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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
La Presse plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1985-02-16, Collections de BAnQ.

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[" LES PHOTOS DE la presse Pierre McCann Glace et lumière C'était en 1971.Une soirée très froide pour un huit mars.Un incendie majeur se déclara au coin des rues Wolfe et Ontario, à Montréal.Après avoir croqué toute une série d'images sans surprise sur le travail des pompiers et l'ampleur du sinistre, une scène me saisit.C'était un entrecroisement de boyaux et d'échelles recouverts de glace que les phares des camions de pompiers convertissaient en une sorte de féerie lumineuse dans la nuit.Ma première réaction en fut une de recul et de malaise.Pouvais-je vraiment découvrir de la beauté à l'endroit même où des gens venaient de vivre un terrible drame.J'ai tout de même fait une photo à la sauvette non sans une certaine culpabilité.Je vous soumets la « pièce à conviction ¦\u2022.dans l'espoir d'un verdict favorable.00 > AU < Z o CO 3 Fiche technique Appareil : Nikon F Objectif : 105mm Pellicule : Tri-X ( poussée à 1 600 asa ) Ouverture : F4,à V30* S fit 111 ' WÊr.' :¦ H ., \u2022\u2022\u2022»» - \u2022 . i\u2014 > 2 PROSTITUTION ; Q LU S < \u20142 < ¦LU OC H- z o LO 13 La loi, la morale et la prostitution n'ont, en France, jamais fait bon ménage.Certes, la prostitution n'est pas considérée comme un délit, mais il est presque impossible d'en vivre sans transgresser une ou deux lois.Si on appliquait à, disons, un boucher la réglementation qui touche les prostituées, voici à peu près ce que ça donnerait: notre boucher a le droit d'exercer son activité, c'est un fait.Mais s'il achète une minute de publicité à la radio locale pour vanter ses produits, on lui colle une amende de 500 dollars.Il est coupable de «racolage actif».S'il étale sa marchandise dans sa vitrine on lui colle une amende de 100 dollars.Il est alors coupable de «racolage passif».Pour agrémenter la remise de l'amende, on pourra chaque fois emmener le coupable au commissariat, histoire de mettre sa fiche à jour.«On veut être traitées comme des femmes normales» affirme au «Matin de Paris» Virginie, 27 ans.«Qu'ils cessent de nous plumer de tous les côtés.Quand ça les arrange, on est des délinquantes.Alors, vlan, des amendes.Ou alors, on est des citoyennes.Alors, vlan, les impôts.C'est lamentable».Il est vrai que les prostituées sont doublement taxées.Elles ont le droit d'exercer la prostitution, mais la réglementation ne reconnaît pas Te «métier» de prostituée.Sur leur feuille d'impôt, elles ne peuvent déduire leurs «frais professionnels», le^ loyer de leur appartement, les amendes.Il est vrai aussi que leurs revenus sont importants.Elles ne le cachent pas.Telle Denise, 22 ans, qui raconte: «Avant, j'avais un bon boulot sympa, dans une banque.Mais je me voyais pas dans dix ans toujours au même point.Ici (à faire le trottoir) je me donne cinq ans pour accumuler un pécule et ouvrir un petit commerce».Même aveu de Virginie qui affirme: «J'investis dans la pierre (immobilier) comme beaucoup de femmes ici.Ça fait un placement, un héritage pour ma fille (huit ans).» D'autres sont moins économes, comme Sonia: «Vous savez, quand on est dans cet engrenage, on prend des habitudes de luxe, l'argent vous glisse entre les doigts.» C'est combien votre truc?Un milliard cinq cent millions de dollars, c'est le chiffre d'affaires annuel de la prostitution française (l'équivalent en coût global des olympiques de Montréal).Le calcul est relativement simple, chaque prostituée fait en moyenne 200 dollars par jour, il y a 30000 prostituées en France (les deux-tiers à Paris), cela donne quatre millions de dollars ¦ EN FRANCE Un métier, un racket, une industrie par jour (au taux de change dollar 1=6FF.).Ces chiffres relèvent d'une estimation assez grossière de la situation.D'autant plus que les tarifs des «filles de joie» varient considérablement.En haut de l'échelle, il y a les call-girls de luxe qui contentent les Emirs et autres richards pour des prix astronomiques.Puis, il y a les «marcheuses» qui montent et descendent les Champs-Elysées.Elles offrent Rue Saint-Denis.à Paris Jean-François Lisée un quart d'heure à 100 dollars, mais une nuit à 1000 dollars.A Pigalle, il y a les «échassiè-res» assises sur les hauts tabourets de bar, qui insistent pour vendre d'abord le champagne (60 dollars) avant de s'exécuter pour, selon les traitements, entre 100 dollars et 400 dollars.Un cran au-dessous, dans les rues et les avenues qui donnent sur les Champs-Elysées, on peut croiser, en voiture, les «Amazones».Le service à l'auto ne coûte que 20 dollars, mais si on se fait conduire au studio le prix grimpe à 50 dollars.Juste à côté il y a aussi les «biches au bois», sur l'avenue Foch, qui vous occupent un moment dans un bosquet pour moins de 20 dollars.(Je marque une pause à ce point de la liste pour rassurer les lecteurs qui s'interrogeraient sur la façon dont je me suis procuré tous ces renseignements.C'est tristement banal: il y a à Paris des guides qui vantent toutes ces réjouissances en détails).Irma la douce_ Rien ne remplacera dans l'imagerie populaire, la «pute» qui fait le trottoir, rue Saint-Denis, près des Halles.Ce coin de paradis artificiel mal lavé est un véritable monument national et historique, plus ancien que la tour Eiffel, plus solide que l'Arc de Triomphe, plus achalandé que le tombeau de Napoléon.Les cars de touristes japonais et allemands ne s'y trompent pas, eux qui empruntent sans discontinuer cette petite rue toujours embouteillée.Les héritières d'Irma la Douce sont toujours là, plus de 3000 à se partager le trottoir, dont chaque mètre carré est répertorié, distribué, protégé farouchement par les filles ou leurs souteneurs.Dans le jargon, on les appelle les «chandelles».Depuis la fermeture des «motels de passes» elles possèdent des «studios» sur la rue, qui ne sont en fait que les anciennes chambres d'hôtel vendues séparément.Elles y montent en moyenne sept à huit fois dans la journée.A chaque client, elles prennent entre 25 dollars et 35 dollars.Parfois, il y a foule.Neuf, dix, onze dans la journée, ce n'est pas rare.Mais après 17, si on en croit Merry Griselidis, présidente d'une association de défense des prostituées, on n'en peut plus.«Au dix-septième, vous êtes complètement droguée.Vous êtes dans l'état d'un être humain qui aurait passé sous un rouleau, compresseur.Vous êtes totalement désamorcée.totalement vidée de toute agressivité.» (Dans \u2014 Grisedilis, courtisane \u2014 Ed.Albin Michel, 1981).Pourtant il y a plus, il y a pire, bien pire.Tout en bas de la pyramide, il y a ce qu'on appelle les «maisons d'abattage», destinées essentiellement aux travailleurs immigrés, venus en France sans leur famille et qui n'ont pas de quoi accéder aux tarifs occidentaux.Dans les quartiers de la Chapelle ou de la Goutte d'Or à Paris, dans des immeubles abandonnés, dans des fonds de cours, derrière les poubelles, sur un matelas pourri «pour 5 dollars, les filles reçoivent sans arrêt.Il n'y a aucune hygiène».Dans la dernière maison d'abattage que nous avons dé- busquée et fermée, raconte un policier, il y avait deux menus: 5 dollars pour dix minutes, $1.50 dollar pour 5 minutes.Si le client s'attardait, une sonnerie reten-tisssait automatiquement dans la chambre.» Un dernier exemple et on change de sujet, c'est promis.A Grenoble, les policiers ont recueilli à l'hôpital le témoignage de Nadia qui leur a déclaré avoir fait jusqu'à 100 clients par nuit, attachée, à même le sol, dans des chantiers d'immigrés aux alentours de la ville.Elle a porté plainte contre son proxénète.Les macs et les «amis de coeur»_ Le proxénète, voilà l'obstablc majeur entre la prostituton et sa normalisation.Le proxénète, le mac, le souteneur, c'est celui qui «aide, assiste ou protège sciemment la prostitution» et «partage les produits de la prostitution d'autrui», «vit avec une personne se livrant à la prostitution», selon le code pénal.Pour la police, les macs récoltent les trois quarts de l'argent versé aux prostituées.La ministre des Droits de la Femme, Yvette Roudy, ne dit pas autre chose lorsqu'elle affirme que la prostitution est «organisée par les hommes et quelques femmes à des fins de profit.c'est un marché qui est l'occasion d'un profit considérable et qui est relié à d'autres marhés, tel que la drogue, tel que l'immobilier et certains trafics d'influence importants.» Mais il y a macs et macs.«Il faut faire la différence, explique Merry Griselidis, entre le proxénète qui force la femme à se prostituer, qui entrave sa liberté: celui-là, d'accord, doit être frappé par le code pénal.Mais il y a aussi celui que l'on appelle «l'ami de coeur», le proxénète «passif», et c'est la majorité: celui-là doit cesser d'être poursuivi.Les prostituées doivent pouvoir cohabiter avec qui elles veulent.Ce qu'elles font de leur argent, c'est leur affaire».Justement, si le ministère de l'Intérieur estime que 99 p.cent des prostituées sont soumises «à une forme quelconque de proxénétisme», à la base les responsables de la Brigade du proxénétisme (ex-Brigade mondaine) croient que «80 p.cent des proxénètes sont des «amis de coeur».Au ministère des Droits de la Femme, on affirme que la réforme du code pénal, en cours, assouplira l'article touchant le proxénétisme pour mettre hors de cause les «amis», qu'on appelle aussi les «julots».Les dispositions qui empêchent le «racolage passif» pourraient également être transformés.Mais pour la reconnaissance du «métier de prostituée, avec tout ce que cela entraine de droits sociaux, assurance-maladie, etc, comme cela existe en Suisse, la réponse française reste «non*.«Je ne reconnaîtrai jamais le métier», affirme la ministre Roudy.«Je reconsidérerai ma position sur ce problème le jour où je trouverai une prostituée qui a informé ses enfants de ce qu'elle fait et qui prépare sa fille à faire la même chose».? ¦ ¦ ¦ ¦ I Albert Juneau PROSTITUTION v Une voie vers l'émancipation de la femme.?Attention messieurs, la prostitution n'est peut-être plus ce qu'elle était.En Amérique du Nord du moins et dans certains pays de l'Europe de l'Ouest, les rôles sont, semble-t-il, en train d'être inversés.Certaines enquêtes effectuées par des féministes, dont il faut reconnaître l'originalité du travail, concluent en effet, que l'ère de la prostituée-esclave est révolue et que )a race des souteneurs qui entretenaient la dépravation des filles se meurt doucement devant l'affirmation d'autonomie de la femme moderne.À Montréal, Paris, New York, souligne-t-on, la situation des prostituées a beaucoup évolué.La libéralisation des moeurs et l'émancipation générale des femmes auraient modifié radicalement le rapport de forces dans le commerce des corps.Plusieurs prostituées seraient parvenues à s'affranchir de la domination sexuelle de l'homme qui ne serait plus maintenant qu'un simple instrument, un objet, comme le fut la femme au cours des siècles passés.Un statut social_ On en veut pour preuve par exemple, le fait que la prostituée dirige de plus en plus les rapports dans les rencontres.Elle régit non seulement le déroulement du jeu, mais elle en fixe aussi les règles: prix, durée et nature du service.Les témoignages ne manquent pas, comme celui de cette prostituée de Montréal, citée par Catherine Texier et Marie 0.Vézina dans leur enquête sur la prostitution dans la métropole: «Puisque c'est moi qui décide d'accepter ou de refuser, dit-elle, c'est moi le boss.» Cet esprit d'indépendance se traduit par des manifestations d'hostilités à l'égard du client abusif.Les prostituées se réserveraient de plus en plus le luxe de refuser celui qui leur déplait.Plus encore, les prostituées auraient conquis un véritable statut social.On a pu observer qu'elles sont moins marginalisées et moins culpabilisées qu'autrefois.Dans certaines villes européennes, plus de la moitié d'entre elles habitent chez leurs parents.Cette évolution prépare peut-être un certain mode d'intégration sociale de la prostitution ainsi qu'une véritable normalisation de leurs activités.Pour les prostituées, l'état de prostitution est moins aliénant que l'état du mariage.À leurs yeux, la tendre épouse s'est aussi vendue par le mariage.Et que reçoit-elle en retour?Elle subit la domination masculine bien au-delà du service sexuel, puisqu'elle est aussi bonne d'enfants, cuisinière, femme de ménage.Vue sous -cet angle, la prostitution ouvrirait fatalement le chemin de l'émancipation de la femme.Un service social « normal » Le développement de ce nouveau type de prostituée soulève plusieurs interrogations.Quelle est son importance réelle dans toute la masse des prostituées?Ces nouvelles prostituées sont-elles marginales ou majoritaires?N'y a-t-il pas encore des pays où le régime des souteneurs et des proxénètes continue à terroriser les prostituées?Il faut préciser ici, que les féministes sont divisées sur ce sujet.Kathleen Barry par exemple, soutient que d'après des enquêtes américaines, plus de 60 p.cent des prostituées ont été blessées par leurs clients.La violence n'aurait donc pas disparu.En outre, loin de contrôler les rapports avec les hommes, certaines prostituées seraient contraintes a des actes pervers et humiliants.Cette analyse viendrait confirmer celle de Benoîte Groult pour qui les hommes cherchent dans la prostitution non pas ja sexualité mais plutôt le «pouvoir sexuel».Quant au proxénétisme (l'organisation lucrative de la prostitution), il fleurirait encore dans certains pays européens, en liaison avec les nouveaux marchés du tiers monde en pleine expansion.La traite et le commerce international des femmes et des jeunes filles persisteraient.Finalement, en ce qui concerne le statut de la prostituée, s'il a évolué depuis les années 70, il resterait entaché de cette double morale: la prostitution est une déchéance pour la femme, mais un service social «normal» pour l'homme._ Trois systèmes juridiques Le tableau de la prostitution en Occident est embrouillé par la diversité des situations.On distingue trois systèmes juridiques de la prostitution: l'interdiction (ou prohibition), la tolérance et la réglementation.Le système de l'interdiction prévaut aux États-Unis, sauf au Nevada, en URSS, en Hongrie, au Pakistan, à Cuba, en tout dans près de trente pays.La prostitution et le proxénétisme