La presse, 28 novembre 1989, B. Informations nationales
[" Informations nationales CELTEXinc PTR800 PORTATIF 984-5292 Jf BUR: 663-6421 NowteJ $799 avcc AcnvAno» LA PRESSE.MONTREAL.MARDI 28 NOVEMBRE 1989 Avortement: les femmes ont grandement influencé les partis MAURICE JANNARD du bureau de La Presse OTTAWA Le premier ministre Brian Mulroney fera connaître aujourd'hui, à la Chambre des communes, sa position concernant le projet de loi C-43, sur l'avortement.Les parlementaires seront ensuite invites à voter son adoption en deuxième lecture et son renvoi devant un comité législatif.Cette étape devrait être franchie assez facilement car il ne s'agit pas du vote final sur l'avortement.Toutefois, le vote d'aujourd'hui donnera une bonne indication générale du résultat lors de la troisième lecture.La législation actuelle est d'un intérêt évident pour les parlementaires féminins.Il y a actuellement 39 femmes qui siègent aux Communes.Une série d'entrevues menées par La Presse auprès des porte-parole féminins des trois partis montrent que les députés féminins ont joué un rôle important dans l'élaboration des politiques de leur parti en matière d'avortement.Lise Bourgauit, député d'Argenteuil-Papineau, a co-présidé durant trois semaines un comité du Parti conservateur qui a eu pour tâche de mettre en place le projet de loi actuel.Elle défend le projet de loi C-43 puisqu'il s'agit, selon elle, du meilleur compromis possible.«|e suis une pro-choix qui a mis de l'eau dans son vin.Au début, l'idée de légiférer par le biais du code criminel ne me souriait guère, mais c'est la seule façon pour Ottawa de présenter une législation nationale.Pour obliger les provinces à inclure l'avortement dans les soins de santé admissibles, il fallait légiférer en fonction du code criminel et donner un cadre juridique à la pratique de l'avortement en disant que c'est un acte médical ».Il sera très difficile dorénavant, d'après elle, d'amener un médecin en cour.En outre, Ottawa pourrait refuser de verser des fonds fédéraux aux provinces qui ne voudront pas défrayer le coût des avortements dans les hôpitaux.Les représentantes des autres partis contestent toutefois ce point.Pour Mme Bourgault, il ne fait pas de doute que le projet de loi sera adopté et que la plupart des femmes de son parti au Parlement l'approuveront.«D'après notre décompte, il y aura 148 députés du gouvernement en faveur», dit-elle.«Pour nous, le débat est fini.Quand le gouvernement dépose une législation à la Chambre des communes, le débat au caucus est terminé.Comme a dit le premier ministre, en caucus, on ne peut pas se fier à l'opposition: le gouvernement doit avoir le nombre de voix nécessaires pour passer la législation».Les ministres Monique Vézina et Monique Landry ainsi que la député de Bro-mont, Cabrielle Bertrand, appuieront notamment le projet.L'avis de Bruce Halliday, représentant conservateur d'Oxford, est intéressant puisqu'il est un des rares députés à être médecin de profession.M.Halliday approuve le projet de loi déposé, qu'il voit comme un compromis «entre deux tendances extrémistes».Il dira par contre que les partisans pro-choix se trompent en affirmant que les femmes seules doivent décider.« C'est une question qui relève à la fois de la femme et de son médecin».Il ne pense pas que le projet de loi impose une responsabilité trop lourde au corps médical.«À chaque fois qu'il y a une intervention chirurgicale, le fardeau repose nécessairement sur le docteur».Les libéraux Du côté libéral, la situation est moins claire.Le chef John Turner a indiqué qu'il v aurait un vote libre sur la question.Lui même votera en faveur du projet de loi, ayant dans le passé soumis au Parlement la première loi sur l'avortement à titre de ministre de la Justice.Par contre, la porte-parole en matière de condition féminine, Mary Clancy (Halifax) rejette le projet actuel.«Ce n'est ni un compromis, ni un juste milieu, c'est une fraude».Ottawa, ajoute Mme Clancy, aurait dû légiférer par le biais de la loi sur la santé et obliger les provinces à donner un meilleur accès à l'avortement.La représentante libérale estime de plus que le gouvernement doit augmenter les dépenses pour venir en aide aux femmes et aux enfants démunis.Il est urgent de prévoir des sommes additionnelles pour la mise sur pied de centres d'éducation.Mary Clancy croit que la majorité des députés libérales rejetteront comme elle le projet de loi C-43.Toutefois.Sheila Fi-nestone (Mont-Royal) appuiera le gouvernement.» Il faut une loi qui s'applique partout au pays et la seule façon d'y arriver est de procéder par le code criminel ».a-t-elle déclaré à La Presse.Dans son discours devant le Parlement, Mme Finestone a également soumis qu'il faut absolument une loi en cette matière, «l'aurais préféré qu'il n'y ait pas de loi sur l'avortement mais, après ce dont nous avons été témoins l'été dernier, dans les affaires Barbara Dodd et Chantai Daigle, je suis maintenant convaincue que certaines dispositions législatives sont nécessaires».Sa collègue de Saint-Laurent, Shirley Maheu.exprime le mieux la délicate po- sition pour un parti d'opposition dans ce dossier.Elle votera pour le projet en deuxième lecture, mais elle le rejettera lors de la troisième lecture, à moins qu'il n'ait subi des amendements lors de l'étude en comité.Rejet du NPO Pour sa part, le NPD s'apprête à rejet -ter en bloc le projet gouvernemental.Dawn Black, représentante de West-minster-Burnaby.refuse carrément toute notion de criminalité en matière d'avortement, car il s'agit, selon elle, d'une insulte faite à toutes les femmes.«lesuis, affirme Dawn Black en entrevue, la porte-parole du NPD en cette matière et mes opinions reflètent la position de mon parti».Celle-ci soutient également que le projet de loi ne garantit aucune accessibilité à des cliniques d'avortement dans les provinces récalcitrantes.«Ces femmes devront continuer d'aller dans les grands centres comme Montréal.La clinique Morgentaler de Montréal reçoit des femmes qui viennent d'aussi loin que Terre-Neuve».Dans son discours aux Communes, le chef Ed Broadbent a exprimé des vues semblables à celles de sa collègue.Brian Mulroney a eu droit à de sévères reproches de l'opposition à son retour d'URSS.LA5ERPHOT0 PC Mulroney fait profession de foi en faveur de Gorbatchev MARIE TISON de la Presse Canadienne OTTAWA et est avec des critiques sévères que l'opposition a accueilli le premier ministre Brian Mulroney hier, à son retour d'URSS.Les deux partis de l'opposition ont reproché au premier ministre de ne.pas avoir consulté la population avant d'effectuer sa visite officielle de cinq jours en Union soviétique.\u2022 - Le chef libéral John Turner a dénoncé les contradictions qui existent selon lui entre les déclarations de M.Mulroney sur le resserrement des relations canado-soviétiques et la rhétorique issue de la guerre froide qui sous-tend le Livre blanc sur la défense, un document de 1987 que le gouvernement conservateur n'a toujours pas désavoué.M.Mulroney livrait hier à la Chambre des communes un compte-rendu sur sa visite à Moscou, Kiev et Leningrad, et sur ses rencontres avec le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev et le président du Conseil des ministres d'URSS Nikola! Ryzhkov.Il a expliqué que sa visite avait eu pour but d'établir une relation de confiance avec les dirigeants soviétiques, de donner un nouvel élan aux relations canado-soviétiques et d'appuyer les efforts de réforme en URSS.Il a affirmé avoir atteint ces trois objectifs.Il s'est livré à une véritable profession de foi en faveur de M.Gorbatchev, affirmant qu'il n'y avait pas d'autre voie que celle qu'il proposait, et qu'il n'y avait pas d'autre dirigeant que lui pour mener à bien ces réformes.Il s'est dit encouragé par les progrès enregistrés par l'URSS au plan du respect des droits de la personne, de la liberté de religion et de l'émigration.Le premier ministre a cependant insisté sur l'importance de maintenir les alliances actuelles et de poursuivre à ce niveau les négociations sur le désarmement.M.Turner a fait observer qu'il existait une contradiction entre les propos de M.Mulroney et le maintien d'un Livre blanc sur la défense qui indique que l'Union soviétique représente toujours la plus grande menace à l'humanité.Le premier ministre a répliqué que la signature de 14 ententes bilatérales démontrait bien l'intention du gouvernement canadien de resserrer les relations entre les deux pays.Il a ajouté qu'il avait signé avec M.Gorbatchev une déclaration politique qui se démarquait de la rhétorique de la guerre froide.M.Turner, appuyé par le critique néo-démocrate en matière d'affaires extérieures Bill Blaikie, a affirmé qu'avant sa visite officielle, M.Mulroney aurait dû consulter le Comité parlementaire des affaires extérieures, les anciens diplomates et les organisations non-gouvernementales.