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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
Cahier Spécial. Chagall la couleur enchantée
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 1988-10-24, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER SPECIAL tm-Jl-xn-Jà le 24 octobre 1988 te marchand de bestiaux, 2e version, 1922-1923 V \\ tes amoureux en vert, 1916-1917 tes mar/es de la Tour Eiffel, 1938-1939 La danse, 1950-(1952) CONCEPTION GRAPHIQUE: RENEE FLEURY LA COULEUR ENCHANTÉE LU g Ë o Q Z 3 O S m* VI ÎS a O Avant, pendant et après l'exposition Une liste impressionnante d'activités éducatives entoure l'événement artistique n programme diversifié d'activités éducatives permettra au public d'explorer en profondeur l'oeuvre du peintre Marc Chagall à l'occasion de l'exposition que va lui consacrer le Musée des beaux-arts de Montréal, du 28 octobre au 26 février 1989.Visites commentées, conférences illustrées, ateliers, documents sonores et imprimés divers forment la trame de ce programme offert par le Service éducatif du Musée aux visiteurs, aux familles, aux groupes et aux écoles.La visite d'une grande exposition est un événement qui se prépare.Quoi de mieux qu'une présentation illustrée de diapositives pour «se mettre en état» de rencontrer Chagall?Ces séances d'une heure, données par l'Association des guides bénévoles du Musée, ont lieu à l'endroit et au moment choisis par les groupes qui en font la demande.Ce service est disponible du 18 octobre au 23 février 1989 et on doit réserver quatre semaines à l'avance, en composant le ( 514) 285-1600, poste 135.À l'extérieur de Montréal, les groupes qui en feront la demande devront régler tes frais de transport du conférencier.Documents Il y a évidemment le splendide catalogue de l'exposition, qu'on peut se procurer à la boutique du Musée au prix de $49,95.Mais il y a aussi des documents qu'on a intérêt à lire avant, plutôt qu'uniquement après la visite.Voir Marc Chagall: document pédagogique et Le Chagall des enfants sont de ceux-là.Document d'une vingtaine de pages préparé par le Service éducatif du Musée, Voir Marc Chagall renseigne sur l'artiste, son oeuvre, ses grands thèmes, sa Russie natale; on y trouve en complément un parcours de l'exposition et des suggestions d'activités pratiques, de discussions et de lectures.En vente à la boutique du Musée, a $3 l'exemplaire.Voir Marc Chagall s'adres,se aussi bien au grand public qu'aux milieux de l'éducation.Le Chagall des enfants constitue un merveilleux document d'initiation, tant pour les petits que pour les grands.Il s'inscrit dans la lignée des autres catalogues pour la jeunesse écrits par Hélène Lamarche, chef du Service éducatif du Musée et récipiendaire d'un prix d'excellence de l'association des consommateurs Musique, théâtre, cinéma et danse Parallèlement à l'exposition Marc Chagall qui se tiendra au Musée des beaux-arts de Montréal, le Service d'animation du Musée présente un riche programme d'activités culturelles comprenant concerts, projections de films, représentations théâtrales et spectacles de danse.Musique «Bien que Bach soit un dieu, Mozart est un miracle.» Ces mots de Chagall traduisent l'admiration qu'il a pour le Maitre de Salzbourg.Le peintre est séduit par «la touche, la chimie, la couleur translucide» des oeuvres de Mozart dont il s'imprègne quand il peint.Deux concerts permettront au public d'être au même diapason que Chagall en faisant une incursion dans son univers sonore.Ainsi, le 12 novembre, sous le thème de « Mozart et les oiseaux», la flûtiste Lise Daoust et la pianiste Louise Bessette donneront un récital composé principalement d'oeuvres de Mozart.Le samedi suivant, soit le 19 novembre, une soirée sera consacrée a la musique Klezmer, appartenant à la tradition musicale yiddish d'Europe de l'Est.Théâtre Mettant en scène trois participants, « Chagall Circus », une création du conteur, poète et comédien Alexis Nouss, sera présentée les vendredi et samedi 25 et 26 novembre ainsi que les 2, 3, 9 et 10 décembre.Cette production allie musique, parole et mime, dans un mélange de réalisme et d'onirisme.S'inspirant de textes originaux et de contes traditionnels d'Europe centrale, empruntant aux auteurs qu'a fréquentés ou illustrés le peintre, et s'accompagnant d'une musique et d'une scénogra- 2 t OffOlli Ml» AU 26 I 1 Y K I I I 1, 1 $ t _ wbtnwtmxmatk L'affiche de l'exposition Chagall du Québec pour le Morrice, le Picasso, le Miro et le Léonard des enfants.En vente à la boutique du Musée au prix de $8,95.Ateliers À l'occasion de l'exposition Marc Chagall, Its Dimanches- Esso du Musée, traditionnels rendez-vous Jes familles, présenteront deux ateliers chaque dimanche, sous le thème «Si le pays de Chagall m'était conté».Par la magie des mots, un conteur fera surgir dans l'imagination des auditeurs d'innombrables images Le Musée des beaux-arts phie appropriées, Nouss raconte Chagall à sa façon, qu'il situe «entre l'expressionnisme, Fellini et la Commedia del Arte».Cinéma On est à mettre au point un Frogramme de films sur la vie et 'oeuvre de Chagall.Les représentations, gratuites, auront leu en décembre et en janvier 1989.L'horaire de la programmation sera disponible à l'Accueil du Musée à la fin de novembre.Danse Le Musée a commandé une oeuvre de nouvelle danse en hommage à Chagall à la chorégraphe québécoise de réputation internationale Ginette Laurin, directrice de la compagnie O Vertigo Danse.Déjà, lors du deuxième festival international de nouvelle danse, Ginette Laurin avait manifesté son intérêt pour Chagall, en présentant «Full House », dont une scène était inspirée d'une toile du célèbre peintre.Dans sa nouvelle pièce consacrée à Chagall, clic recréera, par le mouvement, le climat de ses tableaux et le caractère «céleste» de ses personnages.Ce spectacle aura lieu en janvier 1989 à la salle Marie-Gérin-Lajoie, à l'UQÀM.où il sera présenté en collaboration avec O Vertigo Danse et le département de danse de l'Université du Québec à Montréal.Toutes les autres activités prévues seront présentées à l'auditorium Maxwcll-Cummings du Musée des beaux-arts de Montréal.