La presse, 14 septembre 1985, La Presse plus
[" ta la presse Oft SLICCI _336-53301 MONTREAL, LE SAMEDI 14 SEPTEMBRE 1985 LA CONTRE-RÉFORME DE L'ÉDUCATION école DICTÉE no:73 i Le papillon est un incecte au\") aM) m braneuses de l'ordre des lépidoptères.U chenille sc£)de l'oeuf et se transforme en nyrrjQ appelée 'éÉ È r °e»e une enw+™> tectrfcr ¦ e™eto$e Pro- cocon.1 «me?, m: LA NOUVELLE FAÇON DE VOYAGER! frontières 1130.bout de Malsonneuv* a 2M 4(00 600.boul do Malsonnouve a M2 14S0 \u2022am (rait a.I nttttou 1 eoo J4< 2t)3 [ >f 1 f NT mi I DUN PIRMISOU OUCBCC t » .\u2022 * i » « LES PHOTOS DE Denis Courville BP9 S S < ai t/1 Un début de saison sans Guy Lafleur Dans un mois, la nouvelle saison de hockey sera en cours.Pour les amateurs du Canadien, la grande difference sera l'absence de Guy Lafleur.Quoi de mieux pour leur rappeler le célèbre athlete qui filait les cheveux au vent que cette photo prise le 4 mars 1981, lorsqu'il a réussi son I00O point.C'était contre les lets de Winnipeg.Keith Acton était plus ému que Lafleur lui-même après fourni la passe sur ce but.Cette photo demeure un souvenir dont je suis particulièrement fier.Fiche technique Appareil: Nikon F Objectif: 180 mm Ouverture: l/500e à f/5,6 Pellicule: Tri X à 1600 ASA I LA CRISE DE L'ÉDUCATION  ^ ._.______' _______ Huit mauvaises notes à notre système scolaire Juliette Tremblay, 68ans, se souvient avec nostalgie des 67 élèves auxquels elle enseignait en 1934 dans une école bâtie en pièces sur pièces où la neige s'infiltrait l'hiver, à Saint-Ed-mond-de-Pabos.en Gaspésie.Dans le temps, rappelle-t-elle.les enfants savaient écrire sans fautes et utiliser la règle de trois des l'âge de neuf ans, en quatrième année.Aujourd'hui, un garçon comme Daniel Elhier, 20 ans.de Brossard, doit retourner â l'école pour apprendre a lire autre chose que son nom.Il a pourtant étudié au secondaire.Selon un groupe d'alphabétisation, La boite a lettres, des milliers de jeunes ont passé 10 ans sur les bancs d'école sans apprendre à lire et écrire.Que s'est-il pas^é depuis 50 ans ?Les moeurs sont devenues moins rigides, la famille a éclate, la télévision a envahi les maisons.|adis gratuite seulement jusqu'au niveau collégial, I école s'est ouverte â tous jusqu'à l'université.Mais en même temps, affirment les mauvaises langues, elle s'est nivelée par le bas.¦ En cinquième année du primaire, par exemple, le français s'enseigne pendant sept heures par semaine.En I960, c'était dix heures et demie.Les maitres consacrent quatre heures aux mathématiques : avant, c'était cinq.¦ Il n'y a presque plus d'évaluation.La dictée a disparu.Le ministère de l'Education a fait sauter ses examens obligatoires, sauf pour les dernières années du secondaire.¦ Rares sont les élèves qui doublent.Bon an, mal an.méme les moins bons d'entre eux gravissent les échelons.Résultat : les diplômes se dévaluent.Les relations sociales jouent plus qu'avant pour trouver un em- ploi, ce qui favorise les enfants de milieux aisés.¦ La confiance dans le réseau scolaire public s'est effritée.Les inscriptions dans les écoles privées ont augmenté de 20,8 p.cent en 10 ans.Ces dernières comptent bon nombre d'enfants d'enseignants et de directeurs d'écoles publiques.Toutes ces critiques ont resurgi lors de la préparation d'un livre vert sur l'enseignement primaire et secondaire, en 1977.Les parents s'en prenaient entre autres aux programmes-cadres, dont ils jugeaient les contours trop flous.Les nouveaux programmes et régime pédagogiques, dont l'implantation se poursuivra jusqu'en 1990, prévoient des objectifs précis pour chaque matière de la premiere â la onzième année.Au secondaire, le nombre de cours optionnels a diminué et le nombre de cours obligatoires a augmenté.La promotion par matière existe toujours, mais l'élève doit réussir au moins 130 crédits.La note de passage est passée de 50 p.cent à 60 p.cent.« Ce n'est qu'un début, continuons le combat ! », lance un enseignant, jadis fervent de la pédagogie « révolutionnaire » et aujourd'hui converti â la nécessité d'une contre-réforme.«Ça va prendre des mesures plus énergiques que les nouveaux programmes ».dit |ac-ques Chagnon.président de la Fédération des commissions scolaires catholiques et un des promoteurs des Etats généraux sur l'éducation.Les personnes que nous ayons interviewees à la veille des Etats généraux ont donné huit mauvaises notes â notre système scolaire.Huit points â travailler._L'évaluation_ C'est le problème numéro un.Sous prétexte de ne pas stresser et traumatiser enfants et enseignants, les examens ont été abandonnes à presque tous les niveaux, ainsi que l'évaluation des maitres eux-mêmes.Comment mesurer alors les progrés des enfants et le succès des méthodes pédagogiques ?« |e ne connais pas d'entre- prise qui parle de productivité et qui ne fait jamais de vérification, souligne le ministre François Gendron.Pourquoi pas dans l'éducation ?» Avant les dernières années du secondaire, ajoute-t-il, « on n'a pas vraiment les méthodes éva-luatives pour bien mesurer le degré d'apprentissage des matières de base.Il faudra travailler lâ-dessus ».lacques Chagnon vient d'obtenir les résultats d'examens passés l'an dernier dans sa propre commission scolaire, celle de Chambly : « C'est désastreux, dit-il.l'ai quasiment syncope quand j'ai vu ça.Les taux l'enseignement s'occupe de 56 affaires, sauf l'essentiel qui est le rendement scolaire des élèves.Pourquoi on existe si ce n'est pas pour ça ?» Selon lui, si le rendement s'avère insuffisant, il faudra revenir au cycle des voies (classes régulières, enrichies et faibles) abandonné il y a quatre ans.La Commission des écoles catholiques de Montréal remet les examens en vigueur.« On a traversé une période un peu laxiste, dit son directeur général, lean-Claude Rondeau.Depuis deux ans, on resserre l'évaluation.On établit des examens uniformes au primaire.» LES ÉTATS GÉNÉRAUX SURtiMMMÉ DE fcEBUGATJQN 2-3-4S AVRIL 1986 Montréal Des Etats généraux, regroupant les enseignants, les parents et les directions scolaires, feront le point sur la qualité de l'éducation dés cet automne en région, et en avril lors d'un vaste congrès a Montréal.Selon son promoteur, Jacques Chagnon, il s'agit d'un événement majeur depuis la Commission Parent, il y a 20 ans.d'echec varient entre cinq et 40 p.cent par matière et par école.Quand on pense qu'on met $112 millions par an dans notre commission scolaire pour arriver à ça ! le vais dire aux gens : on met toute notre tète là-dedans.« C'est la première année où on faisait passer des examens sur les nouveaux programmes.En bout de piste, on s'aperçoit qu'on n'a pas frappé dans la solution.« La loi du rendement devra revenir.Tout le monde dans -2- La pédagogie Pendant des années, la pédagogie québécoise a baigne dans les eaux troubles de la « non-intervention », de la « non-directivité » et de « l'école-bon-heur ».Une baignade qui aurait pu finir en noyade, disent certains.« On s'est emballé avec le bonheur, la créativité et on a oublié que l'école, c'est d'abord une place pour apprendre », dit René Pouliot, responsable de l'enseignement secondaire au ministère pour Montréal.À la fin des années 40, le livre « La thérapie centrée sur le client » du psychologue américain Carl Rogers devient un best-seller.Rogers suggère aux psychologues d'écouter leurs patients plutôt que de leur dicter un comportement.Des pédagogues s'empressent d'appliquer cette thérapie dans les écoles.« La non-intervention a marque l'éducation, l'administration, la gestion, rappelle René Pouliot.Des pédagogues se justifiaient de ne pas intervenir en disant que c'était mieux ainsi.« Les programmes-cadres eux-mêmes n'étaient pas direc-tifs.Ils laissaient les milieux libres de faire ce qu'ils voulaient.Les parents nous ont demandé de les reprendre.Ils nous disaient que ça ne suffisait pas que les enfants soient heureux à l'école.» Selon lui, les nouveaux programmes rétablissent l'équilibre entre le « bonheur » et le « labeur ».