La Revue moderne., 1 décembre 1922, décembre
f LA REVUE MODERNE LA MADONE—par Philip Boileau revue Mensuelle prix: 25 sous ^ ^ ^^^c »n womaw c°|>"'let pans cmaque zi n il il il il n m n :: I m 1 I CADEAUX Des milliers d'articles importés pour embellir la maison attendent votre appréciation.QUOI CHOISIR?C'est l'embarrassante question que l'on se pose constamment.Nous vous aiderons facilement à la résoudre si vous nous faites l'honneur d'une visite.Vous serez en somme surpris de constater l'ingéniosité du fabricant de l'article européen.AU HASARD NOUS EN ÉNUMÉRONS QUELQUES-UNS: Bibelots anciens, vases japonais, poteries vernissées, grès flammés, céramiques, marbres, bronzes, bougeoirs, J^F^' chandeliers, lampes portatives, i .¦»"''.abat-jour, gravures d'art, miroirs de style, coussins, appuie-livres, nécessaires de fumeurs, brûle-parfums, vases de Sèvres,tables à ouvrage pour dame, tapisseries genre Gobelins, dessus de tables, petits meubles, rugs en velours, fauteuils, fleurs et fruits artificiels, articles en stuc ou en 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L'Alabama— L'Arizona—La Géorgie— La Louisiane— Le Mississlpi— Le New Jersey—Le Nouveau Mexique—Le Texas—La Caroline du Nord—La Caroline du Sud Croisières sur les mers tropicales Aux Indes Occidentales — Aux Bermudes — A Cuba — L'Amérique du Sud — La Méditerranée — Autour du monde.Le Golf, le Tennis, le Polo, les Bains, la Pêche ou simplement le repos.Pour avoir de la littérature descriptive et des renseignements, écrivez à C.E.HORNING E.C.ELLIOTT Agent local des Passagers, Agent local des Passagers, Toronto, Ont.Montréal, Que.Sanatorium Sainte-Euphrasie POUR DAMES 34 est, rue Sherbrooke - - Montréal TÉL.EST 8192 Établissement tenu par LES RELIGIEUSES DU BON PASTEUR et autorisé par la Législature provinciale TRAITEMENT DE TOUTES LES MALADIPS NERVEUSES et des intoxications: alcoolisme, morphinomanie, etc., etc.Trois choses sont assurées aux malades: DISCRÉTION, SYMPATHIE, SOINS DÉVOUÉS L'on prend un soin tout particulier des cas névrosés qui se présentent, sacliant que cliacun d'eux requiert une attention spéciale.Il en est de même pour les intoxications.L'usage immodéré des excitants et des narcotiques étant une maladie de l'âme autant qu'une maladie physique, nous avons en vue cette double guérison, et tous les moyens employés convergent vers ce but.Les clièrcs patientes parfois si souffrantes moralement et physiquement, trouvent ici la paix, le calme, une douce et bienfaisante atmosphère, ainsi que tout le bien-être qu'elles ont le droit d'attendre: chambres où sont réunis le luxe et le confort, salon de musique, bibliothèque choisie, salles de bain, etc., gardes-malades compétentes, médecins expérimentés.MÉDECINS DE L'INSTITUTION Dr L.E.FORTIER, Professeur à l'Université de Montréal.Dr M.H.LEBEL, Médecin de l'Hôtel-Dieu.Dr J.A.GAGNON, " " l'Hôpital Notre-Dame.Messieurs les Médecins qui nous confient leurs clientes peuvent les traiter eux-mêmes, s'ils le préfèrent.Les prix varient avec l'état des malades et selon les chambres choisies.CONDITIONS-—Trcn» ou qufttrv pages d'écriture courante, a \ merv wur papier non rayé.paj de copie, cmqutntr «oui pas mandat-poate.Si on déaire conserver le manuscrit inclure une enveloppe «dressée et affranchie.Pour le» étude* particulières, envoyées directement $100 J'AIME LES YEUX NOIRS.— C'est uue personne pratique et tentée : elle est délicate, bonne et affec-tueutc.Un peu routinière, elle n'accepte pas facilement les innovations et elle est portée a critiquer et à juger sévèrement ceux qui n'ont pas ses idées et ses manières de faire.Ce manque d'indulgence témoigne d'une certaine étroitesse et d'un grand manque d'expérience.Elle aime à parler et elle ne s'en Pr>ve P*'-Elle est franche et ne cache pas son jeu.Orgueil et susceptibilité.La volonté est vive, ferme et tenace.La résistance se manifeste sous forme d'obstination et quelquefois, d'entêtement- Active, courageuse, remplie de bonne volonté.Assurance, confiance en soi.PERVENCHE —Trop d'imagination, de l'impulsivité, un manque de réflexion nuisent au jugement.Elle est sensible, sentimentale et romanesque.Affectueuse, expansive, confiante et imprudente, elle est exposée à bien des déceptions.Portée aux exagérations elle a des illusions sur elle-même et sur ceux qu'elle aime, et quand les gens ne lui plaisent pas, elle ne peut pas voir leurs qualités et être juste pour eux.Peu cultivée, elle préfère les lectures d'imagination aux lectures instructives.Ce n'est pas une personne sérieuse et pondérée.Elle a peu de volonté, des caprices, des impatiences et même des emportements; des entêtements, mais pas de volonté ferme, réfléchie et persévérante.L'activité est inégale.Elle commence avec enthousiasme et puis se fatigue, abandonn e ses entreprises ou les continue sans goût et sans entrain.L humeur est très inégale, et souvent désagréable.Le cœur est bon, délicat et sensible à toutes les nuances de sentiment.BÉBÉ MADELEINE.— C est une jeune personne sensée et raisonnable qui est active, adroite, industrieuse et pratique.Loyale et franche, elle a des affections profondes et durables- Humeur et activité sereines et égales quoiqu'elle soit assez facilement attristée mais ce n'est pas de l'humeur.La volonté est résolue, ferme, tenace et cependant assez souple et conciliante pour être très habile.Elle a une disposition à contredire et à discuter mais sans impatience ni raideur.Simple, sans vanité, bienveillante, gaie, elle est tout à fait aimable et elle deviendra sûrement une femme de jugement et de caractère car elle est intelligente, sérieuse, consciencieuse, affectueuse, dévouée et très bonne.MIMI PRINTEMPS.— C'est une enfant délicate, sensible, un peu étourdie, naïve, qui a toute la fraîcheur de l'enfance et ses petits défauts, et qui se modifiera bien d'ici trois ou quatre ans.Elle est très influençable et les modifications seront bonnes ou mauvaises suivant le milieu où elle vivra et la direction qu'elle recevra.Elle a une vanité susceptible qui se cabre devant les reproches.Elle est un peu jalouse, souvent mécontente et de mauvaise humeur.La volonté est vive et faible elle manque de fermeté quoiqu'elle soie entêtée et elle est très capricieuse.Activité inégale, le travail entraine rapidement la fatigue.Elle n'est ni courageuse, ni persévérante.Bon cceur affectueux, elle pourra apprendre à se dévouer, jusqu'ici elle a beaucoup reçu et peu donné.AINI.—Très impressionnable, d'une extrême nervosité, — du moins actuellement, —c'est un homme ardent, dont l'activité, quand il est fatigué, devient de l'agitation.Mais il a du être actif, énergique, calme quand il le fallait.Généreux et bon, tendre et dévoué, il a besoin d'affection et de se sentir compris et soutenu.La volonté a d'étranges alternatives de force et de faiblesse.On voit de la résolution, de la tenactié, et à côté, des emportements inutiles et peu motivés, des hésitations, une facilité à subir les entraînements, des changements à vue.L'humeur, naturellement, est tout ce qu'il y a de plus inégal, avec un besoin de contredire, Je critiquer, de discuter qui est un peu maladif peut-être, car l'écriture indique une grande nervosité.Très intelligent, modeste et fier.Loyal et franc.Un peu dépensier, pas toujours pratique Nature attachante et remplie de contradictions.PENSEE D'AUTOMNE.— Positive, sensée et pratique, elle a une nature bonne, simple, bienveillante et dévouée.Elle voit le bon côté de la vie, et sa nature ter.d à tout simplifier, aussi, ett-elle débrouillarde et calme; elle juge bien les choses, et elle ne cherche jamais midi a quatorze heures.Modeste, aucune vanité, naturel parfait.La volonté est active, ferme et souple.Elle est généreuse, mais ordonnée et raisonnable.La volonté est précise et ferme.Un peu de contradiction vive et d'entêtement.Elle est naïve et crédule et, je le crois, une très jeune fille.La sincérité et la droiture sont grandes.La sensibilité est délicate et contenue, l'humeur est un peu capricieuse, très rarement désagréable.LISANDRE DANS LE REVE.— L'écriture est peu formée et le caractère également.Elle est délicate et le cceur est bon et sensible, mais elle est capricieuse, nerveuse, soit d'une gaieté bruyante, soit d'une tristesse près des larmes.Toute simple et naturelle, elle est modeste et ne fait pas d'avances, d'abord parce qu'elle est fière et timide, mais surtout parce qu'elle croit facilement qu'elle ne compte pas, et que personne ne s'occupe d'elle.Activité variable, pas très pratique encore, mais elle le deviendrait peut-être.Elle lutte contre sa sensibilité et se défend bien de la laisser voir.La volonté est vive et assez ferme.On lui reproche son manque d'ordre et elle déteste les critiques, quoiqu'elle aime assez à relever les faiblesses des autres.Jeune et un peu sentimentale et romanesque.MALCHANCEUSE.—L'imagination est vive et peut nuire au jugement en exagérant bien des choses et en en voilant d'autres.Elle est bonne, sincère, quoique très renfermée; la sensibilité et la tendresse sont développées, et à l'occasion, elle devrait se défier de la tendance à la jalousie qui est un vilain défaut.Elle est active, adroite et vive.Elle contredit facilement et discute avec entrain et entêtement, mais sans colère: elle est gaie, elle aime à parler et à plaisanter.Elle a une nature sensée et assez sérieuse pour le moment: elle est influencée par son milieu et dans un entourage mondain elle suivrait le courant sans beaucoup résister.La volonté est active, autoritaire et énergique.Elle a de l'initiative, de l'ambition, de la bonne volonté et assez de persévérance.La restriction, à cause de l'imagination qui la porte aux enthousiasmes et aux mécontentements successifs Elle est susceptible et elle garde longtemps le touvenir des offenses- Elle a de la souplesse et un charme qui la rendent sympathique.PETIT BRUN.— C'est un être impressionnable et sensible, bon, tendre, dévoué et sincère.Il a uce humeur variab'e et parfois maussade, raide, entêté, puis, les nuages passent.La volonté est égale et énergique.L'activité se nuance à l'humeur ce qui rend le travail inégal.Aucune espèce de vanité II est porté à n'avoir pas confiance en lui et cela accentue une timidité un peu gauche.Il a des affections exigeantes et un peu jalouses.Il dit beaucoup set impressions et ses opinions: il est cependant capable de dissimulation.Entêté et même opiniâtre, prompt et sujet à des violences courtes.Il a du bon sens, et quand il est calme il juge bien les gens et les choses.LULL DE GIVRE.— C'est une imaginative, remplie de rêves et d'illusions, elle aime ce qui est un peu romanesque et elle se fait en elle-même des petits romans dont elle est l'héroïne Elle a un esprit léger, superficiel et fantaisiste.Elle est bavarde, gaie. décembre 1922 LA REVUE MODERNE 3 IAEGE] Pour Hommes Parmi les nombreux vêtements JAEGER pour hommes sont : les sous-vêtements, chemises de nuit, pyjamas, chemises, faux-cols, bas, chaussons, chandails, gilets - chandails, vestons, pantoufles, gants, cache-nez, costumes de bain, etc.Un catalogue illustré voua sera 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cause de l'imagination exagérée, du manque de réflexion et de suite dans les idées.Elle a bon cœur et nul égoîsme, cependant, je lui vois peu de dévouement faute de sérieux et de caractère La volonté, impulsive et capricieuse, n'a rien de solide, elle est menée et ramenée au gré de ceux qui veulent user de leur influence.Antonia n'est pas active mais agitée, un peu tapageuse.Affectueuse, enthousiaste et inconstante.ALBERTA, —C'est une jeune personne assez positive dont le sens pratique ira en se développant.D'une activité un peu capricieuse, —comme l'humeur, — elle travail'e bien ou mal, suivant la nuance de celle-ci.Un peu d'orgueil maïs pat de vanité.( Elle manque d'ordre et de soin présentement, mais ai elle y met de la bonne volonté, elle ae formera car elle a une volonté précise et ferme.Un peu autoritaire, impatiente et entêtée quelquefois.Le coeur est bon et capable d'affection constante et de dévouement.Peu expansive, sincère, jeune encore et susceptible de grandes modifications.MIGNONNE.—Vive, un peu étourdie, très impulsive, elle a souvent l'occasion de regretter dea paroles ou des actes irréfléchis.Une imagination peu surveillée la porte à toutes les exagérations sentimentales et romanesques, et nuirait beaucoup au jugement si Mignonne n'était douée d'un bon sens qui voit clair quand on lui en donne la chance.Délicate et sensible, susceptible et portée à la jalousie.Bon cœur aimant, capable de dévouement en luttant contre un égoîsme qui montre souvent le bout de l'oreille.La volonté est vive, autoritaire, et assez ferme.Petits emportements, manie de contredire et de discuter.La sincérité est un peu altérée par la disposition à exagérer.IMPARFAITE.— Voilà une jeune fille intelligente, dont l'esprit clair et sérieux raisonne bien et conclut juste.Ole est enjouée et optimiste, une jolie nature sereine et reposante dont fa douceur recouvre une volonté énergique, persévérante, jamais en défaut.Pleine d'ambition et de bonne volonté, elle est active et capable, et quoi qu'elle entreprenne est mené à bien, sans agitation, sans bruit, avec suite et fermeté.Pas de vanité.Un cœur aimant, sincère, dévoué, délicat, un cœur d'or.Cette "Imparfaite" est singulièrement Lien douée, et moi, son confesseur actuel, je lui ferai remarquer que c'est laid de mentir et pas du tout dans ses habitudes, car elle est droite, loyale et franche en tout et toujours.JEM.— Gaie, rieuse, imaginative, elle a un esprit enjoué, vif, où le bon sens monte la garde pour atténuer la fantaisie et modérer les exagérations.La réflexion se développant, le jugement s'affermira.En attendant d'être une très raisonnable personne, elle est charmante de naturel, de spontanéité, de fraîcheur naïve et rieuse.Pas de vanité ou si peu! C'est un grand cœur généreux, bon et tendre qui cherche l'affection et inconsciemment, l'attire.L'activité, le courage, la bonne volonté sont soutenus par un optimisme qu'aucune ombre n'a terni.La volonté est trop variable pour être très forte.Capable de résolution, quelquefois de fermeté, elle est souvent desarmée et faible devant les influences qui l'entraînent.Elle manque de persévérance et beaucoup d'entreprises commencées avec enthousiasme sont abandonnées par lassitude et dégoût.Loyale, droite, sincère, plus fermée qu'on ne le suppose généralement: il faut la grande intimité et la confiance aimante pour qu'elle livre l'intime de son âme.Impatiences et vivacités fréquentes.Elle est très vivante, heureuse de vivre, remplie d'espoirs et d'illusions, très jeune enfin et sans aucune expérience de la vie réelle.G.ESSAM.— Beaucoup de bon sens et beaucoup de volonté, c'est ce qui frappe d'abord.Elle voit clair, elle ne s'illusionne pas, elle tire des conclusions justes.Elle est pratique et active; elle doit être adroite aussi.Le cœur sensible et bon est un cœur fermé et difficile à ouvrir.Elle est un peu craintive et plus timide qu'elle ne le parait.Orgueilleuse et susceptible, ce qui ne fait qu'accentuer sa défiance.La volonté est forte: résolue, précise, égale, autoritaire et soutenue, remarquable, en somme, chez une si jeune fille.Avec cette volonté, elle fera générale-ment ce qu'elle voudra et l'imposera aux autres.Arrêtez ce rhume de cerveau dès son début! 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Toute Femme doit avoir un Manteau de Fourrure Il n'est [pas 'une femme qui puisse se passer d'un manteau de fourrure.Un vêtement léger lui est très suffisant pour la maison, mais elle ne peut affronter le froid de l'extérieur sans la chaude et douillette protection d'une fourrure.Les modèles DESJARDINS apportent toujours une note nouvelle de distinction et sont partout les plus remarqués.Ils sont, par leur originalité et la sobriété de leur ligne, de véritables merveilles de bon goût.rtA?T>ESJAftDINS 6 1 I IN 1 s 7 I se pencha et cueillit une des branches parfu- comporté envers vous comme un honnête mées.homme?Vous êtes dure, très dure.C'est — Alors vous pensez, dit-il après quelques Mme de Vianne qui a pris soin de vous secondes de silence, que je ne me suis pas édifier de la sorte au sujet de mes intentions ' 38 LA REVUE MODERNE décembre 1922 J'aurais dû prévoir qu'elle ne vous emmenait pas sans motif, hier soir, et vous retenir, vous garder.— Afin de pouvoir continuer votre étude sans être troublé! acheva-t-elle avec une vivacité douloureuse.Je ne regrette pas d'avoir appris la vérité par Mme de Vianne.Il vaut toujours mieux savoir ce qui est., dût-on en souffrir! Il ne releva point cette exclamation échappée au cœur de Lilian et reprit d'un ton grave et contenu: — Alors vous partagez l'opinion de Mme de Vianne en ce qui me concerne?Vous croyez que, par pure curiosité de dilettante, je prenais plaisir à causer avec vous, je souhaitais vous quitter le moins possible, je m'intéressais à tout ce qui vous touchait ?Dites, répondez-moi, je vous en prie.— Oui, j'ai cru tout ce que vous dites, fit-elle les yeux perdus vers les lointains bleus du lac.Sans s'en apercevoir, elle avait parlé au passé; on eût dit que les paroles d'Isabelle avaient tout à coup perdu pour elle de leur valeur.Elle écoutait Robert debout devant elle et qui poursuivait, du même accent qui la dominait: — Écoutez ma confession, Lilian et tenez-m'en compte, puisque vous aimez tant la franchise.Mme de Vianne vous a dit vrai.Je suis venu à Vevey pour travailler, pour observer, en quête de caractères originaux.Elle vous a dit vrai en vous apprenant que, dès notre première rencontre, j'avais entrevu en vous l'incarnation du type de jeune fille qui me paraissait le plus charmant.Pour cette raison, d'abord, j'ai désiré me rapprocher de vous.Puis, pour un autre motif, Lilian, j'ai ensuite continué à vous rechercher sans cesse.Cela, Mme de Vianne ne vous l'a pas dit; et c'était pourtant la seule vérité qu'elle eût désormais à vous révéler.En apprenant à vous connaître, Lilian, j'avais appris à vous aimer.— A m'aimer! mon Dieu! — Est-ce que vous ne voulez pas me le permettre ?dit-il d'un accent qui monta vers elle comme une prière.Et aussi simplement, aussi ardemment que l'eût pu faire l'homme le plus dénué de mérites aux yeux d'une femme, il poursuivit: — Je sais bien que je suis d'une extrême audace en vous parlant ainsi.; que je ne possède rien de ce qui peut plaire à une enfant comme vous, et pourtant je n'ai pas le courage de me taire.Lilian, avez-vous confiance en moi, maintenant, pleine et entière confiance?Elle inclina la tête, incapable de parler.Elle sentait le rayonnement du regard qu'il attachait sur elle; et toute sa vie semblait immobilisée dans une douceur exquise qu'éveillait en elle ce regard.Il y eut entre eux un silence; puis Robert continua d'une voix qui tremblait: — Lilian, avez-vous assez confiance en moi pour devenir ma femme ?Il regardait, suppliant, la jeune fille qui l'écoutait enveloppée par un souffle d'allégresse infinie.— Mon enfant chérie, murmura-t-il, emprisonnant les mains effilées dans les siennes, vous ai-je trop demandé ?.Pourquoi ne répondez-vous pas ?— Parce que j'ai trop de joie dans le cœur, fit-elle levant enfin sur lui ses larges prunelles que des larmes soudaines voilaient.Elle éprouvait une si intense impression de bonheur que cette impression même en devenait douloureuse.— Lilian, je voudrais entendre vos lèvres chères dire que vous consentez à vivre auprès de moi toujours.Elle répéta, employant les mots mêmes du rituel anglais: — Oui, toujours, dans la joie et dans la peine ! — Enfin! dit-il.Est-il donc vrai que je puisse dire de vous, ma Lilian?Dans son souvenir passa la vision de cette fin d'après-midi, où Isabelle de Vianne l'avait engagé à partir pour Vevey.Était-il possible que l'écrivain sceptique qui écoutait alors la jeune femme, fût le même homme qui se sentait en ce moment au cœur une joie de rêve, parce qu'une enfant venait de prononcer pour lui la promesse d'étemel amour ?Il se rappela tout à coup qu'il allait partir.Il lit un mouvement et elle devina sa pensée au coup d'œil qu'il jeta vers le lac, sur le sillage d'un vapeur.— Mon Dieu, j'avais oublié!.Est-ce qu'il est déjà l'heure du départ?Ainsi qu'une réponse, à ce moment même tintait la cloche de l'hôtel, celle qui chaque matin avertissait les voyageurs prêts à s'éloigner.Il s'était levé; elle aussi, devenue très blanche, et une plainte lui échappa.— Oh! pourquoi me laissez-vous?Si vous vous éloignez, il me semble que nous ne nous retrouverons plus.Ne vous en allez pas.Il hésita, ayant lui aussi la tentation profonde de rester, de ne point abandonner le trésor qu'il possédait enfin, de ne pas partir avant d'avoir entendu lady Evans lui promettre que Lilian deviendrait sienne.Mais l'impossibilité de manquer à la parole donnée à Genève lui apparut en même temps.— Je suis attendu, ma Lilian, et il est trop tard pour que je puisse me dégager de Téléphone: Main 7031 "say it with flowers".Belle maxime en vérité, mais comme 11 faut la répéter souvent avec les fleurs naturelles ! Les fleurs artificielles de DEROME, elles, ont le double avantage d'exprimer les sentiments d'une façon tout aussi profonde, mais encore d'une manière beaucoup plus durable.FLEURS ARTIFICIELLES, PLANTES NATURELLES STÉRILISÉES, VASES, JARDINIÈRES, CORBEILLES, BOUQUETS D'AUTOMOBILES, DÉCORATIONS EN TOUS GENRES.DEROME limitée Successeurs de Librairie L.J.A.DEROME, 213 Ouest, rue Notre - Dame, angle St - Pierre ma promesse.Mais je serai bien vite de retour.Ce m'est un très dur sacrifice de vous quitter au moment môme où je vous ai enfin conquise.J'ai peur que vous ne m'échappiez si je vous abandonne à vous-même ! Elle secoua la tête avec un rayonnant sourire — Vous avez peur de cela vraiment ?Oui, je comprends qu'il faut que vous partiez; mais.je voudrais être déjà au moment de votre retour! Une lumière nouvelle éclairait son visage et lui donnait un caractère inattendu de jeunesse.— Dès mon arrivée à Genève, reprit-il, je vais écrire à lady Evans pour lui dire quel bien j'ai acquis ce matin et recevoir d'elle, au plus vite, l'assurance que vous êtes bien à moi, mon enfant chérie.Ils s'étaient rapprochés de l'hôtel dont ils distinguaient maintenant entre les massifs, la majestueuse stature; sous la véranda, plusieurs silhouettes se montraient; mais sur cette terrasse abritée par la voûte verdoyante des arbres, ils étaient encore bien l'un à l'autre; et ces minutes de solitude semblaient si exquises à Robert, qu'il eût voulu n'en voir jamais la dernière.Quoi que l'avenir lui réservât, il ne pourrait en oublier l'infinie douceur.Robert s'arrêta: — Dans un instant, fit-il, devant tout le monde, je vais adresser mes adieux à miss Evans.Mais, maintenant, c'est de ma fiancée que je me sépare.Vous ne me refuserez plus votre main comme tout à l'heure, n'est-ce pas, Lilian?