La Revue moderne., 1 février 1922, mercredi 15 février 1922
LA REVUE MODERNE LITTERATURE.POLITIQUE, ARTS (Revue mensuelle) "Simplicité" p*i RrynoU* PRIX: 25 SOUS UN ROMAN COMPLET DANS CHAQUE.NUMERO LA REVUE MODERNE 15 férvier 1922 1 I jpettts meublée - lampes - Hbat>jour - fIMrotrs - Coussins -IRioeaui - Draperies - Gravures - Cadres oe St^le - ©bjets o'Hrt.Les collections du " Studio DesRosiers" offrent toujours d'heureuses suggestions pour la décoration intérieure des maisons.Le groupement ci-haut, une récente disposition caractéristique du goût français, prouve que le beau peut être la saillie de l'utile.Vous serez les bienvenus à nous consulter au sujet de la décoration de votre "Home." fTrmmdcl)cs%siçrs Qmitée 478, rue St-Denis, près de Sherbrooke, Montréal.Direction Artistique, Armand DesRosiers.Tel.Est 4090 Direction Commerciale Agapit DesRosiers.«.mm iHwn 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 1 BUREAU CHEF MONTRÉAL L'ECONOMIE Le peuple qui a l'habitude LES COMPTES D'EPAR- de l'ECONOMIE possède GNES peuvent être ouverts un bien national.à toutes les succursales de la Banque de Montréal en UN COMPTE D'EPAR- montants de $1.00 et plus.GNES est non-seulement ~., .,, Uuelque modeste que soit une sauvegarde pour 1 ave- yotre dépôt( VOTRE nir mais aussi un devoir COMPTE recevra notre envers notre patrie.prompte attention.Vous êtes cordialement invité à devenir l'un de nos déposants.BANQUE DE MONTREAL Etablie depuis au-delà de 100 an».Capital Payé.$ 22,000,000 Réserve.$ 22,000,000 Profits Indivis.$ 1,531,927 Actifs totaux.$507,199,946 COMPAGNIE GENERALE TRANSATLANTIQUE LIGNE FRANÇAISE Service hebdomadaire postal.NEW YORK—LE HAVRE-PARIS Par les paquebots à 4 et 2 hélices PARIS,FRANCE, LAFAYETTE, LA LORRAINE, LA SAVOIE, ROCHAMBEAU, LEOPOLDINA, CHICAGO,LA-TOU RAI NE.ROUSSILLON, LA BOURDONNAIS GENIN, TRUDEAU & CIE Limitée Tél.M.1615.Agents Généraux Canadiens 2! 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garçon ou veuf.But sérieux.Mlle Léa Laurin, Ste-Rose, Co Laval, Que.JEUNE FILLE distinguée, désire correspondant sérieux.But littéraire.Qabv de Laboriére, boite "B", Saint-Jérôme, Que.JEUNE FILLE distinguée instruite, désire correspondre avec jeunes gens.But: ma réponse vous le dira.Marguerite, 498, Drolet, Montréal.HUQUETTE BROUSSAILLES désire correspondant gai.Poste restante, Montréal.JEUNES FILLES qui de vous veut correspondre avec moi?0.Boncoeur, casier 20, Deschaillons, Que.QUI correspondra avec Mlles Rose Bayaro et Marguerite Després, casier 35, St-Hyacinthe.DEUX célibataires devant prochainement payer la taxe, demandent correspondantes gaies pour distraire leurs loisirs de vieux garçons J.Suis et J.Reste, poste restante, bureau central, Montréal.DEUX correspondants pour Pierrette d'Altanges, Bérengère Dys, St-Jérome, Co Terrebonne.JEUNE FILLE distinguée, aimerait à correspondre avec Messieurs distingués de 28 à 35 ans.But: le plus aimable le saura.Carmen Bertrand Bureau de Poste Central Casier Postal 1495 Montréal.BRUNETTE 18 ans, désire correspondants, jeunes, distingués Andrée Dussaules 200 Des Commissaires Québec.Courrier Poétique LA DERNIERE VALSE DE MARGUERITE.— Fautes de français et de versification."Mousselines" est du genre féminin en vers comme en prose.Dans "hideux", l'"h" est aspirée et ne s'élide pas.TOMBEE DES FEUILLES.— REVERIE.— REVEZ.—Vous ignorez tout de la versification.Lisez "l'Art des Vers", d'Auguste Dorchain.DESILLUSION.—M ATI N.—Ces vers méritent une place dans la REVUE MODERNE.PENSEE D'AUTOMNE.—Ces vers dénotent du talent.Mais le poète a encore besoin de travailler avant de se produire en public.Il est digne d'encouragement.LE MIROIR DE MAHMOOD.—Pièce qui n'offre aucun intérêt dans le fond et dans la forme.Nous conseillons à l'auteur d'abandonner ce genre.VOIX D'HIVER.—Vers d'écolier.Fautes de versification et faute.de talent.LE COUVENT.—LE BAISER.—DOUCE CRAINTE.—Vos vers ne sont pas mauvais, mais votre langue n'est pas bonne.Les métaphores sont surprenantes.Veuillez les assagir: elles n'en seront que meilleures.REVE DE PRINTEMPS.—Vers tantôt de 8, tantôt de 9, tantôt de 6 syllabes.Le compte est mal fait.Nombreuses fautes.SOUVENIR.-DESESPERANCE.-LES PASSANTS.-MON PREMIER SONNET.—Des pièces que la REVUE MODERNE pourrait insérer à titre d'encouragement.JUST.^Répondez, cet Hiver, mKà VAppel des Mers Tropicales Un ciel d'azur **t la mer bleu*.des Iles de corail couvertes de palmiers, les fleurs et les amusements «ans les soucis de la vie vous invitent i venir aux Antilles, loin des rigueurs et des inconvénients de l'hiver.Quatre semaines dans les mers du sud vous permettront de visiter Cuba, la Jamaïque.Panama, le Venezuela, les Grandes et les Petites Antilles, les Iles Vierges, Porto Rico et (Sième croissière) les Bermudes.Départ de New York: MEGANTIC le 17 Jan., '18 Fév., 20 Mars Le plus grand paq îebot sjr li lig le des tropiq les" " (déplacement de 20.000 tonnes).J ' •Nassau est le dernier port d'escale pendant la 1ère croisière Ou bien oubliez l'hiver au milieu des attractions de la Méditerranée à Madère, Gibraltar, Alger.Monaco.Gênes.Naples.Athènes et Alexandrie pour l'Egypte LAPLAND 119,003 tonx.) 4 Février ADRIATIC 24,540 tonx.) 18 Février ARABIC 117,324 tonx.) 21 Jan.,8 Mars Passage pour n'importe quel port.Eicursicm» à terre au choix.Ces Excursions aux Antilles et ?, la Méditerranée se font au milieu du plu* grand luxe et avec tout le confort possible.Demandez aujourd'hui même une brochur» qui vous donnera tous les renseignement!.jja WHITE STAR-DOMINION LINE 211 Rue McCill, MONTREAL, ou chez les Agent, locaux.MALLE GARDE-ROBE A PIGNON les ennuis de faire repasser tôt habits durant le voyage, sont éliminés.Vendus dans les grands magasins.Cet Malles son laites suivant les règlements des ehemins de Fer.LAMONTAGNE LIMITÉE Seuls manufacturiers au Canada.No.33S Notre-Dame Ouest, - Montréal.M» », ma cfa*r» amie, tu va» ma ruiner M te» ' "¦ :"' « I Pour une pauvre robe ! alort qie t j aa A toi-mime que tu avaia un t/taor.*°«> pritct> *pixiUiPk& HO RLICK'S LAIT MALTE Employé partout avec succès depuis plus de trente ans Préparé dans des conditions hygiéniques, d'un lait riche et pur combiné avec un extrait spécial d'orge malté.Ce breuvage-aliment m- prépare simplement en délayant la poudre dans de l'eau.C'est un merveilleux fortifiant pour 1 les ! 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ln-8 de 932 pages, contenant environ 600 fleures diverses, avec planches en couleur et cartes, relié pleinejtolle.$2.50 Que faire en présencerd'un accident subltfblessure, hémorragie, asphyxie, syncope etc), survenu loin de tout secoure médical ?C'est l'un des buts principaux visé dans cet ouvrage où les personnes étrangères aux choses de la médecine trouveront les notions des soins d'urgence à donner en attendant l'arrivée du médecin.Le second but, aussi important que le premier, est de donner quelques connaissances sommaires de médecine qui permettront de discerner un'état morbide, de faire soigner'ainsi lejmalade a temps par le médecin et, en attendant l'intervention de ce dernier, de savoir ce_qu'il faut faire et surtout ce qu'il ne faut pas faire.A coté de ces'notions succinctes de médecine ont pris naturellement place quelques notions de pharmacie avec l'indication des principaux caractères des médicaments les plus usités, de leur action physiologique et de leurs propriétés thérapeutiques.Le lecteur aura ainsijune appréciation plus exacte des usages de ces médicaments aussi bien que des inconvénients et des dangers que peuvent présenterVertains d'entre eux lorsqu'ils sont employés sans l'avis du médecin.Il y trouvera aussi la liste de ceux qui ne peuvent êtrejiélivrés parje pharmacien que sur"prescription médicale.La prophylaxlefet l'hygiène, et autres sujets ayant trait h la médecine, à la pharmacie, constituent d'autre part autant de rhapitres'interessants et instructifs, dans lesquels les auteurs ont condensé des notions'élémentaires indispensables à tous ceux qui considèrent avec juste raison la santé comme le capital le plus précieux et le plus productif.La Librairie Déom 251, est, rue Ste-Catherine, Montréal.Tél.Est 2551 Tel: Est 799-4624 y ^ RESTAURANT à la CARTE / Salons particuliers pour "Party"# tt» retenus par Téléphone: £ \j.Est 4928./ Qf^S BIERES ET VINS DE 1" CHOIX / >^Notre salle y de thé, la plus Cuisine pour / .i , .// // îohede Montréal la ville, //m ft./ *-«t à louer tous les après-midi pour par- banquets, etc.ytîes de cartes, euchre— ^Essayez nos Cafés Noirs, Ti^^ (dernière création de la maison) Vir #Moulus et en grains, 60c la lb.KERHULU & OOIAU, Limitée Propriétaires 184 Rue S.-Denis, - Montréal.Succursale: 4901 Sherbrooke Ouest.Tél.: Westmount 7909 LA REVUE MODERNE ABONNEMENTS 1 ao Caoada: $3 00 Etranger: $4 00 6 mol» $1.00 *2 00 LITTÉRAIRE, POLITIQUE, ARTISTIQUE Rédigée en Collaboration Directrice > MADAME II I Ci I KM N (MADELEINE) 147, RUE S.-DENIS.— ADRESSE POSTALEi ROITE 35, STATION "N", MONTRÉAL.3*me Année—No.4 S'unir pour grandir.Montréal 15 février 1922 La Revue ne répond pas des manuscrits communiqués.SOMMAIRE: Pages La directrice .7 Madeleine.7 La Rédaction .8 Marie Le Franc .8 Louis Dantin .9 Madeleine.12 Lucien Boter .13 Jean Vaudreuil .14 Louis Claude .16 Louise Charpentier .17 Ludor .18 Maurice Billard .20 ROMAN: La Folle Histoire de Fridohne (au complet) LE COURRIER DE MADELEINE, Guy Chantepleure 22 Lettres Intimes — Le Lien —.Madeleine.A propos de Suffrage .Mme Henriette Tassé Les Choses Féminines.Soeur Marthe .Les Jolies Modes de Paris.Micheline .L'Entre-Nous .Madeleine.Les Etudes Graphologiques.Claude Ceyla .La Petite Poste.Courrier Poétique.; .Just.Nos Illustrations:—Le Fort de Chambly;—M.Dion le premier conservateur du Fort de Chambly;—Partie de Hockey;—Les Beausoleil; (dessin inédit de M.A.S.Brodeur)—Une promenade en skis :—Parade de nos raquet-teurs;—M.Fernand Dhavrol;—Choses de Cuisine;—Les jolies Modes de Paris;—Les Patrons de la Revue Moderne etc.etc.CLINIQUE PRIVEE DU Dr.PREVOST Des hôpitaux de Paris - Londres - New - York Voies Cénito - Urinaires iflulai ira ùt* rrina, hr la Vf ait rt br» arçianrs girnilaux 460 rue ST-DENIS iH .i I o Vi r vmrttrnnf* cl matai ta ht la ftaw Tél.Est 7580 "Un bon livre est un ami" Faites-vous de bons et loyaux amis à La Librairie Doom 251-Ett, rue Ste-Catherine MONTREAL On y trouve toujoura le plu* grand choix de nouveauté* T»Upho.: E»t 2551 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 qu'avec la Crème Orientale Gouraud rose de Nous avons complètement réussi à vous donner ce que vous cherchiez.Cette crème donne à vos joues un teint rose délicat et raffiné d'un effet si naturel et si subtil que l'on ne soupçonne guère l'usage d'une préparation de toilette.Dans notre nouveau produit on retrouve toutes les qualités de la Crème Orientale de Gouraud.Cette peau douce et velou-teuse, cet effet calmant et antiseptique ne sont que quelques-uns des effets bienfaisants qu'elle produit sur votre peau et votre teint.Essayez-la aujourd'hui et elle vous ouvrira une nouvelle porte pour arriver à la beauté.Essayez ces trois préparations GOURAUD I Envoyez-nous simplement 25c et le nom de votre I marchand et nous vous enverrons une bouteille de Crème Orientale de Gouraud (rose ou blanche) un pain de savon médicamenté Gouraud et un tube de Cold Cream de Gouraud.Ils embellissent, purifient et nettoient la peau et le teint.m Feid T.Hcpkins & Son, Montréal 15 février 1922 LA REVUE MODERNE 7 La fondation d'un prix littéraire par le gouvernement Taschereau, et sur l'initiative du brillant Secrétaire de la Province, M.Athanase David, nous comble de joie, et nous félicitons chaleureusement l'auteur de cette fondation ainsi que le gouvernement qui l'a accordée.La création d'unConserva-toire artistique nous cause également une grande satisfaction, et nous nous inclinons devant ce nouveau geste de M.David, sur lequel nous n'avons jamais cessé de compter, et qui justifie hautement nos meilleurs espoirs.M.David est un Mécène, un vrai.Il a bien mérité de sa race.LA DIRECTRICE.cours! Par MADELEINE Depuis à peu près un an, nous avons eu une série de meurtres terrifiants : Chicoyne, policier, assassiné lâchement, en plein devoir; Blanche Garneau, tuée avec un luxe d'abominations; Adeline Malherbe, frappée, en pleine rue, avec une hache; le malheureux Jobin déchiqueté et martyrisé dans son magasin, à une heure d'activité et en plein centre de la ville: et hier, Raoul Delorme, jeune, riche, heureux, tué bêtement et sauvagement dans une embuscade.Quatre de ces crimes semblent être classés.Autour du dernier l'on s'agite, et le mystère qui entoure cette cause prête à des suppositions insensées et terribles, qui jettent la perturbation dans l'imagination populaire si encline à verser dans l'impossible et le mystérieux.Ces racontars sont le fait, croyons-le bien, du résultat négatif des enquêtes faites autour des crimes qui ont précédé celui-ci.Dérouté par tant d'insuccès et de vaines recherches, le public réclame à tout prix un coupable, et il va le chercher n'importe où.Le meurtre de Blanche Garneau, qui plane toujours dans le plus absolu mystère a provoqué des commentaires terribles, et, en soulevant l'esprit de justice du peuple l'a mal disposé à accepter la mise à l'oubli des crimes Malherbe, Jobin et Delorme.Il faut absolument des coupables, et si la justice reste impuissante à les découvrir, le peuple, lui, en désignera, et son choix peut devenir terrible.Il faut à tout prix sortir de cette obscurité et faire la lumière sur des meurtres qui n'ont pu être commis sans laisser trainer dans leur sinistre entourage, le détail qui doit permettre de rejoindre un coupable.Nos détectives et nos policiers sont sur les dents.L'on sent que le travail que dirige le Chef Lepage est attentif et persistant.Il ne faudrait donc pas songer à douter de la volonté comme de la ténacité de ses hommes.Le métier de détective exige non seulement des qualités de finesse et de flair, d'endurance et de persévérance, mais il demande aussi, outre les aptitudes spéciales, de l'expérience, et je dirai plus, de l'étude.Nos hommes sont-ils