« Le monde de l'éducation est relativement d'accord pour un peu plus de rigueur, explique Maurice Morand, directeur général des programmes au ministère.Pas une rigueur be-béte comme antan, mais plus de sérieux.C'est vrai que sous prétexte de développer la libre expression, la personnalité, la créativité, l'initiative, l'école-milieu-de-vie, on a oublié d'insister sur les règles de base, que ce soient les règles de grammaire, de calcul ou de bienséance.Mais je crains qu'on retourne à l'autre extrême.Le problème, c'est toujours le balancier.Il faut trouver le juste milieu.» La CÉCM abandonne lentement la théorie de l'école-bon-heur, qui a marqué son « Opération-renouveau » et ses activités en milieu défavorisé.« Il y a quelques années, on croyait que plus les enfants étaient heureux à l'école, meilleurs allaient être leurs résultats, rappelle lean-Claude Rondeau.On a multiplié les sorties et les ateliers manuels.» Une étude commandée à un centre de recherche a démontré qu'il valait mieux aller directement au but, mettre les efforts sur l'enseignement lui-même plutôt que sur les sorties. Daniel ETHIER « Il y avait au plan social une idée selon laquelle l'école des pauvres ne doit pas ressembler â l'école des riches, souligne |ean-Claude Rondeau.Les gens se sont insurgés.Ils nous ont dit que c'était une forme de mépris.Aujourd'hui, on réintègre l'éducation-résultat (axée sur les connaissances) à l'educa-tion-processus (axée sur l'épanouissement de l'enfant).» Ce redressement s'opère à la grandeur du Québec.Le nouveau courant pédagogique « peut être considéré dans la perspective d'un retour aux apprentissages de base plus solides », indique Pierre Lucier, président du Conseil supérieur de l'éducation._L'éparpillement Dans n'importe quel autre pays, dire que la fonction du réseau scolaire, c'est d'apprendre quelque chose aux enfants, serait taxé de lapalissade.C'est comme de dire que la fonction de la médecine est de soigner les malades.Ici, c'est une révolution des mentalités.Pendant des années, le Québec a été plus préoccupé par la construction d'écoles, les structures et le syndicalisme que par l'enseignement.lean-Claude Rondeau estime que l'école doit retrouver sa François GENDRON « vocation essentielle », cesser de servir de fourre-tout et arrêter de suppléer aux carences de la société.Le ministre François Gen-dron s'insurge aussi contre l'éparpillement : « La mission du ministère n'est pas de répondre à des questions de toitures de bâtiments, dit-il.Trop d'énergies ont été gaspillées dans l'accessoire.La qualité des apprentissages est plus importante que la refection des toits.» La sur-spécialisation La construction d'immenses polyvalentes dans les années 70 répondait au désir d'offrir le maximum d'options et de spécialités aux élèves du secondaire.Conséquence de ce système, les élèves n'ont plus de titulaire.A toutes les 50 minutes, ils changent de professeur et de local.Le ministre de l'Enseignement supérieur, Yves Bérubé.croit qu'il faut revenir à une formation plus générale.Pourtant, malgré les critiques, les spécialistes s'infiltrent même dans les écoles primaires.Presque à chaque jour, les titulaires doivent quitter leurs enfants pour les laisser aux professeurs de morale ou de religion, d'art, d'anglais, de gymnastique, etc.« C'est triste de voir ça, dit Real De Guire, president de la Claude RYAN Fédération québécoise des directeurs d'école.La relation personnelle entre le maitre et l'élève est ce qu'il y a de plus précieux en éducation.» Une étude menée aux États-Unis a démontré que les écoles les plus efficaces, au plan du rendement, reposent sur le modèle des anciennes écoles de rang, comme celle de Saint-Ed-mond-de-Pabos où Juliette Tremblay enseignait aux enfants de sept niveaux dans un même local.La relation intime et durable entre maître et élèves, ainsi que l'entraide entre enfants de différents âges, créaient un climat propice â l'apprentissage.Le climat de travail Dans la même veine, Réal De Guire déplore la détérioration du climat de travail.Le syndicalisme a eu du bon, dit-il.mais il a aussi commis des excès.Ainsi, il est arrivé que des enseignants refusent a des directeurs d'école de venir dans leur classe.Yvon Charbonneau fait valoir que la CEQ a avancé plusieurs solutions pour améliorer l'enseignement.« Mais on nous a jamais écouté ».dit-il.Le critique du Parti libéral en matière d'éducation.Claude Ryan, accuse les décrets du gouvernement d'avoir créé un climat « pourri » dans les écoles.Réal DE GUIRE « Le gouvernement est allé chercher 20 p.cent du salaire pendant la convention collective, rappelle-t-il.Quand l'enseignant part de chez lui le matin en se disant qu'il aimerait trouver un autre travail, il n'est pas très enthousiaste devant ses élèves.» Le vieillissement Claude Ryan croit aussi que l'absence de jeunes enseignants affecte la qualité de l'enseignement.« L'âge moyen des enseignants est de 40 ans, souligne-t-il.Il faudrait infuser du sang nouveau pour redonner de la vigueur a la profession.» Dans un avis émis cette année, le Conseil supérieur de l'éducation a suggéré des mesures comme le temps de travail partagé, les retraites anticipées et les congés sabbatiques pour accélérer l'entrée de jeunes instituteurs.-7- Le manque de matériel Les compressions budgétaires ont créé une pénurie de manuels, de dictionnaires et d'outils pédagogiques.Le ministre lui-même s'en plaint : « |e ne suis pas satisfait du rythme d'implantation des programmes, dit-il.Le matériel ne suit pas.Nous sommes en retard sur les manuels de base ».Il ajoute : « Ça fait deux ans que le ministère est en demande de budget supplémentaire.Si j'avais une dizaine de millions demain, je les mettrais sur le renouvellement des manuels et des guides pédagogiques ».Des enseignants se plaignent aussi de lacunes dans l'encadrement pédagogique.« Ils manquent d'appuis », reconnaît |ac-ques Chagnon.-8- _La lourdeur_ Ah, l'insoutenable lourdeur de la bureaucratie ! « Le système d'éducation est devenu tatillon et réglementé, se plaint François Gcndron.Si les principaux d'écoles étaient plus dégagés de toutes sortes de preoccu-pations administratives, ils pourraient avoir plus de contacts avec les professeurs.» Les querelles de pouvoir ont détourne le milieu de l'éducation vers des objectifs éloignés de l'enseignement.Le president de la CF.CM, Michel Pallascio, se félicite ainsi de la fin (temporaire?) du débat sur la restructuration des commissions scolaires prévue par la loi 3, jugée inconstitutionnelle en juin dernier.Sans cette épée de Damocles, dit-il, les commissions scolaires pourront s'attaquer â leur raison d'être : la qualité de l'enseignement.?Juliette TREMBLAY Michel PALLASCIO Yvon CHARBONNEAU Jacques CHAGNON LA CRISE DE L'ÉDUCATION Les futurs enseignants font beaucoup de fautes.Des jeunes de 20 ans étudiant à l'université pour devenir enseignants ont fait, l'an dernier, deux fois plus de fautes que des enfants de septième année en 19bI dans une dictée identique, révèle une récente etude.« Les étudiants observés devraient normalement enseigner au primaire dans quelques années ».notent les auteurs de cette etude inédite déposée en mai au Conseil de la langue française.En 1961.un groupe type d'enfants de Sherbrooke avaient fait en moyenne une faute et demie dans une dictée assez simple de 11 phrases.L'an dernier, un groupe de 104 élevés admis a la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montreal ont fait en moyenne trois fautes et demie dans la même dictée.Les professeurs qui ont fait passer la dictée mettent en cause les déficiences de l'enseignement des règles du français écrit dans les écoles primaires et secondaires.« On a craint de brimer les enfants en exigeant d'eux des efforts en vue de les amener a respecter la norme écrite, souligne leur rapport.On a eu peur que l'insistance sur l'aspect formel de la langue ne nuise à la créativité et à l'expression.Or, quand ils atteignent 20 ans, ces mêmes jeunes se sentent mal à l'aise devant l'écrit et leurs pauvres capacités orthographiques.