La Revue moderne., 1 mars 1933, mars
m<+m«a<+« Roman complet: LE REVE D'ANTOINETTE, Par Eveline Le MAIRE INJ o u s c li o i s i s s o n s le N ou veau McLau^klin-Buicb pour des Milles Plus Nombreux et Meilleurs ANS tout le Canada l'on vient voir le nouveau McLaughlin-Buick—et l'on reste pour l'acheter."Le Plus Beau McLaughlin-Buick jamais construit", disent les uns.D'autres disent: "C'est notre choix pour des Milles Plus Nombreux et Meilleurs".Les raisons ne manquent pas: Les nouveaux McLaughlin Buick sont plus gros et plus élégants que jamais.Ils ont de nouvelles carrosseries par Fisher—plus basses de deux pouces—du style distinctif "Wind-Stream".Ils offrent aussi ce nouveau développement remarquable, la Ventilation Fisher Sans Courant d'Air— qui permet à tout occupant d'avoir tout l'air frais qu'il désire sans exposer les autres au danger des courants d'air.Le grand confort, physique et moral, que procure la possession d'un McLaughlin Buick est même poussé plus loin par des intérieurs plus spacieux .des Amortisseurs Automatiques .un nouveau cadre du type en X .un moteur coussiné au caoutchouc .et la Vitre de Sûreté.Le nouveau McLaughlin-Buick est même plus facile à conduire, grâce au Bouton-Poussoir du Démarreur .à l'Embrayage automatique perfectionné, avec deuxième vitesse silencieuse .et à des freins plus souples.Mais voyez et conduisez le nouveau McLaughlin-Buick—soyez le juge de cette exceptionnelle valeur Je dollar.Car ce bel et gros auto ne coûte que très peu plus par mois que des voitures plus petites, suivant le mode GMAC.Et puis l'habileté démontrée du McLaughlin-Buick a donner des Milles Plus Nombreux et Meilleurs en fait un placement d'auto vraiment économique et satisfaisant.Nouveaux McLaughlin-Buick Huit PRODUITS AU CANADA S E D E Z AUTO QUE LE MONDE RESPECTE La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Page S Montréal, Mars 1933 Hrtluct, ni in rln I Jean BRUCHBW Pages féminines.Marjolaine Bureaux : .320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Bureaux à : <¦ Toronto, New-York, Chicago, Londres, Ang.PRIX D'ABONNEMENT : l'anadn: 1 an.Jl.r.o — Etat»-Unl»: 1 an.,.12.00 Sommaire Inactivité politique des jeunes.3 Roger Larose Le jardin du Poète.4 Robert Choquette — Gabriel Ouimet L'assassinat de M.Bocquet.4 Henri picard Chasse au caribou.!» Anne de Misheagen Alchimie et pierre philosophale.6 André Lesperance Trois-Rivières — 1634-19.34.7 Armour Landry Pans le monde des lettres.8-9 Jean Bruchesi L'oeuvre du Montréal Repertory Théâtre 9 Jean Bruchesi La Vie Canadienne.10 Jean-Baptiste La Ville Lumière.11 L'hygiène dans l'alimentation.12 La beauté de la chevelure.25 Celia Caroline Cole La peur chez l'enfant.26 Le courrier du mois.27 Les Modes.28-34 Une invention inappréciable pour la ménagère.35 L'opinion de nos lectrices.36 Nos mots croisés.46 La Petite Poste.-.50 Marjolaine ROMAN Le Rêve d'Antoinette Par Eveline LeMaire L'idéal tant attendu se présente un jour à une jeune orpheline qui habite une petite ville de province.L'âme en fête, l'orpheline ne voit plus qu'un ciel "teinté de rose sur fond d'azur".La romanesque Antoinette croit enfin tenir le bonheur.HéJas! il glisse entre ses mains, brisé par la plus amère méprise^.i.ai.1.13 Inactivité Politic Par Roger UN des fléaux de notre temps" disait tout récemment le Père Ferdinand Faure" "c'est la passivité, aussi les hommes de caractère sont rares".Je crois que nous touchons là à la véritable cause de l'inaction politique des jeunes.Passivité chez leurs éducateurs et leurs parents, passivité dans leur entourage, passivité d'à peu près tous ceux qui leur devraient donner l'exemple, puis, conséquence nécessaire, passivité des jeunes gens, eux qui devront bientôt assurer l'existence et la prospérité du pays.Les causes de cette passivité sont à la fois internes et externes.Jetons un rapide coup d'œil sur la vie de la jeunesse depuis la guerre.L'enfant, qui, en 1920, avait dix, douze ou quinze ans, grandissait dans une atmosphère bien peu édifiante.Ignorant des craintes, des anxiétés, des souffrances qu'avait jetées dans la foule la terrible guerre de 1914, il vit presque tous les atnés emportés dans un tourbillon de soupirs de libération, de détente, de plaisir, d'insouciance, qu'amena véritablement la paix universelle.L'esprit religieux, qui a l'avantage d'humaniser l'activité humaine, disparaissait graduellement.Le travail payé très cher exigeait la multiplication rapide, méconnaissant la qualité et la valeur réelle des produits.Des emplois nouveaux se créaient à mesure que les publicistes, instruments éclairés des industriels, créaient de nouveaux besoins.Point d'inactivité involontaire.L'indépendance des salariés devenait scandaleuse.Les enfants ne pouvaient pas savoir que l'étude consciencieuse, le travail acharné étaient les seuls facteurs du succès.Le soir, le repas en famille aurait pu corriger les influences néfastes de l'extérieur.Mais la vie de famille s'anémie, l'armée des plaisirs chasse les parents du foyer où les enfants attendent impatiemment leur tour de s'émanciper.Que font pendant ce temps les gouvernants?Us diminuent les impôts, ils donnent beaucoup, exigent moins.Les grands problèmes politiques ne passionnent plus les gens.La Société des Nations fait beaucoup parler d'elle.Sait-on bien ce qu'elle est et ce qu'elle peut donner ?Peu importe d'ailleurs! On entend parler d'un ami qui a fait beaucoup d'argent dans une expropriation.Les gouvernements seraient-ils exclusivement voués à la distribution des faveurs?A l'école on enseigne beaucoup d'histoire sainte, peu d'histoire du Canada.Le civisme?Connais pas.Les manuels de géographie des cours supérieurs disent qu'un gouvernement, c'est: "l'ensemble des institutions qui dirigent un Etat".A quoi bon d'ailleurs apprendre tout cela ?Des adolescents de quinze ans, intelligents et studieux par ailleurs, soutiennent que l'étude de l'histoire n'est pas nécessaire.Les américains ne veulent-ils pas enlever cette inutilité du programme scolaire?On se moque du politicien consciencieux qui prédit la débâcle.Puis, nous nous jetons à notre tour dans les plaisirs qui nous sollicitent irrisistihlenient.Les mieux formés se laissent prendre.Puis les valeurs baissent à la bourse, puis nous terminons nos études, nous cherchons un champs d'activité.Qu'est-ce que fait le gouvernement ?Et voilà la tragique plaisanterie des deux dernières années.Les vieux comme les jeunes, mais je crois que les jeunes en somme sont excusables, demandent à une institution dont ils connaissent à peine le fonctionnement, la lumière, le secours, la vie.On nous crie de toutes parts: "Armez-vous! vous voyez le mal dont nous souffrons dont nous vous faisons souffrir.Etudiez, travaillez d'arrache-pied, donnez tout votre temps aux problèmes sérieux.Etudiez votre pays, votre province.Intéressez-vous au monde politique international.Le péril est grand".Et nous ne pouvons que répondre: "Nous ne savons pas".Que ne nous dit-on pas encore?"Notre langue perd ses droits; les étrangers envahissent notre marché".Et nous répondons: "Qu'avez-vous fait de nos droits, de notre commerce?" Et quelquefois, pris d'un enthousiasme subit, nous travaillons.Mais il reste beaucoup à faire.A peine connaissons-nous notre champ O d'action.lue des Jeunes Larose Ce sont évidemment les causes immédiates de notre inactivité dans le domaine politique.Nous sommes pessimistes, direz-vous ?Je ne crois pas.Mais notre pessimisme momentané ne vaudrait-il pas mieux que l'optimisme exagéré qui perdit tant de nos aines?Il faut rechercher aussi les causes internes, inhérentes à notre nature française enrichie et amoindrie à la fois par l'influence anglaise et américaine.Notre esprit d'indépendance, notre individualisme outré, que contrecarre l'esprit de coopération anglais, mal compris, qui nous fait parfois qualifier de moutons.Nous manquons d'esprit de discernement des nuances.Notre tempéramment se plie mal au jugement impartial.Nous ne jugeons les hommes et les événements, le plus souvent, que dans leur ensemble, voyant mal le contre et encore plus mal le pour.Le jugement sain de nos ancêtres normands s'est-il perdu dans l'agitation des villes ?Savons-nous bien critiquer?Quand il s'agit de démolir un homme, une institution, oui.Mais, comme nous semblons manquer de cet esprit critique, qui, montrant les défauts, louant les qualités, prescrivant des remèdes par l'exemple plus que par la parole, soutient, stimule, élève.Enfin, accusons surtout notre absence d'esprit intellectuel.Connaissez-vous bien des Canadiens français passionnés d'histoire, de géographie, de philosophie, de sociologie ?Je ne nie pas qu'il y en ait.Mais, règle générale, nous n'avons pas la passion de l'étude.N'oublions pas cependant, et je crois cette remarque très importante, que nos ancêtres, pour la plupart, étaient des agriculteurs.Nous détacher de la terre pour vivre aisément dans les villes, cela fut facile; mais nous détacher de la terre pour vivre par l'esprit, cela n'est pas encore complètement accompli.Devons-nous désespérer ?Nous contenterons-nous plus longtemps de l'a quoi bon, du je m'en fichisme?Il ne le faut pas.Nous pouvons nous reprendre.Regardons en arrière le travail accompli.Réchauffons-nous à l'ardeur de nos prédécesseurs qui peu à peu ont conquis notre vraie place sur le sol canadien.Mettons en valeur notre individualisme.Que chacun fasse de soi une richesse nationale dont les bienfaits réjailliront sur tout le pays.Que chacun développe, puis extériorise sa puissance personnelle d'action.N'oublions pas que l'action seule a une réelle valeur et disons-nous bien qu'elle n'a pas besoin d'être entourée d'éclat pour donner son plein rendement d'efficacité.Mais pour bien agir, il faut connaître ses moyens d'action, ses forces.Il faut trouver par l'étude des traditions et des expériences du passé, à quel endroit précis, le chainon que nous sommes doit se river à la longue chaine des citoyens.Ayons une idée maîtresse, traduisons-la dans une formule.Cherchons un drapeau que nous présentera un maître, un chef à la suite duquel nous avancerons.Acquérons l'esprit civique qui nous manque encore.a ce propos, il est heureux de noter le grand nombre d'élèves qui affluent depuis quelques années à l'Ecole des sciences sociales, politiques et économiques.Ces jeunes sociologues, guidés par l'excellent et dévoué directeur, notre véritable citoyen, M.Edouard Mont-petit, répandront graduellement dans le peuple les richesses qu'ils auront accumulées.Apprenons à penser, à travailler, à agir.Collaborons, unissons-nous.Rendons utile le travail de nos associations.Créons-en de nouvelles, s'il le faut, mais qu'elles soient autres choses qu'un étalage de présidences et de secrétariats Soulignons en passant l'enthousiaste et intelligent effort des Jeune-Canada.Né d'hier, ce groupement de jeunes fait déjà un travail efficace et unanimement bien accueilli.De la mise en action de nos énergies, de la direction ordonnée de nos forces, naîtra non pas seulement le désir d'action politique, mais l'action même, qui forme le complément essentiel de la vie humaine, de la vie de ceux qui, n'en déplaise à Jean-Jacques Rousseau, sont naturellement sociaux. Page i La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 S S Jardin du Poète Rêve de jeunesse Loin du monde réel, Pouvoir découvrir sur la côte Une petite maison haute D'où je verrais le ciel.Prendre cette chaumière, En faire mon nouvel abri; Y couler des jours sans souci, Et tout pleins de lumière.Savourer le bonheur, Ignorant le chagrin qui passe, Jouir, connaître assez d'espace Pour y loger mon coeur.Goûter la solitude Que procurent les doux moments, Dans le lis embaumé des champs Trouver la quiétude.Vivre en étant heureux, Sentir au profond de mon âme L'invincible amour d'une femme; Rêver la nuit, tous deux.Et quand l'aube s'éveille Rougissant les feux du lointain, Pouvoir saluer le matin Dans sa grâce vermeille; C'est un beau rêve d'or Que je caresse encor.Gabriel Oui met A la beauté Beauté, toi la céleste, immatérielle fleur, L'air où nous respirons une haleine charnelle Saurait-il conserver le parfum de ton aile?Tu dépasses la joie aussi bien que les pleurs, Et quand il est permis à notre oeil misérable, Un jour qu'il fait plus clair, de te voir un moment, C'est dans un ciel trop haut pour qu'il soit respirable ! Si bien que, balancé dans son heureux tourment, Impuissant à pleurer, impuissant à sourire, Notre esprit, ô Beauté, te contemple et soupire.Robert Choquette L'Assassinat de M.Bocquet Par Henri Picard (1) En attendant de pouvoir analyser, pour le» lecteurs de LA REVT'E MODERNE, le dernier lHre de M.Roher fho'iuette.PoAiie» Nouielle», publl* récemment aux *.M-t on« Albert Wveafiue.noua leur offrons ces quelq es vers harmon eux.LHORLOGE de l'église voisine venait d'égrener neuf coups.La maison reposait au milieu d'un profond sommeil, la cour était vide, l'escalier désert, et il ne venait des appartements clos qu'un silence plein de dignité.Tout en haut de l'immeuble, sur un côté seulement d'un long couloir, s'espaçaient, régulières et uniformes, des portes jaunes numérotées en noir.Dans la chambre "sept" une veilleuse dans un cornet verdâtre brûlait sur une table de nuit et inondait la pièce d'une pâle clarté.A coté d'une table-toilette, l'étroit lit de fer faisait une masse noire éclairée seulement de la pâleur des draps.Cette paix n'était troublée que par le souffle régulier de la dormeuse, une jeune fille, nommée Madeleine, dont la tête reposait paisible sur l'oreiller.Soudain, un bruit de pas vint de l'escalier, quelqu'un montait, suivait le corridor; les pas s'arrêtèrent devant la chambre portant le numéro 9.Quelques coupa discrets, la porte fut ouverte et refermée doucement.Madeleine toujours endormie gardait son visage placide et bon.A travers la mince cloison séparant les deux pièces se percevait maintenant le sourd murmure d'une conversation qui de minute en minute s'animait.La jeune fille n'avait pas bougé, mais brusquement elle se souleva.Quelques mots prononcés à voix haute venaient de la réveiller.Elle portait les mains à ses yeux, encore ensommeillée, lorsqu'une nouvelle phrase la fit s'immobiliser, clouée de stupeur.— Sa disparition devenait nécessaire disait une voix.— Coup de couteau?questionnait l'interlocuteur de celui qui venait de prononcer un arrêt de mort avec une telle désinvolture.— Non, je préfère l'accident, c'est plus plausible, les deux autos se rencontreront, Jim sautera.Le reste de la phrase, prononcé plus doucement, ne parvint pas aux oreilles de la jeune fille.— Mon Dieu! Mon Dieu! murmura-t-elle, envahie par une sourde terreur qui, perfidement grandissait en elle.Elle rejeta les couvertures et sauta sur le tapis.De l'autre côté de la mince cloison le murmure continuait.— Et les papiers ?Qu'en fais-tu ?— Sous prétexte de le soigner, le faux docteur, qui par hasard passera en automobile les lui subtilisera et s'assurera en même temps de la mort de Charles Bocquet.La jeune fille tressaillit violemment, elle venait d'entendre prononcer le nom de celui que les deux hommes venaient de condamner.Un frisson lui parcourut l'échine en même temps que quelque chose la pinçait au coeur.Debout, en chemise, contre le mur, elle tendait l'oreille, mais maintenant le murmure se faisait moins distinct, à peine, si de temps à autre elle percevait un mot, un lambeau de phrase.Aucun doute ne subsistait, il s'agissait bien d'un crime, mûrement conçu et prémidété, réglé dans les plus infimes détails par un inconnu et son voisin, M.Moleroi.Qui aurait pu deviner le bandit, dont l'audace et le cynisme révoltaient sa conscience et la laissaient de l'autre côté de cette faible cloison, horrifiée et impuissante, dans le jeune homme mis très correctement, qui, chaque matin lui adressait en même temps qu'un salut, un aimable sourire ?Un bruit de chaise repoussée la fit sursauter.Quelques pas, puis la porte voisina s'ouvrit doucement.Vivement, Madeleine colla son oreille contre le mur avec l'espérance d'entendre le nom du complice.— Alors au revoir, cher ami, tout est bien entendu ainsi ?— Tout, je crois que cela marchera.— A lundi alors ?— A lundi.Des pas s'éloignèrent, puis la maison retomba comme anéantie dans le plus profond sommeil.m )11¦ de passage Tour à tour, un pécheur des Cranberry Lakes, un i.ippeur du mille -Kl et Angus Boag avaient taidé ma oison trop longue.Ce matin-là le trappeur se confiait iveuglément à mes talents insoupçonnés de garçon coif-leur, et toute à mon peigne cl à mes ciseaux, je réparais le-cf delà des becs et des pointes pour en faire naître '' ilitres plus irréparables encore, lorsqu'une détonai ion niiibla le calme et me l.nss.i perplexe devanl mon nuire i.ichevée." Il is a tree" dit mon patient sans se mouvoir d'une ligne, "Thaï must 6e".Je n'avais pas achevé de parler, qu'une autre détonation se répercuta lans la baie, suivie à courts intervalles d'une troisième et d'une quatrième."// is nol a Iree, il is a rifle" Sur ces mots nous nous précipitâmes à l'extérieur et aperçûmes Yalmer avançant difficilement sans raquettes dans la neige molle à la poursuite de deux caribous sur le point .le doubler le cap, en face de Kennedy Island.Le temps de le dire et je courais sur le lac, armée de ma carabine, ma seconde paire de raquettes sous le bras."J'étais sorti pour puiser de l'eau", expliqua Yalmer en réglant à son pied le nœud des raquettes, lorsque j'aperçus les deux caribous sortant du bois tout près des cabanes.Le temps de chercher ma carabine, ils avaient pris du champ, ce qui fait que je n'ai pu tirer que de très loin1".L'un d'eux était blessé et nous laissait l'espoir de le surprendre dans le bois où il s'était réfugié.Contrairement à nos espoirs, ies animaux ne s'étaient pas couchés dès qu'ils s'étaient crus à l'abri, mais avaient traversé un bois d'épinettes et un creek maintenant une allure régulière sans bondir ni courir.Une goutte de sang rouge sillonnait la neige, témoignant d'une légère blessure A la patte.Il valait mieux rentrer aux cabanes et continuer la chasse après le lunch.Angus désirait avoir de la viande fraîche, aussi fut-il expéditif et je revins chez Yalmer avant que celui-ci eût commencé son repas.Son manque d'empressement était provoqué par l'abondante pro\ ision de viande placée sur ie toit de sa cabane et sous son plancher.Lorsque le ménage suédois-crée eut terminé sa viande d'orignal et ses pommes de terre, Yalmer et moi reprîmes nos traces du matin.Arrivés au terminus de ce sentier il nous fallut avancer avec beaucoup de précautions, l'œil aux aguets, et être toujours prêts à tirer.La piste, ne variant pas d'aspect, nous mena à travers un bois épais d'épinettes au-dessus de plusieurs formations de collines à pentes i aides sur lesquelles nous devions nous hisser à l'aide des carabines.Le caribou blessé s'était reposé une fois seulement, mais il avait perdu du sang en abondance, sang déjà coagulé dans la neige encore molle, prouvant que le gibier n'avait pas quitté son gîte depuis longtemps.I >ès lors l'animal alerté employa pour se défendre les procédés habituels.Il ne fuyait plus en droite ligne vers un but déterminé, mais voltait dans un rayon de plus en plus restreint, embrouillant sa piste à l'aide de ruses d'autant plus serrées que ses forces déclinaient.Si le premier cercle exigea de nous une poursuite d'une heure environ, le suivant fut de moitié plus court; les dernières circonvolutions plus courtes encore n'auraient pas nécessité un parcours de cinq minutes si elles n'eussent été embrouillées les unes dans les autres à tel point que nous nous trompions et hésitions à tout instant, perdant ainsi un temps précieux et nous fatiguant autant que le gibier dans cette neige molle et épaisse.A différentes reprises le pauvre blessé devait s'être bûché haletant, mais chaque fois à un endroit soigneu-enient choisi; fourré épais ou légère éminence d'où il pouvait nous apercevoir ou nous entendre venir, pour disparaître à temps, ne se faisant pas faute de doubler la piste de nos raquettes, suivi de son valide et fidèle compagnon.Nous suivions les gouttelettes de sang frais, à travers une dépression où la neige s'était amoncelée en abondance.La