La presse, 21 août 1988, B. Sciences et techniques
[" LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 AOÛT 1988 Vivons-nous l'âge d'or de la biologie cellulaire ?JEAN-PIERRE ROCEL Agence Science-Presse collaboration .spéciale Le quatrième Congrès international de biologie cellulaire, qui s'est tenu la semaine dernière à Montréal, a été à l'image de ce domaine en ebullition.II a donné lieu à un feu d'artifice de communications sur des recherches très spécialisées.41 a ressemblé, en fait, à une sorte de marathon de l'information scientifique, mené au triple galop.De quoi étourdir les 3 000 participants venus du monde entier! 11 faut comprendre que ces très grands congrès de taillé internationale sont des événements rares.Ils n'ont lieu qu'une fois tous les quatre ou cinq ans dans chaque discipline.Pour les meilleurs spécialistes internationaux, c'est l'occasion de faire le point des progrès les plus significatifs et de communiquer les résultats de leurs expériences récentes.Mais c'est aussi l'occasion de rencontrer des collègues étrangers et d'échanger des idées: en science comme partout ailleurs, ces contacts informels nouveau savoir dans des applications utiles».Pour le Dr Pelade, nous vivons ainsi une sorte d'âge d'or de la recherche en biologie cellulaire, une période particulièrement féconde.Un autre pionnier de ce domaine, le Dr Charles Le-blond, ex-professeur à l'université McGill, a renchéri sur ces paroles devant les congressistes, en évoquant sa carrière dont le début remonte aux années 30.Des équipements sophistiqués Un autre phénomène qui frappe l'observateur dans un tel congrès, c'est l'importance croissante des outils utilisés en recherche.De plus en plus on fait appel à des appareils extrêmement précis et complexes, et à des techniques d'analyse ultrasensibles.Pour fouiller le coeur de la cellule, on se sert, bien sûr, des microscopes électroniques à très haute résolution, mais aussi de toute une panoplie de techniques d'analyse et d'expérimentation très sophistiquées, avec des enzymes et des fragments d'ADN.Une visite à la salle d'exposition commerciale du congrès, située au rez-de-chaussée du Palais des Congrès, était à cet égard un exercice très édifiant.On pouvait y voir des appareils d'imagerie médicale donnant de superbes images de corpuscules de la taille d'un ou deux TELEPH0T0 AP Le prix Nobel Georges Palade: Le temps qui passe entre la découverte et ses applications s'est beaucoup raccourci.sont précieux et forment en grande partie la raison d'être de ces gigantesques réunions.Une discipline éclatée La première chose qui frappe l'observateur dans le cas présent, c'est l'extraordinaire diversité des sujets abordés.C'est comme si l'étude fondamentale de la cellule, de ses composantes et de ses fonctions \u2014 c'est-à-dire le champ initial de la biologie cellulaire, au temps du simple microsco-i pe à lumière d'il y a 50 ans \u2014 avait éclaté en une vingtaine de spécialités à part entière.Ce champ est d'ailleurs passé au stade de l'infiniment petit, accessible grâce au microscope électronique, et est devenu biologie moléculaire.Mais, dans l'ensemble, l'éclatement , est tel qu'il devient très difficile à un chercheur d'une de ces spécialités de suivre les développements dans les spécialités voisines de la sienne, même à l'intérieur de la biologie cellulaire et moléculaire.Bien entendu, ceci est aussi dû à un autre phénomène, qu'est venu rappeler le prix Nobel Georges Palade, un .Américain d'origine roumaine ; âgé de 76 ans et encore très \u2022 actif en recherche.«La vitesse ' du.progrès dans les connaissances scientifiques s'accélère considérablement depuis quelques décennies», a souligné M.Palade.Une des conséquences, poursuit le prix Nobel, est que « le temps qui passe entre la découverte et ses applications : s'est beaucoup raccourci ».Ainsi, les techniques de fécondation artificielle, ou certains traitements de lutte contre le cancer ou contre le sida, .ou encore la création de nouvelles variétés de plantes par manipulations génétiques, sont des applications concrètes des percées de la recherche fondamentale en biologie cellulaire.Elles auraient été im-pensables il y a 20 ans, mais elles sont arrivées très vite et nous en bénéficions déjà en ce moment.Cette accélération, estime le Dr Palade, rend la recherche en biologie encore plus exci-i tante, car les progrès sont constants et manifestes: «De grands pans d'ignorance tombent, de nouveaux fronts de recherche s'ouvrent sans cesse, et la société intègre tout ce microns.On découvrait aussi des instruments d'analyse d'une sensibilité vraiment extraordinaire, et des séquen-ceurs de gènes liés à des banques de données informatiques d'une capacité de mémoire fantastique.Là aussi on progresse à pas de géant.Ces appareils coûtent très cher, mais ce sont des must dans tous les laboratoires de pointe.Une des conséquences de cette situation, dont on a peu parlé jusqu'ici, est que seules les équipes les plus riches peuvent s'équiper avec ce qui est à la fine pointe de la technique en biologie moléculaire.Les écarts se creusent donc entre les «ligues majeures» de la recherche et les «ligues mineures».Les laboratoires de taille, moyenne à l'échelle internationale sont dépassés par les gros labos très riches.11 en va de même au niveau des pays.Le tiers monde isolé Ainsi, la compétition au niveau mondial se déroule de plus en plus entre quelques grands laboratoires exclusivement nord-américains, européens ou japonais.Signe manifeste de ce phénomène, aucun des 164 conférenciers principaux de ce quatrième congrès international ne venait d'un pays du tiers monde.Avec l'arrivée massive des biotechnologies modernes \u2014 c'est-à-dire, celles qui font appel à la manipulation directe