La presse, 1 février 1986, La Presse plus
[" MONTRÉAL, LE SAMEDI 1er FÉVRIER 1986 LES CHINOIS MUSULMANS DU XINJIANG Mahomet résiste à Mao page 10 PS f% nouvelles M frontières a.M*«- Vols aller retour de Montréal, taxes an aua.1130 bou Ii M.i ¦ .288 4800 S'» 1).Vr 842 1450 i 1 800 361 2133 LES PHOTOS DE la presse Robert Maritaux ! Micro-climat Que dit au juste la chanson de Gilbert Bécaud ?Ah oui ! « Y'a toujours un côté du mur à l'ombre.» Mais s'il faut en croire cette photo prise un jour où le mercure stagnait désespérément a -20* C, il y a toujours aussi un côté du mur au chaud et au sec.Du moins, à la station Place d'Armes où ce quidam donnait aux passants transis une interpretation toute personnelle de l'expression « métro-boulot-dodo ».Ou peut-être faisait-il parti d'un tableau vivant à la gloire du slogan bien connu : « Il fait beau dans le métro » ?Fiche technique Appareil Nikon F 3 Objectif: 24 mm Exposition: 1 15e a f 8 Pellicule: Kodak Trl-X Stress au travail: siècle 'ai vécu l'enfer », laisse échapper Lucie Beaudoin lorsqu'elle se souvient de cette période de sa vie où, durant deux ans, elle a occupé un emploi d'agent d'assurance chômage a Emploi et immigration Canada Deux ans à dormir trois heures par nuit, à souffrir de maux de'tcte incessants et à perdre tout appétit.Assise sept heures par jour devant un écran d'ordinateur Lucie s'effondrait régulièrement en larmes à cause de stress que provoquait chez elle ses nouvelles fonctions, jusqu'à ce que son médecin lui prescrive trois mois de congé et qu'elle change finalement d'emploi.« C'en était trop : les clients qui, après quelques heures dans la salle d'attente à espérer un chèque, vous insultent et blasphèment.Les patrons incompétents qui ne vous laissent aucune autonomie dans le travail.Les demandes urgentes à la dernière minute pour des textes qui vont ensuite traîner plusieurs jours sur le bureau du patron, ('avais parfois l'impression de travailler dans une veritable usine, une shop comme disaient les camarades de travail.Non, vraiment, c'en était trop ! » Lucie n'est pourtant pas un cas unique.Elle est un exemple extrême parmi ce 60 p.cent de canadiens qui déclaraient en 1982 avoir vécu dans leur milieu de travail un stress excessif au cours de la dernière année.Plus significatif encore, son emploi est typique de ceux où les risques de subir un stress extrême est particulièrement élevé selon une étude récente du National Institute of Occupational Safety and Health des Etats-Unis réalisée à partir des taux d'admission dans les hôpitaux américains pour des problèmes reliés au stress comme les ulcères, les problèmes car-dio-vasculaires et d'ordre émotif.Conclusion : ces maladies sont plus fréquentes chez ceux qui occupent des emplois en relation directe avec le public et où le personnel se retrouve pour ainsi dire pris en sandwich entre la volonté des patrons et les récriminations de la clientèle.tout en devant bien sur conserver le sourire.Ce n'est donc pas nécessairement le patron, toujours entre deux avions ou deux conférences, qui souffre le plus du stress.Mais il y a fort à parier que ce soit sa secrétaire chargée d'organiser l'emploi du temps et de voir aux moindres désirs de monsieur.Tous les experts en relations industrielles et en psychologie du travail confirment ce diagnostique Il y a des emplois à risque comme ceux d'infirmière et de professionnel de la santé en général, les serveuses, les contrôleurs aériens dont 30 p.cent font des ulcères de l'appareil digestif, partout où l'on est responsable d'êtres humains plutôt que d'objets ou de machines.Ce qui ne veut pas dire que ces conditions servent à elles seules à expliquer le stress au travail.En réalité, la mécanique de ce phénomène encore mal compris est beaucoup trop complexe pour se résumer à une liste d'emplois dangereux qu'il suffirait d'éviter pour éloigner le fléau.Sans stress vous êtes mort!_ « Certaines personnes seront stressées à cause de l'ampleur et du nombre de responsabilités qui leur incombent.D'autres seront stimulées par des tâches exigeantes, alors qu'elles vivront un stress incroyable si elles accomplissent un travail routinier sans beaucoup de stimulants.Le stress est quelque chose d'éminemment individuel et subjectif.» Cette conclusion est pour André Arsenault, chercheur à l'Institut de recherche sur la santé et sécurité au travail, le fruit de huit ans de travail ponctué par la publication de plusieurs études sur le sujet.Andre Arsenault, dont le jugement fait autorité au Canada et au Québec, se refuse à attacher le stress à une catégorie d'emplois particuliers.Il distingue deux types de stress plus ou moins importants selon le travail.Le stress intrinsèque vient directement de la stimulation que provoque un travail qui procure une satisfaction.« C'est le stress du workoholic, cet alcoolique du travail, que l'effort galvanise au point où il ne peut plus s'arrêter et se lève la nuit pour prendre en note une bonne idée.» ?Le stress extrinsèque est celui qui est causé par les conditions de travail inadéquates, par un patron qui exige deux ou trois choses en même temps, les conflits de rôles, etc.Dans ce dernier cas, le stress entrainera des conséquences tout a fait opposées, mais plus facilement mesurables : absentéisme, fuite du travail, roulement du personnel.D'un côté comme de l'autre, les coûts sociaux de ces deux formes de stress sont énormes, que l'on pense aux problèmes cardio-vasculaires qui tuent chaque année environ 13 000 Québécois.Or.selon les chercheurs, « la maladie cardio-vas-culaire est reliée de façon claire et définitive à l'univers du travail », ainsi que l'écrivait en 1980 André Arsenault.Certains chercheurs rapportent une augmentation des absences pour maladie mentale à laquelle le stress ne serait pas étranger, de 150 p.cent chez les hommes et de 300 p.cent chez les femmes depuis 15 ans.Aux États-Unis, le coût annuel de l'ulcère peptique et de la maladie cardio-vasculaire était de S45 milliards.Parallèlement, les sondages montrent que la main-d'oeuvre, plus qualifiée, attend beaucoup plus qu'autrefois de son milieu de travail en terme de realisation personnelle.La nature des taches évolue cependant plus lentement.Pas surprenant que l'Association canadienne pour la santé mentale prévoit que le stress est en voie de devenir le problème de santé mentale le plus important au pays.C'est d'ailleurs à un Canadien, professeur à l'Université de Montréal, que revient le mérite international d'avoir le premier identifié le stress en 1936.Hans Selye définit le stress, qualifié alors de syndrome général d'adaptation, comme toute réponse de l'organisme à une stimulation et il s'empresse d'ajouter que l'absence de stress entraine automatiquement la mort.Le stress, « cette épice de la vie », disait-il, est absolument nécessaire.Un minimum de stress est essentiel à toute activité humaine.Les études démontrent qu'en milieu de travail un certain niveau de stress permet d'atteindre une bonne productivité, mais qu'au-delà de cette limite le ticket n'est plus valable et la productivité diminue.Depuis, les chercheurs ont trouvé que cette limite variait considérablement selon les individus.«Hot» ou «Cool», «Dog» ou «Cot» ?_ «À travail égal, il y a des individus qui vont amplifier le stress et d'autres qui vont se André Arsenault protéger en le filtrant », dit André Arsenault.Les personnes de type A (ou « Hots ») qui seront plus sujettes aux problèmes cardiaques vont au devant de l'action, elles voudront toujours arriver les premières.« C'est le type même du vendeur d'assurances qui fait irruption chez vous et met le pied dans la porte pour vous obliger à lui parler.» René Lé-vesque serait selon un spécialiste rencontré presque une caricature vivante du type A.Les personnes de type B (ou « Cools ») sont plus portées sur la réflexion, la concentration.