piste semblait abandonner le petit rayon où les animaux avaient évolué jusqu'alors et se dirigeait vers les collines plus élevées au sommet desquelles le caribou blessé s'était reposé un court instant.M'éloignant de Par Anne de Mishaegen l'etersen, je suivis la piste du caribou indemne qui s'était séparé de son compagnon et longeait une colline je vis sur une éminence Petersen courbé en avant dans une al l it ude attentive, épauler et tirer deux coups de carabine, puis très énervé me faire de grands gestes d'appel."J'ai manqué", me dit-il, dès que je l'eus rejoint, et, avec une moue de dépit, il chercha sans conviction l'emplacement où l'animal avait passé, fit mine de revenir sur ses pas et d'abandonner la chasse alors qu'à mon avis elle ne faisait Z'auteur.un défaut de mémoire fréquent chez les chasseurs énervés, il avait cru tirer sur un gibier courant de droite à gauche, alors que le contraire était arrivé.Sans chercher à résoudre l'énigme, il demeura sur place me laissant le soin de que commencer.Il n'y avait pas trace de sang sur la piste qui nous conduisit jusqu'au milieu d'un petit marais où elle s'arrêtait brusquement.En réalité la piste était double, l'animal ayant posé ses sabots à l'emplacement exact des trous marqués dans la neige lors de son premier passage.Petersen n'y comprenait plus rien.Par un défaut de mémoire fréquent chez les chasseurs énervés, il avait cru t irer sur un gibier courant de droite à gauche, alors que le contraire était arrivé.Sans chercher à résoudre l'énigme, il demeura sur place me laissant le soin de déterminer le chemin de retour du caribou.Bien m'en prit, car des gouttes de sang frais jalonnaient la piste.Gravissant une légère élévation, je découvris un emplacement où un animal blessé s'était couché, puis une double piste sanglante, une déclivité où l'un d'eux avait dû faire un bond.Ayant fléchi sur ses pattes d'avant, trop faibles, il s'était alors ramassé en appuyant un cou ensanglanté dans la neige, et dans un rayon de cinq mètres, (/) L ne femme intrépide, Anne de Mishaegen, vient de faire paraître, aux éditions Beauchemin, le récit le plus pittoresque et le plus vivant de l'hiver qu'elle passa, en içj <-ji, au pays Crée, c'est-à-dire dans la région de Porl-Churchill et bien au delà.Son livre s'intitule Mush, mot qui signifie en Crée: "Partez1." C'est le signal que les indigènes et les trappeurs donnent à leurs chiens.Le livre de Madame de Mishaegen est d'une lecture agréable, plein de couleur, et fourmille de détails pittoresques.Les descriptions de paysages ont le mérite d'être vivantes et sobres.De 1res belles et nombreuses photographies, présentées avec goût, complètent, pour le bénéfice de l'oeil, la forte impression de ces pages qu'anime la poésie de la neige.Nous sommes heureux de pouvoir offrir aux lecteurs de La Rkmiî Modkrne, avec la permission de la maison Beauchemin, un passage caractéristique de "Mush!" Un hiver en pays Crée.avait vomi du sang par les naseaux.Il n'y avait plus df doute, Yalmer avait cette fois encore tiré juste et blesse à la gorge le caribou valide.Son compagnon blessé à la patte avait marqué la piste avec plus de circonspection.Je revins dès lors sur mes pas et rejoignis le trappeur, qui, pris d'une énergie nouvelle, gravit des collines, traversa des marais et des bois d'épinettes noires.Cependant à la vue des traces se renouvelant aussi loin que nous pouvions les voir à travers un bois clairsemé, pour disparaître ensuite derrière une colline, son beau courage le quitta brusquement."Revenons demain, dis-je, il ne neigera pas d'ici là et nous retrouverons plus facilement les animaux affaiblis par la perte de sang".— "Demain dit Yalmer songeur, demain je comptais aller sur mon sentier.Sans ces animaux je serais déjà parti".— "Si vous ne pouvez y aller vous-même je m'en chargerai volontiers".Le trappeur tomba d'accord et, recoupant les détours de nos pistes, nous revînmes aux cabanes.Pendant que le jour tombait sur le Portage et que le vent hurlant balayait la neige des lacs et des rivières.Angus et moi faisons nos projets.J'entretenais l'espoir de rapporter une provision abondante de viande fraîche, tandis que le prospecteur, sceptique à cet égard, décidait de se rendre à la Pointe, préférant renouveler les provisions à l'aide de bel argent comptant.Jeudi, 1° février Je me trouvais au bout d'une heure de marche sur l'élévation où nous avions renoncé à la poursuite du gibier.Rien n'est plus passionnant pour un chasseur que de suivre la piste sanglante d'un animal, de démêler ses défauts et de se trouver seul en face d'une nature sévère et sauvage contre laquelle il doit se défendre.Mais s'il songe peu au froid ou à la tempête menaçante, c'est que la piste du gibier, irrégulière et jalonnée de gouttes de sang déjà-bruni, retient toute son attention.La piste du caribou épousant le versant d'une colline se dessinait le long d'une seconde élévation au sommet de laquelle l'animal s'était reposé à deux reprises différentes après des voltes et des circonvolutions au cours desquelles le caribou blessé à la patte l'avait rejoint.Après une longue contemplation de la toile d'araignée, tissée par les sabots effilés des animaux je m'engageai sur une piste.J'étais en bonne voie, car, après avoir fait quelques pas dans un taillis épais, je repérai une goutte de sang, fraîche du matin.Avançant avec plus de précautions encore, je suivis cette trace à travers des épinet-tes frangées de mousse grise, enjambant des troncs couchés, longeant une formation de collines raides que l'animal blessé n'avait pas eu la force de gravir.Inquie' il s'était arrêté près d'un marais et s'était mis aux écoutes dans ma direction, pour continuer ensuite vers un petit marais fréquenté par une bande d'orignaux et par d'autres caribous.Ils avaient tant et si bien enchevêtré leurs pistes que je perdis celle que je voulais suivre, le sang ne la distinguant des autres qu'à de rares intervalles.Je battais la neige molle, soulevant comme de lourdes tartes de crème fouettée.Chaque pas demandait un effort.Si près du but, allais-je échouer?Chassant à la manière des loups en hiver, j'effectuai un vaste cercle à travers bois tout autour du marais, et j'eus ainsi la bonne fortune de croiser une piste fraîche marquée d'une tache de sang minuscule.L'animal ne cherchant plus à ruser, n'avait plus avancé qu'à menus |>as en droite ligne à travers de légers vallonnements, après avoir rassemblé ses dernières forces pour retarder sa mon de quelques instants.Evitant de faire craquer les branches, je poursuivis mon chemin, retenant mon souffle, prête à tirer.Une ombre fauve tentait de se dérober entre les piliers noirs des épicéas.J'aperçus sa tête se profilant de biais à environ une centaine de yards.Je lui envoyai une balle au défaut de l'épaule et la bête s'écroula à l'endroit qu'elle avait déjà peut-être choisi pour mourir.C'était un daguet de caribou des bois.Les deux balles de Petersen avaient porté, l'une avait atteint le poitrail et l'autre la base du cou, mais, trop basses, elles avaient permis au caribou sa belle défense.Le caribou dégage une odeur nauséabonde, mais sa v ande est plus tendre que celle de l'orignal du cerf de Y rginie ou du cerf Sauteur. Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Alchimie LMXHIMIE est la plus antique des sciences.De l'éternelle Egypte, elle fut probablement transmise aux temps modernes.La légende en attribue la fondation à Hermès Trismégiste, aux Anges déchus de la Genèse, à Moïse et Aaron.Lorsque le monde était plus jeune, les hommes inclinaient à croire en l'existence d'un ultime "secret".Il était alors communément supposé qu'une telle science, retirée d'Adam par suite de sa faiblesse, fut plus tard divulguée, soit par de mauvais anges ou par Dieu même, à quelques âmes d'élection.Car il faut noter que les alchimistes nourrissaient un grand respect pour leur Art et y voyaient le fruit d'une vie parfaite; la connaissance était la récompense immédiate de la vertu.Un célèbre alchimiste du quinzième siècle, Nicolas Valois, écrit: ''.on perd la science en perdant la pureté de coeur: et, pour ce, ont les Juifs et les Arabes icelle perdue comme indignes ., qui fut donnéepar le Tout-Puissant à Moyse sur la montagne, et icelle ainsi gardée de père en fils sam escriture jusqu'à Esdras, et depuis Esdras jusqu'à David .Mais iceluy roy David, se corrompant dans ses amours, par le vice abominable de paillardise, fut non seulement destitué de cet art.Mais par sur tous a esté Salomon, fils de David, lequel était si moult sçavant et subtil personnage, qu'il arguoit et disputoit depuis le plus hault cèdre du Liban jusqu'à la plus petite plante d'isoppe." (Curiosités des sciences occultes, par P.L.Jacob).Ainsi la science était réservée aux bien intentionnés.Des charlatans imitaient les vrais alchimistes et poursuivaient l'Art pour des fins de pé-cune mais les chercheurs désintéressés ne brûlaient que pour la vérité.Afin de découvrir les lois qui régissent le monde, de bonne heure, ils se livrèrent à l'observation de la nature.Ce mouvement marquait un grand progrès sur la façon traditionnelle d'accepter le monde; l'univers devint un problème à résoudre.La connaissance devait découler uniquement de la pénétration des lois cosmologiques.L'alchimiste cherchait à codifier la marche des phénomènes et à les imiter.Seulement, il espérait reproduire rapidement les résultats séculaires de la nature laissée à elle-même; détenteur des lois éternelles, il accélérerait le travail du temps.La suprématie du possesseur des premiers principes se manifesterait par une double puissance avec laquelle il dominerait le monde; l'or et la panacée, c'est-à-dire, la richesse et la santé.Détenir ces deux biens, c'était en effet cueillir la fleur de la vie, et ainsi l'alchimie tendait à une existence plus libre et plus complète, une heureuse formule après tout.L'or et la panacée ou élixir de longue vie n'offraient que deux faces d'une même réalité qui n'était autre que la matière au sommet de son évolution.Les disciples d'Hermès étaient donc déjà évolu-tionnistes?Mais cette idée formait la clef de voûte du système ! La matière est une et les différents corps ne sont que des degrés dans son af-finement progressif qui aboutit à l'or, la matière parfaitement mûrie.La pierre philosophale n'était qu'un ferment susceptible d'activer les transformations de la nature et de mener en quelques heures l'élément primitif à sa forme supérieure.Les expérimentateurs n'avaient à leur disposition qu'un outillage rudimentaire.Quelques flacons, des cornues, des mortiers, etc., du feu.Cela suffisait à la manipulation des éléments.La pierre 3e composait de soufre, de mercure et de sel.Les ingrédients, intimement mélangés, étaient soumis à l'action du feu pour une période de plusieurs mois, et Pierre Phi Par André Lesperance et à la plus longue cuisson correspondait le meilleur résultat.Le résidu, une masse brunâtre, était la pierre, qui, suivant le degré de perfection où l'alchimiste l'avait conduite, possédait la vertu de transmuer un poids plus ou moins considérable de métaux inférieurs en or.L'élixir n'était que l'or potable alchimiquement pur.Toutes ces opérations s'effectuaient souvent avec le soutien de pratiques de magie.C'est la croyance en l'action des étoiles sur ces entreprises qui poussa à l'étude du ciel.Les saisons, les conjonctions de planètes, les phases de la lune devinrent les objets d'extravagantes dissertations.Mais en fin de compte, de tout cela il resta un noyau de faits acquis que les méthodes modernes mirent à contribution.Quelques alchimistes, voulant capter l'âme du monde, la cherchaient dans l'air.Pour obtenir des parcelles de l'objet de leur étude, ils analysèrent l'eau de pluie, la neige, la rosée et autres phénomènes météorologiques qui avaient un contact immédiat avec l'atmosphère.De même pour les aéro-lithes.Il fut supposé que certains animaux tels le crapaud, le lézard ou le serpent, devaient leur privilège de vivre plusieurs jours sans manger à leur don de pouvoir subsister uniquement du fluide mystérieux.Afin de toucher à la précieuse ambroisie, on les mettait à la diète, pour ensuite, lorsqu'on les jugeait bien nourris de l'air du temps, les disséquer et examiner de toutes manières.Autant de peines perdues ! Tout de même, il en demeura des observations, soigneusement transmises de père en fils et faisant boule de neige.Paracelse fut un des premiers à limiter ses reenerches aux faits simplement naturels.Et maintenant, les alchimistes ont-ils vraiment produit quelque chose de valable?Les plus fameux ont sûrement atteint un haut degré de savoir et ont livré au monde d'importantes découvertes.Le moine Koger Bacon, qui vivait au treizième siècle, établit la formule pour la îabri-cation de la poudre.c'est un autre moine, ironie du sort ! Bertnold Schwartz, qui fit tondre les premiers canons à Venise vers l'.i'ZO.Kaimond Lulle guérit une jeune tille qu'il aimait de rien de moins que du cancer, rapporte la tradition.L'on prétend également qu'il créa de l'or et du diamant devant la cour d'Angleterre.Van Helmont, médecin et alchimiste du seizième siècle, remporta de tels succès qu'il fut accusé de sorcellerie.Brandt, par hasard, découvrit le phosphore vers lbyy.faracelse commençait à appliquer les ressources de la enimie à la médecine, un traité de métallurgie fut publié par Georges Agricola.A côté de ceux-ci, il y avait nombre d'hallucinés qui se consumaient dans de chimériques recherches.Telle fut la quête de Berbiguier du Thym, qui, vers 1796, espérait produire la "pièce volante"; cette merveilleuse monnaie ne devait jamais manquer, après avoir été dépensée, de retourner dans la poche de son propriétaire ! Et ici, bénévole lecteur, ne vous entends-je pas soupirer: "Que n'a-t-il réussi! "?La pierre philosophale a-t-elle jamais été ma^ tériellement réalisée?Bien des textes anciens le proclament, mais il est loisible de les lire avec plus de curiosité que de foi.En de vieux manuscrits, empreints de la plus grande sincérité, on rencontre des passages tels que le suivant: "Le docteur Anselme de Boot, médecin flamand, ayant trouvé, entre les livres de la bibliothèque de son père, un vieux manuscrit en parchemin, couvert de deux petits ais à moitié rompus, et voulant faire mettre une autre couverture à ce livre, il en ôta losophale cette couverture de bois, en un côté de laquelle il aperçut une cavité, et en cette cavité il trouva un feuillet de parchemin écrit et plié, et dans ce parchemin une petite enveloppe de papier qui contenait un-grain de certaine poudre rouge .Il jugeu que cette poudre pouvait être l'échantillon de la poudre des philosophes, dont il fut assuré par la projection qu'il en fit faire sur du mercure échauffé, lequel fut changé en bon or." (P.L.Jacob, op.cit.) L'alchimie a toujours joui de beaucoup de popularité.Des hommes ôminents l'ont étudiée, des figures telles que Newton, Leibnitz, Spinoza.Les aspects mystérieux de l'Oeuvre étaient bien propres à enflammer les imaginations.Le but de la recherche, la maîtrise du monde, éblouissait les esprits.La noblesse prit un intérêt particulier aux pratiques des alchimistes.La crédulité de ces patrons fut mise à profit par des imposteurs qui les exploitèrent magistralement.On raconte que Charles IX fut roulé par un certain Pézerolles.Ce charlatan avait promis au roi que, pourvu qu'on lui fournit une somme d'or initiale, il rendrait des richesses fabuleuses.Un laboratoire et 120,00(1 francs lui furent alloués.Naturellement, dès qu'il eut encaissé la somme, il fila à l'anglaise, mais seulement pour se voir ramener et pendre à un gibet doré, en moquerie de ses prétentions.Les cours ne s'intéressaient pas à l'oeuvre pour la seule production de l'or, mais aussi pour la réponse au problème de l'existence que les alchimistes pouvaient offrir.C'était un engouement pour la science.De nobles dames recevaient dans un salon où, si vous regardiez attentivement, vous remarquiez, caché derrière une tapisserie, le squelette pour les études anatomiques.Partout vous croisiez des personnes absolument convaincues des avantages indiscutables de l'Art.La bonne Mme de Sévigné raconte dans une lettre comment son ami Corbinelli vécut jusqu'à cent ans grâce à la panacée.Ce fut durant les seizième et dix-huitième siècles que la science se distingua nettement de l'alchimie.Des intelligences aiguës, armées des faits amoncelés par leurs prédécesseurs, se mirent à l'étude systématique de la nature.L'expérience, fécondée par la spéculation, devait les conduire à la science d'aujourd'hui.Depuis cette époque, la connaissance a avancé en progression géométrique, chaque nouvelle découverte préparant la voie pour une autre conquête.C'est à Galilée, Descartes, Bayle, etc., que l'on rattache la naissance de ce mouvement.Cependant, il ne faut pas oublier que bien des précautions des alchimistes ont été confirmées de nos jours.Des principes fondamentaux comme l'unité de la matière, n'ont qu'à être légèrement retouchées pour s'accorder parfaitement avec les théories les plus récentes.N'est-ce pas Cornélius Agrippa, un alchimiste, qui proclamait il y a longtemps que le moindre atome de matière était l'image de l'univers?C'est la théorie moderne.Par l'action de la radio-activité, par le radium, de l'hélium a été produit.La transmutation des métaux inférieurs est-elle plus merveilleuse que les miracles de synthèse accomplis sous nos yeux?L'alchimie devait être l'enfance de la science avant de devenir la science organisée et de plus en plus apte à améliorer la vie humaine.C'est un exemple de progrès normal qui ne peut laisser froid aucun ami de la vérité, l'exemple d'un développement qui ne cesse pas et qui ravit l'imagination par les avenues ouvertes sur le grand problème. La R i v y r M a .! ,,,-.1 or 3 Page 12 La Revue Moderne — Montréal, Marx 19 3 ; L'Hygiène dans l'Alimentation ¦ LA question de l'alimentation est, de nos jours, la question la plus importante pour la maîtresse de maison.La maman a, non seulement l'obligation de satisfaire le goût de sa famille, mais surtout la responsabilité de choisir une nourriture appropriée aux besoins de chacun de ses membres.Avec le profond souci de développer une race forte et saine et d'aider aux mères à former une jeunesse vigoureuse et rayonnante de santé, le Gouvernement a fondé les Ecoles Ménagères, oeuvre foncièrement nationale et patriotique qui enseigne aux jeunes filles l'art d'être les économes et habiles ménagères de demain.Un grand nombre de dames et de demoiselles — et nous ne saurions trop les encourager — ont l'avantage de suivre ces cours donnés par des personnes d'une compétence indiscutable.Mais pour celles qui ne sont pas à même de profiter de cet enseignement ménager, voici quelques conseils qui pourront leur être utiles à l'occasion.Le premier point à considérer à ce sujet, est d'établir son budget de manière à permettre un item d'alimentation suffisant pour un approvisionnement sain et fortifiant qui comprendra le lait, les oeufs, les légumes et les fruits, en plus de la viande et des aliments qui l'accompagnent généralement dans la plupart de nos familles canadiennes.Il importe donc que les femmes aient une connaissance de ces problèmes, qu'elles puissent leur faire face et les résoudre lorsqu'ils se présentent.D'abord, comme proportion, allouons une pinte de lait par jour pour chaque enfant, et une chopine pour chaque grande personne.Ceci fait, divisons la nourriture en quatre groupes de coût à peu près égal, comme suit: Pain, céréales, riz et autres.Légumes et fruits.Oeufs, viande, fromage, fèves et pois secs.Graisse, sucre et autres épiceries.Si nous répartissons ainsi nos dépenses, il sera facile de balancer les menus, même si nous achetons des produits de qualité supérieure.Maintenant, si le coût d'achat du lait et du fromage est de beaucoup plus élevé que celui de chacun des autres aliments, le lait évaporé — meilleur marché — aidera considérablement à rétablir l'équilibre.C'est là un des avantages de cet excellent produit.Un diététiste compétent a dit: "Il est bon de faire la diète du pain et du lait." Et il ajoute: "Moins il y a d'argent à dépenser, plus on doit