâtre, qui rayait définitivement Marcos de la carte, est survenu quelques heures à peine après le départ de l'envoyé spécial de la Maison Blanche, Philip Habib.Du strict point de vue américain, Enrile et LA VIE EN ROSE 36 avril 1986 347812 Ramos sont des alliés politiques beaucoup plus sûrs que Corazon Aquino, que personne n'a encore vue à l'oeuvre.Il est également évident que les États-Unis n'auraient pas retiré leur soutien à Marcos sans s'être préalablement assurés d'être du côté des vainqueurs dans l'éventualité d'un coup militaire.Mais voilà Mme Aquino obligée de faire de vieux ennemis ses complices d'aujourd'hui.Tout cela sera-t-il irréconciliable pour son gouvernement?Voyons d'abord qui est Aquino.Issue d'une des plus puissantes familles de propriétaires terriens aux Philippines, Corazon Aquino fait partie de l'élite du pays.Son cousin, Eduardo Cojuangco, contrôle le gros de l'industrie de la noix de coco; c'est un ami intime de Marcos.Benigno Aquino provenait, lui, d'une des plus grandes familles terriennes de la province de Tarlac.Cory Aquino appartient donc à l'opposition traditionnelle.Bien qu'elle soit entourée d'un bon nombre de démocrates très progressistes, dont les anciens sénateurs José Diokno et Lorenzo Tanada, Mme Aquino se situe plutôt au centre de cette opposition traditionnelle, alors que le nouveau premier ministre, Salvador Laurel, en représente l'aile très conservatrice alliée aux intérêts étrangers.De 1972 à 1982, période d'imposition de la loi martiale, «Doy» Laurel était d'ailleurs membre du gouvernement Marcos.Le duo Aquino-Laurel représente aussi les classes moyennes urbaines et la hiérarchie de la puissante Église catholique.De façon générale, cette élite ne remet en question ni les liens économiques et militaires étroits avec les États-Unis, ni la structure de classes de la société philippine où domine une petite minorité de gens d'affaires et de propriétaires terriens.Cory a d'ailleurs demandé elle-même aux États-Unis d'intervenir afin que Marcos accepte de céder le pouvoir.L'attitude ambiguë de la nouvelle présidente à l'égard de la présence américaine est justement l'un des aspects qui suscitent le plus de réserves chez la gauche philippine, qui a toujours revendiqué le démantèlement des bases Subie et Clark.La position d'Aquino ne s'écarte guère de celle de Marcos: elle préconise un référendum à l'expiration de l'actuel contrat, en 1991.Les «insurgés» communistes Bayan, la plus importante coalition d'opposition extra-parlementaire, composée de plus de 500 groupes et comptant plus d'un million de membres, a toujours maintenu que le problème principal du pays n'est pas seulement Marcos mais aussi la domination militaire, politique et économique des États-Unis.Éliminer Marcos sans modifier les rapports avec Washington ne changerait pas grand-chose, selon elle.L'opposition révolutionnaire (et clandestine), représentée principalement par le Parti communiste philippin et par la Nouvelle armée du peuple (qui se dit forte de 32 000 combattant-e-s), analyse le problème de la même façon.Ceci dit, Bayan et le Front démocratique national (l'organisme qui chapeaute les forces révolutionnaires) se sont dit prêts à donner au nouveau gouvernement le temps de faire ses preuves.Le FDN envisageait même d'accepter un cessez-le-feu, à condition que les forces armées renoncent à leurs actes de violence et que le gouvernement rétablisse une véritable démocratie.Antonio Zumel, dirigeant du FDN, affirmait toutefois que le mouvement révolutionnaire n'abandonnerait pas ses armes de sitôt: l'expérience démontre qu'il y a une différence entre ce que disent les politiciens lors d'une élection et ce qu'ils font par la suite.Grande défenderesse de la «réconciliation nationale», - «Il est temps de panser nos blessures», disait-elle le jour de son asser-mentation - la présidente Aquino cherchera sans doute à se réconcilier avec les forces ré- Lucie Laviolc((e (Suja(o) Rebirfh Montreal 524-5580 Quebec 524-3642 Vrm/irr rimlrwiuniicllr itr Ij Cnrpa-j/iwi i/rs p.j'in.s'rrirwtfi's ilnQiicIn 37 volutionnaires plutôt, comme le voudraient les États-Unis, qu'à en finir avec les «insurgés communistes».L'annonce de la mise en liberté du chef du Parti communiste, José Maria Sison (en prison depuis 1977) en est d'ailleurs la preuve.Un geste qui ne manquera pas de mettre Mme Aquino en conflit avec Washington.Le parlement de la rue Mais ce qui rend la situation du nouveau gouvernement philippin plus délicate encore, c'est qu'il risque aussi de s'aliéner le «people's power» (pouvoir populaire) qui a fait sa force jusqu'ici.Depuis 15 ans qu'il s'organise, ce mouvement de masse, baptisé «parlement de la rue», a hâte de voir le nouveau gouvernement combler ses attentes: non seulement la libération de centaines de prisonnièr-e-s politiques, mais aussi la réforme agraire, une loi sur le salaire minimum et, surtout, une diminution du contrôle étranger sur la vie économique, culturelle et politique du pays.Or, pour s'opposer à ces demandes, il y a tous les vestiges de l'ancien régime avec lesquels Mme Aquino n'est pas toujours en désaccord.Par exemple, malgré une dette extérieure de 27 milliards $US, Corazon Aquino n'a pas remis en question les liens avec le Fonds monétaire international qui continuera, avec d'autres organismes financiers, à exercer des pressions pour que les salaires soient baissés.Et puis, il y a l'influence économique et politique que les vieux «copains» de Marcos (maires, industriels, propriétaires terriens) ne manqueront pas d'exercer de leur côté.Enfin, il faut savoir que les dirigeants de l'armée demeurent plus que jamais fidèles aux États-Unis.Quoi retenir de ce moment fort excitant de l'histoire des Philippines?En voulant s'épargner une guerre civile, les Philippines se sont offert un transfert des pouvoirs spectaculaire mais non pas une révolution.Les États-Unis ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : ils se sont empressés de féliciter le peuple philippin pour «un des plus beaux exemples de démocratie»; puisque nos voisins du Sud ont toujours été plus intéressés par le maintien du statu quo que par de véritables changements, de telles louanges n'augurent rien de bon.La question demeure : Cory Aquino sera-t-elle plus fidèle à son milieu et à ses origines qu'aux forces populaires qui l'ont si specta-culairement hissée au sommet du pouvoir J^* Marie Boti est recherchiste et journaliste.Elle participait récemment, aux Philippines, au tournage d'un film sur les forces anti-Marcos.avril 1986 LA VIE EN ROSE Journal into Ruminations oostélectorak par Creta Hofmann Nemiroff i Je suis en train de boucler mes bagages, en partance pour Terre-Neuve où je dois donner une conférence sur les femmes et la santé.C'est alors que je reçois un coup de fil de l'association néo-démocrate de ma circonscription: on aimerait que je sois candidate aux prochaines élections provinciales.Comme je n'ai pas milité dans le parti depuis vingt ans, je suis même étonnée qu'ils sachent que je vote NPD! J'accepte de passer les rencontrer chez l'un d'entre eux, juste en bas de la rue, là où s'établira le quartier général de la campagne.Ils me sont tous étrangers, ces universitaires si bien élevés.Le climat est à la gentillesse, mais il y a parmi eux un organisateur professionnel du parti, à l'allure de jeune loup.Il sourit sans arrêt.Les assurances qu'ils me donnent ne me convainquent pas que ma candidature sera purement nominale, même si le NPD ne peut pas, après tout, l'emporter dans West-mount.Je leur dis que je vais y réfléchir, et que je dois en discuter avec ma famille et avec mes collègues du cégep où je dirige un programme.À vrai dire, je ne suis pas très enthousiaste et, alors qu'un avion après l'autre m'entraîne vers l'Est et Gander, l'élection prend les proportions d'une tête d'épingle à l'horizon.II J'explique à ma famille que j'ai déchiré mon bulletin de vote aux dernières élections provinciales, parce qu'aucun candidat ne convenait à l'honnête socialiste que je suis.«Si moi, je me présente, je pourrai au moins voter pour quelqu'un!», leur dis-je.«Vas-y!», répon- dent les enfants; mon mari regrette qu'une soudaine surcharge de travail lui laisse peu de temps pour m'aider.La plupart de mes collègues sont des hommes.des sportifs vieillissants qui adorent raconter leur partie de base-bail hebdomadaire aux réunions du département.Je leur explique que je ne serai qu'une candidate nominale, qu'on exigera peu de moi.Cela ne devrait donc pas nuire a mon travail.Ma voix sonne faux, mes gestes sont trop mesurés.Les sportifs s'enflamment: «Vas-y à fond de train!, hurlent-ils en choeur.Tu ne vas pas te contenter d'être nominale.Il faut que tu te battes, que tu les écrases!» Et je me bats, en effet.contre eux.Je ne veux pas vieillir comme eux, dis-je, pensant méchamment à leurs touffes de poil, à leurs muscles boursouflés.Je claque la porte de mon bureau.Un peu plus tard, J.-le-philosophe entre pour causer.