La Revue moderne., 1 juin 1925, juin
JUIN 1925 MONTREAL.CANADA 6e ANNEE, No s LA REVUE MODERNE REVUE MENSUELLE PRIX: 25 Soi s Auto de tourisme S cylindres en ligne La Performance du Rickenbacker LE RICKENBACKER NE CONNAIT PAS LES COTES Le Rickenbacker à 6 et à 8 cylindres, grâce à la puissance de son moteur, à sa facilité et à sa sécurité de conduite, à son fameux système de ressorts et à ses quatre freins, a permis de réaliser l'abaissement du record de la vitesse et du coût d'entretien.Les records qu'il a abaissés : de New-York à Los Angeles, 3,106.5 milles, en 71 hrs 33 minutes, soit 43.7 milles à l'heure; — du Canada au Mexique, 1,558 milles en 40 hrs 57 minutes; — de El Paso, Texas, à Los Angeles, 908.5 milles en 21 hrs 23 minutes — n'auraient pu être établis par le Rickenbacker si cet auto n'était vraiment remarquable.C'est à une vitesse de 35 à 45 milles à l'heure que le Rickenbacker gravit les côtes ordinaires.Remboursement des frais de déplacement Venez nous voir, nous vous rembourserons vos irais de voyage si vous achetez de nous un Rickenbacker.Modern Motor Sales, Limited 658 Ouest.RUE DORCHESTER, MONTREAL Brouglmm 6 cylindres Les 9 Modèles Rickenbacker à 6 et à 8 cylindres sont, en effet, ce qu'il y a de plus moderne et de plus parfait dans la construction automobile.Freins, conduite, moteur, tout donne le maximum de satisfaction.C'est l'auto qui se vend le plus rapidement et le plus aisément au Canada.H.ROBERT, Sous-Agent, SAINT-HYACINTHE Juin 1925 LA REVUE MODERNE l Parfums Supérieurs de GODET No.4 (bis).—PORTE-FLEURS.Très joli vase cristal Baccarat, décoré or fin, monture bronze doré, écrin cuir, intérieur soie, aux parfums divers.L'unité $9.50.No.1900.—Flacon essence, " Petite Fleur Blanche ", cristal Baccarat, joli écrin, intérieur satin.L'unité $4.25.Essences Diverses No.250.—Poudres de riz aux essences assorties, joli écrin carton aux nuances blanche, rose, Rachel et naturelle.L'unité $0.90.No.5560.—Crème " Trésor de Beauté ".Pot verre opale, capsule dorée, parfum unique, en étui 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Un-derwriters, elles sont le substitut idéal du bronze, du cuivre et du bois — l'apparence et l'ornementation étant exactement (es mêmes.Coût Economique.Le prix excessivement modique permet à l'architecte de spécifier des fixtures ornementales et artistiques parfaitement appropriées à l'architecture de la bâtisse.Le prix des fixtures métalliques en pareil cas est ordinairement trop dispendieux, et surtout le montant des dépenses est limité et que l'on veut quand même s'en tenir à un style uniforme pour toute la construction.On peut se procurer des dessins de styles exclusifs au même prix à peu près que les fixtures d'aucun modèle spécial qui se vendent générale ment, Dessin et Production de Fixtures Spéciales.Un service spécial est à la disposition des architectes pour leur faciliter leur travail et les aider dans toute la mesure du possible à atteindre l'idéal particulier qu'ils ont en vue pour le fini d'un intérieur.Dans ce but, nous sommes prêts à soumettre des dessins de fixtures comportant un motif particulier et d'après un style d'architecture déterminé.Si un architecte avait un plan décidé d'avance, nous pourrions également lui fournir des fixtures appropriées à ses spécifications, et qui répondraient parfaitement à tous les détails de son plan.Demandes de renseignements pour estimés.Envoyer dessins ou modèles avec détails complets en rapport avec l'échelle, le fini, les lumières, les circuits, les conditions d'installation, la quantité requise, la longueur, etc.Si on désire des croquis et des suggestions envoyer aussi plans et devis, donnant en même temps une idée générale de ce qui convient ou de ce que l'on préfère.Mentionner également si les plans ne comportent pas d'architecture ou de style, et si l'on désire des dessins à grands traits ou finis.Dans tous les cas, indiquer le montant alloué pour les fixtures, moins l'installation.Récentes Installations.Seattle National Bank, Seattle, Wash.; B.F.Keith's Fordham Theater, New York City ; New Bedford Hôtel, New Bedford, Mass.; Rialto Theater, Louisville, Ky.; First Church of Christ, Scientist, Jackson-ville, Fia.; Third Presbyterian Home, Evanston, III.1 />/)/i9MfNo296-4 Pendant orné Lanterne S 8S4J Chandelitr No 2972 Intérieur de la Catliédrale du Sacre-Cœur Washington, D.C.ARMAND DesROSIERS LIMITEE REPRESENTANTS EXCLUSIFS POUR LE CANADA i.S7-iô«» KM sll -( \ï Hl KIM .Ol EST pi ent) TEL.UPTOWN 0925 MONTREAL Juin 1925 LA REVUE MODERNE La Q uestion des Cadeaux Quand vous avez un cadeau à faire, soit à l'occasion d'un baptême, d'un mariage, d'un anniversaire, vous ne serez jamais embarrassés en venant » à la Maison Armand DesRosiers Limitée.Nous avons des milliers d'objets différents, depuis un dollar.Chaque objet est spécialement choisi pour convenir à la personne à qui on le destine.Nous donnons une attention toute spéciale, sous ce rapport, à nos clientes qui nous laissent le choix et demandent l'envoi par la poste en nous envoyant leur adresse et le montant qu'elles veulent dépenser.Pour aider à nos clientes à faire un choix judicieux, nous faisons ici une enumération de quelques objets qui leur plairont : Abat-jour, Appuie-livres, Appliques électriques, Aquarelles.Boîte à cigarettes, Brûle parfums, Bronzes, Bougeoirs, Bougies coloriées.Céramiques, Cadres, Coussins en soie, Curettes, Coussins en tapisserie, Chesterfields, Chariots à thé, Chaises longues, Couvre téléphone, Cendriers, Chandeliers.Dessus de Table, Divans.Eaux Fortes, Ecritoires, Estampes françaises, Ecrans.Fauteuils, Fleurs et fruits artificiels, Fauteuils de lecture.Grès flammés, Gravures d'art.Ivoires d'art.Lampes portatives, Lampes à piano, Lampes de lecture.Marbres, Miroirs de style, Meubles d'ornement, Meubles en rotin.Nécessaires de fumeurs.Ornements de cheminées en onyx et bronze, Ouvrages de fantaisie.Peintures à l'huile, Paravents, Poupées en porcelaine, Panneaux Gobelins, Potiches, Porcelaines de Saxe, Poteries vernissées, Paniers à fruits, Poupées veilleuses.Rugs en velours.Statuettes, Stuc et Polychromes, Sacoches françaises, Sacoches perlées, Sièges.Tapisseries genre Gobelins, Tables à thé, Tables de vivoirs, Tables gigognes, Tables basculantes, Tables consoles, Tables à ouvrage.Vases de Sèvres, Vases porcelaine, Verres d'art français, Vases japonais, Veilleuses électriques.— Notre étiquette sur un objet quelconque est une garantie de qualité.JL C'EST CHOSE FACILE DE SE PROCURER DES MEUBLES OU OBJETS D'ART POUR PRESQUE RIEN Pour tentures et motifs de décoration nous avons tout le matériel importé, qui, de nos jours, à cause de la dépréciation du franc, se vend à des prix singulièrement réduits.Il faut voir la gamme des nuances et des dessins de nos Velours, Cretonnes, Reps, Popelines, Soie brochée, Damas et autres Tissus d'ameublement, soit pour rideaux ou décoration, afin de se faire une idée de notre facilité à satisfaire tous les goûts et toutes les bourses.Nous ne disons qu'un mot de nos tapisseries genre Gobelins.Elles sont d'un goût recherché et des copies parfaites des grands chefs-d'œuvre de l'art français, et nous puisons toujours aux meilleures souries de la Capitale du monde, en y faisant des visites régulières et souvint répétées.Nous sommes toujours à la disposition de nos clientes pour leur signaler le meilleur agencement à faire dans leur foyer, et leur faire gratuitement toutes suggestions pratiques.tTrmwd(T)es%siers (imitée Aménagement et Décoration des intérieurs de maisons Direction Artistique : Direction Commerciale : ARMAND DesROSIERS AGAPIT DmROSIERS 657 et 659 Ouest rue Sainte-Catherine (près Cresccnt) MONTREAL Téléphone: Uptown 0925 LA REVUE MODERNE Juin 1925 La Section des Patrons PATRON NO.2427.—Robe-tunique pour femmes et jeunes filles .l'une seuli- pièce, se ferni.int sur l'épaule gauche.Les manches courtes, forme kimono, peuvent se finir.en bords relevés ou • illcuigécs en plis très amples.La jupe circulaire est attachée au .p I taille allongée.On a pourvu à la ceinture.Largeur au bas de la robe, pointure 36, environ 2} verges.9 pièces.Taillée en i>oiiiturc 14 16 ans (32, 34 buste).35} 37 36 38 40 p.buste.99 41) 44 p.hanche.longueur du cenlrc-dos, du cou au bord, 50 p.Aucune bordure n'i -i .illiméc sur les pointures de femmes, mais seulement sur les |Kiintures 14 cl 16.Avant de tailler, comparer soigneusement toutes les pièces du patron avec la charte.VERGES DE TISSU NECESSAIRES Robe à manches courtes, tel qu'indiqué sur le devant.Grandeurs 14 mm.16 ans.36 p.M - m 40 p TU, su imprimé sans revers.32 p 36 p.40 p.54 H 3J 21 2\ 31 3i n »l 3J 3J 3 2| 41 H 31 3 Grandeurs 14 ans 16 ans____ 36 p.38 or 40 p Robe à manches longues d'un seul tissu.Robe à manches longues d'un seul tissu, l'n tissu sans rems Sans revers Avec revers 36 p.40 p.54 p.54 p.H 3} 2} 2} i H 3| 31 3| ï 4| 3} 3J i 4) 31 3| 32 p.3} 3i il 36 p.H 4 40 p.3i 3 2 LE PATRON NO.2433.—Robe pour femmes et jeunes filles d'une seule pièce, avec insertion sur le devant et de longues épaules formant des manches courtes, finie avec double bande, ou étendue à sa pleine longueur, avec sections d'une pièce.Largeur^au bord, pointure 36, environ 1J verge.6 pièces.Taillée en pointures 16 ans (33 de buste) 36 36 38 40 42 p.buste.39 41} 44 46} p.hanche.Longueur du centre-dos, du cou au bord, 52 p.Aucune bordure n'est allouée sur les pointures de femmes, mais seulement une de 3 p.sur la pointure de 16 ans.Avant de tailler, comparez soigneusement toutes les pièces du patron avec la charte. Juin 1925 LA REVUE MODERNE S VERGES DE TISSU REQUISES SANS REVERS.Tel qu'indiqué sur le devant Con- 32 ou traste Grandeurs.36 p.40 p.54 p.24 p.16 ans.3 21 11 1 36 p.3 3 lè - 38 ins.3 3 11 40 ou 42 p.3 3 — 1 D'un seul tissu avec man- Avec longues ches courtes manches Grandeurs.32 p.36 p.40 p.54 p.36 p.40 p.54 p.16 ans.3J 31 3 2J 3| 3J 2| 36 p.31 3i 3i 2* 3J 3} 21 30 p.3} 3J 3J 21 3i 3} 21 40 ou 42 p.il 3J 3} 2J 41 3| 2} PATRON NO.2253.—Robes-tuniques pour femmes et jeunes filles.Extensions au côté gauche.La couture forme une draperie double en forme de cascade, sous les retroussés minuscules qui servent à fixer la taille.Largeur du tour de robe, au bas, (pointure 36) environ 11 verge.1 pièce.Taillée en pointures 16 ans (34 buste) 37 36 38 40 42 44 p.buste.39 411 44 461 49 p.hanche.Longueur du centre-dos, du cou au bord, 52 p.Aucune bordure n'est allouée.Avant de tailler, comparez soigneusement toutes les pièces du patron avec la charte.VERGES DE TISSU REQUISES Grandeurs.36 p.40 p.16 ans.2J 2\ 36 p.3 3 38 ou 40 p.3 3 42 ou 44 p.— 3 PATRON NO.2417.—Robe pour fillette.La blouse, ajourée et close au centre-front, a un col arrondi et de longues manches qui se terminent en bandes droites, finies avec poignets retournés.La jupe, avec bretelles, est à trois pièces.La courroie-bretelle du devant est piquée sous le haut de la jupe, formant pochette.10 pièces.Taillée en pointures 6 8 10 12 14 ans.14J 251 271 291 311 poitrine.Avant de tailler, comparez soigneusement toutes les pièces du patron avec la charte.VERGES DE TISSU REQUISES Robe sans revers Pointures.27 p.32 p.36 p.42 p.Liant 6 ans.1J 1| 1} 1| 31 8 ans.2 1} 11 1} 3J lOans.2J 21 1{ \\ 4 12 ans.21 2| 2J 1J 4J 14 ans.31 3\ 31 2J 4} Blouse à longues Blouse à manches manches sans revers courtes sans revers Pointures.32 p.36 p.40 p.32 p.36 p.40 p.6ans.H U U 11 1} 1 Sans.U 11 1} 1J 1J H lOans.1| H 1J H lj H 12ans.H il H 1] H lj 14ans.21 1} 1| 1] 1} 1} On peut se procurer ces patrons avec toutes les indications nécessaires, pour le prix de 20 cents, en s'adressant à "Section des Patrons", La Revue Moderne, 19S, N.