des gènes, par comparaison aux techniques plus traditionnelles \u2014, il y a là un problème réel pour l'avenir.Les pays en voie de développement pourront-ils profiter des percées scientifiques en biologie, pour soigner et nourrir leurs populations affamées?Y aura-t-il une nouvelle donnée dans les relations Nord-Sud, à l'occasion de l'arrivée des biotechnologies modernes?En particulier, la «seconde révolution verte» promise par les biologistes \u2014 avec ses plantes plus productives et résistantes aux maladies \u2014 se produira-t-ellc dans le tiers monde?Ou bien ne touchera-t-clle que les pays développés?Voilà des questions qui risquent de se poser de façon cruciale, au fur et à mesure que nous avançons dans les applications des nouvelles connaissances en biologie moléculaire.Le robot distributeur d'aliments à l'oeuvre: il se déplace sur mônorail, s'arrête devant chaque stalle et laisse s'échapper une quantité fixe de nourriture.photos robert nadon, La presse ordinateur est entré à la ferme Nos vaches mangent au micro-processeur \u2022 NATHALIE GILBERT e vous surprenez pas si en entrant dans une ferme, vous arrivez face à face'; avec une gigantes^ que machine sertie de dizaines de , boutons.Vous venez tout juste de vivre votre premier contact avec les ordinateurs de ferme.Eh oui! L'informatique a conquis l'étable, les ordinateurs côtoient maintenant les poules «t les chevaux.Adieu veaux, vaches, cochons, couvées?Pas du, tout! Les animaux ne se promènent pas encore avec un logiciel entre les deux oreilles.Ils continuent à vivre paisiblement tout en s'habi-tuant assez facilement à la présence froide de leurs amis en métal.À Saint-Germain-de-Gran-tham, près de Drummondville, M.Gilles Perrcault a le teint basané et le soUrire invitant.Avec fierté, il présente sa dernière acquisition, le robot distributeur d'aliments, un mastodonte vert qui trône juste à côté de quelques vaches qui broutent, l'air indifférent.«C'est une machine qui permet de sauver du temps, qui empêche la perte de moulée et qui donne un bien meilleur rendement», affirme M.Jean-François Rivard, de la compagnie WIC.Et c'est parti! Le robot de $15 000 se déplace sur un monorail, s'arrête devant chaque stalle et laisse s'échapper une quantité de nourriture déterminée à l'avance.Ce système permet de donner à chaque animal une ration fixe à heures régulières.II faut bien dire que chez M.Per: rcault, les vaches trichaient sur rieur régime: elles s'agenouillaient et tiraient la langue pour voler de là moulée à leurs consoeurs.«Grâce à un ordinateur de poche, il est possible de garder en mémoire le programme alimentaire du bétail.Le robot, lui, est muni, d'un système de remplissage automatique.Il .peut proportionner et distribuer jusqu'à quatre ingrédients», explique M.Rivard.«Je nourris mes 40 vaches avec de la moulée et un supplément de vitamines! La machine permet de maximiser mes grains et de les nourrir plus souvent», affirme M.Perreault.Son troupeau est égale-, ment plus en santé.«Ça arrivait souvent que les vaches, mangeaient trbp'de môùlée'à la fùtef EJIes développaient de l'àcidose.» Selon lui.'Iè temps passé à la ferme demeure le même mais la.pro- ductivité augmente sensiblement.«Une vache, ça devient comme un athlète.Il faut la nourrir selon son stade de développement en lui donnant tout ce dont elle a besoin.» WIC offre également un autre genre de robot distributeur d'aliments pour le moins surprenant.Les vaches, qui sont libres-dans leurs déplacements et qui donc peuvent venir manger fréquemment sans aucun contrôle, sont : désormais sous surveillance.Un ^émetteur est fixé à l'oreille ou au \" cou de l'animal.Dès que la vache se penche sur la mangeoire, l'ordinateur se souvient automati-, quement de ce qu'elle a absorbé M.Jean-François Rivard et l'ordinateur de poche WIC, qui est utilisé avec le robot distributeur d'aliments.Le directeur de la production chez WIC, M.Lorenzo Ménard, montre les sortes de grains dont on se sert dans le broyeur à grains informatisé.depuis le matin et ne lui verse que la quantité qu'elle doit recevoir.Le broyeur à grains La ferme de M.Gérard Lavallée est située dans un joli village baptisé Wickham.Il est un des plus gros producteurs de porcs et de poulets dans la région.Wickham se retrouve dans la liste des cinq villages les plus riches par habitant au Canada.Pas étonnant que M.Lavallée ait songé à mettre sa ferme à l'heure de l'informatique.Le directeur de la production ., chez WIC, M.Lorenzo Ménard, a ! l'air minuscule à côté des importantes pièces qui constituent le broyeur à grains informatisé.Ce monstre de $27 000 présente d'importants avantages pour les grosses productions comme celles de M.Lavallée.Un broyeur à grains, ça fait quoi dans la vie?En gros, cet engin permet de concocter des recettes pour chacune des bêtes, en tenant compte de leur cycle de vie.Ces menus sont constitués d'une dizaine d'ingrédients.À la ferme de M.Lavallée, ces composantes (mais et orge) proviennent directement des silos grâce à un système de tuyauterie.Le broyeur hache, déchiquette et broie les ingrédients pour ensuite les propulser dans un silo.Quels sont les avantages pour le fermier?Ils consistent ën une moulée plus fraîche, plus nutritri-vc et surtout.moins coûteuse.«Le fermier peut savoir exactement ce qui se trouve dans sa moulée.Quand il l'achète toute faite, il ne sait jamais ce qu'il y retrouve», déclare M.Ménard.Paraît-il que ces moulées contiennent parfois de la graisse de cochon malade.