évoquant la vie mouvementée de Chagall.Tous pourront ensuite déployer leur créativité, en s'adonnant aux jeux et activités que leur proposeront les animateurs.Pour participer aux ateliers, il suffit de régler les droits d'entrée de l'exposition et de se procurer un des laissez-passer offerts â l'entrée du Musée une heure avant la tenue de chaque atelier.Le nombre des participants est toutefois limité: premiers arrivés; premiers servis.Ces activités ont lieu à 15 li et à 14h 30 les dimanches, du 30 octobre au 26 février 1989, à l'exception du temps des Fêtes, où elles seront présentées les mercredi et jeudi 28 et 29 décembre.Les Ateliers sort organisés en alternance, une semaine en français, une semaine en anglais, comme suit: en français, les 30 octobre, 13 et 27 novembre, 11 et 28 décembre, 8 et 22 janvier, 5 et 19 février; en anglais, les 6 et 20 novembre, 4, 18 et 29 décembre, 15 et 19jhanvier, 12 et 26 février.Guides Le Musée propose au public plusieurs types de «guides» pour visiter l'exposition Marc Chagall et saisir pleinement la cinquantaine de tableaux et la centaine de dessins et de gouaches qui la composent.Ainsi, l'Association des guides bénévoles du Musée offre des visites commentées aux personnes et aux groupes.Ces derniers doivent réserver trois semaines à l'avance, en composant le (514) 285-1600.Par ailleurs, il y a une visite commentée pour tous les visiteurs, sans réservation, les dimanches et les mercredis, à 9 h 30 en anglais et à 9 h 45 en français.Cette visite dure une heure et est offerte moyennant un supplément au droit d'entrée de $3,50 par personne.Les personnes qui désirent se faire raconter Chagall dans le creux de l'oreille apprendront avec plaisir que l'Audioguide, écrit par Mme |ill Corner, sera lu par Peter Ustinov.Produit par le Comité bénévole, sous la supervision du Service éducatif, l'Audioguide Chagall est offert, en location, à $3.Visites commentées Les maisons d'enseignement, de la maternelle à l'université, sont particulièrement choyées par le Service éducatif du Musée.L'Association des guides bénévoles du Musée offre à leur inten- tion des visites commentées d'une durée d'une heure (aucun frais supplémentaire, moyennant l'acquittement des droits d'entrée à l'exposition).Ces visites ont lieu du 1er novembre au 23 février 1989, les mardis, jeudis et vendredis à 9 h 15, 9 h 30 et 9 h 45, après réservation.Les guides bénévoles du Musée se rendent aussi dans les maisons d'enseignement qui en font la demande, pour présenter des projections de diapositives commentées, ce qui, il va sans dire, constitue une excellente préparation à la visite de l'exposition Marc Chagall.Ce service est gratuit.Toutefois, les écoles situées à l'extérieur de l'île de Montréal doivent régler les frais de déplacement des guides.Ce service est disponible les mardis et jeudis après-midi, du 18 octobre au 23 février 1989.Pour les écoles Sous le thème «Monsieur Chagall », des ateliers animés par des spécialistes en éducation dans le domaine des arts et destinés aux élèves de niveaux primaire et secondaire, permettent d'explorer Chagall de façon plus personnelle, par des exercices d'observation et des travaux de création.Ces ateliers durent deux heures et se donnent dans la salle à vocation éducative du Musée, Atelier Lismer.Du mardi au vendredi, de lOh à midi ou de 13h à 1.5h, du 1er novembre au 24 février 1989.Coût: $65 pour 15 participants, $125 pour 30 participants.Des ateliers sur Chagall à l'intention des enseignants se tiendront également du 1er novembre au 24 février 1989, du mardi au vendredi, de 10 h à midi, ou de 13h -à I5h, ou de 15h à I7h.Coût: $100 pour quinze enseignants.Diapositives et dépliants La pochette de diapositives ( une dizaine ), en vente à la boutique du Musée, constitue un autre élément éducatif précieux.Les maisons d'enseignement qui veulent participer aux activités éducatives prévues dans le cadre de l'exposition Marc Chagall doivent réserver trois semaines à l'avance auprès du Service éducatif, (514) 285-1600, poste 135 ou 136.Les frais d'entrée au Musée sont de $7 pour les adultes; $3 pour les étudiants et les visiteurs de plus de 65 ans; $1 pour les moins de 12 ans; et $5 pour les «Amis du Musée».Des oeuvres que l'État français a reçues de la succession Chagall La plupart des oeuvres de Chagall qui seront présentées au Musée des beaux-arts de Montréal, dans la grande exposition consacrée à l'illustre maître, proviennent de la «dation» reçue par l'État français à la mort de Chagall.La dation est une procédure qui, en France, a pour objet de permettre le paiement des droits successoraux par la remise d'oeuvres d'art à l'État.Cette procédure a été instituée en 1968, à l'initiative du premier ministre de l'époque, Georges Pompidou.L'État français voulait, par là, réduire le transfert à l'étranger des oeuvres d'art françaises et offrir une solution susceptible d'assurer la conservation du patrimoine artistique ou historique national, ainsi que sa diffusion parmi le grand public.On s'était rendu compte qu'à l'occasion des liquidations de successions, lorsque les héritiers ne disposaient pas des sommes nécessaires au paiement des droits, iis appliquaient le vieux principe de gestion selon lequel il est préférable de «vendre le meuble pour garder l'immeuble».Pour éviter la dispersion Ainsi, la plupart du temps, les oeuvres d'art étaient le premier bien vendu, d'où leur dispersion à l'étranger, et, par voie de conséquence, l'appauvrissement du patrimoine artistique national.La dation n'est pas automatiquement