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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1931-04, Collections de BAnQ.

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I.yn de Pâques au» Bermudes % ii |on rersonnc du beau sexe vaut aujourd'hui une vache au lieu de deux chèvres comme auparavant.Partout et en tout, la femme devient l'égale de l'homme.Mais nos jolies soeurs françaises du Québec en sont encore aux vieilles formules.Il serait à souhaiter que la femme d'aujourd'hui occupe, dans la famille et la société, I i place que sa sœur du Moyen Age féodal et de l'Ancien Régime y occupait.En ces temps barbares, la famille reposait sur la femme; et, sans nous arrêter à des exceptions qui confirment la règle, c'est alors que la parole récente du pape Pie XI aurait reçu sa plus complète application: "Comme l'homme possède la primauté du gouvernement, la femme peut et doit revendiquer comme sienne la primauté de l'amour".Dans un livre débordant de verve, dont presque chaque page est un faisceau de lumières, même un peu crues parfois, livre ét incelant que seul Léon Daudet pouvait nous donner et qu'il n'a pas écrit pour les toutes jeunes filles, La Femme et l'Amour (1), le magnifique écrivain affirme, entre autres choses, que l'incapacité de la femme, en matière de droits civils, date de la Révolution française.L'éblouissant polémiste peut être classé — dans la mesure où une telle expression s'applique à des êtres mortels — parmi les plus fervents "adorateurs" de la femme.C'est à elle qu'il consacre son livre, "à sa beauté, au soulagement qu'elle procure à l'homme, ici-bas, par l'amour et la gamme de ces sentiments qui vont de l'enthousiasme à la pitié".Aussi bien, il n'en parle pas au hasard.Miss Macphail, au lieu de déplorer le sort des Québécoises, aurait mieux fait de s'enfermer dans sa chambre et de lire l'ouvrage de Léon Daudet pour y apprendre que l'épouse, d'après la conception française, n'est pas une personne qui amuse son mari, encore moins une espèce d'étoile de vaudeville.Mais, à tout bien considérer, puisque Miss Macphail a choisi le célibat, dont un magistrat du XVIIle siècle disait que c'était l'état le moins douteux, qu'a-t-elle besoin de savoir cela ?En quoi, nos épouses, nos mères et nos soeurs sont-elles deux cents ans et même pius en arrière des autres?Est-ce parce qu'elles n'ont pas le droit de voter ?La belle affaire! D'abord, le vote pris comme expression d'une volonté, d'un désir ou d'une idée, dans l'administration de la chose publique, ne date pas d'aujourd'hui.Au temps où les communautés de village existaient les hommes votaient pour les problèmes qui les intéressaient particulièrement; les femmes de même.Aujourd'hui, n'importe qui peut se prononcer sur n'importe quoi, avec ce résultat que les manifestations de la volonté populaire ne veulent rien dire, sauf lorsqu'il se produit ces mouvements de masse dont l'histoire renferme de nombreux exemples.Et puis, les femmes du Québec tiennent-elles tellement à voter alors que des quantités d'hommes se désintéressent du vote dans sa formule actuelle ?Quant à l'exercice des droits appelés civils, nous n'irons pas jusqu'à dire, avec Léon Daudet, que le code Napoléon, dont notre code civil est presque une transposition, soit "une des hontes de notre temps", et que la femme soit "brutalisée, emprisonnée légalement, juridiquement, moralement" par ce "code imbécile et brutal" dont l'auteur était une "géniale brute et un mysoginc".Les transformations et les bouleversements de notre vie sociale, économique et politique ont entraîné des obligations nouvelles pour les hommes comme pour les femmes.Certaines prescriptions, dont ces dernières étaient l'objet, n'ont plus leur raison d'être.On csl en train de les supprimer progressivement.C'est très bien.La femme québécoise pourra désormais être tutrice de ses enfants.La femme mariée pourra disposer de son salaire —ce que la femme française a le droit de faire depuis 1907 —et pourvoir elle-même au remploi de ses économies.Mariée sous le régime de la séparation, elle n'aura plus besoin de l'autorisation maritale pour disposer de ses biens meubles, et il lui sera loisible d'être témoin à un testament.Rien à dire là-dessus.Mais il ne faut pas que le mouvement féministe, déclanché et poursuivi pour amener la soi-disant émancipation de la femme, au nom de l'égalité — laquelle ?— entre l'homme et la femme, ait pour résultat la destruction de l'ordre familial.Car, au XXe comme au V'e siècle, la femme est physiquement, moralement, intellectuellement différente de l'homme, supérieure à lui sur certains points, inférieure sur d'autres.La famille doit continuer de reposer sur la collalxiration (ta l'homme et de la femme, connue l'autorité doit, en fin de compte, demeurer une.Qu'il s'agisse de la famille ou de la société, l'autorité supérieure n'appartient pas à tous, et le commandement suprême ne se divise pas.¦ (I) La himmi ti I' I m.mr — chc» 1- limni.il ion, I».U). La Revue Moderne — Mo a i r éal, Avril 19 31 Le jardin du poète CONTE DE PAQUES Autrefois, mes enfants,— si j'en crois Frère Jacques, Moine fameux cité par maints auteurs latins,— Les coqs de fer qu'on voit sur les clochers hautains Pondaient un grand oeuf bleu tous les matins de Pâques; Un oeuf bleu que guettaient, avec des yeux goulus, Le riche en son palais, le pauvre en sa bicoque; Car celui qui pouvait le manger à la coque Au dire des savants, ne mourrait jamais plus! Or, dans un vague flot d'une mer innommée, Etait un clocher noir pourvu d'un coq liardi, Qui, très correctement, pondait, le jour susdit, Un gigantesque oeuf bleu sur la foule affamée.Mais l'on se disputait cet oeuf si fortement Que jamais nul mortel ne put le faire cuire! Quand les gens le voyaient tourbillonner et luire, Comme un astre d'azur tombant du firmament.Tous ruaient, les bras tendus, vers l'oeuf magique, Bondissaient, se frappaient, s'écrasaient sans pitié; El l'oeuf du coq de fer, par mille mains broyé.N'était plus qu'un semblant d'omelette tragique! Un an, le choléra régnait par la cité.Les insulaires, pris d'une frayeur extrême, Se portèrent enfouie, et, dès la mi-carême.Sous le coq qui pond l'oeuf de l'immortalité.Ils se massèrent tous, en folles grappes noires, A la place où l'oeuf bleu devait tomber; si bien Qu'on ne vit plus, autour du coq aérien, Que des houles de poings fracassant des mâchoires.Vlinl Vlan! Les coups tombaient contre les torses nus.Défonçant des thorax et décrochant des têtes; Vlinl Vlan! Et l'on croyait entendre des tempêtes Au fond d'un bois humain plein de rameaux charnus.Et les vainqueurs d'un jour installaient des échelles.Pour monter vers le coq et tendre leurs chapeaux, Et des femmes grimpaient, couvertes d'oripeaux, Ouvrant, pour cueillir l'oeuf, des capes de dentelles.On s'assomma longtemps, et sans répit aucun; Cent hommes, aux Rameaux, survécurent à peine; Le Jeudi Saint, l'on n'en vit plus qu'une quinzaine, Et la veille de Pâques, it n'en resta plus qu'un.Un seul, tout écloppé, d'après ce qu'on raconte Il ouvrit, nonobstant sa bouche avec ferveur, Pout happer l'oeuf béni, l'oeuf divin, l'oeuf sauveur.Mais il mourut, hélas! une heure avant la pome! Alors, te coq de fer, pris d'indignation, Tendit sa patte gauche au-dessous de sa queue, Pondit, técueitlit l'oeuf à la coquille bleue, El le croqua lui-même avec componction! Depuis, lors, mes enfants,— si j'en crois Frère Jacques, Moine fameux cité par maints auteurs latins — Les coqs de fer qu'on voit sur les clochers lointains Ne pondent jamais d'oeufs, même le jour de Pâques.Jean Rameau De tout un peu MELBA Du Temps.— Melba, il e9t presque comique de le dire, laissera une trace dans le souvenir du public autant par son chant que par la façon d'accommoder les pêches en entremets.Car elle a une histoire, la pêche Melba, dont l'invention est due à Auguste Escoffier, jadis chef à l'hôtel Savoy, de Londres.Le Duc d'Orléans, sous le nom de comte de Villiers, venait parfois rendre visite à la grande cantatrice, qui chantait alors Lohengrin avec succès.Pour lui faire honneur, ainsi qu'au prince, Escoffier eut l'idée de servir au dessert un cygne en glace qui portait sur ses ailes des pèches nappées dans une crème glacée à la vanille.Le cygne ainsi présenté fut très apprécié.et encore mieux goûté.Mais Escoffier n'était pas homme à se contenter d'un essai.Un an plus tard, il était nommé chef des cuisines au Carlton et il se rappela sa trouvaille pour le dîner d'inauguration de l'hôtel.Mais il commença par supprimer le cygne, qu'il jugeait inutile; par contre, il conserva la pèche sur canapé de crème glacée, et il arrosa le tout — c'est la trouvaille! — d'une purée de framboise.Harmonie parfaite.Ce fut exquis.Il avait demandé auparavant à Melba de consentir à prêter son nom à ce mets savoureux.Et voilà comment Melba est maintenant immortalisée — habent sua fata les pêches! Pauvre et charmante Melba, me pardonnera-t-elle, du haut de sa demeure dernière, d'avoir ainsi amoindri les raisons deja durée de sa réputation ?Mais y aurait-il eu une pêche Melba s'il n'y avait pas eu une belle cantatrice Melba ?C'EST UN CANADIEN On lit dans les "Mémoires" du prince de Bulôw, chancelier d'Allemagne sous Guillaume II, (vol.I p.231 — librairie Pion): "Pendant que j'étais à l'ambassade de Paris, le grand-duc (de Weimar) séjourna plusieurs jours dans cette ville.L'embassadeur de Hohenlohe lui fit remarquer qu'il devait rendre une visite au président Grévy.Le grand-duc s'y refusa comme cousin et ami de la maison d'Orléans.Enfin, il céda, se rendit à l'Elysée accompagné de l'ambassadeur et de moi.Un malencontreux hasard força le grand-duc à attendre quelque temps avant d'être reçu.Pour calmer son irritation, le prince de Hohenlohe dit en souriant, faisant allusion au poème bien connu de Seume, le Sauvage: "Grévy est un Canadien; il ignore les raffinements de la politesse européenne".Le grand-duc, tout réjoui, répliqua: "Oh! il est du Canada, cela le rend au moins intéressant".Sans commentaires.Et puis c'était vers 1885.UN AVIS ORIGINAL Un correspondant de l'Opinion écrit à son journal pour lui communiquer ce curieux "avis aux lecteurs", affiché à l'entrée de la bibliothèque de Saint-Brieuc: "— L'entrée de la bibliothèque est interdite aux personnes dans un état de malpropreté excessif.