La presse, 22 juin 1985, La Presse plus
[" MONTREAL, LE SAMEDI 22 JUIN 1985 L'HEURE DES CHOIX La croisée des chemins L'Afrique est à la croisée des chemins, ta sécheresse qui aff lise la moitié des pays africains depuis trois ans masque les problèmes de fond.Et ce n'est pas la pluie qui amènera la prospérité tant attendue! Le bilan alimentaire trahît une réalité qu'on peut de moins en moins cacher.L'Afrique a reçu depuis vingt ans une aide toujours croissante si bien que ce continent accapare maintenant plus de la moitié de l'ensemble de l'aide alimentaire dirigée vers le tiers monde.L'agriculture a été le parent pauvre de l'aide occidentale en Afrique, dira le président de la FAO, Edouard Saou-ma, au cours d'une entrevue qu'il accordait à notre collaborateur Jean Lapierre et que nous publions en début de cahier.Mais comment sortir du cycle infernal de l'aide internationale pour s'engager résolument sur la voie du développement?C'est à cette question que dix-sept étudiants des écoles de journalisme de Dakar (Sénégal) el Yaounde (Cameroun) apportent des éléments de réponse en collaborant à ce cahier spécial.Avec leurs confrères de radio et télévision, ils viennent de complétée chez nous un stage «in cursu» de six semaines dans le cadre d'un programme mis sur pied par i'ACDI (Agence canadienne de développement international) et géré par l'Institut international de la communication de Montréal.Mais leur séjour chez nous n'est pas à sens unique: tout en cherchant à comprendre ce monde nord-américain qui es?le nôtre, ils nous donnent l'occasion par ce cahier de découvrir à travers eux un peu de cette mosaïque africaine si mal connue ici.( Monsieur le Directeur général, l'Afrique agonise.Comment se fait-il que, malgré les efforts, nous en soyons encore là après plus de deux décennies d'aide ou développement?oo z ZI \u2014* CM CM SAOUMA \u2014 C'est vrai.L'Afri que a reçu depuis deux décennies une aide alimentaire toujours croissante.Le continent «accapare» aujourd'hui plus de la moitié de l'ensemble de l'aide alimentaire dirigée vers le tiers monde.Je ne sais pas cependant si cette aide a stimulé la production vivrière car elle peut aussi être pernicieuse comme on le sait.On n'a jamais vraiment fourni d'intrants agricoles.Et il serait intéressant de comparer les quantités de blé envoyées ' res des projets.Aussi faut-il, se- -1-lon Gaétane Gascon, faire con- £ fiance à la dynamique sociale.5 Pierre Bonin, lui, met en gar- g de contre un éventuel succès qui \u2014 fera d'un seul village «une vitri- K ne de réussite isolée» alors que ^ la misère sévit dans d'autres.5; Dans sa conclusion M.Bonin a invité ses collègues à dire claire- femme à diversifier sa produc- * tion agricole.Elle apprend des > métiers artisanaux tels le nat- 5 tage, la couture et la broderie.3 Grâce à l'intervention gouver- [3 nementale et aux programmes M déjà créés, on peut raisonnable- çj ment espérer une amélioration z des conditions de vie des produc- \u2014 trices agricoles.Les choses » iraient encoreplus vite si les mé- 01 dias accordaient la priorité à ces problèmes.?\u2014 .(Traduit do l'anglais) CJ Les pays africains sont caractérisés comme étant essentielle ment agricoles.Avec raison, car plus de 70% de la population vit dans les campagnes.L'on définit alors ce critère comme facteur de sous-développement, en opposition aux pays industrialisés où la tendance est plutôt inverse.Sur la voie du développement où ils se trouvent, les pays africains devraient normalement arriver à une diminution de leur population rurale.Mais curieusement, l'exode de la campagne vers les villes inquiète plutôt les autorités en place.Qu'est-ce qui explique cette situation apparemment paradoxale?L'exode des populations rurales a commencé avec la naissance des centres urbains.Dans