acceptée par l'État.La proposition des héritiers est étudiée par une commission dont le rôle est d'évaluer l'intérêt des oeuvres ou des objets proposés pour les collections nationales.Elle se prononce ensuite sur l'achat éventuel des pièces et la valeur de paiement qui peut leur être attribuée.Depuis la mise en vigueur de ce système, l'État français a accepté 106 dations qui ont permis aux musées nationaux de s'enrichir de nombreuses autres oeuvres * d'art signées par des grands peintres.Deux de ces dations importantes ont fait ressortir récemment la pertinence de l'initiative de Georges Pompidou.Il y a d'abord eu la dation Picasso, dont les oeuvres sont maintenant conservées au Musée Picasso établi à l'hôtel Salé, à Paris, et puis il y a eu cette dation Chagall dont les oeuvres ont d'abord été exposées du 30 mars au 5 juin derniers au Centre Georges Pompidou, à Paris, ainsi qu'à Nice, au cours de l'été.Ce sont les mêmes qui seront présentées au Musée des beaux-arts de Montréal.Crédits Les journalistes qui ont collaboré a la préparation de ce cahier spécial sont: Michel-G.Tremblay, coordonateur, Marc Doré, Jean-Claude Dussault, Jocelyne Lepage, Denis Masse et Gilles Toupin de la salle de rédaction.La maquette de la page couverture est de Renée Fleury. LA COULEUR ENCHANTÉE Bella au col blanc (1917), un grand tableau où Chagall démontre une grande maîtrise de ses moyens.Un bon aperçu de l'art de Marc Chagall L'exposition que le Musée des beaux-arts de Montréal consacre au peintre juif d'origine russe a tout ce qu'il faut pour plaire à tout le monde JOCE1VNE LEPAGE Pour son exposition Picasso, en 1985, le Musée des beaux-arts de Montréal avait puisé dans les oeuvres qui avaient été laissées à Jacqueline Picasso après que l'État français se fut servi dans la succession de la famille.Pour Chagall, c'est au choix même de l'État qu'il a eu accès, à la dation comme on dit là-bas, ce qui lui permettra d'offrir aux Montréalais une exposition beaucoup plus représentative de l'art du petit peintre juif.ou russe, ou parisien ou européen, toutes étiquettes lui convenant, l'une par dessus l'autre.L'exposition Chagall est composée de 47 tableaux et de 110 dessins, gouaches, aquarelles et esquisses qui s'échelonnent sur toute la vie active de l'artiste, de 1908 à 1977.Pour ce qui est des tableaux, c'est la même exposition que celle présentée cette année à Paris, au Centre Georges Pompidou, puis à Nice, où se trouve le Musée national Message biblique de Marc Chagall.Nous en avons deux de plus qui ne font pas partie de la dation.Le choix des dessins, toutefois, est différent, puisqu'ils ne peuvent être trop longtemps exposés a la lumière.Mais le Musée de Montréal y ajoutera sa touche personnelle.Il a emprunté au Metropolitan Opera de New York six costumes créés par Chagall en 1967 pour La flûte enchantée qu'il présentera en même temps que les dessins et esquisses du peintre pour le décor et les costumes de cet opéra de Mozart, son musicien préféré.Le Musée aurait bien aimé faire venir les fabuleux rideaux de scène et d'autres éléments du décor de La flûte, mais, expliquait récemment le directeur Pierre Thé-berge, tout cela repose dans des containers géants placés les uns sur les autres dans des entrepôts.Les sortir de là aurait entraîné des dépenses trop considérables.Le Musée créera un autre moment prévi-légié autour de La chute d'Icare qu'il a emprunté au Musée national d'art moderne et qui sera accompagné des dessins et esquisses préparatoires.Ajoutons à cela les illustrations des trois livres de Chagall que possède le musée de Montréal \u2014 Les Fables de La Fontaine, Les armes mortes de Gogol et La Bible \u2014 et nous devrions avoir un ensemble d'oeuvres suffisamment important pour se faire une bonne idée de l'art de Chagall.C'est au désormais célèbre Cirque du Soleil que le Musée a par ailleurs confié l'animation de sa soirée d'ouverture, apportant ainsi à l'événement une touche locale très chagallicnnc.L'exposition Chagall occupera toutes les salles temporaires du Musée et chaque salle exploitera un thème.Dans la première, c'est l'âme russe de Chagall que l'on tentera de mettre en évidence, avec ses pièces les plus anciennes où l'on découvre déjà certains motifs ou certaines «icônes» qui reviendront jusqu'à la fin dans tout son oeuvre: l'ange, la lune, les paysans, le couple, le violoniste sur le toit, les animaux et lui-même.Les oeuvres, surtout des tableaux et quelques dessins, présentés selon un ordre chronologique, devraient nous permettre de suivre l'évolution de Chagall, ses débuts, en Russie, son petit côté naif, le premier séjour qu'il fit à Paris sous l'influence de Van Gogh et de Cézanne, de Matisse, des fauves, son retour en Russie et l'effet de l'avant-gardc russe sur lui, qui n'a fait que passer.La deuxième salle est réservée aux grands tableaux, plus sérieux, plus sophistiqués, plus ambitieux, où l'on retrouve les grands thèmes récurrents chez Chagall.Il y aura là, par exemple, Bella en col blanc, où Chagall fait preuve d'une grande maîtrise de ses moyens, La Noce, où sous un ciel aux couleurs primaires, Chagall raconte plusieurs anecdotes villageoises.L'apparition de la famille de l'artiste où on le voit lui, l'artiste, dans son atelier parisien, devant son tableau cubiste pendant que la famille et le village et l'ange et la mariée viennent le troubler.Il y aura là Les mariés de la tour Eiffel, qui flottent sur le dos d'un coq, certainement l'un des moments les plus spectaculaires de l'exposition.Et un triptyque ( 1937-1948) composé de la Résistance, la Libération et la Résurrection dans lequel Chagall mêle symboles chrétiens et juifs pour évoquer l'épreuve du peuple juif pendant la Deuxième Guerre mondiale, probablement l'ensemble le plus dramatique de l'exposition.Pour ne nommer que ceux-là, avant d'avoir vu