La vie en rose, 1 janvier 1986, décembre
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et fort attendu - téléroman de Lise Payette: Des clames de coeur.Luce Guilbeault, l'inoubliable Réieanne Pado-vam d'Arcand, la pathétique Violette Le duc de Marchessault, y loue Claire.Un déf .facile pour cette comédienne de choc.36 INTERNATIONAL RETOUR AU CHILI Carmen Torres 40 INTIME ET POLITIQUE L'amour est une niche Huguette Prosper 47 BEST-SELLER Monsieur Lévesque, permettez-moi de vous rappeler.Louise Harel 48 LITTÉRATURE GINETTE PARIS APHRODITE EST-ELLE FÉMINISTE?Paule Lebrun Aphrodite, déesse du désir et de la sé duction, opère dans les psychés - même féministes - un retour remarqué.Tant mieux, explique Ginette Paris, une chercheure pour qui les mythes sont la réalité.53 FLASHES 63 LES CASES DE TANTE LUCIE 64 À LIRE?65 À SUIVRE 66 COUP DE FOUDRE La Bataille d'Arcachon Gloria Escomel COUP DE POING Sexy Folies Anne Dandurand I.V \ IE EN HOSE / DECEMBRE I'M, 3 Langue marinée On nage dans sa langue comme une truite dans une eau limpide.On travaille, on aime, on vieillit en français, à Montréal, au centre d'un Québec qui s'ouvre à l'Amérique, au monde, à l'économie et à la technologie de pointe.De temps en temps, on pratique son anglais, sur une plage du Maine, devant le dernier film de Woody Allen, en sirotant lentement le New York Times du dimanche, ou en pitonnant jusqu'aux nouvelles télévisées de CBS.Parfois on se retrouve dans un centre commercial ou une rue de Notre-Dame-de-Grâce, comme dans une autre ville, comme à Chicago (!), avec un sentiment d'étrangeté, de curiosité agréable.Et puis on rentre dans son fief, sûre, soulagée.Une fois, en voyage, on explique à une Américaine ahurie que Montréal est une ville où il est possible de vivre complètement en français.L'Américaine, pas folle pourtant, croyait que le French Quebec n'était qu'une variante de la Louisiane, folklorique, finie.Une autre fois, on discute àprement avec des journalistes français: non, Montréal, ce n'est pas seulement l'Amérique et non, il n'était pas saugrenu de protéger le français par une loi.Avec le temps, on regrette cependant de ne pas mieux parler anglais, de ne pas pouvoir mieux s'accorder au grand diapason culturel nord-américain.Alors on prend des cours, on se rattrape, on essaie de devenir vraiment bilingue.On ajoute des cordes à son arc.On est fière d'être enfin sortie de la paranoïa anti-anglais des années 70, alors qu'on avait volontairement oublié l'anglais appris à l'école, par nationalisme et solidarité politique.A rebours, cette réaction semble d'ailleurs FRANÇOISE GUÉNETTE I.\ \ IE K\ ROSE / 1)1(1 VIBRE l'un.avoir été extrême.On pense désormais, d'une solide plate-forme, pouvoir choisir, aussi, l'Amérique.D'ailleurs, autour de soi, plusieurs ont déjà choisi.On écrit à des amies parties vivre à New York.On lit des écrivains québécois repartis à la découverte de l'Amérique, batifolant au soleil californien, titubant sur les traces du cousin Kerouac.Au firmament artistique, les étoiles du Spangled Banner ont remplacé le grand soleil de Paris.On ne comprend pastrèsbien, d'ailleurs, pourquoi Dufresne, Charlebois, Jacob s'exilent à Paris plutôt qu'à New York.On regarde un peu de haut Leclerc ou Perreault pleurant sur le pays jamais trouvé.Et puis, un jour, on se surprend à vouloir parler anglais, ici, avec un collège anglophone qui, lui, recourt obstinément à son français post-loi 101.Dans un colloque plein d'universitaires, on entend des Québécois-es permettre, non.demander à une Canadienne-anglaise, pourtant prête à s'exprimer en français, de faire son intervention dans sa langue, en l'assurant que tout le monde comprendra, que cela ne pose pas de problèmes.Sur le moment, on ne sait trop que penser d'une telle «tolérance» des Québécois-es.Dans un colloque international d'économistes, on voit des spécialistes français faire fi de la traduction simultanée qui leur est offerte et choisir de livrer leurs prestations en anglais: «Parce qu'ici, c'est l'Amérique.» On se dit que ces Français veulent montrer qu'ils parlent anglais, c'est tout Quand on retourne dans NDG, à vélo, c'est l'été et on remarque que l'anglais qu'on entendait, qu'on frôlait déambulant dans les rues — ces vieilles dames si «British», ces «preppies» blondinets, ces ménagères indiennes, ces Jamaïcains au pas dansant — a pris de l'expansion et grimpé les devantures des magasins jusqu'aux affiches repeintes unilingues.On s'étonne vaguement: on croyait que les Anglais avaient fini par accepter la loi 101 et la primauté du français.Alors on se dit que c'est le fait d'un petit nombre de nostalgiques de l'Empire, ou de quelques provocateurs professionnels antidémocratiques.Plus tard, pas plus loin vers l'ouest que Peel, on se fait vendre en anglais des magazines, des gants, une bière.On réagit peu, d'abord: on croit avoir mal compris, avoir affaire à l'exception qui confirme la règle.Personne n'a dit à cette jolie Chinoise qu'il fallait parler français dans ce pays?(Pardon, dans cette province.) On s'aveugle, en fait.On ne veut pas comprendre.On sait que tomber des nues fait mal aussi.Alors on refuse de croire que le fief, son beau fief francophone, son îlot protégé dont on est si fière, dont on se vante à l'étranger, avec l'impression précieuse d'être d'une race à part, menacée mais inventive.que le fief est en danger.Qu'une loi ne suffit pas à assurer la survie d'un petit peuple.Surtout si un gouvernement et un chef d'État oublieux de l'histoire désamorcent cette loi à la première occasion, sans raison, comme si elle n'était plus nécessaire.Alors on commence à manquer d'air, à nager dans une eau obscurcie, qui sent l'aigre.On voit des signes avant-coureurs partout.D'une affiche à l'autre, d'une vendeuse anglophone à l'autre, on s'enrage de plus en plus souvent.On entend autour de soi des enseignant-e-s de.français inquièt-e-s, des mères nerveuses.On lit des éditorialistes et des démogra phes alarmistes.On recommence à para-noïer, à contrecoeur.Mais, on le sait, même les paranoïaques ont de vrais ennemis.On sent la plate-forme bouger sous ses pieds.Et la mémoire de sa propre histoire, lentement, remonte.On se rappelle être montée de son cégep gaspésien jusqu'à Québec, à l'automne 1969, pour protester contre la loi 63 (libre choix de la langue d'enseignement), au milieu d'autres centaines de baby boomers à cheveux longs.On se rappelle avoir suivi de près, en 1974, le débat sur la loi 22 et avoir applaudi, en 1977, la loi 101, profondément convaincue de l'urgence de réagir à l'assimilation collective toute proche.On ne comprend pas comment on a pu, ensuite, oublier ce sentiment d'urgence.Mais de nouveau on sent à quel point le français est pour soi, plus que l'élément accessoire d'une bonne qualité de vie, un enjeu vital et non négociable.On compare, spontanément, avec un autre enjeu capital: l'avortement, tout aussi appa remment acquis, tout aussi fragile.On a mal au ventre à penser que tout ce travail, que toutes ces luttes n'auraient servi a rien.Pourtant, on ne veut pas retourner en arrière.On sait que la langue n'est plus un autre nom pour l'indépendance.Qu'elle est encore plus, au plus près du quotidien.On veut tout garder, en fait: sa langue maternelle, quotidienne, forte et performante: son ouverture nouvelle à l'Amérique comme au monde, son inter nationalisme prometteur.On aimerait bien ne pas avoir à choisir, garder toutes les cartes en main.Mais on se demande si ce sera possible.Et on a l'impression, désormais, de mariner entre deux eaux vinaigrées, coincée dans un bocal. (Courrier En gros Mario de plâtre! Merci pour votre revue: elle me permet de devenir de plus en plus consciente du rôle que je peux jouer dans la société.J'ai tendance à penser parfois que le féminisme ne sert plus à rien parce que mon mari est une personne extraordinaire! On ne rencontre malheureusement pas toujours des hommes aussi sensibles.Le portrait de la femme idéale dressé par le joueur de hockey Mario Tremblay dans Châtelaine de juin dernier, par exemple, est tragique.D'après lui, on n'aurait qu'à être belle, bien faire à manger et bien s'habiller.«Le féminisme, dit-il, est une perte de temps pour la véritable femme qui n'en a pas besoin pour s'émanciper.Surtout quand ça donne des femmes policières!» On n'est pas sorties du bois!!! Anne Bergeron Mon propre chum ! Suite au texte «Visibilité lesbienne», paru dans votre numéro d'octobre, je tiens à vous raconter une réaction à mon avis ridicule.Mon propre chum affirme que La Vie en rose est une revue de lesbiennes! Affirmer quelque chose qui n'est même pas évident, comme continuer à faire des farces plates sur les femmes, cela démontre nécessairement que la lutte n'est pas finie.En passant, j'ai 19 ans et si je révèle mon âge, c'est simplement pour en rassurer certaines: oui, une partie de l'autre génération représente la relève! Isabelle Charest, Montréal Pourquoi payer ^^i cher?Il y a déjà plusieurs années que je suis abonnée à votre revue; c'est même la seule à laquelle je sois restée fidèle.Cependant, vous m'avez déçue lorsque, au printemps passé, vous avez fait appel à une firme privée pour évaluer votre façon de faire et la volonté des Québécoises de vous soutenir dans votre entreprise.Auriez-vous perdu confiance en vous?Aviez-vous vraiment besoin de payer si cher des «professionnels» pour vous faire répéter ce que tant de femmes vous disent?Céline Masson, Jonquiàre Féminisme de luxe?Je ne me réabonne pas car La Vie en rose me rejoint de moins en moins.Je trouve que vous voulez rejoindre uniquement les féministes de 35 ans qui ont une job et de l'argent.Où sont vos critiques par rapport au pouvoir?Michelle Castegnier, Montréal Dupras, un épais?La Vie en rose prend-elle le virage du néo-conservatisme?C'est du moins l'impression que j'ai eue l'autre jour en aper cevant la binette de Claude Dupras à la une de LVR (d'octobre).Je n'en ai pas encore compris la raison.J'espère au moins que ce n'est pas un avant-goût de ce qui nous attend après novembre avec la «nouvelle» LVR.La seule consolation que j'ai eue en lisant l'entrevue réalisée par Francine Pelletier et Louise Levac, c'est de voir que Claude Dupras est un gros épais.Benoit Létourneau, Boisbriand C'est Noël.Et tous ces gens qui s'endettent en se disant qu'ils doivent bien faire comme tout le monde! Même les gens démunis sont piégés, parce que tout le monde veut oublier, surtout dans le temps des Fêtes, les gros problèmes bassement matériels vécus tout au long de l'année.A celui qui voudrait me répliquer que les pauvres le sont parce qu'ils ne font rien pour se changer, j'aurais envie de casser la gueule.C'est quand même révoltant de se priver de bouffer pour payer l'autobus qui permettra de poser sa candidature pour une job qu'on n'aura pas! Murielle Jolicoeur, Montréal a maudite face En regardant rémission Lance et compte, j'ai entendu à deux reprises la super-vedette Marc Gagnon (un vieux de 34 ans) lancer à la journaliste sportive (une de ses ex) un boulet verbal du genre: «Tu vas voir, ta maudite face de lesbienne, j'vas te l'arranger! » J'ai bien aimé la réponse de la journaliste à la super-vedette: elle le menace de lui intenter un procès en diffamation! Ce qui en bouche un coin à l'autre.Quant à l'émission, elle tranche sur les autres: les filles sont jeunes, bougent.les gars sont virils, épais et dépendants d'elles.Comme dans la vraie vie, quoi! Jeanne d'Arc Jutras, ¦ Montréal CONSEIL D'ADMINISTRATION: CAMILLE BACHAND, FRANÇOISE GUÉNETTE, ANDREE LAFORTUNE, LISE MOISAN, GRETA NEMIROFF, FRANCINE PELLETIER DIRECTION GÉNÉRALE: LISE MOISAN RÉDACTION: FRANÇOISE GUENETTE, JOHANNE LESSARD, FRANCINE PELLETIER COMITÉ DE RÉDACTION: ANNE MARIE ALONZO, LYNDA BARIL, LOUISE BESSETTE, MARTINE D'AMOURS, ANNE DANDURAND, FRANÇOISE DAVID, CLAIRE DÉ, DIANE POITRAS, MARIE-CLAIRE DUMAS, GLORIA ESCOMEL, HELENE LEVESQUE, LINE McMURRAY, HÉLÈNE PEDNEAULT, HELENE SARRASIN ADMINISTRATION: JOHANNE ISABELLE DIRECTION ARTISTIQUE: DIANE BLAIN.SYLVIE LAURENDEAU COLLABORATION: MANON CORNEL LIER, HÉLÈNE DORION, DANIELLE DU PUYS, DANIELLE FISET, LOUISE GAGNE, BRIGITTE GAUVREAU, LUCIE GODBOUT, LOUISE HAREL, PAULE LEBRUN, HUGUET-TE PROSPER.DENISE PROULX.CARMEN TORRES, DIANETREMBLAY, LOUISEVAN-DELAC, LUCIE VILLENEUVE ILLUSTRATION: MARTHE BOISJOLY, NICOLE LÉVESQUE PHOTOGRAPHIE: SUZANNE GIRARD, SUZANNE LANGEVIN CORRECTION: DOMINIQUE PASQUIN COMPOSITION ET MONTAGE: PHOTOCOMPOSITION TRÉMA INC.PELLICULAGE ET IMPRESSION: IMPRIMERIE INTERWEB INC.DISTRIBUTION: LES MESSAGERIES DE PRESSE BENJAMIN LTÉE: 645-8754 PUBLICITÉ: CLAUDE KRYNSKI, LISA LA-MONTAGNE: 843-7226 GRAPHISTE PUBLICITAIRE: MARJOLAI NE BEAUDOIN ABONNEMENTS: 1 AN, 11 NUMÉROS: 24,95$; 2 ANS, 22 NUMEROS: 43,95$; 3 ANS, 33 NUMÉROS: 63,95$.TARIF INTERNATIONAL POUR UN AN, PAR VOIE DE SURFACE: 34,95$, PAR AVION: 37,95$.HÉLÈNE BLONDEAU, ANNE-MARIE CORMIER, MARIE FRANCE POIRIER: 843-8366 LA VIE EN ROSE EST SUBVENTIONNEE PAR LE CONSEIL DES ARTS DU CANADA, PAR LE MINISTÈRE DES AFFAIRES CULTURELLES DU QUÉBEC, PAR LE MINISTÈRE DES COMMUNICATIONS DU CANADA ET PAR LE SECRÉTARIAT D'ÉTAT, PROGRAMME DE LA FEMME.LA VIE EN ROSE EST PUBLIEE PAR LES PRODUCTIONS DES ANNÉES 80, CORPORATION SANS BUT LUCRATIF.ON PEUT NOUS JOINDRE DE 9 H A 17 H, AU 3963, RUE SAINT-DENIS, MONTREAL, H2W2M4, OU EN TÉLÉPHONANT: (514) 843-8366 ou 843-7226.COPYRIGHT 1986- LA VIE EN ROSE.TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET D'ADAP TATION RÉSERVÉS.DÉPÛT LEGAL: BIBLIOTHÈQUES NATIONALES DU QUÉBEC ET DU CANADA ISSN-0228-5479 INDEXÉE PAR RADAR ET MEMBRE DE L'ASSOCIATION DES PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS.COURRIER DE 2e CLASSE: 5188.COMMISSION PARITAIRE 4 067 CDN U LA VIE EN ROSE / DÉCEMBRE l'Wi DUAL- ELIPSON- GRADO - HARMAN/KARDON - JFJL- KEF- N AKAMICHI - ORTOFON - REVOLVER-TE AC r^^f» 1 A* QUALITÉ VUE PAR LouiSE YaNDELAC PRESSE ENCEINTE DE L'HOMME ENCEINT La presse est encore tombée enceinte et cette fois, c'est de l'homme enceint! Car la presse a aussi ses fantasmes, dont celui d'accoucher d'une nouvelle pour qu'elle se réalise.On nous avait déjà fait le coup médiatique des «mères porteuses», alors que des petites annonces reprises par des journaux locaux, par les grandes agences de presse, par la radio et par la télévision, avaient créé un véritable blitz promotionnel, qui a fait naître et s'élargir ce «marché de la procréation».Sans la presse, avouait l'avocat Noël Keane, «le père des mères porteuses», cette pratique «n'aurait jamais levé de terre.The news media made it happen » ( the surrogate mother, 1981).Dans le cas de l'homme enceint, elle laisse faussement croire que c'est maintenant possible, contribuant ainsi à créer à la fois la demande et l'offre! Déjà en 1982, le biologiste français Jacques Tes-tart avait prévu le coup.La grossesse masculine, disait-il dans la revue types «restera un mythe (.) tu ne peux pas encourir le risque une fois sur deux, que le type en crève, c'est impossible.Ceci dit, si on le mettait dans la grande presse disant: on va travailler là-dessus, il y aurait une demande, c'est évident.Et ce qui me plaît là-dedans, c'est que ça ne sert à rien! C'est complètement gratuit, fou, spectaculaire, boum! C'est assez rigolo, et puis ça c'est un objectif à la hauteur: passer dix ans de sa vie pour arriver à faire un homme enceint.Ensuite, ce n'est plus la peine d'en faire d'autres s'il a survécu à tout ça.