— Il est interdit de dormir sur les tables, de manger en lisant les livres ou revues, de fumer, d'introduire des animaux ou des bicyclettes.— L'entrée est également interdite à toute personne atteinte de maladie contagieuse." Nous espérons que le conservateur de notre bibliothèque municipale, en train de glisser vers le fleuve, (la bibliothèque!) ne sera jamais obligé d'afficher semblable avis à l'entrée du temple des livres dont il a la garde.CHEZ LES ECRIVAINS A MERICAINS De Paris-Midi: — "A l'occasion d'un récent débat qui a eu lieu au Sénat américain au sujet de la prolongation du Copyright au profit des auteurs, il est apparu que les écrivains à succès avaient, en Amérique, des revenus allant de 100,000 a 500,000 dollars par an, soit de 2,500,-000 à 12 millions 500,000 francs.Le record appartient à l'auteur de l'opérette Désert Song, avec un revenu annuel de 500,000 dollars.Vient ensuite une femme, Mary Robert Rhinebart avec 300,-000 dollars pour sa pièce The bat (La Raquette).Quant à R.C.Shenff, l'auteur bien connu de Journey's End, le drame joué en français sous le titre Le Grand Voyage, ses droits d'autours, aux Etats-Unis, pour 1929, se sont montés à 150,000 dollars". La Revue Moderne — Montréal, Avril 19 31 Page ô EN MARGE D'UN SERMON LOUIS ARKiOULD Par Jean BARDEAU JE foyer est ce que la mère le" fait.Il est le centre de I ses activités, le cadre où elle évolue dans un rôle ^""^ essentiellement éducateur.Il est le domaine où elle exerce ses qualités de cœur et d'intelligence, où, en poursuivant sa grande tache de formation morale dans l'atmosphère lumineuse créée par sa tendresse, elle combat les ennemis ligués contre lui et lui suscitant sans cesse les plus rudes attaques.Battue par le flot montant d'une frénésie d'égoïsme et de liberté, l'œuvre maternelle est comme une petite barque assaillie en pleine mer par la tempête, désemparée en face de l'abîme menaçant, et dont le naufrage serait imminent, si la sagesse des véritables gardiennes du foyer n'en sauvegardait la dignité et la grandeur.Et c'est dans l'exercice de ces fonctions admirables, qu'il a présentées à la lumière du devoir chrétien, que, devant un nombreux auditoire féminin, le révérend Père Guit-ton, s.j., a évoqué le geste magnifique de la mère, semeuse de beauté dans les jeunes âmes confiées à sa garde.Le savant prédicateur a touché du doigt la plaie la plus profonde et la plus douloureuse de notre époque, celle de l'abandon de la jeunesse à la contagion du mal qui ronge la vie familiale et la vie sociale.Servi par une longue expérience, il a projeté devant ses auditrices, comme sur un écran lumineux, les dangers de l'ambiance pernicieuse et les exemples néfastes auxquels les enfants sont en butte dès leurs premiers pas dans la vie, et contre lesquels il faut leur apprendre à lutter.La soif de liberté qui conduit le monde et le matérialisme qui le dévore, sont secondés par des auxiliaires puissants.Le théâtre, le cinéma, les lectures, écueils et récifs sur lesquels se brisent tant de vies blasées, sont des facteurs acharnés des excès de l'époque moderne, et, en dénonçant leur malheureuse influence, le Père Guitton en a fait un exposé d'un réalisme saisissant.Oh! le système malsain aux conséquences terribles que celui de tout laisser voir à l'enfant, de tout lui laisser lire, de tout lui laisser faire, sous prétexte de le préparer aux luttes de la vie! Comment effacer de son esprit et de sa pensée, les images malfaisantes qui se seront logées librement dans sa trop fertile imagination livrée à elle-même ?Comment détruire l'influence mortelle du mal qui a lentement pénétré jusqu'au cœur devenu son esclave ?Quelle répercussion aura cette déplorable éducation sur les responsabilités maternelles! "Le livre est, après la pensée, la chose la plus intime de la vie".Legouvé a résumé dans ces quelques mots, la force et la valeur du bon livre.De même qu'en ajoutant que "nous sommes tous plus ou moins de l'école des premiers livres dont la lecture nous a frappés", il en définit nettement la bonne ou mauvaise influence.Le choix des lectures pour la jeunesse est maintenant "vieux jeu".Il n'y a plus de limites à sa liberté.D'abord inconsciente de l'ennemi qui la guette, elle dévore avec délices les pages troublantes et suggestives qui produisent de si déplorables effets et conduisent à de si tristes chûtes.Ce n'est sans doute pas toujours dû à un défaut d'éducation.Non.Mais la lacune existe quelque part, et le meilleur sinon le seul remède à ce fléau moderne — le mot n'est peut-être pas exagéré — c'est la vigilance intelligente des gardiennes du foyer.C'est à elles qu'il appartient de veiller sur la lecture de leurs enfants, de la diriger d'après leur caractère et leurs dispositions, de leur façonner un cœur et un esprit sains, et d'éloigner les agents corrupteurs qui sèment les germes empoisonnés.Le bon livre, la bonne revue, le bon journal, sont des amis qui doivent avoir leur place dans tout foyer chrétien.Ceux-là qui ont "la franchise et la sincérité dans le ton, la raison dans l'esprit, le cœur dans le bon sens", (Legouvé) sont des éducateurs capables de seconder l'œuvre maternelle, de faire naître de l'enthousiasme et de hausser jusqu'à un noble idéal.Et c'est le but que poursuit notre revue.Du haut de la chaire de Notre-Dame, sous les vieilles voûtes vers lesquelles montent sans cesse les enseignements de la vérité, la voix autorisée du Père Gui-ton, faisant écho à celle du Pontife de Rome, est l'appel vibrant qui doit éveiller les volontés, soutenir les énergies et faire comprendre le devoir.Car, comme l'a si bien écrit une des meilleures plumes féminines de chez nous: "La main qui berce l'enfant gouverne le monde".(Mme Annctte Saint Amant).Marjolaine SERVIR! Telle est la devise de celui qu'en 1905 l'Université Laval de Montréal accueillait et installait dans sa chaire de Littérature française.M.Louis Arnould professe cet hiver sa quarante-cinquième année d'enseignement; depuis dix-sept ans il est correspondant de l'Institut.Ces deux titres donnent une idée d'ensemble, mais imparfaite, d'une belle et déjà longue carrière dont, en 1923, la croix de la Légion d'Honneur récompensait bien tardivement le mérite.Je ne m'attacherai qu'à l'"érudit", laissant à lui-même le soin d'exposer les grandes et généreuses œuvres auxquelles l'"apôtre" s'est consacré, et celui aussi de dire au Canada son souvenir.Il est bien difficile de choisir dans l'œuvre de M.Louis Arnould, si diverse, d'une tenue aussi un>e qu'élevée, quatre fois couronnée par l'Académie Française.Tout Canadien possède dans sa bibliothèque Nos amis les Canadiens, marque d'affectueuse franchise, et Ames en prison (1) qui obtenait en 1910 le prix "Vie heureuse".De même chacun a lu tes articles si substantiels et pleins de finesse qu'il n'a pas cessé de composer pour les revues de Montréal ou de Québec.M.Louis Arnould est tout d'abord le critique du poète Racan.En 1898, après la publication de Annecdotes inédites de Racan sur Malherbe, il soutenait en Sor-bonne (obtenant la mention la plus haute, Très honorable) une thèse de Doctorat qui avait pour sujet Racan, histoire anecdotique et critique de sa vie et de ses oeuvres.Le titre même de l'ouvrage indique quelle est la méthode de critique littéraire de M.Louis Arnould: méthode biographique renouvelée de Saint Beuve, qu'il expose au début de son livre Quelques poètes et qu'il a brillamment défendue devant La Sorbonne à une époque où, "dans le grand atelier de la France, régnaient le souffle positiviste français et la mode de la science germanique" (2).Cette biographie devint après quelques remaniements Un gentilhomme de lettres au iyème siècle, Honorât du Bueil, seigneur de Racan, et M.Louis Arnould publie actuellement (le premier volume de la collection est paru) une édition complète des œuvres de ce poète.(1) Ames en Prison porte en sous-titre: L'école française des sourdes-muettes aveugles et leurs soeurs dea deux mondes.