-I)ame E. ¦tMHMMMMMMMiMIi LE LAC LOUISE Les poètes ont chanté les louanges de ce lac merveilleux ; les écrivains, dans une prose lyrique, ont souvent tenté d'en écrire la séduisante beauté ; et les peintres, vainement, ont essayé {[d'en fixer sur la toile, lescouleurs chatoyantes et toujours changeantes.Le lac Louise est indescriptible.Il faut le voir pour apprécier pleinement la perfection de l'œuvre de la Nature.Ce sera l'un des privilèges des excur sionnistes de l'Université de Montréal, lors de leur prochain voyage à la Côte du Pacifique en juillet. LA REVUE MODERNE ABONXEJffEMS 1 an G m.Canada: $3.00 $1.50 Etranger: $4.00 $2.00 LITTERAIRE, POLITIQUE, ARTISTIQUE Directrice: Madame Ml il l \ I N (Madeleine) Rédigée en Collaboration Direction.Rédaction et Publicité: MAIN :{-,7'J 198 EST, RUE NOTRE-DAME, MONTREAL.6e Année—No 8 S'unir pour grandir Montréal, Juin 1925 ORGANE FRANÇAIS OFFICIEL DE L'ASSOCIATION DES AUTEURS CANADIENS SOMMAIRE AUTOUR D'UN GRAND CONGRES .JUIN(poésie).QUELS SONT LES QUALITES DE LA JEUNE FILLE MODERNE ?L'ILE (poésie).LA BRETONNE.NOTES ET ECHOS.LE ROMAN D'UNE VIEILLE FILLE LE SECRET.ROMANS : LA JEUNE FILLE AUX OISEAUX (complet) LE PRINCE (à suivre).FEMINA: LES OUVRAGES DE DAMES DE LA REVUE LA MODE FEMININE.LES CHOSES FEMININES LES OUVRAGES FEMININS COURRIER DE MADELEINE ETUDES GRAPHOLOGIQUES LIVRES ET REVUES LA PETITE POSTE .« LA QUESTION DES CADEAUX LES PATRONS DE LA REVUE MODERNE Madeleine.Mme Alphonse Daudet Henri de Régnier André Theuriet Luc Aubry.Robert Le Bidois Pierre Mille Henry Bordeaux Eveline le Maire Sœur Marthe Madeleine ( llaude < e> la Louis Claude A.Des Rosiers Pages 9 10 11 12 13 14 17 \r lu uraetr rt îlrg nrnaura urnttuux 34, rut Hutchison flaloolfs nfiifrlrmire rt m.11.11¦ i r•¦ br la prau Tél.Est 7580 "Un bon livre est un ami" Faites-vous de bons et loyaux amis à La Librairie Déom 251 Est, rue Stc-Catherinc MONTRKAL On y trouve toujours le plni grand choix de nouveautés.Téléphone: Est 2531 8 LA REVUE MODERNE Juin 1925 A TRAVERS LE CANADA avec L'UNIVERSITE DE MONTREAL dm 7cm 28 Juillet Un grand voyage jusqu'à la Côte du Pacifique Wagons et bateaux luxueux, personnel bilingue, service parfait.De part de Montréal, gare Windsor LE 7 JUILLET $365 tous frais compris pour un lit du bas.Lit du haut, $350.Lit du bas occupé par deux voyageurs, $330.chacun.Salon-lits occupé par trois voyageurs, $380.chacun.* Notre invitation s'adresse à tous les Canadiens-Français et Franco-Américains, hommes et femmes.Tous seront les bienvenus.Renseignements complets concernant ce superbe voyage fournis par l'Université de Montréal lllllllll iimm Juin 1925 LA REVUE MODERNE 9 Autour d un Grand Congrès Par MADELEINE I.( "EMMENT passait par notre pays des person-f\ nalités féminines se dirigeant vers Washington pour le Congrès du Conseil international des Femmes parmi lesquelles se trouvait une délégation française, composée de dix membres, sous la présidence de Madame Avril de Sainte-Croix.Le passage ici de ces dames fut malheureusement trop rapide pour leur permettre de prendre sérieusement contact avec notre vie canadienne, et nous le regrettons vivement, et souhaitons un rapprochement prochain qui nous permette de mieux connaître les Françaises remarquables qui consacrent leurs activités à des œuvres sociales de la plus sûre importance.Madame Avril de Sainte-Croix s'occupe notamment du relèvement des jeunes filles abandonnées, et consacre sa vie à cette question de haute et saine morale.Elle a fondé à Paris, en 1900, une association qui a acquis une grande importance et est considéré comme un modèle du genre.Chevalier de Légion d'Honneur, écrivain de mérite, Madame Avril de Sainte-Croix se prodigue donc dans les œuvres qui lui paraissent propres à sauver la jeune fille moralement abandonnée, et nous retrouvons son influence dans les foyers qu'elle a également crées pour les ouvrières d'usine.A côté de Madame de Sainte-Croix, nous trouvions Madame Scher, Alsacienne de naissance, femme du député du Haut-Rhin, sei rétaire générale du Comité alsacien du Conseil National des Femmes françaises, présidente de l'Association féminine de Mulhouse.Madame Scher s'est occupée, depuis de longues années, des œuvres alsaciennes qu'elle a d'ailleurs fait rattacher à sa patrie retrouvée avec une ferveur qui l'honore.Madame Barthès est aussi Chevalier de la Légion d'honneur et dirige la-bas de nombreuses activités féminines.Nous voyons son nom parmi les Françaises qui s'occupent de la protection des mères et enfants dans tous les faubourgs de Paris, tuberculeux, des œuvres de l'enfance, des orphelins.mutilés de la guerre, etc.Dans le comité de la presse, nous remarquions des femmes jeunes et intelligentes qui ont brillamment rempli leur lourde tâche de journaliste: Mesdames Madeleine Heiman, présidente) fondatrice d'une revue en " braille " pour les aveugles de guerre, écrivain Madame Avril de Sainte-Croix, présidente du Conseil national des femmes de France.d'une rare finesse et d'une grande distinction, et Madame Odette Arnaud, écrivain marquant, diplômée de l'Ecole du Louvre, qui, elle aussi, emploie sa vie à des œuvres sociales et charitables.La délégation comprenait encore Mesdames Bernhein, Fougeral, Mademoiselle Fougeral, et Madame Marie Vérone avocate bien connue au Barreau de Paris.Dans ce Conseil international se trouvent les femmes de tous les pays civilisés, et le nôtre a participé naturellement aux assises de Washington avec une brillante représentation.Là, se sont discutées les questions d'ordres féminins, celles d'éducation ont été particulièrement suivies, ainsi que celle de la protection de la femme dans toutes les milieux de la société.De tous les coins du monde étaient accourues des créatrices d'œuvres, des femmes d'énergie et de valeur, et ce qui vaut plus, des femmes de cœur qui accomplissent dans leur pays respectif, un féminisme bien compris et fort utile.La Commission des lois s'est notamment préoccupé de la nationalité de la femme mariée, question qui fait également l'objet de l'intérêt de la Société des Nations et qui a, du fait de la guerre, pris une importance trop souvent pénible.L'hygiène ne pouvait être ignorée, puisqu'elle touche les foyers où la fem-exerce sa plus grande influence.Les tâches de ces dames étaient aussi lourdes que nombreuses, et nous avons remarqué combien la doi.et la finesse latines s'alliaient bien au sens pratique anglo-saxon au cours de délibérations fort absorbantes où tant d'idées furent émises, de projets établis, de suggestions mises à point.De plus en plus la femme s'affirme, et elle ne craint ni la fatigue des longs voyages, ni le sacrifice des heures tranquilles, pour aller si loin qu'on la réclame, apporter son intelligence et son cœur pour provoquer dans la vie de tous les peuple**, un peu plus de joie, et beaucoup moins d'égoïsme et de dureté.L'on emploie quelquefois des termes bien rudes puni blâmer le féminisme qui paraît à beaucoup d'hommes une ingérence déplorable dans des domaines qui restèrent, longtemps, Strictement masculins.Mais ett-CC que de ce fait le prestige de- l'homme, son autorité, M force se trouvent diminués?Je suis certaine que les 10 LA REVUE MODERNE Juin 1925 femmes n'ont jamais voulu amoindrir le rôle de l'homme, en lui apportant dans la vie nationale, comme dans celle familiale, leur concours de plus en plus actif, de plus en plus dévoué.L'existence est devenue plus lourde et plus tourmentée, il faut que la femme aujourd'hui aide les mouvements sociaux et conjurent des abus dont elle est trop souvent la victime.Les tâches les plus terribles, celles par exemple qui font descendre dans des tranchées desêtresdevigueuret de bravoure, restent encore le ribut de l'homme mais là où la femme se sent indispensable, c'est dans les endroits où l'on souffre, là où se pansent les blessures, et se consolent les douleurs.Si les hommes peuvent faire les guerres, souhaitons et éperdument que les femmes sachent les prévenir et les empêcher.C'est justement en se rencontrant, en se connaissant mieux, en prenant contact avec les différentes civilisations qu'elles arriveront à ne plus vouloir de ces tueries abominables qui leur ôtent les maris et les fils, et font de la vie un deuil épouvantable." Utopies me dira-ton ".Il y a toujours eu des guerres, il y en aura toujours.Il n'est tout de même pas inutile d'essayer, de lutter, de nous battre pour la paix.Dans cette immense réunion qui a amené à Washington les femmes du monde entier à discuter des intérêts mondiaux, il s'en trouvait et combien ! des malheureuses dont le cœur était encore au vif.Si des ennemies peuvent pour l'amour de leur peuple, se rencontrer, se parler >c pardonner, afin que plus jamais ne se renouvelle lu rande tragédie, le rôle de la femme en devien-dra p'.ua grand et plus noble.L'on ne peut donc traiter vulgairement l'effort qu'elle accomplit pour le bonheur humain puisque ce bonheur là, elle a le devoir de le créer.J'ai tenu à saluer ici d'un hommage tout spécial la délégation française parce qu'il m'apparaît bien utile que les femmes d'un pays si traditionnaliste, qui ne veut pas d'un féminisme exagéré, apportent la persévérance de leur travail, la beauté de leur âme, et la délicatesse de leur esprit dans ces mouvements où elles sauront mettre de la grâce et garder de l'élégance, justement parce qu'elles sont d'une patrie et d'une éduction où les plus féministes, ne cessent jamais de rester des féminines et qui savent trop bien le prix du charme pour y renoncer jamais.MADELEINE.JUIN Le coucou décevant chante dans les grands bois ; Il est ici, puis là, jamais il ne s'arrête ; Son vol est un circuit dessiné par sa voix Sonore, printanière, et pourtant inquiète : Coucou ! Le moissonneur, dans le cri répété, Compte son blé, son or, les récoltes prochaines ; Le meunier voit tourner son moulin déjeté ; Le bûcheron l'écoute en regardant les chênes.Précurseur des bienfaits de l'été triomphant, Il domine et fait taire aux buissons de la haie Mésanges et bouvreuils au romantique chant, La fauvette en l'allée et dans la roseraie.Qu'il chante ! 