(.) Et je crois qu'on arrivera de plus en plus, par des recoupements, à di- re: on pourrait le faire, à le prouver, mais sans passer à l'acte.» Affirmer avoir la preuve à partir de simples recoupements, attitude peu scientifique, c'est ce qu'a fait le magazine omni, en décembre 1985.D'entrée de jeu, omni invoquait des expériences «prouvant» que la grossesse masculine est possible.En fait, il s'agit de deux demi-expériences réalisées sur des animaux aux Etats-Unis et en Angleterre, au début des années 60.La grossesse du babouin mâle d'abord: un certain docteur Jacob-sen prétend avoir implanté dans le péritoine d'un primate un embryon qui se développe jusqu'à quatre mois, alors qu'il interrompt la gestation, car la grossesse masculine n'était pas son objectif1 Mais aucun article scientifique ne fut publié sur le sujet et le collègue de Jacobsen est mort.omni mentionnait aussi le docteur Kirby, d'Oxford, qui aurait transplanté des embryons dans les testicules, les reins et la vésicule biliaire de souris mâles.Certains embryons se développèrent jusqu'à 12 jours dans les testicules, dont l'élasticité ne pouvait en supporter plus (!).omni ne précise ni ses sources ni les objectifs de cette expérience et Kirby est déjà mort.omni ajoutait à cela 24 cas de femmes devenues enceintes après avoir subi une hystérectomie, ceci «prouvant que vous (sic!) n'avez pas besoin d'utérus pour porter un enfant».Or, 23 des 24 enfants sont morts, sans compter la mortalité maternelle, évaluée généralement à 6 ou 7% en cas de grossesse abdominale.omni citait aussi 1 000 cas de développe- ment foetal dans la cavité abdominale de femmes ayant leur utérus.mais qui auraient abouti dans seulement 5 à 9% des cas à la naissance d'un enfant viable.Là encore, les sources n'étaient pas citées.Testart, provocateur né, déclarait au nouvel observateur que: «si on pouvait faire une vraie manipulation scientifique avec 1 000 types, on saurait à tous les 4 coups fabriquer un enfant normal et on trouverait le moyen de faire baisser le taux de mortalité! Mais voilà, pour obtenir un tel résultat, il faudrait recréer des camps à la manière des nazis.» Cela dit, ajoutait-il, «j'ai une petite idée pour limiter les risques (.) il faudrait la faire extraabdominale, bien à l'abri des intestins (.) dans les bourses.Dans le siège de la virilité!» À condition, précisait-il dans son dernier livre, l'oeuf transparent, «de se déplacer avec une brouette en fin de gestation.»! Et dire que c'est là-dessus que les médias font du surf depuis un an! Prétendre que «la technologie est maintenant disponible pour un homme qui veut devenir enceint» comme l'ont fait le journal de québec et la presse, les 11 et 12 décembre 1985, c'est de la contre-information! Amorcer un débat télévisé sur la question, en s'abritant derrière la phrase magique «Les scientifiques disent.», alors que le public ignore tout des modalités et des implications, aboutit à la plus pure mystification.Ainsi, il fallait tout ignorer des douleurs, des risques, du tempset du faible taux de succès de la stimulation ovarienne, de la ponction d'ovocyte et de la fécondation in vitro, ou encore du prélèvement d'embryon, pour ergoter (comme on le fit à droit de parole) sur la possibilité pour une professionnelle «trop occupée» de faire porter son enfant par son conjoint, sur le mode «tu préfères le bleu ou le rose, chérie?» Ce type de couverture de presse, fort peu rigoureuse, crée la demande et prépare le terrain idéologique qui permet aux chercheurs en mal d'exploit et de publicité de passer à l'acte.Du même coup, on banalise les autres technologies de reproduction et on fait éclater un peu plus encore le concept de maternité pour s'acheminer allègrement vers la gestation entièrement extra-corporelle, appelée «mère-machine».En fait, un tel battage publicitaire risque fort, à moyen terme, d'inciter certaines femmes hystérectomisées «vraiment prêtes à n'importe quoi!», comme le disent cyniquement plusieurs médecins, à risquer leur vie pour une grossesse.Le ducteur Shettles, interviewé par le magazine actuel, ne le reconnaissait-il pas: «Si un jour j'ai les moyens de le faire, je commencerai par une femme.Les risques sont quasiment les mêmes chez l'homme et la femme, mais il vaudrait pourtant mieux commencer par une femme»? K LA VIE EN ROSE / DÉCEMBRE l'Wd Délinquante^ .ite, j'en ai besoin.Je cherche un oui authentique et un non authentique.J'en cherche un seul à la fois parce que ça m'étonnerait que je tombe sur une talle pleine à ras bord.C'est aussi rare que la vérité, la justice, la compassion et autres fraises en hiver.Oui ex non: les deux mots les plus courts et les plus compliqués de la langue française.Je suis même allée jusqu'en thérapie pour les trouver, sans succès pour l'instant.Mais la thérapie est jeune et le problème est vieux, je ne désespère pas.Et quand on en trouve, on risque de tomber sur un filon ou un geyser, ça dépend si on les voit solides ou liquides.Ou ça creuse creux ou ça jaillit.Ça dépend du mode de fonctionnement.Je ne voudrais pas entrer dans l'intime, le yin ou le yang, ces fruits juteux et exotiques.Tout ce branle-bas de combat parce que je veux faire le ménage.(Elle n'est pas capable de prendre une balayeuse comme tout le monde?) Mes chats ont peur de la balayeuse.Je n'aime pas non plus les coups de balai ou les coups de torchon, c'est trop brutal.Alors il ne me reste toujours qu'une solution: m'éva nouir entre le oui ex le non, pour emprunter une image saisissante à Suzanne Jacob'.Bon, évidemment, vous aurez vite compris que je ne parle pas de faire le ménage de mes papiers (en passant, je n'y arrive pas non plus, jeter me traumatise) ou de mon appartement, mais de ma vie, ce qui suppose une quantité faramineuse de recoins pleins de mottons et de moutons, de noeuds, de non (pas) dits et de oui (à) dire.Je me suis rendu compte en décembre 83 que je ne savais dire ni oui ni non (pourtant j'en jase un coup, mais justement j'ai beaucoup de mots de remplacement, un formidable vocabulaire de diversion).Mais je croyais alors pouvoir \ r I 1 m'en passer, contourner le i*- JL — JLJLJ problème.(J'étais préten- y ttvt s~\ y tt tieuse à cette époque, ça I I tl II m'a passé.) Et la situation se dégradant, bien sûr, comme plusieurs situations savent si bien le faire, je me suis retrouvée à faire des choses que je n'avais pas envie de faire, à ne pas faire des choses que j'avais envie de faire, à voir des gens que je n'avais pas ou plus envie de voir, à écouter des choses que je n'avais pas envie d'entendre: loin du centre, loin du coeur! Et puis j'ai eu cette illumination, comme un vertige ou une bouffée de chaleur: quand on est incapable de dire non, on est aussi, par conséquent, incapable de dire oui.Et c'est ça, le pire.Pour moi en tout cas.(Tiens, des relents de référen- OU UN NON DANS LA SALLE?du m.) Je n'avais jamais dit ouide ma vie (sauf au référendum.).Merde.Incapable de fermer la porte, incapable de l'ouvrir, incapable de mettre le répondeur si je suis là pour répondre, incapable de n'être là pour personne, incapable.C'est rageant.Mais c'est fini tout ça.Je viens de déménager et ma nouvelle porte sait se fermer.C'estdu dernier chic.Ça n'empêche pas d'avoir des fenêtres partout.C'est limpide.Je me pratique sur mes chats à leur dire oui et non (ils sont en train de virer fous d'ailleurs) parce que c'est plus facile que sur des gens.Je considère que je suis en laboratoire en ce moment.Mais attendez que je tombe dans la pratique: avec des oui et des non authentiques, je vais valoir très cher.Je serai hors de prix, dans le luxe le plus total.Et pourtant, curieusement, plus abordable qu'avant.Allez y comprendre quelque chose.1.«A vous qui vous évanouissez entre le oui et le non», tiré du poème Salut, de Suzanne Jacob.P.S NOTE DE RECHERCHE: Il semble que même si on dit un vrai oui, on peut se faire répondre non A moins qu'on ait pris pour un oui authentique un simili ouP Vérifier.Et le ou/ est-il contagieux comme le rire?Vérifier.HELENE PEDNEAULT LA \ IE E\ HOSE / DECEMBRE I'M, actuel Au Québec, en 1986, 16 000 enfants sont victimes de négligence ft MÈRES MAL AIMEES Vous vous rendez compte que Martine, six ans, vit avec ses frères et soeurs dans un logement trop petit, mal chauffé, où quelques coquerelles s'égarent chaque nuit dans l'évier de la cuisine.Hier, en vous rendant au travail, vous avez croisé Pierre et Marie, huit ans, qui marchaient en espadrilles vers l'école.Normal?Il faisait - 8°C.Votre voisine revient du bureau vers 5 h 30.Ses jeunes enfants l'attendent, seuls à la maison, depuis deux heures.Vous vous inquiétez.Il y a une bonne façon de réagir à ces situations, vous dit la Loi de la protection de la jeunesse: composez le numéro du Centre des services sociaux de votre région et faites ce qu'on appelle dans le jargon des «pros» un signalement.Simple, peu impliquant (votre appel est confidentiel), soulageant.Vous aurez ainsi répondu à l'appel du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui convie la population à dénoncer les cas d'enfants maltraités, abusés Françoise David sexuellement ou négligés, au moyen de campagnes publicitaires fort efficaces: encarts dans les journaux, émissions de télévision, dépliants distribués avec les allocations familiales, etc.Une population étonnée, sinon horrifiée, apprend donc que plusieurs milliers d'enfants vivent dans l'insécurité, la peur, l'humiliation.Qui d'entre nous restera insensible à la détresse de ces petites, vulnérables et sans défense, devant l'abus de pouvoir?Comme femmes, comme mères, nous nous sentons particulièrement concernées par le sort de ces enfants.Au point de ne plus y voir très clair.Oui, il faut réagir, mais.L'abus sexuel ou les coups suscitent notre colère légitime; la plupart du temps, il sont le fait des hommes, des pères, frères, oncles, conjoints des mères, mais aussi de femmes débordées, dépressives, en perte de contrôle.Cependant, les problèmes illustrés au début de cet article sont d'un autre ordre.Selon la loi, il s'agit plutôt de négligence, inten- tionnelle ou non.Au Québec, en 1986, on évalue que 16 000 enfants sont victimes^ de négligence.La négligence, c'est l'absence de soins ou l'isolement dans lequel on maintient un enfant, la privation de conditions matérielles adéquates, le danger moral constitué par un comportement ou un mode de vie douteux de la personne qui en a la garde, etc.Voilà ce que dit la Loi québécoise de la protection de la jeunesse.Cette définition pose des problèmes éthiques et politiques.Comment déterminera-t-on, par exemple, qu'un comportement adulte est «douteux»?Est-ce qu'une mère danseuse topless est un danger moral pour son enfant?Et que dire de parents qui fument un joint devant leurs adolescent-e-s?On le voit tout de suite, la loi implique une définition de ce qui est moralement acceptable dans notre société.Qui osera vraiment écrire ce lexique du bien et du mal?Dans les faits, ce sont les travailleuses sociales qui décident.Et comme le u.w personnel des centres de services so- y ciaux est insuffisant, et comme les listes ° d'attente s'allongent, elles n'ont pas le £ choix: elles s'occupent d'abord des cas J III H \ IK EN ROSE / DECEMIIItl l'Hii, jugés urgents et prioritaires.Avec quelquefois des mois de retard.Une urgence, c'est un enfant couvert de bleus, victime d'inceste ou de négligence très grave.Dans ces cas-là, pas d'erreur possible! C'est dans les cas moins «évidents» que le vrai problème moral et politique se pose.Seize mille enfants négligés.Négligés par qui?Par leur mère, bien sûr! Et le père?Il existe, évidemment, mais les services sociaux s'adressent très rarement à lui.Dans une recherche intitulée Les Enfants du silence (CSSMM, 1985), Micheline Mayer-Renaud signale que «les familles négligentes sont, dans la grande majorité des cas, monoparentales et dirigées par une femme.» ' Cependant, ajoute-t-elle, «on n'aborde jamais la possibilité de leur (cf.les pères) implication dans le programme d'aide.» Autrement dit, que le père soit présent ou non au sein de la famille, ce n'est pas lui qu'on tient responsable et qu'on questionne sur les soins à l'enfant, son éducation, etc.Soulignons au passage que de nombreux signalements sont effectués par des pères à l'endroit de leur ex-conjointe.Ces mêmes pères «vertueux» ne versent cependant aucune pension alimentaire pour des enfants dont ils ne s'occupent plus.Et qui sont ces femmes dites «négligentes»?Toutes les recherches, jusqu'à ce jour, démontrent qu'elles viennent très majoritairement de milieux défavorisés.Soixante pour cent des foyers où vivent des enfants maltraités ont un revenu annuel inférieur à 6 000 $.Ces femmes, ces mères, vivent ou survivent péniblement avec l'aide sociale.Leurs logements sont inadéquats, situés dans des quartiers dépourvus d'espaces verts, de garderies en nombre suffisant, d'équipements collectifs.Leur principale compagne est la solitude.La famille est éclatée, les amies sont rares, le voisinage est indifférent et les grands-parents sont parfois accablants plutôt qu'utiles.A la suite d'un signalement, une travailleuse sociale cherche à rencontrer la mère, parfois le père, et les enfants.Elle découvre généralement que le passé de cette femme est meublé de violence familiale, d'isolement social, de manque d'argent, de manque d'affection.Comment réparer les pots cassés?Faut-il, comme le réclame Lise Denis, directrice de l'Association des centres de services sociaux, augmenter les budgets des directions de la protection de la jeunesse?Madeleine Gingras-Potvin, travailleuse sociale au CSSMM, n'est pas de cet avis: «Cet argent (.) ne devrait-il pas être distribué à des organismes qui travaillent à une étape précédant les situations graves?'» Madeleine intervient depuis plusieurs années auprès de familles dites «négli- gentes», dans le quartier Saint-Louis du Parc.Elle a sillonné le quartier, en connaît les problèmes et les ressources.«Il faut d'abord que la société se sente responsable d'assurer aux femmes une autonomie financière réelle.Ensuite, que des conditions de vie décentes et un environnement adéquat soient garantis à toutes nos concitoyennes.Si le développement de centaines d'enfants est compromis, ce n'est pas parce qu'il y a un engorgement des cas à la PDJ mais bien parce que les familles ne vivent pas dans des conditions psycho-socio-économiques leur permettant d'exercer adéquatement leur rôle parental.» Le message est clair: il est encore urgent aujourd'hui de lutter contre les inégalités socio-économiques et pour des politiques sociales et familiales qui soient vraiment favorables aux plusdémuni-e-s.Face à la réforme de l'aide sociale promise par les libéraux, par exemple, prudence et vigilance! Ce gouvernement-là n'a pas l'habitude de faire des cadeaux.Mais si demain vous vous inquiétez pour la sécurité ou le bien-être d'un enfant, que faire?Peut-être, quand même, un signalement.Mais peut-être pourriez-vous d'abord jaser avec la mère de cet enfant, surtout si c'est votre copine, votre belle-soeur ou votre voisine?Vous pourriez aussi appuyer les groupes d'entraide (le recours le plus simple et le plus efficace), les garderies, les associations de familles monoparentales, les maisons pour femmes victimes de violence, les équipes d'intervenantes dans les CLSC.Ceux-cr réclament justement un financement suffisant et stable pour mieux prévenir les problèmes, pour mieux soutenir les femmes découragées et débordées devant la tâche d'élever des enfants à peu près seules.Plusieurs travailleuses sociales interrogées s'entendent sur le fait qu'une aide concrète aux parents dès la naissance de l'enfant éviterait la détérioration qui mène au signalement.A l'heure où les CLSC sont encore une fois remis en question, il nous faut réclamer des services sociaux et de santé plus près des gens, qui soient conçus par les usager-ères et par les producteur-trice-s de services.Dénoncer, signaler la «négligence» des autres, c'est facile, enfin.relativement facile.S'impliquer comme femme, mère, intervenante, solidaire d'autres femmes, mères, victimes d'une oppression sociétale, c'est plus difficile.mais ça peut tout changer.