«Chose certaine, depuis que M.! Lavallée utilise la moulée qu'il produit lui-même, le taux de maladie chez ses cochons a beaucoup diminué», ajoute M.Ménard.Les économies sont aussi alléchantes: «Le prix de la moulée a augmenté de beaucoup lorsqu'il y a eu la sécheresse dans l'Ouest canadien.Avec le broyeur à grains, on peut économiser environ $30 la tonne», fait-il remarquer.Economie appréciable quand on songe que M.Lavallée produit hebdomadairement 25 tonnes de nourriture pour ses 30 000 porcs et ses nombreux poulets.Des outils de gestion informatisés Finies les longues colonnes de chiffres, les calculs interminables pour savoir comment Caillette et Pâquerette ont donné de lait: la compagnie SIGA se spécialise dans les logiciels de ferme et permet une gestion efficace de l'entreprise.Depuis 1981, cette compagnie québécoise perfectionne ses outils de gestion pour les utiliser dans les opérations de comptabilité, de gestion des troupeaux laitiers et des champs ainsi que pour les calculs des rations alimentaires.SIGA fut d'ailleurs une des premières entreprises québécoises à introduire le logiciel de rations alimentaires.Pour équiper sa ferme d'un logiciel de gestion, le cultivateur devra débourser de 7 à $10 000.L'ordinateur se chargera des be- VOIR L'ORDINATEUR,ENB 4 B2 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 AOÛT 1988 Paul Desmarals president du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjirdln».directeur de l'Information Alain Dubuc, éditorialiste en chef Editorial La guerre des alumineries Le régime fédéral ouvre la porte à des conflits entre régions qui veulent s'arracher la manne du gouvernement central.C'est normal.Mais il y a parfois des chicanes tout à fait inutiles.On en a eu un bel exemple cette semaine avec l'affronte-ment qui a opposé le Québec au Manitoba.Tout a commencé lorsque le premier ministre Mulroney, en visite pré-électorale sur la Côte Nord, a annoncé qu'il appuyait le projet de construction d'une aluminerie à Sept-îles.Cela a suscité de vives réactions du gouvernement manito-bain qui, lui aussi, souhaite l'implantation d'une aluminerie.A Winnipeg, on a déduit des propos de M.Mulroney qu'il privilégiait le Québec au Manitoba.Il faut dire que les Manitobains nous en veulent encore depuis que le Québec a obtenu le contrat d'entretien des M8 sur lequel la province centrale comptait beaucoup.L'opposition à la Chambre des Communes s'est enpàrée de l'affaire, estimant que le gouvernement conservateur favorisait le Québec et sa région à la veille des élections.Ces craintes et ces critiques n'étaient pas justifiées; elles ne peuvent s'expliquer que par une méconnaissance de l'industrie de l'aluminium.Une aluminerie, qui coûte au moins un milliard, n'est pas un dépanneur; les régies du jeu ne sont pas les mêmes.Le Québec exporte la majeure partie de sa production, et chaque compagnie installée ici utilise les alumineries québécoises pour alimenter son propre réseau mondial.Il n'y a donc pas de concurrence sur le terrain et il y a même de la place pour les nouvelles venues.De la même façon, un nouvel investissement au Québec ne menacera en rien un projet manitobain.La seule contrainte tient aux besoins mondiaux, qui eux, n'augmentent pas nécessairement en flèche.Mais cela ne menace pas vraiment les nouveaux projets, peu importe où au Canada.Quand une nouvelle aluminerie s'installe ici, elle provoque habituellement la fermeture d'autres installations ailleurs dans le monde, moins modernes et moins rentables.L'avantage dont on dispose ici, c'est l'énergie à bon marché.L'inquiétude des Manitobains et de leurs défenseurs à Ottawa était d'autant étonnante que le projet dont profitera peut-être Sept-îles n'est pas soutenu à bout de bras par le gouvernement fédéral.Ce projet, baptisé Alouette, est une initiative du secteur privé, dirigée par la société Reynolds, associée à des partenaires autrichiens et japonais.Quant à l'intervention gouvernementale, elle est d'abord assurée par la Société générale de financement, une société d'État québécoise, qui sera partenaire dans le projet, et ensuite par des tarifs d'électricité avantageux consentis par Hydro-Québec, une autre société d'État québécoise.C'est donc, d'abord et avant tout, un projet québécois.Même le choix de Sept-îles a été fait par le gouvernement du Québec.Le seul rôle d'Ottawa consistera à s'assurer que Sept-îles puisse accueillir un tel projet, notamment du côté des infrastructures portuaires et routières.Heureusement, le premier ministre Bourassa a réussi à clarifier les choses avec son homologue manitobain.Il n'en reste pas moins que cette petite crise est inquiétante, car elle semble refléter un certain état d'esprit, une certaine hargne envers le Québec, qui pourrait devenir fort malsain dans le climat exalté d'une campagne électorale.ALAIN DUBUC Prague: il y a 20 ans Le 20e anniversaire de l'écrasement du printemps de Prague a une signification particulière: c'est au tour de Moscou de soulever des espoirs de démocratie par la libéralisation de l'information et par des réformes politiques et économiques.Quant à la Tchécoslovaquie, elle ne s'est jamais remise de l'effondrement de ses rêves et stagne dans une rigidité toute bréjnévienne.Prague célèbre l'anniversaire en justifiant l'invasion du pays par ses alliés, en censurant les souvenirs un peu trop colorés de M.Vasil Bilak, actuellement le numéro deux du Parti communiste tchécoslovaque, et viiifie M.Alexander Dudcek, le premier secrétaire du parti il y a 20 ans.Moscou ne fait pas son autocritique, mais préférerait passer le tout sous silence.A quoi bon ressasser une vieille histoire?La question que se posent les partisans du renouveau politique et économique en Europe de l'Est est de savoir s'il est mieux de faire confiance à la politique de M.Gorbatchev et de travailler à l'intérieur du parti communiste ou s'il faut s'opposer au parti et viser d'abord le pluralisme politique.La Hongrie est le cas le plus typique de la réforme inspirée et dirigée par le