y sont défendus.Mais il y a deux poids deux mesures.De manière générale, la loi punif sévèrement la prostituée mais ignore le client masculin.Des enquêtes effectuées vers la fin des années 70 à New York et à San Francisco ont révélé que 90 p.cent des personnes arrêtées étaient des prostituées (hommes ou femmes), les clients et les souteneurs étant pratiquement protégés.L'acharnement sur les prostituées illustre les carences d'un système que les Européens qualifient souvent d'hypocrite, car à leurs yeux, les Américains jugent la prostitution inévitable et normale pour les hommes, mais illégale et condamnable pour les prostituées.La tolérance_ Le système de tolérance est peut-être le plus répandu.C'est celui-là qui est en vigueur au Canada, en France, au Royaume-Uni et dans plusieurs autres pays européens.Il correspond en gros à la Convention de 1949 des Nations Unies qui, tout en tolérant la prostitution, interdit le proxénétisme et le trafic des femmes.Le Canada dispose d'une législation relativement libérale puisque la prostitution n'y a jamais été considérée comme un crime.Toutefois, diverses activités qui y sont associés, comme le racolage sur le trottoir, l'exploitation de maisons de débauche et le proxénétisme, sont l'objet de sanctions pénales.Le système de tolérance offre l'avantage, dans une certaine mesure, de couper l'herbe sous le pied aux proxénètes^et trafiquants de tout acabit.Il*comporte cependant d'autres inconvénients pour les prostituées.Si la prostitution est tolérée, les autorités politiques et judiciaires ne veulent pas pour autant qu'elle se développe.C'est ce qui explique que le racolage ait été sévèrement contrôlé et réprimé en Faire mieux respecter ses droits France.En 1975, à la suite d'une importante hausse des amendes imposées aux filles pour racolage, une révolte historique éclata.Les prostituées firent la grève et occupèrent les églises.La situation au Canada parait moins tendue, bien que la surveillance policière reste étroite.Le délit de sollicitation a été considérablement restreint à la suite de l'arrêt Huit de 1978 qui stipule que la prostituée doit agir «d'une manière pressante ou avec insistance» pour que son comportement constitue une infraction au sens de la loi.Dans un autre arrêt, rendu en 1981.la cour a jugé qu'on ne pouvait pas prouver un comportement «pressant ou insistant» en démontrant qu'une prostituée avait abordé plusieurs hommes de suite.La prostitution réglementée Dans le système de réglementation, la prostitution est autorisée, mais son exercice est réglementé, généralement dans le cadre de maisons closes ou d'Eros Center.Il existe en Allemagne de l'Ouest, en Hollande (Amsterdam), dans le Nevada aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Asie et d'Amérique du Sud.Le proxénétisme est habituellement interdit.La caractéristique la plus frappante de ce système, c'est la concentration (certains diront le camouflage) de la prostitution dans des quartiers ou des rues spécifiques.Le cas le plus typique en Europe est sans doute celui de l'Allemagne de l'Ouest, où la prostitution est autorisée dans les villes de plus de 20000 habitants et dans des zones prédéterminées.Le racolage dans la rue est permis, mais à des heures précises, de 20 heures à 6 heures du matin par exemple.Les prostituées doivent avoir au moins 18 ans et être munies de cartes sanitaires.Leurs gains sont imposables, mais elles ne peuvent s'inscrire à l'assurance chômage ni toucher de sécurité sociale.Une révolution _ De ce tableau sommaire, un fait capital se dégage: le recul de l'emprise des souteneurs et des proxénètes dans l'organisation de la prostitution.Il s'agit là sans doute de la révolution la plus profonde qu'ait connue le milieu prostitutionnel occidental depuis un siècle.Mais si les souteneurs ont re- jg culé, ils n'ont pas pour autant E disparu.Dans les pays tolérants, ** s'ils ne tirent plus directement 3: profit de l'activité prostitution- O tu-Ile, ils tendent par ailleurs à h contrôler les lieux, hôtels, bars, m-studios où s'effectue la prostitu- f.tion.C'est le proxénétisme im- \"w mobilier.Dans les pays régie- > mentaristes, ils restent à l'affût s des commerces de la chair les 2 plus lucratifs, que favorisent les \u2014 Eros Center et autres bordels.\"Jj Les prostituées seraient donc < imprudentes de crier victoire 2 tout de suite.Et tant qu'il y aura *> des profiteurs et des trafiquants - de corps, l'autonomie sexuelle g> des prostituées, leur émancipation et leur intégration sociale resteront problématiques.?^ m EXPÉRIENCE UNIQUE Deux Français auront fait Soyouz et Challenger 5 < È ce r- Z o => Normalement, le 27 février prochain, un astronaute français s'envolera pour l'espace à bord d'une navette spatiale américaine, à la suite de son compatriote Jean-Loup Chrétien et du Canadien Marc Garneau, Patrick Baudry deviendra le troisième francophone à séjourner sur orbite terrestre.Mais, ce qui retient surtout l'attention, c'est la carrière privilégiée des deux Français; ils ont eu l'unique chance de connaître intimement tant l'univers secret des cosmonautes soviétiques que celui des astronautes américains.Au cours d'un entretien, Chrétien et Baudry ont fait d'étonnantes comparaisons entre les systèmes soviétique et américain.Tous deux pilotes militaires de haut calibre (Chrétien étant responsable de la mise au point de l'avion supersonique Mirage F-l) Us ont vu leurs chemins se croiser le 12 juin 1980 lorsque le Centre National d'Études Spatiales (CNES-France) les a choisis.Depuis cette date, ils ont vécu ensemble aussi bien en banlieue de Moscou que de Houston, où ils furent bien souvent laissés complètement à eux-mêmes.Ainsi, au centre d'entrainement américain, aucun membre du C'NES ne les assiste; les astronautes doivent donc eux-mêmes voir à tout, y compris aux tâches ménagères! Le déracinement et la séparation systématique d'avec leur famille ont soudé \u2014 sinon fondu \u2014 ces deux hommes.Il est fascinant de les entendre raconter leur quotidien tout comme des jumeaux qui se complètent parfaitement, tant en pensée qu'en parole.L'entraînement à la russe.L'entraînement à la très secrète Cité des Étoiles soviétique a débuté peu après leur sélection.À leur avis, cette préparation fut plus difficile et exigean te que celle qu'ils suivent présentement aux États-Unis.D'abord, une fastidieuse période de huit mois, durant laquelle ils passèrent d'interminables heures en classe à se faire expliquer les multiples facettes du vol spatial.Ils eurent en plus, simultanément, à maîtriser une nouvelle langue: le russe.La méthode proprement soviétique est \u2014 à dessein \u2014 fortement répétitive et oblige les astronautes à tout prendre en note.En effet, aucune documentation écrite ne leur est donnée; ils doivent se la «rentrer dans la .caboche».L'entraînement en simulateur ne commença que la seconde année seulement.Ces deux années de préparation amenèrent les astronautes à connaître à fond le fonctionnement de leur Soyouz au point même d'être parfaitement capables de le piloter.En juin 1982, c'est finalement Chrétien qui s'envola de Baïko-nour à bord de Soyouz T-Ç.Baudry, le substitut resté au sol, regarda son compagnon partir en espérant être un jour à bord d'un autre Soyouz.Mais Chrétien re- Claude Lafleur vint sur Terre une semaine plus tard, et la possibilité d'un second vol soviéto-français s'évanouit dans le blizzard des tensions politiques Est-Ouest.Durant l'année 1983, Chrétien et Baudry devinrent les porte-parole du CNES pour promouvoir le projet de mini-navette Hermès.Leur désir de doter l'Europe d'un système de vaisseaux habités est tel que, lorsqu'ils en parlent, leurs yeux s'illuminent et le ton devient passionné.Pour eux, l'Europe doit devenir autonome en matière de vol humain, de la même façon qu'elle l'est avec les fusées Ariane et les avions Airbus.Leurs efforts ont porté fruits puisque, tout récemment, la France a décidé de réaliser le projet Hermès, même advenant que les autres pays membres de l'Agence Spatiale Européenne ne l'endossent pas.Cette mini- navette devrait s'envoler au cours de la prochaine décennie.L'enthousiasme du tandem fut récompensé lorsque, l'année dernière, Ronald Reagan offrit à François Mitterrand d'envoyer un François sur orbite.Tout comme Marc Garneau, l'astronaute français ne sera pas pilote à bord de la navette mais plutôt chargé de conduire certaines expériences dans le domaine médical.Beaudry et Chrétien n'ont donc pas à apprendre le commandement de l'appareil (ce qui frustre passablement nos deux pilotes d'essai).Ils apprenent surtout à utiliser l'équipement de bord (toilette, cuisinière, etc.), les procédures d'urgence et le maniement des expériences françaises.a la question de savoir quelles étaient les différences entre le Centre spatial de Houston et la Les astronautes français Patrick Baudry (à gauche) et Jean-Loup Chrétien au poste de commande de la navette Columbia.Malgré son souhait, Patrick Baudry, qui doit s'envoler à bord de la navette le 27 février prochain, ne pourra piloter l'engin.Cité des Étoiles, il est fort étonnant de s'entendre répondre «aucune»! Pour eux, ces deux centres ressemblent à toutes les bases d'entraînement pour pilotes d'essai fréquentées durant leur carrière.«Le climat de travail et la complicité qui régnent entre les hommes sont communs à tous les peuples du monde», ont-ils commenté avec le sourire.Et pourtant, alors que le grand public est admis à visiter le centre américain, ce n'est aucunement le cas côté soviétique.«Question de relations publiques, les mentalités diffèrent bien entendu-, a concédé Baudry.¦En Union soviétique, la sécurité se veut très étanche.Pour quiconque, il est en effet fort difficile \u2014 voire impossible \u2014 d'accéder à la Cité des Étoiles.Mais pour nous, astronautes dûment accrédités, il nous a été facile d'aller absolument partout, sans aucune contrainte».«Ici, à Houston, poursuit Baudry, c'est différent, la sécurité s'exerce par paliers.Ainsi, le public visite certaines installations, les journalistes ont accès à un plus grand nombre d'immeubles, alors que les astronautes à l'entraînement peuvent pénétrer encore un peu plus avant.Mais certaines installations demeu- .rent complètement hermétiques à tous.D'une certaine manière, la sécurité est même plus sévère ici.Je me souviens du jour où nous voulions visiter le centre des simulateurs, en compagnie de Daniel Brandestein (qui pilota Challenger lors de STS-8).Le garde nous interdit l'accès au bâtiment simplement parce que Dan avait oublié ses cartes d'identité! » «Autre exemple qui illustre les différences de mentalité: la documentation technique.Contrairement à ce que vous pensez, en Union soviétique, nous pouvions consulter tous les documents spécialisés que contenait la bibliothèque de la Cité des Étoiles; jamais un officiel soviétique ne nous a embêtés, bien au contraire.Par contre, du côté américain, certaines aires de la Library nous sont totalement défendues.» Lorsque Patrick Baudry quittera la Floride à bord de Challenger, ce sera au tour de Chrétien d'espérer une future mission! Mais déjà, les francophones se classeront au troisième rang en nombre des repré-sentants ayant volé dans l'espace (3), derrière les anglophones (91) et les Russes (58).? Parmi les mérites involontaires de Maurice Duplessis il y a celui d'avoir su forcer un certain nombre de gens de talent à réagir sur la place publique.Tel fut le cas de Francis Reginald Scott qui vient de nous quitter.À l'époque, il surprenait les anglophones de Wesmount parce qu'il traduisait et citait de mémoire Saint-Denys Gameau, détonait dans le milieu des distingués juristes parce qu'il écrivait des poèmes tout en ayant des amis du côté d'un parti mal accepté, devenu depuis le N.P.D.Finalement, sans être canadien-français il ne cessait de relever des défis qui étaient vitaux à long terme pour le Québec.Né dans la bonne vieille ville de Québec dans la famille d'un pasteur protestant, il connaissait le français et comprenait la lutte livrée pour sa survie à Montréal et ailleurs.Étudiant, il était allé en France examiner les tenants et les aboutissants des structures centralisatrices.La thèse sur laquelle il travaillait portait sur le comté de Nice devenu partie intégrante de la France dès 1860 et à partir de là sur les options indépendantistes.De retour à Montréal, marié avec une femme peintre d'une sensibilité propre aux artistes de grand talent, il ne pouvait éviter de vivre au jour le jour une situation conflictuelle.Primauté de la justice_ C'était l'heure de Maurice Duplessis qui en tant que premier ministre du Québec paraissait tout puissant et d'une certaine étroitesse d'esprit.En supposant aux décisions gouvernementales dans le domaine du droit, Frank Scott a fait la preuve de la primauté de la justice sur l'arbitraire, ce qui comportait des risques concrets pour sa carrière.Les contestataires, les intellectuels ne pouvaient compter ni sur les subventions, ni sur la stabilité d'emploi qui n'existaient pas sous leur forme actuelle.La mort de Maurice Duplessis marqua un tournant autant pour Frank Scott que pour un autre grand disparu, Georges-Émile Lapalme, penseur et politicien, qui le raconta de façon magistrale dans ses mémoires («Le bruit des choses réveillées» et «Le vent de l'oubli»), mais leur approche n'était pas la même.Pour le professeur Scott, auteur ou co-auteur de livres tels que «Le Canada d'aujourd'hui» (1939), «Canada After the War» (1944), ou encore «Civil Liberties and Canadian Federalism* (1959), il s'agissait de l'élaboration des chartes des droits, de la constitution et des principes de tolérance.Georges-Emile Lapai- Frank Scott : juriste, poète et traducteur V.' me tenait surtout à donner au Québec un nouveau visage autant en matière d'enseignement que sur le plan de l'évolution industrielle, économique et sociale.La philosophie du biculturalisme_ Par la suite, la philosophie de la Commission d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme Alice Parizeau Toronto, correspondait parfaitement à la philosophie de Frank Scott.Au départ il éliminait, comme un André Laurendeau d'ailleurs, l'idée d'épreuve de forces, une réflexion sur les dominants et les dominés et, il va sans dire, toute possibilité de dépérissement de la culture francophone.Est-ce pour mieux le prouver qu'il s'attela avec Anne Hébert à la rédaction d'un essai intitulé «Dialogue sur la traduc- Une fidélité sans faille à sa conception de la justice et la vision d'un Canada où grâce à la compréhension mutuelle tout devenait possible entre anglophones et francophones, y compris l'affichage bilingue à tion à propos du «Tombeau des Rois» (H.M.H.