La presse, 1 août 1987, B. Plus
[" D D LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 1er AOÛT 1987 pluies ALAIN FRANÇOIS BRUNEI.¦ I ! * Les précipitations «normales» sont-elles une espèce en voie de disparition au Québec?air de Montréal a beau être de plus en plus pur, les pluies qui tombent sur le Québec sont, elles, toujours aussi acides, en raison de la généreuse contribution des Américains.A Sutton, dans les Cantons de l'est, on a même relevé, le 20 avril I986, une pluie 245 fois plus acide que la normale.L'équivalent d'une averse de jus de pomme.Les nuages ce jour-là provenaient de la Virginie de l'est de la Pennsylvanie et de l'État de New-York.C'est le degré d'acidité le plus élevé jamais enregistré, depuis qu'Environnement Canada a mis sur un pied, en I984, six stations de mesures quotidiennes des précipitations.Les cinq autres sites, trois en Ontario (près de London, Toronto et Ottawa), un près de Québec et un en Nouvelle-Ecosse, ont tous subi des taux d'acidité qui s'approchaient de ce dernier.Heureusement, de telles douches de poison ne sont pas encore la règle.Mais au cours des années 85 et 86, chacun des six postes d'Environnement Canada a noté au moins deux précipitations de I00 a 245 fois plus acide que la normale.Il est vrai qu'il s'agissait à chaque fois de faibles quantités.M.Normand Bergeron, géologue et vice-président de l'Association québécoise de lutte contre les pluies acides ( AQLPA ), fait remarquer: « Une petite pluie peut être complètement interceptée par la végétation.Les arbres et les plantes sont très sensibles à de telles doses, particulièrement au printemps, au moment de l'éclosion des bourgeons, de la pousse des feuilles et de la floraison.» me,' y > ' ' Les pluies « normales » sont-elles une espèce en voie de disparition ?En 1986, à Sutton, à peine plus d'une précipitation sur dix affichait un taux d'acidité dit normal.Ces pluies ou neiges sans souillures représentaient cependant 20 p.cent de l'accumulation totale des précipitations.Le déluge du 14 juillet En général, l'acidité est plus faible quand les quantités d'eau ou de neige sont élevées.Ainsi, le déluge du 14 juillet dernier n'était sans doute pas très acide, selon M.Gilles Désautels, météorologue à Environnement Canada et responsable du réseau de mesures quotidiennes.Les polluants ont été rapidement évacués par les premières cascades d'eau.Un ciel proprement lavé.Environnement Canada n'effectue aucune analyse à Montréal, en raison de l'abondance des pous- Sutton a reçu en avril 86 une pluie comparable à du jus de pomme sières et autres substances dans l'air des villes qui faussent les résultats.Les poussières de ciment, par exemple, neutralisent l'acidité.L'examen des données prélevées en 85 et 86 par la Communauté urbaine de Montréal, à l'intersection du boulevard l'Acadie et de l'autoroute Métropolitaine, confirment la justesse de cet argument.On remarque bien quelques précipitations fortement acides, mais la plupart ne le sont pas du tout.Quoiqu'il en soit, durant ce fatal 14 juillet on a noté a Sutton 4 mm de pluie très acide, 60 fois la normale, et à la station de la forêt Montmorency, au nord de Québec, il est tombé 37 mm, à un taux d'acidité comparable.Une pluie importante et de forte acidité: cela semble contredire les statistiques.L'exception qui confirme la .règle.Les nuages étaient alors passés par les Etats américains l'Ohio, de la Pennsylvanie et de New-York.Aux six stations du réseau d'Environnement Canada, les scientifiques évaluent le niveau d'acidité, la quantité des dépôts humides ( pluie, neige ou mélange des deux ) et le trajet parcouru par les masses d'air pendant les 48 heures précédant la précipitation.Avec tous ces chiffres, ils produisent ensuite des moyennes mensuelles et annuelles.Ces données sont accessibles aux médias d'information et