— Oh ! non ! dit-elle, lui jetant ses deux mains.Il l'attira vers lui.Mais il aimait cette enfant d'un amour si différent de celui qu'il avait éprouvé pour d'autres femmes qu'il n'eût pas même la tentation de chercher les lèvres chaudes pour y mettre le baiser des fiançailles, et sa bouche effleura seulement les doigts fins qu'il tenait emprisonnés.Quand le vapeur passa au pied de la terrasse, Robert aperçut, dans l'encadrement des arbres, une mince forme claire, couronnée de cheveux blonds dont le soleil faisait une auréole; et ce fut la dernière vision qu'il emporta.Lilian resta jusqu'au moment où le bateau ne fut plus qu'un point blanc, pareil à ceux que formaient les oiseaux qui voletaient à la surface du lac.Alors, elle revint vers l'hôtel.A cette heure, elle pouvait, sans scrupule, pénétrer dans l'appartement de lady Évans et tout lui dire.Lady Evans était à son bureau, écrivant.A la vue de la jeune fille, elle sourit: — Comme vous venez tard me trouver, aujourd'hui, enfant.Quelle longue promenade aviez-vous donc entreprise ?Je pensais que vous m'oubliiez.— Tante, chère tante, pardonnez-moi.Tant de choses se sont passées ce matin, et je suis si heureuse! Lady Evans regarda la belle et fraîche créature qui se tenait droite devant elle.Dans le cadre d'une denétre, la taille souple se découpait sur le fond lointain du lac criblé de nappes éblouissantes; et c'était vraiment un mystérieux chant de joie qui s'élevait des choses, comme du regard, du sourire, de tout l'être de cette enfant.— Vous êtes si heureuse que cela, chérie?Que vous est-il arrivé ?La voix jeune s'éleva soudain presque grave.— M.Noris m'a demandé d'être sa femme.— Sa femme ?interrompit lady Evans, avec un tel accent que Lilian la regarda surprise, — un accent indéfinissable, rempli de tristesse ou de joie, elle n'eût pas su le dire. décembre l')22 LA REVUE MODERNE 39 — Et vous lui avez répondu ?— Que je lui donnais toute ma vie., lit-elle du même ton.— Votre vie!.Lilian, vous aimez M.Noris?— Je l'aime comme je ne croyais pas que l'on pût aimer, dit-elle, et son regard bleu sembla venir de très loin, du fond même de son âme.Lady Evans passa la main sur son front, comme pour en chasser une pensée importune, -r- Mais ses beaux traits ne reprirent point leur habituelle expression de calme.— Pourquoi M.Noris ne m'a-t-il pas parlé avant de vous adresser sa demande r Etant Français, il eût dû se conformer aux usages de son pays.— Mais je suis Anglaise, moi!.Tante, je suis heureuse, ne troublez point mon bonheur, je vous en supplie.Elle s'agenouilla devant lady Evans dans une attitude de prière caressante.Lady Evans abaissa sur elle un regard d'inexprimable tendresse, quoique son visage restât pensif, altéré par un souci.— Mon enfant, personne plus que moi ne souhaite votre mariage! mais.tout cela est bien soudain.Vous connaissez si peu M.Noris.— Si peu!.chère tante, voici deux mois que nous nous voyons chaque jour! — Oui.vous avez raison.Et pourtant, les uns pour les autres, nous ne sommes, en réalité, que des étrangers.Et si bas que Lilian devina plutôt qu'elle n'entendit ces paroles, elle acheva: ¦— Je prévoyais bien ce qui arrive, c'était fatal.Lui ou un autre.Elle se tut quelques secondes, puis reprit doucement : — Dites-moi comment M.Noris a été amené à faire de vous sa fiancée?Assise aux pieds de lady Evans, Lilian se prit à raconter.Sa tante l'écoutait.la tête un peu penchée en avant, le visage plus pâle encore que de coutume.Et quand la jeune fille se tut: — Je crois, en effet, que M.Noris vous aime, mon enfant; et j'espère que vous serez sa femme, oui.je l'espère, dit-elle, baisant le front de Lilian.On eût dit qu'elle gardait cependant un doute secret sur la réalisation de l'espoir que formulaient ses lèvres.V Aucune inquiétude n'avait agité le cœur de Lilian pendant sa conversation avec lady Evans.Pourtant, dans l'après-midi, quand elle fut seule, quand elle eut laissé partir, pour Montreux, lady Evans, attendue par une amie souffrante, une sorte d'angoisse l'envahit peu à peu au souvenir de l'étrange attitude de sa tante.Si Robert eût été auprès d'elle, cette impression se fût vite évanouie; elle eût, de nouveau, éprouvé la confiance que rien ne pouvait plus la séparer de lui, ni Isabelle ni personne au monde.Mais il était parti au moment où il venait de lui donner une joie qu'elle n'eût pas osé rêver, et qui la laissait étourdie comme d'un songe délicieux qu'elle avait la crainte de voir se dissiper.Elle n'avait pas voulu accompagner lady Evans à Montreux.parce qu'elle redoutait tout ce qui pourrait la distraire de ce bonheur dont elle avait l'âme remplie.Mais, assise songeuse dans sa chambre, incapable d'une occupation^ suivie, elle regrettait d'être restée seule, obsédée par le souvenir du regard dont sa tante l'avait enveloppée en l'embrassant, une demi-heure plus tôt, au moment de sortir, un regard triste, tourmenté, qui avait réveillé dans son esprit tous les détails de leur conversation du matin.Ce regard, elle ne l'apercevait point pour la première fois dans les yeux de sa tante.L'année précédente, quand il avait été question d'un mariage pour elle, Lilian l'avait déjà surpris plein d'une sorte de pitié émue; et elle avait eu l'intuition vague qu'on lui cachait quelque chose la concernant, un secret pénible, semblait-il.Lequel ?— Y aurait-il une raison qui pût m'empê-cher de l'épouser, lui?songea-t-elle soudain avec une précision qui la fit tressaillir toute.Est-ce donc là ce que pensait tante Katie en m'écoutant ce matin?Puis elle se prit à sourire de cette crainte absurde, et ses yeux tombèrent sur un petit portrait de sa mère qui ne quittait jamais la place d'honneur dans sa chambre.Quels chagrins avaient donc accablé cette jeune femme pour donner à sa bouche ce quelque chose de triste, pour voiler le regard de ses yeux bleu sombre, pareils à ceux de Lilian, pour l'emporter enfin de la vie, toute brisée, alors que, jeune fille, elle avait été si joyeuse ?Cela.Lilian le savait bien; sa vieille Bessy lui avait souvent parlé de sa mère.Maintenant, elle s'efforçait de se souvenir des plus petits détails du passé, de nouveau envahie par l'idée poignante que lady Evans avait peut-être un motif de croire difficile son mariage avec Robert.Et elle se remit à chercher dans sa mémoire les plus lointains incidents de sa vie pour se prouver à elle-même, par l'évidence des faits, qu'elle n'avait rien à redouter.Peu à peu.elle se rappela mille choses oubliées, des images qui sommeillaient dans son souvenir depuis des années; surtout, en cette minute, une vision surgissait: sa mère, étendue sur un divan, les paupières closes, des larmes sur les joues amaigries et répétant des mots qui s'étaient gravés dans sa mémoire d'enfant: "// m'a fait trop souffrir, je suis trop faible, je ne puis plus supporter cela." //.'' Quel était celui que la jeune femme désignait ainsi?.S'agissait-il donc de son père ?Elle n'entendait jamais prononcer son nom.Elle ne savait rien de ce qu'il avait été et, instinctivement, elle n'adressait jamais une question sur son compte.Elle avait compris qu'il n'avait point rendu sa mère heureuse, que même la vie commune leur avait été impossible.Était-ce donc lui qui allait briser le bonheur de l'enfant, après avoir jadis détruit celui de la mère?Pourquoi supposait-elle de semblables choses?Une soif lui venait d'être rassurée, d'entendre quelqu'un lui dire que son inquiétude était pur enfantillage.Mais qui interroger pour recevoir l'assurance qu'elle souhaitait si ardemment ?Questionner lady Evans, il n'y fallait pas songer; elle ne permettrait pas qu'on lui parlât du passé qui semblait lui avoir laissé de très douloureux souvenirs.Le nom de Bessy traversa l'esprit de Lilian; cette vieille femme dévouée qui l'avait vue tout enfant, avait tant aimé sa mère, ne la quittant point jusqu'à la dernière heure.Elle se leva pour l'appeler; puis un battement de cœur la prit, le même qu'elle eût éprouvé à remuer des choses sacrées dont l'attouchement pouvait être mortel.Elle regarda la pendule et se dit: — Quand cinq heures sonneront, je ferai venir Bessy.Debout, immobile devant la fenêtre, les yeux fixés sur la brume bleuâtre qui limitait l'horizon, sa pensée s'en allait par delà ce voile vaporeux, vers Genève, où «7 était, où il pensait à elle! Le tintement clair de la pendule la fit tressaillir.Mais elle n'hésita plus, et appela, entr'ouvrant la porte: — Bessy, Bessy! La vieille femme, qui travaillait dans la pièce voisine, releva les yeux: — Qu'y-a-til.mv child?Lilian voulant amener Bessy dans son appartement afin de lui parler en toute liberté, répondit — Bessy, voulez-vous venir faire quelques points à la dentelle de ma robe?¦— Tout de suite, lady Lilian, dit Bessy.Habituée à n'avoir d'autre volonté que celle de Lilian elle déposa son ouvrage et suivit la jeune fille.Sur ses genoux, elle prit la robe étendue sur le lit et se mit à coudre.Lilian la regardait: son cœur battait si follement qu'elle hésitait à parler, ayant peur du frémissement qu'aurait sa voix.Puis soudain, elle s'assit près de la vieille lemme, ainsi qu'elle le faisait quand elle était toute petite, et demanda: ETRENNES ! ÉTRENNES ! ÉTRENNES ! Les plus jolies étrennes sont celles qui plaisent à l'esprit et au coeur.Et le livre seul comble cet idéal.OFFREZ DES LIVRES POUR ÉTRENNES À VOS PARENTS ET À VOS AMIS.La llbrairlo DÉOM vous offre le plus beau choix de livres d'étrennes que vous puissiez souhaiter: LIVRES de LUXE, tous les livres FRANÇAIS et CANADIENS, livres d'ENFANTS, brillamment illustrés, etc.etc.La Librairie DÉOM Téléphone: Est 2551 251 est, rue Ste-Catherine, MONTRÉAL. 4(1 LA REVUE MODERNE décembre i*»22 — Bessy, vous m'avez vue bien jeune, n'est-ce pas?— Bien jeune, oh oui, ma chère petite fille! Quand je vous ai embrassée pour la première fois, vous étiez un baby avec des cheveux légers et fins comme le duvet d'un petit oiseau; et depuis, je ne vous ai jamais quittée.— Alors vous avez connu maman quand elle avait mon âge aujourd'hui, puisque, à dix-sept ans, elle était mariée.Trouvez-vous que je lui ressemble?Tante Katie le dit toujours.Bessy contempla le jeune visage, levé vers le sien, avec une indéfinissable expression.Ah! oui, la ressemblance était complète; c'étaient bien les mêmes traits avec leur irrésistible charme, la même carnation transparente, les mêmes reflets lumineux dans l'épaisse chevelure blonde, la même taille élancée.— En vous regardant, je crois voir votre mère, lady Lilian, dit Bessy, dont la voix tremblait.On aurait dit que le passé lui semblait émouvant à effleurer même d'un mot.— Mais moi j'ai de la gaieté plein les yeux, sur les lèvres, dans le cœur; et elle, ma pauvre maman, me parait si triste sur son dernier portrait! Une seconde, elle s'arrêta; puis elle acheva, avec une intonation suppliante: — Pourquoi était-elle ainsi ?Le savez-vous, ma chère vieille Bessy?L'aiguille tomba des mains de Bessy et une exclamation lui jaillit des lèvres: — Comment eût-il pu en être autrement avec tous les chagrins qu'elle a éprouvés, la pauvre créature! Elle était bien vaillante, mais elle en a eu trop pour sa part! Lilian tressaillit, et le silence fut, durant une minute, si profond dans la chambre, qu'elle entendit nettement toute une phrase d'une romance chantée en bas, dans le salon.Mais une irrésistible impulsion la poussait à savoir enfin ce qu'avait été son père.Le cœur battant à se rompre, elle demanda: — Bessy, pourquoi ne me parlez-vous jamais de mon père ?Un tressaillement secoua la vieille femme si fort que l'aiguille se cassa net entre ses doigts.— Vous parler de votre père! Pourquoi, grand Dieu! mon enfant.— Parce que je voudrais tant, tant le connaître un peu! — Le connaître! A quoi bon?Il faut laisser les morts dormir en paix.— Pourtant, Bessy, vous me parlez de maman! Seulement, quand il s'agit de mon père, vous ne voulez plus me répondre.— Je ne le voyais pas beaucoup, lady Lilian.— Mais assez pour être capable de me dire comment il était.— Un beau et brillant cavalier, certes, fit Bessy d'un accent amer et violent.Lilian se pencha vers la dévouée créature, dont le visage s'était creusé sous la force d'une émotion secrète et lui demanda du même ton très bas: — Bessy, ma chère Bessy, dites-moi, est-ce à cause de.de lui que maman a été si malheureuse ?— Oui, fit la vieille femme frémissante.Cette brusque évocation du passé ne lui laissa pas la faculté de calculer ses paroles; et les jours d'autrefois se dressant tout à coup dans son souvenir, l'emportèrent jusqu'à lui faire oublier à qui elle parlait.Elle ne songeait plus à la présence de Lilian.Tout haut, elle se rappelait; et, pour elle seule, elle acheva, la voix sourde: — Ah! la pauvre jeune dame, l'a-t-il assez martyrisée, en dépit de sa jolie figure et de ses belles manières!.et cependant, pour la tuer, il a fallu qu'il se soit déshonoré! Un cri jaillit du cœur même de Lilian, rempli d'une détresse si poignante que Bessy, rappelée à elle-même, la regarda avec une stupeur des paroles qui lui étaient échappées: — O lady Lilian!.Qu'ai-je fait! mon Dieu! Pourquoi m'avez-vous parlé de toutes ces choses! — Un jour ou l'autre, j'aurais su, dit Lilian, faisant un effort pour aspirer l'air qui lui manquait.Elle n'entrevit même pas la possibilité de douter.Alors, saisie d'un besoin âpre d'épuiser toute sa souffrance, de connaître en entier l'affreuse vérité, elle repnt presque impérieuse, insensible à sa propre angoisse: — Vous dites que.que mon.père s'est déshonoré.Comment?je veux savoir.Ne me cachez rien.Ce serait pire que tout maintenant.Son visage était devenu d'une blancheur de cire; et le nom de Robert, monté à sa pensée, la fit tressaillir comme une brûlure.Mais Bessy ne remarqua rien, bouleversée par l'émotion et subjuguée par cette soif de tout apprendre qu'elle sentait en Lilian.— Il jouait, reprit-elle d'une voix basse comme elle eût parlé en rêve.Il jouait tellement qu'il s'est ruiné! Puis la fortune de Madame a eu le même sort que la sienne.Et, malgré cela, il a voulu continuer à jouer.—Alors ?.questionna Lilian, l'accent impératif, les yeux agrandis, brûlants defièvre.— Alors.ô ma petite fille! pourquoi m'interrogez-vous?.Alors sont venues les heures terribles.Il n'avait plus d'argent.11 s'est mis à s'en procurer par.tous les moyens, et, pour finir, il a fait de fausses signatures.Un jour, tout s'est découvert.les tribunaux s'en sont mêlés et.— Et il a été condamné, acheva Lilian avec l'impression que tout croulait autour d'elle.Instinctivement, elle étendit les mains en avant comme pour se rattacher à un appui.Mais le vide était autour d'elle, de même que dans sa jeune âme éperdue.— Oui, il a été condamné, fit Bessy courbant encore sa tête blanche.LE REGISTRE DES GARDES - MALADES VILLE - MARIE Vous fournira en tout temps et en toutes circonstances des infirmières diplômées, compétentes, avec lesquelles tous les soucis inhérents à la maladie ou à la convalescence seront atténués dans une large proportion.Mademoiselle F.HAYDEN (GanJo-nialadc diplômée de l'Hôpil;,! Notre-Dame) 38, CARRÉ ST-LOUIS Tel.Est 3446 Lilian serra l'une contre l'autre ses deux mains d'un geste d'infinie souffrance et interrogea une dernière fois, d'une voix sans timbre, le regard rempli d'épouvante: — Où est-// maintenant ?— Il est mort il y a six ans.Déjà, depuis longtemps, sa pauvre femme avait fini de souffrir, et vous étiez auprès de lady Evans.— Ainsi, en Angleterre, on connaît cette horrible histoire; tous ceux que je vois savent ou peuvent apprendre qui je suis.Elle avait la sensation que, vers elle, montait un flot d'humiliation où elle allait s'abîmer, emportée loin de Robert Noris qu'elle ne reverrait plus jamais, jamais! — Ne croyez pas, Lilian, ma chère petite enfant, que l'on se souvienne encore de ces tristes événements.Il y a des années qu'ils se sont passés.Et puis vous portez le nom de votre tante! finit Bessy, dont le visage était inondé de larmes.— Oui, c'est vrai, dit Lilian.Jusqu'ici j'avais cru que tante Katie me l'avait fait prendre par affection, mais maintenant je comprends.Oh oui! elle comprenait, la pauvre enfant, pourquoi, le matin même, lady Evans était devenue pensive en apprenant la demande de Robert Noris.Et un besoin fou l'envahissait de se débattre, de se révolter contre le malheur qui la saisissait à l'heure où elle était le plus heureuse, de se répéter à elle-même jusqu'au moment où elle en serait convaincue, qu'elle avait fait un rêve affreux ou que Bessy s'était trompée.Pourtant elle gardait un calme effrayant, et elle dit seulement d'une voix plaintive: — Laissez-moi maintenant, Bessy.— O lady Lilian, pourquoi ai-je parlé ?Pourquoi m'avez-vous interrogée ainsi tout à coup?— Un jour ou l'autre, j'aurais su, Bessy, répéta-t-elle encore.Laissez-moi.Je veux être seule! Et son accent était si absolu et si douloureux que la pauvre femme sortit sans ajouter un mot.Lilian l'avait regardée partir, rassemblant toute sa force pour ne point trahir la souffrance qui l'écrasait.Mais, quand elle fut seule, elle cacha son visage dans ses mains et un gémissement sourd lui échappa.— Mon Dieu, mon Dieu, c'est trop cruel! Etre séparée de lui! Ainsi il ne l'avait pas trompée, ce pressentiment qui l'avait poussée à questionner Bessy.Maintenant que l'entière clarté s'était faite, elle se rappelait mille incidents, des mots qui, jadis, étaient tombés, dépourvus de sens, dans son oreille et dont, à cette heure, elle ne saisissait que trop la signification.Vainement, désormais, elle eût voulu douter.Ah! pourquoi, pourquoi avait-elle entendu l'affreuse révélation qui la séparait irrévocablement de Robert Noris! Sans hésitation, elle jugeait qu'elle ne pouvait plus se considérer comme sa fiancée.Il avait voulu faire sa femme de la nièce de lady Evans, de la descendante d'une vieille famille honorée et respectée; mais non de la tille d'un homme publiquement flétri.Toute union entre eux était impossible, impossible! Un frisson la secoua à la seule idée qu'il pourrait apprendre la vérité.Oh! cela, elle n'aurait pas la force de voir rejaillir sur elle quelque chose du mépris qu'il éprouverait pour.son père.N'était-il pas aussi fier qu'elle-même! Elle se souvenait bien en quels termes il avait parlé un jour d'un homme qui avait lâchement failli.A tout prix, il fallait qu'il continuât d'ignorer le cruel secret.La première, elle devait amener entre eux une rupture désormais inévitable.Mieux valait n'importe quelle souffrance plutôt que celle de le voir se détour- di ( embre \'>22 LA REVUE MODERNE 41 ner d'elle.Il fallait partir avant qu'il revint; car s'il l'interrogeait, elle serait incapable de se dérober à la double question de ses lèvres et de son regard! Mais quelle raison donner pour qu'il ne songeât point à la suivre ?Dans son esprit surexcité, une seule idée demeurait claire, obsédante et très nette: empêcher Robert d'apprendre la vérité.Tout à coup, un moyen sûr lui apparut de l'éloigner d'elle; et, emportée par l'élan d'un irrésistible désespoir, elle écrivit: "Vous souvenez-vous qu'une fois, — nous étions dans la montagne, — vous m'avez reproché d'être trop fière ?Vous aviez raison, je le savais; je le sais plus encore aujourd'hui.Ce matin, je vous ai cru quand vous m'avez dit que vous ne vous intéressiez plus à moi seulement par curiosité.Maintenant je n'ai plus foi et je sens que ma confiance est bien morte.Désormais, quand je vous verrais auprès de moi, je ne pourrais m'em-pêcher de penser que vous m'observez afin de prendre des notes pour vos romans.Nous nous sommes trompés l'un sur l'autre.Mieux vaut nous séparer dès maintenant.Une grave et subite raison nous oblige à partir avant votre retour.Il est bien qu'il en soit ainsi.Adieu, pardonnez-moi et oubliez-moi.Je vous jure que j'agis en ce moment comme je crois devoir le faire." — Est-ce que je vais signer le mensonge que je viens d'écrire?pensa-t-elle avec une sorte d'horreur.Pourtant elle traça le nom que, le matin même, il lui donnait: Lilian.La même crainte affolante l'emportait qu'il en arrivât à la mépriser, s'il savait.Et cette impression était si forte, qu'elle sortit de sa chambre pour jeter la lettre dans la boite de l'hôtel, afin que la distance fût tout de suite établie entre eux.Mais, quand elle revint, cette énergie factice l'avait abandonnée.Anéantie, sans force, elle se jeta sur son lit.Au dehors, elle apercevait le paysage lumineux qu'elle avait tant aimé à contempler; au loin, elle distinguait les crêtes neigeuses, à cette heure teintées de rose; et, plus près, les massifs fleuris du parc, la terrasse où, le matin même, il lui avait dit qu'il aimait.Rien ne portait la trace du déchirement qui venait de s'accomplir dans sa jeune vie.Alors elle ferma les yeux pour ne plus voir, meurtrie plus encore par cette sereine indifférence des choses.Dans l'hôtel, des pas retentissaient.Le moment du diner approchait, les femmes regagnaient leurs appartements.Qu'auraient-ils dit tous ces étrangers, — et Mme de Vianne la première, — s'ils avaient su quel était le père de Lilian Evans, ou plutôt de Lilian Vincey?Mais ils ne sauraient pas! Demain à cette même heure, elle serait loin, là où elle serait sûre que personne ne viendrait la retrouver.pas même lui! — Oh ! pourquoi ne suis-je pas morte, ce matin, quand j'étais si heureuse! murmura-t-elle dans une plainte désespérée, répétant le cri de suprême angoisse que tant d'autres créatures, atteintes en pleine joie, avaient proféré avant elle.La porte de sa chambre s'ouvrant tout à coup lui fit à peine soulever les paupières.Sur le seuil de la pièce apparaissait lady Evans, qui tressaillit à la vue de Lilian étendue toute blanche sur le lit: — Lilian, chérie, qu'y a-t-il ?L'enfant se redressa.Elle ne pleurait toujours pas; seulement, ses yeux bleus semblaient devenus immenses dans l'altération de son visage souffrant.— Oh! tante! tante! fit-elle, je comprends maintenant pourquoi.le mariage dont je vous ai parlé ce matin vous paraissait impossible.Ah! vous aviez raison.trop raison! — Lilian, ma chérie, que vous est-il arrivé ?questionna lady Evans, effrayée.Avez-vous reçu de mauvaises nouvelles de M.Noris?— Non, je ne sais rien de.de lui.Mais tantôt, j'étais tourmentée, inquiète, parce que j'avais deviné que vous voyiez un obstacle à.mon bonheur.Alors j'ai questionné Bessy, et, sans le vouloir, la pauvre femme! elle m'a appris l'histoire du passé.Oh! tante, c'est horrible! — Elle vous a appris.Comment a-t-elle osé?— Qu'importe!.Aujourd'hui ou plus tard, la vérité devait toujours m'être révélée.Lady Evans la serra contre elle.L'émotion l'étouffait.— Mon enfant chérie, dit-elle tout bas, ne vous découragez pas ainsi.Si M.Noris vous aime réellement, il songera que vous n'êtes point responsable des actes de votre père, et il les oubliera par tendresse pour vous.Lilian secoua la tête d'un mouvement de révolte.— Oh! je ne veux pas qu'il sache la vérité.Je ne pourrais me résigner à être dédaignée par lui ou épousée par pitié.Et puis, dès qu'il s'agit de questions d'honneur, les hommes n'ont plus le droit d'hésiter.Je ne veux pas mettre à l'épreuve l'affection qu'il a pour moi.Oh! tante, emmenez-moi avant qu'il soit de retour! Lady Evans sentait qu'à cette heure rien ne pourrait apaiser son infinie détresse.— Oui, nous partirons, ma bien-aimée.Nous ne verrons M.Noris que quand vous le voudrez.Et, pareils à des baisers de mère, les baisers de lady Evans couvrirent le pauvre petit visage inondé de larmes tout à coup.VI Le vapeur filait vers Vevey, et Robert Noris arpentait le pont, impatient de voir apparaître la petite ville que voilait un brouillard léger.Il venait d'obtenir, à Genève, un éclatant succès d'orateur.Jamais il ne s'était montré plus original, plus charmeur; jamais sa pensée n'avait été plus haute, soudain dégagée du pessimisme railleur dont elle était d'ordinaire attristée.Un vrai triomphe! triomphe devant lequel il était resté indifférent, tant l'unique intérêt de son existence était ailleurs concentré.Rien mieux que cette séparation de quelques jours ne lui eût montré quelle place Lilian occupait dans sa vie.A n'en pouvoir douter, il savait désormais que ce n'était pas un attrait fugitif qui l'entrainait vers cette enfant.Encore quelques instants, et il allait retrouver la caresse de ses prunelles sombres, sentir vibrer son âme jeune, entendre sa voix grave et fraîche qui avait prononcé pour lui tant de consolantes paroles.Telle qu'il la connaissait, il espérait presque la trouver tout à l'heure, sur le quai, pour l'arrivée du vapeur.