«Comment peux-tu espérer que les gens te donnent temps et argent si tu n'es pas décidée à gagner la lutte?», me demande-t-il.Il parle maintenant un langage que je comprends: je l'écoute et je vois qu'il a raison.Assise dans mon bureau, j'essaie de prendre ma décision.Une petite cassette se déroule dans ma tête: «Si ce n'est pas moi, alors qui?Si ce n'est pas maintenant, quand?» J'appelle le parti et leur annonce que je le ferai.Je sais que je suis en train de sacrifier le luxe de ma virginité politique, de mon autonomie féministe, de mon je-m'en-foutisme vis-à-vis de toutes les institutions politiques.C'est la première fois depuis 1970 que je m'engage politiquement dans une cause qui ne soit pas exclusivement féministe.Cela peut expliquer mon détachement: je réagis comme à distance, comme une personne prise d'un gros rhume de cerveau.Cela ne me ressemble pas: je suis habituellement passionnée par les causes auxquelles j'adhère.Peut-être - je médite en regardant par la fenêtre le morne Montréal de novembre - est-ce parce que je n'ai jamais cru aux institutions masculines depuis que j'ai compris qu'il valait mieux s'en exclure.L'idée que ce n'est pas un engagement à vie me réconforte, cependant: cela durera à peine plus d'un mois.III Ce n'est pas la première fois qu'on me propose une fonction publique.Jusqu'à maintenant j'ai refusé, par crainte d'obtenir le poste et d'avoir ensuite à endurer la monotonie et la rigidité du «monde des hommes».Par ailleurs, aucun des candidats que j'ai appuyés n'a jamais été élu.Parfois, je me suis laissée aller à imaginer une campagne entièrement menée par des féministes: ça, ce serait intéressant! | Comme je suis «la nouvelle», c'est l'or-1 ganisation locale qui me fournit le person- o nel de la campagne: un agent, un organi-3 sateur, un responsable des bureaux de s scrutin.Il s'avère que ce sont des hommes £ LA VIE EN ROSE 38 avril 1986 et politique s d'une candidate sceptique issus du même département d'université, bien informés et très éloquents, mais sans aucun charme.Nous discutons d'argent, de budget, de dépliants et de tactiques.Je présente une liste de donateurs éventuels et je serai surprise de voir qui, de fait, donnera.(J'enrage encore quand je pense à G., riche à craquer, qui refuse de contribuer, elle dont le père s'est tué à organiser des syndicats dans les années 30 et 40.) Pour moi, cela deviendra un leitmotiv de la campagne: sur qui peut-on vraiment compter et pour quoi?Et à quel point connaît-on réellement qui l'on croit connaître?Constats dangereux et douloureux, qui m'aident à comprendre la carapace d'indifférence des politiciens.Je ne ferai pas violence à ma conviction que les sentiments dépassent les faits: je choisis de souffrir.Comme il n'y a qu'une autre femme, plutôt timide, à faire partie du noyau de l'équipe, je me sens frustrée du sentiment de partage que j'ai trouvé dans les groupes féministes.Les hommes ont l'air constamment exténués et déprimés, quasi conditionnés à la défaite.A la longue, leur manque de conviction m'affectera davantage que ne le ferait l'opportunisme politique le plus crasse de nos adversaires.Je me sentirai obligée de m'apitoyer avec eux sur le peu de temps laissé à la campagne par leurs emplois (que je sais moins exigeants que le mien), je ferai semblant de ne pas entendre leurs commentaires, selon les- quels leurs femmes n'apprécient pas qu'ils passent autant de temps en dehors de la maison.J'enrage intérieurement à les voir utiliser ces excuses pour faire appel à la féministe en moi.De plus, nous avions convenu de nous rencontrer chaque semaine pour faire le point sur notre stratégie et ces rencontres ne se matérialisent pas.J'en viendrai à regretter de ne pas m'être opposée plus vigoureusement à leur immobilisme, qui fragmente la campagne et la prive de sa dynamique.Ce ne sera pas une campagne drôle, avec cette bande; j'en viendrai à les qualifier tout bas, peu charitablement, de poules mouillées.M.est mon organisateur.Au fur et à mesure de la campagne, j'apprendrai à apprécier ce timide inquiet - qui est aussi gentil, renseigné et bien organisé.Il note tout, méticuleusement, dans son cahier à anneaux alors que je me fie aux petits papiers griffonnés qui gonflent mon agenda.En roulant d'un endroit à un autre, nous nous découvrons des goûts communs.Durant la campagne, je me rapproche de lui plus que de n'importe qui d'autre dans ma vie quotidienne; nos rapports cesseront brusquement au lendemain des élections du 2 décembre.Notre première visite est au quartier général du NPD, rue Saint-Denis.Mon dépliant est censé être déjà imprimé mais, comme je le craignais, tout le matériel ap- porté à l'imprimerie la semaine dernière par M.a été égaré.Je fais une scène (mijo-tée d'avance, au cas où.) à P., l'organisateur en chef, un vieux routier aux lèvres minces.Je veux qu'il sache que j'attends des services du quartier général.Nous nous chamaillons et nous disputons; M.nous observe, l'air désapprobateur.Adroitement, j'amène P.à adopter un comportement sexiste, dont je l'accuse ensuite; ainsi, j'ai le dernier mot de ce match verbal, en plus de promesses d'efficacité et de quelques grognements que j'ignore.(La nuit de l'élection, P.se penchera même pour me donner une bise de félicitations! ) Au quartier général du NPD, je prends viscéralement conscience, pour la première fois, de l'existence d'une organisation importante qui dépasse ma seule circonscription.Je peux pressentir les alliances, les hiérarchies formelles et informelles, le calcul et le règlement des dûs, les accords clairs ou tacites.L'endroit est incontestablement mâle, bien que le NPD soit le parti qui offre le meilleur programme aux femmes.Pendant toute la campagne, je me sentirai prise au piège dans cette galerie masculine, à tenter maladroitement de faire jouer les leviers d'une machine que je ne connais pas, afin de porter des coups qui me répugnent et qui font partie d'un jeu que je ne valorise pas réellement.Plusieurs des femmes que je rencontre au parti ne sont pas très au courant des questions touchant les femmes.Le féminisme n'a laissé que des traces superficielles.Je me sens étrangère aux jeux de la galerie, même si j'essaie de jeter un pont entre Fin- avril 1986 39 LA VIE EN ROSE Journal intime et politique )our domi-nombreu-nable; ma is manque is pas com-est un por- ma chroni-ur le West-; sur le tra-urnal d'ap-l'impartia-ouvera que t lors d'un Je reçois également des appels téléphoniques: Madame P., éternelle candidate dans Westmount, m'appelle à mon travail et m'abreuve d'épithètes antisémites dont la violence me hante pendant des jours; je n'ai rien entendu de tel depuis mon enfance.Un lobby du tabac, très actif, fait pression sur moi et n'apprécie guère ma réaction, pas plus que ma position sur l'avortement ne plaît aux gens qui me la demandent.«Tout cela finira bientôt», me dis-je certains soirs pour me consoler, quand je me sens débordée par la combinaison de l'élection et de mon travail.J'ai peur que le personnage public ne prenne le dessus sur la personne que je suis vraiment.de perdre mon authenticité.De devenir «une des leurs».Je m'encourage en pensant aux bons côtés: je n'ai pris aucun retard dans mon travail à la New School.Un de mes étudiants en «Interventions publiques» a acquis suffisamment d'assurance pour se présenter lui-même comme candidat NPD.Une économiste bien connue, que je n'ai jamais rencontrée mais dont j'apprécie la compétence, a contribué généreusement à ma campagne.et elle n'habite même pas dans ma circonscription.Malgré ses empêchements, mon mari a distribué des centaines de dépliants, seul ou avec nos enfants.frastructure du parti et moi.Ce n'est pas le moment de réfléchir; c'est le moment de se lancer dans la mêlée et de jouer des coudes pour arracher des voix.Je travaille à fabriquer en moi l'enthousiasme nécessaire; je dois au moins simuler ma passion habituelle.J'entreprends d'étudier les statistiques pertinentes pour soutenir l'argumentation du parti.Je suis partagée entre l'ébahisse-ment et la colère: la pauvreté, le chômage et l'exploitation éhontée des deniers publics par la minorité au pouvoir sont encore plus considérables que je ne l'avais imaginé.Ces constations me rapprochent en quelque sorte de mes consoeurs et confrères aux rassemblements et aux assemblées du parti.Le contact physique d'autres individus engagés, rien de tel pour raviver l'espoir et l'énergie! Je suis même fière, moi aussi, des talents oratoires du président et du chef du parti.Je ne vis plus dans un quartier; je vis dans une circonscription.En la traversant en voiture, j'observe avidement et possessivement les passant-e-s: voteront-ils, voteront-elles pour moi?À ma grande surprise, je prends plaisir à me poster à la sortie des trois Steinberg de ma circonscription pour rencontrer les électrices et les électeurs.Un jour, ma fille m'accompagne avec un équipement vidéo.Les gens se précipitent vers moi, espérant passer à la télévision.D'autres, que je connais à peine, viennent m'embrasser.D'autres encore, qui selon moi aimeraient mieux mourir que voter NPD, me remercient de leur offrir une alternative.Des en-seignant-e-s péquistes et d'autres employé-e-s du secteur public sont reconnaissants d'avoir un autre choix, après les décrets de 1983.Je visite des centres d'accueil pour personnes âgées et je constate leur crainte de perdre leurs pensions.Un soir, je visite un couvent où les soeurs vieillissantes m'accueillent avec des bruissements polis et indéchiffrables.J'en sors sans avoir la moindre idée de leur intention de vote.Une nuit, je participe à une annonce télévisée avec le chef du parti et un autre candidat.Nous sommes enregistrés tard en soirée, en vue du temps d'antenne accordé gratuitement par Radio-Canada aux candidats «marginaux».Comme j'ai été invitée souvent à la radio et à la télévision au cours des années, je ne suis pas nerveuse.J'essaie de me convaincre que c'est maintenant le moment ou jamais de faire tout ce que je peux pour le parti.Cependant, tout ce que j'arrive à faire c'est afficher une indifférence bienveillante et un intérêt de romancière, en observant les candidats du Parti conservateur et de l'Union nationale se faire enduire de fond de teint dans les entrailles de Radio-Cana- da.Je n'ai pas assez d'ardeur ner mon ennui total devant les ses reprises, l'attente intermi performance est honnête ma: d'inspiration.Je ne me reconna plètement à l'écran, même si c' trait juste de mon état d'esprit.Je consacre plus d'énergie à que électorale hebdomadaire po mount Examiner.Je ne lésine pa: vail même si je soupçonne le jo puyer le député sortant, malgré lité qu'il affiche.La suite me pr j'avais raison.Je rencontre ce député sortan débat public opposant les candidat-e-s.C'est un type rougeaud, un peu apoplectique.un fort en gueule.Son discours consiste essentiellement en papotage à caractère fiscal agrémenté d'allusions à peine voilées au portefeuille ministériel qu'il espère obtenir.Sa vie dans l'arène politique semble l'avoir habitué à avaler sa lèvre inférieure et à tourner vers son auditoire un buste raidi comme une carapace.Je me retrouve à sympathiser avec la candidate péquiste, une infirmière charmante qui a créé une association de femmes haïtiennes.J'aimerais en savoir plus long mais ce n'est pas le moment.J'essaie plutôt de l'aider à comprendre les questions qu'on lui pose en anglais, eubliant tout à fait que nous sommes des adversaires.Quinze ans de militantisme dans le mouvement des femmes ne m'ont guère préparée à rivaliser ouvertement avec des femmes.Ma meilleure amie dit à notre collecteur de fonds ne pas vouloir contribuer à ma campagne; cela me pèsera lourdement pendant tout le mois.Ce n'est qu'à la veille des élections que nous en discutons à fond, comme les femmes savent le faire, et que nous nous réconcilions.Elle verse une cotisation de son plein gré et je me sens beaucoup mieux.Une autre amie confectionne une bannière pour notre quartier général.Malgré tout cela, il y a des moments où je me sens totalement seule «au front», avec mon sourire comme seule et fragile protection.