au public.L'acidité, c'est quoi?Les précipitations acides proviennent de polluants de l'air, oxydes de soufre et d'azote, qui se transforment en acides sulfurique et nitrique au contact de la vapeur d'eau.Ils voyagent sur de grandes distances.Les sources des polluants acides, principalement les centrales électriques au charbon, les fonderies de métaux non-ferreux et les véhicules motorisés, produisent aussi des dépôts secs qui s'acidifient au sol au contact des rosées.On calcule qu'ils représentent 20 p.cent du total des dépôts au Québec et 60 p.cent dans l'est des États-Unis.«Cela signifie, selon M.Bergeron, qu'une partie importante du phénomène nous échappe, puisque les dépôts secs ne peuvent être pris en compte dans l'analyse de l'acidité des précipitations.» Les brouillards non plus ne font pas ouvrir les collecteurs automatiques.Ils sont généralement d'un taux d'acidité supérieur à la précipitation qui tombe au même endroit et affectent surtout les montagnes.Voici le PH de produits bien connus.\t citron\t2,0 pomme\t30 tomate\t4,0 pluie normale\t5,6 lait\t6,6 soda à pàtc\t8,2 lait de magnésie\t10,5 Le ciel sur la tête Pour mesurer l'acidité, les scientifiques se réfèrent à l'échelle PH ( potentiel hydrogène ), graduée de 0 a 14,0 étant la valeur la plus acide et 14, la plus alcaline.La cote 7 correspond au point neutre.Au dessus de 7, nous sommes dans la partie « Rolaids » de l'échelle, en dessous, dans la partie « citron ».SUITE À LA PAGE B 4 Astérix et ses amis, du célèbre village gaulois, ne craignaient qu'une chose: que le ciel leur tombe sur tète.Quand on prend conscience de l'ampleur des dégâts qui viennent du ciel, on est saisi de vertige.Le vertige tourne à l'aigreur quand les Gaulois du Canada se rendent compte que la majeure partie des polluants provient de «l'empire américain».Éléments essentiels à toute forme de vie, l'air et l'eau, lorsque contaminés, ne peuvent que perturber l'ensemble de l'écosystème.C'est ce qui se produit avec les pluies acides.La santé humaine, les arbres, les sols, l'eau des lacs et rivières, la faune aquatique et par ricochet, l'ensemble de la chaîne alimentaire, bref tout et tout le monde subit, à des degrés divers, la lente corrosion acide.Les forêts Nous avons tous entendu parler du dépérissement des érabliè-rcs.En fait, il n'y a pas que les érables qui s'étiolent, de Rivière-du-Loup jusque dans l'Oulaouais.tant sur la rive nord que la rive sud.La plupart des autres feuillus présents dans la zone de peuplement de l'érable sont affectés.En 1986, sur l'ensemble de ce territoire, 79 p.cent des arbres montraient des signes de dégradation.En moyenne.25 p.cent du feuillage manquait, selon le ministère de l'Énergie et des ressources (MER).Dans la zone la plus touchée de la Beauce.de Mégantic et d'Ar-thabaska, 87 p.cent des arbres vivent un automne prématuré et 40 p.cent du feuillage a disparu.Une note d'espoir: les résultats préliminaires de 1987 semblent indiquer une stabilisation du phénomène, selon M.Gilles Gagnon.chargé de recherche au MER.11 explique cela par des conditions climatiques favorables.Depuis peu, les conifères présentent aussi des symptômes de dépérissement.Dans Portneuf et dans les Bois Francs, les aiguilles des pins rouges, des épinettes blanches, des sapins et des pru-ches, jaunissent à la deuxième année et tombent à la troisième.La croissance des épinettes rouges et blanches du sud du Québec a diminué des deux tiers depuis les années 50-60.Ce sont les mêmes symptômes qu'en Allemagne où 50 p.cent de la forêt résineuse agonise.Les sols Les pluies acides lessivent des sols le calcium, le magnésium et le potassium.Dans Mégantic, dans Lotbinicre et dans les Basses Laurentides, ces minéraux essentiels à la croissance des arbres ont L'automne prémature d'un érable empoisonne par les pluies acides.PHOTO J G FAUCHER.MER