77 n'a qu'un jour, une heure de soleil, El l'écho pour lequel sa voix semble promise, Avec sa double noie au timbre de vermeil, Bientôt, juillet venant, se taira par surprise.Mme Alphonse DAUDET.Nos Nouveaux Légionnaires L'Honor AnLB Rodolphe Lemieux Grand Commandeur dt ta Ughn d'honneur.Dr.Pai'i.Ostiguy Cliei'alier de la Légion d'honneur.L'Honorable Sénateur C.Beaubien Grand Commandeur de la Légion d'honneur \ M.Edouard Montpktit Cheviller de U Lition d'honneur ( ClUhi Studio ïjarote) Dr.Eudorr Dubeau Chevalier de la Légion d'honneur (Cliché A.Dumas) D.Arthur Vai.i.ee Chevalier de la Légion d'honneur.Professeur Squair Chevalier de la Légion d'honneur. Juin 1925 LA REVUE MODERNE 11 Quels sont d'après vous les qualités et les défauts de la jeune fille moderne ?Par LUC AUBRY LA question est périlleuse, mais néanmoins un journal français l'a posée à plusieurs grands auteurs français qui ne se montrent pas féroces et qui savent qu'elle a du bon la jeune tille; ce qu'elle a de mieux que nous : Elle sait ce qu'elle veut, et elle le veut bien.Elle a étouffé la petite oie blanche d'antan, et prétend déployer sa valeur, donner sa mesure et prendre tous ses droits sur la vie.Elle a aussi des soucis artistiques et intellectuels qui semblaient des anomalies dangereuses chez les femmes des générations précédentes.Elles ont aussi des défauts et quelquefois et trop souvent les défauts de leurs qualités.Mais lisons ce qu'en écrivent Mme Rachilde, Marcel Prévost, de Gyp, de George Lecompte, Paul Géraldy, Gustave LeBon et Henri Barthélémy.Dans notre prochaine édition, nous publierons des opinions canadiennes que nous irons chercher chez les jeunes comme chez les vieux, hommes et femmes.Nous entendons trop souvent dire " de notre temps " à de pauvres têtes ravagées, pour refuser au temps d'aujourd'hui l'expression de son idéal et de ses vues.Surveillez donc notre édition de juillet, et pour vous amuser en attendant, lisez les auteurs précités : Toute époque a son évolution, et la vie, l'existence même en est une.Mais l'on peut croire que notre époque a imposé, ou permis, à tous les êtres en général, et notamment à la femme, à la jeune fille, une évolution plus rapide et plus profonde qu'autrefois.Dans l'ensemble, ce sont les conditions matérielles et morales de l'époque où nous vivons qui font de nous ce que nous sommes.L'évolution est surtout sensible chez la jeune fille, chez la femme.Peut-être se résume-t-elle en leur plus grande qualité, en leur plus grand défaut.De là nous est venue, par esprit de simplification, l'idée de poser cette unique question à un certain nombre de personnalités parisiennes : Quels sont, selon vous, la principale qualité et le principal défaut de la jeune fille et de la femme moderne ?La première des réponses que nous avons obtenues est celle d'un savant : M.Gustave Le Bon.Je n'ai aucune lumière particulière sur ce sujet, nous dit-il.Mais, autant qu'on peut en juger de loin, il me semble que les jeunes filles modernes ont des besoins d'indépendances qui ne leur faciliteront pas l'accès au mariage.Je crois que la natalité dans les anciennes classes bourgeoises va diminuer rapidement, car rentre-lien d'une famille est devenu, aujourd'hui, une opération extrêmement coûteuse.Voici maintenant l'opinion d'un écrivain aimé du public et qui a toujours été préoccupé par des questions de psychologie féminine : M.Marcel Prévost.J'ai déjà formulé les deux réponses dans les Nouvelles Lettres à Françoise : Défaut dominant: le goût passionné du divertissement ; l'esclavage sous la mode.Qualité dominante : la franchise.M.Georges Lecompte, de l'Académie Française, président de la Société des Gens de Lettres, admire la qualité, ne se fait pas d'illusions sur les défauts, mais ne les croit pas sans remède : La qualité qui me frappe chez la jeune fille et la femme moderne, c'est: Une plus grande franchise, une loyauté d'homme crâne et droit, dans une liberté accrue.Le plus grave défaut ?La folie du luxe, du plaisir, de la bougeotte, comme à aucune époque.Sous un plafond pas très élevé, une tendance au matérialisme pratique, aux commodités et aux joies de la vie ; le goût de l'aventure, de l'indépendance téméraire, de la nouveauté, du changement, qui est un goût plein de risques pour le bonheur de la femme ; trop fréquemment la méconnaissance et le mépris de son rôle naturel et, ainsi que la plupart de nos contemporains, la dangereuse habitude de chercher midi à quatorze heures.Le remède ?Un seul, et charmant pour tout le monde: le retour à la simplicité, une acceptation confiante et joyeuse des lois de la Nature.Le poète des Petites Ames et des Noces d'argent, M.Paul Géraldy, se résume en ces termes : La plus grande qualité de la jeune fille d'aujourd'hui, c'est d'être jeune fille ; et la plus grande qualité de la femme d'aujourd'hui, c'est d'être femme.Leur plus grand défaut à toutes deux, c'est de vouloir vivre comme des hommes.La réponse de Gyp " ne s'applique qu'aux femmes du monde " : Leur plus grande qualité ?Elles sont débrouillardes.Leur plus grand défaut ?Un amour bête de l'exhibition, de la vie hors de chez soi et de la mode, quelle qu'elle soit.Toutes les lèvres sont violettes et tous les cheveux sont coupés.Absence complète de personnalité.La formule la plus courte est celle de Rachilde, l'auteur de ce puissant roman : le Meneur de louves.Le plus grand défaut de la jeune fille moderne est île beaucoup trop ressembler à son frère.et, justement, de ne pas avoir 1rs qualités de uluiti.F.t voici, pour terminer, l'a\isde M.Henry Berthé-émy, doyen de la Faculté de Droit, membre de l'Institut : Le proverbe antique m'impose la plus expresse réserve: Ne, sutor, supra crepidam ! Comment parler utilement de ce que je connais si peu ? 12 LA REVUE MODERNE Juin 1925 Sans doute, plus de six cents jeunes filles fréquentent aujourdhui notre Ecole de droit.Elles nous écoutent avec attention ; elles ont une excellente tenue au milieu de leurs condisciples ; elles passent en général de bons examens.Qu'en peut-on déduire pour caractériser les tendances des jeunes filles modernes ?Un autre fait nous frappe.Les familles bourgeoises font donner à leurs filles la même instruction qu'à leurs fils.C'est logique.L'enseignement secondaire a pour objet de fortifier la raison et de former le goût.Quelle considération commande, ici, l'emploi de méthodes différentes pour les deux sexes ?Les femmes de l'avenir seront donc, en général, plus instruites que ne l'étaient leurs mères.Il n'y a pas d'inconvénient à cela.Elles n'en seront, pour leurs fils, que de meilleures éducatrices.Mais tout le monde s'accorde à dire que les jeunes filles ne prennent pas seulement à leurs frères le goût d'études plus fortes.Elles leur empruntent l'aspiration à des mœurs plus libres.Elles sont beaucoup trop hardies, beaucoup trop affranchies de la réserve que nos mœurs d'hier imposaient à leur sexe.Elles ont grand tort et risquent d'y perdre une grande partie de leur charme.Il vaut mieux inspirer le respect qtte provoquer l'irrévérence.Puisqu'elles ont la prétention île tout lire, je leur recommande l'avis très sage d'un maître qui les a devinées et connues beaucoup mieux et beaucoup plus que moi: "Si j'étais de vous, leur dit Anatole France, j'aurais en aversion tous les émancipa-teurs qui veulent faire de vous les égales des hommes.Ils vous poussent à déchoir.Prenez garde ! Tout n'est pas perdu : on se bal, on se ruine, on se suicide encore pour vous, mais les jeunes gens assis dans les tramways vous laissent ' debout sur la plate-forme! Votre culte se meurt avec les virux cultes." Ce n'est certainement pas à cela que rêvent nos jeunes filles ! Il y a peut-être la une enquête à poursuivre autour de soi, s'il est vrai que c'est l'opinion d'autrui qui nous apprend à nous connaître.* * * Tout le monde est d'avance invité a donner son opinion sur la jeune fille moderne, ses défauts et ses qualités, mais de le faire alors gentiment, si difficile « 111 « - (ila paraisse A quelques uns, car cette jeune fille < si une femme et bien précieuse puisqu'elle représente l'espoir fie la race, il ne faut ni la diffamer, ni la rebuter, ni la froisser, et la mettre en rébellion avec le rôle qui lui est assigné ?De l'avis unanime des auteurs fran- sa loyauté est a toute épreuve, mais elle n'est pas assez féminine.Il faut donc l'amener à garder sa pleine n-ponsabilité tout en lui rendant son entière féminité.Allons-y le rôle est joli et large et difficile, l'as de gaucheries, d'ailleurs la Revue Moderne se réserve le droit de refuser les réponses rébarbatives.Mais n'oublions pas surtout qu'elle est très fine la jeune fille moderne, et qu'elle refuse d'entendre ce qui lui est dit durement ou bêtement.Luc Aubrv.L'ILE Puisque nos souvenirs le Destin la mêla, Nous reviendrons un jour à V Isola Bella, Et nous retournerons, puisque tu l'as aimée, Au rivage divin de ! Ile parfumée.Et qui, sur l'eau, semble endormie en du bonheur.Le vieux gardien indifférent au visiteur Nous ouvrira l'accès de la Villa baroque, Et le trousseau de clés que sa main entre-choque Fera trembler le lustre et vibrer le miroir, Et dans le doux jardin qu'il montre — sans en voir Les fleurs, le labyrinthe et les triples terrasses D'où ne s'envolent pas les colombes trop grasses — Nous le suivrons, et tout encor sera pareil, Avec le même azur et le même soleil.L'air sera transparent, noble, mol et limpide ; Pas plus que le ciel bleu le lac n'aura de ride, Et, le long du mur jaune où luit le citron d'or, Dans le silence clair, nous entendrons encor Battre, oiseaux revenus au nid du temps sans aile.Nos cœurs toujours heureux dans l'île toujours belle.Henri de REGNIER, de VAcadémie française.Notre Concours de Propagande MADAME MESSIER qui a apporté le plus grand nombre, d'abonnements dans le dernier concours de la Revue Modirne. Juin 1025 LA REVUE MOI) ER N E 13 La Bretonne Par A ndré Theuriet F TN soir de novembre, veille de Sainte-Catherine, f / la grille de la maison centrale d'Auberive tourna sur ses gonds et laissa passer une femme d'une trentaine d'années, vêtue d'une robe de laine déteinte, coiffée d'un bonnet de linge qui encadrait d'une façon étrange son visage pâle et bouffi de cette graisse blafarde que développe le régime des prisons C'était une détenue qu'on venait de libérer.Ses compagnes de détention l'appelaient " la Bretonne ".Condamnée pour infanticide, il y avait juste six ans qu'une voiture cellulaire l'avait amenée à la Centrale.Après avoir repris ses hardes et touché au greffe son pécule, elle se retrouvait enfin libre, avec sa feuille de route visée pour Langres.Le courrier de Langres était parti.Intimidée, gauche, elle se dirigea en trébuchant vers la principale auberge du pays, et, d'une voix mal assurée, y demanda un gîte pour la nuit.L'auberge était pleine, et l'aubergiste, qui se souciait peu d'héberger " de ces oiseaux-là ", lui conseilla de pousser jusqu'au cabaret situé à l'autre bout du village.La Bretonne s'en alla, plus gauche et plus effarée encore, frapper à la porte de ce cabaret, qui n'était à proprement parler qu'une cantine pour les terrassiers.La cabaretière la toisa d'un œil méfiant, flairant sans doute une femme de la Centrale, et finalement la renvoya, en prétendant qu'elle ne donnait pas à coucher.La Bretonne n'osa pas insister ; elle s'éloigna la tête basse, tandis qu'au fond d'elle-même s'élevait une haine sourde contre ce monde qui la repoussait.Elle n'avait plus d'autre ressource que de gagner Langres à pied.Fin novembre, la nuit vient vite ; elle se trouva bientôt enveloppée d'ombre, sur la route grise qui fuyait entre deux lisières du bois et où le vent du nord soufflait rudement en éparpillant des paquets de feuilles mortes.Après six ans de vie sédentaire et recluse, elle ne savait plus marcher ; les articulations de ses genoux étaient comme nouées ; ses pieds accoutumés aux sabots étaient gênés dans des souliers neufs.Au bout d'une lieue, elle eut des ampoules et se sentit déjà lasse.Elle s'assit sur un mètre de pierres, — frissonnant et se demandant si elle allait être obligée de crever de froid et de faim, par cette nuit noire, sous cette bise glacée qui la morfondait.