Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (9)

Références

La vie en rose, 1986, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Christine Brouillet^ Diane-Monique Daviau, Françoise]; Guénette, Louise [Leblanc, Jovette Marchessault, Liliane Rocray, Marie-Claude Trépanier ^^^^^ Charte des droits et libertés du Québec sert-elle les femmes?CINÉMA: De Créteil à Montréal, elles tournent toujours! ENTREVUE: Michèle Causse, écrivaine et traductrice L'ÉTÉ MEURTRIER RELAXE COMME JEAN-PIERRE FERLAND ET SON ÉQUIPE.Du lundi au vendredi à 20h et après Cinémania Producteur-délégué.Pierre Duceppe Voyez les choses.autrement! L autre ASâ Radio télévision Québec SOMMAIRE Editorial Courrier Commentaire Chronique délinquante Y a-t-il une vraie femme dans la salle?Hélène Pedneault Actualité féministe Simone de Beauvoir Bien plus qu'une vie 10 Josée Bolleau Pornographie Oui, ça rend violent 11 Nathalie Riel Trois grèves, toute une histoire 11 Nathalie Riel Congrès international des lesbiennes La Cité des femmes 12 Gloria Escomel FFQ Vingt ans déjà 14 Nathalie Riel FRAPPE, CEQ, Centres de santé L'Apres-Beauvoir et le pouvoir 15 Nathalie Riel Nous, les soussignées 16 Myriame El Yamani Communiqués 17 Entrevue is Von Trotta à l'heure de «Rosa Luxemburg- Le privé et le politique Diane Poitras Actualité 44 Une Charte à prendre?Andrée Côté Littérature 50 Michèle Causse Pour une mer des femmes Gloria Escomel, Francine Pelletier Cinéma Créteil 1986 Le regard attentif 52 Hélène Lazar Silence.Elles tournent toujours 54 Diane Poitras Flashes 55 Calendrier 62 L'ÉTÉ MEURTRIER Fictions policières Oui, les mois d'été seront meurtriers.Car les féministes tuent aussi.Il suffisait de leur demander: elles sont sept, écrivaines familières avec le policier comme Christine Brouillet ou mordues de Série noire comme Jovette Marchessault ou Marie-Claude Trépanier, à avoir fait saigner leur plume à plaisir.Jusqu'à quel point ces émules d'Agatha (Christie) et de Patricia (Highsmith) ont-elles respecté les règles d'un genre habituellement sexiste, violent, stéréotypé et réactionnaire.(mais terriblement attirant!)?Bien sûr, l'inspecteur de Louise Leblanc arbore des airs de Maigret italianisé, l'héroïne de Liliane Rocray a le sex-appeal typiquement fatal et l'Augustin de Diane-Monique Daviau comme l'avocat de Françoise Guénette meurent d'une lame bien tranchante.Pourtant, le choix des mobiles et l'humour court-circuitent les clichés.Il n'y a que la moralité à en prendre un sacré coup! Bonne lecture à toutes, à tous, de ces «sueurs froides pour été chaud».no 37 juillet-août 1986 Une vie innocente Marie-Claude Trépanier 25_ Le tissu Louise Leblanc 29_ Requiem pour un serpent à sonnettes Jovette Marchessault 32_ Liquidation Françoise Guénette 35_ Ta gueule, toie gras! Liliane Rocray 37_ Ne t'inquiète pas, chérie Christine Brouillet 41_ L'imprévisible Diane-Monique Daviau juillet-août 1986 LA VIE EN ROSE éditorial Des femmes de coeur Tiens, La Vie en rose, je te donne toute ma tirelire; j'espère que tu seras là quand je serai devenue une grande femme.» Signé.Mafalda! Ça va des petits papiers encollés aux longues lettres manuscrites à l'encre bleue ou dorée, en passant par les paragraphes dactylographiés, les deux lignes désinvoltes griffonnées à la dernière minute et les signatures illisibles.Ça vient de partout, c'est toujours accompagné d'un chèque ou d'un mandat.Depuis trois semaines, ça s'empile par dizaines, par centaines sur un bureau de la rédaction.On appelle ça notre "courrier d'amour»! Je ne sais pas combien «Mafalda» a donné.Mais, ce matin du 2 juin, date limite de notre campagne de financement éclair, je sais que La Vie en rose a recueilli 92 212 $.Soit 17 212 $ de plus que les 75 000 $ fixés comme objectif minimal.Et je sais que c'est un constat extraordinaire, aux conséquences extraordinaires.Plus de 57 000 $ proviennent des personnes sollicitées individuellement dès la fin d'avril: plus de 450 femmes et hommes, dont 13 ont donné 1 000 S.Pour l'instant, la contribution des syndicats et des groupes de femmes s'élève à quelques milliers de dollars.Les autres 30 000 $, c'est aux abonnées de La Vie en rose que nous les devons, à ces quelque 860 personnes qui ont envoyé, en moyenne, 36 $.«Votre cri d'alarme m'a fait bondir vers mes maigres fonds de tiroir; voici quelques raclures de cette expédition frénétique, car je crois profondément à la nécessité de La Vie en rose.».Diane Murray n'est pas la seule à parler de nécessité: «indispensable à la diffusion de la pensée féministe», «le magazine le plus important pour moi», «ma bouffée d'oxygène mensuelle», «mon pacemaker», «comme Simone de Beauvoir l'a été pour d'autres, LVR est mon phare féministe à moi».«C'est la seule revue avec laquelle je sois tombée en amour, qui me donne le goût de continuer la lutte et me confirme que je ne suis pas folle d'être encore féministe», écrit Nicole St-Pierre.«Les outils par lesquels les femmes peuvent défendre leurs droits étant déjà trop rares, nous n'avons pas les moyens de perdre ce droit de parole», dit une autre.«Surtout en ce moment, on ne peut se passer de vous, et toutes celles qui ont lu les articles sur les Real Women devraient souscrire généreusement», ajoute Andrée Lévesque, inquiète comme plusieurs de la conjoncture politique.«La survie des revues alternatives comme la vôtre est une condition préalable au maintien d'une diversité de points de vue dans une société libre et démocratique.En eftet, la liberté d'expression n'a pas de sens s'il manque de moyens d'expression», invoquent les étudiantes et étudiants en anthropologie de l'Université Laval.On cite souvent l'apport distinct de LVR: «Que ferions-nous dans cette jungle de périodiques sans La Vie en rose?, demande Diane Beaulieu.Quel phare! Sans conseils bienveillants et paternalistes comme les autres revues féminines.» Parce qu'aucune autre ne leur offre «cet heureux mélange de pertinence et d'impertinence», à cause de sa «créativité et de son discours politique alternatif», LVR occupe, disent-elles, une place unique dans la presse québécoise, à conserver précieusement: «Il taut que La Vie en rose existe car vous donnez une autre dimension à l'actualité et, surtout à moi, d'autres éléments de réflexion et de ressourcement.Car j'ai une fille de 10 ans qui déjà s'affirme comme personne et j'aimerais qu'elle continue à le faire dans un monde «humain».Sa mère, pour être un «modèle», doit s'alimenter spirituellement et intellectuellement.La Vie en rose y contribue», ajoute Lucie Moi-san.Gisèle Tremblay partage avec beaucoup les «motifs généraux: lutte féministe, diversité de la presse, passion du bon journalisme.» mais ajoute: «Et puis vous êtes drôles et le rire est pour moi le plus puissant remède à l'adversité - après la victoire, que déjà il annonce!» Des femmes appuient LVR parce qu'elles s'y reconnaissent,tomme Francine Leblanc: «Je suis une féministe, syndicaliste, vivant seule, en amour avec la vie, et une fois par mois, je sens ma gang de chums de filles, tantôt féministes, syndicalistes, seules, en amour, à travers le monde, entrer chez moi avec LVR.» Ou pour briser l'isolement, comme Nicole Dussault: «Isolée dans ma petite campagne, j'ai besoin de votre revue pour garder le contact avec d'autres femmes engagées dans une lutte quasi éternelle.» Mais, si positive et spontanée soit-elle, cette solidarité n'est pas dénuée de tout sens critique.Loin de là: des femmes précisent qu'elles ne sont pas d'accord avec tout ce que nous écrivons.«mais que la vie serait ennuyante si on devait s'entendre même avec ses meilleures amies!» Elles nous encouragent au pluralisme, à continuer de publier toutes les tendances, elles nous félicitent même comme Marie-An- drée Boivin, de «.votre volonté de soulever des débats, de prendre le risque d'être critiquées par une partie ou l'autre de vos lectrices.Je trouve cela d'autant plus courageux que votre situation financière est précaire.» Des hommes aussi se sentent solidaires, chums, pères, abonnés: «Je double ma mise, écrit Louise Landry, depuis que mon chum m'a dit: Fais le chèque sur le compte conjoint.Sur le lot de revues qui entre ici, c'est la plus intéressante!» La plupart des lettres sont brèves, généreuses.Et claires: «Il faut que La Vie en rose continue!» Parfois «maternantes»: «Continuez, mais ne vous tuez pas à la tâche!», souvent drôles: «petit budget, petit chèque pour le bon vent dans la bonne voile.et je vous parie un barrage électrique que ce chèque ne me reviendra pas!» Certaines nous touchent particulièrement: «Après mûre réflexion, écrit Ray monde Proulx, j'ai décidé de participer au sauvetage, et cela sur des économies devant servir à me payer des vacances d'été.» Plus émouvant encore, ce sont souvent les plus pauvres parmi les abonnées qui ont répondu les premières à l'appel, jeunes étudiantes ou chômeuses: «Voici ma petite contribution.Traversant moi-même une récession financière, je ne peux malheureusement faire davantage.»; «Devant vivre sur un seuil branlant de pauvreté, je vous envoie un chèque de 12 $!»; «Voici le presque fond de mon portefeuille de ce mois-ci, écrit Suzanne C.Ce n'est pas avec un très grand plaisir que je vous offre ces sous, car je croyais LVR plus riche que moi qui suis assistée sociale avec deux adolescents qui ont des besoins dispendieux.Mais si La Vie en rose n'était plus, je serais encore plus pauvre.» D'ailleurs, une autre femme assistée sociale ne nous a pas trouvées réalistes: «Si vous saviez les conditions de vie de vos abonnées!» D'autres, plus nombreuses, ont apprécié ce geste et nous ont offert, avec leurs dollars, un «appui aussi idéologique que moral»: «serrons-nous les coudes; vous avez l'art de nous faire sentir solidaires», écrivent France Daigle et Hélène Harbec.«Vous n'avez pas, comme collectif, à porter seules le fardeau de nos convictions, sur le plan financier notamment.Nous aurons à porter nos presses libres, nos cliniques d'avortement, nos partis politiques, nos centres de femmes, nos., nos.d'ici à ce LA VIE EN ROSE 4 juillet-août 1986 que la vague passe.Alors, n'hésitez pas à faire porter collectivement Im Vie en rose», ajoute Colette Béruhé.«Et si vous aviez encore besoin de mon soutien, n'hésitez pas à me contacter de nouveau», renchérit un abonné.D'autres encore nous offrent leur propre expertise: «Travaillant moi-même dans une entreprise à but non lucratif, je vous comprends parfaitement de cesser de brûler la chandelle par les deux bouts.Car le premier capital de LVR, ce sont les ressources humaines.qui vivent continuellement sur leurs réserves depuis six ans.Les réserves, c'est quoi?C'est la vie familiale, amoureuse, un enfant qui grandit, des amis qu'on perd de vue et des vacances qu'on ne prend plus.Et du monde fatigué, ça commence à déconner.Et il y a trop de monde qui attend que vous déconniez un jour pour vous taper dessus.Votre dossier sur la presse féministe l'a bien montré (mai 86): le premier défi d'une presse féministe, c'est de durer.Qu'est-ce que ça donne de parler haut et fort pendant quelques années si c'est pour que tout s'écroule une fois la cagnotte dépensée et l'énergie dissipée?Trop de nécrophages rêvent de faire avancer leurs idées réactionnaires en récupérant les échecs du projet féministe.).,) «Je sais que des gens sont prêts à payer pour conserver une presse féministe libre.A peu près autant que pour soutenir Le Devoir.Cinquante mille est probablement le chiffre à viser, compte tenu de notre bassin de population.Si par malheur vous n'atteignez pas ce tirage, il vous faudra réduire votre coût de production.Car malgré tous les liftings imaginables, vos lectrices et lecteurs vous sont d'abord fidèles à cause de votre politique rédactionnelle et de votre pertinence dans le contexte québécois et nord-américain.Personnellement, je continuerais de vous lire malgré un retour au papier journal.Bien que je comprenne que la tenue d'une revue exerce une influence non négligeable sur les ventes.Mais il n'y a pas que le papier!» Et c'est signé Denis Thibeault.Face à la relance de LVR, telle qu'elle est ébauchée dans le no de mai, quelques résistances pointent.«Les coupures de poste, ça me chi-cote.Faut pas se laisser emporter par les règles tyranniques du commerce», prévient D.B.«Pour ma part, je serais très déçue de vous voir adopter les tactiques de marketing de Châtelaine.Je n'ai rien contre votre papier glacé et votre look, en autant que ça ne change pas le contenu de la revue», écrit Hélène Pau-lette.«Effectivement, poursuit R.R., attachons de l'importance à la profondeur, avec des dossiers fouillés, des sujets que les femmes ne sont pas habituées à creuser, moins traditionnels que la santé et l'éducation des enfants.Supposons les femmes suffisamment mûres pour attendre un assainissement financier et un redressement avant de donner la priorité aux couvertures glacées, au look sensationnel qui accroche.Ce serait tomber dans le panneau de la concurrence, et je doute de l'effet à moyen terme.» Pour d'autres aussi, le look, c'est un luxe: «Ce sont les sujets qui comptent.Des sujets comme le cancer, qui permettent à toutes les femmes un premier contact avec la revue.», écrit Luce Côté.Yolande Lépine, elle, pense que LVR, dont le contenu lui plaît, sera «un régal avec des modifications de présentation, en autant qu'on ne tombe pas dans le kitch publicitaire visuel.» Mais «il est vrai que la revue gagnerait à s'alléger: textes un peu plus courts, moins tassés par le montage, pour que la lecture demeure une détente.J'ai une petite résistance à vaincre pour l'aborder, même si je sais que je vais y trouver des choses intéressantes», avoue Francine Blondin.Si certaines craignent une commercialisation du produit, d'autres comme Michèle Roy et les Folles Alliées déplorent notre éloignement du fonctionnement collectif.«Ne faites pas trop de concessions dans votre réaménagement.Il me semble que la façon dont vous fonctionnez fait aussi partie de votre originalité.La révolution est encore nécessaire», écrit Monique Villeneuve.C'est même enragée, «d'apprendre à la dernière minute que LVR est dans l'trou», que «vous abandonnez la collégialité pour retrouver la bonne vieille formule de la direction unique», et malgré les non-renouvellements de postes, que Thérèse Saulnier envoie son chèque.à cause de «la force des convictions»! Plusieurs espèrent que la relance voudra enfin dire que les abonnées auront leur exemplaire plus tôt chaque mois: «Je déteste entendre la grande Gnmaldi la décrire alors que je ne l'ai pas encore vue!», maugrée Myriame Potvin.De ces centaines de lettres, de ces mil- liers de dollars généreusement expédiés de coins les plus divers du Québec et du Canada francophone.généreusement accordés aux solliciteuses bénévoles de notre comité (merci mille fois à elles comme à toutes les donatrices et donateurs), au-delà des critiques, des réserves, des suggestions apparemment contradictoires, un message clair se dégage: La Vie en rose , presse féministe d'opinion, doit survivre, serions-nous plus de 1 300 pour le garantir de notre argent.Le test politique, posé dans l'éditorial de mai, est réussi.LVR vient de recevoir de ses lectrices et lecteurs une véritable motion de confiance, pour reprendre la belle expression des Folles Alliées.Est-ce à dire que le coeur commandé s'en vient et que la transplantation n'est plus qu'une question d'heures?Pas tout à fait.Car, vous le saviez, 75 000 $ ce n'était que le premier objectif de la campagne.C'est de 200 000 $ dont nous avons besoin d'ici l'automne, pour assurer notre marge de manoeuvre financière et défrayer la relance.Alors, les 92 212 $ déjà accumulés - et ce n'est pas fini, le courrier de ce matin est toujours aussi étoffé! - nous les laissons fructifier entre les mains de la Fiducie La Vie en rose jusqu'à la fin du mois de juin.D'ici là, nous irons chercher les garanties nécessaires aux autres 107 788 $, surtout auprès des subvennonneurs fédéraux et provinciaux, auprès des centrales syndicales et des syndicats locaux, dont certains ont déjà commencé à contribuer, auprès d'audacieux et clairvoyants publicitaires.Entre-temps, de conseil d'administration en comité de rédaction, nous préparons l'automne.Nous embauchons, nous commandons des textes, nous élaborons les numéros de septembre et d'octobre.À plusieurs têtes, comme toujours - le collectif devenu équipe depuis un certain temps déjà -, nous essayons de digérer toutes les données recueillies par l'étude de marché, toutes les idées fournies par ce courrier extraordinaire, et de penser pour novembre la nouvelle Vie in rose .Un magazine qui, rassurez-vous, ne sera pas foncièrement différent mais dont le contenu, oui, sera plus fouillé, plus pertinent, et dont l'approche, nous l'espérons, continuera de vous paraître essentielle.*^ Françoise Guénette Francise Pelletier ÉQUIPE DE DIRECTION: Camille Bachand, Françoise Guénette, Andrée Lafortune, Lise Moisan, Francine Pelletier • RÉDACTION: Françoise Guénette • COMITÉ DE RÉDACTION: Carole Beaulieu, Gloria Escomel, Yolande Fontaine, Françoise Guénette, Hélène Pedneault.Francine Pelletier, Diane Poitras, Hélène Sarrasin, Marie-Claude Trépanier • ADMINISTRATION: Lise Moisan • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo, Josée Boileau, Christine Brouillet, Maryse Choinière, Andrée Côté, Diane-Monique Daviau, Myriame El Yamani, Hélène Lazar, Louise Leblanc, France Fournier, Jovette Marchessault, Line McMumy, Nathalie Riel, Liliane Rocray, Monique Roy.Lucie Villeneuve • ILLUSTRATION: Marie-Josée Chagnon, Suzanne Côté, Johanne Cullen.Thérèse Godbout, Darcia Labrosse, Mane-Josée Lafortune, Diane O'Bomsawin, Marie-Hélène Robert • PHOTOGRAPHIE: Suzanne Girard • MAQUETTE: Diane Blain, Svlvie Laurendeau, Linda St-Onge • CORRECTION: Dominique Pasquin • COMPOSITION: Concept Médiatexte inc.• PELLICULAGE: Graphiques H.I.ltée • IMPRESSION: Imprimerie Canadienne Gazette • DISTRIBUTION: Les Messageries de presse Benjamin ltée: 645-8754 • PUBLICITÉ: Carole Pageau: 843-7226 • ABONNEMENTS: 1 an, 10 numéros: 19 $; 2 ans, 20 numéros: 33 $; 3 ans, 30 numéros: 45 $.Tarif international par voie de surface: 30 $, par avion: 44 $ Anne-Marie Cormier: 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada, par le ministère des Affaires culturelles du Québec, et par le Secrétariat d'État, Programme de la femme • LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80, corporation sans but lucratif.On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963, rue Saint-Denis, Montréal H2W 2M4, ou en téléphonant: (514) 843-8366 ou 843-7226.Copyright 1986 - LA VIE EN ROSE.Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal : Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479.Indexée dans Radar et membre de l'Association des périodiques culturels québécois.Courrier de 2e classe: 5188.Commission paritaire 4 067 CDN.juillet-août 1986 5 LA VIE EN ROSE LOGIDISQUE inc.f et LA VIE EN ROSE O _ _ o II Anne Bergeron Pierre F.Brault DU COTE DES PETITES FILLES 3495$ MIM11: 2 ans et plus MIMI 2: 5 ans et plus Commodore 64 et 128 — manche à balai recommandé ÉPARGNEZ 10$! OFFRE SPÉCIALE POUR LES LECTRICES DE LA VIE EN ROSE! MIMI 1 ET MIMI 2 VOUS SONT OFFERTS POUR 59,90$ J'aime les fourmis! Faites-moi parvenir: ] L'ensemble MIMI 1 et 2 à ] MIMI 1 à ] MIMI 2 à Prix 59,90$ 34,95$ 34,95$ 9% TVP 5,39$ 3,15$ 3,15$ NOM : .ADRESSE: Total 65,29 $ 38,10$ 38,10$ Veuillez faire parvenir votre chèque ou mandat postal à l'ordre de: CODE POSTAL: .TÉL.: .?VISA ?MASTERCARD ?CHÈQUE ?MANDAT No: .Exp.: ./ .Signature: .LOGIDISQUE INC.CP.485, suce.Place d'Armes Montréal, Qc H2Y 3H3 (514)842-9551 1-800-361-7633 .S1 oyez tentantes ! Chère Ariane.car à force de livre LVR, on finit par croire à une certaine intimité, à ce sentiment singulier qui unit ceux et celles qui cherchent un mieux-être pour l'humain, un équilibre, et de ce fait doivent défendre, dénoncer, informer, cultiver, prendre parti, se remettre en question .Tout ça, c'est La Vie en rose, depuis tant d'années ma seule nourriture féministe, moi qui suis coupée du reste par un choix familial et professionnel.C'est pourquoi je me décide à vous fournir une liste de noms de femmes qui ne sont pas mes meilleures amies, justement parce qu'elles ne lisent pas LVR.peu informées, peu impliquées, souvent trop gâtées par la vie.Je n'ai pas les moyens financiers de les abonner.Alors, soyez tentantes: information du monde féministe, nouveaux rapports femmes-hommes, enfants, famille, etc.Enfin, merci pour le numéro Enfin libérées! J'ai ri aux larmes.Ça c'est du grand féminisme.Lorsqu'on peut avoir de l'humour face à soi-même, c'est qu'on a enfin atteint à une certaine confiance fondamentale dans ce qu'on peut être et devenir.Michèle Goyer Cap-Rouge O uébec à plat Exilée depuis près de cinq mois au Nicaragua, ma littérature québécoise se limite à LVR et Mouvements (.).J'ai senti le mouvement, la recherche de la revue, le choix fait d'affronter les critiques de la «gauche» ou des «milieux alternatifs».de poser les questions autrement, de provoquer des questions nouvelles.Comme intervenante sur un autre terrain, je suis d'accord.Et attention ! Je ne pense pas que LVR ait amorcé un virage à droite, mais plutôt qu'elle s'ouvre totalement un nouveau terrain comme revue alternative féministe.Je ne lui reprocherai pas, avant même qu'elle ait fait son exploration, cette nouvelle stratégie.J'essaierai plutôt d'embarquer avec elle.Notre revue, et sa collective, n'ont-elles pas fait leurs preuves?La gauche du Québec et ses outils ne paraissent-ils pas toujours un peu fanés et défraîchis?LVR m'arrive avec de plus en plus de Courrier couleurs, des sujets questionnants, des odeurs de pouvoir.Elle fait réagir le monde et réagit bien elle-même à la critique.Que demander de plus à une revue dans un Québec complètement à plat, selon la perception de beaucoup de gens des secteurs alternatifs du Québec?Go, les filles.Ne vous rendez pas, comme on dit au Nicaragua libre! Carole-Anne Lavoie Managua I* ideles Ontariennes Je suis une mordue de votre magazine.J'ai abonné une de mes amies dernièrement et une autre, à qui je prêtais mes exemplaires, l'a fait d'elle-même.Malheureusement, nous, trois fidèles de LVR, ne sommes pas québécoises mais franco-onta-riennes.En vous lisant, je m'identifie très bien à votre réalité en tant que femmes francophones, féministes, vivant au Canada.(.) Mais, devant l'éditorial «La bonne et la mauvaise» (mai 1986), je me suis sentie exclue et frustrée.Vous êtes québécoises, mais vous n'avez pas l'exclusivité! Vous sous-estimez votre public hors-Québec.Si vous voulez rejoindre le plus de femmes possible, adressez-vous à toutes vos «fidèles».Mais j'espère que LVR pourra continuer son excellent travail.Huguette Van Bergen Ottawa 1V1 ea culpa Je lis La Vie en rose avec plaisir, depuis de nombreuses années.Mon plaisir serait encore plus grand s'il n'y avait pas tant de fautes.coquilles, fautes de grammaire (avril 86: dû, participe passé masculin, s'écrit avec un accent circonflexe mais non pas due ou dus) et grosse faute de bon sens (en avril, p.3, je lis: «Quelles sont vos chances d'avoir le cancer?» Je parlerais plutôt de risques.).La correction d'épreuves est un métier qui demande plus que des yeux de lynx.Michèle Turcotte Montréal 5 adique ou sobre ?Je vous retourne votre magazine.Votre dossier sur le cancer m'a semblé du plus haut sadisme.Quand je pense que vous aviez hésité trois jours avant de publier un article dit erotique dans votre n° de juillet 1985 («Histoire de Q»!) mais que vous n'avez pas hésité à publier ce document désespérant bourré d'erreurs, par surcroît.Je l'ai toujours pensé, ce sont les femmes qui font mal et détruisent les autres femmes.Ce n'était pas de votre ressort ni de votre responsabilité.Et puis ça faisait longtemps que je voulais vous dire que votre dossier sur l'érotisme, c'était raté aussi.Gérardine Richard Westmount Le dossier sur le cancer m'a beaucoup plu.C'est un sujet dont il est difficile de parler tant il implique d'émotion, de peur, d'angoisse.Vous l'avez abordé sobrement, avec beaucoup de respect de la personne humaine, sans toutefois cacher votre propre vulnérabilité.J'en ai été très touchée.Mme Lisette Gervais mentionne qu'elle a travaillé avec l'imagerie mentale à la façon des Simonton.À Montréal, les prati-cien-ne-s en approche globale du corps utilisent la même technique et peuvent guider les personnes intéressées à s'en servir pour s'autoguérir.(Corporation des prati-cien-ne-s en approche globale du corps: tél.(514) 523-5623 ou 931-4337).Sylvie Lapointe Montréal «Aie! Chose, sainte!», comme dirait notre Clémence nationale, c'est pas parce qu'on est des filles de LVR qu'on voit pas clair, hein?Entéka, moi, à 4,95 $ pour un vieux LVR.je trouve ça cher! Dût-il contenir 20 pages d'entrevue avec de Beauvoir, il n'en reste pas moins que votre politique n'a jamais été de vendre à pnx exorbitant ce qui était resté sur les tablettes.Ça m'écoeure qu'on spécule sur la dépouille de Simone pour se renflouer.LVR survivra peut-être plus longtemps grâce à d'aussi astucieux traits de génie, mais qu'y gagnerons-nous?Dorothy Leigh Lizotte Repentigny Yogaaq\AQ\\q\Ae-Pewde \ea\A- Aqm-massage CAROLMNE VEECHIIGroupe-Privé (514) 277-6959 GESTION RESSOURCES 4218 rue ST HUBERT MONTRÉAL QUÉBEC H2J 2W7 TEL (514) 522 1703 GESTION COMPTABILITÉ INFORMATIQUE juillet-août 1986 7 LA VIE EN ROSE -Commentaire Confrontation d'un violeur Une lettre de Mariette En avril dernier, et sous le titre de Onze femmes en colère, Françoise Guénette racontait comment «Mariette», accompagnée d'autres femmes, avait «confronté» son vieux beau-père Maurice, qu'elle soupçonnait d'avoir abusé sexuellement de sa petite fille Valérie.Mariette nous a écrit.J| 'ai lu avec intérêt Onze femmes I en colère; j'ai trouvé très à pro-B pus les extraits cités du texte m de Michelle Duval sur la co-m 1ère des femmes; j'ai apprécié l'humour et, en gros, la justesse de la description et du dessin.Mais j'aurais quelques corrections ou précisions à amener à l'article, avant de vous donner mon feed-back, quelques mois plus tard.Pendant mon enfance, quand Maurice lui-même abusait de moi, il y a évidemment eu passivité, complicité de la part de ma mère qui était au courant de tout, ne ménageait pas elle non plus les mauvais traitements et finalement, a jugé bon de se débarrasser de moi.Exactement comme on se débarrasse d'un sac à poubelles.Mère d'une petite fille moi-même, ce comportement demeure pour moi incompréhensible (.) L'été dernier, en envoyant Valérie à la campagne, je savais que Maurice y serait.Et j'avais fait 1 001 recommandations à M., une parente à qui j'avais confié Valérie.Je me suis aperçu que les femmes dans ces familles de violeurs préfèrent ignorer la menace que représente le violeur et ce, au détriment de la victime.Sinistre aboutissement de la belle éducation puritaine, hypocrite dont les femmes arrivent difficilement à se défaire.Je lui en ai voulu à M., je m'en suis voulu de lui avoir accordé ma confiance.Maintenant, la situation est claire et nette entre elle et moi.Ces bonhommes sont à surveiller continuellement, car c'est très facile pour eux de prendre l'enfant sur leurs genoux, de s'asseoir bien tranquilles dans un petit coin du salon et vous devinez le reste.Il est très difficile de les prendre sur le fait, c'est pourquoi j'avais insisté sur une vigilance continuelle.On ne se méfie jamais assez de ces monstres et le mot n'est pas trop fort.(.) Je tiens à préciser que j'avais écrit, avant la confrontation, ce que j'aurais à dire.Ceci dans le but d'éviter les répétitions et pour mieux visualiser la situation.Mais il ne s'agit pas ici de «par coeur».Ces écrits m'ont servi de points de repères et les phrases s'enchaînaient naturellement.(.) Lorsqu'on est sorties de sa bicoque, je me suis mise à hurler: «Je l'ai eu!» de toute la force de mes poumons, de mon âme.En- fin le volcan éclatait! Il faut savoir ce que c'est que de vivre pendant 28 ans avec la peur au fond de son âme, de ses tripes.Il faut savoir ce que c'est que de voir cette peur sans nom se dissoudre comme par magie en l'espace de 23 minutes.Il faut savoir ce que c'est que de s'aimer assez pour trouver le courage d'aller vaincre la peur par la peur.Il faut savoir ce que c'est que de sortir ce cri qui m'est resté dans la gorge, lorsqu'à l'âge de cinq ans l'enfance à laquelle j'avais droit a disparu soudainement.Ce cri primai a mis 28 ans à sortir.et croyez-moi, le million c'est rien à côté.Non, la société ne comprendra jamais, n'admettra jamais le martyre physique et moral que des bonhommes comme Alaun-ce font vivre à des centaines de femmes, ici même au Québec comme partout ailleurs.Enfin - et c'est très important - la confrontation ne m'a pas été suggérée.C'est moi qui l'ai demandée parce que je me sentais incapable de frapper sur des coussins, comme on me l'avait proposé.Pendant ce temps, Maurice, lui, s'en sortirait encore la tête haute, et je resterais avec ma peur.Je le dis, afin que les femmes sachent que le désir d'une confrontation doit venir d'elles-mêmes et afin qu'elles n'aient pas d'attentes précises vis-à-vis des personnes ressources.Il faut s'aventurer avec de grandes précautions, une très bonne préparation.Un tel geste ne se pose pas dans un esprit de vengeance, mais bien dans l'esprit d'une affirmation de soi.D'ailleurs, contrairement à ce que l'article pouvait peut-être laisser entendre, je ne suis pas une personne démunie, isolée.Je suis très impliquée socialement et très bien entourée affectivement.En allant consulter, j'étais en état de crise, c'est évident, mais il faut éviter de projeter l'image négative et préjugée de la pauvre femme seule.L'abus sexuel est un sujet tabou et les femmes ont à y faire face dans toutes les couches de la société.Et plus il y a d'intérêts en jeu, plus on achète leur silence.Cette confrontation a eu pour effet immédiat de renverser la situation entre Maurice et moi.Il me craint, et je suis capable de l'affronter sans me sentir humiliée, la tête haute.Je ne me sens plus victime.Je l'ai revu aux Fêtes, donc c'est du concret.Maintenant c'est lui qui craint de me rencontrer, c'est lui qui baisse la tête lorsqu'il me voit.Le mur du silence est brisé et il se sent menacé.Et moi je repense à ce qu'il nous a fait, mais ça ne me fait plus mal.Je n'oublie rien mais je vois les choses différemment.Il y a eu des réactions de la part de sa famille.Tout est rentré dans l'ordre maintenant.Il faut être convaincue de la démarche que l'on entreprend car après il faut être en mesure d'affronter les critiques que la confrontation suscite.C'est une histoire entre lui et moi, mais Maurice a sa version à lui et cela provoque des remous.ses enfants ne savent pas ce qui s'est passé, ou préfèrent ne pas le voir.C'est très dérangeant, une confrontation.J'ai l'immense satisfaction de m'être levée debout pour ma fille.Je ne me serais jamais pardonnée d'être demeurée passive, et cette culpabilité aurait faussé tous mes rapports avec ma Valérie.Être mère, ça se mérite.je dirais que cette démarche m'a fait prendre conscience de ma valeur et que j'apprends à m'affirmer de plus en plus.C'est un travail qui se fait au jour le jour.On n'efface pas 28 ans comme ça, mais mieux vaut tard que ïamais.Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seconde.Et le meilleur c'est cette solidarité formidable que j'ai sentie de la part de dix femmes qui m'ont offert spontanément leur appui.Il m'est très difficile d'exprimer par des mots l'expérience que nous avons vécue ensemble.Nous ne faisions qu'une.Elles étaient moi.j'étais elles.Que dire de plus?En passant, les filles, je vous envoie à chacune personnellement un beau Bye! y£ Mariette LA VIE EN ROSE 8 juillet-août 1986 -Chronique Délinquante Y a-t-il une vraie femme dans la salle?ou Real woman, real muffin Toronto, le 15 mai 1986.Madame Jehanne Benoît La Cuisine arraisonnée Montréal, Canada Ma Chère Jehanne, C'est un appel au secours que je vous écris en silence parce que je crois que vous êtes la seule personne au monde à pouvoir régler mon angoissant dilemme, les thérapeutes étant trop chers.J'étais en train de faire ma recette habituelle de muffins, le regard perdu dans mes pensées domestiques, me réjouissant dans mon coeur en pensant à la joie habituelle de mon mari et de mes enfants devant mes beaux muffins tout bruns et tout chauds, quand tout à coup, ma main droite se figea dans le bol Corning Ware que ma mère m'offrit pour mes 25 ans.Un doute insupportable venait d'envahir les méandres complexes de mon cerveau-direction: les muffins doivent-ils absolument contenir des raisins pour être de vrais muffins authentifiés?Devais-je continuer à ne pas en mettre parce que mon mari a toujours eu dédain des raisins, y compris dans le vin, ou devais-je au contraire en mettre parce qu'il n'y a pas de vrais muffins sans raisins, imposer ma décision en toute lucidité à mon mari en lui faisant comprendre qu'à notre niveau de standing, nous ne pouvions pas nous permettre de manger du toc?Je ne résolus pas mon problème, et il n'y eut pas de muffins cette journée-la.Je culpabilisai sans rien dire de mon angoisse devant les regards tristes et bourrés de reproches silencieux de mon mari et de mes enfants.Ils furent très compréhensifs envers moi, ils ne dirent rien.Mais après par Hélène Pedneault trois jours d'insomnie carabinée, je me résous à vous écrire.J'ai peur de développer un cancer à force de douter de l'authenticité de mes muffins.Parce que, vous comprenez, je viens d'adhérer à un mouvement révolutionnaire qui a bouleversé ma vie.Et depuis que j'ai choisi le vrai chemin, tout est tellement plus clair pour moi: j'ai enfin compris la célèbre phrase de Simone de Beauvoir, «On ne naît pas femme, on le devient», parce que c'est l'illumination que j'ai eue récemment en découvrant l'existence de ce mouvement.J'ai aussi compris pourquoi elle avait intitulé son livre Le Deuxième Sexe.Elle avait raison, nous sommes effectivement le second, et nous sommes faites pour être les deuxièmes.Comme c'est valorisant d'être une excellente deuxième, sans le poids de la responsabilité énorme de la première place! Nous n'avons pas les reins assez solides, je m'en rends compte tous les jours en transportant mes sacs de commissions et mon panier de lavage mouillé de la cave à la corde à linge (parce que ça sent tellement meilleur au grand air; mon mari et mes enfants n'en reviennent jamais, ce qui me valorise beaucoup).Mais vous devez connaître déjà ce merveilleux mouvement puisque nous avons fait la une du très sérieux Devoir, ce qui est pour nous reconnaissance extraordinaire: il s'agit des Real Women.J'imagine qu'au Québec vous éprouverez comme toujours le besoin de traduire l'expression, n'ayant pas encore résolu le problème du bilinguisme.Pour vous faire plaisir, je dirai «les Vraies Femmes».Ça ne fait pas de différence pour moi, c'est la réalité qui compte.Moi qui avais toujours eu un tel problème d'identité, voilà que j'ai enfin trouvé ma voie.Notre première action officielle sera de militer contre le lave-vaisselle1, parce qu'une vraie femme ne peut vivre son identité que les mains dans l'eau de vaiselle bien savonneuse (nous recommandons Ivory parce qu'il laisse les mains douces pour caresser les maris stressés par trop de responsabilités).«Je pense donc j'essuie» est une de nos devises.Nous avons bon espoir de convaincre les multinationales du bien-fondé de notre première revendication.Nous n'en aurons qu'une à la fois, comme ça nous effraierons moins les gens.Entre vous et moi, le féminisme nous aura au moins appris ce qu'il ne faut pas faire.Gloire à ces furies d'un autre temps.Requiescat in pace.Et «swinge la baquaise dans le fond de la boîte à bois! Halte là, halte là, halte là, les Real Woman sont là!» Mon dieu, je me laisse emporter par mon enthousiasme débordant.Excusez mes folies.Pour en revenir à nos muffins, j'attends de vous une réponse imminente.Depuis que je suis une vraie femme, je ne peux permettre, à aucun moment, que le faux l'emporte sur le vrai.Je suis dans l'authentique à plein temps.J'écouterai votre parole religieusement, vous ne perdrez pas votre temps avec moi.Je suis quelqu'un qui croit en vous, comme des milliers de femmes avant moi.Veuillez agréer, chère Jehanne Benoît, mes sentiments vrais, \£ (La vraie) Betty Crocker 1/ Je dois ce gag à un dénommé Jean-Pierre Morin.Non, ce n'est pas mon mari.juillet-août 1986 9 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Simone de Beauvoir: 1908-1986 Bien plus qu'une vie 9 mars 1986.Une cour discrète, à l'écart de la circulation parisienne Id'un samedi après-midi naissant.Mais l'amoncellement de fleurs indique que l'adresse est la bonne.De cette cour de l'hôpital Cochin, à 14 h, s'ébranlera le cortège qui accompagnera Simone de Beauvoir pour une dernière promenade.Hélène de Beauvoir sortant de l'hôpital Cochin Pour le moment, il est midi trente et nous sommes à peine quinze à deviner la provenance de ces gerbes posées simplement par terre.Les éditions Gallimard, les Cahiers du féminisme, les Temps modernes, le Parti socialiste.D'autres encore, envoyées par des groupes de femmes de France, d'Australie, d'Espagne, des Etats-Unis, d'Afrique, de Grèce et même d'Iran.Dans un coin, une jeune fille tout en blanc et blond pleure doucement, à la dérobée.Une atmosphère de silence et de respect.D'émotion.Ni funérailles d'État Une heure plus tard, nous sommes plus de 200 à nous entasser dans la petite cour de l'hôpital.Les nouveaux et nouvelles ar-rivant-e-s débordent dans la rue.Dans la foule, des femmes, beaucoup de femmes, venues spécialement de Belgique, d'Allemagne ou de New York.Pour certaines, ce sont des retrouvailles.Elles se sont vues à Nairobi l'été dernier, les voilà réunies.Comme dans les grandes familles.Entre-temps, les célébrités ont commencé à défiler, moins nombreuses qu'on aurait pu le croire.Les intimes, comme Claude Lanzmann, s'engouffrent rapidement dans l'hôpital.Kate Millet circule, réservée, presque inaperçue.Les flashes crépitent à l'arrivée de Laurent et Françoise Fabius, de Jack Lang, de Lionel Jospin, d'Yvette Roudy, les têtes d'affiches du Parti socialiste français.Mais on ne verra nulle représentant-e du gouvernement de Kate Mlllett à droite droite de Jacques Chirac, élu en mars.Une absence remarquée.Les conversations d'ailleurs vont bon train: que deviendront les droits des femmes sous ce nouveau gouvernement?Le ministère des Droits de la femme n'a-t-il pas été réduit à une simple délégation à la Condition féminine, de surcroît placée sous la haute autorité d'un homme?Le perchiste de la chaîne de télévision Antenne 2 y va, quant à lui, d'un «Moi qui suis le champion des machos, qu'est-ce que je fous ici!» .Ce qui ne l'empêche pas de suivre docilement sa camerawoman.L'évolution a de ces douceurs! Claude Lanzmann et Sylvie Le Bon .ni records de foule Il est presque 14 h 30 quand Hélène de Beauvoir, la soeur du Castor, visiblement très ébranlée, prend place dans le corbillard.Peu après, c'est au tour du cercueil, petit, étonnant de sobriété.À la suite des intimes, le cortège se forme.Nous prendrons une heure et demie pour parcourir les quelques rues qui séparent l'hôpital Cochin du cimetière Montparnasse.Un trajet un rien trop long qui s'entremêle à la foule indifférente des ma-gasineurs et magasineuses du week-end.Au passage, boulevard Montparnasse, cha-cun-e remarque le Dôme, la Coupole, des lieux quasi-mythiques maintenant.Certains médias parleront d'une foule de 5 000 personnes.Mais je maintiens mon estimation: nous ne sommes pas plus de 3 000.Un peu décevant.Il faut dire que les manchettes des quotidiens français ont été percutantes toute la semaine: raid américain en Lybie, mort de l'écrivain Jean Genet, mort surtout de Marcel Dassault, inventeur des fameux avions de combat Mirage et adulé par toute la France (le premier ministre Chirac ira d'ailleurs prononcer son petit discours aux funérailles grandioses de ce capitaliste chouchou).Alors, les obsèques de Simone.Un entrefilet dans Libé pour les annoncer.À la porte du cimetière, c'est l'attente, le temps de laisser les proches se recueillir et d'éviter les bousculades qui ont caractérisé l'enterrement de Sartre en 80.Lorsqu'enfin on nous laissera entrer, ce sera la ruée, sans personne pour la contrôler.Rien n'a été prévu pour assurer le défilement efficace de la foule devant la tombe.Des femmes prendront les choses en main et formeront une barrière humaine pour obliger les gens à circuler dans le même sens.On pousse, on proteste.Mais sitôt au bord de la fosse, c'est le recueillement.Du bout des doigts, les femmes lancent roses et bouquets.Un photographe pleure à chaudes larmes, une journaliste qui jusque-là observait la scène de façon très détachée se mord soudain les doigts, les yeux rougis et brillants.Une mésaventure désagréable ponctue quand même l'après-midi: un monsieur, qui a tout du respectable père de famille, profite de la cohue aux portes du cimetière Montparnasse pour frotter son pénis bien gonflé aux fesses des dames qui l'entourent.Simone de Beauvoir est morte, mais le machisme, lui, est bien vivant! Mieux vaut garder en mémoire l'image attendrissante, au sortir du cimetière, de ce père qui expliquait doucement à son petit garçon de quatre ans: «Simone de Beauvoir était pour les femmes.Pour toutes les femmes.C'est pourquoi il ne faudra pas l'oublier.» Josée Boileau LA VIE EN ROSE 10 juillet-août 1986 Pornographie NOUVELLE COLLECTION POUR HOMMES le lu Quand on visionne le vidéo On voulait pas des miracles, on se dit que c'est un miracle - ou une aberration?- qu'il n'y ait eu que trois grèves dans l'histoire de l'industrie du vêtement à Montréal depuis 1937.On voulait pas des miracles présente les témoignages de femmes (Léa Roback, Gaby Lespérance, Mireille Trottier et Fatima Rochia) qui ont vécu les grèves de 1937, 1940 et 1983.On voit de façon très percutante les travailleuses de la guenille s'opposer à un syndicat dépassé, qui ne connaît rien de la réalité des ouvrières.Et pour cause: il n'y avait pas (encore aujourd'hui) une seule femme au conseil d'administration de ce syndicat dont les terrogé-e-s leur ont dressé un tableau de la situation: «Dans le domaine de la pornographie, tout ce qui est permis à l'extérieur est permis à l'intérieur» (p.15).Certains répondent même que la consommation de ce matériel peut avoir un effet thérapeutique et bénéfique! Des revues telles Hustler ou Playboy sont donc en vente libre et sont même parfois disponibles gratuitement en bibliothèque.Des films porno sont de plus diffusés sur le circuit fermé de télévision des établissements.Quelques mois avant l'enquête des femmes de l'Estrie, on les présentait dans les salles de cinéma, mais les agentes préposées à la surveillance durant le visionnement se sont plaintes.Il existe aussi un marché noir de pornographie violente qui survit malgré la réglementation.La plupart des données de cette recherche contredisent les résultats de la plus récente (!) étude effectuée à ce sujet par la Commission présidentielle sur l'obscénité et la pornographie (États-Unis) en 1970.Cette dernière affirmait en effet que l'exposition à du matériel porno n'était aucunement reliée à la violence.L'une des limites évidentes de la recherche est le nombre limité de répondants du groupe cible d'agresseurs.«Nous avons eu des difficultés entre autres à cause du peu d'hommes emprisonnés pour agression sexuelle et du roulement rapide dû à la brièveté des peine», expliquent les femmes de la collective.Nathalie Riel 1/ Cette commission fédérale sur la pornographie et la prostitution concluait (février 85) qu'en ce qui concerne le lien porno-violence, «la recherche effectuée jusqu'à maintenant répond très peu aux question».membres, il va de soi, sont très majoritairement féminins.Autant la combativité et la solidarité des femmes de l'Union internationale des ou-vrièr-e-s du vêtement pour dames (UIOVD) sont impressionnantes et stimulantes, autant leurs conditions de travail sont révoltantes.Le vidéo révèle aussi l'apport très grand des femmes immigrantes dans ce milieu et leur intégration pendant les grèves.«Pour une fois, confie l'une d'elles après le conflit de 1983, on parlait toutes la même langue.» On voulait pas de miracles, réalisé par Irène Demczuk, Suzanne Hould et Ginette Lajoie, est distribué par le Groupe d'intervention vidéo (GIV, 718, rue Gilford, Montréal H2J 1N6 Tél.: 524-3259).Nathalie Riel Oui, ça rend violent! a violence faite aux femmes est directement liée à la consommation de pornographie.C'est ce que confirme la recherche Pornographie: cause importante de la violence envers les femmes, réalisée par la collective «Par et pour elle» de Cowansville et rendue publique en mars dernier.Parce qu'elles en avaient assez de se faire servir l'argument voulant que les conséquences néfastes de la pornographie sur les relations homme-femme n'aient jamais été prouvées, et sûrement un peu en guise de réponse à la commission Fraser1, sept femmes (Nicole Côté, Marie Couture, Ida De-gani, Louise Gagnon-Lessard, Hélène Ha-mel, Gaétane Lassonde et Christyane Le-bel-Dehaies) ont décidé de tester sur le terrain (ce qui fait de cette recherche une première au Canada) l'hypothèse selon laquelle «la pornographie incite à la violence envers les femmes» (p.55).Les données de cette recherche, recueillies auprès de trois groupes de répondants (un groupe cible de 24 agresseurs sexuels, un groupe témoin composé de détenus, et un dernier groupe représentant la population en général) sont plus qu'explicites.Les 24 harceleurs sont ceux qui, comparativement aux deux autres groupes, consomment en plus grand nombre du matériel porno (54,5 %).72,6 % d'entre eux ont eu connaissance, pendant leur enfance, de consommation de pornographie dans leur famille.Du groupe des agresseurs, entre 75 % et 100 % des consommateurs de COLLECTION PRINTEMPS pornographie ont déjà été violents enve leur conjointe.Les clients réguliers (li «collectionneurs») adhèrent plus souvei aux clichés concernant le viol tels «la fen me peut jouir lors d'un viol» (50 % croient), «la femme peut toujours ou soi vent empêcher le viol» (37,5 % conti 18,3 % dans la population générale) et « femme provoque le viol» (37,5 % conti 18,3 %).Donnée intéressante, 75 % des conson mateurs de porno du groupe «populatic générale» croient que cette forme d'expre sion (?) n'amène pas de violences sexuelli tandis que seulement 36,6 % des noi consommateurs partagent cet avis (p.81 De plus, 30,8 % des pornophiles croiei que c'est une bonne façon de faire son édi cation sexuelle.Bizarrement, bien qu'ils croient en m; jorité que la porno ne «projette pas ur image inférieure de la femme» (p.89), 1< détenus interrogés s'entendent pour dii qu'elle utilise la femme comme objet! Enfin, les consommateurs du group d'agresseurs considèrent les agressior sexuelles comme des crimes moins sévèn ment punissables que ne le pense la popt lation en général.Libre-service Ce qui a le plus frappé les chercheurs c'est la facilité avec laquelle on peut obti nir du matériel porno dans les prisor québécoises.Les agent-e-s qu'elles ont h Trois grèves, toute une histoire juillet-août 1986 11 LA VIE EN ROSE Genève, durant le Congrès international des lesbiennes Congrès international de lesbiennes La cité des femmes Genève, 29 mars 1986: brandissant des pancartes multicolores, 400 lesbiennes défilent dans les rues.Sur le bord du lac Léman, deux maîtresses femmes les attendent, qui s'étreignent en toute sérénité: Genève s'unissant à Helvetic.Entre leurs mains de bronze est vivement confiée une banderole réclamant le «droit à l'asile politique pour les lesbiennes de tous les pays».Sur le socle, des affiches collées provoquent l'éclat de rire général: «Monument au lesbianisme international».Des policiers, furieux que l'on s'attaque «au patrimoine», tentent de les arracher.Us sont repoussés par deux rangées de filles.Une brève bousculade s'ensuit sur le petit tertre semé de pensées - seules victimes de la ma- nif, fleurs piétinées, ô combien symboliques! Car tout au long de ces quatre jours, venues de 34 pays différents, 800 lesbiennes réunies en congrès international allaient se livrer à semblable exercice: piétiner les idées reçues sur leurs similarités, leurs propres préjugés, et toutes ces fausses évidences enracinées dans le conservatisme des minorités autant que dans celui des majorités.Le but de ce colloque, organisé par ILIS (International Lesbian Information Service) pour la 8e année consécutive: renforcer de nouvelles solidarités, consolider le mouvement international, favoriser la coordination d'actions communes.À travers une vingtaine d'ateliers, aux interventions traduites en plusieurs lan- gues, que s'est-il dégagé de plus significatif' Une vision comparative, tout d'abord: entre les privilégiées de Hollande (et même du Canada), les camouflées d'Espagne ou d'Israël, les persécutées du Kenya ou du Japon, certaines mesuraient leur chance, d'autres, leur oppression, tout en entrevoyant des antichambres de paradis.Excellents, les échanges internationaux, pour qui se considère victime parmi les victimes: ils dévoilent les comportements blessants que l'on peut avoir soi-même envers d'autres, plus ségrégées encore.Ainsi, dans certains ateliers {Sexisme et racisme; Lesbiennes et handicaps physiques; Lesbiennes d'Asie; Lesbiennes d'Amérique latine; Lesbiennes du Tiers monde), on découvrait subitement que «l'ennemi» n'était pas seulement dans le camp du patriarcat homo-phobe, mais aussi dans celui des lesbiennes blanches, sans handicap, riches, jeunes, vivant en pays libéral et rejetant - ou ignorant - toutes celles qui subissent de plus lourdes discriminations du fait de leur race, leurs limitations fonctionnelles, leur condition sociale.Mais après des discussions particulièrement houleuses, on voyait des filles venant de s'insulter, comme n'importe quel ministre en Chambre, revenir en petits comités et poursuivre la réflexion: quelles sont les actions les plus efficaces?les comportements que l'on doit surveiller?Les interventions des lesbiennes noires et des handicapées, surtout, ont culpabilisé et sensibilisé les autres, reparties avec de bonnes intentions (de celles qui pavent l'enfer?).Un réseau mondial Certains ateliers ont débouché sur des projets plus concrets.Par exemple, ceux qui portaient sur l'information, sur l'échange culturel lesbien, ou sur les publications et maisons d'édition.Là se sont élaborées des idées de coédition en plusieurs langues, d'échange de revues ou de documents pour les archives lesbiennes de différentes villes; ainsi, celles de Montréal vont démarrer en septembre, avec une exposition d'affiches lesbiennes reçues suite à l'un de ces ateliers.Oui, les mouvements lesbiens s'en vont sans doute vers la consolidation des liens internationaux.Et c'est un groupe de Québécoises qui a déposé la proposition la plus concrète: organiser un réseau mondial qui permette aux lesbiennes dont la sécurité est menacée dans leurs propres pays de trouver refuge rapidement dans un Etat moins répressif.Dans la même veine, les Hollandaises ont fait savoir aux groupes ayant des besoins financiers qu'ils pouvaient faire appel à elles: il semble que leur gouvernement, très généreux, se montre prêt, par exemple, à financer le prochain congrès d'ILIS, où qu'il se tienne.^ Mais cet «internationalisme» se develop- § pc parallèlement à des régionalismes, à des £ mouvements indépendantistes (comme ce- | lui des Basques et des Catalanes), ou à des 3 implications spécifiques.Face aux grands s problèmes sociaux ou politiques de l'heu- £ LA VIE EN ROSE 12 juillet-août 1986 re, les groupes leshiens doivent-ils agir au sein ou en marge du féminisme, des organismes antiracistes ou antinucléaires, pacifistes ou écologistes?Par exemple, un groupe Lesbiennes contre le racisme existe déjà à Paris.L'atelier portant sur le féminisme et le lesbianisme démontrait clairement la profonde inquiétude et les interrogations des Européennes devant le déclin du féminisme: quelle attitude avoir, en tant que lesbiennes, vis-à-vis de la démobilisation générale?Plusieurs tendances se dégageaient, loin de faire l'unanimité: selon les plus radicales, dont les Espagnoles et les Italiennes, les groupes féministes ne sont pas prêts à soutenir la visibilité des lesbiennes et à leur offrir une solidarité militante; on devrait donc les rejeter parce que non révolutionnaires et inutiles au féminisme hétérosexuel lui-même.Les plus échaudées - parmi lesquelles se trouvaient quelques Françaises - préféraient ne pas affaiblir encore les groupes féministes «accablés» en leur faisant porter la cause des lesbiennes; l'important était de continuer, «en tant que femmes surtout», à soutenir le féminisme.Visibles ou non?Au centre de ces débats, revenait l'éternelle question de la visibilité lesbienne.Pour certaines, c'est la condition sine qua non de l'implication politique des groupes lesbiens; sinon, ils se transforment en groupes de soutien anonymes, oubliant leur cause pour défendre celle des hétérosexuelles.Pour d'autres, il y a lieu de séparer les causes, de prêter anonymement main-forte aux féministes, tout en militant dans des groupes lesbiens identifiés.Il est difficile de dire quelle tendance l'emportait, tant il est vrai qu'il n'y a pas un mouvement lesbien - comme il n'y a pas qu'un mouvement féministe - mais plusieurs, qui commencent seulement (et encore.) à admettre leurs différentes orientations.Mais l'essentiel est surtout qu'une rencontre internationale ait permis de mettre en commun les compétences des militantes d'autant de pays différents.Car, au delà des idées et des initiatives échangées, c'est un réconfort de savoir qu'il existe maintenant, en cas d'extrême urgence, un réseau international tissé de mille complicités.Et comme l'été dernier à Nairobi, ces complicités se sont beaucoup tissées en marge des plénières ou des ateliers, dans les contacts personnels établis, entre l'université louée pour la circonstance et les abris antiatomiques où des centaines de lesbiennes étaient logées gratuitement.Tant d'adresses échangées, de réseaux développés, d'entraide envisagée ne peuvent que déboucher sur un renforcement des militantes et sur une vision plus élargie de leur condition.Pour la dizaine de Québécoises présentes, le Congrès international a été des plus stimulants.Et c'est pour transmettre aux autres, restées à Montréal, l'essentiel de ce qui s'est passé à Genève, qu'elles ont tenu, à la fin du mois de mai, une réunion d'information au Salon des Tribades.On y a débattu, entres autres, des modalités concrètes de la proposition québécoise de réseau d'urgence, et des moyens de collaborer avec 1TLIS pour l'organisation du prochain congrès.^ r Gloria Escomel Corps et Jouissances (Regards de femmes) juillet-août 1986 13 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe FFQ Vingt ans déjà.In peu plus de cent femmes d'une quarantaine d'organismes se sont réunies pendant la fin de semaine du 26 et 27 avril pour célébrer les 20 ans de la Fédération des femmes du Québec et pour tracer les actions futures de ce regroupement fondé en 1966 par madame Thérèse Casgrain.La fédération, qui veut toujours promouvoir l'éducation et la formation des femmes, a abordé ses principaux thèmes de lutte: avortement, lutte anti-porno, pouvoir, paix, égalité, etc., lors des ateliers de ce colloque intitulé S'équiper pour agir.Les Real Women et la couverture qu'en font les médias (surtout Le Devoir, qui publiait en première page un article sur quatre Québécoises de Real Women juste avant le colloque) ont été la cible des attaques des participantes.La députée conservatrice fédérale Monique Landry, l'une des intervenantes du panel de la plénière, a d'ailleurs été harcelée de questions à leur sujet.On voulait surtout connaître l'avenir de la demande de subvention d'un million de dollars déposée par ce groupe de femmes d'extrême droite.Se disant d'abord du Parti conservateur, puis féministe, Mme Landry a tenté d'éviter la ques- Glnefte Busqué tion, ne voulant pas présumer des décisions de son gouvernement.Mais il est clairement apparu que les Real Women exercent à Ottawa un lobby important «qui séduit plusieurs député-e-s».La FFQ a aussi dénoncé, par le biais d'un communiqué, la violence des propos de Pro-Vie International qui, dit-elle, «empêche le dialogue ouvert sur la qualité de la vie et sur la place des femmes, des hommes et des enfants dans notre société».Ginette Busqué, présidente de la FFQ.depuis octobre 85, retient du colloque «que la FFQ doit demeurer radicale dans sa théorie, mais doit employer des moyens d'action modérés».Elle se dit satisfaite des discussions, surtout «parce que les femmes Claire Kirktand.1èr* femme ministre au Québec et conférencière ont dépassé le discours sur les structures de la Fédération pour s'attaquer à l'action».Toutefois, elle se demande comment concrétiser toutes les attentes, très globales, des membres.Dans le cadre de son vingtième anniversaire, la FFQ organise aussi une campagne de levée de fonds et de recrutement présidée par madame Louise Roy, présidente-directrice générale de la STCUM.L'objectif est de 100 000 $.Claire Bonenfant, secrétaire de la FFQ, qui se dit surprise de l'imperméabilité des gouvernements aux pressions des femmes, espère que cette campagne donnera une nouvelle force à la FFQ.Nathalie Riel Parce que vous êtes différentes et que Falbala Vest aussi Une boutique qui regroupe une sélection de couturiers et de jeunes "designers" pour vous offrir un choix varié de vêtements et accessoires modes faits main.450 est Rachel 845-5756 Lucie Laviolet(e Rebirfh Montréal 524-5580 Membre professionnelle de la Cornorjfion dc\ pjhn$cnc\i\(c\ du Quebec LA VIE EN ROSE 14 juillet-août 1986 FRAPPE, CEQ, Centres de santé L'Après-Beauvoir et le pouvoir Ce printemps, les femmes ont beaucoup parlé du pouvoir, que ce soit lors de la Journée d'étude sur la politique municipale du FRAPPE (Femmes regroupées pour l'accès au pouvoir politique et économique), le 12 avril, lors du Colloque sur la santé organisé le même jour par les centres de santé des femmes, ou encore lors du Forum des femmes de la CEQ (18, 19, 20 avril).D'après Hélène Sarrasin, animatrice de la journée du FRAPPE, «les femmes sont mûres pour entrer en politique».Celles qui assistaient à cette journée d'étude avaient d'ailleurs toutes le goût d'en faire.Mais tout en partageant cette opinion, Micheline De Sève, auteure et chercheure ainsi que personne ressource du Forum des femmes, émet une réserve.D'après elle, il est encore trop tôt pour se lancer dans les partis politiques eux-mêmes.«Il faut d'abord investir les lieux de pouvoir qui nous concernent comme les CLSC ou les Caisses populaires», affirme-t-elle.«Investir l'espace public qui est à notre portée», ajoute Michèle Duval, du CLSC Mont-Laurier.Depuis l'arrivée au pouvoir de Robert Bourassa (et même avant), les acquis des femmes sont mis en danger par la droite.Deux des six centres de santé pour femmes du Québec, ceux de Lanaudière et de Sherbrooke, sont fermés.La violence faite aux femmes, pire atteinte au pouvoir individuel, fait des ravages, «les magazines tel Coup de pouce ou Clin d'oeil pullulent (.) et les quotidiens font aussi ce retour aux ornières mode-beauté-décoration qui nous ramènent avant les années 60», comme le regrette Colette Beauchamp, journaliste et personne ressource du Forum des femmes.La remise en question de l'État-provi- dence, des programmes sociaux donc, attaque aussi directement les femmes.Pire encore, les nouvelles technologies de la reproduction, champ de bataille postmoderne des eugénistes, «menace de transformer la nature humaine», de dire Maria De Ko-ninck, de l'Université Laval.«Il s'agit non plus d'un pouvoir sur mais dans le corps des femmes», renchérit Louise Vandelac au colloque des centres de santé.À Montréal, de plus en plus, les gens bouquinent le soir.Tôt ou tard.RENAUD BRAY jusqu'à minuit! 7 soirs par semaine! 5219.Côtedes-Neiges - 342-1515 Micheline de Sève C'est donc dans un climat passablement menaçant que se sont déroulées les discussions sur le pouvoir des femmes.Encore une fois, a ressurgi la sempiternelle question de la différence entre les pouvoirs masculin et féminin.Mais de façon très discrète, comme un signe que nous en serions rendues plus loin?La question qui se pose aujourd'hui, alors que le mouvement de prise de pouvoir est nettement en marche, serait plutôt: pourquoi doit-on aller en politique?«D'abord pour changer les règles du jeu, pour contrer la hiérarchie, pour parler d'un pouvoir partagé plutôt que dominateur, collectif plutôt qu'individuel, qui respecte les différences dans l'égalité», répond Evelyne Tardif de l'UQAM.Cependant, il faut que les femmes apprennent à accepter la confrontation, qu'elles comprennent qu'en politique la concertation ne peut remédier à tous les problèmes.«Le pouvoir fait (encore) peur aux femmes.Elles le considèrent comme une rupture du lien amoureux», explique Micheline De Sève qui amorce une réflexion sur cette hypothèse.Signe des temps aussi: plusieurs des intervenantes ont parlé de la nécessité de créer des alliances ponctuelles, avec des gens d'idéologies différentes.Elles ont aussi souligné qu'il est temps d'intégrer les hommes aux luttes féministes.«Sinon, précise Michèle Duval, si nous abandonnons l'espoir d'impliquer les hommes dans notre projet, la partie est perdue.» Le leitmotiv de ces trois recontres et, sûrement, de bien d'autres discussions féministes de «l'Après-Beauvoir»?Le pouvoir ne se donne pas, alors prenons-le.Nathalie Riel juillet-août 1986 15 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Nouveau-Brunswick Nous, les soussignées Le débat sur le droit de vote des femmes du Nouveau-Brunswick a duré cinquante ans.Des centaines de pétitions ont été signées, dont une par plus de 10 000 hommes et femmes, en 1894.C'est en 1919 que les Néo-Brunswickoises ont pu voter mais, contrairement aux autres provinces du Canada, elles ont dû attendre à 1934 pour se présenter aux élections législatives.Déjà en 1899, un politicien de Saint-Jean s'écriait: «Il serait plus facile d'endiguer la Niagara que de contenir toute cette agitation.» Nous, les soussignées est le premier livre sur l'histoire des femmes du Nouveau-Brunswick de 1784 à 1984, publié par le Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick.L'auteure, Elspeth Tulloch, recherchiste pour le CCCF, voulait faire «découvrir l'histoire, la vie et les idées des femmes aborigènes, francophones, noires et rurales qui figurent moins souvent que les femmes anglophones urbaines dans les documents historiques officiels».L'entreprise est difficile, car il s'agit d'une histoire surtout orale.On reste un peu sur sa faim, même si ce livre est truffé d'anecdotes qui montrent à quel point les femmes n'ont pas hésité à défier l'ordre social pour obtenir leurs droits.En 1800, par exemple, Nancy, une esclave noire, réclame sa liberté devant la Cour suprême du Nouveau-Brunswick.En 1849, Martha Hamm Lewis est admise à l'école normale de Saint-Jean, mais doit porter le voile, arriver cinq minutes avant le début des cours et partir dix minutes avant les autres.En 1895, Marichette réclame le droit de vote pour les femmes en soutenant dans le journal L'Évangéline que «les femmes souffrent de l'envie de se rendre aux poils pour montrer à nos vieux comment voter».Des milliers de femmes ont, pendant plus de 200 ans, montré qu'elles savaient agir et lutter pour obtenir leur place dans la société.Il était grand temps de les sortir de l'ombre, même si ce livre n'est que la charpente d'une histoire encore à bâtir.4^ Myriame El Yamani NB: Le livre est en vente au CCCF de Moncton pour 10 $ La couverture du livre est de Catherine Haie, une artiste de Frédéricton.C'est un grand assemblage de velours, de dentelles et satins de 2,06 x 1,11 m.MICRO ORDINATEUR PETITE ÉCHELLE information conseil soutien avant achat formation conseil soutien dépannage après achat 1S1 SUlcr.Surir 408 Ott**a Ont «no K IP SH3 (613) 563-0661 Philippe Ranger 274-4653 aàm 0rifcS ptwr câa0ks, cka£s frUl/*\^€/~ ens.4358 û*.KocAe Montréal 521-9491 LIVRAISON GRATUITE LA VIE EN ROSE 16 juillet-août 1986 Groupes La Coalition québécoise pour le droit à l'avortement libre et gratuit, pour «le droit de choisir», poursuit sa campagne de financement.Créée en février 1986, cette coalition rassemble plus de 100 groupes et ne reçoit aucune subvention gouvernementale.On demande 5 $ aux individu-e-s, de 25 $ à 300 $ aux groupes.Envoyer l'argent à: Coalition québécoise pour le droit à l'avortement libre et gratuit, 1601, avenue De Lorimier, bureau 312, Montréal H2K 4M5.Carrefour pour elle, maison d'hébergement pour femmes en difficulté fondée à Longueuil il y a 11 ans, n'a pas encore recueilli les 200 000 $ nécessaires pour couvrir ses frais d'opération 1986-87.Il vous reste encore tout l'été pour contribuer à la Fondation Carrefour pour elle, 1575, rue Brébeuf, Longueuil (Qc) J4J 3P3.Tél.: (514)651-5800.Le Comité du Y des femmes contre la pornographie est bien décidé à ce que «la porno soit un thème central des prochaines élections municipales» de Montréal, en novembre 1986.Surtout après la fin de non-recevoir donnée par la Ville de Montréal à sa pétition, signée par 4 000 personnes, demandant à la Ville de légiférer sur l'étalage pornographique.Si vous voulez collaborer à cette action, écrivez à Grace, YWCA, 1355, boul.Dorchester Ouest, Montréal H3G 1T3.Tél.: 842-5464.Powerhouse, une galerie d'art à but non lucratif dirigée par des femmes artistes, vous demande de l'aider à finir l'année en beauté.Pour 15 $, vous serez souscnptrice et saurez tout sur les expositions; pour 50 $, vous serez membre de soutien (don déductible d'impôt).Galène Powerhouse, 3738, rue Saint-Dominique, local 203, Montréal H2X 2X9.