se priver d'autre nourriture et s'appliquer à donner une large place aux légumes et aux fruits." Des experts ont fréquemment démontré depuis quelques années, que des familles quelquefois nombreuses peuvent être nourries avec des plats substantiels quoique d'une variété très limitée.Ainsi, quand chaque sou doit être bien employé, achetez d'abord DU LAIT PAIN ET Frais CEREALES Evaporé Pain de blé entier ou Flocons de maïs toute autre Autres céréales forme de lait.tels que l'avoine roulée LEGUMES ET FRUITS Pommes de terre Tomates fraîches Chou ou en conserve Carottes Bananes Oignons Pruneaux - Epinards Oranges Navets jaunes Fèves et pois Les fruits crus et les légumes devraient avoir leur place dans un, au moins, des menus quotidiens.Ne pas oublier aussi que le pain vieux d'une journée est meilleur poulies enfants que le pain frais.Il est d'ailleurs plus économique.Quand les fruits frais ne sont plus de saison, il y a encore comme ressource les conserves de fruits de chez nous — il y a de quoi satisfaire tous les goûts — et les pommes, les délicieuses pommes du pays qui devraient faire partie de» provisions d'hiver de toute famille canadienne.Elles accompagnent les céréales du déjeuner d'une manière délicieuse. Le Rêve d'Antoinette Par Eveline Le MAIRE lleprodurtlon autorise par la SocléO de» Oeno de Lettre» Antoinette il'Ail>cmile à Thérèse de k mil i'iuu "Prenez garde, nies chères enfants! le monde est un monstre malfaisant ! ( Auriez -vous jamais oui, par hasard, <|u'un monstre fût i|ueli|uefoiH bienfaisant il gentil f) "Dans cette paisible maison, vous ne "pouvez soupçonner sa cruauté pcrlidc, "mais prenez garde! il vous guette aux "portes du couvent, tout prêt à fondre "sur vous pour vous dévorer!." Mignonne Thérèse, vous rappelez-vous ce pompeux discours de Mère Fidélia au jour de notre départ ?Je la vois encore, la chère vieille, toute cassée, jaune et ridée comme une jiomnie de l'an dernier! Elle tenait ses yeux obstinément fixés sur le parquet, si bien verni que je vous chuchotai dans l'oreille que, faute de miroir, elle faisait cela pour "se regarder dans la glace", à quoi vous m'avez, d'un coup d'oeil sévère, montré l'inconvenance d'une telle supposition.Vous aviez raison, comme toujours: quand enfin elle releva la tête, nous vîmes ses pauvres petits yeux gris, si ternes d'habitude, briller d'un éclat humide, inaccoutumé, et je compris! Mère Fidélia pleurait! Pauvre chère figure connue depuis dix ans, toujours la même, toujours laide, toujours fanée, toujours centenaire, je la trouvai soudain d'une beauté inouïe.C'est alors, vous vous en souvenez peut-être, que j'allai vers elle et, prenant entre mes mains la pomme ridée de l'an dernier, je l'embrassai par deux fois, à pleine bouche.Les larmes étalées jusqu'ici sur l'émail terni des yeux coulèrent lentement sur le parchemin jauni et se nichèrent dans quelque ride où je ne les vis plus.En m'en allant, j'emportai un sentiment bizarre fait de regret, de reconnaissance, de confusion, pour ce que je quittais, avec la crainte savoureuse de cet inconnu redoutable et du monstre cruel qui me guettait aux portes du couvent.Démêlez cela si vous pouvez.Je tremblais un peu, en franchissant le seuil béni de la sainte maison , et, me rapprochant encore de Fanchette, je risquai un coup d'œil au dehors.La rue s'étendait à droite et à gauche, tranquille et muette, presque déserte, avec de grands murs moroses.Le monstre n'était pas là.A demi rassurée, vaguement inquiète, je pris le chemin de ma destinée, épiant à travers les vitres de mon wagon les cornes ou les griffes de l'hydre redoutable; mais les rivières et les bois défilaient devant moi, paisibles; les villes se succédaient lançant sur le ciel bleu, comme de grands points d'exclamation, les tours et les clochetons de leurs églises, sans rien de suspect ni d'effrayant.Alors, sans doute, ce serait à Montreil seulement que je verrais l'ennemi face à face et qu'il faudrait, pour m'en défendre, me remémorer les conseils maternels ou terriliants de Mère Fidélia.lôh bien, on apprendrait alors ce que je suis capable de faire.Chère Thérèse, vous me connaissez assez pour me croire si je vous dis que je fus, non pas rassurée, mais sincèrement désappointée en entrant dans ma nouvelle existence: la non plus, le monstre n'y était pas! A quoi nie servait mon arsenal de lionnes résolutions?J'aime la lutte, hélas! et rien ne me provoque, à moins que l'ennemi sournois ou bon prince ait décidé d'attendre un peu Je n'entrerai pu dans de fastidieux détails sur la maison triste, noire, maussade, de Mlle Bertrand, ma tante, maison où la monotonie, mère de l'ennui, s'est établie en maîtresse souveraine.Je garderai le même laconisme au sujet de sa propriétaire, car je le sais très bien, si je m'étendais un peu, vous me trouveriez méchante et vous nie gronderiez très fort Je ne vous dirai donc pas qu'elle est maniaque, niais maniaque! LA! ne vous fâchez pas.mettez que je n'ai rien dit.Ou plutôt j'ai voulu dire, elle a un ordre si surprenant, une régularité telle, que sa vie est étiquetée, classée, rangée, comme le pupitre de Marguerite Pinson.Toutes ses minutes sont mises en bouteilles numérotées et, méthodiquement, elle les boit l'une après l'autre.Ainsi, bien que je ne T'aie pas vue depuis deux Itcures au moins, je puis vous allirmcr qu'au moment précis où je vous écris, elle est dans son fauteuil vert, un tabouret sous les pieds, son chat Katapon sur les genoux; de la main gauche, elle tire un peu l'oreille dudit quadrupède, de la droite, elle tient son journal et doit en être vers la lin de la troisième colonne de la quatrième page, ou aux premières lignes de la colonne suivante.Je vous ferai savoir un peu plus tard si elle m'aime, ne m'en étant pas encore aperçue jusqu'à présent.Par lanterne occasion, je vous avertirai de mes sentiments à son égard.Ne croyez pas, chère amie, que je prenne en grippe Montreil et mon nouveau genre de vie! Parfois, je l'avoue, j'ai des accès logis.Sans mot dire, Antoinette suivit sa tante qui, très digne, se retirait.Pauvre Mlle Bertrand! la seule pensée qu'un changement quelconque pût être apporté au petit va-et-vient de sa vie de tous les jours la remplissait d'une secrète terreur.Son idéal de bonheur consistait en une routine jamais démentie.Mais, gémissait elle, combien son existence était changée,maintenant qu'il lui fallait recevoir chez elle sa petite-nièce, Parisienne de naissance et d'éducation, orpheline depuis dix ans, et dont elle était la plus proche parente!.Durant les années de couvent tout avait été pariait! L'enfant se plaisait dans la sainte maison et répondit par un refus quand, aux premières vacances, Mlle Bertrand l'invita mollement à venir chez elle, à Montreil.Deux fois par an, la petite écrivait, et recevait en réponse une lourde pâtisserie dorée capitonnée d'amandes, vers le jour de l'an, et une corbeille de fruits :miiiiniii'iiiim:!iii.iuniuitiui Le roman d'avril Mon Lieutenant Par Geneviève Lecomte .est Thistoi/re passionnante de la lutte d'un coeur de jeune fille, entre le souvenir d'un fiancé malheureux qui lui rend sa parole, et l'amour généreux et désintéressé d'un ami d'enfance qui ne demande que le droit de guérir son coeur blessé.C'est alors que l'auteur fait habilement entrer dans rintrigue une découverte dont l'intérêt poignant crée une situation dramatique, bouleverse les projets et les rêves du jeune homme, et le pousse au plus héroïque sacrifice: à celui qui lui avait sauvé la vie, un jour, Pierre paye sa dette en lui donnant le bonlicur qui brise le sien.de mélancolie, mais cela dure peu, et ma joyeuse humeur reprend vite le dessus.Etant décidée à voir les choses du meilleur coté, j'aurai encore de lions moments, je crois.Multipliez-les, petite amie, en m'écrivant beaucoup Vous connaissez ma très grande affection pour vous, je ne voir» pa?radoter en vous en donnant de nouveau l'assurance.Croyez-moi votre amie Antoinette La jeune lillc achevait à peine sa lettre quand Mlle Bertrand tit son apparition.— Ma nièce, dit-elle, nous sommes au 1er septembre.Mon expérience m'a permis de constater qu'à cette époque le Pâtis devient un peu frais, et j'ai l'habitude de faire, à partir de ce jour, ma promenade quotidienne sur la route de Chanip-lleur, je n'y veux pas manquer cette fois, car pour moi l'habitude est une chose sacrée.Préparez-vous donc, nous allons sortir.— Oh! ma tante! il fait une température du Sénégal! La perspective d'une promenade sur la route très ensoleillée de Chaniptleur effrayait à bon droit la jeune tille.— Prétendez - vous, Antoinette, connaître mieux les choses et la vie qu'une femme de mon âge ?Votre remarque est déplacée, mon enfant.Croyez, du reste, tpie vous avez toute lilierté de ne pas [n'accompagner si cette promenade vous dé-plait Mieux valait subir les réverbérations solaires de la grande route blanche, que de rester toute une journée dans le sombre mûrs dans le courant de l'été.I,à se bornait la sollicitude maternelle de Mlle Bertrand pour l'orpheline.Mais quand la jeune fille eut dix-huit ans, il fallut bien songer à elle.Tout d'abord, la digne demoiselle déclara que s'il lui fallait subir cette jeunesse, elle en mourrait à bref délai.On lui fit comprendre que sa robuste santé résisterait sans doute à un tel assaut, et qu'il serait peu convenable pour Mlle d'Ai-peuille de ne point venir chez sa tante: le monde en pourrait jaser.Ce dernier argument fut tout-puissant sur l'esprit routinier de la vieille fille.Elle envoya F'anchette à Paris, avec mission de ramener la pensionnaire à Montreil.Dès lors, elle considéra sa vie comme bouleversée, quoiqu'elle n'eût rien changé à ses chères habitudes- II se fit en son esprit un travail lent et sûr; une idée s'y implanta, solide et indéracinable: pour se débarrasser de cette encombrante petite, sans faire jaser le monde, un moyen existait, le mariage.Ce serait facile et prompt: il y avait à Montreil plusieurs jeunes gens fort comme il faut, Antoinette n'était point sotte ni laide; sans être riche, elle possédait quelques petites rentes; quoi de plus simple, alors?Que la principale intéressée pût avoir sur le mariage des idées à elle, sages ou baroques, tout opposées aux projets en question, Mlle Bertrand n'y songeait point, non, pas plus que, de son côté, la jeune fille ne soupçonnait les combinaisons machiavéliques qui bouleversaient le cerveau paisible de sa vieille tante.En attendant l'heure des révélations, l'une et l'autre, essoufflées et en sueur, suivaient sous un soleil ardent la_ route poussiéreuse de Champfleur.II Antoinette fit sensation dans la petite ville de Montreil.Sans être précisément jolie, elle avait un charme exquis et une grâce mutine tout à fait séduisante dans ses yeux très francs, sa petite bouche rose toujours souriante et ses cheveux fous, légers et chatoyants comme de la lumière.Mlle Virginie était secrètement flattée du succès de sa nièce, mais n'en voulait rien laisser paraître.Tout haut, elle réprouvait fort son élégance pourtant bien naturelle; tout bas, elle la bénissait et en faisait la complice de ses projets.Mais il fallait qu'on connût mieux la nouvelle arrivée, il fallait la présenter à la société de Montreil Hélas! que de peines pour marier une jeune fille! Mlle Bertrand admirait très fort son dévouement et sa force morale insoupçonnée jusque-là Chose inouïe! Elle allait, en septembre, recommencer la tournée de visites qui, depuis les temps les plus reculés, se faisaient toujours méthodiquement dans la première semaine de janvier.Antoinette raconte à son amie les petits détails de son existence."Thérèse chérie, je l'ai vu le monstre."Voulez-vous sa description ?Il est insignifiant, lourd banal, comme un vulgaire animal de basse-cour.Rien de redoutable dans son aspect; je ne le crois pas méchant, au sens propre du mot; il manque un peu d'esprit, embaume la province à cinquante pas; je crois même que, pour l'avoir approché, j'en ai pris une vagtie odeur que vous retrouverez certainement dans cette lettre.En somme, je ne me laisserai pas dévorer par lui, et il ne me semble point en avoir envie; méfions-nous toujours, c'est si perfide, ces monstres-là! "Il y a trois jours seulement, et sans y avoir été préparée, j'appris soudain que j'aurais avec lui ma première entrevue: "Au sortir du déjeuner, tante Virginie prit un air grave, et comme je lui offrais mon bras pour faire son traditionnel pèlerinage à l'acacia décharné de l'allée gauche du jardin, quarante pas pour aller, autant pour revenir, qui facilitent, dit-elle, sa digestion, elle eut un geste négatif et me cloua de surprise, en disant : — Pas aujourd'hui, Antoinette! — Ma tante, seriez-vous malade ?— Pas encore, quoique je m'y attende chaque jour; heureusement que.Une de ses habitudes, quand elle me parle, est de terminer par cet adverbe chacune de ses phrases.Pourquoi ?— Aujourd'hui, reprit-elle, je n'ai pas le temps de me soigner, je dois penser à vous, mon enfant.Je fus si intriguée que je ne songeais pas à rire de son ton solennel.— Penser à moi, ma tante ?.Je vous en suis mille fois reconnaissante, mais pourquoi, à mon sujet, changer vos habitudes et vous priver de votre petite promenade quotidienne?— Ne savez-vous donc pas, Antoinette, que tout Montreil, en ce moment, a les yeux fixés sur vous ?— Sur moi ?.Quel honneur! .— C'est assez naturel, la nièce de Mlle Virginie Bertrand ne peut passer inaperçue dans notre ville, (.'.race à moi, j'ose le croire, vous êtes assurée de la meilleure bienveillance.Ces dames vous accueilleront avec indulgence et bonté; tâchez de rester digne de la situation évidente où vous êtes placée.Il fallait entendre ce ton, en disant cela! Thérèse, je n'ai jamais essayé de vous tromper en me faisant passer à vos yeux pour l'ange de la douceur .ne vous étonnez donc point si je vous avoue qu'à ces mots je rougis de colère.— Ma tante, je n'ai pas l'honneur de connaître "ces dames", mais je ne veux ni de leur indulgence, ni de leur bonté Dites-le-leur de ma part si vous voulez.— Du calme, ma nièce! je suis surprise, péniblement surprise de votre extrême vivacité.Vous ferez bien d'assouplir votre caractère, mon enfant, si nous voulez vivre Page 14 La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 dans le monde.Je trouve inconvenante votre manière de me parler, et plus inconvenante encore la façon dont vous traitez les excellents sentiments de ces clames pour vous.J'avais déjà honte de mon mouvement d'humeur; de plus, un mot de ma tante, me lit dresser l'oreille.— Vous avez raison, lui dis-je, aussi pardonnez-moi, je vous prie! Alors, ma tante, le monde c'est Montreil ?.— Pas tout à fait, Antoinette, c'est une partie de Montreil, c'est la société choisie à laquelle je voulais vous faire l'honneur de vous présenter, mais, vu votre indépendance d'idées, je ne sais si je dois.— Oh! si, ma tante, vous devez.Oubliez, de grâce, un mouvement d'humeur que je regrette et conduisez-moi dans le monde.Mlle Virginie, subitement radoucie, me tapota la joue.— Alors, petite fille, habillez-vous et faites-vous belle.De mon côté, je vais procéder à ma toilette.C'est pour cela que j'ai changé mes habitudes aujourd'hui.Elle coula un regard tendre et langoureux du côté de l'acacia pendant que, tout émue, je montais bien vite dans ma chambre, me préparer à ma première bataille.Quelles armes devais-je prendre ?Ma conscience me suggérait vaguement de mettre la petite robe à rayures bleues et blanches que je trouvais très gentille à Pâques, et dans laquelle je serais passée modeste et inaperçue.Mais je voyais tout à côté mon costume de voile blanc pas encore étrenné (vous savez que je raffole du blanc); j'entendais ma tante me recommandant de me faire belle.et, somme toute, je lui dois l'obéissance, à ma tante .Je choisis donc ce que vous devinez.Je fis bien, car Mlle Bertrand avait elle-même sorti de leurs boites camphrées 6es plus beaux atours: robe de soie, couronne de roses, ombrelle puce à manche d'ivoire, et au milieu de tout cela, un "air de circonstance" qui m'en imposa très fort.Par une chaleur tropicale (dans ce brave Montreil, on commence les visites au début de l'après-midi), nous partons en campagne.Chez M.le notaire, une petite bonne effarée vient nous ouvrir.— Mme Benoit est-elle visible?— J'sais pas, j'vas y demander: c'est aujourd'hui lessive.On entend alors des chuchotements, des pas précipités, des portes qui s'ouvrent et se ferment.Bientôt, la bonne reparaît et nous introduit dans un endroit si sombre qu'il est impossible d'y rien distinguer.Au bout de cinq minutes, une forte odeur d'eau de javelle et de chlore se répand dans l'endroit mystérieux où nous sommes.J'entends le bruit d'une respiration haletante, de chaises que l'on cogne, de meubles que l'on heurte, et une voix courroucée qui s'exclame: "Encore cette sotte de Joséphine qui laisse une "visite" dans l'obscurité! Excusez-moi, mesdames, mais ces domestiques!" Nous entendons alors qu'on veut ouvrir une fenêtre.Cela n'arrive pas souvent, sans doute, car une lutte s'engage entre une chose qui résiste et un être humain qui tire, pousse et se démène.La lutte se prolonge; enfin l'humanité triomphe, et la lumière se fait! Je puis donc voir Mme la notairesse, une courte personne essoufflée, sanglée dans une robe trop hâtivement mise, trahie par la plupart de ses agrafes.Ma tante fait les présentations d'usage.Mme Benoît, vexée par la négligence de Joséphine, commence sur les domestiques et leurs innombrables méfaits une dissertation qui me donne tout le loisir de jeter un coup d'as trompée.Il était bien jeune et très beau: le teint pale ou peut-être pâli par l'émotion, les cheveux noirs, les yeux su-l«?rbes, longs et sombres comme des yeux «l'Oriental , un héros de roman! Il n'en fallait pas tant pour exalter l'imagination de la jeune fille.Elle remercia d'une voix un peu faible.— Que vous êtes bon, monsieur! ajou-l.i-l-cllc.Je suis vraiment confuse de vous donner tant de peine.— Ne me remerciez pas, mademoiselle; je suis trop heureux d'avoir pu vous rendre ce léger service.— Vous devez me trouver bien sotte d'avoir eu si peur et d'avoir perdu connaissance, dit-elle, niais tout a été si brusque, si violent, que je n'ai pas pu me rendre compte des choses; je ne sais même pas maintenant ce qui s'est passé.— Ce n'était pas peu de chose, mademoiselle, c'est au contraire miracle que vous n'ayez pas été tuée sur le coup; la balle a passé si près de vous!.Il y avait un frisson dans les mots du jeune homme.— Je voudrais trouver l'imprudent ou le maladroit qui a fait ce joli coup, conti-niia-t-il.— Quoi! ce n'était donc pas ?Antoinette, s'interrompit, confuse.En effet rien dans la tenue du jeune homme n'indiquait un chasseur: ni le pantalon de drap bleu légèrement llottant, et plus étroit aux chevilles, ni le chapeau de feutre aux larges bords pas de chien, de carnier, ni de fusil.— Excusez-moi, lit-elle; j'aurais dû penser que cette chasse étant défendue, mon accident n'a pu être provoqué que par un braconnier.— Sans doute, et ce monsieur, qui a certainement entendu votre cri, s'est bien gardé de paraître; il doit être loin maintenant.Vous voyez, mademoiselle, combien il est dangereux de s'aventurer dans lis bois en cette saison Une autre fois, vous et moi ferons bien de chercher ailleurs la (joignante beauté d'un soir d'automne.La sympathie pour l'étranger, tout d'abord éclose chez notre héroïne, allait croissant.— Mais où trouverions-nous ailleurs ce que nous voyons ici ?fit-elle un peu ranimée.J'aime mieux croire que notre braconnier, mis sur ses gardes par sa maladresse d'aujourd'hui, ne reviendra plus désormais troubler la quiétude des paisibles promeneurs.Ce bois appartient au château d'Harfeuille, nul n'a le droit d'y chasser.Où devrait-on être plus tranquille ?Sa voix se raffermissait tandis qu'elle défendait sa promenade favorite.L'étranger se tenait debout, respectueusement, devant elle; le sourire de l'un se refléta dans les yeux de l'autre.