• Avec étonnement, je découvre que le sentiment d'être en campagne se compare beaucoup à celui d'être en grève: anxiété quant aux résultats, hantise de voir son existence validée ou non par les médias.(Les journaux semblent déterminés à ignorer le NPD, prétendant que les deux grands partis offrent des options véritablement différentes, alors que Johnson lui-même qualifie leurs différences de «nuances».) Le temps semble tout à fait mort entre les apparitions publiques, les réunions et le travail électoral (comme il l'est lors d'une grève, entre le piquetage et les réunions).Je n'aime pas beaucoup cette impression de vivre en attente et je m'ennuie de la passion que nous inspire la rage de souffrir directement de l'injustice.Une circonscription est une entité inconnue; je comprends mieux les liens implicites de mon entourage professionnel.Le jour des élections est tout le contraire d'un apogée; je vais travailler l'avant-midi et je vote dans l'après-midi.Mon fils, secrétaire d'un bureau de scrutin sur les hauteurs de Westmount, me racontera plus tard avoir eu le coeur serré toute la journée en observant les gens qui venaient! voter.Il avait raison: je n'ai obtenu quel sept votes à son bureau de scrutin.Le soir, au quartier général, nous sur-o veillons les résultats à la télévision.Je suiss déçue de finir en troisième place avec£ LA VIE EN ROSE 40 avril 1986 8,2 % seulement du suffrage, soit presque 2 000 voix.Ce n'est qu'en arrivant à la réception postélectorale du NPD que je me rends compte que j'ai relativement bien réussi: la moyenne provinciale du parti est de 3,2 %; je me suis classée deuxième à Montréal et troisième au Québec.Cette nuit-là, je parle avec des gens qui ont travaillé dur pour de piètres résultats, dans des circonscriptions peuplées d'ouvriers.Un homme, exsangue de fatigue et de désenchantement, me dis: «Comment les gens peuvent-ils voter contre leurs propres intérêts?» Je me demande si certains électeurs et électrices de Westmount m'auraient appuyée comme ils l'ont fait s'ils avaient cru que j'avais une chance de l'emporter.Cela aurait pu s'avérer contre leurs intérêts aussi.Cette nuit-là, trop excitée pour m'en-dormir, je repense aux embrassades et aux félicitations qui ont accompagné mon départ de la réception, aux quartiers généraux de Sainte-Marie.Je m'inquiète déjà: ces sentiments chaleureux nous mèneront-ils loin, une fois que la poussière sera retombée?Quel sera le taux d'usure?Comment nous situerons-nous, tous, au prochain congrès du parti?Le NPD-Québec peut-il en arriver, sur la question nationale, à une position acceptable pour la majorité?• Des ami-e-s et des étrangèr-e-s m'ont félicitée par lettres, au téléphone et en personne, pour ma «respectable performance».J'ai moi aussi le sentiment d'avoir bien combattu.J'ai essayé de passer outre à mon scepticisme et d'y aller à fond de train, de viser haut; si je n'ai pas atteint le sommet, ce n'est pas faute d'avoir tenté d'essayer.À la première réunion postélectorale du noyau de mon équipe, félicitations mutuelles, regrets, critiques et vagues projets d'avenir s'entrecroisent.Les gens semblent s'attendre à ce que je prenne la direction; ils me disent qu'ils sont brûlés ou, dans le meilleur des cas, prêts à s'extraire' régulièrement une petite dose de participation.On me demande si je me présenterais de nouveau.Je parcours la salle des yeux, en cherchant ce que j'ai appris de l'exercice.J'ai constaté que je peux, avec un engagement émotionnel plutôt minimal, m'intégrer à l'arène politique.mais au dépens de mon intégrité, dans la mesure où j'ai dû accepter des choses que je ne tolérerais pas dans la «vraie vie».Afin de préserver la bonne marche de la campagne, j'ai évité le genre de confrontation qui peut déclencher des réactions viscéralement violentes dans l'arène de la politique.des sexes! Je n'ai pas envie d'investir autant de passion et d'énergie avec ce groupe de personnes, alors je lance, en boutade: «J'aimerai?mieux écrire des romans!» «Comme tout le monde ici, non?», rétorque pieusement J., le responsable des bureaux de vote, en reluquant discrètement sa montre.Irritée par son attitude, je dois néanmoins me boucher les oreilles pour ne plus entendre le chant de la sirène: «Si je ne le fais pas, qui le fera?» La prochaine élection est encore loin.En fabulant un peu, je peux espérer que la révolution féministe aura alors infiltré le modus operandi de la politique.Je ne peux pas compter là-dessus, mais juste au cas où, je vais commencer à dresser superstitieusement ma liste de conditions et d'exigences à présenter aux «gars».Mes comptes sont à jour: j'ai payé mes dettes mais il faudra, la prochaine fois, pour me faire bouger, qu'on me promette de péter le feu! traduction: Constance Roy, Françoise Guénette Greta Hofmann Nemiroff, directrice du New School Dawson College, à Montréal, candidate néo-démocrate aux dernières élections provinciales, est aussi écrivaine VII A GENCE DU LIVRE RABAIS 10% [y Découpez ce coupon zt obtenez an ?uxbaÀA\* '»< de 10% -ôua toute, la marchandise en maqa-i! !! 6in quand voua pauzz comptant.\* im=- = ssssssssssi :====: Ml fB rXGENCE DU LIVRE 1246, rue Saint Denis.Montréal.Ml: 844-6896 - 844-4967 avril 1986 41 LA VIE EN ROSE Paule Baillargeon Le vrai visage d'Alzheimer Sonia, c'est une mère et une fille aux prises avec la terrible maladie d'Alzheimer.C'est aussi le retour de la comédienne Paule Baillargeon à la réalisation, six ans après la controversée Cuisine rouge.par Diane Poitras Elle a gardé des airs d'adolescente en fugue, un je-ne-sais-quoi de rockeuse.C'est une passionnée, avec une voix qui sait parfois être infiniment douce.et un front de boeufl Invitée un jour à parler des stéréotypes au cinéma, elle commençait son exposé ainsi: «J'ai demandé à mon chum ce qu'est un stéréotype et il m'a répondu: "J'sais pas, c'est peut-être un type qui vend des stéréos!"» Au cours de la même intervention, s'ap-puyant sur une scène du film Le chat dans le sac, elle déclarait avec force: «Aujourd'hui, si je n'ai pas de maquillage sur le visage, c'est en partie grâce à Gilles Groulx!» Issue du groupe de jeunes comédien-ne-s qui, en 1969, claquait la porte de l'École nationale de théâtre, cofondatrice du Grand Cirque ordinaire, féministe et créatrice, Paule Baillargeon n'est pas la fille du juste milieu.Son premier long métrage, La Cuisine rouge (coréalisé avec Frédérique Collin, 19801), en était un bon exemple.Indigeste pour beaucoup d'hommes, déroutant pour autant de féministes, ce film qui voulait raconter «la dernière journée des anciens rapports entre les hommes et les femmes» a été plutôt mal reçu ici.Il faut dire que les réalisatrices n'y allaient pas de main morte: leur portrait de l'aliénation avait de quoi effaroucher même les esprits les plus ouverts.Elles tentaient aussi, et avec beaucoup de bonheur parfois, d'introduire un langage poétique très personnel et inhabituel dans les films à thèses, surtout féministes, de l'époque.Un film en avance sur son temps?Peut-être bien.Toujours est-il qu'avec ses quelques maladresses et écarts de langage, La Cuisine rouge s'est attiré de la froideur et de l'hostilité.Ce film a été si «dur à porter» pour les réalisatrices qu'elles en ont été physiquement malades.Et Paule Baillargeon s'est réfugiée à la campagne pour soigner ses blessures.Il lui a fallu attendre six ans avant de se jeter encore une fois dans la réalisation d'un long métrage.L'occasion se présente à l'automne 1984.Roger Frappier, alors producteur à l'Office national du film (ONF), lui propose la réalisation d'un film sur la maladie d'Alzheimer.«Je ne connaissais même pas ce mot-là! Je suis rentrée chez moi avec la documentation que Frappier m'avait remise et je pensais: Ah! tabarnouche, qu'est-ce qu'il va falloir que je fasse pour gagner ma vie!» (rires) Puis elle tombe sur un article «magnifiquement écrit» par une journaliste américaine, Marion Roach.Et la voilà repartie dans un projet qui allait occuper son esprit et mobiliser toute son énergie pendant les sept ou huit mois suivants.