l'Afrique traditionnelle en effet, l'enfant naissait, grandissait et mourait dans son village.C'est d'abord les premiers colonisateurs allemands qui, au Cameroun, chassent les jeunes des campagnes.Pour construire des ponts, des routes, des chemins de fer, ils vont dans les coins reculés des villages arrêter ces jeunes.Pour leur échapper ces derniers émigrent vers les villes où non seulement ils se cachent, mais trouvent des emplois rémunérés.m co o Z =5 \u2014> 5 < < LU et; t\u2014 Z o CO 3 Après le travail forcé, un autre phénomène viendra expulser les jeunes des villages: le manque de terre à cultiver.Avec l'introduction des cultures de rente comme le café ou le cacao, les terrains disponibles se sont rari-f iés.On est passé de la propriété familiale à la propriété individuelle.Chacun possède sa parcelle, qu'il détient de l'achat ou du partage.Mais dans ce partage, on a oublié le jeune.Quand il va grandir et que viendra pour lui le moment de créer sa propre plantation, l'espace pour le faire n'existe plus.Il est obligé de se sauver en ville.La scolarisation constitue aussi l'une des causes de déplacements des jeunes ruraux.Les, villages sont très souvent dé- L'exode vers les villes, une source d'inquiétude L'exode rural demeure un problème non encore résolu pour la plupart des pays africains.HT Confrontés aux difficultés d'emploi et à l'inflation galopante, les jeunes Africains sont Vite désillusionnés par la ville.photos François Temkeng Chekou pourvus d'écoles, ceci par manque des bâtiments et d'instituteurs.Attraits trompeurs_ Mais hormis ces raisons objectives, le jeune quitte aussi le village attiré simplement par les charmes de la ville.La mode, le cinéma, les bars, les dancings sont les nombreuses tentations auxquelles il voudrait bien goûter.En plus, toutes les jeunes fil les ayant aussi quitté le village, il ressent un manque sur le plan sentimental.Désillusions Pour toutes ces raisons, il n'y a plus aucune force capable de retenir les jeunes sur le terroir natal.Ils débarquent alors en ville par centaines.Les difficultés d'emploi et l'inflation galopante transforment vite le rêve de la ville en tristesse et en souffrances.Des mécontents se forment qui deviendront plus tard des délinquants et même des assassins.Le gouvernement doit intervenir.Il le fait en conscientisant les jeunes sur la noblesse du travail de la terre.Ils les forment aussi, et les installe dans des zones pionnières.Mais les jeunes refusent d'y rester.Ils n'acceptent pas de s'installer si loin de leur terre natale, là où ils doivent côtoyer des gens qu'ils ne connaissent pas.La rareté des femmes dans ces camps est un autre obstacle.Des changements perceptibles L'exode rural demeure donc un problème non résolu pour les pays africains.Heureusement qu'à certains endroits des chan gements sont en train de s'opérer.Dans la région de l'ouest \u2014 Cameroun par exemple, certains jeunes, ne pouvant plus supporter les difficultés de la ville, rentrent volontairement dans leur village.Avec l'expérience acquise, ils contribuent au développement des campagnes.Us réussissent à briser le mur du conservatisme des vieux.Ils renversent la tendance qui accordait le privilège aux cultures de rente, au mépris des vivrières.Leurs femmes enseignent à d'autres femmes du village, à être matériellement moins soumises et moins dépendantes des hommes.Ces dernières possèdent en effet des plantations qui leur donnent des revenus égaux sinon supérieurs à ceux des hommes.Mais malgré ces quelques espoirs, une inquiétude demeure.Si le retour des jeunes à la campagne devenait vraiment massif, celle-ci aura-t-elle la capacité de les accueillir à son tour?La terre à cultiver, les machines agricoles, les routes, l'eau et l'électricité venant à manquer, on risque de retomber dans la situation qu'on combattait en ville.La seule voie de sortie pour l'exode rural, c'est la création d'emplois pour les jeunes et non leur renvoi systématique dans les campagnes.? ti i II MM il bkJ »M ' .