- 1970)?Ce qu'il n'était pas capable de comprendre par contre c'était la mesquinerie, le mépris et le rejet qui se situaient aux antipodes de la civilisation dans laquelle il croyait.Brusquement, en 1970, il a été obligé d'assister impuissant à une explosion de violence, antithèse de sa conception du monde.En plein milieu de la crise d'Octobre il découvrait les enjeux d'un dialogue qui, désormais, se transformait en un conflit ouvert qu'il ne pouvait accepter.Et pourtant.__ Quand le Comité d'aide aux personnes arrêtées en vertu de la loi des mesures de guerre cherchait des signataires de la lettre ouverte en faveur de la libération immédiate des gens détenus arbitrairement il accepta, en protestant et en bougonnant un peu, d'y apposer sa signature.De la part de ce distingué juriste de McGill, notable malgré lui, c'était faire preuve de fidélité à sa conception de la justice, celle qu'il avait toujours défendue au risque d'être considéré par ses pairs comme un incorrigible romantique.D'autres n'ont pas hésité à donner gratuitement de leur temps et à assumer, en tant qu'avocats, des risques professionnels; il n'en reste pas moins que pour Frank Scott il s'agissait alors d'une décision d'autant plus difficile qu'aucune évaluation objective du potentiel de violence n'était possible.Qu'est-ce qui reste de tout cela aujourd'hui?Des écrits, des travaux, des poèmes et des essais, des prix et des distinctions, une thèse sur son oeuvre, des analyses élogieu-ses, mais aussi et peut-être surtout le souvenir d'un homme représentatif d'une époque et défenseur d'une philosophie valable en soi.Saint-Denys Gar-neau avait écrit dans son «Journal»: «Seuls vivent ceux qui poursuivent la solution d'une question.Un homme est mort quand tout lui semble résolu.» (p.62) C'est là une citation qui s'applique pleinement à Frank Scott.II appartenait en outre à cette infime minorité qui ne laisse pas de successeurs parce que ceux qui ont autant de talent que lui et autant de panache sont très rares.?plus Éditeur Roger D.Landry Coordination Paul Longpré Responsable des chroniques: Pierre-Paul Gagné Tél.: (514) 285-7U70 Mise en page: Roch Côté Jacques Gagnon Fernand Marcotte Collaboration Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Françoise Côté Jean-Françoise Doré Claire Dutrisac Pierre Godin Serge Grenier Sophie Huet Albert Juneau Claude Lafleur Gérard Lambert Yves Leclerc Raymond Lemieux Marie Lessard Mario Masson Charles Meunier Alice Parizeau Simone Piuze Pierre Racine Michel Vastel René Viau Toronto Michel Labrecque Vancouver Daniel Raunet Moncton Achille Michaud Mexico Francis Pisani Managua Jacques Lemieux San Salvador Edith Coron Paris Jean-François Lisée Rome Jean Lapierre Bruxelles Claude Moniquet Genève Angelica Roget Chypre Robert Pouliot Tokyo Huguette Laprise Taiwan Jules Nadeau Publicité Responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier Secrétariat Micheline Perron Tél.: (514) 285-7319 \u2022I -4- La limace volante Plus de 700000 réfugiés éthiopiens des régions de l'Erythrée et du Tigré ont échappé temporairement à la famine alors que le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies a établi un pont aérien d'urgence alimentaire le 20 janvier dernier.Huit cents tonnes de produits de première nécessité ont ainsi atteint l'est du Soudan en quelque trois semaines.Des milliers de tonnes de céréales devraient suivre par bateau au cours des mois de février et mars.Notre collaborateur en Italie, Jean Lapierre, accompagnait l'un de ces avions-cargos il y a deux semaines.Amsterdam.Brouillard à couper au couteau.Froid de canard.Sur la piste de l'aéroport international de Schiphol, un collègue italien, un Américain, un Suisse et moi attendons depuis douze heures le Boeing 707 égyptien qui vient enfin de se poser.Vents de sable, caprices du trafic aérien international ou mauvaise planification des vols, des arrivages et des correspondances?Toutes les réponses paraissent plausibles.Aucune ne sera confirmée.Nous allons bientôt apprendre que rejoindre Kassala \u2014 capitale de l'est du Soudan \u2014 les camps, les réfugiés, les mouches omniprésentes, la chaleur malgré l'hiver soudanais, la faim \u2014 les «portes de l'enfer» comme disait un journal \u2014 constitue déjà une aventure en soi! L'arrivage quotidien ponctue le nombre dec morts comme celui des vivants à Kassala et d'ans la région.Notre avion, si essentiel à la survie des 700 000 réfugiés éthiopiens du Soudan (3000 traversent encore chaque nuit la frontière), atteindra finalement sa destination avec 24 heures de retard.Nous n'en sommes malheureusement pas encore là.Il faudra encore nous détourner vers le froid avant de sentir la chaleur des hauts plateaux soudanais.D'Amsterdam, où l'avion décharge des marchandises commerciales, nous volons vers Malmeu (Suède) où nous prendrons, deux heures plus tard, un chargement de 32 tonnes d'huile végérale._ Premières nécessités_ ¦ai L'avion coûte cher.Très cher.^ Cinq fois plus que l'acheminement S par bateau.Chaque aller-retour du pont aérien actuel, qui devait « prendre fin vers le 10 février, coû-3 te la «modique» somme de 70000 St dollars au Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR).La fac- co o < to ture totale de cette seule opération de secours devrait s'élever à plus de dix-sept millions de dollars si on en croit les prévisions budgétaires de l'organisme au 11 janvier dernier (sans tenir compte du coût des aliments acheminés).On n'utilise donc l'avion que dans les urgences les plus extrêmes et pour des produits légers et essentiels (tentes, médicaments, huile végétale, biscuits vitaminés, sucre, etc.), en attendant l'arrivée des secours «lourds» comme les céréales, par bateau et camion.Le financement du pont aérien que nous empruntons provient des propres fonds du HCR auxquels s'ajoute la participation alimentaire des États-Unis et de la Suède.Il devrait permettre l'acheminement de huit cents tonnes de produits alimentaires surtout.Un chargement quotidien \u2014 limité à 32 tonnes à cause de la longueur restreinte de la piste d'atterrissage de Kassala \u2014 devrait théoriquement nourrir la population d'un camp comme nous en verrons (50 000 , 60 000 habitants) pendant une journée.L'est du Soudan compte à lui seul sept camps importants.C'est donc dire que, mathématiquement parlant du moins, les rations sont réduites au minimum vital puisqu'un seul avion arrive chaque jour.Nous avons quitté Amsterdam avec douze heures de retard.Nous partons de Malmeu (Suède) à 17 heures pour atterrir au Caire (Egypte) à 23 heures.La piste de l'aéroport régional soudanais vers laquelle nous nous dirigeons ne pouvant nous accueillir après la tombée du jour, nous prendrons six autres heures de retard.Cinq heures du matin, nous repartons.Heure d'arrivée: sept heures.Retard de 24 heures.Ce n'est malheureusement pus le seul problème de logistique ou d'acheminement que nous rencontrerons au cours de ce voyage.Le pied posé, nous traversons en vitesse Kassala qui, malgré la sécheresse, mange apparemment toujours à sa faim.Une vingtaine de kilomètres plus à l'est, près de la frontière éthiopienne \u2014 à vue d'oeil sur la crête des montagnes comme pour montrer que le pays voisin surveille toujours ses réfugiés même dans leur exil \u2014 Wad Sherife.Le premier camp.Ici, le message est clair: «Je n'ai rien eu à manger depuis cinq jours que je suis ici», «nous manquons de tout», «les rations d'eau ne suffisent pas, nous devons en acheter des vendeurs ambulants».Nous avons beau expliquer le sens de notre venue, la valeur des relations humaines touche son niveau le plus élémentaire.Nous leur parlons du pont aérien déjà vieux d'une dizaine de jours.Ils affirment n'en avoir pas senti l'effet.Mensonges?Inégalités dans les distributions hebdomadaires ou Im-mensuelles selon le cas?Ou encore l'aide internationale n'est-elle tout simplement pas à la hauteur de la faim des 62 000 hommes, femmes et enfants de Wad Sherife?Pourtant, un des médecins de la Croix-Rouge suisse du camp, Martin Weber, constate l'amélioration depuis l'arrivée du premier avion.«Cent personnes mouraient chaque jour ici en janvier.Leur nombre est aujourd'hui ramené à 35! » Et puis, comme un désespoir.«On a de l'eau depuis sept jours.De la nourriture depuis à peu près quatre ou cinq et voilà que le HCR fait venir les journalistes pour que vous disiez à quel point cet organisme est efficace.Vous me faites rire!» Pourtant, selon Joël Boutroue, fonctionnaire du HCR, la riposte a été rapide.«En moins de trois semaines, nous avons mis ce pont aérien sur pied.» C'est souvent, selon lui, la COR, la Commission soudanaise pour les réfugiés qui s'occupe matériellement des camps \u2014 HCR se contente, Jean Lapierre AU SOUDAN VOYAGE AU PAYS DES RÉFUGIÉS Distribution quotidienne de nourriture dans un dispensaire du Haut Commissariat aux Réfugiés.lui, d'acheminer l'aide \u2014 qui est en cause.«Ils sont totalement dépassés et désorganisés».Contradictions_ L'assurance et l'efficacité technique des spécialistes du Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations unies qui, dans cette opération de secours, fournit au HCR les aliments du pont aérien et ceux qui arrivent par bateau, tranche avec les constatations du terrain.Rentré à Rome, on m'assurera que plus de 25000 tonnes de céréales étaient arrivées à Port Soudan \u2014 sur la mer Rouge \u2014 et étaient en cours de distribution dans les camps alors que j'y étais.Pourtant, le responsable^ du HCR à Kassala n'en savait rien! C'est à n'y rien comprendre et il faut une patience d'ange doublée d'un sens inné de l'orientation pour s'y retrouver.Dans le jargon des spécialistes qui font toujours de subtiles distinctions entre les anciens et les nouveaux réfugiés (arrivés depuis le premier novembre dernier), t'aide d'urgence, les programmes d'aide alimentaire réguliers et autres qui croire?Les spécialistes assis dans leurs bureaux, chiffres en mains, sûrs d'eux?Les responsables locaux dévoués mais mal informés \u2014 Kassala n'a pas de télex et on nous.a affirmé dtiyoir parfoisaQejidro^une semaine la communication téléphonique avec Khartoum, la capitale?Les réfugiés qui n'écoutent que leur ventre?' t«''ui\"i Jour de retour.L'avion, démesuré pour la piste sans service de soutien, se pose avec huit heures de retard.Les camions et les manutentionnaires de la COR, fatigués d'attendre, sont partis.Nous sommes un vendredi, jour hebdomadaire de repos chez les musul-mans, ce qui n'arrange rien.Il est 15 heures et le Boeing de la ZAS égyptienne doit impérativement repartir avant 17 heures, avant la fermeture de l'aéroport.Une nuit passée ici signifie 21 heures automatiques de retard sur l'un des prochains arrivages.Sans mot dire, le commandant Gawad quitte sa chemise aux insignes de son grade.Ses coéquipiers l'imitent.Ils passent dans la soute et commencent à défaire les char- photo Louise Gubb GAMMA ges ficelées de tentes et d'huile végétale.Trente-deux tonnes à bras d'hommes sous le regard amusé d'un général et d'une dizaine de soldats de l'armée soudanaise qui ne bougent pas le petit doigt.Après une demi-heure, les camions arrivent, les manutentionnaires aussi.L'équipage abandonne le terrain aux spécialistes.On entend une voix réfléchir tout haut: «C'est toujours pareil.La nourriture arrive.L'infrastrutu-re, l'intendance ne suit pas.Il ne nous manque plus qu'à faire la cuisine! » L'avion, finalement, décolle aux dernières lueurs orangées du jour.Cap sur Le Caire, puis, sur Amsterdam.Nouvelle cargaison.Nouveaux retards?Nouvelles désillusions?n Près de deux millions d'hommes en transit La tragédie des réfugiés ne s'arrête malheureusement pas aux portes du désert soudanais.La sécheresse éthiopienne s'étend sur une large bande qui traverse l'Afrique d'est en ouest \u2014 le Sahel \u2014 dont fait également partie le Soudan.L'organisation des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation, la FAO, y prévoit «des difficultés exceptionnelles d'approvisionnement alimentaire».La récolte '85 de blé n'a pu être plantée en raison du bas niveau d'eau du Nil Bleu et de la rivière Atbarra \u2014 les régions adjacentes fournissent en temps normal 80 p.cent de la récolte nationale.L'ensemble de la production cé-réalière ne devrait ainsi atteindre que 58 p.cent de la récolte moyenne des cinq dernières années.En supposant le doublement des importations commerciales de céréales, la PAO conclut que les besoins alimentaires du Soudan s'élèveront à près d'un million de tonnes cette année.Dix p.cent de plus que les prévisions faites il y a un mois et demi, en décembre.Le double de l'ensemble de l'aide alimentaire reçue l'an dernier.Réfugiés de l'intérieur_ L'approvisionnement alimentaire se détériore rapidement dans le nord du pays.Les régions du Darfur et du Kordofan (situées au nord et au nord-ouest de Khartoum) rapportent la perte totale de la récolte et l'apparition de la famine.Quinze des vingt-deux millions de Soudanais souffrent de la sécheresse alors que près du quart de la population serait en proie à la famine, selon les chiffres des organismes internationaux.Les prix alimentaires ont triplé, le bétail se vend à vil prix et le marché de la main-d'oeuvre agricole s'est effondré.Dans les campagnes, on mange les semences.Des émeutes auraient éclaté dans le Sud-Kordofan où, scion des témoins, des spéculations sur des produits alimentaires auraient provoqué l'assaut de magasins et d'entrepôts.Près de 600,000 paysans de l'ouest du pays ont quitté leur région pour se diriger vers la capitale, Khartoum, dans l'espoir d'y trouver quelque répit.