« C'est ceux qui tiennent la solution du problème dans leur poche, mais qui ne le disent pas.» Ils seront moins sujets aux troubles cardiaques.Ces profils de personnalité élaborés dans le cadre d'études faites sur des patients ayant rencontré des problèmes cardiaques, servent de façon générale à définir votre personnalité dans tous les programmes destinés à combattre le stress en milieu de travail.D'autres recherches tentent de classer les individus selon qu'ils se sentent responsables des événements qui les entourent et veulent les contrôler (ce sont les « Cats ») ou en attribuent les causes à leur environnement (ce sont les « Dogs »).En combinant ces catégories, André Arsenault concluait au terme d'une étude de plusieurs années sur le stress en milieu hospitalier que les personnes de type A sont les plus stressées et qu'elles le sont d'autant plus qu'elles attribuent les sources de leurs problèmes à des causes extérieures à elles-mêmes.Ces catégories pourtant très utilisées sont cependant contestées par plusieurs.Notamment, par un article récent du New England journal of Médecine qui affirme que l'hostilité et la colère refoulées sont beaucoup plus annonciatrices de complications cardiaques que les classifications traditionnelles de types A ou B.Pour ajouter à la confusion, la revue Fortune révélait il y a plusieurs années que parmi les 500 dirigeants des plus grandes compagnies américaines, la majorité était de type B, c'est-à-dire, théoriquement, moins entreprenants et compétitifs ! Cela démontre à tout le moins qu'aucun instrument scientifique de mesure du stress n'a encore été mis au point depuis que Hans Selye a mis en évidence le phénomène.Là-dessus tous les chercheurs s'entendent, tout comme ils s'entendent sur le fait qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la mise au point du test parfait avant d'agir sur les causes de stress en milieu de travail.Un vieux routier du stress_ Dans son bureau du quinzième étage de la tour Bell à Montréal, travaille un vieux routier de la lutte au stress.Depuis 20 ans qu'ils s'escrime à la combattre, le Dr Pomerants, médecin des services de santé de la compagnie Bell, sait de quoi il parle.Entre 1962 et 1965, jeune étudiant fougueux, il participe à pas moins de cinq projets de recherche en cardiologie et trouve le temps d'aller travailler un an à Londres.De retour au pays, c'est le « burn out », l'épuisement professionnel complet, même si à l'époque l'expression n'existait pas encore.Le Dr Pomerants sera donc un pionnier en la matière, d'abord en travaillant a la réhabilitation des malades cardiaques qui ne se faisait pas dans les hôpitaux et ensuite en fondant le premier programme canadien destiné à combattre le stress en milieu de travail.C'est avec des images et des sons, un diaporama, qu'il convainc la direction de la compagnie Bell de l'importance de la question.« Ce n'est pas facile de convaincre des dirigeants d'entreprise qui travaillent 16 heures par jour que des employés peuvent vivre un stress énorme et être complètement c y i o z -H ¦ m > r\u2014 > \u2014H Je suis stressé mais je me soigne Lundi matin, 8 h.le soleil flamboie sur l'autoroute Laval Ouest.Un à un, ils arrivent, cravate ajustée, rimmel étincelant, mallette au bras, mais le fond de l'oeil encore un peu flou à cette heure matinale.Qu'y a-t-il de commun entre un responsable de la formation du personnel chez Bombardier, une travailleuse sociale du CLSC de Saint-Eustache, une secrétaire de direction à Hydro-Québec, un chef de section dans la vente, un enseignant et la responsable d'une agence de placements ?Rien, sinon le stress.Rien d'autre au monde n'aurait pu les réunir, sinon une session de deux jours destinée â combattre ce mal mystérieux qui se répand plus rapidement que le sida parmi les cadres d'entreprises et les cols blancs en général.Prosysdev, une filiale de Self Management Systems International de Toronto, s'est donné pour tâche de soigner la psyché malade des entreprises, petites ou grandes, ainsi que de la gestion étatique.Particulièrement actifs dans le milieu des fonctionnaires de la capitale nationale ou chez les enseignants, ses animateurs offrent un soutien aux cadres qui doivent subitement reorienter leur carrière, préparer leur retraite ou apprendre a dominer le stress lié â leur emploi.Ici, pas question de se mettre a raconter son « vécu » de stressé professionnel, ni d'échanger sur ses mauvaises expériences en milieu de travail.Nous ne sommes pas dans un CLSC.« Ce que les employeurs craignent le plus lorsque nous proposons nos services, confiera Cari Haince, l'animateur de la session d'aujourd'hui, c'est que les employés commencent à se raconter tout ce qui ne va pas au bureau et pensent à tout bouleverser.» Pour éviter un surmenage inutile aux chefs d'entreprises, Prosysdev propose donc l'autogestion.du stress bien entendu ! Car, souligne l'animateur, dans 95 p.cent des cas, les conditions de travail, on ne peut pas les transformer ! » Pourtant, les participants, assis adtour d'une même table, le poing gauche serré et orienté vers le plafond, obéissant en cela aux ordres de l'animateur, ont bien plus l'air d'une bande de vieux gauchistes que de cadres d'entreprises.C'est que Cari Haince, qui joint l'exemple à la parole, a son explication bien à lui de ce qu'est le stress.Après trois minutes dans cette position inconfortable, les participants ont la permission de redescendre le bras, heureusement, plusieurs commençaient à se tortiller sur leur chaise.« C'est ça le stress, c'est un déséquilibre qui finit par accaparer tellement de vos énergies que votre concentration au travail en est diminuée.» Après ce petit exercice, chacun s'engage dans une démarche individuelle où il apprendra qu'il ressemble à s'y mé- prendre à une grosse chaudière chauffée à blanc et dont les soupapes de sûreté sont plus ou moins bloquées.Après avoir traversé toute une série de questionnaires personnels, vous pourrez enfin identifier ce qui pour vous est cause de stress, vous saurez si vous êtes du type A, entreprenant, combatif et plus porté vers la crise cardiaque ou du type B, plus calme et posé.Enfin, au détour de questions dont les résultats demeurent toujours confidentiels, vous analyserez votre style de vie et découvrirez si vous faites partie de ceux que le stress est en train de brûler au travail (« burn oui ») ou de cet autre groupe, tout aussi mal en point, que le manque de stress nécessaire est en train de rouiller complètement (« rust out »).Attention aux erreurs de calcul, l'ai presque frôlé la crise cardiaque lorsqu'à la suite d'une petite confusion dans l'addition des réponses a l'un des questionnaires, je me suis retrouvé 20 points au-dessus des stressés professionnels les plus irrécupérables.|e me voyais déjà à l'hôpital lorsque, lorgnant par-dessus l'épaule de mon voisin, je réalisai mon erreur.En additionnant les chiffres de la bonne colonne, je me retrouvai dans la catégorie plus confortable des stressés moyens qui doivent se surveiller.Chez personne le stress n'est vécu de la même manière.Gisèle, la quarantaine avancée, a commencé à sentir le poids du stress le jour où on lui a coupé son poste.« Durant deux semaines, j'ai travaillé sans avoir de poste défini, l'étais rémunérée, mais il fallait que je trouve à m'occuper moi-même sans qu'on attende de moi une tâche particulière.Ce fut une expérience épouvantable.C'est là que j'ai réalisé que la sécurité d'emploi, il ne fallait plus y penser ! » Pour Nathalie, travailleuse sociale de moins de 30 ans, les problèmes sont différents.« Il n'est pas toujours facile de rester froide devant les difficultés émotives des personnes qui viennent me consulter.» Sollicitée de toutes parts, elle arrive difficilement a concilier le travail de bureau et les visites à domicile dont elle revient souvent bouleversée.lean Luc a vécu durant quelques mois le stress du département du marketing dans l'entreprise où il travaille.«Il fallait régulièrement travailler le samedi et le soir.Celui qui refuse ce rythme de fou se fait poliment signifier que l'emploi n'est pas fait pour lui, c'est juste si il ne retrouve pas son bureau dans le couloir en rentrant du week-end.» Avec une séparation sur les bras et la responsabilité de son jeune fils, c'en était trop ! Cari Haince rencontre ainsi au fil des semaines des dizaines de cadres pour qui le stress au travail est devenu un véritable fléau.« Depuis le début des années 80, beaucoup de cadres d'entreprises, pour ne pas perdre leur emploi, se sont dit qu'ils devaient travailler plus fort et plus longtemps.Ils se sont crispés, ont négligé leur vie personnelle et sont finalement devenus moins productifs.Quand est venu le temps des mises à pied, ils ont été les premiers remerciés de leurs services.Chez beaucoup d'enseignants par exemple, le problème est différent.Après 20 ans de carrière, ils vivent le stress de la personne qui s'est enfermée dans la routine quotidienne et sent ses capacités dévaluées.C'est le rust out .Ils viennent me voir en me disant qu'ils ne sont que de pauvres enseignants sans qualifications aucunes.» A tous ceux-là.Cari apprend a jouer a la bourse avec leur experience et leurs capacités de travail.