«Les enfants mal aimés.Réagissons», dit la publicité.Oui, mais les mères mal aimées?1.Le Devoir, 20 octobre 1986.Françoise David, travailleuse sociale de formation, est agente d'information au Centre des services sociaux du Montréal métropolitain.I TU ME REVIENS.ou la violence d'une mère, Elisabeth Camden, Éditions de La Pleine Lune, Montréal, 1986, 255 p.Lorsque le livre commence, Elisabeth vient d'accepter que son jeune fils vive en famille d'accueil, de façon permanente, jusqu'à l'âge de 18 ans Depuis neuf ans, elle vit avec lui une relation torturée où l'amour le plus fort côtoie l'exaspération totale, qui se manifeste par des coups et blessures graves infligés à l'enfant.Si tu me reviens est un récit autobiographique — seuls les noms ont été changés — écrit simplement, dans un langage très proche du quotidien.Je l'ai lu d'une traite, complètement prise, le coeur serré aux pages où la détresse d'Elisabeth s'exprime par la violence envers son propre fils.Cette femme, comme c'est souvent le cas, a connu un milieu familial aux revenus modestes, où les parents se disputaient sans cesse et où, surtout, une mère débordée et malheureuse s'en prenait à ses enfants: rejet, humiliations, ironie, telles étaient ses armes pour se défendre contre toutes les déceptions de la vie.Lorsqu'Eli-sabeth devient mère, elle ne peut s'empêcher de maltraiter aussi son fils, jusqu'au jour où, consciente de ses pertes de contrôle, elle décide de demander de l'aide J'ai aimé ce livre, il m'a touchée, questionnée.L'auteure a courageusement raconté une histoire vraie: la sienne et celle de beaucoup de femmes.Elle mérite d'être lue.F.D.LA VIEEN ROSE / DÉCEMBRE I'M. >NTp{0VERSÉ ORT A SHERBROOKE «Encore un peu et vous nous verrez.Encore un peu et vous ne nous verrez plus!» Dans l'ascension de son calvaire vers la reconnaissance politique et économique, le Centre de santé des femmes de Sherbrooke tombe pour la deuxième fois.Le 5 décembre, en effet, nous de vrons arrêter tous nos services à la clientèle, faute de ressources financières.Après huit années de travail dans toute la région de l'Estrie, assumé en bonne par tie grâce à l'énergie militante, le gouvernement du Québec n'a pas encore jugé opportun de nous assurer un soutien financier adéquat.Un seul «hic»: il a oublié de nous fournir la recette miracle pour faire fonctionner un organisme régional du rant toute une année avec 30 000 $ seulement.Malheureusement, le triste épisode du Centre de santé des femmes de Sherbrooke est une histoire bien connue de l'ensemble des groupes de services autogérés par et pour des femmes.Depuis les années 70, des féministes au Québec travaillent d'arrache-pied pour consolider ces groupes qui offrent des services essentiels.À l'heure actuelle, nous jouissons de la confiance des femmes, nous nous sommes bâti une crédibilité et nous avons développé une expertise spécifique convoitée même dans le milieu institutionnel.Et malgré tout, nous voilà encore en état de survie précaire.DANIELLE DUPUYS POUR LE CENTRE DE SANTE DES FEMMES DE SHERBROOKE C'est la faute de la conjoncture?Parlons-en! De toute évidence, elle ne nous est pas favorable.Elle semble faire l'affaire, par contre, d'un État récupérateur et centralisateur, peu intéressé à collaborer avec des groupes qui ne desservent finalement.que 52% de la population! À la lecture du Plan d'action gouvernemental en matière de condition féminine, on constate que les groupes de services autogérés ne sont pas considérés comme des partenaires à part égale: ils sont absents du document! Il est tout au plus question, pour la ministre, de les consulter.Par ailleurs, l'État récupère hardiment leurs pratiques, en prenant soin d'en évacuer l'analyse féministe, qui risquerait d'être irritante pour les appareils gouvernementaux.«La politique n'a pas de sexe», disait madame Monique Gagnon-Tremblay: il faudra du temps pour faire admettre au gouvernement que les rapports sociaux en ont un! Or nous, nous sommes convaincues que les rapport sociaux ont un sexe, qu'il est urgent d'agir, et nous savons que cette conviction est partagée.Car c'est précisément ce qui est en jeu au Centre de santé des femmes de Sherbrooke comme dans l'ensemble des groupes de services pour femmes: une modification en profondeur des rapports sociaux sexistes qui menacent notre intégrité sexuelle et physique, notre santé mentale et qui limitent notre accès au pouvoir social.Madame Gagnon-Tremblay veut évaluer et sélectionner les groupes en vue d'en assurer la rentabilité.Inclura-t-elle dans ses critères l'amélioration de l'ac- cès des femmes au pouvoir, à l'égalité, à la justice sociale7 Est-ce que ce seront là des apports jugés rentables pour la société québécoise?Pour l'instant, la crainte qui nous habite est d'être considérées comme des sous-traitantes à rabais, qui se chargeront de problèmes sociaux très embarrassants dont personne n'a envie de s'occuper.Une société civilisée et riche ne peut se permettre de passer complètement sous silence des phénomènes croissants de violence conjugale, de viol, d'interventionnisme moral, médical et technologique sur le pouvoir de reproduction des femmes, sans risquer de passer pour irréaliste.Dans des envolées humanitaires, on nous répond en haut lieu que «voyons, ça va de soi», que ce sont là des misères humaines inacceptables et que les malheureuses victimes de telles malchances méritent qu'on leur vienne en aide.L'entraide dans les communautés, par l'action bénévole, voilà à quoi nous conviait la ministre de la Santé et des Services sociaux dans la lettre accompagnant, en juillet dernier, notre maigre subvention.Accepter une telle invitation équivaudrait à renoncer aux aspirations collectives qui nous ont motivées à construire laborieusement nos centres de santé, nos maisons d'hébergement, nos centres d'aide et de lutte contre le viol.Mais que faire devant le sevrage en douce de nos ressources financières?Que faire devant cette tentative d'évacuation de l'idéologie féministe dans le grand débat social?Opérer un repli stratégique pour refaire notre énergie combative?Continuer d'assumer nos contradictions de «cheap labor», des cond'ions de travail/militance pénibles qui font fuir la relève?Quant à nous, la réalité financière nous oblige à faire un temps d'arrêt.Allons-nous mourir?Notre désir de résistance est fort.Nous devrons préciser notre stratégie de survie, nous ajuster à la conjoncture.Les réponses ne sont pas évidentes pour l'instant.Nous nous rattachons solidement à l'idée que nos regroupements respectifs puissent être des lieux de réflexion et de soutien mutuel.Qu'il en émerge des voies de survie multiples permettant à chaque groupe, dans son contexte, de tenir le coup, de garder le maximum d'espace social possible.Encore un peu et vous nous verrez! I.\ \ IK ES ROSE / DÉCEMBRE I98h vous envoie promener.(voir page 50) LE DÉCLIN DE L'EMPIRE PORNO a meilleure nouvelle de l'année n'est pas que 15 femmes aient été élues au Conseil de ville de Montréal.Plus savoureux, encore, cet article paru dans le New York Times du 5 octobre, qui proclame l'effondrement de l'industrie pornographique américaine.«Au cours des dernières années, les1 tirages de Playboy, Penthouse, Hustler, Gallery et Oui ont chuté considérablement, y apprend-on, et au moins la moitié des cinémas pour adultes ont fermé leurs portes.» La chaîne de télévision câblée des entreprises Playboy n'a guère plus de succès et, pour l'année 1986, les pertes totales de la compagnie se chiffrent à près de 62 millions $.Comment expliquer le déclin d'une industrie si lucrative, dont le chiffre d'affaires annuel totaliserait jusqu'à 10 milliards $?Par le manque flagrant d'imagination des pornocrates.Comme diraient nos voisines du sud: «Once you've seen one porn movie, you've seen them all.» Bref, le produit porno standard, une histoire «plate» mal filmée, commence à ennuyer en ces jours où la sexualité est discutée et présentée plus franchement que jamais.D'après des psychologues, les gens perdraient «leur appétit pour un fruit qui n'est plus défendu».Et puis, les pressions exercées par les féministes, d'une part, et la droite conservatrice, d'autre part, ont obligé plusieurs kiosques à journaux à retirer de leurs étagères le matériel jugé offensant.Il est fort probable aussi que le rapport Meese, publié au début de l'année aux Etats-Unis, ait exercé une certaine influence en établissant clairement un lien entre la porno et la violence faite aux femmes.Enfin, la peur du SIDA, une maladie transmise sexuellement, décourage bon nombre de comédien-ne-s de jouer dans des films porno.L'industrie n'aurait-elle donc plus d'avenir?Ce n'est pas l'avis des principaux artisans de la porno, qui croient que l'avenir est dans la vidéo.Et qui misent sur une nouvelle clientèle: les acheteurs de porno sont de moins en moins des hommes adultes, et de plus en plus des femmes et des couples hétérosexuels «en quête de vidéos erotiques de qualité».De ce marché croissant, les femmes occuperaient une bonne part: vous sentez-vous l'âme d'une consommatrice de vidéos porno?FRANCINE PELLETIER ENDEZ-VOUS SECRET «Un cours de condition féminine à trois crédits»: c'est ainsi qu'une partici- pante résumait la rencontre qui avait lieu le 10 novembre à Montréal, à huis clos, entre groupes de femmes et ministres libéraux-ales.D'autres représentantes de groupes ont vu dans cette fermeture aux médias le désir du gouvernement de ne pas étaler son ignorance des questions de femmes.Si les femmes présentes ont effectivement passé beaucoup de temps à expliquer leurs dossiers, la rencontre — qui se répétera tous les ans — a quand même donné quelques résultats.Le ministre de la Justice, Herbert Marx, y a promis une décision rapide, quant à l'émission d'un décret qui obligerait toute entreprise faisant affaire avec le gouvernement à implanter un programme d'accès à l'égalité.Rappelons qu'il s'agissait d'une promesse électorale des libéraux.Autre promesse que M.Marx dit vouloir tenir: la création d'un fonds ju- ridique qui défraierait une partie des poursuites pour discrimination.Et madame Gagnon-Tremblay dans tout ça?« Elle a beaucoup mis l'accent sur l'instauration de projets pilotes, volontaires cette fois, d'accès à l'égalité», de dire Lisa Novak, d'Action travail des femmes, qui note l'attitude «améliorée» de la ministre de la Condition féminine.«Plutôt que de remettre en question le travail des groupes de femmes, elle nous croit maintenant, quand on lui parle.» F P.I I LA VIE K\ BOSK / DÉCEMBRE l'Uli, RAMBO AIME-T-IL BARBIE?'Les enfants se moquent des stéréotypes comme de l'an 40.Ainsi, le mois d'octobre à peine entamé, ils rêvent déjà des Mulk, Rambo, Maîtres de l'univers, Barbie, Sweet Secret et cie que leur vantent les publicités de Noël.Et mères, pères et grands-parents commencent déjà à se résigner, de peur de frustrer des désirs aussi pressants.D'après la revue Toys and Games, 60% des adultes offrent aux enfants les jouets qu'ils-elles réclament et dépensent ainsi 300 $ par année en moyenne, surtout à Noël.Mais n'oublions pas que les marchands de jouets ont plus d'un tour dans leur sac.Ils vont même jusqu'à démontrer que les jouets violents ou guerriers servent d'exutoire à la peur et à l'agressivité engendrées par un monde où régnent le terrorisme et le nucléaire.L'AVORTEMENT EN COUR SUPRÊME Début octobre, la lutte pour la légalisation de l'avortement a atteint un stade crucial.Le gouvernement ontarien ayant décidé de contester l'acquittement du D' Morgentaler et de ses collègues Robert Scott et Leslie Smoling, accusés de pratique d'avortements illégaux à Toronto, les trois médecins se retrouvent maintenant devant la Cour suprême du Canada où ils tentent, une fois de plus, de faire reconnaître le droit des femmes à disposer librement de leur corps.En arguant que la loi actuelle sur l'avortement entrave le droit à la vie privée.Mais la partie est loin d'être gagnée car les gouvernements fédéral et ontarien soutiennent que ladite loi assure l'équilibre entre le droit de la mère à la santé et le droit du foetus à la vie.Paradoxalement, le procureur du gouvernement fédéral, Me Edward Bojonky, qui adopte aujourd'hui la ligne dure pour défendre les droits du foetus, est celui-là même qui, dans une cause semblable en Saskatchewan il y a quatre ans, s'opposait au militant Pro-vie Joe Borowsky en soutenant que le foetus n'avait aucun droit constitutionnel à la vie.La réaction des juges est difficile à prévoir.Quelques-uns ont souligné l'accès inégal aux services d'avortement thérapeutique, laissant sous-entendre que la loi actuelle est inopérante.Par contre, deux des sept juges ont participé au premier procès Morgentaler: ils y rejetaient l'argument de nécessité utilisé par la défense et qui a d'ailleurs résulté en un acquittement.Parmi les nouveaux juges cependant, une femme, la juge Wilson, saura peut-être faire pencher la balance en faveur des Canadiennes.Si le jugement est défavorable aux docteurs Morgentaler, Scott et Smoling, ils risquent de faire face à de nouvelles poursuites.Dans le cas contraire, que se passera-t-il?La loi actuelle ayant prouvé son inefficacité, une nouvelle loi fédérale sera-t-elle proposée?Le gouvernement conservateur semble par ailleurs adopter la philosophie du tout ou rien: la loi actuelle ou rien d'autre.Quoiqu'il en soit, on peut s'attendre à voir chaudement débattue, d'ici les élections de 1988, la question de l'avortement.MANON CORNELLIER Vous pensez offrir plutôt une poupée ou un animal en peluche?Vous aiderez alors les petites filles qui (en majorité) les dorloteront à exprimer leurs sentiments de solitude et de tendresse.Selon le magazine Sales and Marketing Management, les jouets véhiculent une idéologie qui coïncide avec les émotions des acheteur-euse-s.Peu surprenant alors que les boutiques Grandma à New York aient embauché des vendeuses âgées pour servir leur clientèle.DENISE PROULX SECOND DÉBUT, BIS I Le jour où LVR annonçait officiellement son «second début» au Lolas Pa-l radise à Montréal, le 6 I novembre dernier, le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme (CCCSF) faisait de même, boulevard Dorchester.Le CCCSF, installé à Ottawa, retrouve pignon sur rue dans la métropole, pour mieux desservir les femmes du Québec et des Maritimes.Priorités du bureau: formation professionnelle, équité en matière d'emploi, service de garde et reconnaissance du travail domestique.Clarisse Coderre, vice-présidente du CCCSF depuis juin dernier, y coordonnera le travail.FP I \ \ IK K\ HUSK / DKCKMBRK I'M, LS LE CN SIFFLERA-T-IL TROIS FOIS?Ottawa, 5 et 6 novembre 1986, Cour suprême du Canada.Troisième manche d'une poursuite enclenchée en 1979 par Ac tion travail des femmes contre le Cana dien national, entreprise d'Etat.Motif: discrimination contre les femmes.En 1984, le tribunal de la Commission canadienne des droits de la personne donnait raison à ATF.En 1985, la Cour d'appel jugeait au contraire que le tribunal avait ou- trepassé ses pouvoirs en imposant un contingentement pour l'embauche des femmes.C'était donc match nul et la Cour suprême, qui a entendu les deux parties au début novembre, devra, d'ici un an, trancher la question une fois pour toutes.Les femmes d'ATF se disent assez confiantes de recevoir un jugement en leur faveur.