les oeuvres «en personne».Dans les petites choses aux côtés des grandes, mentionnons une esquisse pour La révolution où l'on voit Lénine la tête en bas en équilibre sur une main que surveillent les mariés sur un toit, le peuple en délire et un rabbin inquiet.La troisième salle donnera lieu à une mise en scène avec les costumes de La flûte enchantée comme éléments principaux, et rassemblera surtout les oeuvres sur papier autour, par exemple, de La chute d'Icare, un autre grand tableau spectaculaire.L'avant-dernière salle met l'accent sur les tableaux inspirés de la Bible, tableaux plus sombres et moins exhubérants que dans les salles précédentes ( Les Pâques, Le passage de la mer Rouge, Le songe de lacob, l'Exode, entre autres).Mais on y verra aussi des scènes de cirque auquel la vie peut parfois être comparée comme Le cirque bleu.Les saltimbanques dans la nuit.Enfin, la dernière salle rassemblera les quarante gouaches originales qui ont servi à illustrer Daphniset Chloé.o LA COULEUR ENCHANTÉE En 1947.une grande exposition marqué le retour en France de Chagall, ici devant un de ses tableaux.Chagall, une vie ! I i o S LU 1887 Marc Chagall naît à Vitebsk, en Russie blanche, le 7 juillet 1887, sous le nom de Mark Zakharovitch.1906 À 19 ans.il entre à l'atelier du peintre (ehouda Pen, mais il n'y reste que deux mois.Il part ensuite pour Saint-Pétersbourg où sa vie va être, au début, assez misérable.Pour vivre à Saint-Pétersbourg, les juifs devaient être munis d'un permis spécial.Comme ce permis n'était accordé qu'aux artisans, Chagall s'intitule peintre d'enseignes.Il finit par être pris en charge par l'avocat Goldberg chez qui il s'installe en se faisant passer pour domestique, ce qui lui donnait au moins son permis de séjour.Il entre dans une école fondée par la Société impériale pour la protection des beaux-arts où son travail est enfin récompensé par une bourse de 15 roubles par mois.Il quitte cette école en juillet 1908, à 21 ans.1908 Il travaille quelques mois dans une école privée sous la direction du peintre Saidenberg.Puis, il rencontre plusieurs mécènes.Muni d'un mot de recommandation, il entre chez Bakst, alors directeur de l'école Swanseva.1909 Il fait la connaissance de Bella Rosenfeld, sa future femme, qu'il n'épousera cependant qu'en 1915, après son séjour à Paris.1910 Après une première exposition à l'école Swanseva, Chagall quitte Saint-Pétersbourg pour Paris, grâce à une bourse du mécène Vivaner.1912 Chagall s'installe dans un atelier de «La Ruche», près des abattoirs de Vaugirard.C'est dans ce décor qu'il peint ses premiers grands chefs d'oeuvre, âgé d'à peine 25 ans.Il se lie d'amitié avec Biaise Cendrars et rencontre les poètes Max |acob, André Salmon, Guillaume Apollinaire.Il expose au Salon des Indépendants, puis au Salon d'Automne, notammenr son Golgotha.1913 Il expose au Salon des Indépendants la grande Naissance et Adam et Eve, et il expose aussi à Amsterdam.1914 Il expose au Salon des Indépendants Le violoniste et L'autoportrait aux sept doigts.Il se rend en Russie pour un bref séjour, mais la déclaration de guerre l'empêche de retourner à Paris.1915 Il épouse Bella Rosenfeld le 25 juillet à Vitebsk.Il expose à Moscou.1916 Naissance de sa fille Ida.Il expose à la galerie Dobitchinc 63 tableaux de 1914-I9I5.Des grimaces pour le photographe 1917 A la galerie Dobitchine encore, il expose 74 oeuvres, dont ses premières illustrations de livres et de dessins pour les journaux.La Révolution d'Octobre est déclarée.On a pensé à lui comme l'un des ministres des Affaires culturelles.Le couple Chagall retourne à Vitebsk.1918 Est nommé commissaire des beaux-arts et devient directeur de l'école de Vitebsk.L'État lui achète à bas prix 12 de ses oeuvres.1920 Il quitte Vitebsk pour s'installer à Moscou.H exécute des maquettes pour le théâtre.1921 Il enseigne le dessin et commence à rédiger son autobiographie.1922 Chagall réussit à quitter la Russie et part pour Berlin où sa femme et sa fille vont le rejoindre.1923 Il réalise à Berlin 20 gravures sur le thème « Ma vie» ainsi que ses premières lithographies.En août, il rentre à Paris et va réaliser 107 eaux-fortes.Il fait la connaissance d'André Malraux qui jouera un grand rôle dans le déroulement de sa carrière.1926 Première exposition en Amérique, à la Reinhart Galleries, à New York.1927 Il aborde le thème du cirque et exécute 19 grandes gouaches.11 fait partie des membres fondateurs de la Société des peinrres-graveurs.1930 L'éditeur Vollard commande à Chagall l'illustration de la «Bible».Ces oeuvres, maintenant â Nice, constituent la genèse de l'oeuvre considérable que Chagall exécutera sur les grands thèmes bibliques.1931 Il se rend en Israël.1932 Voyage en Hollande pour approfondir l'oeuvre de Rembrandt.1933 Voyages en Italie, en Hollande, en Angleterre.À Berlin, les Nazis brûlent des oeuvres de Chagall.1937 En Toscane, il exécute 15 gravures pour la «Bible».Le régime nazi fait décrocher toutes les oeuvres du peintre se trouvant dans les musées allemands.Chagall se fait de nouveaux amis: Maritain, Superviclle, Arland, Dabit et Schwob.1939 Il se réfugie avec sa famille à Saint-Dié-sur-Loire.Il obtient le prix de la Fondation Carnegie.1941 Il se rend aux États-Unis à l'invitation du Musée d'art moderne de New York.Pierre Matisse devient son marchand.1942 Il réalise à Mexico les décors pour le ballet Aleko.1943 La guerre déchire Chagall qui exprime sa détresse dans de nombreuses oeuvres, dont La guerre, L'obsession et La crucifixion jaune.1944 Mort brutale de Bella Chagall.Le peintre est incapable de se remettre au travail.1946 Il se rend à Paris où il va réaliser ses premières lithographies en couleurs pour l'illustration des «Mille et une nuits».1947 Une série d'expositions rétrospectives commence à travers l'Europe.1948 Retour définitif de Chagall en France.1949 Il exécute des peintures murales pour le Watergate Theater.Il achète une maison à Vence.Il exécute ses premières céramiques.Ce nouveau mode d'expression le conduira à la sculpture.1950 Chagall s'installe à Vence et rencontre Matisse et Picasso qui habitent respectivement Nice et Vallauris.1952 11 fait la connaisance de Valentina Brodsky qu'il épouse le 12 juillet, à Clairefontaine, près de Rambouillet.Ce mariage devait donner un nouvel essor à l'artiste.