—Tout à coup, dans la solitude de la route, à travers les rafales du vent, il lui sembla entendre les sons traînants d'une voix qui chantait.Elle prêta l'oreille et distingua la cadence d'une de ces chansons caressantes et monotones avec lesquelles on berce les enfants.Alors, se remettant sur pied, elle marcha dans la direction de cette voix, et, au détour d'un chemin transversal, elle aperçut une lueur qui rougeoyait parmi les branches.Cinq minutes après, elle atteignait une masure de torchis, dont le toit couvert de mottes de terre était appuyé à la roche, et dont l'unique fenêtre laissait passer un rayon lumineux.Le cœur anxieux, elle se décida à heurter.La chanson s'arrêta et une paysanne vint ouvrir ; — une femme du même âge que la Bretonne, mais déjà vannée et vieillie par le travail.Son casaquin, crevé par endroits, montrait la peau terreuse et hâlée ; ses cheveux roux s'échappaient en désordre de dessous un petit bonnet d'étoffe ; ses yeux gris regardaient avec ébahissement l'étrangère, dont la figure avait quelque chose d'insolite.— Bonsoir donc, dit-elle en soulevant la lampe à bec qu'elle tenait à la main, que désirez-vous ?— Je n'en puis plus, murmura la Bretonne d'une voix où sourdait un sanglot, la ville est loin, et si vous vouliez me loger pour cette nuit, vous me rendriez service.J'ai de l'argent et je vous paierai de votre peine.— Entrez ! répondit l'autre après un moment d'hésitation, puis elle continua d'un ton plus curieux que méfiant : — Pourquoi n'avez-vous pas couché à Aulierive ?— On n'a pas voulu me loger.Et baissant ses yeux bleus, la Bretonne, prise d'un scrupule, ajouta : — Parce que, voyez-vous, je sors de la maison centrale, et* ça ne donne pas confiance aux gens.— Ah !.Entrez tout de même.Je ne crains rien, moi, n'ayant jamais eu que de la misère.Il y a conscience de laisser une chrétienne à la porte par un froid pareil.Je vas vous faire un lit avec une jonchée de bruyères.Elle alla prendre sous un hangar des brassées de bruyères sèches et les étendit dans un coin, près de la cheminée.— Vous demeurez seule ici?demanda timidement la Bretonne.— Oui, avec ma gâchette, qui court sur ses sept ans.Je gagne notre vie en travaillant au bois.— Votre homme est mort ?.Dans un naufrage.Enfin, à chacun ses maux Voilà votre lit fait et voici deux ou trois pommes de terre qui restent du souper.C'est tout ce que je puis vous offrir.Elle fut interrompue par une voix enfantine partant d'un bouge noir, séparé de la pièce par une cloison de planches.— Bonne nuit ! reprit-elle, je vas retrouver la petite qui s'épeure.Tâchez de bien dormir ! Elle prit la lampe et gagna le cabinet contigu, en laissant la Bretonne dans l'obscurité.Celle-ci s'était étendue sur les bruyères.Après avoir mangé, elle essayait de fermer les yeux, mai- le sommeil ne venait pas.A travers la cloison, elle entendait la Fleuriotte causant à mi-voix avec sa petite, que l'arrivée de l'étrangère avait réveillée et qui ne voulait plus se rendormir.La Fleuriotte la dodelinait, elle l'end>i11 ,i\c.des paroles caressantes, dont la naïve expression remuait singulièrement la Bretonne.— Allons, ma gâchette, disait la Fleuriotte, dépêchez-vous de dormir Si vous êtes sage, je vous conduirai demain à la foire de la Sainie-( aiherinc.— La Sainte-Catherine, c'est la fête des petites filles, n'est-ce pas, maman ?— Oui, ma mie.— Est-ce vrai que ce jour-là sainte Catherine apporte des joujoux aux enfants ?— Oui.quelquefois! 14 LA REVUE MODERNE Juin 1925 — Pourquoi est-ce qu'elle n'en apporte jamais chez nous ?— Nous demeurons trop loin.Et puis, nous sommes trop pauvres.— Elle n'en porte qu'aux riches, alors !.Pourquoi ?.Moi aussi, j'aimerais à avoir des joujoux.— Eh bien ! un jour.si vous êtes gentille.si vous vous endormez sagement, elle vous en donnera peut-être.— Alors, je vais dormir.pour qu'elle m'en apporte demain.— Un silence.Puis, un souffle égal et léger.L'enfant s'était assoupie, la mère aussi.La Bretonne seule ne dormait pas.Une émotion poignante et tendre à la fois lui serrait le cœur, et elle pensait plus fort que jamais à ce petit qu'elle avait jadis étranglé.Cela dura jusqu'aux premières lueurs de l'aube.Au petit jour, la Fleuriotte et son enfant dormaient serré.La Bretonne se glissa furtivement dehors, et, marchant en hâte dans la direction d'Auberive, ne s'arrêta qu'aux premières maisons.Là, elle remonta lentement l'unique rue, regardant les enseignes des boutiques.A la fin, l'une d'elles parut fixer son attention.Elle frappa aux volets et se fit ouvrir.C'était une boutique de mercerie, ¦ unit h.mi aussi des jouets d'enfant, de pauvres jouets défraîchis : poupées de carton, arches de Noé, bergeries.— Au grand ébahissement de la marchande, la Bretonne acheta tout, paya et sortit.Elle reprenait le chemin du logis de la Fleuriotte, quand une main s'abattit sur son épaule.Elle se retourna et tressaillit en se trouvant en face d'un brigadier de gendarmerie.La malheureuse avait oublié qu'il était défendu aux détenues libérées de séjourner aux abords de la maison centrale !.— Au lieu de vagabonder ici, vous devriez déjà être à Langres, dit sévèrement le brigadier.Allons, en route !.Elle voulut s'expliquer.Peine perdue !.En un clin d'oeil, on réquisitionna une charrette, on l'y fit monter sous l'escorte d'un gendarme, et fouette cocher.La charrette roulait en cahotant sur la route gelée.La pauvre Bretonne serrait d'un air navré son paquet de joujoux entre ses doigts transis.A un tournant de la route, elle reconnut le sentier fuyant sous bois ; son cœur sauta, et elle supplia le gendarme de s'arrêter : elle avait une commission pour la Fleuriotte, une femme qui demeurait là, à deux pas.— Elle suppliait avec tant d'énergie, que le gendarme, bon homme au fond, se laissa fléchir.On lia le cheval à un arbre, puis on remonta le sentier.— Devant la porte, la Fleuriotte fendait du menu bois.En revoyant sa visiteuse en compagnie d'un gendarme, elle resta bouche bée et les bras ballants.— Chut ! fit la Bretonne, la petite dort-elle encore ?— Oui.mais.— Portez ces joujoux doucement sur son lit, et dites-lui que c'est sainte Catherine qui les lui envoie.J'étais retournée à Auberive pour les quérir, mais il paraît que je n'en avais pas le droit, et on me ramène à Langres.— Sainte mère de Oieu ! s'écria la Fleuriotte.— Chut !.Files s'approchèrent du lit.Toujours suivie de son escorte, la Bretonne éparpilla sur les couvertures les poupées, l'arche et la bergerie, baisa le bras nu de l'enfant endormie, et se retournant vers le gendarme, qui se frottait les yeux : — Maintenant, dit-elle, nous pouvons partir.André THEURIET.LE Il UN Dl C; - -e 1 j 1 ¦ t -des sujets du Roi.Nous serions dans cet état d'infériorité si les sujet - il.1 en 1 .1 ouïe Bretagne nous imposaient leur volonté par la voix de leur parlement.Le plu - 11101I1 -le îles balayeurs eles rues de Londres serait alors notre supérieur.Ce titre de Royaume du ( .111.ni.1 n'eût < 11 rien augmenté nos pouvoirs, puisqu'ils ront dans le parlement et non chez le Roi, et le Roi eût continué de régner ii 1 |mi il< légation, mais on eût eu dans le momie une 1 ont eption 16 LA REVUE MODERNE Juin 1925 plus claire de la séparation des pouvoirs britannique et canadien.Il est vrai que nous ne nous sommes pas servi dès les débuts de tous les pouvoirs que contient notre grande charte.Nous les utilisons à l'heure qui nous convient.Nous avons décide de faire seuls nos affaires internationales.A la Conférence impériale d'octobre 1923, le principe fut reconnu que tous les Dominions étaient sur un pied d'égalité avec la Grande-Bretagne pour la négociation et la conclusion de traités avec les pays étrangers.Toutes les nations-soeurs se sont engagées les unes envers les autres, à notifier celles d'entre elles qui pourraient être intéressées dans les négociations en cours.Nous nommons, par arreté-en-Conseil, notre délégué à ces négociations et le Roi, avisé par son Conseil canadien, donne ses lettres de créance, au délégué qui lui est désigné.De même nous nommerons demain un ministre à Washington qui recevra de Sa Majesté le Roi ses lettres de créance qui l'accréditeront auprès du Gouvernement des Etats-Unis comme le représentant du Roi pour les affaires canadiennes.Ce représen-i.int parlera et agira pour le Canada et ne relèvera que du cabinet canadien.Il ne s'agit pas de théories, mais de réalités.J'entendais M.Casimir Périer au Palais Bourbon, en 1891, exprimer sa surprise qu'on parlât des colonies britanniques alors qu'elles avaient comme le Canada, le droit d'imposer les marchandises de la métropole, ce qui était à ses yeux l'apanage de la souveraineté.Qu'cût-il pensé s'il eût vécu jusqu'en 1919 et qu'il eût pu lire notre loi fédérale décrétant qu'aucun sujet du Roi, né hors du Canada, ne pourrait ^.iK"anterie pour la bien prendre.Néanmoins il me parut soucieux.Lui qui ne doute jamais de ses chefs- d'œuvre, il |X)sa son pinceau avec découragement.— Oui, me confia-t-il, il est malaisé^de représenter sur la toile une femme qu'on n'a jamais vue.La vie des cheveux, l'expression du regard, le sang des joues, le mouvement du corps, comment une photographie les rendrait-elle ?Mais j'ai promis au baron Fuster.— Quel baron Fuster ?— Tu ne connais pas la Banque Fuster?— De Berlin ?— Non, non, de Paris.Nos banquiers ont souvent des noms étrangers.Il s'est amouraché de cette jeune fille au point de vouloir l'épouser.— Quel âge a-t-il ?— Le bel âge pour les amoureux : cinquante ans.Mais il est richissime ; elle n'a pas le sou, et la beauté exige beaucoup de luxe.— Ton histoire est la banalité même.Et j'allais jeter sur la table la photographie sans avoir regardé cette Iphigénie à vendre, quand il ajouta : — Son portrait est une surprise qu'il lui ménage.Mais il m'est impossible de le continuer sans avoir vu le modèle.Heureusement, je dois le rencontrer lundi en soirée, ou le dimanche suivant à l'ambassade d'Autriche.Par un singulier retour de mémoire, ces dernières syllabes nVévoquèrent immédiatement une image oubliée, celle de Lolla entourée d'oiseaux.Elle surgit d'un bond, comme une danseuse entre en scène.Et je m'emparai fougueusement de la photographie que j'avais dédaignée.Je l'avais deviné : c'était elle.Je la reconnus sans hésitation.Et pourtant, il y avait entre cette jeune fille élégante et fière dans sa robe bien coupée, et la fillette à moitié garçon qui m'avait parlé sur la grève de Lausanne, autant de différence qu'entre le bouton et la rose.Mais il y a sur notre visage de ces signes qui n'appartiennent qu'à nous et ne nous laissent ressembler à personne quand chacun de nos traits pourrait nous être pris.Cette expression des yeux, ce coin tombant de la bouche, plus tombant qu'autrefois, c'était bien ma petite Lolla, une Lolla plus belle, plus fine, plus pondérée et aussi plus triste, une Lolla sans extravagances, déjà revenue des grands rêves, et capable d'un mariage de raison, mais pas heureuse.Mon émotion, au lieu de m'abasourdir, excitait mes nerfs et mon esprit de décision.Je m'assurai d'un coup d'oeil que le tableau d'Artix n'était ni avancé ni ressemblant, et je prononçai lentement ce nom : — Mademoiselle Lolla Warsen.Artix fit un mouvement de surprise : — Tu la connais ?— Oui.Et, payant d'audace, j'ajoutai : — Cette photographie a été volée, j'en luis sûr.