La presse, 3 juin 1989, B. Plus
[" \tCe numéro special du PL (/S sur le sida ainsi que notre cLlriy la presse.montreal, samedi 3 juin 1989 jHL\tsondage sont publies dans un tiré a part qui sera disponible au coût de $9,00 à compter de lundi en appelant au 382-0895 ou en vous rendant au 1685, est de ta rue Fleury.La question n'est plus de connaître l'origine du virus du sida, mais d'enrayer sa progression CACNON Tous les obstacles sont balayés, toutes les barrières sont rompues, l'invincible virus du sida, en un flot puissant, se répand sur toute la planète.Le visage terrible de la réalité: plus de 140 000 cas déclarés dans le monde.Et ce ne sont là que les statistiques officielles.Selon l'Organisation mondiale de la santé, le nombre réel de personnes infectées se situerait entre 350000 et 400000.Aux États-Unis, le nombre de cas dépasse 75 000.Depuis 1980, au Canada, on a recensé plus de 2 000 cas, dont plus de 700 au Québec et plus 1 000 en Ontario.La majorité des personnes atteintes ont entre 20 et 49 ans.La maladie ne frappe plus seulement les homosexuels et les immigrés, elle se propage dans tous les milieux.Le sida, on ne cesse de le répéter, est une maladie qui se transmet principalement par contact sexuel.On ne 1 'at trappe pas en s'asseyant sur un siège de toilette, en donnant la main à quelqu'un ou en nageant dans une piscine.La question n'est plus de savoir si le virus vient d'Afrique ou d'Haïti, mais que faire pour l'arrêter.À la veille de la 5e Conférence internationale sur le sida, plusieurs personnes, dont Louis Ochero, coordonnateur du programme d'éducation et d'information en Ouganda, lancent un appel à la solidarité.« Nous, les Ougandais, croyons que si un serpent pénètre dans votre demeure, vous ne perdez pas de temps à lui demander par où il est entré.Vous essayez plutôt de vous en débarrasser», dit-il dans la revue Explore, spécialisée dans le développement international.Dans un style imagé, il demande que l'on évite de faire du sida un autre problème racial.En Ouganda, comme dans la plupart des pays d'Afrique, la situation est dramatique.On craint que le sida ne fasse autant de victimes que le régime d'Idi Amin.La 5e Conférence internationale qui débute demain, au Palais des congrès de Montréal, accueillera environ 430 délégués des pays en voie de développement, dont la participation été rendue possible grâce à l'aide financière de l'Agence canadienne de développement international, l'ACDl, et de divers autres organismes.«Nous tenions absolument à faire venir à Montréal le plus grand nombre possible de représentants du tiers monde», explique le docteur Richard Moris-set, président du comité du programme de la conférence.Là-bas, ça meurt comme des mouches'.Le président de la Zambie, Kenneth Kaunda, dont l'un des fils est mort du sida, ouvrira la conférence en compagnie du premier ministre du Canada, Brian Mulroney.Depuis quelques années, M.Kaunda multiplie les efforts pour sensibiliser les chefs d'État du monde entier.On dit de lui qu'il est «l'homme de la situation.» Dans son discours, il réclamera une campagne internationale d'éducation.Récemment, il a reproché aux chercheurs occidentaux d'utiliser les Africains comme des cobayes en leur administrant tous les médicaments nouveaux ou en menant sur eux différentes expériences.Selon lui, il faudrait davantage respecter la dignité humaine.rïtW.S W!'V.:.; Le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) est un microorganisme à la fois simple et très sophistiqué.Son noyau contient une longue chaîne d'acide ribonucléique (ARN), support de son hérédité, et une enzyme spéciale, la transcriptase inverse, qui lui permet de «traduire» son code ARN en ADN pour infecter les globules blancs.La protéine d'enveloppe virale GP120 est «attirée» par la protéine CD4 qui se trouve sur la paroi externe de certaines de nos cellules, dont les lymphocytes T4.Criée a sa clef (GP120), le VIH actionne le mécanisme de la serrure (CD4) et pénètre a l'intérieur de la cellule infectée.ILLUSTRATION TIRÉE DE Peur 11 Science de décembre 1988 La situation en Afrique est l'un des grands thèmes de la \u2022 conférence.Le nombre d'enfants sidéens, surtout en Ouganda, ne cesse d'augmenter.Les femmes sont autant touchées que les hommes.L'impact du sida est immense.10 000 participants On attend 10 000 participants et environ 1000 journalistes à la Conférence internationale qui durera six jours.En plus des grands scientifiques, il y aura des avocats, des travailleurs sociaux, des penseurs, des communicateurs, des chercheurs, des cliniciens et, bien sûr.des malades.À cause de la peur de la maladie et de l'ignorance qui persiste, une conférence internationale sur le sida diffère des autres conférences.«On a pris soin de donner des séances d'information aux policiers, hôtelliers, ambulanciers et plusieurs groupes pour éviter la panique, les maladresses et les gaffes de toutes sortes», souligne le docteur Jean Robert, chef du département de santé communautaire, de l'hôpital Saint-Luc.Et il poursuit: «Durant toute la semaine, Montréal sera «la» ville du sida.On ne peut plus jouer à l'autruche.» Organisé par le Centre de recherche pour le développement international, le ministère de la Santé et du Bien-être social et l'Organisation mondiale de la santé, ce congrès scientifique coûtera de $5 à $8 millions, dont $ 1,2 million sera couvert par les inscriptions.Le reste sera remboursé par différentes subventions.Le ministère provincial de la Santé et des Services sociaux apporte lui aussi une contribution.Le directeur général de la conférence, Claude Paul Boivin, et le docteur Richard A.Morisset, affirment que l'on a abattu un colossal travail d'organisation durant deux ans.