^Services Le Centre d'aide aux vutimes d'agressions à caractère sexuel (CAVACS) de la région de Trois-Rivières offre divers services d'écoute et de sensibilisation depuis 1979.Cette année, il va mettre l'accent sur l'intervention auprès des enfants du primaire, au moyen du programme Espace, dont les objectifs sont la prévention et le dépistage des abus sexuels faits aux enfants.Pour continuer de rejoindre les adolescent-e-s, il a coréalisé, avec les Productions CEFEM inc., le film Arrête de me prendre.Pour louer cet outil pédagogique, obtenir les brochures informatives de CAVACS, ou simplement demander de l'aide: Lison Dussault, CAVACS, CP.776, Trois-Ri-vières G9A 5J9.Tél.: (819) 373-1232.PIAF, le programme de perfectionnement des intervenantes auprès des femmes, continue à l'automne à la Faculté de l'éducation permanente de l'Université de Montréal.Pour connaître les objectifs et les conditions d'admission de ce programme de 15 crédits: Claudie Solar, PIAF, 3333, chemin Queen Mary, bureau 245, Montréal H3V 1A2.Tél.: 343-6982.Un nouveau centre de femmes, La Mois- ~ Communiqués ~ son, vient d'être créé à Dorion, dans le comté de Vaudreuil-Soulanges.C'est un centre de jour qui n'offre pas d'hébergement mais de l'aide, des informations et des références aux femmes victimes de violence.La Moisson, C.P.183, Dorion J7V 5W1.Tél.: 455-8720.L'AVTAC est un service (à but non lucratif) de consultation pour les victimes et les témoins d'actes criminels.Plus de 30 000 Québécois-es sont chaque année victimes de violence, et manquent souvent L'ADOCE, c'est l'Association des opé-ré-e-s en chirurgie esthétique, créée par madame Rachel Boutin pour renseigner, prévenir et protéger les personnes songeant à subir une chirurgie esthétique.L'ADO-CE, C.P.230, 5135, boul.Jean-Talon Est, Montréal HIS 2Z2.L'Enjeu offre gratuitement aux femmes de la région métropolitaine ayant de la difficulté à se trouver un emploi des services d'orientation, l'accès à une banque d'emplois, et des rencontres d'information.L'Enjeu, tél.: 849-3745.La garderie Centre Saint-Louis invite les parents intéressés à inscrire maintenant leurs enfants de 18 mois à 6 ans, pour septembre 1986.Garderie Centre Saint-Louis, 2015, rue Gilford, Montréal.Diane ou Pierre: 521-7450./Publications En 1985, la CEQ avait vendu comme des petits pains chauds les 5 000 exemplaires de son Mini-quiz féministe, ce jeu-ques-lionnaire sur l'histoire des femmes, outil d'animation autant que jeu de société.Conçu par les femmes du Mouvement socialiste, le quiz est maintenant disponible en version informatique, pour les ordinateurs Apple II, Max 20 E, IBM-PC.Pour 15 $, au Centre de documentation de la CEQ, 2336, chemin Sainte-Foy, C.P.5800, Sainte-Fov G1V 4E5.Tél.: (418) 658-5711.À toutes celles que les questions de santé intéressent, comme travailleuses ou usagè-res, deux documents récents amènent de nouvelles données.D'abord, la Fédération québécoise des infirmières et infirmiers (FQII) livre, après deux ans, les résultats de son enquête menée auprès de 1 300 infirmières: «Quels sont les dessous d'une médecine qui entretient la dépendance des fem- mes et porte souvent atteinte à leur intégrité physique et mentale?» Le document Femmes et santé - prenons la parole, prenons notre place est disponible en nombre restreint à la FQII, 1067, rue Saint-Denis, Montréal H2X 3J3.Tél.: 842-5255.Par ailleurs, le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme (CCCSF) publiait au printemps La femme protectnce de la santé.Résultant d'entretiens poussés avec 150 femmes de partout au Canada, l'étude décrit «le rôle qui incombe aux femmes en tant que protectrices de leur propre santé mais aussi de celle de leurs enfants, de leur conjoint, de leurs parents, etc.» Pour 4,95 $, auprès du Conseil canadien du développement social, 55, avenue Parkdale, Ottawa, Ontario Kl Y 1E5.Tél.: (613) 728-1865.vers Women Rising in Resistance: un groupe de femmes américaines célébrera le 100e anniversaire de la Statue de la Liberté par une grande manifestation, le 3 août, à New York, pour affirmer la sororité, la paix et une vision féministe du futur.Renseignements: (718) 768-4602.À Cap-à-l'Aigle, dans le beau comté de Charlevoix, Monique Gosselin, ex-enseignante, mordue et propagandiste fidèle de La Vu?en rose, a ouvert une petite auberge accueillante: La Mansarde.Information: 451, rue Saint-Raphaël, Cap-à-l'Ajgle, Charlevoix GOT 1B0.Tél.: (418) 665-2750.Pour son doctorat en histoire sur les femmes et la crise de 1930, Denyse Baillargeon cherche des femmes mariées avant 1935 et habitant à l'époque un quartier ouvrier de Montréal.Denyse Baillargeon, 2176, rue De Vilhers, Montréal H4E 1L5.Tél.: 769-4001.À Montréal, de plus en plus, les gens bouquinent le soir.Tôt ou tard.RENAUD BRAY jusqu'à minuit! 7 soirs par semaine! 5219, CôtedesNeiges - 3421515 D, juillet-août 1986 17 LA VIE EN ROSE Le privé et le politique Au Festival de Cannes, en mai, la comédienne Barbara Sukowa remportait le Prix d'interprétation féminine pour sa Rosa Luxemburg, dans le dernier film de la cinéaste allemande Margarethe von Trotta.Quelques mois plus tôt, à Berlin, l'auteure des Années Je plomb et de L'Amie avait échappé de peu à La vie en rose.par Diane Poitras Ces rapports avaient été si difficiles, disait-elle, qu'elle n'entrevoyait pas tenter à nouveau l'expérience car sa relation (privée et professionnelle) avec Schlôndorf en avait été beaucoup ébranlée.En fait, ce constat, qui peut sembler négatif, fut peut-être un coup d'envoi pour von Trotta, car deux ans plus tard, elle réalisait seule son premier long métrage, Le Second Eveil de Chnsta Klages (1977) suivi de Les Soeurs ou l'équilibre du bonheur (1979).Il y aurait ensuite Les Années de plomb ( 1981 ), L'Amie ( 1982) et enfin, Rosa Luxemburg (1986).Féministes à la caméra e Festival de Berlin ressemble à un jeu sophistiqué dont il faut posséder un certain nombre de clés.J'y étais, l'hiver dernier, et je voulais communiquer avec la réalisatrice de Rosa Luxemburg.Mais comme je portais mon inexpérience aussi visiblement que mon accent français, et que je n'avais pas vraiment de contacts, je me suis heurtée à de nombreux sourires germaniques, polis et distants! Après une série de chasses-croisés épuisants, j'avais recueilli une documentation précieuse.mais pas de rendez-vous avec von Trotta.Ce n'est que rentrée à Montréal que je réussissais à obtenir une entrevue téléphonique.Mais, au jour et à l'heure convenus, lorsqu'une voix enjouée et très chaleureuse répondit à mes questions, je sentis mon entêtement enfin récompensé.De la complicité à la compétition Von Trotta a commencé au cinéma comme comédienne pour Claude Chabrol, Rein-hard Hauf, mais surtout pour Rainer Fass-o binder et Volker Schlôndorf.Avec ce der-g nier, qu'elle avait épousé entre-temps, elle 5 coscénarisait, en 1970, La Soudaine Richesse £ des pauvres gens de Kombach, et en 1972, Feu s de paille.Trois ans plus tard, c'est en qualité 0 de coscénariste et coréalisatrice qu'elle si-o gnait, avec Schlôndorf, L'honneur perdu de °~ Katharina Blum.Dans une entrevue qu'elle accordait alors à une journaliste américaine, elle expliquait comment la complicité et l'entraide qui prévalaient entre elle et son compagnon au moment de la scénarisation se muaient en compétition sur le plateau de tournage: «Il n'y a jamais de problèmes pendant le travail sur le concept et le scénario, car cela se passe dans le privé.Mais sur le plateau, je pense que nous sommes tous les deux liés par ce que nous croyons être notre rôle public.Volker est vu comme un réalisateur ferme et moi comme actrice et femme.Dans ma recherche d'égalité, je lutte contre ces rôles.Et parfois - surtout en public -Volker lutte contre ma lutte! '» Margarethe von Trotta appartient à cette génération de cinéastes née pendant la guerre et qui a grandi dans les années 50 (les années de plomb), découvrant avec horreur le poids de l'histoire sur l'Allemagne post-nazie.La décennie suivante devait amorcer la montée du terrorisme qui atteindrait une apogée avec le procès des Baader-Meinhof au milieu des années 70.Inévitablement, ces conditions socio-politiques allaient imprégner le nouveau cinéma allemand, celui des Reinhard Hauf, Volker Schlôndorf, Rainer W.Fassbinder.Mais le jeune cinéma aile -mand, c'est aussi des cinéastes féministes: Helke Sander, Ula Stôkl, Helma Sanders-Brahms, Jutta Bruckner, Margarethe von Trotta.Depuis la Première Rencontre internationale sur le cinéma des femmes à Berlin, en 1973, les cinéastes allemandes ont en effet constitué une communauté solide et organisée.En 1979, cinéastes et techniciennes formaient l'Alliance des travailleuses du film et exigeaient 50 % de tous les moyens de production, des budgets de production et de recherche, 50 % des postes ouverts à la formation, 50 % des sièges aux conseils administrant les subventions à la distribution, etc.Au téléphone, lorsque j'ai demandé à madame von Trotta ce qu'il était advenu de ces exigences, elle a laissé échapper un soupir: «Nous n'avons pas obtenu l'égalité», sans manifester tellement l'envie d'en parler.Trop préoccupée par l'horloge qui tournait à la vitesse d'un compteur de taxi, je n'ai pas insisté.Quelques jours plus tard, je regretterais de ne pas avoir essayé d'en savoir plus.Ce qui est sûr, c'est que ces cinéastes féministes ont bousculé le cinéma allemand par leur organisation autant que par le contenu de leurs films.Quant à Margarethe von Trotta, ses fidélités politiques sont maintenant assez connues.Lorsque L'Amie est sorti en France, par exemple, elle a tenu tête au distributeur qui ne voulait pas que le film soit présenté en premier lieu au Festival de films de femmes de Sceaux (aujourd'hui Créteil), de peur que l'étiquette féministe ne nuise à sa sortie en salle.Bien sûr, quand on s'appelle von Trotta et que ses films se vendent bien, on est mieux armée pour résister à ces pressions.Mais combien d'ancien-ne-s militant-e-s ont perdu la force de leurs convictions en gagnant du succès?Margarethe von Trotta et Volker Schlôndorf De Christa à Rosa Dès son premier film, Le Second Éveil de Christa Klages, von Trotta mettait en scène une femme qui dévalise une banque pour assurer la survie d'une garderie.Un film policier, politique et féministe, où les choix culturels et religieux de la société allemande étaient remis en question, où la solidarité, la résistance tranquille des individus s'opposait à l'autorité et aux forces de l'ordre.juillet-août 1986 LA VIE EN ROSE 19 Barbara Sukowa dans le rôle de Rosa Luxemburg Avec Les Années de plomb, von Trotta procédait, avec un de ses personnages, à une investigation minutieuse, presque maniaque, des motivations politiques et subjectives d'une femme ayant consacré sa vie à l'action terroriste (le scénario est fortement inspiré de l'histoire des soeurs Ensslinn dont Gun-drun, en 1977, devait être trouvée pendue dans sa cellule de Stammheim, tout comme ses compagnes et compagnons du groupe Baader-Meinhof)- La production de von Trotta suit un itinéraire en alternance:un film politique et social comme Le Second Eveil.ou Les Années de plomb, suivi d'un film tout aussi politique mais «privé»: Les Soeurs ou l'équilibre du bonheur, L'Amie.Il n'est donc pas étonnant que son cinquième long métrage porte sur la vie d'une révolutionnaire anarchiste, Rosa Luxemburg.«Parmi les figures connues de révolutionnaires, elle était la seule femme, raconte von Trotta.Et elle avait un visage tout à fait différent de celui des mecs, un visage triste qui exerçait sur moi une fascination.J'ai commencé, comme ça, à m'occuper un peu d'elle.Je savais, peut-être inconsciemment, qu'elle allait revenir d'une façon ou d'une autre.Et de temps en temps, je lisais une lettre d'elle.Dans Les Années de plomb, au-dessus de la table de Julianne, la soeur aînée, il y avait un portrait de Rosa (elle l'appelle par son prénom, comme une amie intime).C'est alors que j'ai dit à Jutta Lamp (la comédienne qui tenait le rôle de Julianne): Tu vas voir, un jour, on va faire un film sur elle! Je croyais à ce moment-là que Jutta jouerait Rosa Luxemburg mais, ironie du destin, c'est Barbara Sukowa, sa soeur dans Les Années de plomb, qui tient finalement le rôle.«Il y a eu, à l'égard de Rosa, une discrimination totale et terrible! La plupart des gens la connaissaient sous le nom de Rosa la Sanglante, Rosa la Rouge.On disait qu'elle aimait le sang, qu'elle était responsable de la violence dans la révolution.D'autre part, chez l'extrême gauche, on la réduisait à l'image d'une martyre assassinée par la droite.Dans plusieurs biographies lues au cours de ma recherche, elle était traitée seulement en politicienne, théoricienne, oratrice, alors que d'autres livres ne traitaient que de "la Entrevue femme", l'être humain.Je n'ai jamais trouvé de livre qui fasse la synthèse, où Rosa Luxemburg soit abordée dans son unité.On ne peut pas séparer les différents aspects d'une existence.C'est une entité.Vous savez, le slogan du mouvement féministe en Italie était: "Le privé est aussi politique".C'est ce qu'il m'intéressait de montrer.Rosa est pour moi l'idéal d'une femme qui vit ses émotions, sa féminité et sa profession sans jamais faire de différence entre l'un et l'autre.» Rosa Luxemburg était-elle une féministe avant l'heure?«Oui, moi je crois, répond von Trotta.Enfin, pas féministe au sens où elle s'intéressait spécialement aux questions de femme.C'est plutôt son amie Clara Zetkin qui était la leader du mouvement socialiste des femmes.Mais elle a exigé de la vie et des hommes des choses qui sont aujourd'hui des demandes féministes.«C'est pour cela, entre autres, qu'on peut apprendre de son comportement: elle ne s'apitoyait pas sur elle-même, évitait les grandes lamentations.Au début, le titre du film devait être La Patience sereine de Rosa Luxemburg.Elle avait beaucoup de tempérament, mais aussi de la patience face à l'histoire et au développement des forces de changement.Même en prison, là où d'autres se résignent ou désespèrent, elle a gardé le courage de continuer à combattre pour la vérité.Aujourd'hui, nous vivons dans une société qui consomme non seulement des produits, mais des idées.Si en deux ans ça ne marche pas, si nos idées, nos idéaux n'ont rien changé, on les jette.Je crois que Rosa peut nous apprendre à persévérer.» Changer d'objectif?Mais justement, vu la désaffection politique de plus en plus généralisée, von Trotta pense-t-elle qu'un film sur Rosa Luxemburg trouvera un écho auprès des jeunes femmes d'aujourd'hui?«Ah! ça, je ne pourrais pas vous le dire! Mais, tout de même, |e constate que dans les librairies, on trouve à nouveau les lettres, les oeuvres de Rosa.Elles étaient difficiles à dénicher quand j'ai fait mes recherches pour le film.Il fallait les commander chez les fîbraires.et attendre.Maintenant, il y a des étagères pleines de ses livres.Le film suscite donc, auprès d'un certain public, un intérêt assez soutenu pour qu'il recherche ses oeuvres.Et ça, c'est un triomphe pour moi.C'est tout ce que j'ai souhaité.Même s'il s'agit peut-être d'une minorité de gens.» Elle-même, comment réagit-elle devant le désintérêt des jeunes pour la politique et le féminisme?«Ah! moi, j'ai peur que tout retombe à plat, qu'on ait lutté pour rien! Enfin, pour notre génération, les choses ont avancé un peu.Peut-être avons-nous atteint des objectifs maintenant acquis pour les jeunes femmes d'aujourd'hui.Mais je crains parfois qu'elles retombent dans tous ces pièges dont on ne voulait plus.Alors, je ne suis pas très, très optimiste.«D'un autre côté, je me demande si ce n'est pas le temps de changer d'objectif.Rosa Luxemburg et Léo Joglches (Daniel Olbrychskl) Vous avez entendu parler de la catastrophe de la station nucléaire de Tchernobyl.Nous, ici à Munich, on en craint les conséquences, en Pologne aussi, en Russie encore plus.Il y maintenant des femmes qui songent à s'enfuir avec leurs enfants parce qu'elles se demandent si on peut encore boire du lait frais, etc.Alors, tout à coup, la lutte risque de se déplacer sur un plan international.«Aujourd'hui, toutes les femmes devraient peut-être se regrouper pour lutter contre ces folies qui vont nous prendre la vie tôt ou tard.Une autre centrale a craqué près VENEZ FÊTER LE PRINTEMPS SUR NOTRE TERRASSE! APPORTEZ VOTRE VIN 521, rue Duluth est Montréal De midi à minuit 521-4206 juillet-ooût 1986 20 LA VIE EN ROSE d'ici, il y a quelques années, et on continue de nous dire que ça ne peut arriver qu'une fois tous les 10 000 ans! C'est déjà arrivé deux fois en dix ans! Et on est entourées de ces stations nucléaires qui ne sont qu'un aspect du danger! L'autre étant l'armement, les bombes, les missiles.Alors, la lutte des femmes ne devrait-elle pas se réorienter?C'est toute notre planète qui est en danger.«Oui, bien sûr, je fais du cinéma pour le changement, mais pas forcément pour transmettre des messages politiques précis.Je fais des films parce que je suis cinéaste et que j'aime le cinéma.Mais je vis à une certaine époque, j'ai une conscience et des yeux ouverts.De plus, comme je suis une femme, il n'a pas été facile d'acquérir le droit de faire du cinéma.Si je n'avais pas été féministe au début, je le serais devenue en cours de route! Alors je dois en parler aussi.Je ne peux pas ne pas m'expnmer sur ce que je vis, sur ce que je vois autour de moi et parmi les autres femmes, sur ce qui me fait souffrir: tout ça entre dans mes films.Et bien sûr, la souffrance amène le désir de changer les choses.Mais je ne suis pas quelqu'un qui développe des idées et cherche ensuite un moyen de les mettre au monde.C'est l'inverse.» De vraies femmes Si les films de von Trotta s'inspirent souvent de personnages réels, il vient toujours un moment où l'auteure prend ses distances par rapport au sujet initial.Avant d'écrire Les Années de plomb, elle a rencontré Chris-tiane Ensslinn, la soeur de Gundrun, pour ensuite construire sa propre histoire.Artiste, la cinéaste re-travaille la matière originale, et cette façon de combiner réalité et création donne parfois lieu à des intuitions troublantes.L'auteure raconte qu'après le tournage des Soeurs., elle a découvert qu'elle avait une soeur dont sa mère lui avait toujours caché l'existence.Cette femme, de 15 ans son aînée, porte le nom d'Anna comme un des personnages du film.De plus, elle est née le jour même de l'anniversaire de naissance que von Trotta, scénariste et comédienne, s'était donné dans Feu de paille\ Grâce au concept du double, de 1'alter ego, omniprésent dans ses films, von Trotta peut rendre des personnages féminins complexes avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses.Ce qui lui permet de créer des femmes soumises, passives (puisque c'est un aspect de la réalité des femmes), mais sans en faire une vertu et sans les enfermer dans cette soumission comme dans un destin inévitable.Par ailleurs, ses personnages dynamiques ne sont pas non plus les héroïnes positives, indéfectibles dont on se lasse si vite au cinéma.Comment la cinéaste s'en tire-t-elle avec le personnage de Rosa Luxemburg?C'est ce que les Mon- Rosa Luxemburg dans la prison de Wronke tréalaises pourront juger d'elles-mêmes à la fin août, Rosa Luxemburg étant programmé pour le Festival des films du monde, en version originale.La version française, elle, sera visible au Québec à l'automne 1/ «Husbands, Wives, Men, Women and the delicacy of creative collaborauon in filmmaking», by Marjorie Rosen, in Millimeter, vol 4, no 3, mars 1976 21 Dans son Dictionnaire des cinéastes, (édidon 81 ), Georges Sadoul omet encore toutes les cinéastes dont les noms apparaissent ici.Pourtant, certaines d'entre elles tournaient depuis le milieu des années soixante et avaient déjà une dizaine de longs métrages à leur acuf.VIENT DE PARAITRE EN LIVRE DE POCHE La Chambre des Dames Jeanne Bourin Grand Prix des lectrices de «Elle».Prix des Maisons de la presse, ce roman a fait l'objet d'un grand feuilleton télévisé.Ce livre est une chronique chaude et familière d'une famille vivant au XIIIe siècle en France, dans le royaume de Saint-Louis.En vente chez votre libraire juillet-août 1986 21 LA VIE EN ROSE onsieur l'agent! Venez vite, on va tuer quelqu'un dans la maison d'en face!» J'arrive juste au moment où une espèce de folle se précipite sur un policier en criant qu'il faut arrêter le massacre de vies innocentes.De vies innocentes?Il y a rassemblement devant la clinique du Docteur où se trouve mon amie.Je suis en retard.Gene m'attend.Je m'approche du groupe.Des gens tiennent des pancartes avec des trucs en anglais écrits dessus.Je passe sans lire.Ce sont des Américains ou des Canadiens, on ne sait jamais.La folle de tantôt décide de me suivre.Elle parle français.Elle veut entrer dans la clinique avec moi.Elle continue de crier à propos des meurtres.La vache.Je la pousse pour me dégager un peu.J'entends les mots «vie innocente», «respect de la vie», «foetus humain», etc.Elle m'agace.Je la bouscule à nouveau, elle tombe à la renverse.J'en profite pour m'éloigner.Je fais le tour de la bâtisse.Toutes les issues sont fermées.Heureusement, avec tous ces fous qui traînent dehors! Je n'ai plus qu'à attendre.Je me mêle aux curieux.Ça prend deux heures.Le troupeau monte enfin dans l'autobus.C'est pas trop tôt.Gene et moi panons pour New York ce soir.J'ai les billets.J'ai pris des couchettes pour que la petite puisse se reposer.J'ai tout arrangé, c'est pourquoi je n'ai pu venir à la clinique avec elle.J'attends au coin de la rue.Quelques filles sont déjà sorties, un peu blêmes, un peu vacillantes.Je guette ma douce.C'est trop long, je vais la chercher.Je m'approche.Avec mon blouson de cuir, mes jeans et mes cheveux mal peignés, je ne ressemble pas à une manifestante hystérique.On peut avoir confiance.Mon amie est à l'intérieur et je veux la retrouver.On a compris et on me laisse entrer.C'est plein d'infirmières sans costume.Je demande Gene.On me conduit dans une chambre avec des lits.Gene est seule, couchée face au mur.La garde dit qu'elle ne va pas très bien.Ma belle, ma douce, ma blanche, tu pleures, tu ne voulais pas garder le bébé, non?C'est l'enfant d'un salaud qu'on s'est tapé pour le fric comme on fait quand on est en manque, pour faire vite.On ne veut pas des petits de ces écoeurants en complet cravate amateurs de jeune chair.Eric nous fera des enfants.Il l'a promis.Tant qu'on voudra.Plus tard.Après nos vingt ans.Pour l'instant, il est trop préoccupé par sa peinture, ses lignes à dessiner sur les murs de la ville.Eric, le beau blond qui ne vient pas à New York avec nous.Peut-être nous rejoindra-t-il si on s'installe vraiment là-bas.Tu souris en pensant à Éric.Je te montre les billets pour la grande ville.Tu t'assois lentement sur le lit.Je t'allume une cigarette et t'offre un petit remontant.Du scotch.Pour le voyage.Tu es belle, tu souris encore.L'infirmière revient et dit que tu peux partir, de faire attention car tu saignes beaucoup.Nous serons sages comme des images.Je ferai tout ce qu'il faut.Viens mon ange, ma fragile, on va l'acheter une belle boîte de Kotex.On sort, on prend l'autobus.On a quelques heures à perdre.?On se rend au bar Central; je t'installe devant la table de pool, f comme ça tu auras un peu d'animation sans te fatiguer.Je cours S à la pharmacie.Dans la rue, je rencontre un vrai pharmacien; | j'achète des poppers et du hash.De retour au bar, je commande * des sous-marins, des chips et de la bière.Il faut que tu prennes | des forces.Tu es blême, tu parles lentement, tu t'endors.Je te 5 donne des pilules pour te réveiller.On niaise un peu, puis on | part pour la gare.Dans le taxi, je te prends dans mes bras pour | te réchauffer.Tu grelottes.Ça te donne un air de petit poulet i affolé.Tu ris.Tu t'abandonnes.UNE VIE par Marie-Claude Trépanier On est en avance.Je t'amène aux toilettes pour changer ta couche.Tu saignes beaucoup.On s'installe.On a tout notre temps.Les toilettes sont vides.Je te soigne aux petits oignons.J'embrasse tes cheveux, tes yeux, tes tempes.Tu es toute chaude.Je te rassure.J'éponge ton front avec du papier essuie-main.C'est tout ce que j'ai.Sur le train, nous aurons des serviettes.C'est presque fini.Tu es encore assise sur le bord du lavabo au moment où quelqu'un entre.Une femme s'approche du comptoir, elle se peigne, se lave les mains.En plein le genre à vouloir «dialoguer avec la jeunesse».Je prends mon air impénétrable.Rien à faire.Elle insiste.Elle ouvre la bouche et tout à coup les yeux lui sonent de la tête.Elle s'essouffle, elle se gonfle, elle bredouille: «J'vous connais, vous, j'vous ai vue cet après-midi devant la clinique du Docteur.C'est vous qui m'avez jetée par terre!.» Elle se tourne vers Gene: «Et vous?Vous étiez en-dedans?J'suis sûre que oui.Vous avez tué votre enfant.On aurait pu le sauver!» Ah! non, pas la folle! J'ai envie de la frapper.Je garde mon calme.J'aide mon amie à descendre du lavabo.Ça suffit, matante.On sort.Elle nous suit: «Vous êtes des inconscientes, vous avez enlevé la vie à un être sans défense.» Gene commence à tourner de l'oeil.L'autre colle.«Je défends la vie.il faut vous dénoncer.» Je ne la laisse pas finir.Je la repousse vers les toilettes, je referme la porte.Gene reste dehors.Matante crie toujours.Je la prends par la gorge et lui demande de se taire.Elle crie plus fon.Elle veut voir la police.Change de disque, toupie! Je l'assois sur un banc de toilette.Je ne peux pas l'empêcher de gesticuler comme une noyée.Je lui mets la main sur la bouche et lui écrase la tête contre le mur.Elle se libère, se lève à moitié.Il faut que je prenne mon train.Je réussis à l'étourdir un peu.Je sors le couteau qu'Éric m'a offert.La lame est très pointue, je peux me nettoyer les ongles avec.Je l'enfonce facilement dans son ventre.Elle crie.Je remets ça.Le sang coule sur mes doigts.C'est chaud et collant.Je pense à ma douce amie, à sa pâleur, à sa fragilité.Je frappe encore.Matante ne crie plus, ne râle même plus.C'est bon le silence.Je me lave les mains, nettoie le couteau.Il peut toujours servir, à New York.Je sors des toilettes.Je rejoins Gene dans la salle des voyageurs.Elle pose sa tête sur mon épaule.J'allume deux cigarettes.J'aperçois les amis de matante qui s'agitent autour d'un guichet.Je suis calme.Ma petite a froid.On embarque.Je ne prends pas ma couchette.Je donne les couvertures à Gene.Elle tremble effroyablement.Je me couche sur elle pour l'aider à se réchauffer.Elle transpire et grelotte en même temps.Je la serre fort.Son souffle est court.On dirait que ma petite a couru le marathon.Elle cherche de l'air.Je pose ma bouche sur la sienne et lui offre ma respiration.,=a«s3S Marie-Claude Trépanier n'a ni la trentaine ni plan de carrière Elle passe le meilleur de son temps à rouler sur sa bicyclette en compagnie de son chat Gaston.En plus de collaborer à La Vie en rose, elle participe aux émissions littéraires ou culturelles de Radio-Canada MF et AM, dont, ces mois-ci, Au coeur de l'été.Une lie innocente est sa première nouvelle publiée.juillet-août 1986 23 LA VIE EN ROSE iao!», lance la jeune Américaine au commissaire en le croisant dans l'escalier.«Qui, ce soir?Combien, depuis son arrivée dans l'immeuble?Cinq, six amants, en quelques mois?Une belle petite garce», juge le commissaire en gravissant les quatre étages qui le malmènent jusqu'à son appartement.Essoufflé, il cherche ses clés dans les poches de son imperméable froissé, puis dans celles de son costume élimé.En fait, Alberto Sordide, 68 ans, est la synthèse vivante de l'inspecteur traditionnel.Aussi, porte-t-il des chaussures fatiguées, un chapeau mou qui a vu pleuvoir et fume-t-il la pipe; sinon, il gobe des cajous avec la dextérité d'un vieux singe.S'il avait été marié (certains commissaires le sont), il aurait pénétré dans un intérieur douillet, où aurait flotté une réconfortante odeur de minestrone préparé par une madame Sordide «confortable» et joviale, qu'il aurait embrassée sur le front en disant: «Bonjour maman, ça sent rudement bon!» Mais puisqu'Alberto Sordide est célibataire, il regagne un logement abritant un désordre cataclysmique, lequel dégage un bouquet de parfums de tabac refroidi, de fond de casserole brûlé et de chaussettes oubliées sous le lit.Il se départ de son trench humide (vous avez deviné qu'il pleuvait) et le laisse choir sur un amoncellement de vêtements qui dissimulent une chaise dont il devient dès lors difficile de déterminer le style.Comme tous les matins, il est descendu pour prendre son premier café au bar du coin.Là, il s'est procuré le Comere délia sera en daignant adresser la parole à quelques habitués.Il n'en est pas encore rendu à s'asseoir avec eux pour regretter le bon vieux temps (pourtant le temps de la guerre) et décrier le monde actuel (pourtant bâti par eux).Après tout, Alberto Sordide n'est à la retraite que depuis six mois.On peut même dire qu'il n'a pas quitté son travail.Du moins en pensée.Il est resté accroché à sa dernière affaire.En suivant un tracé de slalom entre les meubles et les îlots de traîneries, le commissaire franchit les huit mètres qui le séparent de la cuisine et dépose son journal sur une table embarrassée de vaisselle sale.Il n'est pas dupe; pendant qu'il se prépare un deuxième café, il sait très bien que les données de cette affaire envahiront peu à peu son esprit.Il n'essaie plus comme avant de se donner l'illusion qu'il y échappera en sifflotant un air d'opéra.Il s'est rendu à l'évidence: il n'a pas accepté, il n'acceptera jamais d'avoir quitté la boîte sur un échec.La mort d'Isa-bella.Cette énigme est un cancer qui le rongera jusqu'à.sa propre mort.L'eau bouillonnante s'attaque à la mouture et lui fait crachoter son arôme.Les papilles cérébrales du commissaire se réveillent: «Qui a tué Isabella?Isabella, 27 ans, grande, mince, brune, un visage de madone à la Fra Angelico, gentille.Une vraie jeune fille, croit encore Alberto Sordide, même si.Elle avait un amant, d'accord, mais un seul.Elle n'était pas comme cette Américaine, cette Peggy Smith, à côté.» Le commissaire à la retraite avale son espresso d'une traite, bourre sa pipe, l'allume avec délectation et commence à feuilleter le Comere dans un nuage de fumée.Il a l'impression de relire le journal de la veille: scandales politiques, carambolage sur l'autoroute, attentats en tout genre.La plupart contre des Américains: touristes, journalistes, diplomates.