— Peut-être.Pour me montrer la sûreté de ses informations, le peintre se lança dans les commentaires : — Mlle Warsen est très froide, très réservée, paraît-il.Ce pauvre baron Fuster est si violemment épris qu'il ne peut se passer de la voir.Longtemps elle l'évita systématiquement.Alors il ne trouva rien de mieux, ixjur ne pas être totalement privé d'elle, que de dérober cette image dans le salon de sa mère.Un financier, ça n'hésite pas à prendre.Je tenais toujours dans ma main la pré cieUK photographie.Je m'on upai tranquillement à l'introduire dans une enveloppe, et je la nis dans la poche intérieure de ma jaquette.Qui lais lu > demanda \rli\ étonné.— Rien.Je la vole à mon tour." MIMEOGRAPH" Machine rotatnlre à copier.M rV an lame parfait.8Impie, *•* • mom i• .i ton- li simiv .i l.i luis, les i in h.nilr tous, tous et même l'intelligence philosophique, en même temps que l'odorat et le toucher, que (je parle à un philosophe) ce .111'¦ 111 .ippi-lli , Iniit ii.un, les sens Et il y a môme, si l'on peut donner ce vilain nom à de belles choses, de la critique littéraire (je ne pense pas seulement à tout ce folklore oriental que vous inventez bien, je suppose, un peu, ou à l'épigraphe funéraire, mais à ces pages délicieusement peintes en turque-rie XvIIè siècle, où vous faites tout un décor, toute une atmosphère à ce vers de Bajazet) "." .Eet cette gaité enfantine qui doit seule pouvoir vous aider à porter le poids de votre pensée perpétuelle, gaîte dont la traduction et le commentaire verbal seraient bien charmants si quelque jour vous vouliez nous mimer vos " salutations à n'en plus finir " à Azodos-Sultan." " Vous êtes un écrivain parfait, Princesse, il ii n'i-i pi- |» il dire quand, comme vous, on entend par écrivain tant d'artistes unis : un écrivain, un parfumeur, un décorateur, un musicien, un sculpteur, un poète.Marcel Proust.— (Editions Bernard Grasset).VERS LE BEAU par Maria Sylva est un livre de poésie, je dis de poésie, ouTtout est harmonie et grâce, .m l'un «ni vibrer une âme, une âme e priât d'idéal et de beauté, qui ne voit a travers la vie que l'harmonie dans les choses et la vérité dans 1rs êtres.Maria Sylva est une femme, et une femme supérieure.Elle dirige pour les leunrs filles un institut qu'en bonne Française elle a nommé " leanne d'Arc", et qui rend à Ottawa d'inapréciable services.Comme -n livre est bien intitulé "Vers le Beau ", puisqu'il reflète la splendeur d'une âme qui n'a connu que la douceur, la charité et la justice, et que la laideur n'a jamais effleurée, mais que la pitié a toute pétrie-Nous recommandons ce joli volume à l'at.tention de nos lectrices qui y trouveront une réconfortante lecture.SASKATCHEWAN.M.Lucien Provencher, bien connu à Montréal, et qui a fait de brillantes études à l'Université de Montréal, vient de publier sur la Saskatchewan, qu'il habite maintenant, un fort joli opuscule illustré de la plus intéressante façon, et intelligemment conçu, de façon à faire mieux aimer la patrie nouvelle de l'auteur.Nous félicitons bien sincèrement M.Provencher de ce succès qui marque un joli talent.A la réunion annuelle de l'Association des Auteurs Canadiens, section de la Saskatchewan, tenue mardi le 14 avril dernier à Regina, M.Lucien Provencher, de cette ville a été élu membre du Comité Exécutif de l'Association pour la Saskatchewan, et représentera cette dernière à la grande convention générale de l'Association des Auteurs du Dominion, qui aura lieu en juin prochain à Win-nipeg, Manitoba.M.Lucien Provencher est le seul canadien-français qui soit membre de l'Association des Auteurs Canadiens dans la Saskatchewan, et ses compatriotes de langue anglaise ont fait preuve de largeur de vue et ont rendu hommage à son talent de journaliste et de publiciste en l'élisant membre du Comité Exécutif de l'Association précitée.L'OR, par Biaise Cendrars.Biaise Cendrars qui fut, lui aussi, mais avant tous autres, dadaïste, surréaliste, etc., nous donna, même dans cette forme outran-cière, des œuvres remarquables, qui lui valurent une réelle célébrité dans le petit monde des lettres.L'OR ; la merveilleuse aventure du Général Johann August Suter, est son premier roman.Sans doute ce n'est pas une œuvre du genre de " Kodak ", de " Formose ", de " Feuilles de Route ", de " J'ai Tué " (dont les trente pages étranges forment d'ailleurs l'un des plus beaux récits de guerre).Mais n'est-ce pas tant mieux que le grand public puisse apprécier enfin le vrai aspect du talent d'un de ces jeunes hommes qui s'appliquent trop souvent à le cacher sous une apperence parasoxale et hermétique?Le général Johann August Suter, cet aventurier suisse dont Biaise Cendrars nous raconte l'histoire, invraisemblable et pourtant scrupuleusement vraie, fut involontairement le premier des chercheurs d'or de Californie.Il était devenu à force d'audace, le fondateur et le maître des riches territoires de Californie dont il avait fait une sorte de Paradis patriarcal.Propriétaire de tous les terrains sur lesquels devait s'élever San-Francisco, et des milliers d'hectares aux environs, où furent découverts des filons aurifères, nous li voyons ruiné du jour au lendemain par la découverte de l'or.Ni justice ni loi, ne purent défendre l'infortuné contre la spoliation : dix états américains, trente mille habitants, lui devaient des centaines de milliards .1 h\ terme! des lois : il mourut à demi fou, misérable après l'une ; heure d'apothéose, ayant vécu maigrement d'une rente du gouvernement.D'une si merveilleuse aventure, que ne pouvait tirer la fantaisie étourdissante de Biaise Cendrars ?Livre amusant, au demeurant : ce qui ne gâte rien.— (Edition Bernard Grasset).DE CI DE LA Est un joli livre écrit tout simplement, tel que pensé, gentil et modeste, qui a pour auteur Mademoiselle Yvonne Couet de Lévis.Par une attention touchante, elle consacre son premier chapitre " Aux miens " à ses " pays ", qui ont dû accueillir cette aimable offrande de toute leur sympathie affectueuse.Mademoiselle Couet est une grande amie de la Revue Moderne, et depuis longtemps le Courrier de Madeleine reçoit cette amie sympathique et bien douée.Nous la considérons donc comme de notre grande famille, et à ce titre, nous souhaitons à son talent charmant tout le succès qui lui est dû." LERMONEC " : que M.Gabriel Gobron, son auteur, nous encoie avec une aimable dédicace est un livre, un roman plutôt de mœurs tout à fait locales et racontées avec une verve étourdissante qui nous séduit, et n'oublie par les expressions savoureuses dont quelques unes sont aussi de chez-nous.Ce roman nous rappelle, souvenir toujours précieux, — combien nous sommes Français.C'est dans la région lorraine que M.Cobron a situé son roman, et cela-nous permet de constater que la Lorraine a fourni son contingent dans la colonisation canadienne, constatation qui n'a rien pour nous déplaire, au contraire, qui nous ravit ! Ils sont bien un peu bavards les paysans de M.Gobron, mais que faire en un village à moins que l'on n'y jase ! Sous ce rapport bien des grandes villes sont de tout petits villages.Ce roman est écrit pour des gens susceptibles d'en apprécier la saveur, et d'en apprécier l'humour, c'est-à-dire pour ceux qui ont suffisamment lu, pour ne pas croire que la Lorraine est entièrement peuplée des' personnages que M.Gobron a racontés d'une façon si amusante.— (Editions de " L'Ame Gauloise ").L'ATMOSPHERE.Nous recevons de la librairie Hachette ce livre de science qui est intéressant et offre une précieuse documentation.Nous souhaiterions le voir entre toutes les mains, car à notre époque où les scientifiques rallient le plus de souffrages, cette œuvre offre des donnés fort utiles ; illustré de 122 gravures, il offre une documentation des mieux ordonnées et des plus claires.LE POEME DE JEANNE D'ARC.La vie de cette sublime Française devait intéresser le talent poétique de Madame Aline Henry, aussi n'avons-nous pas été étonnés de recevoir de la gracieuse poétesse de Lyon une plaquette présentée de façon artistique, et où la vie de Jeanne d'Arc était enchâssée en des vers magnifiques.Nous remercions cette amie de France qui ne perd jamais l'occasion de témoigner de son amitié envers la Revue Moderne qui est fière de la compter au nombre de ses lectrices les plus distinguées.LOUIS CLAUDE. Swin 1925 LA REVUE MODERNE 41 (JONL)fT IONS — lo 1 nu* du mm fc> >.-r- ugtom ir- r\ êfi» ki-omp»^" »i ds ^ ¦'li'w 4a ' »nji ¦ •¦• r .\o Lei tnnOtXJ» 1 « i noua 'M* i »t i (v%rii U I* du mou lui prSiAd* I» [aiU^oo» d* L REVUE Afin de reprunei «bu» qui pourrai ¦ AUA Un montant égal à au moins cinquante pour cent (50%) de Capital autorisé.$5,000,000.00 tû"3 le3 dépôts d'Epargnes, tel que constaté par le dernier Capital payé et réserve.4,500,000.00 rapport au Gouvernement Fédéral, sera tenu continuellement 350 succursales et sous-agences dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince-Edouard.Président: L'Hon.SIR H.LAPORTE, C.P.Vice-Président : M.W.F.CARSLEY, Vice-Président : M.Tancrède BIENVENU.en espèces, en prêts garantis par actions ou obligations, et autres valeurs facilement négociables.Bureau de contrôle pour le département d'épargne (Commissaires-Censeurs) Président :L'Hon.N.PERODEAU, Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.Vice-Président: L'hon.E.-L.Patenaude, c.p., m.p.p.L'IIon.Paul Touricny, cl. Juin 1925 LA R E VUE M O D ERN E 43 légèrement arqués, s'irradièrent dans le reflet palpitant de la flamme et dans un sourire de joie.— Là, je suis bonne à marier, dit-elle en se relevant, vous voyez que je sais faire le feu.— Le prince n'a plus qu'à venir, conclut l'amie à la voix calme.II Aussi loin que remontaient ses souvenirs de fille unique idolâtrée, Reine-Marie d'Er-vile ne pouvait se rappeler que les caresses dont la comblait à toute heure une tribu de tantes et de grand'mères.Ses parents eux-mêmes, chargés de la mission pénible de la reprendre et de la corriger, ne le faisaient que le moins possible, donnant'à leurs remontrances une forme toujours adoucie : ".Mignonne, ne mets pas tes coudes sur la table, une petite reine ne fait jamais cela ! — Chérie, Mademoiselle dit que tu n'as pas su ta leçon ; apprends-la bien vite, notre princesse doit être savante, plus savante que toutes les autres." Comme l'enfant avait une nature aimable et docile, on était arrivé par ce moyen, sans plus de violence, à en faire une fillette studieuse bien élevée.Chaque soir, quand l'enfant suivait sa gouvernante pour aller se coucher, après avoir reçu d'un petit air majestueux les baisers attendris de ses adorateurs fidèles, le chœur commençait aussitôt ses hymnes extasiées : — Est-elle gracieuse ! — Elle devient tous les jours plus jolie que la veille.— C'est un miracle, une enfant comme celle-là ! Puis les soli se détachaient, alternant avec le chœur : — Si vous l'aviez vue à la promenade ! disait grand'mère d'Ervile ; elle était si mignonne avec son petit manchon ! Tout le monde se retournait pour la regarder.— Cela ne m'étonne pas, reprenait le chœur.— J'ai rencontré trois personnes qui ont déclaré n'avoir jamais vu de plus jolie petite-fille.Sans compter celles qui l'ont pensé sans le dire.— Oh ! bien sûr ! faisait le chœur.— Elle a des réflexions impayables, affirmait tante Madeleine.Figurez-vous qu'aujourd'hui elle s'est approchée de moi, la bouche ouverte, et m'a demandé de lui retirer ses dents pour les mettre dans un verre d'eau comme grand'mère de Vaucorbin.