La presse, 2 novembre 1988, B. Élections 88
[" D D' ^Elections 88i Arts et Spectacles \u2022 LA PRESSE, MONTRÉAL, MERCREDI 2 NOVEMBRE 1988 Broadbent invite Mulroney à un 1 débat devant les personnes âgées î?**ite M/m* Des actes o*e vandalisme ont été commis sur des panneaux publicitaires du candidat conservateur Benoit Tremblay, dans le comté de Rosemont Sur une des affiches, on a peinturé de noir le visage et le sigle du PC, tandis que sur la seconde, une partie de la tête du candidat est disparue.photos michel gravel, ta Presse Le libre-échange protégera les ventes d\" Hydro-Québec, soutient Mulroney CILLES PAOUIN SURREY.C.B.Le chef conservateur Brian Mulroney a soutenu hier que la rupture du traité de libre échange avec les Etats-Unis mettrait en péril les ventes de HydroQuébec en plus de compromettre les emplois de deux millions de canadiens dont le travail dépend des exportations vers ce pays.Habituellement reçu par des manifestants contre le libre-échange, M.Mulroney a été accueilli cette fois par un groupe réclamant l'adoption d'une loi sur l'avortement.Après avoir reproché à ses adversaires de «faire peur au monde» en prédisant que le libre-échange conduirait à la ruine économique, M.Mulroney a adopté la même technique en sens inverse.Il a toutefois soutenu qu'il agissait différemment en s'ap-puyant «sur des faits».«Le Québec a conclu récemment des ventes de $40 milliards d'électricité aux États de New York et de la Nouvelle-Angleterre, \"des ventes qui seront assurées par l'accord de libre échange\"», a dit M.Mulroney.«Déchirer l'accord mettrait en péril de futurs contrats d'exportation d'électricité», a t-il dit.«Cela rendrait aussi très vulnérable aux mesures protectionnistes toute l'industrie Québécoise des pâtes et papier et les emplois qui en découlent» a prétendu M.Mulroney.S'adressant aux membres de la Chambre de commerce de Surrey près de Vancouver, M.Mulroney a dressé une comparaison entre le Québec et la Colombie-Britannique et a prouvé qu'ils exportent bois et papiers vers le sud.Pendant que le Québec exporte les deux-tiers de sa production de pâte et papier aux États-Unis, la Colombie-Britannique y va de 52 p.cent de ses produits forestiers.La première trouve 140 000 emplois dans ce secteur et la deuxième 61 000.Selon lui, les deux ont énormément à gagner avec le libre-échange puisque cela leur ouvrira un nouveau marché en faisant «tomber lés murs du protectionnistes» dressés par les États américains.Si 80 p.cent de nos exportations vers les États-Unis sont déjà exemptés des droits de douanes, il reste une autre tranche de 20 p.cent à gagner, la plus rentable parce qu'elle est composée de produits transformés a dit M.Mulroney.Au cours d'une émission de télévision plus tard dans la journée, M.Mulroney a expliqué la chute de son parti dans les sondages par les tactiques électorales déloyales des libéraux et des néo-démocrates.«Il est plus facile de répandre la peur et les faussetés que de parler de la réalité», a dit M.Mulroney.Invité à dire ce qui se produirait, si M.Broadbent ou M.Turner prenait le pouvoir et rejetait l'accord de libre échange, M.Mulroney a laissé entendre que les Américains riposteraient durement.L'UPA attend les explications du Mouvement Desjardins Cil roiE L;V président de l'Union des producteurs agricoles, M.Jacques Proulx, dit avoir obtenu l'assurance que le Mouvement Desjardins nuancera sa position sur le libre-échange dévoilée lundi dans La Presse.M.Proulx a dit avoir protesté auprès de M.Béland en prenant connaissance de la position du mouvement qui se dit favorable à l'entente.«le ne pouvais pas laisser passer ça.Je trouvais aberrant que le mouvement affirme que le traité canado-américain aura peu d'impact sur l'agro-alimentairc alors que tous les experts, même ceux qui sont favorables au libre-échange, affirment le contraire».M.Proulx a expédié un télégramme de protestation à M.Béland.11 a dit lui avoir parlé au téléphone lundi; selon lui, M.Béland s'est montré désolé que le document en question, remis à La Presse par le Parti conservateur, soit ainsi lancé dans le public sans que les nuances appropriées n'aient été faites.M.Proulx a déclaré qu'il attendra de voir les précisions que M.Béland a promis de faire avant de se prononcer définitivement sur le sujet.«|e ne serai satisfait que lorsque j'aurai vu les nuances promises».Le président de l'UPA a refusé par ailleurs de faire des prédictions sur le résultats des élections.Il a expliqué que les choses changent trop vite en politique.Il a fait remarquer que pour les agriculteurs, le libre-échange n'est que l'un des enjeux de la campagne actuelle.Il a déclaré que les prochaines négociations du Gatt, les problèmes de l'environnement et les «inéquités» entre l'est et l'ouest sont des enjeux tout aussi importants que l'accord canado-américain.JOYCE N API EU_ BURLINGTON.Ontario Ed Broadbent a mis quelques gouttes de vitriol dans ses discours, hier, renvoyant la balle dans le camps des conservateurs, qui, la veille l'ont accusé d'avoir menti au sujet de l'impact néfaste du libre-échange.À la lumière des sondages les plus récents, qui indiquent que plus en plus de Canadiens s'inquiètent des conséquences du traité et de la chute du dollar, M.Broadbent a prédit, hier, que la popularité du parti de M.Mulroney ira décroissant.«Le libre-échange est fini et les conservateurs aussi, comme gouvernement.» Il y a trois semaines, le chef du NPD prédisait la disparition du PLC, mais aujourd'hui c'est sa formation qui est trosisiè-mc, selon les derniers sondages.M.Broadbent, qui visitait un centre fédéral de recherches et de traitement des eaux, a profité de l'occasion pour lancer également quelques pointes à son adversaire libéral, qui dit-il, s'intéresse à l'environnement uniquement en période électorale.Le leader néo-démocrate n'avait pas la langue dans sa poche, hier, et a même lancé un défi au ministre des Finances sortant, Michael Wilson, et à Brian Mulroney, les invitant à participer à un débat sur le traité commercial dans un centre d'accueil pour personnes âgées.