« L'essentiel, c'est de prendre confiance dans sa valeur marchande et de s'assurer de recevoir un bon retour sur son investissement.» L'essentiel c'est de savoir se vendre et d'évaluer correctement le stress qu'on est prêt à accepter pour la satisfaction que procure l'emploi que l'on doit assumer.A cela s'ajoute quelques techni quesde relaxation utiles.La journée terminée, un à un les participants reprendront le chemin de la maison, du travail et du stress, avec lequel ils tenteront malgré tout d'apprendre à vivre.C.R.Le stress a beaucoup à voir avec le style de gestion Ot.épuises après huit heures de travail.» Depuis, 3 000 personnes ont vu son diaporama, il a animé des centaines de sessions d'information et de cours de relaxation, pratiqué d'innombrables consultations personnelles et prononce des dizaines de conférences dans tous les milieux.« Pour agir sur le stress, il faut agir sur l'environnement, mais aussi sur l'individu.Il est important de ne pas attendre que les conditions de travail aient change avant de faire quelque chose.- C'est aussi l'opinion de Pierre Varin, psychologue au service de santé et sécurité d'Hydro-Quebec à Montréal.Apres un projet pilote réalisé en 1980 au prés d'un groupe d'employés de bureau, il croit dans l'utilité de programmes d'intervention clinique qui offrent a l'employé un service de consultation lui permettant d'identifier les causes de son stress et d'agir dessus.Il considère aussi que l'on ne peut agii sur les causes du stress Le Dr Pomernonts, de Bell Canada.Pho,° Real Somi Jean.IA PRESSE sans nécessairement amener pourquoi il se fait fort de souli-l'employé à s'impliquer dans la gner qu'il s'appuie sur cet arti-gestipp, dyLentrep^isç., Ç\\çst.\u201ecle de la philosophie de gestion d'Hydro-Québec qui favorise la participation des employés aux décisions qui les concernent.Malheureusement, cela n'est pas possible dans toutes les entreprises.Car, le stress a beaucoup a voir avec le style de gestion.« Beaucoup de grandes entreprises, souligne André Arse-nault, sont gérées comme s'il s'agissait encore de petites entreprises.Losrqu'une compagnie est jeune et compte très peu de personnes, il lui faut des employés entreprenants qui n'ont pas peur de foncer et une gestion centralisée.Quand l'entreprise grossit, si elle n'embauche que ce genre de personnes et si elle ne décentralise pas les responsabilités, ce sera la catastrophe.Le climat de travail deviendra rapidement invivable.Beaucoup d'entreprises n'ont pas su franchir ce cap.» Autogestion du stress ou autogestion tout court ?Les deux réalités ne sont pas très éloignées ajoute le chercheur selon qui une des meilleures façons de réduire le stress consiste à fa- voriser la négociation et a apprendre à partager le pouvoir.Pendant que l'homme de science achevé de m'expliquer les mécanismes subtils du stress en milieu de travail, il écrase machinalement sa nième cigarette dans le cendrier qui déboîte, l'apprendrai par hasard que la veille il a travaillé jusqu'à 22 h 30 et fait régulièrement des semaines de 60 heures.« |e le sais, je suis le type même du workoholic de type A.mais j'essaie de me corriger.Excusez-moi.je dois vous quitter.|e prononce une conférence sur l'heure du diner et je n'ai pas une minute a perdre.» ?CHRISTIAN RIOUX est lourna liste pigiste. TROIS ATTITUDES POSSIBLES FACE AU STRESS Fuir, s'adapter ou changer les conditions de travail Éditeur Roger D.Landry Coordination Claudette Tougas Responsable des chroniques : Pierre-Paul Gagné Tél.: (514) 285-7070 Page couverture : Sygma Mise en page : Jacques Gagnon Fernand Marcotte Collaboration Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Jean-François Doré Serge Grenier Sophie Huet Claude Lafleur Gérard Lambert Yves Lecierc Pascal Manoukian Mario Masson Huguette O'Netl Alice Pahzeau Simone Piuze Christian Rioux Louis Wiznitzer Toronto Michel Labrecque Vancouver Daniel Raunet Mexico Francis Pisani Managua Jacques Lemieux Paris Louis-B.Robitaille Londres C.Saint-Germain Costa Rica Gilles Paquin San Salvador Edith Coron Bonn André Racicot Washington Jean-F.Lisée New York Edouard Jacob ONU Michéle de Rosset Vienne Claude Moniquet Tokyo Lillian Gmoza Taiwan Jules Nadeau Tel-Aviv Victor Cygielman Publicité Responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier Secrétariat Micheline Perron .Tél.: (514) 285-7319 J Il y a deux ans, une étude du Conseil du travail du Canada citait l'exemple de cet employeur qui fournissait gratuitement une bouteille d'aspirines a ses employees qui faisaient du traitement de texte, assises toute la journée devant l'écran.Il n'avait trouvé rien de mieux pour les soulager des maux de téte chroniques dont elles souffraient.Si l'innovation technologique a l'avantage parfois d'éliminer certains travaux difficiles et abêtissants, elle en transforme d'autres en routine où les employes perdent tout contrôle sur leur travail et sont soumis à un contrôle perpétuel.Bref, si l'automation est en voie de faire disparaître la chaine de montage, elle transforme bien des employées de bureau en travailleuses d'usine.Maigre ces tendances, le stress n'est pas encore véritablement reconnu comme maladie liée directement au travail, même si la toute nouvelle loi 42 sur la santé et sécurité au travail semble entrouvrir une porte en considérant les problèmes d'ordre psychologique.« Les causes soumises à la Commission de santé et sécurité au travail concernant directement le stress sont pratiquement perdues d'avance.Nous n'en avons jamais gagné, car le lien entre le stress et le travail est toujours très difficile à établir hors de toute doute.» Pourtant, à tous les jours, ajoute Marc Caissy, responsable de la santé et sécurité au syndicat des travailleurs de General Motor à Boisbriand.des employés défilent dans son bureau pour des problèmes liés au stress.Au moment où il me parle, le stress serait responsable de 15 cas d'arrêt de travail, peut-être plus.Parmi eux, un jeune ouvrier de 50 ans.employé depuis 9 ans sur la chaine de montage.Son dernier emploi consistait, depuis 4 ans, à fixer trois vis \u2014 pas une de plus \u2014 et à installer une moulure sur l'aile des voitures qui défilaient devant lui au rythme de 47 à l'heure.L'opération dure en tout 45 secondes et meuble neuf heures par jour.Impossible d'arrêter 50 secondes.Pour aller aux toilettes, il faut attendre 50 ou 45 minutes que quelqu'un vienne vous remplacer.En 1981, quand Robert est transfère d'un horaire variable à un horaire de nuit, il réalise qu'il lui faudra dix ans minimum avant de retravailler de jour.C'est là que ses problèmes ont commencé.Il perd le sommeil, a des maux de dos, n'a plus d'appétit et se Iracture finalement la colonne en tombant de la chaine de montage.De retour au travail, ce grand gaillard s'effondre en larmes à la moindre occasion.Le matin, il fait dix fois le tour de l'usine en voiture avant de se résoudre h y mettre le pied.Attendant une décision de la Commission de santé et sécurité au travail, Robert peut à tout moment être rappelé au travail selon le désir des psychologues et des médecins de la compagnie.Ce genre de cas n'est pas rare, selon Marc Caissy, et frappe particulièrement les jeunes qui ont fait quelques études avant d'entrer sur le marche du travail.« A 50 ans, avec un diplôme d'études collégiales, c'est dur de penser que tu passeras 20 ans de ta vie à visser toujours les mêmes trois petites vis.» L'an dernier, au Syndicat des fonctionnaires provinciaux du Québec, la Commission de santé et sécurité au travail a refusé de subventionner l'information sur le stress dans le cadre d'un programme de subvention de $84 000.Pourtant, considère Denis Gaudreau, vice-président du syndicat, les principaux problèmes de santé chez les fonctionnaires sont liés au stress.À preuve, les I 000 membres de l'Alliance des professeurs de Montréal qui se sont inscrits au printemps dernier, à un atelier sur le sujet lors du colloque pédagogique annuel du syndicat.C'était l'atelier le plus populaire entre tous.Denis Grenon, vice-président de l'Alliance, déplore le fait que la Commission des écoles catholiques de Mont real dépense cette année $500000 pour contrôler les absences alors qu'elle vient à peine d'accorder $100 000 à un programme d'aide aux employés.Autre politique particulièrement stressante, celle du contrôle serré des horaires qu'a connu Rita lalbert, une enseignante de l'école Évangéline qui a 25 ans d'expérience à son actif.Le 15 octobre dernier, la direction de l'école lui remet un horaire détaillé à suivre à la lettre dans lequel sont comptabili ses des déplacements de deux minutes et des périodes de surveillance de 59 minutes exactement L'enseignante, qui n'en croyait pas ses yeux, s'est écroulée et est rentrée directement à la maison.Des exemples comme ceux-là, Louise Bordeleau en rencontre tous les jours dans le centre-ville de Montréal où une enquête révélait, il y a quelques nn- nées, que la moitié des personnes, surtout les femmes, souffraient de fatigue oculaire, le quart de maux de téte réguliers et 10 p.cent avaient des problèmes d'insomnie.Psychologue, elle oeuvre au sein du seul CLSC du Québec à développer un programme de santé psychologique au travail.