« La dérive est dangereuse, a-t-il déclaré.On change le cap de la politique extérieure de notre pays sans d'abord consulter la population ».Albert Côté ne veut plus dépendre de Lise Bacon OENIS LESSARD du bureau de La Presse QUEBEC Le torchon brûle entre le ministre délégué aux Forêts, Albert Côté et le ministre dont il re-.lève, MmeLise Bacon, titulaire de l'Énergie et des'Ressources.Et, jusqu'ici, tout indique que.M.Côte devra prendre son mal en patience.Le premier ministre Robert Bourassa a demandé au secrétaire du cabinet, le premier fonction-' naire, Benoit Morin, d'examiner la possibilité de faire des Forets \u2022 un ministère en bonne et due forme, a indiqué hier, Ronald Pou-part, proche conseiller du premier ministre.Cette demande, faite il y a quelques mois, a été répétée récemment.Dans une lettre au premier ministre Bourassa, obtenue par Radio-Canada, le ministre Côté demandait que le cabinet modifie le décret qui précise ses fonctions pour lui donner plus d'autonomie par rapport au ministre en titre.II fut impossible toutefois de faire confirmer hier les menaces de démission qu'on attribuait au ministre Côté.Il semble que l'adoption d'un décret visant à accorder plus de pouvoirs au ministre délégué ne soit pas une solution acceptable, d'expliquer hier M.Poupart.Cette solution avait été adoptée sous le régime péquiste, pour le ministre délégué lean-Pierre (olivet.Il appert que le fait d'accorder à un ministre délégué des pouvoirs relatifs aux dépenses présente des problèmes administratifs.« Il peut y avoir un décret ( pour donner plus d'autonomie à M.Albert Côté Côté) mais pas du genre de celui adopté pour M.loiivet.» e.xpli-que-t-on.Au ministère de Mme Bacon, on soutient qu'il n'y a rien de changé par rapport à la période où le.ministre en titre était |ohn Ciaccia.M.Côté s'était, vu promettre que le secteur .'des Forêts aurait son ministère, explique-t-on.Depuis longtemps les milieux forestiers demandent qu'on revienne à la formule d'un ministère de Terres etForèts, un secteur que le gouvernement avait confié a la responsabilité du ministre de l'Énergie depuis lé premier mandat dii Parti québécois.Or, bien qu'il «ait parlé de cette possibilité» lors de son passage à Rivière-du-Loup, au printemps dernier, le premier ministre Bourassa ne s'est jamais engagé formellement en ce sens.Son principal conseiller, Mario Bertrand, serait opposé à la création d'un ministère des Forêts, une information que nie cependant M.Poupart.Selon les renseignements obtenus, M.Côté \u2014 ancien président de Rexfor \u2014 était littéralement furieux au lendemain de la formation du cabinet, le 11 octobre.Non seulement il restait ministre délégué, mais il devait désormais répondre de ses actions auprès de Mme Lise Bacon, plus interventionniste que ne l'était M.Ciaccia.Par dépit, il a immédiatement pris près d'un mois de vacances, laissant à Mme Bacon la responsabilité de prendre des décisions touchant, par exemple, une papeterie à Saint-Raymond, près de Québec.«Ceux qui mènent des guerres à Mme Bacon perdent», a laissé ironiquement tomber un haut fonctionnaire, anciennement employé à un ministère dirigé par Mme Bacon.Sous le premier mandat du Parti libéral, cette dernière avait, sans hésitation, publiquement rabroué ses collègues Pierre Paradis et Clifford Lincoln et l'ex-ministre Victor Gold-bloom.Selon certains, les fonctionnaires de M.Côté sont exaspérés de devoir toujours faire progresser leurs dossiers auprès d'une direction bicéphale, de devoir faire approuver leurs gestes successivement par M.Côté et Mme Bacon.Johnson dépenses à là compression des des impôts DENIS LESSARD du bureau de La Presse QUÉBEC Pour la période de vaches maigres qui s'annonce, une compression des dépenses où même un réexamen des services accordés par le gouvernement seraient préférables à une hausse d'impôts, croit le président du Conseil du trésor, Daniel Johnson.Au moment où le premier ministre Bourassa répète que les recettes du gouvernement seront moins élevées que prévu et laisse planer la menace d'alourdir le fardeau des contribuables pour équilibrer son budget, le ministre lohnson parait avoir fait un autre choix.En cas de réduction des recettes vaut-il mieux se tourner vers les dépenses plutôt que de hausser ,les impôts?«Oui, tout en gardant les services les plus importants et les plus déterminants, ceux que les gens ont réellement pris comme, priorité,» a répondu sans détours M.Johnson,-lors d'une entrevue récente à LarPresse.À deux reprises\" M.Bourassa a laissé entrevoir la possibilité d'une augmentation d'impôts pour les contribuables, évoquant la chute prévisible des rentrées fiscales, due au ralentissement économique.M.Bourassa parlait d'un «choix déchirant» entre le maintient de services et une hausse du niveau d'imposition.Pour M.lohnson, le Québec a finalement «réussi à assurer la compétitivité de sa fiscalité (avec l'Ontario).Il faut la garder/le plus longtemps possible».Les dépenses \u2014 que l'on a augmenté de 5,8 p.cent en 1989-1990 \u2014 sont-elles encore compressibles?«Elles le sont de moins en moins», admet toutefois le ministre, qui rappelle que le gouvernement doit jouer «un rôle de régulateur» en cas de ralentissement économique.Sans se prononcer, M.lohnson ne repousse pas l'éventualité d'une hausse du déficit.Il y a deux ans, le Québec avait presque annulé l'écart entre le fardeau fiscal d'un contribuable québécois et ontarien \u2014 qui était traditionnellement de plus de 10 p.cent.Le niveau des impôts est l'un des facteurs les plus déterminants aux yeux des investisseurs, souligne M.Johnson.«Les gens regardent deux choses, la qualité des services et le prix qu'on charge (les impôts)», observc-t-il.Même si on semble en alerte dans plusieurs ministères quant à d'éventuelles compressions de dépenses, M.Johnson juge que cette année ne sera pas plus difficile à boucler que les précédentes.«On maintient toujours le feu jaune», il n'y a pas de pressions extraordinaires cette année pour réduire les dépenses, mais un rappel normal, en fin d'année budgétaire, de ne pas se lancer dans des engagements imprévus, explique le ministre Johnson.L'opposition forme son propre groupe de travail sur la drogue MARTHA CACNON Quelques jours seulement après la création d'un groupe de travail sur la drogue par le premier ministre Robert Bourassa.l'opposition officielle réagit en mettant sur pied elle aussi un groupe parallèle sur lu polytoxicomanie.Mme Cécile Vermettc.porte-parole officielle et député de Marie-Victorin, n'a pas caché hier, qu'elle doutait de l'efficacité et de la représentativité du groupe présidé par Mario Bertrand, qui s'apprête à quitter son poste de chef de cabinet de M.Bourassa.