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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1931-06, Collections de BAnQ.

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Aux porteurs de Titres des EMPRUNTS DE GUERRE ET DE LA VICTOIRE Déclaration du Ministre des Finances w PENDANT les jours sombres de la guerre, les Canadiens prêtèrent au Gouvernement du Dominion plusieurs centaines de millions afin de contribuer à la victoire des Alliés.Lorsque les Canadiens prêtaient leur argent au Gouvernement, ils recevaient des titres comportant la promesse que la somme prêtée leur serait remboursée et qu'ils toucheraient des intérêts au taux de 5 ou de 5Vè pour cent par année.Le premier octobre prochain sera la date d'échéance d'une émission de 53 millions de dollars de ces obligations.D'autres émissions viendront à terme prochainement : l'une de 73 millions de dollars le 1er novembre 1932, l'autre de 446 millions de dollars, le 1er novembre 1933; et une émission de 511 millions de dollars sera remboursable en 1934.Dans l'intérêt des porteurs de ces titres aussi bien que dans l'intérêt national, il ne serait pas prudent d'attendre que ces emprunts viennent à terme pour aviser aux moyens de les rembourser ou de les convertir.Il importe au crédit du pays que les initiatives nécessaires soient prises assez longtemps d'avance.Le Gouvernement estime qu'il est opportun d'offrir en ce moment aux Canadiens l'occasion d'échanger les titres qu'ils possèdent déjà et qui échoient au cours des années prochaines, contre de nouvelles obligations du Dominion du Canada portant intérêt au taux de 41/2 pour cent par année, ce qui est un rendement très avantageux.Jusqu'à l'échéance des obligations actuellement en cours, ceux qui accepteront cette offre continueront naturellement de toucher des intérêts au taux prévu dans les titres qu'ils auront convertis.Les Canadiens sont instamment invités à échanger les titres qu'ils ont en portefeuille contre des obligations de la nouvelle émission.Ils faciliteront ainsi la politique financière du pays dans l'avenir, ils maintiendront le crédit du Canada, et ils aideront d'une façon appréciable le Gouvernement en cette période de rajustement mondial.On ne demandera pas de fonds nouveaux en ce moment, et l'on ne lancera pas d'obligations nouvelles.On projette de limiter à 250 millions de dollars la présente conversion; mais le Gouvernement se réserve le droit d'augmenter cette somme, à sa discrétion, si les Canadiens manifestent le désir de conserver leurs placements en fonds publics de leur pays.Les listes de souscription seront closes le 23 mai.J'engage vivement mes compatriotes à m'accorder leur concours le plus actif.Cette conversion est l'une des plus vastes finances que notre pays ait effectuées au cours des dernières années; elle fera honneur à la fois au Canada et à ses citoyens.Ministre des Finances La Revue Moderne — Montréal, J uin 19 3 1 Page 3 Montréal, Juin 1931 EVUEMME Revue mensuelle Président-Directeur : Noël-E.Lanoix Rédacteur en chef .Jean Bbuchesi Pages Féminines .Marjolaine Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Représentants : G.-M.Rae, Toronto J.-W.Hastie, New-York Franklin-E.Wales, Chicago Thomas-J.Stobart, Londres, Ang.'ommatre A propos des événements d'Espagne.3 Jean Bruchesi Liminaire .4 Rosaire Dion Beauté.4 Rosaire Dion La promenade.4 Charles-E.Harpe A l'Allouette-Villanelle .4 Alfred Droin La leçon du pauvre.6 Claire de Ville Les climats par étages.7 Gertrude Baskin Page littéraire.8 Jean Bruchesi Exposition Paquette-Fainmell.9 Henri Girard De l'éducation physique et sportive des jeunes filles.41 Jean-A.Latte Pour la vérandah ou la terrasse.12 Notre mystérieux intime, Ce lia Caroline Cole .16 Comment meubler un solarium.24 Modes.28-33 Nouveautés pour la table.38 Le Courrier du mois.43 La Petite Poste.50 Marjolaine De tout un peu.4 Les Cantons de l'Est.5 La Vie Canadienne.10 L'élégance de la simplicité.21 En Collaboration ROMAN Le Coeur Chemine Par Comtesse Clo Une jeune étudiante, dont les mystérieuses espérances ont une radieuse fraîcheur, a cru que la science pouvait remplir sa vie et combler le vide de son coeur de vingt ans.Mais le coeur ardent de l'héroïne réclame à son tour ses droits au bonheur et, doucement, chemine par l'amour vers un devoir nouveau .11 La politique étrangère A propos des événements d'Espagne Par Jean BRUCHESI L'ESPAGNE, la "noire" Espagne, comme disait un jour René Bazin, a vu partir, J dans la première quinzaine d'avril, le descendant des Bourbons, Alphonse XIII, son roi depuis 45 ans.Jusqu'au lendemain de la grande guerre, la patrie du Cid paraissait vivre encore des restes de la splendeur que lui avaient apportée un Ferdinand V, un Charles-Quint, un Philippe II.Mais il y avait un malaise espagnol qui, dans sa forme moderne, remonte aux premières années du XIXe siècle, malaise dont le point culminant fut atteint entre 1868 et 1876.A cette époque, l'Espagne goûta à la république.On se remit à parler des Espagnes, et Mistral lui-même, qui croyait alors à la vertu démocratique, avait salué la Catalogne indépendante.Bien vite, le désenchantement avait suivi le départ d'Isabelle.Les tendances séparatistes, accentuées par la disparition du lien qui unissait les Espagnes, l'instabilité des gouvernements aggravée par le manque d'entente et par les manifestations démagogiques, favorisèrent le prompt retour de la monarchie.En 1876, l'Espagne recevait une constitution qui est encore en vigueur et que les républicains victorieux espèrent remplacer après les prochaines élections générales.Le retour des Bourbons — à peine est-il besoin de mentionner le rapide passage d'un prince de Savoie sur le trône de Charles-Quint — ramena le calme dans la péninsule.H s'en fallut cependant que l'Espagne se remît à jouer un rôle dans la politique internationale, sauf pour se heurter à l'Allemagne impériale, aux îles Caro-lines, et surtout aux Américains qui lui enlevèrent, en 1898, les débris de cet empire sur lequel, jadis, le soleil ne se couchait pas.Comme endormie dans ses souvenirs de gloire, foncièrement attachée à des traditions millénaires qui ne méritaient pas toutes d'être l'objet d'un culte aussi fidèle, terre chaude où l'on ne cessait d'être passionné avec violence, fier avec arrogance,—tels ces seigneurs du temps de Philippe IV qui n'avaient pas leurs pareils pour se draper dans leurs capes en guenilles, — l'Espagne jouissait d'une paix relative et le malaise s'était quelque peu atténué, pour reprendre au lendemain de la grande guerre.La dictature, peut-être trop débonnaire, de Primo de Rivera, en dépit de ses fautes et d'erreurs de tactique, avait paru remettre l'Espagne sur la voie des développements économiques et des transformations nécessaires.Quand la dictature tomba, n'ayant pas reçu l'appui des éléments les plus intéressés au maintien de l'ordre, le ciel d'Espagne recommença à se couvrir de nuages.De plus en plus vulnérable, parce que plus découvert, le pouvoir avait en outre à souffrir des rivalités qui mettaient aux prises les hautes classes elles-mêmes.Celles-ci, au lieu de présenter un front uni devant l'assaut des partis de gauche et d'extrême-gauche composés d'ouvriers et d'intellectuels, offraient le triste spectacle de leurs divisions et de leur mesquinerie.Des observateurs sérieux signalaient le danger d'une telle conduite; quelques hommes énergiques s'efforçaient de remonter le courant, et, il n'y a pas longtemps, un grand d'Espagne adressait à la noblesse de son pays un message que les classes intellectuelles, les classes plus fortunées, dans tous les Etats, feraient bien de méditer.Il faut, proclamait le duc de Tetouan, "que les nobles maintiennent le prestige de leur classe, non pas en imitant l'attitude prise par la noblesse dans le passé, mais par l'étude et le travail qui ennoblit, par la cordialité dans les rapports sociaux, par la reconnaissance du mérite et des sacrifices des autres." Il était trop tard.En majeure partie par la faute d'aristocrates et de grands bourgeois, coalisés contre le monarque, et par l'opposition de ces catholiques libéraux qui s'imaginent que l'Eglise sera plus libre en république, l'inévitable allait se produire.Les élections municipales du 12 avril dépassèrent les prévisions des plus optimistes républicains, au moins dans la majorité des grandes villes.Deux jours après, pour éviter la guerre civile à son pays, avec cette crânerie dont il a donné tant de preuves, Alphonse XIII quittait l'Espagne, "la couronne sur la tête", a-t-on N dit.Avant de conclure à la chute définitive de la royauté espagnole, il est bon d'attendre la suite des événements; et même si les élections de juin donnent une majorité à la république des professeurs, il sera encore trop tôt pour tirer le rideau sur le régime monarchique.Un pays ne passe pas ainsi, du jour au lendemain, sans secousse, d'un régime plusieurs fois centenaire à un système de gouvernement tout à fait différent.Des réactions pourraient bien se produire comme en 1876.L'histoire est un perpétuel recommencement.S'il est vrai qu'aucune forme de gouvernement n'est éternelle, il n'en est pas moins vrai aussi que la république démocratique n'est pas le nec plus ultra en politique.Ce qui se passe en Espagne, depuis la victoire incomplète des républicains, laisse présager des jours bien sombres, ne s'agirait-il que des tendances séparatistes, tendances lointaines dont seule la royauté avait pu, jusqu'ici, retarder le succès.11 faut savoir lire entre les lignes des dépêches filtrées qui nous arrivent d'au-delà des Pyrénées.Le peuple espagnol ira aux urnes en juin.C'est lui qui donnera, paraît-il, le pouvoir constituant aux futurs Cortès.Quand on sait conunent les choses se passent dans une démocratie, il serait plus juste de dire qu'un petit groupe d'agents actifs, plus ou moins scrupuleux, feront voter ce peuple, cette masse qui, comme toutes les masses, prise dans son ensemble, n'a à peu près jamais de doctrine définie sur les grands problèmes qu'on lui soumet, ni de convictions bien arrêtées sur ses propres besoins.Celui qui flatte la foule est presque toujours celui qui a chanee de recueillir ses suffrages et ses acclamations, quitte à la voir se retourner contre lui (Suitt à la page 4) Page U La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 LIMINAIRE Nous marchons; devant nous la poussière se lève, Elle reçoit nos pas et les ensevelit.Sully Pruu'homme MES OASIS.ce sont les îles Rêveuses du recueillement; Le fugace miroitement D'archipels lointains et de villes.Au gré d'illusions subtiles.J'enclos en mon sonnet fervent L'or, et la fumée, et le vent Qui teintent mes bonheurs futiles.Ayant pour rythmes et couleur, Amour, Orgueil, Beauté, Douleur, — Sables d'or que le vent soulève Au désert immense du Rêve — J'érige en l'ouragan pervers Ces bleus minarets de mes vers.(Extrait des Oasis.) Rosaire Dion BEAUTE Atome d'infini, Beauté! C'est ton souffle qui passe au sein de la forêt; C'est ta main qui se pose au flanc du marbre rose; C'est ton parfum qu'on hume au cœur de chaque rose, Tu marques, ô Beauté, le monde à ton signell Impalpable Beauté, tu connais le secret D'endormir sous tes pas tout un monde morose; Tes mains sont des calmants pour la sombre névrose Quand tu viens parmi nous, belle comme un regret.C'est ton feu qui scintille en la nuit infinie; C'est la voix qui nous parle au sein de l'harmonie En un rythme éternel où valsent les espoirs-Mais, clarté tremblotante et si belle d'un cierge, Tu te mirés surtout dans le double miroir Du limpide regard d'une craintive vierge.LA PROMEHADE Elle se promenait dans l'ombreuse avenue Par cette après-midi d'Eté; Sa robe était légère et sur sa gorge nue Se voyait un grain de beauté.Le temps était trop chaud pour me presser en ville; Un banc m'invitait au repos.Elle se promenait, toujours, d'un pas tranquille, Tenant à la main son chapeau.J'admirai ses cheveux, noirs comme l'Andalouse.Elle était belle, savez-vous! Le bout de son soulier taquinait la pelouse Et je rêvais d'un rendez-vous.Tout en se promenant elle devait attendre: Elle se détournait souvent.Par ce geste j'ai vu son regard doux et tendre Qui se fixait vers le levant.Elle partit.Moi je demeurai sans mot dire; Mais depuis, je vais, tous les jours.Dans l'ombreuse avenue, y chercher son sourire En me détournant à mon tour! Charles-E.Harpe A VALOUETTE-VILLAHELLE Grand poète aux petites ailes, Tu ne chantes que pour les deux Ton chant aux noies éter?ielles.L'aube t'habille d'éiincelles, Et t'ouvre un chemin radieux, Grand poète aux petites ailes.Loin du monde et de nos querelles, Il rend nos cœurs moins soucieux, Ton chant aux notes éternelles.En plein azur tu nous appelles, El l'on le cherche en vain des yeux, Grand poète aux petites ailes.Quelles venus surnaturelles Enseigne, si pur, si joyeux, Ton chant aux notes éternelles?Puisque viennent les heures belles, Qu'il m'apprenne à louer les dieux, Grand poète aux petites ailes, Ton chant aux notes éternelles.(Extrait des Oasis.) Rosaire Dion (La Triple Symphonie) Alfred Droin A propos des événements d'Espagne (Suite de la page j) pour le moindre prétexte.On en est bien revenu, dans certains Etats, de la démocratie pacifique, source de toutes les vertus.Pacifique, la démocratie qui a fait toutes les révolutions depuis plus d'un siècle?Pacifique, la démocratie qui ravage le Portugal depuis le départ des rois?Pacifique, cette démocratie américaine qui a fait cinq guerres en cent ans, sans parler de son impérialisme de banquiers et de sa politique de gendarme intéressé, dans les Antilles et l'Amérique Centrale?Le départ d'Alphonse XIII, dont personne, à moins d'être fermé à tout sentiment de noblesse, ne peut nier la grandeur, a fait pousser, même chez nous, des cris d'enthousiasme.Le peuple espagnol paraît- il en avait assez d'être l'esclave d'un "tyran".Il s'est révolté, a brisé ses chaînes .Le voilà libre ., à même de puiser à toutes les sources du bonheur: liberté, égalité, fraternité.Il est le seul maître de ses destinées.Il se gouvernera lui-même, comme si le pouvoir, jusque là confié à un seul homme élevé au-dessus de tous les partis et de toutes les classes, n'était pas tout simplement passé sous le contrôle d'un petit groupe dont l'intérêt ne se confond pas avec l'intérêt général.Le peuple souverain?C'est un bobard, puisque le principe même des démocraties — cela changera peut-être avec le temps — fait tout dépendre de la force du nombre.Le mal, si mal il y a.ne fait que changer de place ; avec cette seule différence que, dans une monarchie contrôlée, il y a un médecin préparé à ses fonctions, tandis que, dans une démocratie, chacun s'improvise médecin, apporte des remèdes : ce qui n'est pas pour hâter la guérison du malade._Jean Bruchesi DE TOUT UN PEU L'ART DE LA RECLAME De VEuropéen.— Un éditeur de Chicago avait publié le livre d'un jeune auteur.I.e livre avait un titre bien fait pour plaire au "grand public": La Victoire de l'amour.Nonobstant, la vente était faible.Alors, l'auteur eut une idée géniale.II fit paraître, dans les principaux journaux des Etats-Unis, l'annonce suivante: "Jeune millionnaire, blond, musicien, spnrtsman.homme du monde accompli, cherche à se marier avec une femme répondant aux qualités physiques et morales de l'héroïne du roman: La Victoire de l'amour".Quelques jours plus tard, l'édition était entièrement épuisée. La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S 1 Page 5 La rivière Saint-François, près de Sherbrooke Vue de I)jn\ illr VISITONS NOTRE PAYS LES CANTONS DE LEST SITUES pour une bonne partie dans la région des Apalaches, les "Cantons de l'Est" de Québec présentent un ensemble d'altitude (de 500 à 1,500 pieds), de soleil et d'air embaumé, qui change en récréa-ation véritable tout voyage qu'on y fait.Ce climat seul, à défaut d'autres attraits, attirerait dans les Cantons des milliers de visiteurs en quête d'un repos physique et mental.Mais lorsque l'on a constaté leurs attraits variés, — paysages délicieux, si délicatement décrits par M.Harry Bernard dans La Ferme des Pins, intérêt historique remarquable, villégiatures charmantes, — on ne s'étonne plus de la multitude qu'ils attirent chaque année.Des milliers de citadins, venus particulièrement de Montréal et de Québec, villégiaturent chaque été dans les Cantons de l'Est et rendent ainsi témoignage à la permanence de leurs attraits.Les paysages y sont superbes.Présentant pour la plu part le caractère adouci des paysages peu montagneux, ils reçoivent quelques traits de pittoresque rugueux des longues crêtes qui se détachent de la chaîne principale et s'étendent dans toutes les directions pour briser la régularité des ondulations et créer plus de beautés qu'on n'en peut trouver parfois dans les régions montagneuses les plus renommées.Les points d'intérêt historique abondent dans tout le district, mais on les trouve particulièrement le long de la route des envahisseurs américains, où les noms d'Arnold et de Montgomery sont marqués en traits ineffaçables.La bonne entente, ce grand desideratum des races française et anglaise de l'Ancien et du Nouveau monde, trouve ici sa plus haute expression, les robustes descendants des United Empire Loyalists qui colonisèrent cette région vivant en harmonie parfaite avec leurs voisins canadiens-français qui, pacifiquement, mais sûrement, ont refait la conquête de cette région.Les Cantons de l'Est possèdent de nombreux lacs magnifiques qui sérient de fond de scène à des centres de villégiature populaires Massawippi, "le plus joli des lacs", est peut-être le plus fréquenté.Ses rives et le versant des montagnes avoisinantes sont couverts de villas coquettes, avec, ici et là, quelques charmantes colonies estivales.Memphrcmagog, magnifique nappe d'eau longue de trente milles et dépassant quelque peu la frontière, et Brome qui s'étend un peu à l'ouest, se comparent avantageusement au lac Massawippi, sans toutefois le dépasser en popularité.Le lac Orford — qui donne aussi son nom a une montagne en train de devenir célèbre par les vers de M.Alfred Desrochers — le lac Aylmer, le petit lac Magog, et plusieurs autres offrent à peu près la même beauté et le même intérêt.On y trouve toutes les facilités pour le sport et les amusements en plein air: pêche, bain, canotage, golf, tennis, équitation, automobilisme, marche, danse, etc.Il convient de signaler que les Cantons de l'Est sont, depuis quelques années le centre d'un intéressant mouvement littéraire, riche de fruits et de promesses, dont M.Louis Dantin se plaisait à faire l'éloge au soir des vingt ans de La Tribune."Sherbrooke, écrit-il, nid d'écrivains et de poètes".Et, après avoir énuméré quelques-uns de ces porteurs de plume et de rythmes, Louis Dantin ajoute: ("Cette liste) prouve que, chez nos compatriotes de l'Est, l'esprit marche avec la matière; qu'aucun progrès ne leur suffit qui n'entraîne pas le développement intellectuel, qui n'a pas sa part d'idéal."Quandon songequ'unemininie partie de ce territoire fut d'abord habitée par la race canadienne-française: qu'il y a cinquante ans, Sherbrooke et sa contrée, étaient pour les i rois-quarts, aux mains de nos compatriotes anglais, qu'il y fût question, pour les nôtres, de conserver leur langue avant de songer à l'écrire, ce résultat a de quoi surprendre et surtout donner foi en l'avenir". Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Juin 193 1 VU \ I I I I IM 1)111 LA LEÇON DU PAUVRE Par Claire de VILLE C'ETAIT un temps couvert, un vrai temps de Bretagne: ciel gris ouaté de nuages qui, poussés par la brise, paraissent se poursuivre dans l'espace; genêts et bruyères se couchaient lamentablement sous la rafale et les feuilles, arrachées des arbres, voltigeaient un instant, puis s'éparpillaient dans la plaine.Au loin, un bruit sourd et continu, claquement des vagues sur la falaise, se mêlait au sifflement de la brise.Quelques masures au toit de chaume s'estompaient sous la brume.Paysage mélancolique qui s'harmonisait avec mon état d'âme Las de marcher, sans but défini, je m'assis un instant sur les marches d'un de ces calvaires qui s'élèvent à tous les croisements de chemins, là bas, au pays d'Arvor, et je songeais .J'étais triste .fatigué, énervé.Pourquoi?.Pourquoi?tout simplement parce que j'étais furieux à la pensée que ma famille allait s'augmenter encore d'un enfant! Trois enfants! A mon avis c'était beaucoup trop, de notre siècle.La tête dans mes mains je pensais avec amertume aux privations qu'il me faudrait m'imposer dans le courant de cette année, pour équilibrer notre budget Déjà avec deux enfants, je trouvais la charge lourde.L'ainé avait dix ans, et le second entrait dans sa septième année.Tous deux devaient entrer dans un collège, ce qui augmentait mes dépenses annuelles."Tout arrive à la fois, pensai-je.Que faire?Se priver C'est bon à dire.La vie devient intenable quand il faut se refuser toute satisfaction personnelle.L'arrivée de ce moutard va obliger ma femme à prendre une seconde bonne, ou tout au moins une femme de ménage pour aider notre cuisinière.Pour payer cet extra, nous devrons limiter nos sorties, renoncer à aller aussi souvent au théâtre, et nous contenter d'un cinéma de prix plus abordable.Je vais être contraint à réduire mes dépenses de chasse, car ma femme a raison, lorsqu'elle déclare que le gibier coûte plus cher à tuer qu'à acheter.Au diable les nombreuses familles, c'est bon pour les milliardaires; j'estime que trois enfants sont de trop pour des petits rentiers comme nous qui ne peuvent dépenser plus de 25,000 frs.par an ." 25,000 frs Cette somme me paraissait dérisoire, lorsque je la comparais aux revenus de la plupart de mes amis.Philippe, Pierre, Jacques, avaient une belle situation et pouvaient se payer le luxe d'avoir une nombreuse nichée! Longtemps je continuais à me lamenter ainsi, oubliant l'heure qui passait.La perspective des petites privations qu'il me faudrait m'imposer me mettait hors de moi.Tandis que je m'abimais dans mes réflexions, la tempête s'était levée sans que j'y pris garde.Soudain, le son d'une cloche m'arracha à ma rêverie.L'Angélus sonnait à la paroisse voisine.Je regardai le clocher qui émergeait des arbres et cherchai à m'orienter.J'avais marché longtemps devant moi, sans me soucier du chemin que je suivais,et je me ne rendais plus compte de la direction que je devais prendre pour regagner mon logis.Ce pays m'était inconnu; j'y étais venu passer la saison d'été, et, jusqu'à ce jour, je ne m'étais guère promené, jouissant uniquement des plaisirs qu'offre la vie de plage.Notre séjour touchait à sa fin, et certes ces vacances eussent compté parmi les plus agréables de mon existence, si ces dernières semaines n'avaient été gâtées par la perspective d'un enfant de plus nous arrivant dans quelques mois.C'était cette pensée obsédante qui m'avait amené seul, en ces lieux, loin de la petite station balnéaire ou nous séjournions.Il y avait une maisonnette non loin du calvaire ou je m'étais reposé.Craignant de m'égarer, je résolus de demander mon chemin aux habitants de cette chaumière.La pluie, qui commençait à tomber dru, me confirma dans ma décision, et d'un pas alerte je me dirigeai vers la porte.Au bruit de mes pas sur le gravier du chemin, une bande de marmots se précipita sur le seuil .bambins de toutes tailles, barbouillés et vêtus pauvrement.Ils me regardèrent avec une curiosité visible.Je compris qu'ils n'étaient guère habitués à voir passer des messeicurs dans ce coin retiré qu'ils habitaient.Line femme était assise au coin de l'âtre; elle tenait sur ses genoux un bébé qu'elle allaitait, tout en fredonnant une complainte triste et monotone.Lorsque j'entrai, elle leva la tête et parut étonnée elle aussi.Je m'empressai de lui expliquer la raison qui m'amenait."Ah! mon pauvre Monsieur! s'exclama-t-elle, vous allez dans la direction opposée à celle qu'il faudrait prendre! Porspodec est à six kilomètres; il vous faut une bonne heure pour y arriver en prenant les raccourcis.Ma fille ainée ira vous mettre sur le chemin, mais attendez que la pluie cesse; ce grain d'orage ne peut durer.En attendant, asseyez-vous sur ce banc, et, si cela peut vous faire plaisir, la petite vous servira des crêpes que j'ai faites ce matin pour fêter ses dix ans II se fait tard et vous devez avoir faim".J'acceptai avec plaisir; la fillette, sur l'ordre de sa mère, déposa sur la table, devant moi, une pile de crêpes, avec une motte de beurre.Une bouteille de cidre complétait ce repas improvisé.Je constatai avec étonnement que j'avais faim, et tout en faisant honneur aux crêpes de mon hôtesse, j'inspectais cet intérieur breton, que je ne connaissais pas encore, car j'entrais pour la première fois dans une chaumière.Il me parut étrange, avec ses lits clos la grande armoire sculptée, la table massive, et l'immense cheminée.Ce modeste logis avait un cachet tout particulier.Les enfants me regardaient, groupés autour de la table où je mangeais.Je m'amusais à les compter.Ils étaient au nombre de dix, y compris le poupard qui s'était endormi sur les genoux de la femme.A ce moment, un homme entra; c'était un vigoureux marin, à la physionomie joviale; il portait ses filets et un panier dans lequel un grand Kong s'agitait désespérément.Un garçonnet d'une douzaine d'années qui le suivait, vêtu du complet rouge brique que portent les mousses de la côte, alla vers la femme et l'embrassa."Bonjour mère, dit-il.— Tout a bien marché, aujourd'hui, Jeannie, demanda l'homme en déposant aussi un baiser assez rude sur le front bruni de la paysanne.— "Oui, répondit-elle; et pour vous, la pêche a-t-elle été bonne ?—"Hum! pas fameuse! La chasse nous avait trop favorisés hier .Néanmoins, je ne reviens pas les mains vides, et te rapporte de quoi nourrir la nichée demain!" A ce moment il m'aperçut; la paysanne lui expliqua la cause de ma présence dans la maisonnette; il vint s'asseoir à côté de moi, et, se versant une rasade de cidre, l'avala d'un trait, en me disant: "A votre santé, Monsieur".Puis nous engageâmes la conversation.Il parla de la pêche qui était son gagne-pain."C'est un rude métier, me dit-il, mais il ne faut pas se plaindre car il rapporte, et, darne! il en faut pour nourrir toute cette bande!" D'un geste circulaire, il désigna les enfants éparpillés dans la pièce.Je restai un instant interdit.Ce que je vais écrire peut paraître inadmissible; c'est pourtant la vérité.L'idée ne m'était pas encore venue que tous ces marmots, d'un âge assez rapproché, pussent être frères et sœurs."Les onze sont à vous?" m'écriai-je avec un étonnement que je ne cherchais pas à cacher —"Oui, et non, répondit l'homme, c'est-à-dire c'est tout comme!." Et baissant la voix, il ajouta en désignant le bébé et deux fillettes qui jouaient dans un coin: "Pas ceux là, je les ai adoptés!." Je le regardai, de plus en plus surpris.Il reprit: "J'ai huit enfants, dont voici l'ainé.(C'était le mousse).La dernière a deux ans.J'ai eu le malheur de perdre un petit de trois mois au printemps dernier.A ce moment notre voisine Rose Ledoux, veuve et bien malade, fut envoyée à l'hôpital.Son mal était là.(Il frappa sa poitrine).Cà c'est inguérissable chez nous, mon bon Monsieur! Son homme en était mort aussi.Or elle avait trois enfants dont deux jumelles.C'était bien triste de voir ces pauvres petits abandonnés que l'on allait met- tre à l'assistance.Alors, ma femme, le soir de l'enterrement de notre cher mignon (c'était trois jours après le départ de la pauvre mère), me dit: "Yves qu'est-ce que tu dirais si je remplaçais Michel par le petit Ledoux.Si Dieu ne nous l'avait pas repris, nous l'aurions bien nourri, alors.En attendant qu'il soit plus fort, il boira à mon sein ce que l'autre aurait pris; après, dame! le Bon Dieu, bien sûr, nous viendra en aide!" J'hésitai une seconde, puis répondis: "Eh! bien oui, va, prends-le!" A ce moment les deux petites sœurs vinrent nous demander du pain.La femme, chargée de les nourrir en attendant leur départ pour l'assistance, s'était saoulée et avait oublié de leur faire à manger.Elles avaient l'air si malheureuses, que Jeannie et moi, nous en fumes remués et la voilà qui me dit: "Yves, je frémis, vois-tu, quand je pense qu'à moi aussi cela pourrait m'arriver: te perdre, tomber malade, être obligée d'abandonner mes pauvres enfants.11 faut remercier Dieu, vois-tu, et lui demander de nous conserver la santé, à tous".Puis, au bout d'un moment elle reprit avec hésitation: "Yves, si tu voulais, on prendrait les grandes aussi, deux bouches de plus à nourrir, ça compte pas quand on est déjà dix.Voilà Yann qui gagne sa vie avec toi; Françoise a onze ans; elle est forte et on me l'a déjà demandée au village.Elle peut nous rapporter trente à quarante francs par mois.Kate la remplacera pour m'ai-der au ménage; elle est bien débrouillée pour ses neuf ans Yves, si tu voulais?" Ah! mon bonMonsieur, cette fois j'hésitai pour de bon.Deux enfants en plus, c'est que ça en coûte des sacrifices! En plus de la nourriture, faut les habiller.Les petites qui avaient entendu les paroles de ma femme, comprirent mon hésitation.Alors elles vinrent se blottir contre elle, et voilà que ça m'a fait mal au cœur de les repousser.Enervé, remué dans tout mon être j'ai crié: Tonnerre de Brest! garde-les tous si tu veux, et n'en parlons plus.Puis je suis parti en claquant la porte.Le lendemain matin quand je revins de la pêche, je trouvai le moutard pendu au sein de ma femme, et les deux jumelles qui dormaient dans le coffre à bois, provisoirement garni de paille fraîche.Un mois après la veuve Ledoux mourait à l'hôpital.C'est pourquoi, Monsieur, vous voyez onze enfants chez nous".Le marin avait parlé en toute simplicité, et je l'avais écouté, ému de tant de grandeur d'âme.Emu .et surtout honteux de la leçon que ce pauvre me donnait.Non seulement il acceptait sans murmurer les enfants que Dieu lui envoyait, mais, par charité, il adoptait trois orphelins.Sa Foi, cette Foi immuable du Breton, lui donnait la certitude d'être secouru par la Providence, dans cette lourde tâche qu'il s'imposait bénévolement, en augmentant le nombre de ses enfants.Courageux.Il ne reculait pas devant les nouvelles privations qu'il lui faudrait s'imposer désormais.Ah! il n'était guère question de satisfactions personnelles pour cet homme de devoir.Je restai sans paroles devant un si bel exemple de foi et de charité chrétienne, et je songeai, à ma première faiblesse, à ma lâcheté .La pluie avait cessé.Je me levai.L'homme me tendit la main.Alors je pris cette main caleuse et la serrai avec effusion .comme j'eusse serré celle d'un homme célèbre.Humble marin, obscur travailleur, c'était un héros.Puis, je m'inclinai devant la femme, dont le cœur noble ignorait ces vains calculs d'intérêt qui étouffent tous les bons sentiments chez nous, citadins, avides de plaisirs et trop soucieux de notre bien-être.A pas lents je m'éloignai de la modeste chaumière, où j'avais reçu cette grande et belle leçon du pauvre .Et je songeai à cette pensée de Lacordaire qui s'appropriait si bien au dévouement de ces braves gens: "La charité est l'Océan où commencent et aboutissent toutes les autres vertus". La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 Page 7 LES CLIMATS PAR ET AGE S w Par Gertrude BASKIN GIRARDOT, où vient de nous déposer l'hydravion, nous disposons de quelques heures avant de nous confier au puissant train qui va nous emporter à l'intérieur des terres, jusqu'à l'altière capitale, Bogota.Malgré tout ce que j'avais entendu dire du périlleux trajet de Girardot à Bogota, mon imagination restait bien au-dessous de ce qui m'attendait.Il est assez rare, en effet, qu'on passe, en cinq heures, de la zone des oranges à celle du blé d'Inde.Mais n'allons pas plus vite que le train.Le départ de Girardot ne manque pas de couleur.Le "Tout-Girardot" assiste à l'ébranlement du train.La gamme sociale nous conduit du caballero olivâtre, en toile blanche immaculée, jusqu'au négrillon court-vêtu, assis de biais sur un âne aussi intéressé que lui.Les femmes s'embrassent, cherchent leurs enfants; les hommes s'appliquent l'accolade sud-américaine, ce qui consiste à s'abattre dans les bras l'un de l'autre en se tapotant le dos.Miracle, le train s'agite à l'heure annoncée.D'abord nous traversons la ville.Exception faite de quelques rues principales, où se trouvent les édifices respectables, c'est une agglomération de cabanes et de huttes.Jusqu'à la sortie de la ville, fenêtres et portes s'animent des signes d'adieu les plus exubérants.Mais, déjà se dresse à l'horizon le mur bleuâtre des Basses-Andes.Est-il possible que nous goûterons bientôt la fraîcheur des montagnes ?Girardot, comme d'ailleurs tout le parcours de la Magdalena, nous a tenus dans une véritable fournaise.Le train traverse maintenant la plaine.Végétation luxuriante.Les champs sont d'un vert vif, et les clôtures, garnies, de vignes en Heurs.J'évoque, puisque nous sommes en janvier, les clôtures de Québec enfouies sous les bancs de neige.Ici, printemps perpétuel.La Colombie est située si près de l'Equateur, que le seul changement de saison consiste à passer du beau temps à la pluie et vice-versa, les variations de climat n'étant dues, ici, qu'aux différences d'élévation.Haltes à tout propos et qui ne finissent pas.Fumée noire, acre, entrant plein les fenêtres et plein les poumons.J'étouffe; mais mes voisins ne semblent pas le moins du monde incommodés.Je change de banquette; la fumée en fait autant.J'examine les voyageurs, hommes d'affaires se rendant correctement à la capitale.Où donc est cette foule pittoresque que le train absorba à Girardot ?Evidemment en seconde et en troisième classes.C'est là que je devrais être, moi qui prétends poursuivre des études en géographie humaine! Avant d'arriver à la petite ville de Tocaima, nous passons non loin de la colonie des lépreux de Aqua de Dios.Les statistiques de 1912 indiquent pour cette année-là 3,745 malades.Le gouvernement a pris en main de faire disparaître pareille plaie, et des règlements très sévères ont été à cet effet promulgés.Avec Tocaima la plaine finit.Déjà, les versants des collines où nous pénétrons sont d'une végétation moins généreuse.Défilé.Le train est forcé de côtoyer la rieuse rivière d'Apulo.Nous touchons bientôt le petit village de ce même nom, lieu de villégiature des citoyens de Girardot.Le train lui-même y prend un court repos.C'est qu'il lui faut ramasser toutes ses énergies avant de se risquer dans la rude ascension qui l'attend.Nous en profitons pour jeter un coup d'ail sur le village, qui est charmant et, ce qui est autrement appréciable, d'une reposante fraîcheur.Arbres géants, jolies villas aux teintes de pastel, vieux pont de pierre de style espagnol, sans parler du magnifique hôtel dont l'a doté l'Etat.Le train repart.Nous côtoyons encore la rivière, jusqu'à Anopoima.Les montagnes se haussent de plus en plus.Nous arrivons à San Joacuim.Grande foule.Etals de bouchers en pleine station, sous des auvents.Dans le brouhaha que crée l'arrivée du train, un chien s'esquive avec un morceau de choix, longuement convoité sans doute.On le poursuit.Cris.Eclats de rire.Mais ceux qui, comme moi, font le trajet pour la première fois examinent plutôt, non sans quelque appréhension, la montée qui nous sépare de La Meza, soit deux mille pieds presque perpendiculaires.Le train fera désormais des merveilles.Si l'on excepte quelques montées au Pérou, l'ascension que nous entreprenons est reconnue pour l'une des plus hardies de l'univers entier.Il va de soi que nous n'escaladons pas pareille pente en ligne directe.Le train grimpe de la façon dont monte un cheval tirant une lourde charge, de gauche à droite et de droite à gauche.Tant d'efforts confèrent à la courageuse locomotive une sorte de personnalité.On la sent qui peine, halète, souffre.Cela nous donne des désirs d'aller l'aider.Haltes fréquentes, parmi des vallons d'orangers et de bananiers.Des bananiers sont si près de ma fenêtre que je pourrais y faire quelques larcins.Habitués que nous sommes à voir leurs grappes suspendues, dans nos épiceries, à la façon des candélabres, il est toujours étonnant pour les gens du Nord de constater que la branche des Une rue de Girardot bananiers pousse vers le ciel.Nous arrivons ainsi à Hos-picio.Hospicio fut