« Il est prouvé que les personnes qui travaillent sur des cadences imposées, comme c'est particulièrement le cas au centre-ville, sont celles qui prennent le plus de temps à récupérer quand elles rentrent à la maison.C'est comme si le rythme du travail les poursuivait toujours.Louise Bordeleau s'étonne que les problèmes de stress soient encore si peu reconnus : « Quand, dans une usine, il y a des problèmes de bruit qui affectent l'ouïe des employés, on intervient, quand c'est un problème de stress, on change de travailleur.» Pourtant, certaines grandes entreprises commencent à s'intéresser à la question.L'Institut canadien du stress a Toronto qui a repris l'héritage du Montréalais Hans Selye, travaille actuellement avec 18 entreprises afin de les aider à réduire les causes du stress au travail.Ce sont essentiellement de grandes compagnies, dont Bell Canada a Toronto où un projet pilote est en cours avec les téléphonistes dont le travail est parmi les plus chronométrés et surveillés.Richard Earle, président de l'institut se réjouit des résultats de l'expérience qui a déjà permis de réduire de 8 p.cent l'absentéisme et de 57 p.cent les accident* « Pourtant, dit-il, il s'agit souvent de transformer des choses simples qui dans l'organisation du travail peuvent causer un stress énorme aux employes.» À Via Rail, Air Canada, Hydro-Québec, Téléglobe Canada des projets particuliers sont en cours.Teleglobe Canada rembourse par exemple 75 p.cent des coûts d'un programme de conditionnement physique, jusqu'à concurrence de $250, à I 550 de ses employés.Mais les programmes sont encore souvent limités aux cadres d'entreprise ou demeurent des projets pilotes.Ce qui fait dire à Richard Earle « qu'il faut absolument que toutes les entreprises s'intéressent à cette question pour laquelle la collaboration syndicale est absolument nécessaire.En réalité, il n'y a que trois attitudes possibles face au stress : fuir, s'adapter ou transformer les conditions.|e crois qu'il est préférable de changer les conditions tout en aidant les individus à contrôler leur stress.» Marie-Andrée Beaupré, de l'Association paritaire pour la santé et sécurité au travail du secteur des Affaires sociales déplore cependant le manque de collaboration patronale et syndicale.« C'est un sujet très chaud en ce moment.On ne s'entend pas du tout sur la question.Les syndicats veulent que l'on fasse des recherches sur le stress et les patrons ne veulent pas trop aborder le sujet.» Et dire que les experts s'entendent pour dire que la coopération est un des meilleurs moyens de réduire le stress.C.R.«VOTRE PROPRE BIERE SPECIAL - EXPORT POURQUOI PAYER LE GROS PRIX POUR VOTRE VIN OU BIERE?plus de 40 mtSS à .0 c « pour 60 MMb 6,95* bouteilles Faites-les vous-même en 1 semaine.Vaste choix dm produits, équipements, ingrédients, livres, recettes, etc.SERVICE FIABLE DEPUIS 16 ANS JLti Viçnti bu Seigneur MONTRÉAL Centre le Bazar 3628 Côte Vertu M Laurent (\u2022ortie 62 de la T.C.) 337-8374 S1S7 rue Bélanger Est (Est de Vioo) 729-2294 LAVAL 544 Oes lourentideî Pont Viau 663-7090 PROMU'11 A a fait faillite.La nouvelle a fait la une des journaux et suscité des commentaires à la télévision.Pourtant, des faillites, on en enregistre à la pelle, tout les jours et personne ne s'en offusque.Mais PRO-NUPT1A, disparaître?C'est pire que la fin d'une époque.C'est l'effondrement d'une institution.Oui, celle du mariage.Depuis un siècle et demi PRO-NUPTIA fournissait, à travers toute la France, à celles qui s'apprêtaient à prendre mari, leurs robes de mariées.Depuis celles de haute gamme jusqu'à celles qui étaient à la portée des bourses les plus modestes.Un mariage «bien», c'est-à-dire dans les règles, passait par Monsieur le Curé, mais aussi par PRONUPTIA.Cette vénérable institution marchande était bel et bien un pilier de ce vieux pays, un garde-fou, une marque de l'identité nationale.Ouel choc, donc.Mais les chiffres sont là, cruels, irréversibles.En 1970 on a enregistré en France 400000 demandes de mariage Cette année seulement 284000.Le mariage est démode.Deux couples sur trois vivent en concubinage.Comme aux Etats Unis.Chacun pour soi.On fait un bout de chemin ensemble.Souvent on reste carrément célibataire.On peut, vins problème, reprendre ses billes «quand ça ne va plus».Le divorce d'ailleurs a lui aussi «éclaté».Comme aux États-Unis, un mariage sur deux en France se termine par un divorce.53 000 divorces en 1975, 103000 en 1984.Du simple au double en dix ans.C'est la révolution des moeurs, non plus en surface, a coups de symboles et de proclamations, mais en profondeur La France profonde se déchristianise.Le mariage cesse d'être une institution sacrée.Il est vrai que la France n'est pas seule dans son cas.Elle se trouve, pour ce qui est du pourcentage des divorces, a peu prés au même niveau que l'Allemagne fédérale, le Pays-Bas et loin derrière la Grande-Bretagne, et la Suéde, a cela près qu'elle est catholique.Dans les années soixante «ça ne se faisait plus de se marier» dans les milieux intellectuels et artistiques II s'agissait alors de se démarquer vis-à-vis du conformisme, d'être moderne et à La faillite du mariage provoque I celle de Pronuptia la limite, «pur».Le mariage, quelle compromission! Mais dans la vieille bourgeoisie française, la haute aussi bien que la petite, dans les campagnes, dans les faubourgs ouvriers, on se mariait comme c'était la coutume depuis plus de mille ans.Lo poutre o cédé Brusquement, la famille, cette poutre-maîtresse de la société française, a cède.Les jeunes, à partir de 18 ou 19 ans, quittent le foyer familial, s'installent tant bien que mal à leur compte.Les adultes n'ont plus le temps \u2014 ni les moyens \u2014 de s'occuper de leurs gosses et de leurs propres parents âgés.Chacun court après l'emploi et le dollar \u2014 non pardon, le franc.L'intérêt immédiat a pris le pas sur les traditions.L'Église le dimanche?Quelques-uns y vont encore, mais les légions se précipitent du côté des grandes surfaces, pour faire les achats pour lesquels ils n'ont pas de temps durant la semaine.Une loi en 1976 a assoupli la procedure du divorce.Mais elle n'a fait qu'entériner une situation de fait.La plupart des tribunaux appliquaient déjà avec flexibilité les lois antérieures très rigides.La loi a facilité les choses, reconnu une situation, elle n'en a pas été la cause.On trouve dans le commerce des «guides de divorce» qui contiennent mille renseignements pratiques d'ordre juridique, financier, psychologique.Et à Paris.Bordeaux, Lyon, Lille, Nancy, Rennes, des centres d'apprentissage du divorce, institutions bénévoles qui prodiguent des conseils, ont pignon sur rue.Rupture de contrat_ Longtemps le mariage a été indissoluble.Aujourd'hui il s'agit d'une rupture de contrat.Un magistrat spécialise se réfère a un certain nombre de règles : qui a commis quelle faute, pour distribuer les torts et répartir les biens.Il confie la garde de ou des enfants selon les cas à la mère, au père ou aux deux.Autrefois, pour divorcer, les conjoints devaient s'écrire des fausses lettres d'insultes.L'enfant était confie à un époux qui, s'il le voulait, le confiait parfois a l'autre.Dans la pratique, les divorces se partageaient deja souvent la garde des enfants mais la loi s'est adaptée aux realites nouvelles.La pilule.La liberation de la femme, son accès à l'emploi m t't.i i n »! «« m \u2022.