« .In, r » ¦ Les ruraux sont la principale force de l'économie africaine Plus de vingt ans après l'indépendance de la majorité des pays africains, la population du continent demeure encore essentiellement rurale.Rien que pour l'Afrique occidentale, on estime qu'environ 80% de la population vit dans la campagne et se livre à l'agriculture.Mais malgré ce nombre impressionnant de ruraux, l'Afrique n'arrive pas à nourrir sa population.Les experts soulignent même que les disponibilités alimentaires par habitant ont diminué de 10% au cours des dix dernières années.Si bien qu'aujourd'hui, les populations rurales mènent une vie difficile.' La raison la plus souvent évoquée pour expliquer cette situa lion, est bien sûr la sécheresse avec la désertification comme corollaire.Cette sécheresse a en effet réduit le couvert végétal, exposant ainsi les sols à l'érosion éolienne notamment.Dans maints endroits, la nappe d'eau contenue dans le sol s'abaisse.Et il faut creuser très profondément pour l'atteindre; ce qui inévitablement est coûteux.Au Sahel par exemple, région la plus durement touchée, la pluviométrie annuelle ne dépasse guère 100 mm dans certains endroits.Et les femmes doivent parcourir de longues distances pour chercher de l'eau, ramasser le bois pour la cuisine.Les fleuves au bord desquels sè font habituellement les cultures de décrues sont restés dans leur lit.C'est le cas du fleuve Niger seul espoir de beaucoup de paysans maliens, nigériens et tcha-diens qui cette année a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 30 ans.Sur les bords du fleuve Sénégal, de 100000 hectares au départ, les paysans ne .sont réduits qu'à cultiver à peine 11000 hectares par an.Le legs colonial Mais on ne saurait attribuer â la seule sécheresse, les difficul- Les difficultés de l'agriculture africaine ne peuvent être imputées qu'à la sécheresse.D'autres facteurs doivent être reconnus pour expliquer cette situation.photos fao Biakolo Grégoire, quatrième prix national, dans sa plantation d'ananas à Mbankomo.tés du monde rural africain.Beaucoup d'autres facteurs expliquent les médiocres performances des agriculteurs africains.Il y a d'abord que de façon générale, c'est une agriculture essentiellement pluviale.Autrement dit, les eaux souterraines et celles des fleuves n'étant pas maîtrisées, les paysans ne peuvent compter que sur l'eau de pluie.Or celle-ci lorsqu'elle tombe, est souvent mal répartie dans le temps et l'espace.Et il est même fréquent qu'en période d'année déclarée pluvieuse, les récoltes ne soient pas abon dantes.Parce que les cultures n'ont pas su s'adapter à l'irrégularité des pluies.De plus, les politiques agricoles des différents gouverne ments africains n'ont réellement pas remis en cause le legs de la colonisation: le privilege accordé aux cultures industrielles.Ce qui fait qu'on aboutit au paradoxe selon lequel, le paysan africain produit ce qu'il ne mange pas et mange ce qu'il ne produit pas.Au Sénégal, par exemple, c'est l'arachide qui est la principale culture, alors que la population se nourrit essentiellement de riz importé de la Thaïlande.Dans les pays forestiers, le café, le cacao sont privilégiés au détriment des cultures vivrières.Pourtant, le Plan d'action de Lagos adopté en 1980 par les leaders africains avait demandé que l'on s'attache en priorité à augmenter la production céréalière (mil.sorgho, riz, maïs) afin de remplacer les importations du blé et d'orge.Rien n'a pratiquement été fait.Sur un autre plan, la dégradation des sols due à un manque d'engrais, les prix très bas payés aux agriculteurs pour leurs pro