pendant longtemps le terminus du chemin de fer.Les voyageurs continuaient alors leur montée à dos de mulet, le long du vieux sentier espagnol, lequel, à maint endroit, semble un escalier taillé à même le roc.Comme les frais de transport par fret sont très élevés, on fait encore un usage courant de cet antique sentier.San Rafaël — Le seul passager dont s'allège le train est un vieux moine de tournure moyenâgeuse.Un Indien l'attendait, accompagné de son âne et d'un gros chien noir.Esperanza — Nous voici maintenant à quatre mille pieds d'altitude.La végétation nous le confirme.C'est la région des plantations de café.L'un des plus fameux cafés du monde.D'immenses caféières dévalent le long des versants.Ces plantes, à hauteur de buisson et qui poussent très drues, croisent à l'ombre des grands arbres protecteurs.Partout, du vert d'une variété de tons et de nuances incroyable.Foule à la station.Esperanza est l'endroit de villégiature des citoyens de la capitale, située pourtant à plus de quatre mille pieds d'ici.Curieux contraste: alors que la grande chaleur pousse les habitants de Girardot vers les fraîcheurs d'Apulo, c'est le froid qui fait rechercher a ceux de Bogota le bon soleil d'Esperanza.Mais pour nous, qui avons tant souffert du brûlant bas pays, ce "bon soleil" ne nous force pas moins à endosser un chandail.C'est à Esperanza que se fait la dernière provision de fruits propres à la zone torride.Encore des fruits I Pourtant, les voyageurs n'ont fait que manger depuis notre départ : oranges, bananes, ananas, m.ingos, je ne sais quoi encore.Je devais m'apercevoir que le festin ne faisait pourtant que commencer.Nous achetons donc des fruits.Rien de plus ingénieux que ces joli» paniers de feuille ou d'osier, que les Indiennes nous présentent aux fenêtre».Nous montons toujours.Le» pente» sont de plus en plus abruptes.C'est un hérissement de cimes.Du fond des vallées tourbillonnent de» bouffée» de brunie, et dans leurs déchirures apparaissent de» coin» vert», et, parfois, quelque blanc hameau aux toits de tuiles, périllcuscment accroché quelque part, l-es voyageurs sont aux fenêtres.Nos compagnons nous expliquent le paysage.Malheureusement, notre pauvre espagnol et leur piètre anglais ne parviennent qu'à brouiller le panorama.La Colombie est célèbre pour ses bois de valeur, lesquels, comme ses fruits, changent de nature avec les différences d'altitude.On y trouve de tout, du caoutchoutier au balsamier.Zipacon — 8,185 pieds! Le train stoppe parmi d'immenses eucalyptus.Nous sommes attaqués par une bande de vendeuses chargées de plats: poulets rôtis, pommes de terre bouillies, épis de blé d'inde.Qui l'aurait cru il y a une heure, alors que nous pouvions cueillir des bananes ?Hordes de chiens maigres, qui vous entourent dans l'attente de quelque morceau complaisant.Pendant que tout le monde devise, nous examinons un versant voisin saupoudré de mines de charbon à l'état naturel.Nous pénétrons maintenant dans l'antique royaume des Chibchas.En ce temps-là , avant l'arrivée des Espagnols, les Chibchas, afin de prévenir toute attaque de la part des tribus belliqueuses du pied des montagnes, tenaient en service une garde permanente sur leurs frontières.On nous fait reconnaître, dans quelques Indiens et Métis, leurs descendants.Le froid empire.Mais, enfin, nous atteignons la crête! Elle est haute de 8,950 pieds.Il nous faut redescendre quelque quatre cents pieds pour atteindre au Plateau lia Sabana) sur lequel s'élève, plus loin, la capitale.C'est d'abord Facatativa, petit village situé dans une sorte de val.On mange encore du gros pain rond, des fromages, des bonbons bruyamment coloriés, voire des pommes de reinette: on boit de minuscules tasses de café dites ca-fétita, le tout habilement promené sur de plats paniers d'osier, quand ce ne sont pas des paniers de fil de fer enguirlandés de papier crêpé.Tous les voyageurs sont debout et conversent Ici, plus de noirs.L'Indien règne.Les femmes portent de longues jupes sombres, le tablier rayé, le châle noir, le panama, et vont habituellement pieds nus, quelques-unes traînant ces typiques savates appelées alparcayas.Quant aux hommes, ils se distinguent à leur lourd poncho, qui est leur unique protection contre les intempéries.Ce poncho est un grand tissu de laine quadrangulaire que l'Indien passe comme une chasuble et qui s'arrête, généralement, au-dessus des genoux.On reconnaît l'art de la tisseuse à la disposition comme aux couleurs des rayures qui ornent le vêtement.Pendant notre arrêt, on a substitué à la puissante locomotive qui nous a hissés jusqu'ici, une locomotive de moindre dimension.Ce n'est pas seulement que nous roulerons désormais sur un plan horizontal.C'est qu'au temps de la construction de ce chemin de fer.on n'a pas, ce qui eut été le seul procédé logique, établi les rails en se rendant de bas en haut, de Girardot à Bogota, mais on a commencé par joindre la capitale à Facatativa.Il fallut donc, à bras d'homme et traction de mulet, faire parvenir jusqu'aux neuf mille pieds du Plateau, les locomoti- {Svilt à la page J CHANDAIL .0.15 et 1.00 JUPE .1.00 à 1.75 BLOUSE .1.00 1 I TTOTAGE pnnr MESSIE! Ri COMPLET .»1.50 P Alt DESSUS .1.00 CHAPEAU .0.-5 GANTS .0.20 GUETRES .0.40 IMPERMEABLES .2.00 CRAVATE .0.15 ROBE DE CHAMBRE.1.50 M KVICE DE 24 HEURES AUX FUTURES MAMANS ' li ¦< l11 • ann»V, le» si») i»l îque* ca nud irniirs non- ré\ •¦ lent t|iit- les iiuirtali I è» maternelle» et infantile», à la nitit-wincc il»- enfant», sont Ik-juk-oup trop élev ée^.La plupart de* déeé* par accidents de natalité, peuvent être prévenu» par Phj-rlène PRENATALE, OBSTETRICALE «4 POSTNATALE.Pour le propre intérêt de chacun, pour l'amour de viw bélié* et de t ot r» famille, instrulsec-vou» afin que.possédant le* MiMhMM nê« c»»uire».MU poissiez, voua et vos enfant* vous maintenir en santé et être heureux.Vous n'ave>z.pour voun instruire trè*.facilement, qu'a demander le» lett rc» maternelle» qui vous seront adressée* Kmi uitement.Adresse* le coupon cI-iIpmioUn à LE CONSEIL ( \NAI»IEN IIE LA S\l \ Et.AKUE l»E L'ENFANCE ET M LA MMWJ.1 245, rue Copper, Ottawa, Ont.Nom .Adresse.Date probable de la naissante attendue: Nom du médecin retenu:.Adresse du médecin :.Pour vous tenir ao rooruni ',l ?t I O " \ /! i *' ZSZZSuZ?*?*?La ocience Moderne El ges chroniques de radio, nouvellvti, bibliogru fihu, rie.PRIX PE L'A BONN FM F.NT $.T00 FAR AN.n.2!S LE NUMERO Puhllto *n FRANCK.BKK.HJI K.HIIHNK M c \N\I>A ADKKNNE A MOSTHKAI B t Si.HTATION >.Un revenu personnel de $100 pir mois pour la vie: toi lu ce que vous pou* et h Voir à l'aire que voun «II pu terri.\ mi» ii in i-/ qu'a fuire des ur la vie.Par un arrangement *pé« lai, si voun tnnihei mnladc.tons mirer le droit de rerev olr $100 par mol* lant que v«mis %crc« toi nlemenl hitiiliilt-, -itiis que le retenu que tous aiiret plus tant eu soi) modifié Cela n'e*d qu'un exemple choisi parmi le* nombreux plan» qu'offre la Sun Life pour Ions les nue», pour toutes les situât Ions et pour tous le» montant*.Téléphoner, ou écrivez a lu succursale de In Sun Life lu plu* proche pour recetolr icrnt itil citicnl des conseil*.»ur I n »»u ram e.SUN LIFE ASSURANCE COMPANY 0F CANADA sim.» sim i \i : noirnul vi 4864 Page 26 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 LE PACIFIQUE CANADIEN —AUJOURD'HUI Le Chemin Je Fer Canadien du Pacifique traverse le Canada et relie entre eux les littoraux de V Atlantique et du Pacifique.Cette Compagnie a aussi des paquebots qui vont de Vancouver et Victoria au Japon et à la Chine, et de Montréal, Québec, et Saint-Jean aux ports de Grande-Bretagne et d'Europe.Elle organise, outre un service d'hiver aux Bermudes, des croisières d'été en Norvège et des croisières d'hiver sur la Méditerranée, aux Antilles et autour du monde.Ses châteaux et ses hôtels sont le dernier mot du confortable et du luxe.Ses télégraphes utilisent 225,000 milles de fils.Ses chèques de voyageurs ont cours dans tout l'univers.On trouve partout ses agences et ses représentants. La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 Page 27 ^PACIFIQUE CANADIEN Tous Solidaires TVTOTRE personnel compte aujourd'hui dans ses rangs ks ^ petits-fils de ceux qui collaborèrent à nos premiers travaux.Dans des intelligences et pour des volontés animées, pendant un demi-siècle, par un principe et vers un but uniques, "servir" prend une signification définitive et transcendante.Le voyageur le reconnaît et l'apprécie.Construire et maintenir ce chemin de fer fut une lutte épique; ceux-là qui y prirent part en restèrent étroitement unis.Le Pacifique Canadien est plus qu'une compagnie — c'est un facteur intégrant de la vie de ses membres et de l'existence du Canada même.Cantonniers, mécaniciens, gardes-barrière et président sont frères d'armes, et le plus humble des employés ne l'ignore pas.Un de nos présidents a dit: "En servant notre pays, c'est nous que vous servez." Le Canada et le Pacifique Canadien ne font qu'un.C I N Q U A 18 8 1 i N T E N A 19 31 PACIFIQUE CANADIEN I R E faye 28 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1031 3882.— Jolie robe d'après-midi en triple chiffon.Sa délicieuse matité se prête admirablement au style de ce modèle.Revers d'un seul côté du corsage et manches trois-quarts.Métrage: pour un 40, 5 verges de chiffon en 39 pouces.34 à 48.I'rix: 45 sous.3842.— Les nouveaux voiles de coton sont tout indiqués pour ce genre de robe, et la touche de blanc du col très original ajoute à son chic.Jupe plissée formant panneau devant et noeuds aux poignets.Métrage: pour un 40, 4% verges en 39 pouces.34 à 52.Prix: 45 sous.::h.'.8.— Petite robe seyante si facile à porter.Le petit jabot lui donne une douce note féminine conforme à la mode actuelle.La garn turc de bandes lui confère la ligne longue si amincissante.Métrage: pour un 40, b% verges de chiffon en 39 pouces.34 à 52.Prix: 45 sous.3 8 5 8 3 8 4 6 3869.— Du thé au dîner de cérémonie sans changer de toilette.Il suffit d'enlever la petite jaquette que le noeud serre aux hanches.La robe est sans manches avec larges godets dans les côtés.Métrage: pour un 40, 4% verges de triple georgette en 39 pouces.34 à 48.Prix: 50 sous.3870.— Robe bleu foncé avec étroit col blanc, élégante et pratique pour les premiers jours d'été à la ville.Les plis de côté de la jupe, retenus par des boutons, sont une des nouveautés de la saison.Métrage: pour un 40, 3% verges de crêpe en 39 pouces.34 à 48.Prix: 45 sous.3846.— Chaque ligne de cette robe de rue a une fonction amincissante.Elle s'inspire des idées de 1931: collet croisé, empiècement boutonné et coupé obliquement, plis à gauche.Métrage: pour un 40, 2% verges de lainage léger en 54 pouces.34 à 48.Prix: 45 sous."Ce sont des PATRONS BUTTER1CK.Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patrons, demandez-les directement à The Bnttirick Publishing Company, i68 Wellhgton Street West, Toronto". Lu Revue Moderne — Montréal, Juin 1 '.)I Page ::877.— Los (levants croisés sont toujours seyants.En broderie ajourée, ce modèle fera une charmante robe d'après-midi d'un goût exquis.A remarquer la ligne de festons de l'empiècement de la jupe et le noeud de la ceinture longue et étroite.Métrage: pour un 36 (18 ans), 5% verges en 35 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix : 45 sous.;:87'J.— Il n'y a que le georgette vert pâle qui puisse convenir à cette robe élégante.Les volants de chiffon plissé lui donnent une allure bien féminine et, à la jupe, la ligne diagonale si gracieuse.La robe est d'une seule pièce.Escarpins de chevreau brun foncé.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.'.862.— Les fleurs de même tissu que les robes, de couleur unie ou de teinte brillante, sont de nouveau en vogue, et il est très chic de les porter comme l'indique notre modèle.Les bords de la jupe à quatre morceaux, du grand col festonné et des volants des manches sont à points de picots.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges de voile celanese en 35 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3863.— Cette petite robe en georgette imprimé avec jaquette assortie, est idéale.Pour le bridge ou le soir, enlevez la jaquette et vous aurez une toilette élégante sans manches, avec encolure drapée.La jupe est fortement godée.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 40.Prix: 50 sous.3873.— Le col-écharpe de cette robe en fait un des modèles les plus en faveur ce printemps.L'effet du contraste de l'écharpe, de la ceinture et des noeuds des poignets, est des plus heureux.Le volant qui coupe la jupe en biais lui donne une belle largeur.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges d'imprimé en 35 pouces.14, 16, 18, et 32 à 44.Prix: 45 sous.Les tissus d'été clairs et légers 3 B 6 3 "Ce sont des PATRONS BUTTERICK.Si votre marchand local ne peut vaux fournir e, s ^tirons, ,1, ».;,„/.les ilireetement à The Butterick Publishing Company, ihfi Wellington Street West, Toronto". Page 30 La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 3883.— Tout à fait à la mode du jour.Le col écharpe, suivant la ligne croisée du corsage, se termine par un nooud à l'épaule droite et le volant en forme de la jupe remonte diagonale-ment du côté opposé.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4'A verges de crêpe de soie imprimé en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3823.— Haut de corsage clair et manches courtes.Echarpe de couleur contrastante.L'empiècement en pointes de la jupe et le revers du collet sont d'un très bel effet.Métrage: pour un 86 (18 ans), IM verge de crêpe en 39 pouces, et 3% verges de contrastant en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.La vogue des garnitures de côté 3880.— Les garnitures de côté qui donnent tant d'élégance aux nouvelles robes, se retrouvent ici dans la ceinture étroitement nouée à gauche.Jupe à six lés et jolie parure de baptiste ornée de valenciennes.Métrage: pour un 36 (18 ans), 2% verges de lainage en 54 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3831.— Joli modèle dont l'encolure, la borthe et les plis se réunissent à gauche.Ceci est nouveau et élégant et d'une grâce juvénile.Jupe de quatre morceaux.Métrage: pour un 36 (18 ans), 438 verges d'imprimé en 32 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3 8 7 4 3844.— Cette robe de jersey vert laitue serait bien dans la note du jour avec col et bas de manches en crêpe bleu pour le contraste, ou bleu et framboise.Le collet est terminé par un noeud dans le dos, et la ceinture croisée est fermée par des boutons.Métrage: pour un 36 (18 ans), 21/s verges de jersey de laine en 54 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3874.— Petite robe d'un léger voile imprimé, de confection facile.Peux capes d'épaules remplacent les manches, le jabot noué est une jolie parure, et la jupe est en forme.Les bords de la jupe, des capes et de l'encolure sont à points de picots.Métrage: pour un 36 (18 ans:), 4 verges d'imprimé en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous."< i pR| th s PATRONS BUTTERICK.Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patrons, demandez-les directement à The Buttrrick Publishing Company, iGS Wellington Street West, Toronto". La Revue Moderne — Montréal, Juin 1931 Page SI On porte partout la jaquette M v 3 8 7 8 Î821.— Un deux-pièces de jersey blanc.blouse rentrée dans la jupe a des manches courtes, un collet rabattu, et la upe, des plis devant.La couleur con-rastante: rouge, bleu, vert ou brun, consiste dans les piqûres du col et des manches, et dans la ceinture de cuir irni.Métrage: pour un 36 (18 ans), jîVi verges en 54 pouces.14 à 18 ans |t 32 à 44.Prix: 45 sous.H25.— Robe de tennis (paume) dont •mpiècement est en ce tissu à mailles, >ile et coton, qui a fait fureur à Palm »'ach l'hiver dernier.L'empiècement 1 tombe sur les bras en forme de man-lies courtes, et les plis du devant de la ipe sont répétés dans le dos.Métrage: "ur un 36 (18 ans), 2% verges de toile 'n 35 pouces et % de verge de filet en 2 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.rix: 35 sous.¦850.— Elégante robe bleu et blanc une seule pièce.Le jabot est gra-ii-ux, et les plis couteaux tout à son vantage.Le manteau est en crêpe de line bleu, ajusté à la taille par des nces.Métrage: pour un 36 (18 ans), lA verges de crêpe en 39 pouces, et 's verges d'imprimé en 39 pouces.14 18 ans et 32 à 44.Prix: 50 sous.3878.— Boléro à manches courtes — toutes les fantaisies sont permises cette année — qui ne dépasse par la ligne de taille.La robe d'imprimé a les épaules tombantes; cette coupe est beaucoup plus élégante que celle des robes sans manches.Métrage: pour un 3G (18 ans), Z\ verges d'imprimé en 35 pouces, et 1% verge de tissu uni en même largeur.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 45 sous.3884.— Costume de satin noir avec fleur blanche à l'épaule.La jupe a une belle ampleur; la jaquette remonte devant en ligne diagonale et est fermée par des boutons.Les gants, la bourse et le ruban du chapeau sont blancs.Métrage: pour un 36 (18 ans), AV* verges en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 50 sous.3843.— Il n'y a rien de plus nouveau et de plus chic que le blanc sur le brun.La couture d'épaule descend sur le bras en forme de manches, le corsage à deux pointes est fermé par des boutons, et trois plis composent la jupe.La jaquette est droite et d'un bel effet contrastant.Métrage: pour un 36 (18 ans), 1S verge de lainage en 54 pouces et 3 verges de soie en 39 pouces.14 à 18 ans et 32 à 44.Prix: 50 sous."Ce sont des PATRONS BUTTER1CK.Si votre marchand local ne peut vous fournir r, s patron*, demandez-les directement à The Butterick Publishing Company, 1,68 Wellington Street West, Toronto". Page 32 La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 Toilettes d'été pour fillettes 3824.— Petite robe composée de deux tissus: un linon imprimé pour la partie supérieure et un linon uni pour le bas.La jupe est réunie à l'empiècement par deux rangs de fronces.Un ruban assorti orne gracieusement l'épaule gauche.Métrage: pour un 25 (7 ans), 1% verge d'imprimé en 35 pouces, et % verge de tissu uni en 35 pouces.24 à 28 (6 à 10 ans).Prix: 35 sous.3876.