«La préoccupation première de M.Bertrand est sans doute de se trouver un nouveau job», affirme Mme Vermette.Elle craint que le groupe de travail, dont font partie MM.Roger D.Landry, président et éditeur de La Presse, et Serge Gouin, président de Telé-Métropo-le.ainsi que Me Gérald Tremblay, de l'étude Clark-son Tétreault et d'autres personnalités, néglige de consulter les organismes communautaires et tous ceux qui travaillent auprès des toxicomanes.C'est pourquoi l'opposition officielle a décidé de constituer son propore groupe de travail qui présentera son rapport à l'Assemblée nationale d'ici la mi-avril.Une quinzaine de représentants du milieu communautaire, syndical, scolaire et policier ont déjà accepté de participer à ce groupe.Mme Vermette insiste pour dire que ce n'est pas le Parti québécois mais l'opposition officielle qui est a l'origine de ce projet.Selon elle, le groupe de travail est apolitique.Son objectif est sensiblement le même que celui du comité de M.Bourassa.On veut identifier les problèmes et trouver de nouvelles stratégies d'intervention.Parmi les personnes qui ont décidé de collaborer avec l'opposition, il y a , Mme Diane Borgias, directrice du Centre d'aide aux familles d'alcoolique et de toxicomane; le docteur Yves Lamontagne, président de l'Association des psychiatres; Mme Lucette Sheny, déléguée de la Maison Portage; Carmen Trot-tier, de l'Association des .intervenants en toxicomanie et M.Patrick Hall, de la Sûreté du Québec de Sherbrooke.1 AN 2 ANS 3 ANS 4ANS 5 ANS i Va % La SNF offre ce que les investisseurs avisés recherchent d'abord et avant tout : des taux concurrentiels, un niveau d'investissement très flexible (à compter de 500 S), une sécurité garantie.et une connaissance des besoins des gens d'ici qui remonte à plus de 70 ans.Profitez-en.DE PLUS SI VOUS AVEZ ATTEINT 60 ANS (Minimum: S 000 S) Taux su;ets a changement sans préavis Institution inscrite a la Re oe i assurance-deoois du e uebec I Libérez-vous! Confiez-nous voire avenir Membre du Groupe MFQ AU SERVICE DESUUEBECOi: SOCIETE NATIONALE DE FIDUCIE 425 bd de Maisonneuve Ouest Montreal (Québec) H3A3GS (514) 844-2050 1-800-361-8625 i DEPUIS RUS DE 70 ANS B2 LA PRESSE.MONTRÉAL, MARDI 28 NOVEMBRE 1989 éditorial Paul Oesnurais Drevdent du conseil d administration Roger 0.Landry president et éditeur Claude Maison éditeur adjoint Marcel Oetlardtra directeur de I mtormaten Alain Dubuc editorialist* en chef Joie, fierté et tristesse pour Alexandre Dubcek L f expulsion de la vieille garde brejnevienne du gouvernement de Tchécoslovaquie est une victoire à la fois douce et amere pour M.Alexandre Dubcek.Ce vieux communiste honnête et sympathique a eu la grande satisfaction de n'avoir qu'a demander publiquement le départ de ceux qui lavaient chasse du pouvoir 20 ans auparavant pour qu'ils s'esquivent honteuse-ment.Il a ainsi rétabli sa reputation et justifie son choix idéologique lors du fameux «printemps de Prague».Mais cette victoire vient trop tard, car la vague de fond qui balaie l'Europe de l'Est n'a aucune commune mesure avec sa fameuse tentative de libéraliser le système communiste.Il y a vingt ans, \u2022 le socialisme a visage humain \u2022 pouvait encore inspirer les Tchécoslovaques; maintenant, ils ont trop connu le visage habituel du socialisme pour accepter autre chose qu'une rupture radicale avec le passé.Avec raison, M.Dubcek peut se dire que sa politique de 1968, si elle n'avait pas été écrasée par les chars de pays amis, aurait pu éviter cette rupture et la misère spirituelle dont a souffert toute une génération.Mais là n'est pas la question.Ses idées sont dépassées devant l'effort immense qu'il faudra déployer pour rétablir l'économie tchécoslovaque et réformer la vie publique.S'il y a un pays où le communisme aurait dû rapidement triompher, selon la théorie marxiste, c'est bien la Tchécoslovaquie.Le bastion industriel de l'Empire autro-hongrois n'a guère connu les devastations des deux guerres mondiales.Ce berceau de haute technologie aurait dû servir de fer de lance pour l'essor économique du monde communiste.En réalité, la Tchécoslovaquie communiste n'a jamais pu maintenir son avance sur de nombreux pays occidentaux; finalement, elle a sombré dans la grisaille généralisée des pays de l'Est.En 1968, il était encore possible d'espérer qu'une bonne dose de libéralisme pourrait motiver les Tchécoslovaques et créer un nouveau miracle économique.Mais c'était trop espérer, car la bureaucratie du parti et de l'État se sentait menacée dans ses privilèges et ses habitudes.Elle n'a pas versé beaucoup de larmes lors de la «normalisation» par les troupes du Pacte de Varsovie.Elle n'a pas davantage oublié cette leçon et s'est efforcée de persécuter jusqu'au moindre apôtre du libéralisme politique.Quant aux Tchécoslovaques, ils n'ont pas oublié l'hiver des 20 dernières années.La grève générale de deux heures, hier, est un message très clair au parti communiste: la population veut des réformes fondamentales et ne se laissera pas endormir par des remaniements symboliques dont le but est d'enjoliver le gouvernement et le bureau politique du parti.M.Gorbatchev ayant fait savoir que de telles réformes sont dans la ligne de la perestroïka, il est certain que le parti devra céder.Il reste encore a savoir si le parti abandonnera le pouvoir a de futurs groupes d'opposition, comme en Pologne, ou s'il fera peau neuve, comme en Hongrie et, dans une moindre mesure, en Union soviétique.Les dirigeants hongrois espèrent rester au pouvoir après avoir renié le marxisme-léninisme et transformé le parti communiste en partie socialiste.En précurseurs timides de la perestroïka, ces dirigeants cherchent depuis des années à réformer l'économie et à libéraliser la vie politique.Il n'est pas exclu que les électeurs leur fassent confiance lors d'élections libres.En Tchécoslovaquie, il est plus vraisemblable que la population veuille chasser du pouvoir les communistes et leur corruption, tant les hommes que l'institution, comme cela semble être le cas en Allemagne de l'Est.M.Dubcek se sentira alors très seul: l'unique communiste au panthéon des hommes d'Etat tchécoslovaques.WACNIÈRI Le Lac Meech de la Coupe Grey Pas besoin d'etre un grand politologue pour comprendre les affres que traverse la confédération canadienne.Il suffit de suivre, même de loin, les tribulations du football canadien pour découvrir, sur le terrain, la réalité de la société distincte.En soi, a cause du calibre moindre des joueurs et des règlements plus contraignants du football canadien, le jeu lui-même est le plus souvent un pâle reflet de la version américaine.Comme dans d'autres domaines.Et, comme ailleurs, le Quebec a fait bande a part.Après avoir soutenu pendant des années leurs Alouettes, les Montréalais ont déserté le stade et laissé tomber leur club.Le football canadien a été oublié avec tant de facilité que la victoire des Roughriders de la Saskatchewan sur les Tiger-Cats de Hamilton, dimanche, lors du match de la Coupe Grey, est passée inaperçue, même pas télédiffusée par le réseau français de Radio-Canada, plus que discrètement évoquée dans les journaux francophones.Et ainsi un autre symbole de l'unité canadienne a été abandonné par les Québécois.Soit dit en passant, les plus grands moments du football canadien a Montréal datent de la période où Pierre Elliott Trudeau était au pouvoir.Ce n'est pas un hasard.D'ailleurs, ce lien entre le Québec et le reste du Canada était largement factice.Il suffit de se rappeler les joutes de la Coupe Grey à Montréal: les Montréalais n'y voyaient pas l'occasion de fraterniser avec leurs compatriotes, mais plutôt une invasion de hordes barbares et bruyantes.Enfin, le football canadien n'a plus aucun avenir a Montreal parce que les amateurs et les analystes rêvent du moment où la métropole décrochera une franchise de fa ligue Nationale et son football américain.Comme dans le débat sur le libre-échange, où les Québécois ont montré qu'ils étaient bien plus attirés par leurs voisins du Sud que par leurs compatriotes de l'Ouest.Alain DUBUC Rentrée à Québec Les journalistes parlementaires se frottent deja les mains a l'idée des