« Le défi scientifique et social », tel est le thème de cette 5 e Conférence inter-nationle.En plus de l'aspect scientifique, on consacrera une place importante à l'étude des problèmes sociaux, humains, juridiques et économiques.Après Atlanta, Paris, Washington et Stockholm, c'est au tour de Montréal d'accueillir ces centaines de personnes qui, jusqu'à vendredi, échangeront les plus récentes informations et expériences sur la lutte contre le virus mortel.Le choix de Montréal pour la conférence a, évidemment, fait des envieux et provoqué des tiraillements.Mais personne, on le devine, ne veut parler aujourd'hui de ce qui s'est passé dans les coulisses.«Les grandes conférences scientifiques sont aussi des objets de consommation, reconnaît le Dr Jean Robert.11 y a des retombées économiques et politiques.Mais ce n'est pas scandaleux.L'important c'est qu'on y consomme également des idées.» Mais, selon lui, ces conférences produisent un «effet de masse» important qui vaut n'importe quelle grosse campagne de publicité ou d'information.De plus, elles laissent derrière elles un « résidus de connaissances.» ' Le sida est devenu une importante industrie et un tremplin pour plusieurs personnes.Et cela se comprend.Ce petit virus pose à la société l'un des plus grands défis.Pour le docteur Margaret So merville.directrice du centre de médecine, d'éthique et de droit de l'université McGill, les deux plus grandes préoccupations dans le monde actuellement sont: le sida et l'environnement.La tache est immense, tellement immense qu'elle dépasse les compétences de bien des gens.Concernant les problèmes de droit et d'éthique que soulèvent les tests de dépistage, les dangers de transmission, la confidentialité et les traitements, elle recommande la plus grande prudence.D'après elle, il vaut mieux avancer à petits pas, sans prétendre supprimer toutes les difficultés d'un seul coup.«Au moins si on se trompe, on ne courra pas à la catastrophe.» Des pays ont cependant adopté des mesures radicales pour tenter de freiner l'épidémie.Mais les choses sont ainsi faites: on n'apprend souvent rien avant de s'être durement cassé la figure.Quelques jours avant la conférence, le gouvernement fédéral a, lui, tenu à démontré sa compassion et son respect envers les personnes porteuses du virus.Le ministre de la Santé nationale et du Bien-être social, Perrin Beatty, a annoncé une politique contre la discrimination dans la fonction publique du Canada qui devrait servir de modèle.La Ville de Montréal avait, toutefois, pris les devants, l'an dernier.Des organismes, comme la CSN, ont suivi le mouvement.Quelques entreprises aussi.Le sida coûte cher Les coûts reliés au sida suscitent des inquétudes dans le milieu de la santé.Certains se demandent pourquoi il faudrait dépenser plus d'argent pour les sidéens que pour les cancéreux, les personnes âgées ou les enfants battus.Tous ne sont pas prêts à faire ce choix social.Il y a encore des hôpitaux qui n'aiment guère recevoir des victimes du sida et des médecins qui les placent au bas de la liste de leurs priorités.On estime que, pour chaque sidéen, il en coûte $82 000 en frais personnels directs, y compris les coûts d'hospitalisation et de traitement en clinique externe, les médicaments, les honoraires des médecins et les soins à domicile.Quant à la recherche, la Société royale du Canada, qui regroupe des spécialistes, a reproché au gouvernement fédéral de ne pas y consacrer suffisamment d'argent.On investit annuellement environ $4 millions, alors que l'organisme estime qu'il faudrait dépenser $35 millions chaque année.En 1987-88, aux États-unis, le National Institute of Health a alloué $252 millions à la recherche sur le sida.Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux s'est engagé à verser $21 millions au cours des prochaines années pour fournir des services et améliorer la prévention.Encore-là.plusieurs organismes trouvent que l'effort est nettement insuffisant.Sur le plan scientifique, les connaissances ont progressé énormément, mais ce n'est pas à cette conférence que l'on annoncera le vaccin miracle.Les spécialistes, les médecins, les représentants d'organismes communautaires, les travailleurs sociaux, enfin tout le monde, attendent du Canada qu'il joue un rôle de leadership dans la lutte contre le sida.Pour l'instant, la seule arme c'est la prévention et l'éducation.«On n'a pas réussi à rejoindre les jeunes.Il y a de quoi s'inquiéter», déplore le Dr Robert.TÉMOIGNAGE DE SERGE LAJEUNESSE Un bon salaire, le succès, des rêves, des projets, et soudain.MICHÈLE OUIMET Serge Lajeunesse a 47 ans.11 était jusqu'à tout récemment vice-président d'une importante entreprise en communications.Père de deux grands enfants, un fils de 17 ans et une fille de 20 ans.il rêvait à de grands projets: voyager, vivre enfin confortablement avec un salaire qui atteindrait bientôt les $100000.Mais, en 1986, son univers se détraque.Le 2 décembre de cette année-là, il se fait hospitaliser pour une sixième fois pour un abcès au système digesiif.L'abcès ne guérit pas.Les doutes s'installent.Serge est devenu homosexuel.11 était en relation stable depuis deux ans, et s'imaginait à l'abri du sida: «|e ne me voyais pas dans le public cible.Pour moi, le sida c'était pour les gais et les noirs.Puis j'ai rencontré un gars.Il vivait avec un sidéen.Coudon, il y en a donc bien! Puis ça a commencé à allumer dans ma tête».Il accepte de passer le fameux test HIV qui détecte la présence du virus du sida chez un individu.«J'ai été à l'hôpital pour rencontrer mon médecin et pour avoir les résultats de mon test.J'ai attendu 15 minutes, l'ai pensé à ma vie, à mes enfants.Le médecin était très nerveux.« Positif, m'a-t-il dit.On va vous donner d'autres rendez-vous.Salut».Les médecins ne sont pas préparés à ça.Il y en a que je connais qui apprennent qu'ils sont séropositifs au téléphone».La panique Après avoir appris la nouvelle.Serge se retrouve seul dans la rue, angoissé, paniqué.Son monde s'était écroulé.Il apprend la nouvelle à son entourage: à son ami, qui panique, à ses soeurs, à sa mère.Au travail, son patron se montre compréhensif.11 s'en doutait.Depuis deux ans, Serge avait un chum steady et des ennuis de santé.Il n'a pas retravaillé depuis et vit avec les $ 35 000 par année de son assurance-salaire.Serge annonce la nouvelle à son ex-femme un an plus tard.