À cette date, Chagall est considéré comme un des plus grands peintres du XXe siècle.Sous l'impulsion de sa femme, il commence une nouvelle phase de sa carrière qui se traduira par ses admirables réalisations du Message biblique, les grandes décorations dont le plafond de l'Opéra de Paris et les vitraux de la cathédrale de Reims et de Metz.1955 Publication de la «Bible» de Chagall.1957 Il exécute sa première mosaïque murale Le coq bleu.Il termine la décoration du baptistère de Notre-Dame d'Assy.Cet ensemble comporte deux bas-reliefs inspirés par les Psaumes, une céramique murale Le passage de la mer Rouge et deux vitraux qui sont les premiers exécutés par Chagall.Il a inscrit au bas de la céramique: «Au nom de la Liberté de toutes les religions».1959 II est élu membre d'honneur de l'Académie américaine des Arts et Lettres.1961 Exposition des vitraux Les douze tribus d'Israël à Paris, transportés plus tard à New York.1964 Inauguration du vitrail La Paix en mémoire de Dag Hammarskjoeld, au siège des Nations unies, à New York.1965 Il commence l'étude des costumes et décors pour La flûte enchantée de Mozart, destinés au Metropolitan Opera de New York.1966 II quitte Vence pour s'installer à Saint-Paul.Il exécute huit vitraux destinés à la chapelle de Focantico Hills, à New York.1967 Pour son 80e anniverrsaire, exposition rétrospective à Zurich et à Cologne.Parution du Cirque, texte de Marc Chagall illustré de 38 lithographies.1969 Pose de la première pierre du Musée national Message biblique Marc Chagall à Nice.1970 Inauguration des vitraux de l'église du Fraumunster de Zurich.1971 Il exécute une grande mosaïque murale pour le Musée de Nice, Le char d'Êlie.1973 II voyage à Moscou et à Leningrad.Il refuse obstinément de se rendre à Vitebsk, sa ville natale.Exposition organisée par le gouvernement soviétique à Moscou.1974 Il inaugure à Chicago sa mosaïque Les quatre saisons.1975 Il exécute plusieurs grandes toiles, La chute d'Icare, Don Quichotte, Job, Le retour de l'enfant prodigue.Parution de «L'Odyssée», illustrée de 82 lithographies originales.1977 Il est nommé Grand-Croix de la Légion d'Honneur.1978 Inauguration des vitraux de l'église Saint-Eticnnc à Mayencc et de ceux de la cathédrale de Chichester.Il travaile à des gravures sur cuivre destinées à l'illustration des «Psaumes».1985 Mort de Chagall à Saint-Paul-de-Vence.Valentine Chagall, la veuve du peintre, reçoit l'accolade de Jacqueline Picasso, aux funérailles du peintre d'origine russe, le 1K avril 1985.photo ap 5 LA COULEUR ENCHANTÉE Une sorte de Vigneault peintre, juif et russe JOCELVHE LEPAGE Vitebsk.Voilà une petite ville russe dont on n'aurait probablement jamais appris l'existence en dehors de l'URSS si Marc Chagall n'y avait vu le jour, le sept du septième mois de 1887.On aurait peut-être tout aussi vite oublié Vitebsk si Chagall n'en avait pas laissé des traces dans presque tous ses tableaux.C'est un peu comme Na-tashquan.Sans Gilles Vigneault qui y est né et qui l'a mis dans ses chansons et poèmes, qui donc aurait retenu le nom de Natash-quan?Il y a d'autres ressemblances entre Chagall et Vigneault.Tous deux sont des «conteurs» exceptionnels et des artistes parmi les plus accessibles et les plus populaires de leur époque.Tous deux cachent sous des dehors apparemment folkloriques un travail sophistiqué et raffiné dont la signification est universelle.Et ni l'un ni l'autre n'appartient vraiment à une école ou à un mouvement en «isme» dont le XXe siècle, le siècle de la modernité, est si friand.Et, potinons un peu, tous deux ont, à un moment ou l'autre, partagé leur vie avec une Anglaise.Il faut souhaiter à Vigneault une longévité chagallienne.Le peintre est mort en 1985, à l'âge de 97 ans.L'Anglaise de Chagall, Virginia Haggard, qui a vécu avec lui de 1945 à 1952, le temps d'avoir un fils, David, a publié récemment un livre charmant, Ma vie avec Chagall ( Presses de la Renaissance) qui constitue une excellente préparation à l'exposition du Musée des beaux-arts de Montréal.Mme Haggard y prés_nte un homme attachant et déduisant ( un peu macho et «séraphin » sur les bords) et un peintre fascinant et passionné.Le conteur La vie de Chagall, au fond, elle se lit dans ses oeuvres.Son attachement à ses origines juives et russes \u2014 il vient d'une famille hassidique modeste et nombreuse (comme celles d'Outremont) qui appartenait à une communauté reconnue pour sa piété et sa joie de vivre \u2014 est omniprésent dans ses tableaux.C'est le village de Vitebsk, ce sont les paysans.C'est la féte, la noce, la danse, le rabbin et sa torah, le violoniste sur le toit, les animaux amis des hommes.Ce sont les légendes, les contes dont les Russes raffolent.C'est la manière de raconter comme dans les icônes en plaçant côte à côte, dans des espaces délimités, anecdotes et épisodes qui traversent le temps.Et c'est aussi la Bi- ble, que Chagall a découverte dans sa première jeunesse et qui représentait pour lui «la plus grande source de poésie de tous les temps».Pour permettre à leur fils de poursuivre des études, que ce soit dans les institutions publiques locales ou dans les écoles d'art de Saint-Pétersbourg, les parents Chagall ont dû user de toutes sortes de stratagèmes: graisser la patte des fonctionnaires, trouver des protecteurs.Car les juifs de Russie n'avaient pas accès à l'école secondaire, ne pouvaient aller à Saint-Pétersbourg