(2) "Sur les idées de M.Brunetière" Revue canadienne.Montréal, Janvier 1907, p.15.Un voyage en France DE grandes fêtes ont lieu en France, cette année, pour le V'e centenaire de la mort de Jeanne d'Arc.L'agence Jules llone a eu l'excellente idée de préparer un itinéraire qui correspond, en sens inverse, à celui de Jeanne d'Arc elle-même et elle a placé ce beau voyage peu coûteux sous la direction de notre rédacteur en chef, M.Jean Bruchési.Dix jours en autocar à travers la province française, visite des plus belles cathédrales de France, de la patrie de Maison-neuve, de Marguerite Bourgeoys et de Marie de l'Incarnation, traversée des champs de bataille, présence aux fêtes de Rouen, Exposition coloniale internationale de Paris, etc.Voilà de quoi tenter nos lecteurs et nos lectrices qui pourront en outre, s'ils le désirent, prolonger leur séjour à Paris et revenir quand ils le voudront.Nous leur conseillons fortement d'écrire chez Hone ou à la Revue pour avoir de plus amples renseignements.A côté de ces ouvrages, il faut placer à part ceux du moraliste avec La Providence et le bonheur d'après Bossuet et Joseph de Maistre et dégager aussi l'oeuvre de sa sensibilité aiguë d'artiste La terre de France chez La Fontaine.Enfin, et dans un autre ordre d'idées, je tiens à signaler aux Canadiens, chez qui le culte de la famille est si développé, une série de brochures, écrites par M.Louis Arnould et réunies sous le nom de Cahiers de l'éducation forte et joyeuse.Ils y trouveront le reflet d'un beau foyer français: le sien.Je suis allé voir M.Louis Arnould pour les lecteurs de La Revue Moderne et lorsque je lui eus dit le but de ma visite: — Les années que j'ai passées au Canada comptent parmi les meilleures de ma vie, m'a t-il déclaré.J'aime beaucoup les Canadiens: ils ont, selon notre vieille expression, le cœur sur la main ; ils sont accueillants, cordiaux.et souriant: — .un peu susceptibles aussi.Lorsque parut mon livre Quelques poètes le nom de l'auteur et mes titres y étaient ainsi indiqués: Louis Arnould, professeur de littérature française à l'Université de Poitiers, en mission à l'Université Laval de Montréal."En mission" ainsi nous exprimons-nous en pareil cas."Mais nous ne sommes pas des sauvages", protestèrent les Canadiens! M.Louis Arnould me parle de Montréal et de Monseigneur Bruchési qui lui ménageait toujours l'accueil le plus sympathique.Toutefois c'est à Québec que vont ses préférences.Il compare Québec à Poitiers.— Au sortir de la gare, Poitiers me rappelle Québec vu du débarcadère.Les deux villes se présentent de la même façon: murailles et maisons étagées, coupées de rues tortueuses que bordent des habitations bourgeoises; villes aux atmosphères également favorables au déploiement de la pensée, où l'idée prend toute sa valeur.Là M.Louis Arnould a choisi de se fixer; et Poitiers y a gagné, en plus de son magistral enseignement, de belles et grandes œuvres pour lesquelles il se dépense sans compter.— Ce soir, me confie-t-il je pars avec un ami et deux étudiants faire des conférences dans deux villages des environs; car, si la bourgeoisie se "dévoltérianise" le peuple par contre, sollicité par les théories anarchistes, voit son christianisme s'affaiblir.C'est pour lutter contre cela que j'ai fondé, il y a sept ans, les "Semaines de conférences sociales de villages" dont le but est essentiellement éducateur et en aucune façon politique.Les résultats obtenus nous sont une belle récompense et d'un grand réconfort.J'ai vu des hommes qui l'hiver, la nuit, à pied et par de mauvais chemins, sont venus de quatre milles pour nous entendre.M.Louis Arnould me parle encore de l'œuvre de Larnay, asile des "âmes en prison", qu'il a fait connaître dans les deux mondes et au développement de laquelle il a grandement contribué.Je sais enfin une troisième tâche qu'il s'est assignée: celle du rapprochement entre professeurs et étudiants.Pour la mener à bien, il reçoit chez lui ses étudiants, tous les lundis soirs.Je lui exprime mon admiration.— J'ai cherché à ne pas être le professeur qui se borne à faire trois cours par semaine, me dit-il, mais à tirer d'une chaire d'enseignement supérieur tout ce qu'on peut lui faire rendre.Il était temps pour irai de me retirer.Alors que je prenais congé de notre ^rand.maître, celui-ci me dit en manière d'au revoir: — Je suis heureux de vous avoir vu; car tout ce qui concerne le Canada me tiî.it tout à fait au cœur.y Poitiers, décembre, 19.'>0. yage 6 La Revue Moderne — M ontréal, Avril 1 9 31 La Revue Moderne — Montréal, Avril 1031 Page 7 LA VIE ARTISTIQUE Quelques expositions de peintures Par Henri Girard UNE pensée «Je Taine, entre cent, appelle la méditation des critiques et amateurs d'art.Ayant affirmé que "le propre d'une oeuvre d'art est de rendre le caractère essentiel ou, du moins, un caractère important de l'objet aussi dominateur et aussi visible qu'il se peut", le grand philosophe français ajoute à propos des artistes: "Il est un don qui leur est indispensable; aucune étude, aucune pa'ience ne le supplée; s'il manque, ils ne sont plus que des copistes et des ouvriers.En présence des choses il faut qu'ils aient une sensation originale; un caractère de l'objet les a frappés, et l'effet de ce choc est une impression forte et propre".Ce fait étant admis, nous pouvons espérer des artistes canadiens ou étrangers la manifestation d'une vision personnelle des choses et non pas seulement un étalage de prouesses et d'acrobaties.Le bon ouvrier a son mérite et nul ne le lui conteste; mais s'il prétend hausser l'oeuvre de ses mains au rang de l'art, la seule habileté ne suffit plus.Il lui faut le don "de manifester quelque caractère essentiel ou saillant plus clairement et plus complètement que ne le font les objets réels." Il importe de metlre ce fait en évidence au moment de juger l'exposition du peintre russe, I.F.Choultsé que nous avons pu visiter en janvier.On a voulu en faire un événement artistique de premier ordre.On a parlé "d'impressions empoignantes", "d'effets d'une grandeur et d'un tragique extraordinaires".En réalité, l'exposition Choultsé ne fut qu'une parade d'oeuvres brillantes et vaines.Nul n'a jamais, mieux que ce peintre russe, possédé le talent de copier les choses dans la totalité de leur appa- marjorie smith — Porirail rence.Comme trompe-l'oeil, ses oeuvres sont géniales.On n'avait pas encore fait subir à l'appareil photographique une telle humiliation.L'homme lui dit ici: "Je puis être plus exact que toi dans la reproduction des choses".Ces tableaux sont vivants comme des décors de théâtre bien réussis.Cela est admirable, froid et plat.On ne pouvait donner au public de Montréal un plus mauvais exemple.Vers le même temps, la galerie VVatson présentait l'exposition annuelle des oeuvres de Maurice Cul-len.C'est, je crois, une des meilleures de cet excellent artiste.Toujours les mêmes sujets, sans doute: la montagne, le bois, ia rivière, le dégel, le crépuscule.Qu'importe! L'art est si subtil et si varié, qui analyse ces états et ces êtres, qu'on éprouve à les voir l'émotion que procure la contemplation d'oeuvres entièrement nouvelles.Robert Pilot exposait aussi, fin janvier, à la galerie Watson.Nous avons eu l'agréable surprise de constater que l'art de cet artiste s'affermit, devient plus mâle, d'une observai ion plus ample et plus variée.Certaine falaise est peinte avec une grande vigueur et un sens profond de la réalité.J'ai surtout gardé bon souvenir de deux tableaux: Evening Lighl et Summer Day.Ils feront peut-être pardonner â Robert Pilot une marine aussi pauvre que Incoming Tide, sans expression et sans vie.Nous n'oublierons pas de mentionner, parmi les bonnes expositions de cette saison, celle de Jean Palardy et de Madame Jean Palardy, née Mar-joric Smith.Nous avons tout lieu de nous réjouir à propos de ces deux jeunes peintres.Oeuvres allègres, vivantes, originales! Les portraits et natures mortes de Marjorie Smith donnent la mesure d'un artiste fortement inspiré, au métier sûr, au dessin expressif, qui sait voir et comprend la valeur des choses, leur vie intérieure et, pour rappeler le mot de Taine, "leur caractère essentiel".Jean Palardy, peintre de paysages, se tourne vers l'homme: enfants au jeu, famille de paysan.Tout cela avec un brin d'humour qui ne gâte rien.Ce gaillard là sait aussi d'ailleurs rendre le caractère des êtres.Il le fait jean palardy— Dimanche après-midi avec décision, assurance, virilité.Trop d'esquisse peut-être; mais le métier de Jean Palardy se perfectionne constamment.Nous constatons, en tout cas, que cet artiste se place au premier rang des jeunes peintres canadiens.Il ne faut pas manquer de visiter la galerie W.Scott & Sons, rue Drummond, l'une des plus spacieuses de Montréal et la mieux éclairée.Nous y avons surtout remarqué une exposition fort intéressante d'artistes canadiens contemporains.Toute l'armée de nos peintres s'y trouvait représentée.Très originale, très mâle, créant des rythmes nouveaux décorative et réaliste, réconciliant Gauguin et Courbet, voici l'avant-garde: A.Y.Jackson, Edwin Holgate, Lawrcn Harris.Calme, sereine, maîtrisant ses moyens, exprimant l'atmosphère des choses, captant pour notre joie de subtils phénomènes lumineux, c'est la garde: l'é-minent Clarence Gagnon, Horatio Walker, F.W.Hl* chison, Maurice Cullen.Timide, trop sage, maniérée, douce, d'une suavité à toute épreuve, voyez l'arrière-garde, représentée ici par C.W.Simpson et Ernest Law-son.A l'abri des incertitudes, trop prudents pour marcher au feu et pourtant bien rémunérés, les embusqués vous offrent enfin leurs productions commerciales .Parfaitement! Vous les avez nommés.Parmi les plus belles oeuvres de cette exposition, mettons bien â part Bluc Hilhide de Clarence Gagnon.Oeuvre inoubliable! L'artiste a su rendre dans ce tableau la substance même de la brume.Il en fait une chose vibrante, qui estompe les montagnes et leur prête un peu de son mystère.A noter certain ton vert, distribué avec un art consommé.D'Edwin Holgate, Labrador lnltrior et Father Gallix.La scène d'intérieur, d'un réalisme assez rare chez nous; le portrait du prêtre d'une grande puissance d'expression: l'excellente manière d'Edwin Holgate.Il est assez curieux de remarquer que ce réaliste pratique volontiers l'arabesque dans ses paysages.De même A.Y.Jackson, rythme à loisir le mouvement des collines et soudain vous lance sur une route réelle qui vous emporte au fond de la campagne.En somme, la saison artistique que nous venons de résumer indique une activité croissante.La peinture canadienne, quelques restrictions que l'on s- permette â son égard, s'affirme étonnamment allègre et vivante.Tenons compte de l'atmosphère peu propice, de l'indifférence du public, examinons ce que l'art produit dans d'autres domaines, musique ou architecture, et const i-tons que la peinture bat la marche.Evidemment nos peintres, vu l'exigence di*s acheteurs, pratiquent beaucoup trop le paysage.Le goût du public s'affine pourtant.Nous comprendrons bientôt li b.