bien formés à faire face à la situation qui nous fut récemment créée, car autrefois notre pays connaissait moins l'assassinat et le vol, mais il semble que des monstres abominables l'aient dernièrement envahi.Les procédés des meurtriers ne sont plus grossiers et ordinaires.Ils comportent des détails que l'habitude aiguë d'observer, de scruter et de dépister les plus habiles criminels peut seule permettre de découvrir.Devant la répétition de crimes aussi affreux, nos autorités ne devraient-elles pas agir avec plus de force encore ?Si les perquisitions sont trop lentes ou trop difficiles, ne pourrait-on donner à M.Lepage le secours de détectives plus habitués à des enquêtes aussi ardues, et qui nécessitent l'emploi d'hommes habiles à trouver les meurtriers les mieux cachés?Ces détectives extraordinaires se trouvent à Paris et à Scotland Yard, à Londres.Il ne serait nullement humiliant pour nos détectives, dont, encore une fois, il ne faut nullement attaquer la volonté et la ténac'.té, de travailler avec, et même sous des spécialistes de ce genre.Ceux-là ont eu l'occasion de s'exercer, ils ont travaillé sous les maîtres qui les ont précédés, et qui possédaient eux-mêmes d'exceptionnelles qualités policières.L'on ne s'improvise pas policier détective, et ce métier exige, plus que tout autre, de l'étude et de l'expérience.Pourquoi n'envoie-t-on pas M.Lepage travailler quelques temps sous les policiers célèbres d'Europe.Intelligent, actif, d'une conduite parfaite, gentilhomme et travailleur, il aurait vite fait de pénétrer les méthodes qui devront dorénavant s'appliquer ici, si l'on ne veut pas que les crimes s'y multiplient furieusement, sans que jamais le coupable soit at- 8 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 teint.Certes, nous savons très bien que les coups les plus audacieux se répètent constamment dans les grandes villes européennes.Mais il arrive rarement que les coupables ne soient pas atteints et punis, tandis que chez-nous, on les recherche trop souvent en vain.Une lacune existe certainement.Je la fais reposer non dans l'incompétence, mais dans l'insuffisance du nombre des employés delà justice,-puisque je ne saurais soupçonner personne de manquer à son devoir,—et cette lacune, il convient de la combler, en renforçant notre corps policier, et tout de suite, avant que l'imagination populaire ne se porte à des erreurs enfantées tout naturellement par l'horreur des tragédies et par le besoin de voir punis ceux qui ont commis de tels crimes.A l'heure qu'il est, la question est bien simple: puisque notre corps policier est incomplet, qu'on l'augmente d'unités remarquables, et qu'on ne laisse pas s'ajouter de nouvelles horreurs aux horreurs déjà accomplies.Agissons vite, avant surtout que la folie du crime n'ait trop monté.Car l'on sait qu'un crime en appelle fatalement un autre.Et comment veut-on que le criminel ait peur, puisqu'à la suite de tous ces meurtres non vengés il peut avoir la certitude d'opérer sans danger, dans la quiétude et l'impunité.Il ne s'agit plus de tergiverser et d'attendre.La série doit s'arrêter là.Elle est déjà trop longue.Nous avons le droit de demander de la protection, et puisqu'on assassine chez nous, au grand jour comme en pleine nuit, il est grand temps décrier: Au secours! MADELEINE.Le 18 janvier 1922 NOTE—Il se peut très bien qu'au moment où la Revue Moderne paraîtra, la Justice ait réussi à jeter de la lumière sur l'affaire Delorme, et que le travail consciencieux de nos policiers ait atteint enfin le résultat si attendu.Nos lecteurs devront alors tenir compte du fait que la première partie de notre revue va sous presse plusieurs jours avant sa parution.MADELEINE.LE PROGRES DE LA REVUE MODERNE La Revue Moderne aura bientôt une charte d'incorporation, peut-être même à l'heure où paraîtra cette édition de février, et elle se formera en société avec un capital-action assez considérable pour lui permettre de marcher vers le grand progrès.Dans notre prochain numéro, nous donnerons les détails complets de notre organisation nouvelle, faite sur des bases d'affaires absolument sérieuses, et qui assureront, non seulement le progrès, mais encore la vie à perpétuité d'une œuvre que le public a accueillie à cœur ouvert, la sentant indissolublement sienne! LA DIRECTRICE.L'illustre Chef de l'Église, Sa Sainteté Benoit XV vient de mourir, et les regrets causés par le trépas du Père de la Catholicité sont immenses.Benoit XV aura vécu le règne le plus triste de nos Papes, et son cœur n'a cessé de saigner douloureusement aux épouvantables heures de la guerre, alors qu'il assistait impuissant au massacre de ses enfants.La plus grande consolation lui fut accordée lorsque, sur son cœur, il put serrer de nouveau, cette France, Fille aînée et bien-aimée de l'Eglise.Devant la tombe de ce grand Pape, tout le monde catholique s'est incliné profondément.La Terre Etrangère En pieux hommage & la mémoire de Louis HemoD Ce que tu m'as donné, ô ma terre étrangère.Devrait guérir mon cœur de son ingrat souci; Quand tu verses d'en haut tes corbeilles légères.Une paix blanche, en moi, devrait descendre aussi.Là-bas, il y avait des champs de violettes, Mais lorsque avant le jour je viens sur le balcon Suivre des yeux le vol mystique des flocons, Serais-je sous ton ciel, France, à pareille fête?Le vent berce, là-bas, l'hiver comme un berceau, Et l'âme est une plante à la fenêtre ouverte; La voici maintenant allègre, chaude et verte, Comme une herbe, à travers la glace d'un ruisseau.0 ma terre étrangère, en muettes sandales J'ai passé sur ta neige où mon ombre avait froid.Mais ta forêt d'hiver, devinant mon effroi, Balança sa lanterne au milieu des rafales.Et j'ai trouvé ta hutte, un rouge feu, des voix.Des cœurs simples et droits ainsi que des fûts d'arbres, Et f'ai compris, enfin, le poème de marbre Que tu formes avec la neige, au fond des bois.Les arbres avaient l'air de filer de la laine, Le fleuve desserrait, au soleil, ses réseaux, Le givre mollissait aux opaques carreaux, Et sur le seuil rêvait Maria Chapdelaine.Marie Le Franc.1er décembre, 1921 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 9 L'Age de Sang.—— par Jean ( lia r bonne au - Ce titre, avec sa suggestion cruelle, ne donne qu'une idée incomplète du livre de M.Charbonneau.C'est, en réalité, tous les âges du monde qu'il a voulu synthétiser dans ces poèmes : l'âge de sang n'en est que le dernier cycle, celui dans lequel l'humanité affolée vient de se débattre et dont elle souffre encore les spasmes.Le plan du poète fut donc de retracer en forme de tableaux toute la marche de la société terrestre, depuis ses origines mythiques jusqu'au présent qui nous englobe et dont nous sommes les atomes constitutifs.Il choisit pour cela, à tous les degrés de l'histoire, des faits ou des légendes représentant l'esprit, le signe, la physionomie d'un temps; il leur donne le relief de symboles typiques, et entend susciter de leur ensemble le défilé total du progrès humain.Pour grouper ces esquisses, l'antique cosmogonie lui fournit des cadres artificiels, mais commodes; et l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge d'airain, l'âge de fer se déroulent tour à tour sous des épigraphes du vieil Ovide, chacun apportant son appoint de chroniques ou de traditions.Il passe ensuite à l'âge moderne, qui se résume pour lui dans les explosions tragiques qui l'ont ébranlé sous nos yeux.La donnée, on le voit, est grandiose, et le sujet d'une envergure immense.Un fabliau de cette nature rivalise de portée avec l'histoire universelle; il contient la matière d'innombrables chansons de gestes et de quelques centaines d'épopées; il enserre même pourrait-on dire, toute la substance de la poésie sublunaire.Cette tâche exigeait donc une préparation encyclopédique, épuisant le domaine de l'érudition, jointe à une inspiration protéenne, apte à revêtir les formes les plus éloignées et les plus contraires.Il fallait recréer à chaque âge sa ligne, sa lumière, son atmosphère; devenir, selon le portrait, lyrique, descriptif, épique, primitif ou profond, sombre ou éclatant, utopiste ou philosophe; et en tout cas rester poète, et couler toute cette fonte en images puissantes, en rythmes et en rimes.La tentative, je vous le dis, réclamait un cœur intrépide.Son audace s'accroissait du fait des entreprises rivales qu'il fallait égaler ou dépasser.L'auteur, sans doute, s'est rendu compte qu'il s'aventurait sur le champ de Chénier, de Vigny, de Leconte de Lisle, épris comme lui des origines du monde, chanteurs de fables exotiques et lointaines; il n'a pu oublier qu'il aurait Hugo même pour compagnon aux routes de son œuvre, qu'il refaisait un chemin taillé par l'Ancêtre et n'aspirait à rien moins qu'à recommencer la Légende des Siècles.En fait, le programme des deux chants est identique, leur tracé suit les mêmes contours, et la comparaison devait s'imposer à chaque pas.—Hugo a voulu, lui aussi, peindre l'évolution humaine par le moyen de larges fresques la saisissant à ses moments significatifs; il a procédé, lui aussi, par étapes et par épisodes, parcourant les mêmes stades et plus d'une fois s'arrêtant aux mêmes jalons que son plus récent émule.Et nulle part, on le sait, le maître n'est monté plus haut.Il a donné dans la Légende sa pleine mesure de génie épique, comme il avait atteint son sommet lyrique dans les Contemplations.M.Charbonneau devait lutter avec ce chef-d'œuvre, écarter le spectre effrayant de ce précurseur.Il savait tout cela, et il s'est dit: allons' quand même.Nous ne pouvons blâmer ce merveilleux courage, mais nous devons pourtant le juger à son résultat.Notre poète venge-t-il sa reprise d'un thème si ardu en le revê- tant de tonalités nouvelles et frappantes?Nous donne-t—il dans ces Ages le frisson des éveils cosmique de la vie, la secousse de ses convulsions, le mirage de ses lentes métamorphoses?A-t-il distillé de chaque ère l'essence qui l'exprime et la résume ?S'est-il créé une forme égale à cette matière bouillante et multiple ?Admettons qu'il a l'âme accordée au sujet; qu'il sent vivement la beauté du monde et celle de l'histoire; qu'il a l'inspiration et l'enthousiasme des scènes qu'il décrit.Une certaine chaleur circule dans son livre, un certain éclat d'imagination s'y étale; le mouvement lyrique lui communique une sorte d'éloquence indépendante même de son art.Qu'il s'agisse d'allégories fabuleuses ou de tragédies présentes, il peint, il admire, il maudit, il prophétise avec une bonne foi et une conviction indubitables.Jugez, au seul point de vue du " souffle," des strophes comme celles-ci, et vous aurez compris en quoi M.Charbonneau est poète: Cet âge entend le formidable cliquetis Des armes, et l'horreur des immenses conflits Mettant l'univers en présence; Il entend les coursiers fougueux, demi-fourbus.Le col raidi, dressés dans l'éclair des obus, Et transpercés de coups de lance.Dans son rive, il a vu les glaives en faisceaux Et de lourds bataillons, lamentables troupeaux.Emportés dans les chevauchées; Et les engins semeurs de désastres sanglants.Et plus loin, au milieu des combats violents.Les collines de morts jonchées.Il a vu, dans l'espoir d'autres siècles nouveaux.Des peuples, se ruant, enrayer ces fléaux, Vainqueurs que la gloire enveloppe; Qui viennent, de leur bras de pourpre ruisselants.Sur les mornes débris des empires croulants Changer la carte de l'Europe.Ce sont là des paroles senties, issues d'une belle exaltation intime, et le livre est rempli de ces paroles.Malheureusement, la poésie n'est pas toute dans l'âme qui s'émeut, et elle a plus d'une chute à craindre en passant par l'esprit et par la plume.Or M.Charbonneau a un esprit aux conceptions vastes, mais pas toujours coordonnées ni logiques.Son casier a des fiches nombreuses, mais qu'on dirait juxtaposées sans ordre alphabétique; et pour tout autre que pour lui-même c'est trop souvent un labyrinthe.Ses œuvres sont bâties sur le modèle de parcs anglais d'où la symétrie est absente et qui prennent par endroits des apparences de forêts vierges.L'idée et l'ordonnance de ce volume souffrent un peu de cette confusion.Cela tient avant tout au cadre arbitraire que l'auteur s'est choisi, à ce groupement par âges fabuleux ne répondant en rien aux périodes historiques.A-t-il réfléchi que ce plan, avec sa progression descendante, lui interdisait en réalité toute peinture de l'avancement humain, le condamnait à montrer le monde en proie à une déchéance continue?Car il fait succéder à l'or primitif l'argent, puis l'airain, puis le fer, des métaux de plus en plus vils; et si le sang finalement les recouvre tous, alors la terre, depuis sa naissance, ne fait qu'aller de mal en pis: elle s'enfonce chaque jour dans sa ruine comme dans les cercles d'un enfer.Pessimisme évidemment sans mesure et con- 10 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 tredit par la science; pessimisme que l'auteur même ne partage pas, mais dans lequel il s'entrave dès le début, et dont il ne réussit plus à se dégager.Il est prisonnier de son plan, qui le force à imaginer de toutes pièces un homme primitif parfait et heureux, un homme moderne misérable et dégradé.On conçoit qu'il ait peine à faire entrer les faits historiques dans ces alvéoles, et que l'effort ne réussisse qu'à demi.Ses " nomades," dont l'esquisse ouvre le volume, au heu d'occuper le plus bas échelon de l'évolution raciale, à peine au dessus du pithécanthrope, d'errer par les landes monstrueuses hantées par le ptérodactyle et le dinosaure, en quête de glands et de racines, sont des touristes cultivés qu'extasient les couchers de soleil, qui Aiment le Beau, le Bien, ivres de Vérité, El marchent sans arrêt par la nature entière, Le cœur rempli d'amour, de joie et de lumière.Il le faut bien, ils appartiennent à l'âge d'or.Les "pâtres" de l'âge d'argent ne sont pas des bergers vulgaires: ce sont des "veilleurs, des savants et des sages," qui Portent à leurs fronts d'un nimbe couronnée Le signe qui convient à tous les grands prophètes.La chronologie même se range à ces lignes préconçues • L'épisode de Caïn est reculé jusqu'au