sans permis spécial ni s'inscrire dans telle out elle école d'art sans avoir trouvé d'emploi.Un cercle vicieux souvent incontournable.Une fois installé à Paris, en 1910, Chagall subit l'influence de Cézanne et des cubistes, comme on le verra dans l'exposition.La Première Guerre le ramène en Russie quatre ans plus tard où il épouse sa fiancée, Bella, la femme de sa vie.Et voilà que les mariés et l'amour font leur apparition dans l'imagerie chagallienne.Là-bas, il s'emballe pour la Révolution et se retrouve après la victoire responsable de la vie culturelle de la province de Vitebsk avec mission de fonder écoles d'art et musées où viendront enseigner les Malevich, Lissitzky et compagnie.Il subira l'influence de l'avant-garde russe, mais n'ira pas assez loin au goût des avant-gar-distes qui finiront par l'éclipser pour être à leur tour chassés sous le règne du réalisme socialiste.De la joie à la douleur Retour à Paris en 1923, et à la Tour Eiffel, motif qui entre dans son univers onirique.Puis vinrent les persécutions antisémites, l'exil aux États-Unis et la mort de Bella.Les oeuvres de Chagall s'assombrissent, la joie fait place à la douleur, le Christ en croix devient le symbole de l'homme persécuté.Il y aura plusieurs Crucifixions.Dans toute son oeuvre, Marc Chagall aura puisé librement et poétiquement dans l'imagerie, les symboles et les mythes juifs et chrétiens, russes ou grecs, ou autres.Comme il aura emprunté aux divers mouvements artistiques les outils qui lui convenaient.En 1949, Chagall, rentré en France, s'installe à Vence.II y poursuit son oeuvre, toujours fidèle aux même sujets, et se lance dans la grande décoration : des vitraux pour la cathédrale de Metz, le plafond de l'Opéra de Paris, les décors et les costumes pour un opéra du Metropolitan Opera de New York «t le Musée national Message biblique Marc Chagall à Nice.Pour ne nommer que ces activités.Libération (1937-1952) Chagall tenant une planche pour le «Paris fantastique», avril 1954.Le coq 1947 A^f LA COULEUR ENCHANTÉE Le cirque bleu, 1950-(1952) Le voyageur, 1917 Femme buvant à la tasse, 1918 3 O) 3 u o «a PU 2 LU Î3 LU CM a O Une histoire d'indépendance farouche et de fruit défendu CILLES TOUPIN Chez le coiffeur.1912 LS étonnante singularité de l'oeuvre de Marc Chagall au coeur d'un siècle marqué, surtout en sa première moitié, par la prolifération des écoles et des mouvements artistiques, a de quoi troubler même le moins enragé des historiens de l'art.D'où vient Chagall?Avec qui, de ses amis et contemporains, a-t-il «plastique-ment» fraternisé?A-t-il sa place dans la hiérarchie des courants de l'art moderne du XXe siècle?Est-il en quelque sorte une force de la modernité picturale dont le dynamisme changeant a donné à l'art de notre temps les conquêtes les plus révolutionnaires?Cubiste?Surréaliste?Expressionniste?On ne saurait rattacher à Chagall l'un ou l'autre de ces vocables sans tronquer la perspective.L'oeuvre du petit peintre de Biélorussie a ceci de bien déroutant qu'il s'appartient avant tout.Et, ce qui n'est pas pour faciliter les choses, il est l'oeuvre d'un peintre qui, d'entre les peintres de notre temps, a le moins changé.Oh! hérésie! Chagall aurait traversé l'histoire de l'art contemporain sans nous donner un oeuvre entier entrecoupé de «périodes» plastiques distinctes, de progressions stylistiques évidentes et d'interrogations formelles sans cesse renouvelées?Il aurait osé faire fi de l'idée moderniste incontournable de «progrès»?Eh! oui! Le fameux historien de l'art Ernst Gombrich l'a déjà dit, Chagall n'a pas permis à ses contacts avec l'art contemporain d'effacer les souvenirs de son enfance.Le caractère autobiographique de son oeuvre émerge de sa Russie natale, de ces rabbins verts à barbe jaune, de la Bible, de Paris au début du siècle, du cirque, de la guerre, etc.Mais attention! La liberté narrative de ces récits anecdotiques qui ont, pour reprendre Gombrich, «le charme ingénu du véritable art populaire», n'est pas issue du vide.Elle est ancrée dans son époque et touche, ou bien plutôt frôle, certains grands courants artistiques du XXe siècle.Ceux qui ont aimé et parlé de l'oeuvre de Chagall l'ont tous aimé pour le désordre et la déraison.N'y a-t-il pas là un indice du caractère moderne de sa peinture?N'est-ce pas en empruntant ce filon clandestin que l'on pourra toucher à cette mixture à la fois iconoclaste et conservatrice de l'oeuvre?Ce qui dérange chez lui, et qui est pourtant parfaitement acceptable aujourd'hui avec l'avènement du post-modernisme, c'est l'importance primordiale du contenu sur la primauté de la forme.Voyez l'histoire.Chagall a côtoyé la révolution cubiste en disant qu'elle ne le dérangeait pas.Il a fait son petit bonhomme de chemin en prétendant ne rien devoir au phénoménal bouleversement plastique avancé par Picasso et Braque.Pourtant, il a tiré du cubisme le procédé de décomposition par facettes, faisant de certains tableaux (c'est le cas du Magicien de 1968) un amalgame inusité de cubisme synthétique et de cubisme analytique.Il est surprenant, par exemple, de voir que certains fonds bleutés de certains tableaux sont morcelés, comme dans les tableaux cubistes analytiques, en petits fragments qui donnent à voir de la «réalité» ses angles multiples comme si l'oeil ne pouvait la saisir d'un seul regard.Mais ce qui est plus étonnant encore, c'est que contrairement à cette phase histotique du cubisme, Chagall n'a nullement respecté les gammes chromatiques sombres de Picasso et Braque.Et que dire de l'expressionnisme dans l'oeuvre du peintre?Encore là, Chagall accuse les expressionnistes \u2014 sans dire lesquels \u2014 de déformer.Pourtant, il a lui aussi à sa façon touché à l'expressionnisme lorsqu'en 1914 il peignit des figures de juifs et de rabbins où s'affirment des tendances expressionnistes.Seulement, contrairement