«De décembre 84 à juillet 85, je n'ai fait que ça: j'ai écrit le scénario, réalisé le film, tenu le rôle principal et fourni toute l'imagerie du personnage, qui est peintre.Ce sont mes dessins et mes peintures qui sont dans le film.» Mais la maladie d'Alzheimer n'est pas un sujet léger.Cette affection du cerveau dont on ne connaît ni les causes, ni le traitement, se manifeste par la disparition progressive de toutes les fonctions mentales et physiques de la patiente ou du patient, dont on disait autrefois qu'elle «retombait en enfance».En fait, la maladie d'Alzheimer serait la véritable cause de ce qu'on appelle la démenoe senile.Or, si les recherches prouvent qu'il frappe surtout les plus de 65 ans, ce terrible mal peut aussi se manifester chez des personnes beaucoup plus jeunes.Pendant la scénarisation, la cinéaste doit se séparer de sa fille pour se consacrer entièrement au rythme de développement du film.«C'était épouvantable.J'ai dû intégrer tous les aspects de cette maladie qui pose tellement de questions sur la condition humaine.(Mon premier titre était: Alzheimer, une vue d'horreur!) Nous avons toutes et tous les premiers symptômes de la maladie d'Alzheimer: tout le monde est dépressif par moments, tout le monde a des pertes de mémoire, des sautes d'humeur.Mais pour la majorité des gens, ça s'arrête là alors que les malades d'Alzheimer perdent tout.Ils et elles perdent tout «Sonia» : Roxanne (Paule Baillargeon) et Sonia (Kim Yaroshevskaya) d'abord la mémoire immédiate, puis la mémoire du passé.Et si tu n'as plus de passé, qu'est-ce qu'il te reste?S'il n'y a pas de lien entre les images que tu vois, qu'est-ce qu'elles signifient?Une image a un sens par rapport à celle qui la précède et à celle qui la suit.On dit que pour un-e malade d'Alzheimer, la vie n'est plus comme un film mais comme une série de diapositives.Je me demande où vont les images de ces personnes avant de disparaître dans le néant ?Tu imagines toutes ces images mêlées dans le cerveau?Le souvenir d'une journée d'été a la même valeur que cet objet, ici, aujourd'hui.Tout est basculé.On tombe dans un gouffre sans fond!» Avec l'aide de Laura Harrington2, le film prend forme et devient une fiction.L'histoire est celle de Roxanne, une femme dans la trentaine (interprétée par Paule Baillargeon) qui remarque les comportements bizarres de sa mère, Sonia (Kim Ya-rochevskaya).Détails anodins au départ, ces comportements deviennent de plus en plus inquiétants.Lors d'un repas de fête, Sonia propose de porter un toast à la santé de sa fille.Elle a déjà oublié qu'elle vient de faire le même geste, quelques minutes auparavant.Puis cette femme indépendante (veuve depuis longtemps, elle est peintre Poule Baillargeon LA VIE EN ROSE 42 et professeure d'histoire de l'art) se referme de plus en plus sur elle-même, jusqu'au jour où elle disparaît pendant plusieurs heures et revient sans souvenir de ce qu'elle a fait.Roxanne accompagne sa mère dans cette descente aux enfers, car la maladie, inexorablement, conduit à la détérioration et la mort.Lorsque je demande à la réalisatrice s'il s'agit d'un film sur la relation mère-fille, elle sourit: «C'est un film qui parle de la relation mère-fille, de la maladie d'Alzheimer, de l'art, de la vie, de la mort.» Un film sur est évidemment une formule réductrice.Mais, de toute évidence aussi, la maternité est une préoccupation importante chez Paule Baillargeon puisque c'est le thème de son prochain long métrage.Entre-temps, surveillons la sortie de Sonia, prévue pour l'automne.Et souhaitons que le film permette à son auteure de ne pas attendre si longtemps avant de tourner le prochain! 1/ Paule Baillargeon avait aussi réalisé, en 1976, le court métrage Anastasie ô ma chénê (34 min.).2/ Laura Harrington a écrit entre autres la pièce Chute libre, dont Paule Baillargeon a tenu le rôle principal, à l'automne 1985, à La licorne, Montréal Kim Yaroshevskaya Kim Yaroshevskaya Le plaisir des grands rôles Qu'y a-t-il de commun entre la poupée Fanfreluche et Sonia, malade d'Alzheimer?La présence de Kim Yaroshevskaya, qui incarne le rôle-titre du dernier film de Paule Baillargeon.par Lucie Villeneuve et Fabienne Julien ans le film, il y a une scène où je reviens à la maison après en être partie pendant quelques jours, je ne sais plus où.Ma fille me demande: "Où étais-tu?" Après un long silence, je dis: "C'est l'été.» Et Kim Yaroshevskaya ajoute: «C'est beau, c'est la poésie du silence.» Les victimes de la maladie d'Alzheimer perdent peu à peu leurs fonctions cogniti-ves; en fait, ils et elles vivent une sorte d'enfance à rebours puisque la maladie progresse en fonction inverse du développement humain.Les premiers symptômes sont des pertes de mémoire de plus en plus fréquentes; elles entraînent un sentiment d'humiliation chez la ou le malade, qui devient colérique et dépressif-ive.La plus jeune victime connue d'Alzheimer a 28 ans.Au 3e stade, la personne manifeste moins d'efficacité au travail mais ce n'est qu'au stade suivant qu'on diagnostique généralement la maladie à cause de la difficulté à s'organiser, à gérer ses finances.Puis, progressivement, la-le malade a de la peine à s'habiller seul-e, à se laver; il-elle perd le contrôle de sa vessie et de ses intestins puis, enfin, l'usage de la parole et la faculté de marcher.Mais les personnes ne sont pas folles; elles sont plutôt comme des enfants qui n'ont pas encore fait l'apprentissage de certaines choses.A certaines étapes de la maladie, elles en sont encore conscientes, ce qui provoque en elles un grand désarroi1.Du film, Kim Yaroshevskaya dit: «C'est comme une tragédie grecque: dès le début, on sait que Sonia va perdre la mémoire, on voit la progression.mais on reste impuissante devant cette maladie incurable.» Pour se mettre dans la peau de Sonia, la comédienne avait décidé de visiter des malades dans un hôpital spécialisé.Mais à la veille de son premier rendez-vous, elle ne voulait plus y aller.«Je me disais: "Ça va me faire mal pour rien et puis je suis comédienne, je suis assez sensible pour me mettre dans n'importe quelle situation." J'avais peur.En fin de compte, j'y suis allée et je me suis prise d'affection pour ces gens, je ne voulais plus repartir.Moi, je suis très sensible aux vieilles dames.C'est de l'affection ou de l'amour, je ne sais pas.Et j'éprouve aussi une espèce d'affection pour l'animal qui boite.» A l'hôpital, Kim a vu un monsieur, qui avait été un musicien extraordinaire, jouer au piano les premiers airs qu'il avait appris, enfant.Pourtant, quand on lui montrait une partition, il ne savait pas ce que c'était, ne le savait plus.Souvent les malades, celles et ceux qui ont encore l'usage de la parole, chantent des comptines de leur enfance et n'oublient aucun mot, alors qu'ils ou elles ne se rappellent pas ce qui s'est passé la veille.Elle a vu aussi une malade qui, bien qu'à l'intérieur, gardait chapeau, manteau et bottes et promenait une petite poupée dans un carosse.Quand le médecin lui demandait le nom de son mari, cette femme répondait: «Oh! Vous avez l'air très bien aujourd'hui!» Elle camouflait ainsi ses trous de mémoire, très humiliée de voir ses facultés intellectuelles s'éroder peu à peu.Curieusement, à l'époque de ses visites à l'hôpital, Kim a «oublié» deux rendez-vous importants: «J'avais honte de ne pas me souvenir.J'ai paniqué, mais je l'ai camouflé.Je me suis servi de cela pour jouer le rôle; je ne jouais pas la maladie, je jouais un état.Dans le film, chaque scène a son état; on passe d'une étape à l'autre de façon très imperceptible.» Pourtant, l'actrice nous dit ne pas avoir été habitée par la maladie: «Je ne m'identifie jamais totalement à un rôle, je l'intériorise et je reste lucide.Ce n'est pas nécessaire d'habiter la maladie pour la jouer; quand tu joues, tu te sers de ton expérience.parce que chacun-e est tout.Chaeun-e a des moments de tout ce qui existe comme expérience humaine.» Elle a beaucoup aimé travailler avec Paule Baillargeon - à cause, entre autres.43 LA VIE EN ROSE Les revues culturelles LES ANNALES DE L'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN • ARCADE • ARIA • CAHIERS DES ARTS VISUELS • CONTRETEMPS • COPIE ZÉRO • DÉRIVES • ÉCRITURE FRANÇAISE DANS LE MONDE • ÉTUDES FRANÇAISES • ÉTUDES LITTÉRAIRES • FORMAT CINÉMA • LES HERBES ROUGES • IDÉES ET PRATIQUES ALTERNATIVES • IMAGINE.• INTER • JEU, CAHIERS DE THÉÂTRE • LETTRES QUÉBÉCOISES • LURELU • LE MAGAZINE OVO • MOEBIUS • LA NOUVELLE BARRE DU JOUR (NBJ) • NUIT BLANCHE • PARACHUTE • POSSIBLES • PROTÉE • RECHERCHES AMÉRINDIENNES • RÉ-FLEX • SÉQUENCES • SOLARIS • SONANCES • SPIRALE • TRAFIC • VICE VERSA • VIE DES ARTS • LA VIE EN ROSE • VOIX ET IMAGES • Vous vous sentez concernés par les arts visuels, le cinéma, la danse, la littérature, le théâtre, les débats sociaux soulevés par différentes tendances ?Les revues culturelles vous invitent à partager leurs perceptions plurielles de la culture.Pour recevoir gratuitement notre répertoire annuel « Le Québec en revues », veuillez nous écrire : AEPCQ C.P.786, Succursale Place d'Armes Montréal (Québec) H2Y 3J2 ASSOCIATION DES ÉDITEURS DE PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS LA VIE EN ROSE 44 avril 1986 d'une grande confiance réciproque - et elle considère que le rôle de Sonia est l'un des plus grands qu'elle ait joués: «J'avais à évoluer continuellement; il y avait une progression de situations, d'états intérieurs changeants.Même si le film ne va pas jusqu'à l'étape légume.» Dans Sonia, on voit se détériorer progressivement les rapports entre la mère et la fille, qui ne peuvent plus se parler des mêmes choses.Sonia, qui est peintre et professeure d'histoire de l'art, discutait souvent avec Roxanne, étalagiste dans un magasin.Elles s'aiment beaucoup et lorsque la maladie s'impose, la fille est déchirée par les attitudes de sa mère qui, elle, vit maintenant l'humiliation et le désarroi.