« Ma mère n'arrêtait pas de brailler, m'explique sa fille de 20 ans.Elle craignait notre réaction mais on avait deviné.Mon père était tout le temps malade.Ça nous fait de la peine mais on l'accepte.Au début, je me sentais coupable, égoiste.le n'étais pas aussi bouleversée que je l'au- rais cru.Ça ne m'empêche pas de vivre.Mon père me trouve froide.Quand je suis avec mes amis, je passe vite sur le sujet, je ne veux pas que les gens le prennent en pitié.Mais ça me fait peur.Tout le monde devrait avoir peur».à îa recherche du médicament miracle Serge Lajeunesse essaie de sortir de son isolement.Il se crée un noyau de quatre amis sidéens dont lean-Pierre Val i quel te, ce professeur de l'école Sophie Ba-raî, qui avait créé tout un émoi dans le milieu scolaire en août 1987 lorsque les médias apprirent à la population qu'il était atteint du sida.Aujourd'hui, ils sont tous morts.Serge part à la recherche désespérée du remède miracle.Il commence par la médecine traditionnelle.Il prend de l'AZT, ce médicament hautement toxique, pendant neuf mois.Mais il réagit mal.L'AZT provoque chez lui une anémie fulgurante qui l'oblige à recevoir des transfusions.II se lance alors dans une série de tentatives.Un an plus tard, c'est l'échec total.Il devient végétarien, consulte le livre du docteur Kousminc, se bourre de vitamines de toutes sortes.Il goûte aux médecines alternatives.Il consulte un psyclianaiisie espérant que son subconscient réussira à stopper le virus.Après deux à trois séances par semaine pendant trois mois, à $50 chacune, son psychanaliste lui explique que son côté enfant y croit mais que son côté adulte refuse \u2022*t*V «vVMPa 11 'iKon/Innni» vi j \\s ¦ v> \u2022 ¦ w .m m yvMlIU Il se rend par la suite chez un «psychohypnologue» afin que son esprit, plus fort que la matière croit-il, puisse détruire le virus.Après 5 tentatives, ici encore à $50 chacune, le thérapeu-the s'avoue vaincu: il ne réussit même pas à hypnotiser Serge.Il part ensuite aux États-Unis, à la Fondation Ann Wigmore.Il s'agit d'une thérapie de deux semaines, basée sur la «nourriture vivante».«Qn apprend, m'expli- que Serge, à cultiver des plantes.On prépare notre propre nourriture.On ne mange ni poisson, ni viande mais plutôt des fruits et des légumes».Coût total: $500.Il rencontre également une guérisseuse, installée dans une campagne en Ontario.La méthode de cette guérisseuse est basée sur ia polarité c'est-à-dire ie transfert d'énergie entre elle et le malade.Un chapelet est récité par des haut-parleurs pour faire patienter les nombreuses personnes qui attendent leur consultation.«Beaucoup de vendeurs d'hui-ie à serpent, conclut Serge, qui veulent faire de l'argent avec nous.Mon état de santé se détériore, le me sens de plus en plus faible.Aujourd'hui je prends à l'occasion des anti-doulcurs.C'est tout.Ma valise est prête, tout est réglé.Je vis en attendant.Moi qui connaissais tant de monde, où sont-ils?le me sens abandonné mais je n'en veux à personne, le me demande seulement si le genre humain en vaut la peine».je pense donc je lis B2 \u2022 LA PRESSE, MONTREAL.SAMEDI 5 JUIN 1989 Li Éditorial Paul Desmarats Qfewdent du conseil a administration Roger D Landry president et éditeur Claude Mas son ctMtur adKxnt Marcel Oestardtns directeur de I «tformaticfi Alain Oubuc «ditonaitste en cne» Le sida des riches et le sida des pauvres Comme le sida s'est virtuellement répandu partout à travers le monde et qu'aucun pays, pas même l'URSS, n'est à l'abri, on pourrait, du moins en principe, pouvoir affirmer que la lutte à cette maladie représente un défi qui réunit l'humanité.Hélas, tel n'est pas le cas.S'il y a un seul virus, devant lequel tous les hommes et toutes les femmes sont égaux, peu importe leur mode de vie, leur race et leur origine sociale, nous sommes maintenant en présence de deux maladies qui suivent chacune leur che-4t I minement propre.H \"**jrM II y a d'abord le sida des riches, celui des Ml pays industrialisés.Encore maintenant, il res-MbM II WÊM te largement concentre dans les groupes que l'on appelle «à risques».Au Canada, ce sont les homosexuels, les toxicomanes, les Haïtiens.La grande crainte du milieu des années 80, c'était que, lorsque le sida aurait franchi la barrière qui sépare les groupes à risques du reste de la population, la maladie se répande comme une traînée de poudre.Cela ne s'est toujours pas produit: le transfert massif du sida vers la population hétérosexuelle majoritaire n'a toujours pas eu lieu.Par ailleurs, le pessimisme qui animait les spécialistes il y a quelques années s'est atténué.Il y a trois ans, par exemple, on croyait qu'il y avait 50 000 porteurs du virus au Canada.Trois ans plus tard, non seulement ce chiffre n'a-t-il pas explosé, mais une connaissance plus poussée permet de ramener ce chiffre aux environs de 30 000.Le nombre de nouveaux cas de sida, qui a progressé de façon exponentielle depuis le début de la décennie, a baissé en 1988 par rapport à 1987.Cela ne permet pas de crier victoire et de relâcher la vigilance face à une maladie qui est la pire menace à la santé publique que nous ayons eu à affronter.Mais ces données, moins noires que ce qui était prévu, influencent la façon dont s'articule le débat dans les sociétés industrialisées.Elles montrent que les moyens qui ont été consacrés à la lutte au sida, les efforts de sensibilisation et de prévention, peuvent donner des résultats tangibles.Le fait de dire que les progrès de la maladie ont été ralentis prouve que l'on peut faire quelque chose.Et c'est là le meilleur argument pour justifier une poursuite acharnée des efforts.Dans ce cadre, le débat public autour du sida, même si on ne dispose toujours pas de remède ou de vaccin, si l'on reste désarmés devant le drame de ceux qui sont atteints, n'est pas totalement dominé par un sentiment d'impuissance.Et quand nous réfléchissons sur l'arsenal des outils, la recherche, les soins et l'aide