— Vevey, Vevey — grand hôtel ! Vevey ! répéta le capitaine.Le bateau stoppait.Les yeux chercheurs de Robert coururent sur les groupes qui stationnaient au débarcadère; mais ils n'aperçurent point la silhouette élégante et jeune de Lilian.Rien que des visages étrangers ou indifférents autour de lui; et, à l'imperceptible sensation du froid qu'il en éprouva au cœur, il comprit à quel point il avait espéré la voir dès la première minute de son retour à Vevey.Le bateau avait du retard.Quand il allait arriver à l'hôtel, elle serait au diner de table d'hôte et il ne pourrait l'aborder qu'au milieu d'un monde curieux.Mais enfin il la verrait.— Lady Evans est encore dans la salle à manger ?Ce fut sa première question, quand il pénétra dans le hall.— Lady Evans?.Mais madame et mademoiselle sont parties, monsieur.— Parties?.vous dites parties?— Oui, Monsieur, hier matin.Robert passa la main sur son front avec l'idée qu'il ne comprenait pas les paroles qui lui étaient adressées.— Elles sont allées en excursion?.Elles vont revenir?insista-t-il.— Oh! je ne pense pas, monsieur.Lady Evans a remis son appartement et tous les bagages ont été emportés.Et il ajouta, dominé par cette volonté de savoir qu'il sentait en Robert Noris: — Ces dames ont, parait-il, reçu des lettres qui les rappelaient subitement en Angleterre.Robert eut un léger signe de tête, et, par un suprême effort de volonté, il parvint à rester absolument maître de lui et dit, la voix presque indifférente et calme: — Vous aurez l'obligeance de me donner l'adresse actuelle de lady Evans.— Nous ne l'avons pas, monsieur; lady Evans ne nous l'a pas laissée; et nous avons même plusieurs lettres pour elle que nous ne savons où lui renvoyer.— Des lettres! fit Robert, songeant à celle qu'il avait écrite à lady Evans.Ne l'avait-elle pas vue ?Et d'un accent si impératif que le domestique n'osa répliquer, Ù ajouta: — Montrez-moi ces lettres.Il en est une que j'ai adressée à lady Evans, et j'ai besoin de savoir si elle l'a reçue avant son départ.L'homme obéit et, parmi les enveloppes, Robert distingua celle qui venait de lui.Ainsi lady Evans n'avait pas eu connaissance de la demande qu'il lui adressait! Il prit la lettre, et du même ton bref et absolu qui rendait toute observation impossible, il dit au domestique: — Cette lettre est de moi.Je la ferai parvenir à lady Evans, dès que je saurai où la lui adresser.UN GRAND POINT D'ÉLÉGANCE C'EST D'ÊTRE BIEN CHAUSSÉ Notre assortiment de chaussures est de grand chic, comme toujours de 1ère qualité.Mesdames, messieurs, vous êtes cordialement invités à venir faire votre choix.Thomas Dussault Limitée 281 Est, S.-Catherine Montréal. 42 LA REVUE MODERNE décembre 1922 Et il monta dans sa chambre.Lilian partie! sans un mot pour lui dire où elle se rendait! Mais, était-ce bien sans un mot qu'elle était partie?Dans son appartement, sans doute, il allait trouver un billet d'explication.Comment n'avait-il pas pensé à cette probabilité si évidente.Et il avait bien deviné; au-dessus des lettres et des journaux arrivés en son absence, s'étalait une enveloppe sur laquelle une écriture anglaise avait tracé son nom en caractères rapides qu'on eût dits pleins de fièvre: l'écriture de Lilian.Il déchira le cachet et lut.une fois, puis deux, puis une troisième encore, et il répéta d'un accent monotone certains mots du billet: "Je n'ai plus confiance.Nous nous sommes trompés l'un sur l'autre.Mieux vaut nous séparer." C'était elle, Lilian, qui avait écrit ces lignes.Mais c'était impossible, impossible! Il lisait mal! Il était fou de croire à de semblables paroles! Et pourtant ?.Il reconnaissait bien là son écriture, haute et droite, sa signature "Lilian", avec cette seule différence qu'aujourd'hui un trait dur, écrasé, finissait le dernier caractère du nom! Quelqu'un lui avait dicté cette lettre, la lui avait imposée, mais elle ne l'avait pas pensée, elle qui, trois jours plus tôt, répondait, vibrante d'émotion, à la prière humble et suppliante qu'il lui adressait de devenir sa femme.Qu'avait-il pu survenir?Lady Evans, s'opposant pour un motif quelconque au mariage de Lilian, avait-elle emmené la jeune fille ?Mais comment croire cela ?Lilian était ferme et elle ne se fût pas laissé entraîner ainsi, après sa parole donnée.Alors c'était librement qu'elle était partie ?Quelqu'un avait-il donc entrepris de les séparer, de la lui enlever?Isabelle, peut-être?Violemment, il sonna et demanda: — Mme de Vianne est-elle de retour ?— Non, monsieur, Mme la comtesse de Vianne est encore absente.Elle a annoncé son arrivée pour ce soir ou demain matin.— Et elle n'est pas revenue à l'hôtel depuis trois jours ?— Non, monsieur, fit encore le domestique, qui considérait Robert avec surprise.— C'est bien, merci.Il se prit à marcher dans sa chambre, l'âme étreinte par le mystère de ce départ.Un fait existait, défiant toute discussion.Lilian lui avait promis de devenir sienne, et le lendemain, pendant qu'il était absent, elle s'était éloignée après lui avoir rendu sa parole! Pourquoi ?C'était ce pourquoi qui lui torturait l'esprit, surexcitant ses nerfs et sa pensée.Les instants s'enfuyaient; il songeait toujours et un déchirement lui meurtrissait l'âme, car un doute lui venait, pénétrant peu a peu son esprit.Tout d'abord, il avait cru impossible que la lettre de Lilian fût l'expression de la vérité.Mais pourquoi refusait-il d'admettre l'évidence ?Avec sa nature loyale et fière, Lilian avait dû être profondément atteinte par les révélations d'Isabelle.Comment pouvait-il être certain qu'en écoutant sa prière, elle n'avait pas voulu seulement mettre un baume sur le coup reçu par sa fierté.Si elle l'avait aimé, n'eût-elle pas oublié sa dignité froissée, elle qui était d'âme si tendre ?Et la conclusion de l'analyse qu'il poursuivait âprement s'imposait à lui dans sa cruelle évidence.Lilian avait été flattée de l'attention que lui montrait un homme qui n'était pas, a ses yeux, le premier venu: elle ne l'avait pas aimé.Il en eut soudain la pensée décevante.La foi qu'il s'était obstiné a conserver en elle croulait, et son scepticisme des mauvais jours renaissait.Ah! toutes les femmes étaient bien pareilles, des êtres pétris de vanité.Et lui qui, par métier, savait cela, il s'était laissé prendre comme le plus naïf et le plus inexpérimenté des hommes.Il avait donné à cette enfant un amour qu'il n'avait jamais offert à aucune femme; pour nulle autre, il n'avait éprouvé ce respect profond, cette soif de se dévouer, cette crainte de prononcer un mot qui pût blesser une illusion ou un sentiment.— Et maintenant, il ne me reste plus qu'à l'oublier, fit-il avec un mouvement d'épaules.Le travail seul était capable d'engourdir un peu cette âpre douleur qu'il éprouvait; rassemblant toute sa volonté, il s'assit, résolu à écrire; mais c'était son propre cœur qu'il scrutait, l'interrogeant sans pitié, l'obligeant à confesser le découragement, l'amertume affreuse dont il était envahi.Vainement aussi, il s'efforçait d'oublier Lilian.Il la revoyait durant les promenades, alors qu'elle marchait auprès de lui de son pas vif, léger comme un vol d'oiseau; il la revoyait dans le salon de l'hôtel, assise près d'une fenêtre, sa tête blonde un peu levée vers lui, l'interrogeant de son regard charmant.Mais surtout, avec une ténacité obsédante, il l'apercevait au château des Crêtes, un peu penchée sur la balustrade de la terrasse, une gerbe de fleurs sous ses mains dégantées, la lumière avivant sa fraîcheur éblouissante, ses lèvres chaudes entr'ouvertes sur les dents laiteuses.Quel désir fou il avait eu alors de lui dire à quel point elle lui était devenue chère! Là, dans son bureau, il avait les feuillets qui composaient le "livre de Lilian"; et tout à coup il se leva, prêt à les réduire en cendres.Mais il s'arrêta avec un sourire de suprême ironie.— Ce serait un crime, murmura-t-il, de brûler des documents si précieux! Et il se remit à écrire.Ecole de Musique de Montréal L'inatttution Musicale la p/us Modcrna Enseignement du Piano, Violon, Violoncelle, Chant, Théorie, Harmonie, Ensembles, Classe d'Opéra, Déclamation lyrique, cours de la Chanson Française, etc., par des professeurs d'éducation musicale européenne.Classe d'orchestre.DIPLÔMES ET BOURSES.Pour rtnitionrmenta et tyilabu», tadrt*»rr au *meriiarr* 5, rue St-Marc, Montréal.Tel: Uptewn 8*79 Le lendemain, le domestique l'avertit que Mme de Vianne venait d'arriver.Voir Isabelle ?.Il le pouvait maintenant.A quoi bon ?Qu'était pour lui Lilian désormais?Et pourtant quel besoin ardent s'agitait sourdement en lui d'interroger Isabelle au sujet de la jeune fille! — Je l'aime toujours! dit-il à demi-voix, considérant dans la glace son visage altéré par les émotions de la nuit, et je ne songe qu'à acquérir la preuve que sa lettre ne contenait pas la vérité entière! Avec une impatience nerveuse il attendit l'heure de se présenter chez la jeune femme.Chose étrange, on eût dit qu'elle prévoyait cette visite et avait tenu à se montrer à lui aussi belle qu'elle savait l'être.Quand il entra, elle était debout devant la cheminée, arrangeant des gerbes de roses, drapée dans un déshabillé de crêpe de Chine jaune pâle; une ceinture byzantine retenait à demi les plis souples autour de la taille, et les bras admirables se dégageaient de l'ampleur des manches ourlées de fines broderies.Il ne parut point remarquer l'éclatante beauté de la jeune femme et serra d'un geste distrait, tout en s'informant de son voyage, la main qu'elle lui tendait.— Il a été excellent, je vous remercie.Je suis revenue par Lausanne et me voici de nouveau à Vevey., où m'attendait toute sorte de nouvelles intéressantes! — Vraiment ?Robert savait qu'elle allait lui parler de Lilian.— Tout d'abord, la disparition de vos.amies Evans.Elle s'était un peu arrêtée avant de prononcer le mot "amies", et elle l'avait dit ensuite d'une façon dédaigneuse qui en faisait une véritable insolence.Il sentit l'attaque, et sa voix devint brève et froide: — J'ai, en effet, appris hier soir, que lady Evans et sa nièce n'étaient plus à Vevey.— Et vous avez été surpris, désolé de ce départ?.Voyons, avouez-le! dit-elle, la bouche railleuse et souriante.Vous m'aviez l'air de vous trouver fort avant dans la faveur de ces dames.Il dédaigna de relever le propos, et dit lentement : — J'ai, en effet, été fort surpris.— En vérité?.Eh bien, moi, pas du tout! — Parce que vous étiez au courant des projets de lady Evans ?— Moi ?.Mon cher ami, vous rêvez, j'imagine.A quel propos aurais-je reçu les confidences de lady Evans?Elle souriait toujours, d'une sorte de sourire triomphant.Robert n'avait plus désormais l'ombre d'un doute, Isabelle connaissait le motif qui avait éloigné Lilian de lui (^Parfums de toutes essences L'once, $2.19 Poudres à L'Origan La boîte, 89^ COTY^ PAUL-E.BERGERON 20, rue Ste-Catherlne Ouest Agent de E.Cory, Paris. décembre \'>22 LA REVUE MODERNE 4* — Isabelle, reprit-il, je vous prie de croire que je n'ai nulle intention de vous froisser ou de vous offenser., mettez le mot qui vous conviendra., en vous adressant une question; mais j'ai besoin de savoir si, depuis le moment où j'ai quitté Vevey, vous avez parlé, écrit ou fait écrire à miss Lilian ou à lad y Evans.— Mon Dieu! quel ton solennel pour peu de chose.Je vous jure que je n'ai ni parlé ni écrit à l'une des deux personnes auxquelles vous vous intéressez si particulièrement.Et maintenant, voulez-vous me permettre de vous dire que je suis, sinon offensée, du moins peu flattée de voir à quel degré vous redoutez de me voir approcher votre jeune amie.Car j'imagine qu'elle seule vous occupe réellement.Il regarda la jeune femme bien en face; il devinait en elle, désormais, une ennemie sans pitié.La voix dure, il demanda; — Ne pensez-vous pas.Isabelle, que j'aie quelque droit de craindre les entretiens que vous pourriez avoir avec miss Lilian ?Elle se redressa, le bravant d'un sourire insolent: — Pourquoi?Parce que j'ai averti cette petite du rôle que vous lui faisiez jouer ?Il était temps; elle prenait au sérieux vos attentions et était en passe de croire que.— Que je l'aimais?.Elle ne se trompait pas, Isabelle; il n'y a personne au monde qui me soit cher comme elle.La jeune femme devint très pâle.— En vérité, c'est une si grande passion ?Mon cher Robert, je crois que vous perdez votre temps.Miss Lilian est, ce me semble, une honnête fille! — Isabelle! fit-il avec un tel accent de colère qu'une seconde elle eut peur du résultat de sa méchanceté.Mais il se contint, et, hautain, presque menaçant, il continua: — Une fois pour toutes, je vous avertis que jamais je ne supporterai d'entendre insulter Mlle Evans, et cela, parce que.le jour où elle le voudra, elle sera ma femme.Isabelle eut un éclat de rire sec, cinglant.— Ainsi vous voilà prêt à épouser miss Lilian ?Rien ne pouvait lui arriver de meilleur! Si j'avais la moindre vengeance à tirer de vous, mon cher cousin, je pourrais m'estimer satisfaite plus que je n'eusse osé l'espérer.Et il se trouve que votre.fiancée a disparu dès que vous l'avez eu quittée! Elle le contemplait, la bouche railleuse et méchante.Elle sentait la curiosité douloureuse de cet homme qu'elle haïssait maintenant autant qu'elle avait été prête à l'aimer.Quand elle appnt le départ de Lilian.elle espéra que le charme serait rompu, et qu'elle pourrait le reconquérir.Maintenant, elle comprenait que Robert Noris s'était irrévocablement éloigné d'elle, que son rêve ambitieux était bien fini; et elle n'éprouvait plus que le seul désir de le faire souffrir pour se venger de son indifférence.Il était debout devant elle, impérieux, irrité, la dominant malgré elle, et il l'interrogeait: — Vous avez fait, au sujet de miss Lilian, une allusion dont j'ai le droit de connaître le sens.Vous soupçonnez ou vous n'ignorez pas la cause certaine de son départ ?Elle inclina la tête, tout en jouant avec ses bagues.— Peut-être suis-je un peu plus instruite que vous sur ce sujet.Désirez-vous que je vous donne des éclaircissements?Tout à l'heure vous paraissiez supposer que j'étais pour quelque chose dans la.fuite de votre fiancée.Cherchez-en plutôt le motif dans la famille Evans elle-même.— Parce que ?dit-il, devenu si calme en apparence qu'elle tressaillit, secouée d'un besoin furieux de briser cette impassibilité orgueilleuse dans laquelle il s'enveloppait.— Parce que vous y trouverez le mot de l'énigme que vous cherchez et que je connais, moi! Je suis curieuse aussi, Robert; plus que vous, car j'ai voulu savoir tout ce qui concernait miss Lilian; je me suis informée à de bonnes sources, en Angleterre.et j'ai obtenu de curieuses révélations sur miss Lilian et sa famille.Elle s'arrêta, fixant ses yeux ardents sur Robert qui semblait insensible à ses attaques, avide de constater l'angoisse qui devait l'étreindre.— Eh bien ?fit-il.— Eh bien! elle ne s'appelle pas Lilian Evans, mais bien Lilian Vincey.Vous avez eu bien raison, Robert, de venir, en preux chevalier, lui offrir votre nom.Le sien.— son véritable, — n'est point de ceux que l'on aime à porter.Il faut en prendre votre parti, mon beau cousin, le père de miss Lilian, tout noble lord qu'il était, n'a pas hésité à se rendre coupable de faux, et il a été traité par la justice tout comme un simple malfaiteur!.Je.Elle s'arrêta devant l'expression terrible qu'avait prise le visage de Robert.— Quelle infâme calomnie racontez-vous là?fit-il avec une violence qui l'ébranla toute, bouleversant ses nerfs d'une impression faite de peur et de plaisir.M'exphque-rez-vous de quel droit vous osez la forger?— La forger?.Ah çà, Robert, vous devenez parfaitement insolent! Me ferez-vous la grâce de me dire à quel propos j'aurais pris la peine d'mventer une pareille histoire.Si vous ne me croyez pas, allez en Angleterre, dans le comté de Comouailles.Informez-vous.Et en attendant, songez au départ de votre fiancée, au moment même où vous ne pouviez manquer d'apprendre la petite anecdote concernant son père.A l'altération de ses traits, elle avait la certitude qu'il était frappé en plein cœur, ainsi qu'elle l'avait souhaité.Il rencontra ses yeux noirs, qui l'examinaient, brillant d'une flamme de triomphe, et, la voix âpre et méprisante, il lui jeta violemment: — Quelle femme êtes-vous donc pour vous abaisser à de pareilles vengeances! Elle releva le mot, redevenue maîtresse d'elle-même, souriante dans la joie de son succès.— Vous parlez de vengeance?.De quoi voulez-vous que je me venge?De ce que vous êtes résolu désormais à porter tous vos hommages à la seule miss Lilian ?Vous êtes bien fat, mon cousin, et il vous faut renoncer à vos prétentions! Je sais bien que nous autres femmes nous avons l'air de nous laisser prendre au prestige des noms célébrés dans les journaux, mais en réalité.Il la regardait de ses yeux d'une clairvoyance sans merci; et tout à coup, elle se sentit entièrement pénétrée jusqu'au plus profond de son cœur Une colère aveugle lui monta au cerveau à l'idée qu'il devinait les mobiles qui la faisaient parler; et, le ton insultant, elle acheva, interrompant sa propre phrase: — Réellement, miss Lilian avait bien joué son personnage de petite fille naïve et su vous amener là où elle prétendait.Il est dommage que la hardiesse lui ait manqué au dernier moment et qu'après avoir si bien réussi elle ait jugé à propos de disparaître mystérieusement avec sa tante.Il ne l'entendait plus.Lilian.fille d'un homme flétri! Lilian, présentée à lui comme une aventurière!.Si un homme lui eût parlé comme Isabelle venait de le faire, il l'eût souffleté et tué.Mais, elle, il n'avait pas même le droit de l'effleurer d'un geste.Il devait résister à cette tentation qu'il avait de lui étreindre les poignets pour lui faire avouer qu'elle avait menti en insultant Lilian.— Alors vous prétendez, reprit-il encore, rassemblant toute sa volonté pour se maîtriser, que cette accusation contre le père de Mlle Evans est l'entière vérité ?— Le père de miss Vincey, voulez-vous dire ?Parfaitement ; je tiens de sources très sûres les petits détails biographiques en question.L'accent d'Isabelle était si absolu qu'il ne douta plus cette fois de sa parole Mais était-il donc possible que Lilian connût la vérité au moment où elle mettait sa main dans celle de l'homme qui avait foi en elle?Oh! s'il lui avait été possible de la voir, de lui parler! Mais où était-elle?Il demanda une dernière fois: —¦ Et maintenant, me direz-vous de qui vous avez reçu ces.renseignements ?Vous comprenez qu'ils sont assez graves pour que j'aie le droit de vouloir en connaître l'auteur, afin de le questionner à mon tour.Elle secoua négativement la tête: — Pour un homme d'esprit, mon cher ami, vous vous montrez bien naïf.Alors vous supposez que je vais, de l'humeur où vous êtes, vous nommer la personne qui a été assez aimable pour m'instruire ?Nullement! Allez dans le Comouailles.Interrogez et vous serez bientôt édifié, j'imagine.Ensuite, vous agirez comme bon vous semblera.Et je comprendrai qu'alors, avec vos opinions d'homme moderne sur l'atavisme, vous hésitiez à poursuivre vos projets matrimoniaux.Il se leva, ayant la même impression que si d'interminables années s'étaient écoulées depuis le moment où il avait franchi le seuil de ce salon.m La Photographie LA ROSE | A l'occasion des fêtes offrez votre photographie à vos amis.Prenez un engagement immédiatement.m m m m 468, RUE ST-DENIS, Larose a Larose Propriétaires TELEPHONE: EST 3377F & i LA REVUE MODERNE décemhru 1922 — Je vous remercie, dit-il avec une indescriptible ironie, du grand intérêt que vous avez bien voulu montrer pour mon avenir et que je n'oublierai jamais.Il la salua profondément.Elle répondit par un léger signe de tête.Comme au début de leur entretien, ses yeux étincelaient sous ses paupières un peu tombantes.Lorsque, quinze jours plus tard, Robert Noris débarqua d'Angleterre, il avait la preuve qu'Isabelle lui avait dit vrai au sujet de Charles Vincey.VII Le matin où, quelques jours après son départ de Vevey, Lilian était, selon son désir, arrivée à Ballaigues, elle s'était sentie prise de sympathie pour ce village de montagne; d'abord parce que Robert Noris l'avait aimé, s'était plu à y venir travailler, lui en avait parlé plusieurs fois; puis parce que le pays lui-même l'avait conquise au premier regard.Une telle sensation de calme se dégageait de cette solitude abritée, non encaissée, par les cimes du Jura, noires de sapins dont l'odeur parfumait l'air vivifiant!.Elle avait l'impression bizarre de se sentir protégée par ces montagnes mêmes qui semblaient faire bonne garde autour d'elle.La colonie anglaise était assez nombreuse à Ballaigues; mais ceux qui la composaient lui étaient étrangers.Tous lui faisaient bon accueil, voyant son charme, et aussi la jugeant une riche héritière.Elle le savait et un petit sourire amer errait sur ses lèvres quand un mot ou un détail trahissait l'opinion flatteuse que l'on avait d'elle.