— Cette robe est vraiment le dernier mot de la simplicité avec son collet plissé en nid d'abeille.Cela est frais, jeune et gracieux, et d'une réelle élégance.Le collet, genre berthe, retombe sur les bras et remplace les manches.Métrage: pour un 25 (7 ans), 1% verge de toile en 35 pouces.23 à 28 (4 à 10 ans).Prix: 35 sous.3865.— Heureux effet des godets et des plis combinés.Notre modèle est en linon imprimé avec empiècement forme empire, et plis creux devant et dans le dos.Métrage: pour un 25 (7 ans), 1% verge de linon imprimé en 35 pouces, et % de verge de tissu en 35 pouces.24 à 28 (6 à 10 ans).Prix: 35 sous.3 8 2 4 3 8 7 6 3 8 6 5 3830.— Voici un joli modèle facile pour les petites filles qui apprennent à coudre: corsage uni portant ceinture, large berthe remplaçant les manches, et jupe froncée.Métrage: pour un 30 (12 ans), 2% verges de coton en 35 pouces.26 à 33 (8 à 15 ans).Prix: 30 sous.3822.— Un modèle très nouveau dont on aimera à dire: "C'est moi qui l'ai fait".La robe est d'une seule pièce avec plis devant et grande cape.Métrage: pour un 30 (12 ans), 2% verges d'imprimé en 35 pouces, et % verge de tissu uni en 32 pouces.26 à 33 (8 à 15 ans).Prix: 30 sous.3851.— Cette robe rappelle les beaux jours et les plaisirs de l'été.Les fronces de encolure, les capes d'épaules, les volants d'organdi, les pans du noeud qui retombent dans le dos et la capeline, sont des détails seyants.Pantalons assortis.Métrage: pour un 23 (4 ans), 2'/4 verges de basin en 32 pouces.20 à 24 (1 à 6 ans).Prix: 35 sous.3826.— Robe sans manches avec collet Peter Pan dans le dos et bandes d'épaules devant.L'encolure fagotée est un détail charmant et bien parisien.Métrage: pour un 23 (4 ans), 2 verges de batiste (pantalons compris) en 35 pouces.20 à 24 (1 à 6 ans).Prix: 30 sous.'Ce sont (1rs t'ATRONS BUTTERICK.Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patrons, demandez-les directement Th< Butterick Publishing Company, itiS Wellington Street West, Toronto". La Revue Moderne — Montréal, Juin 1931 f'afji.JJ Un couvre-pied piqué et quelques coussins 231.— On emploie pour ces deux coussins, le satin, le taffetas, le crêpe plat ou le rayon que l'on bâtit sur un coton ouaté doublé d'une mousseline non blanchie, et on les pique avec de la soie à boutonnière.Toutes les explications sont données avec le décalque.Bleu ou jaune.Prix : 35 sous.1G068.— Deux jolis dessins pour petits coussins de satin, taffetas, velours ou de rayon, piqués à l'italienne.Ce genre de piqûre consiste à piquer ensemble le dessus et l'entre-doublure et à se servir d'une soie épaisse pour la bourre.Bleu ou jaune.Prix: 35 sous.16126.— Ce dessin de 57 par 63 pouces fera un couvre-lit de belle grandeur.On le fait en satin, taffetas, rayon ou imprimé de coton, on le borde ou on le finit avec un volant.Le défalque comprend les explications.Bleu ou jaune.Prix: 50 sous.16120.— On exécute ce travail de différentes façons.On peut également le piquer ' en soie, le travailler avec de la laine ou à la machine si on veut le faire rapidement, en se servant de "Trim-stitch".Bleu ou jaune.Prix: 35 sous.16097.—Ces dessins sont particulièrement jolis sur le velours; cependant, ils sont aussi très décoratifs sur le satin, le taffetas, le crêpe plat ou le rayon.Les explications complètes sont fournies avec le décalque.Bleu ou jaune.Prix: 35 sous."Ce sont des PATRONS BUTTERICK.Si votre marchand local ne peut vou* fournir ces patrons, demandez-les directement à The Butterick Publishiny Company, 468 Wellington Street West, Toronto". Page Si La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S 1 La plante "Shoo-fly" ( Mboo-moncbe) L«i moucha* ne resteront pas dans une pièce où croît cette plante.Comme ces fleure n'ont paa de parfum, on ne peut expliquer ce qui les chasee.C'est une belle plante qui fleurit abondamment et peu de temps après la semence.Bile s'adapte & la culture en pot l'été et l'hiver.Ses S/"* 4?^a^* '£tflM& fleure sont gran-J^S/^yjfov» ¦> âuH*«V en f°rm* de B^-»5SAt «*.Csw¦;•;.„'!¦¦ r» et Ut Pharmacien» FmhrlquJ ou ' nnadm I.K BOIS PLASTIQUE DUCO Remplit Tout* CariUda BoU SolUU que en était resté à Jean, toujours admirateur des êtres résolus que le travail n'effraie point, qui ne reculent devant aucun sacrifice pour atteindre le résultat."Quel dommage, pensa-t-il en revoyant Daniel, que la chance n'ait pas souri jusqu'au bout à ce garçon si bien campé alors! A cette première visite, Mudry attendit discrètement que l'hôte qui le recevait l'entretînt le premier de son accident et du traitement suivi.Daniel en parla simplement, avec son calme souriant habituel, ne se dérobant à aucune question.Le praticien offrit alors ses services, s'ils pouvaient être efficaces, ce dont on pouvait s'assurer.Voulait-il s'y prêter ?— Oh! bien volontiers, cher maître, concéda immédiatement Daniel; je suis une étude intéressante, un cas exceptionnel; je dois m'estimer heureux d'avoir encore les deux jambes; il a été question de m'amputer: j'ai déclaré préférer la mort.Alors, ils m'ont traité avec un rare talent, telle une faïence d'art en miettes dont il faut conserver l'apparente valeur.Chaque morceau a été remis à sa place, bien joint, bien collé par des raccommo-deurs émérites, qui se demandaient si je résisterais à ce long et douloureux martyre.J'ai les jambes couturées, zébrures blanches en tous sens qui font de ma peau une vraie carte de géographie.C'est solide, trop solide, ajouta-t-il, découvrant aux regards du spécialiste les deux colonnes rigides qui lui servaient d'appui."La faïence est maintenant richement craquelée, c'est une beauté de plus," conclut Daniel.Il trouvait le courage de se plaisanter lui-même, mais Jean Mudry ne l'écoutait plus.Penché sur son malade, il palpait, tâtait, suivait de son doigt expert toutes les cassures habilement réduites, auscultant chaque muscle, interrogeant le réseau nerveux, mettant un soin extrême à se rendre compte si les moyens de la science pourraient ramener un peu de sensibilité motrice dans ce marbre vivant mais non animé.— On peut essayer, dit-il en se relevant.— Un coup d'épée dans l'eau, je m'en doute.— En toute vérité, cher monsieur, je ne puis me prononcer avant un essai d'une certaine durée.Il y a des mystères de rénovation merveilleuse dans notre organisme: il suffit d'en découvrir la clef.Armez-vous de patience, je vais étudier votre cas à tête reposée; nous en recauserons.Ce n'est peut-être pas désespéré.Vous avez déjà obtenu, par votre adresse et l'endurance de votre volonté, des résultats d'équilibre qui vous permettront bientôt de ne vous aider que d'une canne.— Vous êtes encourageant, cher monsieur, merci de vos bonnes paroles.Mudry quitta son malade réconforté, bien que sans illusions, ce qui était préférable, vu le dubitatif espoir.De retour à Rive-d'Or, il conféra longuement avec Pierrette.Elle l'attendait fiévreusement.Ils discutèrent ensemble l'emploi progressif et prudent des stimulants, des exercices journaliers à faire faire aux muscles inertes, avec l'aide de massages électriques.— Ce sera long, fatigant; aura-t-il la patience?ajouta le chirurgien.Il consentira, assura la jeune fille, mais trouvez-moi l'infirmier nécessaire, puisque je ne puis surveiller les soins en personne.Ah! qu'il est parfois gênant et agaçant d'être femme; je me sentirais là si utile.- Petite sœur, à chacun son rôle.Le vôtre, en notre spécialité, n'est pas déjà de si mince importance, en dépit de votre sexe.Tout s'arrangera pour le mieux, vous verrez.Quoi qu'il arrive, votre ami sera moins impotent: c'est ma conviction Affaire à vous d'entretenir le moral; ni abattement ni sombres pensées; je m'en rapporte à l'ingéniosité de votre cœur compatissant.Rien ne prime le réconfort que peut donner une âme féminine à nous autres hoinmes si facilement déprimés.C'est à vous, femmes, de savoir persuader que les dons de l'intelligence peuvent compenser largement, chez l'homme, les aptitudes physiques diminuées.Jean Mudry, si rebelle en général à tout épanchement personnel, ajouta: — Petite sœur, vous possédez en vous tout ce qu'il faut pour être une consolatrice émérite.Il y a des maux de tout gen- re; ainsi, moi, j'ai été privé bien jeune de l'usage de mon cœur, comme d'autres perdent la faculté de leurs membres.Eh bien! votre belle énergie gaie m'a soutenu souvent à votre insu.La compensation est à côté du mal.Vous serez celle aussi de ce malheureux isolé de la Saulnaie, puisque vous vous intéressez à son sort.Allons, je repars, le laissant à des doigts habiles; si j'ai besoin de vos services à la clinique, je vous téléphonerai.Jusque-là, jouissez bien de votre séjour à Rive-d'Or.Ils se serrèrent affectueusement la main.Pierrette, orgueilleusement émue de cette expansion si rare chez son beau-frère, ne l'en estimait que davantage.Jamais à personne il ne parlerait de la sorte.Elle avait pu croire cicatricée la plaie de ce deuil d'amour, que ni le temps ni le travail ne guérissaient.L'amour était donc un sentiment bien fort, pour subsister malgré l'absence, malgré la mort, malgré tout ?.Daniel avait réussi la première ébauche et, seulement alors, permettait à Pierrette de se contempler.II tournait vers elle la toile en pleine lumière, Pierrette encore sur l'estrade.— Oh! est-ce moi?s'écria-t-elle.Daniel, il ne faut pas trop idéaliser.Je veux être flattée, mais pas tant que ça.Le peintre la regarda et sourit.Familiarisé maintenant avec leur commune situation, si délicate pour lui, nulle gêne ne subsistant, l'apaisement était venu.— Vous vous trouvez trop jolie ?On ne se connaît pas soi-même, c'est aux autres à juger et non à vous, dit-il d'un ton décisif.J'avais peur de trop retoucher et n'arrivais pas à rendre exactement l'expression, s'est si difficile à saisir des physionomies de jeune fille! Il y a de tout et quelque chose avec presque, impossible à définir.Elle restait en contemplation: sa propre image était donc ainsi?Eh bien! elle lui plaisait beaucoup.— Mon cher artiste, je suis très satisfaite.J'apparais en beauté, c'est sûr, mais je suis si vivante que j'ai envie de converser avec mon esquisse.Daniel riait et dissimulait son heureuse émotion.Le boy apportait le thé; la conversation prit un autre tour.M.d'Armyngt, maintenant étendu, un peu las, mais heureux auprès de son ravissant modèle, se reposait avec délices oubliant de penser.Il ne fallait pas gâter, par d'inutiles regrets, les minutes d exquises jouissances: avoir Pierrette sous son toit, entendre sa voix gaie, se figurer qu'elle était sienne.Elle le servait, présentant la tasse, le sucre, avec ces jolis gestes dont les femmes ont l'instinct; elle-même croquait, avec plaisir et si bel appétit, les gâteaux dont il la savait friande, connaissant si bien tous ses goûts.— Quand faudra-t-il revêtir ma belle robe ?Je l'ai commandée tout exprès, vous en aurez la surprise.Une robe de fée, vous verrez.Blanche, puisque vous désiriez une symphonie de blancheurs pour ce portrait mirifique.Oh! que c'est amusant, Daniel; mais, dites, quand faudra-t-il surgir en princesse?— Pas encore, Pierrette, pas si vite.Le visage d'abord à travailler: ceci n'en est qu'un reflet.Il montrait l'esquisse.— Je ne suis pas commode à contenter, et même, si je ne change pas votre expression, il y aura beaucoup à effacer, à rajouter.Plus je vous regarde, plus je deviens difficile.Où est le peintre qui réalise à son gré ce qu'il voit quand le modèle l'intéresse ?Un sourire de satisfaction accueillit ces paroles.Le peintre en fut ravi.— Alors, la robe ?redemanda-t-elle.— Celle que vous avez est suffisante pour plusieurs séances encore.— Nous serons obligés de les interrompre quelques jours, Daniel.Un voyage nécessaire à Paris, mais court, ajouta-t-elle, voyant qu'il s'assombrissait.Allons, grand gosse, ne faites pas la moue.Nous aurons d'autant plus de plaisir à les reprendre, ces séances, quand je reviendrai.Je ne bougerai plus, après, de tout l'été.— J'étais si en train, murmura-t-il, mes pinceaux marchaient tout seuls.Et puis, les couleurs sèchent, l'inspiration s'envole.— Quoi encore, peintre exigeant ?Tan de catastrophes pour si peu d'absence! On entendait une abeille bourdonner, et, au loin, la petite chanson du ruisseau.Ils restaient silencieux à écouter ces bruits de printemps.— Je n'ai que vous en fait de bonheur, petite amie, soupira Daniel malgré lui.Pardonnez ce moment de stupide déception; je suis un pauvre malade, qu'il ne faut pas gronder.Tout ce que j'ai ici de bon, les fleurs, les parfums, la lumière, la pure beauté des choses qui m'environnent, petite amie, c'est c'est vous qui les animez pour moi: vous êtes l'âme de la Saulnaie.Instinctivement, pour l'écouter, elle avait fermé les yeux, surprise autant que tout à l'heure devant la toile, en se découvrant belle, de penser qu'elle pouvait être pour Daniel tout ce qu'il lui disait si gentiment.Il fallait dissiper l'impression malfaisante que l'annonce de son départ causait.Pierrette voulut s'y employer.Prolongeant sa visite plus longtemps que de coutume, elle lui narra mille choses, essaya de le faire causer de son existence à New-York.Mais parler de lui ne parvint pas à le distraire, line constante préoccupation l'absorbait.Il gardait un sourire triste, ce sourire auquel le regard ne prend nulle part, les lèvres seulement.Comme il apparaissait ainsi faible, si différent du fort, du vaillant qui parfois se réveillait dans des éclairs de gaîté ou de douce autorité protectrice vis-à-vis d'elle! Deux hommes en lui, si dissemblables! Il semble qu'il lit dans sa pensée.— Vous me méprisez, je crois, en ce moment ?Si, si, ne protestez pas.II y a des sentiments si difficiles à concevoir pour ceux qui ne les ont jamais éprouvés.Vous vous dites, n'est-ce pas, que tant de gens ont souffert, souffrent autant, plus que moi peut-être, et pourtant résistent, se relèvent.Ah! que c'est difficile d'accepter, en pleine vie, ce qui la réduit et la ronge Instinctivement, pour lui témoigner sa sympathie si réelle, Pierrette posa sa fine main sur la sienne.Daniel tressaillit violemment et la regarda, comme s'il revenait de la réalité à l'irréel.— Je vous attriste, petite amie ?Les climats par étages (Suite de la page y) ves et wagons importés d'Angleterre.Ce n'est que plus tard que fut couverte de rails la montée que nous venons de faire.Et quand survint le temps de rejoindre les deux parties, on s'aperçut que la disposition des rails n'avait pas été faite d'après les même calculs! Inutile d'ajouter que cette singulière méprise a été depuis corrigée.La végétation s'est faite infiniment moins dense.Les dernières montagnes étaient rocheuses, escarpées, nues.Beaucoup de brousse.Le train court allègrement.Nous sentons, comme lui, une sorte de délivrance à filer ainsi vers un horizon ouvert.Cette fameuse Sabana est une plaine d'une largeur de cinquante milles et longue de trois cents, et couverte de pâturages.Cette belle terre noire, d'où pointent déjà les nouvelles moissons! Nous sommes maintenant dans la saison des pluies.Beaucoup d'eau, si bien que des bouts de champs ont l'air d'immenses miroirs.Les animaux s'y contemplent.La culture y semble faite d'après des procédés assez primitifs, mais le bétail est, par contre, très beau.Nous en avons pour une heure et demie de cette plaine qui devient plutôt monotone, avec plusieurs haltes à des stations de peu d'importance.Toujours beaucoup d'Indiens, le visage morne, la démarche lente.Ces physionomies jettent sur tout le pays je ne sais quoi d'extrêmement mélancolique.Peut-être vivent-ils renfermés dans leur passé, alors que cette Sabana, riche en souvenirs, faisait la gloire des Chibchas ?Nous avisons enfin les deux gardiens naturels de la capitale.Quels majestueux sommets jumeaux dressés à deux mille pieds au-dessus de Bogota! Entrée en gare.Et c'est aussitôt la ville, avec ses rues, ses tramways, ses taxis, tout le tourbillon d'une grande métropole moderne à mille milles d'un port et à neuf mille pieds dans les nuages.Gertrude Baskin La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 Page 37 LE CŒUR CHEMINE Oui, vous me peinez, Daniel, et puis je vous trouve injuste île prendre votre mal au tragique.C'est tout à fait déraisonnable.Ce mal, à votre âge, n'est pas irrémédiable.Voulez-vous savoir ma conviction ?C'est que vous guérirez.Vos forces renaîtraient plus vite, si de toute votre fierté d'homme, vous aviez le courage de tirer parti sans méfiance des capacités dont votre accident vous conserve I'us.igc.Oui, vous guérirez, sinon complètement, assez pour vivre la vie normale, celle de tous, pour vous mêler aux autres, voyager, reprendre vos habitudes.Pour cela, ayez la volonté, l'initiative, et, surtout, acceptez ce que vous me refusez jusqu'ici d'essayer le traitement local que Jean vous conseille.Peut-être sera-ce long, mais chaque essai amènera un progrès, insensible d'abord, mais sûr."Par affection pour moi, qui souffre tant de vous voir malheureux, essayez, Daniel.Il eut l'air plus soulagé.Pierrette, vous êtes forte, jeune, gaie, vous pouvez avoir confiance, vous semblez croire.eu bien! votre amitié m'encourage, votre présence me soutient.C'est pourquoi l'idée d'être seul, horriblement seul, quand je vous sens loin, me rendait lâche.J'ai besoin que vous me soyez douce, indulgente, même dans vos remontrances.Vous m'êtes si nécessaire; quand vous entrez, c'est quelque chose de joyeux, de frais, de calme qui pénètre mon être morne: parfum de rose, gazouillement d'oiseau, sève printanière.Vous apportez tout cela dans les plis de vos vêtements.— Je continuerai à vous apparaître ainsi, dit-elle de sa voie gaie, c'est trop joli pour ne pas y consentir; mais je veux, en retour, votre promesse d'essayer de guérir à tout prix, de le vouloir avec nous.Oui ou non ?— Pierrette, je promets.Faites de moi ce que vous voudrez.Valide, ou toujours estropié, quoi qu'il advienne, gardez-moi votre idéale amitié, et je consens à tout.Dans la nerveuse étreinte de sa main, celle de la jeune fille fut meurtrie.