À 15 kilomètres de la ville, leur venue a formé un nouveau camp, celui des «réfugiés de l'intérieur» aux conditions de vie difficiles, sans que ces personnes puissent espérer se prévaloir de quelque façon que ce soit de l'aide alimentaire internationale d'urgence dispensée aux réfugiés de l'étranger.Le gouvernement se trouve par ailleurs dans l'impossibilité de leur venir en aide Questions gênantes_ La famine et la sécheresse ne figuraient pas au programme des PROVINCE du NORD 'SOUDAN /bahr^T-C JjHA/al n N ZAÏRE Omdourmririï KHARTOUM^) lEl-Obéid MiuadAedani l * KORDOFAN \u2014\u2014\u2014 frontière -\u2014 limite de province @ chef-lieu de province 0 km 800 priorités du gouvernement du maréchal Nemîery avant le 31 juillet dernier alors que la vague de sécheresse actuelle étendait ses ravages depuis bientôt trois ans à l'ensemble du Sahel.Le président Nemiery n'accordait d'ailleurs à cette occasion le statut de «zone de désastre» qu'à la région du Darfur, taisant la situation du reste du pays.Le gouvernement n'a ainsi requis l'aide du programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) qu'à partir du premier février dernier et pour les seuls habitants de l'Est du pays.Cette volonté politique de minimiser la catastrophe dans l'agriculture, liée à certains choix politiques conjoncturels, risque de favoriser la rébellion du Sud du pays qui ne manquera pas de chercher à en tirer parti.Le Soudan exporte ainsi des bovins au Nord-Yémen alors que la pénurie alimentaire frappe le pays.De plus, le nombre des réfugiés éthiopiens (700 000) auxquels il faut ajouter ceux du Tchad (116 000), de l'Ouganda (250 000) et du Zaïre (5 000) est venu aggraver une situation d'approvisionnement alimentaire déjà précaire pour les habitants de l'intérieur du pays.L'acheminement de milliers de tonnes d'aide alimentaire internationale à travers le pays se trouvera compliquée à la fois par l'insuffisante capacité d'accueil de Port-Soudan sur le Mer Rouge (vers laquelle les cargos sont dirigés) et les déficiences du réseau routier national.Autant de bonnes raisons pour remettre en question les politiques et l'imprévoyance gouvernementales.Au bord de la faillite_ L'arrière-fond de crise financière dans lequel le Soudan se débat n'aidera pas à solutionner ce qui semble une opération à huit inconnues.La dette extérieure' s'est multipliée par 15 en dix ans pour passer de 600 millions à 9 milliards de dollars américains (équivalent du produit intérieur brut).Les seuls intérêts sur cette dette (1,25 milliard de dollars américains) s'élèvent à I'M p.cent de la valeur des exportations.La moitié des ressources en devises sert au règlement de la seule facture pétrolière.Pour dire les choses clairement, Khartoum ne parait absolument pas avoir les moyens de sauver ses 22 millions d'habitants de la sécheresse et de la famine.Aujourd'hui, plus que jamais, les secours internationaux demeurent essentiels.Mais comment faire pour qu'à l'avenir, cette aide soit autre chose qu'un palia-tif aux imprévoyances intérieures et retrouve sa vocation initiale: une aide, un coup de main en cas de coup dur imprévisible?c y o z -H SO pr > 5 00 VOYAGE AU PAYS DES RÉFUGIÉS Au pays du désespoir KEBÈDE lève les yeux el montre du doigt la montagne, de l'autre côté de l'étendue de sable.«Je viens Ce là», dit-il.Nous sommes à Wad Sher à quelque 25 kilomètres de la frontière souda-no-éthiopienne qu'il a traversée avec sa femme, sa belle-mère et ses quatre fils.Un mois de marche épuisante.Cette famille a voyagé de nuit pour échapper aux rafales de l'aviation éthiopienne qui harcèle, selon de nombreux témoignages, les fuyards.Chaque jour, 3,000 personnes choisissent ainsi la voie de l'exil.Kebède a bien une soixantaine d'années et, au crépuscule de ses jours, 11 s'est résigné à quitter «son» Erythrée après y avoir supporté la famine et la guerre intérieure que se livrent mouvement sécessionniste et gouvernement central depuis des années.«Nous avons dû tout abandonner.Nos animaux sont morts.Je possède les vêtements que je porte, ma famille que j'ai emmenée et cette case que vous avons construite en arrivant ici.C'est tout.» La case, trois mètres cariés au Elus, plancher de terre, un lit de ois, six bouts de bois recouverts de feuilles séchées et poussiéreuses, abrite les sept membres de la famille.Il a fallu trois jours pour la construire.700000 réfugiés_ Kebède n'est pas le seul de sa condition.Certains de ses compatriotes le considéreraient peut-être même «favorisé».Car le bois, les feuilles séchées qui lui ont permis de «se construire» valent de l'or aujourd'hui.Sept cents mille Éthiopiens ont fui, comme lui, au Soudan, dont plus d'un quart de million au cours des quatre derniers mois seulement.Leur condition évolue rapidement, change chaque jour.rarement pour le mieux.Ainsi, le camp de Tu-kulubab, dont les conditions de vies étaient les plus terribles de toutes, a-t-il été fermé la veille de notre arrivée.Ses 45,000 habitants déplacés de 250 kilomètres au sud-ouest.Le camp de Wad Kowli n'existait pas, lui, la veille de Noël.Il comptait 52,000 occupants le 5 janvier, 84.000 à notre arrivée au Soudan, fin janvier, et plus de 90,000 le jour de notre départ.Si les prévisions se réalisent, il en compte aujourd'hui environ 150,000.Un monstre d'inhumanité.C'est le plus grand camp de réfugiés du monde.Le paysage ressemble à celui d'un film western.Plateau sablonneux, ciel bleu tranché par des pics montagneux qui s'élèvent abruptement.Pas d'arbres.Pas d'ombre.Soleil chaud (25 à 30 degrés centigrades) malgré l'hiver.Au fond du décor, une agglomération à «l'urbanisme» incontrôlé de petites huttes, de tentes improvisées, d'abris précaires couleur sable, se confond dans le sol.C'est Wad Sherife.Ici l'inflation humaine fait rage: par la Croix-Rouge demeurent peu utilisées.Centralisées, elles sont trop éloignées de la plupart des habitations car le camp occupe une immense superficie.Un petit trou creusé entre les huttes suffit à l'ordinaire.«Les organismes de ces gens, soumis d'abord à la famine en Ethiopie, puis à un voyage épuisant et, ici, à la carence de nourriture, n'offrent aucune résistance aux microbes, précise le docteur ment.Le taux de mortalité a chuté des deux tiers depuis l'adoption de ces méthodes et l'arrivée des premiers secours alimentaires.«Selon moi, précise encore le docteur Weber, la première nécessité, c'est la nourriture balancée au point de vue protéinique et en quantité qui permette non seulement aux gens de survivre mais d'augmenter leur résistance.Puis, vient l'eau et seulement, en troi- Vue des camps de Wad Kowli et de Tukulubab au Soudan, ou affluent quotidiennement la marée humaine des réfugiés.33,000 habitants au premier de l'an, 62,000 en début février.On dirait en fait une immense tache à peine plus foncée et colorée que le sable sur lequel le camp repose.Dès qu'un coup de vent se lève, qu'un véhicule passe, Wad Sherife se confond, disparait dans son environnement.Ne paraissent alors plus que les silhouettes floues de 63,000 hommes, femmes et enfants, acteurs involontaires d'un film qu'ils n'auraient jamais accepté de jouer.Wad Sherife, comme Tukulubab il y a encore trois semaines, comme El Fao, comme Wad Kowli, ne possède aucune infrastructure sanitaire digne de ce nom.Pas d'eau courante.Pas d'égouts.Les quelques toilettes publiques installées récemment Weber de la Croix-Rouge.Les réfugiés vivent les uns sur les autres, alors les maladies contagieuses se propagent à la vitesse de l'éclair.» Dysentrie, paludisme, rougeole, tuberculose cohabitent ici avec «bonheur».Une quinzaine de médecins du YMCA, de Save The Children Fund (Grande-Bretagne) et de Médecins sans Frontières (France) cherchaient à enrayer un début d'épidémie de typhus à Wad Kowli, fin janvier.A Wad Sherife, des équipes volantes parcourent le plateau pour vacciner les réfugiés avant leur arrivée au camp.On a établi dans la plupart de ceux-ci des centres de nutrition adaptée particulièrement aux besoins des enfants en bas âge et des femmes enceintes ou en cours d'allaité- photo Arnaud Borrel GAMMA sième lieu, la médecine curati-ve.»_ Voyages «organisés»_ Wad Kowli bat tous les records de croissance.En un seul jour, le 25 janvier, quatorze mille réfugiés de la province éthiopienne du Tigré s'y sont présentés! Malgré sa jeunesse et sa désorganisation physique (le camp n'existait pas il y a deux mois et sera prochainement déplacé), Wad Kowli transpire la discipline.Contrairement aux Ery-thréens de Wad Sherife qui arrivent un par un ou par famille au Soudan, les Tigréens empruntent la route de l'exil par villages entiers.Le «voyage» est préparé, organisé et encadré physiquement par le Front populaire de Libération du Tigré (FPLT).Dans le nouveau pays d'accueil, l'organisation des camps, la distribution de l'eau et de l'aide alimentaire est assurée, avec l'accord des autorités, par Rest, Relief Society of Tigray, la branche humanitaire du FPLT.On a littéralement transplanté au Soudan les structures sociales traditionnelles de la province d'origine.Les chefs de village prennent le relais de Rest à l'intérieur du camp, par «quartier».Ils recensent les nouveaux venus, s'assurent que chacun reçoive sa part de l'aide humanitaire.Wad Kowli a soif.Situé sur les berges de la rivière Atbarra presque asséchée, on lui accorde entre trois et huit semaines de réserve d'eau.Pour 100000 ou 150000 réfugiés, c'est peu.Une équipe d'Oxfam international est arrivée à Khartoum pour diriger la recherche de nappes souterraines et creuser des puits dans la région.On déplacera bientôt Wad Kowli.Sombres prophéties_ Atteindra-ton un jour le point de saturation?Le Soudan accueille depuis longtemps des réfugiés des pays limitrophes : Ethiopie, Ouganda, Zaïre, Centre-Afrique, Tchad.Un quart de millions de nouveaux réfugiés en quatre mois qui viennent s'ajouter aux 500000 Ethiopiens déjà présents au début de 1984, c'est énorme! Le phénomène ne semble pourtant pas devoir se résorber.La Croix-Rouge internationale calcule que 250000 Tigréens et 100000 Érythréens sont déjà «dans le pipeline» \u2014 ainSl décrit-on familièrement ici la voie de l'exil.Le Haut Commissariat aux Réfugiés refuse quant à lui de jouer au prophète de malheur mais prévoit néanmoins doubler ses rations alimentaires de base d'ici le mois d'avril (de 335000 bénéficiaires quotidiens, ils passeraient ainsi à plus de 600000).L'aide alimentaire internationale s'organise et parvient tant bien que mal à destination.Quel est l'avenir de ces réfugiés?Réduits à l'état de dépendance alimentaire, ces paysans chassés par une guerre intérieure qui ne semble devoir jamais finir ne s'accrocheront-ils pas à la terre aride du Soudan?Curieusement, le succès de l'opération alimentaire d'urgence crée lui-même les conditions de sa permanence.La communauté internationale vient peut-être ainsi de mettre le doigt dans un nouvel engrenage dont elle ne pourra pas se tirer de sitôt.J.L. POUR LA FAMINE EN ERYTHRÉE Raymond Robillard veut mobiliser le milieu de la santé Sur le plan diplomatique, je sais que je suis incapable de régler cette guerre dans le nord de l'Ethiopie, mais je suis convaincu que je peux agir en tant que professionnel de la santé».De retour des régions d'Afrique touchées par l'extrême famine, le docteur Raymond Robillard a ajouté une nouvelle conviction à son serment d'Hippocrate : la coopération internationale.« Je ne pouvais pas revenir de ce voyage comme je suis parti ».Dans son bureau de Montréal, ce neurologue, muni d'un bon vingt-cinq ans de pratique médicale et d'enseignement, n'a pas attendu pour se mettre à l'oeuvre.Déjà, il est à dresser une liste d'instruments chirurgicaux, d'antibiotiques et de vaccins à dépêcher rapidement sur place.« Le rôle de la médecine est indissociable de celui de la nutrition »,dit-il.« La famine est un problème médical.» Une guerre fait partie de ce sombre tableau.Depuis 1962, les troupes gouvernementales, aujourd'hui soutenues par l'URSS, affrontent les indépendantistes érythréens.Bilan à ce jour: 300 000 morts.« Quand j'ai décidé de partir pour là-bas, j'ai eu bien peur de me retrouver comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.» Pour l'instant, le neurologue met de côté les analyses politiques.« La façon dont je veux aborder le problème est apolitique.» Raymond Robillard ne perdra pas tout au long de son séjour son oeil de médecin.Il faut, de fait, toute la compétence d'un médecin pour redémarrer la santé d'une victime de la famine.< L'organisation mondiale de la santé a développé des techniques peu coûteuses pour cela », ajoute-t-il.« Avec un liquide simple qui consiste en de l'eau mélangée à du sel et du sucre en quantité précise, on peut arriver à rescaper les personnes atteintes.» Reste que pour l'heure, les équipes médicales éryth-réennes, même si elles tâchent de bien s'organiser, sont plutôt démunies.« Leurs plus récents manuels de médecine datent de 1950, précise le docteur Robillard.De plus, ils ont besoin de spécialistes en orthopédie, en chirurgie thoracique et puis d'autres pour diagnostiquer les nombreuses maladies oculaires qu'ils ne comprennent pas.» Le neurologue a déjà rencontré des responsables de < Médecins sans frontières », l'organisation internationale basée à Paris, avec l'idée d'en fonder une succursale à Montréal.Encourageant.« Mes collègues hésitaient cependant à travailler en mission pour des autorités françaises.Mais ils se disent très favorables à la constitution d'un groupe semblable ici.D'ailleurs, à mon retour d'Ethiopie et après mon passage à la télévision, j'ai reçu de nombreux appels d'infirmières, d'infirmiers, de médecins et même d'un camionneur.C'est ahurissant ! » Attention à qui on donne Corps décharnés, regards creux et implorants, mains tendues, assiette vide.Les images de famine, de sécheresse en Afrique ont ému plus d'un téléspectateur en décembre dernier.Le docteur Raymond Robillard de même.Puis après la compassion et la générosité qu'ont soulevées ces scènes, un doute s'est installé dans les bonnes consciences : et si l'aide internationale n'arrivait pas à bon port ?Raymond Robillard prend une grande respiration.Il pense à ce qu'on lui a raconté lors de son court périple.Déjà des stocks de vivres venant des gouvernements étrangers s'accumuleraient dans les ports éthiopiens.« Donner à l'Ethiopie pour aider les Érythréens c'est comme donner à Kaboul pour aider les rebelles afghans.Le citoyen qui veut coopérer et qui souhaite que son aide se rende doit faire attention à qui il la donne.La seule aide qui peut aller aux Érythréens doit passer par le Soudan.» Deux groupes lui paraissent fiables : Oxfam et l'Eritrean relief association.« Il y en a sûrement d'autre, mais je ne les connais pas.Le gouvernement canadien, de son côté ne peut pas envoyer de l'assistance à ce peuple, car il se trouverait à appuyer une armée d'insurec- Raymond Lemieux tion », reconnait-il.Dilemme de diplomatie internationale.Pourtant c'est surtout en Erythrée, selon le docteur Robillard, que le drame de la famine a frappé en Ethiopie.Près de la moitié des trois millions et demi d'Éryth-réens sont affectés.ments par les avions éthiopiens.» Après quinze heures de route en Land Rover, l'équipe s'est retrouvée dans une vallée.