-auté de l'homme, car il attend encore chez nous le peintre qui dira ses gestes, son rire, ses pleurs, tout cela qu'Adam mit à la mode et qui reste toujours nouveau, toujours émouvant, toujours inspirateur. Page 8 La Revue Moderne — Montréal, Avril 1 9 S1 QUELQUES LIVRES LA VIE EN REVE (1) LOUIS Dantin excelle dans la peinture de délicieuses aquarelles.Qu'il s'agisse d'un paysage ou d'une figure de femme, il marie les traitsdélicats, les fines nuances et compose un ensemble charmant en réglant les jeux d'ombres et de lumières.La Vie en rive est toute émaillée de tableautins remarquables par la grâce et la légèreté du coloris.En feuilletant ces pages, nous avons l'impression de parcourir un album de pastels.Vert tendre des feuillages printaniers, orangé, pourpre, azur sombre des crépuscule sur la montagne et au bord de la mer, refrains d'oiseaux célébrant le renouveau, toutes les nuances, toutes les gammes, Louis Dantin, peintre et musicien, les harmonise et les orchestre.Enchantement du regard, enchantement de l'ouïe.L'auteur de La Vie en rive n'est pas uniquement un habile décorateur ou un sculpteur de figures exquises.En littérature il y a le métier, la technique qui sont affaire de culture et d'apprentissage.Mais il existe une partie beaucoup plus importante, qui donne leur vrai prix aux fictions littéraires et qui ne s'enseigne, ni ne s'apprend: l'imagination, la sensibilité, la fantaisie, la satyre légère ou piquante.Louis Dantin possède cette faculté d'invention, ce don de s'émouvoir devant les beautés de la nature, en face de la joie et de la douleur des êtres, cette fine pointe d'ironie sans fiel.Nous demandons avant tout à la prose d'imagination, un délassement, une récréation.Nous voulons, pour une heure ou deux, nous évader hors de l'ambiance journalière, fuir nos activités fiévreuses, oublier un peu, vivre quelque temps "la vie en rêve".Un romancier, un conteur dégoûtent dès qu'ils s'affublent en érudits ou en moralistes.Rien de plus distant de l'érudition et du sermon que les contes de Louis Dantin.II s'amuse, il s'enchante en les écrivant.Du coup il amuse, il enchante le lecteur.Le premier conte dispose à lire le second et celui-ci oblige à parcourir le troisième.Nous glissons sur une rivière capricieuse et chaque méandre laisse deviner un paysage que nous voulons voir.Vers le milieu d'un conte nous essayons de présumer le dénouement, nous conjecturons, nous disons: "Bon, If 'e vois venir; il va conclure de telle ou telle façon".Nous faisons fausse route; infailliblement notre perspicacité est prise en défaut.L'imagination du conteur veille; sa fantaisie l'arme contre la banalité.D'un maître coup de barre il redresse la narration épuisée, en danger de naufrage; d'un coup d'aile cet expert aviateur nous enlève avec lui sur les hauteurs de la Féerie.1 i |irci.part ii- il il volume comprend six nouvelles, toutes d'inspiration et de forme différentes, maisd'intérêt et de charme pareils.Louis Dantin montre une prédilection pour le printemps, la nature parée de sa fraîche toilette, l'amour.La description du monde extérieur et l'étude de l'âme n'ont pas de secrets pour lui.Voyez la première nouvelle Printemps où une idylle légère — qui finit par un mariage! — sert de prétexte à l'exposition d'une série de tableaux champêtres et citadins.Voyez la troisième nouvelle Sympathies.L'analyste' jette la sonde, explore les fonds de l'âme et cherche le pourquoi des sympathies mystérieuses qui relient certaines personnes.Le Risque me semble la pièce la mieux réussie, la plus canadienne, la plus typique et spirituelle des six nouvelles.I-ouis Dantin y décrit des scènes de la vie familiale des habitants.Depuis l'aurore de la littérature canadienne, la majorité de nos écrivains ont consacré leur talent à ce genre.Rarement le résultat fut une réussite.L'homme rultivé, peignant les mœurs rurales doit les connaître à fond, en être saturé.Il lui faut, dans une bonne mesure, abdiquer sa personnalité, s'identifier aux personnages qu'il met en scène.Louis Hémon, avant d'écrire Maria Chapdelaine, vécut dans les régions du Nord, se mêla aux habitants, s'imprégna de leur mentalité La plupart des romanciers et conteurs succombent dé- fi) La Vii m Rfwf Un volume Mité 1 la Librairie d'Action cana-i nr-u Montréal.vant les difficultés du dialogue.Leurs personnages discourent et derrière eux on sent l'auteur qui tire les ficelles, meut les pantins.Ils parlent à travers l'auteur et leur voix nous parvient déformée — comme la voix sortant d'un phonographe.Le Risque évoque de vrais types d'habitants qui parlent leur langue verte et savoureuse, sans truchement de culture.L'auteur disparait; ses créatures nous deviennent plus vivante! que des êtres réels.Peu soupçonnent ce qu'il faut d'Art pour atteindre le naturel en littérature.Les écrivains le savent.Dans Lu Locomotive, la fantaisie de Louis Dantin frôle-les frontières de l'invraisemblance.Le conte admet le merveilleux mais vraiment une locomotive qui déraille pour poursuivre un homme à travers les champs! ce n'est plus user de fantaisie, c'est abuser du dénouement mécanique.Line semblable infraction au sens de la mesure choque le lecteur le plus indulgent.Cinq contes de Noël forment la seconde partiede La Vie en rive.Noël et le mystère de l'Incarnation, la Messe de minuit, le réveillon quels beaux thèmes pour la fantaisie de Louis Dantin! Il s'est plu à dessiner des enluminures multicolores, à tracer de fantaisistes arabesques, à broder de souples dentelles autour de petits faits ou de légères intrigues.Sa plume court, allègre; on la devine joyeuse, souvent un tantinet malicieuse, toujours spirituelle, effleurant sans insistance.Cistus, La Comète, Le Noël de Caroline, récits enlevés où la gaîté, baignée d'émotion, emporte le lecteur.Nous suivons d'un regard attendri les héros et les héroïnes, nous avons hâte de voir la solution de leurs difficultés.Elle se dénouent toujours à notre entière satisfaction.Conçoit-on un conte de Noël qui s'achèverait sur une note de tristesse ou de malheur ?La Messe de Florent Létourneau, conte pé'illant d'entrain et de verve, pivote autour d'un audacieux parallèle entre la naissance du Fils de Dieu et la naissance du Fils du.Diable.Je ne chercherai pas querelle à l'auteur puisque son invention diabolique amène la conversion de Florent Létourneau.Du pire, Louis Dantin sait tirer le bien.Cette parodie .osée de l'Incarnation est l'unique passage du livre susceptible de mettre une rougeur — oh! bien tenue! — sur les fronts de lys.La triste histoire de Li-IIung- Fong, conte en vers, ne saurait passer inaperçue.Je crois ce genre sans précédent dans les lettres canadiennes.La rime fait ressortir davantage l'originalité de l'œuvre et l'humour â Ileur d'émotion du narrateur.Louis Dantin — avec le poète Emile Coderre, qui hélas! n'a pas encore publié en volume son Jean Narrache — acclimate au Canada le vers élidé de Jehan Rictus.Mais chez Dantin, la gracieuse ironie remplace l'invective et l'explosion de rage qui valurent lacélébritéà Rictus.La Vieen reve n'a peut-être pas son équivalent dans la littérature canadienne-française.Louis Dantin, conteur, n'a peut-être pas non plus de rival.Le genre du conte a été peu exploité au Canada.Nous avons quelques recueils de nouvelles à base d'érudition, écrits dans un style impeccable et froid.Cet art un peu placé révèle trop le souci de la littérature, il trahit même la volonté d'écrire correctement coûte que coûte; il manque de ce feu, de cette fluidité subtile qui fait que le lecteur ne perçoit plus l'art, mais se croit en face de la réalité, de la vie.Nous oublions bien des passants; nous n'oublions jamais certains personnages de roman.Le romancier, le conteur sont les lointains descendants de Merlin l'Enchanteur: ils nous enferment dans les cer- cles magiques de leurs fictions, nous transportent dans un monde différent, parfois céleste, parfois infernal.Rien de plus facile pour l'observateur que l'étude des êtres; rien de plus ardu pour le romancier que la création d'un être.C'est imiter l'œuvre du Père.Il s'agit de revêtir une abstraction de chair et d'os; d'insuffler la vie à ce cadavre.Le romancier a deux cents pages pour réaliser un personnage "vivant"; le conteur, vingt.Un roman, c'est une nouvelle au ralenti.Mais il est plus aisé d'éviter les ornières en allant à pas lents qu'à grande vitesse.La nouvelle, le conte exigent une grande- maîtrise de la