—Oh! vous m'avez fait mal, sourit-elle avec une légère grimace, et vous prétendez n'être pas fort, homme de peu de foi! M.d'Armyngt parut navré: — Je suis une brute, ma pauvre enfant; un joli souvenir que vous emportez de moi! Il baisa doucement les petits doigts lésés dans une longue caresse repentante, la première qu'il se permettait depuis qu'elle se trouvait sous son toit.Le soleil éclairait la campagne.Les foins que l'on fanait dégageaient un arôme qui, jeté par la brise fraîche, s'arrêtait aux lèvres, comme pour se faire goûter.Pierrette revenait après huit jours d'absence.Afin de n'être plus obligée de retourner à Paris, elle avait mis à jour toutes les affaires qu'avait interrompues son brusque départ.Quelques visites indispensables, la clinique où Mudry était désireux de lui signaler de nouvelles réussites, ¦ le longues pauses chez son couturier pour la terminaison de la fameuse toilette, qu'elle voulait particulièrement réussie, enfin, des démarches à droite et à gauche pour s'assurer d'un infirmier à proposer à M.d'Armyngt, tout ceci avait nécessité le prolongement de ce séjour qu'elle eût voulu abréger.Daniel devait se morfondre! Les visites de Mme Nozières remplaçaient mal les •tiennes, elle le devinait.D'ailleurs, cette lernière avoua à sa fille n'avoir pas mis les pieds à la Saulnaie depuis son départ.— L'endroit n'est pas gai pour Josée, tu 'Omprends, lui dit-elle, quand Pierrette » informa en arrivant.Je l'emmène de préférence chez nos autres voisins où elle 'rouve des enfants de son âge.Du reste, l'ai fait prendre deux fois des nouvelles de mire ami: il m'a remerciée par un mot; il a bien, m'a fait dire qu'il attendait quelqu'un.Tu sauras qui.Enfin, il n'aura pas été trop seul, par conséquent.Il attendait quelqu'un ?Mlle Nozières le demanda si c'était d'elle qu'il voulait '.irler.Pauvre garçon! il comptait les heures! Mais non, à s?grande surprise, la Saulnaie, quand elle y arriva, comptait effec-' ivement des hôtes.Par les fenêtres ouvertes, on entendait in bruit de conversation.Une voix de femme, une jolie voix grave, alternait avec celle du maître de maison.Une visite?Pierrette rajusta les boucles légères sous le chapeau d'ottoman souple et blanc d'où elles s'échappaient effrontées, dérangées par la course.Jetant un rapide coup d'œil dans la glace d'un panneau du vestibule, où l'on se voyait en pied, elle s'assura du reste.L'ensemble lui parut correct, et elle entra.Daniel, sur sa chaise longue, tournait le dos à la porte: mais, comme s'il eût eu des yeux derrière la tête, il la retourna brusquement.Sa figure grave s'éclaira.— Ah! enfin! s'écria-t-il, nous commencions à désespérer.Il désignait la visiteuse.Celle-ci, que Pierrette avait aperçue tout à l'heure penchée vers lui, s'était redressée, levée, et montrait un charmant visage inconnu.M.d'Armyngt les nomma l'une à l'autre: — Miss Gerty Dorsett; le docteur Nozières.Cette dernière appellation avec un sourire.La délicieuse créature aux longs yeux souriait également et tendit la main à l'arrivante qui la prit avec la grâce un peu hautaine qu'elle réservait aux nouvelles connaissances.Son expression changea en s'approchant du convalescent.Elle lui mit la main sur le bras pour l'empêcher de quitter son siège et s'assit à côté.— Vous ne vous êtes pas trop ennuyé de moi, Daniel ?J'ai fait l'impossible pour revenir plus tôt, et ma première sortie au débotté est pour vous.Je suis rentrée hier soir.— Une charmante société en surprise m'a seule empêché d'attenter à mes jours, répondit-il plaisamment, tandis qu'une lueur de son ancienne animation égayait le regard glissé vers Gerty.Jasper, appelé par une affaire imprévue qu'il ne pouvait remettre à l'époque où il comptait revenir en France, m'a câblé son arrivée.Mais il ne parlait que de lui, et je l'ai vu débarquer avec miss que je n'attendais pas.Gerty, qui s'était discrètement effacé jusque-là pour laisser les deux amis à leur revoir, prenait alors la parole, s'adressant à Mlle Nozières: — Oui, je ne devais accompagner Jasper qu'à l'automne.C'est mon premier voyage en Europe.Bien vite j'ai profité de l'avance de ses projets; j'avais si grande envie de voir Paris, de retrouver ma sœur, qui m'en écrivait tout son ravissement, et M.d'Armyngt, dont le départ de New-Yorka fait un si réel vide dans nos réunions et le coeur de ses amis.Cette dernière phrase fut appuyée de l'expression gentiment langoureuse qui faisait le charme de la jolie Américaine.— Mrs.Génor, miss Evie Dorsett, est toujours en tournée de voyage de noces, compléta Daniel.Ceci pour Pierrette mal au courant des agissements de ces étrangers que Jasper seul, jusque-là, résumait pour elle.Les deux sœurs, ainsi, ont la chance inespérée de se rencontrer ensemble dans nos parages.Miss, vous êtes tout à fait aimable de me dire que je suis regretté là-bas, ajouta-t-il; je suis heureux de vous rendre, à la Saulnaie, un peu du bon accueil reçu chez vous.Mon regret, et il est vif, sera de ne pouvoir vous en faire les honneurs, comme j'en avais le désir, lorsque nous projetions ensemble de nous réunir ici.Qu'est devenu l'heureux temps où j'étais capable de quelque chose ?— Est-ce que Mr.Dorsett n'est pas ici ?coupa Pierrette pour détourner le cours des idées de son ami.— Jasper va, vient, arrive en trombe, repart de même; vous connaissez ses us: c'est un bolide à répétition ! Miss Gerty est seule auprès de moi depuis le déjeuner.Nous avons remué pas mal de souvenirs ensemble, n'est-ce pas, miss?— Et beaucoup parlé de vous, ajouta la jeune Américaine se tournant vers Mlle Nozières.J'étais déjà au courant de bien des choses, mon frère m'ayant chanté vos louanges à journée faite, depuis son dernier voyage.Mais, par M.d'Armyngt, bien qu il ne m'ait pas parlé de vous de la même façon que Jasper, en peu de phrases, il en a dit davantage pour me faire mieux vous apprécier.De plus en plus, j'avais la grande envie de vous connaître: Jasper a excité la curiosité de mes yeux; M.d'Armyngt, celle de mon cœur.Riche en saveur naturelle 'Frais des Plantations* Une feuille fraîche, absolument pure Vert ou noir — à partir de 60c lb.Touchée de tant d'avances gentilles, complétées du long regard câlin, Pierrette ne put s'empêcher de détendre, vis-à-vis de Gerty, son attitude première, un peu distante.Non, Daniel n'avait pas parlé de Pierrette de la même façon que Jasper.C'était exact.Gerty, toujours amoureuse, en dépit du triste état où elle retrouvait l'ami de son frère, avait bien saisi — ou du moins le croyait — la différence des sentiments qu'inspirait aux deux hommes la belle Française, dépeinte successivement par l'un et par l'autre.Jasper ne faisait pas mystère d'en être violemment épris, ne tarissant pas d'éloges.M.d'Armyngt, réservé et trop courtois d'ailleurs pour s'étendre sur les avantages extérieurs d'une femme vis-à-vis d'une autre femme, avait négligé la question beauté.Il s'était tu également en ce qui concernait la place réservée, tout intime, occupée par Pierrette dans sa pensée journalière.Mais à tout propos, dans la conversation, sans qu'il s'en doutât, et quoi qu'il en eût, le nom de l'absente sur ses lèvres passait comme une caresse.Il n'avait pu empêcher cela, et miss Dorsett s'était demandé, avec un léger malaise, quelle sorte d'affection subsistait entre ces deux amis d'enfance.Celle de l'étrangère, plus récente, pourrait-elle lui nuire ?arriverait-elle à réaliser sa suprême ambition d'épouser celui qu'elle voulait essayer d'abord de conquérir?Ces pensées assiégeaient l'esprit de Gerty, tandis que les deux amis organisaient près d'elle la reprise du grand travail commencé.— Etes-vous en forme toujours ?sourit malicieusement Pierrette.Vos pinceaux obéiront-ils encore, malgré vos pronostics pessimistes ?— J'ai retouché sans vous, de mémoire, afin de m'entretenir la main.— Ah! c'est bien, cela.Miss Gerty, comment trouvez-vous l'ébauche ?— Je ne l'ai pas vue! Pierrette ouvrit des yeux stupéfaits.— Pas vue! Comment, Daniel, miss Dorsett ne sait pas ?— Que vous faites faire votre portrait ?Oh si! je sais.Mais M.d'Armyngt ne veut le montrer à personne.J'ai visite en détail l'atelier, sans avoir la permission de soulever le voile qui recouvre certain chevalet.De plus, après ma visite, crac, crac, deux tours de clef, pour empêcher toute velléité d'indiscrétion.Les deux jeunes filles riaient si bien que Daniel partagea leur çalté contagieuse.Seulement il négligea d expliquer les raisons de son agissement.A chacune d'en déduire l'explication.Comme peintre, il ne voulait livrer son oeuvre que lorsqu'il l'aurait poussée davantage.Les appréciations diverses l'entraveraient.Et, surtout, il prétendait n'avoir aucun tiers entre lui et le cher modèle! Aux heures de pose, il serait convenu que l'atelier resterait clos aux visiteurs, quels qu'ils fussent.C'est ce qu'il confia à sa petite amie, lorsqu'ils furent en tête à tête.— J'ai besoin de repos lorsque je travaille.Jasper tournerait autour de nous, comme lion en cage; sa conversation vous ferait, à tout instant, changer de physionomie.Elle m'est déjà si difficile à fixer.— Et miss Gerty ?— Je ne pourrais m'occuper d'elle; il ne me faut pas de distractions, déclara-t-il brièvement; nous choisirons de préférence, si vous le voulez bien, les heures où mes amis circuleront hors de la Saulnaie.Oui, Danel n'avait qu'une idée: se réserver chaque jour, à lui seul, la chère présence, à côté de laquelle aucune autre ne comptait.Le monde peut crouler, pourvu qu'il la sache toujours là.Elle était revenue.Daniel se reprit à la vie, mais il fit comprendre à son jeune docteur qu'il ne pourrait commencer sérieusement le traitement accepté qu'après le départ de ses hôtes.L'infirmier, retenu par elle, pourrait alors venir près de lui, pas avant.D'ici là, il consentait, en revanche, à suivre les autres prescriptions désirées: il acceptera de sortir, d'excursionner, quand elle-même en sera, dans la confortable auto de Jasper; il fera taire, pour cela, ses susceptibilités maladives, il se montrera au dehors tel qu'il est, sans fausse honte.Et Dieu sait ce qu'il lui en coûtera! Mais là encore son secret d'amour l'a décidé.Après les heures de pose, il la retrouvera ainsi de nouveau.Ces promenades, s'il en fait partie, ne la lui raviront pas.Il se souvient trop du désespoir ressenti le jour où Pierrette, accompagnée de Jasper, l'a laissé seul.Tout! plutôt que renouveler ce supplice de jalousie et d'abandon.Comme la plupart de nos jolis coins de France, l'Indre renferme des sites délicieux, souvent inconnus de ceux mêmes qui y résident.Il en était ainsi pour Pierrette et M.d'Armyngt: ils ignoraient leur région, en étant partis l'un et l'autre à l'âge où l'on voyage peu.Cependant, Daniel en savait assez pour indiquer à ses hôtes les buts d'excursions.En cette saison de fin juin, la chaleur n'est point encore excessive, les jours sont longs; on peut partir tôt, revenir tard, faire des parcours relativement considérables, quand une 40 H.P.vous emporte.Le quatuor amical menait fort loin ses promenades.Ne fallait-il pas user et abuser de ce temps de vacances relativement limité que s'accordait le jeune industriel ?Daniel faisait, grâce à ces courses presque journalières, une cure bienfaisante.Ses membres, si durement éprouvés, se fortifiaient sous l'action bienfaisante du soleil et du plein air.L'ensemble de sa santé surtout s'en ressentait.Il se transformait : les joues moins creuses, le teint animé, les yeux plus vivants.De tout ce qu'ils visitaient, M.d'Armyngt emportait des impressions confuses, car il n'avait d'yeux que pour Pierrette, (Suite à la\pate jç) Page 38 La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 31 NOUVEAUTES pour la TABLE La Beauté de la Verrerie WISTERIA 4.*' D'UN océan à l'autre, les mariées de juin préparent l'ensemble de la table de leur future demeure.Jamais il ne leur a été offert d'aussi jolies nouveautés en verrerie, porcelaine, argenterie et toile.Nos gravures font voir séparément toutes les jolies choses qui composent l'ensemble charmant de la table dressée pour le lunch.Toutes les hôtesses — et les hôtesses futures — aimeront le joyeux éclat de la verrerie Wisteria, sa teinte radieuse, d'un genre tout à fait différent des couleurs de verrerie auxquelles nous étions habitués.L'avantage de cette verrerie est qu'elle .•supporte le chaud et le froid, tout comme la porcelaine.L'installation d'une table de lunch aussi brillante sur la terrasse ou sur la vérandah, par une belle journée ensoleillée, est de nature à flatter une maîtresse de maison dont on ne peut qu'admirer le bon goût et l'intéressante personnalité.On trouvera également de nouveaux dessins dans l'argenterie.Nous en illustrons ici deux modèles différents en excellent argent plaqué, de bonne durée.Les nouvelles toiles damassées pour dîner de cérémonie, présentent aussi de ravissants dessins comme le prouve la nappe qui figure dans notre illustration.La gravure du milieu montre le service d'un couvert; celle de gauche, en bas, l'ensemble très décoratif. La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 31 Page 39 LE CŒUR CHEMINE (Suite de la page 37) dont la joie s'exubérait en paroles et en rires.Avec un laisser-aller de bon aloi, elle donnait la réplique à Jasper, traité par elle en grand gamin sans conséquence.— Comme vous êtes jeune! lui disait-file, quand se laissant tomber sur l'herbe a ses pieds, il lui débitait, comme en ce moment, mille folies.— Cinq ou six ans de plus que vous, miss; il est vrai que vous êtes très vieille.Je me sens votre aînée de bien des années, et, du reste, nous n'avons pas la différence d'âge que vous inventez: dix-huit mois à deux ans d'écart, pas plus.Et, pour la raison, mieux vaut ne pas en parler.Croyant à un reproche, il prit l'air d'un enfant grondé.Daniel intervint.Il aimait grandement son jeune ami et le protégeait volontiers contre les taquineries de Pierrette.— Elle sait que vous êtes capable d'être sérieux, et même très sérieux, assura-t-il; votre gaîté est mon rayon de soleil; elle ne l'ignore pas davantage, n'est-ce pas, Pierrette ?Mlle Nozières tendit la main à Jasper.— Restez comme vous êtes, master Dorsett, vous me plaisez beaucoup ainsi.On ne peut vous désirer autrement.Je constate, et voilà tout.— Alors vous m'aimez tel, miss?bien vrai ?demanda humblement le jeune Américain.— Oui, tel, ne changez pas; la gravité vous irait mal.Leurs relations avaient maintenant un caractère de franche simplicité qui ravissait le jeune homme, bien que la délicieuse Française se fût mise, vis-à-vis de lui, sur un pied de guerre amicale, ne permettant à Jasper aucun tendre témoignage."Vraiment, pensait Pierrette, le sentiment n'est pas son genre: dans le rôle amoureux, je ne le vois pas".I.'amour! elle n'en avait ni le soupçon ni le désir, mais instinctivement se garait de tout ce qui, de prés ou de loin, aurait ressemblé à cela de la part de l'Américain.L'auto déposait Mlle Nozières chaque =oir à Rive-d'Or, d'où sa mère et Josée étaient absentes, avant d'avoir su l'arrivée des Américains à la Saulnaie.Elles devaient rentrer ce jour même.Mme Nozières, en débarquant, apprit avec une vive contrariété qu'elle avait perdu toute une semaine du séjour près d'elle de la famille Dorsett.Bien plus encore fut-elle désolée au récit de l'existence mouvementée dont ils animaient le pays.— Pourquoi ne m'as-tu pas dit cela avant mon départ, Pierrette?— Mais, maman, vous savez bien que je suis rentrée de Paris l'ignorant.Et vous partiez me disant que Daniel attendait quelqu'un, lorsque j'ai trouvé les Dorsett installés chez lui.Ignorante des projets de sa mère à l'égard de ces étrangers, Pierrette ne comprit rien au désappointement maternel.Puis elle supposa qu'elle regrettait pour Josée, sinon pour elle-même, la participation aux joyeuses randonnées qui, malheureusement, prenaient fin.Le jeune industriel allait, en effet, reprendre et suivre, de façon plus suivie, ses affaires d'importation, interrompues toute une semaine pour son plaisir et surtout celui de sa sœur et de ses amis.Il savait être sérieux, l'heure venue, et Mlle Nozières, malgré ses dires, n'en doutait pas.Gerty avait rejoint Evie à Paris; ils reviendraient tous à la Saulnaie achever leur séjour d'Europe avant de reprendre le chemin de New-York, le jeune ménage Génor compris.Alors les relations tant désirées par l'astucieuse châtelaine pourraient se réaliser.Des quelques jours qu'ils donneraient encore à M.d'Armyngt, elle saurait profiter.Déjà s'élaboraient dans son esprit de gigantesques projets.Pour la première fois depuis les deuils, Rive-d'Or rouvrirait ses portes à l'élément mondain.En remerciement des avances faites à sa fille, Mme Nozières donnerait un bal, qui clôturerait une série de petites réunions privées; elle présenterait ainsi les riches Américains aux diverses familles que la belle saison éparpillait dans le voisinage plus ou moins immédiat, les autos rapprochant si facilement les distances! Mlle Nozières, charmée des nouvelles dispositions de sa mère, acquiesça à tout.Sa belle jeunesse se réjouit à l'idée des distractions champêtres, dont l'intimité relative la changerait des fastidieuses réunions parisiennes, où sa mère la traînait quelquefois sous prétexte de devoir social.Une détente se produisit alors dans les rapports de la mère et de la fille, cette dernière se prêtant de bonne grâce à l'organisation des préparatifs de fête.L'esprit inventif de la jeune fille se mit au travail; elles convinrent ensemble des diverses attractions à offrir, le moment venu, à leur voisinage.On inviterait par séries, avec les quatre étrangers comme fond habituel.Moins nombreuse à la fois, chaque réunion serait plus gaie, moins pompeuse, puisque restreinte.Ceci jusqu'au jour du grand "tralala" final, dont la composition serait faite des éléments précédemment reçus, additionnés de tout ce que comptait de relations parisiennes Mme Nozières, et elles étaient nombreuses! Ce bal serait un petit événement dans la chronique locale.On serait "à la page" comme le voulait la châtelaine, c'est-à-dire bien au goût du jour, mais on s'y amuserait franchement, sans pose, ainsi le désirait Pierrette.Ce programme esquissé plut à Mme Nozières; il favorisait son secret espoir et flattait son amour-propre.Sa fille eut donc carte blanche pour agir, mais ne négligea pas, en attendant le retour des amis de Daniel, la reprise des poses.Celles-ci n'avaient été que trop écourtées et souvent supprimées, les jours de longues excursions, pour lesquelles la journée entière n'était pas de trop.Chaque matin, elle revint avec régularité; M.d'Armyngt, entre temps, travaillait sans sa présence.Le visage se détachait maintenant, expressif et vivant, d'une ressemblance exacte; la silhouette générale s'esquissait.Tout absorbé par son oeuvre, Daniel s'informait peu de ce qui se passait au dehors de la Saulnaie.Il ne vivait que dans l'attente de l'heure qui ramenait le cher modèle et jouissait alors de ce moment-là avec plénitude.Il savait trop qu'il était inutile d'ambitionner davantage; avec sa délicatesse de femme et d'amie compréhensive de ses sentiments, sinon du seul qui était le mobile de tous, Pierrette ne l'entretint que peu des intentions de sa mère; elle lui dit seulement que Rive-d'Or allait momentanément devenir un centre mondain, pour distraire ses amis, lorsque ceux-ci seraient de nouveau à la Saulnaie.M.d'Arniynt accueillit cette nouvelle avec satisfaction.Il était naturel que Pierrette voulut rendre aux Dorsett l'agrément qu'ils lui avaient procuré en les recevant à son tour.C'était aimable à Mme Nozières de s'y prêter.Il ne questionna pas davantage, le sujet ne l'intéressant pas personnellement.Par nature déjà un peu sauvage, et par caractère dédaigneux de ce qu'il est convenu d'appeler le monde, Daniel n'aimait pas les réunions.Loin de l'attirer, elles l'éloignaient.Et, dans sa condition actuelle, même l'intimité lui plaisait moins que sa solitude, si triste fût-elle.Ce fut ce qu'il ajouta, apprenant ces projets.