joutes oratoires qui s'annoncent avec la reprise des débats à l'Assemblée nationale.Il serait dommage, toutefois, qu'on se limite au côté spectacle.Ce dont le Quebec a besoin, ce n'est pas de beaux discours, encore moins de vaudeville.Le Québec attend de l'Opposition qu'elle scrute à la loupe les intentions gouvernementales, force le gouvernement Bourassa à se corriger là où il a erre, à s'améliorer là où il n'a pas fait assez, à agir là où il n'a rien fait.m Normalement, la composition de la deputation péquiste actuelle devrait permettre de rehausser les débats.Car s'il est vrai que, au dernier Parlement, le Parti québécois a fait preuve de combativité, les joutes oratoires menées par les Guy Chevrette, Jacques Brassard, Jean Garon et compagnie ne volaient pas toujours bien haut et visaient souvent davantage les intérêts du PQ que ceux des contribuables.MM.Robert Bourassa et Jacques Parizeau se targuent tous deux d'être férus d'économie.Il est donc à espérer qu'ils parleront non seulement du Lac Meech et de l'avenir du Québec dans la Confédération, mais aussi des solutions au ralentissement appréhendé de l'économie québécoise en 1990.Ou côté de l'éducation, les dossiers sont nombreux.Est-il vrai, par exemple, que les universités sont sous-financées?Il sera intéressant de voir le ministre Claude Ryan croiser le fer avec M.Rémy Trudel qui, jusqu'à récemment, était recteur de l'Université du Quebec en Abitibi.Quant a Mme Pauline Marois, elle saura à la fois talonner la ministre de la Condition féminine et celui de la Sécurité du revenu.Par ailleurs, nos services sociaux et de santé sont malades.Le gouvernement a institue une commission qui, présidée par le Dr Jean Rochon, a accouche d'un volumineux rapport suivi d'une consultation et d'un avant-projet de loi.Que décidera maintenant le nouveau ministre Marc-Yvan Côté?Un spécialiste comme le Dr Denis Lazure, qui présida lui-même ce ministère pendant longtemps, peut jouer un rôle utile, pour peu que le PQ ne décide pas de jouer le jeu facile, mais guère utile, de l'affrontement partisan.Si l'esprit de parti devait primer, les Québécois assisteraient sans doute a de percutants échanges entre M.Côté et son vis-à-vis Guy Chevrette, lui aussi ancien ministre de la Santé, mais ils risqueraient de s'en retrouver gros Jean comme devant.Enfin, quand le gouvernement parlera de politique municipale et dé développement regional, il devra se frotter à l'ancien ministre Jacques Leonard.SI on ajoute à tous ces élus de septembre dernier les rescapés de 1985 comme Louise Harel et André Boulerice, dans le domaine social et celui de la culture, on peut s'attendre, en principe du moins, a des débats de haut calibre.Hélas, le Parlement semble avoir le don de transformer des députés responsables en collégiens indisciplinés.En ce debut de session, on peut quand même rêver.Pierre VENNAT thjbcek TBioHPUA^r passe iss ifouPes iciféa&oVAqu& en een/tr.OROITS RESERVES La boîte aux lettres la CÊCM: pas de son temps ¦ Le président de la CECM, Monsieur Michel Pallascio, annonçait récemment le retrait de la question ayant trait à des écoles séparées pour les petits Québécois de souche.Du même souffle, il semblait céder à une sorte de délire paranoïaque car, à son avis, la CÉCM a été victime d'un «procès d'intention», «d'une exécution sommaire», de même que «d'un salissage odieux».Rien de moins! En matière d'âneries jetées en pâture aux citoyens par médias interposés, on ne pourait que difficilement atteindre à de tels sommets! Au cours de la même déclaration, M.Pallascio affirme qu'il croit toujours à la pertinence de poser la question pourtant tant controversée, cette dernière n'ayant été retirée qu'à la suite de la réprobation conjuguée des médias, des groupes de promotion des droits humains, ainsi que du la Société Saint-jean-Baptiste de Montréal et des représentants des communautés culturelles.Bel exemple de couardise et de manque flagrant de convictions de la part d'un dirigeant, dont l'organisme s'occupe de l'éducation et de la formation des citoyens de demain.Ainsi, n'eût été des pressions exercées de toutes parts, la CÉCM aurait tout simplement poursuivi son petit bonhomme de chemin, sans plus! (.) Va-t-on cesser de nous faire prendre des vessies pour des lanternes?Le Mouvement scolaire confessionnel (MSC) qui exerce le pouvoir à la CÉCM est maintenant aux abois.Ces gens tentent désespérément de légitimer et de justifier le maintien d'une structure archaïque et mal adaptée aux besoins de l'heure.Il est plus que temps que la majorité qui domine à la Commission scolaire aille «refaire ses classes», laissant le champ libre à d'autres personnes, d'ajuster le pouvoir scolaire aux défis actuels de la société québécoise.Pierre HAMEL Montréal Excellents reportages ¦ Félicitations pour l'excellente série de reportages «La révolte palestinienne» qui a paru dans vos pages durant l'été 1988.je vous fais part de ces félicitations tardives à l'occasion du récent jugement du Conseil de presse du Québec à ce sujet.En réponse à une plainte d'un lecteur, j'accueille favorablement la décision du Conseil confirmant que le journaliste Jooneed Khan, auteur des articles, et La Presse «étaient libres d'aborder la situation.de la manière dont ils l'ont fait, soit de donner la parole aux Palestiniens et de témoigner des réalités vécues par ces derniers au coeur de l'Intifada.» le déplore, par contre, que le Conseil de presse ait retenu un blâme sur deux points secondaires contenus dans la plainte, soit l'utilisation de certaines expressions jugées offensantes pour décrire la conduite des soldats israéliens, et d'avoir présenté une «description manichéenne» de la situation, défavorable à Israël.Ces deux blâmes, bien qu'ils soient une question de forme et non de fond, sont injustifiés à mon avis.Les expressions en question sont celles utilisées par les Palestiniens eux-mêmes, que le journaliste Khan n'a que reprises dans ses articles.Pour ce qui est d'une supposée description «manichéen- ne», ce sont les durs faits de la répression dans les territoires occupés qui sont «manichéens», et non une exagération quelconque de la part de M.Khan, qui n'a que rempli son mandat en donnant la parole aux Palestiniens aux prises avec cette répression.En rendant aux lecteurs québécois les images des souffrances des Palestiniens, M.Khan nous a permis de comprendre.leur réalité dans ce conflit pénible.En ce faisant, M.Khan et La Presse ont livré une information de qualité sur ce conflit, ce qui constitue un service à la cause de la paix.David BRONSTEIN Montréal Nationalisme et hockey ¦ Il y a quelques années, j'écrivais à M.Marcel Aubut pour lui faire exactement la suggestion que Maurice Richard a faite dans le cahier des sports du samedi 11 novembre.Nous nous souvenons tous qu'un grand nombre de coupes Stanley, gagnées par les Canadiens, le furent grâce à des Canadiens français d'alors.Dans chacune des équipes américaines, les vedettes qui ramenaient la coupe dans leur ville respective étaient encore des Canadiens français.Déduction logique: qje les Nordiques réunissent aujourd'hui des Québécois vedettes à travers la Ligue nationale.Que les Nordiques forment une équipe homogène, avec une fierté et un esprit de corps ressentis par tous et chacun.C'est la seule recette valable pour se mériter la coupe.Dans n'importe quel domaine, une tour de Babel n'a jamais donné de résultats satisfaisants.Une majorité de joueurs de même nationalité décrocherait la victoire finale, inévitablement.La suggestion faite par M.Maurice Richard lui-même devrait avoir son écho.Gilles de la ROCHELLE Mont-Royal Un fan comme on les aime.Monsieur Réjean Tremblay, journaliste sportif ¦ l'ai lu avec intérêt votre article intitulé: La belle s'est mise à hair le prince, au sujet de Marcel Aubut des Nordiques, l'ai apprécié la richesse, la beauté et le choix des mots simples et poétiques.Vous êtes plus qu'un journaliste qui décrit l'actualité, vous êtes un artiste de l'écriture.