duits.la-non mécanisation de l'agriculture.sont autant de facteurs qui ne favorisent pas le développement du monde rural africain.Un exemple: la daba (instrument dont se servent les paysans pour labourer le sol) permet en plus de labourer un à deux hectares avec des rendements dépassant rarement 500 kg.Et de fait, depuis les indépendances, le fossé s'est davantage creusé entre les villes et les campagnes africaines.D'un côté, les villes qui s'industrialisent et se modernisent, et de l'autre les campagnes qui végètent.Il en sera ainsi tant qu'on ne mettra pas l'accent sur les cultures vivrières et donner aux paysans les moyens d'accroitre leurs productions.to c z -o CO In ïlî.SODEBLE : la volonté e l'autosuffisance Ij 'autosuffisance alimen taire.Voilà une expression qu'on entend très 'souvent dans les discours politiques en Afrique.Car c'est l'un des objectifs fondamentaux des jeunes États africains.L'agriculture étant la «priorité des priorités».Seulement, beaucoup de problèmes lies au sous-déve.«ppement empêchent fréquemment la réussite des projets entrepris dans ce sens.Des projets qui ont pourtant bien leur raison d'être.C'est le cas de la SODEBLE.Pour réduire, voire supprimer l'importation du blé au Cameroun, l'État a créé en 1975 la SODEBLE (Société de Développement pour la culture et la transformation du blé) à 90 kms à l'Est de Ngaoundéré.Cet acte s'inscrit dans le cadre de la poli tique de l'autosuffisance alimentaire prônée par le gouvernement.D'autant plus que la consommation des produits à base du blé (pain, gâteaux, etc.) augmente très rapidement dans le pays.Société d'État autonome, la SODEBLE prévoyait au départ la creation d'un complexe agro-industriel en deux phases avec une première tranche de 10000 ha de cultures, puis une deuxième de 50000 ha.Suivrait après la construction d'une minoterie.Des expérimentations menées dans la région depuis 1969 par des instituts de recherches agronomiques avaient amenées à conclure à de bonnes potentialités du milieu pour un pareil projet.Aussi, a-t-on entrepris des démarches auprès des populations locales traditionnellement éleveurs de bovins pour obtenir le terrain nécessaire à sa réalisation, puisque leurs habitations y sont dispersées ou regroupées en petits villages; et que tout le territoire sert de pâturage à leurs troupeaux, l'élevage étant extensif ici.£ Des problèmes dès le déport_ S La création de la plantation s ' ! Des ouvriers de la SODEBLE travaillant devant la niaiserie.s'est donc faite au détriment des populations locales malgré leur réticence.La plupart des habitants de la région ont dû ainsi émigrer involontairement.Et en 1984 , 7200 ha ont été défrichés.Ce qui traduit un très grand retard par rapport au programme des travaux et dénote aussi les difficultés énormes dans lesquelles se trouve l'entreprise ac tuellement.En fait, outre les problèmes humains et financiers, le milieu physique s'est également révélé beaucoup moins favorable que prévu lors des essais.Ses sols ferralitiques sur basaltes anciens réclament d'importantes quantités d'engrais pour la culture du blé.Un fort ruissellement contrarie pas mal les travaux par l'érosion durant la période des semis qui doivent se faire automatiquement en ce moment par ailleurs très court.Ce qui nécessite une mécanisation poussée et un équipement assez important.Exemple: l'épandage d'engrais, semis, qui se faisaient par avion au début.S'ajoutent à cela la lutte à mener contre l'apparition des mau vaises herbes favorisée par les engrais ainsi que des nombreux parasites qui s'attaquent aux plantes.D'autre part, la région étant sous-peuplée (3 à 4 habitants au km2), il a fallu recruter les manoeuvres à l'extérieur, puis leur construire un camp d'habitations.Tout cela exige des sommes d'argent énormes que l'État, des