aux victimes, les droits des sidéens, le raffinement des campagnes de prévention, la question que nous nous posons n'est pas de savoir si nous avons les moyens de lutter contre le sida: nous disposons des ressources nécessaires.La question est de savoir si nous voulons collectivement les consacrer a la lutte au sida, car nous avons le choix.Ce n'est pas le cas pour «l'autre sida», celui des pauvres, surtout des pays de l'Afrique noire, où les progrès de la maladie peuvent prendre ta forme d'une épidémie dans le sens classique du terme.Parce que le sida y est une maladie transmise par les hétérosexuels, elle peut carrément décimer des populations, provoquer une déstructuration sociale profonde.Le drame est d'autant plus aigu que les pays africains, pau- vres et endettés, ne disposent pas des ressources nécessaires.En outre, ils font face a des obstacles plus difficilement sur-montables dans leurs efforts de prévention, entravés par l'absence de moyens de communication, les résistances culturelles et l'analphabétisme.Cette dichotomie entre le sida des riches et celui des pauvres est porteuse de dangers réels.Même si la menace du sida se stabilise dans les pays industrialisés, les besoins de l'humanité continueront a être de plus en plus criants.Est-ce que le fait de savoir que des ressources seront mises au service du tiers monde réduira notre volonté d'un effort collectif?Est-ce que la compassion s'atténuera si l'on se met a percevoir le sida comme une maladie raciale?On peut se poser ces questions quand on voit comment le monde industrialisé a réagi aux crises qui ont secoué les pays africains, que ce soient les famines ou les effets désastreux de l'endettement.Pour résoudre ce problème, la Cinquième conférence internationale sur le sida, qui s'ouvre demain, jouera un rôle essentiel.Déjà, le thème de la conférence, «Le défi scientifique et social», indique que les délégués iront au delà des questions scientifiques, épidémiologie et recherches cliniques et biomédicales pour aborder les questions du comportement social, des problèmes individuels.Mais en.plus, la conférence consacrera une place importante au volet international.Des centaines de délégués des pays du tiers monde sont à Montréal.C'est la meilleure façon de démontrer, dans les faits, que la lutte au sida sera une lutte mondiale.Alain DUBUC Les vautours du sida Le sideen est un malade, une victime, pire.une proie.Comme tout malade qui ne se résigne pas à une mort prochaine, il s'accroche à la moindre lueur d'espoir, même la plus invraisemblable.Beaucoup de soignants entretiennent ces espoirs parce qu'ils savent que le désespoir tend à aggraver le mal.D'autres font confiance à de maigres preuves scientifiques des pouvoirs de nouvelles thérapies.Mais il y a aussi des charlatans qui voient dans tout malade chronique, qu'il souffre d'un cancer, de la sclérose en plaque ou du sida, une dupe qu'il pourra saigner à volonté.f / Pour les charlatans, le sidéen est plus m X^S: du'une dupe, il est un complice qui luttera EL -«Sfc^^ bec et ongle contre les tentatives de mettre m'< W^^^.*'n à ce commerce de «guerisons miracles».¦.ii^liM Les malades bernés «savent» que les médecins et les pouvoirs publics cherchent à mettre fin à ce commerce parce qu'ils sont au service des compagnies pharmaceutiques.Ils ne pensent jamais que ces compagnies ne cherchent pas à cacher les remèdes miracles mais à les acquérir, les développer et les vendre.Les charlatans font plus que de voler les malades dans leur détresse et d'accélérer leur mort.Ils provoquent aussi un climat de méfiance qui freine le développement de nouvelles thérapies et qui écartent des malades de nouveaux médicaments qui pourraient être utilisés de façon expérimentale.Ils créent la même méfiance à l'égard des médecines douces qui, au pire, sont inoffensives et, au mieux, offrent des chances inespérées de guérison.La lutte contre le sida exige la mise en commun d'efforts scientifiques énormes; il faut aussi lutter contre ceux qui profitent sans vergogne de l'existence et de la propagations de maladies incurables.C'est très à propos qu'à la veille de la Conférence mondiale sur le sida, le Québec arrête pour pratique illégale de la médecine le tristement célèbre Gaston Naessens, également recherché en France.Frederic WACNIÈRE PJ&e que Ç4 H\u20acT L£§ m Vf ¦ ! w?/LS AT VoierfTffîS Nov Plus AU SiDfi FTAUK Po&reVRS y five H MeHe&iïSûv.' rte srjfeie* ttA&èBe, /is ne ftSé?i/&/r 3fey DROITS RESERVES Du fléau du sida aux droits de la personne MARCEL ADAM La 5e Conférence internationale sur le sida qui se tiendra cette semaine à Montréal, attirera un nombre record de délégués et de journalistes du monde entier.Ce qui montre bien que l'humanité prend de plus en plus conscience qu'elle fait face à un fléau d'une exceptionnelle gravité.Cette peste des temps modernes pourrait bien, au dire de plusieurs experts, faire des ravages plus grands, que la peste noire du Moyen Age, si la science ne parvient pas à découvrir très rapidement un moyen efficace de prévenir et guérir ce mal.Tous les savants du monde entier affectés à la recherche de la cause de cette maladie et d'un remède efficace, luttent avec épuisement contre la montre et tous leurs efforts conjugués ne paraissent pas vouloir porter fruit bientôt.Cette semaine, à Genève, le directeur du programme Sida de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) mettait en garde: toute complaisance est dangereuse, a dit le Dr Jonathan Mann.Il y a deterioration globale de la situation, le fléau se répand en des lieux nouveaux et l'OMS estime que d'ici l'an 2 000 \u2014 soit dans onze ans seulement \u2014 on comptera dans le monde entre cinq et dix millions de cas.En attendant que la science découvre la panacée qui résoudra comme par enchantement ce problème planétaire, on n'a rien trouvé de mieux qu'une hygiène rigoureuse pour contrer la progression de l'épidémie.Il est évident que les méthodes prophylactiques sont irremplaçables là où la