La presse, 5 mars 1989, C. Détente
[" Détente LA PRESSE.MONTREAL.DIMANCHE 5 MARS 1989 Les chutes Montmorency, un haut lieu de l'escalade ! RICHARD CH ARTIER LW escalade de glace est une discipline particulière de la montagne.Au départ, il faut savoir qu'elle n'est pas à la portée de tous les gabarits.Les physiques raffinés, type danseur, sont généralement à l'aise sur les parois rocheuses.La paroi de glace, c'est pour les amateurs du bras de fer, les amateurs de l'effort musculaire.Généralement.Yves Laforét, 32 ans, d'Iberville, est le gourou des glaces du Québec.Il est l'exception qui confirme la régie.H n'a pas un gabarit de costaud, mais il possède au suprême degré l'art de progresser sur le terrain particulièrement hostile et glissant de lu glace verticale.Pour mon initiation, Yves m'avait dun né rendez-vous, le 19 février, au bas des célèbres chutes Montmorency, en face du pont de l'Ile d'Orléans.De part et d'autre de la coulée, des cascades de glace s'élèvent jusqu'au sommet des chutes en vertical ou en quasi-vertical.Deux cent soixante-quinze pieds, donc deux bonnes cordées.Mais nous nous contenterons aujourd'hui de faire école sur une plus petite paroi qui a quand même sa verticalité.Gare à la dentelle! Le maître s'approche de la paroi.Il va et vient un moment sur quelques mètres, examinant la texture de la glace.Il fait relativement froid, peut-être moins 20, mais les cascades de glace se présentent en dentelles de stalactites.Cette substance est sans doute assez friable.Yves Laforét arrête son choix sur une petite dépression verticale.Du pied gauche, il se met à frapper la glace à une vingtaine de centimètres du sol.Il frappe i plusieurs fois si bien que les crampons qui se dressent à l'horizontale sous sa semelle rigide font éclater la glace fragile et creusent une cavité où, d'un ultime coup de pied sec, il obtient un ancrage solide.Il lève le bras droit et répète un manège semblable avec un de ses piolets.Lorsque le pic a fait sa niche, il se hisse à force de bras et entreprend de fixer son pied droit à la même hauteur que le pied gauche.Puis il actionne le piolet gauche.Tout cela prend du temps.Chaque prise est soigneusement façonnée, la glace éclate, les minutes passent.Chaque prise de crampon, chaque prise de piolet mérite le même rituel patient.Pas question d'y aller à la sauvette.Plusieurs minutes s'écoulent avant que le grimpeur n'atteigne l'endroit où il a choisi d'établir le relais, à une huitaine de mètres du sol peut-être.Il enfonce dans la glace deux vis d'assurage, qui sont l'équivalent de coinecurs en escalade de rocher.Sangles et mousquetons viennent compléter l'appareillage dans lequel passe la corde.Surtout, ne pas tomber.L'escalade de glace a des exigences spéciales qui ne peuvent, en aucun cas, être laissées au hasard.«Le plus important quand on est premier de cordée», disait Yves à notre arrivée aux chutes Montmorency ce matin, «c'est de ne pas tomber.«Parce qu'on a des crampons aux pieds et des piolets aux mains, qui sont des outils acérés et dangereux, on a toutes les chances de se faire mal en cas de chute.En accrochant la paroi, le bout des crampons fait tourner la cheville, les piolets, eux, peuvent vous bondir en plein visage.«Il est donc important, en glace, de ne jamais tomber.Pour ne jamais tomber, il faut ne jamais se placer dans une situation où on risque de tomber.Pour ne jamais se placer 1 Le premier de cordée vient d'atteindre le deuxième relais, à une hauteur d'une vingtaine de mètres.PHOTOS IEAN PiERPE OANVOVE collaboration sotemr _!__
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