«On dirait qu'une haine généralisée s'est abattue sur ces pauvres Yankees, songe Alberto Sordide, depuis.depuis six mois, | partout à travers le monde.Depuis six mois, depuis.la mort & d'Isabella, ne peut-il s'empêcher de faire le rapprochement.| «Partout.La firme Tutti Tessuti, elle aussi, exporte dans | presque tous les pays du monde.Le plus important fabricant j d'étoffe de la région.Isabella y travaillait.Elle était déjà recon-S nue comme un des meilleurs designers de tissu en Italie.Un 5 brillant avenir s'ouvrait devant elle.Le meurtrier aurait pu être x un confrère jaloux.» par Louise Leblanc Pour la centième fois, cette idée lui revient.Pour la centième fois, il la repousse.Dans l'appartement d'Isabella, tout laissait plutôt croire à une sordide histoire de viol.Les marques sur le corps de la victime: des coups, des brûlures de cigarette.Ils devaient être trois ou quatre.Il y avait plusieurs verres, deux bouteilles de grappa Nardini vides.Une foule d'autres indices.Pourtant, cela n'avait mené nulle part.De véritables fantômes, ces violeurs.Le commissaire quitte la cuisine et se dirige vers le fond de la pièce qui lui tient lieu de chambre, de salle de séjour et de.débarras.Il ouvre la fenêtre et remonte les tapparelle.La pluie n'a pas cessé.Un vent froid s'exalte par à-coups.En face, le lac de Côme a la chair de poule.Le commissaire de même.Il redescend le store de bois et referme les deux battants de la fenêtre.Il ne ressortira pas aujourd'hui.Il ne marchera pas jusqu'à l'édifice où habitait Isabella, un peu plus loin, sur la promenade.Depuis la mort de la jeune femme, il retourne régulièrement sur les lieux du crime.Ce qui n'est pas le cas du (ou des) meurtrier.D'ailleurs, en quarante ans de carrière, il n'en a pas rencontré un seul qui semblât connaître le dicton populaire.Ce n'est donc pas dans l'espoir de voir rôder un suspect dans les parages.Il ne peut pas non plus monter chez Isabella; l'appartement est déjà occupé par d'autres locataires.Pourquoi, alors?Il ne sait pas très bien.Ce pèlerinage fait partie de la routine de son obsession; il remarquera peut-être quelque chose qui lui a échappé jusqu'à maintenant.Sur place, il se remémore plus facilement.Le commissaire redonne du coeur à sa pipe et tente de s'en remettre au ventre avec un troisième café.Il se rassoit devant le Comere délia sera.Lui, le fana de foot, il lit avec indifférence: «Il Milan schiaccia il Cono 4-0.» Ce n'est vraiment plus une vie.La photographie de la victime apparaît peu à peu en surimpression.«Les voyous l'ont comptée pour morte, mais Isabella a réussi à se traîner jusqu'à la porte-fenêtre.Elle a tenté de l'ouvrir.Ses empreintes, rouges, sur la poignée.Puis, elle s'est laissée glisser.D'autres traces.Dans le bas de la porte, avec un ongle, en lettres de sang, elle a pu écrire: le tissu, Ka.Karl, son amant, un journaliste de l'Allemagne de l'Est en poste à Milan.Le soir du crime, il couvrait une manifestation.Plusieurs témoins l'ont confirmé.Elle a voulu lui laisser un message.Lequel?Personne n'a compris.Karl, moins que les autres.Bouleversé.Un homme anéanti.Il lui a téléphoné le mois dernier.Il retournait dans son pays, pour tenter d'oublier.Le tissu?Dans l'appartement A propos de l'auteure, voici quelques indices qui vous mettront sur la piste de son identité Louise Leblanc est une Gémeau-Cheval incitée à la vie entre le 9 et le 11, entre les mois de mai et de juillet, entre 1940 et 1950.Jamais la peur ne l'arrêta puisqu'elle fut professeure de français, mannequin, fonctionnaire et recherchiste-iourna-liste.Jusqu'à maintenant, elle n'a commis que trois oeuvres, L'Homme objet (Éd.Stanké), 37 112 AA (Quinze, Prix Robert-Cli-che 1983) et Pop Com (Quinze, 1986).Elle sait qu'elle est à l'abri du crime parfait, le chef-d'oeuvre.juillet-août 1986 25 LA VIE EN ROSE dTsabella se trouvaient plusieurs carrés d'étoffe.Il en a choisi un au hasard, dont il a fait analyser un échantillon.Rien.Pourtant, la solution est là.C'est certain.Je devrais.» Alberto Sordide se lève et se rend dans son capharnaiim.Il fouille les tiroirs de la commode.Vides, ils sont tous vides.Il ouvre la grande armoire.Vide, elle aussi.Ainsi que la garde-robe, où ne pendouillent plus qu'un vieux costume et deux chemises aux couleurs attristées par le temps et la poussière.Il se retourne et, mettant à profit sa connaissance du principe des vases communicants, il constate enfin le fouillis indescriptible qui règne dans son environnement: «Puisque la garde-robe, l'armoire et la commode sont vides, tout ce qui s'y trouvait est nécessairement disséminé à travers la pièce.» Force lui est d'admettre qu'il doit faire un peu de rangement.Le commissaire s'engage dans l'escalier, un paquet sous le bras.Presque aussitôt, derrière lui, il entend une porte s'ouvrir, puis deux voix: celle de Peggy Smith et celle d'un homme.Il ralentit son allure et laisse le couple le dépasser.«Ciao!», lui jette comme d'habitude la jeune Américaine.«Un autre, peut vérifier Alberto Sordide en se répétant: une belle petite garce!» Il retrouve le couple au bar et décide de s'offrir un cappuccino, qu'il déguste en détaillant l'amant de Peggy: pas très grand, costaud, brun, un début de calvitie, nez aquilin, les mains aussi larges qu'une palette pour sortir les pizzas du four, mais des ongles manucures.Avant de partir, il remarque également le porte-documents frappé aux initiles J.P.A l'extérieur, il note la présence inusitée d'une Volvo bleue, dont il enregistre mentalement le numéro d'immatriculation.Une habitude professionnelle.Le temps est doux.Le lac se colore déjà sous un soleil plus chaud.Il ira chez Isabella.Mais avant, il a rendez-vous avec madame Rossetti, la couturière.Depuis une semaine, Alberto Sordide ne quitte plus son appartement.Il descend au bar, consomme un café, achète le journal et remonte aussitôt chez lui.Le reste de la journée, il passe une grande partie de son temps assis dans un fauteuil, d'où il fixe la fenêtre.Ou plutôt, les rideaux qu'il a fait confectionner par Anna Rossetti avec le tissu dTsabella, qu'il a retrouvé le jour du grand ménage.La pièce d'étoffe tendue exerce sur lui une véritable fascination.Il ne comprend pas pourquoi cet imprimé, un enchevêtrement de minuscules chevrons, garde ainsi captif son regard.Au début, il a tenté de résister.Mais il a fini par se soumettre à cet envoûtement.Il en a développé une sorte d'agressivité incontrôlable, presque primaire.Hier, en lisant qu'une bombe avait fait exploser un avion rempli de touristes américains, il s'est pris à penser: «Bien fait pour eux!» Il est demeuré estomaqué, comme si cette réflexion lui était venue malgré lui; lui, qui a combattu le crime toute sa vie.Sans doute s'est-il laissé entraîner par le violent courant anti-américain, qui s'est encore amplifié ces derniers jours.Aux États-Unis mêmes, depuis les grandes manifestations contre la guerre au Viêt-nam, jamais l'opinion publique n'a été aussi hostile à son gouvernement et à sa politique étrangère.Plus près de lui, son animosité s'est tout naturellement tournée vers Peggy Smith.Là non plus, il ne s'explique pas com- ment il en est arrivé à détester la jeune Américaine à ce point.Il n'a jamais approuvé sa conduite, mais de là à éprouver un sentiment de haine.Ce matin, elle a eu l'audace de sonner chez lui et de l'inviter à la réception qu'elle donne ce soir.Alberto Sordide regarde l'heure.Minuit.Il n'a aucune envie de dormir.Il ressent une impression d'étouffement, un besoin d'air.Il abandonne son poste d'observation et s'avance vers les rideaux.Il les palpe pendant un moment.Puis, il les écarte, ouvre la fenêtre ainsi que les tapparelle.Une lune inondée de lumière flotte sur le lac qui s'est assoupi dans l'immobilité du temps.Quelques fêtards font taire le silence.Ils arrivent certainement de chez Peggy.Comme s'il venait de prendre une décision, le commissaire referme la fenêtre et les rideaux et se rend à sa porte, qu'il entrouvre lentement.Des rires s'estompent dans l'escalier.Il sort dans le corridor et va coller son oreille contre la porte de l'appartement voisin.À l'intérieur, il entend la jeune femme aller et venir et des bruits de verres et de vaisselle qui s'entrechoquent.Peggy Smith est seule.Alberto Sordide appuie sur le bouton de la sonnette.Poussé par le vent, un train de nuages passe devant le soleil, qui force la fenêtre du commissaire (hier, il a oublié de descendre les tapparelle), dont il balaie le visage par intermittence.Alberto Sordide se réveille à regret; mal de tête carabiné, bouche amère, membres ankyloses.Il a trop bu, chez Peggy.«Peggy!» fait-il à voix haute en se redressant.Il vient de comprendre le message dTsabella.Là, en une fraction de seconde, traversé par les rayons du soleil, le tissu lui a livré son secret.«Peggy.cette nuit.Isabella, sa mort.Karl.Et ce mouvement de haine anti.», murmure le commissaire, incrédule.Mais, plusieurs fois, dans ses yeux et dans sa tête, à chaque éclatement de la lumière, flashent les trois mots «U.S.Go Home», inscrits en filigrane dans le motif compliqué des rideaux.Tout est clair maintenant: «Le tissu, utilisé comme médium de propagande; des millions d'individus dans le monde devenant les soutiens ambulants, les agents involontaires de cette propagande.Une gigantesque publicité subliminale contre les États-Unis, dans tous les pays où exporte la firme Tutti Tessuti.Isabella, le canal de transmission des messages, est supprimée: par Karl, qui retourne dans son pays, l'Allemagne de l'Est.Quelle histoire incroyable! Mon échec, l'affaire dTsabella, deviendra l'affaire du s.» Des coups frappés à sa porte viennent mettre un frein à l'exaltation du commissaire, qui va ouvrir.Il reconnaît Lorenzo Vi-tello, un confrère plus jeune.Derrière lui, on transporte le corps de Peggy Smith, recouvert d'un drap.Vitello lui demande: «Vous avez remarqué ou entendu quelque chose?» «Si, des bruits; elle donnait une réception.Mais rien de précis.» «Autrement, dans sa vie?» «Dans sa vie.» Alberto Sordide hésite.Pour élucider complètement l'affaire dTsabella et la révéler au monde, il a besoin de temps.Après, il verra.Il ajoute: «J'ai peut-être une piste.Un homme, initiales J.P., pas très grand, costaud, les mains aussi large que.dfc HÉLÈNE BÉLANGER DOCTEUR EN CMIROPflATlQUE 407 ST LAURENT SUITE 110 MONTREAL OUEBEC M2Y 2YS Imti.o Puce 0 A.Sud BENOE2 VOUS IS'4I 671 K30 LUCIE CHAPUT ASSUREUR-VIE Assurance-vie et revenu invalidité Rentes, REER, Assurance collective, Planification successorale et financière Sun Life du Canada 1155, rue Metcalfe, bureau 707 Montréal H3B 2V9 861 -2603 Dom : 277-9343 LA VIE EN ROSE 26 juillet-août 1986 J, étais couchée, en train de lancer une brassée de I bourgeons sur l'arbre en face de ma fenêtre quand H le téléphone a sonné.C'est un principe, je ne dé-W croche jamais avant la dixième sonnerie.En géné-¦ ral, les gens sont trop nerveux, trop pressés pour insister.Les enragés vont quelquefois jusqu'à six sonneries et les ennuyeux jusqu'à huit.Pour être certaine que j'éviterais au moins ces trois catégories, j'ai décroché à la douzième sonnerie.Un léger bruit de friture, un silence.«Salut, c'est Eddy! Tu ne dis rien?Qu'est-ce que tu deviens, qu'est-ce que tu fais maintenant?» J'ai bien failli répondre que j'étais en train de lancer des bourgeons dans un arbre, c'est le printemps aujourd'hui et j'ai un gros coup de cafard.Mais à la place, j'ai fait s'asseoir un saint-bernard mental sur ma langue.«Salut Eddy, comment va ton épaule?», que j'ai fait de mon ton le plus suave, vache et naturel.«Ça va», a-t-il répondu, un accent de léger ennui dans la voix.Ça va mon oeil, que j'ai pensé.Les épaules ou les rotules ça ne s'arrange pas en vieillissant.La dernière fois que j'ai vu Eddy, ses beaux cheveux ondulés avaient déjà cette couleur jaune grisâtre des beaux blonds quand ils commencent à blanchir.Moi, mes cheveux sont encore noirs.Enfin, si on ne remarque pas trop le blanc.Ma mère dit qu'ils sont pleins d'éclaboussures de café irlandais.Mais non!, gueule mon père, c'est de la mousse de cappuccino.Il est Italien, elle est Irlandaise, à part ça, ils ont l'esprit aussi ouvert qu'un noeud coulant.«Et toi, ton épaule?», a demandé Eddy.«Elle baigne dans l'huile», que j'ai dit.J'ai rencontré Eddy à New York il y a une quinzaine d'années et je peux vous dire que c'est un homme attentionné qui rabat toujours le siège de toilette après s'en être servi, pour les femmes qui suivront.À cette époque, je faisais une espèce de virée culturelle et erotique avec un écrivain québécois qui n'existait pas et qui n'aimait que les petites filles.Pensez donc, je venais tout juste d'atteindre ma majorité qu'il m'appelait déjà grand-maman! Ça m'a pris du temps avant de comprendre qu'en plus, c'était un fakir: chaque fois qu'il me regardait avec ses deux olives noires dans sa face d'olive verte, je me sentais aussitôt comme un vieux tampax sur un lit de clous.A part tous les talents que je viens d'énumérer, il était tellement préfabriqué qu'il me donnait souvent la nostalgie de l'homme des cavernes.Comment je faisais pour endurer ce rétréci mental?J'avais des excuses, une seule: je traversais une longue période de S culpabilité.Autrefois, quand j'étais une très petite fille, j'avais g1 tué ma pauvre mère pour une sordide histoire de lit mal fait.0 Pourtant, je le jure sur les plus grosses têtes du MLF, j'ai tou- 1 jours fait mon possible pour faire plaisir à ma mère.Mais elle 3 n'arrêtait pas de dire que mon lit finissait toujours par ressem-g bler à quelque chose qui aurait dû se trouver dans la partie la * plus bombardée de Londres, après la 2e guerre mondiale.Au S lieu de m'encourager, elle prenait un malin plaisir à répéter I qu'il fallait tout faire à ma place.Un jour, je l'ai tuée.i Quelques semaines plus tard, toujours à propos de ce maudit POUR UN SERPENTA SONNETTES par Jovette Marchessault lit, j'ai vu, dans les yeux de mon père, une sorte de supputation clinique.Quand il s'est mis à marmonner quelque chose à propos du Vésuve, de Pompéi, je n'ai pas pris de chance, je l'ai tué.Depuis, inutile de vous dire que mon existence n'avait guère été brillante, même si pour ne pas trop déranger le cours de mes pensées, je consacrais beaucoup d'heures à la lecture de romans policiers.Pour en revenir à Eddy.Ce jour-là, à New York, juste en face d'un jardin d'enfance - le hasard a de ces ironies - je venais de rompre avec fracas avec l'écrivain qui n'existait pas quand, de l'autre côté de la rue, j'ai vu une vieille femme se faire bousculer par trois morveux.Au lieu de hurler comme un cochon qu'on égorge ou encore de s'effondrer en crachant son dentier, je la vois lever sa canne avec le culot du petit David dans David & Goliath, et foncer dans le tas avec l'intention visible de les décapiter et ensuite de les aplatir.Quand je dis qu'elle fonce, je veux dire, bien sûr qu'elle fonce lentement et que les trois morveux reculent à la même vitesse, mais qu'ils reculent au point de perdre la face et de prendre la fuite.«Qui est cette furie?», que j'ai demandé à un grand type qui regardait la scène avec un plaisir aussi évident que le mien.«C'est Djuna Barnes», qu'il a répondu.«Elle est admirable!» «C'est la plus grande!» On a marché ensemble sur la rue Sullivan jusqu'au coin de Spring dans Soho.Il y avait tellement de galeries d'art et de marchands qui racolaient la clientèle sur le trottoir que j'en avais le tournis.Au bout de dix minutes, inévitablement, on s'est demandé mutuellement ce qu'on faisait dans la vie.J'ai été la seule à fournir une réponse sensée.«J'ai deux meurtres sur la conscience et je purge ma peine», que j'ai dit.«Je crois qu'on en est tous plus ou moins là, qu'il a dit en serrant affectueusement mon bras.Venez, on va prendre un verre!» On est entré chez Barney, un vrai bistro avec du verre cathédrale, une porte de chêne et un relent de bière éventée.Le barman avait tellement l'air d'un barman qu'il était pratiquement invisible.«Djuna Barnes, qui c'est?», que j'ai demandé en avalant une gorgée de vermouth cassis.Si vous croyez que ma question l'a choqué.Au contraire! Il Godmother de l'Étang-aux-Oies où elle anime des groupes de thérapie pour flambeurs et flambeuses invétérées - ses chats, ses chiennes, oies, poules et canards -, Jovette Marchessault est aussi romancière, dramaturge, peintre et sculpteure.29 LA VIE EN ROSE juillet-août 1986 m'a jeté un regard reconnaissant et il s'est mis à raconter cette chère vieillerie comme si à la fois il se vidait et se remplissait le coeur avec un plaisir extraordinaire.Le bonheur s'écoulait lentement le long de ma colonne vertébrale.J'expérimentais enfin le coup de foudre dans l'éclat de son propre infini.Quand il s'est tu, dehors il faisait nuit.«Je me demande quel âge vous pouvez avoir sous votre belle peau sans rides.Vous vous êtes fait tirer la peau ou quoi?», que j'ai lancé d'une voix mourante, histoire de me sortir de mon état d'hypnose.«Tout le monde trouve un moyen pour cacher ses cicatrices», qu'il a répondu en réprimant un sourire triste.«J'éprouve pour vous de la consanguinité», que j'ai murmuré au bord de l'apoplexie rouge tomate.«Ça vous plairait de voir un peu les dessous de New York?», qu'il a demandé pour me sortir d'embarras.«Je ne suis pas fétichiste», que j'ai dit en lui emboîtant le pas.On s'est déplacés vers le fond du bistro.Eddy a poussé une porte.Une ampoule électrique anémique éclairait des marches.Au loin, un brouhaha familier de voix assourdies.Il me semblait qu'on s'enfonçait sous la terre et que le corridor était rempli des odeurs d'encens de la terre humide.«C'est votre pied-à-terre?» «C'est mon royaume», qu'il a répondu en pressant le pas.Je marchais derrière, trébuchant sur mes talons aiguilles interdits dans les lieux saints parce qu'ils traversent la matière.Soudain, j'ai entendu un léger cliquetis.J'aurais juré un son de serpent à sonnettes.C'est un son qui amène chez moi accélération du pouls, bouffée de plaisir.Mon premier ami d'enfance était un serpent à sonnettes.Il habitait avec ses congénères chez notre voisine, la doctoresse Haufvener, marchande en venin, et se nommait William, du nom du défunt mari de la doctoresse.Le jour, quand j'arrivais à l'enclos aux serpents, il était le seul à lever la tête pour me saluer en se balançant.Chaque fois que la doctoresse captait son venin, j'insistais pour tenir William dans mes bras avec ce que la doctoresse qualifiait «d'intrépide désinvolture».Pauvre William, on l'avait tant de fois incisé, brûlé l'intérieur de sa gueule au fer rouge après avoir vidé son petit sac à venin qu'il avait, je crois, développé une espèce de fatalisme et de tolérance.Je ne l'ai jamais vu attaquer quelqu'un sans même être provoqué comme le font tant de serpents et d'êtres humains.Le jour il était assez indolent, mais la nuit il aimait se promener dans le jardin en jouant une espèce de musique très ancienne, avec sa queue.Quand nous avons quitté le Nouveau-Mexique pour immigrer au Canada, avant de partir, j'ai fait promettre à la doctoresse de ne plus inciser William et de me faire parvenir une photo de lui.Je n'ai jamais reçu la photo.«Quel est ce son?», que j'ai demandé à Eddy, malgré tout pleine d'espoir.«De la musique pour mes oreilles», qu'il a dit en me poussant brusquement devant lui.Nous étions arrivés à destination: une cave tout en long où, autour d'un tapis vert, s'agitaient des formes humaines de toutes les tailles mais d'un seul clan, les joueurs! Ils ont levé les yeux pour saluer Eddy et consacré une fraction de seconde à me regarder comme si j'étais Lady Godiva sur sa fière jument, magie blanche désodorisant l'odeur de soufre de la transpiration.Et le déroulement de la partie reprit son cours.Le cliquetis que j'avais entendu, c'était celui des dés qui s'entrechoquaient.«Chez moi, on ne joue qu'à la passe anglaise, chuchota Eddy.Le gars qui a les dés en main s'appelle le tireur.Il va tirer pour la première fois.S'il amène une première passe de sept ou de onze, c'est un abattage et il a gagné.S'il amène un deux, trois ou douze, c'est une baraque.Il a perdu et cède la main.» «Mais, s'il amène une autre combinaison?» «Il aura marqué un point.Pour gagner, il devra refaire le même point avant de tirer sept», répondit-il en me jetant un regard perçant.«S'il amène un sept immédiatement, il perd! Pourquoi?» «À la passe anglaise, le sept est un des chiffres fatidiques.Gagnant à la première passe, il est perdant à la seconde.» Je regardais, fascinée, les dés rouler sur le tapis de feutre vert, ricocher sur une bordure caoutchoutée et revenir en arrière.C'était un trois, une baraque, et le tireur céda la main.Tiens, on jouait en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre.Le suivant amena un huit.«Ça fait un point, dis-je.Maintenant il doit refaire ce point avant de tirer un sept!» «Vous apprenez vite», dit Eddy.«J'ai l'impression de jouer dans un film, dis-je.Entre la première passe et la deuxième, un tireur a combien de chances de gagner?» «Tout est là: le joueur a exactement cinq chances de gagner contre six de perdre.La passe anglaise, c'est mathématique!» Il s'approcha de la table et déposa un tas de billets sur le tapis.Dans l'effervescence, les paris s'engagèrent, chaque joueur précisant son enjeu contre le tir.L'aura! L'aura pas! Un sept! Et la partie continua.Eddy pariait et gagnait presque à tout coup.Vers deux heures du matin, il prit la main.Il avait l'air détendu - à part peut-être une légère raideur dans l'épaule, qu'il s'efforçait de dissimuler - et sûr de lui.Il réalisa une série de six abattages consécutifs.Le tourbillon des dés sur la table lui rapporta environ huit mille dollars! Dire qu'il y en a encore pour dire qu'un coup de dés n'abolira jamais le hasard.Comme quoi on peut se croire hermétique et ne rien renfermer.Un à un, les joueurs quittaient la cave, sauf quelques obtinés s'accro-chant aux vieilles lunes de l'inspiration, de l'intuition.Ils laissaient de plus en plus d'argent et furent bientôt chassés comme des malpropres par ce salaud intégral qui se nomme prévision mathématique du calcul des probabilités! À l'aube, on s'est retrouvés dans un bar de Greenwich pour le verre de la victoire.«Apprenez-moi! J'ai la vocation.» «Pourquoi pas, qu'il a dit en riant.Mais ça demande beaucoup de travail, de patience.» «Je suis déjà branchée sur la patience et le futur.Parole», que j'ai dit en lui sautant au cou.Ce fut sans doute le mois le plus important de ma vie.Eddy m'avança de l'argent pour que je puisse tenir le coup.Je vivais Co-propriété indivise et locations d'immeubles Artistes pigistes Trayailleurs (euses) indépendants (tes) Élaboration de ,.système comptable Tenue de livres manuelle Informatique Vérification Groupes sans but lucratif Ml.BERHADETTEJOBIN COMPTABILITE GENERALE 4Z9D RUE LAVAL MONTRÉAL H2W2J5 949 * 2530 EBENISTERIE MEUBLES J.M.H.Un meuble bien pensé Une ligne raffinée Un choix durable_ Jeanne-Marie Handfield 4165, Boul.Lite Laval, Qc (514) 664-1796 LA VIE EN ROSE 30 juillet-août 1986 derrière les néons d'un petit hôtel minable, mais ça n'avait aucune importance.J'apprenais par coeur toutes les cotes, les trente-six combinaisons réalisables avec une paire de dés.«Ça doit devenir inconscient.Tu dois les savoir aussi bien que ton propre nom, que ta date de naissance», disait Eddy.Il m'apprenait à lancer les dés: le mouvement part de l'épaule et plus vite que l'éclair, le poignet bascule d'un seul coup.En souplesse, tout en souplesse.Les premiers temps, j'éprouvais une petite raideur dans le poignet et j'avais l'épaule endolorie.Au bout d'une semaine, je sentais que les dés m'obéissaient, que je pouvais les obliger à amener le point que je voulais.Eddy disait qu'il n'avait jamais vu ça, que j'avais la passe anglaise dans le sang.Une vraie dingue! Un jour que nous flânions du côté de Washington Square, en prenant soin de passer devant Patchin Place, au cas où par hasard Djuna Barnes aurait mis le nez dehors, Eddy m'a remis une enveloppe.Dedans, il y avait cinq cents dollars en coupures de dix, de vingt.«J'ai organisé un tapis chez Barney.Viens ce soir vers dix heures.Tu es prête», ajouta-t-il en me faisant un clin d'oeil.Je sentis ma gorge devenir sèche et brûlante.Et pas seulement parce que pour la première fois il venait de me tutoyer.À dix heures j'étais là, une grosse boule dans l'estomac, les jambes molles.Une heure plus tard, j'avais ramassé deux cents dollars et j'en avais perdu vingt.Respectant la consigne, je misais prudemment.Vers minuit, Eddy déposa trois cents dollars sur la table, immédiatement couvert par son suiveur.Trois cents de mieux! dis-je.Tout le monde misa sur lui, mais il amena un trois, une baraque.Il y eut un murmure d'étonnement.Eddy se frotta machinalement l'épaule.C'est la poisse ou la bur-site, que je me suis demandé.Un peu plus tard, quand j'ai ramassé la paire de dés, j'ai essayé de me rappeler tous les conseils du maître.Les dés prirent leur essor: un sept, abattage! «J'ouvre de cinq cents», que j'ai annoncé, en reprenant les dés.Il fallait s'y attendre, tout le monde misa contre moi.Mon poignet bascula, onze, abattage! J'étais seule d'un côté de la table et tous les professionnels de New York de l'autre.À partir du troisième abattage, Eddy misa contre moi.J'étais secouée! «Encore une fois mes petits trésors, que je murmurais aux dés.Encore un coup pour l'amour, pour la mort, pour les artistes!» J'ai réussi six abattages consécutifs et les billets de banque s'entassaient devant moi.Mes chances de tirer un onze pour la septième fois étaient pratiquement nulles.«En totalité, le tout pour le tout», que j'annonçai.Eddy me regarda avec l'air de satisfaction sadique d'un gangster découvrant toutes les possibilités d'une mitrailleuse.Mon poignet bascula: le premier dés s'arrêta d'un seul coup, le six en l'air.L'autre pirouetta lentement avant de s'immobiliser avec un cinq braqué vers le plafond.Tout le monde regardait mes mains.Un ange passa, mais ce n'était pas Eddy et son beau nez aquilin, sa mâchoire d'acier et son épaule d'Achille.C'est alors que j'ai entendu le sifflement doux et mortel d'un couteau lancé dans ma direction.Je n'ai rien fait pour l'éviter.Ce couteau glissait vers moi depuis le troisième abattage, quand je n'avais qu'une chance sur dix-sept de sortir un onze.Le couteau en plein coeur, je me suis penchée sur le tapis pour ramasser mes gains et je suis sortie.Dehors, en face de chez Barney, au clair de lune de Soho, le saignement de la blessure se prolongeait tout doucement.J'ai remis l'argent à Eddy.Il avait l'air de mal se porter et suait la peur comme le monde entier.Tant pis si je n'étais pas tombée de la hauteur où il me croyait juchée.Quelle était donc ma dimension?Certainement pas celle d'une artiste comme Djuna Barnes qui a tout donné à son oeuvre avec une passion folle.«Il y en a pour quatorze mille dollars», a dit Eddy en comptant rapidement.Il a fait le partage tel que convenu: il prenait 80 % de mes gages et je gardais le reste.En retour, il me fournissait tapis et protection, ce qui signifiait que partout où j'irais jouer pour lui, je serais, en principe, à l'abri des descentes de police, des tricheurs et des aigris qui n'aiment pas voir une femme gagner à la passe anglaise.Bref, il se chargeait de graisser des centaines de pattes sales et de faire une publicité souterraine à son petit prodige féminin.Le lendemain, je roulais en train vers Chicago, où m'attendait un tapis.J'ai lancé les dés partout sur le territoire des États-Unis.Même en Alaska, aux Philippines, Hawai, Cuba.Je ne suis jamais retournée à New York parce que, comme tout le monde, je sais qu'on ne revient jamais en arrière.Après chaque tapis, je remettais une enveloppe à un acolyte anonyme qui acheminait sa pan à Eddy.J'ai tout vu, tout entendu, j'ai gagné et j'ai perdu, mais les gains l'emportaient largement sur les pertes.Pourtant une nuit, à Baltimore, j'ai senti que la fin était proche, que ma bonne étoile voulait se coucher à l'horizon.«Puissances de la terre et du ciel, donnez-moi un signe!» Aussitôt demandé, aussitôt fait: sur le même tapis, à quatre reprises, j'ai amené les yeux du serpent, le pire point de la passe anglaise.Quatre baraques! Fallait que je téléphone à Eddy.Je m'attendais à ce qu'un chapelet de menaces et d'injures viennent me crépiter aux oreilles et refassent de ma vie une éternelle partie de passe anglaise; mais il ne s'est rien passé, il a été charmant et compré-hensif.Première variante: après plus de dix ans d'aventures, lasse, l'héroïne, n'aspirant qu'à une retraite tranquille, retourne au foyer de ses chers vieux parents.«Tu dois faire fructifier tout cet argent», a dit ma mère.«Justement, je songeais à un gigantesque élevage de saint-ber-nards.» «Excellente idée», a dit mon père, qui est toujours le représentant de Purina pour tout le Québec.«Il est complètement fou, ne l'écoute pas, a dit ma mère.Ces chiens bavent partout.Enfin, si tu y tiens.Ça te fera toujours quelqu'un à qui parler quand nous serons morts», a-t-elle ajouté, perfide.«J'ai toujours eu envie d'une centaine de saint-bernards.» «Tu devrais plutôt écrire tes mémoires», a rétorqué ma mère, qui croit aux vertus aphrodisiaques du best-seller.«Elle est complètement folle, ne l'écoute pas!, a hurlé mon père, qui croit à la mafia.Elle veut que tu te fasses casser les bras et les jambes et que tu passes six mois en extension à l'hôpital.» Deuxième variante: les voies de la Providence sont sombres et inextricables.Je me suis retirée dans les Cantons de l'Est avec un seul saint-bernard qui, quand il se roule dans la neige, laisse la trace d'une comète.Sous un pseudonyme, j'écris des nouvelles policières pour Dime Detective, The Shadow, Underworld, Ace Western.Ça demande beaucoup de travail, de patience.Comme pour la passe anglaise.Troisième variante: l'héroïne est une femme qui n'a peur de rien, ce qui fait d'elle la victime idéale pour les aventures de toutes sortes, dans lesquelles elle plonge tête baissée.Voilà où j'en étais dans mon existence quand j'ai entendu la voix du maître au téléphone.«Ce soir, vers minuit, j'ai organisé un tapis chez Barney», a dit Eddy.Il s'est empressé d'énumérer quelques noms.