«Pour que l'avenir soit libre de discrimination, il faut commencer par s'attaquer à celle qui existe», ont-elles soutenu devant les juges.F.P.champ de tir (voir LVR, février 85)?Insatisfait des réponses fournies par la Défense nationale quant aux conséquences écologiques et sociales, fort de l'opposition exprimée depuis trois ans et demi par les gens de la région, un comité interministériel québécois vient de déposer un rapport défavorable à l'implantation de ce champ de tir.Ce rapport tombe pile: les fermiers de Girardville, un village plus au nord, déjà survolé intensivement par des chasseurs F 18 et des B 52 américains, ont commencé à trouver sur leurs terres des «confettis militaires», des espèces de boules de laine d'acier éjectées lors des vols à basse altitude.«Tout le nord du Lac-Saint-Jean risque d'être affecté par ces manoeuvres militaires si Québec n'intervient pas», affirme la coalition contre le champ de tir.Il reste à savoir quel sort le ministre des Affaires internationales du Québec, Gil Rémillard, réservera au rapport.F.P.CHERES ABONNEES La publicité est essentielle à la bonne santé financière de LA VIE EN ROSE.PARLONS-EN.Certain-e-s de nos annonceur-e-s sont intéressé-e-s à louer notre liste d'abonné-e-s.Ils-elles aimeraient vous contacter pour vous proposer leurs services ou leurs produits.Bien entendu, cela ne vous engage à rien.Et, bien entendu.LA VIE EN ROSE ne veut louer sa liste qu'à des annonceur-e-s sérieux-euses qui respectent notre clientèle et en ont tait la preuve.Signalons que les annonceur-e-s s'engagent par contrat à n'utiliser qu'une seule lois la liste que nous leur louons.LA VIE EN ROSE envisage cette pratique, puisque c'est une source de revenu au même titre que la vente des espaces publicitaires.C'est clairement avantageux pour nous, ce peut-être avantageux pour l'annonceur-e, et, nous le pensons, pour vous aussi.Cependant, si vous ne voulez pas que votre nom soit loué, vous n'avez qu'à nous le signifier en cochant la case réservée à cette fin sur l'enveloppe retour des abonnements.Merci bien de votre collaboration.Claude Krynski.L'ÉCOLE DE MIME Stage de création (mars 1987) Altiste invité: Jan Ruts Directeur de la compagnie "Pyramid op de puni» Directeur artistique du Mime Studio d'Anvers Professeur de mime à l'École de mime d'Amsterdam Session 3 05/Q1/87 au 21/02/87 'i1 Renseignements et inscriptions 3673, St-Dominique Montréal H2X 2X8 514 843-3009 I.\ \ IE EN ROSE / DECEMBRE I'M BRÈVES BOY'S CLUB À RADIO-CANADA Présenté le 23 octobre dernier au CRTC, le mémoire du groupe de Vancouver Media watch' Évaluation-médias est catégorique: «La télévision de Radio-Canada continuera à véhiculer des stéréotypes sexuels tant que les instances de décision de la société resteront aux mains d'un club fermé masculin.» La Société Radio-Canada s'était engagée il y a cinq ans à améliorer la représentation des femmes sur ses ondes, mais celles-ci demeurent gravement sous-représentées à la télévision: 31,4% des personnes montrées au réseau anglais et 37,6% au réseau français.De plus, elles sont pratiquement absentes des émissions d'actualité et d'affaires publiques.Mediawatch a demandé au CRTC d'imposer certains critères à Radio- Canada afin de corriger la situation.D'abord, la mise en place d'un programme d'équité en matière d'emploi visant la représentation égale des hommes et des femmes, d'ici dix ans, aux postes de création et de gestion, ainsi que (comme personnages) dans toutes les catégories d'émissions.Enfin, l'engagement à produire et à acheter des oeuvres de femmes.MC PROCHAIN NUMÉRO En janvier, dans La Vie en rose, la prostitution: organisée à Bruxelles, montrée au cinéma, vécue à Montréal, discutée chez les féministes.Les trois nouvelles gagnantes du Concours Fiction 1987.La grève telle qu'elle est perçue par des travailleuses et des usagères des services publics.Et.Barbara, vingt ans d'amour exclusif.En kiosque le 2 janvier.Tl lui avait fallu six ans, à Rosa Becker, pour obtenir raison, finalement, devant la Justice.Après 18 ans de vie commune et de travail sur la ferme, son compagnon Lothar Pettkus l'avait proprement mise à la porte.D'une Cour à l'autre, elle avait exigé courageusement la moitié de la valeur de la propriété.En 1980, enfin, la Cour suprême du Canada reconnaissait son droit à ces 150 000 $.Et établissait par le fait même un précédent juridique capital en matière de propriété matrimoniale: à l'avenir, les épouses de fait seraient moins injustement traitées lors de la séparation, prévoyait alors le juge en chef Bora Laskin.Six ans plus tard, Pettkus accumulant avec succès les mesures dilatoires pour empêcher la saisie de «ses» biens, Rosa Becker n'avait pas encore vu la couleur de l'argent et vivotait avec 60 $ par semaine à Franklin Centre, Ontario.Alors, quels sont les effets réels des victoires juridiques?Pour Rosa, cela n'a plus beaucoup d'importance, désormais.On l'a trouvée morte dans sa chambre, au début novembre, suicidée.Ni Pettkus ni Laskin ne sont venus à l'enterrement.(Tiré de The Gazette, 11 nov.86) LA VIE EIM ROSE / DÉCEMBRE l'i*.17 PUBLICATIONS A FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DU QUÉBEC offre aux personnes intéressées un document intitulé Femme et santé: prendre la parole, prendre notre place.Ce document trace un portrait de la situation vécue par les femmes en regard de leur santé, parle des origines et des conséquences de cette situation, et offre des pistes de solution.Info: (514)842-5255.MOUVEMENTS, le magazine de solidarité, volera de ses propres ailes! Issue de la CEQ il y a trois ans, cette publication bimestrielle prenait le virage de l'indépendance cet automne.Bien qu'il bénéficie toujours d'un soutien financier de la centrale syndicale, Mouvement invite tou-te-s ses abonné-e-s ainsi que toute individu-e ou organisme progressiste à devenir membre du magazine.Coût 50 $ par année, abonnement inclus.Info: (514)282-1554.LE CONSEIL DU STATUT DE LA FEMME a réalisé au printemps 1985 une enquête auprès de 314 groupes de femmes de toutes les régions administratives du Québec, dont les résultats sont présentés dans un document intitulé Recherche auprès des groupes de femmes.Toute femme intéressée à en obtenir gratuitement copie peut s'adresser au Conseil du statut de la femme, Direction des communications, Service de l'expédition, 8, rue Cook, bureau 300, Québec, Québec G1R 5J7.LES ÉDITIONS LA MISE EN JEU présente La famille, un jeu d'enfant?, qui se veut un outil d'animation invitant à la réflexion et à l'échange.Un jeu sans perdants, un déclencheur pour tous ceux et toutes celles qui désirent interroger les enjeux de la famille.Son coût: 14,99 $.Info: (514) 333-8908.D INVITATIONS éjeunez en com pagnie de femmes intéressantes tous les lundis matins à LA MARIE DEBOUT.Au menu du mois de décembre: 1er décembre: deux femmes du Centre Saint-Pierre répondent à la question «Faut-il croire toutes les nouvelles?»; 8 décembre: Jeannine Lauzon nous parle de son métier: traiter les eaux; 15 décembre: Déjeuner Noël en fête.Devenez membre de la Marie Debout pour y participer.Au 562, rue Le-claire, Montréal.Info: (514)255-1304.Le 9 décembre, à 19 h, L'ÉCHO DES FEMMES DE LA PETITE PATRIE invite le public au visionne-ment d'un vidéo portant sur les stéréotypes sexuels Femme/sage comme une image.Cette présentation sera animée par Stella Daoust et Catherine Forget, du groupe Évaluation-Médias.Info: (514)277-7445.GROUPES réoccupée par la | situation de guerre que vit le peuple salvado-rien et à la suite du tremblement de terre qui a ravagé le Salvador en octobre dernier, L'ASSOCIATION DES FEMMES DU EL SALVADOR (AMES) lance un appel humanitaire à toute la communauté internationale, aux organisations soeurs, pacifistes, humanitaires, chrétiennes, aux personnalités parlementaires, etc., pour qu'elles apportent un soutien moral, matériel et économique aux femmes, enfants et personnes âgées victimes de cette tragédie.Faites parvenir vos dons à AMES, 1435, rue City Councillors, Montréal H2L 4J7.Info: (514)843-7540.LE CENTRE INTERNATIONAL MATCH, une agence de développement international, non gouvernementale et à but non lucratif, est la seule organisation au Canada dont l'unique mission est d'unir les Canadiennes et les femmes des pays en voie de développement par le biais de projets communautaires proposés et réalisés par ces dernières.Vous pouvez appuyer directement les aspirations des femmes du Tiers-monde en faisant une contribution à MATCH.Pour chaque dollar reçu, MATCH en verse trois.Faites parvenir vos dons à MATCH, 401-171, rue Ne-pean, Ottawa, Ontario K2P 9Z9.Info: (613)238-1312.DjyjIBS EUVIEME FES TIVAL DE FILMS DE FEMMES DE CRÉTEIL: mars 87.Conditions pour soumettre des films narratifs, des documentaires ou des court métrages réalisés ou coréalisés par une femme: avoir été complétés après le 1e'juin 85 et ne pas avoir été montrés en France (au cinéma ou à la télévision).Format: 16 mm ou 35 mm.Les bandes vidéo en 3/4 po sont hautement recommandées pour la pré-sélection.Pas de films d'étudiant-e-s.Date limite pour le Canada: 15 décembre 1986.Frais d'inscription: bande 30 min.: 5 $, 30-60 min.: 10 $; deux bandes: 20 $; films 30 min.: 10 $, 30-60 min.: 15 $, plus de 60 min.: 20 $ (en dollars US).Faites parvenir à CRÉTEIL, a/s FIVFF, 625, Broadway, 9e étage, New York, N.Y.10012.Info (urgences seulement): (212) 431-6483.ACTION AUTODÉFENSE POUR FEMMES ET ENFANTS, un organisme sans but lucratif, offre à sa session d'hiver un cours d'autodéfense s'adressant aux femmes.Pour vous inscrire, téléphonez au (514) 284-1212, ou rendez-vous, les lundis et mercredis entre 9 h et 15 h, au 2035, boul.Saint-Laurent, Montréal.L'ATELIER D'ARTS MARTIAUX DES FEMMES, fondé en 1984, s'adresse à toutes les femmes désireuses d'acquérir l'art du combat à travers une vision globale et féministe de l'art martial, qui se veut non compétitive.Les arts martiaux actuellement enseignés sont le karaté et le tai chi.Les femmes qui désirent s'inscrire pour la session d'hiver peuvent composer le 527-2607.ÉVALUATION-MÉDIAS, un organisme pan-canadien qui a pour objectif d'améliorer la façon dont les femmes sont représentées dans les médias, invite les individu-e-s à lui faire parvenir leurs commentaires sur l'utilisation des stéréotypes sexuels (ou images positives, s'il y a lieu) dans une annonce publicitaire ou une émission précise paraissant dans une publication ou sur les ondes de stations canadiennes.Les commentaires doivent être énoncés sur des formulaires distribués par Evaluation-Médias.Info: (514) 270-7069.ERRATUM Une inexactitude s'est glissée dans l'entrefilet «De Londres à Laval» (LVR, sept.86, p.11).La compagnie Sun Life du Canada ne fait plus partie, et ce depuis dix ans, des compagnies canadiennes qui font affaires avec l'Afrique du Sud.Elle n'est donc plus sur la liste des compagnies à boycotter.I.V \ IK EN ROSE / DECEMBRE l'Md I") Mort, le militantisme québécois?Recyclé dans l'économie, plutôt.It ambitieux.Au premier abord, l'atelier ressemble à bien d'autres.Douze femmes et deux hommes y confectionnent des vêtements de cuir.Soudain, la différence saute aux yeux.Elle est dans l'atmosphère: entraide plutôt que compétition.Mieux: tout le monde ici s'affaire mais sans craindre l'oeil du contremaître.Pour une raison bien simple: il n'y a pas de contremaître! C'est Carmen Fugère.22 ans de métier, qui vérifie la qualité du trav ail des couturières moins expérimentées, entre deux ouvrages sur sa propre machine à coudre.Non, Les Cuirs Valois, d'Acton Vale, n'est pas une entreprise comme une autre.C'est une coopérative de travail créée en 1()K3 par des travailleuses victimes de la fermeture de leur usine.C'est aussi un exemple du nouveau militantisme économique qui inspire de plus en plus les groupes populaires.Des coopératives de travail, comme des corporations de développement économique communautaire (CDECl, il a été longuement et chaudement question les 16, 17 et 18 octobre dernier, lors du colloque Fais-moi signe de changement, organisé à Victoriav il-le par la Corporation de dév eloppement communautaire des Bois-Francs.Par le nombre de participant-e-s, on se serait cru au bon v ieux temps, quelque part dans les années 70, «l'âge d'or» du militantisme.Pensez donc: 450 personnes réunies pour réfléchir sur les acquis et l'avenir du mouvement populaire et communautaire québécois! Nouveaux visages: environ 65% militent depuis quatre ans ou moins.Nouveaux mouv ements, aussi, avec une forte représentation des centres de femmes, des maisons déjeunes et des corporations de développement économique communautaire.Nouveaux créneaux, enfin: l'économie et la création d'emploi, nouveaux enjeux qu'on refuse de laisser «aux autres», nouveaux terrains d'innov ation sociale.«Le défi, c'est de subvertir l'argent, car il nous en faut, ainsi que du pouvoir, pour imposer nos priorités.» Lyse Brunet, coordonna-trice de l'R des centres de femmes, résumait ainsi l'enjeu.Investir l'économie à d'autres fins, selon d'autres valeurs, en conciliant rentabilité économique et projet social: casse-gueule, disaient les uns, mission possible, répondaient les autres.Il ne s'agit pas, il ne s'agira jamais de s'emparer de la haute finance ou de la grande industrie.En matière d'économie et de création d'emploi, le mouvement populaire mise sur deux tableaux: les coopératives de travail — aussi nommées coopératives ouvrières de production — et les corporations de développement économique communautaire (CDECl.Coops: avantages et inconvénients Entreprises dont les travailleur-euse-s sont à la fois emplov é-e-s et copropriétaires, les coopératives de travail connaissent depuis 1*180 une expansion rapide dans tout l'Occident industrialisé.Au Québec, leur nombre a doublé en quatre ans.Une poignée d'entre elles sont possédées totalement ou majoritairement par des femmes.«D'abord un enjeu de pain et de beurre, estime Nicole Gi-roux, ex-militante du JAL 1 et chercheure au Centre de gestion des coopératives, rattaché à l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales.Le problème est le suivant: de plus en plus de femmes ont besoin d'un revenu en même temps que l'emploi des femmes devient de plus en plus vulnérable.Pour plusieurs, l'alternative Be L'ÉCONOMIE COMMUNAUTAIRE, CASSE-GUEULE OU POSSIBLE?trouve du côté de la création, souvent collective, d'entreprises.» Juridiquement parlant, les principes de la coopérative de production sont simples: un vote par membre, quel que soit le nombre de parts sociales détenues, une assemblée générale souv eraine, des surplus remis aux membres ou réaffectés au développement de l'entreprise.Certaines coopératives s'en tiennent à cela, ainsi qu'à leur objectif premier: la création ou la préservation d emplois.D'autres cependant utilisent la formule pour améliorer aussi leur qualité de v ie et de travail-, Carole Boucher est l'une des membres-fondatrices de Coopairs, coopérative de production, animation, information et recherche sur la sexualité.