à d'autres, il n'en a pas fait une constante de son oeuvre; il a seulement utilisé ces procédés, à l'occasion, lorsqu'ils servaient ses besoins expressifs.Il est intéressant de comparer Chagall aux peintres de plusieurs cou- rants expressionnistes du siècle, en particulier à Rouault, à Vla-minck, à Gromaire ou à Soutine, sans mentionner les Allemands.Autant ces peintres ont certaines affinités plastiques avec Chagall, autant ils diffèrent de cet illuminé obsédé par la Bible, Tbilissi ou Vitebsk.La grande narration poétique et mystique de l'oeuvre de Chagall l'a aussi maintenu tout au long de sa vie en dehors de ce que l'on appelle à tort «l'art abstrait».Il disait que la «tendance scientifique» en art n'était pas heureuse.Cet engagement était pour lui si viscéral que les brefs moments où il côtoya Lissitzky et Malevitch, lors de la Révolution bolchevique de 1917, ne suffirent guère à le gagner au suprématis-me et au constructivisme.Il entra même en conflit avec Malevitch et décida de gagner Paris où la lumière et l'atmosphère étaient plus propices à son art.Ce conformisme pour la représentation illusionniste et littéraire ne l'a pas empêché, en 1931, d'étaler la couleur par zones intenses avec des rapports de tons stridents, espace d'où a disparu toute référence à la perspective traditionnelle.Ce non-respect du monde des apparences et de son ordonnance est cependant davantage tourné chez lui du côté du surréalisme que du côté de tout autre mouvement artistique.Si Max Ernst et Paul Eluard ont invité, en 1924, le peintre à rallier le célèbre mouvement, c'est qu'ils devaient voir dans son art certaines affinités avec cette esthétique.Farouchement indépendant, Chagall déclina l'offre.Breton lui reprocha même son mysticisme mais il se racheta plus tard lorsqu'il affirma qu'il considérait Chagall comme le précurseur du surréalisme.Car au fond, qu'est-ce que cette peinture sinon le monde à l'envers! Louis Aragon racontait, il y a vingt ans, le rapport singulier qu'il avait avec elle: «On m'avait appris, le temps de devenir un homme, par prudence j'imagine, on m'avait appris à regarder les choses d'une certaine façon, dans une certaine succession, un équilibre une fois pour toutes donné.Le miracle de Chagall, c'est qu'il désapprend: plus rien n'était grâce à lui forcément à sa place, on allait se coucher dans le ciel, la taille des bonshommes ne dépendait plus de la distance, les animaux jouaient du violon, une fois pour toutes l'ordre des facteurs était renversé, comme à la fin d'un banquet perpétuel.» Cette juxtaposition des choses et des êtres qui bafoue dans l'espace et le temps la vraisemblance n'a t-elle pas quelque chose d'analogue au processus d'élaboration des rêves?Voilà justement où le lien est possible avec le surréalisme.Chagall jette pêle-mêle sur la toile ses souvenirs d'enfance, le folklore de sa ville natale et tous ces motifs qui prennent vite dès les premières années de leur élaboration un caractère obsessionnel.Il rejoint fondamentalement, sans même le savoir, la préoccupation du surréalisme: vouloir mettre à nu ce qui se ca?he dans le fond de l'homme en opposant à la raison et à la logique la fécondité de l'irrationnel sur lequel Freud vient de diriger les regards, explorer et exploiter le subconscient.C'est ce que Chagall, sans le savoir, fait selon ses propres moyens et sa propre manière.Breton dira de lui: «C'est de cet instant que la métaphore avec lui seul marque son entrée triomphale dans la peinture moderne.Pour consommer le bouleversement des plans spatiaux et en même temps affranchir l'objet des lois de la pesanteur.».Bien sûr, ce surréalisme est de nature littéraire, plus enclin à raconter, même selon une plastique la plus débridée, que poussé à véritablement explorer la psyché selon une gestuelle automatiste que Chagall affirmait d'ailleurs craindre.Ainsi, en ce siècle d'éclatement des formes artistiques, Marc Chagall aura été un quasi solitaire, affirmant d'une part sa totale liberté vis-à-vis des avant-gardes et, d'autre part, la plus grande indépendance vis-à-vis de la figuration traditionnelle.Son oeuvre est le miroir d'une prodigieuse fécondité, nous apprenant à voir le monde autrement, dans le vertige, bousculant la vision des aines et les décors anciens de la peinture, offrant à l'oeil humain ce que Aragon appelait «le fruit défendu».t LA COULEUR ENCHANTEE La chute d'Icare, 1974-1977.Ci-dessous, une des études exécutées en 1973-1974 pour la toile.JJ5 Ji-r $ f\t \t\u2022 Chagall ou la jubilation biblique Mais c'est à la liberté de toutes les religions que s'attache le message essentiel de l'artiste JSAM-CLMUDB DUSSAULT LW oeuvre de Marc Chagall échappe à toutes les catégories de l'art moderne et la présence de ses grands tableaux aux vives couleurs symboliques dans un musée d'art contemporain apparaît presque comme un scandale, ou une provocation.Cela m'a frappé plus particulièrement en juin dernier au Centre Georges-Pompidou, à Paris, qui exposait pour la première fois les oeuvres de l'extraordinaire dation de Chagall, la plus importante après celle de Picasso, que nous avons maintenant l'occasion de voir à Montréal.Jamais je n'avais ressenti avec autant de force la différence essentielle de cette oeuvre, porteuse d'un sens unique, dans la grande foire de l'art contemporain.