« Et ce sera ensuite aux personnes âgées de décider, qui ment et qui dit vrai,».Tant M.Wilson que M.Mulroney ont accusé leurs adversaires de «terroriser» les gens et de mentir au sujet de l'avenir des Le chef du Nouveau Parti démocratique, Ed Broadbent, appose son autographe sur une affiche électorale au cours de sa tournée ontarienne.LASERPHOTO PC programmes sociaux sous le traité de libre-échange, notamment en ce qui a trait à l'assurance-mala-die et aux pensions de vieillesse.M.Wilson a affirmé, lundi, que le pacte de l'automobile pourrait être menacé si le traité n'est pas adopté.De son côté, M.Mulroney a précisé que des milliers d'em- plois au Québec seraient perdus si l'accord était rejeté.M.Broadbent a fait également des commentaires sur la chute du dollar canadien causée, dit-on, par l'élection possible d'un gouvernement conservateur minoritaire.«C'est normal que la majorités des hommes d'affaires aient donné leur appui aux conservateurs concernant la question du libre-échange.Ils sont inquiets maintenant, c'est évident, et ils voudront sauver les conservateurs et le libre-échange en même temps, mais c'est trop tard pour les deux.» , Le chef néo-démocrate a également rappelé qu'il avait toujours nourri un intérêt particulier pour l'environnement, alors que ses deux adversaires, eux, font des promesses en l'air.M.Mulroney a octroyé des fonds «lamentables» pour dépolluer les grands lacs.Quant à lohn Turner, a-t-il continué, en 1984, quand il était premier ministre, il a rejeté une demande de fonds pour le traitement des eaux usées.«Maintenant qu'il cherche à acheter des voix, et qu'il fait des promesses qui coûtent des milliards et des milliards, sans nous dire comment il entend les financer, il promet de redresser la situation.Quand il n'est pas au pouvoir, M.Turner dit une chose.Quand il détient le pouvoir, il en fait une autre.» M.Broadbent se trouvait, hier, dans le même centre de recherches que le premier ministre a vistié, il y a deux semaines.Un ingénieur, qui y travaille, a reconnu que les politiciens semblent s'intéresser au site en période électorale.Pendant les quatre dernières années, a-t-ii noté, le ministre de l'environnement n'est' venu qu'une fois.Ni M.Mulroney, ni M.Broadbent, n'y avaient mis les pieds avant cette campagne, a-t-il ajouté.En fin de soirée, le chef du NPD s'est rendu à Thunder Bay où il a participé à une assemblée de partisans locaux.Robert Bourassa ne convainc pas les Franco-Manitobains MARIO FONTAIWE_ WINNIPEG Le premier ministre Bourassa a beau avoir effectué deux visites officielles au Manitoba en seize mois, il n'a pas encore réussi à convaincre les francophones de la province des avantages de l'Accord du lac Mcech.Des franco-manito-bains divisés sur la question, et dont certains se sentent laissés pour compte dans cette entente constitutionnelle.Au dire de la présidente de la Société franco-manitobaine, Lucille Blanchctte, rien n'est survenu entre les visites de juillet 87 et d'hier de M.Bourassa pour inciter la communauté à donner son aval à cet accord visant à ramener le Québec dans le giron constitutionnel canadien.« M.Bourassa prétend que les droits des francophones hors Québec sont protégés par cette entente.II n'a pas dû lire le même texte que moi.Aucune modification n'a été apportée à l'Accord du lac Meech depuis sa dernière visite.Nous comprenons les revendications du Québec, et je le comprends de ne pas être prêt à prendre le risque de le rouvrir.Mais nous, nous continuons de réclamer des améliorations au texte actuel », commentait hier soir Mme Blanchette.Celle-ci participait à une réception offerte à l'élite franco-' manitobaine par le premier ministre du Québec.Une réception qui a permis à M.Bourassa de vanter leur vitalité, leurs ressources et leur détermination.De dire M.Bourassa, l'Accord du lac Meech va dans l'intérêt du Québec et de la francophonie canadienne dans son ensemble: «Il serait très regrettable si, dans un souci de perfectionner l'Accord du lac Meech, on risquait de l'annuler».Les franco-manitobains se sentent oubliés dans cet accord, puisque le rôle de promouvoir le français ne revient qu'au Québec.Si on retendait aux communautés francophones hors Québec, l'Accord du lac Meech satisferait 80 p.cent de la communauté, pense le bâtonnier sortant du Manitoba, Me Rhéal Teffaine.Celui-ci appuie néanmoins l'accord dans sa formulation actuelle parce que, dit-il, il reflète la réalité du Canada d'aujourd'hui et que lui-même est favorable à In décentralisation des pouvoirs.Gilles Roche, député libéral provincial, s'oppose au contraire â l'entente, tout comme son chef Sharon Carstairs.Il déplorait d'ailleurs que celle-ci n'ait pas été invitée à la réception d'hier, elle que M.Bourassa a rencontrée in extremis lundi après qu'elle se fut offusquée du manque d'intérêt â son égard de son visiteur québécois.liOfoiicle chantait Marc Lalonde était en vedette hier soir au Ritz-Carlton de Montréal.Lalonde chansonnier?Que non! L'ancien ministre a tout de même fredonné -Le p'tit bonheur» de Félix Leclerc, accompagné au piano par Don Johnston dont on fêtait le retour à la vie privée.Lalonde s'en est bien tiré grâce à l'aide de Nicole Loiselle, la fille de l'ancien député Gérard Loiselle.Pierre Trudeau devait y être, mais on l'a attendu en vain.300 personnes ont participé à la fête qui a attiré les Francis Fox, Marcel Prudhomme, Pietro Rizzuto, Dennis Dawson, de même que des libéraux de Toronto comme Judy Frôla et Charles Caccia et de Halifax comme Gerald Regan.Un