— Vous êtes courageuse, mademoiselle; le danger'auquel vous avez miraculeusement échappé tout à l'heure aurait laissée tremblante pour longtemps toute autre que vous! Vous ne gardez pas rancune au pauvre bois pour les frayeurs qu'on y rencontre, vos sympathies savent résister à l'épreuve; c'est rare et joli! — Oui, reprit-elle pensive, il y a du miracle dans tout ceci.Dieu est bon! N'est-ce pas une chose providentielle aussi que vous soyez passé juste pour me secourir dans cette extrême détresse ?Par quelles circonstances, monsieur, la Providence vous a-t-elle amené là ?— Oh! c'est tout simple, mademoiselle, répondit le jeune homme.Je peignais dans le voisinage quand il m'a semblé entendre un cri d'appel.Je suis venu en hâte, et bien m'en a pris, puisque ainsi j'ai pu vous rendre un iéger service.Il se tut.Antoinette, les yeux fermés à demi, se croyait transportée dans le pays des songes.Alors, ce prince Charmant était un peintre ?Le coup de fusil, la syncope, la romanesque apparition n'étaient-ils pas plutôt un rêve ?Mais non, tout était bien vrai, au contraire.En ouvrant les yeux, elle voyait le bois, et lui, le peintre, son peintre, penché vers elle, avec, au fond des yeux, un peu d'angoisse.— Mademoiselle, vous sentez - vous moins bien ?— Je suis tout à fait remise, dit-elle en extase; voyez, je puis remuer le bras, je vais pouvoir rentrer à la maison.Elle tenta de se lever, mais le sol se dérobait sous ses pas.— Attendez un peu.de grâce, dit le jeune homme d'un ton ferme, encore quelques minutes de repos, et vous pourrez marcher.Si vous craignez que l'on s'inquiète chez vous, permettez-moi d'aller rassurer les vôtres et chercher quelqu'un si vous le désirez.en m'expliquant, je saurai bien trouver.— Non, non, merci, n'y allez pas! Je veux au contraire que l'on ne sache rien! Ma tante ne voudrait plus me laisser sortir, si elle se doutait.— Alors, mademoiselle, vous me permet trez de vous accompagner un peu, vous êtes encore si faible! Il s'appuya au fût d'un hêtre, de l'autre côté du sentier, tout prêt à l'aider s'il lui fallait un secours, et tandis que l'ombre des grands arbres devenait très longue sur le chemin, ils causèrent.De mille petits riens, de la couleur des feuilles, de la forme des arbustes; ils échangèrent des réflexions banales sur le temps probable du lendemain.Mais Antoi nette savait à peine les mots dits par ses lèvres une idée, une seule, martelait sa pensée, une question la brûlait.A la fin, n'y tenant plus, elle baissa la tête en rougissant et demanda: — Alors, monsieur, vous êtes artiste?— Mademoiselle, j'aime la peinture de toute mon âme, et je lui ai consacré ma vie.— Oh! comme je vous comprends, reprit ardemment la jeune fille.L'art, c'est QUAND un silence inaccoutumé règne dans la maison .quand le petit roi de la nursery manque d'appétit .une mère sage s'apercevra bientôt qu'il y a quelque chose qui ne va pas! La plus fréquente des indispositions de l'enfance Il peut fort bien se faire que vous ne soupçonniez pas, dès l'abord, la constipation .véritable cause de ce que vous croyez n'être qu'une légère altération de sa santé.C'est, chez l'enfant, une des indispositions les plus communes.Il est vrai que ses selles puissent sembler régulières, mais comment savoir si cette élimination quotidienne s'effectue complètement et si ce jeune organisme est, chaque jour, entièrement débarrassé des déchets alimentaires qui, absorbés par les parois de l'intestin, sont peut-être devenus de redoutables agents toxiques?Un régime n'est pas toujours efficace Même si vous observez les meilleures méthodes d'alimentation scientifique, même si vous savez que votre enfant fait plus de culture physique et reste plus longtemps exposé au soleil que votre médecin l'a recommandé, il peut souffrir d'une constipation causée, en dépit de votre scrupuleuse surveillance, par le fait qu'il consacre à ses jeux une partie du temps qui doit être réservé à l'évacuation intestinale.S'il est pâle, languissant, sans appétit.il est tout probable qu'il lui faut un bon laxatif.Certains laxatifs, d'autre part, font plus de mal que de bien.Ils peuvent être trop énergiques pour l'appareil digestif, très délicat, d'un enfant.Même administrés en petites doses, les purgatifs destinés aux adultes ne conviennent pas à l'enfance.Donnez-lui du Castoria Fletcher! Pour les enfants, le Castoria Fletcher est le laxatif idéal.C'est le seul laxatif qui soit préparé spécialement pour eux.Préparation végétale absolument sûre et sans danger, elle régularise les estomacs délicats, sans causer de coliques ni entraîner la formation d'une habitude.Les enfants en aiment le goût et l'ingèrent sans la moindre crainte.Consultez votre médecin au sujet du Castoria Fletcher.Il vous dira que cette préparation ne contient ni éléments nocifs ni narcotiques.C'est le remède tout indiqué contre la constipation des enfants, dès leurs premiers mois à la onzième année.Achetez, dès aujourd'hui, un flacon de Castoria chez votre pharmacien.Le format des familles est le plus économique.Et, surtout, exigez la signature Chas.H.Fletcher sur l'étui de carton.CASTORIA contre la constipation infantile de la petite enfance à la 11 u-me année Page 18 La Revue Moderne — Montréal M ara 193 ! ce qu'il y a de meilleur sur notre pauvre terre, c'est ce qui soulève, idéalise, ennoblit tout.Vivre en lui et pour lui, ce doit être h bonheur le plus complet que puisse offrir la triste vie! — Ne le pensez pas, mademoiselle, l'art est un maître impérieux et trop souvent ingrat.Il peut torturer celui qui l'aime, le faire souffrir jusqu'à La folie; j'ai vu des artistes mourir de ses trahisons.C'est un supplice sans égal, croyez le, que d'avoir en soi un rêve inexprimé.On le caresse, on l'adore, on veut lui donner la vie.Pour le parer d'un corps, on appelle à soi les recherches les plus étudiées, les plus subtiles du talent; l'œuvre naît, belle parfois, admirable peut-être, les hommes la loueront, mais le rêve n'y est pas, le corps est vide de l'âme pour laquelle on l'avait créée, et le poète, le musicien ou le peintre sentant encore en lui le poids trop lourd de son idéal, abandonne son clavier, jette sa plume et ses pinceaux, s'enferme jalousement et pleure.Antoinette savourait les moindres mots, les plus légères intonations de cette voix chaude et sympathique; elle croyait ressentir elle-même la souffrance qu'on lui décrivait.Hé quoi! cette tête superbe se parait-elle encore d'une auréole de douleur, et surtout de cette douleur intéressante et distinguée inconnue du vulgaire ?C'était plus qu'elle n'avait rêvé.Il reprit gaiement: — Mais, grâce à Dieu, tous les artistes ne sont pas ainsi.Ils peuvent être heureux en plaçant moins haut leur idéal; alors, l'art procure des jouissances inouïes, s'il veut bien leur sourire.Le rêve léger qui flotte en leur âme est facilement traduit par un talent exercé, ils se croient créateurs et peuvent bien l'être en effet si quelque étincelle de génie s'est par hasard égarée entre leur intelligence et leur sensibilité.Quant à moi, j'aime mon art, bienveillant ou cruel: je l'aime trop peut-être, puisqu'il m'entraîne à vous fatiguer en vous parlant ainsi de lui.Elle se redressa, les yeux brillants, le teint redevenu rose.— Vous ne me fatiguez pas, dit-elle, je vous comprends si bien!.Elle s'arrêta confuse, craignant d'avoir trop parlé, mais il sembla ne pas voir cet émoi.— Vous peignez peut-être, mademoiselle ?demanda-t-il.— Seulement un peu, des fleurs, et si mal! Dieu merci, je m'y connais assez pour ne point me faire d'illusions.Je n'ai guère pris de leçons, encore étaient-elles fort médiocres, et je n'ai jamais eu l'occasion de voir beaucoup d'uuvres de maîtres quand j'étais en pension.Ici, vous devez le savoir déjà, il y a peu de ressources pour les amateurs.— En effet, répondit-il en riant, je vous trouve même très indulgente de ne pas dire "aucune" ressource.Je regrette vivement, ajouta-t-il, de n'avoir point aujourd'hui les aquarelles et les croquis de bons maîtres que j'ai apportées à Montreil pour m'aider dans mes études: j'ai comme cela quelques amis dont je me sépare difficilement.Je me serais fait une joie de vous les montrer et vous auriez été heureuse de faire leur connaissance, je n'en doute pas.— Oh oui, cela m'aurait fait tant de plaisir! — Peut-être (il hésita un peu), peut-être les hasards de la promenade nous rapprocheront-ils ces jours-ci; je peins tous les soirs près d'ici.J'aurai sans doute ma collection; c'est un hasard de l'avoir Laissée à l'hAtel aujourd'hui.Elle ne répondit rien, heureuse et l'âme en fête.Dans le bois, les coins d'ombre s'épaississaient, un rayon de lumière rose, filtrant à travers les aiguilles d'un sapin, n'éclairait que les branches élevées du chêne le plus haut; les allées étaient baignées de crépuscule vaporeux et transparent, plein de reflets et de parfums.Une feuille tournoya lentement dans l'air et vint tomber avec un bruit mat, formant sur le gazon une tache lumineuse.Antoinette tressaillit et se releva.— Décidément, je suis très bien, dit-elle, je vais rentrer.Il fallut bien accepter le bras compatissant qui s'offrait pour soutenir ses pas chancelants, répondre aux remarques banales sur le temps et le paysage, alors que sa pensée était pleine d'autre chose; il fallut bien aussi le remercier encore quand, à la lisière du bois, il s'inclina cérémonieusement devant elle.Et l'âme tout engourdie, elle revint à la maison par la route empourprée des feux de l'occident.Le Rêve d vu Mlle Virginie attendait sa nièce avec impatience.A tout moment, elle se penchait à la fenêtre pour voir si, de loin, elle ne l'apercevrait pas; jamais encore la respectable tante n'avait, semblait-il, désiré autant la présence de sa chère pupille.Enfin, elle la vit au tournant de la route, marchant lente et pensive, dans un nimbe de lumière.Mlle Bertrand s'étonna.— Qu'a-t-elle donc fait de son insupportable vivacité ?pensa-t-elle.Ne mettrait-elle pas quelque secrète malice à revenir aussi tranquillement quand, pour une fois, je désire son retour ?Mais non, il n'y avait rien de machiavélique dans la lenteur d'Antoinette.Et la voyant de plus près, sa tante s'inquiéta.— Comme vous avez mauvaise mine, mon enfant! On dirait que vous ne pouvez pas marcher, seriez-vous malade ?Vous m'avez désobéi, j'en suis sûre, en allant beaucoup trop loin, vous êtes restée si longtemps dehors.II ne fallait pas que Mlle Virginie se doutât du pseudo-accident d'Antoinette.Après les radieuses perspectives entrevues le long de sa rêverie, quel désespoir pour la jeune fille si, dans une juste prudence, on lui défendait les chères promenades au bois d'Harfeuille! — Mais non, ma tante, je n'ai même pas été à la limite de votre permission; je suis restée en deçà.— Alors, pourquoi êtes-vous verte ?Vous êtes malade.— Je vais l'être assurément si vous insistez.Je ne vous demande pas de vos nouvelles, ma tante, car jamais vous n'avez été mieux, il me semble.De fait, Mlle Virginie avait, ce jour-là, une grâce tout à fait inusitée.— Je ne suis pas mal, en effet.D'ordinaire, elle répondait toujours par mille plaintes aux questions ou remarques qu'on lui faisait sur sa santé.Cette bonne humeur inquiéta la jeune fille.— Qu'y a-t-il là-dessous ?pensa-t-elle.Sûrement il est arrivé quelque chose à ma tante, mais quoi?.C'est la journée des aventures, aujourd'hui.Subitement intéressée, elle demanda: — Avez-vous passé une bonne après-midi, ma tante ?— Oui, merci, toujours tranquille, comme d'habitude.— Tranquille comme d'habitude .hum! c'est à voir, se dit Antoinette regardant son interlocutrice souriante et rougissante.A ce moment, Pauline, la petite femme de chambre, vint annoncer que Mademoiselle était servie; on se mit à table, on causa de choses et d'autres, mais ni l'une ni l'autre des deux convives ne paraissait être aux phrases qu'elle prononçait.Enfin, après mille détours, et d'un air qu'elle croyait le plus naturel du monde, Mlle Bertrand dit d'une voix toute changée: — A propos, j'ai eu tantôt la visite du notaire.Elle s'arrêta, regardant sa nièce d'un œil scrutateur, attendant une rougeur, un trouble, l'indice d'une émotion quelconque sur le visage d'Antoinette.Mais rien n'altéra l'imperturbable sérénité de la jeune fille et, ironie des choses d'ici-bas, ce fut Mlle Virginie qui rougit violemment dans l'ardeur de son désappointement.— Mme la notairesse ne l'accompa-gnait-elle pas ?demanda sa malicieuse pupille d'un air innocent.— La notairesse ?Quelle notairesse?.— Mais.Mme Benoît, c'est bien son nom, je crois.— Antoinette, perdez donc l'habitude de me répondre M.Benoit quand je vous dis M.Marcelle.Vous savez parfaitement que nous avons deux notaires ici.à vous entendre on croirait que M.Benoit seul est digne de l'être! Je vous prie de ne pas me parler de lui comme cela, c'est inconvenant.Elle était tout à fait en colère, la brave demoiselle.— Oh! ma tante!.c'est inconvenant de parler de M.Benoît ?Pauvre cher digne homme, il n'a pourtant pas l'air compromettant! Du moins je ne m'en doutais pas.Un homme de son âge! Et un notaire encore!.Ces derniers mots n'étaient pas faits pour calmer les nerfs surexcités de Mlle Virginie.Antoinette — Eh! bien quoi, un notaire?.Est-ce que par hasard les notaires seraient des êtres à part ?Quel ton dédaigneux! vraiment on croirait qu'ils ne sont pas dignes de votre attention! — Allons bon! tout à l'heure c'était inconvenant de rappeler l'existence de M.Benoît .maintenant c'est le contraire.Ma chère petite tante, qu'est-ce que je vous ai fait ?Elle s'approcha câlinement de la vieille fille, l'entoura dans ses bras et mit un baiser sonore sur chacune de ses joues.Mlle Bernard eut honte de sa nervosité.— Allons, allons, c'est bien.Si vous aviez un peu plus de sérieux dans la tête, vous seriez une charmante enfant! — Cela viendra, ma tante, ne désespérez pas.Alors, vous me disiez que l'un des notaires, pas M.Benoit, l'autre, est venu vous voir tantôt ?— Oui, ce jeune homme qui était au bal de Mme de Châtenoy, vous vous rappelez bien ?— Hélas! j'ai eu déjà le regret de vous dire que non, ma tante! — C'est vrai, mais je ne puis croire qu'il vous ait fait si peu d'impression!.Vous ne voyez pas ?un grand jeune homme brun — Avec une petite moustache et des yeux clairs, mais si, je vois, seulement ce n'est pas votre notaire.— Il est bien dommage que vous n'ayez pas été là tantôt, ma chère, cela vous aurait rafraîchi la mémoire! — Je l'ai échappé belle! pensa Antoinette.— Et vous auriez vu combien il gagne encore à être connu.Là-dessus, une verbeuse énumération des brillantes et solides qualités de son héros.— Ma parole! se dit notre espiègle, ma tante est amoureuse de lui! Tant mieux alors, elle voudra le garder pour elle.Mise en gaieté par cette idée, elle écouta d'une oreille complaisante le récit de la sensationelle visite, dans ses plus petits détails: la manière discrète dont il avait sonné, sa façon de marcher, de s'asseoir, de tenir son chapeau, sa distinction, sa correction, son intelligence, son goût marqué pour les poires duchesses, la supériorité qu'il reconnaissait aux confitures sur les conserves, etc.— 11 est comme vous grand amateur de la campagne, ma nièce, et il affectionne tout particulièrement le bois d'Harfeuille.A ce moment, l'attention d'Antoinette dérailla; ce bois d'Harfeuille n'éveillait-il pas en elle un monde de sensations et de souvenirs délicieux: cette romanesque aventure d'une balle égarée tout près d'elle, cette apparition du prince Charmant, d'un artiste épris de son art, toute cette histoire, jusque-là rêvée plutôt que vécue, prenait maintenant corps et consistance dans son esprit plus calme.11 lui semblait que, ce jour-là.les grandes portes de son avenir s'étaient ouvertes à deux battants par la volonté d'une prévoyance miséricordieuse.La balle du braconnier n'avait pas été égarée, mais conduite par une main toute-puissante qui voulait ce qui s'ensuivit.Sans elle, le sauveur ne serait pas venu .Ils auraient pu passer l'un près de l'autre, séparés par l'ombre de quelques arbres, sans se rencontrer jamais.Tandis qu'il lui était apparu, comme dans son rêve, lui protecteur compatissant, à elle faible et tremblante, ayant besoin de lui .Oui, tout avait été mené, conduit par la Providence .Elle avait tant désiré que ce fût ainsi! ces désirs mêmes étaient des pressentiments, cela devait arriver.Eh bien! tant mieux, cet avenir si net, si brusque, lui semblait doux infiniment.Tante Virginie observait l'air songeur de sa nièce et, continuant sa narration, recouvrait toute sa sérénité.— Bien sûr, se disait-elle, Antoinette ne pouvait rester insensible à l'éloge fort mérité que je lui fais de M.Marelle.Cela lui donne à réfléchir, elle n'est pas sotte et comprend que je ne parle pas ainsi pour le plaisir de parler."Enfin, conclut-elle, s'adressant à sa nièce, il se leva et s'excusa en termes parfaits de la longue visite qu'il venait de me faire (il est bien resté une heure), s'accu-sant d'indiscrétion avec une grâce, un tact que je ne puis vous rendre".Pour en donner une idée, elle esquissait de grands saluts, prenait de petits airs confus qui, en tout autre moment, eussent bien amusé Antoinette, mais Antoinette continuait à rêver.Le soir, elle écrivit A Thérèse de Ker- dignac: "Ma chérie, Il existe, je l'ai vu! Je le savais bien, j'en avais le pressentiment, et la réalité a dépassé toutes nies espérances.J'en ai la tête si remplie que je ne puis penser à outre chose, et il me semble que tout le monde doit être comme moi.T.ml.h/ niiii (loin m je ne vous .ii pas dit encore de quoi il s'agit."//, c'est mon idéal, mon peintre.Vous rappelez vous ma dernière lettre?En vous l'écrivant, je ne pensais guère pouvoir vous dire si pxomptenient que mes idées romanesques, connue vous dites, étaient sagesse et pressentiment.Je vous raconterai une autre fois les circonstances dramatiques grâce auxquelles je l'ai vu.Aujourd'hui, il est tard, je suis un peu souffrante, j'ai besoin de repos, mais je ne veux pas attendre un seul jour pour vous dire mon émotion.11 m'a rendu un t rès grand service, m'a presque sauvé la vie; il esi jeune, beau, généreux, artiste, je ne sais rien de plus, pas même son nom.Dieu e9t bon, qui nie fait une part de bonheur si large, si éblouissante; i'avenir l'ouvre devant moi teinté de rose sur fond d'azur, ma Thérèse, et c'est joli, joli! "La plume me tombe des mains, bonsoir".VIII Cette nuit-là, l'heureuse jeune fille eul de beaux songes, d'une qualité si rare qu'ils ne s'évanouirent point au réveil.La joie vibrait sur ses lèvres en un gai sourire qu'elle envoya, là-bas, par la fenêtre grande ouverte, au bois enchanté, inviteur et séduisant.Tout de suite sa résolution, flottante jusque-là, fut prise: elle retournerait à la place même où, la veille, il était apparu et.sans doute, elle le rencontrerait encore Pourquoi n'irait-elle pas?pourquoi se priverait-elle de la promenade quotidienne qui seule lui faisait la vie heureuse ?Parce qu'un doux espoir venait de traverser son horizon, fallait-il renoncer aux arbres d'or, aux mousses odorantes, aux clairières pleines de soleil ?Fallait-il contrarier les voies de la Providence qui avait ménagé cette rencontre comme un avertissement, comme une indication de la route à suivre désormais ?Pourquoi du reste se dire tout cela ' Elle finit par croire que son devoir Vobligeait à se promener au bois d'Harfeuille ce jour-là comme la veille.Cependant, une vague inquiétude l'assombrissait un peu.N'aurait-elle pas l'air de venir à un rendez-vous?Mais non, quelle folie! Elle ne devait pas gâcher tout son avenir par de sots scrupules.Aide-toi, le Ciel t'aidera Forte de cette pensée, elle se prépara de bonne heure, dans l'après-midi, apportant à sa toilette plus de soin que de coutume.Puis, marchant à pas feutrés pour ne point troubler la sieste de Mlle Bertrand, elle sortit de la maison.Le cœur lui battait un peu quand elle entra dans la forêt, toute changée lui semblait-il, et plus mystérieusement jolie que d'habitude.Elle revit, tout émue, le fameux chêne de la veille, le noisetier endommagé avec ses rameaux effeuillés et la grosse branche cassée dont le souvenir s'imposait par son bras endolori.Le livre déchiqueté gisait toujours dans le chemin.Tout était comme la veille, mais le Prince charmant ne s'y trouvait pas.Où se cachait-il donc ?Pour mieux rappeler ses souvenirs, elle recommença la scène mémorable: s'assit au pied du chêne, allongea ses deux mains côté à côte comme pour tenir un livre, retint un cri d'effroi, et se jetant de côté sur le talus, s'efforça de prendre la position même dans laquelle elle s'était évanouie; puis elle ouvrit les yeux à demi et reconnut enfin le coin de bois par où son sauveur était venu à elle: un petit sentier étroit et charmant, plein de gazouillis d'oiseaux.On s'y enfonçait plutôt qu'on n'y marchait, avec la surprise, à chaque tournant, de voir un passage alors qu'on se croyait au bout.Il aboutissait à une clairière ensoleillée traversée en biais par un ruisseau limpide aux parois capitoni èe, de mousse.L'ombre élégante de l'artiste se profilait sur le sombre des arbres, Antoinette s'arrêta.Mais il l'avait entendue venir ci.réprimant un mouvement de surprise, il se leva, s'approcha d'elle et, s'inclinant profondément.