— II ne faudra pas demander de me joindre à vous.— Oh! pourquoi, Daniel?répondit-elle pour la forme.— Moi, ma pauvre enfant, je détonnerais dans vos gaîtés.Bon lorsque c'était entre nous, mais, avec des inconnus, ce n'est pas possible.On ne va pas contre sa destinée: je tire de la mienne le meilleur parti.Quand je vous ai, il est sortable, et je ne me plains pas.En dehors, eh bien, tout plaisir est mince, je vous assure.Pourquoi donc ne pas apprendre à me suffire à moi-même ?Elle soupira.— Avec quelle sérénité d'âme vous acceptez de faire souffrir ceux qui vous aiment, en vous mettant ainsi à l'écart!.— Faire souffrir ?oh! je ne ferai souffrir personne.C'est me supposer trop de puissance.Quelques regrets, oui, je le crois, parmi mes bons amis, mais ces regrets n'ont rien de cuisant.— Daniel, Daniel, est-ce vous, la sincérité même, qui pouvez dire cela ?Est-ce que vous ne manquerez pas à moi, voyons ?Le regard de Pierrette était ému.Il tressaillit violemment, mais ce ne fut qu'une seconde; elle continuait: — Vous faites maintenant tellement partie de moi-même! je ne puis concevoir l'existence sans vous, et je voudrais tant que vous en soyez convaincu.Ah! ces paroles dont elle ne comprenait pas la portée, paroles dangereuses pour lui et qui distillaient le vertige!.Il devint pâle et chercha un appui.Elle ne s'en aperçut pas, toute à son reproche.— Vous êtes par trop sceptique, Daniel vous ne voulez pas croire à la force de mon amitié qui, de plus en plus, absorbe ma vie.Les mots que criait son âme: "Soyez mienne, alors; soyez ma femme!" expirèrent sur ses lèvres par la force de sa volonté.Non, il n'abuserait pas de cet affectueux élan pour la retenir davantage à lui; la seule réalité à laquelle il peut s'abandonner, prétendre, celle d'une amitié forte, tendre, dévouée, est déjà chose si belle pour lui, et elle l'en assurait.D'un geste de désespoir, il serra les mains.— C'est un rêve irréalisable, murmura-t-il, pensant tout haut sans le savoir.— Quel rêve, mon ami ?— Celui de penser que nous pourrons toujours nous voir comme en ce moment.Il faut se faire une raison.— Mais cela se pourra.Oh! de petites séparations, sans doute, puisque nous ne vivons pas sous le même toit, mais le revoir après n'en est que meilleur.— Oui, jusqu'au jour où vous choisirez un mari, parmi ces snobs que vous allez recevoir à Rive-d'Or.— Oh! ce jour n'est pas près, je crois, le mariage sans amour, Daniel, je n'en veux pas.Ce doit être chose horrible; n'y pensez pas pour moi.Comme elle lui semblait de plus en plus lointaine, si peu à l'idée qu'il pût compter parmi ceux qu'on peut épouser.Il se ressaisit.— Enfant, vous êtes la sagesse même.Il faut prendre le bon temps quand il est à nous, et ne pas penser à demain.— Mais si, pensons-y, au contraire.Il me semble qu'il serait temps de venir poser en costume.Vous n'y songez plus.La tête est terminée; ne voulez-vous pas maintenant habiller magnifiquement ce flou qui a la prétention d'être ma silhouette?Je suis trop immatérielle.Elle riait.— Convenu ! Arrivez demain à pareille heure, nous commencerons le travail des splendeurs.• • De nouveau, Pierrette est là, rosée par la course matinale, à travers la verdure fraîche trempée de soleil.Des pieds à la tête, elle s'est drapée dans une mante ample et légère, qui voile entièrement ses dessous.La dentelle du capuchon froncé, descendant sur les yeux, cache en partie le menu et fin visage, éclairé du rayon des prunelles bleutées.De toute sa personne émane une sorte de coquetterie inconsciente, celle de toute femme qui se sent parée.Ce sera amusant d'entendre la voix de son peintre, satisfait, approuver l'inédite composition du grand couturier, créée d'après ses seules inspirations.Sa psyché, ce matin, lui a certifié la réussite; le costume, riche dans son apparente simplicité, est un mélange de moderne et d'ancien fort bien compris.Le portrait de Pierrette, ainsi vêtue, n'accusera aucune époque, ne pourra dater.C'est ce qu'elle désire.Daniel est à son poste, dans le vaste atelier où toute la gloire de l'été pénètre.Une ventilation intelligente le fraîchit.L'ombre des grands stores blancs tamise la chaleur, en même temps que la lumière.Du reste, il est relativement tôt; le soleil, arrivant de côté, n'a pas encore sa force.Pierrette et son peintre ont les habitudes matinales des gens qui ne craignent pas, s'il le faut, de s'éveiller avec l'aurore.Ils aiment l'un et l'autre à s'imprégner de la première haleine vivifiante du jour commençant.— Me voici! Bonjour, Daniel, dit Pierrette, passant légère le seuil et venant à lui.Il avait entendu l'arrêt de l'ascenseur et se tenait près de la porte.Mais elle ne lui laissa pas le temps de placer une parole, tellement animée par la course et le plaisir.C'était la folle petite fille d'autrefois.— Oui, me voici en Cendrillon, mais dans toute ma gloire en dessous.Et je suis CROQUEZ-LES SUR LE VIF par BELL & HOWELL Le meilleur caméra cinématographique personnel.Faites durer vos vacances douze mois "Un souvenir de ce que vous avez vu".THE FILM AND SLIDE COMPANY OF CANADA LIMITED a ?!?104, EDIFICE DRU M MONO MONTREAL Page W La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 LE CŒUR CHEMINE enue à pied, ne vous déplaise; en grande oilette à cette heure, c'est plaisant.Dans notre sentier d'autrefois, on ne voit que moi, les martins-pêcheurs et les fleurs d'or! "C'est pourquoi je l'aime.Il me permet toutes les fantaisies; celle de venir à vous, en robe du soir, à huit heures du matin, n'est pas la moins originale! Je me suis gardée hier d'annoncer ce projet à maman.Il m'aurait fallu l'auto, la femme de chambre, des cartons à n'en plus finir."J'ai simplifié la question, et le protocole maternel l'ignorera toujours.Sous cette humble mante de Peau-d'Ane, personne ne peut deviner, avant vous tout à l'heure l'apparition que doit immortaliser votre pinceau, ô mon peintre! Un très jeune rire faisait étinceler en étoiles les yeux habituellement sérieux de la jeune fille.Gagné par cette gaité entraînante, il l'avait écoutée debout et s'approchait d'elle avec l'intention de l'aider à se débarrasser de sa mante.— Dans votre effervescence, petite chrysalide, lui dit-il rieur aussi, vous ne me laissez pas le temps de répondre à votre bonjour.Pierrette s'éloignait comiquement; il la suivait.— Oh! Daniel, supplia-t-elle, demeurez là et fermez les yeux.Je vous dirai lorsqu'il faudra les rouvrir.La chrysalide va devenir tout à coup papillon; elle veut dé-l>ouiller elle-même son enveloppe.— Que vous êtes enfant, Pierrette! Mais, docile, il lui obéissait.En deux pas, elle fut sur l'estrade de pose; puis, face à lui, d'un geste délicat et prompt, rejetant derrière elle le manteau à capuche qui retomba au loin, la jeune fille prit l'attitude gracieuse et artistique convenue d'avance.— Regardez, maintenant, monsieur mon peintre, suis-je digne de passer ainsi, grâce a vous, à la postérité ?Daniel avait rouvert les yeux à la lumière dorée.11 la regardait comme une merveille inconnue, comme une fée, comme un elfe fin et blanc.Les plis soyeux et souples de la robe liliale n'étaient en rien froissés.Ils tombaient, enserrant avec grâce le corps svelte, qu'ils enveloppaient sans l'accuser.De délicates broderies d'argent, formant des lis, montaient de côté jusqu'au décolleté chaste.C'était frais, jeune et charmant.Pierrette ne réitéra pas sa question: "Suis-je bien ainsi ?" le regard de Daniel étant une suffisante réponse.Silencieusement, il se mettait au travail après ces simples mots: — Vous avez un goût exquis, Pierrette.Comme il faisait doux, comme il faisait bon dans l'atelier fleuri.Pendant un long moment, on n'y entendit que le bruit à peine saisissable d'une soudaine pluie de pétales qui tombaient d'un bouquet de roses soudainement effeuillées.La main fébrile du peintre, saisissant sa palette, avait heurté le vase où se mourait leur gloire! Dans ce silence, Pierrette réfléchissait.La jeune fille n'avait pas reçu de son ami les louanges escomptées et, pourtant, se sentait plus doucement satisfaite de sa calme approbation que s'il l'eût saluée d'un cri d'enthousiasme.Ami protecteur et sûr, il la regardait toujours comme la petite compagne enfant, confiée à sa garde.Avec lui, elle se sentait, quoi qu'elle fit, en pleine et simple sécurité.Pierrette se laissa envelopper, songeuse, par ce grand souffle de confiance, le regard enfui vers les mystérieuses profondeurs de cette joyeuse et pacifiante ivresse qui chantait, en elle, une chanson sans mots, dont le sens lui échappait encore.La voix de Daniel l'éveilla; elle tressaillit comme au sortir d'un vrai sommeil, ressentant une vague lassitude.— Petite amie, j'ai jeté l'ensemble de votre jolie toilette.Mais vous devez être fatiguée ?Il venait lentement lui offrir la main pour la descente de l'estrade.— Fatiguée ?je ne crois pas.Si, un peu tout de même.Je dormais je crois, les yeux ouverts; en tout cas, je rêvais.Sans accepter son aide, elle marchait vers la toile.— Oh! Daniel, comme c'est réusi.Commeitt avez-vous fait cela si vite?Il y a donc longtemps que vous peignez?C'est vous qui devez être las! — Le temps ne m'a pas paru long, sourit-il; cependant, je serai bien aise de m'é-tendre.Mlle Nozières poussa vers lui la chaise longue.Il s'y laissa tomber un peu anéanti, mais l'air satisfait.Avant de s'asseoir également, Pierrette avait saisi sa mante et s'en enveloppait, dans un instinctif ressaut de réserve pudique.Les visiteurs de Mme Nozières sont réunis pour la première fois à Rive-d'Or.D'animées parties de tennis seront suivies de charades.Cela doit occuper l'après-midi.Un souper clôturera la réception; tous se disperseront après, sans veille.C'est le prélude.Il y aura trois autres réceptions du même genre, avant le grand bal.Les Américains se montrent charmants.Leur seule présence met la vie, l'ardeur.C'est l'excitation joyeuse, dont le long Jasper et sa sœur Evie sont le centre et l'âme.Les autres suivent, entraînés, et l'on s'amuse, comme l'avait voulu Pierrette, sans snobisme et sans pose.Mme Nozières paraît ravie et leur fait mille avarices.La petite Josée déborde de joie.Jamais elle ne s'est vue à pareille fête.C'est d'ailleurs à qui s'occupera de la jolie enfant, que Gerty en particulier, a accaparée tout de suite, séduite par son bagout spirituel qu'elle excite.Josée n'avait pas revu Daniel depuis le jour où, jalouse et intimdée, elle le déclarait laid, pour taquiner sa jolie tante.L'histoire de son accident, de sa maladie contée devant elle, l'ont vivement impressionnée.Elle se le représente depuis comme un personnage de légende, qu'elle ne verra plus désormais, parce qu'il est en petits morceaux et qu'un rien peut de nouveau le mettre en miettes.Cette représentation imaginaire lui inspire une crainte mêlée de grande compassion et telle que l'enfant n'a jamais osé en parler ni à sa grand'mère ni à sa tante.Le nom de M.d'Armyngt est prononcé entre les deux femmes, avec réserve et un silence de pitié.Cela a confirmé l'enfant dans son idée extraordinaire.Mais, sachant que les Américains sont logées à la Saulnaie, mise en confiance par la jolie dame qui a les yeux si longs, si doux, Josée s'est aventurée à parler du "pauvre monsieur".Elle a demandé de ses nouvelles avec réticence.Gerty, touchée, l'a couverte de caresses.Alors, enhardie, la petite, craintivement, questionne: — Il ne viendra pas, le monsieur, ce soir ?— Non, chérie, il n'a pas voulu.— Et vous le voyez ?— Mais oui, tous les jours.— Vous le touchez?Est-ce qu'il embrasse ?Est-ce qu'on peut prendre sa main ?La jeune Américaine n'a pas compris, ne sachant pas quelle singulière vision se figure l'enfant.Mais, à l'idée d'un baiser évoqué, son âme d'amoureuse se trouble.Elle a rougi malgré elle et s'est tue, sans répondre.Josée n'a pas osé pousser plus loin ses interrogations; sa curiosité, insatisfaite, est restée déçue.Sans se douter qu'une autre pense à lui, Pierrette, qui fait les honneurs avec entrain, n'oublie pas non plus l'absent.Mlle Nozières à Rive-d'Or n'est plus le docteur Nozières; elle a déposé la réserve un peu fière, dont volontiers elle voile dans le monde sa naturelle expansion.Son regard s'éclaire, sa bouche sourit ; Pierrette en congé s'anime, devient ce que sa mère lui reproche tant de ne pas être: une femme, avec des Instincts de femme, non cette création étonnante, trop moderne, dont les occupations plus viriles que féminines absorbent sa vie et la déroutent du sentier commun.Toujours sérieuse au fond, toujours éprise des austères et intéressantes études de l'art chirurgical, la jeune fille s'avoue que cet art ne peut remplir sa vie.Il lui est et lui sera difficile a cultiver pratiquement.Ne se voit-elle pas tout a l'Iieure impuissante à soulager, à guérir l'inertie des membres de son malheureux ami ?Ses mains sont liées vis-à-vis de ce malade qu'elle ne peut traiter.Mlle Nozières a senti que sa seule influence morale, et non sa thérapeutique, peut agir sur lui.Donc, elle s'applique désormais à être surtout femme pour lui plaire et le contenter.Peut-être alors sera-t-elle plus apte à le persuader de l'essai d'un traitement qu'il repousse toujours parce qu'il ne croit guère à son efficacité.Six semaines seulement se sont écoulées, depuis que l'ami d'enfance est revenu.Plus qu'autrefois, Pierrette constate qu'elle lui est profondément attachée.Il fait désormais partie de sa vie, en devient même le premier mobile; elle est heureuse quand elle le revoit; il lui manque quand il est loin d'elle.Tout ce qu'elle fait, ce qu'elle dit, c'est avec l'obscure et inconsciente intention d'avoir la joie de le lui répéter, afin qu'il y participe.Et bizarre contradiction: la jeune fille prononce rarement le nom de Daniel, redoute qu'on lui en parle.Il demeure dans sa pensée, et cela sans l'absorber, sans la distraire de tout ce gai mouvement auquel elle prend part, l'esprit présent, l'âme dilatée.Pierrette, heureuse de vivre ne se demande pas pourquoi.Soncoeurchemine.• * • — Miss, miss, on nous attend pour le "dernier".Pierrette apparut en toilette de bal.— Monsieur Jasper, vous êtes bien pressé.Il me fallait le temps de changer de costume.Dorsett, drôlement, fit le geste d'être ébloui.— Pressé ?je le suis, je vous assure.Songez donc: je dois, à vos pieds, vous faire entendre, à genoux, une brûlante déclaration.Or, cela ne m'est permis que sur les planches; ce qui est dur, sans jeu de mots, ajouta le grand gosse dans un rire éclatant auquel la jeune fille fit écho.— Et ne faites pas de gaffe, surtout, recommanda-t-elle; ne prononcez pas le mot de la charade.Le public doit le deviner.Notre "premier" a été très réussi; le "second" eut un succès de gaité; il faut que le "dernier" les déroute.Soyez le mari amoureux, sentimental, que je trouve grotesque, assommant! c'est le mot.— Naturellement, avec vous, miss, c'est toujours ainsi.— Je vous planterai là agacée, et vous continuerez dans le vide, parlant emballé, sans vous apercevoir que votre femme n'est plus devant vous.Vous avez bien saisi ?alors, allons-y.Mlle Nozières, éclatante de beauté, scintillante des diamants maternels, suivie du grand Jasper, en habit, l'air penaud, ahuri et extasié à souhait, fait son entrée, salués l'un et l'autre par des bravos chaleureux.— C'est le couple rêvé, murmure très bas la voix d'Evie à l'oreille de son mari.Elle s'amusait royalement.Mme Nozières avait Génor à côté d'elle et recueillit l'exclamation, quoique étouffée.Sa figure peignit le contentement.Oui, le couple rêvé! et l'idée en venait à la propre sœur de Jasper! Quel atout dans son jeu.Tout marchait au gré de ses désirs; le jeune Américain, rieur toujours, n'en était pas moins devant Pierrette comme un grand point d'admiration perpétuelle.Celle-ci le traitant un peu en gamin, c'est vrai, mais elle était très gentille avec lui, n'organisant rien sans son concours, et sa physionomie changée la transformait a-gréablement.Allons, tout allait bien; on ne laisserait pas repartir de France les Dorsett, sans régler la question mariage au gré des intéressés.Avant cela, elle irait trouver d'Ar-(SutU à la page 42) v bèstprocura^ ^îOldHighlanpWhi^ 1U(WBay Compaq -.