maladie peut se propager par du plasma sanguin contaminé ou des seringues souillées (chez les drogués).C'est également nécessaire dans le cas des personnes qui ont des rapports sexuels avec plusieurs partenaires: l'usage du condom est la meilleure précaution, même si ce préservatif n'offre pas une garantie absolue contre la transmission du sida.Le sida n'est pas une épidémie comme les autres.II s'agit d'une maladie qui se transmet principalement par les rapports sexuels, surtout dans un contexte de' grande promiscuité et par le truchement de certaines pratiques particulièrement courantes chez les homosexuels.C'est une épidémie qui résulte davantage de comportements sociaux que du virus qui est à l'origine de la maladie.Des experts soutiennent que ce virus n'est pas nouveau.Il existe depuis longtemps mais il semble que jusqu'à récemment l'organisme humain était capable de le tenir en échec.S'il a pris aujourd'hui une telle virulence cela pourrait peut-être s'expliquer par le fait qu'à l'occasion de la révolution sexuelle le virus a subi des mutations qui lui ont donné la malignité dévastatrice que l'on constate aujourd'hui.Cette hypothèse est-elle sérieuse?je n'en sais rien.Mais il n'est pas interdit de penser qu'en matière sexuelle le free for \u2022 ill comporte un certain nombre de risques au plan biologique.On sait maintenant qu'à cet égard coucher avec une personne c'est coucher avec tous ses partenaires antérieurs.La promiscuité sexuelle que nous connaissons depuis vingt ans pourrait bien avoir taxé plus que de raison les mécanismes de défense de l'organisme humain.Si le sida est une façon pour la nature de signifier qu'on ne peut impunément transgresser ses lois, il ne suffira probablement pas de simplement compter sur la science pour en venir à bout.Il faudra peut-être commencer à nous interroger aussi sur nos façons de vivre.\u2022 On peut s'interroger sur la sagesse de fonder une politique internationale sur les droits de l'homme.Étant donné que les Étais n'ont pas d'amis mais que des intérêts, comme aimait le rappeler de Gaulle pour justifier son pragmatisme dans la conduite des relations extérieures de la France, on peut se demander s'il est réaliste d'attendre d'eux qu'ils ne s'associent qu'avec des pays dont les régimes politiques sont fondés sur les mêmes valeurs morales ou éthiques.Alors que l'on trouve normal que dans le domaine économique, par exemple, les associations se forment en fonction des intérêts de chacun des partenaires, sans s'occuper de la manière qu'ils traitent leurs employés ou leurs clients.On imagine les conséquences, au temps de la guerre froide, d'une politique étrangère qui aurait été fondée exclusivement sur le respect des droits de l'homme.Les démocraties se seraient condamnées, par leurs exclusives, à un isolement qui les aurait rendues extrêmement vulnérables face à un bloc où l'opinion publique n'était pas en mesure d'exiger les mêmes scrupules dans le choix des amis susceptibles de servir ses intérêts.Il est bon de rappeler ce que disait à ce propos Raymond Aron quelque temps avant sa mort.La défense des droits de l'homme c'est un combat pur, alors que la politique étrangère n'est jamais le bien contre le mal mais le préférable contre le détestable.La politique internationale étant plus ou moins un combat se déroulant en l'absence d'un tribunal supranational, il y a toujours une part d'immoralité.Four lui aucun pays n'avait jamais fondé sa politique étrangère uniquement sur les vertus de ses alliés.)e suis assez d'accord avec ce point de vue sans pour autant plaider pour une totale indifférence des États de droit au sort fait ailleurs aux droits humains.Aussi je me rallierais assez volontiers à ce qu'a dit cette semaine le président français François Mitterrand, lors de l'ouverture de la Conférence sur les droits de l'homme à Paris, relativement aux prétentions de ceux \u2014 notamment à l'Est \u2014 qui refusent le droit de s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays en matière des droits de l'homme.«Le devoir de non-ingérence, dit-il, s'arrête là où commence le risque de non-assistance».Alors se pose le problème de la cohérence, notamment dans les pays qui ont décidé de promouvoir à temps et à contretemps le respect des droits de l'homme.Comme par exemple le Canada qui s'est donné le rôle de leader de la conscience universelle en matière des droits humains, depuis qu'il a pris la tête du mouvement contre l'apartheid en Afrique du Sud.Malheureusement pour nous, le Canada pratique en cette matière un double standard qui nuit considérablement à sa crédibilité, selon qu'il s'agit de l'Afrique du Sud ou des pays de la francophonie dont plusieurs se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité à l'endroit de leurs ressortissants.On sait à quel point il s'est montré intransigeant à l'endroit du gouvernement sud-africain.Il l'a 5gïtî me de mettre » m «s l'apartheid dans les plus brefs délais, il l'a menacé de mettre fin aux relations diplomatiques, il a alerté le Commonwealth et le monde démocratique pour les inviter à suivre son exemple dans l'imposition de sanctions économiques.Comparons ce zèle intempestif quand il s'agit de l'Afrique du Sud, avec le zèle mou affiché par le Canada devant les pays francophones fustigés année après année par Amnistie internationale parce que les droits de l'homme y sont foulés aux pieds.Quand il s'agit de l'Afrique du Sud, les nombreux progrès enregistrés ces dernières années dans le démantèlement de l'apartheid ne comptent pas; le Canada exige un renversement total et immédiat de la situation, peu importe si cette révolution brutale produira un état de chose pire que celui qui a cours actuellement pour les Noirs sud-africains.Mais quand il s'agit par exemple des pays africains de la francophonie qui traitent infiniment plus mal leurs commettants, notamment les tribus minoritaires pourtant de même couleur, le Canada trouve des motifs d'encouragement pour l'avenir dans l'adoption d'une résolution qui se contente de faire «appel au respect des droits de la personne comme au respect du droit au développement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de notre communauté».Une résolution, en somme, qui n'engage en rien mais sauve les apparences aux yeux des naïfs \u2014 sauf l'honneur du Canada qui révèle de la sorte son cynisme.Et le Québec tout autant.H est vrai qu'en tant que simple gouvernement participant, cette question ne relève pas de sa compétence.Ce qui n'empêche pas un gouvernement d'avoir ses idées là-dessus.Interrogé par Le Soleil avant son départ pour Dakar, M.Bou-rassa a évoqué le problème dans son «aspect pratique».