parti.Celui-ci anticipe les possibilités d'assouplir le régime, d'ouvrir davantage la vie politique à des idées parfois divergentes et de rendre l'économie plus ouverte et plus efficace.La Hongrie est en quelque sorte un banc d'essai pour les idées de M.Gorbatchev.En Pologne, M.Jaruzelski voudrait en faire autant, mais les Polonais ne font plus confiance au parti.Ils ont rejeté son plan de réforme économique et mettent tous leurs espoirs dans le syndicat indépendant Solidarité, C'est lui qui organise les grèves, qui risquent de paralyser l'industrie polonaise, dans le but de se faire reconnaître par le gouvernement.S'il réussit, il deviendra un puissant rival pour le Parti communiste dans une lutte pour le pouvoir qui rappellera plus la révolution hongroise de 1956 que le printemps de Prague.Ailleurs, l'opposition en Tchécolovaquie épouse davantage les thèses de Solidarité que les idées de M.Dubcek et de M.Gorbatchev, ayant constaté que la possibilité pour un parti d'évoluer vers la démocratie est trop limitée par des contraintes idéologiques et par les intérêts personnels des dirigeants.La résurrection la plus étonnante de l'esprit du printemps de Prague est en Estonie.Un mouvement politique indépendant du Parti communiste, le Front populaire, a contraint le gouvernement à faire des concessions, dont l'adoption du drapeau bleu, blanc, noir de l'Estonie indépendante et l'alignement de l'heure estonienne à celle de la Finlande et non celle de Moscou.Il préconise l'estonien comme seule langue officielle et a su convaincre le Parti communiste d'obtenir de Moscou l'autonomie totale de l'économie estonienne.Le dynamisme de l'Estonie est telle que les Russes qui s'y installent s'efforcent enfin d'en apprendre la langue.Le Front populaire se défend d'être anti-soviétique et a adopté le slogan: «Une Estonie souveraine à l'intérieur de l'Union soviétique.» M.Dubcek était en avance sur son temps et s'est butté à l'intransigeance de Moscou.Les réformateurs d'aujourd'hui ont la chance de jouir de la bienveillance et de l'encouragement de Moscou.a.Frédéric WAGNIÈRE T T TRIBUNE LIBRE Cogne, lance, compte et gagne i ¦ «Pourquoi a-t-on substitué au titre initial «Lance et compte» de la série télévisée québécoise le «Cogne et gagne» de la version française de la production anglaise?» demande Louis Martin à un journaliste français, à «Présent» (CBF), le 17 avril 1987.«Par fidélité à l'usage, avec l'assentiment des Français, des Belges et ses Suisses qui ont participé au vision-nement critique des émissions», lui répond-on.Au Québec, il faut aller au-delà de l'usage, voire de l'intuition langagière profonde, individuelle ou collective, pour comprendre ou justifier certains faits de langue, notre sensibilité à la spécificité de notre langue, à son «esprit», résistant mal aux pressions du complexe linguistique difficile dans lequel nous évoluons.C'est ainsi que pour expliquer le choix du titre «Cogne et gagne» de la série française, il faut faire appel à la stylistique comparée du français et de l'anglais, qui met en relief les' spécificités des deux langues, ici, au niveau du sémastisme du verbe comme catégorie grammaticale.Le verbe, pivot de la proposition dans les langues indo-européennes, indique en français le résultat ou la finalité de Faction, alors qu'en anglais, il en souligne la modalité.C'est là une démarche à peu près constante, en ce qui concerne le français: d'abord le résultat, ensuite le moyen, s'il y a lieu.Par contre, l'anglais, langue d'évocation et de description, s'attarde sur l'action en cours.Dans ces deux titres, deux phrases elliptiques de deux propositions réduites chacune à un seul verbe, le principe est clairement illustré: on aura en français «Cogne» qui rend la finalité de l'action, plutôt que.«Lance», qui en indique la modalité, et «Gagne», ultime fin du procès, plutôt que «Compte», moyen lié à sa réalisation.Finalité et modalité de l'action sont rendues ici par le séman-tisme des verbes.Gérard Dagc-nais disait à ceci près: «Parler français, ce n'est pas dire avec des mots français une pensée formée à l'anglaise».D'autre part, le genre des termes désignant des fonctions remplies par les femmes suscite toujours.des controverses au Québec.Revendication féministe déguisée?Stratégie compensatoire?Pourtant, l'allemand à toujours ses termes neutres: «Das Madchen»: «la jeune fille».«Das» est article défini neutre.Va-t-on modifier la grammaire allemande pour autant?; A quoi correspond le souhait de «Joyeuse Pâques» du dernier message pascal du député Louise Robic à ses électeurs?Est-il l'expression d'une quelconque discrémination, étant réservé aux seuls Juifs de son comté qui fêtent leur Pâquc en même temps que nos Pâques, cette année?Comment s'y retrouver?Sans doute faut-il ne pas être trop exigeant, le bulletin offre des voeux en anglais, en italien et en français, un français qui n'a pas passé à la révision, malheureusement.En sommes-nous déjà au clivage linguistique et culturel, conséquence de l'aberration sociale que représente le multicultura- lisme, cet humanisme nouveau genre, qui n'est qu'une forme déguisée d'un parasitisme éhonté et dangereux?Dans notre pays nouveau genre, genre fourre-tout, qui sera gagnant et dominant dans cette Babel improvisée?