«\"; \\\\ y Les moyens de transports et de communication.Le bouleversement des horaires, l'éclatement des rôles «masculin» «féminin » : la technologie a balayé, à la façon d'une vague de fonds, des coutumes millénaires et atomisé la société française à l'instar de l'américaine.La stabilité, la sécurité en ont pris un vieux coup.Les êtres sont désormais à Paris comme a Chicago ballotes au gré des vagues.Si l'on en croit les registres, ce sont les femmes qui deux fois sur trois demandent le divorce.Cela signifie que les femmes ont cessé d'être économiquement à la merci de l'homme Par ailleurs, les demandes de divorce interviennent à présent au bout de 4 ans de mariage en moyenne au lieu de 8 a 10 ans autrefois.Enfin il s'avère que les divorcés au moins une fois sur deux ne se remarient plus.D'après une étude récente citée par \"li- Monde» on établit à I 500000 le nombre de divorces non remariés, donc deux fois plus qu'il y a 20 ans De plus en plus on vit ensemble sans se marier.Il n'est d'ailleurs pas impossible que le mariage soit remis à la mode, un jour, comme l'amour romantique, les airs tendres et tout ce que depuis 20 ans on a pris l'habitude d'appe 1er «ringard».Mais a l'heure actuelle, pour le mariage (l'Époux et la «légitime») c'est le creux de la vague.Par contre, on « trompe » moins qu'avant et le crime passionnel («elle m'a trompée alors je l'ai coupée en morceaux»: titre qui revenait une fois tous les mois à la une des journaux depuis 1900 et n'affolait personne) est en nette régression.Le SIDA va-t-il remettre en question la revolution des moeurs?Certains le pensent.En attendant, la faillite de Pronuptia a provoque un frisson national ?71.».m T I .' » \u2022 ' 1 ' I i I i p « t I ¦ ¦, Le 8 mai 1984, par un avant-midi pluvieux, le caporal Denis Lortie muni d'une mitraillette dans chaque main pénètre à l'Assemblée nationale du Québec.Vers les 10 heures, il entre au Salon bleu, s'asseoit sur le fauteuil du président et tire sur tout ce qui bouge.Le bilan de cette fusillade : trois morts et neuf blessés.Lors du procès Lortie, les avocats de la défense plaident l'aliénation mentale.Après l'audition de 53 témoins dont six psychiatres, le juge Ivan Mi gneault déclare Denis Lortie coupable de meurtres avec préméditation et le condamne a 25 ans de prison.Les psychiatres se contredisent_ Ce verdict rendu par les membres du jury a remis en cause la notion même d'aliénation mentale et la valeur des témoignages des psychiatres lors d'un procès au criminel.Les témoins-experts présentés par Mes François Fortier et André Royer, avocats de Lortie, les psychiatres Pierre Mailloux, Louis Roy et Guy Tremblay sont tour à tour venus expliquer ce qui les portait à croire que Lortie souffrait de schizophrénie, de délire paranoide ou psychotique.En contre-preuve, trois psychiatres de la Couronne, les Drs Louis-Charles Daoust, Robert Duguay et Gilles l'uni Mus sont venus témoigner que Lortie savait ce qu'il faisait le 8 mai 84, qu'il souffrait tout au plus de problèmes de personnalité se situant entre la névrose et la psychose.Au lendemain du verdict de culpabilité de Lortie, le Dr |ean-lacques Bourque, president de l'Association québécoise des médecins psychiatres déclarait : « Si les psychiatres se sont contredits sur l'état mental de Denis Lortie, c'est que son cas n'était pas clair.» Pour sa part, le Dr lacques Talbot, psychiatre attaché à l'Institut Pinel de Montréal, voit l'affaire Lortie comme un cas-limite.Il s'agit d'une « organisation de la personnalité qui fait que l'individu a un mode de fonctionnement particulier : il ressent une émotion de rage et de colère le plus souvent conte- Le procès de Lortie est aussi le procès de la psychiatrie nue et contenable mais qui, dans des situations de stress ou conflictuelles, peut devenir chaotique et tumultueuse ».Trois cas semblables Le Dr Talbot rappelle qu'un individu qui s'attaque à une figure d'autorité substitut du père et / ou de la mère (président, pape, députés) le fera pour trois motifs : liquider une agression dirigée vers l'autorité, se mettre sur la carte du monde et tenter de se faire tuer (suicide indirect).A cet effet, les cas McNaughten et Hincley peuvent être rapprochés du cas Lortie.En 1843, McNaughten tue sir Edouard Drummond, secrétaire privé du Premier ministre, sir Robert Peel, s'étant mépris sur l'identité du premier.Il est acquitté pour alienation mentale.Il s'ensuit une réaction alarmée dans la population, au point que la reine Victoria somme la chambre des Lords d'obtenir des juges, des réponses à cinq questions qui deviennent les règles de McNaughten.Quoique légèrement modifiées dans leur forme et sur le fond par la jurisprudence, elles sont la base de l'article 16 de notre Code criminel qui définit légalement la maladie mentale.Le 30 mars 1981.John W.Hincley |r.tente d'assassiner le président Reagan.11 est acquitté pour aliénation mentale.Le 8 mai 84.Denis Lortie tue trois personnes et en blesse neuf.Il est trouvé coupable de meurtre au premier degré.Dans ces trois cas il y a similitude dans le fait que la ou les victimes appartenaient au monde politique, que le délit était public et que plusieurs médecins et psychiatres ont témoigné en défense et pour la Couronne.Un profond malentendu entre le droit et la psychiatrie_ « Le psychiatre qui s'aventure dans le système légal se voit obligé d'utiliser le langage, les règles, la logique du droit.Il se voit confronté a un système ad-versatif bien différent de la démarche médicale à laquelle il a été formé », précise le Dr lacques Talbot.Il ajoute : « Le droit et la psychanalyse sont deux disciplines uni répondent à des objectifs photo Pierre lotumière Pour sa part, le Dr Jacques Talbot, psychiatre attaché à l'institut Pinel de Montréal, voit l'affaire Lortie comme un cas-limite.différents, dont les outils d'analyse, d'évaluation sont différents, dont les processus décisionnels sont à l'opposé.La conception de la personne est différente.Basée pour le droit, elle est basée sur le libre arbitre et sur la notion de responsabilité.Pour la psychiatrie, elle repose sur l'existence de motivations inconscientes et de conflits inlrapsychiques.» De plus, et ceci est très important, poursuit le Dr Talbot : « De savoir que la maladie mentale, au sens légal, est définie dans le Code criminel et que cette définition n'a rien à voir avec les notions psychiatriques actuelles est un prérequis sans lequel aucun jugement, aucune opinion ne peuvent être donnés, ni retenus ».Le respect de la loi de la preuve_ Selon le Dr Talbot, il n'y a pas de doute que « le moteur des agissements de Lortie était la figure parentale ».À cet égard, l'importance de la mise en preuve des délits incestueux de son père était capital afin d'appuyer les témoignages des psychiatres en défense.Faute de preuve établie sur des faits, ces, témoignages ne sont que des oui-dire.« La procédure incomplète amenée par la défense a non seulement semé le doute sur les propos des psychiatres mais a probablement fausse l'issue du procès », soutient le Dr Talbot.Cette preuve elle était, semble-t-il, facile à obtenir.Le père de Lortie avait en effet été condamné en 1969 à trois ans de pénitencier par le juge Robert Perron de la Cour des sessions de la paix de Quebec pour crime d'inceste contre l'un de ses enfants.Un expert en la matière a déclaré « qu'il suffisait de faire témoigner le greffier de la Cour des sessions de la paix de Québec pour établir la condamnation du père de Lortie ; c'était d'autant plus facile que c'était dans le même édifice, c'est-à-dire, le Palais de justice de Québec.» L'amélioration de l'image projetée par la psychiatrie_ Un sondage réalisé par le Centre de sondage de l'Université de Montréal pour le compte de la Corporation professionnelle des psychologues du Québec est révélateur de la méfiance avec laquelle monsieur et madame Tout le monde abordent la profession psychiatrique.À la question : « Si vous aviez des problèmes personnels que vous n'arriveriez pas à régler vous-mêmes, comme des problèmes conjuguaux, un état dépressif, des problèmes sexuels, lequel parmi les spécialistes suivants consulteriez-vous spontanément ?Le résultat : le médecin serait consulté par 40 p.cent des répondants, le psychologue par 30 p.cent, le travailleur social par 15 p.cent, le prêtre par 8 p.cent et le psychiatre, bon dernier, par 5 p.cent.jusqu'à quel point l'implication des psychiatres dans le système médico-légal, la publicité qui accompagne leurs témoignages et l'apparente contradiction qui entoure l'évaluation psychiatrique sont-elles responsables de l'image negative perçue par la population ?À ceci, le Dr lacques Talbot repond que « le psychiatre devant les tribunaux est en porte-a-faux, que sa situation est très inconfortable et ne peut que déboucher sur des affrontements mais que ce n'est pas là une réalité nouvelle.11 ajoute que les psychiatres doivent améliorer leur connaissance des mécaniques médico-légales et procéder avec prudence, sérieux et honnêteté.Par ailleurs, la cle de l'amélioration de l'image de la psychiatrie auprès du public réside dans la diffusion d'une information pertinente afin de la faire mieux connaître ».2 c y i o z HUGUETTE O'NEIL est journaliste pigiste.i La presse japonaise résiste aux nouveaux médias Avides lecteurs de lournaux, les Japonais s'arrêtaient dans la rue, à Tokyo, pour lire la dernière édition du Yomlourl Shimbun annonçant en manchette l'explosion de la navette spatiale américaine Challenger.I wêêkê\u2014ê WÊÊOÊÊm Au lapon, la course aux nouveaux médias s'accélère.