« On ne voyait personne.On nous a conduit devant une porte .à flanc de montagne comme pour un bunker.C'était notre hôtel.» photo Jean-Yves Létourneau LA PRESSE Le docteur Raymond Robillard veut fonder au Québec une organisation du type de « Médecins sans frontière - Accompagné de Jean-Jacques Légaré, médecin omnipraticien, et Patrice Massenet, cinéaste, Raymond Robillard est arrivé au Soudan au début de l'année.Son premier voyage en Afrique.Pour l'occasion, il traînera le livre de l'agronome tiers mondis-te René Dumont, « L'Afrique étranglée ».« À notre arrivée, on nous attendait pour nous faire traverser la frontière.Il fallait le faire dans la nuit car il y a toujours le danger des bombarde- «Où nous sommes allés, les gens réussissaient à se débrouiller assez bien.On a vu dans chaque tente une poche de grains venue d'Allemagne de l'Ouest.Mais ils nous ont dit n'avoir jamais rien reçu du Canada si ce n'est qu'une boite de lait en poudre sur laquelle quelqu'un était assis.On m'a raconté que cela avait été acheté au Soudan et que ça venait d'Ethiopie.Là, la boite avait été marchandée à un commerçant qui l'a exportée au Soudan pour la revendre aux habitants d'ici.» En Erythrée, le docteur Robillard a rencontré quelques médecins.Solidarité profcssionelle.« Il y en a 27 pour tout le territoire.Ils ont tout de même réussi à organiser un système très efficace avec la collaboration de 1 600 auxiliaires médicaux en plus de celle -et ça c'est surprenant- des sorciers de village qui gardent beaucoup de prestige et de confiance auprès des populations.C'est un mariage assez unique de médecine traditionnelle et de médecine occidentale.Les uns et les autres s'échangent pertinemment leurs connaissances.» Le secteur qu'a visité M.Robil-lard est sous le contrôle des autonomistes et s'il réussit à bien se tirer d'affaire malgré la sécheresse, il n'en ya pas de même pour l'autre Erythrée, celle qui est piétinée par la botte militaire éthiopienne.Là, les gens n'ont d'autre choix, selon le docteur, qu'entre la déportation ou l'exode vers le nord, vers le Soudan.« Avec les vivres que les Éthiopiens reçoivent par l'aide internationale, on attire les Érythréens affamés pour les amener dans d'autres régions au sud que les autorités prétendent plus accueillantes.Ceux qui refusent n'ont d'autre solution que de prendre le chemin des camps de réfugiés, plantés en plein milieu du désert soudanais et ravitaillés par les Nations unies.» ( Voir à ce sujet les articles de Jean Lapierre dans les pages précédentes ).Revenu à Montréal, il reste maintenant au docteur Robillard à trouver l'argent pour démarrer son projet.« Il faudrait au moins débourser le transport des volontaires coopérants, dit-il.J'aimerais aussi me faire donner des médicaments par les compagnies pharmaceutiques.» Puis ses yeux s'agrandissent et trahissent l'espoir de voir son projet sur le point de se réaliser.«Je suis content.Je pense que mon affaire va marcher mais il faut être prêt à travailler avec beaucoup d'haleine.» ?c y o z -< TO en > 5 \u2022o oo CO DEMAI 'AN 2000 Yves Leclerc L'ère de l'information, Saturn et la moissonneuse-lieuse < to i ce Z o s Un pas important dans le sens de l'automatisation complète de la production industrielle a été franchi il y a quelques mois avec l'annonce du projet Saturn de General Motors: le géant américain de l'automobile se donne une filiale dont la tâche est de concevoir et de produire des voitures de la façon la plus automatique possible, en tirant avantage des techniques de l'informatique avancée.Je ne me lancerai pas ici dans une explication détaillée de Saturn: cela a été fait ailleurs, et notamment, pour ceux qui souhaitent plus de détails, il y a une bonne description dans le numéro du 28 janvier de l'hebdomadaire Business Week.Qu'il suffise de dire que le projet cherche à intégrer les techniques de la conception assistée par ordinateur, de la gestion informatisée de la production, et de la robotique polyvalente dans un réseau qui regroupe les principales étapes de la fabrication d'une automobile, y compris une partie de la sous-traitance.L'effet cherché est double: d'abord améliorer la constance et la qualité de la production (l'ordinateur jouera un rôle important dans le contrôle de qualité); mais surtout réduire considérablement le temps-homme requis pour la production d'un véhicule, depuis 80 heures-homme il y a cinq ans, jusqu'à 55 heures aujourd'hui, pour atteindre 21 heures dans quelques années.11 est clair que cette démarche va directement à rencontre de tout objectif d'augmentation de l'emploi: GM prévoit des négociations difficiles devant mener à la signature d'une entente séparée avec le syndicat des travailleurs de l'auto, et une campagne importante de lobbying politique auprès du Congrès américain.D'autant plus que si le projet d'un coût initial de près de cinq milliards (US) réussit, les autres fabricants n'auront pas d'autre choix que de suivre le même chemin.Une industrie «post-industrielle»?_ Dans un premier temps, l'objectif avoué de Saturn est de rendre le producteur américain compétitif avec ses rivaux japonais (qui dans leurs usines automatisées atteignent déjà le niveau des 30 heures-homme et moins par voiture), et donc de maintenir ou de rétablir la domi- nation de l'industrie automobile américaine sur son marché menacé.Cependant, et c'est là à mon avis le plus intéressant, une fois cet objectif atteint il sera impossible de s'arrêter: il ne pourra exister simultanément aux USA un système automatisé de production à bas prix et de haute qualité, et un système plus coûteux et moins fiable.En d'autres termes, l'ensemble de la production devra s'orienter dans le sens de Saturn et de ses descendants.Paradoxalement, à long terme, cela peut mener non à une croissance de l'importance de l'industrie automobile (déjà un facteur dominant dans l'économie nord-américaine), mais au contraire à une réduction de cette importance.On se trouvera en effet avec une production assurée et régulière, exigeant peu de main-d'oeuvre et relativement peu de ressources, notamment parce que les robots utilisés seront polyvalents et que l'inventaire, contrôlé automatiquement, sera considérablement réduit.C'est à se demander si on n'assiste pas au premier acte de la «post-industrialisation» de la grande industrie, et au-véritable début de la fin de l'ère industrielle au profit de l'«ère de l'information».Il est tentant en effet de voir un parallèle entre le projet Saturn aujourd'hui et l'apparition il y a cent cinquante ans des premières machines agricoles industrielles, les moissonneuses de McCormick et les cotton gin miiis de Whitney.Dans les deux cas, on modernise un secteur traditionnel en lui appliquant les techniques de l'ère suivante.La fin d'une époque_ La moissonneuse de McCormick (brevetée en 1834) était en effet un pur produit de l'ère industrielle: une machine exigeant une fabrication de masse et une capitalisation importante, destinée à remplacer le travail de plusieurs hommes.Son originalité, c'est qu'elle était conçue pour le secteur agricole, où jusque là tout le travail était effectué à force d'homme ou d'animal.Ses effets n'ont pas été simplement de résoudre un problème de main d'oeuvre et de coût de production.Elle a modifié la taille des exploitations agricoles, a non seulement permis mais rendu nécessaire le développement des grandes plaines du centre de l'Amérique du Nord, et d'après certains historiens, a joué un rôle non négligeable dans l'élimination de l'esclavage et, par voie de conséquence, dans le déclenchement de la guerre civile américaine.Enfin, elle a eu pour effet ultime de réduire la proportion de la main d'oeuvre affectée aux travaux agricoles: elle est ainsi passée de plus de 50 p.cent de l'ensemble de la population à moins de quatre p.cent.Cette transformation a libéré une masse énorme de travailleurs ruraux qui sont devenus des ouvriers d'usines urbains et, plus tard, des cols blancs.Ce faisant, elle a fait passer l'agriculture d'activité dominante de notre société en un secteur quelconque, et pas le plus important, de l'industrie.Il est trop tôt pour affirmer que le projet Saturn aura le même impact sur l'industrie automobile.Il n'empêche qu'il présente plusieurs des mêmes caractéristiques que la moissonneuse de McCormick.Entre autres, il fait appel non à des techniques industrielles mécaniques traditionnelles, mais à des méthodes électroniques de traitement de l'information; et il remplace la chaîne de montage linéaire et l'ouvrier spécialisé dans une tâche, héritages directs de la production de masse d'Henry Ford, par un réseau souple et multidimensionnel d'unités de production et par des machines-robots polyvalentes et reprogrammables presque à l'infini.Souvent, lorsqu'on discute de l'avènement d'une éventuelle «ère de l'information», les critiques de cette idée objectent qu'il faudra quand même toujours des usines et de la production de biens, et donc que la «société d'information» n'est qu'une utopie.Ils oublient que de la même façon, l'homme n'a pas cessé de se nourrir avec la fin de l'ère agricole et le début de l'âge industriel.Il a simplement industrialisé le processus de production de nourriture.Il sera intéressant de voir au cours des années qui viennent si des projets comme Saturn ne représentent pas la prochaine étape vers la société d'information, en «informatisant» (dans tous les sens du mot) la production des biens, et en apportant ainsi une réponse concrète aux objections des tenants d'une «nouvelle révolution industrielle» aux effets restreints.?LE COURRIER Monsieur Leclerc, J'ai un ordinateur Atari 800 XL avec unité de disquettes dont je me sers entre autres pour taire des graphiques en couleurs.Je considère que les capacités graphiques de l'Atari sont meilleures que celles de l'Apple et du Commodore.N'êtes-vous pas d'accord?Mon problème, c'est que ie voudrais imprimer mes graphiques sur papier, mais les seules imprimantes que j'aie vu annoncées pour l'Atari impriment en blanc et noir.Savez-vous s'il existe des imprimantes qui impriment des graphiques en couleurs que je pourrais connecter sur mon Atari?Félicitations pour votre chronique, J.P.Wagner, Montréal RÉPONSE: Il existe trois façons très différentes de transposer sur papier du graphisme couleurs produit par un ordinateur sur écran vidéo, trois façons qui diffèrent par la méthode, par le prix et par la technique d'interface avec l'ordinateur.La solution traditionnelle est celle du traceur de courbes ( plotter en anglais) qui et un des outils principaux de la conception assistée par ordinateurs, et qui existe dans toutes les gammes de prix et de puissance.Contrairement à l'imprimante à aiguilles et à l'écran, un traceur de courbes ne dessine pas point par point, mais trait par trait, comme un dessinateur humain.Il dispose d'une ou plusieurs plumes interchangeables, avec lesquelles il trace des lignes (et même des courbes dans le cas des plus sophistiqués) sur une feuille ou un rouleau de papier.Un traceur est différent d'une imprimante en ce qu'il ne suffit pas de lui envoyer des caractères pour qu'il les imprime: il faut un logiciel entièrement différent, qui traduit un dessin en une série de commandes pour relever ou abaisser une plume, changer de couleurs, et transmettre des coordonnées de début et de fin de ligne.La seconde solution est celle de l'imprimante classique à aiguilles.Jusqu'à récemment, les imprimantes couleurs étaient rares et coûtaient fort cher.Cependant, deux modèles récents sont à la portée d'un budget moyen: l'un, l'Epson JX-80, destiné à un usage semi-professionnel et utilisant un ruban multicolore et du papier normal, l'autre l'Okimate 20 d'Okidata, destiné à l'amateur et employant la technique du transfert thermal.La première coûte un peu plus de $1000, l'autre seulement $100.Un autre type d'imprimante, qui fait appel à une technologie plus nouvelle, semble promis à un avenir plus intéressant encore.Ce sont les imprimantes cou- On adresse le courrier à Yves leclerc La Preste - PLUS 7, rue Sainl-Jocques Montréal, Que.H2Y 1K9 leurs à jet d'encre, dont les deux plus connues sont celles de Hewlett-Packard et de Radio Shack.Leur grand avantage est d'être remarquablement silencieuses et pratiquement inusables, en plus d'offrir une couleur très vive et très belle.En échange, elles exigent un papier spécial, pas facile à trouver et généralement plus cher.Notez que dans ce cas aussi, il faut un logiciel particulier appelé un printer driver pour tirer avantage des capacités couleurs de l'imprimante.La troisième manière d'arriver à transposer sur papier les images que vous créez sur écran est simplement de les photographier.Pour cela, il y a deux méthodes: utiliser un appareil assez coûteux appelé siidc creator ou slide maker qui possède son propre écran ou qui s'assujettit à celui de votre moniteur (si vous avez un téléviseur comme moniteur, attention! Ça ne marche pas toujours); ou utiliser simplement un trépied et une caméra normale pour prendre une photo de l'écran.Dans le premier cas, l'appareil s'occupe de tout ce qu'il y a à faire (distance, ouverture, exposition) et vous garantit pratiquement un bon résultat: évidemment, vous payez le prix.Mais dans le second cas, c'est moins évident.Il faut habituellement faire plusieurs essais pour ajuster trois paramètres importants: la distorsion de l'image, la luminosité et le balayage.Tout compte fait, et dans l'état actuel des choses, si vous avez souvent des images en couleurs à reproduire, mais dont la précision n'est pas trop élevée (la précision, c'est le domaine des traceurs de courbes), la meilleure solution de compromis est peut-être celle de l'imprimante à jet d'encre, qui vous coûtera aux alentours de $800 et qui pourra en même temps servir à imprimer vos textes et vos listings.