— S'ils connaissaient la vérité, ils se détourneraient de moi, pensait-elle avec un sombre découragement.Elle était devenue d'humeur sauvage.Cette société qu'elle trouvait autour d'elle lui était pénible; et si elle avait écouté son seul sentiment, elle se fût dérobée à toutes les invitations, à toutes les réunions qui la rapprochaient des autres habitants de l'hôtel.Pourtant, afin de rassurer lady Evans, inquiète à son sujet, elle ne repoussait pas toutes les avances qui venaient à elle.Seulement elle avait perdu sa belle gaieté, son rire joyeux et sonore; et sa vivacité originale de pensée et d'expressions l'avait abandonnée.Elle causait bien encore quelquefois avec une animation presque fiévreuse; mais un observateur eût vite remarqué combien les paroles qu'elle prononçait paraissaient lui être indifférentes.Jamais Lilian ne prononçait le nom de Robert dont elle ne savait rien.Pas un mot n'était venu de lui! De Vevey, plusieurs lettres avaient été renvoyées à lady Evans; mais celle qu'il devait lui adresser de Genève ne s'y trouvait point mêlée.Ah! elle avait bien réussi à établir entre eux une séparation irrévocable! Mais, quelquefois, au fond de son cœur, une révolte grondait qu'il eût accepté sa décision sans protester, sans lutter pour la vaincre, qu'il n'eût pas deviné qu'elle lui avait donné seulement un prétexte, et tenté de la rejoindre pour lui arracher la véritable raison de son départ.Pourtant, même s'il avait souhaité la revoir, comment eût-il eu la pensée qu'elle pouvait être dans ce village solitaire ?N'avait-elle pas tout fait pour qu'il ignorât où elle se trouvait, pour le détacher d'elle?Ne lui avait-elle pas surtout adressé une lettre?.Ah! cette lettre! "Vous avez eu grand tort de l'écrire, Lilian, puisqu'elle ne contenait point la vérité", avait dit lady Evans."Vous avez eu grand tort!" Que de fois les mots lui étaient revenus, durs, implacables, lui broyant le cœur.Certes! si elle avait commis une faute alors, elle en était cruellement punie! Il y avait, dans la montagne, un sommet qu'on appelait le Signal de Ballaigues.Dès son arrivée, elle se l'était fait indiquer, se souvenant que Robert y était venu souvent.Et, chaque jour, à l'heure où le soleil allait mourir, elle s'y rendait toute seule; elle s'asseyait sur une roche d'où la vue s'étendait très loin; et la pensée reprise par le souvenir des heureux jours, elle restait les yeux perdus vers l'horizon admirable des Alpes, toutes de neige, qui, sous le reflet pourpre du couchant, se rosaient, devenaient insensiblement mauves, puis violettes, et disparaissaient enfin dans une brume d'un gris de perle.Surtout, elle aimait à regarder vers le lointain bleu où frémissaient les eaux du Léman, au pied de Vevey.Elle les contemplait jusqu'à la dernière minute où il lui était possible de les apercevoir, jusqu'au moment où tout se voilait sous l'ombre grandissante qui enveloppait étrangement vite les villages dans la vallée.Alors, un peu frissonnante sous l'humidité du soir tout proche, elle redescendait vers le village par les sentiers déserts.Elle se plaisait aux longues courses qui, la fatiguant, parvenaient à l'endormir d'un sommeil sans rêves; car elle redoutait ses réveils subits dans la nuit, alors qu'une vision bienheureuse lui avait donné l'illusion de la présence de Robert.Alors, parfois, tandis qu'elle était là, immobile, la tête abandonnée sur l'oreiller, les paupières grandes ouvertes dans l'ombre, quand rien ne la distrayait de son chagrin, il lui venait le désir fou d'écrire à Robert que jamais elle n'avait douté de lui, de l'appeler par un mot pour lui tout expliquer! Oh! comment lui.CADEAUX UTILES DE NOËL ET DU JOUR DE L'AN Services à déjeuner, en broderie et en dentelle Italiennes, composés de 13 et 25 morceaux: ronds, ovals et rectangulaires.Le prix varie de $12.00 à $50.00 le service.647 Ouest, Rue Ste-Catherine On fait le point d'ourlet.Téléphone: Uptown 1360 Nous vendons les parfums français.si perspicace, avait-il pu croire aux caractères froids de sa lettre, plus qu'aux paroles tombées de ses lèvres frémissantes quand elle lui répondait dans l'allée du parc.Mais si, par hasard, il venait, quand il serait là, devant elle, que lui dire?La vérité ?Rien qu'à cette pensée, son visage devenait brûlant.S'il se fût agi d'elle seulement, elle eût maintenant fait bon marché de son orgueil et accepté sans hésiter, pour obtenir le droit d'être réunie à lui, la souffrance de l'instruire elle-même du douloureux secret.Mais c'était à lui surtout qu'elle songeait, et elle se disait qu'elle n'avait pas le droit de lui demander une pareille preuve d'amour.En vain, lady Evans tentait de l'encourager, de lui rendre confiance dans l'avenir; elle n'avait plus foi.— Tante, que voulez-vous que j'espère ?Vous ne pouvez pas empêcher que le passé n'existe et qu'il ne soit impossible de m'épou-ser à un homme qui tient à sa réputation.La voix jeune avait un accent de désespoir calme, en prononçant ces mots.Le chagrin avait atteint Lilian en plein bonheur, au plus profond du cœur; et il se trouvait des moments où son âme ne savait plus où se prendre, des moments où, contemplant le portrait de sa mère, elle se prenait à murmurer, avec un désir ardent d'être exaucée: — O maman, maman, prenez-moi avec vous, c'est trop dur et trop difficile de vivre! Elle avait si bien fait le vide autour d'elle, dans son désir de fuir ceux qui pourraient connaître son origine, qu'aucunes nouvelles d'amis ne lui parvenaient plus.— Lilian, une lettre pour vous! dit cependant un soir lady Evans, comme elle rentrait d'une promenade dans le village.— Pour moi ?tante Katie.Elle prit l'enveloppe que lui tendait lady Evans.Soudain, son cœur avait des battements éperdus.Il faisait trop sombre pour qu'elle pût reconnaître l'écriture, et elle dut rassembler toute sa volonté pour ne point gravir en courant les marches du perron afin de gagner le vestibule éclairé.La faible rougeur qui avait un instant coloré son blanc visage s'effaça.Non, ce n'était point Robert qui lui écrivait! La lettre que tenaient ses mains tremblantes venait d'Enid.Elle allait l'emporter, indifférente, pour la lire; mais elle aperçut lady Evans qui l'avait suivie et attendait, anxieuse.Elle devina que sa tante avait eu la même pensée qu'elle au sujet de la lettre, et, s'efforçant de parler, la voix indifférente, elle dit: — Ce sont des nouvelles d'Enid, tante.Je vais les lire tranquillement, puis je me coucherai; je suis un peu lasse.Bonsoir, chère tante.L'émotion qui l'avait ébranlée dans une espérance folle la laissait sans force.Elle s'assit, épuisée, et regarda, de ses yeux tristes, bien loin dans la nuit.Un souffle léger, parfumé de senteurs balsamiques, arrivait jusqu'à elle par la fenêtre restée ouverte, soulevant le rideau de mousseline.De même que jadis, à Vevey le soir où elle avait, pour la première fois, parlé de Robert avec Enid, un admirable croissant de lune illuminait les profondeurs bleues de l'espace assombri; et la cime découpée des montagnes se dentelait merveilleusement sur l'horizon plus clair.Elle demeurait immobile, et, sans qu'elle en eût conscience, une à une, de grosses larmes ruisselaient sur son visage.La saveur amère lui imprégnant les lèvres la rappela à elle-même.Alors elle se redressa, aperçut la lettre jetée sur la table près d'elle, la prit et commença à lire: "Ma Lilian chérie, pourquoi restes-tu ainsi sans m'écrire, sans repondre à la lettre que je t'ai adressée il y a plus de trois longues semaines ?Tu étais plus confiante à Vevey décembre i*>22 LA REVUE MODERNE M quand nous parlions d'une personne qui t'intéressait tant.Te souviens-tu ?" Si elle se souvenait!.— Pourquoi Enid me parle-t-elle de tout cela?murmura-t-elle d'un accent douloureux et bas.Je voudrais tant oublier! La lettre lui semblait poignante à lire; pourtant elle continua: "Tu m'avais écrit que je ne devais plus jamais te parler de lui, et je t'ai obéi.Je t'obéirais même encore, si je ne croyais aujourd'hui, pour ton bonheur même, devoir aller nmlri- Ion désir.Hnti-nds-nioi bien, ma Lilian; Robert Noris est ici, à Lugano.En ce moment, je le vois de ma chambre, qui arpente avec mon père une allée sous ma fenêtre."Ma chérie, j'ai tenu la promesse que je t'avais faite de ne point dire où tu étais., mais je me demande si je fais bien en t'obéis-sant.Je suis sûre que M.Noris est venu à Lugano, sachant que nous y étions, afin d'obtenir de tes nouvelles.Le premier jour, comme pour s'acquitter d'un devoir de politesse, il s'est informé de lady Evans et de toi; et je lui ai répondu par quelques mots brefs, car, je ne sais pourquoi, je m'imaginais qu'il avait mal agi à ton égard, ma Lilian.Puis, hier, je me suis mise à parler de toi, avec les enfants, à me souvenir de notre séjour à Vevey; et malgré moi, pensant que tu étais triste, mon aimée, je t'appelais "ma pauvre Lilian", quand j'avais à prononcer ton nom."Je ne croyais pas que M.Noris, arrêté à quelque distance, m'entendit; mais je me trompais.Plus tard, comme je me trouvais dans le salon, il est venu s'asseoir près de moi et m'a dit de sa manière grave, avec ce regard qui oblige toujours à lui donner une franche réponse: " — Sans le vouloir, tantôt, j'ai surpris l'une de vos paroles dont je voudrais bien avoir l'explication.; seriez-vous assez bonne pour me la donner?En parlant de Mlle Evans, vous paraissez la plaindre; lui est-il arrivé un malheur?" — Je ne sais, ai-je dit; Lilian ne m'a écrit que quelques lignes; mais elles étaient si brèves! Autrefois, quand nous étions séparées, elle m'envoyait des volumes! Il y a tant d'années que nous sommes amies! Jamais, avant ces derniers jours, nous n'avions eu de secret l'une pour l'autre." Il a insisté avec un singulier accent: "Jamais?" J'ai répété: "Jamais!" Et j'en avais le droit, n'est-ce pas?ma Lilian."Alors il m'a parlé de notre enfance, m'a interrogée avec quelque chose de si vibrant et de si triste dans la voix, que moi.qui le matin même eusse été charmée de lui être désagréable, je me suis efforcée de lui donner sur toi tous les détails dont je me souvenais.Ils avaient l'air de lui paraître si bons à entendre! et je voyais bien qu'il s'intéressait à toi, Lilian, comme à Vevey.Aussi je ne comprenais plus, je ne comprends plus ce qui se passe entre vous.Chérie, ne veux-tu plus m'accorder ta confiance ?Dis-moi ce que tu souhaites que je fasse.Tu sais bien que je te suis dévouée du fond du cœur." La lettre tomba sur les genoux de Lilian.En elle, venait de se réveiller plus ardent que jamais le désir de ne plus soutenir son rôle d'indifférence aux yeux de Robert, de lui révéler qu'elle s'était éloignée pour un motif grave, si grave que ses lèvres n'avaient pu se résoudre à le prononcer.El la tentation d'agir ainsi était si forte qu'elle se leva pour aller écrire les mots qui se pressaient dans sa pensée.Mais son mouvement même l'arrêta.A quoi bon cette lettre! Ne regrettait-elle pas déjà celle qu'elle lui avait adressée ainsi, emportée par une folle etjpremière impulsion ?Si cette fois encore Sanatorium PREVOST INCORPORÉ Ikstitution Unique Située à CARTIERVILLE, P.Q.À 30 MINUTES DE MONTREAL t » ?—•:• Affections du Système Nerveux CURE DE REPOS, DE RÉGIME ET DE DÉSINTOXICATION, MALADIES DE LA NUTRITION Dr ALBERT PREVOST Médecin légiste de l'Université de Paris, Professeur de Neurologie de l'Université de Montréal, Professeur de clinique de maladies nerveuses à l'Hôpital Notre-Dame.Dr EDGAR LANGLOIS Assistant à la clinique de neurologie à l'Hôpital Notre-Dame, Spécialiste en maladies nerveuses.Dr CHS.-A.LANGLOIS Assistant Radiologiste à l'Hôtel-Dieu.Radiologiste.PAS DE MALADIES MENTALES OU CONTAGIEUSES ADMINISTRATION: - - - ROCKLAND 4052 DÉPARTEMENT DES MALADES 1S88 Ecrirez pour prospectus elle allait se tromper! Elle devait attendre; et puis quand elle serait plus calme, elle s'efforcerait de faire ce qui lui paraîtrait juste et bien.N'était-ce pas déjà une douceur inespérée de savoir que Robert ne l'avait point rejetée tout à fait de sa pensée., même plus, semblait encore aimer à parler d'elle?Le lendemain vers la fin de l'après-midi, elle sortit pour sa promenade de chaque jour dans la montagne; et quand elle fut assise à sa place accoutumée, elle prit la lettre d'Enid pour la lire la relire, bien qu'elle la sût désormais par cœur.Mais soudain elle releva la tête, croyant avoir entendu prononcer son nom; et ses mains s'ouvrirent et la lettre d'Enid glissa sur le sol.Debout devant elle, était Robert Noris.Elle se leva toute droite, incapable de dire un mot, -de faire un geste, presque effrayée de cette réalisation d'un reve cru impossible; mais son regard bleu avait un indicible rayonnement.— Vous n'avez pas même une pauvre M LA REVUE MODERNE décembre l')22 parole d'accueil pour moi.Lilian?Etes-vous donc si irritée que je sois venu sans votre consentement ?dit-il sans cesser de la contempler, comme s'il eût eu peur qu'elle ne lui échappât encore.D'un coup d'oeil, il avait lu la tristesse des jours écoulés sur le jeune visage effilé et pâli, dans lequel les yeux paraissaient immenses.Avant qu'il eût fini de parler, d'un geste irréfléchi, elle avait mis ses deux mains dans celle qu'il lui tendait, ainsi que le matin où il l'avait quittée à Vevey.^—Irritée?répéta-t-elle avec une voix de rêve.Oh! non, il me parait si bon de vous voir! Et pourtant.pourquoi, oh! pourquoi êtes-vous venu?Qui vous a dit que j'étais ici ?— Votre amie, à Lugano.Elle n'a pas été sans pitié, comme vous! Elle a compris que, pour notre bonheur, je devais vous parler, et elle m'a révélé où vous étiez cachée, Lilian, afin que je pusse venir vous demander pourquoi vous m'avez si durement repoussé.— Mon Dieu, mon Dieu! fit-elle remuée jusqu'au fond de l'âme par cet accent dont il parlait et qui résonnait plein d'une douceur grave dans ce grand silence de la montagne.— Lilian, continua-t-il du même ton, Lilian, vous souvenez-vous qu'un matin vous m'avez promis d'être ma femme "dans la joie et dans la peine".?Et pourtant, vous vous êtes reprise tout de suite! — Parce qu'il le fallait, dit-elle faiblement; et le flot des pensées torturantes monta soudain dans son âme avec une irrésistible force.Le jour où je vous ai fait la promesse dont vous parlez, je croyais en avoir le droit ; mais, le soir même, j'ai appris qu'une raison très grave me défendait de devenir votre femme.— Et vous n'avez pas voulu même me faire connaître cette raison! Pourquoi, Lilian, ne m'avoir pas demandé ce que je pensais de l'obstacle auquel vous faites allusion ?— C'était impossible! fit-elle passionnément.— Et voilà pourquoi vous m'avez écrit des D'abord le jeune garçon ensuite l'homme.Votre garçon-ou n'importe quel garçon-a le droit de s'attendre à recevoir de ses parents, tout ce qui peut le plus efficacement l'aider dans la lutte pour la vie, quand il sera devenu un homme.Préparez son avenir — $10.00 épargnés chaque mois durant son éducation lui donneront $1399.00 en banque dans dix ans.LA BANQUE ROYALE DU CANADA.choses si cruelles; vous avez voulu me faire douter de vous! Pourquoi vous êtes-vous calomniée ?Elle l'interrompit: — Oh! pardonnez-moi.j'ai eu tort.mais je souffrais tant, je ne réfléchissais plus! Je savais seulement que je ne pouvais plus vous revoir, que je devais tout faire pour vous détacher de moi, car, cela, il le fallait absolument!.— Lilian, répondez-moi, je vous en supplie.Aviez-vous donc pour moi si peu d'affection que vous acceptiez ainsi sans hésitation l'idée que nous ne nous retrouverions peut-être jamais ?Elle avait une telle soif de sincérité que l'aveu jaillit de son cœur tout frémissant.— Parce que votre bonheur m'était mille fois plus cher que le mien, je me suis résignée à être séparée de vous.Du moins, j'ai essayé de me résigner! Un sourire étrangement lumineux passa sur la physionomie grave de Robert et détendit ses traits.— Alors écoutez-moi, Lilian.Vous m'avez demandé tout à l'heure pourquoi j'étais revenu ?C'est que je ne vous avais pas rendu votre parole, moi, que je vous considérais toujours comme mienne et voulais retrouver mon trésor.Seulement.Sa voix devint basse et tendre comme s'il eût eu peur de l'effrayer.— Seulement, ce n'est plus Lilian Evans que je désire pour femme, mais Lilian Vincey.Elle se rejeta en arrière avec un cri d'indicible souffrance et cacha son visage dans ses mains.— Mon Dieu, vous savez!!! Oh! qui vous a dit?— Alors vous pensez que je vous aurais ainsi laissée disparaître sans chercher à connaître le motif qui entraînait ma Lilian à se dérober à sa promesse?— Mais maintenant, vous le connaissez!.Pourquoi êtes-vous ici ?Pourquoi me rappelez-vous mon pauvre rêve fini?J'ai trop souffert, je n'en puis plus! Les mêmes mots lui venaient aux lèvres que sa mère avait prononcés des années auparavant.Il l'enveloppa d'un regard de suprême tendresse: — Ma pauvre petite enfant, murmura-t-il.Et il écarta les doigts minces qui voilaient le visage pâli.— Lilian, mon enfant chérie, regardez-moi.Vous me demandez pourquoi je suis venu vous trouver?Est-ce que vous ne le savez pas?Est-ce que depuis longtemps vous n'avez pas compris à quel point je vous aimais.Et maintenant que je vous ai près de moi, aurez-vous le courage de me repousser?Elle eut la tentation de répondre à cet amour qui s'offrait à elle en dépit de tout, d'oublier auprès de cet homme la douloureuse épreuve qu'elle venait de traverser, de s'abriter sous sa protection dévouée.Mais elle l'aimait trop pour ne pas songer à lui seul, malgré l'élan de sa jeune âme qui l'emportait vers le bonheur possible.— Oui, je dois vous repousser, reprit-elle, raidie contre son ardent désir.Je ne puis être votre femme! Je ne puis vous apporter un nom déshonoré.Je ne veux pas que vous puissiez être insulté peut-être à cause de moi.Dans Paris, tout le monde connaîtrait bien vite cette cruelle histoire.Ce qu'elle disait là, il y avait réfléchi depuis le jour où Isabelle de Vianne lui avait fait sa terrible révélation, depuis qu'en Angleterre, il avait appris tous les détails du procès de Charles Vincey.L'âme déchirée et irrésolue, il était arrivé à Lugano sachant y trouver encore la famille Lyrton, altéré d'entendre parler de Lilian.Était-elle responsable, elle, du crime de son père, le seul qui eût f:iilli dans les deux vieilles et respectables familles dont elle descendait ?Et cependant il avait hésité.Sévère, inflexible sur les questions d'honneur, jaloux que pas une ombre ne passât sur sa réputation d'homme, il avait hésité, jusqu'au jour où les confidences d'Enid lui avaient révélé que Lilian souffrait, lui prouvant en même temps que la jeune fille avait toujours ignoré la malheureuse destinée de son père.Alors les scrupules hautains qui l'arrêtaient avaient été emportés comme des feuilles mortes par un tourbillon de tempête.Et maintenant qu'il l'avait revue, qu'il la retrouvait toujours la même, délicate jusqu'au scrupule, qu'il subissait de nouveau le charme de sa jeunesse franche, passionnée et fière.il comprenait qu'aucune insulte ne serait capable de l'atteindre quand elle, l'aimée, serait près de lui.— Lilian, reprit-il avec la même tendresse absolue et grave, il ne faut plus songer au passé, ni à un malheureux homme qui a expié durement ses folies, mais à tous ceux de votre famille qui ont été des gentilshommes, à votre mère, dont le nom est sans tache.Il faut oublier, comme je le fais, cette triste histoire dont bientôt personne ne se souviendra plus.Il faut avoir confiance en moi surtout, ma Lilian.Je vous jure que jamais un mot offensant ne pourra monter jusqu'à vous.Il vit qu'elle allait parler.mais il l'arrêta d'un geste.Il ne voulait plus entendre une parole de refus tomber des lèvres chères.Autour d'eux, c'était toujours ce grand silence qui permet aux âmes de se parler; à peine, au loin, une faible sonnerie de clochettes Dans cette brève minute de silence, Robert Noris eut la vision rapide de son existence passée dont le vide l'avait si souvent accablé; ce but suprême de la vie qu'il avait tant désiré rencontrer, il le possédait enfin; il lui était donné de se dévouer, jusqu'au sacrifice de son légitime orgueil d'homme, au bonheur d'un être cher.— Lilian, acheva-t-il, et sa voix résonnait suppliante, j'ai vécu longtemps isolé, même au milieu de la foule, triste jusqu'au plus profond de mon âme, avec la conviction désolante que je dépensais inutilement mes heures; aujourd'hui, tout ce que je n'avais pas, tout ce dont le manque m'a si souvent fait souffrir, vous pouvez me le donner.Vous êtes toute ma joie, tout mon espoir; par vous seule, je puis être heureux.Ma chère aimée, n'écoutez plus votre orgueil.Ayez pitié de moi, et, comme à Vevey, dites que vous serez ma femme.Elle avait courageusement lutté, mais elle était vaincue.Elle le regarda de ses yeux pleins de lumière; et alors, sans un mot, elle vint s'abattre palpitante et brisée sur ce cœur de sceptique qu'elle avait rendu capable d'aimer et de croire, et qui lui appartenait désormais tout entier.— FIN — GASTON DEMERS Spécialité: Extraction des Dents sans Douleurs 1150, St-Hubert St-Louis 679 Ouvert le soir 75 décembre l'>22 LA REVUE MODERNE 47 Les Potins de Chiffonnette J'AI passé d'admirables vacances dans des endroits merveilleux du Québec et de l'Ontario où la Compagnie du Grand Tronc m'a transportée d'enchantement en enchantement.C'est ainsi que j'ai visité le Parc Algonquin, un des paradis terrestres, car il y en a plusieurs maintenant que le vrai est devenu introuvable! De là, je retraverse Montréal, mon vieux Montréal qui en ce moment éblouissait de poussière et avait sa grande allure de don César de Bazan sous ses oripeaux.J'y croisai les Américains de tous les âges et de toutes les conditions qui étaient venus payer à Québec l'hommage qui d'année en année, devient de plus en plus enthousiaste.Les mauvaises langues leur attribuent des intentions intéressées, mais pourquoi n'aimeraient-ils pas Québec pour lui-même.N'est-ce pas la terre la plus belle et la plus libre de l'Amérique ?Comme je trouvais bonnes ces vacances! J'avais été si malade ce dernier hiver et sans la cure de repos dans la retraite si belle, si confortable, si réconfortante du Sanatorium Prévost, dans la splendide institution de Cartierville, où j'ai connu l'intelligence des meilleurs soins, et la douceur d'une sympathie agissante, je ne jouirais plus de la vie que tant j'aime! Je ne saurais onblier donc que si ie puis jouir en ce moment de toutes les beautés de la vie, je le dois au Dr Albert Prévost, et aux bienfaits d'un séjour dans son hôpital particulier.Mais j'ai besoin de revoir mon nord et ses montagnes et de fuir l'air empesté de ma vieille ville.Cette fois, c'est le Pacifique qui m'emporte au milieu des plus beaux paysage à travers des chemins taillés dans le roc et qui grimpent en faisant mille méandres.J'y devais passer de longs jours dans une solitude que j'avais eu soin d'avance d'embellir, en cueillant chez Déom une collection de livres français et de revues appropriés à tous mes états d'esprit.Chez Granger, j'avais également fait provision de joli papier à lettre de la plus fine élégance qui devait faire pâmer d'envie mes plus chics amies.J'avais également demandé à M.Gariépy de me choisir les plus jolis livres canadiens, et le choix était exquis, je ne vous dis que ça! Mais un volume de Bourget demeurait introuvable que je découvris tout de même à la librairie Pony avec quelques autres aussi aimables de nos modernes.Je promenais donc une bibliothèque ambulante.Mais aurait-on l'idée d'aller à la campagne sans y traîner tout un bazar de livres.C'est beau la Nature, mais il faut chauffer ses enthousiasmes en lisant de belles descriptions dans de beaux livres.Ainsi on oublie les piqûres des moustiques! Je partais les nerfs détraqués, et l'humeur en marasme.D'une jeune fille aimable et follette, la nervosité faisait un être inendura-ble.Mais avec mes bouquins, j'emportais ma nourriture du Dr Chase.Quel bienfait je lui dois à ce docteur-là, et avec quelle sincérité je le recommande à tous les détraqués jeunes et vieux qui sentent leurs nerfs les tirailler! Je commençais à me croire oubliée dans ma retraite, étroitement cernée de hautes montagnes, où les bruits du monde ne parviennent pas, et à me désoler un brin de ne rien recevoir, quand m'arrive un samedi soir, une boite longue et fine dont je devinai le contenu.Un parfum de roses s'en exhale et quelles roses! Belles comme sait les choisir M.Victor Lemieux qui, après avoir fait la guerre, vit aujourd'hui dans les fleurs au centre du florissant commerce que tenait anciennement Ed-Gernaey.C'était l'ami, qui se rappelait ainsi discrètement à mon souvenir.Je compris l'appel que me criaient ces roses et le lendemain, remise de toutes mes fatigues, rafraîchie et reposée, je m'en reviens vers la cité reprendre le train-train de ma vie si remplie, mon Dieu, si remplie.D'abord, je cours acheter ma Revue Moderne.Que voulez-vous que fasse une femme chic sans sa revue où elle trouve tous les magasins à fréquenter, tous les coins à explorer, toutes les suggestions pour la mode, la beauté de la lecture, et que sais-je encore ?Elle sait tout, et renseigne sur tout.C'est la grande amie.Ma petite maison me fait fête, elle est grande comme quat'sous, mais si artistiquement agencée, si vous la voyiez.C'est un artiste qui l'a composée dans tous ses détails, qui en a choisi l'ameublement, les tentures, les papiers, qui y a accroché les cadres et disposé les bibelots.Tout y est d'un cachet charmant, je vous l'affirme, et avec d'autant plus de laisser-aller que je n'y suis pour rien.J'avais appris par notre revue qu'Armand DesRosiers était l'artiste à consulter avant de décider de son ameublement.J'y allai donc dans ce Studio de Luxe, où tout est œuvre d'art.Un monsieur à belle moustache m'y fit accueil.Nous convînmes de tout.Et dans un rien de temps, et avec un montant léger en somme, je me trouvai installée dans un coin ravissant avec de larges fauteuils.