À Saint-Laurent, la Zélée, où le plus petit fascicule porte depuis longtemps les deux langues, dont le français en est une de traduction servile, où l'étranger par la langue et la peau est majoritaire dans la rue et de nombreuses écoles, ne faudrait-il pas être d'une exigence et une attention sans faille?Pourtant, une note au comptoir de la banque rappelle aux clients : «Regardez pour les obligations du Canada.» ; une ouverture pratiquée dans la porte avant de la bibliothèque de la ville, ce haut lieu de culture, est marquée: «Chute à livres».Que dire des textes de certaines plaques commémora-tives des édifices publics, la bibliothèque entre autres, gravés dans le métal?Versions des originaux anglais, ils n'«ont de français que des mots».Et quoi d'autre?Le «possiblement» de nos politiciens?Le «Québécois de souche» des immigrants qui évacue l'Histoire, \u2014 et allègrement, sans doute par souci de clivage, \u2014 et nous définit par opposition à eux au seul présent.Une façon de réduire l'espace entre eux et nous pour une occupation plus sûre et plus rapide de la place?Et pour terminer.quand le souci de la vérité historique s'impose à vous: par quelle aberration intellectuelle, ou I a cogné et gagné.ignorance, ou bêtise, donne-ton à notre pays «deux peuples fondateurs»?Accepter une telr-.:; le assertion, ce n'est rien de ' moins que vendre son âme.Je termine la très belle His- « toire du Canada du Gustave Lanctot: quelle extraordinaire aventure! Qu'elle survive au temps, dans la possession totale par nos enfants, leurs enfants.du bien ancestral, le territoire, la langue, l'art de vivre! G.CLOUTIER Saint-Laurent Transport en l'inefficacité commun: assurée Mme Louise Roy, présidente Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM) ¦ Malgré tout le talent que vous avez et celui qu'on vous firête, malgré la somme des ef-orts déployés sous vos ordres, malgré toute la compétence qui filtre à tous les niveaux de la STCUM, lé transport en commun se révèle d'une inefficacité assurée dans l'agglomération montréalaise, s Le 21 juillet dernier, j'ai vécu Fiersonnellement, avec des mil-iers d'autres usagers, une expérience qui vaut mille discours.Les faits parlent d'eux-mêmes.Énumérons-les: 18 h 05: Arrivée à la station de métro Sauvé, montée à bord de l'autobus allant à la gare du train de banlieue à Côte-Vertu, à St-Laurent.18 h 25: Arrivée à la gare du train de banlieue, 'v près de l'intersection Côte-Vertu-Jules Poi-tras.18 h 45: Le train de banlieue, quai Côte-Vertu, celui-là même qui se pointe là, avec la précision du Big Ben (sauf au déluge du 14 juillet 1987), à 18 h 01 depuis deux ans, se fait toujours attendre.18 h 50: Échange courtois d'inquiétudes et d'incertitudes et de questions sur le quai de la gare.18 h 55: Lassé, (c'était pour moi une première en ce sens-là), je décide, devant des gens qui attendaient fïgément, la rage au coeur sous le coup d'une chaleur ultra-saharienne, d'aller à l'oasis des sources.de renseignements pour savoir ce qui se passait.19 h 00: Après une course imaginable dans les.rues de St-Laurent, en quête et à la recherche d'un appareil téléphonique, appel à AUTOBUS (288-6287), le numéro de la SCTUM.Réponse: «Attendez un moment, je ne sais , pas.» 19 h 03: «Quelque chose ne va pas; y a un problème: les trains n'avancent ni dans un sens ni dans l'autre \u2014 ni vers Montréal, ni vers l'Ouest de l'île.Une alerte à la bombe a eu Heu tout à l'heure à la Gare centrale de Montréal, où la police procède à des fouilles préventives et à des vérifications.19 h 04: Appel téléphonique à Radio-Canada pour informer le public de la situation (ce qui aurait dû être fait par le service des communications ou des relations publiques de la STCUM).À ce moment-là, des centaines d'usagers poireautaient sur les quais de diverses gares, en douce impatience jusqu'à l'angoisse et la torture morale et physique.19 h 15: Retour, au pas de course, au quai de la gare Côte-Vertu, pour dire aux gens inquiets et angoissés dans l'attente prolongée le pourquoi du retard accusé et reconnu., * ¦ ' 19 h 20: Tentative de joindre, Car téléphone, un oraroe brûlé d'ulcères qui attendait sa femme désespérément depuis 18 h 01 (un ancien contrôleur d'avions!).19 h 30: Décision de retourner à la maison par le Il est pour le moins exaspérant d'attendre un train qui ne vient pas, sans savoir pourquoi.transport en commun, pour l'éprouver jusqu'au bout (selon les données fournies par téléphone par un préposé de la STCUM (AUTOBUS).19 h 35: Autobus 121 20 h 00: Autobus 215 20 h 20: Autobus 208, attendu dans l'impatience et la rogne pendant trop longtemps.20 h 35: Appel téléphonique d'un taxi grâce à la gentillesse d'un monsieur, assis sur son balcon frais en face de l'arrêt d'autobus au coin de Bunswick et Beacon, à Dollard-des-Ormeaux.20 h 45: J'arrive, à moitié mort, suant et complètement furieux, à mon nouveau home du West Island.Plus de deux heures et demie pour se rendre \u2014 par transport en commun \u2014 de Ahuntsic à Dollard-des-Ormeaux, c'est un peu beaucoup.On franchit en moins de temps, en auto ou par autobus, la distance qui sépare Montréal d'Ottawa.La STCUM n'est évidemment pas responsable de l'alerte à la bombe, ce 21 juillet 1988.Toutefois, quand un évé- nement semblable se produit, ne pourrait-on pas, dans une société civilisée, informer les usagers qui poireautent ou s'inquiètent sur les quais des gares?Ce serait là un service public à rendre.Un vrai.L'installation d'appareils téléphoniques sur les quais des gares, on n'y a pas pensé?Trop compliqué, peut-être?Surtout en conflit de travail chez Bell Canada.Mais en d'autres temps: avant ou après ce conflit?Longtemps je me souviendrai de ce 21 juillet 1988 et de l'inefficacité assurée jtfftffij moyens de transport en commun de la STCUM.Ce que j'ai vécu, avec beaucoup d autres, usagers, illustre scandaleuse* ment le manque de respect dé la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal à l'égard du public contribuable, celui qui paie votre salaire, madame, et celui de tous vos subalternes.Cette expérience ou cette aventu£ej; m'aura convaincu de.la néces*.site pour moi d'acquérir unéî automobile: avec un système\" d'air climatisé (ce qui est affreusement absent des trains de banlieue), ça polluera moins; mes déplacements.