«Ça va être la partie du siècle, que j'ai fait en sifflotant.Tu y seras?» «J'y serai.» «À ce soir», que j'ai dit.J'ai lancé une dernière paire de bourgeons dans l'arbre qui en avait bien besoin.Quand Eddy a raccroché, croyez-le si vous le voulez, mais je n'ai pas regardé le combiné comme ils font tous au cinéma.Mon sens aigu de l'observation me disait que je n'y verrais pas Eddy.Quatrième et dernière variante: un sort contraire en a décidé autrement et l'héroïne, même lasse et blasée, va sortir de sa retraite.Elle tient enfin sa vengeance.NDLR: Chers lecteurs de Black Mask, nous publierons la suite de ce feuilleton dans notre prochain numéro avec des nouvelles inédites de Sam Gruber, Ross MacDonald, Ed McBain, David Goodis et Raymond Chandler.LA VIE EN ROSE juillet-août 1986 31 LI avocat est tourné vers la fenêtre poussiéreuse, im-I mobile, souple quoique curieusement noué.Der-H rière lui, la fille termine ses exercices de gymnas-W tique matinaux et ses ahans seuls font vibrer le si-m lence moite.Quand elle se relève, les cernes de sueur se sont élargis sous ses seins un peu lourds et on peut voir dans le grand miroir biseauté que son maillot garde l'empreinte humide de son échine.La fille jette un coup d'oeil au cadran numérique juché sur la cheminée, jure un bon coup mais d'une voix si douce et distraite qu'aucun gamin du Plateau ne la prendrait au sérieux.L'avocat ne bouge pas, comme perdu dans la contemplation du jour grisâtre qu'il a sous les yeux.On entend l'appel de la douche téléphone, l'eau qui rebondit sur les épaules rondes, qui éclabousse probablement le mur beige, qui ruisselle sous le pommeau voyeur, qui fuit vers un destin souterrain.Tant d'eau perdue.Une perte sèche, dirait un analyste financier.L'avocat rigolerait s'il le pouvait, mais il se sent trop desséché, trop vidé pour cela.La fille, de nouveau, tourne autour de lui, demi-nue, encore saupoudrée de quelques gouttelettes brillantes.Elle fait comme s'il n'existait pas.Elle l'ignore superbement, inconsciente, dirait-on, du pouvoir de séduction de sa peau humide et rosée.L'avocat a l'habitude.Pourtant, il ne s'y fait pas.Elle est comme elle est, bien sûr, mais pourquoi alors l'a-t-elle amené vivre ici?Ce n'était pas son idée a lui.Evidement, il n'aurait pas pu s'y objecter.L'avocat, en fait, avait toujours été un peu mou, prématurément vieilli, comme racorni par une sécheresse intérieure sans remède.Loger désormais chez la fille le guérirait peut-être?Mais plusieurs mois plus tard, son malaise n'avait fait que s'accentuer: ici ou ailleurs, que la fille soit dans le décor ou non, il ne serait jamais qu'un avocat raté et indigne.Qu'attendait-elle pour se débarrasser de lui?La fille, ce matin, est bizarre.Debout en petites culottes devant la garde-robe ouverte, elle hésite.On peut deviner qu'elle tordrait volontiers une mèche de ses cheveux blonds, fussent-ils plus longs.Cornélien, un drame se joue en solo sous sa frange hirsute: que porter dans une occasion pareille?Elle se prépare à cet affrontement depuis si longtemps: il faut qu'elle mette de son côté toutes les chances, que son assurance ne puisse soudain être émoussée par un inconfort vestimentaire, par une imperfection de son personnage.Elle palpe une dernière fois le brocart bleu de sa jupe préférée, puis décroche son pantalon noir le mieux taillé, d'une sobriété suspecte.La femme fatale devra repasser.Il s'agit d'une entrevue sérieuse, et de cette journée dépendra tout le cours de sa vie.Au moins jusqu'au prochain contrat.Elle sait que la M.a du travail pour elle.Son oncle Vie le lui a confirmé, mais elle a bien vu à son air inquiet qu'il n'est pas rassuré de la voir se lancer dans une entreprise pareille.«Ce n'est pas un travail pour une femme!», avait-il ronchonné, son sourire patelin pour une fois disparu.«Ces gens-là sont de vrais requins, ils n'ont aucune moralité.Ils vont chercher à te poignarder dans le dos, après ne t'avoir laissé que la corde pour te pendre.Ils vont te saigner à blanc.» Elle avait stoppé l'hémorragie: «Oncle, tu n'es pas moderne! Aujourd'hui, les femmes peuvent faire exactement la même chose que les hommes.Tu verras, je connais mon affaire et je les prendrai par surprise.Ils n'ont sûrement jamais vu une contractuelle comme moi.Et puis, m'as-tu déjà vue manquer ma cible?» L'oncle avait dû convenir que non.Mais ce matin, elle est moins sûre d'elle.Elle doit l'admettre: sa main qui manie la petite brosse enduite de mascara Black Blade tremble comme une feuille d'érable survivante un matin de cabane à sucres.Pour s'aiguiser la mine, elle termine l'emballage en se dessinant une bouche pulpeuse et pourpre.Fatale, finalement, lui assure le miroir.L'avocat n'a toujours pas bronché, comme insensible à ce brouhaha de combat, à ce pavage du sentier de la guerre.La fille ne lui parle jamais de ses projets; on peut comprendre qu'il ne se sente pas concerné.Pourtant, il le devrait.Car il y a quel- LA VIE EN ROSE que chose de menaçant dans la manière dont la fille fait irruption hors de la salle de bain encore embuée.Une sorte de détermination farouche, une volonté malsaine de couper des ponts, de provoquer une rupture avec l'ordre habituel des choses.Comme si du nettoyage de son univers passé dépendait l'édification de son succès futur.La fille s'approche du secrétaire encombré de comptes non payés, de lettres d'amour ou de cul auxquelles elle n'a jamais répondu.Sa main balaie tout ce fatras, dans un miroitement d'ongles écarlates.Un sourire lui retrousse les lèvres, elle se met à chantonner: «Aujourd'hui, j'vais rencontrer l'homme de ma vie.» Mais elle n'a de Dufresne que les yeux bleus au regard un peu flou.Un peu meurtrier aussi, par moments.S'il pouvait se retourner, l'avocat verrait qu'un de ces moments est arrivé.Car, prise véritablement d'une folie meurtrière, la fille poursuit sa chasse aux objets inutiles, aux souvenirs épars d'une vie sur le point d'être irrémédiablement bouleversée.Elle jette, elle déchire, elle broie, elle fait ses griffes d'apprenti fauve, rien ne lui résistera qui ne soit à la hauteur de ses exigences.Car la M.l'embauchera, elle l'a décicé.Et enfin, elle pourra vivre seule, autonome, libre, libérée.Bientôt, la place est nette.Dans la grande pièce lambrissée, plus rien n'offense la vue.Surfaces propres, alignements sévères; la fille, au milieu de l'espace, pivote sur elle-même, satisfaite.Ou presque.L'avocat, enraciné dans son marasme intérieur, ne peut sentir le danger, ne peut voir la fille, soudain, le regarder fixement, comme hébétée par une révélation inattendue.Elle s'approche de lui et il n'en perçoit toujours rien.La main blonde de la fille s'égare vers l'objet effilé qui, plus tôt, d'une tablette, accrochait la lumière.Elle s'avance toujours vers lui, sur la pointe de ses bottes italiennes et se penche, comme la fée Carabosse sur le berceau de Blanche-Neige ou Cendrillon, qu'importe.Ce dernier mouvement, plus saccadé, provoque un déplacement d'air suffisant pour faire palpiter les feuilles, rares, que l'avocat tient par-devers lui.Mais l'avocat fait le sourd, son tronc mince ne tressaille même pas.Devant lui, la fenêtre encadre un firmament boueux tout à fait de circonstance.La lame acérée frappe de plein fouet, perpendiculairement, la chair morne de l'avocat.Aucun bruit, aucun gémissement n'en sort.Il exhale un peu de salive, s'affaisse.il est tombé.L'avocat est mort comme il a vécu: idiot.La fille laisse choir le coupe-papier poisseux.Son sourire s'est perdu en cours de route.Elle a un ongle cassé, à l'annulaire gauche, quel hasard.Sa frénésie purificatrice l'a épuisée.Le cadran numérique et le miroir la surprennent dans cet état, éche-velée, essoufflée, le teint rosi par la violence de son geste.Elle doit courir dorénavant, l'heure arrive du vrai règlement de comptes, du vrai test.Elle réparera les dégâts plus tard, en rentrant, si elle rentre.Car Dieu sait comment la M.décidera d'elle.Peut-être sera-t-elle dès ce soir assise dans un Boeing volant vers New York.C'est là, elle le sait, qu'on forme les meilleurs «liquidateurs».Et la Mernott's Liquidation and Settlement Co.offre toujours des stages de perfectionnement aux nouveaux syndics qu'elle engage.L'oncle Vie devra bien reconnaître qu'une femme peut faire carrière en droit de la faillite.Elle l'appellera après son entrevue à la M., car elle obtiendra le contrat, c'est sûr.La fille claque la porte de son studio du centre-ville, abandonnant l'avocat au milieu de ses feuilles dans une flaque de lumière glauque.Sans une pensée pour lui, elle est déjà loin.Mais cela, quiconque les ayant connus tous les deux aurait pu le prévoir.Après tout, l'avocat et la fille n'étaient pas du même genre, cela frappait l'oeil le moins éclairé.Et qui condamnerait une femme pour avoir liquidé, même sauvagement, une malheureuse plante desséchée?Après 12 ans de journalisme, à la radio, à La Vie en rose et parfois ailleurs, Françoise Guénette a l'habitude de raconter des histoires.Mais écrire de la «vraie» fiction lui semble une tentation aussi dangereuse qu'un étalage de romans policiers luisant au fond d'une librairie: elle sait qu'elle y laisserait sa peau - et tout son temps.LA VIE EN ROSE Quatre heures de l'aprème.Le soleil suit tout à l'ombre.Je marche solo mais moins vite que d'habitude à cause des talons hauts.Je ne m'y ferai jamais, c'est une question d'équilibre et l'équilibre, tout le monde sait où ça mène quand on le fout en l'air.Oui, je sais, je ne suis pas sans avoir remarqué que ces engins signés Aldo me font la croupe aussi enculable que le derrière de, mettons, une Camaro montée sur mags mais n'empêche, les garçons aiment.Arrête ton char et avana, connasse.Je ne suis pas polie aujourd'hui.Dans mon fourre-tout imitation serpent compact féminin, à cause duquel je passe les meilleures années de ma vie à blasphémer en cherchant mes clés, j'ai mis un assortiment de lingerie fine qui ne serait pas dépareillé dans la page centrale du Gar-çon-qui-joue, je m'explique: le déshabillé vaporeux, classique, la camisole à dentelle, la petite culotte boxer en soie Rocky IV version boudoir, la combinaison à boutons-pression, le corset qui se lace par devant, par derrière, tout je te dis, le porte-jarretelles, les bas noirs, tout, un agenda, un paquet de cigs, mes zos-ties de clés, une surprise et une photo de toi, voilà.Je vais te rejoindre.J'ai choisi le métro, en correspondance avec mon humeur.Çà et là dans les couloirs néon, des ressuscites à tête humaine grattent des airs du temps où j'étais à Woodstock moi, monsieur, et je traverse intacte les concupiscences des mecs à dames qui gravitent comme des sans soleil autour des potentiellement culbu-tables.Il y en a, je vous jure, ils feraient ça n'importe où.Ouste, j'ai du boulot moi.Je reste debout malgré les échasses à fixer mon reflet dans le wagon qui file.C'est l'heure sale de l'après-midi.J'ai chaud.Mes lunettes miroir glissent sur mon nez qui sébum.Fuck.Je les rajuste d'une main gantée.On dit que, dans les cas de mort violente, on revoit toute son existence se dérouler à vitesse folle comme dans un film coté 5 tourné pour la télévision.En tout cas, c'est ce que racontent les extrême-onctés revenus témoigner de la vie après la vie dans un Sélection du mois.Ça vaut ce que ça vaut et de toute façon, je ne compte pas spécialement sur toi pour m'éclairer.Là où tu habites, c'est une garçonnière, bien sûr, dans un immeuble béton armé, au dernier étage bien entendu, et il faut passer par l'interphone évidemment.Ouvre, c'est moi.Livraison spéciale.La porte glapit en porc égorgé.Ta gueule, foie gras! C'est désert comme un dimanche.Dans l'ascenseur, je dis prune-whisky parce qu'il faut bien maîtriser les ombres et que c'est bon pour les rides.Ça marche feutré sur la moquette du corridor.Ni vu ni entendu.C'est bien, ça.Bon.Uno, je mets mon doigt dans l'oeil-de-boeuf car je n'aime pas les visions à sens unique, et deuzio, tu étais beaucoup mieux en photo, sans vouloir te vexer.Chez toi, c'est le confort mur à mur, le baise-en-ville artiss, remarque je m'en doutais, les gens ne savent pas vraiment innover.Aujourd'hui, la mode est au gel dans les cheveux.Enfin.Je m'assois féminine réglementaire et, tandis que tu sors du fridge des hors-d'oeuvre tout préparés, j'allume une cig.As-tu remarqué, au cinéma, les actrices, on dirait qu'elles n'ont jamais fumé et qu'elles ont toujours l'air d'allumer un thermomètre?Anyway.Comme si toute la vérité du monde en dépendait, voilà que tu me causes brusquement curriculum vitae en servant les amu- FOIE GRAS par Liliane Rocray se-gueule: il y a longtemps que tu fais dans le métier et tu aimes ça, tu n'as pas peur de, des siècles monsieur le directeur, oui monsieur le directeur, non monsieur le direct drive, embraye.Et tu finis par te jeter à l'eau.D'une voix de perroquet amygdale que vous avez tous dans ces moments-là, tu me pries de bien vouloir honorer le contrat.Minute.Le plaisir justifie l'attente et je reprendrais volontiers une biscotte juste pour temporiser.Pour être chienne.Je réclame du porto.Tu me tends le porto.Non, veux du sherry.Chéri.J'ai quand même pitié, je reste humaine.Je me lève.Pour la science.Je sors du sac le kit à érection.Il y en aura pour tous les goûts.Tu choisis le plan bestiaire?Pas de problème, canard, les timides ont toutes les audaces.Je suis la bête en simulation de rut plus vraie que nature lâchée parmi des dessous féminins, la panthère gainée qui feule son plaisir en enfonçant les griffes dans de la soie.Tes yeux luisent comme des billes qui roulent sur ma peau.Viens donc me dire que le jour est plus pur que le fond de mon coeur.Des entrailles béton armées s'élève un cri d'enfant furieux qui déchire le silence.Dis donc, si j'étais toi, je renégocierais l'insonorisation, ça déconcentre les grandes personnes.En biche maintenant soumise, je rampe au ralenti vers le fourre-tout et j'en sors un silencieux.Ma surprise.Je suce tranquillement le popsicle d'acier juste le temps pour les freudiens de suspendre leur vol, puis je le braque tout humide vers toi.Plus saisi tu meurs, mon coeur, mais la crosse s'est déjà blottie contre mon ventre.Tu sursautes à chaque mouvement, transpires, fais mine de bouger, on ne joue plus.Si, au contraire, on joue.Je te mets en joue.Je ne veux pas savoir ce que tu penses, ce sera toujours extérieur à moi et je tire.Un coup.Les billes s'élargissent.Deux coups.Ne me regarde pas ainsi.Baisse les stores, ferme les yeux, tu n'es plus personne à ce numéro.Décroche.Si je le pouvais, je te ferais jouer un tango.Je vide le chargeur.Je fume en me rhabillant.J'ai la peau marquée aux élastiques des porte-jarretelles.Je ne laisserai aucune trace, ne crains rien.Dieu, que j'ai mal aux pieds! Je te pique un livre.Tu m'excuseras.Je ne voulais pas que tu salisses le tapis.Van Gogh s'est tranché l'oreille, ça devait le fatiguer.Je quitte l'immeuble et je pense à un pays où les flics s'interrogent toujours.35 Ce siècle avait 55 ans lorsque Liliane Rocray vit le jour dans la même banlieue qu'André-PhiIippe Gagnon (Loretteville).Quoique n'avant jamais mis le pied, ou presque, sur un bateau, elle est présentement rédactrice adjointe à la revue maritime L'Escale, à Québec.Elle a publié un roman, La Chienne d'aimer (Éd.La Gargouille, 1981), et elle en prépare actuellement un second, dont le titre provisoire est Scraphook.Elle abhorre porter des talons hauts.LA VIE EN ROSE juillet-août 1986 N 1NQUI a chérie, ma Laure chérie, J'ai eu bien raison de ne pas te mêler à tout ça.Vois comme tu réagis! Tu me connais pourtant: tu sais bien que je ne te ferais pas parvenir cette lettre s'il y avait le moindre danger.Réfléchis calmement; l'enquêteur Lamiau n'a pas trouvé l'arme du crime et ne peut pas prouver que c'est toi qui as tué Didier.Certes, c'est à toi que le crime profite mais ce n'est pas une preuve.Quand tu m'as dit que Didier, dans un accès de rage, avait cru l'atteindre en prétendant modifier son testament, je t'ai imaginée réagir avec hauteur, fière.C'est beau, mais c'est trop idiot! Tu ne touches jamais ta pension alimentaire, que tu aies au moins l'héritage! C'est pourquoi j'ai dû assassiner ce jour-là.Sans remords! Te voilà enfin libérée.Tu pourras créer, créer en paix; finies les entrevues ridicules pour donner des cours à des étudiants désabusés.Finies les commandes de portraits dont les sujets feraient mieux de vivre dans une garde-robe.Finies les caricatures dans les centres commerciaux où les clients se fâchent des résultats - à quoi s'attendent-ils?Finies les retouches de cartes postales anciennes.Fini tout ça.F.I.N.I.Tu vas l'installer dans un atelier clair, ma belle, et tu vas peindre.Quand toute cette histoire sera terminée, nous irons chez le marchand de couleurs, rue des Ursulines, et tu videras sa boutique: les tubes d'huile importés d'Allemagne que tu as toujours achetés avec parcimonie, les pinceaux à quatre poils qui te faisaient rire - «Payer si cher pour quelques brins!» - et qui te faisaient envie, les nouveaux pastels secs qui chantent le printemps, les fusains de toutes les tailles, de toutes les ombres, les toiles rudes, bien tendues, immaculées qui t'attendent depuis toujours.Enfin pour toi.Tu nous peindras des ciels calmes et roses, des roses pourpres et des lilas blancs, et des oiseaux du paradis qui volent, des champs de maïs comme tes cheveux, des mers inconnues et des vents parfumés.Oh! je te parle de ce que j'aimerais voir: tu le sais, il n'y a que la nature et toi qui puissiez m'émouvoir! Que veux-tu?Je suis de la campagne, moi.C'est peut-être ton côté citadine qui me plaît?Pourquoi pas?Alors, peins-moi des rues bien sales, des édifices dont on ne voit pas la tête, des feux vifs, des bruits de voitures, des ambulances désespérées, des odeurs de bitume fondu, des fenêtres-miroirs aveuglantes et des sirènes d'auto-patrouille.Conduite par l'enquêteur Lamiau?Pour venir m'arrêter?Non, non.Ni aujourd'hui.Ni jamais.Il n'y a pas de preuve.Répète-toi bien cela.Je ne me trahirai pas: je n'en ai pas envie et tu me connais, je fais toujours à ma tête et comme je crois qu'on se trahit parce qu'on le veut bien, parce que la culpabilité empoisonne.Dans mon cas, il ne peut en être question puisque que c'est un acte de charité que j'ai commis en tuant Didier.Charité bien ordonnée commençant par nous-mêmes! Je t'embrasse, Claude 37 par Christine Brouillet Ma Laure, Non, ma chérie, non.Ne te fâche pas.Tu dis que tu ne m'as jamais demandé de tuer ton ex.Je ne le sais que trop, tu n'aurais pas osé pour ne pas m'ennuyer.Mais je te jure que je n'avais pas prémédité le meurtre de Didier quand je t'ai proposé de correspondre à l'aide des pigeons.(Mais reconnais que c'est bien utile aujourd'hui, avec cet acharné de Lamiau! (Seulement, je trouvais cela romantique pour des lettres d'amour.J'ai songé aux pigeons parce que tu les nourrissais rue des Remparts, tous les jours.Et parce que pour moi qui arrivais en ville, c'était les seuls oiseaux qu'il m'était donné de voir.Je ne songeais pas à Didier à ce moment-là.Mais peu de temps après, je l'avoue.Comment faire autrement?Depuis que je te connaissais, je savais qu'il te tyrannisait.Même si vous étiez séparés, et après tout ce qu'il t'avait fait.Tu es sortie de l'asile brisée.Et je dis bien asile et non centre hospitalier car l'endroit n'avait rien d'un hôpital.On t'a enfermée comme on enfermait dans le passé (si lointain?): camisole, électrochocs.Pourquoi pas la lobotomie pour corriger une sexualité déviante?Ça m'étonne que ton mari n'ait pas évoqué ce léger et nouveau travers.Qu'il ait seulement parlé de dépression.Et d'agressivité; c'est vrai, tu répondais aux coups.Probablement que ça le gênait.Beaucoup d'hommes rêvent de coucher avec deux femmes à la fois mais ils n'aiment pas vraiment, je crois, que ces deux mêmes femmes couchent ensemble sans eux.Qu'est-ce que ça lui enlevait à Didier?Cette Evelyne que tu as aimée ne voulait pas te ravir à ton époux: tu dis que sa danse comptait plus que tout.J'espère que ta peinture ne comptera pas plus que tout!!! Ton mari n'a peut-être pas accepté que tu pleures une autre que lui.(Là, je le comprends, pour une fois).Je me demande si ça aurait été pire ou mieux si tu l'avais trompé avec un homme.Nous ne pouvons plus le lui demander.Et je crois qu'il n'aurait pas su répondre.Pas à cette question.Mais à d'autres, sans problème; qu'a-t-il raconté pour qu'on t'interne si facilement?Oui, il était médecin.Et j'ai peur que tu n'aies guère lutté.Oh! n'y vois pas un reproche! Qu'est-ce que je sais de l'internement?Rien.Mais j'en connais les effets: je te revois entrer dans ce restaurant où je déjeunais tous les midis, l'asseoir sur la banquette et lire, lire, relire le menu plastifié en vert, le tourner en tous sens, le palper comme une preuve d'une autre vie.Et ces plats que tu mangeais lentement, très lentement, puis très vite.Tes regards longs, puis furtifs - ne pas fixer, ne pas regarder dans le vide, c'est mauvais signe, mais Christine Brouillet écrit pour les enfants et les grandes personnes, n'ayant pas encore choisi son camp.Pour quelques romans (Chère voisine, Quinze, Prix Robert-Cliche 1982; Coups de foudre.Quinze, 1983), elle a opté pour le polar afin d'éviter la tentation autobiographique.Depuis juillet 1985, elle tente de survivre dans la jungle parisienne.Elle signe la chronique «romans policiers» dans la revue littéraire Nuit blanche.juillet-août 1986 LA VIE EN ROSE comment regarder les autres pour voir comment il faut regarder?Les cigarettes que tu allumais et laissais se consumer.Le briquet qui a roulé par terre.À mes pieds.Nous avons parlé tout de suite.Pareillement seules.Tu répétais sans cesse que tu ne devais pas faire confiance aux inconnus.Mais tu parlais tout de même.Je ne suis pas allée travailler cet après-midi-là.Je t'ai accompagnée chez Jean-Paul.Jean-Paul, si doux, l'ami de toujours, qui t'avait libéré une chambre en attendant.Malgré sa discrétion, sa façon de t'entourer, Didier a su te retrouver.Pour te persécuter.Je crois qu'il le faisait parce que sa vie n'était pas mieux sans toi.Mais toi, ta vie était mieux sans lui.L'est.Il aurait continué à te hanter si je n'étais pas intervenue.Et son odieuse mesquinerie! Parler de concubinage avec Jean-Paul pour ne pas te verser ta pension alors que tu as quitté l'asile les mains vides! Comment ne pas le tuer?C'était à moi de le faire puisque toi, tu ne le pouvais pas.Toute ma tendresse, Claude Ma biche, Je te le redis: on ne peut rien, rien,rien contre toi.Tiens bon! Bien sûr, l'enquêteur Lamiau te questionnera, mais tu es innocente! C'est l'avantage de notre système judiciaire: l'innocence jusqu'à preuve du contraire.Et prouver le contraire est impossible, alors cesse de te tracasser pour moi.Crois-moi, tout ne se serait pas si bien déroulé si ce n'était pas notre destin.Ton ex s'est laissé saigner comme un agneau.Mille baisers, Claude Ma douce, Pourquoi veux-tu tous ces détails?Oui, je l'ai séduit; c'était la seule manière de l'approcher, de connaître ses horaires, sa vie intime.Imagine qu'il y ait eu une autre femme dans son existence; je devais le savoir.La remplacer et n'être surtout pas dérangée dans mes entreprises.On n'assassine pas comme j'ai assassiné Didier sans quelques préparatifs, tu t'en doutes.Les journalistes ont parlé de boucherie; ils n'avaient pas tort.Et je n'avais pas le choix.Qu'on croie au crime sadique.Votre maison de campagne est tachée de sang.Désolée mais il fallait bien que ça se passe à la campagne, avec vos bêtes.Tiens, il faisait le coq, ton ex, il chantait même après m'avoir baisée.Il buvait aussi, heureusement.Et s'endormait rapidement.Tu sais que mon entraînement physique me coûte parfois, mais ce matin-là, j'ai été payée de tous mes efforts.Après avoir tué Didier - section de la veine jugulaire à l'aide d'un objet violent non identifié - j'ai volé quelques bricoles, qu'on croie aussi à un meurtre crapuleux, et laissé la barrière de la cour ouverte, bien entendu.J'ai couru jusqu'à la gare où j'avais laissé mes patins à roulettes dans une consigne automatique.J'étais au bureau avant l'ouverture; j'ai bavardé longuement avec le * concierge, un brave homme.Au cas où les enquêteurs établiraient mon emploi du temps.Offrez-le en cadeau.BOTTIN DES FEMMES • Un outil de références.• Un répertoire unique de ressources.saga?3.50$ • Un guide pratique de services et produits.f 9 8 S LANCtCÏÏ (514) 845-4281 376.rue Sherbrooke Est Montréal H2X 1E6 LA VIE EN ROSE 38 Mais pourquoi le feraient-ils?La seule personne à qui profite le meurtre c'est toi et je m'étais bien assurée que tu étais chez le psychiatre à cette heure matinale.On te «suivait» depuis ta sortie.Ton psychiatre témoignerait de ta présence dans son bureau.Les flics le croiraient; où irait-on s'il fallait mettre en doute les paroles des psychiates?On a cru le Dr Germain.Donc, ce n'est pas toi qui as tué Didier entre six et huit heures du matin.Entre le moment où tu as quitté Jean-Paul et ta rencontre avec le psy.On ne peut rien contre toi.Ni contre moi.Même si l'enquêteur Lamiau semble perspicace.Il est venu me voir trois fois mais, malgré le danger qu'il représente, il n'est pas antipathique.Mais pourquoi les flics devraient-ils être antipathiques?À toi, Claude Ma pauvre chouette, Il ne faut pas t'en faire parce qu'on m'a longuement interrogée.Je ne me trahirai pas; je répète la même chose pour la dixième fois.Oui, c'est vrai, Lamiau me talonne.Je te l'ai dit: il est intelligent.Il croit plus ou moins au crime sadique ou crapuleux - le vol de babioles était peut-être superflu .Mais quelles que soient ses convictions, il ne peut t'accuser, because alibi.Alors, il fait son boulot, il cherche autour de toi.Il ne peut pas remarquer les pigeons sur les toits chez Jean-Paul, et où je suis, il y a plus de pigeons que de gens! De toute façon, notre correspondance touche à sa fin; nous serons bientôt réunies: pas de preuves, pas de témoins, personne à qui le crime profite sauf la veuve, mais ce n'est pas toi.Et on n'a pas trouvé l'objet qui a tranché la veine et marqué le corps.Ça m'étonnerait que cela se produise! Dors tranquille.Celui qui détient l'arme ne peut pas retourner sur les lieux du crime.Baisers, baisers, Claude Ma beauté, Tu veux que je te dise?Lamiau a rangé le dossier avec soulagement.Il n'avait pas vraiment envie de trouver l'assassin après avoir enquêté sur ton mari; il a bien compris que c'était une crapule.On a conclu à un meurtre sadique.Et l'arme qui se balade dans la nature! Au ras du sol le plus souvent! C'est bien que ton ex ait eu envie de jouer les gentlemen farmers; vive ses petits moutons blancs qui puent! Je me demande où ils se sont retrouvés après que je leur aie ouvert la barrière.Je ne doute pas que les fermiers des environs les aient accueillis sans honte - puisque personne ne les a réclamés, ce n'est pas du vol, attendons.Mais aucun ne s'en vantera.Même pas le nouveau propriétaire du mouton à la denture métallique.Eh oui! on fabrique des dentiers d'acier très coupants en Patagonie pour permettre aux ovins de brouter des orties trop dures.Je sais qu'elles sont tendres ici mais l'agneau se fera à son dentier.Ou le perdra.On s'en fout.L'important, c'est que tu me rejoignes vite.Je t'aime, Claude SUZANNE BOUCHARD PSYCHOLOGUE-MEMBRE DE LA C.P.P.Q.psycho-thérapie, croissance, thérapie de la famille mono-parentale, réaction aux séparations, anxiété et «burn out».Suite 322 Téléphone 5950 Chemin de la Côte des Neiges 737-5171 Montréal que.H3S 1Z6 juillet-août 1986 l'actualité du ZtVte Bouquiner chez soi Nuit blanche?C'est une revue québécoise d'information entièrement consacrée au monde du livre francophone.Près de 100 commentaires par numéro sur les nouvelles parutions, mais aussi des chroniques personnalisées, des entrevues, des portraits ou articles thématiques, un dossier et des listes de nouveautés Un vaste éventail de champs d'intérêts: roman québécois et étranger, essais, science-fiction, poésie, bande dessinée, féminisme, livres pratiques, science, roman policier,.etc.84 pages par numéro et 5 parutions par année : de quoi vous permettre de suivre l'actualité littéraire de très près.et davantage! Au sommaire du n 24, le point sur la nouvelle: — l'essor de la nouvelle fantastique au Québec depuis 1960 par Michel Lord.— XYZ, un lieu particulier.— Les bonnes intentions ou comment la nouvelle n'est pas un roman qui a tourné court par Gilles Pellerin.— les résultats d'un sondage qui vous permettront de constituer la bibliothèque idéale de la nouvelle.DES INÉDITS DE Aude, Marcel Béalu, Claude Bourgeyx, Gaétan Brulotte, Jesûs Gardea, Hans Jiirgen Greif, Suzanne Jacob, Jean Muno, Bernard Sîmeone, Virgil Tanase.Abonnez-vous! 5 numéros par année Remplir le coupon d'abonnement et joindre un chèque cru montant de 1250 S, à l'ordre de Huit Blanche Expédier le coupon réponse et le chèque à l'adresse suivante NUIT BLANCHE 1026 rue St-Jean, bureau 303 Québec GIS 1S7 Tél.: (418) 692-1354 NOM_PRÉNOM_ ADRESSE_ VILL£__ PROVINCE_ CODE POSTAL_TEL_ par Diane-Monique Daviau Les problèmes ont commencé le jour de ma naissance, il y a maintenant trente-cinq ans.Ce jour-là, mon père crut offrir à ma grand-mère Alexandrine le plus beau de tous les cadeaux en lui annonçant qu'elle avait enfin une petite-fille.Et il est bien possible que la nouvelle de ma naissance ait été pour grand-mère le plus grand de tous les présents imaginables.Elle souhaitait en effet depuis longtemps la présence d'une fillette dans sa vie, elle qui n'avait mis au monde que des fils et vivait depuis toujours dans un monde d'hommes.Mais je n'ai jamais pu m'empêcher de penser que la nouvelle de ma naissance avait peut-être été, pour ainsi dire, la cause de sa mort.Le jour où je suis née, Alexandrine fêtait en compagnie de ses vieilles amies son soixante-sixième anniversaire de naissance.Lorsque mon père lui apprit la nouvelle au téléphone, grand-mère se rendait à la cuisine chercher le gâteau qu'elle avait elle-même décoré de soixante-six bougies roses.Mon père, chaque fois qu'il raconte cet épisode, dit que sa voix sonnait bien, qu'on sentait la joie à l'autre bout du fil et que la dernière phrase de grand-mère avait été: «J'ai bien hâte de la voir, cette petite!» Pourtant, une heure plus tard, mon père recevait un coup de fil d'une des amies de grand-mère: Alexandrine était morte subitement, quelques instants après le coup de téléphone de mon père.Ne la voyant pas revenir avec le gâteau, une amie était allée à la cuisine.Grand-mère gisait là, sur le sol, comme si elle avait senti venir la mort, s'était préparée pour la recevoir convenablement: elle n'avait pas l'air d'être tombée, mais plutôt de s'être allongée sur le plancher.Sur ses jambes décemment collées l'une contre l'autre, elle avait rabattu sa jupe qui ne présentait pas le moindre faux pli.Les mains croisées sur son corsage en soie impeccablement ajusté, elle semblait sourire.On aurait dit qu'elle venait tout juste de se poudrer, de retoucher sa coiffure comme elle le faisait, paraît-il, chaque fois que grand-père sortait l'appareil photo.Lorsque mon père arriva le soir à la maison de grand-père, celui-ci venait à peine de rentrer de sa promenade quotidienne.En apprenant la mort d'Alexandrine, il entra, comme mon père nous l'a raconté si souvent, dans une colère épouvantable.Distribuant aveuglément les coups autour de lui, il ne cessait de crier: «Elle a fait ça! Elle a osé me faire ça! Elle n'avait pas le droit de faire ça! Elle a fait ça!» On ne put le calmer et la crise dura plusieurs jours.Après l'enterrement, mon grand-père s'enferma chez lui et refusa de voir qui que ce soit.Dans les jours qui suivirent, il fit venir le jardinier et lui ordonna de s'occuper désormais des repas du soir, qu'il comptait prendre seul dans sa chambre.Tout le reste du personnel - mon grand-père Augustin était un homme immensément riche - fut congédié sur-le-champ et tous les ponts furent coupés entre Augustin et ses enfants.On ne sut jamais pourquoi il choisit de garder près de lui un jardinier un peu niais, à moitié sourd, largement porté sur la bouteille et terriblement mesquin.Trois mois jour pour jour après la mort d'Alexandrine, on trouvait mon grand-père dans sa chambre, un poignard plante 41 dans la poitrine, la mâchoire crispée, les poings si fortement serrés qu'on dut lui briser les jointures pour retirer les documents qu'il tenait dans ses mains.Je n'ai pas connu mon grand-père, je ne l'ai jamais vu autrement qu'en photo, il n'a jamais voulu, au cours de ces trois mois où mon père s'est présenté chaque jour chez lui, ni le recevoir, ni lui parler même à travers la porte, et il a toujours refusé qu'on lui présente l'enfant.Sur les photos de famille que nous possédons, il trône la plupart du temps dans un fauteuil à oreilles autour duquel ma grand-mère et ses trois fils se tiennent dans une pose figée et soumise.Mon grand-père a l'air sévère, austère.Dans la collection de daguerréotypes appartenant à l'aîné des fils, mon oncle Timothée, j'ai vu un jour un portrait de famille sur lequel mon grand-père, assis dans une bergère Louis XV, regarde fixement devant lui.Je trouvais qu'il avait un regard dur et je l'ai dit à mon oncle.Mon père a plissé le front et s'est penché sur la photo.Il se souvenait du jour où elle avait été prise.Ma grand-mère venait d'avoir cinquante ans.Mon oncle Timothée.croyant qu'il était temps de s'opposer à l'autorité abusive de son père, avait décidé de réaliser l'incroyable voeu de ma grand-mère, posséder un sac à main, et il lui avait offert un petit sac en cuir pâle qui ressemblait à une aumônière de première communiante.Mon grand-père entra alors dans une terrible colère, s'empara du sac et le jeta par la fenêtre.