«Il y a méfiance de part et d'autre.Par exemple, dans cette scène où ma fille me dit: "Dépêche-toi", quand je prends mon temps pour m'habiller.J'essaie de mettre un collier - je ne sais plus qu'il faut commencer par le dégrafer - en le passant pardessus la tête, j'essaie encore, puis je rage contre ma fille qui est là, qui voit ça.et je vais m'enfermer dans les toilettes.» Kim Yaroshevskaya se sent privilégiée de ne pas être malade.Déjà, elle souffre d'avoir un peu moins de mémoire qu'à 20 ans: «Dans ma jeunesse, je pensais que ce n'était pas possible d'oublier les indications d'un metteur en scène et je rageais contre les comédiens-ne-s que je trouvais indiscipliné-s.» Ses yeux s'allument, elle rit, d'un rire de gorge.C'est un plaisir que de l'écouter et de la regarder parler: elle module sa voix, et ses yeux, tantôt pleins de gravité lorsqu'elle évoquait la maladie d'Alzheimer, deviennent rieurs.Non, elle n'a sûrement pas perdu son âme slave, même si la mort de ses parents l'a obligée tôt, à l'âge de 10 ans, à quitter l'URSS pour venir s'établir à Montréal avec sa tante.Orpheline à cinq ans, d'une mère anarchiste et d'un père trotskyste, Kim avait entre-temps été élevée par sa grand-mère une femme forte qui venait de voir tuer plusieurs de ses 13 enfants lors d'un pogrom.En arrivant au Canada, elle trouva les enfants bien différents: «Ici, on ajoute de l'eau de rose à notre façon de traiter les enfants!» Sonia et Roxanne À 17 ans, elle s'inscrivait à l'École des Beaux-Arts tout en poursuivant des cours de danse; elle gagnait sa vie en faisant des dessins de mode pour le magasin Morgan's.D'ailleurs, dans le film Sonia, elle a beaucoup aimé interpréter la scène où elle dessine, qui lui rappelait les Beaux-Arts.Étonnée, j'apprends que cette grande comédienne ne jurait en fait que par la danse.Elle travaillait avec Elizabeth Leese2, qu'elle admirait beaucoup.Sa carrière a bifurqué par hasard: «J'étais danseuse, ra-conte-t-elle, et je donnais des cours de mouvement à une troupe de théâtre amateur.Mais en répétitions, je me mêlais de tout! J'avais tellement d'idées sur ce qu'ils auraient dû faire, la façon dont ils auraient dû jouer! C'est si facile quand on n'est pas sur la scène.Les comédien-ne-s, excédé-e-s, m'ont dit: "Prends un rôle et ne nous emmerde plus!"» Elle se retrouve sur la scène, durant la représentation: «C'était comme un long soupir, je me souviens de l'espace, c'était mon espace, je me sentais bien, jamais je ne m'étais sentie chez moi nulle part, je ne voulais pas dire un mot.» Un comédien doit lui donner un coup de coude et la prier d'enchaîner! Curieusement, après cette «révélation», elle se dit encore danseuse, même si les offres théâtrales pleuvent et même si elle créera, s'inspirant de ce premier rôle, le fameux personnage de Fanfreluche, que l'on verra pendant 17 ans à la télévision.Finalement, elle décide d'être comédienne quand elle passe un mois à Paris, en stage, comme auditrice libre aux ateliers de Tania Bala-chova.Touchée aux larmes par une scène que jouent deux étudiants, elle se dit: «Si c'est ça l'art dramatique, j'en veux! Je veux jouer comme ça.» Revenue à Montréal, elle entre à l'École du Nouveau-Monde.Depuis, elle a beaucoup joué au théâtre.On l'a vu, avec les Gascon et Roux, dans les chefs-d'oeuvre de Tchékhov (La Mouette, la Cerisaie) ou d'Ionesco (La Cantatrice chauve, Les Chaises, La Leçon).Plus tard, elle a interprété des textes de Michèle Lalonde, d'Antonine Maillet.Présentement (et jusqu'au 5 avril), elle joue dans Les Papiers d'Aspern, de Henry James, adapté par Marguerite Duras, au théâtre du Rideau vert, dans une mise en scène de François Barbeau.Kim Yaroshevskaya me rappelle encore Fanfreluche.C'est elle qui en écrivait les textes en imaginant le personnage de poupée qu'elle aurait aimé voir à l'âge de huit ans.Elle à qui sa mère avait interdit de posséder des poupées, craignant d'en faire une petite fille mièvre.?» entrevue: Fabienne Julien rédaction: Lucie Villeneuve 11 Lire à ce sujet l'excellent article de Manon Roach, «Reflets dans un monel miroir», L'Actualité, décembre 1985.21 Grande danseuse de l'école de Martha Graham, Elizabeth Leese enseignait la danse à Montréal vers les années 50.RELAXATION-BRONZAGE 3938, rue Saint-Denis, suite 2, Montréal, H2W 2M2 843-3422 (Etîarrnn $c (£ûli avocates Dominique Charron Sylvie Coté 215 rue St-Laurent Vieux-Montréal H2Y 3T9 397-8885 avril 1986 45 LA VIE EN ROSE W votre Ubraire ACTIVITÉS SENSORIELLES ET MOTRICES LES FEMMES ET L'ALCOOL en Amérique du Nord et au Québec Louise Nadeau.Céline Mercier et Lise Bourgeois 184 pages 13.95$ L'alcoolisme féminin est un sujet sur lequel s'expriment toujours d'innombrables préjugés et vérités approximatives.Qu'en est-il au juste?Que savons-nous objectivement des taux de consommation, des maladies qui s'y rattachent et des problèmes qui en découlent9 Comment se comparent les situations de la femme qui reste à la maison et de celle qui travaille à l'extérieur?Comment se présente l'alcoolisme suivant l'âge, le statut social et les revenus des femmes?La santé mentale, la transmission héréditaire, les effets sur le foetus, le traitement de l'alcoolisme.Voilà autant de questions abordées dans cet ouvrage de grande acuité sur un thème d'importance à la fois individuelle et sociale.L'INSOMNIE Traitement comportemental Robert Ladouceur et Yves Gros-Louis 66 pages 6,50$ Cette monographie expose de façon succincte les principales méthodes comportementales de traitement, précise le bien-fondé de leur hypothèse et évalue l'efficacité de chacune des interventions.Elle fournira au lecteur une saisie rapide et complète de ce problème important rencontré chez nombre d'individus.ACTIVITÉS SENSORIELLES ET MOTRICES Éducation — Rééducation Isabelle Gagnon-Bouchard et Andrée Guay-Boisvert avec la collaboration de Gilles Harvev 288 pages 24,95$ Ce livre fournit au lecteur une multitude d'activités psychomotrices qui peuvent être utilisées en éducation, rééducation ou thérapie, auprès de l'enfant et de l'adolescent.Ces diverses activités ludiques, sportives et expressives, lorsqu'elles sont bien choisies, peuvent favoriser le développement physique, intellectuel et social de l'enfant.L'AMPLEUR DES MALADIES MENTALES AU QUÉBEC 100 pages Docteur Yves Lamontagne 7,95$ Conçu pour les administrateurs, les politiciens, les intervenants et le grand public, ce RAPPORT-CHOC vise à engager une profonde réflexion sur l'ampleur alarmante que prennent aujourd'hui les maladies mentales au Québec Les droits provenant de la vente de cet ouvrage seront versés à la Fondation pour la recherche sur les maladies mentales.GUIDE DES NOUVELLES THÉRAPIES Les outils de l'espoir Marquita Riel.Luc Morissetle et collaborateurs 288 pages 23,95$ Nous assistons, au Québec, depuis une vingtaine d'années, à une prolifération d'approches thérapeutiques.Pour qui veut aller en thérapie, le choix d'une école, d'un centre ou d'un thérapeute devient de plus en plus embarrassant Qui choisir?Comment choisir?Sur quels critères fonder le choix'' Voilà autant de questions qui surgissent et souvent demeurent sans réponse.L'idée de cet ouvrage, qui regroupe 26 thérapies offertes actuellement, est née du besoin de répondre à ces questions et, partant, de fournir au public un répertoire des différentes approches thérapeutiques existantes.LE CANCER: maladie de la vie 184 pages Michel Page 16,95$ L'histoire, la nature, les causes et les diverses formes de cancer sont autant de sujets traités dans cet ouvrage dont l'objectif est d'informer du rôle actif que chacun peut jouer dans le dépistage, la prévention et la thérapie.L'auteur est professeur titulaire et chercheur au département de biochimie de la faculté de médecine de l'Université Laval.PSYCHOTHÉRAPIES: ATTENTION! 224 pages Collectif 17,95$ Les psychothérapies, dont le foisonnement parfois hétéroclite a de quoi étonner, font désormais partie du quotidien de dizaines de milliers d'hommes et de femmes.Pourquoi cette explosion des psychothérapies?Les auteures et auteurs qui ont conçu et réalisé ce dossier avaient en commun une même volonté de réfléchir en profondeur à un phénomène auquel ils étaient et sont encore confrontes dans l'exercice de leur profession, et parfois dans leurs expériences de vie personnelle, de même que le désir de communiquer avec un public plus large.Québec Science Éditeur a donc saisi l'occasion et vous propose ce dossier, qui veut davantage lancer un débat que le clore.Pour les régions non desservies, commander aux PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC CP.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Téléphone: 1-800-463-4799 Littérature «'étais là, avec onze autres détenues, parce que Sadate avait décidé d'en finir avec toute l'opposition et de faire taire toutes les voix qui ne concordaient pas avec la sienne.» Le 6 septembre 1981, Naoual El Saadaoui, médecin, écrivaine, féministe, humaniste était arrêtée, incarcérée, isolée et menacée d'enquête politique.Elle avait commis un crime: «exprimer librement ses pensées contre l'injustice et l'oppression».Tout à coup me reviennent des relents, de peur, d'inquiétude, de panique; j'avais sept, huit, dix ans, j'habitais Alexandrie, je me nommais Anne-Marie Alonzo, nom eu-ropéano-chrétien par excellence.Mes camarades de cours, pour la plupart musulmanes, ne me parlaient pas.J'avais une amie, Sania, nous nous voulions identiques, moi catholique, elle musulmane; les autres nous séparaient, se moquaient de nous.Nous étions à part, hors des luttes religieuses, de classe, de caste.J'habitais Alexandrie, j'allais à l'école allemande, Sania aussi.Derrière les murs, dans les rues, il y avait, parfois, des manifestations, vite étouffées.