À l'occasion du trente-huitième congres de la Fédération internationale des éditeurs de journaux (FEI|) qui s'est déroulé récemment à Tokyo, les laponais n'ont pas manque de faire étalage, avec un certain chauvinisme, de leurs stratégies offensives pour investir dans tous les domaines de la communication.Comment la presse écrite pourra-t-elle survivre face à l'as- saut des nouvelles technologies?Cette question était sur toutes les lèvres.Mais, à cet égard, les directeurs de journaux japonais nourrissent un bel optimisme.Le tirage des principaux quotidiens a atteint un niveau légendaire : le Yomiouri Shimbun , numéro un, vend près de treize millions d'exemplaires par jour (editions du matin et du soir cumulées).Le Asahi Shimbun , numéro deux mais le plus prestigieux, dépasse les douze millions d'exemplaires quotidiens, le Mainichi Shimbun , numéro trois, avoisine les sept millions d'exemplaires et le journal économique Nihon Kei-zai vend plus de trois millions d'exemplaires.Le lapon se place ainsi au deuxième rang mondial pour la pénétration dans les foyers.Puissant lobby d'influence, l'Association de la m presse japonaise, la Nihon Z Shimbun Kyokai (NSK), qui or-« ganisait ce congrès, ne regroupe £ pas moins de cent quatorze > journaux qui diffusent au total ï soixante-sept millions d'exem-S plaires.\" Ces chiffres astronomiques g ne doivent cependant pas mas-^ quer une réalité : au lapon com- < me ailleurs, la presse écrite doit .faire face à ces concurrents re- < doutables que sont les nouée veaux médias (telétexte), vidéo-2 texte, banques de données, O télévision par câble et par satel-£ lite.).«Nous ne pouvons pas (/> laisser la presse écrite se faire 2 submerger par le flot des nou-°~ veaux médias, lança, comme un cri il ;iljrnu-.m.Ohima, yioe-.président du comité de dévelop-\u2022 pement des médias, créé par la NSK en 1984.Pour éviter ce cauchemar, nous devons renforcer nos moyens dans le domaine des télécommunications, dans l'édition, l'impression et la distribution des journaux.» Nouvelles technologies_ Pour mettre au point une stratégie commune face a la révolution technologique en cours, l'Association de la presse japonaise a mis en place l'an dernier un comité pour inciter les journaux à diversifier leurs produits en investissant dans les nouvelles technologies.Un rapport a été publié sur le thème : «Les journaux è l'heure de la diversification».Et dix compagnies de journaux ont donné l'exemple en investissant dans la première chaîne nationale de télévision par cable, «The lapiin Broadcasting Company».Une vingtaine de journaux et agences de presse ont de même investi dans le premier service vidéotexte, appelé «Captain» (qui a débuté en novembre dernier à Osaka et Tokyo).Mats «Captain», service fort coûteux, en est encore à ses balbutiements, si on le compare à «Télétel» en France, ou «Té-lidon», au Canada.Plusieurs organes de presse japonais ont aussi pris des participations dans une télévision par câble récemment créée â Hiroshima, la Chugoku Cable.Parmi les compagnies les plus i performante*», I» Nihon Kei*»i, créée en 1876, déploie des efforts fantastiques pour conser- ver sa place de société leader dans le domaine des activités multimédias: elle a créé sa propre banque de données, « Needs », spécialisée dans les informations financières et bancaires, qui a des milliers d'abonnés, y compris aux États-Unis, au Canada et en Europe.La Nihon Keizai Company a également une station de radio (qui diffuse 24 heures sur 24) et une chaine de télévision (opérationnelle 20 heures par jour), une maison d'édition (qui produit trois millions d'ouvrages par an ), des lettres d'information, notamment pour les quotations en bourse, un département de télécommunication, un institut de recherche.Et elle éditç, outre le Nihon Reizai Shimbun , (rois autres journaux, dont un en langue anglai- se, The lapon Economie tournai.Cette diversification exemplaire doit cependant être nuancée quand on sait que 90 p.cent des revenus du groupe viennent de la presse écrite, et 10 p.cent seulement de ses autres activités.Radio et télé Maigre la formidable puissance de la presse écrite, au lapon, les stations de radio et de télévision connaissent également un rythme d'expansion soutenu.Actuellement, on dénombre 129 radios commerciales, 102 télévisions locales et cinq chaînes de télévision nationales.Un second satellite de radiodiffu-siort va erre mis sut orbite en Le dessin informatisé prend de plus en plus d'importance août 1986(après l'échec du lancement, en janvier 1984, d'un premier satellite qui a connu des problèmes techniques), ce qui devrait permettre I* création de deux nouvelles chaînes de télévision.La télévision par câble (100 stations locales, 3700000 abonnés), considérée comme l'un des éléments clé de la société multimédias de l'an 2 000, va connaître de nouveaux développements en milieu urbain.La diffusion en multiplex pour le son est utilisée depuis décembre 1982, en particulier pour la transmission stéréophonique des programmes de loisirs et d'information bilingues.Un système de vidéo interactive (Information Network System) est en projet depuis 1981 et fait l'objet d'expériences ponctuelles dans les faubourgs de Tokyo.Et une nouvelle étape vient d'être franchie dans la libéralisation des médias: en avril 1985, le gouvernement japonais a abandonné son monopole centenaire sur les télécommunications, permettant la création d'une puissante compagnie privée, la Nippon Telegraph and Telephone Corporation, au capital de 700 milliards de yens.Ce développement des médias s'accompagne de nombreux progrès techniques.Les procédés d'impression, pour les journaux, sont largement informatisés.Deux compagnies sont a cet égard â la pointe du progrès: elles utilisent l'informatique à tous les stades d'élaboration du journal.Un ordinateur central est relié à des mini-ordinateurs qui accomplissent chacun une tâche spécifique (traitement des articles, mis en page, y compris pour les programmes de radio et de télévision ou les cours de bourse, insertion des plaeaids publicitaires et des photos.).L'automatisation des presses rotatives, l'utilisation croissante des procédés offset et la gestion informatisée de l'impression ont pour objet de permettre une meilleure qualité du produit fini (ce qui n'est pas toujours évident) mais surtout de répondre au mot d'ordre de toutes les compagnies de journaux japonaises: «Plus vite, plus facile, plus sur, plus économique et plus propre.» Une règle de conduite qui n'est pas aisée a suivre quand on sait que la langue japonaise est l'une des plus compliquées au monde.Melange d'idéogrammes chinois et de caractères japonais, l'écriture journalistique comporte plus de 10000 signes, ce qui rend impossible l'utilisation de machines à lettre «B lœcidentale» 'v 4\u2014 Les journaux spécialisés en économie sont très populaires auprès des hommes d'affaires japonais et leur tirage atteint des chiffres à faire rêver bien des éditeurs occidentaux.par les journalistes.Seuls des ouvriers spécialisés peuvent s'adonner â cette tâche.En visitant la compagnie Nihon Kei-zai, j'ai pu voir des typographes reproduire sur écran des articles, en appuyant avec la pointe d'un stylo sur des tableaux magnétiques divisés en milliers de petites cases, chacune correspondant â un caractère.Travail long et fastidieux, qui tranche singulièrement avec le modernisme des autres outils de production.Recettes publicitaires_ Néanmoins, les journaux japonais sont d'autant plus enclins â investir pour se moderniser que le niveau de leurs recettes publicitaires est très élevé (du fait de leur tirage ).En 1984, la télévision s'est taillée la première place sur le marché publicitaire \u2014 ce qui n'est pas vraiment surprenant \u2014 mais il est intéressant de constater que la presse écrite quotidienne arrive en deuxième position, devançant largement les stations de radio! À l'époque de l'image et de la couleur, les japonais misent auss'îèV pIus eh plus snV les pro- \u2022 i i j \u2022 r J «i ir i # * - V 'Y * * \\ % - r r.h .-«ti » *.