«Votre mère n'a nul besoin de cette chose ridicule, s'était écrié mon grand-père.Si je croyais qu'il lui faut un sac, je lui en aurais offert un moi-même depuis longtemps! Est-ce qu'elle manque de quoi que ce soit?Elle possède plus de fourrures que quiconque en ville.Ne me refaites plus jamais ce coup-là! Je ne veux pas la voir cette chose à la main.C'est moi qui ai l'argent, ici, c'est moi qui paie, ici! Tant que je vivrai, il n'y aura pas de sac à main dans cette maison, vous m'entendez?Et toi, avait-il dit en se tournant vers Alexandrine, cesse sur-le-champ de pleurnicher!» Ma grand-mère s'était arrêtée d'un seul coup et avait baissé la tête.Puis, le photographe était arrivé, puisque l'on fêtait l'anniversaire de ma grand-mère et qu'il fallait prendre une photo, et mon grand-père avait pris place dans un fauteuil large et profond à joues pleines, ma grand-mère à sa gauche, debout, une main sur le dossier, et dans l'autre un petit mouchoir de dentelle sur lequel elle referme son poing.Grand-père, comme ses deux frères, d'ailleurs, avait épousé une femme qui était sa cadette de trente ans: parce que les hommes, chez les Rougier, vivent tous centenaires.Et parce que.Et parce que.Mon grand-père est mort à 96 ans.Malgré sa solide Née à Montréal en 1951.Diane-Monique Daviau a publié jusqu'à présent Dessins à la plume, en 1979 (Hurtubise HMH), Histoires entre quatre murs, en 1981 ( HMH), et quelques nouvelles dans la revue A'V'Z.Radio-Canada MF a diffusé l'an dernier sa nouvelle Bonjour.Philippine et a retenu cette année, pour son 2' concours, Annelie, mon coeur.Elle a participé à un ouvrage collectif, sur l'amour, à paraître aux Quinze à l'automne 86 Enfin, en plus de collaborer au Devoir et à Liberté, elle enseigne la littérature allemande à l'Université de Montréal.juillet-août 1986 LA VIE EN ROSE constitution, il n'a pas atteint le chiffre magique.Car Augustin, lui, n'est pas mort d'une mort naturelle.Le jardinier, c'est ainsi que mon père commence toujours cette histoire, était accroupi au milieu d'une plate-bande et binait à la serfouette.Soudain, le bruit d'un meuble projeté contre le sol le fit sursauter.Il courut vers la chambre de mon grand-père et appela.Puis, il entendit à nouveau un tapage épouvantable, une série de bruits confus, violents, tiroirs projetés contre les murs, objets tombant sur le sol et, à travers ces bruits désordonnés, la voix de mon grand-père qui hurlait: «Non! Je ne veux pas! Non! Je ne veux pas!» Le jardinier martela la porte à coups de poings et de pieds et supplia mon grand-père d'ouvrir.N'obtenant pas de réponse, il courut chez le voisin chercher du secours.Lorsqu'on enfonça la porte, on découvrit grand-père baignant dans son sang.La pièce était sens dessus dessous.La commode gisait en travers du lit, les ùroirs fracassés étaient éparpillés un peu partout dans la chambre et des feuillets déchirés ou froissés jonchaient le sol dans un désordre total.Le jardinier cria au meurtre et au vol et les fils d'Augustin pensèrent que le coupable pourrait bien être justement ce petit soûlard hypocrite qui vidait les bouteilles de grand-père en cachette et coupait des fleurs à la dérobée pour aller les vendre au marché.Mais l'enquête, qui ne fut pas bien longue, révéla une tout autre histoire.Grand-père, convaincu qu'il allait, à cause de la différence d'âge entre eux, mourir beaucoup plus tôt que sa femme, avait, peu de temps après son mariage, «planifié» le veuvage de ma grand-mère.Persuadé qu'Alexandrine n'était pas en mesure de comprendre quoi que ce soit aux responsabilités qu'elle aurait à assumer, il avait préparé des piles et des piles de documents prévoyant toutes les situations auxquelles sa femme pourrait avoir à faire face, allant de l'entreposage d'un manteau de fourrure à la vente de leur propriété, passant par la réparation des appareils ménagers et l'achat d'un animal domestique.Il s'était procuré tous les documents à l'avance, avait fait une copie de chacun, avait inscrit sur chacune des copies tous les renseignements qu'Alexandrine aurait à fournir ou à exiger et avait indiqué, sur chaque copie, le nombre de données qu'Alexandrine devait en tout et partout transcrire sur le document original.Rien n'avait paru trop simple aux yeux de mon grand-père, et j'ai chaque fois fondu en larmes lorsque mon père précisait, en racontant cette histoire, que là où, sur les documents, apparaissaient les mentions nom et prénom, mon grand-père avait cru devoir noter: «Ici, tu écris' Rougier, là tu écris Alexandrine.» Et puis venait la date de naissance ou, ce qui représentait une difficulté bien plus grande, l'âge, car elle se devait d'en tenir compte, l'âge de ma grand-mère changerait chaque année.Mon grand-père ne pouvait donc inscrire tout de suite un chiffre, mais il avait dressé deux colonnes de chiffres auxquelles elle , n'avait qu'à se référer: «Nous sommes en 1915, tu as 30 ans; si l'année est 1916, tu as 31 ans; si l'année est 1917, tu as 32 ans.» Et ainsi de suite jusqu'en 1985.Après cette date,je suppose qu'il imaginait qu'elle serait morte.Et parce qu'on ne peut tout prévoir et qu'il lui fallait planifier l'imprévisible, mon grand-père Augustin loua dans une banque suisse un coffre dont il paya la location jusqu'en 1985.Et dans ce coffre, il déposa trente paquets contenant chacun trois lingots d'or, un petit, un moyen et un grand, le petit glissé dans un étui de feutre vert, le moyen dans un rouge, le grand dans un bleu.Ainsi Alexandrine, quoi qu'il arrive, ne connaîtrait jamais «la gêne et la dépendance», comme l'avait écrit mon grand-père dans une lettre accompagnant le tout.Si jamais, par de mauvaises transactions, elle réussissait, malgré la prévoyance de son mari, à mettre peu à peu en péril la sécurité de la famille Rougier, elle aurait la surprise, dans sa soixante-dixième année, tel était l'accord passé avec la banque, de recevoir un colis de Suisse.Et chaque année, sans savoir combien de fois cela se répéterait, Alexandrine recevrait ses trois lingots d'or, un petit, un moyen et un grand, et la terre pourrait bien s'arrêter de tourner, la femme d'Augustin était à l'abri de tout souci.Ce qui ne devait pas se produire cependant arriva, grand-mère mourut avant son mari, et tous les arrangements de grand-père s'avérèrent vains.Il voulut probablement, trois mois après la mort d'Alexandri-ne, détruire les documents devenus inutiles et prendre de nouvelles dispositions concernant le coffre.Il ouvrit l'armoire en chêne restée si longtemps fermée à clef, fouilla dans la paperasse et entra dans une colère terrible, profonde, noire, en découvrant que ma grand-mère, depuis une trentaine d'années déjà, veillait aux affaires de la famille, complétait les transactions de grand-père, corrigeait des états financiers remplis d'erreurs étonnantes, rectifiait des chiffres, des dates, et imitait sa signature; en se rendant compte que sans cette supervision discrète et efficace, il aurait, depuis longtemps, perdu à peu près tout ce qu'il possédait.Car grand-père avait sombré précocement dans la sénilité, mon oncle Timothée disait en avoir observé les premières manifestations très tôt déjà.Grand-père ouvre donc l'armoire, fouille dans ses papiers, découvre la terrible réalité.J'imagine le choc.Il se croit victime de diaboliques machinations, entre dans une colère folle et saisit un poignard qu'il ne peut diriger que contre soi.Je pense souvent à cette histoire, j'y repense chaque année le jour de mon anniversaire.J'y pensais chaque fois que mon père, dernier héritier vivant, recevait d'une banque suisse une lettre dont le texte était presque toujours le même.Je revivais toute cette histoire chaque fois que mon père, après avoir encaissé ses lingots d'or, me faisait cadeau - vieux rituel remontant à l'enfance - des trois étuis de feutre si jolis, si doux, un vert, un rou- ge et un bleu.A*S*T* R*0*L*0*G*l*E Pour une plus profonde connaissance de soi et une meilleure orientation sur son chemin de vie.Claude Meunier 3315, rue Ridgewood bureau 5 Montréal, Qc H3V 1C2 (514) 341-1370 LA VIE EN ROSE 42 juillet-août 1986 CHRISTINE ROCHE Christine RocheB «J'suis pas féministe, mais.», une rengaine «.«#.dont se sert Christine Roche pour parodier «nos» sacro-saintes institutions.jUn véritabie traitement-choc en douceur, bénéfique^ pour ia santé, bien entendu1.96 pages.8.95 S ISBN 2 89091 062 Actualité Une Charte à prendre?«La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu'ils veulent dire.» - «La question, riposta Heumpty Deumpty, est de savoir qui sera le maître, un point c'est tout.» De l'autre côté du miroir et de ce qu'Alice y trouva, Lewis Caroll, Ed.illustrée Flammarion, Paris, 1975.La Charte québécoise des droits et libertés de la personne a été adoptée par le Parlement québécois en 1975.Onze ans plus tard, la Commission québécoise des droits célèbre son dixième anniversaire; c'est typique de la Commission: elle est toujours en retard.L'utilisation de la Charte par la Commission et par les tribunaux a souvent été critiquée.C'est le principe de l'entonnoir: partant d'un énoncé large et généreux des droits et libertés, les «maîtres» nous en livrent une interprétation parfois restreinte.Il faut voir, par exemple, le traitement accordé par la Commission aux plaintes pour harcèlement sexuel au travail.Onze ans plus tard, quels espoirs les Québécoises peuvent-elles encore fonder dans la Charte ?LA VIE EN ROSE par Andrée Côté El pourtant, le Québec peut à juste titre se vanter d'avoir l'une des chartes les plus progressistes au Canada.Depuis son adoption, la Charte québécoise a souvent été modifiée; la portée des droits énoncés a été élargie par le législateur à maintes occasions, sous les pressions des groupes féministes, populaires et syndicaux.Ce document «quasi-constitutionnel» en est devenu fort impressionnant à lire: il est difficile d'imaginer des situations de discrimination qui ne soient pas couvertes par la Charte.Selon le président de la Commission québécoise des droits de la personne, M.Jacques Lachapelle, l'impact social de la Charte a été significatif: «C'est un contrat social pour l'ensemble des Québécois.Évidemment, il est difficile de voir ce que ça donne dans la vie de chaque citoyen, mais les Québécois sont de plus en plus conscients que ce texte existe.Sans parler d'une révolution, c'est une révolution dans la norme sociale.» En effet, il faudrait être de mauvaise foi pour dire que l'adoption de la Charte est passée inaperçue au Québec.Presque toutes les offres d'emploi sont maintenant affichées en bilingue(l): «offert également aux hommes et aux femmes».Les femmes ne sont plus - en apparence - exclues du Boy's Club.Plusieurs d'entre elles ont gagné contre des employeurs sexistes ou racistes grâce à l'intervention de la Commission.Mais demandez à une femnje d'origine haïtienne, à une lesbienne ou à une femme victime de harcèlement sexuel si la Charte a eu un impact significatif dans sa vie.Les chances sont qu'elle rigole doucement.Les farces plates de la Commission La théorie et la pratique ont souvent la mauvaise habitude de se dissocier, et c'est malheureusement le cas lorsque la Commission des droits dispose de plaintes pour harcèlement sexuel au travail.Sur papier, la définition retenue par la Commission est complète et traduit fidèlement la réalité des femmes: sont discriminatoires les farces et les commentaires à connotation sexuelle, de même que les contacts ou regards non désirés qu'une personne considère comme offensants.Cette définition se fonde en théorie sur le non-consentement d'une personne aux actes et gestes d'un harceleur.Pourtant, dans la pratique, la Commission adopte sou- vent le point de vue du harceleur, et elle excuse très facilement ce qui est considéré comme une interaction «normale» sur un lieu de travail.Le mandat de la Commission est très large: elle doit dans un premier temps évaluer si une plainte est recevable, et, le cas échéant, mener une enquête sur le terrain.Après avoir entendu les deux parties, l'en-quêteur-e fera ses recommandations aux commissaires, qui décideront de la suite.La Commission doit tenter d'amener les parties à régler leur différend à l'amiable, et en cas d'échec, elle peut formuler des recommandations contre le mis en cause.Toutefois, la Commission n'est pas un tribunal et sa décision ne pourra jamais être imposée à un employeur coupable de discrimination.S'il refuse de respecter ses.avis, elle peut, pour obtenir un jugement exécutoire, s'adresser au nom de la victime à la Cour provinciale ou à la Cour supérieure.En 1984, la Commission n'a poursuivi que cinq dossiers devant les tribunaux.Parmi les cas les plus connus, il y a celui des femmes de Port-Cartier.Le 31 mai 1983, six femmes à l'emploi de Sidbec-Normines de Port-Cartier déposaient une plainte de harcèlement sexuel auprès de la Commission des droits de la personne.Elles alléguaient qu'un contremaître s'était livré à des attouchements sexuels, des remarques grossières et désobligeantes, et même des invitations persistantes à avoir des rapports sexuels avec lui.Avant de s'adresser à la Commission, elles avaient tenté de régler le problème avec la direction de la compagnie et le syndicat local.Le harcèlement sexuel avait alors cessé, effectivement, mais les six plaignantes affirmaient avoir ensuite été victimes de représailles.Affectées aux tâches les plus difficiles, certaines d'entre elles auraient même été placées dans des situations menaçantes pour leur santé et leur sécurité.La Commission accepta la plainte.Pendant l'enquête, le contremaître nia bien sûr les allégations de harcèlement sexuel.Par contre, il affirma sans aucune gêne qu'à son avis, les femmes ne devraient pas être embauchées comme journalières à Sidbec-Normines.Un des témoins relata ainsi les pro-2 pos du même contremaître apprenant 8 qu'une des plaignantes était enceinte: «Les ?maudites plottes, si elles veulent fourrer, el- s les ont rien qu'à rester chez elles.» Pendant * son témoignage, le contremaître admit aussi | avoir raconté des «histoires de fesses», avoir £ appelé les plaignantes «chérie» ou «beauté» s juillet-août 1986 et avoir pris certaines d'entre elles par la taille dans ce qu'il appelait un «contexte amical».L'audition de la cause, ensuite, dura huit jours.Plusieurs groupes de femmes manifestèrent leur appui aux plaignantes, mais personne ne put assister à l'enquête puisqu'on avait décrété le huis clos.À la surprise générale, la plainte fut rejetée.Selon l'enquê-teure Jocelyne Provost, aucune de ces six femmes n'avait dit la vérité: il s'agissait plutôt d'une espèce de coup monté, manigancé par une des plaignantes.Ces femmes étaient désillusionnées et déçues par leur travail chez Sidbec-Normines, explique Mme Provost dans son rapport: «Elles deviennent agressives et la moindre frustration ne fait qu'aggraver leur sentiment d'être bafouées, abusées (sic).Dans un tel contexte, quiconque se présentant comme un sauveur est le bienvenu.X (la «meneuse») sèmera en chacune d'elles l'idée que les responsables de leurs maux sont le contremaître et la compagnie.Elle les mobilisera pour une grande bataille: obtenir la reconnaissance de leurs droits de femmes.» Ainsi, malgré le sexisme évident du contremaître, l'enquêteure choisit de lui accorder plus de crédibilité qu'aux six plaignantes.Quant aux faits et gestes admis par ce dernier, elle estima qu'il s'agissait d'un langage et d'une attitude normale dans une «usine d'hommes».Selon elle, ce dossier illustrait simplement «le problème de l'insertion des femmes dans des milieux non traditionnels».Elle recommanda donc de fermer le dossier, puisqu'elle n'était pas convaincue qu'il y avait eu harcèlement sexuel.Les commissaires, pour clore le dossier, invoquèrent en plus le motif suivant: «La Commission n'a pas de preuve prépondérante à l'effet que les paroles et gestes posés par le contremaître, s'ils ont été posés, avaient été perçus par les plaignantes, au moment où ils ont été posés, comme du harcèlement sexuel et rejetés comme tels par les plaignantes, plutôt qu'acceptés comme faisant partie de la familiarité générale qui prévalait à l'usine1 .» Pourtant, tout au long de leur témoignage, les plaignantes disaient avoir exigé du contremaître qu'il cesse ses agissements.Selon Hélène Bohémier, l'une des avocates au dossier: «Dans cette affaire, la définition du harcèlement sexuel est très décevante.On semble dire que les femmes qui désirent travailler dans les milieux traditionnellement réservés aux hommes doivent accepter le sexisme ordinaire, c'est-à-dire une forme de harcèlement sexuel non violent, comme les "jokes cochonnes" ou les commentaires sur leur apparence, etc.Quant à la crédibilité des plaignantes, l'enquêteure semble avoir eu en tête ses propres standards.Comme les plaignantes n'ont pas réagi comme elle l'aurait fait normalement dans une situation de harcèlement sexuel, elle ne les a pas crues.En plus, X ne lui semblait pas un bon témoin: elle n'avait pas l'air d'une "vraie" victime.» Après plus de deux ans d'efforts, ces six femmes sont déçues et fâchées alors qu'elles pensaient avoir l'appui de la Commission des droits.Elles ont entrepris des démarches auprès de la Commission afin de contester ses conclusions, mais il n'existe aucune projuillet-août 1986 cédure d'appel ou de révision des décisions des commissaires: elles n'ont reçu aucune réponse à leur demande d'août 1985.Une des plaignantes a décidé de continuer la bataille devant la Cour supérieure.Le contremaître la poursuit pour libelle diffamatoire.Malheureusement, ce dossier ne fait pas figure d'exception.La Commission impose aux plaignantes un très lourd fardeau au chapitre de la preuve et elle accepte rarement une plainte si aucun témoin ne peut corroborer le témoignage d'une plaignante.Le directeur du service des enquêtes, M.Bertrand Roy, résume les choses ainsi: «On est conscients qu'il y a de bonnes chances que le harcèlement sexuel s'effectue en privé.On essaie d'avoir les noms d'autres personnes qui travaillent là et on les interroge.On leur demande si elles ont eu connaissance ou si elles ont été victimes elles-mêmes de harcèlement sexuel.Si on s'aperçoit qu'aucune des dix ou vingt femmes interrogées n'a subi quoi que ce soit, que monsieur est un gentleman, que personne ne soutient ce que dit la plaignante.on conclut à ce moment-là qu'elle ne s'est pas acquittée du fardeau de la preuve » Mais n'est-il pas possible qu'un homme harcèle l'une des femmes avec qui il travaille sans harceler les autres, et que cela se fasse dans la plus grande discrétion?Et combien de femmes refusent-elles de témoigner contre un employeur par peur de représailles?Dans tous les cas, l'étude des dossiers révèle qu'il est souvent très difficile pour une femme de prouver à la Commission qu'elle a été victime de harcèlement sexuel.Une solution au problème serait le renversement du fardeau de la preuve par une présomption de harcèlement sexuel, comme c'est actuellement le cas en matière de congédiement pour activités syndicales.Si une telle présomption était établie, une plaignante n'aurait qu'à prouver, par exemple, qu'elle était salariée et que, suite à du harcèlement sexuel, elle a été congédiée ou que ses conditions de travail ont été affectées négativement.Ce serait ensuite au mis en cause à prouver qu'il n'a pas commis de harcèlement sexuel.Selon le président de la Commission, cette possibilité, déjà envisagée, a été rejetée parce qu'elle violerait le droit à la présomption d'innocence.La loi.des juges?Compte tenu de la situation actuelle, plusieurs militantes féministes remettent en question l'utilité de recourir à la Commission des droits; ne vaudrait-il pas mieux pour les plaignantes qu'elles s'adressent directement à la Cour supérieure?Mais cette procédure est coûteuse (l'aide juridique ne «couvre» pas les poursuites en dommages et intérêts, et le tarif horaire des avocat-e-s commence en général à 60 $ de l'heure) et les délais sont très longs.D'ailleurs, à ce jour, la Cour supérieure n'a disposé que d'un dossier pour harcèlement sexuel.Dans la cause Foisy contre Bell Canada, la Cour a accordé à une employée du Bell la somme de 3 000 $, à titre de compensation, pour le traumatisme psychologique et l'isolement professionnel subis suite à un congédiement pour refus de se plier aux avances sexuelles d'un supérieur.Madame Foisy avait déposé un grief, conformément à sa convention collective, et elle avait été réembauchée avec dédommagement pour le salaire perdu.Mais elle a, en plus, poursuivi Bell pour les dommages moraux.La Cour supérieure a jugé que Bell était responsable des fautes commises par ses employés dans l'exécution de leurs fonctions, et que la violation d'un droit reconnu dans la Charte est une faute civile: «Le congédiement d'une personne suite à un harcèlement infructueux n'est plus toléré aujourd'hui et constitue une faute'.» Mais la cause Foisy c.Bell Catuida est encore unique.Telle Alice à l'envers du miroir, une femme qui s'aventure dans les dédales de l'appareil judiciaire goûte la perplexité, et parfois l'incohérence, du discours des maîtres.Le pouvoir de définir le sens et la portée des mots revient toujours, en dernière instance, aux membres de la magistrature.Et les juges québécois ont été, c'est notoire, réticent à donner une interprétation généreuse des principes énoncés dans la Charte.Par exemple, les tribunaux ont jugé que le fait d'être assisté-e social-e ne constituait pas une «condition sociale», et qu'en conséquence, refuser de louer un logement à quelqu'un-e pour cette raison n'était pas discriminatoire.On a aussi jugé que le refus d'embaucher une femme parce qu'elle est enceinte n'était pas de la discrimination sexuelle! (Heureusement, la Charte a été amendée depuis et la grossesse figure maintenant comme motif prohibé de discrimination.) Par contre, quelques décisions récentes suscitent un optimisme prudent.En 1984, la Cour supérieure déclarait que la différence de force physique entre les hommes et les femmes ne pouvait pas justifier des différences de salaires.À la Corporation des aliments Ault Ltée, la fonction d'«aide général» était divisée en deux catégories salariales: le groupe 1 composé d'hommes et le groupe 2, de femmes.«La rémunération ne doit pas être accordée en raison de fonctions lourdes ou légères, conclut la Cour.Même si une différence de tâches existait entre "aide général 1" et "aide général 2" en raison de l'effort physique, ces tâches n'étaient pas différentes, mais plutôt en accord avec l'effort physique adapté à la différence de sexe3.» Et la compagnie en question a été condamnée à payer 300 $ pour chacun des six chefs d'accusation.45 LA VIE EN ROSE Garde d'enfant et hoinophobie Pour qu'une forme de discrimination soit interdite en droit québécois, elle doit être mentionnée à l'article 10 de la Charte; une personne à qui on refuse un emploi parce qu'elle est grosse, par exemple, n'a pas de recours en vertu de la Charte, puisque l'obésité n'y est pas énumérée à côté du sexe, de la race, de l'âge, de la religion, des déficiences mentales et physiques, etc.En 1978, l'orientation sexuelle était incluse dans la Charte comme motif prohibé de discrimination.Il est donc interdit d'exercer une «distinction, exclusion ou préférence» sur la base de l'orientation sexuelle.Il serait discriminatoire de congédier une professeure parce qu'elle est lesbienne, par exemple.Le Québec est la seule province qui protège ainsi les droits des gais et des lesbiennes.Depuis plusieurs années, la communauté gaie du Canada, avec l'appui du NPD, tente d'obtenir un tel amendement à la Loi canadienne des droits de la personne, mais sans succès.La Cour supérieure n'a pas eu à se prononcer très souvent sur cette question.Pourtant, elle a déjà décidé que la Commission des écoles catholiques de Montréal ne pouvait pas refuser de louer des locaux à l'Association pour la défense des droits des gais et des lesbiennes du Québec.En effet, puisque la CÉCM avait loué dans le passé à d'autres groupes dont les activités étaient contraires à la morale catholique, elle ne pouvait plus invoquer cette raison pour dire non à l'ADGLQ4.Mais le traitement de la Cour supérieure n'est pas aussi éclairé dans les dossiers de garde d'enfant par des mères lesbiennes.L'homosexualité en soi n'est pas considérée comme une raison suffisante pour perdre la garde de son enfant: les juges reconnaissent qu'une telle attitude serait discriminatoire et contraire à la Charte.Mais un juge de la Cour supérieure a récemment défini l'homosexualité comme une «déviation psycho-affective étiquetant la personne qui la pratique comme anormale et marginale5».D'autre part, les juges semblent unanimes: il est dans le «meilleur intérêt» d'un enfant de devenir hétérosexuel.Comme l'explique une auteure réputée dans les milieux juridiques, madame Edith Deleury: «Il s'agit de déterminer si le mode de vie que l'enfant a sous les yeux peut influencer son sens moral et plus particulièrement provoquer chez lui des "déviations sexuelles '.» Dans une cause jugée en 1983, le juge Pé-loquin a été d'avis «qu'il faut considérer l'homosexualité de la requérante comme un élément négatif dans sa capacité de garder ses fillettes et cela même si elle est une bonne maman7.» Parce que le juge craignait que les filles puissent être portées un jour à imiter leur mère, il en a confié la garde au père, qui était «en mesure de leur donner une bonne éducation dans un milieu hétérosexuel».Et pourtant, selon le psychologue qui avait examiné la mère, elle n'appartenait pas «à la catégorie perverse ou exhibitionniste des lesbiennes, mais à celle des personnes plus discrètes et ayant un sens de la pudeur.» (sic).La garde d'un enfant n'est pas, dans tous les cas, retirée à une mère parce qu'elle est Actualité lesbienne.Mais dès qu'une femme vit ouvertement son lesbianisme, si elle fréquente d'autres lesbiennes plutôt que des hétéro-sexuel-le-s, ou si elle est militante lesbienne, les chances qu'un juge lui octroie la garde de ses enfants sont à peu près nulles.Ce qui illustre bien le pouvoir des juges dans l'interprétation des lois.Du bleu au rose?En 1982, victoire politique majeure pour les Québécoises, on incluait dans la Charte des mesures prévoyant la création de programmes d'accès à l'égalité en emploi.Quatre ans plus tard, ni les femmes - ni les autres «minorités» discriminées - n'ont encore goûté pour vrai aux fruits de ces réformes.Il y a peu de chances que votre gérant de banque soit une gérante et encore moins qu'elle soit noire.Malgré toute l'énergie investie ces dernières années pour obtenir l'égalité des femmes au travail, les travailleuses occupent encore majoritairement des ghettos d'emploi où les conditions et les salaires sont les moins bons.Un état de fait à ce point généralisé qu'on parle de discrimination «systémique», c'est-à-dire profondément ancrée dans la structure même du marché du travail.Pour enrayer ce problème, on s'est rendu compte qu'il ne suffit pas qu'un employeur manifeste une absence d'intentions discriminatoires.L'échec des programmes d'«équité en emploi», qui visent à donner une «chance égale» aux femmes, en témoigne.La solution prônée par les féministes est plutôt celle des «programmes d'accès à l'égalité» (qu'on appelait autrefois action positive): ils visent à corriger les inégalités qui résultent de la discrimination passée aussi bien que présente.Quelle est la portée des amendements de 1982 à la Charte?Dorénavant, si un tribunal constate qu'il existe dans une entreprise un «groupe victime de discrimination dans l'emploi», il peut obliger l'employeur à créer un programme d'accès à l'égalité.Ces programmes peuvent aussi s'implanter sur une base volontaire.Comme l'explique Liza Novak, du groupe Action travail des femmes: «Les programmes d'accès à l'égalité sont un remède à la discrimination systémique.Il ne sera plus nécessaire de prouver qu'un employeur a intentionnellement discriminé les femmes; un constat statistique de la sous-re- présentation des femmes pourrait être suffisant.Ce sera ensuite à l'employeur de prouver que ses critères discriminatoires d'embauché ou de promotion sont nécessaires à l'accomplissement de la tâche.» Où est la révolution, alors?Où sont les hordes féminines dans la construction?Elles attendent encore car, quatre ans après l'amendement de la Charte, la réglementation nécessaire à l'application des programmes d'accès à l'égalité n'est toujours pas adoptée.Au printemps de 1985, la Coalition des femmes pour l'accès à l'égalité (qui compte 170 groupes membres et représente 350 000 femmes) revendiquait la tenue d'une commission parlementaire afin d'accélérer le processus d'adoption de cette réglementation.La commission avait lieu effectivement en novembre suivant, mais entre-temps, le gouvernement du Parti québécois avait rédigé un projet de réglementation.La Coalition a endossé ce projet puisqu'il reprend les éléments d'une politique d'ensemble qu'elle juge essentiels, soit: des objectifs quantifiables (en chiffres et en pourcentages) quant à l'augmentation du nombre de femmes dans un lieu de travail; des mesures de redressement accordant temporairement certains avantages préférentiels aux femmes; un échéancier précis pour la réalisation des objectifs, et finalement des mécanismes de contrôle afin d'évaluer et d'ajuster ces programmes.Le 14 mai dernier, en conférence de presse, la Coalition réclamait d'un gouvernement désormais libéral l'adoption de ce projet de règlement avant la fin de la session parlementaire, mi-juin.Et le ministre de la Justice du Québec, M.Herbert Marx, réitérait publiquement l'intention de son gouvernement de respecter cet engagement électoral.Mais la Coalition des femmes pour l'accès à l'égalité demande en plus, au Gouvernement, d'imposer une «obligation contractuelle» aux entreprises privées avec lesquelles il fait affaire.Ainsi, une compagnie devrait s'engager à établir un programme d'accès à l'égalité avant de se voir octroyer un contrat du Gouvernement.Aux États-Unis, cette politique existe depuis 1965.La participation des femmes dans les entreprises contractant avec le gouvernement américain a augmenté de 15 % entre 1974 et 1980, comparativement à seulement 2 % dans les autres entreprises du secteur privé.L'expérience a clairement démontré aussi que le succès des programmes d'accès à l'égalité dépend de l'imposition d'objectifs numériques et de délais fixes8.La Commission des droits, à qui la Charte confie une grande responsabilité dans l'élaboration, l'application et la surveillance des programmes, n'a toujours pas de politique établie.Mais ce qui est plus inquiétant, c'est l'approche très modérée qu'elle semble adopter par rapport aux responsabilités et devoir des employeurs.En effet, le président de la Commission s'oppose catégoriquement à l'imposition de «quotas» d'embauché, se- „, Ion lesquels un nombre déterminé de fem- g mes devraient être embauchées à l'intérieur ?d'un délai précis: «Un quota, ce n'est pas g discutable.C'est une évaluation à partir « d'une donnée très précise, et quand on ne | réalise pas un quota, il y a évidemment des I conséquences très claires.Nos objectifs sont i LA VIE EN ROSE 46 juillet-ooût 1986 L'huile d'Onagre dans le traitement du syndrome prémenstruel Autrefois appelés les «mauvais jours», la plupart des femmes savent de quoi il s'agit: près de 40 % d'entre nous connaissent des symptômes prémenstruels.Ils surviennent de deux à quinze jours avant les règles et sont autant d'ordre physique que psychique.Des recherches ont démontré que l'huile d'onagre est efficace dans le traitement du syndrome prémenstruel: elle combat l'anxiété, l'irritabilité, les changements d'humeur, les maux de tête et la rétention d'eau.Différentes recherches ont aussi démontré que l'huile d'onagre est bénéfique pour la sclérose en plaques, les maladies cardio-vasculaires et l'arthrite rhumatoïde.Vous pouvez trouver l'extrait d'huile d'onagre dans un produit commercialisé sous le nom d'EFAMOL.Pour en savoir plus sur l'huile d'onagre, consultez les deux livres écrits par Judith Graham, à partir de son cas personnel: ludu Qnaham l'huile d'onaqne La Primevère du Soir L'huile d'Onagre en vente à 13,95 $ chacun (pour juin et juillet seulement) d'un autre ordre: il y a un but à atteindre et, en fin de période, il faut évaluer si on a réussi à l'atteindre, et quels sont les écarts et les raisons pour lesquelles un employeur n'a pas réussi à remplir ces objectifs.» En fait, la Commission craint que les employeurs réagissent négativement s'ils croient qu'on leur imposera des pénalités lorsque les résultats numériques prévus ne se réaliseront pas.Mais en fin de compte, un employeur ne pourra-t-il pas toujours trouver de «bonnes raisons» pour justifier la sous-représentation des femmes, des Noir-e-s, des personnes handicapées?La Commission craint un backlash de la part du patronat; mais si des résultats concrets ne se font pas sentir rapidement, c'est aux yeux des femmes qu'elle perdra toute crédibilité.Le blitz des chauffeures Presque instinctivement, le mouvement féministe a investi peu d'espoir dans l'efficacité de la Charte pour combattre le sexisme, l'hétérosexisme et le racisme.