geste «stupide» Presse Canadienne WASHINGTON Selon le négociateur en chef des États-Unis au moment de la signature du Pacte de l'auto, en 1965, les autorités américaines agiraient de façon «stupide» en le reniant, comme signe de représailles contre l'abandon de l'accord sur le libre-échange, advenant l'élection d'un gouvernement libéral au Canada.Il est «un peu extrémiste» de prétendre, comme l'a fait le ministre canadien Michael Wilson, que les États-Unis répudieraient le Pacte de l'auto, si le Canada ne signait pas le traité de libre-échange.M.Trczise, qui est lui-même un partisan du libre-échange, a fait remarquer que les Trois Grands de l'auto (Chrysler, Ford et General Motors) ont déjà investi des milliards de dollars dans des usines canadiennes pour fabriquer des voitures qui se vendent sans droits de douane, grâce au Pacte de l'auto.En résiliant le Pacte de l'auto, a signalé M.Trezisc, le gouvernement américain mettrait tous ces investissements en danger.UN CAHIER SPECIAL AVANT L'HIVER LE SAMEDI 5 NOVEMBRE DAMS 82 8 B2 LA PRESSE, MONTRÉAL.MERCREDI 2 NOVEMBRE 1988 Éditorial Paul Desmarais president du conseil d administration Roger D.Landry president et éditeur Claude Masson éditeur jdioint Marcel Oesjardlns, directeur de lïnformaticn Alain Oubuc, ¦\"» éditorialiste en chef Trick or Treat à Washington M.Turner est rayonnant d'optimisme quand il parle du commerce canadien après la défaite de M.Mulroney et de l'accord de libre-échange.«Je descendrais à Washington, a-t-il expliqué lors du débat en anglais, et je dirais: 'Voilà, nous avons été francs avec vous.Vous venez d'avoir des élections fédérales.Nous en avons eues.Le peuple canadien a rejeté l'accord.Qu'allons-nous faire maintenant?' » Il n'indique pas qui l'inviterait à Washington pour tenir ce beau discours.Il est peu vraisemblable que le futur président veuille s'encombrer d'un premier ministre canadien qui a tant combattu un accord appuyé par les deux w- IfeLBÉ- Partis américains et approuvé formellement M.MM^ par je congrès et le président.Une petite fille déguisée en sorcière le soir de l'Halloween serait sans doute mieux accueillie à la Maison-Blanche.Mais revenons aux projets de M.Turner.Il réglerait les problèmes avec les États-Unis dans le cadre du GATT et travaillerait à étendre cet accord multilatéral aux services et à l'agriculture.Il chercherait à en améliorer le système de règlement des différends.Or, le GATT doit se réunir à Montréal trois semaines après les élections.Si M.Turner devenait premier ministre, il pourrait dire, dans son discours de bienvenue aux ministres d'une cen- taine de pays, pourquoi il a pris une décision qui sape les négociations en cours et ébranle l'institution qui les organise.En effet, de nombreux pays ont manifesté leur approbation à l'accord entre le Canada et les États-Unis.Ils y voient un modèle qui pourrait faciliter les négociations multilatérales et, surtout, ils y voient un gage de la volonté des États-Unis d'ouvrir ses marchés et non de les protéger.Pas d'accord de libre-échange, pas de modèle et pas de gage.Au cours du même débat, M.Turner a aussi évoqué la possibilité de conclure des accords sectoriels, présumément avec les États-Unis, pour l'acier ou d'autres produits.Il voit donc la possibilité de négocier de façon bilatérale avec les États-Unis.Or, pour négocier un accord commercial tant soit peu complexe, le président des États-Unis doit obtenir l'autorisation du Congrès.Il est peu vraisemblable de croire que le prochain président serait assez téméraire pour demander une telle autorisation.On voit mal un président Dukakis, qui ne s'est jamais engagé avec autant de fermeté à libéraliser les échanges que le président Reagan ou M.Bush, faire une telle demande aux chefs de son parti au Congrès, désabusés comme ils le seraient de pouvoir s'entendre avec le Canada.On voit encore moins un président Bush compromettre ses relations avec un Congrès contrôlé par l'opposition pour faire plaisir au Canada, qui ferait figure de girouette, alors qu'il serait peut-être plus facile et plus avantageux d'arriver à une entente substantielle avec le Japon.C'est comme si les États-Unis dénonçaient le pacte de l'automobile \u2014 comme l'accord de libre-échange, il est dénonçable sur préavis de six mois \u2014 et que le président voulait négocier un nouvel accord sur une partie seulement du secteur de l'automobile.Personne à Ottawa n'accueillerait cette initiative avec la moindre bienveillance.Mais M.Turner ne semble pas se douter qu'il ne serait pasu*.spécialement bien vu à Washington.Dans le débat en français il .a dit au sujet de la lutte contre les pluies acides: «Moi, je vais \" descendre à Washington, une fois premier ministre.» Il comp-\u201e; te s'y entretenir pas seulement avec le prochain président/\" mais aussi avec les sénateurs clés, des membres de la Chambre,^ des représentants et les gouverneurs des États industrialises.Les Américains ne sont pas particulièrement rancuniers, mais, il est difficile de penser que l'échec du libre-échange ne se répercuterait pas sur leur bonne volonté de traiter avec M,,, Turner dans d'autres domaines, dont celui des pluies acides.On a de la peine à suivre M.Turner: il se méfie tant des Américains et de leurs intentions à l'égard du Canada et, pourtant, il y trouverait comme par enchantement de grands amis dès qu'il serait premier ministre et, avec eux, il résoudrait les problèmes, même les plus épineux.L'attitude de M.Turner rèr lève de la naïveté ou de la déception.Frédéric wagniere , Dur apprentissage Apres bientôt deux ans à la tète de la ville de Montréal, le 9 novembre prochain, le Rassemblement des citoyennes et des citoyens de Montréal du maire Jean Doré apprend la dure réalité du pouvoir.Entre les grands idéaux décidés à l'intérieur