(.) À mon humble avis, vous êtes un des meilleurs scribes sportifs de la Belle Province.On n'a pas à s'étonner du succès de votre émission Lance et Compte1.Yves PREFONTAINE Sherbrooke N.B.m, La.Presse accorde priori té sous cette, rubrique aux lettres qui l'ont suite à des articles pu.hlicsduns ses pages et su réserve le droit de les abréger.L'auteur doit être clair et concis, signer son texte, donner son nom complet, son adresse et son numéro de téléphone.Adresser toute \"correspondance comme suit: La boîte aux lettres, La Presse.7, rue Saint-Jacques, Montreal.112\\ 1K9.m Lysiane Gagnon LA PRESSE.MONTREAL.MARCH 28 NOVEMBRE 1989 Opinions Ce frustrant débat sur l'environnement MARCEL ADAM ¦ I y a plus important que le con- ¦ tentieux Canada-Québec, l'effondrement du communisme ou les conflits de libération nationale.C'est le problème de la détérioration de l'environnement, qui menace à terme la vie sur terre.En fin de semaine j'ai eu l'occasion de regarder à la télévision française de Radio-Canada deux émissions qui ont traité de cette question.Samedi soir, à l'émission Mirages, on a fait le procès de l'automobile en rapport avec l'environnement, avec des gens de divers secteurs d'activité: poète, universitaire, publicitaire, écologiste et spécialiste en marketing.L'automobile crée une multitude de problèmes plus compliqués et coûteux à résoudre les uns que les autres, celui concernant la dégradation du milieu de vie étant le plus urgent à solutionner puisqu'il s'agit de la viabilité de notre planète.Tout le monde s'accordait sur les méfaits de l'automobile sur l'environnement.Mais que faire?On a parlé des valeurs sur lesquelles se fonde le formidable engouement pour l'automobile, de la publicité qui fait de la bagnole l'objet de concupiscence par excellence, des gens qui abusent de ce jouet avec une totale irresponsabilité, de la passivité des pouvoirs publics toujours à la remorque des sondages, en retard sur les problèmes sociaux et trop lâches pour imposer les contraintes nécessaires, on a parlé des fabricants de voitures et des pétrolières dont la seule préoccupation est la recherche du profit.Il est arrivé ce qui se produit souvent dans ce genre d'émission, où la discussion se perd en généralités ou divagations oiseuses durant les trois quarts du temps, avant qu'un participant la remette sur les rails avec un argument de sens commun qui aurait dû surgir beaucoup plus tôt pour faire avancer le débat.C'est le publicitaire qui a rappelé pertinemment que si l'automobile pollue ce n'est pas à elle qu'il faut s'en prendre mais à son type de locomotion: le moteur à combustion alimenté a l'essence.Il est bien évident que si les voitures fonctionnaient par exemple à l'électricité \u2014 ce n'est plus un problème insurmontable \u2014 elles poseraient certes encore des problèmes mais celui de l'environnement serait pour une bonne part résolu.Comme toutes les émissions du genre, celle-ci m'a laissé sur mon appétit du fait qu'on demeure à la surface des choses, chaque participant se contentant de distribuer les torts aux pollueurs, aux gouvernements et aux citoyens inconscients ou irresponsables, sans vraiment chercher à aller au-delà des apparences ou des clichés éculés.Même frustration le lendemain matin à l'émission Aujourd'hui dimanche, où était interrogé le prophète des écologistes, l'agronome René Dumont.Comme d'habitude il a dit des choses fort intéressantes sur la dégradation des écosystèmes et les changements climatiques dus à l'effet de serre, sur les causes de ces graves phénomènes et les mesures d'urgence qu'il faudrait prendre pour réduire radicalement la pollution atmosphérique.Dans l'état actuel des choses, les délais ne permettent pas d'attendre que l'éducation populaire ait fait son oeuvre.Il faudra que les gouvernements prennent des mesures législatives contraignantes, qui auront pour effet secondaire d'accélérer l'éducation du peuple en même temps que la modification de son mode de vie.Mais pourra-t-on jamais amener tous les États à adopter rapidement et appliquer de concert les mesures correctives qui s'imposent de toute urgence?Car le problème environnemental se résoudra au niveau supranational ou il ne se réglera jamais.La sacro-sainte souveraineté nationale constitue un obstacle majeur et incontournable à l'élaboration et à la mise en place de solutions correctives efficaces au problème planétaire qui confronte l'humanité, mais personne n'en parle.Il n'est pas dit qu'en surmontant cet obstacle il serait facile de faire ce qu'il faudrait pour restaurer cette nature que l'homme a souillée.Car resterait encore sans réponse la question fondamentale que personne non plus n'aborde jamais et que je formulerais en ces termes: \u2014 L'espèce humaine, parce que formée d'êtres doués d'une intelligence et d'une volonté libre, peut-elle vraiment vivre en harmonie avec la nature à l'instar des espèces animales inférieures?Mais en attendant d'être confrontée à cette question, l'humanité doit tout faire pour relever le défi environnemental qui se pose à elle, le ne sais pas si elle peut y arriver.Mais je suis à peu près certain que ses efforts sont voués a l'échec si elle ne surmonte pas l'obstacle majeur de la souveraineté nationale.Entre Montréal et la Rive-Sud Que la concertation remplace la rivalité Ministre de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle, M.Bour-beau est également responsable de la Montérégie.Pendant de nombreuses années, les principaux leaders de l'ile de Montréal ont considéré les municipalités de la Rive-Sud comme de simples villes-dortoirs qui poussaient à l'ombre du développement économique de Montréal.Si cette réalité a déjà caractérisé la Rive-Sud de Montréal, de toute évidence, elle ne tient plus aujourd'hui.Malgré l'essor incontestable qu'a connu la Rive-Sud immédiate au cours de la dernière décennie, la classe politique et le milieu des affaires de Montréal semblent avoir de la difficulté à admettre qu'une force économique a bel et bien émergé dans leur voisinage immédiat.Aussi, certains ont-ils développé, à l'égard de l'émancipation économique de la Rive-Sud, une sorte de réflexe de défense qui les incite à considérer la plupart des projets qui s'y réalisent comme des acquis arrachés ou volés à Montréal par une sorte de concurrence déloyable.La virulente réaction du président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (c'est à se demander d'ailleurs pourquoi ne pas avoir conservé l'ancienne appellation «la Chambre de commerce de Montréal »), à la décision de la société aérienne Intair d'offrir des vols vers Québec, Ottawa et Toronto à partir de l'aéroport de Saint-Hubert, témoigne d'un certain déphasage entre l'état du développement de la Rive-Sud et la perception qu'en conservent certains porte-parole de l'île de Montréal.Le réquisitoire de M.Ménard est d'une étonnante agressivité.On André Bourbeau y trouve des propos comme: «mépris du milieu des affaires de Montréal», «on nous prend pour des valises», «dilution inacceptable de l'achalandage de Dorval».