À l'intérieur des murs, Sania et moi avions aussi peur l'une que l'autre, l'une pour l'autre.Nasser régnait! Née en 1931 à Kafr Tahla, un petit village au bord du Nil, Naoual El Saadaoui DIANE RICARD : VOIX et SONS ENR.psychophoniste thérapeutique par la voix 117.Villeneuve ouest Montréal.Québec H2T 2R6 |5I4) 276-794S Naoual l'Égyptienne Emprisonnée par Sadate, libérée en 1982 sous la pression des féministes occidentales, l'écrivaine féministe égyptienne Naoual El Saadaoui continue d'écrire.en arabe.Dernier récit traduit: Douze femmes dans Kanater1.par Anne-Marie Alonzo ^^^^^^^^^^^^^^ ' f isserandes égyptiennes écrit tôt des nouvelles, des romans, des essais et se mérite pour Ferdaous une voix en enfer (un roman infernal justement, qui dépeint l'injustice et l'extrême misère qu'ont à vivre les femmes arabes surtout si elles sont pauvres, orphelines et le moindrement rebelles ) et La Fâche cachée d'Eve, publiés aux Éditions des Femmes, le Prix de l'amitié franco-arabe en 1982.Psychiatre, elle défend dans ses écrits les droits de la femme égyptienne, particulièrement en ce qui concerne la sexualité.Nous ne sortions jamais seules, Sania et moi.Nous attendions la bonne ou le chauffeur de l'école, souvent nos parents venaient nous chercher.Les hommes arabes guettaient, savaient nous coincer, nous tâter, nous faire peur.Après la publication de son premier roman, La Femme et le sexe, Naoual El Saadaoui devient une pana et est démise de son poste de directrice de la Santé publique, poste qu'elle a occupé de 1965 à 1972.Sa participation comme conseillère de la section du «développement culturel et social de la femme» à l'ONU n'empêche pas son arrestation.Sa fille, Mona Helmy, et le MLF international lançaient en France une campagne de solidarité pour sa libération.Le 25 novembre 1982, elle quittait la prison.Ses mémoires seront publiées en langue arabe sous peu.Sania est restée, elle est biochimiste et professeure de mathématiques aujourd'hui; elle ne sort jamais seule et va au cinéma seulement l'après-midi avec ses frères, sa soeur ou ses amies.Sania est une femme arabe.De la bourgeoisie égyptienne.Moi, j'ai quitté Alexandrie en 1962.Je suis partie! Au Québec, on me demande si Anne-Marie Alonzo est un nom de plume.Fondatrice de l'Association de solidarité pour les femmes égyptiennes et arabes dès 1982, Naoual El Saadaoui en a été élue présidente.Depuis décembre 1983, elle est également vice-président de l'AFARD (Association des femmes africaines pour la recherche et le dévelopement).^ 1/ Naoual El Saadaoui, Douze femmes dans Kanater, Éd.des Femmes, Paris, 1984, 248 p.Traduit de l'arabe par Magda Wassef.avril 1986 47 LA VIE EN ROSE Oui, le cul - ou si vous préférez, l'érotisme - est bel et bien dans l'air.Après une première tentative de la part de La Vie en rose l'été dernier1, le Théâtre expérimental des femmes a voulu relever le même défi avec son 4e Festival de créations de femmes, à l'Espace GO, du 1" au 7 mars.Dans un cas comme dans l'autre, il s'agissait de voir si le «sexuel» peut aujourd'hui devenir, pour les femmes, un champ de plaisir autant qu'un champ de bataille, et de commencer à nommer le monde dans lequel on veut vivre, après avoir dénoncé les excès de celui dans lequel on vit.Mais il n'est pas facile d'oublier le présent en fonction de l'avenir.Le pari s'avérait aussi grand pour les dirigeantes du TEF - Lise Vaillancourt, Ginette Noi-seux, Jeannette Laquerre - qu'il l'était pour LVR.D'autant plus qu'au thème de l'érotisme, le Festival a voulu greffer le «rapport exhibitionnisme/voyeur qu'on a tendance à lier au théâtre».Le pari est gagné.Plus encore que LVR, le TEF a «livré la marchandise» non seule- «Considérez-vous l'art féministe comme sexuellement palpitant?» La question servait de prétexte au 4e Festival de créations de femmes du TEF.Elle a désormais sa réponse.C'est oui.par Francine Pelletier ment pour l'érotisme mais aussi pour la création, l'imagination et.le bonheur.Rares ont été les événements aussi joyeux.Imaginez une foire intérieure où s'entassent dans un joyeux désordre, et sur deux étages, 12 performeuses, 9 «installatrices» et 12 peintres.Toutes bougent, peignent, jouent ou interpellent.au vu et au su des 100 personnes (et plus) qui circulent allègrement ou qui s'entassent, une ou huit à la fois, dans de modestes cubicules.L'attraction principale de cette Soirée des murmures est sans conteste le grand lit flanqué au beau milieu du plancher.Trois heures d'affilée, trois femmes en déshabillé (Jo-hanne Fontaine, F/ance Labrie, Suzanne Pot Oiesko en pleine métamorphose Lemoine) y attireront, un-e à un-e, le ou la spectatrice prête à se laisser dorloter.Les deux premières lui offrent grappe de raisin, tisane, compresse d'eau chaude et massage, la troisième lui lit (ou plutôt lui chuchote, par walkman et micro interposés) des textes «cochons».11 faut voir les gens ainsi entourés (les hommes surtout) essayer d'avoir l'air détaché.Au programme de la même soirée, Ma cabane erotique au Canada de Sylvie Lali-berté et Sex in a box de Kate Lushington, deux autres petites merveilles (parmi celles que j'ai pu voir).Devant une cabine de bain (style plage italienne), une fille en maillot se dandine, chantonne une p'tite toune, parle de son singe, se demande ce qu'il faut faire pour «pogner».Sketch aussi incongru que délicieux.Plus politique, Sex m a box est une simili conférence sur l'art-de-faire-l'amour-après-que-la-bombe-soit-tombée.Dans un monde où il n'y aura plus «ni sports ni sex-shops ni desserts.», le désir deviendra «l'ultime défi», de dire avec beaucoup de sérieux et de conviction la sociothérapeute qu'incarne Kate Lushington.Et nous voilà conviées à devenir fétichistes, à porter nos -France Ou • PSYCHOLOGUE • PSYCHOTHÉRAPEUTE 4534, rue Earnscliffe Montréal H3X 2P2 Tél.: 488-5473 3> Centre de santé psycho-corporelle Phénix enr.822 est, rue Sherbrooke, suite 120 Montréal, Que H2L 1K4 Céline Labrecque Massothérapeute Tél.: 843-8281 LA VIE EN ROSE 48 avril 1986 désirs sur des objets, nos «lovies», à viser l'«erotic focus float».Brillante critique de la folie nucléaire et d'un certain discours sexologique, ce sketch remet surtout en cause les rapports sexuels trop souvent désincarnés, compartimentés, «fétichisés» de cette société-ci.Explicite et intime Cette performance a été l'une des rares à parodier le rapport sexuel existant plutôt qu'à explorer de nouvelles avenues, qu'à ouvrir la porte sur ce que les femmes jugent erotique.La soirée d'ouverture, intitulée Viens, on va se faciliter la vie (d'après une nouvelle d'Hélène Pedneault déjà publiée dans LVR et lue ce soir-là), était en ce sens particulièrement à retenir.Cette lecture de 16 courts textes erotiques a su créer un climat de fébrilité, de sensualité et de force qui a donné le ton du Festival.La lecture de textes n'étant pas une formule très passionnante, il fallait bien que les textes (et les comédiennes) le soient (passionnantes) pour nous tenir ainsi en haleine.Il fallait surtout pouvoir appeler un cul un cul.Ce qui a été fait plus souvent qu'autrement.Peu de symbolisme vague et ésotérique, plutôt un parti pris pour rendre la chose (erotique) explicite, ouverte, publique.Drôle, aussi.Je me souviendrai longtemps d'une phrase de cette Lettre à un corps désiré de Danielle Roger, admirablement interprétée par France Labrie: «Ce matin, j'ai léché la brosse à dents.».Et finalement, politique.Oui, l'erotique est politique, et qui mieux que Nicole Brossard pouvait nous l'apprendre: «On ne peut pas prévoir si l'état du monde basculera avec nous dans la saveur et le déferlement des langues.Rien n'est prévu pourtant la blouse est entrouverte, la petite culotte à peine décalée de la fente et pourtant les paupières closes et pourtant les yeux de l'intérieur sont tout agités par la sensation de la douceur des doigts.» Le même climat régnait lors du 5e et dernier spectacle présenté au Festival: Amours imprévues dans la jungle équatoriale, un en -chaînement de musique, de théâtre, d'opéra et de danse.«Parlons de cul», di- Apprendre à communiquer en public Francine Giiaid ?la lignée sent d'emblée les deux comédiennes qui se prélassent sur scène, seins nus et coiffées de masques de licornes.Ici, on nous renvoie notre voyeurisme en pleine face, on nous rend plutôt complices, ce que Louise Laprade réussit merveilleusement dans le sketch Jane one woman.On annule aussi le concept d'interdit, par une nudité sciemment conçue mais aussi parce qu'il est question, plus encore qu'aux deux spectacles précédents, d'amour entre femmes.Ce choix n'est jamais, par contre, exploité dans l'idée de choquer, de provoquer ou même de faire réfléchir.Il ne s'agit pas ici d'un acte politique mais bien de «l'infim-ment intime», bouleversant comme toute intimité révélée.Parlons de cul», disent les licornes L'art excite «Nous avons demandé aux participantes de partir d'elles-mêmes sans se préoccuper d'être conformes à quelque morale qui soit, serait-ce une morale féministe», répondait Ginette Noiseux dans une entrevue au Devoir.Je crois que cette «consigne» explique bien le succès du 4e Festival de créations de femmes et qu'elle faisait l'affaire des quelque 200 artistes et techniciennes participantes (sauf peut-être pour Brèches de Marie Ouellette et Micheline Gragin, qui m'a paru un retour au théâtre de «l'affirmation», né dans la foulée de la prise de parole des femmes il y a 10 ans).Plus iconoclaste, plus amoral que tout autre a été le spectacle de la New-Yorkaise Pat Olesko, TTw Soirée of O, qui, moins évidemment axé sur l'érotisme, a certainement joué le mieux avec la question de l'exhibitionnisme versus le voyeurisme.«Unique, contemporary and outrageous», peut-on lire dans le programme, cette per-formeuse défie toute définition.Disons qu'elle «joue avec son corps».En l'habillant de costumes aussi flyés qu'élaborés, elle se transforme en sculpture humaine; en se déshabillant - mais en partie seulement: les genoux, le pubis, les seins ou les fesses - elle métamorphose ses «parties intimes» en marionnettes étonnantes (c'est le moins qu'on puisse dire).Ça tient peut-être du burlesque mais jamais du vulgaire: ainsi déguisés et habilement manipulés par leur propriétaire, seins, fesses et pubis perdent, ô miracle, toute connotation sexuelle.C'est la plus inhabituelle des métamorphoses pour une femme et une petite révolution en soi.Mais il ne faudrait pas y chercher de message: Pat Olesko est de toute évidence anti-discours, anti-plateforme.Elle est, point.