— larges, c'est une manière de parler, mais si harmonieusement proportionnés au style et à la grandeur de mon "home".Je vous raconterai quelque jour, par le menu les détails de mon chez-moi.Qu'il vous suffise de savoir aujourd'hui que c'est ravissant, oui, ravissant! Donc, j'y arrive contente de retrouver mes affaires.D'abord le bain, mon joli bain blanc qui m'appelle; je me plonge avec délices, en humant le parfum de mon savon Pears, vous imaginez bien que je n'en connais pas d'autre! Puis, comme je veux avoir une peau claire douce et veloutée, que je veux être un peu belle avant de revoir l'ami qui m'envoie de si belles fleurs au fond du nord, c'est la crème orientale de Gouraud que j'utilise, la fameuse crème qui donne à votre peau, une blancheur tout à fait naturelle! Comment font les femmes qui n'utilisent pas ce triple et précieux produit du savon médécinal, du Cold cream et de la Crème orientale de Gouraud?Je me le demande sérieusement, en me regardant, si fraîche, dans la glace que le Studio de Luxe m'a fournie pour ma toilette ?Il y a des femmes qui ne se soucient ni de leur beauté ni de leur taille.Elles s'engouffrent dans le premier corset venu, sans songer que le Dominion Corset a la Diva, le Goddcss et autres marques qui s'adaptent à tous les genres de taille, les réforment et les disciplinent.Il y a vraiment des femmes qui méritent d'être déclarées laides et inélégantes puisqu'elles refusent d'utiliser les merveilleux moyens que l'industrie moderne offre à leur beauté et à leur grâce.Je viens de recevoir à l'instant, un choix de lingerie fine que Madame Tancrède Trestler-Mongenais.la délicieuse artiste modiste de l'avenue Laurier, a choisie à mon intention.Comme c'est joli tout cela, doux et harmonieux! Madame Mongenais que vous avez du goût, et que je le bénis votre goût qui me donne l'impression, ainsi parée, que je suis un précieux bibelot de femme, ce qui ne m'empêche pas, vous savez, vous autres, qui pincez les lèvres, que je suis également une femme sérieuse et charitable, oui charitable, puisque je vais tout à l'heure porter une boite d'Aspirine Bayer à Henriette qui vient de me téléphoner qu'elle crève du mal de tête.— As-tu pris de l'Aspirine?lui ai-jc demandé tout naturellement.— Mais oui, des douzaines! Des douzaines, c'est impossible.Mais à propos, de quelle 48 LA REVUE MODERNE déi embre 1022 marque ?Henriette me nomme une marque inconnue.A-t-on jamais vu se bourrer de remèdes qui ne sont pas réputés, tandis qu'il y a Bayer.Et il_ faut que j'aille secourir Henriette et la guérir, puisque ce soir nous allons entendre ensemble les œuvres du grand compositeur canadien, Alexis Contant, tn Ritz-Carlton.Quelle fête ce sera, émouvante et réconfortante, et quelle joie de rendre ainsi hommage à l'immense talent d'un compositeur canadien-français.Car si je vous semble futile à vous conter tout ce qui me passe par la tête, je suis tout de même une patriote, pas à la manière d'Armand Lavergne, non, mais une, tout de même! Comme je vais endosser la petite bottine que m'a vendue Thomas Dussault, le bott icr de toutes nos élégantes, une douleur horrible me mord le petit orteil.Horreur! j'ai un cor, un affreux cor! Que vais-je devenir ?Je ne puis tout de même pas chausser un vieux soulier, qui jurerait avec ma toilette.Et je suis ennuyée, ennuyée, quand soudain, je pense à Freezone.Non, mais étais-je bête.J'avais Freezone, et j'allais souffrir! Vite, une application, et c'est guéri.Le vrai miracle.Ma bottine me semble légère tandis que je trottine mon kodak sous le bras vers la Photographie Larose.J'ai dans ce kodak et dans les films qui l'accompagnent tous mes souvenirs de l'été.Non, mais est-ce gentil un Kodak canadien?M.Larose me dit: "Vous voulez que je vous développe tous ces films.Ce sera facile et satisfaisant.Avec le Canadian Kodak, on ne rate jamais sa photo." Je suis contente.J'ai confiance dans mon kodak et dans mon photographe.En sortant de là, je rencontre Marie C, belle à ravir, et qui renifle en m'approchant: "Oh! que tu sens bon! ' Je te crois, — que je réponds, — je me parfume au Coty! — Mais le Coty, coûte horriblement cher ?Cela dépend, si tu vas le chercher chez Paul Bergeron, tu auras du Coty, Ernest, pour les dames, à un prix fort raisonnable." Marie qui est affreusement imiteuse s'en va de son pas rapide vers la pharmacie Bergeron, et elle dira ce soir, au thé de chez Kerhulu et Odiau, où l'on mange de si bons gâteaux et des chocolats à la Marquise de Sévigny, oui, ma chère, ou elle a trouvé cette senteur exquise.Mais en me retournant, je me frappe sur la petite Madame C, qui traîne son bambin de sept ans qui rayonne et me crie: Mam'zelle Ch i-fonnette, j'ai ma banque de Noël, moi aussi." Qu'il est gentil ce mignon dans sa joie de thésaurisateur, et comme la Banque d'Ho-chelaga a eu une heureuse idée d'inviter ainsi les petits, et les grands aussi à pratiquer une sage économie.Madame C.veut m'ex-pliquer qu'elle a trouvé cette annonce dans la Revue Moderne et qu'elle a été ravie d'intéresser son petit à cette caisse de Noël.Il a déjà son livre de banque à la Banque d'Epargne.Cela lui en fera deux, continue la jolie Madame X., on ne peut jamais trop leur apprendre le chemin des banques.Bravo! comme c'est bien! Nous causions encore quand, poussant une voiture, nous aperçûmes l'une de nos amies, maman d'un ravissant bébé, éblouissant de santé.Comment c'était-là le petit poussin sans plumes que nous croyions voué à la mort, quelques mois avant, et la mère victorieuse d'expliquer que si son bébé déborde de santé, si ses yeux sont brillants et ses joues rouges, elle doit ce bienfait au Lait Borden qui alimente uniquement son superbe rejeton."Quand à moi, tcrmine-t-elle, pour expliquer sa mine florissante, je prends mon Bovril régulièrement, et mes troubles d'estomac ont disparu." Mais le Horlick! — fait Mme X., quel lait délicieux aussi!" Et quand son bambin entend ce mot, le voilà qui pleurniche pour qu'on lui donne son lait favori.Je laisse les mamans à leurs confidences, car j'ai un rendez-vous pour trois heures chez Desjardins, le grand magasin de fourrures où je me paie le luxe d'un manteau d'écureuil, je ne vous dis que ça! Ce que je suis chic là-dedans; je m'admire dans toutes les glaces du grand magasin, et je vois des Américains qui me lorgnent sans se gêner, projetant, cela se voit, d'en acheter de semblables à leurs femmes et à leurs filles.Je suis très contente de moi quoique mon compte, mon beau compte de la Banque de Montréal va s'en trouver allégé pour un moment.Je ménagerai plus les mois suivants pour réparer la brèche, et d'ailleurs je n'aurais pu nulle part ailleurs que chez Desjardins m'acheter un aussi beau manteau à d'aussi doux prix.Puis une course chez Jaeger pour me choisir les souples sous-vêtements et les chandails élégants dont j'ai un pressant besoin, et je me rappelle soudain que le dentiste m'attend à trois heures et demie.Au coin de la rue, je rencontre Raoul qui sortait de la Banque Royale, où il dépose tous ses fonds, et il parait qu'il est riche.Tant mieux, car M.Raoul est l'heureux élu de Chiffonnette, et pour savoir dépenser de l'argent, elle est un peu là Chiffonnette! Raoul me fait fête.Seulement je remarque que ses yeux sont battus, et il m'explique qu'il vient de perdre son vieil oncle et qu'il vient de prendre avec la Société Coopérative de Frais Funéraires tous les arrangements pour les funérailles qui auront lieu le lendemain — "Mon oncle laisse une jolie fortune et l'homme d'affaires averti laisse tout son patrimoine entre les mains de l'Administration Générale.En ma qualité d'héritier, je suis ravi, très content." Cela me ramène au chapitre de mes propres affaires: — Puisque vous allez en ville, mon vieux Raoul, vous seriez bien aimable de prendre une assurance sur mon mobilier à l'agence de la Royal, chez Hurtuhise et Saint-Cyr, et de passer chez Lamontagne payer cette dernière malle garde-robe qui est un vrai bijou.Vous la verrez.Raoul est l'homme complaisant par excellence, et vous avez toujours l'air de lui rendre service en le bourrant de commissions — "Cela va très bien, me dit-il, je dois passer également chez Fortier acheter un Mimeograph qui nous est indispensable au bureau, arrêter chez Derome commander de ces magnifiques fleurs artificielles que j'ai promis d'offrir à ma tante Rose qui les adore."Cher Raoul que vous allez donc me rendre heureuse, et je vous demande pardon de vous quitter si vite." Le Docteur Arthur Beauchamp m'attendait, et il me fit en douceur le travail que je redoutais.Je n'avais rien senti."Cela ne m'étonne pas fait le docteur, un bon dentiste ne fait jamais mal." Et cela me rappelle que Phrosine qui ne jure que par le dentiste Gaston Demers m'a fait la même remarque l'autre jour.Mais je vais au Ritz ce soir, — et je ne suis pas coiffée.Un coup de téléphone chez Punde et Boehm, et je serai tout-à-l'heure l'une des plus jolies femmes de Montréal.J'ai promis à Criquette, ma petite amie de lui adresser de la musique.Vite tout de suite ,une course chez Raoul Vennat, où je me laisse tenter par de délicieuses broderies, et le tramway m'amène chez Morency, où je fais choix d'une peinture de Lamarchc et d'estampes anciennes et modernes qui vont enchanter celles qui les recevront pour étrennes.Puis me voilà en quête d'un service d'argenterie d'un modèle élégant.J'ai mon affaire: Un nom me traverse le cerveau: Community Plate, et comment penscrai-je à une autre marque quand je sais que celle-là est la plus pratique.Il me faut encore une nappe, une vraie qui fasse pâlir de jalousie quelques bonnes amies, et je cours chez Cahill où je fais un choix de toiles merveilleuses et de dentelles ravissantes, puis dare-dare au Greenwich Shop, où en attendant l'heure du thé, Gabriclle.Yolande et Germaine dévalisent le comptoir où l'on trouve des merveilles.Ces demoiselles organisent des bridges et le Greenwich Shop offre de délicieux prix.Puis c'est le thé, et l'on cause, cause.Tout d'abord des sandwiches et au jambon Contant, nous n'en voulons pas d'autres, et du thé Blue Bird, s.-v.-p., c'est le seul qui soit vraiment bon, et quel arôme! respirez-moi cela!.Ces gâteaux si légers et si exquis ont été faits avec de la poudre Magic affirme Germaine qui s'y entend.Gabriclle nous explique que le joli brimborion avec lequel elle joue, est la Parfumette du Beaver Trading qui dégage un parfum exquis, et ne coûte qu'un dollar, et de cela nous glissons à Piver, à ses parfums, à ses lotions, à ses poudres.Mon Dieu que les femmes sont donc tentées! susurre Gabriclle qui vient de réclamer à grands cris le Ketchup Clark pour donner plus de piment encore à ses sandwiches.Je remarque tout à coup que le nez, le tout petit nez de Yolande est surmonté d'un délicat binocle."Mais, il a bien fallu que je m'y résigne, heureusement que la maison Carrière et Sénécal m'a pourvu de ce gentil petit machin qui tient tout seul et ne pèse pas une plume.Puis pendant que je suis en frais de passer mon monde en revue, je constate que Germaine a perdu ce vilain duvet qui ombrageait malencontreusement sa lèvre supérieure.Yolande qui voit tout avec son pince-nez me glisse: "Elle a usé du Vazelo".Bonne idée qu'elle a eue là, cette chère Yolande.Ga-brielle se penche tout près de nous et raconte: "Vous savez que je me suis fait tirer les cartes, mais oui, par Madame Berthe, et ce qu'elle m'a dit de choses.j'en rêve!" Vite réclame Germaine qui raffole de tout cela, vite ta Waterman, ma petite, que j'enregistre cette adresse.Et tandis que Germaine écrit, Yolande se met à vocaliser à mi-ton."Peste la jolie voix!" Il parait que j'ai une fortune dans le gosier, et c'est depuis que je vais à l'Ecole de Musique de Montréal.mais oui, vous savez bien fondée par Madame McMillan, ô la bonne école."J'y serais allée moi-même déclare Gabrielle, si je n'avais eu maman à soigner, maintenant que nous avons auprès d'elle, l'une de ces excellentes gardes Ville-Marie, je vais pouvoir suivre des cours.Pendant que j'étais à la maison, j'ai soigné ma peau, et vous devez constater que mon teint s'est singulièrement amélioré, et grâce au Lait des Dames Romaines, que je vous recommande.Nous n'avions plus ni sandwiches ni thé.Allons sauvons-nous maintenant.A la maison, je trouve ce billet de Henriette: "Merci, tout va bien.Ton remède a opéré, et pour te prouver ma gratitude, je t'envoie un flacon d'Houbigant.Tu m'en diras des nouvelles." Cette chère Henriette! Dans la cuisine je trouve Annette gémissante et éternuante.Une grippe sans doute.Vite, ma vieille, un verre de Riga et une prise de Nazaline Chretien-Zaugg, et vous ne sentirez plus aucun mal.C'est votre rein Annette, qui fait des siennes.Demain, vite à la consulation du Dr J.M.E.Prévost, vous savez le fameux spécialiste pour les maladies comme la votre, qui a sauvé mon oncle qui était cependant condamné, et qui se porte aujourd'hui comme le Pont Neuf.Annette se désole de n'avoir pas préparé un dîner soigné comme si elle ne savait pas que je ne mange le soir que du Riz Soufflé (Puffed Rice), et qu'aucune nourriture ne vaut celle-là pour nous tenir en bonne santé et de belle humeur! décembre 1922 LA REVUE MODERNE Puis tandis que je savoure mon petit souper, Annette m'explique que ma cousine a téléphoné pour savoir le nom de cet institut qui prépare les jeunes gens à passer leurs brevets.l'Institut Laroche, c'est ça, et elle aura oublié la brave cousine qui oublie tout.Je regarde autour de moi, et je suis surprise de voir que les meubles reluisent comme autant de miroirs.Annette rassénérée par mes*bons remèdes m'annonce triomphalement qu'elle les a tout passés à l'Impérial Ioco Liquid Gloss dont l'annonce lui est apparue dans la Revue Moderne.Bonne et soigneuse et dévouée Annette, va! Mais toutes ces courses m'ont fatiguée; je me laisse aller tout doucement sur le divan, après m'être soignée avec cette merveilleuse Vaseline au menthol de Chesebrough qui me délivre immédiatement de tout mal de tête.Et tandis que je me repose, j'entends comme dans un rêve vibrer le timbre de la porte d'entrée.Annette arrive avec des petits paquets.J'ouvre fébrilement, car je suis aussi curieuse que je suis gâtée: un délicieux bouquet de corsage de chez McKen-na dans l'un, et dans l'autre un ravissant rang de perles de chez Scott et Bousquet.O mon Raoul, que tu es délicieux et que je t'aime.Cette fois, je songe à le rendre heureux, très heureux, et quand nous serons mariés.Le voyage de noces en Europe, hein, et par la Ligne Française encore! Car je n'imagine pas que l'on puisse en choisir une autre! Chiffonnette.A NOS ABONNES Nous serons reconnaissants à ceux de nos abonnés qui ont jusqu'ici négligé de régler leur prix d'abonnement de vouloir bien se mettre en règle avec notre administration, dans le plus bref délai, afin d'empêcher des demandes réitérées de notre part, demandes qui nous sont pénibles mais auxquelles nous ne pouvons nous soustraire, tenus que nous sommes de rencontrer de lourdes et périodiques échéances.LA DIRECTION.AGENTS DEMANDES La Revue Moderne demande des Agents dans toutes les parties du pays et des Etats-Unis.Très haut percentage payé.Prière de s'adresser au Gérant de LA REVUE MODERNE.147, rue Saint-Denis, Montréal.Tel.Est 1418 Porte Plume îdealWaterman Le Père de Tous Le plus approprié des cadeaux de Noël ou du Jour de l'An.Cette plume qui ne fait jamais défaut est par sa qualité supérieure et sa beauté un souvenir constant de votre v 1 souci de plaire et de votre bon jugement Modèle régulier, île sûreté, à remplissage automatique $2.50 à $25.00 Empaquetage spécial des Fûtes Choix d'assortiment et d'essai dans tous las.meilleurs magasins 179 me St.Jacques.Montréal New York San Francisco Boston Loadon LA REVUE MODERNE est éditée par Mme Madeleine Gleason-Huguenin, 147, rue Saint-Denis, Montréal, et imprimée par la Cie d'Imprimerie Moderne, 39, rue Dowd, à Montréal.Adresse postale: Casier 35, Station N.Montréal.Téléphone Est 1418. S) LA REVUE MODERNE décembre 1922 NOËL ! NOËL ! jk DEMI-AVEUGLÉS par le tourbillon incessant des gros flocons /\ de neige, dont le vent les saupoudre, deux passants hâtent le * * pas, et marchent en baissant la tête, pour se défendre contre cette bise qui cingle.— "Nous y voilà" s'écrie une voix fraîche de jeune fille qui, désignant de la main la façade éclairée d'une maison, s'arrête un instant pour regarder la silhouette sombre d'un vieil arbre tordu et dépouillé, sur les branches duquel se pose délicatement une neige moelleuse et éblouissante, que la bourrasque n'enlève qu'en partie.Puis il y a aussi le petit jardin de givre et de glace.Mais une porte s'est ouverte et, de l'intérieur, une voix virile appelle les visiteurs: "Entrez les fiancés, venez vous réchauffer à la flamme de Noël!" Entouré, félicité, le jeune couple répond à celui-ci, à celui-là, puis Jeannette, la joyeuse Jeannette, qui a fini par enleva à son amie son manteau et ses fourrures, l'entraîne vers le petit salon où se célèbre la fête du vingt-cinq décembre.Sur le seuil, Simonne s'immobilise.—"Que fais-tu ?" demande Jeannette."Ah!.lu veux l'assurer que ton fiancé te suit.Trop de zèle, ma mie." "Tais-toi, moqueuse, que Louis se tire d'affaire seul, je regarde les enfants autour de leur arbre.Quelles frimousses à croquer!" "Allons, les petits, souhaitez le bonjour et beaucoup de bonheur à votre amie Simonne et à son fiancé," dit une jeune femme qui s'avance de la pièce voisine, la main tendue aux arrivants.Les enfants s'exécutèrent bruyamment, et la petite Paule, l'aînée, qui a presque huit ans et une curiosité très éveillée, s'enquiert près de son oncle Charles, de ce que peut être "un fiancé." "Trop fort pour moi," répond celui-ci, "à un autre de te renseigner.Paillette".Et son œil interrogeant le nouveau venu, Louis R.dit en riant: "Qu'est-ce que c'est.mais c'est tout comme moi!" Paulette ne semblant guère satisfaite de cette réponse, tante Lucie, qui caresse consciencieusement un chien de laine blanche, que Gabi vient de déposer sur ses genoux avec la recommandation d'en prendre bien soin, demande à sa nièce: "Est-ce selon ton goût, au moins, Paulette, un fiancé?Tu ne dis rien?" L'enfant hésite un peu, puis répond en toute sincérité: "Je ne sais pas".Le goûter des petits est servi.Toutes les bonnes volontés sont réquisitionnées en l'honneur des convives, puis quand, le repas terminé, les enfants regagnent leur paradis terrestre: "Au tour des grands enfants," dit madame L.Au salon, Gabi brandit avec enthousiasme une lettre qu'elle vient de découvrir, dissimulée entre les branches du sapin, et le petit Jean vient chercher maman et tout le monde pour voir ce document.Un délai est demandé, puis la maîtresse suit ses hôtes et remet discrètement un peu d'ordre dans le désarroi des jouets et des meubles.L'air solennel, l'œil amusé, monsieur L.regarde la lettre que s'empresse de lui remettre Gabi.Il annonce qu'il va en donner lecture, et sa femme suggère de supprimer l'éclairage électrique et d'accomplir cette cérémonie à la lueur des bougies de l'arbre, qui.symbole et souvenir de cette fête des enfants, doit briller de son propre éclat.Voici que le sapin resplcn- Le petit salon où se célèbre la fête du 25 décembre -, _________f dit tel un bouquet de féerie: ses scintillantes et pâles petites flammes, seules avec la flambée du foyer, éclairent maintenant la pièce.On s'installe.Le petit Jean appuie sa tête èbourriffêe sur les genoux de sa mère, puis, en demi-cercle, se placent Paulette qui arrange avec soin sa robe brodée, Robert et Guy caressant du regard un jeu de quilles et une locomotive qui gisent dans un coin, et Gabi, la btondine.qui tient urf'bonbon à la main.Puis, un silence parfait régnant,monsieur L.lit à haute voix, scandant chaque phrase de Saula-Claus: "Mes chers petits enfants je n'ai pu présider aujourd'hui votre fête de Noël.Je sais que vous avez de bons parents qui se chargeront de vous remettre avec mes bons souhaits, les dons de l'enfant j'ésus.Je suis bien vieux, bien usé, Saint-Nicolas, de même, est loin d'être jeune, et il y a tant de petits pauvres que nous secourons et égayons de notre mieux, que notre temps est bien employé à recueillir les offrandes de jouets, de friandises et de vêtements que les gens charitables nous réservent à l'époque de la fête du petit Jésus.Puis-je compter, qu'en souvenir de voire plaisir d'aujourd'hui, vous vous efforcerez de ne pas briser vos jouets pour pouvoir, l'année prochaine, offrir à vos petits camarades pauvres, ce dont vous serez lassés ?Ils sont contents de peu, ces petits abandonnés, maiscomme ils sont nombreux, il faut beaucoup de jouets, beaucoup de bonbons! A une autre année, mes amis.Votre tout dévoué, Santa-Claus.La lecture de ces recommandations patriarcales produit des effets divers.Les uns répriment leur envie de rire, Simonne glisse à son amie Jeannette, que ce "style lui est d'une tournure familière," ce qui fait hausser les épaules de cette dernière, qu'on soupçonne sur de simples indices sans valeur, dit-elle.Robert songe qu'on lui gâte un peu son plaisir, en lui rappelant de prendre soin de sa locomotive.Paule n'est pas disposée à donner de suite le joli petit lit où elle va laisser dormir Laurette, sa poupée blonde.Mais Gabi, qui a le cœur sur la main et qui, d'ailleurs, s'est rassasiée de friandises, examine le contenu.entamé d'un cornet de bonbons et les met de côté.pour l'année prochaine.Puis la lassitude de ce jour de brouhaha diminuant l'ardeur des enfants, madame L.leur recommande de se tenir tranquilles "pour écouter la musique que Simonne va leur faire, n'est-ce pas ?" "Certainement," acquiesce la jeune fille.D'un geste de la main, elle arrête Jeannette qui veut augmenter le luminaire."Non, non, j'ai assez de clarté.Je sais de mémoire ce que je veux vous chanter".Les messieurs s'éloignent un peu pour déguster leurs cigares, tout en ne perdant rien de la scène.Les bébés se blottissent dans des bras complaisants.La chanteuse commence un délicieux "Noël" d'une voix argentine.Un écho vibre lorsqu'elle prononce les paroles du refrain.Il enchante si bien ses amis, que personne ne songe à parler de suite, lorsque le dernier accord cesse de résonner.les enfants parce que le sommeil les gagne.les autres parce que leur oreille entend encore l'ingénuité exquise du chant que Simonne a traduit par une harmonie si légère qu'elle semblait un blanc flocon de neige que le vent n'entraînerait pas, mais qu'il aiderait à flotter dans l'atmosphère.Québec, décembre 1922.ODILE. décembre 1922 LA REVUE MODERNE 51 l Le Sphinx Blanc (suite) par GUY CHANTEPLEURE l l ! «4 Résumé du Premier Chapitre.