« L'orthographe, ajoutent les auteurs, ne semble pas tuer l'expression mais la soutenir.» En prenant connaissance des résultats de la dictée, la faculté a intégré l'enseignement de la grammaire et de l'orthographe dans un cours obligatoire de premiere année et offert des cours optionnels en deuxième et troisième années.Ces cours ont permis aux étudiants de progresser.Un bulletin déjà noir_ L'élude menée a l'Université de Montréal s'ajoute a de nombreuses autres.Leurs résultats ne cessent de surprendre.Les mauvaises notes s'accumulent dans un bulletin déjà noir.Toujours la même dictée \u2014 dont un paragraphe type se lit ainsi : « le me méfierai tou- photothèque LA PRESSE Ces enfants auront probablement la chance de profiter d'un meilleur système d'éducation que celui des dernières années.jours de celui qui n'aime ni les l'ieurs, ni les enfants » \u2014 a donne des résultats désastreux dans des écoles primaires en 1982.Un groupe d'enfants de septième année (Secondaire I) issus d'un milieu moyen ont fait 13 lois plus de fautes que les enfants de septième année de 1961.L'hiver dernier, une enquête du ministère de l'Education a évalué que les élèves du Secondaire Il font en moyenne une faute tous les six mots.Les entreprises se plaignent.Certaines d'entre elles embauchent des personnes de plus de 40 ans parce qu'elles savent mieux écrire que les jeunes, a dit le vice-président du Conseil du patronat, Ghislain Dufour.« Un employé qui ne possède pas sa langue maternelle ne peut pas structurer sa pensée et communiquer, souligne-t-il.C'est sérieux : ça peut mettre la production en l'air.» Les analystes croient qu'une foule de facteurs expliquent les déficiences dans l'écriture de la langue maternelle, phénomène observé dans plusieurs pays.Ils citent en premier lieu l'émergence de l'audio-visuel, qui a empiété sur l'écrit.Les jeunes passent ainsi 1 000 heures par année devant la télévision et seulement 800 à l'école.Les nouvelles méthodes d'enseignement ne semblent pas non plus avoir aidé les jeunes a maitriser l'écriture de leur langue.Les programmes_ Le programme-cadre du ministère de l'Education, qui a fixé les orientations pédagogiques entre 1969 et 1979, disait : « Le contenu linguistique et le bon usage sont importants, mais ils sont accessoires par rapport à l'expression et à la compréhension ».Cette orientation laissait place à la confusion.La première interprétation qui venait à l'esprit, c'est qu'il était plus important d'apprendre aux enfants à s'exprimer qu'à écrire sans fautes.« Il y a sept ou huit ans, c'était presque tabou de parler d'orthographe », rappelle |ean-Claude Rondeau, directeur général à la Commission des écoles catholiques de Montréal.Les parents ont émis de sérieuses critiques.En 1977, un livre vert sur l'enseignement primaire et secondaire promettait d'apporter des corrections.Le nouveau programme de français, conçu en 1979 et progressivement implanté depuis, accorde autant d'importance à l'usage qu'à l'expression.Il fixe des objectifs précis.Il continue toutefois à reléguer au second plan l'enseignement des règles de grammaire, de syntaxe, de ponctuation et d'orthographe.Il reflète en fait la philosophie de l'ensemble des nouveaux programmes: l'enseignement ne porte plus sur la connaissance en soi, mais sur le développement d'une habileté.ladis (avant les programmes-cadres), les enseignants de- vaient transmettre des connaissances.Maintenant, ils doivent créer des conditions permettant aux enfants de devenir habiles.Avant d'acquérir une nouvelle connaissance, les enfants doivent savoir pourquoi elle est importante, estiment les pédagogues.La majorité des personnes que nous avons interviewées ont loué les nouveaux programmes, et surtout le programme de français.Il reste cependant quelques réserves, a dit une conseillère pédagogique qui a travaillé à la conception et à l'implantation du programme: ¦ Pourquoi, en plus de susciter la créativité, ne pas enseigner directement les règles ?Pourquoi refuser la connaissance pour la connaissance (s'il fallait toujours connaître les applications pratiques de toute nouvelle connaissance, la science s'éteindrait) ?¦ Pourquoi refuser d'enseigner le passé simple et l'accord des participes passés avec le verbe avoir au primaire ?¦ Pourquoi refuser d'utiliser la dictée comme outil d'évaluation ?¦ Au secondaire, pourquoi ne pas demander aux enseignants des matières autres que le français d'exiger des copies sans fautes de leurs élèves ?Par ailleurs, le jargon tarabiscoté du nouveau programme de français rebute les enseignants, si bien que la majorité d'entre eux ne l'ont jamais lu, se fiant plutôt aux conseillers pédagogiques pour le comprendre.Voici un exemple, tiré de l'introduction du programme au primaire, qui compte 334 pages : « Les connaissances explicites sont celles que le sujet peut formuler ou expliquer au moyen du langage.Par exemple, une règle syntaxique devient explicite quand elle est e-noncée par le sujet.C'est par des activités portant sur des faits de langue et par une incitation à la verbalisation ou par un contact avec des connaissances verbalisées que les connaissances implicites peuvent devenir explicites.» Les pédagogues chargés de concevoir l'enseignement du français devraient peut-être eux-mêmes apprendre à parler français.A.N. « M irie a 2.48 chevaux, lean en a 1.53.Qui en a le plus ?».Voila, selon un groupe de pedagogues, le genre de problème insignifiant qu'une commission scolaire a posé récemment a des élèves de sixième année.En 1930, souligne le Groupe de recherche en didactique des mathématiques en citant des documents d'époque, les élèves de sixième année devaient résoudre ce problème autrement plus concret et difficile : « Un cultivateur a paye $60,72 pour une machine.Le marchand de gros a fait un profit de 15 p.cent et le marchand de détail, un profit de 20 p.cent.Quelle économie ce cultivateur aurait-il réalisée s'il avait acheté directement du manufacturier ?» Selon le groupe de recherche, le nouveau programme de mathématiques, obligatoire depuis 1983, est le plus faible au Canada et aussi le plus faible au Québec depuis au moins 45 ans.Avant, par exemple, les multiplications et les divisions s'enseignaient en deuxième année.Maintenant, la multiplication s'apprend en troisième, et la division \u2014 son opération inverse et logique \u2014 en quatrième.Les décimales, elles, sont enseignées en cinquième.Toujours en 1930, les élèves de deuxième année devaient trouver le prix d'une livre d'agneau en sachant qu'un éleveur obtenait $8.96 pour 56 livres (une operation qui nécessite une division avec décimales).En premiere année, les élevés arrêtent maintenant de compter a 69 plutôt qu'a 100 comme avant.La raison, c'est que, en français.70 (soixante-dix) constitue un mot composé, contrairement a 40, 50 ou 60 (soixante).Les élevés anglophones, à qui s'applique aussi le nouveau programme, ne comprennent pas pourquoi ils doivent arrêter avant seventy .D'ailleurs, les écoles anglaises du Québec semblent avantagées du cote de l'enseignement des mathématiques, car elles utilisent les manuels \u2014 plus denses \u2014 publics au Canada anglais.Au Nouveau-Brunswick, affirme Michel Lyons, du Groupe de recherche en didactique des mathématiques, les autorites scolaires francophones s'arra- Le programme de mathématiques le plus faible au pays LA CRISE DE L'EDUCA chent les cheveux.On ne voudrait pas là-bas des nouveaux manuels québécois, trop faibles pour les programmes de la province.Un manuel de 234 pages utilisé il n'y a pas longtemps en deuxième année n'en compte plus que 188 : « L'éditeur a tout simplement retranché des pages », dit Michel Lyons.René Robillard, de l'Institut québécois de mathématiques, indique quant a lui qu'il y a loin de la coupe aux lèvres, loin entre les objectifs des program mes et l'enseignement concret dans les classes.Ainsi, le nouveau programme a remis la géométrie en vigueur.Mais René Robillard doute qu'elle soit' vraiment enseignée.Moins préparés En première année, les élèves arrêtent maintenant de compter à 69 plutôt qu'a 100 comme avant.