diminué de moitié, par rapport a la fin des années 60.L'activité des micro-organismes, qui rccyHent la matière organique en minéraux, a été fortement réduite.Le MER amorcera bientôt un programme de fertilisation des arbres chez une centaine d'agriculteurs.L'expérience démontre qu'un arbre «engraissé» voit son état s'améliorer quand il n'est pas trop amoché.Les lacs Environnement Québec travaille actuellement à dresser un portrait global de la condition SUITE A LA PACE B 4 s'entend peu a Téhéran Malgré la guerre contre l'Irak, la confiance règne à Téhéran.C'est de l'après-guerre que l'on parle, parce que la victoire, un jour, elle viendra nécessairement.95 oritrasTiâ bol Les fusillades des derniers jours rappellent de façon inquiétante certaines nuits du début de février 1986.Quand Jean-Claude Duvalier était encore là et que la rue appartenait aux macoutes.B6 rattrt Le Québec avait 40 ans de retard sur l'Ontario en matière d'assainissement des eaux.Il aura bientôt les moyens de base pour faire face à la situation, mais le rattrapage durera encore 20 ans.B 4 * B2« LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 1er AOUT 1987 Paul Desmarais presidert du conseil d'administration Roger D.Landry president éditeur Michel Roy éditeur adjoint Claude Gravel directeur de l'information Jean-Guy Dubuc éditorialiste en chef Éditorial\tI \t Pourquoi rappeler la Chambre en août?Au beau milieu de l'été, comme s'il y avait crise nationale, le Premier ministre décide de rappeler le Parlement pour apporter d'urgence des solutions aux problèmes de réfugiés illégaux.Une démarche aussi précipitée est excessive compte tenu de |:événement qui la provoque.Il est vrai que l'accostage intempestif de 174 sikhs en Nouvelle-Ecosse le 12 juillet indispose fortement l'opinion, déjà prévenue contre l'arrivée d'un nombre croissant de réfugiés ces dernières années.Mais on ne voit pas pourquoi le gouvernement ne pourrait attendre septembre ou octobre pour faire voter un projet de loi (le C-55) qu'il n'a pas jugé assez prioritaire en mai ou en juin lorsqu'il aurait pu le faire approuver.On voudrait aujourd'hui faire croire que l'abordage des sikhs il y a trois semaines et, ces jours derniers, l'odyssée singulière d'un couple de Tamouls et d'un Iranien arrivant à Frobisher Bay en quête eux aussi d'un statut de réfugié, sont les gouttes qui font déborder les vases de la patience canadienne.Le gouvernement et le pays peuvent sans danger s'accorder un délai de quelques mois avant de passer à l'examen final d'un projet de loi par lequel le ministre de l'Emploi et de l'Immigration tente avec raison de réprimer les abus dont souffre l'hospitalité canadienne à cause de la fourberie d'imposteurs qui racontent n'importe quoi pour s'installer ici.Délai d'autant plus opportun que M.Benoit Bouchard, ministre responsable, pourrait tenir compte de certaines critiques suscitées par son projet et rendre sa future loi plus équitable, mieux accordée surtout à notre tradition d'accueil envers ceux qui sont d'authentiques réfugiés suivant la Convention des Nations unies de 1951, c'est-à-dire des personnes ayant des motifs sérieux de craindre la persécution dans leur pays de résidence à cause de leur race, leur religion, leur nationalité, leur appartenance à un groupe social ou leurs opinions politiques.Le gouvernement, s'il réussit à réunir les Chambres dans quelques jours, envisage même l'hypothèse de raffermir davantage son projet de loi en demandant des pouvoirs plus étendus qui lui permettraient de renvoyer dans le pays de transit les personnes qui, à l'arrivée, ne répondent pas aux exigences du statut réclamé.Par cette politique de la dureté, le gouvernement veut, de toute évidence, répondre à l'exaspération d'un grand nombre de citoyens qui tolèrent de moins en moins l'entrée de réfugiés ici.Si les conservateurs