troisième âge, ne pouvant décemment se réclamer des deux premiers.Ainsi la tour de Babel et le déluge.Mais ce même âge d'airain, d'après le poète, voit se dresser les menhirs gaulois et fumer les creusets des alchimistes.Il s'étend donc, ce me semble, à travers l'ère chrétienne jusqu'aux environs de l'an mil, car avant cette époque, hormis le ro jMidas, personne n'avait poussé si loin les ambitions métallurgiques.Or, chose inexplicable, l'âge de fer qui succède nous ramène à Nabuchodonosor et à l'établissement du christianisme.' Ensuite, sans transition aucune, sans un mot de l'empire romain, ni des barbares, ni des croisades, ni de la Révolution française, par un saut de quelque vingt siècles, nous arrivons à Guillaume II, l'instaurateur de l'Age de Sang, et aux ruines qu'il traîne après lui.On voit à quel degré cet arrangement est factice.Il place toute la civilisation au début du monde et toute la barbarie à la fin.Il est compliqué d'inversions et troué de lacunes énormes.Sans doute on n'exige pas qu'un poème soit un cours d'histoire; M.Charbonneau avait bien le droit de choisir parmi ses sujets.Mais en annonçant un dessein suivi il s'engageait à le remplir, au moins dans ses lignes maîtresses.Et ce dessein lui-même devait se calquer sur l'être réel, non le façonner d'après lui La notion même du progrès reste obscure dans cette œuvre.En quoi l'auteur le place-t-il?Est-ce dans la sécurité des moissons ou dans la splendeur des villes?Est-ce dans la science ou dans l'art?Est-ce dans la paix, ou dans la guerre?Il semble prôner ça et là des théories contraires, les unir même dans un violent assemblage.Quelqu'un dit "Il faudra que la haîne s'eface Et que le passé mort ne laisse plus de trace.Plus de combats sanglants, plus de jours incertains] Nous ne reverrons plus de ces âpres carnages Qui troublèrent le cours tumidlueux des âges-Nous serons de simples humains." Mais non, proteste une autre voix, l'avenir est à la force conquérante: Pour durer icv-bas, il faut savoir construire.Exister, c est créer un formidable empirel Et si soudainement il se sent transporté Par le désir de dominer toute la terre, Que le conquérant dompte, et qu'il soit par la guerre Le maitre de l'humanité.C'est pourquoi moi, je dis au maître qui domine: "Homme, si lu bâtis sur l'antique ruine "La cité, qu'elle ait nom Berlin, Vienne ou Paris, "Résiste fermement aux plus dures tempêtes, "Et si lu veux garder le fruit de tes conquêtes, Va-t-en par le monde et détruis] " Qu'en pense personnellement l'auteur?Ceci, sans doute, qui résume une autre pièce : Capables de descendre aux profondeurs du crime Ou de nous élever à la vertu sublime, Il nous faut croire, hélas\ que les hommes jamais Ne détruiront en eux cette sauvagerie Qui fait leur barberie ^ La plus sure raison du moderne progrès Mais alors c'est tout-à-fait la thèse teutonne; et pourquoi ces poèmes sont-ils dédiés à la France?Ils eussent dû être offerts à Ludendorff.La confusion qui brouille cet ensemble se retrouve dans bon nombre de ses parties.Il en est peu dont l'idée soit nette et la succession normale.On leur passerait le beau désordre inspiré par l'art, si tant est qu'il y en ait un, mais celui-ci semble un effet de notions brumeuses1 et enchevêtrées.Signalons comme exemple le long poème de L'Atlantide.Cette Atlantide n'est pas l'Amérique des légendes lointaines; c'est une création purement fabuleuse, surgie aux confins de cette planète Ainsi qu'un temple aux péristyles d'or Ouvert sur l'infini des temps qu'elle émerveille.Elle se proclame elle-même éternelle et communique l'immortalité à ceux qui l'habitent: Je ne redoute pas la vie inexorable; Les privilégiés qui fouleront mes bords Ignoreront les coups de l'âge redoutable; J'éloigne les humains de l'empire des morts Car je demeure en mon essence impérissable.Voici de nouveaux Argonautes partis à la recherche de cette terre-prodige.Ils voguent pendant de longs jours et enfin touchent ses rivages.Ici la description s'échauffe, accumulant toutes les images de la séduction et du miracle : 0 pays enchanté] Voir s'écouler les ans Sans vieillir] Exister dans la splendeur première] Respirer sous les deux sans rides et sans voiles; Partager à la fois tous les enivrements] Puis, tout d'un coup, un effroyable cataclysme: l'Atlantide s'engloutit, en punition d'une "faute ancienne et jamais expiée" qu'on ne précise pas.Toutes ses richesses s'anéantissent, El de tous ses enfants nul n'aura survécu.Mais alors toutes sortes de questions se posent.Comment a-t-elle péché, puisquielle en est à son âge d'or, et que ses habitants abritent "la paix et la mansuétude" dans leurs cœurs "plus purs que les lis?" Comment a-t-elle péri, puisqu'elle était impérissable ?Pourquoi son châtiment la frappe-t-il si tard?Comment les étrangers échappent-ils seuls à son désastre?car ce sont eux qui reviennent lamenter son sort.Ces problèmes restent sans réponse, et nous laissent en présence de données contradictoires.Il faudrait que la fiction même se tînt debout et respectât sa propre trame.Quant à la forme de ces morceaux, M.Charbonneau s'y montre capable d'effusions abondantes, d'efforts développés et soutenus.Les strophes se suivent en ondes pressées, jaillissant d'une source prodigue.Nos poètes, d'après M.Asselin, auraient "l'haleine courte." voici au moins une exception.S'il est une faiblesse que cette muse ignore, c'est l'essouflement; elle a les poumons d'un souffleur de verre et d'un coureur de Marathon.Elle se complaît aux mètres larges, réclamant de l'horizon et de l'espace, et s'y ébat sans apparente fatigue.La plupart de ces productions comptent leurs vers par centaines. 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 11 Mais cette facilité même est monotone et gâtée par la négligence.Ce qui manque à toutes ces peintures, c'est le contour individuel et la variété des teintes, c'est la qualité atmosphérique et le caractère.Tous les profils et toutes les perspectives s'y ressemblent, estompés dans une même grisaille ou, si l'on veut, dans une seule couleur brillante.Les ères préhistoriques ont les aspects du vingtième siècle; le voyant Daniel parle le même langage que le spectre d'Elseneur; les soirs d'Orient sont le soir universel, et les plaines d'Arabie pourraient être des plaines du Nord-Ouest.Je suis V Aube, et je mens annoncer la lumièrel Je mêle aux bruits naissants ma fervente prière; Je prodigue à longs flots du rêve et des couleurs.Je suis le Matin frais où s'agitent des ailes; Je sème à tout hasard les blondes asphodèles, La vie aux verts coteaux et les parfums aux fleurs.C'est une aube, sans doute, mais en quoi est-ce une aube de "l'âge d'argent ?" A de rares intervalles seulement l'auteur isole son sujet et en saisit le cachet typique.C'est ainsi que le Discours sur la Montagne atteint, au début, quelque chose de la simplicité pure du thème.L'épisode de Zarathoustra n'est pas non plus sans physionomie, et je trouve une grandeur dans cet adieu du sage à la société de hommes : "Dans l'univers rien plus maintenant ne me plail; Je veux vivre au delà des crimes et des haines." C'est ainsi que le grand Zarathoustra parlait Quand la nuit lentement descendit sur les chênes.Et, s'étant en lui-même à jamais recueilli.Les hommes pour son cœur rentrèrent dans l'oubli.Mais très souvent il faut regretter que les airs se jouent sur une corde unique.—De plus, tout en admirant dans ces vers beaucoup de nobles images et de rythmes harmonieux, on ne peut s'empêcher d'y noter un abus excessif du remplissage, une quantité énorme de longueurs et d'à-peu-près, un mépris étonnant de ce qui constitue le trait, la ciselure.Cela leur donne des allures d'ébauches, de premières épreuves.On a beau les fouiller, on n'y découvre presque nulle part le fini, la perfection, la beauté complète qui satisfait et repose.Telle page qui vous ouvrait des espérances hardies s'évapore dans la nullité; tel morceau vous saisit par une éclatante fanfare et se poursuit en un ronronnement de crécelle ; on s'aventure dans une strophe sur un pavé de marbre: on en sort empêtré dans des monceaux de laine.Heures chastes du soir où le monde a frèmil Une douceur de vivre éperdûment circule; Et lorsque, fatigué, l'homme s'est endormi, Un long souffle de paix sur l'univers ondule.N'est-ce pas que c'est vraiment bien ?Mais pourquoi la voix faiblit-elle si tôt et s'échoue-t-elle sur cette finale: Printemps de l'âge d'or qu'on ne reverra plus.Où les roses versaient l'amour de leurs calicesl Les peuples dwbonheur devenaient des élus Et n entrevoyaient pas de lin à leurs délices.Parfois la négligence est telle qu'on croirait presque à une gageure.Il n'y a certes rien dehugoesquedans cette évocation d'après-déluge: Et Noé, le dernier d'une ère à son déclin.Songeait à l'avenir de sa progéniture; Un souffle prophétique animait sa figure; Rayonnant, il était à l'espérance enclin.Et voici en quels termes Nebuchadnezzar enjoint à ses devins de lui commenter son terrible songe: Si vous me l'expliquez, vos noms, d( par la terre Seront parmi les grands, d'après mes volontés; Mais si vous faillissez à creuser ce mystère Selon mes ordres vous serez décapités.C'est sous cette masse grisâtre que maints éléments de beauté réelle sont noyés, engloutis, au point de ne pouvoir, comme l'Atlantide, Te soulever, 6 flot qui sur moi C amoncellesl Quel dommage qu'ils n'aient pas été resserrés, réunis, et tout le reste abandonné à l'onde! Chose étrange, dans ce livre aux proportions vastes, ce qui me plaît le mieux, ce sont les pièces très courtes groupées sous le titre d'Allégories, où l'auteur, délaissant les efforts épiques, crayonne de menus pastels d'un trait léger et d'une mélancolie discrète.Dans Innocence, entre autres, son sens de la nature trouve pour s'épancher de /raîches images, des mots colorés et gracieux: La Nature sourit, lascives sont les fleurs.Tout s'éveille, les paons, les colombes, les cygnes; C'est le triomphe ardent de toutes Us couleurs; Des chants montent du sol à la gloire des vignes.0 doux frémisse menti O bonheur de sentir La vibrante jeunesse errer dans la lumièrel Pur éclat du regard ?ui ne saurait mentirl Innocence de l'Ame en sa beauté premièrel Les matins refleuris étalent leur pudeur; L'air fraîchit, les poumons s'enflent, forts et vivaces.La terre jeune encore émane la candeur Et des parfums d'encens montent vers les espaces.Les ruches regorgeant de miel sont en *reil.Les fruits sans se faner enluminent la branche.Et, tout joyeux de boire aux ratons du soleil.Le cœur est entr'ouvert comme une roce li'anche.L'énoncé ici est presque sans tache; cela éveille une vision, un mode sensitif : c'est de la poésie.Je donnerais pour ces quatrains tous les discours solennels et démesurés que l'auteur préface à ses divers Ages.Au fond, M.Charbonneau errerait-il hors de sa voie?Serait-il un idyllique de tempérament égaré dans les ronces de l'épopée?On le croirait presque à ces exemples, et l'on voudrait qu'au lieu de hantif es héroïques il n'eût eu que des rêves de primevères et de lilas.Tel qu'il se montre en sa nouvelle œuvre, on pourrait en tout cas le définir : un esprit élevé qui a de la poésie toute l'âme, mais qui n'en rayonne pas toujours la splendeur externe; dont l'art aurait besoin d'acquérir la clarté précise, l'ordre architectural, la pureté plastique, l'expression en un mot, en ce qu'elle a de complet et de parfait.LOUIS DANTIN. 12 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 Dion, le Sauveur des ruines historiques Je Chambly Les Monuments Historiques -P.r MADELEINE - Nos Monuments Historiques seront dorénavant confies à une Commission Fédérale qui se chargera de veiller à leur conservation.Cette décision nous semble de celles qui doivent être hautement louées.Nos vieux souvenirs seront ainsi mieux surveillés et par des commissaires, dont le goût pour les choses de l'Histoire a dû être éprouvé avant d'arriver [à l'honneur d'être désignés à cette tâche nationale.Nous aurions aimé voir figurer parmi les conservateurs les noms de MM.^Victor Morin, Lightbatlet Marius Barbeau, dont la science en matière historique est admirablement secondée par un dévouement absolu^à la conservation des vestiges de notre passé.Le vieux Fort de Chambly tombe donc sous la direction de cette Commission.Ce cher vieux Fort que Dion, cet enthousiaste savant, ce] vigilantj ami de nos souvenirs les plus précieux sauva de la ruine, par une action soutenue comportant le sacrifice de sa vie et de sa liberté.Et ce vieux Fort, comme Dion l'aimait.Il en connaissait toutes leB pierres, et il semblait qu'aucune d'elles ne fut restée muette pour ce vieil ami.Il avait réuni dans l'enceinte du vieux fort qui, alors croulait, toute une collection de papiers et d'objets unie à l'histoire des murs qui avaient résisté héroiquement| pour la défense de la vie française au Canada, et il 6e plaisait à nouB montrer ces trésors, aux heures où nous descendions vers le charmant solitaire qui sut aimer l'histoire canadienne, et les ruines d'un règne expiré et regretté.Le nouveau Conservateur du Fort de Chambly, M.L.J.Blanchet secondé par sa compagne intelligente et cultivée perpétue la succession de Dion.Il sait faire comprendre le Fort et le faire aimer.Tous les ans, il y attire une foule désireuse de saluer ces ruines d'un passé toujours cher.Nous espérons fermementque la commission qui veille à la conservation de nos Monuments historiques témoignera les plus grands égards envers ce souvenir sublime et passionnant, ce souvenir qui raconte, drapé dans sa vieillesse et sa fierté, une histoire qui'fut belle comme une épopée.Le deux fort de Chambly, tel qu'il apparail aujourd'hui aux visiteurs émus par les souvenirs qu'il évoque. -Xi-'.A la mémoire des Canadiens-français morts pour la France Ce jour-là, l'hôpital narguait la mort jalouse.On avit apporté les lits sur la pelouse, Et, sous les grands tilleuls d'où neigeaient des parfums, Les blessés regardaient les frelons importuns Qui faisaient des looping dans les roses trémières.Des amputés passaient au bras des infirmières Avec au front l'orgueil de ce jour sans pareil.Soudain, le vaguemestre appela:— Beausoleill —C'est moi, fit doucement en levant sa béquille, Un petit gars normand rose comme une fille.