«C'est, dit-elle, un mode de gestion qui nous garantit plus d'autonomie comme femmes et comme professionnelles.Nous pouvons pratiquer la sexologie comme nous l'entendons, adopter une approche globale qui tienne compte des facteurs sociaux, culturels, politiques, un genre d intervention mal v u des milieux universitaires et institutionnels.» La coopérativ e Auxi-plus, de Montréal, a été créée pour contrer la situation de sous-emploi et d'isolement vécue par les auxiliaires familiales embauchées par les agences privées.«Les agences, explique Gisèle Côté, te laissent te débrouiller seule avec le ou la bénéficiaire.Pas d'information préalable sur la personne dont tu dois t occuper, pas de ressources en cas de difficulté.» A Auxi-plus.en revanche, l'information, la formation professionnelle des auxiliaires et l'amélioration de la qualité du service font partie intégrante des objectifs.Après neuf mois d'opération, la coopérative compte une centaine de membres, très massivement des femmes.Carmen Fugère et Franca Cerbo.des Cuirs Valois, ne retourneraient pas travailler dans une entreprise privée.Et pour cause! Franca, simple couturière dans l'ancienne usine, s'est recyclée pour devenir patronniste dans la nouvelle coopérative.Carmen résume ainsi la différence: «Dans le privé, t'as toujours le même ouvrage, la même machine.Ici.c'est plus intéressant, plus poly-\ aient.A tour de rôle, nous sommes amenées à présenter nos produits dans les expositions, ce qui nous donne un contact avec la clientèle.Et puis, conclut-elle, si on préfère la coop, c'est peut-être parce qu'on a tellement investi dedans! » Dans tous les cas, en effet, le démarrage d'une coopérative de travail tient de la course à obstacles, tellement est considérable l'investissement en temps et en argent.D'abord chaque membre doit souscrire une part sociale: on la puise dans ses économies, on l'emprunte, on la prélève sur ses premier^ salaires.Il faut ensuite négocier avec le- institutions financières.Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles n'entretiennent guère de préjugé favorable à l'égard des coopératives, d'autant moins s'il s'agit de femme-.\u depart, explique Madeleine Ménard, gérante des Cuir- \ alois, la banque ne nous prenait pas tellement au sérieux.Qui étions-nous, pour vouloir démarrer une entreprise?Et puis l'aspect coopératif leur faisait peur.Qui est responsable?disaient-ils.Tout le monde est boss! » L'ne coopérative comme Trasso.spécialisée dans la fabrication d'uniformes.MARTINE D'AMOURS I.W IEE\ ROSE / 1)1 I I \IIIKE 21 dépit d'un carnet de commandes bien rem pli.Puis il faut consacrer à l'entreprise une quantité impressionnante d'heures bénévoles avant d'en obtenir le moindre cent en salaire.Toutes les soirées et les fins de semaine requises par la coopérative entraînent parfois des difficultés familiales qui peinent.assombrir la détermination farouche des coopératrices.Même l'aspect démocratique, si intéressant, piisf des défis par-ticuliers.Madeleine Ménard rapporte que certaines décisions sont particulièrement difficiles à prendre: procéder à des mises à pied quand il manque de travail, critiquer la qualité du travail de certaines collègues, etc.Dans une coopérative de petite taille, le fonctionnement collégial est plus facile.Ainsi, explique Carole Boucher, les trois membres de Coopairs trouvent aisé de décider en commun.A Auxi-plus.la directrice Josée Proulx tient un discours plus nuancé.\ \ ec près de cent membres dispersés dans les lieux de trav ail différents, nous ne pourrons jamais fonctionner comme une petite coopérative où tout le monde prend les décisions.Pour une foule d aspects, par exemple la répartition des heures, les travailleuses devront s'en remettre aux gestionnaires, lesquelles seront éventuellement élues par les membres.Il ne faut jamais oublier que nous sommes une entreprise et que l'aspect démocratie, si important soit-il.ne doit pas prendre le pas sur l'aspect gestion.» Si l'entreprise coopérative n'a pas pour but premier de réaliser (les profits, elle cherche quand même à dégager des surplus.Mais à la différence de l'entreprise privée, ces sommes sont réinvesties dans l'amélioration des salaires, des équipements et des conditions de trav ail.Conjuguer la loi du marché avec un fonctionnement démocratique et l'expérimentation de nouveaux rapports de travail, voilà le défi auquel sont confrontées les coopératives de production.Mais, certaines expériences l'ont démontré cruellement, on ne peut éviter l'élément rentabilité.Nicole Giroux, qui a étudié de près le fonctionnement de plusieurs coopératives, explique que les conditions de succès d'une coopérative sont les mêmes que pour n'importe quelle autre entreprise: «Un bon créneau, c'est-à-dire un produit qui corresponde à un besoin sur le marché, une connaissance du produit et du marché, un secteur où la valeur ajoutée est importante, une équipe complémentaire et si possible, un potentiel pour l'exportation et la possibilité de se qualifier pour les emplois de l'avenir.Souvent, conclut-elle, les coopératrices partent de ce qu'elles savent faire: la cuisine, la couture, le gardiennage.Cela comporte des avantages mais aussi l'inconvénient de se cantonner à des secteurs d'emploi traditionnels et peu qualifiants.» Autre leçon héritée du passé: on ne s'improvise pas coopérateur ou coopératrice.Retraçant l'expérience de Trasso, une coopérative mise en faillite après deux ans de fonctionnement, Monique Sullivan rapporte: «On a embarqué dans la formule en l'espace d'une nuit, parce que c'était le seul moyen de récupérer un job.Maison a toujours été pris à la gorge, sans avoir le temps d'expérimenter, de former les membres, etc.» Il est v rai que 75 % des emplois fournis par les coopératives sont précaires (saisonniers, à temps partiel!.Mais la précarité dépend beaucoup des secteurs de travail où sont implantées ces coopérati-v es I industrie forestière, bleuetière, services, etc.I.En examinant la réalité par l'autre bout de la lorgnette, on pourrait dire qu'à secteur de travail équivalent, l'emploi dans les coopératives est moins précaire que dans l'entreprise privée.Pour une raison très simple: les travailleur-euse-s-propriétaires des coops possèdent toute l'information disponible pour tenir compte des fluctuations du marché.En outre, si le démarrage d'une coopérative de trav ail comporte des risques, les travailleur-euse-s concerné-e-s estiment souvent (pie cela vaut mieux que d'assister impuissant-e à la fermeture de son usine ou de partir seul-e à la recherche d'emplois introuvables.Des trois coopératives visitées, seule Coopairs en arrache pour le moment.Carole Boucher le reconnaît: «Nos salaires en prennent un coup.Mais c'est comme si on avait une grosse tête dure, comme si on avait pris la piqûre de l'autonomie — «non.je n'aurai pas de patron» — en même temps que celle de l'entreprise — «oui, on va la faire marcher, cette boîte-là.» Aux Cuirs Valois, par contre, on verse les salaires prévus par le décret de l'industrie du vêtement et les nouveaux contrats décrochés ont même permis de passer d'emplois saisonniers (huit mois par année) à des emplois à temps complet.Chez Auxi-plus.les membres trav aillent de 2~> à 30 heures par semaine et les salaires sont plus élevés que dans les agences priv ées: 6.40 $ au lieu de 4 $ ou 5 $.Vingt ans après avoir été organisateur syndical dans le secteur du textile, Michel Chartrand rencontrait à nouveau des travailleurs et des travailleuses de la Dominion Textile.«Qu'est-ce qui a changé en 20 ans?, leur a-t-il demandé.Avez-vous encore le plan boni, le travail à la pièce?» Eh bien oui, chez Dominion Textile, on fonctionnait encore dans ces conditions extrêmement pénibles.«C'est drôle, concluait Paul-André Boucher, l'ancien président de Tricofil, qui rapportait l'anecdote, comme à Tricofil c'est la première chose qu'on a fait sauter! '» CDEC: surtout en ville Si le mouvement coopératif a, au Québec, une tradition de quelques décennies, particulièrement en milieu agricole, c'est beaucoup plus récemment qu'on a vu s'implanter, en milieu urbain, les corporations de développement économique communutaire (CDECI.g L'histoire commence en l(W4, à Pointe Saint-Charles, dans le s sud-ouest de Montréal.Dans ce quartier dont la population, à s 75 % prestataire de l'Etat, est menacée d'éviction au profit d'une Q clientèle plus fortunée, une coalition de groupes populaires récla- ^ me et obtient 75 000 $ pour une étude sur le potentiel économique p du quartier.Le Programme économique de Pointe Saint-Charles | tl'EPI, issu de cette coalition et chargé de l'étude, allait devenir la 0 première corporation québécoise de développement économique, q inspirée du modèle répandu dans les communautés ethniques de J LA VIE EN ROSE / DÉCEMBRE I1»». plusieurs grandes villes américaines; à Boston, par exemple, auprès de la communauté italienne.Le plan de travail du PKI' se divise en quatre volets: défense au-l'irs de la Ville de Montréal d'un contre-plan d'aménagement qui conserve au quartier sa triple vocation commerciale, industrielle et résidentielle; création d'emplois, notamment mais non exclusivement par le soutien aux entreprises coopératives; formation de base, formation professionnelle et formation à la gestion pour la population du quartier; et financement de ces entreprises par la création d'un fonds d'investissement.A la suite du colloque Mon (juartier.je l'ai k incur, les groupes populaires du Centre-sud de Montréal forment aussi, en 1084, leur propre corporation de développement économique communautaire, bientôt imités par ceux d'Hochelaga-Maisonneuve.Certaines corporations, comme celle des Bois-Francs, d'abord conçues pour regrouper les inter\enant-e-s communautaires de la région, en viendront aussi à privilégier le volet création d'emploi.En 1084-85.à la fin de son deuxième mandat, le gouvernement du Parti québécois donne des signes de panicpie.Son cauchemar, son fantasme, son leitmotiv : créer de l'emploi.C'est dans ce contexte que Pauline Marois.alors ministre de la Main-d'oeuvre et de la Sécurité du revenu, pilote le dossier des corporations de développement économique communautaire.Les subventions, de 200 000$ à 300 000$ étalés sur 15 mois pour chacune des CDEC.sont arrachées presque à la veille des élections.V l'Industrie et Commerce, son collègue Rodrigue Biron a déjà entrepris de faciliter la créatii m des ci lopérativ es ouv Hères de production.Son raisonnement est le suivant: les petites entreprises créent plus d'emplois que les grosses; les coopératives sont généralement de petites entreprises; aidons les coopératives à créer de l'emploi.Le MIC s'est donc mis en devoir de sortir l'artillerie lourde: révision de la loi.qui réduit de 12 à .'5 le nombre minimum de signataires d'une demande d'incorporation: modification du mandat de la Société de développement coopératif (SDCl.maintenant chargée de garantir des prêts à la capitalisation: création d'une douzaine de groupes-conseil IGCI.responsables du soutien technique aux coops de travail; mise sur pied de coopératives régiona- les de développement ICRDl avec mission de planifier le développement des coopératives dans chacune des régions du Québec; enfin, instauration du régime d'investissement coopératif, le RIC, sorte de RÉA coopératif, en moins avantageux cependant.Ouf! on n'en demandait pas tant.Plusieurs de ces mesures, il est vrai, ont été revendiquées par les coopératives.Toutefois, celles-ci.ou du moins les plus averties, voient d'un mauvais oeil ce parachutage de structures et de gestionnaires plus versés dans l'«entrepreneurship» que dans l'«autogestion».Comme quoi la coopérative c'est une coquille: on peut mettre ce qu'on veut dedans.Récupérer ou être récupéré?Face à cette ouverture étatique au développement économique coopératif ou communautaire, on voit au moins cinq ou six réactions différentes.Certains s'emparent de la coquille pour se «partir en business».D'autres y trouvent le moyen de résoudre collectivement un criant problème d'emploi.Le mouvement syndical, lui.n'est d'abord pas très chaud.La FTQ, autrefois impliquée dans l'expérience de Tricofil.investit maintenant toute sa foi dans son F"onds de solidarité.De son côté, la CSN a fini par demander et par obtenir (c'est une question de jours, nous dit-onl la gestion d'un des groupes-conseil issus du MIC.Dans les deux cas, on vise avant tout le maintien et la création d'emploi.L'autogestion?Vous repasserez.Une partie du mouv ement populaire a craint et craint encore de perdre sa vertu dans ce militantisme économique.Au colloque de \ ictoriav ille.une bonne moitié de la salle accumulait des réticences, exprimées par quelques ténors masculins: «Depuis quand le rôle des groupes populaires est-il de remplacer l'Etat sur le terrain de la création d'emplois?Et puis travailler avec des gens d'affaires, dans le cadre des CD EC?.Non.décidément on ferait mieux de garder nos énergies pour rev endiquer.» Ce à quoi les « pragmatiques», dont beaucoup de femmes, rétorquaient par l'argument de la nécessité ou.comme le disait Nancy Neamtan.du Programme économique de Pointe Saint-Charles: «C'est le moyen de continuer à lutter pour la justice sociale tout en ayant perdu sa naïveté!» LES 4 ATOUTS ^DU SYMPOSIUM VARIÉTÉ la marée du jour à votre table FRAÎCHEUR ambiance et service CHALEUREUX À VOUS rapport qualité/prix AVANTAGEUX 4293 ST-DENIS MONTREAL QUÉBEC 842-0867 cinema + libre V CINEMA LIBRE vous souhaite Joyeux Cinéma! Une nouvelle équipe, une nouvelle adresse, 3575 boul.St-Laurent, suite 704, H2X 2T7 De nouveaux films au repertoire: * Pellan * * Contes des mille et un jours ou Jean Desprez * ?Le Rêve de Voler ?Cho Oyu la voie de l'impossible * ?Nous près nous loin * ?Painted landscapes of the times : the art of Sue Coe ?et d'autres à venir.DISTRIBUTEUR DE FILMS ET VIDEOS I \ v IK EN ROSK / DECEMBRE lC et ( 'Kl ) I \ iennent à échéance d'ici un an.Le gouvernement libéral a déjà fait savoir qu'il «réévaluerait» alors les programmes.«Au printemps, c'est l'inconnu», reconnaît Nancy Neamtan, «.mais je t'assure qu'on va se battre.» Décidément, en investissant l'économique, le mouvement populaire n'a pas perdu sa combativité.Il l'exerce plutôt sur de nouveaux terrains.1.J AL: du nom de trois paroisses du Bas-du-flcuve, Justin, Auclair et Le-jeune qui, au gouvernement qui avait planifié leur fermeture, ont répondu par la mise en place d'un projet de développement autocentré et largement coopératif.2.Selon une enquête récente de Benoit Lévesque, la creation d'emplois est l'objectif prioritaire de 87 % des coopératives de travail mais la recherche de nouvelles formes d'organisation du travail et le changement social sont également prioritaires pour respectivement 54,4 % et 42,6 % d'entre elles (B.Lévesque et al.Profil socio-économique des cooperatnes de travail au Québec.1985).3.Cette anecdote est tirée d'une entrevue réalisée par Louis Favreau, dans le cadre d'une recherche en cours sur les mouvements populaires.