«suspendons toute négociation avec Ottawa (au sujet de la gestion des aéroports de Dorval et de Mirabel) tant qu'un moratoire ne sera pas imposé dans l'affaire Intair».Une telle émotivité surprend, d'autant plus que la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se dit incapable d'évaluer l'impact pour l'aéroport de Dorval des vols d'Intair à Saint-Hubert.Le potentiel de la Rive-Sud Cet incident pose tout le problème de la coexistence et de la collaboration de deux régions ayant atteint un niveau de développement suffisamment avancé pour prétendre chacune à une certaine autonomie.La Rive-Sud immédiate de Montréal n'est plus une sous-région de l'île de Montréal ; elle possède son propre potentiel de croissance et elle va, quoi qu'on en dise, poursuivre sa poussée démographique et son expansion économique.Il reste à savoir si ce développement va s'opérer en harmonie avec l'ile de Montréal ou s'il devra né- cessairement être perçu comme une usurpation des prérogatives de Montréal.Pourquoi nier une évidence?La Rive-Sud, à l'instar de toute la région de la Montérégie, est vouée à un brillant avenir.La jeunesse et la compétence de sa main-d'oeuvre, la performance remarquable de ses industries, les efforts inégalés consentis dans la recherche et le développement, la proximité des grands marchés de consommation et la libéralisation des échanges contribueront indiscutablement à accentuer l'élan qu'enregistre déjà cette région au plan économique.Un atout pour la région métropolitaine Tout cela représente un atout pour la grande région métropolitaine et non une entrave à son développement.Qu'on le veuille ou non, la Rive-Sud a acquis une maturité économique qui en fait un intervenant crédible auprès des investisseurs qui cherchent à s'implanter ailleurs qu'en plein coeur du centre-ville.Alors pourquoi ne pas tabler sur cette complémentarité?Personne ne sortirait gagnant d'une confrontation entre Montréal et la Rive-Sud immédiate.Les investisseurs ont i'habitude de fuir les «nids à chicane»; ils détestent devenir la pomme de discorde entre deux clans et.discrètement, ils s'implantent dans des milieux plus hospitaliers.Il faut qu'un dialogue permanent s'instaure entre la Rive-Sud et l'ile de Montréal afin que la réalité et l'isolement fassent place à la concertation et au dialogue.Parce qu'enfin, les deux réalités économiques sont trop proches l'une de l'autre pour ne pas entretenir des liens d'affaires très étroits.La Rive-Sud profite de la vitalité économique de l'île de Montréal au même titre que les contrats des entreprises qui y sont installées ont des retombés sur l'ile.Admettons une fois pour toutes cette interdépendance et travaillons au développement de la grande région métropolitaine de Montréal sans s'asseoir sur la frontière plus ou moins artificielle qui démarque les deux communautés.Un rapprochement indispensable Un premier pont a été établi par la participation des milieux d'affaires de la Rive-Sud au Conseil de l'aéroport international de Montréal.Ce Conseil a entrepris des négociations avec le gouvernement fédéral dans la perspective de la création à Montréal d'une administration chargée de gérer en un système intégré les aéroports de Dorval et de Mirabel.À l'exemple de ce Conseil, le milieu des affaires de Montréal devrait accueillir les représentants de la Rive-Sud dans une conception d'une région métropolitaine unifiée.De la même façon, les porte-parole de la Rive-Sud doivent unir leur voix à celle de leurs collègues de l'île en faveur du développement optimal de la zone métropolitaine.Bien sûr.aucune harmonie soudaine ne succède à des années de méfiance et de compétition.La collaboration soutenue entre Montréal et la Rive-Sud prendra du temps et d'autres incidents de parcours sillonneront sans doute le rapprochement entre les deux milieux parce qu'elle représente une condition essentielle au plein épanouissement de la grande région métropolitaine de Montréal.Entre gens raisonnable capables de concevoir une grande région économique et de travailler à son raffermissement, il y a place pour beaucoup de compréhension et de grandes réalisations à venir.L'analphabétisme des nôtres Directrice générale de l'Institut canadien de l'éducation des adultes, Mme Boily commente ici un récent éditorial de M.Alain Du-bue, éditorialiste en chef de La Presse.NICOLE BOILY Dans votre éditorial du 21 novembre, paru sous le titre «L'analphabétisme statistique», vous faites une critique de l'étude publiée récemment par l'ICÉA concernant l'analphabétisme et l'alphabétisation des francophones au Canada.Vous y critiquez en particulier l'utilisation de statistiques en regard du problème de l'analphabétisme, notamment le recours aux données sur la scolarité.L'étude publiée par l'ICÉA avec la collaboration de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ).sous le titre «En toutes lettres et en français», avait pour objectif d'examiner le problème de l'analphétisme selon les groupes d'appartenance linguistique au Canada, tâche qui n'avait été menée jusqu'à ce jour par aucun autre institut ou organisme au Canada.Cette élude a fait ressortir qu'il y aurait, à l'échelle pancanadienne, deux fois plus d'analphabètes chez les francophones que chez les anglophones.On y souligne que le taux d'analphabétisme, complet ou fonctionnel, est particulièrement élevé au Québec et cela de façon plus nette encore chez les francophones que chez les anglophones.L'ICÉA a repris pour établir ces constats un paramètre couramment utilisé, soit le niveau de scolarité, avec les réserves d'usage.Nous tenons à préciser que nous n'avons cependant jamais ni affirmé ni laissé entendre que tous les adultes québécois qui n'ont pas complété leur 9e année sont analphabètes fonctionnels.Nous avons au contraire écrit ceci, en page 20 de la recherche: «Dans plusieurs cas, on utilise le degré de scolarité pour situer un ordre de grandeur, une idée approximative.(.) Bien sûr, ces points de repère ne constituent pas un outil précis de mesure.Plusieurs personnes écrivent très bien malgré une scolarité équivalente à la quatrième année.L'expérience montre aussi que des personnes ayant fréquenté l'école pendant plus de dix ans peuvent être fonctionnellement analphabètes, voire même complètement.» Nous avons par ailleurs soutenu, comme la majorité des experts, que le critère de la 9e année permet de situer un ordre de grandeur relativement exact du phénomène de l'analphabétisme, complet et fonctionnel, dans les pays industrialisés.Ce critère n'est ni arbitraire, ni improvisé par l'ICÉA.L'UNESCO recommande que l'analphabétisme fonctionnel corresponde à l'achèvement de la 9e année: la plupart des pays industrialisés ont accepté ce critère dans les années 70 comme une norme approximative, mais facilement applicable.Au Canada, cette norme était justifiée», peut-on lire dans une étude publiée et diffusée par le Conseil des ministres de l'Éducation (Canada).La Commission canadienne de l'UNESCO, le gouvernement fédéral, les gouvernements de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, pour ne citer que ceux-là, et la plupart des gouvernements des pays industrialisés, des chercheurs et chercheures, des intervenants et intervenantes sur le terrain, s'entendent pour utiliser cet indicateur, malgré ses limites et ses imperfections.(.) L'ICÉA n'a pas, contrairement à ce qui a été affirmé dans La Presse,.intérêt à exagérer la situation.L'ICÉA a, comme tout autre organisme ou individu préoccupé de justice sociale, à connaître, reconnaître et comprendre la réalité, toute complexe et surprenante qu'elle soit.C'est aussi, croyons-nous, le rôle de chacun d'entre nous.Chez Pauze depuis 1862 Du mardi au vendredi (inclus) de 11 h 30 à 14 h 30 HUÎTRES 1 douzaine 7,75* DÉJEUNER D'AFFAIRES 7,75* ¦ 8,75* - 1657, RUE STE-CATHERINE O.932-6118 FERME LE LUNDI STATIONNEMENT GRATUIT 11 H 30) '__ GARAGE DU FAUBOURG /ENTREE.RUE GUY) Le malheur des uns.Le malheur des uns fait le bonheur des autres.Rencontre récemment, dans l'un de ces vieux immeubles bénis par les dieux où les residents peuvent se chauffer et se nourrir au gaz, un alerte inspecteur du Gaz Métro venu vérifier quelque nouvelle tuyauterie.Un inspecteur alerte, de bonne humeur, et pas en grève.«Vous devez être occupé ces temps-ci!, lui dis- je.«Et comment donc!, de rétorquer notre expert en gaz, on n'a jamais été si occupés! On est déboriL-d'appels.Tous ceux qui ont la possibilité de passer au gaz laissent tomber l'électricité!» Deux ans de pannes d'électricité répétées et de plus en plus longues, et un conflit comme celui-ci.qui semble devoir s'éterniser.Voilà qui commence à désélect ri fier sérieusement le consommateur.Bientôt, je vous le prédis, les objets les plus en demande seront les fournaises d'antan et les cuisinières au gaz.