• a H B C SPECIAL 'BEST PROCURABLE" SCOTCH WHISKY .Seulement un produit de mérite aurait pu maintenir sa réputation pendant plus de 200 ans.Un Whisky distillé de malts vieilli* .on Whisky embouteillé en Ecosse .un Whisky de distinction.Achetex H B C "Best Piwnrable" Spécial dans les magasins de la Commission des liqueurs de Québec mCO*"*0«ATIO 2 MAY I6TO La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S 1 Page Ul De Véducation physique et sportive des jeunes filles UN très grand nombre de femmes redoutent la gymnastique, ne voulant pour rien au monde, disent-elles, avoir aux bras, aux épaules ou dans le dos, de gros muscles qui risqueraient de les rendre ridicules avec les modes actuelles.Elles ont raison.Il faut haïr les formes massives, les muscles noueux et courts.Mais les muscles longs sont les vrais muscles de beauté et la méthode française tend à la formation de ces derniers.Rien n'est plus laid que des formes molles, inertes.Pour le corps, ce sont les variations des modelés musculaires qui caractérisent le véritable développement esthétique et expriment l'intensité de la vie.La jeune fille peut et doit se livrer aux exercices du corps, mais elle n'a rien à gagner au sport dans sa conception actuelle, pas même la beauté, encore moins la santé.Nous ne saurions lui recommander, par exemple, de jouer au foot-ball ou de pratiquer le cross-country, tant ces démonstrations sportives sont pour le sexe qualifié de faible, antihygiéniques.Nous ne pensons pas que le triomphe du féminisme consiste précisément, ainsi qu'une école nouvelle le voudrait démontrer, dans l'abolition de tout ce qui peut différencier la femme de l'homme.Il convient sans cloute que les femmes pratiquent les sports et fassent en premier lieu de la culture physique, mais sans pour cela, "singer" le sexe dit fort et laid, en faisant litière de toutes les considérations physiologiques.Il a bien été dit que ce n'est pas chez la femme qui fait de la bicyclette et des sports, ni chez la fille de ferme, ni chez les malheureuses qui pour gagner leur vie se contorsionnent sur les places publiques, pour amuser les badauds, qu'on trouve le plus d'accidents abdominaux, de déplacements d'organes, avec leur cortège de douleurs, mais bien au contraire chez la femme entourée de mille soins, et qui ne fait pas le moindre mouvement sans d'infinies précautions.La première est souvent mère d'une nombreuse famille, chez la seconde, une descente de voiture, de wagon, une chute, un faux-pas, la condamne au repos, voire même à la stérilité.C'est aux mamans de veiller au développement corporel de leurs fillettes, et de les mettre en garde contre toute extravagance.Plus que quiconque, elles doivent savoir que la beauté n'est pas une question de mode, mais une question de santé et de physiologie, et que, par là, elle est invariable.D'où leur impérieux devoir de veiller aux dos précocement voûtés et aux poitrines creusées par de trop longues incurvations sur les livres; de prêter attention constante aux échines faussées et affaiblies par une excessive immobilité quotidienne, de même qu'aux ventres démusclés et "dessanglés" de leurs enfants.Jusqu'à dix ou douze ans, fillettes et garçonnets ont le même besoin de remuer, d'où l'impérieuse nécessité de les satisfaire de la façon la plus naturelle possible.Il va sans dire que l'éducation physique est alors la même pour les deux sexes, soit, éminemment hygiénique.| Parla suite, vu que la femme accuse au dynamomètre une force musculaire moindre que celle de l'homme, il faudra varier l'intensité des exercices, et mettre tour à tour à contribution, les parties du corps féminin que l'on veut harmonieusement développer.Et nous estimons que la jeune fille ne doit aborder le sport qu'après y avoir été préparée par une éducation physique méthodique et rationnelle.Par Jean-A.LATTE Professeur d'éducation physique au lycée de Bordeaux, France.Laisser pratiquer le sport féminin avec l'intensité et l'exagération actuelle sans aucun frein, ni contrôle, c'est aller involontairement au-devant de graves conséquences physiologiques et compromettre d'une façon profondément regrettable les résultats cherchés, tant au point de vue du développement physique et moral de la femme et de sa santé générale, qu'au point de vue de l'amélioration de la race.Des erreurs de cette nature suffisent à justifier l'hésitation que nous constatons dans les familles quand on Pour acquérir souplesse et légèreté demande aux parents d'envoyer leurs fillettes aux cours de gymnastique.Ce que l'exercice doit procurer à la jeune fille, c'est avant toute chose, la santé et l'équilibre physiologique.C'est, ensuite, l'entretien et la prolongation de l'aspect juvénile.Chères lectrices, vous ne pouvez toutes être belles au sens morphologique du mot; mais toutes vous pouvez acquérir, et conserver longtemps dans votre démarche, la grâce, la souplesse et la légèreté qui caractérisent l'allure de la jeunesse.Puis, n'est-ce pas l'éducation physique qui fera circuler dans le corps de la jeune fille, un sang plus riche qui assouplira sa musculature, harmonisera le clavier nerveux,et qui,enfin, sera, pour la future mère de famille, une école de moralité et d'énergie.En notre époque fiévreuse, où la femme a pris tant de rôles à l'homme, au bureau, à l'usine, à l'atelier, au magasin et dans les carrières libérales, il n'est rien de comparable à la culture physique pour lui permettre de remplir dans la plénitude de ses moyens, ces susdits emplois.La compétition sportive n'étant pas faite pour le sexe affectif, les éducatrices et les éducateurs doivent bannir de leur enseignement, le sport qui représente uniquement la culture de l'effort personnel intensif.L'on ne doit pas chercher en effet, à donner de gros biceps à la jeune fille.Pour ce faire, elle s'abstiendra de lutte, de boxe, de cross-country, et d'agrès.Dès l'école primaire, on apprend avec juste raison aux fillettes à sauter, à courir, à grimper, tels des garçons, trouvant en cela le moyen de préparer en elles, les femmes solides, saines et belles de demain.Et surtout ne protestez pas contre la dernière de ces qualités: elle a une grande importance dans la vie.A parler franc, une femme qui a de l'allure sera toujours mieux accueillie, où qu'elle se présente.Une atmosphère de sympathie se crée autour d'elle, lui donne plus de confiance et lui facilite le succès.La souplesse et la vigueur ont remplacé l'indolence et la mollesse onduleuse dans le critérium de la beauté féminine.Il est donc indiqué aux jeunes filles de rechercher les effets généraux de l'exercice, plutôt que ses effets locaux.Ainsi, la marche, la course, la danse ("cette poésie des mouvements") les sautillements, le tennis, le basket-ball (n'est-ce pas sympathiques canadiennes?) \evoUey-ball, les exercices avec massues légères, sont parfaitement suffisants, avec la natation.Du moment qu'il ne saurait être question de transformer nos chères compagnes du sexe charmant en athlètes, ni de leur faire battre des records, nous devons écarter de leur enseignement gymnique, le football (réservé à une élite.) les mouvements avec haltères, et les exercices aux anneaux qui ne conviennent ni à la femme, ni à la jeune fille.Ces derniers tendent à voûter les épaules, et par cela même arrondissent le dos, laissant en repos des groupes musculaires, par concentration du travail dans la partie supérieure du corps.Il est bon également de ne pas abuser de la corde lisse (les cordes jumelles étant préférables,) pour ne pas développer à l'excès les pectoraux qui, comprimant la poitrine, gêneraient le jeu du thorax.Quant aux "barres parallèles", tous les orthopédistes s'accordent à le reconnaître: elles tendent à relever les épaules.Seul, en notre esprit, l'excès est critiquable.Par contre l'escrime des deux mains est recommandé, tant l'action des muscles du bassin, et des extenseurs de la cuisse est grande.Et si l'on en croit le docteur Lagrangc, l'escrime serait le seul exercice artificiel qui conviendrait aux femmes.Elles ont, p.irait-il, plus de finesse, plus de doigté (au propre doit suffire ), plus d'adresse que les hommes.L'équitation, réservée à l'aristocratie, pour des raisons bien simples, présente quelques inconvénients.La danse, ce divertissement-roi, n'est pas, comme il semble, un amusement frivole.Pour tout hygiéniste, et pour votre modeste et encore jeune serviteur, c'est un exercice combiné, sorte de mélange cadencé de rythmique, de course et de marche.C'est un sport plein d'agrément et de gaieté, partant tonique, et dont la pratique donne au corps la légèreté, la force et la souplesse.Tout en développant les membres inférieurs, la danse active la fonction maîtresse (la respiration).Elle est incontestablement le meilleur remède à la chloroanémie, et à la neurasthénie.Ce serait un des plus hygiéniques divertissements, s'il avait toujours lieu en plein air.Hélas, je vous dois toute la vérité.Les palaces, les dancings aussi vastes que somptueux ne prévalent point contre la "botte", "la bonbonnière".Il est à croire que le plaisir de danser ne peut se prendre qu'à l'étroit.Cela dit, sans acrimonie aucune.(Droits réserves) (A suivre) Page U2 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1931 LE CŒUR CHEMINE (Suite de la page 40) myngt pour le prier secrètement d'intervenir auprès de Pierrette.Durant ces réflexions, la scène drolatique se poursuivait et se terminait au milieu des rires soulevés.Mlle Nozières, disparue prestement dans les coulisses, remplacée adroitement par Gerty, en femme de chambre, regardait et écoutait très égayée le grand Américain qui, paraissant ne pas se douter de la substitution, continuait à débiter ses phrases enflammées à la ca-mériste, dont le regard langoureux, éclairé de galté, était plus joli que jamais sous le petit bonnet de circonstance.Après le rappel des acteurs, Jasper, encore tout animé, rejoignit Mlle Nozières.— Miss, êtes-vous satisfaite de votre pantin?Me suis-je montré suffisamment idiot ?Vous auriez pu donner ce rôle à un de ces jeunes Français, vos voisins.Tous sont comme moi à votre service, yuel plaisir trouvez-vous à me choisir de préférence quand il s'agit de me rabrouer, comme tout à l'heure ?Et dire que cela ne m'empêche pas.Pierrette l'interrompit: — Allons, allons, monsieur Dorsett, ne continuez pas hors la scène vos jolies bêtises.Si je vous choisis comme partenaire, c'est que nul autre ici ne saurait rendre, aussi bien que vous, les rôles désopilants qui vous sont confiés.Miss Gerty, n'est-ce pas exact ?La jeune Américaine enlevait sa coiffure remettait ses boucles en état; elle sourit malicieusement.— Mon frère est un acteur de premier ordre, et il le sait; sa modestie actuelle ne me trompe pas en ce moment; il mendie votre louange, miss, celle-là seule lui tient au cœur.Gerty envoyait à Jasper un regard de chaud encouragement.Pierrette tendit la main gentiment au jeune homme.La figure de ce dernier s'illumina.— Alors, miss, vous ne me trouvez plus "assommant", dit-il, continuant la plaisanterie.Je n'aurai pas usé en vain mes genoux, vous assurant que vous êtes la perle des femmes ?— Plaignez-vous, monsieur le douillet, le tapis est épais et doux, vous pouviez vous y traîner sans dommage.— Et mon cœur torturé, miss, que vous remisez sans pitié toujours ?La jeune fille n'insista pas; elle prit la main de Gerty, l'entraînant vers la porte; ils étaient tous les trois encore dans la pièce servant de coulisse.— On va souper dans un instant, dit-elle; et, pour consoler le jeune Américain qui la regardait indécis de savoir s'il lui avait déplu, elle lui jeta en riant: — Nous, les artistes, serons à la même table; vous et moi présiderons, et l'on ne boira que du Champagne; cela remettra vos genoux en état, et votre moral au point, monsieur Jasper.* * * L'auto de Mme Nozières décrivit une élégante parabole, et s'arrêta face au vieux porche de la Saulnaie.Elle en descendit seule.La châtelaine, taisant son projet, avait expédié Pierrette et Josée à la petite ville, en vue de divers achats très urgents.Elle voulait tenir secrète sa visite à Daniel.Sa fille l'ignorerait présentement et plus tard.Au bruit de la sirène, le boy accourut, l'introduisit.— Je vais prévenir Monsieur.Monsieur est dans son atelier.Si Madame veut entrer au salon.— Non! annoncez seulement Mme Nozières.Je monterai vers lui; inutile de le fatiguer, montrez-moi le chemin, je vous suis.Mme Nozières connaissait peu le logis, n'y ayant fait qu'une seule apparition, lorsque, instruite par la lettre de Pierrette, elle était accourue prendre des nouvelles du pauvre accidenté.— Bonjour, Daniel, bonjour, mon cher enfant, lui dit-elle, tandis qu'il se dégageait doucement du siège où il lisait pour venir à la visiteuse.Mais vous avez une mine superbe! vous êtes transformé depuis le temps où j'ai eu le plaisir de vous approcher.— Bien peu transformé, madame, sourit gravement M.d'Armyngt, baisant la main offerte.— Mais si, si vraiment; vous avez votre apparence d'autrefois, Pierrette me l'avait dit.Oui, sincèrement, mon ami, continuait-elle, malgré l'expression désabusée que revêtait la physionomie du jeune homme, je le trouve.Evidemment, la souplesse manque toujours, mais, je vous assure, on s'en aperçoit aussi peu que possible.Vous avez une aisance de mouvements étonnante chez.— Un monsieur empêtré, n'est-ce pas?dit-il, venant à son secours.En tout cas, madame, vous êtes bonne d'essayer de me le persuader.Mlle Pierrette et Josée sont en bonne santé ?— Excellente, merci; elles sont en courses à Valmont.J'irai les reprendre au train, ce soir.Vraiment, quelle installation princière vous avez ici, Daniel, je conçois qu'elle vous invite à travailler.A propos, et le portrait avance-t-il ?On dit que vous le cachez à tous les regards.Pierrette n'en parle plus; sans doute, elle respecte la consigne: rien dire, rien laisser voir; la surprise sera complète.— Mon Dieu, madame, c'est peut-être excessif de ma part, mais je ne travaille avec fruit qu'en tête à tête avec mon aimable modèle, à l'abri de tout conseil admira-tif ou critique, l'inspiration libre; les retouches viendront après, si on les juge nécessaires.A l'heure des derniers coups de pinceau, je serai prêt à changer telle ou telle chose de détails.Mais, ajouta-t-il respectueusement, il est bien entendu, madame, que si exception doit être faite, elle vous concerne.Je suis prêt à satisfaire votre désir dès maintenant.Daniel esquissait le mouvement de se lever.Mme Nozières mit sa main sur le bras de son hôte.— Non, non, mon cher enfant; je comprends fort bien vos idées en fait d'art, il n'y a pas de petites choses, tout doit être Aidons les aveugles Pourquoi cette vieille théorie répandue dans la société depuis malheureusement trop longtemps, que les aveugles sont des charges .111 public, des gciii us êtes dit: "Mon ami est seul, il en est l; dheureux; je ne veux pas qu'il souffre; '"a présence le consolera, compensera tout ce qui lui manque.Je l'aime trop réellc-1 ient" ?Vous voyez combien je le crois, ' imme je le sens, Pierrette?Vous m'ai-1 liez trop réellement pour vouloir m'aban-1 'inner.Et, comme vous savez que le i ionde jaserait si vous veniez vivre près 1 e moi, toujours, vous avez trouvé cette 1 lerveilleuse, idéale idée, 6 ma fée bienfai- inte! de m'olTrir de devenir ma femme.LE CŒUR CHEMINE "Mais je me sentirais méprisable d'accepter ce dévouement; pour me rendre infiniment heureux désormais, il me suffira de penser que votre attachement vous a poussée jusqu'à vouloir être mienne, ô chérie, chérie entre toutes! Pierrette l'écoutait sans avoir bougé, gardant la place, la posture qu'elle avait choisie.Elle sentait passer sur ses cheveux le souffle oppressé de celui qui tenait à remplir tout son devoir et qui baisait entre chaque phrase, comme pour s'en donner le courage, les frissons légers de la blonde tête.Quand Daniel s'arrêta, les grands yeux clairs se relevèrent sur les siens.Ils avaient le malicieux sourire qu'il aimait tant.— Vous avez fini ?vous êtes à bout d'arguments ?Elle arrêtait sur lui ses larges prunelles bleues en lesquelles brillait une lueur d'amusement.— Eh bien! la conclusion de tout ceci est-elle sérieuse ?Un homme grave, arrivé, qui sait la vie sur le bout du doigt, tel que vous enfin, peut-il avoir bien profonde et bien réelle la conviction décevante des choses que vous me présentez ?Vous m'aimez avec tout votre être, Daniel, sauf avec votre raison.mais je n'ai pas peur de votre raison.Je sais si bien qu'elle me regretterait comme votre coeur, si je vous prenais au mot ! Et vous le tavez bien aussi.Vous n'avez pas le droit de discuter mon bonheur, je l'ai mis en vous.Vous êtes le seul homme en qui j'ai l'absolue confiance, le seul dont je désire la présence toujours, le seul dont je rêve quand mon cœur souffre de n'être pas aimé.Laissez-nous essayer d'être heureux; comme tous deux, nous en avons soif! Vous m'apprendrez à être ce que vous voulez que je sois, à valoir autant que vous; sages entre les sages, nous ne nous sommes pas conquis mutuellement par surprise; l'amour est venu peu à peu, dites si ce n'est pas vrai ?Quand on se connaît depuis l'enfance, est-ce qu'il y a des désillusions à craindre entre soi ?"Je vous ai laissé me dire vos objections, vos craintes; à mon tour de les discuter, de les réduire au néant, homme de peu de foi.Daniel voulait l'interrompre; la main de la jeune fille se posa de nouveau sur sa bouche.— J'irai jusqu'au bout.Mondaine, je ne le suis pas; vous savez mes opinions sur le monde.Laborieuse, avec quel plaisir je travaillerai sous vos yeux et pour vous seul, car," lorsque nous serons mariés, le docteur Nozières n'existera plus, ou, du moins, changeant de nom, il se consacrera au seul client qui l'intéresse désormais.Et vous verrez, Daniel, mon cher fiancé, qu'avec mes soins — vous ne les repousserez plus alors — et le bonheur aidant vous redeviendrez l'homme solide que vous regrettez tant ne plus être.M.d'Armyngt, une seconde fois, essaya de parler.Elle l'arrêta d'un nouveau geste.— Si vous jugez à propos de me rejeter de votre vie, je m'y refuse tout simplement.Vous êtes mon bien, je le garde.Vous n'êtes plus libre: l'indépendante que je suis n'admet pas un refus, Daniel! Elle s'arrêta.Ah! qu'elle l'avait bien convaincu, ouvrant enfin si largement, comme il le souhaitait tant autrefois, sa jeune âme de passionnée, droite et fière.Pierrette apparaissait d'autant plus désirable qu'elle était là, exigeant de lui le droit de se donner.Un irrésistible élan abolit en Daniel toute autre volonté que celle qui s'impose, un de ces élans qui comprennent et partagent toutes les généreuses folies, devant lesquels sombrent les calculs de la froide sagesse.