«EAU DE ROSE-OVERDOSE.» UNE MÈRE PART EN GUERRE CONTRE LA DROGUE A LIRE ABSOLUMENT 9,95 $ EN VENTE PARTOUT édipresse "9«li i»*C 5198, rue St-Hubert Montréal, H2J 2Y3 IIIMISTE Rencontre avec Suniti Namjoshi Auteure de -Feminist Fables» vendredi 3 octobre.20 n —» y^mm i m Une liste des nouvelles parutions est publiée trois fois l'an.Abonnement annuel : 2 $ 3642, boul.Saint-Laurent, Montréal H2X 2Va.Tél.: 842-4765 21 LA VIE EX ROSE / DECEMBRE l'Wo LE THEATRE D'UN TEMPS PRESENTE Lesfemmes ont partout leur place mais elles ont besoin de moyens.Le Théâtre d'un Temps en est un.Le Théâtre d'un Temps CP.succursale I )esjardins Montréal.Québec H5B lli-» (5l4)"6"'-9363 Publié grâce à l'aide du Secrétariat d'État du Canada />/>< tii ispta \nhilic Iessit-i taime ' ben qu' trop de Jocelyne Beaulieu une pièce traitant de la violence faite aux femmes dans leur vie de couple D I S F C) N I H LES SI' R C O M M A N I) I! à venir en mai 1987: une nouvelle pièce de Jocelyne Beaulieu sur le rapt d enfants parleurs parents ROSALIE BERTELL Allons-nous, titubant, vers la lumière et la résurrection ou, au contraire, vers le gouffre et le néant?« La guerre doit devenir de l'histoire ancienne tout comme les châteaux mé-diévaux, la fortification ilr~ \ illes, le duel, le cannibalisme el I esclavage.Le droit qu'ont les nations de tuer leurs propres citoyens ou ceux d'autres nations, pour un avantage politique quelconque, est aussi outrageant aujourd'hui que l'était jadis le droit du mâle sur la v ie de sa femme et de ses enfants.» Ainsi parle Rosalie Bertell, docteure en mathématiques, en physique et en bio-chimie.auteure de No immediate Danger: Prognosis for a Radioactive Earth et récipiendaire cette année du prix Nobel «alternatif», le Right Livelihood Award.Décerné depuis quatre ans par une fonda-lion suédoise, ce prix couronne des scientifiques qui se distinguent en matière de paix, d'écologie ou de problèmes sociaux.Rosalie Bertell, une petite femme de ô ans.Américaine de naissance, religieuse de vocation (elle a même été chez les Carmelites! I et féministe d'orientation, a des choses terrifiantes à dire.Mais elle les dit toujours avec un calme étonnant, dans les circonstances loin d'être superflu.Elle étudie les effets des radiations nucléaires sur les humains et sur la planète, ce qu'elle appelle «le processus de brutali-sation en préparation pour la Troisième Guerre mondiale», depuis plus de 20 ans.Depuis qu'elle a établi, en fait, un lien entre le développement de la leucémie et les rayons X médicaux.Plus que tout autre SOMMES-NOUS EN VOIE D'EXTINCTION?facteur environnemental, héréditaire ou professionnel, ces derniers seraient en cause.«Le jour où j'ai entendu les promoteurs d'énergie nucléaire déclarer que cette industrie n'était pas plus dangereuse pour la santé que les rayons prescrits par les médecins, j'ai commencé à m'inquié-ter».expliquait la docteure Bertell, de passage à LVR il y a quelques mois.Rosalie Bertell le dit aujourd'hui à qui veut bien l'entendre: l'espèce humaine est en voie d'extinction.Selon ses recherches, les radiations auraient fait, de la première explosion nucléaire en l°4ô I Hiroshima-Nagasaki I.à nos jours.17 millions de victimes.Comment expliquer un chiffre aussi astronomique'.' «C'est en partie à cause du moment auquel l'industrie nucléaire s'est mise en branle, dit-elle.C'était au début des années 50, les Soviétiques venaient d'expérimenter leur première bombe atomique, la guerre de Corée battait son plein et les relations internationales dev enaient de plus en plus tendues.Soucieux, disaient-ils.«de sauver New York et Los Angeles d'une bombe nucléaire», les militaires américains ont eu, à partir de ce moment-là, tous les droits.C'est alors que le Nevada a été désigné comme terrain d'essai nucléaire: au FRANCINE PELLETIER début, on devait y permettre quatre bom bes seulement.Quiconque s'y opposai était immédiatement taxé de communis me ou d anti-patriotisme.» Trente-cinq ans plus tard, c'est 1 200 bombes qu'on a testées au Nevada et un peu partout, peut-être surtout dans le Pacifique.Quelles sont les conséquences de cette course nucléaire poursuivie d'abord par les Américains et les Soviétiques, par les Français, les Anglais, les Chinois et les Israéliens ensuite?Dans le Pacifique, elles vont de la disparition complète de territoires (certaines îles se sont vaporisées, d'autres ont tout simplement couléI.à la naissance de (jellyfish babies», c'est-à-dire de formes qui ressemblent dav antage à des «grappes de raisins» qu'à des êtres humains.Dans les pays industrialisés, on a vu une incidence beaucoup plus élevée de cancers, de diabètes, de leucémie, de maladies dites dégénérativ es.voire de v ieillissement prématuré, d'hv peractivité et d'obésité.D'après un estimé des Nations L'nies, 130 mégatonnes de déchets atomiques se baladeraient actuellement dans la stratosphère, au-dessus de l'hémisphère nord.V erdict de mort Il faut dire aussi, poursuit Rosalie Bertell.que la Commission internationale pour la protection radiologique (ICPRl.censée émettre des recommandations à ce sujet (habituellement suivies par le Canada I.est un organisme passablement cor- LA VIE EN ROSE / DÉCEMBRE IQHfi 27 rompu, qui ne sert qu'à donner bonne conscience aux gouvernements.Ainsi, pour chaque million de personnes exposées à un rem1 de radiations.l'ICPR prévoit 125 cancers.La communauté scientifique estime plutôt des probabilités se situant entre 1 000 et 44 000, soit 10 à 44 fois plus de cas.«Un gros écart, de dire Mme Bertell, mais qui s ex- 161 rue St-Paul est Montréal, Que.H2Y 1Z5 878-1250 / 282-9201 plique facilement: les promoteurs d'énergie nucléaire, obligés de prévoir les dangers potentiels de leurs centrales, se basent toujours sur les chiffres les plus bas.L'industrie fonctionne donc selon des critères beaucoup moins rigoureux que les normes scientifiques.» Selon la docteure.rien ne suscite des réactions plus «irrationnelles» que la question des radiations à basse intensité.«Au début, je croyais que tout l'argent impliqué, des mines d'uranium jusqu'aux centrales nucléaires, justifiait autant d'accrocs à la logique.Mais c'est encore plus profond: ce sont les stratégies militaires mêmes qui sont en jeu.Les gens doivent pouvoir tolérer les radiations coûte que coûte, sinon comment pourrait-on fabriquer des armes nucléaires?'.C'est d'ailleurs pourquoi la phrase clé, chaque fois qu'il est question d'une fuite quelconque, est toujours: «Pas de danger immédiat» .Et dans un sens, c'est vrai, puisque ce ne sont ni les organes vitaux ni le fonctionnement du corps qui sont attaqués.Ce sont les cellules.Vous n'en mourrez pas immédiatement mais, à long terme, c'est peut-être une sentence de mort.Pour vous.Et pour vos enfants.» C'est ce qui fait dire à la docteure Bertell que notre société est atteinte de la «maladie de la mort», la civilisation actuelle subissant une crise structurelle.«Le système des nations-états, qui ne date pourtant que de 350 ans (avec le traité de Westphaliel, est au bout de son rouleau, e\plique-t-elle.Car le nationalisme exar-cerbé généré par un tel système est en train de nous tuer.Au nom de la sécurité nationale, on détruit nos aliments, notre eau, notre oxygène, notre terre et même notre matériel génétique.Il s'agit en fait d'une double crise: détérioration d'un système politique d'un côté et détérioration d'une population de moins en moins en mesure de faire face au problème, de l'autre.Les enfants qui naissent aujourd'hui sont physiquement moins forts que nous l'étions à notre naissance.C'est de la folie et ça doit s'arrêter.Mais d'abord, il faut se demander: quelles caractéristiques de ce système nous ont mené-e-s au bord du précipice?Deux (lu ims: le droit de chaque nation à son ar-mée ainsi (pie relui d'imposer la peine Capitale.Si nous éliminions ces éléments, le système politique actuel s'effondrerait.» Les vrais «primitifs» Bien que Rosalie Bertell reconnaisse beauci nip de mérites au nationalisme — le sentiment d'identité, la protection d'une langue et d'une culture, les possibilités d emplois et de bénéfices sociaux.— elle juge le système des nations-états «primitif»: nous en sommes toujours à la menta- « lité du plus fort et au recours à la violence S comme moyen de résoudre les conflits.£ «Les honjmes qui prennent les décisions § dans cette société, poursuit-elle, ne se sen- ^ tent responsables que de l'argent impli- g que et du pouvoir politique qui s'y ratta- J LE GRAND VOYAGE POUR LA PAIX Le rôle de chien de garde que Rosalie Bertell souhaitait voir jouer par l'Église auprès des gouvernements, des femmes le jouent présentement avec Le Grand \ oyage pour la paix.Une initiative des femmes suédoises, encore une fois.Les mêmes qui, depuis cinq ans, ont organisé quatre grandes marches pour la paix, dont la plus récente traversait l'Amérique centrale, en décembre dernier (voir LY'R, mars 861.Plus ambitieux encore Le Grand Voyage pour la paix consiste à poser cinq questions aux gouvernants du monde.Questions auxquelles ils sont tenus de répondre clairement, c'est-à-dire par un oui ou par un non: 1.Voulez-vous interdire à vos forces défensives de quitter le territoire de votre pays, si tous les autres pays de l'ONU font de même?2.Voulez-vous interdire les armes nucléaires et toutes les autres armes de destruction massive dans votre pays, si tous les autres pays de l'ONU font de même?3.Voulez-vous interdire toute exportation d'armes de votre pays, si tous les autres p*) g de l'ONU font de même?4.Voulez-vous coopérer pour que l'eau potable, la nourriture, les soins élémentaires de santé et l'éducation soient garantis à tous dans le monde?5.Voulez-vous que des conflits futurs avec d'autres pays soient résolus par des moyens pacifiques et non par l'usage ou la menace de moyens militaires?Le Grand Voyage pour la paix complétait la première de ses quatre étapes l'année dernière, en Europe.Résultat: des 28 pays visités (tant à l'Est qu'à l'Ouest), 21 ont répondu oui aux cinq questions.Mais les abstentions sont notables: la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne de l'ouest, soit les puissances militaires les plus fortes d'Europe et les alliés les plus sûrs des Etats-Unis.28 LA VIE EN HOSE / DÉCEMBRE l«M«. che.Des êtres humains, ils se soucient très peu.Ce que la bombe à neutrons illustre d'ailleurs à merveille: elle tue les vivants sans abîmer les choses.Ces hommes sont fascinés par des machines, des édifices, des avions.C'est ça qu'ils veulent sauver.Ils voient le monde comme une énorme usine qui fonctionnerait aux coûts les plus bas.Or, ce n'est pas que la planète soit incapable de soutenir plus d'habitants; c'est qu'il s'y joue présentement une compétition féroce entre les êtres humains et les industries gobeuses d'eau, d'air et de terre.Ce sont ces attitudes qui.plus que toute autre chose, nous corrompent et nous perdent.» Mais si l'heure est grave, la crise actuelle n'a pas que du mauvais.«Une crise peut avoir deux issues: l'anéantissement ou, au contraire, une percée de civilisation.À la fin de 1ère tribale, les tribus s'aggloméraient pour fonder des villes et cela a dû paraître très inquiétant, par exemple.Après tout, c'est la tribu qui jus- La deuxième étape— 14 pays dispersés à travers l'Amérique du Nord et du Sud.I Vsie et l'Afrique — tire présentement à sa fin.Dans chaque pays visité, une délégation d environ cinq femmes est mise sur pied; du même coup, un impressionnant réseau international de femmes se crée.Comme il fallait s'y attendre, le Canada n'a répondu ni oui ni non aux questions posées.Il a, en fait, répondu sensiblement de la même façon qu'en septembre dernier, à la Coalition un F-18 pour la paix qui lui demandait de verser un montant équivalant à un de ces avions à un fonds de création d'emplois.Par lettre, il a réaffirmé qu'un «potentiel défensif moderne et suffisant» est nécessaire à la «sécurité nationale» et au respect de «nos engagements collectifs».Et quel but Le Grand Voyage pour la paix vise-t-il en distribuant son questionnaire à travers le monde?«Acculer les gouvernements au pied du mur.répond Solange Fernex.directrice des Femmes pour la paix en France et membre de la délégation.La plupart d'entre eux se fichent pas mal des traités de paix qu'ils ont signés, tel la Charte des Nations-Unies, qui les engage à éviter la guerre et à éliminer le sous-développement.» C'est donc un processus de responsabilisation des hommes au pouvoir qu'ont entreprix, cette fois, les femmes pour la paix.Prochaine étape, les deux Grands: Washington et Moscou (Rosalie Bertell sera de la délégation!, le 5 et 6 décembre.Après quoi toutes les réponses recueillies seront compilées et dépotées aux Nations-Unies, fin décembre.Au printemps prochain, une deuxième Conférence du oui — la première a eu lieu après la tournée européenne — rassemblera tous les pays qui auront répondu oui.Et, à titre d'observateurs, les autres pays ainsi que des chercheur-e-s sur la paix, des groupes de femmes et d'autres organismes intéressés par la question.«A défaut d'un désarmement immédiat et réel, dit Mme Fernex.nous voulons démontrei le grand écart qui existe entre les aspirations des gouvernements et les aspirations des gens.» FI'.qu'alors fournissait foyer, travail, soins et protection.Le chef de la tribu av ait même droit de vie et de mort sur ses sujets.Lorsque cette organisation primitive fut modifiée, on peut dire que l'espèce humaine venait de faire un grand bond en avant.Il était dorénavant possible, voire avantageux, de vivre avec des personnes qui ne nous étaient pas liées par le sang.Différentes de nous, donc.Une fois ce principe reconnu, les villes pouvaient grandir presque indéfiniment sans que cela pose de problèmes.» Parler pour la terre Allons-nous, titubant, vers la lumière et la résurrection ou.au contraire, vers le gouffre et le néant?Rosalie Bertell vacille d'un jour à l'autre entre l'optimisme et le pessimisme.«Chose certaine, personne ne parle pour la terre, en ce moment, ni pour les femmes, les vieillards, les jeunes.Il faut que nous exigions notre place.Et d'abord, dirais-je.dans les organismes les plus problématiques: les ministères des Affaires étrangères et les Instituts d'études stratégiques.Il n'y a ni médecin, ni écologiste, ni psychologue, ni généticien autour de leurs tables de travail.Je le sais pour avoir assisté à des réunions.Il y a là.surtout, des militaires occupés à leur grand jeu d'échecs.Et trop absorbés par leurs calculs stratégiques pour se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle.«Il faut que les femmes infiltrent ces groupes.Ce ne sera pas facile, car cela implique, entre autres, apprendre à parler leur jargon franchement dégueulasse.Et de façon plus large, il faudra utiliser des méthodes de non-coopération.La prochaine fois qu'ils voudront tester un missile Cruise au Canada, par exemple, les femmes devraient s'absenter de leur travail.L'époque des démonstrations dans la rue tire à sa fin.de toute façon, et puis cette méthode de dénonciation sert trop souvent de prétexte à la police pour déployer ses tactiques d'intimidation.Mais qu'est-ce que la police ou l'État pourront faire si l'on reste chez soi?Plusieurs options non violentes s'offrent à nous.Mais nous devons les déployer massivement et systématiquement.J'aimerais aussi voir l'Eglise jouer un rôle plus actif vis-à-vis des militaires.Elle devrait payer elle-même les aumôniers militaires, par exemple; elle devrait rappeler aux soldats les engagements de paix pris par leur pays, des engagements qu'ils ignorent souvent alors qu'ils devraient être les premiers à les faire respecter.