—C'est un colis pour vous.On lui lendit l'envoi, Mais quelqu'un protesta:—Beausoleil, mais c'est moi\ C'était un grand gaillard à la mine robuste Qui portait le veston du Tommy.—Jean-Auguste, Reprit le vaguemestre en montrant le colis.—C'est pour moi, firent-ils tous les deux, ébahis.Exprimant sa stupeur par de la pantomine, Le poilu regardait son étrange homonyme.—Donnez-lui le paquet, dit l'autre, s'il y tient] —Pas du tout, je le veux, oui, mais s'il m'appartient.—Je vais mettre au bureau le colis sous séquestre, Débrouillez-vous les gars conclut le vaguemestre.Le Tommy ne semblait pas surpris autrement, L'incident au contraire, agaçait le Normand: —Voyons, tirons au clair cette similitude?Je suis le Beausoleil blessé devant Dixmude, Un shrapnel dans la hanche, et vous ?—C'est inouï, C'est à Dixmude aussi qu'un soir, évanoui, Je fus laissé pour mort, un éclat dans l'épaule.—Si ce n'était l'éclal je dirais que c'est drôle Reprit le gars normand.Etes-vous de Bolbec ?—Non, je suis Canadien: Beausoleil, de Québec.» —Dans ce cas, laissez-moi mes colis et mes lettres, D'ailleurs, en Normandie, on sait que mes ancêtres Servaient de père en fils dans la flotte du roi Et que le Beausoleil, le vrai, le seul, c'est moi Je n'ai ni frère ni cousin, ma mère est veuve, Bref, je suis le dernier de ma race., la preuvel Et sur son scapulaire il montra, goguenard, Une médaille avec le profil de Jean Bart.—Je la porte toujours, dit-il, sur ma peau nue, Et, pour savoir comment elle m'est parvenue, Lisez ces quelques mots gravés dans le vermeil: "Jean Bart à ses amis les frères Beausoleil." Alors le Canadien devint pâle, puis blême.—Ah ! torieu de terrien cria A-il.J'ai la mêmel Jean Bart en décora ton grand oncle, jadis; Comme les tiens, les miens l'eurent de père en fils: Je la tiens du sergent Beausoleil, Pierre-Etienne Compagnon de Montcalm en terre canadienne.Puis attirant l'enfant qu'il serra sur son cœur: —Tu n 'as plus de cousin disais-tu ?Quelle erreur.Au bord du Saint-Laurent j'en connais des centaines Et nous avons partout des pommiers dans les plaines.On fait du sarrazin, du blé, du cidre doux Et nous chantons toujours les chansons de chez^nousl Et sur les bords des lacs que l'érable décore, Chaque maison possède un drapeau tricolore I Et, dans chaque village, un coq sur le clocherl Quand tu viendras, petit.Ça te fera loucher.Enfin, les Beausoleil en ont fait de l'outrage.La foi, l'amour, l'orgueil ont trempé leur courage: La France, au Canada, les avait oubliés, Tes cousins, à l'exil ne se sont pas plies.Ils se sont fait, tout seuls, une France nouvelle, Et.voyant le Kaiser abîmer leur modèle, Les coqs de nos clochers ont sonné le réveil Et ils sont revenus, cousin, les Beausoleil I LUCIEN BOYER.\ Les Sports d'hiotr au Canada. 14 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 L@llr®s do Franoe Par JEAN VAIDKEI IL Il 11 II II |ll lllll^^ Paris, le Jour des Morts, 1921." Le Nouveau Culte,"—sous ce titre mystérieux, mais d'ailleurs inexact, un journal parisien informait hier ses lecteurs que le Président de la République et Madame Millerand s'étaient rendus la veille à l'Arc de Triomohe sur la tombe du Soldat inconnu, et que là ils avaient déposé une palme et une gerbe de fleurs.Le fait est authentique.Il n'a rien d'étonnant.Ce n'est qu'un anneau de plus dans la longue chaîne d'hommages rendus, depuis un an, à ce glorieux Mort qui représente aux yeux de la France tous ceux-là (hélas! ils sont légion) qu'un destin rigoureux a condamnés à une sépulture anonyme.Le fait est vrai; et il est vrai aussi qu'il est la manifestation d'un culte, d'un culte où communie la piété de la France entière dans un élan d'amour, de foi, d'admiration, de pitié, de reconnaissance attendrie.Mais ce culte n'est "nouveau" que dans sa forme particulière, que dans son objet spécial : ce Mort unique, choisi Comme représentant et symbole d'un nombre infini d'autres morts.Par contre, rien n'est moins nouveau, dans l'âme éternelle de la France, que la piété pour les défunts.Qui donc a osé dire que les Français sont oublieux, et que les "Morts vont vite" ?Y a-t-il, au contraire, un peuple plus unanime, plus ardent, plus constant, dans sa piété aux morts?Sans parler de ces " centenaires " dont la mode s'est répandue dans le monde entier mais a pris naissance en France, ni de ces pèlerinages annuels aux maisons ou aux tombes illustrées par un grand défunt, ici la rue, la rue toute seule, nous offre chaque jour de multiples témoignages de cette "religion" si française.Une des premières surprises de l'étranger qui vient en France, — et ça été mon cas, je l'avoue, — c'est de voir, dans les rues, en tout temps et toute saison, ce nombre prodigieux de personnes en deuil.• Tous ceux de mes lecteurs qui sont venus en France peuvent en témoigner comme moi.Oui, je sais, il y a eu la guerre, et les Français, pris à part, ont payé à la Mort un tribut effroyable.Mais il va y avoir trois ans que la guerre a pris fin.Et d'ailleurs que de deuils, ici comme partout, sont dûs à d'autres causes! Quelle que soit leur origine pourquoi faut-il qu'ils durent en France, dans cette France " oublieuse," plus que partout ailleurs?.-.Et, croyez-le bien, ces deuils ne sont pas seulement affaire de costume.Je sais, pour ma part, plus d'une famille française qui, depuis nombre d'années, ne met pas les pieds au théâtre ni dans aucun heu de plaisir: c'est par fidélité à une douleur déjà ancienne, c'est par tendresse et respect pour quelque disparu, contre lequel le temps n'a point prescrit.Il est plus long ici qu'ailleurs à opérer sa prescription.Et sans doute, ici comme partout, il finit par l'emporter.Mais, si je connais bien les Français, la fidélité de leur cœur résiste plus longtemps.L'une des plus touchantes poésies qu'ait jamais inspirées la révolte d'un cœur fidèle contre les attentats du temps, contre sa cruelle adresse à dissoudre nos douleurs, est l'œuvre d'un Français.Peut-être ne connaissez-vous pas ce morceau permettez-moi de vous en citer quelques strophes : L'habitude 1 La tranquille Habitude aux mains silencieuses Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures; Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres.Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses; Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre Désireux de durer pour l'amour qu'ils contiennent, Sentent le besoin cher et dont ils s'entretiennent Devenir ?nalgré eux, moins farouche et plus tendre; Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces, Les insensibles mains de la lente Habitude Resserrent un peu plus l'étrange quiétude Où le mal assoupi se soumet et s'émousse.La douleur s'amoindrit pour de moindres délices; La blessure adoucie et calme se referme; Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme, Se sentenUlentement changés en cicatrices; Et celui qui chérit sa sombre inquiétude, Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute, Plut que tous les tourments et les cris vous redoute, Silencieuses mains de la lente Habitude. 15 février 1922 LA REVUE MODERNE 15 N'est-ce pas le temps, aujourd'hui, Jour des Morts, de relire ces vers et de les méditer ?Que de chers souvenirs, que de tristes pensées ils réveillent en nous! Mais, pour qui réfléchit, aucune sans doute n'est plus affligeante que le sentiment de leur vérité Oui,hélas! nos blessures les plus sensibles sur le coup ne sont trop souvent devenues que de simples cicatrices; notre peine ne s'est que trop vite émoussée, et nos plus farouches chagrins que trop vite apprivoisés.Aujourd'hui, c'est l'heure où jamais de leur rendre, autant que possible, un peu de leur mordant.C'est l'heure de les cultiver, non pour les adoucir, mais pour les faire revivre, pour en sentir à nouveau l'aiguillon, pour communier derechef, par le sang de nos cœurs, avec tous ceux que nous avons le devoir de pleurer.Ces pensées, tout inspirées qu'elles puissent paraître par les beaux vers d'Angellier.n'ont, je le sais, rien de rare.Dans combien de cœurs, par le monde, en ce jour d'hui, Jour des Morts, ne font-elles pas leur travail! L'exilé, qui vous écrit ces lignes, sait bien qu'en pensant, en sentant de la sorte, il vibre à l'unisson de tous les chers Parents qu'il a laissés là-bas; il se les représente, à cette heure, qui se dirigent vers la Montagne pour porter aux tombes sacrées des fleurs et des prières.Si, dans ce grand Paris tumultueux, il pouvait oublier un si poignant anniversaire, tant de mères, tant d'orphelins et tant de veuves qu'il a vues, hier et aujourd'hui, cheminer par les rues, en vêtements noirs, avec des couronnes ou des fleurs, suffiraient à le lui rappeler.Les journaux d'ici nous apprennent que, dans la seule journée d'hier, Jour de la Toussaint, cinq cent mille Parisiens sont allés dans les cimetières porter aux morts l'hommage de leur piété.Cinq cent mille; c'est le total de l'addition des chiffres relevés dans chaque nécropole; le cimetière du Père-Lachaise a reçu, à lui seul, plus de cent mille visiteurs! Chiffres prodigieux, qui ne surprennent d'ailleurs que ceux qui ne connaissent pas les Français, ceux qui ne voient dans Paris que le Capitale du plaisir.Paris, ville aimable s'il en fut, a des ressources merveilleuses pour le sérieux.Une fois ou l'autre, je vous dirai combien l'on y travaille, ou encore comme on y prie.Je ne veux dire aujourd'hui que jusqu'à quel point Paris honore ses morts.En plus de la surprise de rencontrer à chaque pas quelque personne en deuil, c'en est une grande, pour l'étranger, de considérer la rue au passage des convois funèbres.Spectacle saisissant.Non seulement, ici comme partout, ces lugubres processions tiennent le haut du pavé; non seulement, ici comme ailleurs, beaucoup saluent la Mort qui passe; mais ici tous la saluent.Beaucoup de femmes se signent avec piété; les hommes, tous les hommes, jusqu'à ceux de la dernière classe et aux plus empêchés, jusqu'au charretier qui tient ses rênes, jusqu'au "wattman" attentif à son frein, tous saluent, posément, gravement.Tous les rangs, tous les âges, tous les sexes veulent communier ici dans cette religion de la Mort.Cette piété est d'abord, en France, le legs d'une disposition atavique très ancienne.Pour l'historien qui étudie le lointain passé de ce peuple, l'un des traits de son caractère qui se découvrent le plus vite, c'est son respect pour les morts.Pour les temps de sa pré-histoire, la demeure de ses morts est mieux connue de nous que celle des vivants.D'innombrables monuments, en particulier les dolmens, ou "tables de pierre," répandus non seulement dans la Bretagne, mais dans tout l'ouest et dans le centre, attestent ce culte primitif; et leur conservation, à travers des milliers d'années, témoigne d'un respect qui survit.Nulle tradition n'est plus ancrée dans le cœur des Français.Qu'on ne s'étonne donc pas, comme d'une nouveauté, de ce culte unanime au Soldat inconnu: l'Arc de Triomphe, énorme et magnifique, qui recouvre sa cendre, s'assortit, s'assimile, après des centaines de siècles, à ces dolmens primitifs et grossiers par où s'exprimait naïvement la piété des lointains Ancêtres; et ces Ossuaires qui s'élèvent sur les champs de bataille d'hier, à Douaumont par exemple, que sont-ils donc, sinon les "mégalithes" d'aujourd'hui?Legs du lointain passé, la religion française des Morts a aussi des racines profondes par où elle plonge dans le présent, par où elle est tout à fait d'aujourd'hui.Car, si présentement quelque disposition marquée caractérise la France, c'est sa sociabilité, ou, d'un mot plus exact encore, son humanité.Ce sentiment, chez le Français, a cent manières de se traduire; mais la pitié est la meilleure de toutes.Quelle plus belle occasion que la mort pour mettre en œuvre cette sociabilité, cette vertu d'affinité?Ces têtes qui se découvrent, au passage des enterrements, ces bouches qui soudain se taisent, ces regards de la foule qui se font graves et parlants, tout cela dit, à sa manière: "Je respecte votre douleur, j'honore celui que vous pleurez; et davantage encore, tout inconnu qu'il me soit, il ne m'est pas tout à fait étranger; dans la mesure où je le puis, je prends part à votre douleur, et je pleure avec vous." Dans tout Français il y a un homme qui, même sans la connaître, sent et revit spontanément et simplement la belle parole antique: "Homo sum___"—"Je suis homme, et rien d'humain ne m'est étranger." Cette souveraine humanité offense-t-elle en rien la Divinité?En termes plus précis, cette religion des Morts est-elle de nature à contrarier, dans les âmes, à diminuer, si peu que ce soit, la religion du Dieu vivant?Question certes qui, pour un Français croyant, ne se pose même pas, mais qui peut bien, à l'aventure, inquiéter la foi simplette de quelques-uns de nos compatriotes.Ce serait à tort, j'en suis sûr.Nulle Religion n'a plus à gagner que la notre à tout ce qui élève l'homme au-dessus de la terre, à tout ce qui implique pitié, piété, croyance à la survie de l'âme.Un'peuple dévot à ses morts, eût -il perdu la Foi — et je vous dirai quelque jour que la Foi reste merveilleusement vivante et agissante en ce pavs —, a une fenêtre grande ouverte sur les horizons religieux.En France, comme partout ailleurs je suppose, les âmes les plus croyantes sont en même temps les plus fidèles à la piété des morts.Ces deux religions, loin de se contrarier, s'entr'aident.Aussi doit-on bien augurer des destinées morales d'un peuple où jaillissent tant de sources vives, où tant de courants distincts emportent l'âme aux rives de l'Invisible.Ces cinq cent mille Parisiens qui faisaient hier le pèlerinage à la Cité des Morts ne sont pas tous sans doute des croyants, au sens strict du mot, mais tous, même les plus dépourvus de foi, par une fibre au moins de leur cœur restent rivés au Divin.