de congrès d'un parti municipal vierge et imbu du désir de «refaire le monde» et les contraintes de la vie quotidienne de l'administration d'une ville complexe et aux éléments multiples, il y a un véritable océan.Un premier conseiller municipal du RCM vient de remettre sa démission comme membre de cette formation nettement majoritaire au conseil pour se joindre aux indépendants.M.Pierre-Yves Melançon, conseiller du district Mont-Royal, membre du RCM depuis treize ans, élu pour la première fois en 1982 et président de la commission de l'administration et des finances depuis 18 mois, est reconnu comme un élu sérieux, avec une bonne crédibilité, connaissant bien ses dossiers.Son départ ne changera guère de choses au sein d'une administration qui compte 54 des 58 conseillers au sein du conseil municipal.Les motifs de son départ dénotent cependant un malaise entre ce qui a été promis aux Montréalais et la marchandise qui leur est livrée depuis deux ans, au dire de M.Melançon.Absence d'une véritable démocratie de participation des élus et des citoyens, grave manque de confiance et d'information de la part de l'administration Doré-Fainstat, hyperconcentration du pouvoir entre les mains du comité exécutif, manque flagrant de consultation véritable.On croirait y retrouver là, presque textuellement, les critiques formulées à la veille du scrutin de novembre 1986 à l'endroit de l'administration Drapeau-Lamarre par les futurs élus de l'équipe Doré.La démission du conseiller Melançon ne fera pas bouger les murs du temple ou du «bunker montréalais du deuxième étage» de l'hôtel de ville mais elle aura du bon.À mi-mandat, elle forcera les élus a rajuster leur tir face aux belles promesses faites pour gagner le coeur des Montréalais il y a deux ans.Jean Doré devient-il le Jean Drapeau des années 90, profitant de son immense majorité pour mener «sa» ville à sa guise?Deux courants contradictoires circulent actuellement face à l'administration Doré-Fainstat: 1) le pouvoir est réuni entre quelques mains et tout se décide en catimini, comme le prétend le conseiller Melançon; 2) la consultation est si étendue et parfois si exagérée que bon nombre de citoyens ont l'impression que les élus ne décident plus.L'administration municipale de Montréal n'a pas encore réussi à atteindre l'équilibre.Il ne reste que deux ans pour y parvenir.Claude masson La pilule abortive Avec l'arrivée d'une nouvelle pilule abortive, le débat sur l'avortement risque de quitter le terrain des cliniques médicales pour entrer dans le; pharmacies.Mais les parlementaires, si indécis sur la question, n'ont pas à s'inquiéter: ils n'auront pas à se prononcer de sitôt.Cette pilule, fruit des travaux de chercheurs français, constitue bien sur un important pas en avant, comme lavait été, il y a une ou deux générations, la commercialisation de la pilule an-\u201ev ticonceptionnelle.Mais ce n'est pas demain que les Canadiennes pourront se procurer la pilule abortive RU486.t^M Son usage, sur ordonnance médicale, demeure restrictif même en France, et les effets qu'elle t .engendre suscitent encore bien des craintes.La nouvelle pilule est sortie des laboratoires français de Roussel-Uclaf.Il s'agit d'un groupe scientifique sérieux dont la réputation n'est plus à faire.Évidemment, les raisons médicales n'ont absolument rien eu à voir dans la décision de la compagnie, la semaine dernière, de suspendre sa fabrication.Le fabricant français cédait plutôt aux pressions de lobbies anti-avortement américains et allemands qui menaçaient de le boycotter, ce qui risquait de nuire aux autres produits du groupe.C'est également pour des raisons politiques \u2014 dont celle de ne pas céder au chantage des mouvements de droite pro-vie \u2014 que le gouvernement socialiste français a «obligé» le groupe Roussel-Uclaf à la remettre sur le marché.Il y a lieu de s'en réjouir: on ne gagne jamais à céder au chantage de quelque groupe que cela soit.Mais le problème des femmes n'est pas réglé pour autant.En effet, RU486 n'est pas encore autorisé par les autorités canadiennes et Roussel Canada ne compte pas faire de demande en ce sens avant six mois ou un an.Ensuite, il faudra environ deux ans avant que le produit ne soit autorisé, si jamais il l'est.Les militants de la lutte à l'avortement y sont évidemment opposés.Mais même chez les tenants du libre-choix, la pilule abortive provoque encore de sérieuses inquiétudes.On craint notamment qu'elle ait chez la femme qui s'en sert des séquelles importantes pour sa santé.Rien ne sert de se voiler la face: la pilule abortive existe.Il revient donc aux autorités scientifiques canadiennes de se pencher immédiatement sur sa fiabilité de façon que la décision d'en autoriser ou non la vente au pays se fasse selon des critères rationnels libres de toute idéologie.Pierre vehn at LA BOITE AUX LETTRES La connerie à l'honneur ¦ |'ai honte.Apprendre que tout ce que le Québec a découvert cette année, c'est Mitsou, c'est assez pour avoir envie de fuir aux iles Mouk-Mouk! Quel beau mariage: le sexe et la bêtise réunis à leur meilleur.Quel encouragement pour ceux qui ont quelque chose (de beau) à montrer, à dire, ù chanter! C'est triste, mais ce qui l'est plus encore, c'est qu'une salle composée d'une certaine élite (noire milieu artistique!?) se soit sentie obligée d'applaudir à cette dégradation.