— Je suis heureux, mademoiselle, du hasard qui a conduit ici votre promenade, dit-il, heureux aussi de voir que l'émotion /.h R i r h i Mo (1 v r h i — Montréal, Mars 19 3 3 Page 19 Le Rêve d'Antoinette d'hier n'a pas eu de suites sérieuses.J es-père i|ue vous aile/ tout à (ail liien aujour- d'hail — Merci, je ne pense plus à cette aventure, sinon pmir déplorer nia soi lu fraycui Je vous ai très mal remercié de votre obligeant c, uionsiriir, i myc/ pourtant i|ue J'1 vous en ai une très grande reconnaissance.K L'émotion paralysait les mots sur ses lèvres.1-11 lf aurait voulu dire autre chose, et le dire autrement, mais ses facultés la trahissaient au moment précis où elle en avait le plus grand besoin.Vit-il cet émoi ?Peut-être, l'our la mettre à l'aise, il abandonna son allure et son ton cérémonieux.— De grâce, mademoiselle, ne parlez plus de cela, dit-il gaiement.Puisque, vous y tenez, j'accepte votre reconnaissance, et ce sera, de mon séjour à Monlreil, un souvenir précieux et charmant.Ne restez pas ainsi au soleil, il fait très chaud aujourd'hui.Elle le suivit dans un coin d'ombre et s'assit sur le pliant qu'il lui offrait.— Après votre départ, hier soir, j'ai voulu avoir le Cœur net des causes de l'accident et me suis mis à la recherche du maladroit chasseur.Son chien me l'a fait découvrir, une bête superbe, laide et précieuse (le chien, pas l'homme) qui battait un fourré pas trop loin d'ici.En le suivant, j'ai pu arriver jusqu'à son maître; vous aviez raison, mademoiselle, c'était un braconnier d'aspect peu rassurant et surtout peu rassuré quand il me vit.Notre explication ne vous intéresserait guère; sachez seulement que vous n'avez plus rien à craindre, il n'osera pas une autre fois déranger vos promenades.l'auvre homme! il était désolé de sa maladresse et vous croyait morte, pour le moins.— En tout cas, il a une singulière façon de secourir ses victimes, interrompit Antoinette en riant.— Que voulez-vous ?la frayeur lui a donné des jambes, reprit-il en riant d'un bon rire communicatif.Mais ne parlons plus de cela et surtout n'y pensez plus! Les lièvres seront tranquilles désormais, le braconnier ne braconnera plus.— Cher braconnier! murmura la jeune tille avec ferveur.Elle avait pensé tout haut, l'artiste la regarda surpris.Elle s'en aperçut, rougit un peu et dit vivement: — Le hasard seul ne m'a pas amenée ici, monsieur, mais aussi la curiosité.Vous m'avez parlé hier de votre collection de voyage et j'ai si peu l'occasion de voir de jolies choses que vos paroles m'ont fait rêver.Elle regardait en même temps un vaste carton reposant sur l'herbe à côté du chevalet.— Je suis trop heureux de vous faire plaisir, mademoiselle! Il s'empressa, tira du carton les délicieux petits chefs-d'œuvre dont il avait parlé, fit admirer les meilleurs morceaux de chacun d'eux, expliquant ses préférences en artiste consommé, mettant toute son âme dans son interprétation personnelle de l'art et son jugement des œuvres d'autrui.11 y avait la d'exquises aquarelles, de solides études, quelques toiles vigoureuses et talentueuses; presque tout était signé de noms célèbres.Antoinette s'extasiait.Malgré le défaut d'éducation artistique, son goût très sûr lui faisait reconnaître la beauté réelle et les joliesses factices, et puis son peintre savait si bien faire passer en elle toutes ses admirations! Trouvant en la jeune tille une pensée intelligente et docile, lui-même s'attardait, souriait à ses amis, et leur découvrait peut-être encore, ce jour-là, des charmes nouveaux.— Que pensez-vous de cela ?demanda-t-il en terminant.Il lui montrait une aquarelle largement traitée, tout imprégnée de lumière.A la voir si fraîche et si pure, on se sentait respirer mieux et l'on ne découvrait qu'ensuite le chatoyant décor qui l'encadrait: un coin de jardin où, sur une pelouse, irradiait une débauche de Heurs, coucous, pavots, bleuets, pivoines, giroflées, toute une llore de printemps exquise et parfumée.A gauche, l'angle d'une niai-n, une tourelle pointue dont le mur vénérable se cachait à demi sous l'esodade folle d'une glycine exubérante; et dans tout cela, un charme joyeux et captivant, intraduisible.Antoinette s'était approchée, vivement intéressée.— Comment trouvez-vous cela ?demanda une seconde fois le jeune homme.— C'est adorable, tout simplement Kien de ce que vous m'avez montré n'a cette apparence de vie ni ce cachet personnel de l'auteur ! Tenez, je me trompe peut-être et vous allez vous moquer de moi, mais en regardant cette aquarelle, je suis sûre de plusieurs choses: d'abord, ce jour-là, il faisait un peu de vent, oh! très peu, une brise légère trop faible pour agiter les branches de glycine, mais suffisante pour y laisser un frisson; de plus cette brise était tiède et parfumée, ce tableau sent bon; ensuite, celui qui l'a fait aimait cette pelouse, la tourelle, les tleurs.Je ne puis vous dire à quoi je sens cela, mais j'en suis très convaincue.Est-ce votre avis ?Elle regarda de plus près encore, cherchant la signature.— Palverini! s'exclama-t-elle, je ne m'étonne plus maintenant.Est-ce le grand Palverini r L'étranger sourit en répondant.— Mais, je ne crois pas qu'il y ait deux peintres de ce nom, mademoiselle.— Alors, vous avez le bonheur de posséder une aquarelle de lui! — Le nom de Palverini est donc arrivé jusqu'ici ?interrogea-t-il.— Qui pourrait l'ignorer ?fit-elle.Je ne sais ce qu'en pensent les indigènes de Montreil, mais pour moi, c'est un génie, ce peintre.Au couvent, j'eus l'espace d'une saison une véritable passion pour lui, j'en étais folle.Une amie m'avait donné, dans un élan de générosité, une livraison du Salon illustré, vous savez.— Oui, oui.— C'est là que j'ai découvert Palverini.Il avait exposé plusieurs toiles: un Lever du soleil sur le Rhin; la Symphonie en bleu mineur, et ses célèbres Djinns qui lui valurent la médaille d'or, il y a deux ans.La seule reproduction de ces œuvres me jeta en extase, il n'y eut ni fin ni cesse, il fallut que je les visse elles-mêmes.Un jour de sortie, j'obtins la permission de passer l'après-midi chez cette amie .là, on voulut bien me conduire au Salon, et j'ai vécu des heures inoubliables devant les toiles du maître.La Symphonie surtout me ravissait; une moisson de fleurs coupées, une corbeille enrubannée, une draperie de velours sombre et, sur un horizon d'azur aux transparences laiteuses, la ronde fantastique des fées.C'est tout, mais la symphonie est complète, on entend l'allégro initial des pervenches coquettes; l'adagio langoureux et chantant des iris frissonnants joué en sourdine sur l'azur assombri du velours; le menuet pimpant et gracieux des myosotis et des rubans; l'hallali vif et clair des bleuets joyeux.Et tandis que la ronde marque la mesure et chante la mélodie, tous ces bleus sont veloutés, cendrés, mineurs, en un mot.comme le voulait le maître, en une harmonie incomparable.Mais vous connaissez peut-être la Symphonie\ — Je la connais en effet, mademoiselle, pourtant vous ne sauriez croire le plaisir que j'éprouve à vous entendre en parler ainsi.Savez-vous que vous êtes profondément artiste ?— Vous croyez ?Comme je suis contente! Eh bien, c'est Palverini qui m'a fait aimer et comprendre son art.Ce jour-là, je suis rentrée au couvent dans une exaltation indescriptible.Mes amies me taquinèrent et une bonne vieille religieuse à qui je racontai mon enthousiasme disait cent (ois par jour, en hochant la tête, qu'il avait été imprudent, très imprudent, de me conduire là-bas.Le peintre écoutait, amusé.— Et vous dites, reprit-il, que cette belle passion n'a duré qu'une saison ?— Oui, après ce fut Rostand.— La peinture et la poésie sont sœurs, mademoiselle.— Mais il m'est toujours resté une très grande admiration pour Palverini, bien que, depuis, je n'aie vu que des reproductions de ses tableaux.Aussi vous devinez combien la vue de cette aquarelle doit me faire plaisir! Laissez-moi la regarder encore.Elle vit mieux alors le détail du dessin, la courbe de la pelouse, elle découvrit, nichées dans les glycines de la tourelle, deux étroites fenêtres en ogive et par delà les Heurs des massifs, l'ombre violacée d'une allée de tilleuls.— Comme ce coin de parc est joli, dit-elle, et comme il doit faire bon y vivre! Savez-vous où Palverini a trouvé ce bijou ?Le jeune homme ne répondit pas tout de suite.A son tour il regarda longtemps la fraîche peinture, tandis qu'une légère émotion passait sur son visage.DIAMOND TINT.S for mil faitn.es Une NOUVELLE et agréable expérience pour vous! Teindre avec les NOUVELLES TEINTES DIAMOND NE DEMANDENT PAS A ETRE BOUILLIES • Vous n'avez jamais vu d'aussi belles et brillantes couleurs — toutes les nouvelles nuances populaires! • Vous n'avez jamais vu des couleurs résister aussi longtemps à de nombreux lavages! Chez tous les pharmaciens Faite-, par les fabricants des Teintures Diamond Aux Marches de VEurope Par Jean BRUCHESI L'opinion de quelques critiques: " Aux Marches de l'Europe est écrit en une langue simple, précise, claire.L'ouvrage se lit avec facilité, et c'est un grand mérite .Le livre de Jean Bruchesi nous ouvre des fenêtres sur le monde.De telles oeuvres, qui font circuler un air nouveau dans notre vie intellectuelle, ne peuvent que nous donner de la vigueur .Livre probe, d'une précision peut-être trop consciencieuse,.Aux Marches de l'Europe mérite l'attention des gens avides de savoir ce qui se passe en dehors de leur "village".Pierre Daviault (Le Droit) " Ce ne sont pas de simples notes de voyage qui remplissent les trois cents pages du livre de M.Jean Bruchesi.L'auteur ne vise pas seulement à intéresser le lecteur, il veut l'instruire.Aussi bien, fait-il, à l'occasion, l'histoire des pays traversés; il signale l'influence française sur plus d'un de ces peuples ainsi que la sympathie que la France y reçoit; il étudie le problème des minorités .il aborde la politique et crayonne le portrait d'hommes d'Etat célèbres, de dictateurs, d'intellectuels, réputés il pénètre dans le domaine économique et social propre à chaque peuple.D'où, intérêt réel, caractère instructif et valeur documentaire de l'ouvrage de M.Jean Bruchesi.Sans compter l'aspect littéraire, la clarté dans l'expression, une langue sobre, précise." J.H.M.(Revue de l'Université d'Ottawa) En compagnie d'une cicérone comme M.Jean Bruchesi, un tel voyage devient des plus captivants.L'auteur, qui connait excellemment l'histoire, sait agrémenter le trajet de considérations historiques.Il évoque le lointain passé de chaque pays.Ensuite, il apporte sur la situation présente des détails politiques et des statistiques récentes qui illuminent la question .Aux Marches de r Europe, grâce à ses mérites historiques et littéraires, a droit de cité dans toute bibliothèque canadienne.Hermas Bastien, professeur de philosophie (La Revue Dominicaine) " Le livre de M.Bruchesi pourrait être édité en France et nul ne soupçonnerait son auteur d'être né si loin des bords de la Seine." (Robert Rumilly, dans La Revue Moderne) (1 ) Volume, en vente au prix d'un dollar à LA REVUE MODERSE.aux éditions Albert Lévesque et dans toutes les bonnes librairies. Page 20 La Revue Moderne — Montréal, Mars 1931 — Cela, dit-il enfin, c'est chez moi.Un éblouissement traversa l'esprit d'Antoinette.Cette fois encore ne rêvait-elle pas ?Etait-ce possible qu'elle eflt rencontré une réalité aussi complète de son rêve ?Ce manoir des temps passés, ce nid de fleurs et de verdure était-il vraiment la demeure enchantée de son prince ?C'est là qu'il vivait, là qu'un jour il amènerait la femme qu'il aurait choisie!.— Ah! comme vous devez l'aimer, votre "chez vous"! Dans sa surprise, elle avait oublié Pal-verini.Un nouveau regard jeté sur son œuvre lui rendit la mémoire.— Alors, vous connaissez personnellement Palverini ?dit-elle très intéressée.—X)ui, mademoiselle, assez bien.— Surtout, ne lui répétez pas ce que je vous ai dit de lui! Je serais désolée .fit-elle très rouge.— Soyez tranquille, je serai muet comme la tombe.Pourtant j'imagine qu'il serait très flatté.— Peut-être, mais comme il se moquerait de moi! — Ah! Quelle idée vous faites-vous donc de lui ?— Je ne sais trop, une idée très vague.Puisque vous le connaissez, je vous en prie, donnez-moi des détails! Est-il jeune, est-il beau ?Comment vit-il ?— Que vous importe, mademoiselle ?Vous aimez ses œuvres, arrêtez-vous là, croyez-moi.N'approfondissez jamais l'homme chez l'artiste, ne cherchez pas à voir les coulisses des gens célèbres, vous risqueriez de perdre ainsi la plupart de vos illusions.Par pitié pour elles, ajouta-t-il en riant, je ne vous dirai rien de Palverini.Antoinette fit la moue.— Je vais supposer alors qu'il est vieux, laid, grinchu et ridicule.— Supposez, mademoiselle, supposez.— Oui, mais je ne le crois pas.Voyant le jeune homme bien décidé à ne rien dire, elle dut en prendre son parti, un peu dépitée.— Pardonnez-moi, monsieur, dit-elle, d'avoir interrompu votre travail, je viens de prendre à votre art un temps précieux, je ne lui demanderai pas une minute de plus.Serait-il très indiscret, ajouta-t-elle de jeter un coup d'œil sur l'étude commencée! — Pas le moins du monde, mademoiselle et puisque vous êtes si fin connaisseur, je vous serai très obligé de me donner votre avis.Ils s'approchèrent tous deux du chevalet, qui supportait une large toile où Antoinette charmée reconnut l'âme même de la clairière.Partout de l'air, dans le frémissement des branches, dans les pâles échappées d'azur transparent, dans la sauvage épaisseur du bois sombre où s'enfonçaient d'étroites et mystérieuses allées; l'eau du ruisseau, fluide et transparente, murmurait; les feuilles mortes tombaient en bruissant.L'œuvre de son artiste! Antoinette n'avait pas osé la désirer aussi belle.Son cœur se gonfla.— C'est beau! dit-elle.Vous aimez bien Palverini, n'est-ce pas ?— Cela dépend.— Je suis sûre que vous l'aimez, vous voyez la nature comme lui.— Est-ce un compliment, mademoiselle ?— Le meilleur que je puisse vous faire.— J'en suis profondément touché, mademoiselle, merci.L'enthousiasme d'Antoinette ravissait le jeune artiste, c'était pour lui le prémice d'autres succès, d'autres éloges plus retentissants peut-être, mais assurément ni mieux éclairés ni plus sincères.Il dut, pour lui faire plaisir, se remettre au travail.— Je serais bien contente de vous voir peindre, déclara-t-elle, cinq minutes et je m'en vais.Et ces cinq minutes furent très longues à tomber dans l'éternité; le temps deviendrait-il caduc?Mais aussi, que c'était intéressant de voir l'artiste aux prises avec le métier de voir la couleur devenir âme et pensée ! Elle s'arracha enfin à sa contemplation et s'éloigna lentement, très lentement, à regret.— Monsieur, ne vous dérangez pas, de grâce,! je continue ma promenade.En repassant tout à l'heure, je commettrai peut-être une seconde fois le péché de curiosité.Il la vit disparaître fine et menue dans un sentier broussailleux, et la clairière, soudain, lui sembla tout assombrie.Il peignait seul depuis une demi-heure à peine quand un bruit de branches froissées annonça le retour de la jeune fUle.Bientôt elle sortit du coin le plus épais du Le Rêve d bois; sa silhouette se détachait en pâle sur la sombre rousseur des arbres, poétique et vaporeuse comme une apparition.L'étranger la regarda charmé, tandis qu'elle s'avançait, un frais sourire aux yeux.— Savez-vous, mademoiselle, dit-il en l'abordant, que je viens d'avoir une révélation ?— Une révélation, laquelle?— Je vois maintenant que mon tableau ne vaut rien, que cette clairière est monotone et triste, que cette œuvre suinte l'ennui.— C'est un blasphème, s'écria-t-elle.Qui vous a mis cette belle idée en tête ?— Vous-même, mademoiselle, en apparaissant comme la divinité de la forêt; j'ai compris alors pourquoi je n'étais pas satisfait jusqu'ici, vous m'avez bonne brusquement la vision très nette de mon rêve complet; il faut à mon tableau l'évocation vivante de l'âme des bois, fée, sylphe ou nymphe, peu importe; il lui faut la mystérieuse et poétique personnification du rêve qui flotte entre les grands arbres, le soir, quand tout se tait.Et c'est faute de cette évocation que ma peinture fera une œuvre morte.Antoinette le suivit jusqu'à son chevalet.— Voyez, continua-t-il, c'est là qu'elle devrait être, au coin de cette masse sombre, comme vous tout à l'heure.— Eh! monsieur, il faut l'y mettre.— Vraiment, mademoiselle, vous consentiriez ?— A quoi ?demanda-t-elle sincèrement étonnée.— Mais.vous le savez bien, à prêter votre grâce, votre charme, votre sourire à la divinité sylvestre qui fera vivre ce tableau.Antoinette devint pourpre.— Monsieur! dit-elle, vous n'y pensez pas! Je suis votre obligée, et toute disposée à vous rendre service, mais en la circonstance, ce serait, je crois, un mauvais service; je n'ai guère le physique d'une fée, il me semble.Ce disant, elle relevait d'un air de défi sa tête mutine.— C'est pourtant ce physique, mademoiselle, qui vient de me montrer la pauvreté de mon travail; vous étiez si bien "cela" que maintenant je ne comprends plus autrement la Dame des Forêts.En somme, n'avez-vous pas ce qu'on peut lui demander: les cheveux dorés, une carnation de blonde, les yeux clairs où dort une pensée ?— Je me figure les ondines ou les fées comme de souples choses éplorées toujours sur le point de tomber en syncope, répondit-elle, tandis que moi .Ah! monsieur, vous n'avez pas oublié ma ridicule peur d'hier et mon grotesque évanouissement! — Ce n'est pas du tout cela, répondit l'étranger en riant.Pourquoi voulez-vous que ma Dame des Bois soit en pleurs ou en pâmoison ?C'est elle au contraire qui met des nids dans les grands arbres, qui accroche des grappes aux cytises et des fruits rouges aux cornouillers; l'âme de la forêt est rêveuse et profonde, triste jamais.Je vous assure que si vous vouliez, vous me rendriez un réel service; ce serait si peu de chose, quelques courtes séances., Antoinette était profondément troublée.Un désir intense d'accepter pour le revoir encore, pour continuer en une extase l'idylle commencée, se combattait en elle avec une crainte subtile, l'incertitude du bien et du mal, du permis et du défendu.L'idée que son avenir était écrit là, la décida; elle résolut de s'en remettre à une sage autorité.— Je ne voudrais pas vous refuser, monsieur, répondit-elle, mais je ne sais si ma tante consentira.— Mademoiselle, je voulais, avant tout votre permission, bien décidé à aller aussitôt demander moi-même celle de vos parents.Laissez-moi donc vous exprimer ma vive gratitude pour votre complaisance; dès demain, j'aurai l'honneur de me présenter chez vous.Maintenant l'artiste, étonné de son audace, se demandait comment il avait osé réclamer cette faveur d'une inconnue.L'air ouvert et spontané d'Antoinette, son allure indépendante avaient seuls pu lui permettre une telle liberté, et puis, pour son art, que n'aurait-il pas fait?Il fallait partir.Antoinettes'inclinalégèrement en disant: "A demain!" et prit le chemin qui l'avait amenée, où la flamme oblique du couchant faisait de grandes taches roses.Antoinette IX — Antoinette, n'ouvrez donc pas la porte si brusquement! Le pauvre Rata-pon en est tout tremblant, voyez, vous l'avez réveillé en sursaut! La jeune fille jeta un regard malicieux sur sa tante, dont les yeux effarés, les cheveux en désordre, et les lunettes périlleu-sement posées à l'extrémité de son nez indiquaient que le doux Ratapon n'avait p.i^ été seul mten.pu dans un sommeil bienfaisant.