©SANYO MBC 550-2 1 I ORDINATEUR 1?BK LECTEUR DISQUE 360 Kf WOROSTAIUTEXTE) CALCSTAR (CHIFFRIER) IMPRIMANTE EPSON A POINTS GRAPHIQUES ECRAN 80 COLONNES ACCENTS FRANÇAIS \u2022 ?MANUELS INCLUS 271-23161 IIM.Sl-HUWIT |NOtOKJAIRÏ) L'EMPIRE DES SENS Serge Grenier (paris E.D.noue des contacts Jeudi.Avant-dernière journée complète à Paris: nous rentrons à Ottawa samedi.Ce matin, toutes les délégations se réunissaient pour adopter des résolutions.Cruelle déception: la mienne a été défaite.Elle se lisait pourtant comme suit: «Considérant que le Canada est un pays bilingue, que le système métrique est très mélangeant et qufc 36-24-36 est une mesure qui fait le bonheur de tous, à commencer par l'industrie du vêtement pour dames, i! est résolu que l'Association de backbenchers de langue française appuie la décision du gouvernement canadien de rétablir l'usage du système impérial de mesures.» C'est le Tchad et la Haute Volta qui ont fait pencher la balance en faveur du non.Je m'en souviendrai de ces pays-là.J'ai tissé des liens d'amitié avec un Belge, un Suisse, un Luxembourgeois et je me suis très bien entendu avec un député français du groupe Le Pen.Je lui ai dit que chez nous, le pen, c'était le pénitencier.Il m'a avoué qu'il y avait du vrai là-dedans et que, s'il n'en tenait qu'à lui, tous les gauchistes seraient en prison.Puis on nous a présenté quelques politiciens français très connus comme Giscard Valéry d'Estaing, Maurice Couve de Murville, Jacques Chaban-Delmas.En jasant avec M.Chaban-Delmas, je lui ai expliqué qu'au Canada, c'étaient les femmes qui portaient des noms doubles.J'ai ensuite pris un verre avec1 mon ami gabonais Paleta Bolo.Il m'a entretenu de la situation de la femme dans son pays: elle s'occupe des enfants, fait marcher la maison et est très heureuse.Je lui ai dit que c'était comme ça chez nous avant mais que, maintenant, la plupart des femmes avaient une situation.Puis, étant membre du comité des Communications et de la Culture au Parlement d'Ottawa, je lui ai remis un exemplaire du livre blanc du ministre, M.Masse, livre blanc intitulé «De Gutenberg à Telidou», en lui expliquant que, chacun à sa façon, ces deux gars-là avaient énormément fait pour les communications.Comme j'avais l'après-midi libre, j'ai décidé de faire une petite tournée.Au cimetière du Père-Lachaise, devant la tombe d'Edith Piaf, j'ai été ému mais je n'ai pas pleuré.Je suis comme elle: je ne regrette rien.Et comme elle a mené une vie mouvementée, j'ai ré- cité une prière pour le repos de son âme, juste au cas.Je me suis ensuite dirigé vers les quais de la Seine, pour y bouquiner.J'ai acheté «Tintin au Congo» que je n'avais jamais lu et je me suis dirigé vers le café «Les Deux Mégots» pour y parcourir quelques pages.J'ai demandé au waiter de m'asseoir à la table où Jean-Paul Sartre écrivait ses livres.Il m'a installé au fond du café en me disant que c'était là que Jean-Paul Sarte écrivait les mains sales.Quelle déception! Un si grand évrivain! Vendredi.Dernière cérémonie officielle de notre séjour à Paris: une réception à l'ambassade du Canada.Comme il est beau notre drapeau claquant fièrement au vent! L'ambassade du Canada à Paris, c'est quelque chose.Mais l'ambassadeur, tu parles d'un bon! Comme je ne le connaissais pas, je m'approche de lui et je lui demande son nom.Il me répond: «Appelez-moi Excellence».Pour qui il se prend, lui?Dès mon retour à Ottawa, vite un memo aux Affaires extérieures.Puis j'ai profité de mon dernier après-midi à Paris pour grimper dans la tour Eiffel.C'était brumeux et il pleuvait.Ajors je n'ai rien vu.Ensuite je suis allé acheter quelques souvenirs à La Bonne Samaritaine.C'est comme La Baie mais en plus grand.Ce soir, après un bon souper de cuisine française avec Tom, nous sommes allés au Crazy Horse.Quel luxe! Nous avons évidemment commandé du champagne.Tom avait hâte que le spectacle commence.Quand les premières filles sont arrivées sur la scène, Tom s'est mis à crier «Take it off».Il m'a expliqué qu'il n'y avait pas de belles filles comme ça à Swift Current.Je le croyais sur parole.Et quand les filles ont commenco à se déshabiller, j'ai pensé que Tom était pour manger sa cravate, tellement il était énervé.«Mais trêve de plaisir, on retourne à Ottawa demain» ai-jc dû lui dire.Et nous sommes retournés à l'hôtel pour prendre un repos réparateur.Samedi.L'aéroport Charles de Gaulle: quel grand aéroport! Quel grand homme! Des députés français se sont déplacés pour nous saluer.Hymnes nationaux, douane et c'est l'embarquement.Ce séjour en France aura été le plus beau voyage de ma vie.Adieu, Paris! Ce n'est qu'un au revoir.Maintenant que c'est fini, j'ai hâte de retrouver mon petit bachelor de la rue Albert, mon bureau, Mme Belhumeur-San-façon, le P.Q.et, bien sûr.les affaires de l'État.Car.après tout, l'État, c'est un peu moi.c (/) O z \u2014i 70 ?> 5 < 70 o 09 Ut POUR LIRE Jean Basile PARLER D'ICI Philippe Barbaud Pour mieux comprendre l'impérialisme L'Impérialisme parAnnah Arendt Le Seuil éditeur, collection «Le Point» Il est des mots que l'usage courant, la vulgarisation en somme, ont détourné de leur vrai sens.Ainsi, l'on peut se faire traiter de fasciste ou de communiste sans même savoir ce que l'on veut dire.McCarthy et Staline étaient pas-.ses maîtres dans cet art qui est, au fond, celui de l'insulte pour l'insulte.Le mot «impérialisme» a, lui aussi, été utilisé à toutes sortes de sauces, généralement pour dénoncer le comportement d'un groupe «fort»tvis-à-vis d'un groupe «faible», que ce soit «l'impérialisme économique» dont on accuse les Américains ou l'«impérialisme idéologique» dont on accuse les Russes.Mais pourquoi et surtout dans quel but est-on «impérialiste»?On ne le sait plus très bien.Ou on veut l'oublier, ce qui revient au même.Hannah Arendt a passé une bonne partie de sa vie de politi-cologue à réfléchir sur cette question pour elle fondamentale car l'impérialisme implique non seulement des faits concrets (l'annexion d'un territoire par exemple) mais une façon de penser qui n'a pas disparu avec la période dite d'expansion coloniale, tout au contraire.Les Éditions du Seuil viennent de rééditer, dans une collection de poche, le deuxième tome de son ouvrage fondamental, -lies Origines du totalitarisme»ldont le titre est précisément «J'Impérialis- 2 me»: une étude exhaustive, raf-* finée du phénomènadans son ex-^pression contemporaine car, m bien évidemment, elle ne traite > nullement des grants «empires» '£ d'autrefois, celui d'Alexandre ou ¦o celui des Césars.g II y a, d'abord, l'histoire elle-même qui est fascinante car les 3 Empires se sont bâtis avec des cohommes et que ces hommes, _î aussi contestables et contestés .lu soient-ils aujourd'hui, étaient des «natures», que ce soit le cu-2 rieux Rodhes, en Afrique noire 2 avec sa mégalomanie et sa senti-mentalité un peu équivoque quand il s'agissait de ses «com-ôt pagnons», ou le pur Lawrence d'Arabie au Moyen-Orient.Hannah Arendt, avec un sens très 2 sûr de la psychologie, trace le iiavuîah ArcnJi Les oripaes du icraiiuristne L'Impérialisme portrait de ces héros qui n'en étaient pas tout à fait, ces hommes en qui se reflétaient toute la pensée d'une époque: le curieux dix-neuvième siècle qui a vu naître tout çn même temps le dogme de l'Immaculée conception, le machinisme tueur d'enfants et l'expansion territoriale, le «colonialisme» dont la vision la plus innocente était sans doute les «portraits de genre» d'un Delacroix ou d'un Nerval voyageant en Orient mais dont le but, presque avoué, était ni plus ni moins que la domination du monde par la race blanche, considérée (grâce à Darwin et à sa théorie de l'évolution des espèces par le biais, qu'on le veuille ou non, du droit du plus fort sur le plus faible) comme la meilleure.Il est clair, et Hannah Arendt le démontre, que tout impérialisme se fonde sur trois composantes inamovibles: 1) la race comme fondement du corps politique, 2) l'expansion comme but politique avoué et nécessaire, 3) la bureaucratie comme principe de domination.Il est non moins clair que ce «credo» impérialiste a pour corrolaire la notion d'inégalité car, bien sûr, tout «impérialisée» qu'ait été l'Inde par exemple, l'Indien n'était pas pour autant le «sujet» de sa Majestée la reine Victoria avec tous les droits qui en découlent, pas plus que l'Algérien, au temps de la domination français en Algérie, n'était un véritable «citoyen français», fils de la Révolution, même si l'Algérie était nommée parmi les «départements» français avec le Tarn et la Dordogne.Or, pour l'auteur, la notion d'égalité, fondée sur la Déclaration des droits de l'homme, est et devrait rester le point d'appui de toutes démocraties.Il va sans dire qu'Annah Arendt n'est pas très optimiste et qu'elle voit tout en même temps le déclin du sens même de la Déclaration des droits de l'homme et celui de l'Ëtat-Na-tion qui est, précisément, le rassemblement d'hommes égaux et uniques, et non pas la masse grouillante et non-agissante d'un «peuple», du «peuple allemand», par exemple comme aimait à le dire Hitler.«Notre vie politique, écrit-elle, repose sur la présomption que nous sommes capables d'engendrer l'égalité en nous organisant, parce que l'homme peut agir dans un monde commun, qu'il peut changer et construire avec ses égaux et seulement ses égaux».Le plaisir de cet ouvrage, parfois difficile car abondamment documenté, réside dans le fait que c'est d'abord et avant tout un plaidoyer passionné.Née en Allemagne, juste avant l'avènement du nazisme, Juive sans doute et forcée de quitter l'Allemagne dès 1933, Annah Arendt ne voit pas la politique comme une science abstraite, un jeu de société fait pour amuser quelques spécialistes.Pour elle, la politique, le politique est maîtresse et maître de la vie, de la vie quotidienne.II faut donc «s'organiser».C'est en comprenant les mécanismes, complexes et parfois même paradoxaux, de l'impérialisme, que ce soit l'impérialisme russe ou l'impérialisme de l'Europe occidentale jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, que l'on peut éviter de tomber dans le totalitarisme.Il est vrai que ce livre, qui montre si bien comment l'expansion territoriale était basée sur l'utilisation d'un excédent d'hommes (les fameux «colons») et d'un excédent de capitaux, ne nous dit pas comment nous aurons à traiter de problèmes identiques dans des conditions fort différentes puisque, si l'on peut toujours exporter (coloniser) des capitaux, il est moins facile d'exporter des hommes dont tout le monde a trop et dont personne ne veut plus.Il semblerait que la notion de «technologie» ait remplacée, plus ou moins subtilement, l'idée de la «race» que personne n'oserait plus évoquer.Selon Hannah Arendt, l'absence de but est l'une des marques de l'impérialisme.Le seul but est de continuer, de toujours continuer.Faute de territoire à annexer, il reste encore l'espace.Faute d'avoir un «Noir» ou un «Jaune» en face de soi, il reste toujours à l'homme blanc devenu technocrate de reléguer au rang de «Noir» ou de «Jaune», les «Blancs» qui sont en excédent.Il y en a de plus en plus.Cela se nomme les «chômeurs».?Enseigner le français. Petite question innocente et sournoise: est-ce qu'enseigner le français revient à la même chose que faire l'enseignement de la langue maternelle?Peut-être tout ne s'agit-il que d'une distinction oiseuse.Pour ma part, je suis fermement convaincu qu'enseigner le français consiste à délivrer l'élève de sa .langue maternelle.Oh! sacrilège, entends-je murmurer.Quelle dépossession fondamentale du sujet parlant québécoise ! Quelle affreuse logotomie vais-je prôner là ?C'est pourtant la vérité vraie, ce que je dis là.Je m'explique.L'élève est un véritable prisonnier de sa langue maternelle parce que celle-ci lui impose sa loi, celle de l'oralité, véritable cordon ombilical qui le retient à son enfance langagière, qui le freine et, voire, l'empêche de s'émanciper en tant que locuteur adulte.J'admets volontiers qu'un locuteur adulte est une autre sorte de prisonnier, celui de la langue écrite puisqu'il demeure soumis aux lois de la textualité.Mais il s'en accommode et sait au besoin s'y soustraire.Comme le bon citoyen vis-à-vis du Code civil.Maintenant que dans le pro-.gramme actuel de «français langue maternelle» la maîtrise ¦des habiletés langagières a remplacé la connaissance de la langue, comment faire en sorte qu'un tel objectif puisse se réaliser «contre» la langue maternelle et «pour» le locuteur adulte?La réponse?En faisant de l'élève un sçriptcur accompli.C'est l'écriture qui, en définitive, délivre l'élève de sa langue maternelle.C'est l'écriture qui l'affranchit des sons du parler auxquels il demeure attaché comme un enfant à sa suce ou à son nounours.Pour pasticher Jules-Paul Tardivel, j'irais jusqu'à dire: «L'oralité, voilà l'ennemie.» Mais attention de confondre l'oralité et l'expression orale.11 ne sragit pas de nous bâillonner, surtout en classe.Or les idées préconçues et les croyances qui circulent un peu partout dans les milieux d'enseignement et les autres qui les parasitent ou se font parasiter par eux ont fini par minimiser et même occulter l'effet aliénant de la langue orale.La valorisation à outrance de la langue parlée dans la «communication», le quotidien langagier érigé en idéal du niveau de langue familier, la légitimation du niveau de langue populaire par une partie de notre élite créa- trice, le discrédit par la masse parlante du niveau de langue soutenu, tout cela a abouti à la balkanisation de l'écriture dans la mentalité québécoise.Vaincre l'oralité quand on enseigne le français, c'est fournir à l'élève les moyens de réduire l'écart grandissant qui se creuse entre le parler régional d'ici et le français public qui n'est pas nécessairement importé de France.C'est lui faire «désapprendre» \u2014 «désacqué-rir» serait un meilleur terme \u2014 les liaisons du type J'suis-t-allé, le genre féminin des mots qui commencent par une voyelle et qui font écrire des choses comme: L'hôtel est bien dispendieuse ou L'autobus était pleine ou encore certains stéréotypes de constructions comme : « C'Koi, ca, c't gars-la?» ou encore: Sais-tu qu'est-ce c'est qui se passe; (sic) Ce sont là des faits d'oralité \u2014 il y en a tellement d'autres \u2014 qui interfèrent directement avec la-textualité ou le français public.Aussi les règles propres à la langue maternelle finissent-elles par devenir des habitudes langagières qui ne cessent de dominer l'élève au cours de sa vie scolaire et qu'il incombe à l'école non pas de dénoncer \u2014 c'est d'une autre époque \u2014 mais de supplanter avec de nouvelles habitudes propres à l'écrit.C'est l'ensemble des nouvelles habitudes assimilées par l'élève qui déterminera à quel point il est parvenu à la maîtrise des habiletés langagières, c'est-à-dire à la capacité d'observer les règles du français public.