Époque détestable où on entretient la connerie parce qu'elle est payante.Cina BAUSSON Montréal Mitsou Encore des fleurs ¦ La lettre de monsieur Jacques Bélanger, de Québec, concernant la caricature de Jean-Pierre Girerd parue dans La Presse du 14 septembre dernier, vient de me rappeler une promesse que je m'étais faite: celle d'écrire à votre journal pour dire à quel point ce fameux dessin du 14 septembre m'avait émue.Je voulais exprimer tout ce que dit aujourd'hui monsieur Jacques Bélanger.Je me souviens être entrée, ce midi-là, dans la «cuisine communautaire» du bureau, en lançant à mes collègues: \u2014 Vous avez vu la caricature de Girerd, aujourd'hui?Réponse négative.Jai donc décrit le maigre petit enfant noir et nu demandant au Pape qui lui tendait l'hostie: «ENCORE UNE.s'il vous plaît».Sans plus de mots, toute la détresse du monde était expri- mée.Il n'y avait rien à ajouter.Gorge nouée.Comment les «bonnes âmes» ont-elles pu protester?Comment peut-on à ce point s'agripper à la lettre et oublier l'esprit?11 a raison, Girerd, de nous obliger à regarder plus loin que le bout de notre nez.Les bien nantis, les bien établis, les chrctiens-ventre-plein pourraient écarter un peu leurs oeillères.Le dénuement côtoie l'abondance, au Québec comme en Afrique, et le Dogme ne nourrit pas son homme.Y réfléchir sans s'offusquer.Et peut-être finir par agir (il est toujours temps).Comment?Je ne sais pas.Je n'ai de leçon â donner à personne: je réfléchis encore.S'ouvrir l'esprit, c'est insuffisant dans les circonstances, mais c'est peut-être déjà une forme de générosité.Paillette VILLENEUVE Outremont Un tableau trop sombre de l'école M.Jean-Paul Desbiens, collaborateur spécial ¦ Votre dernier écrit ( « L'école évaporée», La Presse, 19 octobre) est moins alarmant que désespéré.Je vous envoie, pour vous re-monter le moral, la copie d'examen d'économique d'une étudiante qui, en deux heures, a pondu près de 9 pages d'aride théorie économique après avoir lu les 221 premières pages du manuel obligatoire (le tiers de la somme de son travail pour ce cours).Les bons étudiants font de bonnes choses dans bon nombre de collèges.11 n'est pas nécessaire que tous les professeurs ou même la majorité soient très bons; quelques-uns suffisent.Les étudiants les remarquent, s'en font leur modèle et oublient les autres.Chaque étudiant prend comme modèle le meilleur d'entre eux.C'est toujours ainsi.Et je parierais même que c'est suffisant.Vous déplorez les abandons, et votre article ne mentionne pas les deux causes principales que vous soupçonnez.Or certains étudiants viennent à mon bureau pour abandonner mes cours.La cause saute aux yeux à chaque fois: LE MANQUE DE COURAGE.Pour y suppléer, la famille et l'État ne nous aident guère, car l'étudiant décrocheur continuera à manger, à être logé et entretenu quand même et sans frais.On a oublié que lu faim donne tous les courages, si l'amour du savoir vient à manquer.Vous déplorez la médiocrité littéraire et le peu d'élévation pédagogique d'un discours de la rentrée d'un syndicat de professeurs.S'il avait les qualités contraires, on s'en méfieruit.Car les qualités d'un syndicaliste, c'est d'avoir des couilles.On ne lui demande rien d'autre que la combativité nécessaire pour tenir tète à ceux qui veulent diminuer notre part du revenu national, etjlçs autres avantages complémentaires.L'enseignement ne de^ vrait s'en porter que mieuxj car, devant mes étudiants, je veux avoir la tète libre de ce genre de préoccupations.Quant au jeu du M.E.S., « gratte-moi-la-loterie », fai tes comme nous: riez! riez! Le rire a pour fonction de rendre léger ce qui est épais.Et quant aux «treize semaines de vacances payées», nous ne sommes que l'heureux exemple qui ne mérite que d'être imité par tous les salariés, et non d'être jalousé, surtout pas par ceux (compagnie*?et individus) qui ne paienjjîaâ, un sou d'impôt.«Quand l'école était rare.v» En 1958, à Rivière-à-Pierrë, au réfectoire et devant tout.le monde,des religieuses passaient sur la langue des élèves de 10 ans qui avaient parlé a la messe, des laines d'acier usagées et sales.Je ne l'oublierai jamais.Jacques LÉCARÈ professeur d'économique et d'histoire au Campus Notre-Damc-de-Foy Sai il t-August i n-de-Desmaures NDLR \u2014 Une coquille.s'est glissée, lundi, dans la réponse de Guy Cormier au chef du Parti québécois, Jacques Pari-zeau, qui signait un article^n page voisine.Cette réponse aurait dù se lire comme,suit: «Dans l'article de la page-éditoriale les mots «qui veulent détruire le Canada» ont été mis entre guillemets par moi pour bien marquer que ce jugement-là, je ne le prends pas à mon compte.» Gérald LeBlanc LA PRESSE.MONTREAL, MERCREDI 2 NOVEMBRE 1988 C'est la faute à Jonas «Baleines et monstres marins, bénissez le Seigneurl» (Daniel 3.79) JEAN-PAUL DESBIENS collaboration spéciale LW humanité, comme Jonas, a ¦ provoqué une tempête et elle se retrouve dans le ventre ; d'une baleine.11 vaudrait la peine que vous relisiez le Livre de Jonas.! amnésique lecteur, car enfin, cela | vous regarde, puisque vous êtes un ! paradoxe dans le ventre de votre destin, comme Jonas durant son sé-' jour dans sa station baleinière.; Les parcs zoologiques, les cirques et les aquariums permettent à des i millions d'hommes et d'enfants de ' voir des éléphants, des girafes, des hippopotames et quelques exemplaires des monstres marins, toutes bétes créées pour la joie des Anges.Il n'existe toutefois pas d'aquarium de baleines.L'aquarium des baleines, c'est l'océan.Il suit de là que bien peu d'hommes, au bout du compte, ont vu des baleines, vu de ce qui s'appelle voir.Voir une baleine à la télévision, ce n'est pas voir une baleine.Et pourtant, de-' puis le fond des âges, cet animal 'Occupe une grande place dans l'imaginaire des hommes.L'humanité pourrait-elle vivre /sans baleines?Bien sûr qu'elle le 1 pourrait.Elle vit bien sans dino- saures.Avouez toutefois que vous feriez un sacré bout de chemin pour contempler les ébats d'un troupeau de dinosaures ou d'une volée de rhamphorhynques.On sait que la disparition des dinosaures est attribuable a_ des causes naturelles.Mais si jamais les baleines disparaissaient, ce serait à causé de la bêtise humaine.L'homme est bel et bien capable de supprimer