—Gabriel Régnier, peintre de grande valeur avait épousé Bérengère de Croix-Plessis qui lui avait laissé en mourant une fille, Sylvette.Cette enfant vient de rentrer auprès de son père après avoir reçu son éducation dans une pension renommée.Gabriel Régnier a gardé de chaleureuses relations d'amitié et de famille avec un seul parent de sa femme François de La Teillais, conseiller d'ambassade à Londres.Gabriel Régnier soufre d'une maladie de coeur, qui une nuit l'emporte brutalement.Sylvette manque mourir de douleur, dans son testament et une lettre le peintre a recommandé sa fille à M.de La Teillais, son meilleur ami, et il exprime le voeu que François aime et marie Sylvette.Vers midi, elle reçut la visite du médecin qui, sur ses instances énervées, l'autorisa à se lever.Quand elle eut revêtu son uniforme, noué à la manche d'une étroite cravate de crêpe, Sylvie fut conduite à Mlle Decharme qui, lui épargnant l'émotion de revoir aussitôt ses compagnes et de recevoir leurs condoléances, l'installa dans le petit salon où les élèves ne pénétraient qu'appelées par la directrice.Pensant qu'elle préférait être seule, Mlle Decharme s'éloigna sous un prétexte et ne revint qu'au bout d'un quart d'heure.— Ma chère enfant, commença-t-elle, voici M.le comte de La Teillais qui.Mais déjà, d'un élan, François de La Teillais entrait, allant à Sylvie.Il était très pâle, il avait les yeux rouges, ses lèvres tremblaient."Sylvie, ma pauvre petite Sylvie, nous sommes bien malheureux." Une sorte de cri déchira la gorge de Sylvie.Il avait dit nous, lui! Il souffrait! Il avait pleuré.De toute sa détresse éperdue, la jeune fille regarda La Teillais, puis, brusquement avec un sanglot, elle se jeta dans ces bras amis qui se tendaient vers elle.VII Lorsque la dépêche de Me Lecoutellier lui était parvenue, François se trouvait à Paris, arrivé depuis la veille, en congé régulier et officiellement avisé de sa nomination de ministre plénipotentiaire au poste qu'il avait souhaité.Il était parti le soir même, bouleversé, malheureux, quittant tout dans sa hâte de répondre au funèbre appel.Sylvie le voyait chaque jour.Ce fut par lui qu'elle voulut savoir les détails qu'on avait pu recueillir sur la maladie, les derniers moments de son père.Des visites de son tuteur, de l'heure ou du moment qu'il passait à la pension Decharme, Sylvie avait fait inconsciemment l'espoir, l'attente, l'intérêt quotidien de sa vie d'orpheline, de sa pauvre vie désorganisée et encore indécise.On eût dit qu'en laissant, à François, sa fille bien-aimée, M.Régnier avait pu faire passer de son cœur au cœur de l'enfant, la confiance absolue dont ce legs était une dernière preuve.Depuis qu'elle se savait sous cette protection à laquelle elle s'abandonnait sans lutte, sans crainte, Sylvie s'était déchargée du soin de songer à l'avenir.Elle n'ignorait pas cependant que, nommé ministre au Japon, son tuteur dût la quitter, mais il ne partirait que dans six semaines ou deux mois.Dans la langueur morale ou elle était peu à peu tombée, il lui semblait vaguement que le jour de ce départ ne devait jamais venir.Puis M.de La Teillais lui avait promis que.d'ici là, il arrangerait pour elle une vie qui serait paisible et douce; il lui avait parlé de cette dame à qui son père mourant avait rêvé de la confier et qui était si bonne, si aimable et si seule.— Dans quelques jours, je verrai Mme Prévost, avait-il dit, elle a perdu il y a bien longtemps déjà, son unique enfant qui avait alors votre âge.et elle est dans la vie aussi isolée que vous-même.C'est pourquoi, je voudrais vous laisser à elle, Sylvie.Je suis sûr qu'elle vous aimerait tout de suite, et que vous l'aimeriez bientôt.Sylvie en venait à s'imaginer que Mme Prévost n'était plus pour elle une étrangère.Au bout d'une dizaine de jours, La Teillais dut quitter Angers et vint faire ses adieux à Sylvie.Il déplorait de s'éloigner ainsi, au moment où l'année allait finir, à la veille de ces jours de fête qui rendent la solitude plus lourde et qui mêlent au chagrin une si subtile, une si cruelle amertume.Le 1er janvier, Sylvie recevrait un envoi de Paris, des livres, un joli bibelot pour sa nouvelle chambre, et puis une longue lettre.— Comme vous êtes bon, fit la jeune fille, oh! si bon, si bon! Je ne sais pas bien vous dire, mais je n'oublierai jamais ce que vous avez été pour moi.Elle parlait doucement, la voix un peu émue, en levant sur François ses grands yeux d'eau bleue, ses yeux tendres et confiants.Près de la porte, elle dit gentiment: "Au revoir, mon tuteur!" puis, d'un mouvement très simple de fillette reconnaissante, elle tendit son front.Et François baisa en souriant les blondes bouclettes qui s'obstinaient à danser, rebelles à la discipline de la grosse natte sévère.Demeuré seul, il haussa les épaules.Etait-il possible que son ami eût sérieusement songé à le marier avec cette enfant ! Il eût été navré que le plus léger soupçon du vœu émis par Gabriel, que la moindre arrière-pensée, quelle qu'elle fût, pût troubler, maintenant ou jamais, l'heureuse simplicité, la cordialité paisible des rapports affectueux qui s'étaient établis d'eux-mêmes, entre lui et sa toute jeune pupille, et auxquels il tenait vraiment.Pauvre petite! En quittant la pension Decharme, La Teillais alla prendre congé de Mme Lecoutellier, qu'il trouva seule.— Quand nous revenons-nous ?demanda-t-elle comme il se disposait à partir.— A la fin de la semaine prochaine si c'est possible.J'espère, qu'alors, tout sera convenu, fixé pour Sylvie Régnier et qu'il ne me restera plus qu'à la conduire à Mme Prévost.Librairie PONY, 374, Ste-Catherine, Est, MONTREAL Téléphone: Est 2855 Sur réception de la somme de $1.00, nous vous expédierons par poste 5 volumes à choisir parmi les titres suivants: TARTARIN DE TARASCON par Alphonse Daudet.EDDY et PADDY, par Abel Hcnuand.POIL de CAROTTE, par Jules Renard.SAPHO, par Alphonse Daudet.EDUCATION de PRINCE, par Maurice Donnay L'ACCUSATEUR, par Jules Claretie.LES FRÈRES ZEMGANNO, par E.dcGoncourt LE RÊVE, par Emile Zola SONIA, par Henry Greville.TARTARIN sur les ALPES, par Alphonse Daudet.Messieurs les Ronds de Cuir, par Courtelinc LES DEUX SOEURS, par Paul Bourget LE FANTOME, par Paul Bourget MIARKA la fille » l'Our», par Richepin L'EAU PROFONDE, par Paul Bourget LA FAIBLESSE HUMAINE, par P.Margucntto UN CRIME d'AMOUR, par Paul Bourget COMPLICATIONS Sentimentales, par P.Bourget La FORTUNE d'ANCÈLE, par André Theurict PAPA, par Louis de Robert Le MENACE du PASTEUR NODIER, E.Rod LE CHATEAU de SABLE, Henry Hirsch L'HOMME qui ASSASSINA, ClaudcFarre.ro LES CŒURS UTILES, Paul Adam IMPORTANT: Veuillez nous donner, en plus des ouvrages demandés, plusieurs titres susceptibles de remplacer ceux qui pourraient manquer au moment où nous parvient votre commande 52 LA REVUE MODERNE décembre 1922 — Pauvre enfant! Il doit être facile de l'aimer! Et vous savez que, si vous ne m'aviez pas dit que son père tenait à ce qu'elle vécût a Paris, je me serais très volontiers chargée d'elle, fit Mme Lecoutellier très simplement de sa douce voix maternelle.Vous témoigne-t-elle de la confiance, de l'amitié?— Beaucoup.Nous sommes, elle et moi, d'excellents amis.Pour peu, je l'aurais emmenée au Japon.Voyez, Madame, combien tout se fût trouvé simplifié si je n'avais pas eu la sottise de rester jusqu'à ce jour le célibataire endurci auquel vous avez adressé tant d'aimables sermons! — Ou si le beau projet de ce pauvre M.Régnier vous avait paru acceptable, suggéra Mme Lecoutellier avec un sourire.La Teillais eut un geste éploré.— Oh! Madame, supplia-t-il, ne revenons plus sur cette chimère de mon malheureux ami, et oubliez-la, je vous en prie.J'aurais dû la taire, même à vous.— Nous sommes, mon mari et moi, les gens les plus discrets du monde, reprit l'excellente femme; le secret professionnel, vous savez! J'oublierai votre confidence.demain, je vous le promets, mais, aujourd'hui, je ne puis m'empêcher de penser.— Quoi ?chère Madame.— Oh! je suis très romanesque, sans qu'il y paraisse! moi, continua Mme Lecoutellier en riant de toute sa gaieté tranquille.Et je trouve que ce serait très gentil ce petit mariage! La Teillais eut l'air consterné.— Hélas, Madame, j'ai trente-six ans! Ce ne serait pas un petit mariage, ce serait une grande folie! Je vous assure que je ne me sens plus assez jeunet pour jouer au ménage et à la poupée.Moi amoureux de Sylvie! Mais Sylvie n'est qu'une enfant.Et puis.Son air désolé s'accentua: — Et puis, aurait-elle cinq ou six ans de plus que.Voyons, ma chère, ma bonne madame Lecoutellier, comment voudriez-vous que je fusse amoureux de cette jeune fille! moi!.moi qui ai eu toute ma vie le culte, l'adoration de la beauté! Mais elle est laide, la pauvre enfant! — Oh! laide! elle a des yeux superbes! —Des yeux superbes, mais c'est le fait de tous les laiderons! Je l'aimerai tant qu'on voudra comme une soeur, mais comme une femme!.ah! chère madame, je me connais, jamais, jamais.Alors, si je l'épousais, je pourrais bien avoir le cœur plein de pitié, de sympathie, je n'en ferais pas moins d'elle un être extrêmement malheureux, et, vous savez, sans le vouloir, elle me le rendrait bien! — Peut-être, d'ailleurs, Sylvie aurait-elle été la première à sourire à l'idée de son père.Elle n'a que seize ans! Aux yeux des jeunes filles de cet âge, un homme qui a passé la trentaine est presque un vieux.— C'est juste, approuva La Teillais.Cependant, il ne s'en était pas avisé tout seul.et, au premier moment, la remarque de Mme Lecoutellier lui fut vaguement désagréable.VIII Les cours avaient repris dès les premiers jours de janvier à la pension Decharme et, pour échapper à une oisiveté énervante, Sylvie s'était imposé le devoir de les suivre jusqu'au retour de M.de La Teillais.Cependant, elle avait peine à chasser le malaise qui la troublait dans cette existence transitoire.Elle avait hâte maintenant d'en avoir fini avec l'attente, hâte de voir s'abaisser devant elle le voile brumeux qui lui cachait encore les êtres et les choses au milieu desquels elle allait vivre, et, à se dire qu'en ce moment même, quelqu'un s'occupait d'elle, de son bien-être futur, apportait au soin de lui épargner ou de lui adoucir toute épreuve, un dévouement ferme et intelligent, une grande paix descendait en elle.Quand ses compagnes l'interrogeaient sur cet avenir, mystérieux à tant d'égards, vers lequel elle marchait, elle répondait invariablement: "Mon tuteur a dit ceci.Mon tuteur a décidé cela" ou encore: "Je demanderai à mon tuteur.je ferai ce que mon tuteur jugera bon." Jacqueline Lecoutellier qui, retenue chez ses parents par la convalescence d'une attaque d'irmuenza, n'avait reparu à la pension De-charme que plusieurs jours après ses compagnes, vit avec horreur qu'en son absence, la "petite Régnier" était devenue le "chou-chou" de ces dames et l'héroïne de la maison.Quelques heures suffirent pour que le "Mon tuteur" de la pauvre Sylvie lui eût abîmé les nerfs.Et le surlendemain, pendant la récréation , sa rage éclata.Après avoir joué à quatre mains, les deux jeunes filles remettaient, dans l'armoire où l'on serrait la musique les cahiers qu'elles en avaient sortis une heure auparavant.Elles se trouvaient en tête-à-tête.— Est-ce que tu continueras tes leçons de piano, à Paris?demanda Mlle Lecoutellier.— Oh! oui, certainement, et puis, je prendrai aussi des leçons de chant.Mon tuteur a dit que je devais avoir une joli voix, répondit innocemment Sylvie.A ces mots, Jacqueline se redressa, un volume de sonates à la main.— Ton tuteur, ton tuteur! fit-elle, ah! ce que tu deviens assommante avec ton tuteur, ma pauvre Régnier! Vraiment, j'en suis à regretter pour toi que ce beau Monsieur n'ait pas apprécié les projets de ton père! — Les projets de mon père, répéta Sylvie étonnée.Qu'est-ce que.— Tu ne sais pas ?reprit Jacqueline.Ton père aurait désiré que M.de La Teillais devint ton mari, ma chère.Il l'avait écrit la veille de sa mort, à papa ou à M.de La Teillais lui-même.Nos boîtes à étiquette quadrillée acquièrent une grande réputation Faire les achats pour Noël et le Jour de TAn est un passe-temps agréable au Nous avons en magasin des quantités d'objets des mieux appropriés pour CADEAUX, qu'il soit possible de se procurer en ville, et convenant à chaque! bourse et à chaque circonstance.CRKNWtC SHCP 469, rue Guy MONTREAL Téléphone: Uptown 4789 Sèchement, impérieusement Mlle Régnier interrogea: — Qui t'a dit cela?— Oh! personne! je l'ai su par hasard.J'étais malade, j'avais les yeux fermés, on a cru que je dormais, alors, comme j'ai l'oreille très fine, j'ai entendu quelques mots de papa et de maman.M.de La Teillais a dit à maman qu'il espérait bien n'être aimé de toi que comme un tuteur, et qu'il ne voulait pas t'épouser parce que tu étais une petite fille.et puis.— Et puis ?insista Sylvie.— Et puis.Tu veux que je te dise?Et puis parce qu'il te trouve laide, là! Le visage de Sylvie s'était bouleversé, très pâle, mais, presque aussitôt, il se remit.— Eh bien! riposta-t-elle, il a raison M.de La Teillais, pour lui, je suis une petite fille, et pour tout le monde, même pour moi, je suis laide! Sans compter que l'idée de l'épouser ne me serait guère venue.Il est le meilleur, le plus sage, le plus affectueux des tuteurs, voilà l'important.Mais, je ne vois pas le tome II des sonates, est-ce le cahier que tu tiens?Et l'on eût pu croire que.pour l'instant, rien n'intéressait plus Sylvie que le sort de ce tome II des sonates.Mais le soir, quand le sommeil de la maison l'eut enveloppée de solitude et de silence, elle pleura longtemps, blottie dans son oreiller.Elle sentait bien maintenant — et c'était là une révélation plus étonnante que celle dont méchamment Jacqueline l'avait accablée — elle sentait bien qu'hier, comme aujourd'hui, elle n'eût pas souhaité de plus parfait bonheur que ce bonheur incomparable d'être la femme de François de La Teillais.Et cependant personne, peut-être, n'eût pris au sérieux son secret, si elle l'avait confié! Elle était toute petite, elle avait l'air d'une fillette, alors, elle n'avait pas le droit d'aimer comme une femme.M.de La Teillais lui parlait ainsi qu'on parle aux enfants.Et puis, elle était laide, aussi laide qu'il était beau, lui! "Oh! je voudrais être jolie.munr.ura-t-elle.et lui plaire.et n'être plus une petite fille.et qu'il m'aime.qu'il m'aime.qu'il souffre de m'aimer! Oh! je voudrais.je voudrais!." IX Mme Prévost attendait Sylvie — sa filleule, comme elle disait déjà — avec une affectueuse impatience.La jeune fille habiterait chez son aimable protectrice une grande chambre, haute, ensoleillée, qui donnait sur le parc Monceau, et dont La Teillais et Mme Prévost avaient choisi les tentures et les meubles, de jolis meubles laqués, d'un Louis XVI très pur, puis elle disposerait encore d'un petit salon qu'elle aurait le plaisir de décorer au gré de sa fantaisie, où elle pourrait réunir les souvenirs qu'elle voulait emporter du Clos-Belloy, les tableaux, les objets d'art, les livres que son père avait aimés.Sylvie écoutait, très blonde, très pâle, dans la robe noire qui avait remplacé maintenant son uniforme de pensionnaire.De temps à autre, elle disait: — Je vous remercie, oui, tout sera très bien ainsi, Monsieur, vous avez pris beaucoup de peine.Comme il allait la quitter, après cette visite de retour, il lui prit tout à coup les deux mains et l'emmenant dans l'embrasure de la fenêtre, au grand jour, il la regarda longuement, attentivement.— Qu'avez-vous ?interrogea-t-il.Est-ce que quelqu'un vous a peinée, blessée.?Elle secoua la tête en détournant les yeux décembre 1922 LA REVUE MODERNE sa — Pourquoi me demandez-vous cela ?— Parce que je ne vous retrouve plus telle que je vous ai laissée ?Qu'avez-vous, Sylvette ?dites-le moi franchement ?je veux le savoir.— Je n'ai rien, Monsieur.— Rien ?vraiment ?— Vraiment! — Eh bien.si, vous avez quelque chose.Et d'abord, je veux voir vos yeux.La Teillais tenait toujours les mains de la jeune fille sans brutalité, mais très fermement ; elles ne pouvaient s'échapper.— Je suis bien telle que vous m'avez laissée, mon tuteur, très reconnaissante de vos bontés pour moi.Seulement, j'ai beaucoup réfléchi, pendant votre absence, j'ai essayé d'être plus raisonnable, de me reprendre un peu après.après avoir eu tant de chagrin, et j'y suis parvenue.Voilà.Maintenant, Sylvie regardait l'ami de son père.Ses yeux étaient sereins comme un beau ciel.Quand la porte se fut refermée sur La Teillais, Sylvette eut un sourire un peu triste et un peu ironique tout ensemble, puis, à son tour, très doucement, elle baisa ses deux mains.Le départ pour Paris eut lieu à la date fixée Mme Prévost attendait les arrivants à la descente du train, et l'enfant avait à peine eu le temps d'entrevoir un joli sourire d'aïeule encadré de boucles blanches, que déjà deux bras très doux l'avaient saisie, que déjà des baisers très tendres, très maternels!.—-oh! des baisers "qui avaient l'habitude" ceux-là! — s'étaient appuyés sur ses joues.Alors, elle se mit à pleurer et ne put que balbutier tout bas en suffoquant: "Vous m'aimerez, n'est-ce pas?" Un mois plus tard François de La Teillais vint faire a Mme Prévost et à Sylvie sa dernière visite.Il devait s'embarquer le lendemain à Marseille.Sylvie avait une violente migraine, il ne la vit qu'un court instant, blême, les traits tirés, toute chancelante, dans son peignoir de laine blanche."Les petites femmes sont aussi ingrates que les grandes, pensait La Teillais en remontant dans la voiture qui l'avait emmené.Cette gentille Sylvie qui me témoignait une affection si franche, elle n'a plus d'yeux ni de sourire que pour Mme Prévost.Au moment de la séparation, j'étais plus impressionné qu'elle, ma parole d'honneur." DEUXIÈME PARTIE I ".La bonne nouvelle de votre retour m'enchante! Savez-vous bien, mon beau monsieur, que votre absence a duré plus de deux ans, que je suis vieille, et que Sylvie est jeune, et qu'il serait temps de songer à l'avenir de votre pupille et que — depuis trois ou quatre mois que la petite personne "va dans le monde" où elle est très entourée — ma prudence de marraine se sent en peine de votre sagesse de tuteur?"Sylvette est aimable, intelligente, et fort gentille, elle plait, je vous l'ai déjà dit; puis on la devine riche, ce qui ne gâte jamais rien.Vous pensez bien qu'on lui fait la cour et qu'il y a des chances pour que les demandes en mariage ne lui manquent pas."Bref, j'ai bien des choses sérieuses à vous dire et vous voyez que votre présence ne sera pas de trop."Dès le commencement de juin, nous profiterons, Sylvette et moi, de l'invitation de votre cousine Mme Gustave Morin, et nous irons respirer l'air des bois au Vésinet, mais nous n'y resterons guère qu'une huitaine.C'est donc rue Alfred-de-Vigny que nous attendrons le moment de nous embarquer pour Villers et que nous aurons la joie de vous revoir.Sylvie s'en fait une fête.Cependant, je dois vous avertir qu'elle parle autant de l'Alcyon et de votre voyage que de vous et de votre retour.Les gens qui sont tenus de naviguer bourgeoisement, sur le paquebot de tout le monde, lui inspirent une profonde pitié!" Le 5 juin, deux ou trois jours après son arrivée à Paris, François de La Teillais relut attentivement ce passage d'une longue lettre de Mme Prévost qui lui avait été remise bien des jours auparavant à Chang-Haï où l'Alcyon avait fait escale et qui, par suite de quelques modifications apportées à ses projets, se trouvait le seul message qu'il eût exactement reçu de sa vieille amie depuis son départ de Tokio."Elles sont au Vésinet et nous croient encore en mer, l'Alcyon et moi, pensa-t-il.Je passerai rue Alfred-de-Vigny ce soir, par acquit de conscience.Et demain, à l'heure du déjeuner, sans être annoncé, j'apparait rai chez les Morin ! Ce sera une vraie surprise." A la porte, une voiture l'attendait, il se fit mener au ministère des affaires étrangères.Vers deux heures et demie, il quitta le quai d'Orsay, enfila la rue Royale et flâna jusqu'à l'Opéra, les yeux grisés de cette incomparable vision de lumière, de joie et de beauté que lui rendaient soudain, sous le clair soleil de France, le printemps, les fleurs, les femmes de Paris.De temps à autre, un ami rencontré au hasard de cette lente et délicieuse ballade, l'arrêtait.Puis, au milieu de l'après-midi, le peintre Albert Janvier et sa jeune femme l'ayant attrapé au passage et enlevé dans leur voiture, il se trouva transporté tout à coup, à Neuilly chez la marquise de Miramon qui recevait, galment et superbement, comme d'habitude.Entraînée par l'élan généreux de ses compatriotes, la marquise de Miramon s'était mis en tête de secourir les sinistrés de la Martinique et elle avait organisé dans sa belle résidence du boulevard Richard-Wallace, une grande matinée de bienfaisance XVIIIe siècle.A l'intérieur de l'hôtel, dans le cadre clair du petit théâtre aux fraiches peintures d'éventails, on jouait du Marivaux et l'on chantait du Grétry.Une représentation réglée par un sociétaire de la Comédie et composée de Rose et Colas et du Jeu de l'Amour et du Hasard était donnée à laquelle tout invité de la marquise pouvait assister.Debout, au bas du perron.François de La Teillais causait avec la femme d'un de ses amis, une jolie marchande de fleurs, il lui semblait goûter à nouveau je ne sais quelle douceur de vivre dont il avait oublié la saveur.Un moment, il s'échappa vers le théâtre pour entendre un acte de quelque chose.On jouait le Jeu de l'Amour et du Hasard.La pièce était déjà fort avancée: Lisette, en ses atours de grande dame, et Pasquin, sous son habit brodé de gentilhomme, étaient en scène, l'un confessant qu'il était le valet de Dorante, l'autre avouant qu'elle était la suivante de Sylvia.Puis Lisette s'enfuit avec de grandes révérences folles, le vrai Dorante vint et, presque aussitôt, la vraie Sylvia, à qui Pasquin fit place."Comme elle est digne d'être aimée!" soupira Dorante en apercevant la jeune fille."Une charmante voix d'amoureux!" se dit La Teillais.Et, en même temps, avant d'avoir détaillé le visage de Sylvia, avant que Sylvia eût parlé, rien qu'à la voir entrer, à je ne sais quoi qui était de la grâce et de l'harmonie dans sa démarche, dans les plis miroitants de sa robe de taffetas rose, dans le port de sa petite tête sur un cou délicieux, un cou frêle, un peu long et très effilé, dans le reflet de son regard et l'expression de sa bouche, il se dit aussi que la remarque de Dorante se trouvait être, cette fois, singulièrement justifiée.Et soudain, François tressaillit.Il s'en fallut de peu qu'un cri ne lui échappât.Rêvait-il?Non.il ne rêvait pas! Ces yeux bleus, il les avait déjà vus.Voilà que Sylvia parlait avec la voix de Sylvie, de Sylvie Régnier! II Sylvie!.Maintenant.François la retrouvait toute et, même, il s'étonnait de ne l'avoir pas aussitôt reconnue.Mais, comme sans cesser d'être elle-même, elle s'était métamorphosée en femme, la Jïux (Bberefieurs du ïBeau A l'approche des Fêtes, n'avez-vous jamais pensé de prendre comme emblème d'amitié envers vos parents et connaissances " Les Fleurs " ?SATISFACTION ASSUREE Magasin de l'Ouest: Jardin d'Hiver: Magasin d'Outremont: 770.rue Ste-Catherine Ouest 689,.Chemin Cote-des-Neiges 232, Laurier Ouest Up.7078 - 7079 Wmt.3258 Rock.3300 LA REVUE MODERNE décembre 1922 fillette à la grosse natte blonde, au visage teme, aux mouvements gauches qui embrassait les fleurs du Clos-Belloy et pleurait avec un abandon si ingénu sur l'épaule de son tuteur! François n'en revenait pas! Il s'était certes bien attendu à ce que sa vieille amie lui présentât non plus une fillette, mais une jeune fille et à ce que cette jeune fille fût aimable, plaisante.Vaguement, il avait imaginé une Sylvette nouvelle assez différente de l'autre.Mais la véritable Sylvette, celle qui venait de lui apparaître sous la basquine claire et le bonnet de dentelle d'une soubrette de comédie.non, il ne l'avait pas prévue, il n'avait pas pu la prévoir.Il était indubitable que Sylvie Régnier avait vu le Jeu de l'Amour et du Hasard à la Comédie-Française et qu'elle s'efforçait de retrouver quelques-unes des intonations alors saisies.Elle jouait avec des conseils docilement reçus et des souvenirs précieusement gardés, mais elle jouait aussi, et comme malgré elle, avec sa nature, avec son âge, avec ce qui restait d'irrésistiblement individuel, dans son geste, dans son sourire, dans ses yeux.Et, miracle charmant, c'était aussi, en mêlant inconsciemment à son jeu d'élève inexpérimentée ce quelque chose de spontané, de non voulu, de non appris qui était le parfum, la marque subtile de sa personnalité de femme, qu'elle se rapprochait le plus, non pas de telle ou telle comédienne, mais de l'être imaginé par Marivaux, de cette adorable Sylvia, dont elle devait rendre les complexités infinies, l'émotion et la raillerie, la tendresse et la galté, la franchise et l'astuce et dont il semblait qu'elle fût précisément par le caractère de sa beauté, par la grâce fine des mouvements et de la voix, par le doux mystère enjôleur du regard et du sourire, une toute jeune et lointaine soeur."Cette gamine a eu pendant un moment autant d'amoureux qu'il y a d'hommes dans la salle," pensa François en souriant.La pièce finissait.On rappela trois fois les jeunes acteurs, puis, comme, le rideau tombé, La Teillais se frayait un passage dans la foule, au brouhaha des chaises remuées et Lxnw JÂhri-t.France On reconnaîtra votre charme au v s >in que vous aurez apporté dans le choix d'un parfum.Faites l'essai de TOMTEIJ AZUREA FLORAMYE MISMELIS SAFRANOR GERBERA TREFLE INCARNAT Choisisscz-cn un, et procurez le vous danslascriccomplètedcs Produits Pi ver PARFUMS, EAUX PETOILFTTE, LOTIONS.POUDRES.TALCS.SACHETS, ROUGE.CREMES.SAVONS.Etc.Dans tous les Etablissements de premier ordre.A.Girovx, représentant exclusif pour le Canada 46 Rue St.sî'exandre% Montréal.des conveisations reprises à voix haute, ses yeux rencontrèrent ceux de Mme Prévost.