\u2022 Il s'y trouve, bien sur, quelques figurations bibliques, à côté de la Crucifixion en jaune et d'autres représentations évangéliques, mais qui s'inscrivent dans l'ensemble des oeuvres exposées et partagent le même esprit \u2014 ce que j'oserais appeler «la jubilation biblique» de Chagall.Pourtant, Chagall répond mal à la définition de peintre juif qu'on est trop rapidement porté à lui attribuer.Son «message biblique», pour reprendre l'expression consacrée depuis l'ouverture à Nice du musée Message biblique Marc Chagall, dépasse l'étroitesse des cadres d'une confession religieuse; il englobe les gestes les plus simples de la vie quotidienne auxquels il confère un sens supérieur.Chagall met en scène un monde proprement magique qui échappe au cadre matériel de la vie.Il dégage les êtres de leur gangue individuelle et sociale pour les élever au diapason d'un univers psychique plus éthéré où le possible devient réel et transforme le monde.L'oeuvre de Chagall met entre parenthèses les limites «scientifiques» de notre monde pour réaliser mythiquement, par le sortilège de l'art, les possibilités spirituelles qui échappent à nos regards voilés.De là la séduction indéfinissable qu'opère cette oeuvre, toujours actuelle et toujours vivante.Les fiancés qui volent au-dessus du village se situent à la hauteur de leur vie réelle.Les bêtes et les hommes ont le même langage et se mêlent aux êtres célestes dans le grand tourbillon de la vie que Chagall a si bien su représenter à plusieurs reprises.L'ange à la palette, 1927-1936 et La crucifixion en faune, 1942 Le peintre s'en est expliqué lui-même dans le catalogue de son exposition biblique de 1971, à Nice: «Depuis ma première jeunesse, j'ai été captivé par la Bible.Au fur et à mesure de mes forces, au cours de ma vie, bien que j'aie parfois l'impression que je suis tout à fait un autre ; que je suis né, pourrait-on dire entre ciel et terre; que le monde est pour moi un grand désert dans lequel mon âme rôde comme un flambeau, j'ai fait ces tableaux à l'unisson de ce rêve lointain.» Cette première jeunesse qu'évoque ici le peintre, il l'a vécue à Vitebsk, en Biélorussie, baignant dans le climat spirituel du hassi-disme, ce mouvement piétlste et mystique qui se développa en Europe orientale aux 18e et 19e siècles, favorisant une renaissance de la.pensée et de la langue populaire juivei le yiddish.Dans ce monde de l'enfance de Chagall, les personnages de la Bible existent, ils pourraient vous tenir compagnie dans la rue ou s'asseoir à votre table.Ainsi, dans la famille de.Chagall le couvert du prophète Elie était mis à là table pascale.«Peut-être, racontait-il, reste-t-il encore dans la cour et sous l'aspect d'un vieillard chétif, un mendiant voûté avec un sac sur le dos et une canne à la main, va-t-il entrer, dans la maison.» (Ma vie, 1931) Dans cet univers du hassidis-me, explique Élie Weisel, «les mendiants sont des princes; les muets des sages.Dotés de pouvoirs, les vagabonds parcourent la terre et la réchauffent et la changent.C'est cela, le hassidis-me: l'accent mis sur la présence, sur le changement aussi.Dans le hassidisme tout est possible, tout devient possible par la seule présence d'un être qui sait écouter et aimer et se livrer: C'est cela une légende hassidique: une tentative d'humaniser le destin.» ( Célébration hassidique, 1972) : La légende est justement le fondement de l'enseignement du hassidisme dont les maîtres spirituels sont d'infatigables conteurs.Chagall a repris le flambeau à son compte et êon oeuvre peut être vue comme un vaste recueil de contes, mais de contes inspirés, doit-on dire: «Si toute vie va inévitablement vers sa fin, écrivait-il, nous devons durant la nôtre la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir.Dans cet amour se trouvent la logique sociale de la vie et l'essentiel de chaque religion.Pour moi, la perfection dans l'art et dans la vie est issue de cette source biblique.» (catalogue de Message biblique) Tout s'interpénétre dans cette célébration spirituelle de la vie.Sa propre vision de Saint-Pétersbourg (Ma vie) où «soudain le plafond s'ouvre et un être ailé descend avec éclat et fracas emplissant la chambre de mouvements et de nuages dans un froufrou d'ailes trainees ».qui a servi de thème au tableau L'apparition, se répercute dans plusieurs autres tableaux : le songe de Jacob.Noé devant l'arc-en-ciel d'après le déluge, Mofse mourant en vue de la terre promise, etc.Le génie de Chagall, c'est d'avoir su universaliser ses sources profondes d'inspiration, qu'il s'agisse de la Bible ou du hassidisme: «Bien loin de se retourner vers le hassidisme pour s'en instituer le peintre, .souligne son biographe Franz Meyer, il en est sorti, au contraire, pour faire de la peinture tout court, indépendante des mouvements et des doctrines.Mais l'esprit hassidique reste néanmoins la nourriture et le fondement de son art.» (Marc Chagall, l'oeuvre gravée, 1957) À la recherche de ses moyens, il a tout utilisé, le cubisme, le fauvisme et le surréalisme, mais comme des langages qu'on emprunté, pour, transmettre un message qu'il a décrit lui-même à plusieurs reprises comme étant un message biblique.«Il m'a toujours semblé et il me semble encore, déclarait-il, que la Bible est la plus grande source de poésie de tous les temps.La Bible est comme une résonance de la nature et ce secret, j'ai essayé de le transmettre.» Cet éclairage balaie toute son oeuvre; les tableaux, dessins et gravures proprement bibliques ne sont différents que par une identification plus précise.Il qualifiait lui-même ses dix-sept peintures bibliques de Nice comme étant «d'allure hautement poétique».Telles seront aussi toutes les oeuvres d'inspiration religieuse qui jalonneront sa vie, surtout à compter des années 60.Gravures, céramiques murales, vitraux, d'Assy ou de Reims jusqu'à Jérusalem, comme de vastes pans de l'histoire biblique: les prophètes, les douze tribus d'Israël, Moïse devant le buisson ardent ou recevant les Tables de la loi, le roi David, les Psaumes, l'Exode, mais la céramique d'Assy, Le passage de la mer Rouge, portera comme une signature le message essentiel de Chagall : 'Au nom de la Liberté de toutes les religions'».s. La Presse est heureuse d'être associée à l'exposition Chagall au Musée des beaux-arts de Montréal "]
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