les éléphants, les rhinocéros et les baleines.Mais jamais l'homme ne pourra fabriquer une baleine.Ni non plus une chenille.C'est à cause d'un reste de culture judéo-chrétienne que la baleine occupe une telle place dans l'imaginaire des hommes.Dans la Bible, on remarque que non seulement la baleine, mais deux ou trois autres cas limites du règne animal fascinaient depuis longtemps même les hommes qui n'avaient jamais vu l'un ou l'autre de ces animaux.Dans le Livre de fob, on trouve de longues descriptions du crocodile et de l'hippopotame.A propos du crocodile, il est fait mention de «son éternuement qui fait scintiller de la lumière et de ses yeux qui ressemblent aux paupières de l'aurore.» Au Moyen Age, Thomas d'Aquin et Albert le Grand renchérissaient.Ils faisaient état, avec une hardiesse stupéfiante, des amours éléphantesques et des testicules énormes des hippopotames.Dans ces traditions et dans ces cultures, on pressentait le lien mystérieux qui unit le destin des hommes et celui des animaux.Dans La femme pauvre, Léon Bloy a écrit une dizaine de pages admirables à propos d'une visite au parc zoologique de Vincennes.On y trouve, entre autres, la remarque suivante: «Ces cages ne sont ténébreuses que parce qu'elles sont placées au-dessous de la cage humaine qu'elles étançonnent et qui les écrase.Mais, captifs ou non, sauvages ou domestiques, très près ou très loin de leur misérable sultan, les animaux sont forcés de souffrir sous lui, à cause de lui et par conséquent pour lui.» Ces derniers jours, les baleines ont fait la une des médias.Ce fait divers, grossi à l'échelle internationale, soulève plusieurs questions.Dans une lettre à La Presse (31 octobre), un lecteur en formule une excellente: «Y a-t-il quelqu'un qui pourrait expliquer comment on réussit à déployer autant d'ingéniosité et de concertation internationale pour sauver la vie de trois baleines.alors qu'on décrète que l'acheminement de secours aux enfants qui crèvent de faim au Soudan pose des problèmes politiques et logistiques insurmontables?» La réponse, c'est justement que tout est profit politique pour les États, en l'occurrence.Il s'agit d'une mesure de diversion efficace.Les deux Grands font à bon marché la démonstration de leur préoccupation écologique.Ce qu'on ne dit pas, c'est que dans le même temps, faute d'une entente internationale respectée, on continue de décimer les troupeaux de baleines par cupidité commerciale.On sauve à grands frais deux baleines et on refuse de remettre les quota.-, en question.Les Soviétiques utilisent chaque année leur quota permettant de tuer 175 baleines grises.Je voudrais bien savoir comment on s'assure qu'ils s'en tiennent à ce quota.Samedi dernier, je parlais baleine avec un jeune homme.Il est assez articulé pour comprendre que dans cettehistoire, il n'y a aucune raison d'invoquer un quelconque scandale de dépenses inutiles.Les équipages des brise-j»Iace soviétiques ou des hélicoptères américains figurent déjà au budget de défense ou de propagande.Par contre, le jeune homme me disait qu'aussi longtemps que les hommes trouveront moyen de se mettre ensemble pour faire quelque chose en commun, l'espoir de sauver l'humanité demeure ouvert.Cela ne règle pas le problème des enfants du Soudan.Le sauvetage des baleines peut seulement nous approcher de comprendre que tous les autres sauvetages seraient possibles.\\L 'hôtel Queen's : Dupras fustige le maire Doré I Claude Dupras, chef du Parti civique de Montréal, s'en prend ici au maire Jean Doré qui refuse de surseoir aux travaux de démolition de l'hôtel Queen's.! CLAUDE DUPRAS Le dossier de l'hôtel Queen's et la décision du conseiller Pierre Y.Melançon d'abandonner le RCM sont en train de révéler la vraie nature de Jean Doré.L'affaire dé l'hôtel Queen's nous montre un Jean Doré violant sans vergogne un règlement municipal adopté par sa propre administration et trahissant son mandat de premier magistrat.En effet, le 21 juin dernier, la Ville adoptait à l'unanimité un règlement autorisant le propriétaire du terrain sur lequel est sis l'hôtel Queen's à restaurer les façades de 1892, 1893 et 1910 de l'immeuble i pour les intégrer à un développement qui devait être substan- > tiellement conforme aux plans déposés et approuvés.Le règlement stipulait, en outre, qu'aucune modification d'importance ne pourrait être apportée à ces plans.Or, pour des raisons inconnues et incompréhensibles, vu l'absence de toute étude sérieuse sur la solidité de la structure depuis 1985, M.Doré cède aux pressions du développeur qui se dit incapable de restaurer l'immeuble en raison de son état.Pourtant, les travaux de démolition engagés depuis déjà une semaine démontrent avec éloquence le caractère farfelu des arguments selon lesquels l'immeuble menace à tout moment de s'effondrer et ne tient que par gravité.Même sous les coups d'une bille de 8000 livres qui le martèle constamment, l'immeuble tient bon.Depuis la semaine-dernière, de nouveaux éléments sont venus s'ajouter au dossier.L'ingénieur Saia reconnaît maintenant que l'opinion qu'il a donnée à la Ville n'était pas fondée sur un examen approfondi de la structure.Il reconnaît d'emblée que l'opinion d'un expert qui aurait examiné la structure serait meilleure que la sienne.Or, il existe une telle opinion.C'est celle de l'ingénieur Jacques Chartrand qui a récemment procédé à une analyse complète de la structure et ses conclusions sont à l'effet que la réfection demeure possible.Il est appuyé en cela par M.Saint-Louis, architecte du ministère des Affaires culturelles, pour qui les pierres de l'immeuble demeurent solides à 85%.15% de réparation dans un immeuble de cet âge, qui a été négligé aussi longtemps, ce n'est rien du tout.L'objection la plus souvent citée se ramènerait au souci de l'administration