«Jusqu'où, se demande-t-il, peut-on intervenir dans la situation intérieure d'un pays?» Pour lui c'est comme la corruption qui règne dans plusieurs de ces États: «C'est très difficile d'intervenir dans la politique intérieure d'un autre pays, dit-il.Qui va porter le jugement?Sur quels critères?Il peut y avoir des encouragements mais ils sont limités par le respect de l'État-nation».Mais Québec n'a-t-il pas singé Ottawa au sujet de l'Afrique du Sud en cessant tout commerce avec clic en guise de protestation contre l'apartheid?Plaider pour le respect des droits de l'homme en Afrique du Sud c'est bien.Mais ne pas le faire avec la même vigueur dans la francophonie, c'est afficher son hypocrisie et discréditer ses bonnes actions en matière de droits humains. LA PRESSE.MONTREAL.SAMEDI 3 JUIN 1989 Plus Opinions_ Sida: la peste ou la leucémie?JACOUES OUFRESNES collaboration spéciale Plus qu'une simple maladie, le SIDA est un événement à la Tois biologique, psychologique, moral, social, politique, économique et on peut même ajouter, si on me pardonne tous ces «iques», historique, technique et scientifique.Quand on traite l'information sur le SIDA en négligeant l'un ou l'autre de ces aspects, on risque fort de semer la confusion dans les esprits.Rien n'illustre mieux ce danger que le débat passionné qu'ont provoqué les propos non alarmistes du professeur |ean-Paul Escande.Ces propos furent rapportés dans une interview parue dans le magazine l'Express à la fin de\" mars.On croyait que ce serait la peste, ce sera la leucémie, dit en substance le professeur Escande.Précisons qu'entre 1347 et 1356 la peste, selon Froissart, «décima la tierce partie du monde».La leucémie est certes une maladie terrifiante, mais il ne s'agit pas d'un fléau comparable à la peste.Compte tenu de l'importance de cette déclaration, il importe de situer celui qui l'a faite.Le professeur lean-Paul Escande, dermatologue et spécialiste des MTS de réputation internationale, travaille sur le SIDA depuis huit ans: Il est coordonna-teur des études sur cette maladie au groupe hospitalier Cochin, l'un des plus importants de Paris.Mais ce qui donne du poids à ses propos c'est qu'il est la personne au monde qui connaît le mieux les importants travaux de Pasteur, de Nicolle et de Dubos sur les maladies infectieuses.Il faut savoir qu'en France, les dermatologues ont la double spécialité: dermatologue et vénéro-logue.Dans le camp adverse, celui des alarmistes: la plupart des grands spécialistes français du SIDA.À l'étape actuelle du débat, ces derniers semblent avoir gagné la partie et on peut s'attendre à ce que le congres de Montréal renforce la position des alarmistes à l'échelle mondiale.Le professeur Escande ne participera malheureusement pas à ce congrès.Espérons que quelqu'un d'autres défendra des thèses semblables aux siennes, sans quoi le vrai débat risque de ne pas avoir lieu.Le chercheur français refuse actuellement de faire des déclarations publiques.Il attend que les faits lui donnent raison de façon incontestable.le suis ses travaux d'assez près pour pouvoir en faire un résumé fidèle.Le docteur Escande fait une distinction très nette entre le monde industrialisé et le reste de la planète.Dans le monde industrialisé, soutient-il, il est clair que le SIDA reste pratiquement limité aux cercles des homosexuels et des toxicomanes et que, même dans ces milieux, il ne progresse pas aussi vite qu'on le prédisait il y a quelques années.En juin 1988 on prédisait qu'il y aurait en France 20 000 nouveaux cas de SIDA en 1989.On dut réviser cette prédiction à la baisse par la suite, à 15 600.On estime maintenant qu'il y en aura 10000 soit 4 000 de plus que l'année précédente.Se basant sur ses observations de clinicien, le docteur Escande estime que, dans le cas de la se.opo-sitivtté, la nécessité de refaire les prévisions à la baisse est encore plus manifeste.Il n'en conclut pas qu'il y a eu eradication de la maladie; il en conclut toutefois que le risque d'une nouvelle peste a été enrayé, du moins dans les pays industrialisés.Pour expliquer ce phénomène, il s'en remet à ses maîtres à penser en matière de maladies infectieuses.Ces maladies, les exemples de la peste, du choléra et plus récemment de la grippe espagnole ne le prouvent que trop bien, peuvent progresser à un rythme affolant quand elles ne rencontrent aucun obstacle; aussitôt qu'elles se heurtent à un obstacle, elles commencent à stagner et à régresser.Charles Nicole rendait compte de ce phénomène par cette phrase: «la nature ne sait pas réparer».Tout semble se passer comme si la maladie, considérée comme entité, n'avait qu'un pouvoir d'adaptation très limité; quand on lui oppose un véritable obstacle ou bien elle s'arrête ou bien elle met beaucoup de temps à la contourner.La position du docteur Escande équivaut à soutenir qu'on avait raison d'être alarmiste il y a quatre ou cinq ans et qu'il était peut-être sage d'assombrir délibérément l'avenir à ce moment, mais que les mesures de prévention ont commencé a faire leurs preuves et qu'il est temps d'introduire un peu plus de mesures dans les propos alarmistes.Sur la question des groupes les plus touchés, les homosexuels et les toxicomanes, le British Medical tournai publait en janvier dernier les résultats d'une étude qui semble confirmer les opinions du docteur