¦ » -\\ 11 v \\ \\ f i \\ 5 ¦ifRy l \u2022 l »,r*' i t M ' >¦< ' i ii cédés d'impression multicolores.C'est ainsi que, par exemple, pendant les |eux olympiques de Los Angeles, quinze compagnies de journaux ont uni leurs efforts pour imprimer chaque jour des pages en couleur «Spécial IO.».De nouveaux procédés de transmission ont été expérimentés: caméra électronique reliées â un écran vidéo, permettant de filmer un joueur en pleine action, de «geler» l'un de ses mouvements et de transmettre l'image directement â Tokyo.Comment immortaliser un événement qui n'a pas pu, pour des raisons diverses, être photographie?Au cours de ce congrès, la société américaine Computer News Graphics, a expose les grandes lignes d'un programme informatique étonnant (qui coûte, il est vrai, $92000 US).Cette société s'est spécialisée dans l'informatisation de graphiques de toutes sortes, destinés â illustrer des articles de presse.Une carte du monde, découpée en 108 sections, a été introduite dans la banque de données, permettant â un journal d'obtenir, en moins de dix minutes, la carte d'un pays.Dans.quelque temps, ce logiciel\u2022 (programme irlfor- i .lv i \u2022lis' '.l'fl't l'iVl V matique) comprendra le plan des principales grandes villes du monde, et de tous les aéroports internationaux, ainsi que des informations topographiques précises sur n'importe quel lieu du monde.La banque de données dispose également des drapeaux de tous les pays, de la forme de tous les avions (de l'Airbus A300 au Boeing 747) et de tous les véhicules civils et militaires actuellement en circulation.Et pour les besoins de la presse américaine, des graphiques des immeubles ou buildings célèbres aux USA ont été mis sur ordinateur.Computer News Graphics s'est aussi spécialisé dans les logos en tous genres dans des domaines particuliers (comme les équipes de football américaines) ou au contraire généraux (symboles susceptibles d'illustrer le terrorisme, les |eux olympiques, la publicité, la paix, l'inflation.bref, les notions conceptuelles ).Banque de dessins Edward Miller, président de la société, estime que l'informatisation des dessins, logos et représentations visuelles peut ¦ fournir une aide précieuse a, la ri lao \\i»vri rt th .'.\u2022'.'»'\u2022¦ ' presse écrite, trop souvent contrainte à reproduire plusieurs fois les mêmes photos retouchées, et non actualisées, alors que l'informatique peut permettre à chaque organe de presse de «créer ses propres graphiques en un temps record en utilisant avec souplesse une banque de données, vaste réservoir de dessins».Edward Miller nous a donné l'exemple d'un travail de création graphique réalisé à l'occasion de l'affaire du Boeing 747 de la Korean Airlines abattu au-dessus de l'île Sakhaline par un avion soviétique.Un événement international sans image.Computer News Graphics a procécé par étapes: en premier lieu, la banque de données a fourni une carte détaillée de l'endroit où s'est produit le tir.Puis, le graphiste a commandé à l'ordinateur un plan d'un Boeing 747, qu'il a placé au-dessus du lieu de l'attaque.Enfin, il a placé sur le graphique en cours d'élaboration un Mig soviétique en position de poursuite du Boeing.Quand l'expert a jugé que ces éléments étaient bien agencés les uns par rapport aux autres, et pouvaient donner une représentation visuelle satisfaisante de l'événement, le dessin final a été mémorisé par une caméra imprimante, puis reproduit sur papier.«Ce travail, qui prendrait huit à neuf heures â un bon professionnel, a été effectué en moins de deux heures», expliqua Edward Miller.Ce système offre d'ailleurs d'autres perspectives dans le domaine des télécommunications.Bientôt, un journal de Singapour, qui dispose d'un graphique splendide pour illustrer un événement survenu sur place, pourra le transmettre, par ordinateur, â un journal de Paris, Montréal ou New York.Ce qui ne signifie nullement que l'ère de la photographie est révolue.Simplement, la consommation d'images ne cessant de croitre partout dans le monde, le dessin sous toutes ses formes est appelé â jouer un rôle de plus en plus important, comme complément de la photographie.SOPHIE HUET est lournaliste au Figaro.C y ?o z m ¦o o- LES CHINOIS MUSULMANS DU XINJIANG: Mahomet contre Mao! o Dans la région autonome du Xinjiang, contrairement au reste de la Chine, les fleuves coulent d'Est en Ouest.Une autre preuve pour les musulmans de l'ancien Turkestan chinois qu'Allah est grand.Disperses du désert de Gobi a celui de Taklamakan et des sommets du Tianshan à ceux du ko rakoram.ils sont plus de sept millions à vivre sur un territoire trois fois grand comme la France.Ici, les minorités sont majoritaires, et en dépit des efforts du pouvoir pour «siniser» une région hautement stratégique, située aux portes de l'Asie centrale face au puissant voisin soviétique, le Xinjiang reste la province la moins chinoise de Chine.A trois mille kilomètres de Pékin, Urumuqi, la capitale, a de faux airs d'orient.Comme chaque semaine, du haut de ses minarets, le chant nasillard des muezzins appelle la foule des bazars a la prière.Dans les venelles boueuses des quartiers Ouigours, les boutiquiers abandonnent un instant leurs étals pour s'agenouiller sur des tapis venus parfois du Pakistan en contrebande Cette semaine encore, au grand désespoir des autorités, l'absentéisme du \\endredi ralentira la production.Mais le pouvoir a récemment decide d'être tolerant.Pour les Ouigours.les Tadjiks, les Ka-zaks et les Kirghiz* du Xinjiang c'est une trtve bienvenue dans l'épreuve de force qui les oppose depuis toujours aux chinois Pourtant, si les corans qui circulent aujourd'hui sont imprimes dans des ateliers d'État et si les minarets rivalisent a nouveau avec les cheminées d'usines, les musulmans ne s'y trompent pas : l'Islam en Chine reste en liberté surveillée._ Calottes et cols moos Passer de pays Han * en pays musulman, c'est un peu passer de la television noir et blanc a la television couleur.Rien au Xinjiang ne rappelle la Chine austere des travailleurs en vareuses courbés sur leurs vélos.Il faut trois jours et quatre nuits de train pour rejoindre Urumuqi de Pékin.En arrivant, on a brusquement l'impression de s'être trom pe de gare, d'u\\oir franchi une frontière sans s'en apercevoir, d'etre aile trop loin.Ici les boutiques débordent sur les trottoirs et les rues sentent le mouton grille Dans les bazars, c'est l'exubérance des souks d'Arabie On se bouscule autour de poudres miracles, on trafique les devises, on late les fruits, on marchande, on - Nom donna aux chinois d origine Citation de Mao sur un mur de Turfan, dans la province du Xin-jiong.sirote du the en lissant sa barbe, assis dans la poussière sur un petit tabouret en bois.Mao n'a jamais vraiment réussi à imposer sa mode.Les hommes bottés de cuir, portent d'épais manteaux de velours jetés sur les épaules et des calottes brodées.Les femmes, elles, préfèrent les jupes étroites a l'uniforme vert ei cachent leurs jambes et leur argent sous plu-sieures épaisseurs de bas qui leuis donnent des allures de gitanes, yougoslaves.A Kashgur, plus a l'Ouest, prés de la frontière avec l'URSS, certaines portent encore le voile.Ailleurs, elles l'ont remplace par un fichu de ILille pour plaire au parti, sans enfreindre la tradition.De temps a autre, chose inimaginable en Chine de l'intérieur, un groupe de badauds s'atlroupe autour d'un tubourin et danse dans la fumée des brochettes, épaissies parfois par celle du haschisch qui pousse discrètement entre deux champs de ble.Les autorités ne semblent pas d'ailleurs s'en offusquer, et les rares policiers (chinois bien sur) qui «-'aventurent sur les marchés, le font un metre de couturière a la main, pour verifier, avec un zele qui détonne dans l'anarchie de tout ce desordre, si l'espacement réglementaire entre les stands est bien respecte telle cérémonie rejouit les bandes de gavroches aux crânes rasés qui, assis sur les trottoirs, font la nique a la scolarisation obligatoire.Mais elle symbolise surtout le fossé qui sépare les deux communautés.A plusieurs reprises déjà, les musulmans n'ont pas hésité à afficher violemment leurs différences.Ce fut le cas quatre fois en 1957 et 1967, puis plus récemment en 1981 a Kashgar où, suite à l'assassinat d'un Ouigour par un Han, l'armée dut mater une émeute et Deng Xiaoping, lui-même, reconnaître la situation instable de la région.Car contrairement à ce qu'affirme la propagande officielle, l'unité n'est pas l'obsession de tous, et le drapeau vert frappé du croissant rouge et de l'étoile jaune, qui flotta le temps d'une révolte sur une éphémère « république du Turkestan oriental ».garde pour beaucoup valeur de symbole.Xinjiang terre d'exil_ Dans le bus qui s'ébranle pour Turfan, une soixantaine d'Oui gours s'accommodent de l'incon-fort des sièges en bois, trop contents d'être à moitié assis.