sociétés para-publiques, la CEE (Communauté Économique Européenne) et surtout l'Arabie Saoudite ont accepté de fournir.Cependant, le problème de la rentabilité du projet s'est posé.Car les rendements n'ont pas pu atteindre les prévisions (20 quin taux à l'hectare).Au point que la plupart des créanciers hésitent, sinon n'acceptent plus d'offrir leur argent.Alors que jusqu'à présent les recherches destinées à découvrir les variétés de blé adaptables à l'écologie du milieu se poursuivent.Certains attribuent cet échec à une extension très rapide des cultures.Mais, le coup le plus dur reçu par la SODEBLE a eu lieu en 1978-79.année où le ren- dement a chuté à moins de 1 quintal par hectare.Tandis qu'il était de 7 quintaux en 1976-77.Ce fait a été l'oeuvre d'un «expert» européen arrivé nouvellement dans l'entreprise en tant que Directeur des Cultures et qui a bon leversé les méthodes culturales pratiquées jusque-là.Un «expert» qui s'est d'ailleurs enfui avant la fin de la campagne sous prétexte qu'il partait se soigner en Europe.La campagne 1978-79 a donc été qualifiée «d'année catastrophique».C'est cette année-là qu'on a semé sur des plus vastes surfaces, utilisé le plus grand nombre d'engins et d'employés.Bref, on a «mis le paquet» pour en fin de compte obtenir le plus bas rendement.Impasse?_ Depuis lors, la SODEBLE a enregistré un déficit considérable dans son budget.Elle a réduit de moitié son personnel et ne vit que grâce aux subventions de l'État et aux découverts bancaires.Il s'agit maintenant de combler ce vide avant de repartir d'un bon pied.D'où une nouvelle orientation du projet vers la culture majoritaire du mais mieux adapte au milieu et la construction d'une maiserie en 1982.Un assolement centré sur le mais a donc remplacé la monoculture du blé qui occupe désormais des surfaces modestes: 2000 ha en 1980-81, 600 en 1981-82.Cette reconversion permettant de maîtriser plus facilement les travaux et d'obtenir des rendements assez proches île l'objectif: 15 quintaux de blé à l'hectare en 1981-82.Cependant, tout n'est pas résolu.Les engins agricoles (moissonneuses-bat-tcusçs.tracteurs, etc.).devenus' vétustés mais non remplacés faute de capitaux, entravent la bonne marche de l'entreprise.Souvent, le travail est arrêté des heures durant parce qu'une machine ou un véhicule est tombé en panne.Quoiqu'il en soit, le cas de !?SODEBLE reflète la situation générale des entreprises agrico les ou industrielles des pays en voie de développement.Elle n'a rien de désespérant.C'est dans l'effort et la bonne volonté qu'une solution verra le jour.Tout logiquement.? La Côte d'Ivoire à l'heure de l'explosion économique « R; etournons à la terre,, mon frère! » Comme on entend dire l'Ivoi .rien des milieux urbains ces dernières années.C'est un leitmotiv qui anime aussi bien les autorités politiques que les populations en Côte-a\" Ivoire.Cette invitation est soutenue par le slogan de l'aulosuffisance ali- mentaire très à la mode dans les médias nationaux.Est-ce la confirmation d'un ras-le-bol face aux promesses non tenues des villes?Ou alors le présage d'une pénurie de main-d'oeuvre dans les campagnes.Toujours est-il que l'on vous répondra que le pays se bat sur ces deux fronts.La Côte-d'Ivoire entend néanmoins faire du deuxième type de combat celui de l'avenir.Certes, le cas présente tout de même un paradoxe: le pays \u2014 l'un des plus riches de l'Ouest africain \u2014 vivant à 80% de ses ressources agricoles.La révélation la plus significative des années 80 sur le pays est que son étonnante explosion aura été essentiellement économique.Car à l'heure du redéploiement général de l'agricultu- re africaine, l'on découvre que le paysan n'a pas été comblé par des systèmes qui l'auront plutôt exploité.La forêt et la savane arborée caractérisent