«I am therefore I art», dit-elle au début de sa performance.On aime ou on n'aime pas mais ce qui est sûr, c'est que cette femme de plus de six pieds utilise la scène comme personne d'autre et nous laisse souvent bouche bée, inconfortable sur notre siège.Bref, si vous avez manqué le rendez-vous avec l'érotisme du TEF, vous avez manqué un événement spectaculaire, peut-être le plus important de l'année.Pourquoi?Parce qu'il a réussi à revitaliser et même à projeter en avant et l'art féministe et l'art tout court.La culture devrait plus souvent ressembler à ce foisonnement d'idées et d'imaginaires, d'humour et de conscience politique capable de transformer nos réalités; elle devrait plus souvent nous «exciter».y£ V Voir «Tenter l'erotique», LVR, juillet-août 1985.POUR LA FEMME ACTIVE QUI VEUT INFORMER, PERSUADER, FAIRE AGIR BON DE COMMANDE Nom Prix 21,95 Total _$ 1985, 280 p.15 x 23 cm Adresse.Code postal .Veuillez me taire parvenir: oié Apprendre à communiquer en public _ Aucuns frais de porl et de manutention si voire paiement accompagne la commande (chèque ou mandat) Disponible en librairie ÏW\ la li'oTwio éditeur et distribu,eur |JUl| ¦»¦«* l-L^llCC CP.389 Beloeil.QC J3G 5S9 Tél.: (514) 467-6641 avril 1986 49 LA VIE EN ROSE PROFESS N E LLE Parizeau.De Lagrave et Ooteau Avocats & Procureurs Barristers S Solcitors François Parizeau Carole De Lagrave Nathalie Croteau 4017A rue Notre-Dame ouest Montreal (Quebec! HJC 1f?3 Tel (514) 937-9326 TEL 934-0841 Louise Rolland AVOCATE UNTERBERG, LABELLE.JENNEAU.DESSUREAULT a ASSOCIÉS 19BO SHERBROOKE OUEST.SUITE 700.MONTRÉAL H3H 1E6 MIRIAM GRASSBY MARIETTE PILON LINDA SOLOMON AVOCATES Suite oai IOI0 ouest Ste-Catherine Montreal.Quebec H3B 3R7 (5141 879-1100 GESTION RESSOURCES 4218 rue ST HUBERT MONTREAL QUEBEC H2J 2W7 TEL (514) 522 1703 GESTION COMPTABILITÉ INFORMATIQUE PAULINE PROULX-TAILLEFER assureur-vie Montréal: 932-1419 Laval: 687-0470 Claudette Isabelle Sexologue Counselling individuel Insatisfaction — doutes problèmes de fonctionnement Membre de l'Association des Sexologues du Québec 3919, rue Berri (métro Sherbrooke) Montréal H2L 4H2 844-4528 Copropriété indivise et locations d'immeubles I Artistes pigistes Travailleurs (euses) indépendants (tes) Élaboration de ,.système comptable Tenue de livres manuelle Informatique Vérification Groupes sans but lucratif mi BERNADETTE JOBIN COMPTABILITÉ GENERALE 4Z90 HUE LAVAL MONTREAL H2W2J5 649*2530 ISABELLE GAUTHIER 4280 RUE FABRE MONTRÉAL H21 3T6 TELEPHONE (5141 5233718 TENUE DE LIVRES • RAPPORTS D'IMPÔT CONSEILLÈRE EN PLANIFICATION ET ORGANISATION BUDGÉTAIRE.COMPTABLE ET ADMINISTRATIVE ROFESSIONNELLES (514) 688-1044 Luce Bertrand m.p.s.PSYCHOLOGUE « Une femme à l'écoute des femmes » PEURS - DÉPENDANCES - CULPABILITÉ HÉTÉROSEXUALITÉ - HOMOSEXUALITE CROISSANCE - CHEMINEMENT DANIÈLE TREMBLAY Psychologue Thérapie individuelle et de couple Expertise psycho-légale : agression sexuelle divorce 426 est, boulevard Saint-Joseph, Montréal, H2J 1J5 721-1806 Pierrette Tremblay, M.Ps.PSYCHOLOGUE Crise situationelle - idées suicidaires toxicomanie - deuil épanouissement hétérosexuel et homosexuel.BUREAU: (514) 769-2176 91 1 av Pratt Outremont, H2V 2T9 bureau : 737-7699 Monique Panaccio PSYCHOLOGUE psychothérapie et psychanalyse Psychothérapie individuelle Problèmes liés à l'homosexualité HÉLÈNE GOSSELIN Psychologue 831.avenue Rockland, Outremont 651-9963 (514)522-3195 (Diaiw (jiranù Psychologue 1497, boul.Saint-Joseph est (coin Fabre) Montréal.Québec H2J 1M6 DENISE NOËL PSYCHANALYSTE 5350 RUE WAVERLY MONTREAL H2T2X9 TEL (514)495-3696 Thérapie individuelle et de groupe 4581 Fabre H2J 3V7 Métro Mont-Royal 524-3289 psychologue Flash Suzanne Lamy Livres M ort en couple La Convention, Suzanne Lamy, récit.Éd.VLB/Le Castor astral, Montréal/Paris, 1985, 83 p.Premier récit de Suzanne Lamy, celle qui nous a parlé de Breton, de Duras et de critique féministe dans ses livres antérieurs.Il y eut D'Elle pourtant, d'une belle poésie.Avec La Convention, Suzanne Lamy joue sur la ligne ténue séparant récit et roman.Un homme, une femme, un médecin et.la maladie, la mort.Cette mort que vivra le couple, en couple comme il aura vécu les années d'amour et de passion.Lui, meurt dans sa chair, elle, meurt avec lui et écrit pour ralentir ce qu'elle trouve brutal, l'échéance.Entre Montréal et Paris, deux êtres vivent, ont vécu une histoire si belle que le médecin, pourtant blasé, en est «dérangé»; à La Cerna, un homme est condamné, un homme est mort, et le livre est le seul legs que nous laisse la femme, le seul legs qu'elle offre au médecin.L'écriture est belle, souvent poétique, parfois erotique mais toujours amoureuse, sensuelle, palpable.C'est un livre touchant, qui émeut et ramène à la mort, sienne et celle plus effarante des autres, aimé-e-s; et s'il nous arrive de trébucher sur une phrase moins heureuse, nous avons vite fait de repren- LITT FÉMINISTE une liste des nouvelles parutions est publiée trois fois ran.Abonnement annuel : 2 $.dre souffle et d'attendre que lui, qu'elle, que notre vie reprenne sens.Anne-Marie Alonzo -/affaires de parlement Chroniques politiques, Lysiane Ga-gnon.Ed.Boréal express, Montréal, 1985, 461 p.Entre «le désir de se faire un pays», tel qu'on le clamait au référendum de 1980, et le balayage des dernières élections provinciales, que s'est-il passé?Après un séjour de sept ans en Amérique latine, je retrouve tout si différent et si semblable à la fois.Quand on se souvient du climat combatif des années 74-79 au Québec, l'actuelle carte politique est pour le moins étonnante.Non seulement le Parti libéral a-t-il balayé le Québec et une brise bleue enve-loppe-t-elle le Parti québécois, mais un courant froid paralyse l'élan de changement (autre que dans la continuité! ) qui mobili- sait tant d'esprits il n'y a pas si longtemps.De la ferveur nationaliste qui réussissait souvent à lier l'incompatible (la gauche, les «freaks», les nationalistes «pure laine», les ruraux, les ur- lysiane Gagnon bains, les jeunes et les moins jeunes) il semble qu'il ne reste aujourd'hui ni nationalisme ni UNE PLACE AU SOMMET Comment toute femme peut y arriver pages N VENTE ARTOIT Ruth Markel 3642, boul.Saint-Laurent, 2e étage Montréal H2X 2V4.Tél.: 842-4765 LA VIE EN ROSE 52 avril 1986 ferveur.Que s'est-il passé?C'est à la lueur de cette question que j'ai entrepris la lecture du dernier livre de Lysiane Ga-gnon: Chroniques politiques Sept ans d'absence aux événements, au quotidien, à la culture d'un pays, c'est un grand vide d'histoire presque impossible à combler.C'est pourquoi la lecture de ce recueil de chroniques publiées dans La Presse entre 1980 et 1985, a représenté pour moi quelque chose de presque magique: une incursion permettant de revivre dans la chaleur de l'action des événements importants de notre passé récent.Du référendum à Pierre-Marc Johnson, du projet souverainiste au virage tumultueux du Parti québécois, en passant par le rapatriement de la constitution, le passage de Claude Ryan, le «renérendum», le retour de Bourassa et la victoire des conservateurs fédéraux, Lysiane Gagnon nous fait sentir et comprendre les méandres de la politique québécoise dans sa rigueur ainsi que dans son paradoxe.Existe-t-il, en passant, plus beau paradoxe que celui des Yvette?L'imbou-geable qui a bougé! C'est peut-être dans ces contradictions que l'on peut amorcer un début de réponse sur ce qui s'est passé en si peu de temps: l'embourgeoisement d'un parti au pouvoir, des stratégies contradictoires face à un projet aussi controversé que l'indépendance, un sentiment d'appartenance au Canada profondément enraciné dans la population, un déchirement entre «être et ne pas être canadien» etc.C'est ce que nous propose Lysiane Gagnon.Seule ombre au tableau, à mon avis: les chroniques se meuvent essentiellement dans les sphères de la politique institutionnelle et font peu de cas des espaces non officiels (mouvements sociaux et populaires) qui occupent aussi cette carte politique, puisque le Québec a été le terrain fertile d'une mobilisation populaire et d'une réflexion créatrice du changement.Comme si la poli- tique n'était qu'affaire de parlement.Que dire de ces portraits suaves de nos vedettes politiques: Bourassa «l'amoureux éconduit qui attendait son heure», Brian Mulroney «à l'allure de poupée Ken dans ses apparitions publiques», Claude Ryan, Jean Chrétien, Jacques Parizeau, Lise Payette, René Lévesque, P.E.Trudeau?Tous sont esquissés avec précision, vivacité, et humour.Les qualités sont reconnues mais les maladresses politiques sont aussi soulignées avec force (Ryan «à la victoire mesquine», Lévesque «autocrate».).Impitoyable face au manque de style et de vigueur, l'auteure ne pardonne pas la grossièreté; qui passe sous sa plume en sort souvent déplumée.Pour conclure sur un petit plaisir qui n'en est pas le moindre: le style est agile et vigoureux, liant sérieux, profondeur, humour et quotidien.C'est bien là l'art de la chronique! HÉLÈNE LAGACÉ Margaret Atwood A propos d'eux L'oeuf de Barbe-Bleue, Margaret Atwood, Éd.Libre Expression, 1985, 208 pages.Traduit de l'anglais par Hélène Filion.Malgré ce que suggère le titre, on ne peut pas dire que les douze récits qui composent ce DION COMMUNICATION CONSEIL INC.Si on faisait des affaires ensemble?Vous êtes en affaires?Moi aussi.Vous voulez «pousser la machine», faire avancer l'affaire?Moi aussi.Vous n'avez pas toujours le temps de tout faire?Je suis là pour ça.Dion Communication-conseil inc.est un bureau de coordination de projet qui s'occupe tout spécialement de communication pour la PME.Pour votre plan de publicité, de relations publiques, vos activités de promotion.donnez-nous un coup de fil.560, boul.Henri-Bourassa Ouest Bureau 312 Montréal, Québec H3L1P4 334-0650 La Crêperie Québécoise •• line atmosphère de détente où vous dégusterez les crêpes les plus légères et les plus délicieuses ! ¦• <• Lu meilleure crêperie* - André Robert 1775 St.Hubert, Montréal (Métro Berri) 521-8362 ] DISCOTHÈQUE AFRICAINE SOCCA REGGAE MUSIQUE AFRICAINE OCO/ de eduction sur présentation de cette a£3 /O annonce sauf vendredi et samedi.5011 ave du Parc Montréal Tél.: 274-1946 avril 1986 53 LA VIE EN ROSE livre soient des contes de fées.Il s'agit plutôt d'histoires de femmes racontées par une féministe, une réputation que la plus célèbre écrivaine canadienne, Margaret Atwood, s'est méritée au fil de ses écrits1.Dans ces récits, les hommes n'ont pas toujours le beau rôle.Prenons cette nouvelle version du conte de Barbe-Bleue dans laquelle une femme compare son époux, non pas au terrible barbu mais à quelque chose d'aussi doux qu'imberbe: un oeuf.