# Pardonnez-moi la pesanteur de cette méditation.J'ai cru qu'il était dtï à la gravité de ce jour de n'être pas frivole.Jamais d'ailleurs je n'ai senti plus qu'aujourd'hui l'amertume de l'exil.S'il est vrai, le mot du poète: "C'est la cendre des Morts qui créa la Patrie," en me souvenant de mes morts, de leurs cendres, hélas! lointaines, j'ai cru m'en rapprocher un peu et, du même coup, me rendre plus voisine, plus présente, plus sensible, ma chère patrie du QuébccJ 1.—Le Chemin des Saisons, par Auguste Angcllier.Cho HiChetth.JEAN VAUDREUIL. L'ALMANACH DU PEUPLE édité par la Maison Beavchemin depuis nombre d'années est sans contredit la publication du genre la plus répandue et la plus populaire non-seulement dans le pays, mais encore à l'étranger où elle apporte tous les détails de la vie canadienne.L'édition de cette année est particulièrement soignée et révèle un grand souci de renseigner les lecteurs et de leur apporter en même temps de la lecture agréable et douce de nos meilleurs conteurs du terroir.Nous félicitons M.Daoust, le directeur-gérant de cette importante maison de livres, et ses collaborateurs, pour le succès sans cesse grandissant de son Al-manach du Peuple et de toutes les œuvres livresques qu'il poursuit au meilleur des intérêts de la littérature canadienne-française.L'HISTOIRE DE L'EGLISE CATHOLIQUE DANS L'OUEST CANADIEN— "Du lac Supérieur au Pacifique" très belle édition de la Maison Granger Frères, 43, Notre-Dame, Ouest, par le R.P.Morrice vient de nous être remise, et nous l'avons parcourue avec l'attention que peut susciter une pareille œuvre.L'auteur a tous les titres au respect et à l'admiration de ses lecteurs, et les lettres de prélats et de prêtres distingués qui ont salué son œuvre, sont nombreuses et des plus élogieuses.Il est difficile d'apprécier à toute sa valeur, dans un cadre restreint, un travail qui a coûté des années de labeur intellectuel, et nécessité des recherches innombrables qui se manifestent par le précis des détails et l'étendue de la documentation Le R.P Morrice a sûrement passé des années de sa vie à perfectionner son ouvrage, et il a réussi à remailler de faits et d'incidents qui le rendent quelquefois touchant au plus haut point.L'histoire religieuse dans l'Ouest canadien, c'est aussi l'histoire de la création à la civilisation de ces immenses pays qui dominent le Canada, c'est encore son histoire politique et nationale, c'est toute sa vie enfin.Et le Père Morrice l'a admirablement fixée, cette vie, dans tous ses détails dont les plus simples touchent parfois au sublime, et, souvent atteignent à l'héroïsme.Le livre est en vente chez l'auteur, Aeenue Provencher, à Saint-Boniface, Man.et chez les éditeurs, la Librairie Oranger, à Montréal LA VIEkDIVINISEE, par l'Abbé Thel-lier de Poncheville, volume in 12, 7 fr.50.(J.de Gigord, éditeur,'' 16, rue Cassette, Paris).Les problèmes les plus graves d'aujourd'hui sont liés au premier de tous les pioblèmes, celui de la nature et de la destinée del'homme.Car toute la civilisation s'organise d'après l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes.En dépit de ses promesses, le matérialisme qui nous limite à la possession des biens de ce monde, conduit nos sociétés à la corruption, à l'anarchie, à la ruine.Au contraire, la conception chrétienne de la vie, en nous élevant jusqu'au partage de l'Etre de Dieu, assure magnifiquement notre grandeur, notre paix, notre prospérité temporelle et notre félicité terrestre elles-mêmes.Autour de cette donnée puissante peut s'ébaucher un ordre moral, familial, social, international, digne de la noblesse divine dont sont marqués les enfants du Père qui est aux cieux.Tel est le thème de ces six grandes conférences.Elles se présentent tout ensemble comme un exposé de l'œuvre centrale du Catholicisme, la divinisation de la vie humaine, et comme une apologétique d'heureuse actuaUté, attirant à la foi par l'évidence de ses bienfaits.LA MACHINE AGRICOLE NATIONALE DE MONTMAGNY vient d'éditer un catalogue de toute première valeur et rédigé dans un français soigné et élégant.Il a fallu certes à l'auteur de cette rédaction, une force de résistance peu commune pour surmonter l'attraction si facile de l'anglicisme, ou plus exactement du mot anglais si familier dans la langue canadienne, quand il s'agit d'exprimer un terme technique.La difficulté a été surmontée dans le catalogue de la Machine Agricole Nationale de Montmagny, et nous ne saurions trop louer cette délicatesse envers la langue française bien assez riche pour nous fournir tous les mots dont nous avons besoin dans les affaires, comme dans le commerce intellectuel.Nous avons reçu de la Corporation des Obligations Municipales de Québec et Montréal un très joli calendrier de bureau en cuivre, et d'une forme aussi pratique que jolie.Nous remercions le Président de cette compagnie, M.René Dupont pour cette aimable attention.Lisons les Cahiers de Turc.En vente chez les bons libraires, à raisen de^25 êoup l'exemplaire.SA MAJESTE L'FMPEBEUR ET ROI.—Par Adolphe Laurain, membre de l'Association des Ecrivains Combattants.Préface de Georges Lecomte, ancien président de la Société des Gens de Lettres.Edition du FLAMBEAU, 8, rue Raffet, Paris.Jlôe Au milieu de toutes les publications auxquelles la guerre a donné naissance, cette œuvre se détache nettement.L'éminent préfacier, M.Georges Lecomte, dit de l'auteur: "M.Adolphe Laurain est un français qui, aimant son pays avec beaucoup de fierté, pour son long passé glorieux, et avec une tendre inquiétude pour l'avenir, ne veut pas que dans sa générosité sans haine et toujours trop prompte à l'illusion, la France oublie les coups dont elle vient d'être meurtrie".Qu'ajouter à une image aussi judicieuse, sinon que cette œuvre littéraire est, en plus, d'une incontestable valeur documentaire.Cet excellent volume que tout Français doit avoir à cœur de lire met en lumière, ainsi qu'aucune œuvre jusqu'à ce jour ne l'a fait, toute la perfidie de la race qui a déchaîné le cataclysme mondial.L'oubli déjà tente de le cacher sous son voile.Adolphe Laurain nous met en garde contre lui, et toute son œuvre nous crie : Souvenez-vous! COURRIER INTIME Jacqueline.—Votre dernière lettre m'a causé une joie très vive, et je vous en remercie bien sincèrement.Pour votre intérieur, je pense que des poteries peintes et quelques coussins judicieusement assortis donneraient un cachet des plus originaux à ce petit coin de boudoir.Vous trouverez ces objets et une foule d'autres tous plus curieux les uns que les autres à la Greenwich Shop, 469 rue Guy où madame Lilian W.Mendelsohn se fera un plaisir de vous les présenter.P.S.—Surtout n'oubliez pas le salon de thé, vous m'en direz des nouvelles.Chonchette. vue Af{nsT|WÉ Des concerts, des beaux, de très populaires, de très artistiques! Nos impresarii font bien leur devoir Le premier en date: Celui de Botrel, notre grand ami Botrel qui, au Saint-Denis, le seize janvier dernier, a dû comprendre quel sentiment de fidélité et d'admiration notre ville si française lui avait gardé.La foule était immense qui alla l'applaudir, la foule émue et aimante que l'on sent avec soi.Ce fut un succès, peut être sans précèdent, et Botrel nous a apporté les émotions patriotiques qui font du bien.Tout son concert fut souligné de vibrants applaudissements, mais nulle pièce ne sut émouvoir comme les "Coqs d'Or" qui nous ont monté jusqu'aux sommets de la plus haute poésie! Botrel, notre doux barde breton parcou-rera tous les centres français du continent.Il y sera accueilli comme un frère bien-aimé, et sa tournée ne fera que grandir le prestige de la France, et que hausser l'admiration que doit inspirer ce peuple magnifique.M.Louis Bourdon mérite nos félicitations.Ajoutons que M.Botrel est chargé d'une mission au Canada par le Ministère des Beaux-Arts, la mission de mieux faire connaître, aimer et rayonner le doux esprit de France.Nul propagandiste ne réussira à la faire mieux aimer' M.Lucien de Gerlor l'accompagne, et détaille la chanson satirique, de façon originale et fort spirituelle.ttîs» .M.Gauvin nous a présenté une artiste de race, Madame Elly Ney qui le mercredi, 17 janvier, dans son concert du Saint^Denis émerveilla l'assistance par la finesse et la qualité de son jeu.Du programme, nous ne dironsrienautre,qu'il fut excellemment exécuté.Nous résumerons l'impression du public choisi réuni pour écouter cette belle artiste, en disant que l'impression d'art ainsi créée ne peut s'effacer.Vraiment, M.Gauvin s'affirme de plus en plus comme un impressario averti, avide de faire de l'éducation, et se bornant, ce qui n'est pas un mince mérite, à mettre les places à des prix raisonnables, et en raison de la valeur des artistes et de l'intérêt qu'ils peuvent susciter.Cela dénote du tact et du goût.—0— Et Lucien Boyer triomphe dans une revue alerte, charmante, amusante, et follement gaie qui attire les foules au Canadien-Français, ce charmant petit théâtre, dernier refuge de l'art dramatique comme de la gaîté française a Montréal.Nous aurons en février ou au début de ma»?, une fête d'art dramatique d'une qualité toute spéciale lorsque les camarades de M.Fernand Dhavrol lui offriront une soirée d'adieu.M.Dhavrol, malade, va rentrer en France, jouir de l'air du pays natal qu'il n'a pas revu depuis 1902.En effet, M.Dhavrol est de chez-nous, et rappelons brièvement sa carrière eanadienne: M.Fernand Dhavrol Engagé à Paris par M.Gonzalve Desaul-niers co-directeur à cette époque du fameux Théâtre des Nouveautés, F.Dhavrol a débuté à Montréal le 15 septembre 1902.A fait deux saisons consécutives aux Nouveautés puis a été engagé comme Directeur Artistique au Théâtre National Français où il est resté pendant plusieurs années.C'est sous sa direction que le Théâtre National devint un véritable Théâtre de haute comédie.N'a jamais quitté Montréal depuis qu'il y a débuté; a obtenu sa naturalisation canadienne depuis déjà plusieurs années et a fait partie de toutes les affaires importantes françaises qui ont existé à Montréal pendant vingt ans dans le domaine artistique.M.Dhavrol interpréta lui-même sur la scène du Monument National, le rôle de "Crémazie" dans l'Adieu du Poète de "Madeleine".Il fut successivement le metteur en scène des " Boules de Neige" de M.Louvigny de Montignv;"Du Drapeau de Carillon" de l'Hon.L.O.David; de "Dollard des Ormeaux" de feu Bourbeau-Rainville, etc., etc.Cet excellent artiste est connu et estimé de tout notre public.Aucun de ses succès n'est oublié; aucun de ses dévouements n'est ignoré.M.Dhavrol a été notre ami comme notre interprète, et nous avons reçu de lui des manifestations trop sincères de sympathie et d'amitié, pour ne pas être émus à l'annonce d'une séparation que les circonstances, nous le souhaitons vivement, ne feront pas définitive.Car à la veille de cette fondation d'un Conservatoire National, nous songeons combien l'expérience et la valeur de M.Dhavrol s'imposeraient dans le choix des professeurs.Distingué et cultivé, d'une tenue parfaite, cet artiste sera un maitre de qualité supérieure, si la santé lui permet de jouer son rôle dans une œuvre de ce genre.Un comité de dames s'est formé pour entourer l'organisation de cette fête offerte à l'un des plus ardents et des plus brillants défenseurs de l'art dramatique français, chez nous, et Madame Israël Tarte a bien voulu accepter la présidence, alors que la Baronne d'Halewyn assumait la charge de secrétaire de ce comité.Ces dames, ferventes de l'art français, rallieront dans leur groupe toutes les femmes d'esprit et de goût qui sentent combien le grand artiste qu'est M.Fernand Dhavrol a bien mérité de la gratitude du public montréalais auquel il a consacré presque vingt ans de sa carrière, de son talent, et auquel, disons-le, il a accordé toute sa généreuse amitié.Les excellents camarades de M.Dhavrol, MM.Lombard, Schauten, Godeau, etc.ont pris l'initiative de cette fête qui va grouper tout le public de Montréal autour des artistes français qui, depuis des années et des années, défendent, et aux prix de quels sacrifices, de travaux inouis et de critiques si souvent injustes, le théâtre français à Montréal.Nous savons que les lecteurs de la Revue Moderne se feront un devoir d'aller, ce soir-là saluer le charmant artiste qui a tant de fois charmé de son art discret, sûr et consciencieux, nos auditoires les plus raffinés.Au début de janvier, sous la direction Bourdon, le concert Jascha Ileifetz a soulevé une grande attention.Un public nombreux et choisi est allé entendre le jeune et brillant violoniste. 18 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 M.Bernard Laberge nous a présenté le jeune violoncelliste français, Marcel Hubert, premier prix du Conservatoire de Paris, et que l'on ne nomme pas en vain un prodige.Marcel Hubert est un musicien extraordinaire, et sa sœur, Mademoiselle Hubert pourrait, comme pianiste tenir, elle aussi, la vedette.Ces deux jeunes gens, tous deux, d'ailleurs, premiers prix du Conservatoire, sont étonnants de génie musical, et leur audition, car nous ne voulons pas les séparer dans notre admiration, nous a procuré une émotion d'art parfaite.Cette audition a eu lieu le jeudi soir au Saint-Denis, comme soirée de gala des Etudiants en droit de l'Université de Montréal, et sous la direction exclusive de M.Bernard Laberge.Nous apprenons que l'impres-sario a abandonné sa recette à l'œuvre du collège français de Gravelbourg, ce qui, certes, mérite des félicitations enthousiastes.—o— En février, Pablo Casais, présenté par M.Bourdon.Succès assuré.Les concerts Vennat donnés aux magasins de musique Bouvier attirent de plus en plus le public amateur de belle musique française,, et nous ne saurions trop louer l'œuvre artistique de ce fervent apôtre de l'art français au Canada, M.Raoul Vennat.