« L'élève qui sortait du primaire dans les années 65 avait des données de base sur la géométrie plane, dit-il.Il savait ce qu'étaient une droite, un cercle, une circonférence, un rayon, un triangle, un triangle rectangle.Aujourd'hui pas du tout.Et au secondaire, rares sont les professeurs qui enseignent la progression géométrique.» Aubert Daigneault, directeur du département de mathématiques de l'Université de Montréal, dit que ses nouveaux étudiants sont beaucoup moins prepares aux etudes universitaires qu'il y a 10, 15 ou 20 ans.« Le niveau a baissé au cours des années, dit-il.La maturité mathématique est moindre.Notre enseignement s'en ressent : il faut prendre les élevés où ils sont.» Selon lui, les élevés québécois en mathématiques ont une préparât ion moins poussée que dans d'autres pays et dans d'autres provinces.« Ils ne recueillent pas la pari qui devrait leur revenir dans les concours pan-canadiens», précise-t-il II note aussi que les finissants des cégeps anglais du Quebec ont plus de succès que les finissants des cégeps français.D'autres sons de cloche D'autres personnes interviewées donnent un son de cloche différent, moins critique en lout cas que les opinions du Ciroupe de recherche en didactique des mathématiques.Tout en déplorant que le nouveau programme de mathématiques au primaire « accorde peu de place à la resolution de problèmes », l'Association des promoteurs de l'avancement de la mathématique a l'élémentaire croit qu'il n'est ni bon, ni mauvais.« Le programme du ministère, si on le regarde en pieces détachées, n'est ni fort ni faible et se compare bien avec ceux d'ailleurs, dit Jean Grignon, de l'association.Ce qu'on peut questionner, c'est sa cohérence interne et c'est aussi l'impact qu'il aura sur les autres programmes.» L'association trouve surtout dommage que le nouveau programme ail bloque la parution d'un guide pédagogique, prévu dans les anciens programmes.« On n'avail pas besoin de nouveau programme, dit lean Grignon.On avait besoin surtout d'un renouvellement d'animation.» André lournier, responsable de la mathématique au primaire et au secondaire, explique ainsi la conception du nouveau programme : « Il s'agit d'un enseignement axé sur la comprehension et le développement d'habiletés et non d'un enseignement où l'élève imite des modèles ou assimile des explications ».Maurice Morand, directeur general des programmes au ministère, signale que des équipes évaluent déjà le nouveau programme.« S'il s'avère qu'il y a des erreurs de parcours, on les corrigera, dil-il.Mais ça me surprendrait qu'on s'éloigne beaucoup du reste du Canada.» Le president du Conseil supérieur de l'éducation, Pierre Lu-cier, croit lui aussi que le nouveau programme « n'est pas 1res divergent de ce qui se fail dans le reste de l'Amérique du Nord ».Quoiqu'il en soit, demandez donc à un élève de la fin du secondaire de résoudre une équation a deux inconnues (exemple : la valeur de X el v si 6.v -2y - 2 et 2x + 3y ' 19)?C'était jadis un problème demandé à des enfants de septic me année.Aujourd'hui, la moitié des élèves d'une classe de onzième année testés par LA PRESSE n'ont pu résoudre un problème facile avec une seule inconnue (Si 42 clous pèsent 758 grammes, combien pèseront 73 clous ?).En I960, la règle de trois s'enseigna it en quatrième année.A.N.Éditeur Roger D.Landry Coordination Paul Longpré Responsable des chroniques: Pierre-Paul Gagné Tél.: (514) 285-7070 Page couverture: Diane Gagné Mise en page: Jacques Gagnon Fernand Marcotte Collaboration Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Serge Grenier Claude Lafleur Yves Leclerc Simone Piuze Christian Rioux Toronto Michel Labrecque Vancouver Daniel Raunet Moncton Achille Michaud Mexico Francis Pisani Managua Jacques Lemieux Paris Louis-B.Robitaille San Salvador Edith Coron Washington Jean-F.Lisée Rome Jean Lapierre Bruxelles Claude Moniquet Chypre Robert Pouliot Tokyo Huguette Laprise Taiwan Jules Nadeau Publicité Responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier Secrétariat Micheline Perron kTél.: (514) 285-7319 C'était un caribou Un lecteur nous reproche d'avoir publie une photo de caribou pour illustrer le problème des orignaux encombrants de lerre-Neuve qui etail mis en lumière dans notre reportage du 24 août sur cette province.Il a raison quant au choix de photo, mais l'auteur.Alice Parizeau, n'y est pour rien.Nos excuses. LA CRISE DE L'EDUCATION La formation scientifique fait défaut Le talent scientifique existe au Québec mais il n'est pas stimulé par les cours de sciences dispensés dans nos écoles.À i Expo-sciences de Montréal, le printemps dernier, les visiteurs ont pu constater que les jeunes ne manquent pas d'imagination.Claude Thibault, entre autres, a mis trois mois à fabriquer son \u2022 bras québécois ».photothèque LA PRESSE S'il y a un domuinc où renseignement fait défaut au Québec, c'est dans la formation scientifique, affirment les professionnels intéressés a la question.Le nouveau regime pédagogique a prévu des cours de sciences pour tous les élèves, mais il a réduit le nombre de cours pour les élèves qui se destinent à une carrière scientifique.Le directeur du programme au ministère de l'Éducation.Denis Chabot, est le premier a s'en plaindre.« |e ne sais pas pourquoi on a mis moins d'importance sur l'éducation scientifique alors qu'on vit en pleine période de révolution technologique et de concurrence mondiale, dit-il.Il faut croire que ça a été une décision politique.» Avant, les jeunes qui voulaient être admis dans les disciplines scientifiques au collège suivaient des cours de science pendant au moins 900 heures au secondaire.Le nouveau régime pédagogique a coupe ce nombre a 200 heures.Après un rapport critique du Conseil des sciences du Canada et les pressions des professeurs de sciences, le nombre d'heures est remonté à 700.« Mais c'est quand même 200 heures de moins qu'avant », souligne Claude Gadbois, président de l'Association des professeurs de sciences du Québec.Selon Denis Chabot, les écoles secondaires anglaises privées du Quebec offrent une concentration en sciences beaucoup plus poussée.« Les trois-quarts de leur bloc scientifique est composé de cours de mathématiques et de sciences.» Un rapport d'un groupe de conseillers pédagogiques, publie l'un dernier, affirmait qu'à la Commission des écoles catholiques de Montréal, les sciences s'enseignent pendant 100 heures par année au secteur français et pendant 150 heures au secteur anglais.Des statistiques publiées par le Conseil des sciences du Canada démontrent que le Québec a, toutes proportions gardées, deux fois moins de professeurs de sciences que la Colombie-Britannique et en moyenne moins que les autres provinces.Des cours obligatoires Le nouveau regime a cependant le mérite de prévoir des cours de sciences obligatoires à toutes les années jusqu'à la 10e (Secondaire IV), ce qui n'existait pas avant.Mais, en entrant au secondaire, les jeunes qui se dirigent en sciences ont seulement un cours d'écologie de quatre crédits, comme tous les autres.Ils n'ont pas la possibilité de s'inscrire à un cours supplémentaire optionnel.En revanche, ils doivent réussir deux crédits en morale ou en religion, un en for- mation personnelle et sociale, un en éducation au choix de carrière et quatre en art, sans compter les crédits dans les matières de base (maths, français, etc).Avant d'être amendé, le régime ne prévoyait aucun cours de science au Secondaire II.Cette année, les élèves doivent étudier l'environnement physique (météo, géologie).Au Secondaire ill.le cours obligatoire porte sur la biologie humaine.Au Se- condaire IV, il porte sur la physique et lu chimie.Les élèves doués en sciences peuvent en plus commencer à s'inscrire à des cours optionnels en chimie et en physique.« Pour l'élite, c'est moins que ce qu'il y avait avant », dit Denis Chabot.Selon lui, des collèges ont déjà refusé des finissants d'écoles secondaires qui avaient appliqué de façon expérimentale les nouveaux programmes de sciences.Denis Chabot coordonne actuellement l'amélioration des programmes.L'INRS-Éduca-tion (Institut national de recherche scientifique) enquête de son côté sur l'enseignement des sciences.Au primaire Au primaire, le nouveau régime prévoit des cours de sciences naturelles à toutes les années.Mais ils ne seront obligatoires qu'à compter de 1989.