(Quoi de mieux que le gaz.d'ailleurs, pour, faire la cuisine?Les Chinois l'ont toujours su.et il; n'y a pas un chef français qui ne soit un partisan du gaz.) Pauvre Prudhomme ¦ Si le député Marcel Prudhomme était hier mldf dans la salle du Club Canadien auquel s'adressait l'ambassadeur canadien à l'ONU, Me Yves Fortier.il a dû être bien déçu.M.Prudhomme a souvent dit u qui voulait l'entendre que Me Fortier.si jam$is il acceptait de se lancer en politique, serait le -chef! idéal pour le Parti liberal.Pour le disert député de; Montréal-St-Dcnis, Me Fortier, brillant avocat' peu connu du grand public, serait le sauveur qu'attend le PLC.Eh bien hier.Me Fortier n'avait pas l'air d'un; homme tenté par le démon de l'actioi.politique.Il a; livré aux membres du Club un discours tout axé sur' le rôle de l'ONU dans le monde, un discours purement descriptif, excessivement prudent et totalement dépourvu de la moindre opinion personnelle \u2014 bref un discours de diplomate heureux de l'être.Pauvre Marcel Prudhomme.il devra se résigner à! choisir son héros parmi les Chretien, Martin et al.! Pauvre Rabelais ¦ Bizarre spectacle que celui qu'offrait jusqu'à sa-! medi dernier la troupe du Théâtre Sans Fil.Avec ses.marionnettes géantes actionnées par des comédiens, ses décors extraordinaires, l'ingénieuse mécanique qui portait la pièce, ce «Rabelais» était une magnifi-' que création bourrée de talent et d'imagination.'.Mais tout cela était mis au service d'un texte incohérent.La piece, sans structure, sans rebondisse-ment, privée de sens et de cohésion interne, était un salmigondis de citations tirées de Rabelais ou inspirées par la littérature de l'époque, sur lesquelles on avait saupoudré des références tout à fait gratuites a l'actualité contemporaine: la TPS.Félix Leclerc, le Nicaragua, Jacques Cartier, la Beauce et l'accord du ; lac Meech.S'agissait-il d'une autre de ces tent;ilives pour «québéciser» une oeuvre étrangère, comme si les Québécois étaient incapables de saisir ce qui ne fait pas partie de leur univers quotidien?D'un effort ', pour alléger l'austérité d'un texte difficile d'accès : parce qu'il était dit en vieux français?Mais cela 1 n'aboutissait qu'à rendre le tout encore plus confus, à trivialiscr l'oeuvre de Rabelais et à en éliminer le peu d'authenticité et de verdeur qui restait après que l'oeuvre eut été passée à la moulinette par Antonine ; Maillet, dont on dit pourtant qu'elle est une spécialiste de Rabelais.Samedi soir dernier, pour une production coûteuse qui a sûrement exigé de ses artisans un travail ; colossal, la salle Maisonncuve de la Place des Arts > était presque vide, et les spectateurs, patiemment ! restés jusqu'à la fin de cet interminable bavardage, ; ont fort peu ri.C'était désolant de voir tant d'énergie ; et de talents gaspillés dans une production qui ne ; sera même pas exportable parce que le contenu rube-laisien est dilué au profit de références «maison» ', qui surgissent comme autant de cheveux sur la sou-pe.C'est toujours déconcertant de voir tant d'habi- ! leté technique, tant de sophistication visuelle, habil- ; 1er un texte ou un scénario sans intérêt.Mais ce gen- ; rc d'incongruité se produit souvent au Québec.Il y a \u2022 plus de dix ans, Denis Arcand me disait que le pro- ! blême numéro un du cinéma québécois était le man- ; que de bons scénarios.Nous avons des cameramen.; des preneurs de son, des réalisateurs, des techniciens, des comédiens, de première classe.Mais cet immense réservoir de talents et de compétences n'a .que rarement les textes qu'il mérite.Le retour de E.D.¦ Bravo.E.D.est de retour, juste a temps pour cele- |j brer les Fêtes avec nous! Ça ne vous dit rien ?Auriez- '< vous oublié l'ineffable backbencher conservateur ! immortalisé il y a cinq ans par Serge Grenier qui ; signait alors une chronique dans le cahier Plus de La ; Presse?; Il a repris ses textes, les a considérablement de- ; veloppés, et publie aux Éditions Croc ce «journal personnel d'un backbencher* intitule L'heureux '¦ élu.On y retrouvera le personnage d'Edmond Des- ', rochers, un personnage fictif, insiste Grenier, mais ' qui est, comme chacun sait, inspiré par l'ex-députe EdouardDesrosicrs qui a tant réjoui le coeur des humoristes pendant le premier mandat conservateur.Desrochers sera entouré de trois autres personnages fictifs \u2014 sa secrétaire, Mme Bellehumeur- ; Sansfaçon, son attaché de presse, Ivanhoé Quesnel ! dit I.Q., et son compère-député de Moose law, Tom '.De Witt dit Mr Twit, de môme que de personnages non-fictifs aussi rigolos que les premiers \u2014 de Brian Mulroney à Suzanne Biais-Grenier en passant par les Andrée Champagne et les Michael Wilson.Subli- \u2022 me prémonition de l'auteur, qui a devancé l'actualité de ces jours-ci : on verra même nos deux députés ; traverser le pont qui mène à Hull pour aller passer leur jeudi soir dans l'un de ces bars « topless* subventionnés par la Banque fédérale de développement ! ! Le premier duel ¦ C'est aujourd'hui que commence a Quebec un duel qui va durer longtemps: celui de MM.Bourassa et Parizcau.qui se retrouvent pour la première fois face à face à l'Assemblée nationale.L'opposition pc-quiste arrive les dents longues et aiguisées, avec des renforts militants et un chef à la faconde inépuisable.Un duel a suivre.dont on reparlera! Claude Fourrier QUEBEC'AMÉRIQUE \u2014 8 \u2014 Lu chien les regarda aller quelques secondes puis il partit à leur suite.Valmore arrêta le cheval et descendit de voiture allonger un coup de pied à la bète qui rebroussa chemin aussitôt.La charrette avait à peine commencé à s'éloigner que le chien se remit à la suivre.\u2014 Laisse-le faire, dit Evelyne, il va se fatiguer.Valmore la dévisagea ; elle savait très bien que le maudit chien les suivrait tout le long de la route et qu'ils l'auraient sur les bras, une fois à Woonsocket.À la ville, un chien qui n'avait jamais vécu ailleurs qu'à la campagne! Valmore sauta de la charrette, sortit son fusil et mit la bète en joue.\u2014 Non, cria Evelyne, qui instinctivement couvrit les yeux de Madeleine avec son chàle.Baptiste s'était précipité en bas de la charrette et lançait des pierres au chien pour essayer de lui faire rebrousser chemin.\u2014 Va-t-en, chien, sauve-toi.L'animal retraita enfin jusqu'à la maison où il se blottit piteusement contre le perron.Valmore rangea le fusil et la famille reprit la route.Derrière la charrette, le menton appuyé sur la cage où piaillaient les poules, Baptiste pleurait.Il ne comprenait pas pourquoi tout à coup il avait si mal, pourquoi ses mains étaient froides comme en hiver, ni pourquoi il se sentait dans le ventre des déchirements comme lorsqu'il avait trop faim.Cette maison, la seule qu'il eût jamais connue, et dont la dernière image s'embrouillait dans ses larmes, il sentit qu'il ne la reverrait plus jamais, comme toute une portée de chats qui avait disparu subitement de la grange, il y a longtemps.\u2014 Il;» sont morts, lui avait dit sa mère! Et il ne les avait jamais revus.Ma maison est morte, réfléchit l'enfant.2 Pendant les deux jours du voyage jusqu'à la frontière.Evelyne et Valmore parlèrent peu.Ils restaient en boule avec leurs pensées, comme des arbres que l'on déplante et dont on enveloppe les racines avec leur motte de terre avant de les transplanter.Valmore pensait qu'il aurait peut-être du devenir foreman dans les chantiers.Il se serait bien vu avec des groupes d'hommes à mener, les aiguillonna.it chaque jour au travail, les forçant à se surpasser, tout en les protégeant contre la rapacité des bourgeois qui en veulent toujours plus, mais qui rechignent sans cesse sur les salaires et sur la nourriture.Il sertit resté dans le bois, même l'été! Il aurait préparé le travail de l'hiver suivant, réparé les bâtiments, il était habile en menuiserie, et en aurait profité pour aller à la pèche.Les plus belles sensations de son existence étaient toutes associées aux moments passés en forêt, dans les chantiers: l'intense fraternité entre les bûcherons, le sentiment de puissance à coucher, en quelques coups de hache, des arbres centenaires, la frénésie de dénouer les embâcles.