«Ce qui m'encourage en ce moment, c'est que de plus en plus de gens tentent d'imaginer l'avenir différemment, de concevoir un monde OÙ ni la stabilité politique ni les emplois ne dépendraient de la guerre.Vous savez qu'aux États-Unis de moms en moins d'étudiants s'inscrivent aux programmes de physique nucléaire, parce qu'ils et elles n'v voient plus d avenir?C'est d ailleurs ce qui m'a tant excitée de l'évolution récente des Philippines.Voir tout un peuple traverser la ligne invi- Rosalie Bertell, l'ex-carmélite qui n'a pas peur des mots sible qui sépare la soumission du rejet; tout un peuple affirmant: «Nous ne prétendrons plus que cette situation est normale.Nous allons protester jusqu'à ce qu 'elle change.» Cette prise de conscience fondamentale, point de non-retour, nous nous en rapprochons chaque jour davantage, je crois.Mais, que nous parvenions ou non à faire changer de direction cette si k iété, je sais que je dois veiller au destin de cette planète.Les femmes, vous savez, ont toujours été celles qui ont veillé à l'avènement comme à l'aboutissement de la vie.» 1.Unité de mesure correspondant à une dose de radiation de 10 "5 joules dans un gramme de matière.849-1095 Hôtel Méridien Complexe Desjardins Nicole Bériaolt André Sarrasin ASSAGE Massothérapeutes diplômés Accès gratuit: piscine, tourbillon, sauna et vestiaire.Pour Noël: un cadeau original, CERTIFICAT CADEAU ET ABONNEMENT.I V V II t.\ ROSE / I» (I \II1UI, |H,'!l, 20 LUCE GUILBEAULT DIANE POITRAS «J'AIME LES PERSONNAGES UN PEU TORDUS.LE DÉFI EST PLUS GRAND.» Un jour do novembre 1(*K.">, au volant de son auto.Lise Payette écoute la radio de CKAC pendant qu'elle sedi-rige vers Radio-Canada.Elle y a rendez-vous avec Lucille Leduc, qui sera réalisa trice-coordonna trice de sa nouvelle série télévisée.Des dames de Coeur.Pendant ce temps, au studio de CKAC, Suzanne Lévesque reçoit Luce Guilbeault venue parler de sa participation à la série Le Temps d'une paix, dans laquelle elle «n'a tourné hélas que trois émissions».Elle aimerait bien, dit-elle, avoir un rôle plus important dans une continuité, le téléroman de madame Payette par exemple.Rentrée chez elle, le téléphone sonne: c'est Lise Payette en personne qui veut la rencontrer! Luce Guilbeault est devenue comédienne relativement tard.Entre 20 et 2() ans, elle a un enfant et mène «une vie mouvementée avec beaucoup de voyages et d'expériences diverses».Jusqu'au jour où l'urgence du choix se pose clairement: «devenir comédienne ou mourir! » Ainsi démarre une incroyable carrière qui, depuis 1971.lui a fait tourner un film américain I Angela, de Boris Caplan, aux côtés de Sophia Lorenl.une coproduction France-Québec (Le Grand Sabordage) et.30 films québécois, avec entre autres Arcand.Mankievicz, Godbout, Leduc.Poirier.Comédienne de théâtre (inoubliable Violette Leduc! I, metteure en scène (La Nef des sorcières), cinéaste (Some American Feminists), elle a aussi enseigné et scénarisé.Cette même femme me regarde aujourd'hui avec des yeux ronds et me dit: «On m'offrait un rôle qui est un des pil-liers de la série! J'çtais flattée: il y a beaucoup de bonnes comédiennes de mon âge.Et surtout, ça me stimulait déjouer un rôle écrit par une féministe.» Et elle ajoute dans un éclat de rire: «Je m'étais dit: Lise Payette va me donner un beau rôle; je vais être la plus féministe, la plus.J ai encore un peu dans la tête que lorsqu'on est féministe, il faut d'abord parler des héroïnes! » Le défi de Claire Mais Claire, le personnage qu'elle incarne dans Des dames de coeur, est une femme euh.plutôt rébarbative: mère étouffante, en adoration devant son fils, mère écrasante, en compétition avec sa fille et avec toutes les autres femmes, sur- tout celles qui ont le moindre désir d'autonomie.«À mesure que je recevais les textes des émissions, je me disais: Mais c'est pas possible!, raconte Luce Guilbeault.Puis j'ai découvert que ça pouvait être très amusant de jouer cette femme-là, toujours à côté de ses souliers! Elle est comme un robot, elle s'est programmée elle-même avec tous ses clichés.Je peux me moquer d'elle un peu.Mais, même si elle pourrait s'y prêter, je n'ai pas voulu faire une caricature de Claire.Je n'aime pas voir des comédien-ne-s transformer leur personnage en caricature J espère que les nuances que j'ai voulu lui donner seront perceptibles à l'écran.Au cours de la série, il va lui arriver des choses qui la rendront plus humaine.» Qu'arrivera-t-il à Claire?Au début du tournage, la comédienne elle-même n'a eu droit qu'à une annonce sibvlline de l'auteure.madame Payette: «Il va se produire un incident et ta vie en sera transformée.» La bonne aventure I ! ) se dégustant par petites portions, c'est au fil des textes que Luce s'est glissée dans le monde de Claire, découvrant presque en même temps qu'elle ce que la vie lui réserve.Claire aura donc un choc et c'est là que nous comprendrons sans doute les intentions cachées de l'auteure envers ce personnage.Des dames de coeur, c'est l'histoire quotidienne de quatre femmes frisant la cinquantaine (Michèle Rossignol, Louise Rémy.Andrée Boucher et Luce Guil-beaultl.Il est intéressant de se demander comment Lise Payette y fera évoluer cette Claire, certes crédible, mais combien irritante.Les téléromans nous ont sursatu-ré-e-s de femmes acariâtres, hystériques et «maman-un-jour, maman -toujours».Sans leur opposer des héroïnes parfaites, gonflées de bonnes intentions féministes (qui nous ennuieraient tout autant I, le défi est de permettre à ces personnages de se transformer et de tenir parfois un discours de personnes conscientes.Exemple: cette réplique de Claire qu'on enregistrait le jour où j'ai visité le plateau.Assise dans un immense lit rose aux côtés de Gilbert, son époux, Claire dit gravement: «J'ai l'impression que quandje ne sais pas quoi dire, je parle trop; et plus je parle, moins ce que je dis a de l'importance.» Tiens! On comprend qu'il vient de se dire quelque chose de sérieux.Et Gilbert, toujours impeccable dans les moments de crise, ne trouve pas mieux que de lui administrer DAME DE COEUR, COMÉDIENNE DE CHOC Des dames de coeur: Luce Guilbeault, Diane Dubeau un petit bec horripilant sur le coin de la joue avant de lui conseiller: «Tu devrais dormir toi aussi.» Une fois absorbé le choc de la rencontre avec son personnage, la comédienne s'attache à l'amadouer et à le saisir.Elle préfère, me confie-t-elle, jouer une Claire plutôt que n'importe quel rôle de femme victime.«J'aime les personnages un peu tordus, qui ne sont pas limpides.Le défi est plus grand.» Elle se pose toujours la même question: «Comment?Comment bouge-t-elle, cette Claire?Comment vit-elle?» «Au pourquoi, poursuit-elle, on peut trouver mille réponses.D'ailleurs dans la vie, on ne sait pas par quoi on est mu-e-s.Les autres comédiens demandent parfois: Pourquoi elle fait ça, c'est pas logique?Moi, je me suis dit que je pouvais tout attendre de ce personnage-là.Que Claire se contredise, je trouve ça merveilleux.Je l'ai tellement fait moi-même dans la vie! Je n'ai jamais questionné le texte.» Il faut dire,aussi que Lise Payette, dès le départ, a clairement posé les règles du jeu: il n'était pas question de modifier le texte ou de suggérer des changements dans les comportements des personnages.Luce Guilbeault.dans Des dames de coeur, avec son «mari» Michel Dumont Cette attitude, qui peut sembler intransigeante de prime abord, s'explique certainement par la nécessité, lorsqu'on a l'histoire et la notoriété de Lise Payette, de se protéger contre l'envahissement afin de pouvoir continuer à écrire.Elle aurait ex- plicitement découragé toute tentative de l'appeler à la maison pour lui suggérer: «Vous savez mon personnage, est-ce qu'il ne pourrait pas lui arriver telle ou telle chose?» On peut aussi interpréter cette distance comme une façon de remettre à la réalisatrice la responsabilité et la latitude nécessaires pour la mise en scène et la direction d'acteur-trice-s.Transgresser le bon goût Renvoyée à elle-même, où la comédienne trouve-t-elle les références pour étoffer le personnage, pour répondre au comment'.' «Je puise un peu en moi, répond Luce Guilbeault.Je pense aussi à ma mère qui a toujours eu beaucoup de difficulté à exprimer ses sentiments.Claire ne montre pas ses inquiétudes et se censure tout le temps, de peur de blesser les autres.» Sa manière de jouer Claire lui est-elle venue peu à peu ou d'un coup, comme ça, sans qu'elle l'ait prévue?«Au début, dit-elle, il y a eu lecture des quatre premières émissions avec tous les' personnages: il y avait Michèle Rossignol, Gilbert Sicotte, les jeunes comédien-ne-s qui jouent les enfants.Tout le monde.L'ambiance était très excitante.Jusqu'alors, j'avais lu mon texte avec mes yeux mais je ne m'étais jamais encore entendue.Et ce jour-là, à la lecture, Claire est sortie comme ça, spontanément.Tout le monde a ri.Alors, j'ai décidé que c'est comme ça que j'allais la jouer.«Quant à la scène importante où Claire reçoit un choc, je la jouais, en répétitions, avec beaucoup de larmes.Je pleurais et je pleurais ! Puis au tournage, je me suis dit: Non, ce n'est pas de cette manière que ça doit se passer.Il faut jouer dans la méfiance.Claire n'ose pas croire ce qui lui arrive.Alors je l'ai jouée sans larmes, avec des regards de côté et la respiration saccadée.» Et pendant qu'elle parle, la comédienne se transforme sous mes yeux en une femme effondrée, elle joue Claire pour me montrer la peine et la méfiance.Envoûtée comme chaque fois qu'un-e comédien-ne me fait le coup, je lui demande comment elle arrive à ce qu'elle veut obtenir.«Créer, c'est faire ce qu'on peut et non pas ce qu'on veut, répond-elle.Ceci n'est pas un plaidoyer pour la paresse: ce qu on voudrait est toujours inaccessible.Je ne peux pas dire: Ce personnage-là, je vais le faire comme je le vois.Le personnage, il n est pas devant soi, il est en soi.Quand on a un support, comme cinéaste par exemple, c'est différent.On se sert des images, du son, du montage pour réaliser ce qu'on veut.Mais nous les comédien-ne-s, nous sommes notre propre support.Il faut laisser jaillir le jeu de nos tripes.Gena Rowlands, par exemple: son visage change parfois subitement, quelque chose en jaillit et on sent qu'elle ne s'est pas regardée dans un miroir pour étudier l'effet.Elle serait peut-être même incapable de refaire ce jeu de la même façon une deuxième 52 LA VIE EN KOSE / DECEMBRE I'M. fois.Mais beaucoup de comédiennes, et aussi de comédiens, se préoccupent tellement de leur image, qu'ils voudraient belle, léchée, que ça donne un jeu très étudié et même glacé.Moi, j'aime transgresser le bon goût.» A-t-elle l'impression d'avoir trouvé une façon différente de jouer pour la télévision?«Au début, avoue-t-elle, je me sentais un peu coincée.Ça ne bouge pas beaucoup à la télévision, contrairement au cinéma où l'on se déplace plus, où l'on parle en marchant, en courant.Les cadrages sont plus serrés: à la télévision, on est souvent coupé-e-s à la taille.Et on a des préjugés: à cause de son milieu social, je joue Claire toujours un peu guindée.La pression du bon goût, encore! L'an prochain, j'aimerais explorer autre chose; je vais m'ouvrir, me libérer, je serai plus en colère.» Le rythme de travail de la télévision n'est-il pas essoufflant?«Je voulais vraiment le faire, ce travail-là, répond la comédienne.Et je l'ai fait pendant sept mois, sans répit parce que j'étais dans 25 émissions sur un total de 26.On tournait une émission d'une heure (c'est presque un long métrage! par semaine.Après l'enregistrement du vendredi, je prenais tout juste la soirée pour relaxer, puis le lendemain j'apprenais un nouveau texte.C'était si ardu que le lundi, je me disais: Jamais je ne réussirai à le savoir ! On répétait en début de semaine; le jeudi et le vendredi, on enregistrait.C'était beaucoup de texte.Mais ça, c'est la télévision: ça parle, ça parle parce qu'on ne peut pas montrer les choses autant qu'au cinéma.Il faut les dire.Et on a l'impression que si on se tait, les gens vont changer de poste.» Mais pourquoi l'interprète de Réjean-ne Padovani tenait-elle tellement à faire de la télévision?«Il faut que je gagne ma vie, rétorque-t-elle très froidement.Au cours des 15 dernières années, j'ai fait en moyenne 7 000 Spar année! Jusqu'à tout récemment, on ne gagnait pas sa vie au cinéma.Pas plus comme comédienne que comme réalisatrice, d'ailleurs.» L'art et la beauté Je lui rappelle que ce qui m'avait encouragée à lui proposer le rôle de Marie dans mon vidéo Pense à ton désir., c'était d'avoir lu une entrevue où elle disait qu'elle aimerait jouer des rôles plus vieux que son âge.Elle m'interrompt: «Oui, mais quand j'ai dit ça.j'avais 44 ans! Ce qu'on ne sait pas, c'est que l'âge ne paraît pas là où on s'attend à le voir.Quand j'ai vu une des émissions des Dames de coeur, j'ai eu le choc de m'apercevoir que mon cou avait flétri.C'est de là que j'ai vieilli surtout.Tu sais, les rides, les yeux pochés, ce n'est rien ça; qu'on m'en donne j'en prendrais encore!» Pourtant, c'est dur d'abandonner la beauté à l'écran, non?«C'est dur d'abandonner la beauté dans la vie quotidienne.Mais je vais te dire quelque chose: j'ai beau avoir le visage plus vieux, je sais que dans ma vie, je suis en santé, légère, active.Et lorsque je me vois à l'écran, il faut que j'établisse une distance entre le personnage de Claire et moi, comédienne.Sinon c'est horrible.Cette personne à l'écran, ce n'est pas moi.Dans Des sou- La terre est trop courte, Violette Leduc LA VIK KIN HOSK / DECKMBKE !