« Les délais s'étirent.il faut encore attendre quatre ans, souligne Claude Gadbois.Le problème, ajoutc-t-il, c'est que les titulaires n'ont pas reçu de préparation pour enseigner les sciences de la nature.» Les écoles normales et les universités leur ont appris comment enseigner la religion, mais pas les sciences.« Beaucoup de maitres ?2 ont peur de ne pas pouvoir ré-pondre aux questions des en- -fants, précise Denis Chabot, g Alors ils préfèrent ne pas abor- ^ der le sujet.» Quelques tentati-ves de perfectionnement ont B* été faites dans les universités, f « mais les efforts sont tellement i/> éparpilles.» £ Claude Gadbois rentre de m Grande-Bretagne.Il a pu y 2 oberver comment les sciences s'y enseignaient.« L'encadre- ^ ment pédagogique est bien 3 meilleur la-bas, dit-il.Des con- m seillers soutiennent les ensci- 5 gnants.Ici.c'est très faible.» 3 « On a un bon programme de _J sciences naturelles, dit Maurice 5> Morand, directeur général des S programmes au ministère.Encore faut-il qu'il s'enseigne.» AM.N LA CRISE DE L'ÉDUCATION Retour à Tordre en France Aen croire la rumeur publique, la rentrée scolaire 1985 en France se fait sous le signe du « retour à l'ordre ».Pendant 15 ans \u2014 dans la foulée de mai < \u2014T < -UJ oc t\u2014 Z o v Louis-Bernard Robitaille A PARIS 68 \u2014 il n'avait ete question que de reforme, de « nouvelles pédagogies », de nouvelle école, etc.Sous la baguette du ministre Jean-Pierre Chevènement, les mots d'ordre changent : l'école doit d'abord servir a transmettre le savoir, l'ordre et la discipline doivent régner, on doit accorder la priorité aux « contenus ».Après quinze années de reformes successives et d'expériences pédagogiques diverses, Chevènement demande énergique-ment aux enseignants de rétablir la dictée, l'enseignement traditionnel de l'histoire et de la géographie, d'encourager l'émulation et de valoriser les diplômes.A l'endroit des tenants de la « nouvelle pédagogie ».il ironise : « Certes l'école doit servir a apprendre à apprendre.Mais la meilleure façon d'apprendre a apprendre, c'est encore d'apprendre.» Un clair : moins d'activités d'« éveil », et davantage de manuels scolaires.Ce virage a droite \u2014 ou considéré comme tel \u2014 était dans l'air depuis quelque temps.Dans les deux dernières années récemment, on ne compte plus, dans les succès de librairie, les livres-catastrophes consacrés a l'éducation.Du style : « Pourquoi on rend nos enfants idiots » de Maurice Maschino.Comme au Québec \u2014 et bien d'autres pays occidentaux \u2014 on entend de tous les cotés les récriminations des parents: nos enfants n'apprennent rien, ils ne savent plus l'orthographe, ils ne savent même plus lire, ils ne font que des «expériences peda gogiques».etc.% Une seule surprise La seule surprise, à première vue.c'est que ce coup de barre oo apparemment conservateur soit donné par l'enfant terrible de la gauche française, le jeune (4b ans) leader de la gauche du Parti socialiste, aussitôt après sa nomination au ministère de l'Education.Inspiré par |ean-Claude Milner, un brillant intellectuel ex-gauchiste, et que les syndicalistes enseignants considèrent comme « un réac », Chevènement est devenu d'un coup le chouchou des journaux de droite.Invité à «Apostrophes», le ministre s'est retrouvé accable de louanges par des écrivains réputés ullraconserva-teurs.Le monde a l'envers.Cela ne veut pas dire que le fonctionnement des écoles va changer du jour au lendemain.Mais il y a assurément changement de philosophie au ministère de l'Education.Pour lean-Claude Milner, le point central dans la politique de Chevènement, c'est le retour a la notion de « savoir ».« Pendant quinze ou vingt-cinq ans, nous dit-il, la position dominante dans l'enseignement a consiste à tout miser sur l'épanouissement de l'élève, son éveil, le brassage des élevés de différents niveaux.Au detriment des contenus.On se méfiait du savoir.En realité, il n'y a pas d'école sans transmission des savoirs.Les tenants des « réformes » en tout genre soutiennent que cette transmission des savoirs perpétue les inégalités sociales.Sans doute.Mais il est maintenant établi que la destruction des savoirs traditionnels ne rend pas la société plus égalitaire : elle détruit l'école, c'est tout.» lean-Claude Milner ne croit pas nécessairement qu'il y ait « baisse globale de qualité » de l'enseignement : « En moyenne, il est vrai qu'on maîtrise moins bien l'expression écrite, dit-il.et c'est un problème réel pour les futurs citoyens dans la vie courante.Par contre, la maîtrise des mathématiques a progressé.Quant a l'orthographe, il faut voir quelle est la situation réelle avant de crier au désastre.» Absence de politique Ce qui est pour lui évident par contre, c'est que, «depuis vingt ans il n'y a plus de gestion intelligente de l'éducation nationale en France ».Ce qui a ravagé l'éducation a long terme selon lui, ce n'est pas la nouvelle pédagogie, mais l'absence de politique.D'un côté, une idéologie dominante de gauche qui poussait aux « experiences », de l'autre des « ministres de droite » qui multipliaient des « réformes vides ».« Au nom des idées nouvelles, on a fait des réformes qui non seulement ne coûtaient rien mais permettaient de faire des economies, une éducation au rabais.» Exemple de Milner : la formation d'enseignants « au rabais » qui, tenus de connaître deux matières au lieu d'une, n'en maîtrisent vraiment aucune.pédagogie » ne sont pas incompatibles.Sur la « baisse de qualité », bien difficile de se faire une idée exacte : Mouchonx admet une détérioration de « l'expression écrite » \u2014 mais l'impute en partie (et avec raison) au développement de l'audiovisuel.Par contre, pour l'orthographe, il soutient que rien n'a vraiment changé : une étude sérieuse montre que le nombre de Jean-Pierre Chevènement Bien qu'il considère lean-Claude Milner comme un « réactionnaire » et qu'il n'apprécie pas beaucoup le ton et certaines idées de Chevènement, Alain Mouchoux, dirigeant de la Fédération de l'éducation nationale, n'est pas férocement hostile a ce virage « conservateur »: « Quand Chevènement dit que l'école doit d'abord servir à apprendre quelque chose, que le maître sert à quelque chose et que ça doit se passer dans l'ordre et pas dans l'anarchie, nous sommes cent pour cent d'accord.Nous l'avons toujours dit.» Le secrétaire national de la FEN se méfie pourtant des grands discours généralisateurs.D'abord, selon lui, l'école des années 70 n'était pas si mauvaise qu'on l'a dit.Ensuite, transmission du savoir et « nouvelle photothèque LA PRESSE fautes pour la même dictée n'avait pas bougé de 1907 a 1965 (mais il manque les données pour les années 65-85).Changement de philosophie S'il est vrai que la philosophie a change, dit-il : « en composition, à huit ans, on favorise l'expression personnelle sans pénaliser l'élève pour les fautes d'orthographe.Même chose en histoire, en physique : est-ce un tort ?Pas sûr.» Par contre, il s'insurge contre le fait que cette baisse de qualité soit due aux nouvelles méthodes : « On a accusé par exemple la méthode globale.Mais si on avait fait une enquête, on aurait constaté qu'elle était utilisée par un pour cent à peine des enseignants.» Mouchoux est d'accord pour la « révision du savoir ».