Escande.Il s'agissait des hommes susceptibles de transmettre la séropositivité à leur conjointe.Neuf centres européens ont participé aux recherches, lesquelles ont duré quatorze mois.On a trouvé 155 hommes.27 pour cent d'entre eux ont transmis la séropositivité à leur femme mais le fait le plus significatif, c'est qu'on n'en ait trouvé que 155 dans toute l'Europe et que parmi eux il y avait 92 toxicomanes, 33 bisexuels, 7 tranfusés, 5 cas marginaux et 13 hétérosexuels.Ce chiffre est si petit qu'on peut y voir la preuve que le SIDA n'atteint guère les hétérosexuels.Voilà pour l'aspect épidémio-logique de la question, le rappelle que l'épidémiologie est une science rigoureuse et qu'il ne faudrait faire aucune prédiction sans s'être assuré de la valeur de la méthode utilisée pour l'établir.L'exemple des erreurs faites en France l'an dernier est révélateur.Sur le plan proprement biologique, tout n'est pas encore parfaitement clair dans le cas du SIDA.Le fameux VIRUS HIV est-il vraiment la cause de la maladie ou seulement un facteur souvent associé?S'il est la cause, comment expliquer qu'il existe des cas de SIDA où l'on n'a trouvé aucune trace de sa présence?Un chercheur califor- nien.Peter Duesberg, défend actuellement la thèse selon laquelle le virus HIV est seulement un facteur associé.À ce propos, comme à propos de l'ensemble de l'événement SIDA, se pose aussi le problème de la valeur des tests.L'aspect psychologique de la question est évidemment très important.Quand on sème la panique on parvient à transmettre efficacement l'information aux gens, mais on accroît aussi le niveau de stress.Où est la juste mesure?Que doit faire le chercheur qui, au vu des données disponibles, se demande s'il dol> prendre une position alarmiste ou non alarmiste?L'aspect moral de la question surgit également ici.11 prend de l'importance au fur et a mesure que l'on constate qu'en rassurant le public en général, on attire davantage l'attention sur les groupes à risques.La dimension économique n'est évidemment pas négligeable.Elle est indissociable de la dimension politique; quel pourcentage des fonds de la recherche médicale, forcément limités, sera accordé aux recherches sur le SIDA et à quel type de recherche?Il est évident que les chercheurs dont la carrière est centrée sur le SIDA ont intérêt à tenir des propos alarmistes; mais il leur faut aussi promettre des résultats positifs.Le double langage que tiennent les chercheurs \u2014 celui qui est destiné à leurs collègues et celui qui est destiné aux médias et aux organismes subventionnâmes \u2014 est bien connu des gens du milieu, mais comment le grand public peut-il s'y retrouver?Par-delà le SIDA, c'est le vaste domaine de la thérapie génique qui est en cause dans la recherche sur le virus HIV.On espère en effet pouvoir imiter un jour, mais de façon bénéfique pour les êtres humains, l'exploit qu'accomplit le virus HIV quand il s'introduit dans le noyau d'une cellule pour modifier certains gènes, ce qui a pour conséquence que toutes les cellules issues de celle qui a été ainsi modifiée ont des caractéristiques nouvelles.Le sida et les femmes FRANC! NE PELLETIER collaboration spéciale Et si le SIDA était une maladie hétérosexuelle, après tout?Si le SIDA n'était plus l'apanage des gais, des drogués et des Haïtiens?Plus l'affaire de marginaux et des way out mais l'affaire de Monsieur et Madame tout le inonde?Plus la «punition» de pratiques sexuelles pas comme les autres mais le prix à 'payer pour la plus banale des relations sexuelles?Épidémiologiste et coordina-tricc du Centre d'études sur le SIDA à Montréal, le Dr.Catherine Hankins dit que c'est précisément ce qui est en train de se passer.Tout au moins au Québec.«On trouve ici dix fois plus de cas de SIDA qui sont le résultat d'activités hétérosexuelles qu'ailleurs au Canada», dit-elle.Au Canada, le pourcentage de cas hétéros est de 6,9 pour cent ; au Québec le taux est de 19 pour cent.31 personnes «blanches, hétérosexuelles» se meurent présentement de SIDA ; au Québec, il y en a 43.«Le Quebec n'est pas comme le reste du Canada», affirme le Dr.Hankins.{Nous nous en doutions, mais à ce point?) C'est qu'au Québec, une deuxième épidémie (hétérosexuelle, celle qui d'ailleurs prédomine dans le monde) se greffe, mine de rien, à la première épidémie (homosexuelle, qui prédomine en Amérique du nord ).Mais pourquoi ici?Les réponses sont loin d'être claires.Un élément de réponse tient à la présence d'une large communauté haïtienne au Québec.Haïti est un des pays, ainsi que bon nombre de pays africains, considérés «régions endémiques» en ce qui concerne le SIDA de type II, c'est-à-dire de nature hétérosexuelle.Autre élément de réponse: la haute consommation de drogues injectables clans cette province, ce qui demeure de loin la meilleure façon de contracter le SIDA.Et puis, quoi encore?Un taux de promiscuité plus élevé qu'ailleurs au Canada?Moins de précautions prises lors des rapports sexuels?Plus de contacts sexuels entre différentes ethnies?Impossible de l'affirmer mais fort probable.Après tout, nous sommes les plus gros buveurs et fumeurs au Canada, ceux et celles qui conduisons le plus vite, qui arrêtons le moins souvent au feu rouge, qui adorons les bars latinos et les discothèques africaines.Plutôt «ouverts» et légèrement anarchiques que nous sommes.Alors, pourquoi en seraient-ils autrement des rapports sexuels?Pas question de se culpabiliser avec ça.Seulement, disent les experts, il faut être conscient des risques que nous encourons.Alors qu'il y a ralentissement du taux d'infection chez les gais et baisse chez les Haïtiens, alors que les hémophiliques sont beaucoup mieux protégés qu'ils ne l'étaient, les hétérosexuels, eux, le sont toujours moins.Et nulles davantage que les femmes hétérosexuelles.D'abord, la transmission du SIDA semblerait plus facile d'hommes à femmes ( à cause du sperme) que de femmes à hommes.Mais surtout, les femmes sont plus vulnérables que leur vis-à-vis masculins parce qu'elles croient que le SIDA ne les concerne pas.Par conséquent, elles évaluent mal les risques.