Émancipé par rapport à sa langue maternelle, l'élève devenu sujet parlant accompli pourra prétendre «savoir son français».Mais on constate que l'enseignement du français se mesure à forte partie, à savoir une mentalité québécoise peu encline à valoriser les choses abstraites.Tant que la langue nous sert à faire de la politique, nous sommes politisés.Tant que la langue nous sert à communiquer, nous consentons à faire l'utile rattrapage qui s'impose, témoin le succès du CAFÉ de l'université de Montréal.Mais comme on s'estime capable de penser dans sa langue maternelle, on voit mal ce qui justifierait qu'on se mobilise afin de se rendre maître de cette chose abstraite qu'est le français qu'on enseigne à l'école.Comment se débarrasser de ces fils d'araignée tendus aux quatre coins de nçtre culture?Cette question mérite examen.? POUR ECOUTER Jean-François Doré Madame Butterfly, Carmen, Turandot et les autres classiques du rock'n'roll Q C< : / Mu'est-ce que vous 'avez à me regarder comme ça?», semble se demander le monsieur sur la photo.Il a même un petit air narquois du genre de quelqu'un qui a fait un petit mauvais coup et qui le sait très bien.Pourquoi cet air d'étonnement satisfait?Pourquoi cet air du chat qui a bouffé le serin?Tout simplement parce qu'il en a réussi un, bon coup, et que de ce fait il se retrouve en tête de quelques palmarès importants à travers le monde.Son nom: Malcolm McLaren; son métier: chanteur, concepteur, gérant d'artistes, couturier, propriétaire de boutiques de mode, lanceur de modes, en un mot «artiste».Ce qu'il a fait dans la vie?Si l'on résumait le mouvement punk en un seul nom, ce serait le sien.C'est lui qui a créé et fait Johnny Rotten et les Sex Pistols, Bow Wow Wow, Adam and the Ants, il a été gérant de tout ce monde et des New York Dolls dans les derniers moments de leur vie professionnelle.Il a créé les premières boutiques «punk» a Londres et contribué plus qu'accessoire- ment au développement de cette mode en Grande-Bretagne et dans le monde.Il a repris comme mode de vie le «Vive le chaos» de Shakespeare et déclare à qui veut bien l'entendre que la perversité comme principe de relations humaines est la seule chose qui permette de rester en vie dans le monde du show business.Avec tout cela il a fait fortune, avec tout cela il a fait deux disques, son Duck Rock, intégrant à des rythmes funk et rock des rythmes tribaux africains qui ouvriront les oreilles de son public à la musique africaine et prépareront le terrain pour la venue de King Sunny Adé, Juluka et les autres, puis son nouveau, Fans, qui, l'espè-re-t-il, ouvrira les oreilles encore un peu sales de ses fidèles, à l'opéra.Il a suivi la même procédure qu'avec son premier.Un hybride musical qui replace certains airs d'opéras connus dans un écrin de funk et de rythm and blues ultra dansant.*J'en avais assez que les gens perçoivent Vopéra comme une forme d'expression musicale dépassée, ennuyeuse et snob.Je voyais, et c'est merveilleux, l'opéra en tant LES P'TITS\tD\t\tRNI\tIE\tRS THESTRANGLERS Aurai Sculpture EPIC FE 39959 Là où on désespérait de voir un jour la chose électronique servir le rock sans l'aliéner, les Stranglers lui donnent enfin une âme et lui offrent un manifeste.Contrairement a leur ancienne réputation, ils ne sont plus crispés, ni violents.Us sont d'autant plus subversifs avec leurs airs de ne pas y toucher pour mieux vous prendre par derrière.C'est évidemment le génie de ce groupe.Il se dégage de ces musiciens un magnétisme reptilien.Les Stranglers partent a la recherche du rock'n'roll perdu avec la fougue d'aventuriers pleins d'espoir.Pleins de super pirouettes, de fluidité, de cuivres omniprésents.Onze chansons brûlantes et caustiques.Un groupe très riche, d'une vive musicalité.On se régale à les écouter et ce disque est de ceux qui rendent heureux.\"Encore1.Encore! ».Malcolm McLaren que forme de musique populaire.L'atmosphère est grandiose et les chansons intemporelles sans rien à voir avec l'emballage.La pop music d'aujourd'hui est complètement blasée, molle et sans caractère.Les gens veulent de l'émotion.Dans ce sens, l'opéra est la forme d'art la plus dangereuse parce qu'elle vous draine complètement de vos émotions.* Alors il a repris la fin de l'histoire de Madame Butterfly de Puccini, l'air de Un bel di ve-dremo quand Madame Butterfly chante avec espoir qu'un jour il va revenir celui qui l'a abandonnée et qu'ils vivront heureux avec cet enfant de lui qu'il n'a jamais vu.C'est un air Gérard Lambert d'une grande beauté, d'un grand espoir angoissant puisque nous savons que son Pinkerton qu'elle aime tant a épousé quelqu'un d'autre aux États-Unis.C'est Betty Ann White qui chante l'aria, de façon superbe en passant, tandis que Deborah Cole chante la Butterfly rock n'roll.Trevor Horn du groupe Ves a fait la réalisation.Mais il n'y a pas que la Butterfly sur ce disque.On y trouve également une Carmen transformée en «râpeuse» de Manhattan, noire et fille du ghetto.Angie B en chante l'histoire et Valérie Walters chante l'aria de «L'oiseau rebelle» avec le Boston Choir pour faire les choeurs.On y trouve également deux extraits de Turandot toujours de Pucci- THIS MORTAL COIL It'll End In Tears VERTIGO VOG 13349 Disque de divers musiciens de plusieurs groupes issus des plus récentes scènes anglaises.Les morceaux se développent en une lente, sombre et irrésistible progression, ils s'irisent et s'enflent jusqu'au paroxysme.Le climat musical reste sombre et profond à l'image de la pochette et l'alliance des sons synthétisés, des sons acoustiques et des voix atteint une clarté presque aveuglante, blanche.Évocations, parfois à la limite de l'angoisse, n'en sont que plus fortes, la sérénité n'est jamais tout a fait gagnée et demande une reconquête permanente.L'intensité provient avant tout de la mailrise des sons.Ce que l'on suggère est souvent plus convaincant que ce que l'on dévoile exagérément, d'où le poids de chaque note.Pour ceux qui voudraient s'aventurer.WAH A word to the wise guy VERTIGO VOG 13340 On sent la ville de Liverpool et l'Angleterre en crise.Des chansons humaines.Front commun: ces sortes de postes *solidarschnock* grandioses sur fonds de murailles synthétiques.Pour mineurs de luxe aux étendards brandis, les marées humaines, les mots d'ordre vibrants, les grandes questions, les rumeurs d'espoir.(L'ensemble des sujets qui sert de paroles aux chansons.) Un disque résolument réel de ce groupe aussi authentique qu'extraordinaire.Beaucoup d'intensité sonore, leur rock a de la rythmique, roch «spee-do», rock *funk».On est submergé par une force, une musicalité exceptionnelles.Us posent les jalons d'un rock vraiment nouveau.CHARLELIE COUTURE Art et Scalp ISLAND ISL 9821 Si* cet album détient quelque mérite, c'est celui d'alimenter les potins, de soulever des interrogations, de structurer des conjonctures.Oui mais alors ?Sont-ce les compositions de Charlélie qui souffrent de sclérose, ou bien l'inaptitude du band à dépasser la thématique transcrite sur leurs partitions?C'est en tout cas un album dénué de toute passion excessive, ayant une conception du rock proche de celle du coussin moelleux.Il ne s'enflamme guère, il se tient au beau milieu des sentiers les mieux battus du rock.Plus inspiré pour les textes qui nous parlent de désillusions, de désespoir, d'un peu de porno et d'émotions, des paroles qui distillent toujours un feeling ouaté d'humeurs.ni et un extrait de Gianni Schic-chi toujours de Puccini.Le tout «respecte» les divers arias dans leurs mélodies et leurs rythmes tout en en changeant l'emballage.A mes orei-lcls de profane, d'aucuns diront de profanateur, la musique de ces airs est inchangée, seule l'instrumentation a subi de légères modifications.comme des guitares électriques, une batterie et des synthétiseurs.Bon ou mauvais, je ne saurais le dire.En tout cas moi j'aime ça.J'ignore si effectivement c'est ¦dénaturer une grande musique» comme me l'a dit Jean-Paul Jeanotte de l'Opéra de Montréal, si cela fait preuve de peu d'originalité, si même cela pourrait attirer à l'opéra des gens qui n'y seraient pas allés autrement, ce dont doute Monsieur Jeanotte et ce dont semble être convaincu Malcolm McLaren: «Je veux que tout le monde connaisse Figaro et quo tout le monde sache qui était Don Giovanni, qui étaient Carmen, Madame Butterfly et la princesse Turandot.Ce sont des gens que vous pouvez rencontrer dans n'importe quelle ville et qui sous d'autres formes existent encore aujourd'hui.Ce sont des personanges vrais et à cela le public ne peut que s'identifier.En fusionnant ces arias au rythm n' blues et au rock n' roll je suis convaincu que cela contribue à combler le fossé qui sépare les 'genres» du musique, à combler le fossé des générations.» Qui a tort qui a raison?Je vous laisse trancher.Je sais que pour ma part j'écoute ce Fans (Virgin VM2308) avec grand plaisir et que je me suis pris à regretter sérieusement de ne pas être allé voir la production de Turandot par l'Opéra de Montréal, production dont la critique a dit tant de bien.A charge de revanche, et s'il reste des places parce que c'est très couru, j'irai voir La Bohème, encore de Puccini, qui se joue le 26 février et les 1, 4, 9, 13, 16 et 19 mars ou encore j'attendrai, s'il ne reste plus de places, le Salomé de Richard Strauss que l'on pourra voir et entendre le 30 avril et les 3, 6, 11,15 et 18 mai.Dépêchez-vous, il parait que les billets s'enlèvent comme des petits pains chauds.S'il fallait qu'en plus Malcolm McLaren s'en mêle et que les fans de musique pop se décident à s'ouvrir les oreilles et à s'intéresser, même juste pour voir, à l'opéra; la nouvelle maison de la musique de monsieur le maire ne suffira plus et c'est tant mieux comme ça.Si, d'autre part, les irréductibles de l'opéra s'ouvraient aussi les oreilles et se mettaient à se ruer sur les disques de Malcolm McLaren, il y aurait bousculade aux portillons des magasins de disques.( ] m-< 70 VIEILLIR Claire Dutrisac Un problème épineux: la confusion mentale OC S < 1/5 i oc t\u2014 Z o i to z> Les centres d'accueil pour personnes âgées sont tous confrontés à ce qui demeure la plus grande détresse de l'Homme: la confusion mentale qui survient le plus souvent au cours du vieil âge.Que faut-il faire?Revenir au Moyen-Âge et attacher ces personnes?Leur passer la camisole de force?Les bâillonner pour étouffer leurs cris?User d'une forte médication pour les transformer en êtres végétatifs?Non.Le seul fait d'imaginer ces situations nous fait frémir.Il faut demeurer humains.On le souhaite ardemment.Mais comment faire?Car s'il est louable de respecter ceux dont l'esprit a fait naufrage, il faut aussi accorder le même respect aux personnes lucides.Incontestablement, depuis plusieurs années, certains centres essaient diverses méthodes.On cherche.dans la nuit et le brouillard.Ceux qu'on veut protéger.Qui sont exactement ceux-là qu'on veut protéger?Il existe un large éventail de comportements, divers degrés de confusion mentale.Celle-ci, à moins d'un traumatisme physique ou psychique, ne s'abat pas subitement sur les gens du quatrième âge.On la voit sourdre lentement: rires enfantins, pertes de mémoire de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves, idées fixes, retrait de la société, repliement sur soi-même.D'autres personnes ont des troubles de comportement plus sérieux: elles sont incapables de se situer dans le temps, dans l'espace (elles ignorent où elles , sont), elles ne reconnaissent plus J les gens.Elles font revivre les - morts avec une aisance décon-3 certante.Je suis allée rendre visite à une vieille amie qui m'a reconnue.Elle est dans un cer're d'accueil.Elle m'a parlé sensément durant quelques minutes.Elle s'est plainte d'être immobilisée, ses jambes ne la supportant plus.Elle ne peut, m'a-t-elle avoué, marcher même avec une «marchette».Elle est clouée à sa chaise roulante.Ce qui ne l'a pas empêchée, un peu plus tard, d'affirmer qu'elle sortait tous les jours, beau temps, mauvais temps, pour faire une marche.Qu'elle était bien dans son trois pièces (!) mais n'arrivait pas à se trouver une bonne.Navrant! Je distingue, moi, grosso mo- do, trois types de comportements: les doux qui se promènent un peu partout mais sont très obéissants.Il y a aussi les prostrés, que l'on doit faire manger, qui ne réclament rien, qui sont incontinents, ignorent leur propre existence et leur mort éventuelle.Dans le deuxième groupe, on trouve les «dérangeants».Ils entrent comme chez eux dans une chambre qui n'est pas la leur, se glissent dans le lit, bousculent les tiroirs, utilisent la toilette, plus ou moins bien, ou font tout simplement leurs besoins dans un coin.Enfin, viennent les agressifs, les violents qui, pour on ne sait quoi, donnent subitement un coup de canne, vous abreuvent d'injures, cassent tout autour d'eux, etc.Deux solutions_ Deux solutions s'offrent que l'on peut opposer ou combiner selon un rapport qui peut varier: l'intégration aux personnes lucides, ou la ségrégation, c'est-à-dire les reléguer dans des locaux spéciaux, les empêcher de se mêler aux autres pensionnaires.L'intégration est plus humaine pour les personnes confuses; mais pour les autres qui les subissent?Qui ont, devant elles, l'image de ce qu'elles deviendront peut-être.Peut-être seulement, pas sûrement.Une expérience unique?Au Centre d'accueil Chevalier-de-Lorimier, on poursuit, depuis quelque trois ans, une expérience que son directeur, M.Gérald Henri, dit être unique.Parmi la population du centre 30 p.cent sont des personnes confuses (dont quatre dites «caractérielles» seulement).On étudie le comportement des personnes confuses.Au cours d'une entrevue, M.Henri précise: «Ce 30 p.cent de bénéficiaires ont des difficultés au plan de la santé mentale.Ils sont désorientés dans le temps et l'espace, ne reconnaissent pas les personnes.Ils ont des troubles «territoriaux».C'est-à-dire qu'ils ne retrouvent pas leurs chambres, ne savent où ils sont, se croient chez eux ailleurs, etc.Certains sont agressifs et asociaux au plan sexuel.» À Chevalier-de-Lorimier règne la plus grande liberté possible, compte tenu de la liberté d'au-trui.Lors de ma visite, je remarquai que les portes, au bout des corridors, n'étaient pas fermées à clé.«Non, dit M.Henri, on a des fugues.» C'est une liberté que certains qualifieraient de laxisme.