*\"* Réal OUIMET Dollard-des-Ormeaux Le déplumé de la tronche ¦ Trop, c'est tropl Les publicitaires prennent réellement les Îens pour des imbéciles, luand on nous disait que le poulet est bon à s'en lécher les doigts, je trouvais ça amusant et j'en achetais même si toute personne le moindrement sensé sait qu'on se lèche les doigts parce que c'est la seule façon d'y enlever le mélange homogène de colle et de graisse qui y adhère.Mais qu'un affreux déplumé de la tronche vienne nous caqueter ridiculement des insanités, c'est trop.Je n'achèterai plus-jamais de cette saloperie de poulet! Qu'on vante les merited d'un déodorisant ça va, mais qu'on nous assure qu'il y a un avantage à ce que le bâton soit tout en largeur, mon oeil.Toute personne le moindrement intelligente aura compris que l'avantage est pour le manufacturier car il en reste plus dans le fond du bâton qui est inutilisable et qu'on doit jeter.J'en profite pour dire à la compagnie «Eve-ready» qu'elle ne me vendra jamais de piles en utilisant cet espèce de gorille à tête de débile musclé, surtout en me criant des stupidités dans les oreilles! Oille! Il n'y a pas si longtemps, j'achetais du « Pepsi » 750 mL à la caisse, l'ai changé de marque depuis que «Linel» vient nous, débiter ses inepties sur Pepsi.Je ne m'étendrai pas sur les deux enfants qui font du ski alpin dans une salle de montre d'auto en marmonnant qu'ils vont ouvrir la «machiiinc».m Quant au Au bon marché, j'ai bien hâte d'avoir besoin d'un accessoire de salle de bain'\" afin de l'acheter ailleurs et de leur envoyer la facture pour leur montrer qu'à aucun prix je n'achèterai dans leur magasin à cause de cette réclame idiote-qui m'énerve au plus haut point.Boycottons toutes ces réclames dont l'idiotie n'a d'égal' que la cupidité de ceux qui la font.C'est le seul langage que les publicitaires comprennent.Serge LECAULT Longueuil LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 AOÛT 1988 La Presse SUR LA SCÈNE DE L'ACTUALITÉ 1 ; ¦ x- SEMAINE DU 21 AOÛT 1988 I La personnalité de la semaine Président sortant de l'Association du Barreau canadien, ce juriste de Québec entend jouer pleinement son rôle au Sénat 1 n apprenant la nouvelle, jcan Bazin s'est, montré aussi honoré que surpris d'être nommé Personnalité de la semaine par Là Presse., il sait fort bien qu'il sera au coeur de l'actualité à titre de -président sortant de l'Association du Barreau canadien (ABC) qui tient à compter 'd'aujourd'hui ses assises annuelles à Montréal.Mais il ne se reconnaît pas le mérite d'avoir attiré ici cet événement impliquant près de 2 000 avocats, juges, notaires et étudiants en droit venant de toutes les parties du Canada.«Sauf exceptions, nos réunions annuelles se tiennent successivement dans huit grandes villes canadiennes, dont Montréal et Québec.On sait déjà que l'an prochain ce sera Vancouver et notre nouveau ^président, Pat Peacock, de Calgary, n'aura pas tendance à s'en attribuer la décision.C'est selon le même principe que notre congrès de 1983 s'est tenu à Québec et que, selon toute probabilité, il reviendra à Montréal en 1996.Alors.» L'importance de l'événement Le président de l'ABC se réjouit néanmoins, avec bonne grâce, de l'honneur qui lui échoit.«Disons que c'est une ; façon fort sympathique de souligner l'importance de l'événe-! ment qui débute aujourd'hui à Montréal.C'est la reconnaissance du caractère éminemment positif de ces assises, non pas uniquement sur le plan judiciaire, mais aussi au niveau d'une formidable offensive montréalaise au point de vue touristique et promotionnel.» lean Bazin reconnaît également d'emblée qu'au delà de ' sa personne, La Presse a voulu honorer tous ces hommes et femmes de Montréal qui, oeuvrant dans le domaine juridique, jouent un rôle capital au sein des institutions en général et de l'Association du Barreau canadien en particulier.«La représentation montréalaise, et plus généralement québécoise, dans l'ABC est fort importante et ses contributions aux grands débats sont souvent un apport essentiel.Sa présence est évidemment plus visible dans les structures d'organisation d'un congrès qui se déroule ici mais, je sais, pour avoir souvent assisté à d'autres congrès ailleurs, que nos juristes locaux jouissent d'une grande crédibilité partout au Canada.» Des goûts pour la politique L'actuel président de l'ABC n'en est pas à sa première expérience au sein d'institutions pan-canadiennes.Québécois de naissance, cet avocat de 48 ans, a fait ses études à l'Université Laval avant d'entreprendre sa carrière profession- A JEAN BAZIN « Nos juristes locaux jouissent d'une grande crédibilité partout au Canada.Leurs contributions aux grands débats sont souvent un apport essentiel» nelle à Montréal.Très vite, ses goûts naturels et ses amitiés l'ont amené au monde politique fédéral dont il a gravi tous les échelons sans jamais pourtant se faire élire comme député.Président de l'organisation du Parti conservateur au Québec, sous le leadership de Joe Clark de 1977 à 1979, c'est son vieil ami, Brian Mulroney, qui misera sur sa fidélité, son expérience dans l'organisation et ses nombreux contacts dans le parti.En 1983, il assume la coprésident nationale de la campagne électorale qui mène le Parti conservateur à la victoire en septembre 1984.Deux ans plus tard, le premier ministre Mulroney le nomme au Sénat.Depuis lors, Jean Bazin reconnaît que ses responsabilités au sein de l'ABC l'ont souvent tenu éloigné de la Chambre haute où, espère-t-il, il pourra jouer pleinement son rôle maintenant que son mandat s'achève à l'ABC avec le congrès de cette semaine.À condition que le Sénat survive à la prochaine campagne électorale?lean Bazin ne s'émeut guère et même se réjouit qu'on s'interroge sur l'utilité, la représentativité et les responsabilités de cette institution.L'utilité du Sénat?