— Oh ! chère petite bête, je lui fais mille excuses.Voulez-vous me pardonner, monsieur ?dit l'espiègle en tapotant le crâne pelucheux de "son cousin".Le chat apaisé reprit sa place en rond sur les genoux de sa maîtresse, et Antoinette, s'approchant câline, tendit son front aux lèvres de la vieille demoiselle.— Qu'y a-t-il, Antoinette ?interrogea Mlle Bertrand.Vous êtes bien animée, mon enfant.— J'ai marché vite, ma tante.— Vous avez bien fait, car il me déplaît de vous voir rentrer tard comme hier.Quel plaisir pouvez-vous trouver à marcher ainsi, à vous fatiguer, à vous asseoir sur des troncs d'arbres rugueux et même sur l'herbe, quand ici vous auriez un bon fauteuil, une température égale, et tout ce qu'il vous faut sous la main ?C'est incom préhensible.— Mais, ma bonne tante, en admirant la belle nature j'éprouve un plaisir très vif, bien supérieur aux petites satisfactions de confortable que vous prêchez.— La belle nature!.Vous êtes romanesque, mon enfant.— Eh ! ma tante, c'est de mon âge.— J'ai eu votre âge, Antoinette, répondit la respectable demoiselle en prenant une pastille dans sa bonbonnière, mais je n'ai jamais eu vos idées extravagantes.— Alors, reprit-elle c'est extravagant d'aimer la jolie campagne?— Non, quand ce goût a des limites; oui, quand on y met votre ardeur exagérée.Mais cette conversation ne faisait pas l'affaire d'Antoinette, il fallait aborder un sujet plus brûlant.— Alors, chère tante, s'il est extravagant d'aimer la promenade, les gens de Montreil sont joliment raisonnables! Croi-riez-vous que je ne rencontre jamais personne! Ah! si, pourtant (elle prit son air le plus dégagé), si, j'ai vu un peintre qui fait un bien joli tableau.Elle débita cette phrase tout d'une haleine.Mlle Bertrand l'interrompit en lui faisant observer que les peintres n'étaient pas rares aux environs de Montreil.— C'est vrai, reprit-elle, mais il y a peintres et peintres, les uns sont artistes, les autres ne le sont pas.Cette fois j'ai été surprise de voir ici un pareil talent ! Si vous saviez par quel hasard, j'ai vu les œuvres de ce peintre, ma tante, c'est incroyable.— Oui, au fait, expliquez-moi.Le moment psychologique était arrivé.Antoinette s'assit confortablement, prit une pastille dans la bonbonnière de Mlle Virginie, et commença.— Figurez-vous, ma bonne tante, qu'il m'est arrivé hier un tout léger accident.Son interlocutrice se redressa bouleversée.— Ah! rassurez-vous, ma tante, ce fut la moindre des choses, une grosse branche de noisetier m'est tombée sur le bras, me causant une douleur si vive que je me suis à moitié pâmée là dans le chemin .N'est-ce pas tout à fait stupide ?— Est-il possible, Antoinette, que vous ne m'en ayez rien dit?Vilaine enfant, c'est très mal.— Chère tante, ne me grondez pas, je vous en supplie! je ne voulais pas vous inquiéter inutilement.Vous voyez qu'il ne m'en reste rien.Elle agitait son bras pour bien prouver son entière guérison.— Mais sur le moment, cela m'avait fait mal.Je ne sais combien de temps je serais restée ainsi tout étourdie, si le peintre dont ji vous ai parlé n'était venu m'ai-der à m'asseoir au pied d'un arbre où je me suis remise bien vite.Ce monsieur a été on ne peut plus complaisant.— L'avez-vous bien remercié au moins, Antoinette ?— Oui, ma tante, de mon mieux, et pour bien lui prouver ma reconnaissance je n'ai pu lui refuser le petit service qu'il m'a demandé, vous comprenez.— Certes, je comprends, mais de que petit service s'agissait-il?— Oh! presque rien, un peu d'obligeant t de OU part, tout simplement.Il était très embarrassé, ce pauvre homme, ligure/ vous qu'il faudrait un personnage à son tablcwiI et ici il n'a pas de modèle, c'csi un étranger.Il parait que je ferais son ill.un- Itref il m'a demandé de poser pendant quelques séances.J'ai répondu que oui, cela va sans dire.— Cela va sans dire! niais, ma chère, ce ne me semble pas très correct ! — Ma bonne tante, c'est l'unique moyen de m'acquitter envers ce brave monsieur.Je n'aime pas à rester l'obligée des gens, moi; un refus serait très blessa ni pour lui .Et puis, s'il faut tout vous dire, j'avoue que je ne serais pas fâchée d'être portraiturée par un grand artiste et de figurer au Salon dans un beau tableau qui aura du succès, je vous en réponds.La jeune fille secoua la tête d'un air si câlin que tante Virginie en fut tout ébran lée.La question du Salon flattait sou amour-propre, elle serait fière du succès de sa nièce.De très grandes dames se prévaudraient d'un tel honneur, cependant!.— C'est possible, reprit-elle, mais que dira-t-on ?— Oh! cela m'est égal, et puis, qui le saura ?Enfin, ma tante, si cela vous déplaît, vous répondrez non à ce bon monsieur quand il viendra demain vous demander votre permission.— Ah! il doit venir demain ?Cela, c'est correct .Ce sera bien difficile de refuser de lui rendre ce service.Au moins, Antoinette, vous n'irez pas seule à ces séances, ce ne serait pas convenable; Fanchette vous accompagnera, et comme je ne saurais m'en priver longtemps, il vous faudra re noncer à vos promenades habituelles et vous dépêcher de rentrer le plus tôt possible.Antoinette se leva radieuse.— Qu'à cela ne tiennei dit-elle, je prendrai Fanchette; elle est d'un âge assez raisonnable pour me servir de chaperon.Ravie du prompt succès de sa diplomatie, la jeune fille regagna sa chambre.La résistance redoutée s'était évanouie à sa voix, la petite enchanteresse.Maintenant son héros pouvait venir, elle l'attendait.X Antoinette à Thérèse "Vous n'avez pas encore répondu à ma dernière lettre, Thérèse chérie! Au fait, il est fort probable que vous n'en avez pas eu le temps, mais les trois derniers jours ont été pour moi si fertiles en événements que, tout en passant délicieusement vite, ils me semblent un monde entre la vie d'autrefois où je ne le connaissais pas encore, et le présent radieux."Je l'ai revu, hier et aujourd'hui, et je sens bien maintenant que je ne me trompais pas, c'est lui, mais Lui plus parfait, plus glorieux que mes ambitions folles, que mes rêves démesurés n'auraient pu le souhaiter.Je ne vous dirai rien de sa distinction ni de son charme, tout cela pâlil et s'efface, on oublie tout devant son génie."Vous ouvrez de grands beaux yeux étonnés.Vous vous demandez si je ne.déménage pas un peu.Non, non, rassurez-vous; pour vous tranquilliser tout à fait, je vais redevenir l'Antoinette d'il y a trois jours, et vous raconter, sans enfourcher Pégase, ce qui s'est passé aujourd'hui."Sachez donc que mon peintre a demandé hier .1 Mlle il' \ipeuille la faveur de la reproduire dans un de ses plus jolis tableaux.Oui, j'ai bien mon bon sens.Mlle d'Aipeuille, en personne bien élevée, répondit aussitôt qu'il fallait pour cela la permission de sa tante et tutrice; et cette-après-midi, d'assez bonne heure, son artiste arrivait chez le mentor en question pour remplir la formalité imposée."Depuis longtemps, j'étais en observation dans ma chambre derrière une per-sienne mi-close, admirablement placée pour surveiller toute la route."Je /c vis donc venir de loin."Un coup d'œil à mon miroir, un coup de brosse à mes cheveux ébouriffés, un rien de poudre sur mon nez, et me voilà au salon.Au grand scandale de ma tante, je bousculai une chaise ici, un fauteuil là, pour donner à la pièce un air moins momifié, et je pris sur la table une revue dans la lecture de laquelle je feignis de trouver un très grand intérêt.Presque aussitôt, la femme de chambre remettait à ma tante une carte que j'ai précieusement conservée. La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Le Rêve d'Antoinette Page 21 " — Peste, c'est un marquis! lit-elle, regarde/."Sous une couronne à lleurons un nom ll.nnlioy.nl fantastique, prodigieux < >Ji vier l'alveriui.I .<¦ soleil et 11 ml es les < on.v lell.il iuns sei aient lonil k'-s dans l.i < liainlire i|uc mon émoi n'aurait certes pas été plus grand."Vous souvenez-vous, Thérèse, de ce nom enchanteur t l'alverini, le peintre des Djinns, de la symphonie en bleu mineur, celte exi|uise symphonie dont vous étiez enlhousiasinée vous-même! l'alverini mon héros de tout un trimestre! "Vous croyez sans doute que ma surprise lit tout de suite place à une joie délirante; ce fut au contraire une extrême confusion qui m'accabla.Hélas! j'avais eu l'imprudence, en causant de chose d'art, la veille, de confesser à mon inconnu ma belle flamme pour Palverini! J'avais tout dit.(Jue pouvait-il penser de moi, mon Dieu t Mettez-vous une toute petite minute à ma place."Tout ce que je vous écris là, j'eus à peine le temps de le penser.Notre visiteur suivait de prés la femme de chambre.Il me trouva si tremblante, si bouleversée d'émotion, de surprise, de confusion surtout, qu'il ne reçut pas de réponse à son profond et respectueux salut.Peut-être n'en fut-il pas très étonné, car je le vis retenir à grand'peine un malicieux sourire, rît toutes les phrases aimables et pimpantes que j'avais préparées d'avance pour le recevoir s'enfuirent à tire-d'aile, les lâches ! me laissant stupide et désemparée.P4 "Quant à ma tante, tout d'abord éblouie par le bristol armorié (elle est très sensible a ces choses-là), elle paraissait maintenant à peu près aussi interloquée que moi; elle regardait avec des yeux ronds le nouveau venu, sans rien faire ou dire pour le mettre à l'aise.Heureusement qu'il n'en avait pas besoin; avec sa parfaite politesse.fson tact, son habitude du monde, il eut bientôt fait de me remettre d'aplomb et de ramener les yeux de Mlle Bertrand à des proportions normales."Il parla de tout, avec le même charme, effleura tous les sujets pour tâter les terrains, et découvrant enfin celui qu'affectionnait ma tante, s'y fixa avec la plus merveilleuse bonne grâce."Ma tante, tout à fait "dans son assiette", prodiguait maintenant ses sourires, elle causait, causait, je ne lui ai jamais vu tant de verve.Croiriez-vous qu'elle a parlé de ses conserves de fruits et de légumes ?J'étais vexée! Eh bien! il n'a pas ri, il n'a même pas eu l'air de trouver cela ridicule.Je voyais ma tante si enchantée de son visiteur que je pris mon parti de ces petites vulgarités: je tiens beaucoup à ce qu'il lui plaise, vous comprenez, c'est très important.Et pourtant, parler de conserves au grand Palverini! Mais il ennoblit tout, et je vous assure, mon amie, que même les tomates, les petits pois et les différentes méthodes pour leur faire passer l'hiver, prenaient un peu de son génie en passant par ses lèvres.Riez si vous voulez, je le permets."Trop vite à mon gré, il dutTprendre congé de nous, après avoir obtenu la permission de peindre ma tête, et nous nous quittâmes en disant: A demain! "Quel serait l'appréciation de ma tante sur le grand artiste?Je la soupçonnais, mais je voulais l'entendre.Et puis, pourquoi cet air effaré au début de l'entrevue ?"Je refermai la porte sur mon héros et revins, tranquillement, au grand fauteuil d'où tante Virginie me regardait avec les mêmes yeux exorbités que tout à l'heure." — Mais, ma chère, il est tout jeune, s'écria-t-elle." — Cela vous étonne, ma tante ?" — Vous ne me l'aviez pas dit.1 —Vous aurais-je dit, sans y penser, qu'il était vieux ?" — Pas précisément, mais vous me l'avez laissé croire." — Par exemple! comment cela?fis-je indignée." — En disant "ce pauvre homme", "ce brave monsieur", etc., quand vous p,ii lies de lui.Kort irrévérencieusement, j'éclatai de rire à son nez." — Alors, ma tante, il faut être vieux pour être un pauvre homme et un brave monsieur ?.Voyons, ne vous tourmentez pas.D'abord il est, comme vous avez pu en juger, parfaitement sérieux^ et correct, et puis, les hommes célèbres n'ont pas d'âge, ils appartiennent de leur vivant à la postérité.Or, ma bonne tante, M.le mar- quis (j'appuyais 6ur ce mot) Palverini est une des célébrités artistiques de notre temps.Je vous l'aurais dit hier, mais je ne me doutais pas que c'était lui; si j'avais pu le supposer une minute, le respect m'aurait anéantie, je n'aurais pas osé lui dire un mot, pas même merci quand il m'a rendu service, je le trouve trop loin de moi."Je m'étais échauffée en parlant; ma tante fut impressionnée et très flattée, au fond, d'avoir rec,u la visite d'un grand homme." — Voyons, demandai-je, comme le trouvez-vous ?" — Mais fort aimable, très intelligent; il cause bien, ce célèbre marquis, de choses intéressantes.Pourtant .(elle prit un air profond) j'aime mieux encore un jeune homme simple comme M.Roger Marelle.En voilà un qui est distingué, et qui a une fortune solide ! "Là-dessus, ma tante me quitta sans me laisser le temps de lui répondre.Peut-on manquer de goût à ce point ?Je suffoquais.J'ai le bonheur de ne pas connaître le cher favori de la maison, mais il est permis de supposer, sans méchanceté, que le grand Palverini est quelque peu supérieur à ce notaire de campagne.Non, c«est trop drôle, j'ai eu tort de me fâcher."Dites-moi bien ce que vous pensez de tout cela, mon amie.L'espérance un moment entrevue, peut-elle résister à l'éblouis-sement d'une telle gloire?Ne serait-ce pas folie que de me croire destinée à un si merveilleux avenir ?ou bien la Providence ne me trouverait-elle pas trop indigne ?"Tenez, je voudrais vous avoir ici pour vous embrasser à mon aise.A défaut de vos chères joues, c'est le papier que j'embrasse, là, dans le petit coin à gauche.Il y restera bien encore quelques baisers quand ma lettre vous parviendra.Prenez-les, ils sont pour vous.Voire Antoinette XI Antoinette, escortée de Fanchette, fut exacte au rendez-vous le lendemain.Elle posa admirablement, sans effort: c'était pour elle, une si grande joie! Loin de lui sembler long et fatigant, ce temps d'immobilité passa pour elle comme un rêve; sous le regard de l'artiste, son visage s'idéalisait dans cette extase au point que Palverini charmé se demandait si c'était bien là le minois chiffonné de la veille.Sa verve d'artiste s'en augmentait, sa conversation fut plus brillante encore que de coutume.Il connaissait tout, cet Olivier, choses et gens, et il sut intéresser son modèle par mille détails intimes sur les hommes célèbres de l'époque qu'il avait vus de près à Paris ou à I étranger.Antoinette, nous le savons, avait toujours eu le culte des gens de notoriété ou de célébrité quelconque.Les paroles de l'artiste, la transportant soudain dans leur intimité, lui donnaient le vertige, la troublaient comme un parfum trop capiteux.Les yeux mi-clos, elle écoutait, respirant à peine, de peur qu'un mouvement, un geste, ne rompissent le charme captivant.— Dans toute ma carrière, dit Palverini en souriant, je n'ai jamais rencontré de modèle comme vous, mademoiselle.Les plus sages demandent grâce de temps en temps; vous seule semble/ ne point éprouver de fatigue ni d'ennui.Elle leva sur lui ses yeux clairs doucement alanguis.Oh! ne voyait-il pas qu'aucun de ses modèles n'avait cette foi, cet enveloppement d'avenir qui l'immatérialisait ?D'autres pouvaient rester devant lui par métier, par complaisance, peut-être.Aucun pour accomplir un délicieux devoir, une mission nette et grave imposée par le destin qui voulait que les choses fussent ainsi.Vit-il cela dans le regard bleu d'Antoinette?Peut-être! Il quitta brusquement son chevalet, jeta son pinceau et lui dit: — J'abuse, mademoiselle, pardonnez-moi, et reposez-vous un peu, je vous prie.— Mais je ne suis pas fatigul-e.Elle dit cela timidement comme si elle craignait de l'avoir fâché.Pour lui faire plaisir, elle s'assit sur un pliant, le sien, tandis qu'il restait debout auprès d'elle.— Me direz-vous, monsieur, demanda-t-ellc au peintre, pourquoi vous m'avez Pour Protéger vos Autres Placements— Ayez un compte d'épargne De 1 argent déposé dans une banque d'épargne, voilà e vrai placement de tout repos.Dans le ca6 de la plupart de» autres placements, il vou» faut vendre à perte chique fois que vous avez un besoin urgent d'argent.Mais l'argent d'un compte d'épargne garde toute sa valeur.Cet argent reste toujours disponible, tout en vous rapportant un sûr 3^ d'intérêt.Quel que soit votre état financier, vous vous devez d'avoir un compte d'épargne comme placement à toute éventualité.A la Banque Royale, votre compte d'épargne sera l'objet de l'attention courtoise d'un personnel compétent.La Banque Royale du Canada Actif Total plus dt 700 Millions de Dollars DOLLFUS-MIEG&C* SOCIÉTÉ ANONYME MAISON rONDÉE EN 1746 MULHOUSE - BELFORT- PARIS J'Y"* cOTOh lin a soi e POUR BRODERCROCHETER TRICOTER ^ D M- C MARQUE OC FABRIQUE DÉPOSÉE SPECIALITE DE COULEURS BON TEINT ARTICLES DE I- QUALITÉ POUR OUVRAGES DE DAMES COTONS À BRODER DMC, COTONS PERLÉS.DMC COTONS À COUDRE DMC, COTON À TRICOTER DMC COTON À REPRISER DMC, CORDONNETS .DMC SOIE À BRODER .DMC, FILS DE LIN .DMC SOIE ARTIFICIELLE DMC, LACETS DE COTON DMC PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMES Ci peut se procurer les fils et lacets de la marque DMC dans tous les magasins de mercerie et d ouvrages de Dames Page 22 Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 S S Vous POSERIEZ m .(aire ceci à un COR devant votre médecin ! Non, vous n'oseriez pas, car vous savez fort bien qu'en agissant ainsi, vous risquez de vous infecter dangereusement.Vous ignorez tous les principes de protection contre l'infection et vous vous exposez à des conséquences graves.Et pourquoi ?Probablement parce que vous n'avez pas découvert le "Blue-Jay"— l'emplâtre anti-cor sûr et efficace.• "Blue-Jay" a donné ses preuves et son action est douce et sûre.Il est employé par des millions depuis 35 ans.Il enraye la douleur instantanément, enlève le cor en 3 jours et exige rarement une seconde application.• "Blue-Jay" est la création d'un savant célèbre; il est fabriqué par la grande maison d'articles de pansements chirurgicaux Bauer & Black.Employez-le pour vos cors.35c dans les pharmacies.Grandeurs spéciales pour oignons et callosités.JL Trompri lo pied 10 minutes dans l'eau chaude, puis eauuyes.t.Appliques " uni.Jnx." mettant le cor au centre du tampon.Voici et qui Me produit: "A" est le doux médicament qui s'attaque à la base du eor; "B" est le tampon de feutre qui éllmlno la pression sur le cor et enraye la douleur; "C" tient le tampon en place et l'empêche de glisser.3.Après 8 Jours, enlevés l'emplâtre, faites tremper le pied et soulevez le cor.e)"F«ir Better Feet" — Brochurette gratuite contenant de précieux renseignements pour ceux qui souffrent des pieds.Suggère aussi des exercices pour les pieds.Adresses: Bauer sV Black Limited, 101 Spadlna Ave., Toronto.Nom .___.—.Rue Ville laissée, avant-hier, vous dire de sottes histoires sur mes souvenirs de couvent ?— C'était très intéressant, mademoiselle, et je ne me serais pas permis de vous interrompre.— Pourquoi, alors, ne m'avoir pas dit tout simplement: "Ce fameux Palverini, c'est moi!" Olivier retint à grand'peine un sourire amusé.— J'ai eu cette intention, mademoiselle, répondit-il, et je me suis tu pour deux raisons: d'abord, j'ai horreur des coups de théâtre et, dame! ce que vous auriez voulu y ressemble bien un peu; ensuite, j'ai craint d'exciter votre mécontentement, votre regret des choses si flatteuses pour moi que je venais d'entendre, et j'ai espéré que le lendemain, grâce au temps pacificateur, je serais plus facilement pardonné de mon silence.Me suis-je trompé ?Il se rapprocha d'elle, soumis, l'air pénitent, et Antoinette comprit toute la délicatesse, la bonté qui craignaient d'amener une rougeur au front de l'étroudie, attendant le lendemain pour que son émoi fût passé.— Vous avez raison, fit-elle, et moi je suis une sotte de parler à tort et à travers.Cela ne m'arrivera plus désormais, soyez-en certain 1 Elle avait, pour dire cela, un petit air si raisonnable, si convaincu qu'Olivier fut presque persuadé.Et la séance recommença dans la caresse du soleil oblique et chaud qui mettait une flamme aux boucles blondes d'Antoinette, aux cuivres des taillis, à la palette de l'artiste, jusqu'à ce qu'un dernier rayon, escaladant un hêtre, jetât de la plus haute branche un bonsoir joyeux et disparût en souriant.Le lendemain, les choses se passèrent de même sorte.Le temps semblait au beau fixe, la jeunesse vibrait dans l'âme de l'heureux modèle qui, trouvant la vie si belle, ne s'étonna pas, au retour, de voir Mlle Bertrand aimable et gracieuse contre son habitude.Pourtant, vers la fin du dîner, cette gaieté inaccoutumée lui sembla suspecte.