«Ici, pas d'infirmerie, pas de chambre isolée pour les mourants, pas d'unités spécifiques.Quand les personnes sont malades, on les envoie à l'hôpital.» Comment ce melting pot est-il vu par les autres bénéficiaires?M.Henri soutient que ce mélange est toléré si le nombre n'excède pas 30 p.cent.«Si ce pourcentage augmente, le milieu éclate!» M.Henri dit aussi que les personnes lucides témoignent beaucoup de compassion aux personnes confuses.«Et elles se sentent rassurées de voir que nous ne rejetons point ceux et celles dont l'esprit a sombré.Si pareil sort leur arrive, elles savent que nous les traiterons avec respect.» Personnellement, je trouve ce rapport assez élevé, surtout pour ce qui est des «dérangeants» et des violents.Il est vrai que la musique, le va-et-vient du milieu stimulent parfois l'individu confus et permet, non une guérison, mais une amélioration de son état.Mais arrive un point où ce milieu devient \u2014 surtout pour les cas d'Alzheimer \u2014 «surstimulant» et n'aide plus le malade.Il lui nuit même.Celui-ci a besoin alors de calme.«À l'heure du coucher de soleil, les personnes confuses sont en grande détresse.Elles touchent à tout; on dirait qu'il leur faut s'accrocher à quelque chose.» Le personnel _ Le travail parmi ces malades est très dur pour le personnel.Un personnel sur lequel M.Henri ne tarit point d'éloges.Il lui porte beaucoup d'attention.«Sinon, affirme-t-il, on doit faire face à la démotivation, à la démoralisation et même au burnout (expression qui désigne l'épuisement par le travail).Une formation a été donnée aux employés, lors de l'ouverture du centre et est maintenant dispensée en cours d'emploi.«Car il faut éviter d'infantiliser ou d'institutionnaliser les résidents».Fait à noter: point de blouses ni d'uniformes blancs à Chevalier-de-Lorimier.même pour les médecins et les infirmières.De plus, pour éviter l'épuisement, tout le personnel travaille à mi-temps.Il arrive donc reposé, bien disposé.(La suite samedi prochain) À plusierus reprises, on a manifesté le désir de rejoindre la boutique L'AJternative qui se spécialise dans les vêtements pour personnes handicapées.Cette boutique n'a pas encore pignon sur rue.Mais on peut appeler M.Henri Pigeon, à 681-3718/ ou lui écrire à l'adresse suivante: 13, rue Giroux, Laval, H7N 3G8.Madame, Il y a deux ans, mon père, alors âgé de 82 ans et souffrant du cancer de la lèvre, a dû être hospitalisé et opéré à deux reprises.La maladie a poursuivi ses ravages.Dans l'impossibilité de retourner vivre avec ma mère (84 ans, elle-même de santé chancelante: arthrite, surdité, mais très lucide), mon père a été placé dans un centre d'accueil auquel ma mère pavait $706 par mois.Ne parlons pas de ces coûts exorbitants pour un malade qui ne mangeait même plus! Le 13 décembre 1983, ma mère recevait une lettre lui apprenant que les biens de mon père (quelques milliers de dollars à la banque) seraient administrés par le Curateur public.Je téléphonai au directeur du centre d'accueil pour obtenir plus d'explications.Il ne pouvait rien faire: c'était le diagnostic du psychiatre.Mon père, lors d'un traitement à Maisonneuve Rose-ment, a été vu par ce «spécialiste» qui lui a posé des questions du genre : «Quel jour sommes-nous aujourd'hui ?Qui est les premier ministre du Québec?» Mon père n'a réussi l'examen et le psychiatre (?) l'a déclaré incapable de voir à ses affaire.J'ai rejoint le psychiatre au téléphone pour tenter d'obtenir des explications sur cette procédure.J'ai protesté au nom de ma mère et de la famille, questionnant (sic) le ¦professionnalisme» d'une telle démarche.La réponse: -Monsieur, je n'ai pas posé un geste médical mais administratif», suivi d'un -c'est le gouvernement qui nous y oblige».Voyant cela, révolté de telles injustices, je décidai d'écrire au ministre de la Justice.La lettre est datée du 24 janvier 1984.Le 6 novembre 1984, je recevais un téléphone de l'actuel ministre de la Justice, M.Johnson, pour me demander s'il y avait lieu de répondre à ma lettre, après tout ce temps! La lettre s'était égarée dans un dossier, paraît-il, dans le processus de transfert de ministère.On me disait aussi que ma lettre n'était pas adressée au bon ministère puisque la Curatelle publique relève du ministre des Finances.LE COURRIER On odronc I* courrier à Claire Dutriioc la PraiM - PLUS 7, ru* Saint-Jotquts Montréal, Que.H2Y 1K9 Mon père est décédé le 24 novembre et ma mère attend toujours de récupérer le bien qu'on lui a ravi au nom de mon père.Le gouvernement se sera tit montré aussi bon administrateur qu'elle?Une petite ombre déjà: nous avons reçu un avis du gouvernement fédéral nous apprenant que mon pére n'a pas produit de déclaration d'impôt en 1984.C'était là une des responsabilités de la Curatelle.C.P.R.\u2014 Comme vous le soulignez au ministre de la Justice, cette procédure est vidée de toute «dimension humaine».La famille, à laquelle on attache tant d'importance quand il s'agit de prendre soin du bénéficiaire d'un centre, tout à coup est éclipsée.Elle n'existe plus.Votre révolte est justifiée.Elle devrait être endossée par tous ceux qui ont un de leurs parents (mère, père, grands-parents) ou même un ami dans cette situation.Le cas de votre père fait remonter à la surface plusieurs problèmes, liés à la curatelle publique.1) Les examens sommaires d'un malade pour le déclarer juridiquement incapable d'administrer ses biens.On étiquette les gens trop vite et très légèrement.Si leur confusion est passagère, elle deviendra permanente avec une telle procédure.L'Association des psychiatres, l'Ordre des médecins pourraient se pencher sur cet aspect de la question, en relation avec les quelques gériatres que nous avons.2) Le comportement du Centre d'accueil csfaussi en cause.Pourquoi ne pas avertir la famille et lui suggérer la curutelle privée si les circonstances l'exigent?Je pense aussi que les ministères en cause: Finances, Justice et Affaires sociales pourraient accorder leurs violons et édicter des lois ou règlements visant la direction des centres pour ces cas.3) Certains directeurs de centre sont plus respectueux des droits de la famille.Il faudrait forcer les autres à les imiter.4) Enfin, j'appelle à l'aide les associations de personnes âgées: la FADOQ, le Forum des Citoyens âgés, i'AQDR.CAREQ etc, à s'unir sur.ee point précis et à présenter un mémoire et des réclamations au gouvernement.Car, demander, après coup, la curatelle privée, comme le souligne mon correspondant dans sa lettre au ministre, implique des procédures longues et coûteuses.J'en appelle a toutes ces associations, et à d'autres que j'aurais pu oublier, pour qu'elles fassent taire leurs dissensions et qu'elles s'unissent, au moins une fois, dans l'amour des personnes âgées.Elles en parlent trop pour ne pas agir! PLEIN Simone Piuze Simple, énergique, économique et exaltant: le ballon sur glace Y b lens jouer avec nous, me disait-on: lu verras comme le ballon sur «lace est enivrant!» Je faisais la moue sur l'invitation, prétextant toujours un empêchement à l'heure de la partie hebdomadaire.Or, un mercredi soir particulièrement glacial, j'ai dit «oui» à cette bandç d'amis.Et je me suis retrouvée au parc Beaubien où une quinzaine de joyeux lurons m'attendaient, portant chandails jaunes et bottines à semelles de caoutchouc spongieux qui adhèrent bien ù la glace.Dans leurs mains le balai-bâton à la tête de caoutchouc moulé et, quelque part sur la glace, le ballon bleu.de caoutchouc lui aussi, et résistant bien entendu \u2014 le ballon traditionnel orange est fait, lui, pour l'intérieur.Je ne vous raconterai pas en détails mon entrée des plus exaltantes dans le monde du ballon-balai.Je vous dirai simplement que mon baptême a co-nicncé dans la peur lorsque, apercevant les épaules plutôt carrées d'un robuste joueur, je lançai à la ronde 'Ah, je ne savais pas qu'il fallait porter des epaulettes! ».Je touchai alors ce qui s'avéra être, non pas des epaulettes, mais de véritables épaules humaines! On eut toi fait cependant de me sécuriser, nie montant les deux autres femmes du groupe, lesquelles semblaient détendues et prêtes à affronter une autre partie.Et me voilà en route pour la gloire, jamais bousculée par un homme, glissant et courant sur cette glace lisse les pieds chaussés de bottes à semelles gommées, n'ayant qu'une idée en tète- tenter d'at-Iraper le ballon ou de l'empêcher d'entrer dans le but adverse.Car inutile pour le moment d'essayer de faire des passes: cela viendra quand je serai plus aguerrie.On a chaud, on rit, on crie, on espère, on se stimule, on se repose un peu en bordure de la patinoire et on recommence.Inventé à Terre-Neuve C'est en 1909, m'apprend Serge Savard de la Fédération provinciale des clubs de ballon sur glace, qu'un Irlandais de Terre-Neuve désirant jouer au curling avec des amis mais ne pouvant disposer d'une glace lisse, décida d'utiliser une glace qui l'était moins, quitte à remplacer la pierre conventionnelle par un ballon.Le balai que ce groupe de Terre-Neuviens utilisa par ailleurs pour sa première partie de \u2014 «ballon sur glace» était fait de longs brins de paille.Ces joueurs n'ont évidemment pas balayé la glace pour créer le champ d'air qui provoque le mouvement de la pjerre caractéristique au curling, mais ils ont., ce jour-là, poussé tout simplement sur le ballon! Ils ne se doutaient pas que les Québécois allaient, par la suite, être séduits par ce jeu.1930.À Montréal, des employés au déneigement du chemin de fer ont l'idée de se dégourdir sur l'heure du repas en jouant avec un ballon qu'ils poussent à l'aide du.balai dont ils se servent pour enlever la neige sur les rails! «Ainsi ils se réchauffaient, dit Serge Savard, en disputant une partie de ballon sur rails.Il s'agissait pour eux de tenter de faire rentrer le dit ballon dans «le but de l'adversaire», c'est-à-dire l'espace, entre les deux rails, mesurant six pieds et six pouces.Par la suite, l'idée a fait boule de neige et se propagea dans plusieurs villages du Québec, particulièrement ceux du comté de Portneuf.Désormais les buts du ballon sur glace mesuraient 6 pieds, (> pouces de large, en souvenir sans doute des rails de nos employés municipaux ingénieux.C'est à un maniaque du ballon sur glace que l'on doit l'invention du balai de caoutchouc.Claude Gervais, mécanicien de son métier, a en effet pensé à enduire le balai traditionnel de caoutchouc liquide, ce qui allait remédier au problème suscité par les brins de paille qui s'arrachent lors de la friction sur la glace.Pendant trois ans, en compagnie de Denis Gaudreau, mouleur de son métier et maniaque lui aussi du ballon sur glace, il s'acharne à trouver une façon de fabriquer un «balai» tout à fait adapté à son jeu préféré.En 1978, ça y est, ils ont trouvé: la tète de leur balai synthétique est faite de caoutchouc-plastique moulé et s'ajuste à merveille au manche de bois franc verni.De surface très rugueuse, elle permet un meilleur contrôle du ballon; par ailleurs ses deux fentes en forme de demi-lune contribuent à réduire la friction de l'air et à améliorer la résistance du balai.Quant aux chaussures, le mouleur Denis Gaudreau les a voulues solides et adhérant bien à la glace.C'est lui qui a inventé la bottine faite de nylon impermé- able, munie de coussins protecteurs pour les chevilles et dont la semelle est vulcanisée de caoutchouc non absorbant \u2014 certaines sont aussi pourvues de protecteurs d'orteils intégrés.Vous avez envie, vous aussi, de jouer au ballon-balai?Rien de plus simple.«Une patinoire, des balais (achetés dans les boutiques de sport spécialisés) un ballon, une paire de bottes à semelles gommées \u2014 si vous ne pouvez débourser la somme nécessaire à l'achat des chaussures spéciales \u2014, et un groupe de personnes \u2014 au moins une dou zaine \u2014 décidées à s'amuser ferme: voilà ce qu'il faut pour organiser une bonne partie de ballon sur glace! », (Éditions de l'homme).Par ailleurs, les patinoires de Montréal sont à votre disposition.Réservations: 725-3691.?SES*'' Un sport vraiment tonifiant : le ballon balai photo Pierre Côté LA PRESSE * ¦KUHMBS «icuri a Quêbtc LSI PI .lavji SAVAIENT LE VlUuAOE 5K SAINT-Sit'STACtrt LA PRISSSI tea: a?1& .4.Ni- baa I Mtgm crttnr»» d« l.ucHii Hriard Cut wwn fa / HAW 1 ,-4 100 ans d'actualités .1884-1984 LA PRESSE, en voulant faire partager à ses lecteurs les immenses richesses documentaires accumulées au cours de son existence, a publié durant son Année centenaire, sous le titre « Cent ans d'actualités », une page quotidienne consacrée au rappel des événements qui, à la même date, avaient fait l'actualité au cours des cent années précédentes.Ce magnifique album de 25 cm x 38 cm rassemble les 307 pages qui ont été publiées entre le 21 octobre 1983 et le 20 octobre 1984, date officielle des cent ans de LA PRESSE, plus un index chronologique et un index thématique des événements.EN'VENTE PARTOUT Également disponible: ÉDITION CARTONNÉE DE LUXE personnalisée en lettres d'or au prix de 49,95' * Quantité limitée, commandes téléphoniques seulement.?Prix unique.Pas de réduction sur celte édition.JALE AUX AB0NNE(E)S DE LA PRESSE: 20°o DE RÉDUCTION COMMANDEZ PAR TÉLÉPHONE Service rapide et efficace 285-6984 Économisez temps et argent en commandant vos livres des Éditions La Presse par téléphone.Vous n'avez qu'à composer lo numéro 285-6964, donner votre numéro de carte VISA ou MASTERCARD et le tour est joué.Ce service vous est offert du lundi au vendredi de 9 h à 16 h.Prière de noter que les échanges et les remboursements ne sont pas acceptés.Comptoir de vente: 44 ouest, Saint-Antoine BON DE COMMANDE Veuillez me taire parvenir ( ) exemplaire;s) de « Cent ans d'actualités», au prix de 24,95$ chacun, plus 1$ de frais de poste et de manutention Je suis abonnéte) à LA PRESSE.Veuillez me faire pnrvemr ( ) exemplaire^) de \u2022 Cent ans d'actualités \u2022 au prix de I9.95S l'exemplaire, plus tS de Irais de poste et de manutention.N° d'abonnéte).ADRESSE 50t A retourner aux: Éditions La Presse Ltée 44 ouest, Saint-Antoine Montréal, H2Y 1J5 NOM.VlLL*.IMPORTANT: Joignez à cette commande un chèque ou mandat payable aux Éditions La Presse Ltée.Vous pouvez également utiliser votre carte de crédit comme PROVINCE.mode de paiement.CODE MASTERCARD N°.exp.POSTAL.TEL.TOTAL VISA N°.exp.Cl-JOINT.S (Plus 1S pour Irais du poste ot de manutention) "]
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