«Je ne souhaite pas qu'on prenne des décisions hâtives, dans un contexte passionné et dans une perspective strictement partisane, souligne-t-il.Mais je souscrit tout à fait à une réflexion en profondeur qui pourra déboucher sur les changements qui paraîtront justifiés.Avant, par exemple, de se demander s'il faut élire les sénateurs ou laisser aux provinces le droit de les nommer ou encore s'il faut modifier la répartition géographique des sièges, il y d'autres questions qui m'apparaissent plus importantes.«11 faudra qu'on se penche sur les pouvoirs que devrait avoir cette institution en matière, entre autres, d'un droit de veto aux décisions de la Chambre des Communes.Qu'on cherche comment les sénateurs pourraient le plus efficacement contribuer à la bonification des lois et servir de contrepoids aux députés.Il se peut qu'on arrive à des conclusions radicales allant jusqu'à l'abolition du Sénat ou à sa transformation profonde.Mais je pense qu'il serait dangereux qu'on fasse cette réflexion qui devrait se faire dans la sérénité en débat strictement électoral.» Sans le savoir, Jean Bazin vient peut-être d'esquisser les grandes lignes d'une discussion de fond à laquelle l'ABC pourrait consacrer un de ses congrès à venir.À Montréal ou ailleurs.Encore plus que du talent, de Vintelligence, même du génie, excellence naît de Veffort ALCAN Les gens d'hier Le père Chaumonot, missionnaire protecteur des Hurons CYRILLE s.FELTEAU collaboration spéciale ierre-Joseph-Marie m* Chaumonot, s.j., né à Sainte-Colombe-sur-Sei-ne (Bourgogne) au début du XVIIe siècle, arriva en Nouvelle-France dès 1639, avec les premières Hospitalières et Ursulines.il y.consacra les cinquante-deux dernières années de sa vie à évangéliser, à accompagner et à protéger les Hurons contre leurs plus, mortels ennemis, les Iroquois.Compagnon de ceux qui devaient devenir les «saints martyrs canadiens», le père Chaumonot est beaucoup moins connu qu'eux.Mais ses mérites n'en sont pas moins grands pour tout cela.' .De plus en plus, cependant, dans la région de Québec en particulier, on redécouvre ce remarquable missionnaire fondateur de Notre-Dame-de-Lorettc, devenue l'Anciennc-Lorctte.En 1688 (il y a donc 300 ans bien comptés), sur l'ordre de son supérieur, le père Jean Dablon, il rédigeait son autobiographie, texte captivant que l'on retrouve presque intégralement dans le livre de M.Gilles Drolet: Notre-Dame-de-Lorette et le père Chau-mohot.C'est en quelque sorte une «mini-relation de jésuite», mais c'est aussi le récit de la vie mouvementée d'un homme simple, franc, sincère, un peu naïf même par moments et qui dut surmonter maintes épreuves, surtout dans.sa prime jeunesse.En somme, une vie dominée par une vocation instinctive de missionnaire, attiré vers une contrée inconnue et lointaine.«À la fin de son adolescence», raconte son biographe, après avoir volé son oncle \u2014 faute de jeunesse qu'il se reprochera toute sa vie \u2014 Pierre-Marie-Joseph Chaumonot quitte son village et corn-, mence une vie misérable de vagabond, qui le conduit jusqu'à Rome.Avec force détails, le père Chaumonot relate les mille et une péripéties \u2014certaines ro-cambolesques\u2014 d'un long pèlerinage aussi hasardeux qUe pénible.Lorsqu'il parvient enfin au sanctuaire de Lorctte, but ultime de son long voyage, son état est lamentable.C'est là qu'il est guéri quasi miraculeusement d'une «horrible gale à la tête, pleine de pus et de vermine».Peu après, il entre chez les jésuites et part pour le Canada en même temps que les premières Hospitalières et Ursulines recrutées par Marie de l'Incarnation.Il fait ses débuts à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons (aujourd'hui Midland, en Ontario) en compagnie des pères Paul Ragueneau, Jean de Brébeuf et Antoine Daniel.Après la mort des martyrs et le désastre qui s'abat sur la nation hu-ronne, il accompagne les survivants dan leurs pérégrinations forcées jusqu'à Québec et de là à l'île d'Orléans, à Beauport, à Sillery, à Notre-Dame de Foy et enfin, à Notre-Dame-de-Lorette.Véritable modèle d'humilité, d'effacement, même, ce grand missionnaire avouait: «Je ne suis qu'un pauvre ignorant qui n'ai jamais étudié une seule leçon de théologie.» Pendant des décennies, le père Chaumonot a connu toutes les difficultés et les dangers de la vie er-rame dans sa nouvelle patrie.En 1666, il écrivait à un correspondant de Dijon: «Pour Un missionnaire du Canada, ceci passe pour proverbe: il faut avoir l'estomac fait à la fain), les yeux à la fumée, lès pieds à la neige et tout le corps à la fatigue.» * Sa mission de Notre-Dame-de-Lorette, où il vécut les vingt dernières années de sa vie, fut sans doute pour lui la plus chère.La chapelle qu'il y fit construire concrétisait à ses yeux le projet qu'il avait formé à Lorctte, en Italie, d'édifier au Canada une chapelle semblable à la Sainte Maison de Lorctte, reconnue comme la maison de la Sainte Famille à Nazareth.Cette chapelle rappelait donc d'une manière visible l'Annonciation, l'Incarnation et la vie cachée à Nazareth.Rappelons qu'avec Marie-Barbe de Boulogne, veuve du gouverneur d'Aille-boust.le père Chaumonot fonda à Montréal l'Association de la Sainte-Famille.Au Canada, la petite chapelle de Notre-Dame-de-Lorette devint un lieu de pèlerinage très fréquenté.Plusieurs miracles s'y seraient produits, tant pour les Hurons que pour les Français, grâce à son intercession.Le compagnon des* saints martyrs canadiens mourut à Québec le 21 février 1693, à l'âge de 82 ans.Depuis quelques années, des deux côtés de l'Atlantique on honore maintenant sa mémoire.C'est ainsi que dans son village natal, Sainte-Colombe-sur-Seine, on