—o— Notre brillante pianiste Mademoiselle Victoria Cartier est de retour au pays, ou elle a retrouvé une classe d'élèves avideB de bénéficier de son précieux enseignement.LOUISE CHARPENTIER.Il nous faut une commission de'boxe Depuis longtemps on déplore à Montréal l'absence d'une commission de boxe comme on en voit dans la plupart des états de la république voisine et même dans certaines parties du Canada, à Toronto entr'autres.La métropole canadienne est à la merci d'une bande de pieuvres qui l'enserrent dans leurs tentacules, lui dictent des conditions impossibles et se moquent des citoyens qu'elle prend pour des poires.Les amateurs de pugilat sont las, exaspérés d'un tel état de choses; ils ne veulent plus payer pour avoir des exhibitions ridicules et grotesques.Ils savent, en outre, qu'ils sont dupes les trois quarts du temps, puisqu'il est quasi-certain que la plupart des matchs importants, qu'on annonce de temps à autre, sont des affaires douteuses peut-être arrangées avant qu'elles n'aient lieu.On a reproché ouvertement à plusieurs pugilistes locaux d'avoir livré des combats de boxe ténébreux, qui avaient du louche, et quelques-uns ont la réputation de n'accepter des rencontres qu'avec des adversaires qui se coucheront devant eux au bout de quelques rondes.Nous ne faisons que rééditer les commentaires qui courent la rue, et il est temps que quelqu'un parle haut et ferme.La boxe est un sport captivant et dont la valeur est indiscutable.Il y a quelques années, surtout depuis la guerre, le pugilat a fait une large trouée chez les amateurs locaux; on était habitué à voir de belles exhibitions et on s'en revenait, le soir, au foyer, la plupart du temps satisfait du spectacle auquel on avait été convié.Mais, ces années dernières, depuis deux ou trois ans surtout, un élément douteux s'est insinué dans l'arène; il est servi par des "managers", des entraîneurs à mœurs douteuses et dont la seule présence dans le coin de l'arène, le soir de la bataille, n'est pas précisément une recommanda- tion.Cet élément n'a pas montré ses armes dès le début; cauteleux, rusé et subtil, il a pris du temps avant de montrer sa patte velue; il a préféré faire patte de velours auparavant.Les impressarii eux-mêmes s'y sont laissés attraper et les plus grosses associations ont tombé dans le filet.Mais, le premier moment de délicatesse dissipé, ces voxeurs n'ont pas été scrupuleux du tout; ils ont ouvert leur jeu tout grand, et ils n'ont pas craint, par l'entremise de quelques affidés bénévoles, de transiger avec l'ennemi sur des propositions malhonnêtes et repoussantes.Dans les coulisses de l'arène bien souvent, quelques minutes avant que le timbre n'appelle les combattants, ceux-ci se rencontrent et se vendent au plus haut enchérisseur.Ce que nous disons, nous pouvons l'affirmer partout; notre longue expérience du sport nous a permis d'en apprendre gros et sans nous jeter de bouquets il est juste que nous nous rendions ce témoignage que nous avons su et connu bien des choses repréhensibles qu'une commission de boxe locale aurait impitoyablement supprimées, tandis que leurs auteurs auraient été expulsés pour toujours des cercles sportifs.Ces sinistres farceurs, qui exploitent le bon sens populaire, auraient perdu leurs droits de cité pour toujours et les sportsmen les auraient regardés avec un immense mépris.C'aurait été le pire de leurs châtiments, et combien mérité! Aujourd'hui la plaie s'est agrandie et il n'y a qu'un remède radical susceptible d'en arrêter la progression.Récemment, un échevin, élu aux dernières élections municipales, a annoncé son intention de saisir le conseil de ville de la nécessité d'instituer à Montréal une commission de boxe.(Peut-être même l'a-t-il fait au moment où ces lignes sont écrites).On devrait ériger une statue au citoyen qui prendra l'initiative de ce mouvement si désiré et si désirable.Car cette institution s'impose et immédiatement.Le public va finir par s'éloigner totalement des arènes de boxes, et il aura raison après avoir été si longtemps et si honteusement exploité.Il est d'autres sports, qui ont connu une splendeur exceptionnelle et qui sont tombés en désuétude, sous le mépris du public et les manœuvres louches de certains magnats.La boxe subira un sort identique si l'on ne passe pas sur le champ le fer rouge dans la plaie.Le remède étant indiqué, il reste à savoir qui devra l'appliquer.En d'autres termes, si l'on érige une commission pugilistisque, quels en seront les membres ?Prendra-t-on des capitaines de police qui ne savent rien de la boxe; des "sportsmen" opaques, intransigeants, qui promèneront leurs foudres sur toutes les têtes, les coupables comme les innocentes ?Ira-t-on chercher dans l'oubli quelque vieille barbe, qui n'a pas vu de combats de boxe depuis dix ou quinze ans?Prendra-t-on encore quelques hâbleurs, qui connaissent tout et qu'on voit toujours sur la première rangée de l'amphithéâtre avec un billet bien souvent donné, hâbleurs qu'on démolit bien vite quand on a l'avantage de discuter leurs théories?Il est indéniable que la composition de pareille commission n'est pas une sinécure, et les autorités judiciaires et sportives devraient s'entendre afin de coopérer le plus étroitement possible en vue d'en assurer le succès et la durée permanente.Il restera aussi à déterminer si cette commission aura juridiction sur les boxeurs locaux seulement, ou si elle pourra prononcer son anathème sur les pugilistes qui évolueront dans toute la province et qui pourraient bien se battre ici et prendre les choses aisément ailleurs.Autant de points qu'il faudra régler et sur lesquels nous reviendrons.LUDOR. 1 .da Pacifique Canadien 20 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 MON Arrivée en escadrille;— Premier bombardement.Premier bombardement! Premier vol sur l'ennemi! Certes ,bien qu'il remonte à plusieurs années déjà et que beaucoup d'autres (dont plusieurs bien plus émouvants) lui aient succédé, le souvenir de cette première sortie sur le Boche, est resté gravé dans ma mémoire avec ses moindres détails, en dépit des différents "coups durs"(l) qui ,durant mon temps d'escadrille, ne m'ont pas été ménagés.Après un stage de plusieurs semaines au G.D.E.(2) où je m'efforçais de voler le moins possible(les appareils n'offrant qu'une sécurité tout à fait relative) j'arrivai tout de même à décrocher mon "exeat" avec une mention, je ne dirai pas satisfaisante, mais "médiocre".De cela je me souciais fort peu, l'essentiel était d'entrer dans la "maison" et il ne me restait donc une fois arrivé en escadrille , qu'à essayer de me faire une place.Du Plessis-Belleville je fus envoyé à Cazaux, près d'Arcachon, pour une période de quinze jours, où, pendant ce temps, on devait nous initier aux beautés du tir à la cible.Ce voyage fut très intéressant, le pays que je ne connaissais pas encore est superbe, de plus le stage en lui-même, bien que je ne sois pas un grand amateur de tir, même à la carabine, ne fut pas pour me déplaire.Là, durant ces deux semaines, et après quelques sorties en F.B.A.(3) ou en Far-man (4) sur le lac, au cours desquelles plusieurs milliers de cartouches furent employées à tirer, soit sur des silhouettes flottantes, soit sur des cibles mobiles;on nous fit passer un nouvel examen, où j'arrivai cette fois encore en bonne place, (en commençant par la queue j'entends!).Pourtant c'était fini, le lendemain je quittais Cazaux avec mon ordre de transport pour la V.B.101 escadrille de nuit, se trouvant quelque part sur le front entre Dunkerque et Belfort.J'arrivai un beau matin après de nombreuses péripéties sans importance et des allées et venues variées dans diverses "régulatrices" (5), à Fère en Tardenois sur le coup de 6 heures, ayant passé toute la nuit en chemin de fer, et après un voyage qui, en réalité, avait de Paris seulement, duré 12 heures au lieu de 4.Là, j'appris l'emplacement exact de mon nouveau poste; je laissai mes baggages à la gare et partis à pied pour Beugueux distant de 4 kilomètres.J'y arrivai vers 7 heures et demie.CARNET DE Par MAURICE BILLARD a== Le matin même je fus présenté au Capitaine Laurens (mon nouveau chef) qui, après un léger coup d'oeil inquisiteur sur ma personne, m'accueillit en ces termes: "Ah! c'est vous le lieutenant Billard?— —Oui, mon Capitaine.— —Pourquoi venez-vous ici?—Mais.—Vous avez demandé à venir?—Oui, mon Capitaine.—Vous connaissiez l'escadrille?—J'en ai entendu parler mon Capitaine.—Ah! c'est bien." Et il me tourna les talons! C'était un accueil un peu bref.Je sus, plus tard, que c'était sa bienvenue habituelle à tous les nouveaux arrivants.Les deux ou trois premiers jours furent employés à mon installation, mes nouveaux camarades furent très gentils, et je n'eus qu'à me louer de leur cordialité.C'est là que je rencontrai de L.pour la première fois.J'aurai l'occasion de reparler de lui très souvent plus tard.La première semaine se passa comme dans un rêve, avec de fréquentes visites au "terrain", distant de 800 mètres environ de notre popote.Tout était nouveau pour moi.Pensez un peu, ce n'était plus la vie d'école, où, dès 6 heures du matin jusqu'au coucher du soleil on est sur le champ à examiner des avions, ou bien à réciter des théories, mais, la vraie vie d'escadrille] On se levait vers 9 heures et jusqu'au soir, alors que nous étions censés "travailler", on jouait au bridge, ou bien on se promenait sur le terrain, volant de temps en temps pour essayer un"mou-lin" (6) J'ai dit plus haut: "censés travailler", en effet, car comme nous ne faisions que du bombardement de nuit, notre travail commençait au crépuscule pour se terminer à l'aube, et le jour, par contre, nous nous reposions.Mais, comme pendant ces premiers 8 jours passés à Beugueux, le temps fut on ne peut moins aéronautique, aucune expédition ne fut possible et c'était dommage car à cette époque, avril 1917, époque de notre offensive sur l'Aisne, nous ne pûmes être d'aucune utilité aux troupes d'attaque, à cause de la pluie et de la neige qui ne cessèrent de tomber.Bref, je commençais à me désoler de cette inaction forcée, surtout quand je considérais, au bureau de l'escadrille, les 50 ou 60 bombardements de certains pilotes ou observateurs.Moi qui aurais voulu, tout de suite, sinon m'élever, du moins me sortir un peu de la moyenne, j'étais condamné à prendre VOL patience, ce qui en tout temps m'est assez difficile.Puis un beau jour le temps se nettoya et notre espoir revint.Les avions étaient prêts, archi prêts, cette semaine le répit ayant permis aux mécanos de les reviser de fond en comble.Si, donc, par hasard, le temps se mainte-tenait.peut-être que le soir il pourrait y avoir du sport?L'après midi se passa aux hangars.Vers 17 heures le capitaine prescrivit un premier sondage(l) qui donna un résultat assez médiocre.Le vent qui, au sol, était pour ainsi dire nul, passait subitement à une hauteur de 1500 mètres, de 8 mètres à 22m.à la seconde.Rien à faire pour le départ au crépuscule.A 18 heures nous rentrâmes à la popote, où vers la fin du dîner, il était alors 19hrs., le Capitaine fit demander un i ou\eau sondage dont le résultat fut absolument identique au premier.Des milliers d'étoiles brillaient dans le firmament qui était d'une limpidité de cristal, et à part quelques " départs delà lourde" (2), au loin, le silence était complet.Le Capitaine partit au bureau avec, de Chabanne, son officier de renseignements, et commanda un troisième soudage pour 21 heures.Trois autres camarades et moi entamèrent un bridge, mais j'avoue que ce soir-là le "sans atout" fut sans attrait, et je m'attirai d'amers reproches de mon partenaire à cause de ma distraction.J'étais tellement anxieux de savoir si c'était ce soir que j'allais franchir les lignes!.A 21h.30 de Chabanne revint nous avertir que le départ aurait lieu à 22 heures.J'allais donc, enfin, aller de l'autre côté!.commencer à faire un travail de quelque utilité.Je ne me tenais plus de joie et il me souvient d'avoir vu de légers sourires ironiques errer sur certaines lèvres, lesquels signifiaient sans doute que mon emballement serait de courte durée.Tout le monde disparut en un clin d'oeil.L'un alla s'habiller, l'autre chercher tel ou tel objet, un troisième donner un ordre.etc; comme j'avais, à tout hasard, fait apporter ma combinaison à la popote je fus bien vite prêt.Dix minutes plus tard la voiture nous conduisait au bureau du terrain où les sous-officiers étaient déjà réunis en tenue de vol, carte et crayon en mains, attendant les ordres.Le capitaine, dont la voiture suivait la nôtre, fit son en- (1) "Coup dur" accident de toute nature.(2) G" D.E.groupe des divisions d'entraînement —Ecole— (3) et(4) Type d'avions.(f>) Gare régulatrice.(6) Moteur.(1) Analyse du vent.(2) Artillerie lourde. 