À quelques exceptions près, les luttes féministes au Québec n'ont pas eu lieu dans l'arène judiciaire.Est-ce à tort?La Charte pourrait-elle être utilisée par les femmes pour forcer la main à l'État, au patronat et de manière générale à ceux qui abusent de leur pouvoir de race, de classe et de sexe?Malgré un traitement insatisfaisant de la part de la Commission et des tribunaux, nous aurions sans doute intérêt à prendre cette Charte plus au sérieux.Puisque le droit est par essence coercitif, les «mentalités» changeraient sans doute plus rapidement si les femmes avaient recours plus souvent à des injonctions qu'à des pétitions.Dans la conjoncture actuelle, alors que le Gouvernement et le patronat mènent une attaque assez.féroce contre nos droits acquis, la Charte pourrait devenir un rempart important dans la défense de nos droits collectifs et individuels.Ceci dit, la défense des droits à l'égalité ne doit pas se limiter au terrain judiciaire, où le contrôle politique et stratégique de la lutte échappe souvent aux plaignantes pour passer aux mains d'un-e avocat-e.Il est possible d'innover et d'utiliser avec succès d'autres ressources.C'est ce que démontre la lutte récente de plusieurs femmes contre la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal.En 1984, le président de la STCUM annonçait l'embauche, avant la fin de 1986, de 150 femmes aux postes de chauffeures d'autobus.Mais l'automne dernier, alors que près de 90 femmes étaient déjà en fonction, le «syndrome rose» (une expression d'Action travail des femmes pour désigner les modes de «rejet» des femmes) frappait la compagnie: elle décidait de modifier ses critères d'embauché et d'exiger dorénavant une expérience de cinq années de conduite d'un véhicule commercial.Plusieurs femmes, qui avaient franchi avec succès les différentes étapes de sélection, se sont alors vu refuser l'emploi puisqu'elles ne répondaient pas à ce nouveau critère.C'est un exemple typique de discrimination systémique, soit l'imposition d'un critère d'embauché apparemment neutre, mais dont l'effet est discriminatoire contre une classe de personnes.En effet, selon Statistiques Canada, 43 750 hommes ont présentement cette expérience à Montréal, contre 1 860 femmes seulement.Trois ou quatre femmes ainsi éliminées par la STCUM se sont adressées à la Commission des droits de la personne pour déposer une plainte de discrimination.Elles ont eu la mauvaise surprise de se faire répondre qu'il ne s'agissait pas de discrimination puisque le même critère prévalait pour les deux sexes! Avec l'aide d'Action travail des femmes, une quarantaine d'entre elles ont protesté publiquement contre cette politique et demandé à la STCUM de réviser ses critères.Au mois d'avril, elles intervenaient à la réunion du conseil d'administration de la société (où Louise Roy, elle-même pdg de la STCUM, seule femme à siéger, n'avait pas le droit de vote).et elles ont gagné! Face à une salle bondée, et à toutes ces femmes vêtues de rose, le conseil a voté à l'unanimité pour de nouveaux critères d'embauché n'exigeant aucune expérience de conduite de véhicule commercial.Suite à cette décision, la STCUM a rappelé les plaignantes afin qu'elles complètent le processus de sélection et plusieurs d'entre elles reçoivent actuellement leur formation de chauffeures.«Voudriez-vous, je vous prie, me dire, s'enquit Alice, ce que cela signifie?» Andrée Côté est avocate et elle dirige, avec Lise Moisan, Pour tout dire, un service de consultauon, d'animation et de recherche destiné aux groupes de femmes et aux syndicats.Il Résolution COM-230-8.1.4 le 12 avril 1985.21 Foisy c.Bell Canada (1984) C.S.1164, p.1170.3/ Corporation des aliments Ault Ltée c.Sena\> (1985)C.S.1073.4/ Assoaation ADGLQ c.CÉCM (1980) C.S.93.5/ Anonyme c.Saint-Hvacinthe, 750-12-0-02454-82, Juge B.Grarton.6/ Edith Deleurv, «Homosexualité et droit,» (1984) 25 Cahiers de droit, 751, p.768.7/ Droit de la famille - 31 (1983) C.S.69, p.72.8/ Rapport CRUMP, Office of Federal Contract Compliance, avril 1983, cité dans le mémoire présenté par Action travail des femmes en octobre 1985 à la Commission parlementaire des institutions relativement au projet de règlement concernant les programmes d'accès à l'égalité.GOURMET NATURE Supermarché d'aliments naturels Ginette Désilets 2061, St-Denis Montréal, Qc H2X 3K8 (514) 842-8619 juillet-août 1986 47 LA VIE EN ROSE P R O F E S N E L L E S Parizeou.De Lagrave et Croteau Avocats & Procureurs Barristers & Solcilors François Parizeou Carole De Lagrave Nathalie Croteau 40VA rue Notre-Dame ouest Montreal (Quebec) HOC 1R3 Tel (514) 937-9326 Centre de santé psycho-corporelle Phénix enr.2071.rue St-Hubert bureau: 2 Montréal, Qc H2L3Z6 Louise Houle psychothérapie analytique approche psycho-corporelle Tél.: (514) 523-5339 MIRIAM GRASSBY MARIETTE PILON LINDA SOLOMON avocates Suite 921 îoio ouest Ste-Cathehine Montreal.Quebec hob oh7 (5141 879-hoo NICOLE REEVES, ma Psychoh >gue Psychothérapie Individuelle Tel : (514) 274-4645 920.rue Cherrier Mil.H2L IH7 TEL 934-0841 Louise Rolland AVOCATE UNTERBERG.LA B ELLE.JENNEAU.DESSUREAULT a ASSOCIÉS I9BO SHERBROOKE OUEST.SUITE 700.MONTRÉAL H3H 1E8 Pierrette Tremblay, M.Ps.PSYCHOLOGUE Crise sltuationelle - Idées suicidaires toxicomanie - deuil épanouissement hétérosexuel et homosexuel.BUREAU: (514) 769-2176 Daoust Bissonnette et associés A V O C A I b 1681, rue Rachel est, Suite 26, Montréal (Oc) H2J 2K7 (514) 522.3727 (514) 495 4659 Me Hélène Péloqum b a .ll b Dr Kimbcrly Dubois O.D.• examen visuel • vision au travail • dépistage de glaucome • dépistage de cataracte • rééducation visuelle 3743 Saint-Hubert H2L3Z9 521-0740 (près du métro Sherbrooke)_ P ROF E S (514) 688-1044 Luce Bertrand m.Pj PSYCHOLOGUE «Unefemme à l'écoute des femmes » PEURS - DÉPENDANCES - CULPABILITÉ HÉTÉROSEXUALITÉ - HOMOSEXUALITÉ CROISSANCE - CHEMINEMENT DANIELE TREMBLAY Psychologue Thérapie individuelle et de couple Expertise psycho-légale : agression sexuelle divorce 426 est, boulevard Saint-Joseph, Montréal, H2J 1J5 721-1806 ^Ylarie-^rance Ouimet • PSYCHOLOGUE • PSYCHOTHÉRAPEUTE 4534, rue Earnscliffe Montréal H3X 2P2 Tél.: 488-5473 Thérapie individuelle et de groupe 4581 Fabre H2J 3V7 Métro Mont-Royal 524-3289 m rie cafana psychologue N E LL E S 911 av Pratt Outremont H2V 2T9 bureau : 737-7699 Monique Panaccio PSYCHOLOGUE psychothérapie et psychanalyse Psychothérapie individuelle Problèmes liés à l'homosexualité HÉLÈNE GOSSELIN Psychologue 831, avenue Rockland, Outremont 651-9963 (514)522-3195 Psychologue 1497, boul.Saint-Joseph est (coin Fabre) Montréal, Québec H2J 1M6 DENISE NOËL PSYCHANALYSTE 5350 RUE WAVERLY MONTREAL H2T 2X9 TEL (514) 495-3696 Littérature L'amour des femmes est sa passion.Quand sa parole devient cinglante, c'est qu'elle veut pourfendre ceux et celle qui font violence aux femmes.«J'écris parce que je n'ai pas d'épée à la main.Pour moi, l'écriture est la métaphore du meurtre», affirme Michèle Causse, écrivaine, traductrice, préfacière d'oeuvres de femmes, militante de la pensée et de la parole des femmes.Pour une mer des femmes par Gloria Escomel et Francine Pelletier « e crois que l'on pourrait me définir comme une iconoclaste, dit Michèle Causse.Il n'est pas très confortable de l'être.En particulier comme écrivain, car l'on a vite fait de vous épingler comme "illisible".Or, mon besoin de déstructuration de la syntaxe correspond ( traduit) à un besoin parallèle de refondre, voire re-fonder le monde.En effet radical, le féminisme - disons le radicalisme lesbien - est une nouvelle perception du monde, une façon entièrement neuve de l'appréhender, qui fait de l'écrivaine une agente de la modification.Ne pas le savoir, passer à côté, c'est ne pas faire face à un engagement éthique, tout simplement éthique.Et comme il n'y a pas deux écritures qui se ressemblent, je ne comprends pas la rivalité entre écrivaines.» Michèle Causse dépense beaucoup de son énergie à faire connaître les oeuvres de femmes d'un pays à l'autre, d'une époque à l'autre.Non seulement par ses traductions - elle a traduit Djuna Barnes, Jane Bowles, Mary Daly et des auteures italiennes dans son anthologie Ecrits, voix d'Italie - mais aussi par des préfaces, des conférences, des cours, voire des manuscrits qu 'elle essaie de faire publier en France.Vivant habituellement en Martinique, Michèle Causse sera à Montréal à l'automne, pour assister aux répétitions de deux pièces de Djuna Barnes, La Colombe et Aux abysses, qu 'elle a traduites et que le Théâtre expérimental des femmes présentera en janvier 1987.FP: Dans vos livres, que cherchez-vous à communiquer?MC: Des urgences.Et pourtant, je refuse la commumeation au premier degré.L'écriture est une ascèse du mot, une spéléologie.À chacune de trouver son fond.Certains disent ou croient que par l'écriture, on maîtrise sa vie, on prend "forme»; c'est vrai et faux.On ne domine bien que les écritures des autres.La vôtre vous surprend toujours et je crois que c'est cet effet de surprise que recherche, non sans angoisse, qui écrit.FP: N'y a-t-il pas une diminution des e'di-twns d'ouzrages de féministes?MC: Assurément, les collections «femmes» disparaissent sans que personne lève le petit doigt.Les destmathees (écrivaines) existent, les destinataires aussi - on Ta vu à la foire de Londres - mais ce qui disparaît sournoisement ou franchement, c'est la courroie de transmission.Les médias n 'ont jamais été une aide, ils n 'ont jamais servi qu'à déformer et caricaturer; mais maintenant c'est pire: on ignore franchement, on occulte tout ce qui, dans une écriture de femme, est subversif, entre autres, bien sûr, l'amour de la femme pour la femme.Aussi bien Promethea, d'Hélène Cixous que le Journal ordinaire, de Mara, ont été deux livres totalement passés sous silence par la critique.Du coup, Cixous s'est reconvertie dans les heurs et malheurs de Sihanouk.Et elle redevient visible, on reparle d'elle.L'homme ne veut lire que de l'homme ou de la femme dhommestiquée.C'est normal dans cette société hommoso-ciahsée.La sado-société, comme l'appelle Mary Daly.Pour des gens comme moi, voire comme Monique Wittig, la publication elle-même devient problématique, difficile.On nous coupe la parole, on nous retire l'adresse.C'est grave, très grave, c'est toute l'existence ontologique des femmes qui est mise en péril, déniée.Car il faut reconnaître à Técrivaine lesbienne le mérite d'avoir donné une existence ontologique aux femmes: je pense à Djuna Barnes, mais aussi à Nicole Brossard, Adrienne Rich, etc.La femme qui parie sur la femme, la seule utopie.GE: Le lesbianisme radical ne peut prétendre représenter toutes les femmes.Ne penses-tu pas qu 'un mouvement aussi extrémiste puisse faire beaucoup de tort au féminisme, s il lui est confondu ou associé?MC: Il faut dissocier les mouvements.Même si les lesbiennes ont été présentes dans toutes les luttes hétéroféministes (avouez que le mot contient déjà une ambiguïté), pour l'avortement et autres, elles vont au-delà, demandent plus et plus vite.En tout cas, je demande plus.Quand je suis allée interviewer à Londres Charlotte Wolff (auteure de Love between women), je LA VIE EN ROSE 50 juillet-août 1986 lui ait dit: «Je revendique la moitié de la terre!» Elle m'a répondu: «Ce n 'est pas assez!» J'ai connu alors un moment de rare bonheur, confirmant mon hypothèse selon laquelle sans territoire propre, on n'a pas non plus de territoire mental, donc pas l'imagination qu'il faudrait.En territoire mâlique, l'imaginaire est castré, bridé, infantilisé, on n'ose pas rêver de grands chambardements.On craint d'être donnée pour folle.La pauvre Valérie Solanas le sait.FP: Les féministes, actuellement, font la distinction entre l'univers patriarcal et la présence des hommes: l'un n'équivaut pas à l'autre.MC: Ah! non?Je ne m'en étais pas aperçu.Ouvrez le bouton de la télévision et dites-moi si cette présence envahissante du masculin (visible à travers les formes dites féminines) n'est pas un effet de «patriarcat», mot beaucoup trop honorable qu'il faudrait remplacer par viriocratie ou gérontocratie.Pour moi, il est évident qu 'une moitié de l'humanité n 'est jamais représentée, lors même qu 'elle milite dans des partis politiciens; la politique, la pire aliénation qui soit! Si éloignée du politique.FP: Il faut des utopistes et des radicales comme locomotives mats, pour faire avancer les choses, il faut un grand nombre de femmes modérées.MC: J'ai un peu de mal à comprendre la «modération»!! A la place de toute femme, je serais indignée, mais en revanche, je comprends très bien l'idée de nombre.Il faut que les femmes fassent nombre, masse, poids, que de nouveau elles se rassemblent autour d'une grande injustice: par exemple, les femmes pourraient, devraient refuser de payer des impôts, car elles n 'ont aucune voix au chapitre lorsqu 'il s'agit de vote du budget.Leur argent péniblement gagné, du moins en Martinique, en France et au Québec aussi, s'en va en dépenses militaires.Or, s'il est une chose que les femmes haïssent, c'est la guerre.Donc, qu'elles cessent de payer pour que croissent et embellissent les conflits de nation à nation, de pays à pays.Il me semble que leur pouvoir serait considérable.FP: Un mot d'ordre mondial a commencé à circuler à la conférence de Nairobi, à l'été 1985: celui de la grève des ménages, de l'amour et des tâches domestiques.C'est très radical et en même temps, cela rejoint toutes les femmes qui font les 2/3 du travail mondial et qui en ont assez d'être invisibles.MC: Oui, l'invisibilité couvre beaucoup de secteurs, dès qu'on touche aux femmes.L'aveuglement des privilégiés ne va pas cesser d'un coup.La nuit du 4 août en France - nuit de l'abolition des privilèges - ne se fera pas sans qu 'on lutte, sans qu 'on se batte; rien ne nous a jamais été donné, rien ne nous sera donné, sauf le déshonneur de l'obéissance, de la soumission, qui ont pris des formes si sournoises que même une féministe peut en être victime en toute bonne conscience, sans le savoir.Nous avons été tellement normalisées.' FP: J'ai l'impressum - mats moi non plus je ne vis pas en France, alors je suis mal placée pour le dire - que la France est un des endroits où le féminisme va le plus mal.Avec un penchant pour les idéologies, on a assassiné le mouvement MC: Rien ni personne ne peut assassiner le mouvement.Il stagne, c'est vrai.Il y a un reflux.Les plus optimistes disent que la féministe se pense, se panse et se repense.Il est certain que nous ne sommes plus dans la phase spectaculaire, celle des actions spontanées.L'heure est à la théorisa-don, à la réflexion.On pourrait penser avant d'agir, mais agir.Tout reste à faire.Dire que les femmes «ont gagné» n 'a aucun sens.Gagné quoi?On les viole plus que jamais.J'ai entendu dire que les deux violeurs d'une lesbienne avaient été acquittés parce que leur victime était, précisément, lesbienne.Voilà.L'homme, qui était deux fois plus coupable, a bénéficié d'une double indulgence.Je ne me sens nullement triomphaliste.lorsque j'apprends de telles nouvelles.Toutefois, les deux grands moments de ma vie ont été respectivement la participation à la création du mouvement de Ubéradon des femmes (j'étais alors à Rome) et tout récemment la première foire féministe du livre à Londres.J'ai vu des femmes qui, pendant trois jours d'affilée, ont fait la queue pour acheter nos hvres, lire nos textes, des femmes qui, contredisant la poliù-que éditoriale, réclamaient notre écriture, nos témoignages.Et alors, oui, je l'avoue, j'ai eu envie de me mettre à genoux et de pleurer.Qu'on nous bâillonne dix ans, vingt ans, un demi-siècle même, qu 'importe, on resurgit toujours, on ressuscite.En attendant, vivre quotidiennement le silence, le silencié, c'est l'enfer.Surtout lorsqu'on travaille dans la solitude.Mais, sans doute faut-il être fondamentalement solitaire pour rêver d'une grande utopie comme celle d'une terre des femmes - je verrais d'ailleurs mieux une mer des femmes, avec une flottille - accueillant, recueillant toutes les blessées, les malades, les fragiles, les invahdes que fournit en abondance cette terre des hommes.Je n 'idéalise pas les femmes.Je sais seulement que le souci de dignité exigera leur indépendance totale, sur tous les fronts.Entendre Michèle Causse, se laisser séduire par sa passion forcenée, c'est accepter de se voir naître, c'est accéder à la passion.%f Bibliographie Michèle Causse, depuis 12 ans, a beaucoup publié.Des poèmes: Tola mulier in utero, Éd.Sorcières, 1976.L'Intruse, Éd.Nouveau commerce.Des fictions: L'Encontre, Éd.des Femmes, 1975.Seven Portraits, Éd.Nouveau commerce, 1980.Une anthologie : Écria et voix d'Italie, Éd.des femmes, 1977.Une biographie: Berthe ou un demi-siècle auprès de l'Amazone, Éd.Tierce, 1980.Des essais, dont: Petile réflexion sur Bartleby, Éd.Nouveau commerce, 1976.Mutlws, Éd.Nouveau commerce, 1979.Ccnps du dire, dire du corps.Éd.Flammarion, 1979.Rencontre avec Djuna Banws, Éd.Flammarion.1983.Lettres à Omphale, Éd.Denoël-Gonthier, 1983.Et, elle qui parle anglais, italien, chinois, a traduit: Bartleby, de Melville.Portrait de Joyce et Ladies' Almanach, de Djuna Barnes.Short Stories, de Jane Bowles.Notes for an anthology of radical feminism, de Mary Daly.Kn post-face à sa traduction de Indies' Almanach (Éd.Flammarion, 1984), elle a publié une entrevue avec Djuna Barnes, morte en juin 1983; elle a aussi traduit deux de ses pièces, Aux Abysses et La Colombe.juillet-août 1986 51 LA VIE EN ROSE Deux films ont dominé, pour des raisons différentes, cette compétition: Le Contact, de la polonaise Magdalena La-zarkiewicz, qui a obtenu le prix du jury, et Anne Trister, de Léa Pool, à qui est allé le prix du public.Le premier est un hymne à la maternité; le second raconte une histoire d'amour entre deux femmes.Des sujets, on le voit, très différents.Mais que dire alors de l'atmosphère dans laquelle ils baignent?Entre la Pologne évoquée par Le Contact, où le monde est à l'image d'un hôpital-prison aux murs sinistres, et les peintures multi-dimensionnelles d'Anne Trister, à la recherche d'elle-même dans un Montréal où tout semble possible malgré les difficultés, il y a un fossé que certaines spectatrices n'ont pas pu franchir.Le film polonais en a agacé plus d'une avec son atmosphère misérabiliste et son ton quelquefois moralisateur («Une femme a le devoir d'avoir un enfant.C'est ce qu'elle peut faire de plus important»), tandis qu'Anne Trister était l'objet d'une véritable ovation.Ces réactions sont révélatrices de l'écart culturel qui existe (et se creuse?) entre des pays où, selon le degré de développement et de liberté, les préoccupations des femmes sont aux antipodes.Car on pouvait, ce fut mon cas, aimer les deux films et constater qu'au-delà des différences et de l'incompréhension qui en découle parfois, le propos n'est pas si éloigné.Dans les deux films, les réalisatrices s'intéressent à l'amour-amitié entre des femmes.Dans Le Contact, c'est la rencontre, dans une chambre d'hôpital, d'une jeune femme suicidaire hantée par les agressions sexuelles qu'elle a dû subir de son père, avec une danseuse, belle, comblée par la vie: elle a la passion de son métier, un compagnon qu'elle aime et un enfant.Elle en attend un autre, raison de son entrée à —Cinéma- Créteil 1986 Le regard attentif Le 8e Festival international de films de femmes de Créteil se déroulait du 14 au 23 mars, avec un programme particulièrement chargé: un hommage à Dorothy Armer, l'unique réalisatrice populaire à Hollywood dans les années 30, une rétrospective des films de Mai Zetterling, un hommage à la comédienne Bulle Ogier avec la projection de ses dix meilleurs films, une nouvelle section ouverte aux réalisatrices françaises, et surtout la compétition proprement dite: 52 films venus de 17 pays.par Hélène Lazar l'hôpital: sa grossesse se déroule mal.La relation qui se noue alors entre les deux femmes permettra à la jeune névrosée de trouver la force de s'en sortir.Elle décide de se battre pour obtenir de se faire inséminer.Quant à la jeune danseuse, on la sait bientôt condamnée.Autour d'elle, l'étau se resserre; on l'empêche de voir son mari, puis son enfant, et elle meurt dans la solitude totale.«En Pologne, me dira Magdalena Lazarkiewicz, les femmes sont fondamentalement seules.» Deux parcours parallèles, donc: celui d'une mort et celui d'une renaissance.Magdalena Lazarkiewicz, dont c'est le premier film, insiste sur ce deuxième aspect.Elle a voulu montrer qu'une femme pouvait vaincre toutes les barrières et voir reconnaître son droit à la maternité en dehors des normes sociales et même de toute relation sexuelle.Dans une Pologne catholique et ultra-traditionnelle, il semble que ce ne soit pas une mince revendication: «Chez nous, le féminisme n'existe pas.Les femmes en général acceptent leur rôle.Elles sont très dépendantes culturellement des hommes.» Mais plus que tout, il faut dire que Le Contact est un beau film, un grand film, d'une cinéaste qui fera certainement parler d'elle.Certaines images ne s'oublient pas: un regard de femme à la fenêtre, un appel au secours que nul ne peut entendre; une main qui en touche une autre par-dessus un lit d'hôpital.Le tout dans une atmosphère cauchemardesque et avec le souci d'éviter le réalisme; l'histoire de ces deux femmes prend ainsi une dimension aussi bien politique qu'existentielle.L'événement du Festival.La volonté de s'accomplir, par-delà les obstacles, on la retrouve évidemment dans Anne Trister, qui fut pour beaucoup l'événement du Festival.Léa Pool recevait le prix du public pour la deuxième année (en 1985, c'était pour La Femme de l'hôtel).mais l'accueil fut cette fois particulièrement chaleureux.Il faut dire qu'Anne Trister a de quoi séduire.Film très maîtrisé, où musique et peinture ont leur propre langage, c'est aussi un film dont les espaces blancs laissent place au rêve et à l'imaginaire.Il faut parler aussi de l'extraordinaire prestation de Louise Marleau, qui s'est vue décerner le prix d'interprétation féminine, et des débuts plus qu'encourageants d'Al-bane Guilhe, qui en quelques jours s'est acquis la sympathie de tout Créteil.Car l'originalité de Créteil, c'est le rôle qu'y joue le public.Voilà sans doute un des rares festivals où le public a la parole (et la prend.).Les rencontres avec les réalisatrices et les comédiennes ne sont pas pure formalité.Les débats qui suivent les projections sont toujours très animés: Ils apportent aussi, parfois, une information indispensable pour replacer le film dans son contexte «culturel».Il en allait ainsi pour L'Heure de l'étoile, un film brésilien de Suzanna Amaral.Avais-je oublié que le Brésil est un pays pauvre, où l'analphabétisme est monnaie courante et la situation des femmes d'origine modeste peu enviable?Ce film est un cinglant rappel à la réalité.Pour raconter l'histoire de cette Bécassine brésilienne ignorante et naïve, qui, la tête pleine des images de bonheur que véhiculent les médias, va d'échec en échec, Suzanna Amaral trouve le ton juste, entre la moquerie et l'affection.L'Heure de l'étoile a obtenu le prix de la mise en scène (voir Cinéma Femmes.).Mais plus encore que les longs métrages de fiction, les documentaires ont étonné cette année par leur qualité, leur courage, leur acuité dans l'analyse de situations parfois complexes ou douloureuses.À commencer par Les Folles de la place de Mai, de deux cinéastes américaines, Susana Munoz et Lourdes Portillo.Ce film, qui a obtenu le premier prix, est consacré aux témoigna- LA VIE EN ROSE 52 juillet-août 1986 ges, souvent bouleversants, des mères des 30 000 personnes portées disparues en Argentine pendant la période noire de la dictature des généraux, avant l'élection de Raoul Alfonsin.Autre pays, autre oppression: Maids and Madams, de Mra Hamermesh, aborde le problème de l'apartheid à travers la relation ambiguë qui unit en Afrique du Sud les patronnes blanches à leurs domestiques noires.Ce film, que j'ai trouvé remarquable, offre en microcosme un portrait de toute la société sud-africaine: rapports piégés entre Noires et Blanches, mauvaise conscience des unes, révolte contenue des autres, et, sous-jacent, le défi que représente une solidarité féminine dans un tel contexte.Breaking Silence, de Thérésa Tollini, témoigne d'une même sensibilité pour traiter une question tellement taboue: l'inceste.Dans ce film, comme dans les précédents, c'est la qualité des interviews qui surprend le plus.Qualité que l'on retrouve dans Quel numéro?What number?, de la Québécoise Sophie Bissonnette: elle sait remarquablement donner la parole aux femmes «ordinaires», ici pour révéler l'envers de ce qu'on appelle la «révolution informatique».«Les femmes sont des documentaristes extraordinaires», disait Elisabeth Trehard, l'une des organisatrices du Festival, lors d'une soirée-bilan, ajoutant qu'il fallait sans doute attribuer cette réussite «au regard attentif qu'elles portent sur le monde.Les femmes ont le mérite d'être très subjectives, d'être de parti-pris».et son ouverture Pour les organisatrices, le bilan de ce 8e Festival était donc très positif: près de 30 000 entrées (soit 10 000 de plus que l'année précédente).Il faut dire que les lieux de projection s'étaient multipliés.Mais il est également incontestable que le public s'est diversifié.Certes Créteil, ce sont d'abord les fidèles, celles qui ont suivi depuis huit ans l'évolution du cinéma des femmes, qui en sont les critiques compétentes et passionnées, qui parlent parfois avec nostalgie des premiers festivals à Sceaux, «où l'on était entre nous».Mais Créteil, c'est également, et de plus en plus, cet autre public, plus composite, plus masculin aussi, moins militant, et que les organisatrices cherchent à toucher en plus grand nombre grâce à de nouvelles formules.Ainsi, on inaugurait cette année plusieurs nouvelles sections: l'une, intitulée «autoportrait», permettait de mieux connaître Bulle Ogier à travers dix films choisis par ses soins; l'autre était consacrée aux réalisatrices françaises, dont on pouvait voir dix films, ceux d'Agnès Varda et de Coline Serreau bien sûr, mais aussi ceux, moins connus, de Charlotte Silvera (Louise L'insoumise) ou de Pomme Meffre (Le Grain de sable); une dernière section enfin s'ouvrait à des films primés dans d'autres festivals défendant le «cinéma d'auteur».Car la mission du festival de Créteil sem- ble de plus en plus s'identifier à la défense de ce qu'on appelle le cinéma d'auteur: un cinéma sacrifié par les lois du marché, oublié des médias et des professionnels, et où, comme par hasard, les femmes sont légion.La couverture de l'événement par les médias est d'ailleurs révélatrice: avant le Festival, quelques articles sur les valeurs sûres comme Dorothy Arzner, Mai Zet-terling et Bulle Ogier.Après le festival, le silence presque complet.«Le succès de Varda ou de Serreau (Trots hommes et un couffin) est l'arbre qui cache la forêt, remarque Elisabeth Trehard.Pour les autres, les difficultés de production et de diffusion sont encore plus grandes qu'avant.» Enfin, aux difficultés du cinéma d'auteur vient s'ajouter la conspiration du silence qui sévit en ce moment en France à propos de l'expression et des droits des femmes.C'est dans l'indifférence générale que le ministère des Droits de la femme a disparu et comment s'étonner, faisait remarquer la comédienne Delphine Seyrig, que le cinéma français ne propose plus de personnages féminins intéressants (à l'exception de la superbe Mona de Sans toit ni loi, d'Agnès Varda)?Il n'était pas surprenant, dans un tel contexte, d'entendre la plupart des réalisatrices françaises présentes au festival se défendre d'être venues à un festival-ghetto.Et pourtant, le mérite d'un festival comme Créteil n'est-il pas de faire sortir les femmes et leur cinéma d'un ghetto particulièrement insidieux: celui du silence?4^* les rangements tv m vidéo m audio 4361, St-Denis (métro Mont-Royal 1188, Sherbrooke ouest (Maison Alcan) Promenade du cuivre 3184, boul.St-Martin ouest (face Centre 2000) 183G, boul.Hymus, Pointe-Claire (514) 284-9374 (514) 284-1013 (819) 762-8570 (514) 682-3919 (514) 694-5969 juillet-août 1986 53 LA VIE EN ROSE Cinéma Silence.Elles tournent toujours Silence, elles tournent!, le Festival international de films et de vidéos de femmes de Montréal, récidivait cette année, du 5 au 15 juin, avec, entre autres films étrangers et remarqués, L'Heure de l'étoile.par Diane Poitras scène impayable où Macabéa met tout ce qu'elle peut de séduction dans sa façon de manger un hot-dog devant un beau Brum-mel aux lunettes teintées qui, après avoir réglé sa note et repris sa canne blanche, s'avère être un aveugle.Ce film, qui a remporté douze prix au festival de Brasilia et valu un Ours d'argent à Marcelia Cartaxo au festival de Berlin pour son interprétation de Macabéa, était présenté à l'ouverture de Silence, elles tournent!, en présence de la réalisatrice, Suzanna Amaral.C'est une femme énergique, très particulière, qui, après avoir élevé ses neuf enfants, a décidé d'aller étudier le cinéma à New York! Silence, elles tournent!, qui l'an dernier avait démontré l'immense besoin de voir les films faits par des femmes, a donc récidivé malgré les tracasseries de toutes sortes (principalement financières).Du 5 au 15 juin, on pouvait voir, entre autres, le grand prix du long métrage du festival de Belfort, Le Masseur noir, de Claire Devers, Madame P, d'Eve Bonfanti, gagnant de plusieurs prix à Belfort, et trois films réalisés par Juliet Berto, comédienne de la nouvelle vague française, qui venait à Montréal présenter son dernier long métrage, Havre.Le festival rendait hommage à la Hongroise Judith Elek dont on avait pu voir l'an dernier La Fête de Maria.On présentait une rétrospective de ses oeuvres, parmi lesquelles La Dame de.Constantinople.Ce film emprunte parfois au documentaire tout en poursuivant, sous le mode de la fiction, l'histoire d'une femme qui traverse un moment de sa vie où elle doit prendre des décisions importantes.Une histoire «L'Heure de l'étoile»: la comédienne Marcello Cartaxo Elle a quitté le Nord-Est brésilien pauvre et lointain pour venir travailler dans un bureau miteux de Sao Paulo.Son patron, qui lui-même ne paie pas de mine, s'exaspère lorsque la jeune fille laisse des empreintes de sauce tomate sur les feuillets fraîchement dactylographiés.Elle ne comprend pas sa colère.Ni punk, ni révoltée, Macabéa est juste désemparée dans cette grande ville sauvage dont elle ne connaît pas les codes.Ce beau film de Suzanna Amaral, L'Heure de l'étoile, est fait de nuances et de subtilités: pas de suspense, pas de coup d'éclat.Pourtant, mine de rien, la tension dramatique se développe, le personnage de Macabéa s'impose et on s'y attache.Un jour, elle tentera de se suicider, tout bêtement, parce qu'elle ne trouve pas sa place dans ce monde.L'Heure de l'étoile porte sur les difficultés de la communication, sur les langages et les signes.Le tout avec un humour déconcertant.Par exemple, cette Suzanna Amaral, réalisatrice toute simple mais au milieu de laquelle la réalisatrice se permet parfois des extravagances imprévisibles.Pour celles qui n'ont pas peur du noir et blanc et qui aiment parfois voir autre chose que le cinéma «à la mode».Judith Elek était aussi à Montréal.Silence, elles tournent! était aussi l'occasion du lancement de Sonui, de la Québécoise Paule Baillargeon1.Cette fiction, inspirée de la maladie d'Alzheimer, est interprétée par Paule Baillargeon et Kim Yaroshevskaya.Une autre Québécoise, Jeanmne Gagné, y présentait Entre-Temps, un court métrage fiction au rôle principal interprété par Charlotte Laurier.Le festival, qui avait lieu à la Cinémathèque québécoise et au cinéma Le Milieu, nous proposait aussi une section «Inédits», une section «Cinéastes portugaises» et une programmation vidéo.1/ En avril dernier, nous vous présentions une entrevue avec Paule Baillargeon et Kim Yaroshevskaya à propos de Sonia.Maria Luisa Alejos Psychologue Individuel o Couple o Famille Français English Espanol Téléphone: (514) 273-8900 Va tél(418)524-6338 ATELIER PLEIN AIR 31 RUE DÉJARDÏN Vl'EUX QUEBEC QC DU 20 JUIN AU 8 SEPTEMBRE 8G LA VIE EN ROSE 54 juillet-août 1986 Livres O age de nom Sara Sage, Monique Bosco, Éd.HMH, Montréal, 1986 Sara la maléfique, issue de la tradition judéo-chrétienne, racontée dans le «grand livre».Mais la Bible, c'est aussi une longue histoire, des chroniques de vies à travers plus de dix siècles: on y voit les conceptions (celle de la femme, entre autres) changer, évoluer.Et si la bible s'écrivait encore aujourd'hui, se continuait sous la plume d'écrivain-e-s modernes?L'histoire se raconte toute seule («Comme j'ai du mal à raconter des histoires, dira Monique Bosco dans une entrevue accordée à Radio-Canada, et que celle-ci était là toute faite.»), Sara recommence sa longue saga, essaie encore d'être autre chose que la fille du père, que la femme du mari.Sara veut fuir le mariage qui, à force de procréation, empêche la création.Sara Sage: une justification à la non-maternité volontaire?Plus.Une réécriture de nos histoires volées, falsifiées?Plus encore.Une recherche de cette autre à être sans que ne «se révèle à la longue (f extraordinaire esclavage» (p.103) de notre liberté trop chèrement payée, trop avidement convoitée?Sara, la juive, devant la haine des juifs, devant le non-respect de l'être-femme.Sara qui refuse de se ranger devant l'antisémitisme, l'antiféminisme remontant.L'histoire à nouveau, bégaie.Mais Sara est encore sage.