a érigé un petit musée franco-canadien en son honneur, mais consacré également aux Bourguignons qui ont émigré en Nouvelle-France.Tout récemment, au cours d'une tournée de tourisme en Bourgogne, il m'a été donné de le visiter et dy remarquer, tout particulièrement, une jolie maquette de la chapelle construite par le père Chaumonot à Notre-Dame-de-Lorette, près de Québec, en 1674, et dont on vient de retrouver les vestiges des fondations, au cours de fouilles archéologiques^ Les recherches historiques ont fait redécouvrir ce grand missionnaire peu ou mal connu, au point qu'on envisage maintenant l'introduction de sa cause de béatification.La réédition de son autobiographie, en 1985, chez Anne Sigier, a grandement contribué à cette redécouverte.Notrc-Dame-dc-Lorcttc et le père Chaumonot.Choix de texte de Gilles Drolet.Mit.Anne Sigier.169 pages.Le père Chaumonot en prière sculpture de Fwrand BourQwK B4 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 AOÛT 1988 Médaille d'or à WIC ¦ Le travail de la compagnie WIC, qui a ses bureaux à Wic-kham, a été honoré en avril dernier lors de l'ouverture du 27e Salon international de la machine agricole.L'Association des fabricants de matériel agricole du Québec a octroyé à l'entreprise sa toute première médaille d'or de l'innovation, dotée d'une bourse de $3 000, pour le système informatisé de production de moulée.C'est le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, M.Michel Page, qui a remis cette distinction en soulignant la souplesse d'utilisation de l'ordinateur et l'efficacité des équipements.D'une simple pression du doigt, il est maintenant possible de contrôler toutes les opérations de production nécessaires à l'alimentation des animaux de fermes.L'ORDINATEUR M.Gilles Perreault et sa femme ont fait entrer l'ordinateur à leur ferme de Saint-Germaln-de-Crantham PHOTO ROBERT NADON, U Preste L'ordinateur est entré SUITE DE LA PACE B 1 sognes ardues et tiendra à jour le pedigree de chaque animal.L'utilisateur peut-il donc se croiser les mains et laisser l'ordinateur travailler pour lui?Pas vraiment.L'ordinateur n'est pas encore capable de traire les vaches mais il permet certes de maximiser la production.Le président de SIGA, M.Richard Messier, explique que dans 90 p.cent des cas, le fermier peut réduire de façon significative ses coûts d'alimentation.«Il est même arrivé qu'en six mois l'acheteur réussisse à faire ses frais», explique-t-il.La bonne gestion de l'alimentation du troupeau permet aussi de nourrir les vaches au moment propice, en tenant compte de la courbe de lactation.«On constate assez rapidement une augmentation de la production laitière», mentionne M.Messier.L'ordinateur indique aussi le menu idéal pour chaque vache.Aucun facteur n'est laissé au hasard: le poids, l'âge, la qualité du fourrage, le taux de gras du lait, le taux de protéine, etc.Les fermiers voient-ils d'un bon oeil l'implantation d'un tel systè- me dans leur étable?L'informatique et la nature font-elles bon ménage?M.Messier fait remarquer qu'il détecte assez fréquemment une certaine crainte chez les cultivateurs.«Les fermiers sont peut-être réputés pour être conservateurs, mais ils sont de plus en plus innovateurs.Les logiciels sont très simples.Il n'y a que sept commandes et il est toujours possible de se servir du support téléphonique pour se dépanner.» De plus, la compagnie offre un programme de formation à tous les nouveaux acheteurs.En une journée et demie, ils sont déjà aptes à utiliser l'ordinateur.Le système développé par cette entreprise drummondvilloise a de nombreux adeptes, notamment au Québec, mais aussi en Ontario, aux États-Unis et même.au Venezuela.Ordinateurs simples mais très perfectionnés ¦ Les ordinateurs de ferme ont beau être simples d'utilisation, il n'en demeure pas moins qu'ils sont des plus perfectionnés.Quelques caractéristiques méritent qu'on s'y arrête.La console de l'ordinateur WIC 100 utilisée pour contrôler le broyeur à grains, est composée de 48 touches alpha-numériques et d'un tableau d'affichage à cristaux liquides.Il est possible de créer, à partir de huit ingrédients, 99 recettes qui seront conservées en mémoire.L'ordinateur offre également la possibilité de calibrer tous ces ingrédients.L'ordinateur gardera également en mémoire les proportions.Ce dernier a de plus la tâche de mettre en branle le processus de production des recettes.Il assure le démarrage séquentiel des moteurs et surveille la vitesse.Pour terminer le travail, l'ordinateur fournit un bilan cumulatif des opérations de la journée.Les concepteurs de cette machine ont aussi prévu le pire: les pannes d'électricité.En cas de noir total, pas de panique: l'ordinateur garde tout en mémoire.Si un problème survient, que ce soit un manque d'ingrédients ou tout autre pépin, l'ordinateur stoppe les opérations et, comble de perfectionnement, en indique la raison.Et pour les nostalgiques du travail «à la mitaine», on offre même la possibilité d'effectuer manuellement chaque opération.Médecine L'asthme et les animaux domestiques W.GIFFORD-JONES collaboration spéciale Le nombre d'enfants traités pour asthme n'a jamais été aussi élevé.Au Canada et aux État-Unis, on a diagnostiqué l'asthme chez huit millions de jeunes de moins de dix-sept ans.Au cours des années 70, la prévalence de la maladie s'est accrue de 58 p.cent chez les enfants de 6 à 11 ans.Le nombre de décès par année, chez le groupe des moins de 14 ans, a doublé entre 1979 et 1985.Un bon switch ANDRÉ TRUDELLE ¦ Si la carte d'entame n'est pas toujours facile à trouver, le retour du partenaire, après avoir pris la main, n'est pas non plus de tout repos.Voyons un exemple.Donneur: Nord Vulnérabilité: aucune Nord ?A5
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