le paysage ivoirien.Cet atout, supporté par une pluviométrie abondante, a permis l'éclosion d'une vieille tradition agricole basée sur deux types d'exploitation.D'abord les cultures vivrières pratiquées selon le mode artisanal et portant sur le riz (500000 tonnes en 1980), le mais, l'igname, le manioc, la banane plantain, l'arachide.Place ensuite à l'agriculture d'exportation qui fait le renom du pays.Premier et T producteur mondial de cacao et de café, il occupe la première place au plan africain pour le bois, l'ana- nas, l'hévéa, l'huile de palme et la banane.Les performances ainsi réalisées sont davantage le fruit de la gestion du legs de l'économie de traite imposée par le colon français.Aucune orientation réelle et profonde n'était venue en bouleverser la tendance.Même les progrès \u2014 toutefois notables \u2014 introduits par la mécanisation et l'implantation d'unités agro-industrielles, se sont toujours situés dans le choix de l'économie extravertie.On cherche maintenant à corriger les imprévoyances des années fastes pour déboucher en priorité sur l'autosuffisance alimentaire des 8500000 citoyens.Nul Ivoirien n'est mort de faim.Mais on est atteint par la psycho- se de la sécheresse.Récemment un léger déficit pluviométrique a permis le déclenchement tous azimuts de reboisement et de boisement.La forêt, le recon-nait-on, avait été gaspillée aux trois quarts.Dans le cadre donc du redressement entrepris, le retour des jeunes à la terre est valorisant pour le métier d'agriculteur.Il va juguler le phénomène de l'exode rural.Atteints par le chômage, les diplômés et les déscolarisés trouvent ainsi une bouée de sauvetage.L'encadrement et l'aide leur a été promis.La facture sera lourde mais c'est à ce prix que la Côte-d'Ivoire sera dans un avenir proche le grenier d'une sous-région en mal de viviers.?Un technicien agricole examinant un champ de maïs.photo François Temkeng Chetcou La hantise de la sécheresse est toujours présente chez l'agriculteur ivoirien.n LES TECHNIQUES D'AGRICULTURE es techniques culturales appliquées en \u2022Afrique ont, dune 'façon générale, entre 800 et 1200 ans de retard sur celles des régions, plus avancées du monde, qui produisent des excédents alimentaires (appréciables sans avoir à craindre pour l'avenir.) Le Pr.Louis MIHA-LYI de l'Université de Californie a-t-il tort ou raison?Cette affir- mation, à quelques nuances près, mérite notre crédit à partir de l'exemple de la culture en terrasse dans une région sahélien-ne.Quelque part à l'Extrême Nord du Cameroun, se trouve une vaste chaîne montagneuse constituant les Monts Mandara.«00 mètres d'altitude, 1500 mm de précipitations par an, 300 habitants au kmr.On y vit exclusivement de l'agriculture: la culture en terrasse du mil, d'arachides notamment.Autant le cultivateur de cette région est victime des aléas climatiques, autant il doit tirer sa nourriture en ne comptant que sur son énergie musculaire.La houe constitue le principal outil de travail.Le droit d'usage de la terre provient de sa transmission héréditaire.Comme dans tous les pays de montagne, le remodelage des versants s'est imposé comme méthode pour maintenir ou créer des surfaces cultivables.Dans les Monts Mandara, l'implantation de cordons et de mu-rettes de pierres s'est avérée nécessaire sur des pentes fortes et rocheuses.À l'approche de la saison des pluies (avril), on nettoie les terrains par feux de brousse.Commence alors une période de labeur sans répit.A longueur de journée, hommes, femmes et enfants prennent d'assaut les champs familiaux, entassent les cailloux et les arrangent ingénieusement en escaliers.L'objectif est de retenir à tout prix la terre arable que l'eau de ruissellement emporte souvent sur son passage.Les semailles commencent avec les premières pluies.