«Ich sage» (en allemand: je dis, je raconte): une histoire à raconter.L'éternelle fiancée va se marier.La fin se mord la queue, la fin est une autre histoire, celle de la prochaine fois.Avec, en couverture, La Fiancée juive de Rembrandt, il faut lire Sara Sage, cette biographie plurielle.Maryse Choinière Les amies de femmes Le Temps des copines, Marie-Françoise Hans, Éd.du Seuil, Coll.«Libre à elles», Paris, mars 1986.juillet-août 1986 Monique Bosco L'«éternel féminin» et la «nouvelle femme» se retrouvent allègrement dans ce bouquin où Marie-Françoise Hans met en scène ses copines Véronique, Natacha, Noémi et tant d'autres, mais aussi George Sand et ses deux Marie (Dorval et d'Agoult), ainsi que les paroles de Simone de Beauvoir et quelques autres.Pourquoi toutes ces femmes réunies?Pour une ballade au pays de l'amiué coniuguée au féminin.Non pas une analyse sociologique, psychologique ou thématique de la question.Une simple petite promenade dans cet univers de l'amkié que l'on a plus souvent considéré comme une affaire d'hommes, les femmes étant perçues (par les hommes principalement) comme étant trop jalouses, trop rivales, trop ceci et trop cela pour connaître ce genre de relation.Et la littérature ayant été très silencieuse sur le sujet.Ce bouquin vient donc combler un certain vide, Hans puisant à la fois dans ses propres relations et dans ses lectures pour brosser ce tableau impressionniste de l'amitié au féminin.Et, heureusement, elle n'en gomme pas les ambiguïtés et complexités: «Tendresse maternelle barbouillée de goût pour le pouvoir, solidarité bronchant devant l'obstacle de la rivalité, bavardages se compliquant d'hypocrisie, etc.quelques-uns des visages que prennent les jeux amicaux enrôlés sous la bannière de l'éternel féminin.» Mais le féminisme a modifié cette «épopée traversée d'éclats de rire» que constitue souvent l'amitié entre femmes.«Cette expérience, en dépit de sa brièveté, marque d'une pierre blanche mon paysage amical.Perdure le souvenir d'une chaleur, d'un désir de comprendre et d'aider ses semblables; survit aussi la trace d'une lutte pour le pouvoir (eh oui), celle des travers d'une idéologie pas toujours bien adaptée à des femmes dans mon genre - attachées plus qu'elles ne le prétendaient à la mixité et à une féminité considérée alors, par les pures et dures, comme suspecte - et enfin celle des dangers d'une pensée interdisant de critiquer les autres femmes (quelles qu'elles soient!), posant en absolu principe la solidarité et décrétant le féminisme nécessairement honnête, tendre et tolérant.Mais ces quelques as- Marie-Françoise Hans pects de l'aventure féministe, si exaltante, si nécessaire, ne me sont apparus que bien des années plus tard.» Outre le féminisme, les relations mère-fille et les relations de couple («Unions sacrées, sacrées union») tissent la trame de l'amitié féminine et déterminent la place, importante, qu'elle tient toujours dans la vie de bon nombre des femmes que l'on voit défiler au fil des pages.«Copines, copines, elles se serrent les coudes, bavardent, piquent des fous rires, courent après le temps et le trouvent, s'adorent, s'exaspèrent, se font des guérillas, prennent le large, puis se rabibochent .sur le dos de ces mâles dont elles ne peuvent finalement pas se passer.» Conclusion?Si l'on peut se permettre d'en tirer une, ce serait peut-être celle-ci: «Pour nouer des liens solides avec une autre femme, il faut, en tout cas, s'aimer en tant que femme.» Ce qui est aussi certain, c'est que les femmes (et les hommes?) aiment bien le thème de l'amitié féminine puisque Le Temps des copines fait apparemment une bonne peùte carrière dans les librairies parisiennes.Diane Tremblay r\ la pleine lune Coquillage, Esther Rochon, Éd.La Pleine Lune, Montréal, 1985, et L'Irrecevable, Virginie Sumpf, Éd.La Pleine Lune, Montréal, 1985.Le Coquillage, d'Esther Rochon, abrite un monstre des sens, le nautile, mollusque penseur aux multipalpes à saisir, caresser et faire jaillir eau fraîche parfumée et gelée aphrodisiaque.On y croit, au monstre de ce roman-fiction, tant l'auteure sait y greffer, et habilement, les éléments essentiels à cet objet suprême de sensualité.La lecture en est donc rendue aisée, même coulante.Mais, curieusement, et je ne saurais dire à quel moment au juste, on laisserait tout tomber, fatiguée de cet univers des sens qui ne s'ouvre sur rien.L'amour, qui aurait pu se faire le lieu privilégié 55 LA VIE EN ROSE Flash de l'épanouissement, que dis-je, de l'envol de ce récit sensuel, est malheureusement laissé pour compte.Quant à L'irrecevable, de Virginie Sumpf, il semble, lui, vouloir aller quelque part.Mais y réussit-il, et surtout, comment le savoir?.C'est un récit méditatif où l'unique personnage (nommé II) analyse sa relation avec l'écriture.// devient le narrateur de sa remise en question face à l'acte d'écrire, sa nature, sa fonction, sa raison d'être, voire le pouvoir qu'il exerce.Et certaines idées valent la peine qu'on s'y arrête, notamment l'indépendance de l'auteure vis-à-vis de ses personnages, lieux, espaces, intrigues, etc.La forme est intéressante; rien à voir avec l'amas de «bottins-de-l'écrivaine-bran-chée» qui empoussière les librairies, non plus qu'avec l'ouvrage à caractère thérapeutique («Je vis mon écriture») ou carrément libérateur («Maman écrit, papa fait la vaisselle»).Non.On aborde la question avec, vous savez, cette sorte de voix qu'on entend quand on se parle a soi-même.Mais une fois que, quelques pages tournées, on a constaté tout cela, on a peine à pénétrer dans ce qui, justement, nous attirait, cette voix intérieure.Son verbe est hermétique.Comme si l'écriture n'avait pas à être lue, comme si la lectrice n'existait pas; cette dernière est, ici, laissée pour compte.France Fournier C, ambodge tragique L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk roi du Cambodge, Hélène Cixous, Éd.Théâtre du Soleil, Paris, 1985, 434 p.Il est une pièce jouée à Paris, une pièce de huit heures présentée en deux soirs, en deux parties de quatre heures chacune.Une pièce que l'on dit grandio- se et épique et qui touche à l'essence même d'une tragédie humaine: le Cambodge.Écrite par Hélène Cixous, cette pièce dérange, secoue, émeut.«Mais c'est Kissinger qui a remplacé Kissinger.Rien ne change sauf en pire».pour ce pays que détruisent les grandes puissances à coups de grands moyens et au nom de grandes vertus.«Après tout Ford a remplacé Nixon», mais Reagan a tué le rêve dans ses restes et les réfugié-e-s refont l'histoire à nouveau.Pièce essentielle, coup de théâtre et coup d'État, ce texte d'Hélène Cixous a le souffle épique des géants.Sa plume caresse et grince, rassure et nettoie et soigne.Mais le regard, même s'il est écrasé de peine pour la douleur du monde, scrute et voit et reste fidèle à ce qui doit être vu, entendu et répété pour que survive la mémoire avant tout.(Disponible à Montréal, à la librairie Campus) Anne-Marie Alonzo S aga nordique Au nom du père et du fils, Francine Ouellette, Éd.La Presse, Montréal, 1984, 632 p.Le Sorcier, Francine Ouellette, Éd.La Presse, Montréal, 1985, 568 p.L'enfance de Francine Ouellette a été bercée par les contes de la colonisation des Hautes-Laurentides.Pas étonnant que son premier livre, Au nom du père et du fils, soit un roman historique relatant la longue, très longue saga de ces hommes et de ces femmes arrivés à la fin du siècle dernier dans un pays neuf pour y défricher la forêt, labourer la terre et installer des villages: Sainte-Agathe, Mont-Laurier, Labelle.La colonisation et son corollaire: le reflux des Indien-ne-s toujours plus au nord.Francine Ouellette n'a pas lésiné sur le sentimentalisme, très naïf par moments, et, ulti-mement.malgré les écueils inhérents au genre, c'est ce qui LIT une liste des nouvelles parutions est publiée trois fols l'an.Abonnement annuel gratuit.3642, boul.Saint-Laurent, 2e étage Montréal H2X 2V4.Tél.: 842-4765 ^iphlands Inn £ja«.- « petite auberge en nouvelle-angleterre À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le HIGHLANDS INN vous offre tout le confort et le charme tranquille d'une gracieuse auberge de campagne.Vous attendent: des montagnes à perte de vue sillonnées de pistes de randonnée; cent acres de terrain privé avec piscine et bain tourbillon (terrains de golf et de tennis à proximité).Des chambres meublées d'antiquités, des pièces communes spacieuses avec foyer, bibliothèque et piano.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : Judith Hall Grace Newman P.O.Box 118 CI Valley View Lane Bethlehem, N H 03574 (603) 869-3978 LA VIE EN ROSE 56 juillet-août 1986 donne au récit sa force, son souffle.La structure narrative organisée en courts tableaux est efficace.Les nombreux personnages prennent forme, s'imposent et on les suit sans pouvoir se détacher d'elles et d'eux avant la dernière page.La description au jour le jour de la vie des colons, de leur travail harassant pour construire leurs maisons, le presbytère, l'église, l'école.L'existence qui s'orchestre autour et en ces lieux; les saisons, les naissances, les morts.Les apparences et leur envers, le curé, les religieuses, les âmes nobles, les triomphantes, les défaites.Tout cela est raconté avec violence, amour, colère, tendresse, indignation.La hiérarchie se reconstituant spontanément, le village à peine terminé, le pouvoir se retrouvant au presbytère.La description des accouchements d'Emerise est un réquisitoire éloquent qui démontre bien le prix accordé à la vie des femmes.La vie difficile du jeune métis, Clovis-Small Bear, dans cette société ultracatholique du début du siècle, souligne combien les racines du racisme, du sexisme, de l'intolérance ont été longtemps et soigneusement entretenues.Il y a peu, Francine Ouellette publiait une suite à ce premier roman: Le Sorcier est l'histoire de ce petit bâtard, Clovis, devenu étudiant en médecine à Montréal, dans les années 20.Et c'est là peut-être que l'entreprise du roman-feuilleton achoppe.Après la lecture du premier tome, le deuxième déçoit.Malgré un intérêt certain, la trame s'étiole, se dilue dans une multiplicité de personnages, d'anecdotes.Sans l'impact de la nouveauté, la densité du récit chute et, pour celles et ceux qui n'ont pas lu le premier livre, l'auteure doit recourir trop souvent à des redites visant à resituer les événements.Après les Hautes-Laurentides, où la vie vibrait à chaque page, le Manitoba ne semble qu'un décor et le destin des Indien-ne-s de cette province ne s'impose pas vraiment.Toute cette por- tion de l'histoire du Manitoba, importante en soi, devient ici relative, et le destin de Clovis, trop chargé.Tout n'est pas mauvais, loin de là - la description de l'hiver est hallucinante - mais, à la longue, les bons sentiments deviennent étouffants, les dialogues s'enfargent dans le didactique, et la morale pointe son nez L amour trapèze Qui a tiré sur nos histoires J'amour?Ce film de Louise Carré, produit par la Maison des quatre, met en scène deux femmes: Madeline, interprétée par Monique Mercure, et sa fille Renée, que Guylaine Nor-mandin incarne avec beaucoup de présence et de naturel.Deux femmes qui, avec ironie et tendresse, se parlent de leurs histoires d'amour.un peu trop souvent.On dirait que l'auteure n'arrive plus à abandonner son personnage.Il ne faut quand même pas passer à côté de ces deux romans: quelle fabuleuse minisérie télévisée on pourrait réaliser à partir de cette histoire! Made in Québec! Monique Roy Renée décide de passer l'été chez sa mère, à Sorel, avant d'aller faire sa maîtrise en psychologie en Californie.La fille regarde vivre sa mère, speakerine pour un poste de radio local et scénariste à ses heures.Madeline est une femme passionnée, exigeante, qui profite de son poste d'animatrice pour diffuser ses idées à propos de la pollution, du Tiers monde.Madeline est déchirée par ses illusions perdues sur l'amour et le monde du travail.On voit sou- Cinéma DITES-LE AVEC UN CHANDAIL.CHANDAIL 18$ COMMC AA C»!., OU UN PAPIER À LETTRES.Sur lequel la première phrase est écrite.3 modèles 24 feuilles 12 enveloppes 9,95$ Commandes téléphoniques ou postales: ' K\^\\\j(r\Q-'y\^ C.P 2224 - Amqui - GOJ 1BO - Tél.: (418) 629-2518 Inclure 2,00$ pour la taxe et les frais de poste LES A ATOUTS ^DU SYMPOSIUM VARIÉTÉ la marée du jour à votre table FRAÎCHEUR ambiance et service CHALEUREUX A VOUS DEJOUER! rapport qualite/prix AVANTAGEUX 4293 ST-DENIS MONTRÉAL QUÉBEC 842-0867 juillet-août 1986 57 LA VIE EN ROSE vent, en flashback, des scènes d'amour avec son mari qu'elle a quitté depuis plus de dix ans.Ces images en noir et blanc viennent marquer une déchirure, une blessure, un passé sur lequel Madeline n'a pas de prise.De même, reviennent en alternance des scènes où Madeline fait du trapèze, comme si le temps, pour elle, se suspendait entre ses rêves d'une vie meilleure pour sa fille et ses propres désillusions.Monique Mercure, plus belle que jamais, donne à son personnage énergie, force et en même temps vulnérabilité.Avec ses amants, Madeline est méfiante, comme si elle avait peur de se laisser aimer.Sa fille Renée, durant l'été, vit un premier amour qui risque de remettre en question son départ pour la Californie.Mais, survient la rupture et Madeline console sa fille en lui disant qu'il est important de continuer de croire en ses rêves.Madeline et Renée se reconnaissent l'une à travers l'autre et réalisent que leur amour est unique et indestructible malgré le départ de Renée.flash «Qui a tiré sur nos histoires d'amour?» Monique Mercure.Auguste Schellenberg et Qui a tire sur nos histoires d'amour?est un film intimiste, original, où l'on sent toujours l'intelligence fine de la réalisatrice.Sans être un «grand film», c'est un beau film qui coule et vient nous chercher.Lucie Villeneuve Photo 1 raverser le réel L'Effet visuellTitlesearch, femmes photographesAvomen photographers, Espace Ovo, Montréal, du 3 au 27 avril.L'espace Ovo ouvrait ses portes en avril à une exposition photographique organisée par le collectif de photographes montréalaises Plessigraphe.Il s'agit, en fait, de l'atelier de production de femmes qui travaillent en photographie et en médias connexes.Depuis dix ans, elles ont participé à de La Crêperie Québécoise •• Liie atmosphere de détente où >ous dégustere/ les crêpes les plus légères et les plus délicieuses ! • L.i meilleure crêperie» — André Robert 1775 5t.Hubert, Montréal (Métro Berri) 521-8362 Université de Montréal Pour comprendre le Québec d'aujourd'hui Lfl UIC DOUCE.et le confort d'un futon de TUTbHlA 3933* STDENIS-220 LAURIER O - 5860 ST HUBERT 845 4739 270 8175 (mi-avril)_ Le programme d Études québécoises regroupe 10 cours traçant un portrait actuel du Québec Démographie, histoire, économie, politique, culture.sont guelques-unes des lunettes utilisées pour faire une mise au point objective sur ce morceau d'Amérique .qui est le nôtre Ce programme est destiné aussi bien aux adultes soucieux de comprendre leur milieu culturel, qu'aux étudiants qui soubaiteraient inclure un mineur en Études québécoises dans leur plan de formation.Renseignements et inscription Secrétariat des programmes lacunaires Faculté des arts et des sciences Université de Montréal C P 6128.succursale A Montréal (Québec) H3C 3J7 Tel (514) 343-7327 la vie en rose 58 juillet-août 1986 nombreuses manifestations visuelles liées à l'émergence d'une culture féministe: entre autres le premier Festival des arts et des femmes (Sao Paulo, Brésil, 1982), Art et féminisme (Musée d'art contemporain, Montréal, 1982), Dead Girls Don't (Dazibao, Montréal, 1982), Festival vidéo multicul-turel, en collaboration avec le Vidéographe (Montréal, 1986).L'exposition L'Effet visuel! Tùlesearch a réuni plus de cent photos d'une trentaine de femmes dont les préoccupations sociales et artistiques sont fort différentes.L'exposition témoignait d'ailleurs de cette diversité, mais s'il est un point commun, d'après les responsables de Plessigraphe Marik Bou-dreau, Suzanne Girard, Camille Maheux, entre celles qui font du socio-documentaire et celles qui travaillent à un niveau plus expérimental, c'est le désir de porter un regard féministe sur le monde, et la volonté d'exposer leurs oeuvres ensemble.À l'espace Ovo, il s'agissait tout autant de faire de l'effet que de faire bloc, de montrer Photographie de Claire Beaugrand-Champagne, à l'Espace Ovo comment le médium photo prête à certaines audaces et comment les femmes voient le monde, traversent le réel.Certaines ont tenté de capter des personnes dans leur contexte de vie: Louise Abbot avec son «do-cumentary study in progress on the francophone population living in the Port-au-port»; Claire Beaugrand-Champagne avec des photos révélatrices de l'entraînement des recrues à Saint-Jean; Rita Bhatia et ses femmes du Kenya; Élaine Brière et sa vision journalistique d'un village d'Asie; Judith Crawley et ses visages de femmes et d'enfants; Louise de Grosbois avec ses fractions de seconde sur une sorcière qui danse; Françoise Durocher avec sa série des «Madames» sur La Gauchetière, Drummond, Bleury et Sherbrooke; Pamela Harris et ses portraits de féministes canadiennes; Camille Maheux et ses portraits dans une aura de cou- leurs; Jane Mundy et ses femmes indiennes, Lynn Murry et la culture péruvienne; Carole Condé et ses portraits de féministes américaines, portraits qui allient de façon superbe représentation réaliste et dessin.Pour d'autres, il importait de narrer: une femme qui rêve (Anne Ballester), la sexualité lesbienne (Ruthann Tucker et Anna Marie Smith), l'autorité (Cheryl Sourkes), le suicide (Joanna Nokes), les caresses (Ann Pearson), l'histoire des femmes (Denyse Gérin-Lajoie).Et pour finir, je soulignerai les jeux de contraste de photos défaites et d'images réalistes de Marik Boudreau; les tapisseries photographiques très impressionnantes de Suzanne Girard; les photos géantes avec intégration de néon de Suzanne et Claire Paquet; l'intégration de textes dans le travail de Julie Greto, de Petronella Van Dick et de Marie-Hélène Robert; les corps fantomatiques de Charlotte Rosshandler.Il ne reste à souhaiter que l'exposition soit reprise prochainement.Line McMurrav DION COMMUNICATION CONSEIL INC.Si on faisait des affaires ensemble?Vous êtes en affaires?Moi aussi.Vous voulez «pousser la machine», faire avancer l'affaire?Moi aussi.Vous n'avez pas toujours le temps de tout faire?de suis là pour ça.Dion Communication-conseil inc.est un bureau de coordination de projet qui s'occupe tout spécialement de communication pour la PME.Pour votre plan de publicité, de relations publiques, vos activités de promotion.donnez-nous un coup de fil.560, boul.Henri-Bourassa Ouest Bureau 312 Montréal, Québec H3L1P4 334-0650 PAULINE PROULX-TAILLEFER assureur-vie Montréal: 932-1419 Laval: 687-0470 C 0 i F F U A E 3973 SAINT-DENIS MONTRÉAL 2 8 9 - 9 3 8 4 juillet-août 1986 59 LA VIE EN ROSE Etes-vous le genre de lei LE 13 NOVEMBRE 1979, vous avez parié que Claude X., votre «kick», vous accompagnerait au cinéma pour voir MOURIR À TUE-TÊTE.Vous avez gagné.LE 3 MARS 1980, vous avez parié que LA VIE EN ROSE, le petit magazine féministe lancé ce jour-là à Montréal, aurait 10 000 lectrices en 2 ans.Vous avez gagné.LE lO AOÛT 1981, vous avez parié que vous réussiriez, avec vos copines du syndicat, à ouvrir une garderie de 30 places dans l'hôpital où vous travailliez.Vous avez gagné.LE 25 DÉCEMBRE 1982, vous avez parié que votre mère apprécierait son abonnement cadeau à LA VIE EN ROSE.Vous avez gagné.LE 15 JUIN 1983, vous avez parié qu votre gérant de banque vous accorderait un prêt de 10 000 S, malgré votre divorce, vos deux enfants à charge et votre statut de pigiste.Vous avez gagné.LE 8 MARS 1984, vous avez parié que ROSE TANGO remplirait les 3 500 sièges du Paladium de Montréal.Vous avez gagné.LE lO JANVIER 1985, vous avez parié qu'Anne, dans LA BONNE AVENTURE, se laisserait enfirouaper par le beau docteur Cordeau.Vous avez gagné.LE 9 MA11986, vous avez parié que LA VIE EN ROSE recueillerait - et facilement! - 75 000 S pour le 2 juin suivant.Vous avez gagné.Pourquoi interrompre une série aussi chanceuse?Pariez MAINTENANT sur la relance de LA VIE EN ROSE, vous y gagnerez encore.Et vous nous aiderez, inutile de le dire, à atteindre notre objectif réel: 200 000 S.Abonnez-vous ou réabonnez-vous tout de suite, à: 33 $ pour 2 ans Vous recevrez gratuitement, en plus, la jolie pendulette de LA VIE EN ROSE.Mais n'attendez pas trop: nous n'avons plus que quelques centaines de pendulettes! Et surtout, le prix de la (nouvelle) VIE EN ROSE passera en novembre à 24,95 S pour un an.3567 ?46705 vos paris?Pourquoi interrompre une série aussi Pariez maintenant sur la relance de LA VIE EN ROSE, vous y gagnerez ] Nouvel abonnement ?Réabonnement a partir du numéro _ imôro de la carte OM PRÉNOM DRESSE ILLE PROVINCE ODE POSTAL TÉLÉPHONE ROFESSION 1 An/10 numéros 19 $ 2 Ans/20 numéros 33 $ i 3 Ans/30 numéros 45 $ Chèque ?Visa ?À l'étranger 30 s ?Par avion 44$ ?MasterCard J'abonne une amie PROFESSION ?1 An/10 numéros 19 S ?2 Ans/20 numéros 33 S ?3 Ans/30 numéros 45 $ NOM PRÉNOM ADRESSE VILLE PROVINCE CODE POSTAL TÉLÉPHONE ?A l'étranger 30 S ?par avion 44$ SVP Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison MUSIQUE Le //' Festival de musique de femmes du Michigan aura lieu à Hart, du 6 au 10 août.Cinq jours de concerts, d'ateliers de jeûne, de performances, de films et vidéos, de danses, de rencontres.Billet pour 5 jours: 145 $ US.Pour inscription à l'avance: WWTMC, Box 22, Walhalla, M14945 8, États-Unis.Pour plus d'informations, une réunion aura lieu le 18 juin, 19 h, au bar Lilith, 3882, rue Saint-Denis, Montréal; Anne Michaud 271-6995.THEATRE Le théâtre Zoopsie se lance cet été, du 2 juillet au 16 août, dans «Montréal, série noire», une comédie policière/visite touristico-historique en autobus dans les rues de Montréal, d'Atwater à Viau, de Rachel au fleuve.Pour informations et réservations: 844-5128.L'Estival du Monologue présentera, du 28 juin au 30 août, à l'Auberge nationale de Saint-Jean sur Richelieu, la fantaisiste Denise Guénette dans «Marcel, tu m'harcèles».En première partie, un-e monologuiste difference chaque soir.Réservations: 346-6819.Dons Vasiloff (Blanchet) à écrit «Anémone téléphone», ou le plaisir de vivre seule, un one woman show qu'elle incarnera au café-théatre Quartier latin, du 3 au 19 juillet.Réservations: 843-4384.Québec: du 24 iuin au 30 août, le théâtre Niveau Parking présente «Coup de poudre», de Robert Lepage: l'épopée de la première guerre mondiale à Québec.Du mardi au samedi, 20 h 30, au Théâtre de l'Entrepôt, 2 rue d'Auteuil, près de la Porte Saint-Jean.Sainte-Agathe: du 20 juin au 31 août, au Patriote, «Les pieds dans les plats», de Jim Brochu.avec Michèle Deslauriers, Pauline Martin, etc.Rés.: 861-2244.Le Nouveau Théâtre expérimental, de Jean-Pierre Ronfard, Robert Gravel et autres, récidive cet été avec un autre grand projet: «A Beloeil ou ailleurs 1586-1986» se jouera en 4 mois et en 40 épisodes, à la fois fictifs et historiques, répartis sur 4 siècles.C'est jusqu'au 29 juillet, à l'Espace libre, 1945, rue Fullum, Montréal (Métro Frontenac).Informations: (514)521-4191.Eastman: du 21 juin au 24 août, le Théâtre de la Marjolaine présente «La traversée surprise», de L.G.Carrier et A.Dubois, avec entre autres Patricia Nolin.Réservations: (514) 297-2860.Sainte-Adèle: du 11 juin au 31 août, «Bobépine», une pièce du Théâtre de la Bordée de Québec, avec Ginette Guay et Pierrette Robitaille, présentée au théâtre de l'hôtel Chantecler.Réservations sans frais: 1-800-363-2452.Aussi, du 20 juin au 31 août, «Vendredi soir», de Jean-Pierre Bergeron et Ghyslain Tremblay, au Théâtre de Sainte-Adèle lui-même.Mont Avila: du 25 juin au 30 août, «Ça vaut 100 piastres», texte écrit entre autres par Chantal Beaupré, Jasmine Dubé et Janette Bertrand.Ré- servations: 227-2603 et 861-6578.CINEMA Le 2e Festival international de films et vidéos de femmes de Montréal, «Silence, elles tournent!», ne se termine que le 15 juin.On peut voir à la Cinémathèque québécoise, 335, boul de Maisonneuve Est: le 13 juin, «Havre ou Lili chez les dockers», de Juliet Berto (20 h 35); le 14, «La fête de Maria», de Judit Eleck (13 h), «Sartre - de Beauvoir», de M.Cacopardo, M.Gobeil et C.Lanzmann et «A propos de Nairobi», de Tina Horne;le 15, des courts métrages québécois et canadiens pendant la journée et, en clôture, «First take, double take» de Paula Fairfield, «Entre-temps» de Jeannine Gagné et «Sonia» de Paule Baillargeon (20 h 35).Jusqu'au 25 juin, la Cinémathèque poursuit l'hommage à la comédienne et réalisatrice Juliet Berto: «La Chinoise», «Le gai savoir», «Céline et Julie vont en ba-feau», etc.Informations: 842-9768.«Silence, elles tournent!» a lieu aussi au cinéma Le milieu, 5380, boul.Saint-Laurent, Montréal.Le 13 juin: «Madame P.», d'Eve Bonfanti (19 h 30), «Qui est Alice Guy?», «The girl in the armchair», «India Cabaret» (21 h 30); le 14: différents vidéos québécois récents, entre autres de Vidéo Femmes (17 h 35 et 19 h 30); le 15: des vidéos canadiens et américains (17 h 30), «Mademoiselle, a portrait of Nadia Boulanger», de Dominique Parent-Altier (19 h 30), «Une pierre, un arbre, un nuage», de Christine Vandeputte et «En faisant le ménage, j'ai retrouvé Albert», de Martine Dugowson (21 h 30).Plus dinf.: 845-0243.EXPOSITIONS Montréal: Au Centre des arts visuels (350, avenue Victoria, 488-9559), on peut voir du 30 mai au 5 juillet les courtepointes de Régine Mainberger et, du 11 juillet au 9 août, des exemples des métiers d'art traditionnels autochtones du Québec.A la Maison de la culture de Notre-Dame-de-Grâce (3755, rue Botrel, 872-2157), du 4 juillet au 29 août, «AR-NAQ: représentation de la femme dans l'art inuit».Juliette: le Musée d'art (514-756-0311) présente du 27 juin au 7 septembre la «Production récente» de la sculpteure Esther Wertheimer.Rimouski: le Musée régional (35, rue Saint-Germain Ouest, 418-724-2272), en collaboration avec le Regroupement contre la pornographie de la Maison des femmes de Rimouski et le MAC, présente du 20 juin au 24 août «Corps et jouissances: regards de femmes», oeuvres multidisciplinaires de 13 femmes artistes.En parallèle, le 21 juin, une table ronde animée par Lise Dunnigan, Nicole Joli-coeur et Hélène Roy; le 22 juin, les propos de Rose-Marie Arbour et Suzanne Jacob; le 22 août, le lancement de la revue littéraire Urgences, consacrée cette fois à l'érotisme.Si vous déménagez.Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse.Ville_ Code Postal.N° d'abonnée_.- S V.P.Faire parvenir ce formulaire à : La Vie en rose, 3963 St-Denis.Montréal, OC, H2W2M4 LA VIE EN ROSE 62 juillet-août 1986 Eaux profondes Michel Deville Le mur Yilmaz Guney Histoire d'aimer Marcello Fondato Black Jack Kenneth Loach La vie devant soi Moshe Mizrahi Une journée bien remplie Jean-Louis Trintignant Sans anesthésie Andrzej Wajda L'héritage Mauro Bolognini Johny s'en va-t-en guerre Dalton Trumbo Invitation au voyage Peter Del Monte Le secret Robert Enrico Mon papa à 15 ans Peter Del Monte Femme entre chien et loup André Delvaux Un chien dans un jeu de quilles Bernard Guillou Sibériade Andrei Mikhalkov-Konchalovsky Les fleurs sauvages Jean-Pierre Lefebvre La vraie nature de Bernadette Gilles Carie Au clair de la lune André Forcier La maudite galette Denys Arcand Kamouraska Claude Jutra Psy Philippe de Broca DU LUNDI AU VENDREDI A 21 h f— JUILLET-^ ILa vie est un roman Alain Resnais 2Le malin John Huston 3Le dernier combat Luc Besson 4Obsession Brian de Palma 7Les héritiers Juan Bunuel 8Un amour en Allemagne Andrzej Wajda 9Le temps suspendu Peter Gothar i r\ Un amour de sable I \J Christian Lara 11 Les révoltés de l'an 2 000 I Narciso Ibanez Serrador i a Alexandre le bienheureux I 1 Yves Robert 1 f~ Les doux moments du passé IJ Carlos Saura i / La famille Orozco IO Jorge Reyes i -?Ratataplan I / Maurizio IMichetti 1Q La tortue sur le dos IO Luc Béraud AOUT Le sel de la terre Herbert J.Biberman T comme Zartan Bent Fabricius - Bjerre La petite sirène Roger Andrieux Extérieur nuit Jacques Bral Le saut dans le vide Marco Bellochio La femme-enfant Raphaële Billetdoux Le diable bat sa femme et marie sa fille Ferenc Andras L'assassin habite au.21 H.G.Clouzot Cher papa Dino Risi Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été Lina Wertmuller Marie-poupée Joël Séria Family rock José Pinheiro La salamandre Alain Tanner La constance Zrzysztof Zanussi Mes chers amis Mario Monicelli Ma blonde entends-tu dans la ville René Gilson Dans le silence de la nuit Tadeusz Chmielewski La femme qui pleure Jacques Doillon Amarcord Federico Fellini Les folles aventures de Picasso Tage Danielsson Les héritières Marta Meszaros La peau douce François Truffault Baxter Lionel Jeffries Cris et chuchotements Ingmar Bergman Baisers volés François Truffault Passion d'amour Ettore Scola Domicile conjugal François Truffault Trois frères Francesco Rosi Le mariage de Maria Braun Rainer Werner Fassbinder Le juge et l'assassin Bertrand Tavernier L autre Radio LA MAISON DES QUATRE présente MONIQUE MERCURE GUYUAINE NORMANDIN DANS GERARD POIRIER CLAUDE GAUTHIER GAÉTAN LABRÈCHE NORMAND BRATHWAITE AUGUST SCHELLENBERG DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE JEAN-CHARLES TREMBLAY MUSIQUE MARC O'FARRELL MONTAGE LOUISE CÔTÉ PRODUCTEURS SUZANNE LAVERDIÈRE CLAIRE STEVENS LOUISE CARRE avec la participation financière de Téléfilm Canada et de la Société générale du cinéma du Québec et la collaboration de la Société Radio-C; DISTRIBUTEUR J.A.LAPOINTE FILMS INC.10 800, rue Jeanne-Mance, Montréal (Québec) H3L 3C4 Tél.: (514) 331-7832 Télex: 05-825537
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.