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 21 trée et commença à donner les dernières indications: objectif, altitude de bombardement, iténéraire, liste des partants etc.Mon pilote et moi avions le No.7 sur la liste de départ; à 22h.14 nous devions décoller.Aux hangars, où une activité fiévreuse régnait déjà, on s'entendait à peine, tant le bruit des moteurs était assourdissant; dans un coin un feu d'essence donnait aux hommes qui travaillaient autour, des silhouettes fantasmagoriques; plus loin les avions sur le champ, donnaient plutôt l'impression d'une exposition agricole, anb d'une escadrille en ligne de bataille.Ce spectacle si nouveau pour moi était superbe à tous points de vue, et l'activité de chacun ajoutait encore plus d'intéiêt à cette scène d'un réalisme si poignant.A22h.un ronflement plus fort nous fit tourner la tête: c'était l'avion du capitaine qui décollait.A partir de ce moment tout se précipita.Notre tour arriva aussitôt et c'est à peine si j'eus le temps de nous regarder partir, que déjà nous étions à 100 mètres.Je regardais de tous côtés, essayant de me reconnaître, et de trouver un point de repère quelconque, hélas! c'était la nuit noire.Des étoiles en masses, à l'horizon des milliers de petites lumières, et c'était tout.Au bout de 10 minutes, après avoir pris notre hauteur (1500mètres) nous piquâmes vers le Nord où, le pilote me le fit remar- quer, on distinguait, dans le lointain, les lueurs des lignes, des coups de canon et quelques incendies.Je me rappelle aussi, ces deux projecteurs, de Sois-sons et d'Oeuilly qui, semblables à des gigantesques pinceaux, scrutaient le ciel sans, arrêt, ce qui signifiait d'après mon pilote, que "Fritz" lui aussi était en l'air, et qu'il fallait o vrir l'œil!.Hélas je les ouvrais tous les deux, et cela ne me servait pas à grand chose, car, je l'avoue, je n'y voyais : ue du bleu!.Après une heure et demie passée à essayer de distinguer quelque chose et de suivre notre route sur ma carte, mon pilote me prévint que nous allions arriver sur l'objectif, et d'avoir en conséquence à me tenir prêt.J'examinai une dernière fois mon lance bombes, regardai encore une fois ma i arte, et pus distinguer à peine, un coin du bois contre lequel était adossée la petite station qui, ce soir avait l'honneur de notre visite.Au même moment le pilote leva le bras, et instinctivement un peu énervé je l'avoue, je déclanchaiL.L'avio i délesté de sa charge fit un saut brusque, puis un virage assez penché nous ayant fait faire un demi tour complet, nous vîmes alors au sol des gerbes de feu suivies d'une longue trainée de fumée, et ce fut tout!.Le retour fut plus rapide, car ayant le vent dans le dos, nous allions à une vitesse extraordinaire, 2h.Y?après notre départ nous étions de retour au terrain où trois avions se trouvaient déjà.Mes camarades me demandèrent aussitôt comment j'avais trouvé cette petite promenade et ne furent pas peu surpris de m'entendre leur répondre que je n'avais rien remarqué du tout! C'était pourtant la vérité.Pendant cette première sortie et les quatre ou cinq suivantes, il me fut pour ainsi dire impossible de "faire le point'' à aucun moment.Cela ne dura pas, puisqu'après quelques sorties, et l'habitude du vol de nuit, il m'arriva souvent de me diriger plus aisément la nuit que le jour.Tel fut mon premier vol de nuit.Maurice Billard Rectification — Mon article de janvier ayant été remis en retard et n'ayant pu être corrigé à temps, il s'en est suivi une faute initiale dans le titre qui i evait être "Mon entrée dans la 5è.Arme" et non "5è.Armée", ainsi que plusieurs fautes d'orthographe, desquel'es ie ne voudrais pas qu'on me cru capable Je demande donc à mes aimables lectrices et lecteurs, si à l'avenir de telles erreurs se reproduisent, d'être indulgent et de «avoir à quoi s'en tenir.M.B.Choses et Autres HYGIENE Laissez les enfants dormir longte ips.11 résulte de l'enquête faite par une commission suédoise dans les écoles, que les élèves, privés de la ration moyenne de sommeil, sont frappés de maladie beaucoup plus fréquemment que les autres.La moyenne de sommeil nécessaire pour les enfants est la suivante: Pour les enfants de quatre ans, 18 heures; pour les enfants de sept ans, 11 heures; pour les enfants de neuf ans, 10 heures ; pour les enfants de douze a quatorze ans, de 9 à 10 heures; de quatorze à vingt et un ans, de 8 à 9 heures.L'anémie, l'appauvrissement du sang la faiblesse, l'hystérie, sont dus souvent à un sommeil insuffisant.- La malade a la tangua bian chare-ee.— Paa eucore autant que la aara notre Dota.VIEUX DICTONS Qui veut être riche en un an, au bouÇde six mois est pendu.Qui sème les chardons récolte les épines.Les bons livres font les bons clercs.Amasser par saison.Dépenspar raison.Font uno bonne maison.GRAINS DE SAGESSE Lève-toi dès le réveil.Lève-toi vivement, d'une décision prompte.La joie d'être actif est meilleure que la douceur de la paresse.Quel que soit ton métier, exerce-le pour le mieux.C'est la meilleure façon de servir ta patrie et le monde.PENSEES SAUVAGES Cueilli sur le?tablettes d'un négociant: "Les affaires ne sont vraiment fatigantes.que quanti on n'en fait pas!" MAXIMES H faut toujours laisser s'écouler la nuit sur l'injure de la veille.Napoléon 1er.Vous serez indulgent pour les fautes d'autrui, en pensant à vos propres fautes.L'économie est la source de l'indépendance et de la liberté.Emile Souvestre.Lm lioa — EiM-veua célibataire?La Pnavairu.— Nod, mm daa loia, c'eat J qua eoooaieur la fofe aurait «ne fille A marier?PAGES D'ALBUM Dans la création il y a dix choses plus fortes les unes que les autres: les montagnes; le fer qui les aplanit; le feu qui fond le fer; l'eau qui éteint le feu; les nuages qui absorbent l'eau; le vent qui chasse les nuages; l'homme qui brave le vent; l'ivresse qui étourdit l'nomme; le sommeil qui dissipe l'ivresse; le chagrin qui détruit le sommeil.Mahomet qui disait cela.n'apas parlé de la mort qui tue le chagrin.Arsène Houssaye.LE JEU DU HASARD —Le mariage est une loterie ,ma chérie I —Pas tout à fait.A la loterie, vous prenez un billet, et si vous perdez vous n'avez qu'à le déchirer, tandis que le billet du mariage. 22 LA REVUE MODERNE 15 février 1922.La folle histoire de Fridoline Par Guy Chantepleure I Castelgentil, 5 octobre 190.Ce matin, j'ai remis à Mme Armande Gloriette les trois chapitres que je venais de copier et par lesquels se termine la seconde partie de Suave Amour.Mme Armande Gloriette — Amaury de Rochetorte pour les lecteurs du "Jardin des Modes" — n'a jeté qu'un coup d'œil distrait sur les belles feuilles blanches nouées de rubans mauves où s'allongeait en pointes élégantes, ma svelte calligraphie de secrétaire féminin, et, comme je m'informais des pages suivantes, elle a dit: — Nous en resterons là pour l'instant, Fridoline.De graves soucis m'occupent l'esprit et j'ai des lettres à écrire, des lettres tout à fait personnelles.Il m'a semblé discerner sur le visage Claude Mme Gloriette ce certain air mystérieux des gens qui portent de grands secrets et brûlent qu'on les leur arrache.Mais je ne me sentais pas assez sûre de ma perspicacité psychologique et de ses diagnostics pour poser à l'aventure une question qui eût pu paraître indélicate, au cas où elle n'eût pas été souhaitée.Si bien que, par discrétion — et peut-être aussi par malice— je n'ai rien demandé.Les "graves soucis" qui voilaient d une petite brume de rêve les yeux bleus d'Amaury de Rochetorte n'avaient pas détourné Mme Armande Gloriette du soin de se coiffer et de se vêtir à son avantage.— Comment trouvez-vous ma robe neuve, Dol?interrogea Mme Gloriette.— Exquise, vraiment! Cette nuance d'aurore est la plus douce que j'aie vue jamaii Vous avez l'air, madame, d'une grande belle fleur, ou d'un fantastique bonbon fondant,.je ne sais pas au juste.On pense à un parfum de rose, et à un goût de glace à la fraise.Elle se mit à rire.— Vous avez, chère Dol, une manière à vous de dire les choses! M:ii le complément ne lui avait pas déplu.Elle le savait sincère.Mme Gloriette est fort jolie.Et elle est grande, et elle est blonde, deux titres for DES HOPITAUX DE PARIS Médecin de service a l'Hôpital St-Jcan-de-Dicu 195, Rue Bcrri - Montréal Téléphone EST 3827 Consultations de 2 * 4 et 7 a 8 hrs P.M mels à mon admiration la plus ingénue! Je suis petite et je suis rousse: si petite qu'en me caressant de cette mignarde appellation de Dol, diminutif très français de mon nom de Fridoline, Mme Armande qui sait l'anglais, pense "doll" et du sourire, traduit "poupée".si rousse que la plus affable indulgence ne peut se résoudre a m'accorder les circonstances atténuantes du "blond ardent" ou même du "blond vénitien." — Quel dommage! soupire quelquefois Mme Gloriette qui me traite en amie.Moins rousse et plus grande, vous seriez tout à fait gentille, Dol ! Et son regard d'affectueuse compassion exprime ce que " te chêne, un jour dit au roseau": "La nature envers vous me semble bien injuste]" De temps à autre, il arrive que ses lèvres ajoutent, en manière de consolation peut-être: — Mon collier de perles d'or vous ferait une ceinture, Dol, et vos pieds se reposeraient à l'aise dans la légendaire pantoufle de verre.C'est une chose étrange que vous ayez les yeux bruns avec ces cheveux couleur de marrons d'Inde, et que vous n'ayez pas de taches de son! Mais, absorbée par ses "graves soucis," et sa folle toilette, Mme Gloriette, aujourd'hui, n'a pas arrêté son attention sur mon insignifiante personne.D'une main languissante, elle m'a rendu le manuscrit aux rubans mauves et a conclu: — Disposez de votre journée, Fridoline.Ma journée m'appartient donc.Qu'en ferai-je ?Il y a l'ourlet de ma robe à raies bleues que je dois recoudre.Il y a encore le Jarrlin de l Infante, ce volume de vers que je veux lire: "Mon âme est une infante en rohe de ¦parade." Et ce vieux Noël du XVe siècle que je veux chanter: " Va, mon ami, va, la lune s'éveille, va, mon ami, va, la lune s'en va." Je pourrais aussi, malgré la pluie fine que je ne crains guère, faire une visite à mes amis les chrysanthèmes et renouveler les bouquets du salon.Je pourrais encore passer mon après midi dans la "Tour du Chevalier" et, avec l'intention louable d y achever le classement des vieux livres du coffre,de fer, admirer des yeux et des doigts les belles reliures, m'amuser des enluminures et des vignettes, jusqu'au soir tombant.Entre tant de soins divers, mon caprice a hésité.Et me voici devant une table, laissant courir sur les pages vierges, cette plume que rien ne m'obligeait à manier aujourd'hui.C'est que j'ai envie de parler, et que je suis toute seule.J'ai gagné ma retraite favorite, cette drôle de chambrette tout en haut de la " Tour du Chevalier," où Mme Armande a permis que j'installasse ma table, mes livres, mes choses préférées.Ma petite retraite est simple comme une cellule.La "Tour du Chevalier" ayant servi de cellier et de buanderie aux propriétaires qui précédèrent Mme Gloriette à Castelgentil, mes murs n'offrent à la lumière que l'humble blancheur de la chaux, mais je les ai décorés d'un lambeau de tapisserie à personnages magnifiques, de quelques naïves gravures anciennes dont Mme Armande ne se souciait pas et d'une bizarre panoplie faite avec de vieilles petites ombrelles, précieuses et flétries, découvertes par moi en une armoire, du grenier.Une tahle de chêne sombre supporte mon atti rail d'écriveuse; sur un petit bahut de paysan, sculpté grossièrement et comme inachevé, un grand vase de Limoges, un peu ébréché, reçoit les fleurs de la saison.La " Tour du Chevalier," seul et pauvre débris du château où se succédèrent jadis les seigneurs de Bergère, n'est plus qu'une infime dépendance du très moderne Castelgentil.A l'époque de la Révolution, elle était déjà fort déchue.Le chevalier Hugues de Bergère, dernier du nom, y vivait chichement, consacrant tout son temps et les épaves de sa fortune à la recherche et à l'achat de livres rares qu'il aimait en maniaque.Avant d'émigrer, il scella dans un coffre de fonte les plus belles pièces de sa collection et les enterra mystérieusement comme un trésor.Il pensait revenir bientôt, mais il ne revint jamais et mourut en Allemagne.Le printemps dernier, des ouvriers qui travaillaient dans le jardin de Castelgentil et creusaient profondément le sol pour construire une glacière, découvrirent un coffre énorme et tout rouillé.C'était le trésor du chevalier Hugues! Mme Armande l'a fait déposer au rez-de-chaussée de la Tour, dans la pièce qu'on nomme la bibliothèque et où, d'ailleurs, il n'y a pas beaucoup de livres.En été, souvent, nous allons nous réfugier là, goûtant la fraîcheur délicieuse des vieux murs.Dans t'fttre de la cheminée à hotte où saille encore de la pierre usée le blason des Bergère, Mme Gloriette, par amour de la couleur locale, a placé son rouet, un rouet qui lui vient de Tiphaine, sa nourrice, mais elle ne sait pas filer.Moi, j'ai voulu apprendre, Tiphaine m'a appris.Et je sais! C'est charmant' Quand je m'ennuie, le vieux rouet me ronronne des contes et des chansons que nul ne connaît.Au bas du jardin, là où la Loirette coule, le feuillage des peupliers brode le voile gris d'un peu d'or.Près du petit castel de brique rose, fier de ses tourelles comme Chenonceaux et de ses lanternes comme Chambord, des hêtres pourpres, que l'automne a roussis, ont la couleur de mes cheveux.Dans les massifs, les chrysanthèmes s'échevèlent.Il y en a de jaunes, de violets, de crèmes.Pour s'harmoniser aux arbres d'automne, les fleurs sont belles et somptueuses.La nature n'a pas de plus brillante palette qu'en octobre, un coin de jardin ou de bois.J'aime l'automne, magnifique et délicat, riche de couleurs, de saveurs et de parfums! Il ne m'inspire pas de mélancolie.Le dé- 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 23 clin passager des choses n'est triste, je pense, qu'aux personnes vieillissantes; il leur rappelle qu'irrémédiable et sans retour, est le déclin des êtres.Moi, je suis jeune.J'aimo l'automne, même quand il pleut.Et j'aime la vie! Ce n'est pas cependant qu'elle m'ait beaucoup comblée.Mes yeux n'étaient pas encore ouverts à la lumière du jour qui m'enchante aujourd'hui comme un privilège, que, déjà, j'étais une petite orpheline très pauvre.Mon père, le capitaine Deslys, trop confiant et ruiné par de faux amis, est mort d'une embolie, deux mois avant ma naissance; ma mère s'est éteinte de faiblesse, d'épuisement au moment même où je naissais.Une bonne marraine, choisie par mes parents, m'a recueillie et élevée.C'est elle qui m'a donné mon étrange nom de " Fridoline." Il la séduisait puérilement à cause d'un conte de fées qu'elle avait beaucoup aimé lorsqu'elle était très petite et dont, chose bizarre, elle ne se rappelait guère que cela.Je ne crois vraiment point que la "Légende Dorée" parle d'une sainte Fridoline, mais, sans doute, dans un vieux livre, je ne sais où, une fée.une princesse ou une bergère — de celles qui épousent des rois — porte-t-elle ce nom précieux et drôlet.Ma marraine habitait à Paris, dans le quartier du Luxembourg, une maison très haute dont les fenêtres prennent jour sur un jardin paisible.Elle n'était pas riche, mais une petite rente viagère lui assurait le nécessaire et quelque chose de plus.Près d'elle, je fus calme et gaie.Elle m'apprit à prier et à aimer le bien, à faire la charité, à ne pas désirer l'impossible.Mlle Quenouillet, une maîtresse de pension qui demeurait dans la même rue que ma marraine, accepta la tâche ardue de m'instruire et y apporta tous ses soins, mais je lui fis peu d'honneur.J'étais vive et joyeuse et les livres m'ennuyaient.Quand Mlle Quenouillet s'efforçait de prendre, pour me reprocher mon indiscipline, des yeux graves et une voix sévère, je la fiasais rire d'un mot et l'apaisais d'un baiser.Maintenant, tout ce passé me parait lointain! Comme mes parents, ma bonne marraine est morte.Avant de quitter ce monde, elle m'a confiée et fiancée à son neveu, Louis Niquet, mon ami d'enfance, en partageant entre nous deux sa "tirelire" — la petite somme que, par un miracle d économie, elle avait mise de côté pour notre établissement.J'avais alors seize ans, j'en ai dix-huit.Louis Niquet — Loulou comme on dit toujours — a fini son temps de régiment, puis il a trouvé un emploi à Tours, dans une grande maison de commerce.Moi, j'ai accepté le gagne-pain qui m'était offert et je suis devenue la secrétaire de Mme Ar-mande Gloriette qui, très seule depuis la mort de sou mari, l'avocat Gloriette, vit à la campagne en châtelaine et qui, se piquant de littérature, écrit des romans pour se distraire.Lorsque la position de Loulou sera meilleure.