¦ arts plastiques - ANNE BRISSETTE ?théâtre de rêve - ANDRÉE HÉBERT ?psycho mythologie ¦ MANON LAURIN ?visualisation créative ¦ DIANE PETIT 22 février au 8 mars 1987 La Puntilla - Sosua République Dominicaine Zorbou Loulou Blouin 844-0751 Folie Douce 843-8466 We cH^hlands ^Inn i\WW JUl Il'IAJf K I PETITE AUBERGE EN NOUVELLE-ANGLETERRE À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et des salles communes spacieuses Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traîneau Aubergistes : Judith Hall et Grace Newman (603) 869-3978 P.O.Box 118 U Valley View Lane Bethlehem, N.H.03574 Vous/Cherchez une petite gâterie à of fry/a vos parents, enfants, amis-es, amants, amantes, collègues et autres chouchous, y compris vous?Certains bouts de/tues à Montréal regorgent ^originalité de variété: St-Denis, Laurier vou^offrent ces promenades /où le regard n'en finit plus d'être sédui} Vous y découvrirez des fantaisie^éclatantes, des bijoux élégants, des livres passionnants, desytfetements de qualité, des jouets éducatifs, lés cadeaux de toutes sortes et à tous les pri: Sans oublier la détente que vous procure une session de coiffure, un bon petit gueuleton et unefafê à Varôme délicat "pendant le sprint final.I \ \ IK EN ROSE / DECEMBRE l'Wd 59 INDEX DES ANNONCEUR-E-S Alcan 67 Association des Marchands 57 Ateliers du p'tit mousse 56 Au soleil d'argent 61 Bell Canada 4 Beauchamp Cuilaine 45 Bélanger Hélène 44 Bertrand Luce 43 Blitz coiffure 62 Bottin des femmes 45 Boutique Gabriel Filion 62 Cabana Marie 43 Cachalot 61 Centre éducatif et culturel 65 Chartier Louise 44 Cinéma libre 23 Commensal 60 CSN 68 Deuxième Peau 60 Diffusion du Mont-Royal 2-18 DixVersions 17 Dufresne Denise 44 Durand Irène Eve 54 Edi-Presse 24 Elles-toiles 61 Eugène Marsais 60 Filtronique 7 Fiou 61 Flammarion 60 Folie Douce 59 Foulards Caméléon 29 Funambule 61 Futonia 34 SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT 1 2 3 4 s i 7 i 9 10 11 12 i kkl.loi ?nana n an aaaaaaa a SBB E a aa HHQ3 bbh sa aaaaaaa n sa 1 R asa$a aaaa sa sa Futonnerie 56 Girard Diane 43 Cosselin Hélène 43 Crasby Pilon Salomon 45 Grenier Louise 44 Hébert Andrée 43 Highlands Inn 59 Histoire de coeur 62 Houle Louise 43 Hurtubise 55 Institut canadien de recherche sur les femmes 42 Jobin Bernadette 45 Lapointe Sylvie 45 L'école de mime corporel de Montréal 16 Les Verriers St-Denis 60 L'heure manger 42 Librairie Androgyne 24 Librairie du Square 61 Librairie Renaud-Bray 52 Noël Denise 44 Oké.62 Ouimet Marie-France 43 Panaccio Monique 43 Parizeau, Delagrave, Crotteau 45 Pelletier Louise 44 Piétine 62 Québec-Livres 46 Reeves Nicole 44 Rolland Louise 45 Sages-Femmes associées 54 Sarrasin André 28 Symposium 23 Tarte )ulie 60 Tessy coiffure 60 Théâtre d'un temps 25 Touché coiffure 61 Tout bas 62 Tremblay Danielle 44 Tremblay France 45 VLB éditeur 34 ERRATUM Dans une publicité parue en page 63 de LA VIE EN ROSE de novembre 86, il fallait lire L'exemple d'Ursula.10 11 12 HORIZONTALEMENT 1 Epouse d'un roi légendaire, séduite par Zeus./ Les débutantes y emplissaient leurs carnets.2.N'avoua pas./ De l'avoir été ne l'empêcha pas d'hériter, à minuit, d'une citrouille propre1 3.Aussi habile à l'arc qu'elle à la guitare./ Il faut parfois leur monter dessus pour veiller au grain ou se faire entendre.4.Spirales apeurées./ Dérivé de la capitale.5 N'enchante pas l'oreille./ Lettre grecque./ Au choix: adverbe, pronom ou préposition.6.Papier-monnaie du Sud.I Embarcation médiévale qui transporta pourtant Pol Pelletier, Luce Guilbeault, Louisette Dus-sault et une douzaine d'autres./ Abréviation.7.Au bout de.finalement./ Ville du pays de Canaan./ Ancien nom de la choroïde (plur.l.8.Coin d'Italie où l'on parle français.I Cultivée ou sauvage, elle a son poids de senteur.9.Regroupement anonyme./ Elles sont plus riches à 35 qu'à 15.10.Plante malodorante.parfois de Saint-Christophe./ Fille de Zeus, elle se retrouva au ciel, vierge.11 Epouse de Zeus, déesse du mariage et., trompée à tour de bras! / Finit finir./ Rivière de Bretagne, pas vilaine.12.Se perpétuent aussi de mères en filles.Nymphe sé duite par Zeus, elle enfanta d'une petite fille très séductrice.VERTICALEMENT 1.Autre nymphe séduite par Zeus, cette fois pendant qu'elle dormait! / Les plages de cette fie sont plus tranquilles aujourd'hui que le 7 décembre 1941.2.Ces fonctions de secondes, beaucoup de femmes les remplissent encore dans l'ombre.3.Nymphe séduite par Zeus.puis changée en ourse! I Abréviation réservée aux joueuses d'échecs.4.Titane séduite par Zeus, mère d'Apollon et d'Arté-mis./ De cire ou de sang.5.Te trouves.' Personnel, pour lui ou elle./ Apprécié surtout en hiver.6.Ancêtre de Greenpeace./ La force des femmes l'est, par des boxeurs subtils comme Reggie Chartrand./ Abrévié, c'est la même chose.7.Enlevée et séduite par Zeus métamorphosé en taureau (vraiment n'importe quoill./ Zeus n'en fut certainement pas un bon! 8 Nos coeurs de nymphes modernes devraient l'être contre z'eux.9.Fondé par André Laurendeau, il fut un temps populaire./ Un transfuge l'a retourné.10 Pas nécessairement insolentes, i II faut parfois y descendre pour de ne pas s'y retrouver! 11.Carreaux qui ont un peu bu.Suit un bac.12.Sans cet élément, on ne se verrait pas souvent.' Analogue au soufre./ F .ro-mage grec.SOLUTION DANS LE PROCHAIN NUMERO LUCIE GODBOUT LA \ II.UOM./ III i I \l Hill I 63 À LIRE?O TEXTES ET ESSAIS EAU DE ROSE.OVERDOSE., Fabienne Ferrey, Edi-presse, Montréal, 1985, 151 p.Récit courageux d'une mère qui tente de soustraire son fils à l'emprise de la drogue.Récit de colère, de peur, d'impuissance, de honte, de révolte, d'amertume, d'un combat devenu obsession.UNE SI GRANDE DIFFÉRENCE, Carol Gilligan, Éd.Flammarion, Paris, 1986, 269 p., traduit de l'américain par Annie Kwiatek.Trois enquêtes psychologiques qui montrent bien la différence entre masculin et féminin; une différence de formation, de comportement moral conduisant à deux types psychologiques bien distincts.Ce best-seller américain se veut un ouvrage capital du post-féminisme.FICTION REGARDEZ-MOI, Anita Brookner, Éd.La Découverte, Pa-^™ ris, 1986, 228 p., traduit de l'anglais par Fran chita Gonzalez Batle.Premier roman traduit en français d'une grande romancière anglaise contemporaine, que la presse britannique a placée sur le même pied que les soeurs Brontë.Monologue intérieur d'une femme déchirée entre solitude et liberté, qui nous fait pénétrer dans son univers douloureux, au coeur d'une ville teintée par les émo tions qu'elle traverse.UN ÉTÉ À JÉRUSALEM, Chochana Boukhobza, Éd.Balland, Paris, 1986, 255 p.Jérusalem déchirée par la guerre du Liban, lugubre, deviendrait-elle, pour cette jeune femme exilée, «la pros tituée des nations»?Un livre actuel, le roman incantatoire d'une journaliste de 26 ans.ÉPOQUES POUR LA GUERRE, Edith Dahan, Éd.Flammarion, Paris, 1985, 107 p.Dans la très belle collection Textes de Flammarion, un recueil se débat au milieu d'une guerre, de plusieurs guerres fragmentées.Parfois, une percée de clarté, un regard qui se penche sur l'eau, «un profil, des formes simples ouvrant le feu sur la montagne».POÉSIE NDIGO NUIT, Christia-ne Frenette, Éd.Leméac Montréal, 1986, 60 p., Prix Octave-Crémazie 1986.Âgée de 24 ans, Christiane Frenette nous donne 60 pages " de poésie duelle, belle dans sa «naissance» au monde littéraire.DES VOIX LA MÊME, Loui se Bouchard, Éd.Les Herbes rouges, Montréal, 1986, 40 p.Réédition.Un texte d'une extrême richesse et d'une très grande beauté, qui a marqué les écrits des femmes depuis 1978 Souvent cité, Des voix.fait partie des importants «premier texte» de la dernière décennie.LA FICTION DU RÉEL, Fernande Saint-Martin, poèmes 1953-1975, Éd.L'Hexagone, Montréal, 1986, 300 p.«.La poésie assume qu'en parlant des choses, l'être humain parle de ses opérations sur le réel, enregistrant par ce biais les premiers éléments de sa connaissance de lui-même et de ses modes de relation au monde.» Une rétrospective de Fernande Saint-Martin, les poèmes d'une femme éclectique et multiple.BLUES INDIGO, Simone G.Murray, Éd.Écrits des forges, Trois Rivieres, 1986, 71 p.Pour celles qui aiment une poésie aérienne, un peu naive.NICKELODEON, Jocelyne Felx, Éd.le Noroît, Saint-Lambert, 1985, 176 p.Une écriture belle et chaude d'humour/amour, enfants, maternité, un livre lourd de poèmes comme on dit de lait.AU BEAU FIXE, Marthe Jalbert, Éd.Triptyque, Montréal, 1986, 50 p.Recueil très plastique de courts poèmes qui exploitent particulièrement la notion d'espace — sensoriel, architectural, symbolique — en perpétuelle transformation.SONNETS-ÉLÉGIE, DÉBAT DE FOLIE ET D'AMOUR, Oeuvres complètes, Louise Labé, Éd.Garnier-Flammarion, Paris, réédition, 1986, 283 p.L'une des plus grandes poétesses de la Renaissance, celle qui a tant et si bien parlé d'amour.Ses contempo-rain-e-s voyaient en elle une autre Sapho, capable de créer un nouveau langage poétique.À relire et à garder sur sa table de chevet.DICTIONNAIRE DICTIONNAIRE CEC JEUNESSE, publié sous la direction pé-dagogique de Paul Bonnevie par la Librairie Hachette, Montréal, 1980, nouvelle édition 1986.Un dictionnaire CEC Jeunesse entièrement refondu dont la principale innovation est de tenir compte des avis de l'Office de la langue française, relativement à la féminisation des noms de métiers et de fonctions et à l'inclusion des qué-bécismes.Un outil pratique pour la jeunesse québécoise d'âge scolaire.DICTIONNAIRE CEC JEUNESSE *0< Oui, les féminins sont là Enfin, un dictionnaire de 18 000 mots où l'enfant de 8 à 13 ans peut trouver • les féminins des titres, des fonctions, des professions • la forme féminine des adjectifs en évidence dans l'entrée • des phrases exemples sans stéréotypes PLUS un vocabulaire nord-américain, les québécismes courants, un index historique et géographique de 2000 entrées Dans toutes les librairies 20.95 $ publié par: CENTRE ÉDUCATIF ET CULTUREL INC 8101, Métropolitain, Montréal QC H1J 1J9 351-6010 (.1 i x \ il kn wm: i m ci \m, SUIVRE Tête-à-tête: Monique Mercure et Gabriel Gascon THÉÂTRE ADAM ET EVE SUR LA MAIN, à l'Eskabel.Un «danse-théâtre musical» où les personnages hétéroclites du nigthlife montréalais rivalisent d'efforts pour satisfaire leurs désirs.Danse, drame, humour et chanson se retrouvent, la nuit, au coin de la rue.Adam et Eve sur la Main a fait ses premières armes, sur scène, en février dernier.En mars, la pièce a séjourné une semaine à l'Eskabel.Puis, la production a été invitée au Festival d'été de Québec et au Danséchanges Montréal-Toronto.Ses sept interprètes sont maintenant de retour à l'Eskabel, du 3 au 14 décembre, tous les soirs, à 20 h 30.Au 1237, rue Sanguinet, Montréal.Rés.: (5141 849-7164.Jusqu'au 20 décembre, TÉTE-A-TÉTE, au Théâtre du Café de la Place.Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre célèbrent, en tête-à-tête évidemment, le cinquantième anniversaire de leur union.Monique Mercure et Gabriel Gascon incarnent le célèbre couple.D'après l'oeuvre de l'auteur montréalais Ralph Burdman.Traduction et mise en scène de Jean-Louis Roux.Du mardi au samedi, à 20 h.Place des Arts, Montréal.Rés.: (514)842 2112 LA MÉDÉE D'EURIPIDE, de Marie Cardinal, sera encore sur scène, au Théâtre du Nouveau Monde, jusqu'au 13 décembre.La semaine, à 20 h.et le samedi, à 16 h.et 21 5066, rue Clark, Montréal.Rés.: (514) 271-5381.SPECTACLE VISTA VINAIGRETTE.Une revue rock'n roll signée Marc Drouin (Pied de Poule).Dol h.Au 84, rue Sainte Catherine Ouest, Montréal.Rés.: (514)861 0563.Jusqu'au 13 décembre, LA CONDITION DES SOIES, d'AnnieZadek, au Théâtreex-périmental des femmes.Du mardi au samedi, 20 h 30.Au bie Stéréo, Les Echalotes et cie sont de retour! Du 2 au 20 décembre, au théâtre Le Milieu, 5380, boul.Saint-Laurent, Montréal.Représentations du mardi au vendredi, à 20 h, et le samedi, à 17 h et 21 h.LA FEMME DE PIERRE OU FRAGMENTS D'HYS-TOIRES, de Suzanne Bois-vert, au Playwright's Workshop.A partir d'une nouvelle de l'écrivaine française Mireille Best, une rencontre entre la littérature et le théâtre.Spectacle multidisciplinaire confrontant la danse, le théâtre, la musique, le cinéma et les mots.Du 13 au 21 décembre, sans relâche, à 20 h 30.Au 4001, rue Berri, Montréal.Rés.: (514)849-0078.Pour les enfants, petits et 8 grands, les classiques de Noël ïï à la Place des Arts.CASSE-1 NOISETTE, de Fernand | Nault, sur une musique de o Tchaikovsky, à la Salle o Wilfrid-Pelletier, du 27 dé- «¦ cembre au 3 janvier.Succès incontesté des Grands Ballets canadiens depuis plus de vingt ans.LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, au théâtre Maisonneuve, du 26 décembre au 4 janvier.Présenté par le Théâtre sans fil, plus de soixante marionnettes géantes avec musique en quadriphonie.SOL, PIERRE ET LE LOUP, au théâtre Port-Royal, du 26 décembre au 4 janvier.Le merveilleux conte musical de Prokofiev, revu à la manière de Sol.En deuxième partie, LES SOULIERS MAGIQUES, un conte musical de Paul Baillargeon, dansé sur une chorégraphie d'Eddy Toussaint.Place des Arts, Montréal.Rés.et info: (514) 842-2112.LITTÉRATURE Un nouveau prix sera décerné au Salon international du livre de Québec: le PRIX ADRIENNE-CHOQUETTE (La Nouvelle).Toutes les auteur-e-s peuvent participer à ce concours.Les manuscrits doivent toutefois être remis, au plus tard, le 31 décembre 1986.Salon international du livre de Québec, Place Belle-Cour, 2590, boul.Laurier, bureau 760, Sainte-Foy, Québec G1V4M6.O l.\ \ IK K\ KOSi: / III ( I \IKKI l'iw, 65 A BATAILLE D'ARCA-CHON, Hélène Cixous, Éditions Trois, Montréal, novembre 1986.Il y a longtemps qu'un livre ne m'avait pas autant ravie, extasiée, abîmée en de telles profondeurs.depuis Prome-thea, je crois, dont La Bataille d'Arcachon constitue la suite.Il s'agit de la même passion encore, épanouie, réciproque, heureuse, entre H.et Promethea, qui transfigure la trivialité des gestes quotidiens.Grâce de l'amour et surtout d'une écriture frisson nante de beauté et de simplici té, parce qu'elle a vraiment quelque chose de vital à dévoiler, à rendre sensible et intelligible, à donner en partage, parce qu'elle cherche réellement à appréhender la complexité de la ferveur.Une narratrice, sur son tapis magique, participe à la passion de H.et Promethea: tierce, amoureuse dédoublée, à la fois éprise de ces deux femmes qui s'aiment et de la forme de leur amour, elle en rapporte, en anecdotes tou- Coup DE pOUDRE chantes ou cocasses, la bataille contre l'absence que livre H.à Ar-cachon, ou Promethea à Pa- ris.Elle décrit la déconcertante plénitude des retrouvailles de ces amoureuses qui, pour cir- Hélène Cixous conscrites qu'elles soient dans l'espace, le temps et l'histoire, sont dépassées par l'infinitude étrange de la passion qui les «déborde» et leur fait entrevoir l'éternité.«L'éternité, dira Promethea, c'est le présent.Qui s'arrête et devient absolu.Et devient éblouissant.C'est vrai que quand un présent devient soudain éternel, on voit tout, on voit l'invisible.» C'est par cet invisible-là que j'ai été transportée, oui, et parfois jusqu'aux larmes, parce que seules de telles amours donnent sens à nos destins, seule une telle poésie trouve sens à la passion et l'intègre à la vie signifiante.Rares sont les oeuvres qui réussissent à maintenir ce souffle, à nous donner une telle plénitude, à nous inspirer (ou à nous rendre) le sens du merveilleux^ non pas en fuyant la réalité, mais en la creusant jusqu'à la moelle, en l'interrogeant minutieusement, passionnément.Et face à de telles oeuvres, moi, je perds tout esprit critique et je rends grâce. GL OR/A ESCOMEL S EXY FOLIES, une émission de TVFQ diffusée le vendredi soir, 23 h, une fois par mois.Super-Écran diffuse déjà, le vendredi soir, des films softcore et niaiseux.Et voilà que TVFQ, la télévision française, nous présente en plus Sexy Folies, probablement pour nous mettre en appétit (sexuel) pour le week-end.Moi, ça m'afait vomir.Oublions l'animatrice, ses yeux vides et ses textes racoleurs.Ça vole en rase-mottes dès le début: des segments genre Insolences d'une caméra nous montrent une femme qui perd sa jupe pendant que de bons Samaritains regonflent un pneu de son vélo.Agaçant, irritant, déjà d'un goût douteux.Ça se poursuit avec des récits, partiellement reconstitués visuellement, de plombiers, de serruriers et de quidams qui nous narrent leurs aventures sexuelles avec des clientes.Prétentieux et minable.Arrive le plat de résistance: un concours où deux couples 66 répondent à des questions comme «Quelle partie du corps de votre amie vous excite le plus?» Quand sort une bonne (! réponse, le garçon ou la fille enlève une piè ce de vête ment mais curieuse- ment, nous n'avons droit qu'à des gros plans de seins et de fesses féminines! Les partici-pant-e s cachent mal leur malaise, le modérateur est mielleux et dégoûtant, on se dit que la misère est grande pour accepter de se livrer à un effeuillage aussi disgracieux.Même pour gagner un week-end à Chypre! Je vous passe la chronique de madame Grace et ses réponses débiles, ça ne vaut même pas Xaviera Hollander dans Penthouse, c'est vous dire.Ce qui a achevé de m'écoeurer, c'est le dernier concours, où une femme aux yeux bandés essaie de reconnaître le corps de son amant parmi ceux de trois hommes en sous-vêtements.Ceux-ci se livrent ensuite au même petit jeu sur leurs compagnes.Si jamais on rit, plutôt que de pleurer, ce n'est jamais avec les intervenantes, mais bien d'elles et d'eux.Révoltant, méprisant, démagogique.On se demande comment le pays de Simone de Beauvoir peut produire et exporter une télévision aussi dégradante pour les femmes et pour les hommes.Et qu'on me comprenne bien: moi, le cul, j'adore, mais le mépris et la bêtise, je chie dessus.ANNE DANDURAND L\ \ IK I.N UOSK / OKCKMBKK l'iKO
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