«On pense que le sida c'est pour les gais, les hommes, les groupes ethniques.Alors quand t'apprends ça, que c'est toi qui as le sida, le monde s'ouvre sous tes pieds», dit Denise.Denise a 42 ans.Elle a trois enfants âgés de 23 à 27 ans.Elle a été opératrice de machine pour une compagnie de pièces électriques.Elle a appris qu'elle avait le sida en avril dernier.Comme bien d'autres, elle a songé momentanément au suicide.Aujourd'hui, elle vit entourée de jeunes gais, tous frêles et émaciés.tous égrenant leurs derniers mois de vie.à la Maison Dehon dans le nord de la ville.Comme tous les autres.elle garde le fol espoir d'un médicament miracle, d'une guéri-son de dernièe heure.Elle rage aussi contre les gouvernements qui ne mettent pas l'argent là où il faut.Et elle rêve que sa mère va la serrer dans ses bras avant de mourir.Denise a vécu cinq ans avec un homme qui lui a transmis le sida.Une vie plutôt monogame, donc, rien de particulièrement olé-olé.Sauf qu'elle ne lui avait jamais posé de questions.Ni sur sa vie antérieure, ni sur sa fidélité, encore moins sur le sida.Même chose pour Jackie.Quand son compagnon est mort du sida, il y a cinq ans, elle ne savait même pas qu'une telle maladie existait.Elle n'a jamais su comment son chum a pu contracter le sida; elfe ne lui a pas demandé.Elle-même a appris qu'elle était séropositive seulement trois ans plus tard.Elle était sûre qu'elle s'en était tirée, que le sida c'était pour les autres.Aujourd'hui, elle est sûre qu'elle va mourir, bien que la maladie ne s'est pas encore déclarée.Aujourd'hui, à 46 ans.elle est de toutes les tribunes, à parler à qui veut l'entendre.«le sais que ma présence choque.)e ne correspond pas à l'image que nous avons du sida, du jeune homme tout maigre.C'est pour ça que j'ai accepté d'en parler.Pour que les femmes se sentent concernées».Peur que les femmes se sentent concernées, justement, le Centre d'études sur le sida distribuera bientôt 5 000 exemplaires d'un dépliant intitulé Alternatives pour les femmes à l'ère du SIDA.Question, d'abord, d'informer.Combien d'entre nous croyons toujours, par exemple, que le sida se transmet uniquement par voie anale ou seulement lorsqu'il y a présence de lésions?Faux.Bien que la pénétration par voie anale est deux à trois fois plus risquée que par voie vaginale, une femme en bonne santé a un pour cent de chance de contracter le virus lors d'un rapport «normal».( Elle a dix pour cent de chances de le contracter par voie anale et 80 pour cent de le faire en utilisant une seringue qui a déjà servi à une personne atteinte de sida).Et puis, arrêtons de croire que la sodomie est une pratique sexuelle marginale, dit le Dr.Hankins.Une femme sur quatre la pratique régulièrement.Il faut savoir aussi que toutes les maladies transmises sexuellement \u2014 herpes, chlamydia, gonorrhée \u2014 augmentent les risques de transmission.Finalement, une femme enceinte a une chance sur trois de transmettre le virus à son bébé.De plus en plus de couples hétérosexuels découvrent, d'ailleurs, qu'un ou l'autre, ou les deux, ont le sida à la naissance de leur premier enfant.(Ce qui implique que toute la famille pourrait mourir d'ici deux ans).Au Canada, les femmes (hétérosexuelles, toutes) constituent 5,6 pour cent des cas de sida.Aux Etats-Unis, leur nombre a doublé en quelques années et elles constituent aujourd'hui dix pour cent des sidatiques.Dans les deux cas, il s'agit de femmes venant surtout de milieux défavorisés et par conséquent, les plus dépendantes face aux hommes.Or ce dépliant veut surtout dire aux femmes: vous avez un pouvoir de décision, utilisez-le.«Que vous soyez âgée de 14 ans ou de 64 ans, il se peut que vous ayez à parler de condoms à un homme pour la première fois», peut-on lire.La phrase peut avoir l'air innocente, une simple recommendation d'utilisation de condoms.En fait, c'est une bombe.Elle sous-tend que les femmes doivent prendre le contrôle de la situation, c'est-à-dire de la sexualité.Qr les femmes \u2014 malgré la révolution sexuelle et le mouvement féministe \u2014 sont bien loin de contrôler la sexualité.S'il y a un lieu où tout s'embrouille entre hommes et femmes, c'est bien là, entre les draps.Comme dit Jackie.«On a beau faire de la sensibilisation, parler de condoms.Quand vient le temps de baiser.C'est tellement fort le sexe!» Après nous avoir obligé à réfléchir à la maladie, la mort et l'homosexualité, voici que le sida nous oblige à réfléchir aux rapports hommes-femmes, ét leurs conséquences.Sous le signe de la solidarité Le Dr Richard Morisset, spécialiste des maladies infectieuses et une autorité sur le sida, est également président du comité du programme de la Cipquième conférence internationale sur le sida qui s'ouvre demain à Montréal.Nous reproduisons ici le message qu'il livrera aux participants.En tani que président du Comité du programme de la Ve Conférence internationale sur le sida, je tiens d'abord à vous remercier chaleureusement d'avoir accepté notre invitation.Votre présence, ainsi que celle de vos nombreux collègues, est un témoignage éloquent de la solidarité qui unit tous les participants de cette rencontre exceptionnelle.Il nous est permis, au-delà des mots, de croire que ce congrès sortira vraiment de l'ordinaire.D'abord, par son ampleur: plus de 10 000 délégués, 1 000 représentants des médias et I 000 représentants de compagnies et d'organisations.Mais surtout, par la philosophie profondément humaniste qui l'animera.L'observateur qui aura suivi attentivement, depuis Atlanta en 1985, la série de conférences internationales sur le sida, aura noté à quel point ces rencontres se sont progressivement décloisonnées.À l'origine, on s'en souviendra, la conférence abordait quasi exclusivement des thèmes biomédicaux.Mais graduellement, les chercheurs scientifiques ont dû se rendre à l'évidence : I ¦\u2022 .I .',
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