pour la sécurité des travailleurs sur le chantier.Or, la Commission de la santé et la sécurité au travail se déclare maintenant prête à autoriser le chantier si un entrepreneur était disposé à lui soumettre un plan de sécurité acceptable.Deux firmes sont prêtes à relever cette responsabilité.Pourtant, M.Doré s'obstine.Il cite des obstacles «incontournables» pour refuser un moratoire de dix jours qui laisserait à un comité d'experts le temps de voir s'il est raisonnable de tenter de sauver un élément très valable de notre patrimoine architectural et historique.L'affaire prend un éclairage tout nouveau avec la démission du conseiller Pierre Y.Melançon, du RCM.En effet, M.Melançon, dénonce l'absence de confiance à l'endroit des élus qui se traduit par l'inexistence de l'information, l'absence de consultation, l'hypercon-centration du pouvoir entre les mains de certains membres, la stratégie de l'affrontement avec ceux qui n'ont pas le privilège de compter parmi le cercle étroit des dirigeants et la mentalité «bunker» qui s'est développée chez ceux-ci.Qui pis est, M.Melançon s'interroge carrément sur ce qu'il reste des réalisations de l'administration Doré quand «le maquillage est enlevé».Il s'inquiète de l'absence du «leadership économique dont Montréal a si grandement besoin».Il déplore le retard de la réforme parlementaire et la chance ratée d'une réforme de la fiscalité parce que Montréal n'a pas su s'imposer face au gouvernement provincial et il ramène tout cela à l'absence d'une démocratie véritable dont il tient M.Doré responsable parce qu'il ne respecte pas les engagements qui sont à la base même de l'action du RCM.En agissant de façon autocratique dans le dossier de l'hôtel Queen's, M.Doré nous montre combien la critique de M.Melançon est justifiée.La démolition est déjà commencée.M.Melançon s'est rendu compte de ia vraie nature de Jean Doré et quitte le RCM en reprochant à Jean Doré de ne pas « remplir le mandat que la population montréalaise lui a confié le 9 novembre 1986».Sans pour autant se réjouir de cette situation qui, en fin de compte, pénalisera tous les Montréalais, le Parti civique est quand même obligé de noter qu'il a régulièrement alerté leur attention sur les différences qu'il y aurait entre les messages de M.Doré et son comportement.Dire une chose avec conviction, autorité et un brin de dogmatisme, puis se retourner et en faire une autre.Voilà un style qui rappelle étrangement celui de leaders peu connus pour leur progressisme.Pourtant, arrivé au pouvoir, M.Doré n'a rien de plus pres- sé que d'imiter ce modèle qu'il rejetait avec tant de passion et d'énergie quand il ne s'agissait pas de lui-même.Deux poids, deux mesures?Les Montréalais ne seront pas dupes.En attendant, il n'est pas trop tard pour les Montréalais d'exiger de leur administration qu'elle traite avec plus d'égard notre patrimoine.La démolition de l'hôtel Queen's peut encore être interrompue si tous ceux qui prennent la chose à coeur veulent bien se donner la peine de faire connaître leur sentiment aux autorités.Dans une telle circonstance, les médias ont la responsabilité d'agir comme re-lai de transmission.Du côté anglophone, l'intervention a déjà eu lieu.LA BOITE AUX LETTRES Lamentables atermoiements ¦ Marcel Adam fait état, dans La Presse du 8 octobre, de la tendance actuelle du pouvoir législatif à déléguer ses responsabilités au pouvoir judiciaire.Il s'agit, selon lui, d'un «curieux renversement des choses».Mais tel phénomène est-il si surprenant?Le gouvernement conservateur est sans contredit l'équipe de la complaisance: décentralisation, 'déréglementation, subordination aux forces du marché, etc.En re- \"niant ainsi ses responsabilités les plus fondamentales, le gouverne- ' merit central se laisse bêtement emporter par la vague, plutôt que de tenir fermement le gouvernail.'À quoi bon la «réconciliation \"nationale» si celle-ci se résume à une douteuse connivence entre les gouvernements du Québec et fédéral, qui mènera graduellement, par - la voie d'un libre-échange précipi- té, à l'effondrement des stuctures mêmes de notre société?Tandis que M.Mulroney laisse à la Cour suprême le soin de trancher la question de l'avortement, M.Bourassa, lui, en fait de même pour ce qui est de la loi 101.Telle est la grande vision qui permet à nos deux champions du libre-échange nationaux d'administrer avec tant de clairvoyance les affaires de l'Etat.Ne nous leurrons pas.Ces lamentables atermoiements, issus d'un net manque de cran politique, ne passeront pas inaperçus: l'aigle à l'affût saisira sans coup férir le castor boiteux.Jean-Charles MERLEAU Hull Mains tendues ¦ Je félicite La Presse qui a ouvert sa «grande page aux idées», la page éditoriale, à ce chef algonquin que je ne connais pas mais que j'ai tout de suite reconnu comme un frère.Quand il dénonce le chacun pour soi et la division de son peuple à travers les tout petits tiroirs des experts et des.gouvernements, il parie aussi pour nous.Chez nous aussi l'étranger s'est amené avec les «intérêts des gros l'emportant sur la masse des autres».Il a creusé un grand canal, un long pont pour faire pénétrer le nouveau Canada.Et pour actionner la grande machine à produire, il a attiré de nos campagnes et de celles de l'Irlande tous ces fils affamés, désespérés qu'il a consacrés ouvriers.Et quand il n'en a plus eu besoin, il a fermé son canal, son chemin de fer et ses usines pour dire aux ouvriers que le gouvernement et les experts s'occuperaient d'eux.Chez nous aussi la plus grande richesse gaspillée ce sont les hommes, les femmes et les enfants sans emploi sur un sol abandonné, empoisonné, le plus grand nombre condamnes à l'inactivité, subventionnés à l'ombre milliardaire des tours à bureau ou condos de luxe.Quand tu souhaites, Richard Kis- tabish, que nos mains se rejoignent et que le peuple se tienne ensemble, tu parles aussi,pour nous.