« Encore faut-il savoir lequel et comment ?D'accord pour transmettre un savoir, mais pas un savoir encyclopédique qui sera désuet dans cinq ans.Pas question de revenir aux « contenus » traditionnels qui consistaient, en histoire, a mémoriser des dates et en géographie, a apprendre par coeur les départements français.» Dernier volet de la « remue Chevènement -\u2022> : le mot « sélection », qui fut tabou pendant des années, est lui aussi rehabilite.L'école égalitaire, ou tous les niveaux de qualité et de per formante sont mélangés, est rangée au rayon des utopies et des hypocrisies néfastes.Et Chevènement tie vanter l'« éli tisme républicain ».I'« emulation ».etc.Sélection lean-Claude Milner, grand partisan de la selection, se defend d'être un « neo conservateur » a la Reagan Thatcher « Pour eux, dit il, sélection veut dire tout simplement elimination précoce des moins doués, et surtout privatisation totale des établissements de qualité.Rien a voir avec la France, ou 85 p.cent des élevés sont dans It public, et ou les meilleurs établissements sont justement publics.Pour maintenir cette qualité, il faut pratiquer une sélection Même quand on la dénonçait, on la pratiquait.Mais sans le dire, clandestinement.|e préfère une sélection officielle, organisée, planifiée.» A la FEN.ou le demi-million d'adhérents a depuis toujours le coeur a gauche, le mot « sélection » continue a faire sursauter.Même si on admet que les « grands » lycées français la pratiquent pour maintenir leur niveau.« Par contre, dit Alain Mouchoux.si « élitisme républicain » veut dire qu'on élevé massivement le niveau de qualité du plus grand nombre et que, par la suite, mais seulement après, on permet aux meilleurs de se distinguer, alors d'accord.» Le virage « conservateur » en France, bien que très net, et applaudi apparemment par une majorité de parents de toutes o-pinions, ne fait pas ici l'effet d'une révolution Peut-être parce que l'école (publique), malgré les modes néo-pédagogiques, était restée, plus qu'ailleurs, relativement «conservatrice».Et, maigre les nombreuses critiques, de qualité.? LA CRISE DE L'ÉDUCATION Un mouvement de réforme balaie les États-Unis Si on vous parle d'une école secondaire où les étudiants n'ont pas de devoirs et très peu d'examens, où ils ne sont pas tenus de souffrir en grammaire ou de suer en mathématiques, OÙ ils n'ont pas a découvrir chaque jour de nouveaux verbes ir-réguliers dans une langue seconde, vous repondrez que ce n'est pas sérieux.m m ^Jean-François Lisée A WASHINGTON Si on vous dit que cette école existe, à des dizaines de milliers d'exemplaires, aux États-Unis, vous repondrez qu'on exagère.« |e sais qu'une partie de ce que je suis en train de vous expliquer peut sembler incroyable pour un Européen ou un Canadien », avoue, Dennis Doyle, directeur de la recherche en éducation à l'American Lnlerprise Institute, un influent centre d'études conservateur.Le système scolaire américain repond pourtant, dans l'ensemble, à cette description.Il y a deux ans, un rapport commandé par la Maison Blanche et intitulé «une nation en péril» alertait l'opinion sur l'état lamentable de l'éducation primaire et secondaire.Les résultats scolaires des étudiants terminant le secondaire ont décliné sans arrêt pendant 17 ans.Le diplôme du «high school » est, aux yeux des employeurs, sans valeur.L'éducation aux États-Unis est du ressort de chaque État.Depuis deux ans, un mouvement de réforme a balayé les assemblées législatives du pays et partout on parle le langage de la rigueur et de l'effort.Début septembre, dans une de ses adresses radiophoniques hebdomadaires, le président Reagan encourageait les étudiants à s'appliquer et leur disait.«Si vos professeurs ne vous donnent pas de devoirs à faire à la maison, demandez-leur pourquoi.» Nous avons demandé à Dennis Doyle de nous expliquer ce qui est en train de changer.dans les salles de cours américaines.Voici l'essentiel de l'entrevue qu'il nous a accordée à Washington : PLUS \u2014 Peut-on parler d'un mouvement général de reforme de renseignement secondaire?D.DOYLE \u2014 Oui, c'est un mouvement très important qui a touché presque tous les États du pays.Certains plus que d'autres, notamment le Texas, la Californie.l'Arkansaset le Tennessee, mais je crois qu'aucun État n'a échappé à la vague.L'effort est sérieux et soutenu.l'LUS \u2014 Quel est le principal problème du réseau scolaire?D.DOYLE \u2014 Le plus gros problème est que les étudiants ne travaillaient pas assez.Trop peu était exigé des étudiants, comme des enseignants.L'objectif, dans les 50 États, est d'augmenter l'effort et d'améliorer les résultats.Pour les professeurs, ça signifie que l'accès à la session est plus difficile, pour les étudiants, ça signifie des tests de fin d'études secondaires plus durs, un processus de sélection plus sévère pour accéder au collège et à l'université.PLUS \u2014 Une des phrases clés des réformistes est le «retour à la base» (back to basic).Dans plusieurs États, on oblige maintenant les étudiants à suivre quatre ans d'anglais, leur langue maternelle, et au moins deux de mathématiques.C'est dire que jusqu'ici ils n'étudiaient pas cette «base»?D.DOYLE \u2014 Effectivement, ils n'avaient même pas ce minimum.Dans plusieurs cas, en plusieurs régions on a constaté que deux tiers des étudiants suivaient un «coursgénéral».PLUS \u2014 C'est\" une tendance générale de réintroduire certaines matières de façon obligatoire?D.DOYLE \u2014 Oui.Mais ce n'est pas suffisant pour mesurer l'apprentissage.Quelqu'un peut prendre quatre ans d'anglais mais encore faut-il savoir si les cours sont bons.Ce qu'il faut, et on commence à le voir, ce sont des examens et des tests pour mesurer réellement ce que l'étudiant a retenu.PLUS \u2014 Certains États ont décidé qu'il y aurait des tests chaque année ou tous les deux ans.Est-ce que ça veut dire que les étudiants n'étaient pas astreints à des examens?D.DOYLE \u2014 Dans la plupart des États, il était possible pour un étudiant du secondaire d'ob- photothèque LA PRESSE Le président Reagan encourageait les étudiants à s'appliquer et leur disait: - Si vos professeurs ne vous donnent pas de devoirs à faire à la maison, demandez-leur pourquoi.» tenir son diplôme sans jamais avoir passé un examen général.Il y avait bien sûr des tests préparés par les professeurs chaque semestre, mais ces tests variaient d'un endroit à l'autre et ne couvraient pas l'ensemble de la matière, contrairement à ce qu'on voit en Europe ou au Canada.PLUS \u2014 Une autre chose étonnante concerne les devoirs à faire a la maison.L'État de New York vient d'imposer entre une demie et deux heures de devoirs aux étudiants du secondaire.D.DOYLE \u2014 Les devoirs avaient pratiquement disparu dans ce pays.Ils ne subsistaient que dans les écoles les plus exigeantes.Les études effectuées sur la question ont montré, ce qui n'est pas surprenant, que les devoirs fournissent un apport considérable à ce que l'étudiant retient.PLUS \u2014 L'État du Texas a introduit un règlement intéressant, le «no pass, no play», qui signifie qu'un minimum doit être atteint dans chacune de ses matières pour avoir le droit de participer aux activités parascolaires comme le sport ou le théâtre.C'est une exception?D.DOYLE \u2014 Non.ce système sera applique dans la région de Washington bientôt et est déjà en application dans beaucoup d'écoles privées.C'est aussi le cas dans plusieurs collèges et universités.PLUS \u2014 Les équipes de football scolaires ne vont pas être désertées?D.DOYLE \u2014 Non.la barre de 70 p.cent devrait être atteinte assez facilement, mais il est vrai que dans plusieurs écoles le système a obligé beaucoup d'étudiants à abandonner leurs activités sportives ou autres et à se mettre à leurs devoirs.Comme le dit un des auteurs de «Une nation en péril», c'est comme lorsqu'un père permet à son enfant de partir jouer au basket-ball seulement lorsqu'il aura fini de tondre le gazon.C'est aussi simple que ça.PLUS \u2014 Les professeurs aussi passent un moment difficile, on leur demande maintenant de subir des tests.Dans quel but ?D.DOYLE \u2014 Ça s'applique aux professeurs qui cherchent leur premier emploi.Les tests varient d'un État à l'autre mais visent essentiellement à vérifier la capacité du professeur à lire, écrire, raisonner, comprendre et analyser un texte, démontrer une connaissance minimale des mathématiques.PLUS \u2014 Mais leur diplôme ne suffit-il pas à démontrer qu'ils ont les connaissances voulues?D.DOYLE \u2014 Pas du tout.Il est possible d'étudier l'enseignement dans une mauvaise université où on n'aura jamais appris à effectuer une recherche ou à utiliser les mathématiques.La preuve en est que sur un échantillon significatif des professeurs qui enseignent en Arkansas, 12 à 15 p.cent ont échoué aux tests.PLUS \u2014 «Une nation en péril» affirmait que pendant 17 ans les résultats scolaires des étudiants avaient baissé.Depuis le début du mouvement de réforme, est-ce qu'on a constaté une amélioration?D.DOYLE \u2014 C'est un peu tôt pour l'affirmer, mais en tous cas la situation n'a pas empiré.