— Hé! grand Dieu, mon bon François?d'où sortez-vous?Et quand êtes-vous arrivé, s'écria la vieille dame, lorsque François l'eût rejointe près de la porte.—1 Je suis arrivé ce matin, chère Madame.L'Alcyon a mérité tous les éloges de Sylvette.Mais à votre tour, expliquez-moi ?Je suis ici par hasard.Je comptais passer ma journée de demain au Vésinet avec vous et les Morin.— Les Morin sont à Vichy avec leurs enfants.M.Morin a eu des crises hépatiques et les médecins ont ordonné une cure qui a tout naturellement changé nos projets.Alors, comme Mme de Miiamon a beaucoup insisté pour que Sylvie acceptât ce rôle.Elle l'a bien joué, n'est-ce-pas?— Si elle l'a bien joué ?s'écria La Teillais gaiment.Mais, c'est une petite Bartet que votre filleule, Madame.Au premier moment, je ne l'avais pas reconnue.Je comprends, ma foi, qu'on veuille vous la prendre.Ne pourrai-je pas la féliciter, cette jeune étoile ?— Cette jeune étoile a dû regagner sa "loge" au premier étage.Venez, je vous dirai si elle reçoit.A ce moment, il y eut un mouvement dans la cohue et, conduite par M.de Miramon, une grande jeune femme rousse apparut, traversant la salle, de la porte du vestibule à celle du jardin.Son chapeau lourd de plumes, posé un peu de côté sur sa coiffure bouffante et crépelée d'où s'échappaient de longues boucles, sa robe de gaze rayée, son fichu vaporeux, toute sa mise d'un style délicieux et d'une tonalité harmonieuse reproduisait le costume que porte Mistress Siddons dans le célèbre tableau de la National Gallery.En apercevant La Teillais, le portrait de Mistress Siddons avait souri, puis il avait répondu par un signe amical au profond salut qui lui était adressé.— Qui est cette belle personne ?interrogea curieusement Mme Prévost, lorsqu'elle eut atteint, avec La Teillais, le vestibule de l'hôtel et le grand escalier qui montait au premier étage.— La marquise Calini, Madame.— Une Italienne ?— Une Vénitienne.Mais, c'est à Londres que je lui ai été présenté, il y a longtemps, par sa sœur qui venait d'épouser lord Nevil.— Et vous lui avez fait la cour, naturellement ?— Naturellement, Madame.Nous lui faisions tous la cour à l'ambassade.Elle était la beauté de la saison.Mais n'est-ce pas sur cette galerie que donne la "loge" de Mlle Sylvette ?— Attendez-moi un instant.tenez, ici.Le premier soin de Sylvette en rentrant dans la chambre où elle s'était habillée avait été d'ôter sa perruque poudrée.Debout devant la psyché, !a tête légèrement rejetée en arrière, elle brossait et rebrossait avec un plaisir évident sa longue chevelure blonde qui voltigeait à la débandade et s'allumait d'é-claiis d'or sous la rude caresse du crin, tandis qu'assise sur une chaise basse et tendant complaisamment sa mignonne jambe de poupée à la femme de chambre, Mlle de Venange, en jupons de dentelle, échangeait ses bas bleu pâle contre des bas roses.— Etes-vous contente de nous, madame ?demanda Lisette, lorsque Mme Prévost entra.— Tout à fait, ma mignonne.Votre vieille amie s'est sentie très fière de vous.Et quel succès! Sylvette avait couru à Mme Prévost et l'avait prise par le cou.Le visage perdu dans l'enroulement de ses cheveux, elle se berçait, se câlinait sur l'épaule de sa marraine.— On vous a fait des compliments, marraine?— Beaucoup! Mais je gage bien que tu ne devineras pas de qui j'en ai le plus reçu! Sylvette souriait entre les mèches blondes.— De qui?Oh! ce n'est pas difficile à deviner.de.Un nom entr'ouvrait ses lèvres malicieuses.— De M.de La Teillais, ton tuteur, acheva victorieusement Mme Prévost.Sylvie eut un drôle de petit cri et, presque en même temps, elle se redressa, portant vivement à sa bouche son doigt où perlait une goutte de sang.— Oh! je me suis piquée, fit-elle, c'est votre broche, marraine.Elle était toute pâle.— Ma pauvre petite! tu t'es fait bien mal ?Mais déjà rassérénée, elle secouait la tête.— Ce n'est rien, je suis très douillette, vous savez, avoua-t-elle.Alors, mon tuteur est arrivé.Quelle surprise, marraine, quelle surprise! François n'attendit pas longtemps.Il y eut un bruit de porte.Des pieds menus trottèrent dans la galerie, et comme François se retournait, Sylvette parut.Elle accourait telle que sa marraine l'avait trouvée, l'or doux de ses cheveux couvrant son peignoir rose.— Comment, c'est vous, mon tuteur, c'est bien vous! disait-elle rieuse.Et affectueusement, d'un mouvement familier, du mouvement d'autrefois, elle tendait ses deux mains, elle tendait son front.— Comment c'est vous, ma pupille, c'est bien vous, répliqua François sur le même ton, en baisant ce front qui s'offrait.Mais au tout premier moment le geste de la jeune fille, ce geste de l'ancienne Sylvette accompli par la nouvelle, l'avait surpris, déconcerté.Décidément, il fallait s'habituer à la métamorphose.Il n'était pas encore parvenu à retrouver la fille de son ami Gabriel, l'orpheline à laquelle il avait promis de servir de père, dans la jolie personne qui, l'instant d'avant, jouait la comédie avec tant de grâce Contre le Rhume de Cerveau En «ente dans toutes les Pharmacies Le Dépilatoire Vazelo Eprouvé par 25 ans d'usage.— Effets infaillibles —$1.00 la boîte —Payable en argent ou en timbres de poste.Adresser commandes tt MADAME MARIE VAZELO Casier postal 35, Station N.Montréal décembre 1922 LA REVUE MODERNE =-5 ensorcelante, et qui, maintenant, toute parfumée encore de la poudre de Marivaux, lui faisait cet accueil quasi filial.Sans quitter les deux mains qu'il avait prises dans les siennes, il regardait Sylvette.— Oui, c'est bien vous! répéta-t-il.Etes-vous contente de revoir votre tuteur?— Oh! très contente.Elle parlait doucement, gentiment, un peu comme si elle l'avait rencontré la veille.11 souriait: — Vous avez beaucoup changé, Sylvette!.— J'ai grandi, n'est-ce pas?Moi qui avais si peur de rester petite! — Vous avez grandi, oui.et puis, il faut bien que je vous l'apprenne si, par grand hasard, vous l'ignorez encore.vous êtes devenue très jolie, ma chère pupille.— Très jolie, non, je ne serai jamais très jolie, seulement, j'étais laide.C'était dommage! Alors, la nature et moi, nous avons fait ce que nous avons pu.— Ne me la rendez pas orgueilleuse, s'il vous plaît, recommanda Mme Prévost qui s'était approchée.•—Oh! si je devais être orgueilleuse parce qu'on me fait des compliments.dit modestement Sylvette.— Il y a déjà quelque temps que vous le seriez, n'est-il pas vrai?acheva La Teillais.Oh! Sylvette, Sylvette.Comme vous voilà loin de la pension Decharme! Dites-moi, retrouverai-je encore en vous quelque chose de la petite Sylvie de jadis?— Mais oui, peut-être, mon tuteur, en cherchant bien.— Je chercherai donc, ma chère, car, en vérité, j'aimais cette petite Sylvie.— J'espère que vous aimerez la grande aussi.Elle riait, toute rose, ses cils noirs voilant la rouerie voulue et si douce de ses yeux.A chaque mouvement de sa tête espiègle, ses cheveux accrochaient un rayon de soleil.Très longs, très épais, longs comme les cheveux d'une princesse de légendes, ils l'enveloppaient d'un flot souple et chatoyant qui roulait bien bas vers l'ourlet de sa robe; leur joyeuse liberté semblait rire, à cette heure, du souvenir de la natte sévère qui les avait emprisonnés au temps de la pension Decharme.Ils avaient changé eux aussi! François ne leur connaissait pas ces tons chauds qui jouaient avec la lumière.III Un moment plus tard, François chercha des yeux sa pupille et l'aperçut près du Temple de Flore.Des jeunes gens l'entouraient, empressés.Vêtue de mousseline et coiffée de roses, elle s'appuyait légèrement au fût grêle d'une colo-nette et, souriant, la tête un peu penchée, pour écouter ou pour répondre, ses longs cils voilant ou découvrant tour à tour le bleu de son regard, elle semblait prendre plaisir aux paroles qui lui étaient dites et a celles qu'elle disait.— Votre filleule m'a tout l'air d'être une petite coquette, déclara-t-il en offrant une chaise à Mme Prévost.— Coquette, Sylvie ?oui et non, répliqua la vieille dame en souriant de ce sourire doux et fin qui seyait à sa blanche coiffure de marquise.Je crois bien que ses yeux sont de ceux qui semblent avoir été créés pour enjôler le prochain sans trop y songer.Je crois aussi qu elle aime à plaire.Mais sa coquetterie si coquetterie il y a, est un peu dédaigneuse, et, en quelque sorte distante.Mlle Sylvette ne recherche pas l'admiration, elle la permet de très haut et accueille les hommages de ces messieurs comme choses dues, avec l'attitude et le ton d'une petite princesse.La Reine des Mets ajoute un plaisir suprême au plus fin déjeuner que vous puissiez servir Réalisez-vous combien les Grains Soufflés ont ajouté aux délices du déjeuner ?Considérez le Riz Soufflé — bulles de grain rôti, aussi légères qu'un flocon de neige, aussi savoureuses que des amandes.Considérez le Blé soufflé —le grain suprême au monde — transformé en une nourriture de confiserie délicieuse.Ce ne sont pas des friandises Les Grains Soufflés ne furent pas faits pour séduire.Un grand expert en alimentation, — le Professeur, A.P.Anderson — les inventât.Son but était de rendre les grains entiers complètement digestibles.Les grains sont scellés dans des canons, puis roulés durant une heure sur un feu terrible.L'humidité de chaque cellule nutritive est transformée en vapeur.Quand les canons sont déchargés, la vapeur produit au-delà de 125 millions d'explosions dans chaque pépin.Chaque cellule nutritive est ainsi explosée, rendant la digestion facile et complète.Maintenant vous avez des grains entiers préparés de façon que chaque atome sert à la nutrition.Chacun des 16 éléments formant un grain de blé fournit sa part dans l'alimentation.Et ces grains entiers sont rendus si séduisants, que les enfants en raffolent.Servez-vous ces aliments de grains entiers aussi souvent que vous le devriez ?Blé soufflé dans le lait— le mets du soir.Jt\e Quaker Oats (ompany Seuls fabricants Peterborough, Canada Saskatoon, Canada H LA REVUE MODERNE décembre 1922 — C'est très gentil, approuva La Teillais.Elle sait son métier de femme sans l'avoir appris.Et que pensent ces "messieurs" de cette attitude ?— Ce que vous en pensez vous-même, que c'est très gentil.— Ces messieurs, ça veut dire ?— Ça veut dire un certain nombre de jeunes gens qui ne fuient pas les salons où je conduis Sylvie, et dont quelques-uns ne cachent point qu'ils seraient charmés de devenir votre.notre gendre, mon cher François.— Le beau Dorante, par exemple ?— Robert de Gertal, oui certes, mais c'est un gamin, il n'a que vingt et un ans.— J'espère que vous ne la donneriez pas non plus à Fernand Rivière — l'auteur dramatique — que j'aperçois aussi parmi les admirateurs de Sylvie.A côté de cet autre jeune homme, blond celui-là, blond à vous faire mal au coeur.Je le connais, Rivière, vous savez, il a infiniment de talent, mais c'est un fêtard, un blasé, égoïste jusqu'au cynisme.— Oh ! Rivière ne songe guère à se marier.Il flirte sans but, par amour de l'art, avec toutes les jeunes filles qui lui plaisent, c'est-à-dire avec toutes celles qui possèdent une jolie cervelle en même temps qu'un joli minois.Sylvie est du nombre, voilà tout.— Je cherche l'heureux élu, reprit La Teillais.Il y en a un, si j'ai bien compris votre lettre.— Non, répondit Mme Prévost en baissant la voix, il n'y a pas d'heureux élu, mon cher François.I! y a un élu possible, je n'ose même pas dire probable.Vous le chercheriez en vain, d'ailleurs.Il n'est pas ici, ce n'est pas un coureur de ftve o'clock ou de ventes de charité.Mais, tenez, voici la tante de mon favori, Mme Rodolphe Brémontier, vous la connaissez, je pense?— De vue seulement.Alors, c'est du petit Brémontier.le fils du constructeui de machines que vous voulez parler?— Oui, c'est de Marcel Brémontier.un charmant garçon qui aime Sylvette.et qui la mérite.Mme Brémontier vient de notre côté, je vais vous présenter.Non ! Cela vous ennuie ?La Teillais n'avait pas interdit à sa physionomie d'être expressive.— Oui, chère Madame, avoua-t-il avec une sorte de naïveté, cela m'ennuierait terriblement.Je suis assez las de présentations aujourd'hui.Et puis, celle-ci serait un peu brusque, étant données les circonstances.Je vous laisse.Pourrais-je vous voir demain, rue Alfred-de-Vigny ?Serez-vous rentrée vers la fin de la journée ?— Demain ?certainement.Venez dîner, si vous êtes libre?— Je le serai.Vous êtes la plus charmante des amies.Au revoir! Il s'éloigna, remonta l'allée et gagna les abords du temple de Flore.— Ah! mon tuteur, je vous croyais parti, remarqua Sylvie avec son plus gentil sourire.¦—Je causais avec votre marraine, à quelques pas d'ici, mais vous étiez très absorbée, repartit-il, en souriant aussi.— Où est marraine?demanda-t-elle en s'avançant un peu.— Là-bas.à gauche de la ferme, assis à côté de Mme Brémontier.Comme le jardin s'est dépeuplé depuis un moment.On part et la foule ne se renouvelle plus.— Oh ! il y a encore beaucoup de monde dans les salons.Entendez-vous l'orchestre ?Mme de Miramon avait promis un tour de valse pour finir.— Et vous êtes ici ! Quel crime de lèse-jeunesse! Voulez-vous que nous le dansions, ce tour de valse ?fit spontanément La Teillais.La jeune fille était devenue un peu plus rose.— Vous allez vous moquer de moi, dit-elle.Je ne danse jamais.Au bal, je me promène.et je cause.On le sait.Je passe pour une originale.François se souvint.— C'est vrai, dit-il, Mme Prévost m'a écrit quelque chose de cela quand vous avez commencé à aller dans le monde.Mais j'avais cru à une timidité de débutante.— Oh! ce n'était pas de la timidité.Je n'ai jamais été timide, reprit tranquillement Sylvie.Je suis une sauvage, voilà.La sauvage que vous avez connue jadis.Et c'est plus fort que moi, je ne puis admettre que parce qu'une maîtresse de maison a déclaré qu'on danserait et parce qu'on joue de la musique sur un certain rythme, un tas de jeunes gens se trouvent tout à coup le droit de me prendre dans leurs bras.C'est une chose qui me parait tellement absurde et tellement révoltante.Alors, je ne danse pas.La Teillais la regardait en souriant, un peu étonné, un peu charmé aussi, comme autrefois, au Clos-Belloy, quand elle lui contait ingénument les chimères dont sa tête était pleine.' — Et le plus bizarre, avoua-t-il.c'est qu'en somme vous avez raison, petite Sylvette, et bien plus encore que vous ne croyez, et que c'est votre révolte qui est logique, et la condescendance générale qui est extravagante.Seulement peu de personnes en conviendraient.Et j'ai été le premier à me montrer assez ahuri de vos opinions révolutionnaires.Pendant quelques secondes, Sylvie fixa le gazon, puis ses yeux se relevèrent sur François et, très doucement, elle reprit: L'EAU PURGATIVE RIGA Chasse la bile, prévient la grippe et autres maladies en maintenant net et sain le canal alimentaire.EN VENTE PARTOUT—25*! / ^ N.B.—Cartes à marquer pour euchre iTalJ¦'-«¦!¦) Rr:iMf sur demande.Les Produits "Riga" Limitée Tallées pour Euchre gratis sur demande.— Si vous vouliez, mon tuteur, nous pourrions bien danser tout de même, parce que, vous comprenez avec vous, ça ne compte pas.Il s'inclina.— Le privilège me flatte, dit-il.— Alors, attendez-moi un moment, il faut que marraine sache que je vais dans la salle de danse.Bientôt, elle revint en courant comme une petite fille.— Je crains d'être une valseuse pitoyable, déclara-t-elle.— Mais non.Certaines femmes dansent par don, par grâce d'état.Votre démarche, vos mouvements ont un rythme qui s'adaptera tout naturellement à celui de la valse, vous verrez.Il ne s'était pas trompé.Sylvette pouvait danser sans savoir danser.Ce n'étaient pas seulement ses pieds fins, légers, qui semblaient faits pour dessiner la valse, c'était tout son corps harmonieux qui en devait réaliser la grâce particulière, et.tout l'ensemble, l'élégance aisée et le charme languide.— Vous voyez, vous dansez à merveille, approuva-t-il.sans s'arrêter.Elle murmura: — Ce n'est pas moi qui danse, c'est vous qui m'emportez II me semble que je ne touche pas terre.Il ne voyait d'elle que ses cheveux mousseux et frisottants, délivrés pour l'instant de leur capeline fleurie, un coin de profil perdu et la ligne délicieuse, légèrement inclinée à gauche de son petit cou mince.Pourtant, il la devinait vibrante, un peu grisée par le vertige nouveau.Et il trouvait une douceur de triomphe, étrange, complexe, assez confuse à se dire que Sylvette valsait pour la première fois et qu'elle valsait avec lui; qu'avant le sien, aucun bras d'homme n'avait entouré cette taille frêle qui s'assouplissait dans l'abandon de la danse et qu'il n'avait été permis à personne de respirer ainsi de tout près le subtil parfum blond dont il avait les lèvres imprégnées.Mais, tout à coup brusquement, elle balbutia: — Je suis tout étourdie.Et, voyant qu'elle avait pâli, La Teillais la conduisit hors de la salle surchauffée, vers la véranda, déserte à cette heure.Quand, la soulevant dans ses bras, il la déposa sur les coussins de la chaise longue d'osier, elle avait perdu connaissance.Elle était plus blanche encore, blanche jusqu'aux lèvres, ses mains se glaçaient.Il redoutait de la quitter pour aller chercher Mme Prévost et cependant, sans qu'il sût pourquoi, l'idée d'avoir recours à une aide étrangère lui était odieuse.Il eut un moment un peu affolé.Puis, la jeune fille ouvrit les yeux; alors la pâleur filiale de son visage tiré disparut sous un flot rose et.tout de suite, elle se redressa, arrangea sa robe et laissa couler ses pieds à terre pour se retrouver assise.— Vous êtes mieux, ma pauvre enfant ?questionna La Teillais, la voix anxieuse.Machinalement, les deux mains de Sylvette se levaient le long de sa tête pour réparer le désordre de ses cheveux.— Beaucoup mieux.Je vous demande pardon, mon tuteur.C'est le manque d'habitude, vous voyez.— Mais c'est moi qui vous demande pardon, protesta La Teillais désolé.J'aurais dû.— Vous n'avez aucun reproche à vous adresser.Il faisait chaud, et de tourner ainsi m'a éblouie! Puis j'étais encore un peu ébranlée.J'ai été très émue, très bouleversée aujourd'hui.Vous comprenez, je n'avais encore jamais joué la comédie.Mais me voilà remise.Elle souriait.—.Ce qui m'aurait ennuyée, c'eût été d'ameuter les populations.Quand j'ai senti — oh! dans le vague tout à fait — que vous m'emmeniez décembre 1922 LA REVUE MODERNE doucement, sans rien dire, j'ai été contente!! Voulez-vous me reconduire maintenant ?Je voudrais rentrer, je suis fatiguée.Elle se leva, puis, tandis que La Teillais prenait son bras et le passait sous le sien: — Ne dites rien de tout cela à marraine, pria-t-elle.Elle s'effraye facilement.Alors, comme c'est fini.Les yeux de François l'enveloppaient, inquiets.— Vous ne vous sentez pas malade ?insista-t-il, vous me le jurez?Elle secoua la tête, souriante, les cils un peu baissés et portant son regard sur celui de La Teillais: — Je ne me sens pas malade, je me sens bien, au contraire, très bien, mon bon tuteur, dit-elle.IV François fut reçu dans le petit salon que Mme Prévost appelait son cabinet de travail, parce qu'elle y faisait sa correspondance et ses comptes sur un joli bureau de bois de rose et parce qu'elle y serrait ses livres dans une bibliothèque d'acajou à baguette d'or.Un portrait de Sylvie en robe blanche jetait sa note de fraîcheur toute neuve au milieu des images pâlies du cabinet de travail.Avant de s'asseoir, François s'était arrêté devant le léger chevalet.— J'ai tenu à conserver ce souvenir de la première robe de bal de Sylvette, fit Mme Prévost.— Un souvenir délicieux, approuva M.de La Teillais.Puis, quittant des yeux l'aquarelle où il venait de lire la signature de Louise Breslau.il ajouta: — Elle est charmante, ma pupille, vous savez.Madame ?— Je sais, acquiesça-t-elle.Et je crois, ma foi, que le succès lui a un peu tourné la tête.Ce matin, quand je suis entrée dans sa chambre, elle m'a dit: — Marraine, est-ce que vous trouvez que je suis jolie ?Beaucoup de gens me trouvent jolie, et j'en suis heureuse, si heureuse! Ses yeux brillaient comme des diamants bleus! Vous avez pu la faire danser, vous?— Oui, avec moi.parce que je ne compte pas.C'est, du moins, ce qu'elle m'a déclaré.— Vous devriez bien obtenir qu'elle consentit à danser aussi un peu avec ceux qui comptent.— Pourquoi ?— Parce que c'est tout de même une petite originalité un peu grosse pour une jeune fille qui va au bal que de répondre ou à peu près, quand on l'invite à danser: "Non merci, monsieur, ça m'ennuie".Mais elle prétend que les jeunes gens n'aiment plus danser .Et il est de fait qu'elle les a habitués à se contenter des causeries avec accompagnement de valse — qu'elle daigne leur accorder — Alors, à quoi bon la contrarier ?Je vois très bien, d'ailleurs, que cette petite fille m'amènera souvent à défendre ses caprices.J'aurais été un détestable éducateur.C'est pourquoi je vous ai suppliée de me prêter votre concours.Et comme je m'en félicite aujourd'hui! — Il est certain, concéda Mme Prévost, que si mes mérites d'éducatrice ont contribué à faire de Sylvette ce qu'elle est, j'ai droit à vos compliments.Mais, dans la bonne terre, les belles fleurs poussent toutes seules.