\u2014 Les enfants vont peut-être pouvoir s'instruire là-bas.La voix de sa femme le tira d'une rêverie si profonde qu'il ne répondit même pas.De toute manière, qu'aurait-il dit, lui qui ne savait ni lire, ni écrire et qui n'en voyait pas la nécessité?Il se débrouillait pour compter, c'était l'essentiel! Evelyne pensait aux enfants: ceux qu'elle avait, ceux qui viendraient.Elle pensait rarement à autre chose.Elle était rieuse, elle aimait la vie.Ce qui lui avait beaucoup plu quand elle avait rencontré Valmore, c'était sa façon de blaguer tout le temps et de rire.Hélas, les motifs de s'amuser étaient disparus rapidement et il était devenu grave, presque taciturne, comme si quelque chose le rongeait, quelque chose dont elle s'attribuait la responsabilité.Elle avait eu trois enfants coup sur coup, mais le troisième, celui qui suivit Baptiste, mourut subitement, moins d'un mois après sa naissance, c'était un garçon lui aussi.Il y eut trois ans de répit et ce fut Madeleine, suivi de celui-là qu'elle venait juste de perdre.Elle mettait les filles au monde avec l'aisance d'une chatte, mais pas les garçons.Elle avait accouché péniblement de Baptiste, qui était souvent malade depuis sa naissance.C'était un enfant vif et éveillé, mais il était malingre et ne profitait pas vite.Au moins en grandissant dans une ville, pensait-elle, il pourra rester à l'école plus longtemps et trouver un travail moins éreintant qu'à la ferme.Elle imaginait la ville comme un endroit où les gens ne font que des travaux légers et agréables: servir le p .blic dans des commerces, lire et ranger des papiers dans des bureaux, surveiller des machines dans des fabriques.3 La premiere nuit, comme il faisait très doux, la famille coucha dehors, dans une sorte d'abri que fit Valmore sous la charrette.Il fut soulagé de ne pas avoir eu à quêter le gite chez des étrangers.Le lendemain matin, ils furent reveillés très tôt par les hennissements de Samson et d'autres chevaux.En apercevant leur petit campement, une autre famille, en route vers les États-Unis, comme eux, s'était arrêtée pour les saluer.Les Verriers arrivaient de Saint-Ours, sur le bord du Richelieu.En discutant avec Adelbert, un petit bonhomme rond aux cheveux frisés qui riait tout le temps, Valmore se rendit compte que les Verrier allaient à Woonsocket eux aussi.C'était le cure d'une paroisse de Woonsocket, revenu en vacances à Saint-Ours, son village natal, qui les avait convaincus, en même temps qu'une dizaine d'autres familles, de s'exiler aux Etats-Unis.Au prône, ce curé avait même fait un rapprochement avec les Etats-Unis et la terre promise de l'Évangile, expliquait Adelbert, les yeux pétillants.Il avait tout de suite eu la piqûre et avait liquidé en deux jours sa terre et son troupeau de huit laitières.Adelbert Verrier avait aussi sur lui un papier signé, qui était une promesse d'emploi pour lui et sa femme, aux Lorraine Textile Mills.Et sur un autre bout de papier, l'adresse de la maison où ils habiteraient.Valmore l'écoutait avec émerveillement.Tout à coup, il lui parut que cet exil le déchirait moins.Un bavard qui n'avait parlé a personne d'autre qu'à sa femme depuis deux jours, Adelbert fut si heureux de cette rencontre qu'il suggéra que les deux familles fassent rouie ensemble, au moins jusqu'à la frontière.Toute la journée, il dut retenir ses deux superbes chevaux qui cherchaient toujours à distancer le pauvre Samson et sa charrette bringuebalante.Verrier aurait pu prendre le train du Grand Trunk comme les autres de Saint-Ours, il en avait les moyens, mais il avait décidé de conserver cet attelage, qu'il avait dressé lui-même.La moindre impulsion d'Adelbert sur les rênes était captée aussitôt par ses deux chevaux, qui réagissaient dans le plus parfait unisson.11 en était si fier qu'il s'amusait à leur faire constamment changer d'allure, jetant chaque fois un oeil à Valmore pour s'assurer qu'il remarquait la docilité de son attelage.Cela n'avait pas échappe à Valmore.mais son Samson, lui, n'avait que deux allures, le pas lent, et un peu moins lent.En approchant de la frontière, les deux familles rencontrèrent plusieurs autres voitures II y avait même des hommes a pied qui transportaient leurs bagages sur leur dos.Les États-Unis apparurent enfin, de l'autre côté d'une rivière rapide qu'enjambaient un pont de bois couvert et un autre en fer, pour les trains.La terre promise ressemblait étrangement à celle qu'ils allaient quitter.S'ils n'avaient pas été accueillis de l'autre côte du pont par un grand panneau, surmonté d'un aigle et proclamant: Welcome To The United Slates of America, les voyageurs n'auraient jamais su qu'ils quittaient le Canada.D'où ils venaient, pas de poste frontière, pas de douanier.La porte était pour ainsi dire grande ouverte comme si l'on avait souhaité qu'ils s'en aillent.Aux USA, c'était bien différent.Des gardes en uniforme les accueillaient.Ils montaient ensuite dans chaque voiture examiner les bagages, tandis que les chefs de ci il le étaient invités à se rendre dans un grand bâtiment de clapboard, où on prenait note de leurs noms et de ceux de leurs dépendants.Un homme en sarrau blanc, qui semblait être un médecin, voyait ensuite tout le monde.Il passait rapidement, tapotant un peu les joues des enfants, et posant ici et là des questions dans un français si incompréhensible qu'on y répondait en général par des signes de téte ambigus qui ne; voulaient dire ni oui ni non.Heureusement, il paraissait chaque fois satisfait de la réponse et allait vers un autre immigrant.Adelbert fut très impressionné par toute cette organisation frontalière.Elle était, selon lui, lé signe d'un pays qui porte un intérêt véritable à ses habitants.Ils n'étaient pas sitôt entrés qu'on s'intéressait de savoir d'où ils venaient et où ils allaient, de connaître les raisons qui les attiraient ici.Invariablement, tous répondaient: «work! work!».le sourire aux lèvres, l'espoir dans les yeux.Les Verrier et les Lambert convinrent de se séparer pour la continuation du voyage: les chevaux d'Adelbert avaient déjà la bouche tendre d'être retenus, et Samson, les pieds meurtris d'essayer de les suivre.Les nouveaux amis se donnèrent rendez-vous à Woonsocket, où les Verrier invitèrent les Lambert à partager leur maison, tant qu'ils ne se seraient pas trouvé un.endroit pour habiter.'\"*\u2022 4 % Il faisait presque nuit quand Valmore s'arrêta a une ferme demander l'hospitalité.Evelyne pourrait aller dormir dans la maison avec les enfants, lui coucherait dans la grange.Baptiste insista pour faire comme tion père.Ils s'allongèrent dans le fenil, sur le foin.\u2014 Est-ce qu'on arrive bientôt?demanda l'enfant.\u2014 Il nous reste encore un bon bout de chemin.\u2014 Où est-ce qu'on va?\u2014 Baptiste, ça fait dix fois que je le répète: Woonsocket.Valmore prit la main du petit et la garda un lung moment roulée dans la sienne.Baptiste s'endormit en essayant de former avec ses lèvres les syllabes de ce mot incompré- | hensible: Woon-bock-ct.Au milieu de la nuit, un son retenu, presque un murmure de brise, tira l'enfant de son sommeil.Il se dressa sans faire de bruit, tendit l'oreille: tout était calme.Il pouvait même percevoir le souffle des chevaux qui dormaient en bas.Puis, près de lui, dans le foin, un criquet répondit à l'appel nocturne d'un autre qui chantait au loin.a suivre & Éditions Québec/Amérique B8 LA PRESSE.MONTREAL.MARDI 28 NOVEMBRE 1989 CENTRE DE LIQUIDATION ETAGES D'AUBAINES TOUS NOS PRIX SONT DÉJÀ RÉDUITS JUSQU'À 50% 2 Cm ETAGE DES CHAUSSURES, PLEIN .DE CHAUSSURES! 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