— Bien sûr, se dit-elle, il y a du notaire là-dessous.Elle ne se trompait pas.Le notaire était venu et, d'une voix que IV.Ii.mi faisait trembler, avait .lit à Mlle Virginie combien la grâce charmante de sa jolie nièce l'avait impressionné.Sans formuler une vraie demande en mariage, il avait laissé comprendre qu'un mot d'encouragement, un seul, échappé de mignonnes lèvres roses, suffirait pour qu'il mit aux pieds d'Antoinette son étude et son coeur.Ce mot d'encouragement Mlle Bertrand ne le lui refusa pas, oh! non, elle le lui prodigua même de mille manières.Il n'aurait jamais cru qu'un si mince thème pût donner lieu à autant de variations! Et, de part et d'autre, tout fut dit de façon si impersonnelle que le nom de Mlle d'Aipeuille ne fut même pas prononcé.La bienveillance de tante Virginie, ce n'était pas tout, mais c'était déjà quelque chose, et quelque chose d'important; aussi Roger Marelle rentra-t-il chez lui très satisfait du résultat de sa démarche.Il voyait se préciser le rêve charmant qu'il caressait depuis le bal de Mme de Châte-noy, ce fameux bal où la grâce d'Antoinette avait été pour lui la révélation d'un idéal insoupçonné.Dans cette lointaine et radieuse espérance, l'âme du notaire chantait.— Savez-vous, Toinon, ce que l'on dit en ville?demanda, le lendemain, Mlle Bertrand à sa nièce.— Oh! ma tante, beaucoup de choses, sans doute.— Et vous ne devinez pas lesquelles ?— Certes non; du reste, je ne m'en soucie guère.— Mais, ma chère, les choses qui vous concernent doivent cependant ne pas vous être indifférentes à ce point!.— Comment ! ces dames me feraient-elles l'honneur de s'occuper encore de moi ?Je suis confuse, en vérité, et bien touchée.Mais.que peuvent-elles dire?— Ah! ah! ma nièce, je vous y prends! je croyais que vous ne vous inquiétiez pas des commérages de notre ville ?— Ma tante, une fois n'est pas coutume, et puisqu'il s'agit de moi!.Alors, on dit.Mlle Bertrand prit un air grave, se recueillit un moment, ôta ses lunettes, les remit, et prononça d'un ton solennel: — Antoinette, on vous fait le plus grand honneur en jugeant possible et même probable un mariage entre M.Roger Marelle et vous.Enfin! cette fois le grand mot était lâché.Depuis le bal, et surtout depuis la Le Rêve d'Antoinette première visite du notaire, tante Virginie l'avait eu souvent sur les lèvres, ce mot fameux, mais ses premières tentatives avaient si piteusement échoué qu'il avait fallu le garder pour une occasion meilleure.Maintenant, c'était fait! Elle soupira très fort, de satisfaction, et regarda Antoinette.Celle-ci riait, riait comme une petite folle, un peu nerveusement, elle avait eu si peur! Elle riait de sa frayeur, de l'air solennel de tante Virginie, et de la chose amusante qu'elle venait d'entendre.La digne demoiselle qui, tout d'abord, avait mis cette gaieté sur le compte d'une surprise joyeuse, commençait à s'inquiéter.— Ma nièce, fit-elle, j'aimerais à vous voir plus sérieuse.L'espiègle reprenait tout son calme.— Pardonnez-moi, ma tante, mais je ne savais pas ces dames si gaies.C'est très drôle! — Pourriez-vous me dire, Antoinette, ce qui est si drôle?demanda Mlle Bertrand vexée.— Mais .ce ridicule cancan de petite ville.On m'avait bien dit, seulement je ne voulais pas le croire, que les austères bandeaux des ménagères accomplies de province cachaient l'imagination la plus extravagante, la plus folle qu'on pût rêver.Sous ces plaques pommadées au musc ou à la rose, on marie, on tue, on damne des gens que l'on connaît à peine, à qui l'on n'a jamais parlé, et voyez-vous, ma tante, cela m'amuse plus que je ne saurais vous le dire, d'avoir fait travailler ces pauvres cerveaux au point d'en faire sortir l'idée la plus invraisemblable du monde.Mlle Bertrand ne savait si elle devait rire ou se fâcher.II importait de continuer cette conversation longuement mûrie et péniblement amenée; il fallait aussi ne pas indisposer la petite.Mieux valait donc laisser passer les allusions irrespectueuses et ne pas s'écarter du grand sujet.— Ma chérie, que trouvez-vous d'invraisemblable à ce que l'on dit ?Je comprends qu'en jeune fille raisonnable vous n'ayez jamais osé prétendre à un si beau parti, mais je crois en même temps M.Marelle très désintéressé, et l'opinion publique n'est pas si sotte, après tout.—¦ Je n'ai aucune reconnaissance à l'opinion publique qui me trouve digne d'un tel honneur, ma tante, car, moi, je ne juge pas les choses comme elle.Le moment était grave.Mlle Bertrand allait enfin savoir les idées contenues dans la jolie tête blonde, et ce qu'Antoinette pensait du cher mariage tant désiré.Elle rajusta ses lunettes sur son nez et s'approcha de sa nièce.— Et comment jugez-vous les choses, mon enfant ?— Mon Dieu! ma tante, je ne les juge pas, à dire vrai, je les apprécie telles qu'elles sont.Par exemple, vous semblez croire que M.Marelle me ferait un grand honneur en m'épousant; d'après les commérages de Montreil, une telle union serait très bien assortie.Moi, je pense différemment, je n'y verrais aucun honneur, au contraire, et ce mariage me semble si disproportionné que l'idée ne m'en serait jamais venue si vous n'en aviez pas parlé.Mais laissons là les petits potins du pays; heureusement ce ne sont pas eux qui feront ma destinée.— Parlons-en, au contraire.Antoinette, car je suis bien étonnée et je voudrais savoir ce que signifie ce prétendu dédain pour un homme que tout le monde estime.— Ce dédain est sincère.Avez-vous pu supposer même une minute que je sois faite pour devenir la femme d'un notaire de campagne?Un notaire!.ma tante, vous n'avez donc jamais été jeune, vous ne savez donc pas qu'à dix-huit ans on a quelque part dans le cœur ou dans la tête un grain d'idéal.et qu'une étude de notaire est l'éteignoir de l'idéal! Vous n'avez donc jamais rêvé d'une vie rose, ensoleillée et parfumée?.Vous voudriez m'ensevelir entre des cartons poussiéreux, sans autre aliment intellectuel que la préoccupation du dîner ou des prochaines confitures, sans autre sujet de conversation que le testament de M.X., et la vente des champs du sieur***, à condition, bien entendu, que cela n'effleure pas le secret professionnel! Avoir en face de soi, à table, deux fois par jour, un notaire, vivre avec un notaire! Ma tante, désirez-vous que je devienne folle ?— Antoinette, vous êtes ridicule et sotte, laissez-moi vous le dire.Il est fort probable que M.Marelle ne voudrait pas d'une étourdie comme vous, romanesque et vaniteuse; il est donc inutile de vous défendre ainsi d'un avenir dont vous n'êtes pas digne.Sachez [«>urtant que si "ce notaire ' vous faisait l'honneur de vouloir de vous, j'exigerais que vous acceptiez.Mlle Bertrand n'était pas très tendre pour sa nièce, cependant elle ne lui avait jamais parlé ainsi.Antoinette rougit violemment, ses yeux s'emplirent de larmes.— Ma tante, dit-elle frémissante, je ne crois pas avoir mérité de si dures paroles, et je ne crois pas non plus que vous ayez le droit d'intervenir aussi arbitrairement dans mes décisions d'avenir.Je ne sais quelles sont vos intentions, mais si, par vos menaces et vos mots blessants, vous pensez rendre M.Marelle séduisant, vous vous trompez de façon étrange.Je ne le connais pas, il m'était indifférent, maintenant il m'est odieux, et son nom seul m'inspire une répulsion invincible.Comme vous le dites fort bien, il est probable que ce monsieur ne voudra pas de moi, j'en suis bien aise, car moi je ne consentirais jamais à l'épouser.Mlle Bertrand B'aperçut qu'elle était allée un peu loin et ne releva pas comme elle l'aurait désiré la réplique de sa nièce, se contentant de dire en haussant les épaules: — Dans quel siècle vivons-nous! Si, de mon temps, les enfants avaient parlé ainsi à leurs parents!.Antoinette était déjà hors de la chambre, l'heure de la séance au bois d'Har-feuille approchait, et ce jour-là, moins que jamais, elle ne voulait en perdre une minute: il lui semblait que la vue du peintre pourrait seule calmer sa colère et la ramener, des confins d'une fosse obscure, à la lumière de son idéal.Durant le trajet que, contre son habitude, elle faisait en silence, Fanchette l'observait, soucieuse de ce pli au front de "son enfant".— Qu'avez-vous, ma mignonne ?Pourquoi ne dites-vous rien ?demanda-t-elle.— Fanchette, je suis malheureuse, ma tante me déteste.— Pouvez-vous dire! — Mais si, je la gêne, je suis de trop dans sa vie.Voyez-vous, c'est bien triste à mon âge de sentir que personne ne m'aime, personne ne me désire, que je suis inutile, peut-être même nuisible, et je me demande parfois ce que je fais sur la terre.— Mon agneau, taisez-vous! une bonne chrétienne ne parle pas ainsi.Et puis, comptez-vous pour rien votre vieille Fanchette ?Je crois, moi, que le bon Dieu a eu pitié d'une pauvre servante qui l'aime, et qu'il vous a amenée ici tout exprès pour être son rayon de soleil et la joie de ses derniers jours.Antoinette serra la main tremblante de sa fidèle amie, et la larme qui brillait à ses paupières s'éclaira d'un sourire.Au contact de cette affection dévouée, les papillons noirs s'envolèrent bien vite et, à la stupéfaction de Fanchette, elle eut soudain un joyeux éclat de rire.— Ma bonne, fit-elle, ai-je l'air d'une sorcière ?Ne vous effarez pas ainsi, répondez-moi plutôt.Ai-je l'apparence d'une prophétesse ?N'obtenant pas de réponse, elle continua: — C'est que, autant vous le dire, j'ai deviné des choses invraisemblables, j'ai deviné, il y a un mois, les pensées les plus secrètes de ma tante, des pensées extraordinaires qui m'ont été révélées aujourd'hui seulement.Fanchette, ma tante tient-elle beaucoup à ses idées ?— Beaucoup, ma mignonne.— Tant pis pour elle, alors! car moi aussi, je tiens aux miennes.Ah! ma bonne, nous allons en voir de drôles, maintenant, Cette gaieté mouillée des récentes larmes donna un charme nouveau à la divinité des forêts que Palverini idéalisait de son pinceau magistral.Il reconnaissait à peine son modèle dans cette femme complexe mi-joie mi-tristesse, et c'était si charmant qu'il s'attarda jusqu'à ce que l'ombre, venue à pas de loup, mît entre elle et lui un nuage vaporeux."Ma chérie, écrivait le soir Antoinette à son amie, plaignez-moi un peu pour tout ce que je viens de vous dire, et dites-moi que Fanchette n'est pas seule à m'aimer.Par moment, mon pauvre cœur sevré de tendresse me fait mal, ne vous étonnez donc pas si j'ai accueilli comme une attention bénie de la Providence ce cher imprévu survenu dans ma vie.Je ne dois pas me plaindre puisque j'ai rencontré si vite celui que je devais aimer.Chaque jour, je le trouve plus charmant que la veille, il est si bon, si grand et si simple à la fois! Je me demande souvent si je rêve, si c'est bien moi qui suis auprès du grand La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Page 23 Palverini, et si rVsl bien lui que je vois, que j'entends, qui daigne nie regarder et s adresser à moi! '^Pendant deux jours, deux interminables jours je vais être privée de ce bonheur.Demain samedi, grand nettoyage à la maison, Faiu licite ne pourrait ni'accom-pagner, et mu tante ne veut pas me laisser aller seule; pour comble de bonheur, j'ai reçu une invitation à passer l'après-midi ,i\rc Mlle Morisson! I !.Le jour suivant est dimanche, grand repos pour les artistes, les modèles, les chaperons."J'ai peur que ces deux jours ne Unissent jamais"! XII Depuis la scène un peu vive de la veille, quelque froideur s'était glissée dans les rapports de la tante et de la nièce; du côté d'Antoinette surtout, car Mlle Bertrand s'en était aperçue bien vite, sa diplomatie avait été de la plus mauvaise espèce.Elles échangèrent à peine quelques mots jusqu'à l'heure où la jeune fille dut sortir pour aller chev Mme Morisson.— Vous présenterez mes amitiés à ces dames, n'est-ce pas, Antoinette ?et vous n'oublierez pas de les remercier de vous avoir invitée, c'est une attention fort gentille de leur part.— les remercier!.Ma tante je suis franche, je ne puis pas dire merci pour une chose qui m'ennuie.Décidément, cela n'allait pas du tout, mais pas du tout.Toutes les jeunes filles de l'endroit étaient réunies dans le salon de reps vert de Mme Morisson quand Antoinette arriva.On chuchota un peu en la regardant beaucoup, car la nièce de Mlle Bertrand était à peine connue et les curiosités n'étaient pas encore émoussées à son égard.Chacune lui fut présentée, deuxième édition, cette cérémonie ayant été faite déjà au bal du château, et l'on continua le jeu du mouchoir interrompu par son entrée."Cha-peau", ta-pis; dé.allons, Lucie, vous ne trouvez rien, un gage.Il y avait cependant tant de choses à dire: défaut, défi, dégel, désert! — Ro-sace.A ce moment, Marguerite Morisson tenait le mouchoir.— A vous, mademoiselle d'Aipeuille, no.— .taire.répondit Antoinette, dont la tête était pleine de ce mot.— Mais non, c'était: Noël, balbutia Marguerite interloquée.— Noël ?Ah! je croyais que l'on pouvait terminer le mot à son idée! — Certainement, mais.Marguerite était devenue rouge comme une cerise, ses amies baissaient modestement les yeux tandis que Mme Morisson posait un regard soupçonneux sur l'innocente cause de tant d'émoi.Le jeu continuait, les gages s'entassaient dans la corbeille tapissée dont une fillette était gardienne.— "Char-mille; bon-net; mar." Le mouchoir, lancé par la main malicieuse de la maîtresse de maison, tomba sur les genoux d'Antoinette, dont l'esprit hors du salon de reps vert se lamentait de la scène de la veille, après avoir vagabondé dans le bois d'I Iarfeuille.— Mar., répéta Mme Morisson.— elle, finit étourdiment Antoinette qui venait de se remémorer les intonations attendries que prenait la voix de sa tante en prononçant ce nom.Cette fois, Marguerite devint bleue.— Les noms de famille ne sont pas admis dans le jeu, fit-elle, il y a tant d'autres choses à dire, par exemple, marchand ou marquis.A ce mot de marquis ce fut Antoinette qui se troubla, croyant deviner une allusion au noble Palverini: sans doute on avait dit cela tout exprès pour voir à son attitude ce qu'elle pensait.et c'était exaspérant de rougir ainsi, d'en avoir conscience et de ne pouvoir s'en empêcher.Pendant ce temps, Mme Morisson ne la quittait pas des yeux, triomphante et dépitée du succès de son stratagème.Au mot notaire, elle avait eu la subite intui-t ion d'un danger, d'une rivalité déjà flairée, lors du bal du château, mais en personne prudente, elle voulait une confirmation à ses soupçons.Ce fut alors qu'elle envoya le mouchoir à la jeune tille avec la syllabe que nous savons.Elle n'espérait certes pas, de son épreuve, un succès si complet ni si prompt: Marelle! et cette rougeur qui avait suivi ce mot dit sans doute dans un élan d'un cœur trop plein de lui!.Quels meilleurs témoignages pouvait-on demander des idées d'Antoinette ?Le Rêve d'Antoinette Maintenant c'était certain, elle pensait au jeune notaire, elle rêvait de lui, elle voulait l'épouser.Cela ne faisait pas du tout l'affaire de Mme Morisson, M.Marelle était justement le mari qu'il fallait à Marguerite.Dans le monde entier on n'aurait pu trouver pour elle un parti plus i oMviii.iblc.Il s'agissait de ne |>.i^ le l.ns-ser prendre par cette intruse qui n'en avait pas le droit et n'en était pas digne.Toutes ces demoiselles, Lucie, Monique, Henriette, se regardaient, choquées du cynisme de cette Parisienne qui prononçait avec tant d'aplomb le nom d'un jeune-homme à marier, ce nom qu'elles chuchotaient à peine dans une stricte intimité! Les plus jeunes se poussaient le coude et riaient sous cape; les plus mûres gardaient sur leurs visages un masque hautain et désapprobateur.Marguerite, mal à l'aise, proposa de tirer les gages, et l'on oublia bientôt l'incident avec les charmes de la sellette ou des énigmes.Quand le dernier gage fut rendu au milieu des rires de l'assistance, que l'embarras de sa propriétaire à construire une phrase sans employer ni o ni a, avait mise en joie, ces demoiselles allèrent un moment sur le balcon du salon surplombant de sa massive architecture la rue principale du pays.La silhouette rarissime d'un cavalier tout au bout de la rue éveilla soudain les attentions.— Regardez, mesdemoiselles, un monsieur à cheval! Qui cela peut-il être?— Un étranger sûrement.— Il est fort bien! s'écria impétueusement la blonde Suzanne (à quatorze an6 on se croit le droit de tout dire!) — Je le reconnais, murmura la timide Henriette, c'est le monsieur qui était dimanche à la grand'messe.— Mais oui, c'est bien lui.Dans l'allure élégante du cavalier qui venait, Antoinette avait reconnu Olivier Palverini.Elle eut un soupir de soulagement en écoutant les commentaires de ces demoiselles.Elles ne connaissaient pas le peintre, c'était évident, Marguerite n'avait donc mis aucune allusion maligne à son évocation du mot marquis tout à l'heure.Autour d'elle, on s'agitait.L'étranger avait été remarqué le dimanche précédent à l'église.Mille conjectures s'étaient formées sur son compte, on était bien aise de le revoir, et cette fois de plus près.En passant sous le balcon d'où cette jeunesse le regardait, Olivier leva la tête, et reconnaissant Mlle d'Aipeuille au milieu de ses compagnes, il eut un sourire et salua.Tous les yeux, remplis d'étonnement, se fixèrent aussitôt sur Antoinette.— Mademoiselle, ce monsieur vous a saluée! — Vous le connaissez donc ?Mme Morisson, vexée de tous les hommages qui ne s'adressaient pas à Marguerite, s'approcha: — Ce jeune homme est de vos parents, sans doute, mademoiselle ?La jeune fille, troublée par la chère apparition et surtout par l'émoi, les questions et les regards dont elle était assaillie, paraissait singulièrement émue.De plus, elle ne voulait pas livrer à la curiosité maligne de "ces dames" l'histoire du bois d Harfeuille .Elle répondit donc d'un air absent: — Mon parent ?mais non.— Alors vous le connaissez ?— Un peu, il est de passage à Monireil et a fait une visite à ma tante.— Sans doute il avait quelque raison pour cela ?fut-il demandé.Antoinette eut l'air de ne pas entendre, mais son embarras n'échappa pas à la perspicacité de la maîtresse de maison.— Il y a quelque chose là-dessous, pen-sa-t-elle.Cette idée devait faire son chemin dans le cerveau fécond de Mme Morisson; ce ne fut pas long: Un jeune homme fort bien était à Montreil, pourquoi ?II avait fait une visite à Mlle Bertrand, |x>urquoi?Mlle d'Aipeuille avait gardé à ce sujet une réserve étrange, pourquoi ?Autant de questions dont les réponses étaient évidentes.Tout cela voulait dire mariage.Et ce fut pour la mère de Marguerite comme si un génie bienfaisant avait ôté de son cœur un gros poids très lourd.Antoinette ne pouvait pas, raisonnablement épouser à la fois le notaire et l'étranger; puisqu'elle était fiancée ou à peu près à celui-ci, l'autre restait pour Marguerite: rien de plus clair.Ce fut donc avec un sourire sur les lèvres qu'elle présida le lunch offert aux amies de sa fille et qu'elle reçut leurs compliments sur la crème aux amandes, les brioches et la tarte aux pommes confectionnées par ses mains habiles.Antoinette ne comprenait rien à la recrudescence de petits soins dont elle était l'objet.On la mit à la place d'honneur; elle dut, de gré ou de force, manger de tout plusieurs fois; on prit son avis sur les plus plates banalités qu'échangeaient ces demoiselles, mais il semblait évident que Mme Morisson n'était pas tout à fait à la conversation.— A propos, demanda-t-elle soudain, comment s'appelle ce monsieur ?— Quel monsieur ?fit d'un air innocent Antoinette, indignée de cette curiosité! — Mais.ce jeune homme à cheval qui vous a saluée tout à l'heure?— Ah! M.Palverini! — Palverini, ce n'est pas français, dit Suzanne: il est Italien sans doute.— Non, je ne crois pas, répondit Antoinette suffoquée de voir le nom célèbre aussi inconnu à Montreil.La maîtresse de maison avait toujours son idée.— Et, où est-il descendu ?où demeure-t-il ?— A l'hôtel du Coq-d'Argent, je crois.L'artiste grandit d'une coudée dans l'esprit de ces demoiselles.Le Coq-d'Argent était le meilleur hôtel de l'endroit.Mme Morisson souriait d'un air fin en regardant la jeune fille.— M.Palverini est très bien, dit-elle d'un ton complimenteur, joli garçon, cavalier accompli et.il a un sourire charmant.