«Ed n'est pas Barbe-Bleue: Ed est l'oeuf.Ed Egg: vide, parfait, mignon.Stupide aussi.» (p.118) Pendant que les hommes s'occupent à faire des investissements, assistent à des réunions, planifient leur retraite, les femmes utilisent la clé de la complicité féminine et pénètrent dans la chambre interdite où l'homme cache l'inavouable.Ah! s'ils savaient qu'elles savent tout de leur fragilité, leur dépendance, leur immaturité, leur inconscience et aussi parfois, leur bêtise! Mais elles ne leur diront rien car «Il y a bien des choses que les hommes ne sont pas prêts à comprendre, alors pourquoi le leur demander?» (p.16) Ce que ces femmes ont découvert sur les hommes, elles préfèrent le partager entre elles.Parfois, elles vont jusqu'à se moquer gentiment en se racontant leurs maladresses, répétant leurs bons mots.«Il a dit que certaines fémimstes vont trop loin (.) Fémininistes, n'est-ce pas mignon?» (p.120) Mais ce n'est pas parce quelles ont perdu leurs illusions à propos du Prince charmant qu'elles ne croieront plus à l'amour.Becka, par exemple, voudrait pouvoir en aimer un.Toutefois, en femme réaliste, elle ne serait pas difficile et se contenterait d'un homme «d'occasion», «un peu endommagé , «provenant d'un solde après incendie», «un qui soit divorcé, plus vieux, ne bandant qu'avec des cochonneries», (p.79) Avec un humour aussi irrésistible qu'efficace, l'auteure nous montre que parfois, sur le chapitre des hommes, mieux vaut rire que se plaindre.Pour Margaret Atwood, c'est une façon de régler ses «contes».Danielle Roger 1/ Je pense notamment à son article sur la porno: «Qu'arrive t-il lorsqu'un garçon formé à l'école de la pornographie rencontre une fille éduquée à celle des romans Harlequin?» (L'Actualité, déc.1983).Les Carnets de Jane Somers: Si vieillesse pâmait, Doris Lessing, Éd.Albin Michel, Paris, 1985.Si vieillesse pouvait, de Doris Lessing, est la suite de Journal d'une voisine, premier volet des Camets de Jane Somers.On y retrouve avec bonheur Janna, la brillante rédactrice en chef d'un magazine féminin à grand tirage.La cinquantaine venue, Janna rencontre Richard sur le quai d'une gare et c'est le coup de foudre.Les deux amoureux volent des moments pour se voir, s'évadent de leur travail, marchent des heures et des heures, la main dans la main, dans les quartiers de Londres.Mais dès le premier moment, l'amour semble voué au déchirement.Janna et Richard sont trop lucides, trop pris par leur passé, trop conscients de ce qui les sépare.C'est comme si quelque chose s'était brisé en eux, bien avant qu'ils ne se rencontrent.Sans révéler le dénouement, disons que le roman de Lessing ressemble énormément aux Bons Sentiments de Marilyn French.Elle démontre que les relations amoureuses ne sont pas plus faciles à 50 ans qu'à 20 ou 30 ans.Un peu décevant pour ceux et celles qui pensent qu'en vieillissant on devient plus sages et plus serein-e-s! Mais Doris Lessing n'a pas l'ha* bitude d'écrire des histoires faciles.Sa spécialité, c'est plutôt la complexité des êtres, les contradictions du coeur.Outre Janna et Richard, il y a d'autres personnages importants dans ce roman, notamment Kate, la nièce de Janna, qui débarque un jour chez sa tante, pour lui compliquer davantage la vie.Kate n'a pas 20 ans, mais l'avenir semble fermé devant elle.Quand elle ne fréquente pas les punks et les squatters des quartiers londoniens, elle mange et écoute son walkman, affalée sur le divan de sa tante.Portrait d'une certaine jeunesse désespérée et suicidaire.On sait, comme Janna, qu'il Jacropole II IWsJt'brtoiarsaiiu; )) befend «ELLE QUI TRAVERSA LE MONDE» UN ROMAN SIGNÉ ANNE DELBÉE l'auteure du célèbre «UNE FEMME» (CAMILLE CLAUDEL) A LIRE ABSOLUMENT qui trtwersa] lerrumde $24.95 EN VENTE PARTOUT 5198, rue St-Hubert Montréal, H2J 2Y3 À HI ICDCP RADIO BASSE-VILLE A QUEBEC, CKIA-FM 96,1 Une radio qui favorise la participation des femmes?! Une radio où la formation technique est entièrement assurée par les femmes.De l'information à l'écoute des femmes avec L'ACTUELLE Les mardis de 17:00 à 18:00 hres CK/A FM En ondes lundi au vendredi 11:30 à 18:00 hres 570 du Roi Québec G1K2X2 (418) 529-9026 B .Hic Ville LA VIE EN ROSE 54 avril 1986 We P Ht WlA petite auberge en , ' nouvelle angleterre À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et avec chambre de bain privée, des salles communes spacieuses .tout est là pour créer une atmosphère calme et agréable.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traîneaux.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : P.O.Box 118 CI Judith Hall Valley View Lane Grace Newman Bethlehem, N H 03574 (603) 869-3978 Expositions organisées par le Musée d'art contemporain de Montréal Voyage dans le monde des choses Travaux photographiques récents de Raymonde April 29 mars au 18 mai Jean-Charles Biais / Gérard Garouste 29 mars au 18 mai Le Musée d'art contemporain est subventionne par le Ministère des Affaires culturelles du Québec et les Musées nationaux du Canada MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL ne suffira pas de la mettre à la porte pour la forcer à se prendre en charge.Si vieillesse pouvait dérange et sonne très juste.Roselyne Landry Sur les ailes du réel, suivi de Oseillatwns et instants de vérité, Denise Neveu, Éd.du Pur Hasard, Montréal, 1985, 222 p.Ce livre n'est ni un roman, ni un recueil de poésie, ni un recueil de nouvelles, ni un journal intime ou un ensemble de chroniques.ce livre est, pourtant, tout cela aussi.Certain-e-s l'ont comparé à des instantanés «Polaroid».Je dirai plutôt que l'auteure est portraitiste et fait de la peinture souvent figurative, parfois abstraite, mais toujours mordante.Période réaliste ou postsurréaliste, période bleue ou rose, elle inscrit de petits tableaux - presque des miniatures - comme on croquerait sur le vif quelques instants de vie.Humoriste (je verrais certains de ces textes dits sur scène sous forme de monologues), Denise Neveu raconte des histoires de tous les jours, de toutes les femmes et de leur étonnante réalité, qu'elle soit raisonnable ou totalement farfelue et exultée.Anne-Marie Alonzo Portrait de M.Milena, Margarete Buber-Neumann, Éd.du Seuil, collection Fiction & Cie, Paris, 1986, 276 p.«J'avais en face de moi une personnalité que l'on n'avait pas brisée, un être libre parmi les humiliées.» Cette impres- sion qu'a Margarete Buber-Neumann, lorsqu'elle rencontre pour la première fois Milena Jenenskâ au camp de concentration de Ravensbriick en 1940, résume en quelque sorte le portrait qu'elle en trace dans ce récit biographique écrit en 1977.Milena: si ce prénom nous est familier, c'est d'abord qu'il se rattache au nom de Franz Kafka (Lettres à Milena).Dans un chapitre d'ailleurs consacré à cette relation amoureuse surtout vécue sous forme épistolai-re, Milena relève chez Kafka «ce sentiment qui l'habite de l'irrévocable nécessité de la perfection, de la pureté et de la vérité».Cette lucidité, cette capacité de se pencher sur un être pour en saisir l'essentiel n'est qu'un aspect de la personnalité exceptionnelle de Milena.À partir des souvenirs que lui raconte Milena au cours de leurs rencontres clandestines à Ravensbriick, des témoignages qu'elle a recueillis par la suite et des écrits journalistiques de Milena, l'auteure fait revivre cette femme dont «c'était le secret et la grandeur (.) que de pouvoir s'enfoncer dans les profondeurs les plus abyssales, qu'il s'agisse de celles de l'expérience (.) ou du désir de savoir, et d'être capable de refaire surface, de retrouver le chemin d'une vie normale, de s'assigner des tâches élevées et de les remplir».Ainsi sommes-nous plongé-e-s dans l'histoire de la vie de Milena, que recoupent aussi l'activité intellectuelle de Vienne et de Prague dans l'entre-deux-guer-res, la propagande nazie et la montée du fascisme, l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes hitlériennes et les atro- Sotcn décor -rte» 5245 boul.St-Laurent Montréal 277-8731 avril 1986 55 LA VIE EN ROSE Flash Théâtre cités des camps de concentration allemands.Pour traverser ces «temps déréglés» et vivre des expériences personnelles telles que le rejet d'un père oppressif, une vie amoureuse marquée d'échecs et de graves problèmes de santé (invalidité, morphinomanie), il fallait certes un être qui possède une force et des qualités morales hors du commun.Au-delà de toute idéologie politique, Milena privilégiait les valeurs humaines, comme en témoignent d'ailleurs ses textes journalistiques, qui portent l'empreinte des principes et exigences guidant son action.Quant à Margarete Buber-Neumann, elle est aussi une femme peu commune pour avoir survécu aux affres des deux barbaries du siècle que furent le goulag et le nazisme.Sans doute est-ce ce qui lui permet, à travers ce récit biographique, de nous ramener à l'essentiel, à ce qui, au delà de l'atrocité, témoigne de l'humain.Hélène Dorion
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