donnaient suite à leur projet, ils céderaient à la tentation de la démagogie et se rendraient coupables d'un opportunisme électoraliste à seule fin de regagner des points au tableau des sondages.Le ton faussement alarmiste des interventions ministérielles des jours derniers inspire des craintes sérieuses à cet égard.Certes le temps est venu de réviser notre loi afin d'éliminer les abus déplorés et de l'adapter aux conditions nouvelles des migrations mondiales.Mais, en ces matières, l'exaspération populaire ne constitue pas un critère absolu et les sessions d'urgence au coeur de l'été ne sont guère propices à l'adoption de bis justes et réalistes.Michel ROY Scrutin en Ontario L e scrutin du 10 septembre prochain, en Ontario, revêt une importance qui déborde de beaucoup les frontières de cette province.Le premier ministre David Pe' jrson est en effet le champion actuel du nationalisme économique canadien, tel que préconisé 'par Walter Gardon dans les années 60.Il constitue donc le critique le plus crédible parmi les opposants aux négociations du /libre-échange.M.Peterson ne s'en est pas caché, hier, en annonçant son intention d'aller demander à l'électorat un mandat clair pour défendre les intérêts de sa province dans ce dossier.Selon lui, le Canada n'est pas à vendre.Consentir au libre-échange, dit-il, signifierait, pour l'économie canadienne et la prédominance : économique ontarienne sur le reste du pays, un danger.À la dissolution de l'Assemblée législative ontarienne, les libéraux détenaient 51 sièges, les conservateurs 50 et le Nouveau Parti démocratique, qui faisait alliance avec les libéraux contre les conservateurs, 23.: Le son de cloche de M.Peterson risque d'être entendu, au moins chez lui.Il provient, en effet, non pas de sources syndicales, comme celles qui inspirent le NPD, mais des milieu;: d'affaires ontariens.Ceux-ci craignent pour leur monopole.> La campagne que mènera, tout le mois d'août, le leader libéral ontarien sera donc suivie avec intérêt par tous ceux qui s'intéressent aux négociations du libre-échange.Elle intéresse également, au plus haut point, I état-major du Parti libéral du Canada.M.Peterson, en effet, se situe à l'école la plus progressiste des libéraux.Nécessité obligeant, il a dû, ces deux dernières années, adopter une ligne social-démocrate pour obtenir le support du Nouveau Parti démocratique, sans lequel il n'aurait pas pu diriger.C'est ainsi, par exemple, qu'il a tenu tête de la façon la plus vigoureuse aux médecins de sa province, à qui il a interdit de .recevoir des honoraires en plus de ceux prévus par l'assurance-santé.Son lit étant fait, M.Peterson ne peut maintenant plus verser dans le conservatisme.Il n'a d'ailleurs pas l'intention de \u2022 le faire, ayant annoncé qu'en plus de demander un mandat sur le libre-échange, il comptait mettre l'accent sur l'amélioration des services d'éducation et des services sociaux dans sa province ainsi que sur une politique de plein emploi.Mais l'élection signifie beaucoup, également, pour les néodémocrates.M.Peterson a «volé» au NPD, dirigé par M.Bob Rae, toutes ses bonnes idées.À tel point que les néo-démocra- .«.es un un ici ta widignsnt une dégelée !c 10 septembre, isquelic-.pourrait nuire énormément à l'ascension que connaît le parti, .depuis quelques mois, dans les sondages à l'échelle nationale.Quant aux conservateurs, dirigés par M.Larry Grossman, ils .' pe sont pas encore remis des luttes qu'a engendrées la succession de M.Bill Davis et de la perte du pouvoir qu'ils exerçaient depuis 42 ans.Il serait étonnant que M.Brian Mulroney puisse trouver là quelque réconfort dans ses déboires personnels.Pl«rr» VIMNJIT LES WiAlî&eS OCCiVEHTAUX twpietfr M sa oui, on \t1\u2014-tt *\t \t\t| \t\t1 flip\t\t \t\t en PÂierie/L/r va vRotr te
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