— Ah ! voyez-vous cela ! — Je lui ai répondu que ses dents étaient trop solides et que je ne pourrais pas les lui prendre.Alors elle s'est mise devant une glace et a commencé à tirer sur ses jolies quenottes.Je suis intervenus, et notre Reinette s'est écriée : " On ne veut pas, parce que je suis trop petite ! Attendez, quand je serai grande ! " En même temps, elle faisait une adorable moue pleine des promesses d'une revanche éclatante.Et tout le chœur de s'esclaffer.On continuait ensuite le récit des gentillesses de Reine-Marie, des choses qu'elle avait dites ou faites, surprenantes pour son Et la conclusion arrivait, toujours la même : — Nous sommes bien heureux d'avoir une enfant comme elle ! Sa supériorité était si bien établie dans la famille que même ses amies avaient dû la reconnaître.On n'osait rien décider sans elle, son opinion prévalait toujours.Mais c'était surtout pendant les vacances, au château de Vaucorbin, chez son'aïculc maternelle, que Reine-Marie exerçait MM entraves la royauté que lui conféraient son D'un riche arôme < Le THÉ .ï SUPERIEUR Ci Chase feSanborn 3 Sorte* — Vendu en paquets Scelles hermétiquement Noir.vert et mélange 1% F 68 rl3cmLm4 E4GLE M.rk ol Tn Bou»n Co«»m.Lu"1* k(| wl„ tolr U>« S »" 4c »O«0EN COMPANY.I»""' MONTREAL, CANADA*__ Comment préparer les repas de Bébé que la pré lis infants Il importe souverainemint paration des repas pour allaités au biberon se fasse avec les plus grands soins.A cette lin, nuire service du Bien Etre des Bébés a publié un livret qui |)ourra vous être extrêmement utile.Il enseigne comment traiter les biberons, les tétines et les ustensiles, rommini mesurer le lait, comment faire les cou pages et éprouver la nourriture.On y trouve un tableau des tété', .ive< indi cations, pour tous les , di la Iréipn ni i des repas, du nombre des repas durant la nuit et durant les vingt (jiiat rc heures.Ces renseignements sont de tout re|x>s.Nous vous expédierons gratuitement le livret sur demande.Mentionnez simplement le I ivre du Bier Etre de Bébé, la Biographie de Bébé ou l-c Plus Beau Bébé.Ecrivez à The Bordeii Company, Limited, Montréal 44 LA REVUE MODERNE Juin 1925 nom prédestiné, son intelligence et sa beauté.Là, tous ses cousins et cousines, tous les enfants des châteaux voisins baissaient pavillon devant elle.I^s jeux et les promenades étaient ceux qu'elle avait choisis ; pour elle, la meilleure place, le plus beau fruit, les plus jolies fleurs.Et elle, fière et souriante, recevait cet encens comme une chose due, sans s'en étonner, sans en tirer vanité, pas plus qu'elle ne s'étonnait et ne se vantait de voir le soleil luire au-dessus de sa tête et de sentir sur son passage les roses embauner.Pendant un certain mois d'août, elle avait alors douze ans, toute la tribu enfantine réunie à Vaucorbin décida de jouer une comédie devant les parents assemblés.Ce furent, pendant quinze jours, des collo ques sans fin, des airs mystérieux, des répétitions interrompues par des voix aigres en colère et plus souvent encore par de fous rires.On persécuta Mme Legrand, la femme de charge, pour avoir les clés des grandes armoires au grenier ; on mit au pillage les caisses pleines d'étoffes soyeuses et de robes démodées ; on s'enferma dans le grand salon d'où s'échappèrent ensuite des bruits de meubles tirés sur le parquet, des roulements sourd9 de canapés et de fauteuils.Quand l'heure solennelle fut venue, les parents, les oncles, les tantes et les amis virent s'ouvrir devant eux les portes du paradis, gardées presque tout le jour par le chérubin Toto, très fier de cette mission de confiance.Et quand tout le monde fut installé, quand les feuilles enluminées des paravents furent repliées sur elles-mêmes, laissant voir l'assemblage bizarre de meubles disparates, de rlraperics, de peaux de renards, de vieux tapis, de tous les coussins de la maison, qui formait " le boudoir de la princesse Jahia ", alors la représentation commença.Jahia, étendue sur un divan, c'était Reine-Marie, habillée d'une vieille robe de bal de t.inlc Madeleine, arrangée |.la circonstance.Les tons délicats du satin turquoise, la légèreté de la gaze et de la dentelle seyaient si bien à la fillette, que ce fut un cri parmi les assistants pour célébrer sa grâce et son exquise beauté.Et quand elle parla, de sa voix déjà veloutée, quand elle reçut les hommages du prince Charmant, quand elle donna sa main à baiser et qu'elle marcha, la tête bien droite, traînant sa longue jupe de soie avec un air de petite reine, l'enthousiasme devint du délire.Depuis ce jour, elle fut la " Petite Princesse ".On reconnut qu'un trône seul serait digne d'elle, on fit miroiter à ses yeux les plus brillantes perspectives d'avenir.Sa mère, qui avait dans sa généalogie un prince souverain d'une maison italienne, commença à former des projets ambitieux.Elle lui dit un jour : — Pourquoi n'épouserais-tu pas un prince ?C'est toi qui rendras la vieille splendeur à notre famille, tu seras princesse, mon trésor.Et comme elle répéta plusieurs fois l'énoncé de ce rêve, l'enfant docile redit après elle : — Oui, mère, je serai princesse.La chose lui semblait toute naturelle, en vertu de la supériorité que lui reconnaissait le chrrur fervent des tantes, des grand'mères et des cousins.Une telle éducation aurait gâté une nature plus vulgaire, mais Reine-Slarie était si profondément honnête, si généreuse qu'elle resta bienveillante quand même, pas plus égoïste qu'une autre et, s'il est possible de s'exprimer ainsi, très aimablement orgueilleuse.Elle se savait jolie, on le lui avait dit cent fois ! Elle se savait mieux que jolie : charmante, distinguée, fine entre toutes.Mais quoique très convaincue de son charme, elle n'en faisait jamais parade, pas plus que de ses talents, très réels, du reste.Son orgueil n'écrasait personne, ne heurtait aucune sn>- ceptibilité ; il était simplement la constatation d'une supériorité dont elle n'était pas responsable, qu'elle avait reçue du ciel en naissant, qu'elle subissait en quelque sorte, et qui la destinait à un avenir très brillant.C'est pourquoi, charmée par la visite idéale du prince rêvé, à vingt ans, elle disait encore : Je serai princesse ! " Aux heures de confidence, elle laissait voir ses ambitions sans fausse honte, comme une chose toute simple que chacun devait certainement comprendre.Sa foi s'était imposée à ses amies.D'abord on avait ri de ses déclarations.Maintenant, sans bien se l'avouer, on pensait comme elle.C'est pourquoi quelques jours avant l'arrivée du 216ème régiment d'infanterie à Langeville, Louisette Mellibard, qui l'aimait tendrement, vint lui dire d'un ton mystérieux : — Reine-Marie, je crois que votre prince est en route.— Que voulez-vous dire, Louisette ?demanda la jeune fille, étonnée.— Jacques.vous savez bien, Jacques Mireau.— Oui, votre Jacques, je sais très bien, Louisette.— Mais non, Reine-Marie, ce n'est pas encore mon Jacques.— Alors, pourquoi roùgissez-vous comme cela, petite Louise au cœur de glace?— Si vous me taquinez, Reine-Marie, je ne vous dirai pas les grandes nouvelles.— Je ne dis plus rien, mais racontez vite.— Eh bien, Jacques a plusieurs amis au 216cme.L'un d'eux, M.Villette, que vous connaissez déjà, est venu hier à Langeville et a raconté à Jacques tous les changements survenus dans ce cher régiment.Nous ne reverrons plus le beau lieutenant Thirion ! Il a été promu capitaine et envoyé à Bor- .Aux premiers jours d'octobre, le 216ème accueilli par l'enthousiasme de la population, réintégra Langeville.La femme et les enfants du colonel Darcourt, encore en vacances, furent annoncés pour la semaine suivante.Dès le lendemain de son retour, le régiment, heureux de se sentir chez lui, voulut donner aux Langevillais le plaisir dont ils étaient friands et qu'ils n'avaient pas eu de toute l'année : un peu de musique sur la place d'Armes.Comme il faisait très beau, ce dimanche-là, les terrasses des cafés furent, de bonne heure, envahies par des messieurs de tout âge et de toutes conditions.Leurs femmes, leurs mères et leurs sœurs, sanglées dans la robe du dimanche, occupaient ies chaises rangées autour du kiosque de la musique ; et c'était, au-dessus des lignes de dossiers verts, un frémissement incessant de fleurs et de plumes aux nuances bigarrées.Après les vêpres, l'auditoire s'accrut de tous les fidèles qui, ayant à traverser la place, stationnèrent sous les tilleuls en quin-conque pour écouter les cuivres vigoureux jouer la valse à la mode.Et quand la fanfare se tut, des groupes se formèrent qui parcoururent la place en causant, pour attendre la mosaïque sur " Samson et Dalila ".Des uniformes allaient et venaient parmi les promeneurs.Avec une exclamation de plaisir on s'arrêtait, on souhaitait la bienvenue à un ami retrouvé ; des questions s'échangeaient, et des promesses de visites ; le tout, accompagné de petits rires contents.— Restons encore un peu, c'est si amusant ! implorèrent Reine-Marie d'Ervile et Louise Mellibard, tandis que ces dames suggéraient qu'il était l'heure de rentrer.Et les mères, résignés, reprirent leur marche sous les arbres en quinconque.L'orchestre commença " Samson et " Dalila ".Pour mieux l'entendre, Reine-Marie ralentit encore le pas.I.a plupart des pro- meneurs d'étaient arrêtés.Un groupe d'officiers en uniforme se tenait immobile sur le passage des quatre dames.— M.Villette ! Il a encore maigri, chuchota Louise.Je ne connais pas les autres, ce sont des nouveaux.Reine-Marie regarda le groupe signalé.A côté du jeune homme invraisemblablement maigre qu'elle connaissait déjà, elle vit deux lieutenant : l'un petit, brun, au teint de pain d'épices, au nez aquilin au-dessus de la moustache longue et fine ; l'autre, grand, vigoureux, blond, extrêmement distingué, avec des yeux clairs, un peu froids, et une bouche railleuse que laissait découverte la moustache retroussée.Le regard de Reine-Marie se posa sur le premier, juste le temps de prendre une impression d'ensemble qu'elle traduisit par deux mots : " Pas mal ".Puis il glissa vers le second, et elle reçut un choc : — Le prince ! C'était bien lui, elle en était sûre, quelque chose d'intime l'en avertissait.Elle avait toujours rêvé ainsi " son prince ", et ce jour-là, elle le reconnaissait entre tous.Quel autre que lui pouvait avoir ce grand air, cette aisance, cette noblesse ?.— Ils ne sont pas mal du tout, disait, à voix basse, Louisette, comme elles passaient lentement devant les trois jeunes gens.Le grand surtout a un chic ! — Taisez-vous donc ! protesta la douce Reine-Marie, que cette remarque irrita.Puis, honteuse de sa vivacité, elle reprit : — Attendons la fin du morceau pour parler, j'aime tant cette musique ! L'orchestre jouait avec des notes tendres la mélodie que chante Dalila au printemps : Printemps qui commence, Portant l'espérance.— Toutes les saisons portent l'espérance, pensa Reine-Marie.Sous les tilleuls jaunissants, le sol était jonché de feuilles mortes.III Dès l'arrivée des Darcourt, on prépara le mariage de Lucie.