— Dites-moi, comment vous remercierai-je assez de tout ce que vous avez fait pour la fille de mon pauvre Gabriel, de tout le bonheur que vous lui avez donné, de l'absolue sécurité que je vous ai due moi-même ?— Ne me remerciez pas.Elle et moi nous nous sommes aimées, mon bon François, CTORAL CERISE DÂYER Dans toutes les pharmacies — Frank L.Benedict & Cie, agents à Montréal voilà tout le miracle! Il ne dépendait ni de moi, ni de Sylvette.Les atomes crochus ont tout fait.Au premier contact, nos cœurs se sont pris.Il est vrai qu'ils avaient un grand désir de se prendre, nos pauvres cœurs en deuil.Sylvette était trop jeune pour vivre sans qu'on l'aimât et moi trop vieille pour vivre sans aimer.Nous nous sommes attachées l'une à l'autre pour le bien que nous pouvions nous faire mutuellement.François prit la jolie main longue et fragile, la main si blanche et à peine vieillie qui reposait sur le velours pâle du canapé, et la baisa.— Je n'attendais pas beaucoup moins de votre exquise bonté, il faut que je l'avoue, dit-il.Grâce à votre sollicitude, cette pauvre enfant a trouvé l'atmosphère qu'exigeait sa fine et affectueuse nature.Elle aurait pu être mal comprise.Soudain, levant les yeux sur sa vieille amie, François demanda: — Parlez-moi de ce Marcel Brémontier.Je ne sais rien de lui.— Je vous en dirai beaucoup en peu de mots, mon cher François, répliqua-t-elle.Je juge en mère.Et vous m'avouerez que, de nos jours, les hommes de qui une mère tendre et clairvoyante peut penser: "Voici le mari que je souhaiterais à ma fille", ne courent point les salons.Eh bien! mon ami, si j'avais une fille, je serais très heureuse de la marier à Marcel Brémontier.C'est un être exquis, d'une bonté, d'une droiture et aussi d'une intelligence rares.— Quel âge a-t-il ?— Vingt-huit ans, dix ans de plus que Sylvie, juste ce qu'il faut.Je n'aurais pas voulu que ma filleule épousât un tout jeune homme.— Je crois, en somme, l'avoir rencontré quelque part ce garçon, reprit La Teillais après un moment de réflexions.Voyons il est grand, assez brun?— Oui.— Pas très élégant ?— Mais si, plutôt élégant, d'une élégance tranquille et robuste d'homme bien portant et bien équilibré.Ajoutez à cela un visage énergique et franc avec des yeux un peu graves qui savent être très doux.Un sympathique, vous verrez.Je ne vous parle pas de sa position de fortune.— Oh! je sais qu'elle est superbe.Les Brémontier sont riches et continueront à s'enrichir.Leurs ateliers ont une réputation européenne.Marcel Brémontier y fera comme ingénieur son apprentissage de patron et prendra dans quelques années la tête de la maison.Mais la question d'argent est secondaire.Un moment, il se tut, puis il reprit: — Vous m'avez dit hier que Marcel Brémontier n'était encore à vos yeux qu'un élu possible.Croyez-vous que Sylvie l'aime, ou soit prête à l'aimer ?Mme Prévost hésita: — Je ne sais, dit-elle.Avec Marcel Brémontier, je ne l'ai jamais vue coquette.Son attitude est très réservée, ses façons sont un peu froides même, et bien différentes de celles qui vous amusaient, hier quand vous observiez le quatuor Berthier, Rochet, Gertal, Rivière.Mais.Voulez-vous connaître ce que l'avenir vous réserve consultez LE PASSÉ!! Mme BERTHE, dit: Palmiste-Clairvoyante, Elève de Madame de Thèbes, de Paris.Heures de consultations: de 9 a.m.a 8 p.m Dimanche excepté.Téléphone: Est 1242 CORRESPONDANCE EN FRANÇAIS ET ANGLAIS.LE PRESENT!! L'AVENIR!! 143, Rue Berri H LA REVUE MODERNE décembre 1922 Demandez le livre du Bien-Elre des Bébés de Borden.II est franco.Quand l'aliment pourvu par la nature faillit, recourez au Lait Marque Eagle de Borden, à base de lait de vache, pur, sain, économique et absolument sans danger; sa valeur nutritive est rigoureusement maintenue.Depuis plus de 60 ans, ce lait sustente des bébés gais et pleins de santé.Si le lait maternel fait défaut, donnez à Bébé le lait Eagle de Borden, et vous le verrez se développer à vue d'oeil.2-10-21 THE BORDEN COMPANY LIMITED.MONTREAL EAGLE BKANB LAIT CONDENSE — Mais! — Mais Sylvette est une étrange enfant.Je vous ai dit combien je l'aime.Nous vivons de la même vie.elle me témoigne une affection touchante.Néanmoins, je sens que quelque chose d'elle m'échappe.Je sens qu'il y a des recoins de son cœur où je n'ai pas encore pénétré.Une impression qui m'a parfois troublée vous fera peut-être mieux comprendre ce que j'éprouve en face de cette enfant qui m'aime si sincèrement.Les yeux de Sylvette, ces yeux qui me cherchent sans cesse et se reposent sur les miens, tendres et confiants, ont l'admirable limpidité d'une belle eau bleue.Cependant, il me semble que je n'ai jamais vu le fond.Votre pupille, mon cher François est un petit sphinx, un petit sphinx très doux, très pur, mais très mystérieux.Si elle aimait Marcel Bré-montier, elle ne nous le dirait très probablement pas.— Gabriel avait cette excessive pudeur de ses sentiments et de sa pensée, remarqua La Teillais.Mais n'avez-vous jamais interrogé Sylvie ?ne lui avez-vous jamais parlé de Marcel Brémontier?— Non, mon ami.Marcel Brémontier aime trop tendrement Sylvie pour ne pas s'épouvanter à l'idée de la perdre ou de lui déplaire par une démarche trop prompte.Il ne s'est pas encore déclaré.Il préfère ne rien brusquer.Et, comme mes vœux sont pour lui, j'ai laissé Sylvie à ses réflexions.— Et vos projets de mariage à vous ?fit soudain Mme Prévost, prise d'un sourire.Y avez-vous renoncé?La Teillais sourit.— Ne vous moquez pas de moi, madame, dit-il, je suis toujours et de plus en plus las de ma solitude.A Tokio, les ministres mariés — et presque tous les ministres sont mariés — me paraissaient être les gens les plus heureux du monde.Il faut avoir vécu au loin, s'être trouvé dans un milieu étranger, véritablement étranger pour s'aviser de la douceur qu'il doit y avoir à emporter avec soi, sous la forme aimée d'une femme, d'un enfant, un bonheur intime et profond.quelque chose qui puisse par moment donner à un exilé l'illusion qu'en emportant cela, il a tout emporté.Quand on va bientôt finir sa quatrième dizaine d'années, on pense beaucoup à ces choses.Et puis, moi, vous savez, sous mes airs détachés, indifférents, je n'ai jamais été qu'un sentimental.Mais, pour l'instant, c'est du mariage de ma pupille qu'il s'agit Je songerai au mien plus tard.V A six heures moins un quart, Sylvie rentra.Elle parut à François plus calme, plus doucement tranquille en ses mouvements, en ses paroles que la veille.Au bout d'un moment, tandis qu'on apportait à Mme Prévost la carte d'une visiteuse, la jeune fille emmena son tuteur dans la pièce qui, lorsqu'elle s'était installée rue Alfred-de-Vigny, lui avait été réservée comme salle d'études et qui ne s'était trouvée complètement aménagée qu'après le départ de M.de La Teillais.— Mon boudoir n'est pas très coquet, remarqua-t-elle, mais tel qu'il est, je l'aime, et je suis certaine que vous l'aimerez.François n'ignorait pas que Mlle Régnier avait voulu s'entourer des meubles, des objets qui lui venaient du Clos-Belloy et lui rappelaient plus particulièrement, plus intimement son père; il était préparé à revoir ces choses anciennes; cependant une émotion l'étreignit, tant elles évoquaient pour lui, vivante, parlante, dans ce cadre nouveau, l'image un peu effacée de Gabriel.L'enfant n'avait pas craint d'assombrir le sanctuaire de ses jeunes pensées en y posant les tapisseries très vieilles à personnages maladroits et somptueux, armés de toutes pièces et chaussés de poulaines que Gabriel avait achetées en Allemagne et qui, pendant bien des années, avaient couvert les murs de son cabinet de travail.Dans la fenêtre, entre les rideaux de velours d'un vert éteint et miroitant, l'aigle doré du lutrin déployait ses ailes, perché sur le chêne brun du pied triangulaire si finement décoré d'arcatures à clair.Un exemplaire du dernier volume de l'Histoire des arts décoratifs — cet exemplaire imprimé sur papier de Chine que Gabriel avait promis à sa fille — était ouvert sur le pupitre.Mais, délicate et fine comme le parfum des roses fraîches qui baignaient leurs tiges dans les antiques porcelaines du dressoir, la présence de la jeune fille se devinait parmi ces reliques vénérées.Ca et là, jetant sur leur beauté grave, un charme jeune et féminin des traces de son goût propre — la joliesse étrange de quelques bibelots d'un art très moderne, la pâleur harmonieuse d'un petit vase danois, la grâce tanagréenne d'une fine statuette de terre cuite, les dentelles mièvres d'une bergère de Saxe — apparaissaient.Au coin d'une étagère.François revoyait les menues choses d'ivoire et de porcelaine, amoureusement choisies parmi les plus précieuses et les plus rares qu'il avait envoyées du Japon.Dans un angle, près d'une fenêtre, le piano se dressait, drapé de vieux brocart.La bibliothèque de Gabriel, trop massive sans doute, avait été remplacée par une vitrine de moindres dimensions.François lut au hasard des tablettes, quelques noms d'auteurs ou de volumes: Racine, Marivaux, Sully Prudhomme.Tennyson.Lamartine, Michelet, PêclicuTs d'Islande, les Lettres de mon Moulin, la Princesse de Clèves.les Contes de Perrault.le Crime de Sylvestre Bonnard.— Vous aviez raison, fit La Teillais, j'aime cette_ pièce.Elle est à la fois lui et vous.Frôlant les cyclamens mauves d'un vase de cristal flammé, son regard alla trouver un beau portrait de Gabriel, l'agrandissement d'une photographie un peu ancienne, mais singulièrement ressemblante, et s'y fixa.Directeur Edmond LaRoche Bachelier Université Laval TEL.EST 7496 Maison d'éducation Ecole Préparatoire Cours Classique, brevets, examens Attention spéciale aux élèves retardés dans leurs classes commerciales ou classiques.Cours strictement prives, jour et soir.Cours spéciaux d'anglais institut Laroche; Enr.195 est.Ste-Catherine décembre 1922 LA REVUE MODERNE Quand ce regard revint à Sylvie, la jeune fille avait les yeux pleins de larmes.Elle murmura: — Cela me parait bon de penser à papa près de vous.Un moment, François la contempla sans parler, puis, très doucement, il dit: —¦ Nous penserons à lui.Sylvette, souvent, et nous parlerons de lui, je vous le promets.Mais je ne veux pas vous voir triste.Et il ne le voudrait pas plus que moi.Les deux crosses larmes brillaient toujours immobiles dans les yeux de Sylvette, elle secoua la tête comme pour les chasser.— Oh! je ne suis pas née pour la tristesse, dit-elle, et il y a en moi une grande volonté de bonheur.J'aime la vie.Et même, j'ai confiance en elle; j'attends, d'elle.beaucoup! Une clarté de sourire ensoleilla ses yeux, en fit resplendir l'humide reflet.— Et puis, ajouta-t-elle, je possède un talisman de bonheur, auquel j'ai accordé un crédit! Et comme La Teillais l'interrogeait, elle souleva d'un doigt le fin rang de perles qu'elle portait autour du cou et dont l'extrémité se perdait dans l'échancrure de son corsage de batiste.— Ne vous rappelez-vous pas le fétiche égyptien que vous m'avez donné, si peu de temps avant que.Ce soir-là, mon tuteur, vous m'étiez apparu comme un homme merveilleux, un grand magicien qui pouvait tout, qui voyageait, de par le monde, porté par un bateau de féerie, ou une machine diabolique, et qui m'emmènerait quelque jour dans un pays plein de fleurs.Plus tard, il m'a bien fallu admettre que mon imagination avait exagéré Cependant, je ne suis pas encore certaine qu'elle m'ait trompée tout à fait.Et votre talisman ne m'a jamais quittée.Il me doit une revanche.— C'est vrai, ma pauvre petite, appuya La Teillais qui se rappelait, il vous doit une revanche, et vous l'aurez, j'en suis sûr.Près de la glace, comme au Clos-Belloy.quelques miniatures étaient agrafées sur une bande de velours.— Votre portrait, peint il y a cent ans! remarqua tout à coup La Teillais.Elle parut joyeuse: — Vous trouvez que je ressemble à grand' mère Jacquette ?Papa le disait aussi, mais je ne voulais pas le croire.— La ressemblance ne m'aurait peut-être pas frappé autrefois.Aujourd'hui, elle est saisissante.Dites-moi, n'est-ce pas cette délicieuse grand'mère Jacquette qui, sous le premier Empire, se fit cantinière pour suivre son mari ?— C'est elle.Comme mon grand-père ne pouvait l'emmener, elle a coupé ses cheveux — de beaux cheveux blonds, assez longs et épais pour l'envelopper toute — et, déguisée en homme, elle l'a rejoint en Allemagne.Papa m'avait dit cette histoire.Grand'mère Jacquette s'était emparée de mon imagination.Elle était mon héroine, j'aurais voulu l'imiter.— L'imiter, petite Sylvette! Ressembleriez-vous à Grand'mère Jacquette au point de vous sentir capable de l'imiter en ses prouesses! La jeune fille sourit.— Rassurez-vous, dit-elle.Songez donc! Quel courage, quel sang-froid, quelle force de résistance il a fallu à cette petite femme fine et élégante pour triompher de tant de fatigues, de privations, de dangers! Mais aussi comme elle a dû se sentir heureuse d'avoir donné à celui qu'elle aimait une telle preuve d'amour! — Eh bien! reprit François amusé, voulez-vous que je vous dise quand — selon moi, naturellement — votre aïeule a donné à son mari une vraie, une admirable preuve d'amour?Ce n'est pas quand elle a affronté les périls de ce voyage extraordinaire, c'est quand, avant de se mettre en route, elle a coupé ses cheveux, ses beaux cheveux blonds.Voilà une immolation! Le reste pouvait être assez divertissant, du moins vous semblez le croire! Voyons, vous sentiriez-vous capable de suivre —en cela aussi — l'exemple de grand'mère Jacquette et de sacrifier vos cheveux à votre mari ?Sylvette secoua la tête.— Non, fit-elle, je ne crois pas.Elle se tut un tout petit moment, puis elle ajouta: — J'aurais trop peur de lui paraître moins jolie.— Oh! que voilà bien un mot féminin! Y pensez-vous donc quelquefois à votre mari, Sylvette ?Elle le regarda, souriante encore, un peu plus rose.— Mais oui, certainement.Quelle est la jeune fille qui ne pense pas à son mari, à l'homme qu elle épousera peut-être, et qu'elle ne connaît pas.— Vous savez, si cet homme-là n'est pas le plus aimable des hommes et ne fait pas de ma pupille la plus heureuse des femmes, il aura affaire à moi! — J'y compte bien, repartit-elle avec le même enjouement.La Teillais ne quitta le salon de Mme Prévost qu'à onze heures.— J'espère, mon tuteur, lui dit gentiment Sylvette, que vous viendrez souvent et que vous vous occuperez beaucoup de moi.C'est très court un congé de quatre mois pour compenser votre pupille d'une absence de deux ans et demi! — Mais certainement, je m'occuperai de vous, Sylvette.Et même, je n'ai demandé mon congé que pour ça! Un moment plus tard, il descendait l'avenue Hoche en fumant une cigarette sous le dôme poudré d'or d'une nuit d'été toute bleue."Le cœur masculin a d'étranges vanités, pensait-il.Je suis le tuteur de cette enfant qui a dansé hier avec moi, parce que je lui fais l'effet d'un grand-père.Je l'aime tranquillement, paternellement.Et cependant, il a suffi qu'un jour, dans les angoisses de l'agonie, son pauvre père ait fait le rêve fou de me marier à elle pour que mon orgueil, mon insondable orgueil d'homme se soit mystérieusement arrogé sur elle je ne sais quels droits absurdes et dérisoires et pour que, je ne sais quel instinct obscur, incompréhensible de possesseur dépossédé se lève aujourd'hui en moi et me rende odieuse l'idée de son mariage avec un autre.J'ai dédaigné de prendre, et il m'est pénible de donner.VI — Mon bon tuteur, vous êtes libre cet après-midi ?— Je suis libre, oui.— Et votre auto est là ?— Mais oui, pourquoi ?— Voulez-vous être un tuteur adorable et me mener à l'exposition des chiens qui ferme demain ?Marraine est fatiguée.Instinctivement le regard de La Teillais en appelait à Mme Prévost qui travaillait assise devant son métier.Mais déjà la vieille dame traduisait l'objection qui, un peu vaguement et sans trouver de formule satisfaisante, s'était opposée dans l'esprit du "bon tuteur" au désir de Sylvie.— Ces jeunes filles modernes ne doutent de rien! disait-elle en piquant d'un geste léger un point de soie dans sa tapisserie.L'idée ne vient même pas à Mlle Sylvette qu'il serait possible qu'on s'étonnât de la rencontrer dans Paris avec un élégant gentleman pour tout chaperon! Nous avons l'honneur de vous annoncer un Evénement sans précédent A MONTREAL Durant ce mois, mise en vente de bijoux, diamants, argenterie, cristallerie, horlogerie, etc, etc.au rabais sensationnel de 25% sur leur juste valeur.Cette nouvelle apporte la joie dans tous les foyers.Que tous profitent de l'aubaine, pour faire de plus nombreux et de plus jolis cadeaux.Scott & BOUSQUET Frères, Limitée Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie 479 est, ru Ste-Catherine MONTRÉAL M LA REVUE MODERNE décembre 1922 La surprise profonde, la surprise presque ahurie de Sylvette arrêta tout commentaire approbatif sur les lèvres de La Teillais.— Mais, marraine, M.de La Teillais est mon tuteur! — Ce n'est écrit ni sur son chapeau ni sur le tien.— Et il pourrait être mon père! — Il y a du vrai, fit tranquillement Mme Prévost en tirant doucement hors du canevas tendu la longue aiguillée de soie claire, cependant.Cette fois La Teillais intervint.Il jugeait la discussion déplaisante.— Il me semble, chère madame, dit-il, que Sylvie n'a pas tout à fait tort Songez que son père et moi nous étions presque contemporains.Sa pensée et peut-être un peu sa voix soulignèrent les deux adverbes.— Je crois vraiment que vous pouvez me la confier sans grand inconvénient.La marraine s'était déclarée convaincue et cette première sortie de La Teillais avec sa pupille avait été suivie de beaucoup d'autres, Sylvette s'étant mise en tête de visiter Paris qu'elle ne connaissait pas mieux qu'une Parisienne, et Mme Prévost n'appréciant guère ces promenades de touristes, en pleine chaleur de juin.François était un cicérone fort agréable.Il lui plut de constater que Sylvie prenait grand intérêt à ses explications qui étaient souvent des confidences.Mlle Régnier possédait — François s'en était avisé dès la première soirée passée rue Alfred-de-Vigny — la science difficile, et si féminine quoi qu'on dise, des regards qui interrogent, des sourires qui répondent, des brèves paroles qui stimulent sans interrompre.Sérieux, rieurs ou émus, ses silences étaient expressifs et singulièrement intelligents.Elle savait écouter; c'était d'une séduction rare selon La Teillais qui savait parler et aimait assez à s'entendre.Et quand elle parlait, quand elle admirait elle-même, elle parlait, elle admirait juste avec des mots spontanés qui souvent étaient presque des mots d'artistes et qui avaient la sagacité intuitive, l'ingéniosité primesautière des mots d'enfants.« Il y avait en Sylvette un mélange étrange — un peu déconcertant parfois — de maturité et d'enfantillage.Quelle grave affaire c'était, en sortant du Louvre, de Notre-Dame ou de Cluny, de décider où l'on goûterait! Dès qu'il s'agissait de goûter, La Teillais cessait d'être le guide averti qu'on écoute.La jeune fille se flattait de connaître tous les pâtissiers de Paris.Elle était très friande de fruits, de gâteaux et de glaces.La Teillais souriait au souvenir des hésitations passées de Mme Prévost et de ses propres scrupules.Il eût fallu, lui semblait-il, avoir l'esprit singulièrement étroit ou déformé pour médire ou seulement s'étonner du tête-à-tête public d'un homme de son âge et de sa situation avec ce gentil grand bébé qui faisait les yeux doux aux babas et aux tartelettes.Cependant — assez confusément sans doute — il savait gré à la pensionnaire d'être très jolie, et même d'être très remarquée.Mlle Régnier s'habillait et se coiffait avec une élégance fine et discrète qui le ravissait.Jamais il n'avait surpris dans la toilette de sa pupille — et Dieu sait quelle importance il attachait à ces choses! — la moindre faute de goût ou seulement de mesure.Mais les cheveux de Sylvie, son teint, ses yeux, la douce et chaude splendeur de sa jeunesse éblouissaient.puis, qu'elle marchât ou s'assit, montât ou descendit de voiture, entrât dans un magasin ou s'arrêtât devant une vitrine, elle apportait aux moindres gestes une incomparable grâce! La première fois que, dans un magasin où Sylvette venait d'entrer avec La Teillais, on l'avait appelée "Madame" elle avait dit: "Dieu que c est drôle! vous avez entendu, mon tuteur, on me croit mariée!" Et tandis que la voiture les emportait, elle s'était mise à rire si joyeusement, d'un rire si communi-catif d'enfant heureux que François avait ri avec elle, sans avouer qu'il n'était pas bien certain de trouver que ce fût "drôle" à ce point là! Entre eux, c'était une intimité charmante, une entente gaie, tendrement protectrice d'un côté, gracieusement déférente de l'autre.Sylvie témoignait à son tuteur une affection presque filiale.Si François avait pu douter de la sincérité de cette affection, un simple incident lui eût donné quelque remords de ce doute.D'importantes réparations devant être faites, pendant la saison d'été, un échafaudage avait été apposé contre l'hôtel de Mme Prévost.Un jour, par suite d'une imprudence ou d'une maladresse, un énorme maillet de fer tomba de la hauteur du troisième étage, au moment même où La Teillais, un instant retenu par Mme Prévost, venait de dépasser le seuil de la porte et traversait l'étroit trottoir pour rejoindre Sylvie qui l'attendait, déjà installée dans l'automobile.Quatre ou cinq cris partirent à la fois.Mais d'un brusque mouvement à gauche, La Teillais avait évité l'horrible choc, et la masse s'était abattue lourdement sans avoir blessé personne.Moins d'une minute après, fuyant l'empressement des témoins de l'alerte, il sautait lestement dans l'automobile qui s'ébranla.— Vous n'avez rien, murmura Sylvette.Je n'ai pas pu descendre, j'étais comme paralysée.— Bah! repartit-il gaiement, avec moi, rien à craindre! Là où un autre aurait eu le crâne en marmelade.Un geste brusque de la jeune fille l'interrompit.Alors il vit qu'elle était blême et qu'elle tremblait convulsivement.— Ma pauvre petite, s'écria-t-il, avez-vous eu si peur! Elle balbutia, farouche: ¦— Je ne peux pas rire en parlant de la mort.Elle m'a déjà pris papa.Si je vous perdais, je n'aurais plus personne: je n'ai plus que vous.—Oh! Sylvette! si votre chère marraine vous entendait! fit La Teillais affectueusement.Et puis vous vous êtes exagéré le danger.beaucoup.ma pauvre mignonne! Elle continua, poursuivant son idée: — J'aime tendrement marraine, mais marraine ce n'est pas la même chose que papa et vous.Ses yeux étaient presque noirs et sa voix presque rude.La Teillais retint doucement la main frémissante et un peu révoltée que sa main à lui enveloppait toute.— N'ayez pas cet air méchant, mon enfant chérie, pria-t-il.Vous savez, au fond, je suis très heureux de vous avoir fait peur.Figurez-vous qu'en mes heures grises, chacun a les siennes, après tout! il m'est arrivé de penser que je pourrais disparaître sans être beaucoup regretté par personne — maintenant que votre pauvre père est parti — et d'en éprouver un peu de peine, bêtement.Puis comme le cher visage se contractait, il ajouta, gaîment: — Soyez tranquille, petite Sylvette, je n'ai pas la moindre envie de vous quitter, tout au moins avant de vous avoir confiée au bon, au charmant mari qui nous remplacera dans votre cœur, dans votre vie, Gabriel et moi.(.4 suivre) $ ^TkTiTcîbîreli CONDITIONS —'o S du moi In Oiaqua annonce drvr» >>.< accompagnée du nom H
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