|e crois que les résultats se sont redressés de deux ou trois p.cent en moyenne, ce qui n'est pas statistiquement significatif mais ça indique que nous avons atteint le creux de la vague et que nous nous dirigeons vers une amélioration.? us LANCEMENT POURSUITE CONTACT AVEC LE SATELITE Dans les prochains jours (si ce n'est déjà fait).rU.S.Air Force tentera la première destruction d'un satellite à l'aide de son nouveau missile SRAM-Altair.Un chasseur supersonique F-15 lancera le missile sur un satellite américain qui est, de touie façon, a la fin de sa vie.La date de la tentative et la cible visée sont tenues secrètes afin d'éviter que les Soviétiques ne suivent «de trop près» toute la manoeuvre.La mise au point des armes aniisatellites \u2014 couramment appelées «Asats» \u2014 n'a cependant rien de nouveau : dès le 7 août 1959, un missile Bold Orion largué d'un bombardier B-47 frôla l'Explorer-6 de la NASA.Cette premiere tentative d'interception d'un satellite démontra la possibilité de réussir l'opération a partir d'un avion en vol.Le présent système américain repose donc sur une technique éprouvée il y a vingt-six ans.Depuis ce jour, une cinquantaine d'essais ont ete réalises par les Etats-Unis et l'Union soviétique.Alors que les Américains préconisent l'attaque directe des satellites, les Soviétiques préfèrent la technique du rendez-vous sur orbite.Leur méthode consiste, en effet, à placer sur orbite un satellite qui est par la suite téléguide de façon a rejoindre sa cible.Parvenu a proximité, ce kamikaze des temps modernes explose, bombardant sa victime d'éclats.Les deux camps ont toutefois fait l'essai de toute une gamme d'Asats.de sorte que l'histoire de ceux-ci est en quelque sorte le catalogue des armes de l'espace.< Asats nucléaires z o 3 Au début des années soixante, les Américains étudièrent les effets d'une explosion nucléaire dans la haute atmosphère terrestre.Dans le cadre du programme Starfish, le 9 juillet 1962, ils firent exploser une petite bombe thermonucléaire a 400 kilomètres au-dessus de l'ile lohnston (dans le Pacifique).Les particules radio-acti-ves produites par l'explosion formèrent graduellement une ceinture artificielle de radiations autour de la Terre et celle-ci endommagea sérieusement quelques satellites.La méthode s'avéra, de fait, si efficace que l'on en déduisit que de puissantes explosions mettraient hors d'usage tous les satellites.Les Américains abandonnèrent donc ce procède «suicidaire».(Notons, au passage, qu'aujourd'hui encore, il arrive que des explosions atomiques réalisées à la surface du globe causent certains dommages aux satellites qui ne sont pas protégés adéquatement.) En 1963, le département de la Défense entreprit la mise au point d'une arme antisatellite plus sélective, faisant appel à des missiles équipés d'une charge nucléaire.A cette fin, huit tirs de missiles Nike-Zeus furent réalisés en direction de cibles orbitales; ainsi, des la première tentative, l'un d'eux intercepta directement un étage de fusée Agena-D.Le système n'entra cependant jamais en service, mais fut plutôt remplace par un autre plus puissant.Dans le cadre du Projet 437, deux bases de lancement pour missiles Thor furent construites sur l'ile lohnston et, de là, l'USAF: réalisa seize tirs d'essai.Des le premier, réalisé le 14 février 1964, le missile frôla l'étage de la fusce porteuse du satellite Transit-2A.L'année suivante, un second Thor ne passa qu'à 1.5 kilometre de sa cible.Le président Lyndon lohnson déclara peu après que les États-Unis possédaient dès lors un système opérationnel antisatellite.Les missiles Thor étaient en mesure de détruire des satellites mbiiant jusqu'à une altitude de I 300 kilomètres.Mais, en plus de leur rôle d'Asat.on rapporte que les Thor permettaient également de photographier sur orbite les satellites soviétiques et de ramener ces images sur Terre.L'on ne sait cependant pas si de telles opérations \u2014 uniques dans les annales spatiales \u2014 eurent lieu.Les missiles Thor devaient utiliser, en temps de guerre, une tête nucléaire pour détruire les satellites ennemis.Cependant, à partir des années soixante-dix, une ogive non nucléaire fut mise à l'épreuve, sans succès.Le vecteur nucléaire demeura opérationnel jusqu'en 1975.date où il fut officiellement démantelé.(Il pouvait cependant être remis en service dans un délai de six mois.) Les « inspecteurs » soviétiques_ Les Soviétiques entrèrent dans « la course aux Asats» bien après les Américains, mais comblèrent rapidement leur retard.En effet, leur premier essai d'interception n'eut lieu qu'en octobre 1968: Kosmos-249 manoeuvra en direction du Kos-mos-248, y passa tout près, puis s'en éloigna avant d'exploser en mille morceaux.Le mois suivant, l'opération fut répétée par Kosmos-252 qui croisa lui aussi Kosmos-248, avant d'exploser à son tour un peu plus loin.Dans les deux cas, l'agence I ANS déclara simplement que «le programme scientifique de la mission était complété».Ce n'est que deux ans plus tard que la seconde série d'essais eut lieu.Cette fois, la cible Kosmos-373 fut successivement interceptée par les Kos-mos-374 et Kosmos-375, sans toutefois être détruite.L'année suivante, les Soviétiques procédèrent à trois autres tentatives d'inspection similaires.Une fois de plus, dans tous les cas, TASS annonça que «les objectifs scientifiques de la mission étaient réalisés» \u2014 sans toutefois en mentionner un seul.Évidemment, l'absence de résultats «scientifiques» quelconques souleva dès le départ le scepticisme des Occidentaux.Cette curieuse opération \u2014 où la cible n'est délibérément jamais détruite \u2014 donna à penser que les Soviétiques mettaient davantage l'accent sur un système d'inspection des satellites.Pour expliquer le fait que les Kosmos n'explosent seulement qu'après leur survol, on suggéra qu'en temps de guerre, ces intercep-teurs auraient pour mission de n'éliminer un satellite ennemi que s'il présente un certain danger.La mise à l'essai des inspecteurs soviétiques marqua une pause en 1971, coïncidant avec les négociations SALT-I.Bien que ces dernières ne portaient pas sur ce type d'activité, la question fut soulevée par les représentants américains.Au cours des quatre années qui suivirent, les Soviétiques réalisèrent discrètement des exercices visant la préparation ultra-rapide du lancement des fusées porteuses des Kosmos inspecteurs.In effet, alors qu'un lancement de satellite demande normalement plusieurs semaines d'intenses préparatifs, les Russes développèrent la technique leur permettant de mener à bien l'opération en moins de 90 minutes! La reprise des essais soviétiques eut lieu en février 1976, alors que Kosmos-804 croisa Kosmos-803, sans tenter de la détruire.Une opération de lancement ultra-rapide fut réussie pour la première fois le 13 avril 1976 lorsque Kosmos-814 intercepta en un peu plus d'une heure le numéro 803.Trois autres séries d'essais furent réalisées au cours des mois suivants.se de dans o Dans certains cas, les inspecteurs explosèrent après le rendez-vous mais, une fois de plus, aucune cible ne fut détruite.Ces réussites inquiétèrent grandement les Américains : ceux-ci constataient en effet que les Soviétiques pouvaient détruire un de leurs satellites en moins de temps qu'il ne leur fallait pour s'en rendre compte.Ainsi, un engin fonctionnant parfaitement pouvait survoler une station de contrôle américaine, puis ne plus jamais y revenir.Oue se serait-il passé?En moins de temps qu'il lui en aurait fallu pour faire un tour de Terre, un Kosmos l'aurait abattue.Les