—Naturellement, tu seras demoiselle d'honneur, déclara la fiancée à sa grande amie, Reine-Marie d'Ervile.J'en aurai quatre : toi d'abord, la sœur de Pierre, Lili et une petite-cousine des Lebois.Heureuse d'avoir été choisie, Reine-Marie sentit s'épanouir en elle une espérance qui grandissait chaque jour depuis toute une semaine : Elle avait aperçu le prince, le dimanche précédent à la messe de onze heures, et avait aidé un peu le hasard qui les fit se rencontrer à la porte de l'église.Cette fois, leurs regards s'étaient croisés.Sur la place, il s'était arrêté pour serrer la main d'un camarade, et la jeune fille n'avait pu s'empêcher de voir, dans ce simple geste, une intention voulue qui permettait au prince de la laisser passer devant lui et de la regarder encore.Aussi, toute frémissante d'espoir, demanda-t-elle à Lucie : — Qui sera garçon d'honneur avec moi?— Un lieutenant du 216ème, le meilleur ami de Pierre.D'une voix troublée, elle insista : — Comment s'appelle-t-il ?— Tu ne le connais pas : M.Chaverin.— Ah ! Toute la gamme du désappointement passa dans cette exclamation.Sa contrariété fut si grande, qu'elle demanda : — Pourquoi M.Chaverin?Lucie la regarda, étonnée.— Et pourquoi pas M.Chaverin?C'est le meilleur ami de Pierre, comme tu es ma Juin 1925 LA REVUE MODERNE 45 meilleure amie.De plus, je t'assure qu'il est charmant.— Je n'en doute pas.Mais la joie attendue s'était évanouie.Non, jamais elle n'aurait cru cela de Lucie.Toute à son idée, elle fit suivre à la conversation tant de méandres et de détours que la question brûlante put être enfin posée.— On m'a dit qu'un lieutenant du 216ème est prince, est-ce vrai?Lucie réfléchit un moment.— M.de Barance ?Oui, c'est vrai.— Est-il invité à ta noce ?La fiancée se frappa le front et cria : — Ah ! je comprends maintenant pourquoi tu ne voulais pas de M.Chaverin !.Ma pauvre chérie, depuis trois mois j'ai tant de choses à penser que j'avais oublié ton prince.Cependant, je n'aurais pu rien faire, M.de Barance n'est invité qu'à la soirée, la veille du mariage.Tu pourras toujours faire connaissance avec lui.Reine-Marie, vexée, protesta énergique-ment, mais Lucie se montra si bien la bonne amie sûre et dévouée d'autrefois, que les confidences recommencèrent et que, peu à peu, les renseignements désirés furent demandés et donnés, sans plus de diplomatie.— M.de Barance est un prince authentique, de la célèbre famille de ce nom.Il est le fils unique du duc de Réaume, tu sais.Pourquoi nous le trouvons simple lieutenant d'infanterie?Mon Dieu, ses parents ont des idées particulières.Le duc est un despote, jaloux comme un tigre de son autorité ; il aurait eu peur, en associant son fils à l'administration de ses biens, que l'héritier du nom ne devînt trop important et ne lui enlevât un peu de son prestige autocratique.Il l'en a donc exclu systématiquement.D'un autre côté, la duchesse redoutait pour le prince une oisiveté qui a été fatale à plusieurs membres de la famille.Comme le jeune homme avait du goût pour la vie active, on l'a poussé vers le métier militaire.Il est sorti de Saint-Cyr dans l'infanterie, et mènera la vie de garnison jusqu'à la mort d'un oncle très vieux et très riche dont il est l'héritier.Alors il pourra s'occuper à son aise du magnifique domaine qui sera le sien.Tu vois que c'est un bon parti ! — Qu'est-ce que tu veux que cela me fasse?dit Reine-Marie mollement.Lucie se récria : — Deviendrais-tu sournoise, par hasard ! Je sais fort bien, et toi aussi, que cela t'intéresse beaucoup.La veille du mariage de son amie, Reine-Marie d'Ervile ne sortit pas ; elle voulait se garder fraîche et reposée pour la grande soirée de contrat.L'idée de revoir le prince mettait dans ses yeux une fièvre qui en faisait étinceler les paillettes d'or, et sur ses lèvres écarlatcs un sourire tremblait, trop doux pour exprimer seulement l'orgueil ou l'ambition.Elle fut donc très en beauté ce soir-là, et sa toilette de gaze blanche la rendait plus idéale encore.Un chuchotement admiratif accueillit l'entrée des d'Ervile à la soirée Darcourt.Les étrangers demandaient : — Qui est-ce ?elle est délicieuse.Les Langevillais constataient : — Reine-Marie n'a jamais été plus jolie que ce soir.Mme d'Ervile recueillit tous les détails de cette attention flatteuse ; la jeune fille ne s'en aperçut même pas.Son regard cherchait, parmi les uniformes, la silhouette robuste du prince, et son cœur battit plus fort quand elle le découvrit tout au bout du salon, au milieu d'un groupe de jeunes femmes qui riaient et causaient avec animation.D'un coup d'oeil, Reine-Marie eut détaillé ce groupe.— Que Jeanne Verdier est dont commune ! Compagnie Générale Transatlantique Ligne Française Service luxueux et rapide NEW-YORK — PLYMOUTH — LONDRES NEW-YORK —LE HAVRE —PARIS par les paquebots :- PARIS et FRANCE Service économique et confortable de NEW-YORK au HAVRE par les paquebots à une classe de cabine De Grasse — Rochambeau — La Savoie — Suffren Service de BORDEAUX à HALIFAX avec retour de NEW-YORK sur VIGO et BORDEAUX par les paquebots ROUSSILLON ET LA BOURDONNAIS Agence Générale 24, rue Notre Dame Ouest, Montréal Téléphone: Main 8346 GATEAU AUX FRAISES VOICI la saison des fraises ! 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Le jeune homme eut à ce moment une opinion déplorable du sens esthétique de la grosse Jeanne.Dans le coin où s'était réfugiée Reine-Marie, ses amies revenaient.Ce fut aussitôt un brouhaha joyeux, de petits rires, des exclamations." Ce bal est charmant ! — Dieu ! qu'il fait chaud ! — Figurez-vous qu'un gros monsieur m'a marché sur le pied.—Votre toilette est ravissante.— Comme vous êtes en retard, Reine-Marie ! " Celle-ci, contente de cette gaieté, contente surtout de se sentir jolie, avait un mot gracieux pour chacune.Mais déjà les danseurs i mpri - ni ni Klle remplit à regret ¦ m | m 111 i.iin.l d'ivoin-, désireuse d'y I.lisser une place au prince ! Et ces maîtresses de maison qui n'arrivaient pas pour les présentations promises !.Du coin de l'œil, elle surveillait le personnage en question ; évidemment, il louvoyait pour approcher de ce côté ; encore une minute et il y serait.Enfin !.Le regard du jeune officier, d'abord indé-i is, s, Lui il l.iiié.A qiiflqui s pas de Reine-Marie, il se baissa pour ramasser un carnet de bal tombé là.— Pardon, mademoiselle, dit-il en lui présentant l'objet, ce carnet ne serait-il pas à vous ?La jeune fille jeta un coup d'oeil rapide sur le livre minuscule à couverture de nacre.— Non, monsieur.Le lieutenant posa le carnet bien en vue sur la console.— Comme cela, dit-il, sa propriétaire le trouvera tout de suite.Après un silence, il ajouta : — Il y a tant de monde, à ce bal ! Reine-Marie ne saisit pas très bien le rapport qui pouvait exister entre la surabondance des invités et le carnet trouvé.Elle répondit néanmoins avec conviction : — Oh ! oui, il y a un monde !.— Quand il y a l>eaucoup d'étrangers dans un Kaî, on peut oublier les noms, quelquefois mal entendus aux présentations.C'est pourquoi il est nécessaire d'avoir un carnet.— Naturellement, fit Reine-Marie, qui voyait maintenant la connexion cherchée.Mais, ajouta-t-elle, si l'on entend mal les noms dits aux présentations, que peut-on écrire dans un carnet, monsieur ?— C'est très facile, expliqua l'officier.Je mets, par exemple : Demoiselle blonde, roses thé ; dame velours fraise écrasée ; jeune fille crêpe rose, etc.— C'est tout un journal de modes, alors ! — A peu près ! Il y eut un court silence embarrassé et le jeune homme reprit : — J'espère qu'il fera beau temps pour le mariage demain.— Il fera certainement beau, affirma Reine-Marie.Du moins, c'est l'avis du baromètre.— Ce n'est pas toujours une raison, répliqua le lieutenant.Ils rirent tous deux, d'un petit rire embarrassé, bien convaincus l'un et l'autre qu'une chose très spirituelle venait d'être dite.Lucie Darcourt arrivait auprès d'eux, rayonnante de bonheur.— Je vois que vous avez déjà fait connaissance, dit-elle, j'en suis charmée.Puis elle ajouta, s'adressant à Reine avec un sourire plein de promesses : — Je dois encore te présenter quelques messieurs.Pourquoi es-tu arrivée si tard ?Sans attendre de réponse, elle disparut et revint aussitôt, suivie de l'officier brun à la longue moustache fine qui était à la musique avec le prince quand Reine-Marie avait vu celui-ci pour la première fois.L'heureuse fiancée s'approcha de son amie.— M.de Barance, prononça-t-elle nettement ; Mlle d'Ervile.Le groupe des amies regardait la jeune fille.— Comme elle pâlit ! murmura Louisette.— Ça lui a donné un coup, de voir un prince en chair et en os, dit Solange de Nizeau, de sa voix sèche.Le nouveau venu s'inclina très bas devant Reine-Marie et lui demanda la faveur d'une valse.Elle ouvrit son carnet.Oui, la prochaine valse serait libre.elle l'avait réservée à son prince.D'une main tremblante, elle écrivait les mots qu'elle avait rêvé d'y mettre ; Prince de Barance.Et les yeux vagues, le cœur gros d'un désappointement, elle regarda s'éloigner celui dont le nom, depuis quinze jours, hantait sa pensée et formait la base de tous ses projets d'avenir.C'était lui, le prince ! Mais alors, qui donc était l'autre ?— Mademoiselle, implorait une voix mile à côté d'elle, mademoiselle ! Elle se retourna.L'autre lui parlait.— Monsieur ?— Mlle Darcourt croit certainement que je vous ai été présenté.Je viens de voir votre carnet presque plein.Si j'attends que Mlle Darcourt revienne par ici, j'aurai perdu toute trace de danser avec vous.Veuillez donc me permettre de me présenter moi-même et de solliciter une valse, s'il y en a encore une dont vous puissiez disposer.Et il se nomma : — André Chavarin.Reine-Marie releva la tête.— Est-ce vous l'ami de M.Lebois qui serez garçon d'honneur demain ?— Moi-même, mademoiselle.— Eh bien, monsieur, c'est moi la demoiselle d'honneur.— Oh ! je suis enchanté.L'orchestre attaquait un quadrille.Un monsieur en habit noir s'approcha de Reine-Marie et lui offrit le bras.— La neuvième valse, dit-elle à l'officier en se levant.Elle l'avait réservée aussi à son prince, mais il lui était impossible de ne pas en donner une à son garçon d'honneur.