À Saint-Henri, Ville-Émard, Pointe Saint-Charles, nous travaillons très fort à reformer le cercle et à nous prendre en main.Et nos mains sont tendues jusqu'à vous.Jean-Marc CAREAU Pointe-Saint-Charles N.B.B La Presse accorde priorité sous cotte rubrique nus lettres qui l'ont suite à des unifies publics dans ses pages et se réserve le droit de les abréger L'auteur doit être clair et concis, signer son texte, donner son nom complet, son adresse et son numéro de telephone, adresser tante correspondance comme suit: Lu boite aux lettres.La Presse.7, rue Saint-heqttes.Montréal.II2Y IK9.Les yeux de Cégé et de Nathalie On s'était donné rendez-vous à 11 heures, dans le grand hall d'entrée du cégep Ahuntsic, lieu de rencontre et de flânage, avant et entre les cours.C'était à moi de la repérer, en sachant qu'elle arriverait avec Gégé, une chienne «Golden Retrie-ver», qui est devenue l'inséparable compagne de Nathalie Chartrand.Tel que convenu, elles sont arrivées toutes deux et je les ai suivies.Après une petite marche le long de la rue Saint-Hubert, pour permettre à Gégé de se dégourdir un peu, nous nous sommes attablés dans un petit restaurant de la rue Legendre, pour manger bien sûr, mais surtout pour permettre à Nathalie de me raconter l'histoire de sa vie.C'est une belle fille de 21 ans, aux cheveux auburn et au teint rousselé, aux grands yeux bruns pâles, rehaussés d'ombre à paupières bleue, qui ne reflètent plus l'intense vie intérieure de Nathalie.C'est à la mi-mai 87 que sa vie a subitement changé.Éprouvant d'affreux maux de tète, Nathalie est entrée à l'hôpital, où on lui a découvert une malformation congénitale touchant les veines et les artères.C'est cependant un tout autre problème qui devait, durant la même période d'hospitalisation, lui porter le dur coup.À la mi-juin, Nathalie était devenue complètement, et définitivement, aveugle.Un surplus du liquide rachidien avait écrasé son nerf optique.Nathalie est alors retournée chez elle, à Fabreville dans Laval, pour faire face à sa nouvelle vie.«Il faut tout réapprendre: à manger, à marcher et surtout à écouter.Quand on voit, on n'entend que ce qu'on voit, mais quand on ne voit plus on commence à entendre toutes sortes de nouvelles choses», explique-t-elle.« Peu à peu, je me suis aperçue que le monde continuait à tourner comme avant pour les autres, tandis que moi je commençais à être tannée d'écouter la ra- Nathalie Chartrand et sa chien-dio.J'avais 20 ne-guide Cégé ans et je me suis dit que je ne photo paui-henritaibot.^ pr«s* pouvais passer 40 autres années comme ça.J'ai commencé par me procurer une montre pour handicapé visuel, puis je me suis mise à l'étude du braille.«J'ai vite compris que je ne pouvais me débrouiller avec la canne blanche.J'ai alors fait une demande à la société MIRA pour un chien-guide.J'ai suivi un entraînement de motricité et passé un mois de pairage avec Gégé, à Longueuil.«Il faut s'assurer qu'on va bien ensemble, qu'on est compatible de caractère car on ne se sépare à peu près jamais.Par exemple, il ne faut pas un chien trop combattif avec quelqu'un de doux et tranquille.» Je lui demande alors quelle sorte de chienne est Gégé.«Tenace et un peu entêtée, comme moi», me répond Nathalie, qui ne manque certes pas de détermination.À preuve son programme habituel du lundi: lever à 5h30, autobus à 6h30, cours au cégep Ahuntsic de 8 à 1 Ih, autobus à 1 lh30, cours en aqua-forme au cégep Lionel Groulx de Sainte-Thérèse de 13hl5 à 14hl5, autobus et retour à la maison pour une pause de 16h à 18h, autobus à 18h30 pour la polyvalente et cours d'anglais de 19h à 22h, autobus à 22h30 et retour définitif à la maison vers 23 heures.C'est alors que Gégé se débarasse de son harnais de travail et prend son unique repas de la journée.«Sans harnais, Gégé devient un toutou comme les autres et s'amuse comme une petite folle.Avec son harnais, c'est une fidèle travailleuse.Elle est devenue mes yeux, elle me permet d'aller partout et je ne pourrais plus me passer d'elle.» En raison de l'intensité et de la durée quotidienne du travail requis d'un chien-guide, sa carrière ne dure que de six à sept ans.«Qu'arrivera-t-il à Gégé dans sept ans?» «J'aime autant pas penser à cela, répond Nathalie.En raison de la relation intense et exclusive d'un handicapé visuel avec son chien-guide, il est impossible de garder le chien à la retraite, en même temps que son remplaçant.Par ailleurs, il est qua-siimpossible pour le chien retraité de vivre sans son maître: il passerait son temps à l'attendre.C'est pourquoi, plusieurs préfèrent le faire endormir, une sorte d'euthanasie.J'aime autant pas penser à cela, ce sera pas facile.» Entre-temps Nathalie, qui a déjà son DEC, refait l'apprentissage scolaire au cégep Ahuntsic, avant d'entreprendre, l'an prochain, ses cours à l'Université de Montréal.«Je veux devenir traductrice et me spécialiser dans l'interprétation simultanée.» Et elle s'est trouvée une nouvelle mission : aider MIRA à fournir d'autres chiens-guides aux aveugles.Grâce à MIRA, les Québécois n'ont plus à s'expatrier aux États-Unis pour le mois de pairage avec leur guide.« Et les chiens de Sainte-Madeleine ( siège social de MIRA) jappent en français», me dit le jovial Gaston L'Heureux, le parrain de la campagne de financement.LA PRESSE est publie* par LA PRESSE.LTEE.7.rue Saint-Jacaues.Montreal H2Y 1K9.Seule la Presse Canadienne est autorisée a diffuser les informations de -LA PRE5SE- et celles des services de la Presse Associée et de Reuter Tous droits de reproduction des informations particulières a LA PRESSE sont également reserves -Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement numéro 1
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.