Américains remarquèrent, de plus, que les inter-cepteurs soviétiques opéraient à l'altitude où naviguent habituellement leurs satellites de reconnaissance, d'écoute électronique, de météorologie et de navigation.Négocier « à coups de bâton et de carottes » La reprise des operations Asats soviétiques contribua à stimuler les programmes de recherche amorces en août 1975 aux États-Unis.Les Américains étudiaient alors la possibilité de placer sur orbite des satellites dotés de plusieurs projectiles capables de détruire leur cible par collision.Ils envisageaient également la mise au point d'un nouveau missile semblable au Thor.mais qui n'utiliserait cependant plus d'ogive nucléaire.En juin 1978.Soviétiques et Américains entreprirent de discuter de l'élimination des Asats («les pourparlers d'Helsinki»).Cependant, les Soviétiques exigèrent que les Américains mettent fin au programme de la navette spatiale, considérant celle-ci vouée pricipalcment à l'inspection et à la destruction de leurs satellites.Pis, pour défendre leur propre programme antisatcllitc, les Soviétiques prirent l'offensive en accusant les États-Unis de militariser l'espa- ce et en soutenant que l'URSS était davantage victime qu'agresseur! Évidemment, les discussions se terminèrent dans la discorde, dès juillet 1979.Parallèlement, l'Armée de l'air américaine opta pour un système Asat plus souple : un missile mis à feu à partir d'un avion de chasse supersonique en plein vol.Cette mini-fusée, longue de seulement cinq mètres et ne pesant que 1200 kilogrammes, est constituée de deux étages propulsifs dérivés des roquettes SRAM et Altair, coiffée d'une tête-chercheuse attirée par la chaleur dégagée de la cible.Ce SRAM-Altair a la capacité d'intercepter un satellite en quelques minutes et à la foudroyante vitesse de 40 000 km/h! À une telle rapidité, il va sans dire que le missile détruit sa cible au contact, de sorte qu'il n'est pas muni d'une ogive nucléaire.Ses principales cibles, en temps de guerre, seront les satellites radars soviétiques \u2014 seuls capables de repérer les navires et les sous-marins de la marine américaine.Entre-temps, de 1977 à 1982.l'Armée rouge poursuivit sa série d'essais antisatellites.Le 18 juin 1982, une surprenante opération eut lieu lors de l'interception de Kosmos-1375 par Kosmos-1379.Durant les quatre heures que durèrent les manoeuvres, les Soviétiques mirent à feu deux missiles intercontinentaux, deux missiles d'interception ainsi qu'un cinquième à partir d'un sous-marin, et lancèrent deux nouveaux satellites militaires.Toute une performance puisque «jamais personne n'a conduit un tel exercice», affirme Nicholas lohnson, analyste répute du programme spatial soviétique.« Il semble que les Russes aient simulé un conflit comprenant la destruction de satellites et leur remplacement subséquent», conclut-il.L'exercice semble avoir été un franc succès puisque, depuis cette date, aucun autre essai d'Asat n'eut lieu.(Cinq bases de lancement du cosmodrome de Baikonour- Tyuratam sont cependant exclusivement réservées aux opérations de ce système.) Deux mois plus tard, l'URSS proposa de reprendre le dialogue sur l'élimination des armes de l'espace.Cette offre, inattendue en Occident, avait vraisemblablement pour but de contrecarrer la mise au point du missile SRAM-Altair puisqu'elle coïncidait avec le début des essais.Cette ouverture soviétique ne manqua pas de sensibiliser le Congrès américain qui demanda au président Reagan le report des essais du missile.Le premier tir eut finalement lieu le 21 janvier 1984 au-dessus de la Californie.A cette occasion, le SRAM-Altair ne visa qu'un point quelconque de l'espace.Le 13 novembre dernier, un second missile visa une étoile \u2014 sans toutefois l'atteindre \u2014 afin d'évaluer la tète-chercheuse en infrarouge.Le troisième essai \u2014 qui vise à abattre un satellite \u2014 devait normalement intervenir au printemps dernier, mais il fut retardé par suite de difficultés techniques et politiques.En effet, plusieurs membres du Congrès américain s'inquiètent à présent des répercussions qu'aura une telle démonstration sur les pourparlers de Genève (qui portent justement sur la démilitarisation de l'espace).Normalement, au cours de la prochaine année, l'U.S.Air Force devrait réaliser deux autres interceptions orbitales.Mais la mise au point du missile Asat subit de nombreux retards et dépassements de coûts.Le programme, comprenant en tout douze tirs, pourrait permettre l'entrée en opération du système a la fin de la présente décennie.Cela aura nécessité des dépenses (d'au moins) 3,6 milliards de dollars américains.Bannir les armes antisatellites_ Malgré tous ces efforts déployés, aucun Asat ne peut ac- tuellement dépasser l'altitude des 3 000 kilomètres.Or, les satellites de communication et d'alerte avancée sont pour la plupart perchés sur orbite géo-stationnaire, à 36 000 kilomètres d'altitude.En fait, la façon qui semble la plus efficace pour les déloger est le recours aux canons à rayons laser.Ceux-ci devront être placés sur orbite, car les rayons lasers s'affaiblissent rapidement dans l'atmosphère terrestre.Selon les services de renseignements américains, les Soviétiques disposeraient déjà de la technologie nécessaire et s'apprêteraient même à en faire l'essai sur orbite.Aux États-Unis, les recherches vont également bon train.En dépit des apparences, il semble que les Soviétiques et les Américains désirent réellement bannir les armes Asats.Il leur est cependant extrêmement difficile d'en discuter, d'autant plus que toute entente éventuelle se butera à l'impossibilité de vérifier son application, étant donné le nombre quasi illimité de formules Asats possibles.En effet, outre les systèmes actuellement en développement, il serait possible d'attaquer un satellite en plaçant «en douce » des mines sur orbite terrestre et de ne les utiliser qu'au * moment voulu (cette formule serait particulièrement efficace contre les satellites en orbite géostationnaire).Une autre -o technique consisterait à bombarder les satellites ennemis au moyen de lasers bases sur Terre.Il est évidemment possible de rendre totalement invisibles de telles installations.11 y a, finalement, l'ultime méthode qui consisterait à détruire d'un coup tous les satellites en faisant exploser des charges atomiques dans la haute atmosphè- o re terrestre et de rapidement _ remplacer les siens.en m -o \u2014< m oo 70 CLAUDE LAFLEUR est jour \u2022 nQiiste pigiste, spécialisé en astro- nautique.00 Quand la politique devient une vraie drogue pour les jeunes.photo Pierre McCann, LA PRESSE \u2022 La politique, c'est comme l'héroïne.Une fois qu'on y a goûté, on ne peut plus s'en passer, \u2022 dit Carole Therrien, âgée de 19 ans, attachée politique au bureau du premier ministre.Ne cherchez pas le nom de l'association dans le bottin téléphonique, il n'y est pas.Impossible d'y adhérer en versant une cotisation en échange d'une carte de membre qui n'existe pas.Pas de membership officiel, d'élection et de constitution.Pourtant, ses membres n'ont rien des adeptes de l'Ordre de lacques-Cartier ou d'un groupe terroriste, bien qu'ils s'intéressent de prés à la politique.L'Association québécoise des jeunes dirigeants politiques est le pendant québécois de la CAYPL, une organisation canadienne subventionnée par les ministères de la Défense et des Affaires extérieures comme il en existe dans tous les pays de l'Alliance atlantique.Le regroupement, que ses dirigeants sont en train de remettre sur pied, ressemblait jusqu'à tout récemment a un club de voyage permettant a de jeunes politiciens de parcourir les pays de l'OTAN aux frais de la princesse.Au Québec, le groupe veut se transformer en forum de discussion sur les grandes questions qui préoccupent les jeunes engagés dans la politique active, quelles que soient leurs attaches politiques.«C'est quand même quelque chose d'un peu étrange» me confie lean Carle, président de m la Commission jeunesse du Parti liberal du Canada, section
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