\a valse dansée avec M.de Barance fut tout à fait charmante ; il avait une manière de glisser le pied droit que la jeune fille n'avait encore rencontrée nulle part et qui donnait à son pas une grâce et un moelleux remarquables.Les choses qu'il dit en même temps ne furent pas trop banales, et Reine-Marie, enchantée, lui accorda avec empressement une autre danse qu'il lui demanda en la reconduisant à sa place.La neuvième valse avec M.Chaverin fut bien agréable aussi.Son pas n'était certes point aussi savant que celui du prince, mais il dansait bien, et l'air que jouait l'orchestre à ce moment était délicieux.La conversation, mon Dieu ! la conversation n'était pas palpitante : — Ne trouvez-vous pas, mademoiselle, que cette soirée est on ne peut mieux réussie ?Je n'en ai jamais vu de plus charmante que celle-ci.Tout me plaît, ce soir.Et autres choses du même genre.Cela manquait peut-être d'originalité, mais, justement, Reine-Marie pensait comme lui à ce moment-là.Et jusqu'au jour, elle dansa, sans avoir le loisir de rêver.IV Après quelques heures de repos, elle s'éveilla d'assae mauvaise humeur, avec l'impression vague et troublante d'une catastrophe dans sa vie.Peu à peu, ses idées se firent plus nettes, elle s'expliqua : — Ces choses-là n'arrivent qu'à moi.J'ai un idéal caressé pendant des années ; par une chance miraculeuse, je rencontre cet idéal, je crois en avoir trouvé la réalisation complète, et je découvre ensuite qu'il est incarné en deux hommes, deux!.c'est horrible.Le prince qui venait me voir au crépuscule avait le sourire, la taille, la voix, le grand air de M.Chaverin, à ce point que lorsque j'ai vu ce lieutenant, j'ai cru à la réalisation de très vieux pressentiments.Mais c'est une race, une fortune, un nom comme ceux de M.de Barance que me promettait mon prince !.Elle resta rêveuse un moment, dans son lit, pendant qu'un faisceau de rayons lumineux, filtrant à travers une jalousie, se jouait sur les bouquets roses d'une bergère Louis XVI." Il est très bien, le prince de Barance, pensa-t-elle ensuite, moins bien que M.Chaverin, mais très bien tout de même.Il peut plaire à une jeune fille.et, après tout, je ne vois pas pourquoi il ne me plairait pas autant que ce M.Chaverin.C'est un parti superbe, il est charmant, je n'ai aucun motif d'être si désappointée." Un rayon de soleil s'étendit sur le dossier de la bergère et monta lentement sur la courtepointe de soie rose.A la pendule d'albâtre, dix heures sonnèrent.Reine-Marie ne les entendit pas." Lucie est stupide, continua-t-elle.A-ton idée de me donner pour garçon d'honneur un M.Chaverin quand il y a un prince au 216ème ! Elle aurait dû tout faire pour arranger cela.Qu'est-ce qu'elle veut que je fasse avec son M.Chaverin ?Parce qu'elle se marie, elle croit sans doute que tout est dit sur la question mariage et que les autres n'ont plus à y penser.Je n'aurais jamais cru cela de Lucie." Le rayon de soleil glissait sur le couvre-pieds ; il mit une tache blonde sur la blancheur du drap." Je suis sûre qu'il doit être horriblement tard, pensa Reine-Marie en l'apercevant.Je n'aurai jamais le temps d'être prête pour onze heures et demie." Cependant elle fut prête et joua son rôle de demoiselle d'honneur avec une grâce charmante.M.Chaverin, de son côté, s'acquitta de sa mission avec tant d'entrain et de gaieté, Juin 1925 LA REVUE MODERNE 47 que tout se passa le mieux du monde.Point d'anicroche ni même d'incident fâcheux ; le voile de la mariée fut déchiré juste ce qu'il l.ill.nl puni lui i. les liquidations et faillites VOUTES DE SURETE ASSURANCES: Incendie, Bris de glaces, Automobiles, «te.DIKKI-riON Téléphonez ou écrivez renseignements.pour SIR H0RMI8DA8 LA PORTE, Présldeat.; •t 111 11 LBCLIHf lllrprtrnr Mènerai. 56 LA REVUE M 0 D ER.\ E J'aime les soirs serains et beaux, j'aime [les soirs.— Et sans cloute, vous aimez aussi Victor Hugo, mademoiselle, demanda la voix d'André Cha vérin.Elle se retourna et le vit en pleine lumière, idéalisé par le magicien, comme l'étaient les platanes et les chrysanthèmes du jardinet.Elle répliqua : — Oui, monsieur, j'aime Victor Hugo, j'aime tous les poètes, ou plutôt toute la poésie, quoique je semble pratique et positive.— Mademoiselle, aurais-je eu le malheur de vous offenser ?.— Je ne vois pas d'offense dans ce que vous m'avez dit, monsieur, j'aime mieux y voir, comme vous l'avez expliqué ensuite, un compliment.Son rire jeune et charmant vibra dans l'air rose.André Chaverin, conquis par cette simplicité, osa rire avec elle.Le soleil descendait derrière la colline ; des rubis s'écroulaient au splcndidc horizon ; l'ombre violette des trembles et des noyers s'étendait, gigantesque sur la plaine.André, tout près de Reine-Marie, devenue silencieuse, contempla d'aliord le merveilleux spectacle sans mot dire.Puis, sûr que leurs deux pensées étaient à l'unisson, il murmura : Tout s'en va ! Le soleil, d'en haut précipité Comme un globe d'airain qui, rouge est rejeté Dans les fournaises remuées, En tombant sur leurs flots, que son choc [désunit.l-.iil en llocons de feu jaillir jusqu'au zénith L'ardente écume des nuées.Reine-Marie, délicieusement émue, se tourna vers l'officier : — Vous aussi, monsieur, vous savez ce morceau ?C'est vrai, vous êtes un poète.— Un pauvre poète, mademoiselle ! Mais j'aime également Victor Hugo et les soleils rouchants.— Comme moi, dit-elle «l'une voix de rêve.Rentré chez lui, André Chaverin resta longtemps rêveur.Son visage rayonnait parfois dans un sourire joyeux, parfois, au contraire, se» yeux s'obscurcissaient, un pli -'incrustait à son front.Enfin, il se leva et, d'un geste résolu, prit dans son portefeuille, pour la relire, une lettre de sa mère, reçue le matin môme : " Mon cher enfant, " Ton oncle dit que les Verdier (ont le plus grand éloge de toi.Il croit que tu ne déplais pas à Jeanne." Tu sais quel rêve je (orme depuis un an pour le grand garçon que tu es.Puisque tu m' vciiv |>.i- |h user lui même à ton avenir, laisse-toi guider |>ar moi, écoute mes conseils.Tes visites dans cette maison sembleront toujours naturelles, à cause de ton oncle, et tu sais si bien, quand tu veux, être aimable et séduisant ! La chose te sera d'autant plus facile que Jeanne est belle, intelligente, accomplie ." Il laissa tomber la lettre sans aller jusqu'au bout de sa lecture, puis il haussa les épaules comme pour se débarrasser d'un fardeau, et murmura : — Après tout, elle a peut-être raison ! Alors, il s'assit à son bureau et écrivit : " Chère maman, " Tu es la raison même et la plus prévoyante des mères.Je profiterai de tes bons conseils, et je continuerai à aller chez les Verdier où l'on m'accueille le mieux du monde.J'espère arriver à réussir quelque jour, car je mets comme toi toute mon espérance dans ce mariage." Pour le moment, rien ne presse ; il ne faut pas brusquer les choses ; mais surtout, je veux être sûr de mes sentiments pour Mlle Jeanne : sa fortune me fait peur ! Je ne voudrais pas être influencé par cette affreuse dot ; il me faut être bien sûr que c'est- elle-même que je puis aimer.Tu sais que rien au monde ne pourrait me faire épouser une femme riche sans amour." Aussi ne me presse pas." Chi va piano, va sano." En son âme et conscience, André se croyait sincère en signant cette lettre.VII Chez les d'Ervile.Toute la famille était réunie après déjeuner dans la bibliothèque, au premier étage.Généralement, on préférait cette pièce à toutes les autres, pour ses sièges bas et confortables, pour l'élévation de son plafond à poutrelles, pour son énorme cheminée où, l'hiver, des troncs d'arbres flambaient sur les landiers précieux, et surtout pour ses hautes et larges fenêtres ouvrant en plein midi sur les pelouses, les massifs, les allées encadrées de tilleuls et de maronniers, qui faisaient du jardin d'Ervile un parc poétique et charmant.Un joli feu d'automne crépitait dans l'âtre.Les reliures de cuir sombre s'alignaient sous les vitrines, le long des murs.Sur le panneau libre entre les deux fenêtres, un portrait d'aïeul était accroché, un homme du dix-septième siècle, l'œil fin, le nez palpitant, la bouche malicieuse aux coins relevés entre les lourds marteaux de la perruque.Des chrysanthèmes s'épanouissaient en gerbe dans une potiche de vieille faïence.Reine-Marie renouvelait toujours les fleurs elle-même ; ce jour-là elle avait choisi des houppes roses aux pétales fins et légers comme des flocons de soie.Cette note jeune et fraîche, parmi les vieilles choses du mobilier, symbolisait bien la dernière descendante actuelle da l'homme à la perruque, au milieu de cette famille qui l'idolâtrait.On venait de desservir le café ; tout le monde était là : la grand'mère d'Ervile, aimable et souriante, au coin du feu ; en face d'elle, tante Maria, toujours tranquille, toujours sereine sous ses cheveux .blancs, avec un mystère ou un regret au fond de ses yeux pâlis ; plus loin, M.Victor de Saint-Hilaire, i'oncle Victor, savant économiste, occupé déjà à scruter les trésors de la bibliothèque.Les deux générations suivantes : M.et Mme d'Ervile et Reine-Marie, complétaient cette réunion de famille.La cour de la petite princesse n'était pas là au complet.Grand'mère de Vaucorbin, tante Madeleine, tante Elisabeth, les cousins et les cousines de tout âge, ne jouissaient que trois ou quatre mois par an de la présence de leur idole ; aussi les parents et les trois élus qui vivaient auprès d'elle la plus grande partie du temps ne se rassasiaient-ils pas de leur bonheur.Ce jour-là, leur satisfaction habituelle s'augmentait du plaisir de se trouver au coin d'un joli feu, tandis qu'au dehors la brume de novembre rendait les tilleuls dénudés, vaporeux comme des fantômes.On était à ce moment de la journée où les gens que ne pousse aucun devoir pressant hésitent sur l'action qu'ils vont entreprendre.M.d'Ervile alluma un cigare ; sa femme remit en place quelques coussins dérangés.Les deirx vieilles dames souriaient à Reine-Marie qui lisait une revue près de la fenêtre.— Je ne trouve pas ce livre de Paul-Leroy-Beaulieu, Léon, dit M.de Saint-Hilaire, penché sur les derniers rayons d'une bibliothèque.— Cherchez un peu plus à droite, mon oncle.— Tiens, tu as donc Stuart Mill en français, je ne l'avais jamais vu ?— C'est une nouvelle acquisition, mon oncle, une occasion remarquable.— Occasion si tu veux, mais tout à fait inutile.Tu sais bien que toute ma bibliothèque sera pour toi, Léon ; à quoi bon acheter un ouvrage que je possède en quatre langues et qui, de plus, ne t'intéresse pas.— Pardon, mon oncle, Stuart Mill m'intéresse beaucoup.— Ta, ta, ta, tu n'y connais rien.— Je crois pourtant le comprendre, mon oncle.— Tu crois, mais tu n'y comprends rien.(A suivre) TELEPHONE EST 1235 LA SOCIETE COOPERATIVE DE FRAIS FUNERAIRES 242, RUE SAINTE-CATHERINE EST : MONTREAL Constituée en corporation par Acte du Parlement de la Province de Québec le 16 Août 1896.\s>l I; \ M V.FUNERAIRE.—Nouveaux taui en conformité avec la nouvelle loi des Assurances, sanctionnée par le Parlement de la Province db Québec, le 22 Décembre 1916.Assurance pour Enterrements de la valeur en marchandises de $60.00.$100 00 et $160 00 Komis d«' résPMf cri irarnnlle ponr le* porteurs «le POLICES approuvé par le («omernement.DÉPÔT DE $25,000.00 AU GOUVERNEMENT La première ( omp«(rnle d'Assnranee Funéraire autorisée par le Gouvernement.DEMANDEZ NOTRE PROSPECTUS Toute femme qui aime les beautés de la Nature—et quelle femme ne l'aime pas—devrait passer les beaux jours de ce mois en plein air.Avec un Ford à sa disposition, elle peut profiter tant qu'il lui plaira de ces journées magnifiques.—Peu im- porte la distance elle ne se fatiguera pas.Non seulement un Ford est facile a conduire pour une femme, mais il ne coûte pas cher à entretenir et votre plaisir n'est pas gâché.Le dépositaire de Ford le plus proche de chez vous se mettra à votre disposition pour mus démontrer, sans aucune charge, les avantages du modèle que vous pourriez choisir.AUTO M O B I F F S 1 FR M F S :a/ne (s>tt (^7^attf J^tett.Lire les noms des familles riches et élégantes qui ont recours au COMMUNITY PLATE pour ajouter un charme nouveau à des intérieurs déjà somptueux, c'est —tout simplement — relire l'Almanach de Gotha ou le "Burke's Peerage ", le ¦¦ Blue Book V et le " Who's Who .En effet, étudiez un peu cette liste.De tels noms sont le plus bel éloge que puisse s'attirer cette incomparable et "Luxueuse Argenterie".Mrs.O.H.P.Belmont Marchioness of Dufferin Mrs.Robert Jordan Baroness Huard Mrs.Oliver Harriman Princess Troubetskoy The Duchess of Rutland Princess AIargrethe of Denmark Mrs.Alexander Morton Countess Cadogan COMMUNITY PLATE
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