À l'arrière, des femmes empilent leur marmaille sur des banquet les déjà encombrées de paquets.La politique d'un enfant par famille, prônee par le gouvernement, rencontre peu de succès chez les musulmans.Pour éviter de cristaliser les mécontentements, les autorités l'appliquent d'ailleurs moins sévèrement que dans le reste du pays et dans un même souci d'apaisement, permettent aux femmes de se marier avant 25 ans.Chong.le seul Chinois du convoi, s'étonne de voir des étrangers venir ici de leur plein gre.Lui a été « transplante » au Xinjiang voila cinq ans.Ils sont plus de 100000 «volontaires» a venir chaque année rétablir l'équilibre démographique de la province.Cadres, employes dans l'administration locale; jeunes instruits, charges de développer la region ; militaires, demobilises et installes sur place, mais aussi petits criminels et bannis, purgeant leur peine dans des camps de travail.D'après les chiffres officiels, la province ne comptait en 1955 que 8 p.cent de Hans.Aujourd'hui, ce chiffre est a multiplier par cinq et, compte tenue de la volonté de plus en plus affirmée de renforcer le contrôle des naissances, les Ouigours sont en passe de devenir minoritaires au Xinjiang.Pourtant, la cohabitation pose déjà de nombreux problèmes.Le plus souvent Hans et musulmans s'ignorent et vivent dans des quartiers différents Chong, par exemple, avoue n'avoir de contacts avec les Ouigours que pendant ses heures de travail.Ces clivages sont renforces par des habitudes de vie diamétralement opposées qui séparent les deux communautés jusque dans les restaurants.Les Chinois consomment et élèvent des porcs, alors que les musulmans, comme se plaisent à le rap peler les Hans, «mangent avec leurs doigts», preuve incontesta ble de sous-développement au pays des baguettes?Nombreux sont ceux qui supportent mal cet exil forcé.En 1980, plus de 50000 jeunes chi nois manifestèrent leur mecon lentement dans les rues d'Asku Certain, dit-on, n'hesitent pas a rentrer clandestinement chez eux.Mais pour les Chinois le Xinjiang offre au moins un avan tage: les salaires y sont triples Un argument qui compte dans un pays ou le salaire mensuel moyen est de 250 frs.ladis étape importante sur la route qui.pendant plus de dix siècles, relia la Chine au reste du monde.Turfan n'est plus aujour d'hui qu'un gros bourg en briques de pisé, perdu dans un disert gelé l'hiver et brûlant l'été.Dans ses ruelles poussiéreuses qui rappellent celles d'Afghanis tan, des vieillards aux bonnets de prière brodes se pressent lente ment vers des mosquées aux dômes en tuiles de faïence.Des paysans aux allures de cosaques, engoncés dans des manteaux en peaux de mouton, fouettent leurs attelages eu poussant de grands cris.Les caravansérails ont été remplacés par un hôtel d'Étal a l'architecture faussement mauresque, devant lequel se serrent les bus de l'office du tourisme comme le faisaient jadis les cha meaux.Mais les voyageurs se font rares depuis que les tissus précieux se fabriquent à Honit Kong et qu'ils sont expédies pat avion.Pourtant, a travers >.c-grottes boudhistes.les ruines de sa cité impériale ou son système d'irrigation par canaux souter rains, conçus voilà plus de deux mille ans en Perse.l'Oasis offre un surprenant raccourci de l'his loire millénaire du Xinjiang.lo route de lo soie_ L'Islam, comme le raisin, est arrive ici par une route plu- cou nue ailleurs pour avoir été celle de la soie.I)es marchands turcs et perses l'introduisirent dans les ports du sud et tout le long de la voie caravanière, vingt ans a pei ne après la mort du prophète.Les Ouigours, peuple turc descendu de Mongolie, occupaient alors la region.Manichéens, nestoriens puis boudhistes, leur tolerance religieuse permit toutefois a l'Islam de s'épanouir.Six siècle-, plus tard, l'invasion mongole conduite par Kubilay Khan, petit liis-de Cengis Khan, allait défini tivement l'enraciner, en provo-quant un afflux de populations d'Asie centrale qui en se méjugeant aux autochtones les con vertirent, creant ainsi deux communautés musulmanes.Les « Hui ».d'origine chinoise, se disperseront dans l'empire tout en gardant leurs traditions, renforcées au cours des siècles par les persécutions dont ils seront l'objet.Ils sont plus de cinq millions aujourd'hui.Commerçants, fonctionnaires mais rarement paysans, on les retrouve dans toutes les grandes villes et plus particulièrement dans la région autonome du Nongxia, aux portes de la Mongolie.Les Ouigours, quant a eux, se mélangeront peu aux Chinois.Ils se tourneront au contraire vers le monde arabe dont ils adopteront en partie la civilisa lion.Fiers, imprévisibles et religieux, a l'image de leurs frères afghans, ils se montrent encore aujourd'hui profondément rebelles à l'égard d'un pouvoir chinois qu'ils considèrent comme étranger._ Musulmans de la minorité Ouigour a Urumuqi.Ils sont S millions au Xinjiang sur une population de 11 millions.Photo reportage de l'agence Sygma.I I Enfants de Turfan apprenant rOuigour.On utilise l'alphabet arabe pour la transcription de la langue.\u2014 4' Ce jour la.la Chine se hérisse de drapeaux rouges pour célébrer le trente-cinquième anniversaire de la Republique populaire.Le Xinjiang trame les pieds.À Urumiqi, c'est à peine si l'on sait où doit avoir lieu le défilé.À Turfan.les musulmans ignorent volontairement le calendrier.Pourtant, dans les squares de la capitale, un feu d'artifice de courbes toutes ascendantes, tracées à la craie sur des tableaux noirs, rappellent au peuple les acquis inestimables de la révolution.Pour l'occasion, le parti a décoré les murs de ses meilleurs slogans enjolivés de sous-titres en arabe, et dans les rues, des haut-parleurs diffusent depuis le matin de la musique militaire.Une foule de Hans se pressent devant les télévisions des grands magasins pour assister en direct a la parade de Pékin.Quelques Ouigours les ont imités, attirés par la magie des images.Des images de troupes au pas cadencé qui.vues d'ici, semblent être retransmises de l'étranger.En fait, comme me l'explique un menuisier responsable de quartier, en Chine il est difficile d'être communiste et musulman.«Construire l'Islam, ici.c'est bâtir sur des sables mouvants.» La politique du pouvoir face aux minorités et plus particulièrement envers les musulmans, a de tous temps été imprévisible.De leurs maquis, les communistes chinois se sont d'abord prononces pour le droit à l'autodétermination des peuples non hans.alignant ainsi sur la politique de l'URSS.Mais l'hostilité des Tibétains et des Huis, pendant la longue marche, poussa rapidement Mao Zedong à préférer a ce principe celui plus réaliste d'une autonomie dans le cadre d'un État unifié.En fait, des les premières années de la republique populaire, les communistes optent pour une assimilation à long terme des minorités.Le parti espère, grâce au développement, donner aux peuples minoritaires des raisons de se sentir chinois Mais sur le terrain, la xénophobie des cadres dépêches par Pékin sape les efforts des autorites, et au cours de la campagne de Cent Fleurs \u2022, les mécontentements éclatent.Dans les provinces reculées, on réclame l'autonomie promise et on refuse ouvertement la collectivisation et la présence Han.En réaction, le pouvoir se radicalise.La religion et les traditions jusqu'alors admises sont brusquement considérées comme gênant la productivité.On étend le système des communes populaires à toute la Chine et des «jeunes instruits» partent en grand nombre coloniser les regions rebelles.Mais a l'image ' Compogne au couri dm loqu«lto to pr«sM*nt Mao \u2022rxowrogM tot cMnolt a 5 c/1 I 8 Aux Editions La Presse de beaux livres ^^^^^ a offrir t pour la Saint-Valentin Ces merveilleux oiseaux du Canada Candace Savage Un livre d'une beauté exceptionnelle, illustré d'une centaine de photos en couleurs Cartonne, aveejaquette 214 pages En vente partout VISION FATALE 100 ans d'actualité 4e LA PRESSE Revivez cent ans d'actualités Un livre qui plaira autant aux jeunes qu'aux moins jeunes.334 pages Jnc Mciwui\".v isM.n fatale Joe MeGinniss Kkivii avec rïdeUie l'une 4n enqué les criminelles les plu» completes que l'Amérique au connues Un îuipeBSr si puissant que nul les leur m pourra l'ouMier I a' scrabble Philippe Guénn Des techniques aptes a améliorer le jeu du débutant comme celui du joueur plus expérimenté.184 pages Au imm du pert et du Ills L'encyclopédie micro-ondes Pol Martin Pol M.inin Un magnifique livre lomptant plu» de SOU phiii.lv couleurs Reliure i.niu-r de lute 416 pages René Lévesquc.76 à 85 .Girerd nous rappelle, par le biais titrera ^ ja carKature |es années de 208 pages René Lévesque comme premier ministre du Québec.J les grandes dames de la cuisine au Québec.Volume 1 Richard Bi/icr Hun grandes dames de la cuisine ont livre à l'auteur leurs recettes préférées.Il leur a alors dedic les siennes.240 pages Les grandes dames de la cuisine au ?uébet% Volume II ichard Bizicr Un hommage a huit autres pionnières de la cuisine au Québec.Plus de 200 recettes 304 pages U0m
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