technique d'écrivain.Louis Dantin,en publiant La Vie en rive, enrichit notre patrimoine- intellectuel; à l'arbre littéraire il greffe un beau et verdoyant rameau.Encore deux ou trois recueils de contes de même valeur, et Louis Dantin deviendra le Maupassant canadien, un Maupassant enjoué, charmeur, riche de sel gaulois et jamais immoral ou même choquant.REX DliSMARCHAIS VOIX D'ALASKA A l'heure où les citadins fortunés s'en vont prome-J—\ ner leurs loisirs dans la Floride embaumée, ou sur la riante Cote d'Azur, je me paie le luxe d'un voyage magnifique au pays du soleil nocturne.Rien de plus agréable! De ce pas, je file vers la Mission Sainte-Croix située sur les bords du Yukon, fleuve millionnaire qui roule avec insouciance ses pépitesd'or; etsi large, que bien rarement l'on peut apercevoir les deux rives à la fois.Songez qu'à son embouchure il mesure encore près d'une lieue de largeur.Oh! n'allez pas croire que je veuille encore une fois tenter fortune.Non, non.Je me promène en compagnie de la plus charmante créature du bon Dieu, de Mère Marie-Joseph Calasanz, religieuse de Sainte-Anne.Vous ne la connaissez pas ?Mais c'est l'une des fondatrices de cette Mission.Pendant dix-sept années, elle continua l'œuvre de son compatriote, Mgr Seighers, belge d'origine, inspirateur de l'évangélisation régulière de cet Extrême Nord, martyr dont le sang a merveilleusement fécondé le champ de son apostolat.D'origine flamande, Mère Calasanz est Canadienne par 47 années de vie religieuse chez les Sœurs de Sainte-Anne.Le bon Dieu sans doute s'apprête à la naturaliser "Grande Sainte" en son paradis En attendant de l'invoquer dans nos litanies, écoutons-la nous parler "de cette voix si vivante et si émouvante", comme l'écrivait à Mgr Perrin, l'abbé Pietro Ercole, directeur du Musée missionnaire du Latran, en accusant réception de l'ouvage.Tout ce que la vaillante Sœur raconte dénote un regard observateur et un esprit cultivé.Elle parle histoire, géographie, astronomie, météorologie; elle parle surtout des Esquimaux, de leur caractère, de leurs moeurs, de leur dégradantes misères; de leurs danses aussi et des gestes d'imitation des bébés ficelés sur le dos de leurs mamans.Et quelle fidélité de mémoire! .Et quelle facilité d'expression!.A entendre, cette compagne de voyage, on devine qu'en son âme passent des souffles divins: tant de labeurs, tant de souffrances, tant d'immolations, et tant de joie! .Oh! que nous sommes petits à côté des saints! Mais, j'allais oublier: je suis Mn voyage, en voyage de plaisir.Et la bonne Sœur n'est jamais en peine.Un jour, elle voulait chanter un cantique dont elle n'avait pas l'accompagnement.Un temps deux mouvements; et voilà les strophes adaptées à l'air de la Brabançonne.A partir de ce moment, les mélodies du chant national de la Belgique résonnèrent dans l'humble cabane-chapelle de Sainte-Croix d'Alaska; et la grande patriote exultait.Continuons notre route jusqu'à Saint-Michel, champ d'apostolat des Pères Jésuites.Là, encore de l'héroïsme à jets continus; et des merveille! à flots pressés.L'ne petite haite à la première école de Mère Calasanz: salle de classe, neuf pieds par douze! Dans ce réduit, quarante-six élèves serrés les uns contre les autres, à moitié asphyxiés; mais les Sœurs s'épanouissent.A travers la rude écorce d'ignorance et de misères, ne voient-elles pas la beauté des âmes ?Les yeux se mouillent de douces larmes au récit de la prenvère fête de Noël en Alaska, l'an 1888.Les canti- La Revue Moderne — Montréal, Avril 1931 CALME Par Pau! COZE IL communie dans le silence.Assis, seul dans son canot d'écorce, il respecte l'immensité.L'eau du lac reflète les tons froids du ciel, le disque rougi du soleil est pour lui l'œii du Grand Esprit.L'homme et le dieu correspondent à travers ce symbole.Bas sur l'eau, il n'a devant lui que des lignes horizontales, des plantes, des tons du ciel.Au-dessus de lui, merveilleusement limpide, s'étend la voûte infinie, elle s'adoucit, se réchauffe vers la terre, passe du bleu froid au vert tendre, au rose carminé jusqu'à un mauve extraordinaire et splendidement mystérieux.Dans cet enrobement nuancé, c'est alors la barre brutale des arbres qui sépare la vision et de nouveau, inversée, la gamme des tons sacrés.Seuls, les nénuphars, dont les fleurs hérissent l'eau, var-ent l'aspect du paysage.Maintenant, le Grand Esprit "Wakanda" se pare le visage en guerrier, le soleil devenu rouge de braise éclabousse l'étendue et la réchauffe.Les têtes des joncs pour s'unir à l'ensemble sont autant de tisons enflammés.L'Indien lentement se lève, offrant son corps nu au bain de lumière.Il étend ses bras, ouvre ses mains comme pour recevoir le don spirituel.Autour de lui vit la nature sauvage.Parmi les fruits, les nénuphars, les canards, les sarcelles dressent leurs têtes, multiples points d'interrogation.Une poule d'eau passe balançant son bec blanc au bout de sa tête de jais; sur la berge quelques crapauds sifflent, leur appel alternatif troublent les minutes de recueillement.Le vent qui, l'après-midi, agita le lac, est tombé avec l'astre du jour.Dans l'âme du primitif, quels senliments s'agitent?A quoi s'arrête sa pensée naissante, si souvent entraînée par le courant irréductible des rêves?Son imagination est Type d'indien de l'ouest tranquille comme l'eau du lac, sa pensée immense comme l'étendue qui l'entoure, et cependant il est sensible à cette ambiance.Sensible jusqu'à l'excès, jusqu'à la magie, jusqu'au sortilège que ses ancêtres inventèrent.Sensible puisqu'il attribue dans la création de ses idées une force mystérieuse aux animaux comme aux plantes.Sensible dans son cœur que les barreaux de la logique rationnelle n'ont pas encore enclavé.L'homme s'est accroupi.Du fond de son embarcation, il extrait le long tube décoré qui porte le fourneau de pierre rouge.Son calumet orné de piquants de porc-épic, teint avec les ocres du sol ou les poudres des minerais.Il lisse de sa longue main les plumes qu'elle y a fixées, celles du canard symbole de la direction assurée de la vie, celles du pivert, celles d'une multitude de petits oiseaux qui volent bas Tété et transportent chacun un désir humain, celles de l'Aigle enfin, parce qu'il monte le plus haut et qu'il appartient au dieu.Il bourre le foyer des feuilles de tabac écrasées, des feuilles enfumées de l'airelle myrtille.Puis il saisit, entre les pinces d'une branche fendue, une braise incandescente qu'il sort d'un sac de peau; pour la prendre, il a écarté avec soin le fond de mousse et d'amadou, berceau dans lequel il la tenait religieusement.Alors, les bouffées si claires, si bleues, montent droites dans l'azur, s'y perdent sans que l'œil puisse en suivre l'envol.Pour l'Indien, cette fumée monte jusqu'au Grand Esprit lui-même.Il a foi dans ce moyen matériel qui emporte dans son émana* ion toute l'ardeur de sa dévotion.Jamais aucun doute ne lui est venu.Il présente son calumet vers le sol liquide sur lequel il flotte, il l'élève au zénith, le présente avec le même rite aux quatre Vents.Le vent du Nord auprès duquel habitent les mauvais morts, le vent du Sud qui balaye le Paradis, aussi les vents de l'est et de l'Ouest qui vont chercher le soleil, l'accompagnent, le voient naître et mourir.Alors, dans l'âme de cet homme perdu, dans cette immense solitude, se crée une prière.Il l'improvise comme les besoins lui viennent.Elle lui part du cœur, elle s'échaffaude sans ordre, sans réflexion.Il parle, répétant sans cesse les mêmes suppliques par la magie des mêmes mots.Il croit fermement, dans son âme naïve, que prière et fumée sont de même essence.Il ne distingue nullement l'immense divorce de l'espril et de la matière.Son intui- Paul Coze et un chef sioux tion naïve le fait appeler à l'aide le feu et l'esprit du feu, ou l'eau avec sa divinité, sans qu'il distingue le fait de l'impossible.Pour lui, afin de se recueillir ainsi devant la nature, il lui faut, comme elle, revêtir les couleurs d'un couchant, respecter son silence.De même lorsqu'il chasse et qu'il se croit être l'animal chasseur, il est sûr d'avoir mis sa victime à mort lorsque ses incantations néfastes sont terminées.Ce sauvage, ce primitif étrangement loin de nous, qui pour quelques-uns est à la limite de la pensée humaine, pour d'autres à la naissance de l'âme, a déjà découvert confusément quelque chose d'autre, quelque chose dont il sent la présence à ce point de la voir représentée partout, matériellement, dans chaque manifestation de la nature.Il est là sans culture, sans science, dominé par tout ce qui l'entoure, ne dominant encore que bier peu de choses et bien maladroitement ses sens.Il est là poussé par la mystérieuse puissance de l'intuition.Alorsà gauche du soleil disparu s'allume l'Eto;ledu soir.Chargé d'une mission ethnographique par la Muséum de Parla.M.Paul Cose parcourait les provinces de l'Ouest pendant l'été de 1930.Cétatt son second voyage au Canada.Il a recueilli ches nous les documenta les plus précieux concernant les origines et les habitudes des tribus Indiennes.Peintre et savant, M.Coss est aussi, romancier de talent & qui ont doit déjà "Wakanda".Il a bien voulu donner en primeur à "I.n Revue Moderne" lea lignes qui suivent et qui sont extraites d'un roman à paraîtra, roman dans lequel l'auteur cherchera ce que peut être l'âme de l'Indien et l'étudlera ensuite dana son assimilation actuelle.QUELQUES LIVRES (Suite) ques anciens ressuscitent la jeunesse, la famille, les joies du printemps.C'est tout le ciel qui rayonne, enveloppant dans une même lumière le doux passé, l'austère présent, l'avenir d'éternelle félicité.Certes, il ne fait pas chaud dans ces régions polaires, ajoute mon admirable cicérone: le thermomètre descend parfois à 56 degrés, et même 57 sous zéro.L'été serait assez agréable; mais les moustiques, dont l'atmosphère est parfois toute dense et bourdonnante, se chargent d'infliger aux pauvres missionnaires une perpétuelle discipline, piquante, sanglante.Et pourtant, toutes ces souffrances n'entament pas la gaieté des religieuses d'Alaska: "L'âme d'un apôtre, dirait Mère Calasanz, doit être comme la surface polie d'un miroir où Dieu fait briller son sourire, afin que l'âme lui renvoie ce sourire d'amour." Mais je ne pourrais jamais vous rel.itei mon \c >.iv;'\ Procurez-vous donc les "Vois d'Alaska".