À l'aide d'une houe ou de tout autre objet pointu, le cultivateur creuse des trous de 2 à 3 cm de profondeur pour y mettre les grains Entre 800 et 1200 ans de retard Dans les Monts Mandara comme partout ailleurs en Afrique, la houe est largement utilisée.Mais on se blesse facilement, on risque le tétanos, pour peu que l'outil frappe un Caillou photo François Temkeng Chekou de mil ou d'arachide.Cette période culturale est assez délicate.Car, à défaut de pluies immédiates, rongeurs, oiseaux, insectes comme les fourmis déterrent les semences, voire les germes.La troisième étape est constituée du sarclage, 2 ou 3 fois l'an suivant la nature de la végétation qui peut être drue ou maigre.Le sarclage consiste à débroussailler les herbes et à ramener la terre aux pieds des plantes afin de conserver l'humidité.II exige beaucoup d'attention.Car, on se blesse facilement, on risque le tétanos, pour peu que la houe frappe un caillou.En outre, sans gant aux mains ni chaussure, les cultivateurs des Monts Mandara sont à la merci de serpents de tous genres.Des morsures de vipères et de najas notamment, sont fréquentes.Des récoltes médiocres_ Quant aux récoltes, elles sont médiocres et ne couvrent pas l'autoconsommaiion.Se mettre quelque chose sous la dent chaque jour devient une gageure pour les paysans pauvres aux mois de juillet, août et septembre notamment, les greniers sont vides Les ventres crient famine.Et celte famine est déjà entrée dans les habitudes avec de nombreuses conséquences: l'abandon entre autres des salles de classe par des élèves.Et cela à la grande satisfaction de certains parents qui «sollicitent» leurs fils pour des travaux champêtres.Manifestement, c'est une vie misérable, dans les Monts Mandara.Pourtant, telle n'est pas la vision globale du Cameroun qui jouit d'une autosuffisance alimentaire.La culture en terrasse, telle qu'elle est pratiquée dans les Monts Mandara, nécessiterait beaucoup plus d'interventions.L'Etat a construit deux barrages dans la région.Mais c'était compter sans les mentalités des populations locales non préparées à l'irrigation.Il faudrait peut-être s'intéresser davantage à ces habitants des montagnes pour mieux les comprendre.Depuis quelques années, l'État or ganise des transferts des populations des zones surpeuplées vers des régions favorables à l'agriculture, en l'occurrence la vallée de La Bénoué au nord du pays.Peu des gens des Monts Manda ra se sont déclarés volontaires à cette offre contrairement aux Toupouri.peuple de plaine.Sans doute en raison des différences des méthodes culturales.Cependant, l'un des problèmes fondamentaux est que les habitants des Monts Mandara ne sont pas prêts à descendre des montagnes.Fuyant les conquêtes peulhes sous la direction d'Ous-nian Dan Fodio, pieux et fervent musulman au 17e siècle, ils se sont réfugiés en montagnes.Depuis lors, réfractaires à l'Islam qui domine dans la région, ils ont préféré leurs difficultés pour conserver jalousement leurs traditions animistes.Mais pour combien de temps encore vont-ils résister aux tentations du modernisme tout en souffrant de la sous-alimentation, de la malnutrition et de la famine?Pour l'heure, la raison commanderait aux habitants des Monts Mandara une prise de conscience de leurs méthodes culturales.Des techniques comme l'emploi d'engrais et d'insecticides, la pratique de la jachère seraient bénéfiques.Du reste, une culture en terrasse bien développée constitue un frein aux effets de l'érosion.Elle a fait ses preuves ailleurs, notamment en ¦j, Asie du Sud-est.g Puissent les habitants des Ô Monts Mandara voir un jour une > mise judicieuse en valeur de O leurs terres.? Les rescapés do !a faim Mint arrivés à N'djamena, faisant passer sa population estimée à 25oooo habitants en i
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