— Pierrette, je vous aime comme vous voulez l'être: soyez mienne, devenez ma femme; toute mon existence, je me souviendrai que vous êtes venue à moi me recherchant tel que je suis.Longuement, ardemment, il couvrit de baisers les yeux, le front, tout le beau visage confiant qui se livrait pour la première fois à la douceur de caresses ignorées d'elle jusque-là.- En ce moment, Daniel n'adorait pas seulement la grâce de la femme, la forme exquise, les prunelles gaies et profondes, la bouche hautaine devenue caressante; l'homme respectueux et grave aimait par-dessus tout l'âme vierge qui, pour lui, s'était gardée.Déjà il se sentait plus fort, plus jeune, heureux divinement.Tout bas, il remer- ciait le Dieu compatissant de lui avoir envoyé son ange.Mais il fallait s'arracher à l'extase; l'heure passait.Mlle Nozières n'était pas encore son bien.Daniel savait qu'elle n'avait que le temps de regagner Rive-d'Or avant le crépuscule.— Ma petite fiancée, dit-il, il ne faut pas retarder le dîner de votre mère.Sa mère! Pierrette pensa soudain qu'elle ignorait tout de ces choses.Une ombre, puis un sourire, se succédèrent sur son visage transfiguré.— Oui, vous avez raison, il est l'heure de se quitter, et nous aurions tant à nous dire encore! Mais je reviendrai demain, après le départ de M.Dorsett, auquel je n'ai nullement donné rendez-vous.Ce rendez-vous, votre imagination l'a forgé de toutes pièces, monsieur.Il riposta: —¦ Comme la vôtre inventait l'amour de la petite Gerty, pour votre serviteur, mademoiselle.— Hum, hum, enfin, peut-être était-ce seulement ma jalousie.Je me suis découverte jalouse.Daniel; me connaissiez-vous ce défaut ?— Je crois ne savoir que vos qualités, Pierrette.La jalousie à mon endroit en est une qu'il m'est précieux de voir naître en vous.Elle sourit.— Quand parlerez-vous à votre mère, Pierrette?Ce soir?interrogea M.d'Armyngt.Elle va pousser les hauts cris; je serai pour elle le gendre indésirable entre tous; je ne me fais pas d'illusions.Préparez vite les voies à ma demande.— Non Daniel, je ne parlerai pas ce soir, fit-elle, l'air très réfléchi.J'ai besoin de chercher la formule voulue, pour faire accepter à ma chère maman, sans amener la foudre sur moi, l'annonce de ces fiançailles trop modernes, auxquelles rien ne l'a préparée.M.d'Armyngt, comme elle, ne put s'empêcher de rire.Les deux fiancés redevenaient enfants, au contact du bonheur qui les animait.Ils se trouvaient au seuil de la maison; la jeune fiancée s'arrache, en riant, des bras qui l'enlacent, brusque l'adieu et part en courant.Au bout de la terrasse, elle se retourne; de la main, il envoie un dernier baiser.Elle n'ose y répondre dans la crainte qu'un autre que lui ne surprenne le joli geste caressant et s'engage enfin dans le sentier connu.Malgré ce qu'elle en avait dit à Daniel, Mlle Nozières ne craignait nullement les foudres maternelles, quant à la décision prise en dehors des usages reçus.Sa mère connaissait assez ses façons d'agir pour s'étonner outre mesure qu elle arrangeât seule une affaire qui, en somme, la regardait d'abord.Elle aurait fermé les yeux sur l'entente préalable des intéressés.Non, si Pierrette reculait l'annonce de son mariage avec M.d'Armyngt, c'était dans la crainte d'avoir à entendre des propos blessants qui, de la part de Mme Nozières mécontente, atteindraient de loin celui qu'elle aimait.La jeune fiancée pourrait-elle supporter cela en silence ?sans manquer au respect filial qu'elle tenait à observer ?Pierrette voulait se recueillir, peser à l'avance les mots, les réponses aux objections, afin que rien d'irréparable ne pût se produire.Pour le bonheur de son futur ménage, il fallait préserver l'avenir de tout rapport trop tendu.L'OISE AT BLEl Il suffit que les jeunes le voient pour vouloir se le procurer.Ce numéro publie "un enfantillage" charmant de Miche Ile Le Normand intitulé Lo- lotte et Chiffon, le Questionnaire de la jeunesse de M.Etienne Blanchard, p.s.s., Belle bergère, poésie d'actualité de Lionel Léveillé, la lettre à Marthe, de Mireille, sur Montcalm, la Leçon de nos Monument*, d'Etienne de Lafond, la Correspondance de Fauvette, le concours mensuel, historiettes et bons mots, une biographie de l'intendant Talon, etc.Dans le série de Nos Chansons populaires, M.E.-Z.Massicotte, folklo-riste, publie cette fois, Meunier tu dors, ronde ritournelle, illustrée par Dubois.Un vol de canards passe à tire d'aile, au-dessus d'un moulin qui n'est autre que le vieux moulin de Verchères.Le feuilleton, A Cécole des héros de Mlle Marie-Claire Daveluy, fait la joie des jeunes.L'auteur décrit de jolies scènes qui se déroulent dans un cadre pittoresques près des Trois-Rivières.Abonnement : 50 sous par année.Spécimen gTatuit sur demande.Ecrire sans tarder à FOiseau bleu, 1182, rue Saint-Laurent, Montréal.H>\Tl S Hll U l M WTS CANADIENS Par Marjolaine M.Albert Lévesque, éditeur, annonce la parution d'un nouveau volume "Contes pour enfants canadiens", par Marjolaine, paru dans sa série de livres de prix: "Les Récompenses".Ce livre, comme les précédents publiés dans la même série, se fait remarquer par son apparence élégante et son format pratique, tout désigné comme livre de récompenses scolaires.Sa couverture artistique en trois couleurs et ses quatorze illustrations intérieures par James Mclsaac, lui donnent un véritable caractère de livre de prix que devront apprécier les éducateurs.Dans ce volume-ci, Marjolaine s'applique à étudier des moeurs et à décrire des paysages bien canadiens.D'une portée morale incontestable, ses histoires et ses contes révèlent la vie intime des gens de chez nous.Les jeunes se délecteront à leur lecture; ils sont écrits pour eux dans une langue simple et claire, imagée et pittoresque."Contes pour enfants canadiens" se vend $0.50 l'unité, à la LIRRAIRIE D'ACTION CANADIENNE FRANÇAISE et dans toutes les bonnes librairies.Le lendemain matin, ce fut Mme Nozières qui, ne se doutant de rien, ouvrit le feu.Elle vint trouver Pierrette.— Tu étais hier à la Saulnaic, mon enfant, et tu ne m'as pas dit si nos amis y sont encore ?— Ils sont partis, mère, mais Mr.Jasper y revient aujourd'hui, seul, pour le dernier adieu.— Ah! fit la châtelaine attentive; il prolonge encore son séjour en France, peut-être ?— Je ne crois pas; il rejoint New-York avec les autres, pour ne revenir que dans lie lune.-.Micas De long mois, disait sa fille.Pel ouses et les Jardins y NiVeunItent un Immi otitllliurr- iI'nrroNHit**.Tnil* le« nrnw«>ln KAIN Kl NU ncinl * urriMoIrn t\ révolution rt *t ut Innnnlre roinltinW Sur Ioiin Ip« iirm-oir» Il \ I N K I N.sont u Jusl :il>l< *iii i - 11.i m 111.1./ o, i ni rr fout nk-mr l.i's nrrti.NoIrs ujustaMcs li»s plus iluriiMi Page 50 LA PETITE POSTE ATTENTION.Lea annonce* de la Petite Poste sont publiée* a raison de:— soixante-quinze sous (75c) par insertion.Cette «ommi donne droit & dli-hult (18) mou abrégée.La Direction n'accepte aucune formule FANTAISISTE et «e réeerve le droit de retrancher ce qui ne serait pas conforme au règlement.Chaque annonceur devra fournir, pour le renseignement de la Direction, outre le pseudonyme, ses nom et adresse véritables — ceci est OBLIGATOIRE.Chaque envol devra Atre accompagné du montant requis — bon postal ou timbres.Les annonces doivent nous être adressées avant le douze du mois qui précède la publication de la revue.Ceux qui désireront se faire adresser leur courrier à La Revue Moderne, n'auront qu'à ajouter quelques timbres en plus, pour que noue leur en fassions l'eipédltlon.Le courrier non réclamé, après une période de soixante (60) Jours sera détruit.On devra adresser:— La Petite Poste, La Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame est, Montréal.Désirent des correspondants, les jeunes filles dont les noms suivent:— Mesdemoiselles: Reine — (Corr.de 25 ans et plus).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Ecila Nltram — Dist.inst.(Corr.hon.célib.ou veuf, bonne éduc.sympathique, ayant pos.lucrative; rep.ass.).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Isabelle Dionne — (Corr.ser.dist.de 28 à 40 ans; rep.ass.), Saint Romuald (Lévis), P.Q.Guite — Dame dist.inst.moyen âge, désire faire connaissance de gentilhommes sobres, à l'aise, rep.ass.C.P.43, Station R.Montréal, P.Q.M.de R.— Echangerait correspondance avec monsieur d'environ 50 ans, bonne culture intellectuelle et morale.320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.J.I'.mil.ii - Brunette, ser.inst.(Corr.jeunes, dist.et sérieux).25, rue Saint-Alexandre, Longueuil, P.Q.Marguerite — Brunette, bon.éduc.(Corr.de 20 à 25 ans, hon.bon.position, rep.ass.but: l'avenir le dira).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Marie-Anna I.apolnte — Dist.(Corr.dist.de 20 à 25 ans).Poste restante, Saint Joseph d'Alma, Lac Saint Jean, P.Q.Mahïse — (Corr.et corr'tes de 20 à 30 ans).Poste restante, Chicoutimi, P.Q.Ruth Deheaujeu — Inst.dist.(Corr.inst.dist.).5481 avenue Papineau, Montréal, P.Q.Monique Montreull - Inst.dist.musicienne.(Corr.dist.inst.).5481, avenue Papineau, Montréal, P.Q.Fleur Prlntanlère - Brunette élég.dist.bon.éduc.(Corr.dist.bon.position, de 27 à 35 ans).320, rue Notre-Dame Est.Munir.,1 I' " Madeleine de Vaudreull — 22 ans.(Corr.gentils).C.P.474, Haute-Ville, Québec, P.Q.Iluguette de Uréval — 19 ans.(Corr.dist .1.l'i ,i tu .m».Lui inlcllei tuel).l'.is-te restante, Robcrval, Lac Saint-Jean, P.Q.Mlmi Printemps — (Corr.dist.de 22 à 28 ans).Poste restante, Saint Frédéric, (Beauce), P.Q.Llnette L.— 21 ans, dist.inst.(Corr.inst.dist.de 21 à 25 ans ou plus).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Anlta Leblanc — Institutrice, 28 ans.fCorr.de r0a40ans).1656, rue Théodore, Montréal, P.Q.Henriette Grande, ser.inst.dist.(Corr.de 27 à 35 ans; rep.au.).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Andrée Chenler - Institutrice, dist.(Corr.prof, collecteur préféré).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Fleurette — (Corr.35 ans et plus).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.LE CŒUR Cette première déception en préparait une autre bien inattendue.Pierrette continuait, brûlant ses vaisseaux.— J'ai une confidence à vous faire, maman.Daniel et moi, nous nous aimons.Hier, nos promesses ont été échangées; j'étais si certaine que vous ne refuseriez pas de les ratifier que nous nous sommes fiancés.Une stupeur profonde paralysa un instant la parole de Mme Nozières, puis l'indignation prévue se fit jour.— Tu es folle, Pierrette, ou tu veux plaisanter ?Le sujet n'y prête pas.M.d'Armyngt! un infirme! il ne peut être question de cela! — Pardon, mère, vous ne pouvez avoir qu'un seul reproche à faire à l'union que je désire.Oui, Daniel est infirme, et c'est précisément ce qui attire mon coeur vers lui.Mais il est guérissable, du moins en partie.Quand je serai sa femme, Paul et moi tenterons l'impossible, et je crois pouvoir assurer la réussite.Ceci écarté, quoi qu'il arrive, en dehors de cet inconvénient qui ne regarde que moi, je fais le beau mariage.De plus en plus suffoquée, Mme Nozières regarda sa fille, pensant qu'elle perdait la tête.Pierrette reprenait avec conviction: — Oui, toutes les conditions se trouvent réunies, en Daniel, pour en faire le parti désirable, même au point de vue mondain; M.d'Armyngt a été un ingénieur distingué; à New-York, c'est une personnalité; il a fait là-bas une fortune considérable et conserve dans la grande société de constructions aviatrices, dont il reste l'associé, une part de bénéfices et d'actions qui me font pauvre, ma chère maman, en regard de lui.— Je ne le savais pas riche à ce point, murmura Mme Nozières étonnée.— Ce n'est pas par lui que je l'ai appris, mais c'est exact.De plus, Daniel est un artiste.Mon portrait, un chef-d'œuvre, va le classer au rang des peintres en renom.Ariette de Renancourt — (Corr.et corr'tes de 25 à 30 ans, dist.et inst.).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Brunette — Dist.ser.(Corr.dist.ser.sobre, de 28 à 30 ans).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Béatrice Fournier — (Corr.de 25 à 27 ans).C.P.47, Beauceville Est, P.Q.Jerry Martin — Belge, 22 ans.(Corr.ang.ou franc, but: distraction; rep.ass.).C.P.474, Haute-Ville, Québec, P.Q.Désirent des correspondantes, les messieurs dont les noms suivent:— Messieurs: Guy — (Corr'tes dem.18 à 25 ans; rep.ass).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Georges — (Corr'tes dem.inst.dist.rep.toujours).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Jean Lamy — 46 ans, im>t.(Corr'tes inst.dist.un peu d'avoir, de 35 à 45 ans).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Placide — Veuf.(Corr'te veuve ou fille dans la quarantaine, de Montréal ou des environs seulement; aucune rep.au loin; but ser.).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Marcel de Costello — Dist.ser.(Corr'tes de 18 à 23 ans, inst.dist.rep.à toutes; but: l'avenir le dira).Poste restante, Richmond, P.Q.Jules Verne — 29 ans, inst.dist.bon.position.(Corr-tes inst.dist.).Poste restante, Rivière-du-Loup-Centre, P.Q.R.C.— (Corr'tes de 24 à 29 ans, dist.inst.de bon.famille, but: l'avenir le dira).La Reine, (Abitibi), P.Q.Jean Dubé — 29 ans.(Corr'tes de 21 à 29 ans).C.P.13, Station T.Montréal, P.Q.Louis d'ibervllle — (Corr'tes dist.de 18 à 22 ans; but: distraction).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.J.Philber — Veuf, 37 ans, dist.ser.bonne pos.(Corr'tes 25 à 35 ans, préf.veuve, dist.gaies, bon.société, but ser.).C.P.3, Bureau de Poste Central, Québec, P.Q.Jean d'Ombre — (Corr'tes.tous sujets, rep.ass.).C.P.68, Station N, Montréal, P.Q.La Revue Moderne CHEMINE "Enfin, et cela seul me touche, Daniel est notre ami de toujours, nous le connaissons; pas de renseignements à prendre; c'est l'être d'honneur, de délicatesse par excellence, et il m'aime! Avec lui, la famille et mon personnel bonheur sont en sûreté.Vous aurez en lui un fils respectueux, dont vous serez fière, et sa tendresse me fera la plus heureuse des femmes! La voix de la jeune fille mollit, mais elle sentait qu'elle triomphait déjà des résistances maternelles.L'amour inspirateur avait su faire vibrer les cordes seules sensibles, chez celle qui l'écoutait.Elevé sur un pareil pavois, Daniel apparaissait à Mme Nozières un tout autre personnage que l'orphelin pauvre de jadis, que l'infirme d'aujourd'hui.Ce millionnaire, cet artiste de talent, pouvait, en effet, donner l'éclat suffisant d'une alliance flatteuse.Si sa fille passait par-dessus la déchéance physique, personne, parmi leurs relations, apprenant les autres avantages, ne pourrait blâmer.— S'il en est ainsi, mon enfant, conclut-elle, fais comme tu l'entendras; je ne veux que ton bonheur.J'avais pensé pour toi à Mr.Dorsett; il t'aime aussi, je crois, et sa position est superbe.— Mais Daniel est Français, chère mère, c'est une attirance de plus.Nous avons même patrie, même religion, mêmes goûts.Mr.Jasper et ses sœurs resteront de bonnes relations pour notre ménage.Je pourrai dire, n'est-ce pas, à Daniel, qu'il peut faire sa demande?Il attendait d'y être autorisé.Pauvre garçon! sans famille, personne ne peut la faire à sa place.Sur la réponse affirmative, et sans autre effusion, les choses furent réglées ainsi.La petite Josée est informée par sa tante.—¦ Tu vas te marier avec le monsieur en petits morceaux ?s'exclama-t-elle effarée! tu pourras pas le toucher sans le casser davantage! c'est pas commode un mari comme ça! Pierrette, qui l'a prise sur ses genoux, ne comprend pas d'abord; elle interroge l'enfant; que veut-elle dire?Celle-ci explique la représentation qu'elle se fait de Daniel; elle n'a pas osé en parler jusqu'ici, mais, puisque sa jolie tante veut l'épouser, il faut bien que Josée exprime ses craintes.La jeune fiancée est prise d'un fou rire.Elle embrasse l'enfant avec passion.— Sois tranquille, ce n'est pas un homme en petits morceaux, ton futur oncle; tu pourras te mettre sur ses genoux et l'embrasser, il est très solide.Mais, ma petite chérie, ne raconte à personne qu'à moi ton idée baroque: cela ferait peut-être de la peine à mon mari d'apprendre que tu te le figurais en miettes.Josée promet; au fond, elle est un peu honteuse d'avoir été "baroque".L'espoir de porter la traîne du manteau de cour de la mariée fait une heureuse diversion.Quant à Paul Mudry, les fiançailles de sa jeune belle-sœur avec Daniel ne l'éton-nent pas, mais l'émeuvent profondément.Pierrette et sa petite Josée sont les deux affections de ce cœur d'homme fermé aux autres tendresses de la vie.II fait grand cas de M.d'Armyngt; le jeune homme est très haut dans son estime; que Pierrette, telle qu'il la connaît, ait su l'apprécier plus que tout autre lui semble chose toute naturelle; son cœur est si bien fait pour consoler! Si Dieu ne brise pas ce bonheur, cette entente mutuelle, comme il a rompu les siens, ils seront de ceux si rares qui fondent les foyers bénis.Aussi c'est d'une façon charmante et toute fraternelle que le grand chirurgien les a félicités de s'être choisis.Pierrette a aimé tout d'abord Daniel pour sa détresse, son isolement, l'angoisse qu'il dérobait avec tant de secrète vaillance Douée d'une rare intelligence, d'une originale mais foncière valeur doublée d'un grand fonds de sérieux, l'existence particulière qu'elle s'était donnée n'avait fait qu'affermir et cultiver ses instincts d'enfant.LA REVUE MODERNE est éditée par Noël-E.Lanotx.Limitée, et Imprimée par la Compagnie d'Imprimerie de* Marchanda Limitée, 320 est, rue Notre.Dame, Montréal.— Montréal, Juin 19 3] Etudes Graphologiques Par Guy Rissler Nous ne publierons plus d'Études graphologiques.Cependant, les personnes qu'ln téresse cette science pourront, comme par le passé, s'adresser a notre collaborateur dont la haute compétence est bien connue Noua nous chargerons de fnlrc parvenir directement aux Intéressés les études demandées, aux conditions suivantes: «ne ENVELOPPE AFFRANCHIE
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