(1 vol.en vente au Mont Sainte-Anne, Lachinc).En fermant ce livre admirable, enrichi de nombreuse s vignettes, vous aurez, comme moi, l'illusion d'une promenade sans égale, réconfortante, édifiante, absolument inoubliable.Renée des ÛKMES.LA VIE DE M1CKIEWICZ L'illustre sculpteur Bourdelle, mort récemment, a représenté Adam Mickicwicz, l'un des deux ou trois plus grands poètes polonais, dans l'attitude du pèlerin en marche: la main gauche levée, un bâton dans la droite, l'ample manteau au vent.Et tel fut bien Mickiewicz qui, suivant l'expression d'un critique d'art, "porta dans tous les pays d'Europe le plaidoyer pour la Pologne".Né dans la région de Wilno aux confins de la Pologne où le slavisme et la civilisation occidentale se sont disputé les esprits et les corps, le fils d'un modeste avocat de petite noblesse partagea tout jeune les grands espoirs de renaissance que la Pologne avait mis dans le "Corse aux cheveux plats." Etudiant à l'Université de Wilno que le roi Etienne Bathory fonda à la fin du XVIe siècle et qui fut, de tout temps, l'un des postes avancés pour la défense de la civilisation occidentale, professeur de littérature et d'histoire à Kowno (aujourd'hui capitale de la Lithuanie), compromis dans un complot antirusse, Mickicwicz était condamné à l'exil en 1824.Il ne reverra plus jamais cette patrie qu'il chantera avec les accents les plus pathétiques, en des vers que toute la Pologne a connus et où le sens prophétique du poète annonçait la libération définitive.Il faudra attendre le mois de juillet 1890 |x>ur qu« la dépouille mortelle d'Adam Mickicwicz reprenne la route du pays natal et soit déposée dans la cathédrale du YVaweu à Cracovie, côte à côte avec les rois et les héros.Le vœu du poète était alors exaucé: "Accorde-nous un tombea dans notre patrie pour nos ossements".Ce que furent la vie errante de Mickiewicz, son enseignement à Lausanne et au Collège de France, son oeuvre lyrique où dominent Les Aieux et le Livre des Pèlerins polonais, quels ont été ses égarements aussi, ses fautes, ses exaltations rachetés par son génie et son patriotisme ardent, Mlle Marie Czapska le dit dans un livre émouvant au possible, édité par la Librairie Pion, (collection "Le roman des grandes existences").L'auteur a su faire revivre admirablement l'un des fils les plus chers de la Pologne martyre, puis ressuscitée.Dans une langue, qui n'est pas la sienne et qu'elle maîtrise pourtant avec un art consommé, c'est toute la première moitié du XIXe siècle qu'elle raconte, époque secouée par le frémissement des peuples épris de liberté.La Pologne a, depuis l°l°, repris sa place parmi les Etats.Ceux qui ont étudié l'histoire douloureuse de la noble nation polonaise savent au prix de quels sacrifices la victoire est enfin venue.La lecture du livre de Mlle Czapska, en replaçant devant leur esprits quelques uns des événements dont l'Europe fut le théâtre, au début du XIXe siècle, leur permettra en outre de mieux comprendre le tragique des vies d'exilés et remettra en pleine lumière le grande rôle de cette civilisation rayonnante que la Pologne a mise au service du monde chrétien.J.B. Page 10 La Revue Moderne — Montréal, Avril 10 31 Chronique Musicale Auguste Descarries L\ critique s'est enfin décidée à reconnaître à l'un des nôtres le droit d'être considéré comme un virtuose.Elle eut trop longtemps deux poids et deux mesures: l'une pour les artistes étrangers, l'autre pour les musiciens canadiens.Cette distinction créait chez nous une sorte d'infériorité: on se permettait de critiquer les étrangers, mais quand il s'agissait de nos compatriotes on semblait vouloir atténuer le blâme pour ne pas décourager, ou bien l'on se lançait dans des dithyrambes dont l'excès même détruisait tout l'effet, ou bien encore on se refusait à regarder l'artiste comme autre chose qu'un élève ou un petit amateur.Il n'est pas étonnant qu'à ce train-là on n'ait eu que des amateurs.Faites croire aux musiciens qu'ils sont des artistes, et, neuf fois sur dix, ils le deviendront, à condition toutefois qu'ils possèdent les moyens requis; dites-leur qu'ils ne sont pas.grand'chose et ils le resteront.C'est ce que les Anglais appellent "inferiority complex".Il y a d'ailleurs un symptôme certain de l'importance accordée à un artiste par la critique: la longueur du titre.On commence par écrire "Monsieur A.B.", puis "A.B".tout court, et enfin, pour les très grands musiciens, on laisse tomber le prénom.Auguste Descarries est donc reconnu comme un virtuose.C'est d'ailleurs un droit qu'il a acquis par la valeur même de ses exécutions.Une série de plusieurs concerts n'ont plus laissé de doutes sur la perfection de sa technique, son sens du rythme, s?s connaissances musicales approfondies.' Cela ne signifie pas que, dans chacun de ses récitals, il soit impeccable.La perfection continue est le propre des machines et non des hommes, excepté peut-être Hcifetz dont l'infaillibilité est devenue proverbiale.Il faut se garder de juger un musicien d'après quelques faiblesses qui ne sont que temporaires et qui peuvent n'être dues qu'à des circonstances extérieures.Les seuls défauts à peu près irrémédiables seraient un manque absolu de mesure, un sens du rythme inexistant, l'incompréhension totale.Auguste Descarries n'en est heureusement pas affligé.Son dernier récital était "un peu beaucoup" chargé.Il nous a habitué à des programmes copieux; mais celui-ci comprenait une quinzaine d'oeuvres, parmi les plus ardues de la littérature du piano, plus quelques rappels.La Fantaisie et Fugue en sol mineur de Bach, arrangée par Liszt, ouvrait le programme et son début s'en est ressenti quelque peu, mais la fugue a reçu une exécution parfaite, aussi bien comme interprétation que comme rythme.On peut en dire autant de la Sonate de Beethoven et du Rondo Brillant de Weber, d'une difficulté ex-ri'plnimp Ht- l'.ii moins aimé Si humailn et, quant à Liszt et s s Murmures des Bois, ces roulades inépuisables peuvent produire de l'effet, mais ne possèdent pas un attrait réel.De Chopin, le Prélude No.75, le Berceuse et la quatrième Ballade ont prouvé qu'on peut posséder beaucoup de mécanisme sans être dénué de s?ns musical et qu'il n'est pas nécessaire de négliger l'un pour parfaire l'autre.Une technique, qui s?joue de toutes les difficultés, est d'ailleurs nécessaire pour rendre parfai'ement même les oeuvres les plus faciles.Le Conte d'allure militaire de Medtner n'est pas un de s s meilleurs et la paraphrase sur Rigoletto, quoiqu'un modèle du genre, est beaucoup plus du clinquant que de la vraie musique.Au programme—habitude très louable et qui devrait s répandre—des œuvres d'un compositeur canadien, Claude Champagne, dont les Filigranes entr'autres sont un joyau délit >t.L'insistance de l'auditoire a forcé l'auteur à faire taire sa modestie et à se lever pour remercier.Ce récital est le premier d'une tournée que fait Auguste Descarries dans la province.Ron ain-Octave Pelletier Saviez-vous que .?Huit grands orchestres symphoniques donnent régu-li'rement, à Paris, deux concerts hebdomadaires, depuis OCtobrt jusqu'en mai?L's salles en sont toujours remplies.Ceci n'empêche pourtant pas les grandes associations syrr.phoniiues étrangères de s'y faire entendre.Par exemple, en avril, à la salle Pleyel, le Concert-gebouro d'Amsterdam, sous la direction de l'illustre Mengelberg, donnera deux concerts.En mai, c'est la Philharmonie de Berlin qui jouera deux fois, à l'Opéra.Furtwaengler lui-même dirigera.L'on se plaint souvent que le prix des places, pour les concerts, soit à Montréal trop élevé.Il n'en est pourtant rien.A ces concerts du Concertgebouro, la location sera de deux cents à vingt francs.Au taux actuel du change, cela fait de huit dollars à quatre vingt cents.On peut le prédire, à coup sûr, il ne restera pas un fauteuil libre.Les Parisiens en seront pourtant, pour la seule saison musicale 193C-31, à leur cinq cent dixième soirée du genre, et chacun de ces concerts aura réuni un un public variant, suivant les salles, entre 1500 et 3000 auditeurs.Les Gens de Lettres recevront .TA grande soirée littéraire et musicale de I la section française de l'Association des Auteurs Canadiens aura lieu, comme nous l'avons déjà annoncé, le vendredi 24 avril, à 8 lires 30 dans la salle de la bibliothèque Saint-Sulpice.Cette soirée promet d'être l'un des plus brillants événements de l'année.Placée sous la présidence de l'honorable Athanase David, secrétaire de la province, la soirée des auteurs fournira au public l'occasion d'entendre quelques uns de nos littérateurs: l'honorable juge Desaulniers, Mlle Jovette-Alice Bernier, MM.Jean Charles Harvey, Robert Choquette et Alfred Desrochers.La partie musicale du programme comprend l'exécution de chansons françaises, indiennes et esquimaudes, harmonisées par le grand compositeur et pianiste, Alfred Lali-berté.Les artistes seront Mlle Germaine LeBel, MM.Lionel Daunais et Emile Boucher.Les billets, au prix de $1.50, 1.00 et 0.50 sont en vente chez Archambault, rue Sainte Catherine, chez Granger, rue Notre-Dame et chez le secrétaire de l'Association, 111, Chemin Ste Catherine, Outremont.Si nous ajoutons à cette masse imposante d'auditions musicales, les quatre à cinq récitals quotidiens, les représentations de l'Opéra, de l'Opéra Comique, du Trianon Lyrique, de plusieurs théâtres des Boulevards où l'on fait de l'opérette et de la comédie musicale), du Troca-déro, etc., etc., ne conclurons-nous pas que Montréal est "le monde où l'on s'ennuie!".et qu'il est urgent de stimuler le goût de la musique chez nous, car.il y a des gens pour se plaindre qu'il y a trop de concerts en notre ville! ! .» * Il n'est pas de distractions, de plaisirs, de repos plus sains qu'une audition de bonne musique par de bons artistes.Félicitons l'Honorable Athanase David de s'intéresser à ces problèmes sanitaires, moraux et éducationels et de contribuer largement à l'expansion de notre art.