— au début de l'an prochain je pense, car Loulou réussit ayant, paraît-il, le commerce dans l'âme — nous nous marierons.Et sans doute serons-nous heureux.J'attends l'avenir avec confiance, étant, comme ma bonne marraine, gaie par nature, prompte à la joie, habile à savourer a défaut d'un grand bonheur quantité de petites délices, et à illustrer do jolies images colorées, les textes les plus moroses.J'écris, j'écris.Et la pluie tombe tou- jours.Elle tinte contre les vitres.Quand on prête l'oreille, on entend aussi la Loirette qui, grossie par l'eau du ciel, enfle sa voix.La Loirette est une toute petite Loire, comme Castelgentil est un tout petit château.lia Loirette et Castelgentil font songer à de jolis joujoux.Et sans doute l'une fut-elle créée et l'autre construit pour plaire à Mme Gloriette qui, toujours, paraît arranger la vie comme un jeu, dans les fictions qu'elle imagine et dans la réalité des jours.Sa préoccupation capitale est de ressembler au personnage qu'elle veut être et de remplir avec grâce le rôle qu'elle s'est attribué, celui d'une châtelaine lettrée, d'une intellectuelle élégante, d'une rêveuse délicate et solitaire.Ses ambitions sont modestes et rayonnent autour du clocher de Bergère sanssouhaiter un autre centre.Etje la jolie gloire de Bergère-sur-Loirette, Mme Armande n'en demande pas plus.Je ne l'ai jamais vue ni soucieuse, ni grave.Quels peuvent bien être ses "graves soucis" 7 J'écris, j'écris! C'est amusant d'écrire à l'aventure comme on parlerait à quelque vieille amie complaisante.Ainsi sans y songer, j'en suis venue à conter ma simple histoire."La simple histoire de Fridoline'' ! Ce titre ingénu, je le moule en belle ronde à la première page du cahier où j'ai griffonné tout le jour.Mais je n'ai que dix-huit ans.L'histoire de Fridolone n'est pas finie.Elle a encore pour moi tout l'intérêt de celles que, de semaine en semaine, on lit dans les revues ou les magazines et dont on ne peut savoir la fin.C'est la vie qui dit: "la suite à la semaine prochaine." Cette suite, l'écrirai-je désormais, au hasard des jours et en guise de passe-temps, comme Mme Gloriette ajoute des chapitres à Suave A mour ?Peut-être! Mon histoire sera très ennuyeuse, elle manquera de romanesque, elle manquera d'imprévu.Mais qu'importe après tout, puisque personne jamais ne la lira.II Castelgentil, 8 octobre.Mme Gloriette a fait des visites à Bergère et aux alentours.Je l'accompagnais.Un événement défraye toutes les conversations.La Comédie-Française va donner au théâtre de Tours une représentation du Jeu de V Amour et du hasard.A propos de cette solennité, Mme Gloriette a disserté finement sur Marivaux et sa psychologie; à propos de je ne sais quoi, elle a parlé avec autorité de Schopenhauer et de Nietzsche que, très certainement, elle n'a jamais lus.Ses jo'is discours m'émerveillent.Aveo quelques souvenirs d'un volume parcouru la veille ou deux phrases d'un article entrevu le matin, elle im2rovise une petite conférence.Mme Gloriette a satisfait aux exigences de sa réputation d'intellectuelle, mais elle oublie Suave Amour qui, depuis trois jours, ne s'est pas enrichi d'une page.En quelle navrante posture, cependant, elle a dû abandonner Mlle de Pontchevreuil, son héroine! Perdue dans l'esprit du chevaleresque marquis de Blancimier par les indignes calomnies de la perfide Mme de Mauvoisin, la douce et tendre Yolande de Pontchevreuil veut mourir.Elle s'est enfuie au bout du parc et, couchée dans la neige, elle attend le repos éternel.Mme Gloriette me confie son plan, ses intentions qui, quelquefois, hésitent entre telle ou telle péripétie, et nous en discutons, arrivant à nous entretenir de ces personnages imaginés comme d'êtres bien réels que nous aurions connus, quoique, en vérité, nous nous plaisions à leur attribuer les aventures les moins vraisemblables.Tout à l'heure je me suis anxieusement informée du sort de Mlle de Pontchevreui;.— Madame, songez qu'elle gît dans la neige, n'en avez-vous point souci ?Est-ce Hervé de Blancimier qui va la trouver là ?— Non pas, c'est le baron Israël.J'attendais plus de détails et j'annonçais' mon espoir d'en savoir davantage.Mais, si volontiers prolixe d'ordinaire sur le chapitre de ses travaux, Mme Gloriette en demeura là.— Laissons, dit-elle, ces inventions vaines.J'en suis, par moments, excédée, Fridoline.Elles sont aussi impuissantes à remplir le vide profond de mon existence qu'à tromper la solitude de mon cœur.Et parfois, je me sens triste à mourir.Pourtant, je n'ai que vingt-cinq ans! J'ai compris le mot que Mme Gloriette voulait de moi.Il eût été cruel de le lui faire désirer plus longtemps.— Jeune et belle comme vous voilà, il faut vous remarier, madame.Ainsi, vous ne serez plus ni triste, ni ^eule.Mme Gloriette a soupiré.— Qui sait?Dol, ma chère.Dieu m'est témoin que j'ai pleuré M.Gloriette, le meilleur des hommes! Cependant, que de fois j ai oonnu, à ses côtés, cette vague impression de détresse dont je souffre aujourd'hui.M.Gloriette m'aima, Fridoline, mais c'était un esprit positif qui ne vibrait pas.M.Gloriette m'aima et ne me comprit jamais! — C'est, sans doute, madame, qu'inconsciemment, vous reprochiez au pauvre M.Gloriette de ne pas ressembler aux héros de romans qui hantaient déjà votre imagination, à l'explorateur Champlion de Songe UN GRAND POINT D'ELEGANCE C'EST D'ÊTRE BIEN CHAUSSÉ Notre assortiment de Chaussures est de grand chic, comme toujours de 1ère qualité.Mesdames, messieurs, voua êtes cordialement invites à venir faire votre choix.Thomas Dussault Limitée 281 Est S.-Catherine, Montréal. 24 LA REVUE MODERNE 15 février 1922 hêroiave ou à Hervé de Blaneiraier de Suave Amour.Mme Oloriette sourit.— Non, fit-elle, l'homme que je pourrais aimer serait un homme de pensée.un ami de l'étude.et du Réve! S'adoucissant jusqu'à la suavité, le sourire do Mme Gloriette songea.et son visage fut mystérieux.Le moment ne me parut pas encore venu de hasarder une question discrète et d'ouvrir la porte joyeuse des confidenceô à ses "graves soucis." Serait-ce l'histoire de Mme Armande Oloriette — et non pas celle de Eridoline Deslys—qve je vais avoir à conter?Castelgentil, 10 octobre.Ce sera l'histoire de Mme Gloriette! Le soleil est revenu.Nous avons cueilli de roses, les dernières de la saisan.Octobre est si doux qu'après déjeuner, nous nous asseyons sur la terrasse qui surplombe le jardin d a=sez haut pour laisser voir, au bas de la ponte, sous les saules gris, le miroir clair de la Loirette.Rosinette — la sœur de lait de Mme Gloriette, devenue sa femme de chambre, tandis que Tiphaine, sa nourrice, passait au royaume étincelant des casseroles — apporte le café servi dans des tasses minuscules de porcelaine anglaise.Nous devisons à l'aventure.L'heure est calme et charmante.Je ne pense pas que Mme Gloriette soit très bonne, bonne par nature et jusqu'au fond du cœur, mais elle n'est certainement pas méchante.Elle est aimable et facile à vivre.Son égoisme a beaucoup de grâce, sa vanité toute simple est exempte de mauvais orgueil.Mme Gloriette est habituée à mes défauts.Elle apprécie ma belle écriture et ma bonne humeur.Je me sens utile à son bien-être.Je lui veux du bien, elle ne me veut pas de mal.Nos relations de secrétaire et de "patronne" sont les meilleures et les plus agréables du monde.Aujourd'hui, sur la terrasse ensoleillée, Mme Armande a rôvé longtemps, une rose à la main, et, sans doute, n'entendait-elle qu'en sourdine et comme un vague accompagnement, le vieil air que je chantais: // était un oiseau gris Comme une souris.Au refrain pourtant, elle tressaillit.— Aimez, aimez-moi, mon petit roi, Aimez, aimez-moi, monpetit roi, Donne moi ta joi, mon cœur est à toil — Dolly, fit soudain la voix noncha- 9 a.m.» 5 h.va.p.m.7 » • heures p.m.Dr.ARTHUR BEAUCHAMP CHIRURGIEN-DENTISTE 5 2 9 RUE S.- DEN IS Tél.Bell E*t 3549 lante, je vous ai parlé bien souvent de Mme Margihus, de ma bonne Simplicie, la plus fidèle et la plus chère de mes amies de pension.Ma réponse fut plutôt évasive, car, à la vérité, ce nom, je l'entendais pour la première fois.— Simplicie est aujourd'hui la femme d'un professeur très distingué et nous sommes en grande correspondance.Une longue lettre d'elle m'est arrivée ce malin.i Mme Armande s'interrompit et se mit à rire — un petit rire drôle, un peu gêné.— Cette lettre, on dirait le commencement d'un roman, Fridoline.Cette fois, une brève question m'échappa.— Il s'agit d'un jeune homme?— D'un jeune homme, Fridoline, répliqua Mme Armande: oui, d'un jeune homme, d'une sorte de beau ténébreux qui vit en ermite, au fond d'un vieux Prieuré de Normandie et qui, lisant et travaillant, ne rêve que science et bibliophilie.Je sais mal dissimuler les déceptions que j'éprouve: — Oh! le pauvre rat de bibliothèque! m'écriai-je.Que peut-on vous dire de lui ?Mme Armande pnt une attitude digne: — Des choses fort intéressantes, Fridoline.Ce grand laborieux est de naturel timide et d'humeur sauvage.Une mère malade, presque infirme et tyrannique comme tous les impotents, l'a accaparé longtemps.Cependant, maintenant que la pauvre femme a achevé de mourir, il souffre de son isolement, et, se décidant à suivre les conseils de ses amis Marginus, il songe au mariage! — Je crains qu'il n'y doive songer longtemps, déclarai-je.Il doit être ennuyeux comme un alphabet! Mme Armande m'effleura d'un regard de pitié: — Vous vous trompez, dit-elle, une si précieuse intellectualité n'ennuiera jamais que les sots.Aussi bien, ce jeune homme me paraît-il appartenir plutôt à la race des gens "ennuyables" qu'à celle des gens ennuyeux.— Grand bien lui fasse, madame! Mais 'opinion de M.Marginus ne change rien à la mienne.Quelle femme voudrait d'un pareil hibou ! — Quelle femme, Fridoline ?Une femme d'élite qui ne craindrait pas d'habiter la campagne, et que son -Intelligence et ses goûts rendraient digne de comprendre la vie d'un homme supérieur.de la partager et de l'embellir.Certes, une femme de ce caractère et de cette valeur n'est pas de celles qu'on fait bostonner à tous les bals de toutes les sous-préfectures.Mais Mme Marginus croit qu'il n'est pas impossible de rencontrer la réalité d'un tel idéal.Et pour être la femme de cet homme qu'une • " MIMEOGRAPH " Machine rotatoîre à copier.Méca* nîiiine parfait.Simple économique, pratique.* Capacité, plus de 100 copies à la minute* JOSEPH FORTIER, Limitée FABRICANTS PAPETIERS 210 rue Notre-Dame Ouest Angle d* la ru* S.-Plerr* • MONTREAL banalité do salon méconnaîtrait.Ici, Mme Armande baissa les yeux, modestement.— .Mme Marginus a pensé à moi, Fridoline.Comme Mme Gloriette accueille indul-gemment ma franchise un peu prime-sautière, je ne pris pas plus soin de lui cacher mes idées après avoir entendu sa confidence que, quelques minutes auparavant, quand j'étais censée n'en rien prévoir.— Hé, madame, fis-je, le choix de Mme Marginus s'explique fort bien, car vous êtes de tous points charmante, mais vous périrez, d'ennui dans ce vieux Prieuré, en tête-à-tête avec votre ermite bibliophile et toute sa science poussiéreuse de rongeur de papiers.— Faites-moi l'honneur de croire, Fridoline, que je pourrais me plaire dans la société d'un homme accompli.D'ailleurs, pourquoi resterais-je enfermée ?Celui dont nous parlons est riche, très riche.Avec lui, je voyagerai, luxe qu'aujourd'hui mes humbles revenus ne me permettent pas.Puis, sans doute, mon influence apprivoisera t-elle quelque peu l'isolé que vous traitez de "hihuu." !r rompli- l.iiii avoir dans le cadre pittoresque du vieux Prieuré, le salon le plus intéressant de la province et y recevoir peu à peu toutes les gloires littéraires de Paris.— Vous dit-on, madame, au moins, que ce "seigneur de la Tour d'Ivoire ' soit un joli garion?— Je hais les jolis garçons, Fridoline.Ce "seigneur de la Tour d'Ivoire," comme vous dites encore, est, parait-il, fort distingué, quoique un peu gauche en ses allures et peu habitué au monde.Je ne pus retenir un hochement de tête désapprobateur.Vraiment, je ne voyais pas Àïme Gloriette mariée à ce jeune homme sans jeunesse, à ce "mgnsieur le Hibou," féru de vieilles pierres et de vieux bouquins ! — Soyez sûre, ma chère, dit-elle, que le protégé des Marginus vaut bien M.Louis Niquet.— Louis Niquet, répondis-je tranquillement, me plaît tel qu'il est.Mais, sans doute, avec votre beauté, votre fortune, et vos goûts, madame, eussé-je souhaité un fiancé plus brillant.Mme Gloriette n'avait pas de rancunes et, d'ailleurs, elle avait décidé de me confesser, dès ce jour, ses projets et même ses rêves.Après un moment de silence, elle reprit: — Pour me taquiner, Fridoline, vous raillez ce jeune homme sans le connaître.— Hé, madame, répliquai-je malicieusement, ne l'admirez vous pas sans le connaître plus que moi! — Je suis, en tout cas, plus et mieux renseignée sur son compte, ma chère.Et, Alfred St-Cyr Je*.Hurtublse M.il»¦ in (ondée en 1860 Tél.MAIN 1287 Hurtubise & Saint-Cyr Courtier» d'Auuiance, Feu, VI., Accidenta, Brie d.Vitra plat, .la».) Automobile al Gara ntie Patronale.Et*.Agent* Financiers, Emprunt* négociés Administration de succession* Agent* Royal Insurance Co.Limitée Représentant* des Rétrde* Soeurs Grises BUREAU : EDIFICE DE L'ASSURANCE ROYALE PLACE D'ARMES 15 février 1922.LA REVUE MODERNE 25 i|ii,'iinl |i- wms iiiu-iii t«pij" dit, appré- cierez au moins la délicatesse et les senti-inints niffinés dont il fait preuve.Ma confiance en vous, Dolly, est si grande
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