— "Sanitaires" ?Oui, problèmes sanitaires! En effet, si nos hommes d'affaiâ'cs, nos hommes de profession libérale recherchaient ces heures de détente nerveuse, leur tendance à la neurasthénie s'affaiblirait.Il n'y aurait personne assurément pour s'en plaindre.• % Chose inouïe dans notre histoire, le Conseil municipal de Montréal lui-même, cette année, se préoccupe de ces problèmes et il vient d'en donner une preuve manifeste avec son octroi au Conservatoire National.L'on peut dire de ce clairvoyant ministre et des conseillers municipaux, favorables à l'instauration du Conservatoire, qu'ils ont mérité de la cause de l'intelligence.Tout est bien qui finit bien: le Conservatoire sera et la Ribliothèque St-Sulpice demeurera.— Voilà une bonne occasion de reconnaître que les musiciens sont de braves gens .Le 7 mai prochain, à onze heures du soir, au théâtre Loews' aura lieu la première représentation de la Canadian Opéra Company: Roméo et Juliette.La préparation des choeurs bat son plein; ede a été confiée à M.Claude Champagne.— Notre éminent compatriote VVilfrid Pelletier, chef d'orchestre du Metropolitan de New-York, dirigera l'oeuvre de Gounod.Les rôles de Roméo, de Juliette, de Frère Laurent et de Capulet seront tenus par des artistes de grande renommée: Edward Johnson, Quecna Mario, Léon Rothier et Alfredo Gandolfi.Le succès de cette soirée d'opéra semble par avance assuré.- A.D.Notre rédacteur à la radio L'historique brasserie • Molson offre, depuis cinq ou six semaines, chaque mardi, entre dix et onze heures, une heure d'émission radiophonique du plus haut intérêt.Elle a retenu les services de M.J.-J.Gagnier qui dirige un orchestre des plus homogènes.Des artistes de renom se sont en outre fait entendre durant l'heure musicale irradiée du poste CKAC.Enfin il nous plait de signaler aux lecteurs de "La Revue Moderne" que notre rédacteur en chef, M.Jean Bruchesi, donne, au cours de chaque émission, une causerie de cinq minutes sur un point d'histoire du Canada.Ces émissions de poursuivront jusqu'au 5 mai et reprendront en septembre.Il convient de féliciter la brasserie Molson d'avoir pris une semblable initiative.L'Union Musicale de Sherbrooke Fondée en 1921, cette société ouvrit dès l'année suivante une école gratuite de solfège à laquelle furent rattachés plus tard les cours de solfège des Arts et Métiers et elle continue ainsi l'enseignement de cette branche relevant des écoles du soir.Il y a trois ans, elle adjoignit un cours gratuit de diction française comme complément à l'étude de la musique.Evidemment la musique vocale étant la plus populaire, en ce qu'elle n'exige pas l'achat d'instruments, l'Union musicale s'y attache davantage, mais ses cours s'adressent à toute la musique en général.Environ 1,000 élèves, tant de Sherbrooke que des environs, ont suivi jusqu'ici les cours gratuits de solfège maintenant dirigés par le Professeur Charles Delvenne, du Conservatoire national.Afin d'illustrer la matière enseignée et la rendre immédiatement pratique, l'Union musicale de Sherbrooke invite toujours ses élèves à faire l'étude d'une oeuvre de répertoire, et, cette année, en célébration du 10e anniversaire, ils apprennent "Carmen" qu'ils donneront en représentation en fin de mai.De plus, la section diction est depuis quelques mois affiliée à l'Alliance française et les élèves de cette section ainsi que ceux du solfège, ont, en même temps que le public, le privilège d'entendre des conférenciers de choix.Les conférences des deux premières années sont maintenant en volume sous le titre "Les Soirées Littéraires de l'Union musicale de Sherbrooke", et, il est de l'intention des administrateurs de publier chaque année les conférences à venir.Et tout cela pour développer le goût de la saine musique et de la saine littérature.L'Heure Symphonique du Foyer Le Pacifique Canadien a commencé samedi, 21 février, la radiodiffusion d'une série de dix concerts symphoniques qu'exécute le nouvel Orchestre Symphonique de Montréal, sous la direction de M.Douglas Clarke, doyen de la Faculté de Musique à l'Université McGill et lui-même compositeur distingué.Ces concerts, qui ont déjà suscité les plus élogieux commentaires, sont irradiés de 5.30 heures à 6.30 heures p.m., le samcdi.de la Salle Tudor de Montréal, par le poste CKAC et une chaîne de neuf autres postes disséminés dans l'Est du Canada, de Winnipeg à Halifax.Ils sont connus sous le nom d"'Heure Symphonique du Foyer".Le Service de la Radio du Pacifique Canadien a publié, au sujet de cette superbe série de concerts symphoniques, une très attrayante brochurette contenant les divers programmes, avec commentaires intéressants sur chacune des p èces exécutées, ainsi que des portraits de leurs compositeurs.Elle renferme aussi une grande photo de l'orchestre et un portrait de son conducteur, Douglas Clarke.On y trouve encore divers renseignements sur les activités du Pacifique Canadien dans le domaine de la radiophonie.Cette brochurette, rédigée en français, sera adressée gratuitement à tous ceux qui en feront la demande au Service de la Radio, Pacifique Canadien, Montréal. La Revue Moderne — Montréal, Avril 19 3 1 Page 11 Les commandements du journaliste CONNAISSEZ-VOUS les quinze commandements du journaliste?.On ne saurait trop les répéter, les afficher, les publier, ces quinze règles à l'usage de tout apprenti-journaliste ou correspondant de journal, règles qu'il doit apprendre et surtout mettre en pratique à tout instant.Ce sera tout bénéfice, non seulement pour lui, mais pour le journal qui reçoit ses communications.Je vais vous les énumérer: ÎO — Ce que tu veux communiquer à un journal, écris-le vite et envoie-le immédiatement, car ce qui est nouveau quand tu l'apprends ne le sera peut-être plus quelques heures après.2° — Sois court, afin d'économiser le temps des rédacteurs, des compositeurs, des correcteurs et le tien.Aie pour règle fondamentale, celle-ci: des faits, pas de phrases, pas de longues considérations.Il faut être précis, net, savoir écrire en une ligne ce que l'on raconterait en dix.3° — Abstiens-toi des soulignements: sinon tu causes un inutile travail à la rédaction qui seule peut juger de ce que la typographie doit mettre en relief.4° — Sois clair.Ecris lisiblement, surtout les noms et les chiffres.Il n'est pas donné à tout le monde de bien écrire, mais tout le monde peut écrire lisiblement.5° — Répète en marge les noms propres, surtout les noms de localités.6° — N'emploie jamais les mots "hier" ou "aujourd'hui", mais indique le mois et le jour.7° — Mets plus de points que de virgules; mais n'oublie aucun des deux.Ne fais pas de longues phrases.Applique-toi à écrire d'un style juste.C'est un défaut un peu général.On affectionne les belles phrases, les longues périodes.On ne se doute pas que le lecteur, à la quatrième ligne, a bien des fois oublié ce qui est écrit à la première.8° — Ne surcharge jamais un nom, ni un chiffre.Barre le mot impropre et écris le mot juste, soit à côté, soit en marge.9° — Laisse toujours libre sur le papier une marge de la largeur de deux doigts, afin de conserver une place pour les corrections et pour les additions.10° — Chose essentielle: N'écris jamais sur les deux côtés du papier.Cent lignes tracées seulement au recto sont rapidement découpées et distribuées à plusieurs compositeurs.Au contraire, écrites sur les deux côtés, elles absorbent le travail d'un compositeur pour un temps appréciable; de sorte qu'il arrive souvent qu'un article ne peut pas trouver place immédiatement et, pour cause de retard, être pris en considération.11° — Relis toujours l'article avant de l'envoyer.La plupart du temps, tu trouveras quelque chose à corriger.Une phrase, une formule, qui te parut superbe à première vue, ressemble quelquefois à une bêtise en seconde lecture.Telle affirmation est démentie par toi vingt lignes plus bas.12° — Tout ce que tu écris ou télégraphies, signe-le de ton nom.C'est nécessaire pour que le rédacteur apprécie la valeur de la communication.On jette sommairement au panier les écrits anonymes.13° — Si tu ne veux pas mettre ton nom sur le manuscrit lui-même, ajoute à celui-ci une feuille à part indiquant que la communication vient de toi II va sans dire que, dans toutes les circonstances, le nom de l'expéditeur restera secret.14° — Téléphone ou télégraphie les événements importants.Les frais te seront volontiers remboursés.15° — Envoie les communications non pas à tel ou tel rédacteur qui peut être absent, niais simplement au nom du journal.Voilà les commandements du journaliste.Point compliqués du tout, ils ne demandent qu'un peu d'attention pour être fidèlement observés.P.c.Après diner, dans un coin du vivoir.Elle—Jean, mon chéri, je suis allée au bureau de placement et j'ai eu la chance de pouvoir retenir deux femmes de chambre.Lui — Mais nous n'avons les moyens d'en avoir qu'une, Pourquoi deux ?Elle — Je sais, chéri.Mais la première vient demain et l'autre dans quinze jours.Les Oeufs de Pâques Par Marc HELYS IL serait bien dommage que la tradition des oeufs de Pâques disparut.car c'est une des plus anciennes du christianisme.L'oeuf, pour les païens, était le symbole du monde et de l'origine des êtres.Les chrétiens l'adoptèrent, comme ils adoptèrent d'autres symboles dont ils élargissaient, épuraient la signification.Ainsi l'oeuf devint pour eux le symbole de la résurrection du Christ.La coutume de faire bénir des oeufs à l'église le jour de Pâques, et de les distribuer à ses amis, régna pendant les premiers siècles de notre ère.Puis l'idée originaire, la pensée religieuse s'effaça, mais l'habitude demeura de fêter les oeufs dont on avait été privé pendant le carême.Et les oeufs devinrent le symbole populaire de la fin de l'abstinence.A Paris, au treizième siècle, les clercs de la Basoche, les jeunes gens des quartiers, les étudiants de l'Université s'assemblaient et formaient un cortège.Précédés de bannières, de trompettes, de tambours, ils allaient chanter les Laudes sur le parvis de Notre-Dame et ensuite, à travers les rues, ils faisaient la quête des oeufs.Chaque pays chrétien célèbre Pâques à sa façon et les oeufs figurent dans toutes ces réjouissances.Dans les provinces méridionales de l'Italie où les anciennes coutumes se perpétuent encore, on voit, le jour de Pâques, à l'heure de la messe, arriver de la campagne des cortèges de femmes vêtues de couleurs éclatantes, et qui portent des corbeilles pleines d'oeufs sur la tête.Droites et fières, elles ont la sûreté de démarche, la dignité d'attitude des canéphores que nous admirons sur les bas-reliefs et les vases antiques.Elles sont escortées de leurs parents et de tous les gens valides de leurs villages qui tiennent à la main des branches vertes et des palmes.Ces processions s'arrêtent devant l'église et, au milieu du large cercle formé par la foule, les porteuses de corbeilles dansent, toujours chargées de leur fardeau.Leurs amis et leurs proches suivent leurs mouvements rythmés d'un oeil anxieux, car on sait que le malheur guette celle qui fera tomber un seul œuf.Mais elles sont si adroites que pareil accident se produit rarement.Plus on avance vers l'est de l'Europe et plus solennelle est la célébration de la Pâque.Mais plus rigide aussi est le carême d'où les oeufs, le lait, le beurre sont exclus.D'ailleurs, même dans nos pays, Pâques a été d'autant mieux fêté que le carême était plus rigoureux.Sans remonter bien loin, les souvenirs de nos grands-parents nous ont fait connaître des carêmes auxquels les nôtres ne se peuvent comparer, grâce à l'indulgence de l'Eglise.Les carêmes d'il y a cent ans, — et même moins,— avec leur unique repas, la légère collation du soir, le jeûne, la semaine sainte de stricte abstinence, rendaient naturels le festin pascal où l'on se "décaréinait".En Russie, avant le règne de la sauvagerie bolchevique, Pâques était, d'un bout à l'autre de l'empire, la plus grande fête de l'année.Elle mettait en joie l'isba comme le palais.Pauvres et riches en sabordant échangeaient le salut rituel: "Christ est ressuscité.— Il est vraiment ressuscité".Mais au lieu du baiser de paix des premiers chrétiens, on se bornait à choquer l'un contre l'autre deux des oeufs dont chacun avait, ce jour-là, les poches pleines.Les Balkans orthodoxes observaient les mêmes traditions.Dans la catholique Pologne, la fête de Pâques était à la fois plus solcnneiie, plus religieuse, plus intime et plus particulièrement féminine.Qu'elle fût célébrée somptueusement dans les habitations seigneuriales, ou modestement dans les demeures peu fortunées, c'était pour tous la "fête" par excellence; et elle avait partout le même caractère familial et religieux.Mais elle était surtout belle et joyeuse à la campagne.Les messes dites, les prêtres des paroisses allaient de maison en maison, de la chaumière au château, bénir la table du grand repas pascal, que l'on appelait, pour cette raison, le Bénit.Il en est sans doute toujours ainsi: la Pologne libre n'a pas renoncé à s'.s traditions séculaires.Une de celles-ci voulait que la pièce de résistance du festin fût un cochon de lait rôti, et que les innombrables gâteaux — accompagnement obligé de toute fête en Pologne — eussent été pétris par la mère de famille.Celait une obligation à laquelle nulle Polonais?n'aurait voulu s?soustraire.La châtelaine pétrissait et cuisait elle-même, non seulement les gâteaux de sa propre table, mais ceux des tables de ses domestiques et de s:s fermiers.Pâques était, pour les dames polonaises, la glorification de leurs talents de ménagères et d'administra'rices, de ces talents auxquels la Pologne: a dû de ne point mourir.En ce jour de fête restée nationale, malgré le démembrement du pays, autour des tables hospitalières, gardienne des traditions de la patrie, la Femme régnait.Pendant la durée du carême, on avait amassé les oeufs, qu'il était interdit de manger, et le lundi de Pâques, tout châtelain devait offrir un oeuf dur à chacun de ses visiteurs.Il le rompait, en offrait une moitié et mangeait l'autre.Les nobles polonais avaient conservé cette coutume dans l'émigration.La réception du lundi de Pâques à l'hôtel Czartoryski, à Paris, fut longtemps fameuse à cause de ces traditions que l'on continuait d'y observer.Le prince se tenait delxiut aupris d'une table où des corbeilles pleines d'oeufs étaient placées.Il rompait l'oeuf et en présentait au visiteur une moitié que celui-ci devait manger.Le prince se bornait à elfleurér la sienne de ses lèvres.Au moyen âge, l'habitude s'était déjà répandue de teindre les oeufs en couleur.La mode en vint, dit-on.d'Allemagne.Une châtelaine des pays rhénans aurait eu la première l'idée de peindre des oeufs en rouge et de les semer dans son parc où elle invita Us enfants du village à venir les dénicher.Mais on ignore l'époque où commença la mode des oeufs de Pâques artificiels et décorés.Elle régnait à la cour de France dès le dix-septième siècle.Le roi distribuait aux dames des oeufs dorés.Au dix-huit iè-me siècle, ces oeufs devinrent des oeuvris d'art.Lancret et Wattcau en peignirent.La bibliothèque de Virsailhs possède deux oeufs de Pâques peints et décorés qui avaient été offerts à Madame Victoire.Mais en aucun pays du monde les oeufs de Pâques n'ont atteint à la variété, à la beauté, au luxe qu'ils avaient en Russie.C'était une institution et une industrie nationales.Dans toules les classes sociales, de l'Empereur au plus humble moujik, lis Russes recevaient ou offraient des oeufs en cadeau.Il y en avait de modestes, en bois, peints de sujets rustiques; et il y en avait de superbes, en émail, détorés par les plus fameux artistes.Et il y en avait de splendides en pierres de l'Oural.Il y en avait d'énormes: de la dimension d'un oeuf d'autruche, et plus gros encore! Et aussi d'au'rcs plus petits qu'une noisette, et ces petits oeufs étaient souvent les plus précieux, ceux où les miniaturistes avaient déployé le talent le plus rare.LE BEAU PARLER Voici quelques phrases tirées de discours parlementaires.Les auteurs de ces "perles" ne siègent ni à Québec, ni à Ottawa, mais au Palais-Bourbon, à Paris — "Je vous remercie, monsieur le Ministre, vous m'avez écouté d'un œil bienveillant." "Le cœur qui bat sous la blouse de l'ouvrier est souvent aussi vaillant que celui qui bat sous le haut de forme du bourgeois." "Une crise très violente, mortelle cclle-la, s'est produite; mais elle n'eut pas de •.• fi < / • • :¦: Ul_IJ Sanatorium PREVOST, Inc.Institution unique située à CARTIER VILLE, P.Q.(d quelques minutes de Montréal) Maladies Nerveuses, Cure de Repos, de Répime et de Désintoxication, Maladies de la Nutrition, Convalescence.Institution fondée par feu le Docteur ALBERT PREVOST Ex-médecin lépiste de l'Université de Paris et ex-professeur de Neurologie de l'Université de Montréal.Médecin en etiage: Docteur EDGAR LANGLOIS Spécialiste des Maladies Nerveuses, assistant à la clinique de Neurolopie de l'Hôpital Notre-Dame Médecin-adjoint : hr CIIÀ8 A LANOLOIB Radiolopiste Ecole de pardes malades diiipée par Mlle CHAni.OTTR T*SSE Carde-malade en chef.PAS DE MALADIES MENTALES OU CONTAGIEUSES Téléphone: BYwater 1240 Ecrives pour prospectus. Page 2U La Revue Moderne — Montréal, Avril 1931 LES PLANCHERS A.Carreaux blancs sur fond bleu Les planchers et les tapis fournissent la richesse de leurs patrons, de leurs couleurs, de leur texture et 1 élégance de leur style pour l'ameublement de votre maison.B.Linoléum marbré de tons dégradés AAAA VVVV C.
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