— Cela, c'est une pierre dans mon jardin, pensa Antoinette, c'est pour bien me faire comprendre que, s'il ne m'a pas saluée banalement, comme une indifférente, elle s'en est aperçue.Et elle garda une vague inquiétude de ces compliments et du sourire à double face qui les accompagnait.Cette inquiétude persista, le lendemain, quand à la sortie de l'église elle vit la figure de Mme Morisson contractée par la même joie malicieuse que la veille.A ce moment, Olivier, qu'elle n'avait pas encore aperçu, s'approchait de Mlle Bertrand pour la saluer.Ce fut bref, de part et d'autre, tante Virginie étant d'humeur assez rude ce jour-là.(Les regards de toutes ces dames fixés sur elle la gênaient un peu).Dans le groupe des Morisson on chuchotait: — Hé, hé! il y a du nouveau dans l'air, disait celle-ci.J'en suis charmée, car cette petite est assez gentille; et quel soulagement pour notre digne amie de n'avoir plus le souci de sa nièce! Et comme ses auditeurs l'interrogeaient elle leur contait tout bas, à l'oreille, la "scène du balcon".— Chère amie, concluait-elle, j'aurais voulu que vous vissiez ce sourire!.Le lendemain, elle eut besoin de certaine recette de cuisine que l'on trouvait seulement au Coq-d'Argent.En bonne ménagère, elle y alla elle-même, et eut avec la maîtresse de l'hôtel une conférence interminable.XIII Le soleil était en fête quand Antoinette arriva au bois avec Fanchette, un peu plus tôt qu'il n'avait été convenu.Comme elle le prévoyait, ces deux jours de repos lui avaient semblé très longs, d'autant plus longs que la vie commune avec Mlle Bertrand devenait singulièrement pénible.Il avait fallu batailler pour venir ce jour-là à la séance de peinture, tante Virginie déclarant soudain que ce genre d'occupation n'était pas dans les habitudes de Montreil et qu'elle ne permettait plus ni à Fanchette ni à sa nièce d'aller au fameux rendez-vous.Antoinette ne voulait pas pleurer de peur d'être laide et de ne pouvoir poser, mais elle se tordit les mains de désespoir, se lamenta de son sort et accusa sa tante de ne pas tenir les promesses faites à "l'homme le plus célèbre du monde entier", si bien que, à demi con%aincue de ses propres torts, Mlle Bertrand, sans dire tout à fait oui, ne répondit pas non quand Fanchette demanda si l'on pouvait partir.Navrée de la tournure que prenaient les choses, la jeune fille réfléchissait.L'ère de bonheur qu'elle venait de vivre touchait à sa fin.D'abord, l'œuvre du peintre s'avançait, et puis certainement tante Virginie ne supporterait pas davantage l'absence de Fanchette ni la satisfaction que trouvait sa nièce aux séances de pose.COMMENT se débarrasser des acidités de l'estomac Soulagement presque instantané z__ c PRENDRE — deux cuillerées à thé de Lait de Magnésie Phillips' dans un verre d'eau, chaque matin au réveil.Prendre une seconde cuillerée à thé trente minutes après avoir mangé.Et une autre avant de se mettre au lit.D 'APRES un grand nombre de spécialistes, environ 80 p.c.des personnes souffrent aujourd'hui des acidités de l'estomac.Cela parce que beaucoup d'aliment6, préparée d'après la diététique moderne, contiennent des éléments acides.Il en résulte des maux de tête, des nausées, des "gaz", des excès de bile et plus fréquemment des douleurs d'estomac trente minutes après avoir mangé.Ainsi, il est facile de diagnostiquer le mal.Maintenant Facilement et Rapidement Corrigé Si vous souffrez des acidités de l'estomac, ne vous inquiétez pas.Vous pouvez les faire disparaître d'une façon très simple.Contentez-vous de faire ceci.Votre estomac malade et rempli d'acidités sera presque instantanément alcalisé.Vous vous sentirez une autre personne.PRENEZ — deux cuillerées à thé de Lait de Magnésie Phillips' dans un verre d'eau chaque matin au réveil.Prenez-en une seconde cuillerée trente minutes après avoir mangé et une autre, le soir, avant de vous coucher.Qu'est-ee que Cela Fait C'est tout ce que vous faites.Mais faites-le régulièrement, CHAQUE JOUR, aussi longtemps qu'il subsiste des symptômes du malaise.Ce procédé agit de manière à neutraliser les acides qui nourrissent votre estomac "bouleversé", provoquent les maux de tête, cette sensation de fatigue et d'énergie perdue.Faites-en l'essai.Les résultats vous surprendront.Plus de maux de tête.Vous oublierez que vous avez toujours un estomac.MAIS, prenez soin de vous procurer le VERITABLE lait de magnésie; l'authentiaue Lait de Magnésie PHILLIPS'.Voyez si le nom "Phillips' " est bien imprimé sur l'étiquette.RxInIc au**! noiiN forme dp tal»l( 11.- : Les tablettes de Lait (Je Marnésle Phtlllps• sont maintenant en vente (tans toutes le* pharmacies.Chaque mince tablette équivaut & une cuillerée à thé de véritable Lait de Ma-rnésle Phillips'.Lait de Magnésie de PHILLIPS' Neutralise les acides des Alimente et du Tabac quelques minutes après son absorption Page 2U La Revue Moderne — Montréal.Mars 1983 Le rêve charmant finirait-il aussi?.ou plutôt l'heure de la destinée n'allait-elle pas enfin sonner?Oui, c'était cela.Antoinette y croyait de toute son âme, à cettedestinée qu'elle n'avait pas cherchée, qui s'était interposée toute seule à travers son existence inutile; et parce qu'elle y croyait, elle se sentait le devoir de l'aider, sans retard.Le peintre n'était pas encore là.Il arriva bientôt, souriant et jeune, par un chemin irradié de lumière, comme une apparition charmante du bonheur.— Déjà là, fit-il en s'approchant, comme c'est aimable à vous, mademoiselle! Je craignais que ces deux jours de repos ne vous rendissent plus pénibles votre complaisance et votre bonté.Je vois qu'il n'en est rien! Vous en serez bientôt récompensée, puisque mon tableau s'achève .Je n'ai pas perdu mon temps depuis vendredi, voyez plutôt.Tout en parlant, il avait disposé son chevalet, il y plaça la toile commencée.Antoinette ne put retenir un cri de surprise en voyant le changement survenu depuis la dernière séance.La clairière, complètement terminée, se drapait d'un geste large dans un manteau rutilant d'or et de pourpre, tandis que les rameaux enchevêtrés des arbres laissaient deviner des coins adorables pleins d'ombre et de mystère.La divinité des bois, vaporeuse et souriante, n'était plus seule maintenant dans la splendeur de ce jour d'automne; d'autres divinités, elfes ou sylvains, vagues, flous, de formes et de nuances insaisissables, avaient surgi des troncs d'arbres et des branches touffues: des ombres se mouvaient sous les arceaux cuivrés, des blancheurs transparentes tramaient sur le sol, des vapeurs planaient dans la lumière rousse, c'était étrange et très impressionnant.Tout semblait achevé, sauf la l>etite reine, silhouette encore molle, dont le visage seul ressortait bien vivant au milieu de ces ombres.Antoinette, charmée d'être si jolie, eut |K>urtant un douloureux serrement de cœur à la vue de cette œuvre presque terminée.Encore une séance, deux peut-être, et ce serait tout! Oui, mais il pouvait se passer tant de choses d'ici là! Olivier l'interrogeait.— Que dites-vous de cela, mademoiselle ?— Je suis étonnée et ravie, répondit-elle.Je ne m'attendais pas à me voir en si poétique compagnie! ;— J'ai craint pour vous l'ennui, dit Olivier.De reste, je crois que tous ces sylvains sont venus d'eux-mêmes sous mon pinceau, attirés par le désir de vous faire leur cour."Vous faire leur cour!" n'était-ce pas une habile entrée en matière, trouvée par le peintre pour aborder un sujet plus brûlant ?Antoinette regarda du côte de Fan-chette dont elle aurait voulu les oreilles bien loin de là, mais la fidèle servante, complètement absorbée par son travail et le sommeil qui la gagnait, n'était pas d'un voisinage bien gênant.Elle reprit: — Leur reine en est très flattée; elle n'est pas habituée à tant d'hommages.— Ah bah! fit Olivier amusé, je suis incrédule, mademoiselle.Antoinette devint très rouge.— Vous avez tort, monsieur, car enfin où aurais-je pu prendre une telle habitude ?— Comment! fit-il en riant, Montreil est-il donc de si peu de ressources que ses habitants ne puissent y trouver d'hommages ni de succès! Pauvres jeunes filles! il y a pourtant dans le nombre quelques-unes qui méritent un meilleur sort.Antoinette dressa l'oreille.— Vous les connaissez donc ?— Mais oui, très bien, j'ai eu l'honneur d'en voir plusieurs fois la sélection.D'a-liord à la sortie de l'église hier et la semaine précédente, et puis samedi sur un balcon, vous savez bien.— Oui, oui, je sais, mais en si peu de temps!, — Il ne m'en faut pas plus, mademoiselle, un peintre apprend à voir vite; en un coup d'œil il doit tout saisir, ensemble et détail.Je pourrais donc, si vous le désiriez, vous faire le portrait de chacune de vos compagnes.— Oh! c'est inutile, fit Antoinette ennuyée de voir dévier la conversation, je les connais assez sans cela.— Ce que je ne sais pas, toutefois, ce sont leurs noms et prénoms.Comment s'appelle donc cette grande du coin à gauche ?— Une grande?.un peu forte?.— Raide, pincée, un air de portrait de famille, oui, c'est cela.Le Rêve — Ce doit être Mlle Forgeot, la fille de môssieu le maire, fit Antoinette, mise en joie par cette appréciation peu flatteuse.— Mes compliments.Et cette petite brunette vouée au bleu ?— Vouée au bleu! je ne sais pas, je n'ai pas rémarqué.— Voyons, rappelez-vous, un teint frais, des yeux noirs; elle avait, il y a huit jours, une robe bleu pervenche, samedi une robe bleu marine, et hier une robe bleu de roi.— Ah! Marguerite Morisson!.— Elle est très gentille! — Vous trouvez ?(Antoinette fit la moue).Je sais bien que des goûts et des couleurs.Le peintre fut surpris de cette réflexion de la divinité des bois, qui jusque-là s'était toujours montrée bienveillante pour tout le monde.— J'ai été charmé de voir ma petite reine sur ce fameux balcon, reprit-il, et bien vite m'est venu le remords de l'avoir empêchée toute la semaine d'aller avec ses amies.La jeune fille, très pâle, écoutait, n'osant croire ce qu'elle entendait.Il avait dit "ma petite reine" comme dans les romans anglais! Ces trois mots, dans les livres, signifiaient une foule de choses: reine de ma vie, reine de mes pensées, reine de mon cœur, et bien d'autres encore! Comme ils étaient dits habilement, cette fois, à demi cachés sous le rôle qu'elle jouait dans le cher tableau! "Mon Dieu! pensait-elle, pourvu que je ne m'évanouisse pas de joie quand il parlera plus clairement".Elle ferma les yeux et répondit: — Soyez sans remords, je ne regrette rien, je n'ai été privée de rien, je n'ai pas d'amies, et je suis plus heureuse ici que partout ailleurs."Je lui tends bien la perche, pensait-elle en même temps.Mon bon ange, ayez pitié de moi, voici l'instant solennel de ma vie".Mais rien ne lui répondit.Surprise de ce silence, elle entr'ouvrit les yeux.Olivier, très maître de lui-même, la regardait d'un petit air apitoyé.— Pauvre mademoiselle, fit-il, vous n'avez pas d'amies, vous êtes malheureuse, je m'en doutais bien un peu.Mlle votre tante, toute respectable qu'elle est, me parait avoir des idées assez différentes des vôtres et je ne m'étonne point que la vie ne soit pas toujours très drôle avec elle.Mais vous avez l'avenir devant vous; à votre âge on doit croire au bonheur.Vous aurez des amies.l'amitié ne vient pas en un jour; quand vous connaîtrez mieux vos compagnes et quand vos compagnes vous connaîtront un peu, je suis sûr que des sympathies naîtront et vous deviendront chères.— Je ne crois pas.Antoinette, un peu désappointée, acceptait mal la perspective d'avenir qu'il lui montrait."Il ne m'a pas comprise, pensa-t-elle, ou peut-être il n'ose pas.Mais comme il est bon, quelle douceur, quelle pitié dans sa voix, dans son désir de me consoler!" II continuait: — Le temps est trop joli, le soleil trop aimable; chassez vos idées noires, et ne refusez pas d'espérer ou de souhaiter un bonheur si légitime.Voyons, racontez-moi comment vous passez votre temps quand il n'y a pas un tyran pour vous garder immobile ainsi pendant de longues heures ennuyeuses.— Oh! ce sera vite narré: je tiens compagnie à ma tante, je brode, je peins, je lis, je fais de la musique, tous les jours nous sortons pendant une heure, c'est à peu près tout.— II y a là de quoi occuper plusieurs existences, répliqua Olivier en riant, voyez, moi, je ne puis arriver qu'à faire une seule des choses qui vous occupent, je peins, et c'est tout.— Oh! vous.c'est différent! A l'idée que le grand Palverini pût comparer ses nobles travaux aux passe-temps d'une petite pensionnaire, Antoinette rit de si bon cœur que Fanchette, éveillée en sursaut, leva la tête.— Vous savez que Mademoiselle vous a recommandé de rentrer de bonne heure, dit-elle.— Alors, travaillons vite.La besogne fut aisée, le modèle avait ce jour-là, au front et dans les yeux, un rayon qui l'idéalisait, quelque chose d'heureux Antoinette et d'alangui, comme une espérance incer.taine de joie.Et ce rayon élargissait encore l'inspiration de l'artiste.— Monsieur semble bien gai, dit Mme Renaud, du Coq-d'Argent, quand Palverini rentra le soir avec tout son bagage.— En effet, madame Renaud, je suis content, j'ai bien travaillé aujourd'hui.— Bien sûr, cela fait plaisir, surtout quand avec cela on a le cœur joyeux! répliqua la digne hôtesse d'un air fin.Comme son interlocuteur ne disait plus rien, elle reprit: — Tout de même, monsieur Palverini, je ne suis pas contente de vous.— Oh! madame Renaud, en quoi ai-je pu vous déplaire ?demanda-t-il.— Tenez, j'aime mieux vous le dire; je ne suis pas curieuse, mais je ne veux pas garder une chose qui me tracasse comme celle-là.Eh! bien, je sais.et cela m'a fait de la peine d'apprendre la grande nouvelle par des étrangers.— La grande nouvelle?mais de quoi parlez-vous ?Que voulez-vous dire ?— Ce n'est pas gentil de vouloir me le cacher, même maintenant que je le sais, monsieur, maintenant que toute la ville en parle.— Au nom du ciel, expliquez-vous, s'écria Olivier.Je ne comprends pas un traître mot de ce que vous me dites.De quoi la ville parle-t-elle ?— Monsieur Palverini, vous n'avez pas confiance en moi, vous avez très bien ce que je veux dire, et que je fais allusion à votre mariage avec Mlle d'Aipeuille.— Mon mariage! .Qui a pu dire une chose pareille?s'écria Olivier suffoqué.— Il y a des personnes qui trouvent que vous avez bon goût.Mlle Antoinette est gentille, elle peut plaire et on dit comme cela qu'elle est folle de vous.Un fâcheux interrompit trop tôt cette conversation.Mme Renaud dut s'éloigner, laissant Olivier se débattre dans le chaos de sa stupéfaction.Qui avait pu lancer l'idée première de ce cancan ?Personne ne connaissait l'aventure du braconnier, de l'intervention de l'artiste, ni des séances de pose au bois d'Harfeuille, personne, à moins qu'Antoinette elle-même n'en eût parlé.Cette idée ne tenait pas debout.La jeune fille n'avait sûrement rien dit, elle était trop étrangère à Montreil, sans relations à son goût, sans amies à qui elle pût faire une confidence; trop intelligente aussi pour avoir bavardé avec les indifférents vus ici ou là.Quant à Mlle Bertrand, si à l'étroit dans ses préjugés de province, il aurait été fou de la soupçonner; la permission qu'on lui avait arrachée était trop en dehors des habitudes du pays pour qu'elle n'en eût pas un peu de regret, et le désir qu'on n'en sût rien.Restait Fanchette.— Ce doit être elle, c'est sûrement elle, conclut Olivier.Une femme d'apparence si honnête, faire des contes semblables, qui l'aurait cru ?Puis il se remémora les deux ou trois occasions qu'il avait eues de saluer devant témoins Mlle d'Aipeuille et sa tante, il se rappela ses souvenirs de province, les quelques mois passés au hasard de son inspiration dans de petites villes dont l'esprit imaginatif l'avait toujours étonné; il se souvint de tout ce qu'Antoinette racontait de "ces dames" et de leurs facultés d'invention, et il pensa que peut-être la vieille servante n'était pas seule coupable.Il se pouvait fort bien que pour un salut, quelques phrases banales échangées la veille, on eût forgé ce joli roman.— C'est inouï et stupide! s'écria-t-il.Aller jusqu'à dire que Mlle Antoinette est folle de moi! Non, mais où vont-ils chercher des idées comme celles-là.Toute la soirée il en fut occupé.Peu à peu, mille choses lui revinrent à l'esprit, un mot d'Antoinette, un regard, une allusion, son admiration naïvement avouée pour le grand Palverini, sa nature enthousiaste, privée d'affection et par là même plus disposée aux prompts attachements.L'opinion publique n'avait-elle pas quelque peu le don de seconde vue ?Une phrase surtout martelait la pensée de l'artiste: "Je ne regrette rien, je suis plus heureuse ici que partout ailleurs".La lumière se faisait maintenant très vive.Comment n'avait-il pas vu naître, de l'admiration, un sentiment plus profond ou plus doux ?"Pauvre niais, |>ensait il, qui n'ai pus compris que c'était fatal, qu'à dix-huit ans on a l'imagination merveilleuse, toute prête à s'enllanimer.Non, emporté par mon égoïsnie je n'ai pensé qu'à mon art ! et il m a fallu des racontars de femme |>our m'ouvrir les yeux".Un pli se creusait au front d'Olivier.Très tard dans la nuit son pas résonna nerveux et inlassable au-dessus de la chambre où Mme Renaud ne pouvait dormir.— Non, pensait-elle, tout de même ce n'est pas gentil à M.Palverini de me fnire des cachotteries comme cela! XIV "C'est le dernier jour, c'est la dernière fois.!" Antoinette se répétait ces mots machinalement, sans même les comprendre, tant à la fin ils se pressaient dans la pauvre tête fatiguée.Et souvent, bien souvent, une angoisse lui serrait le cœur: "S'il allait partir sur un adieu banal, sans rien dire!.Mais non, c'est impossible, pourquoi ferait-il cela ?.nos destinées à tous deux ne sont-elles pas là, nettement marquées?" Les feuilles craquaient sous les pieds d'Antoinette; tandis qu'elle marchait très vite, Fanchette avait peine à la suivre.A un détour du sentier, elle vit une feuille brune zébrée d'or qui pendait toute seule à l'extrémité d'une branche, le moindre souffle eût suffi pour la faire tomber.Un oiseau voletait alentour "Si l'oiseau se pose sur cette branche et si la feuille ne tombe pas, se dit Antoinette, c'est qu't/ parlera".L'oiseau s'approchait, il atteignait la branche, son poids ne la fit pas même fléchir et la feuille resta suspendue.Le cœur de la jeune fille battit à se rompre.Un peu après elle entendit Ce même oiseau chanter."Si j'ai le temps de compter jusqu'à onze avant qu'il s'arrête, c'est que tout ira bien".L'oiseau se tut avant qu'elle eût fini."C'est stupide, se dit-elle, à quoi bon ces émotions ridicules puisque bientôt je saurai ?" Olivier était le premier au rendez-vous, mais un Olivier tout différent de celui de la veille et des jours d'avant; un Olivier correctement habillé de noir, soigneusement ganté et cravaté, l'air soucieux et fatigué.Point de pliants, point d'attirail de peintre.Il avait aperçu Antoinette et déjà s'approchait d'elle son chapeau à la main.— Mademoiselle, dit-il en s'inclinant.je suis un affreux égoïste de vous avoir demandé hier de venir poser encore; mon tableau est maintenant assez avancé pour que je puisse rendre la liberté à mon aimable modèle, et puis le temps est maussade, je craignais la pluie.Ce disant, il marchait à pas lents auprès d'Antoinette si émue qu'elle ne trouvait rien à répondre.Il continua: — Comment pourrais-je assez vous remercier, mademoiselle, de votre exquise complaisance, cette complaisance qui d'un tableau banal et sans âme, a fait une de mes œuvres les meilleures?Croyez que jamais, jamais, je n'oublierai les heures charmantes où votre grâce et votre bonté rendaient mon travail plus facile.Pardonnez-moi d'en avoir peut-être abusé; c'est cela, mademoiselle, que je voulais vous dire ici."Mon bon ange, mon bon ange, je crois que je vais m'évanouir"! pensait la jeune fille.Du coin de l'œil, elle observait Olivier un peu pâle et singulièrement troublé.— Je ne vous dis pas adieu, continua-t-il, mais au revoir; il y a encore par ici des horizons délicieux que je n'ai plus le temps d'étudier, l'hiver est trop rapproché.Aussi je pense revenir, et pour pouvoir rester plus longtemps, cette fois j'amènerai ma femme.A ces mots, "ma femme", le choc fut si violent qu'Antoinette, étourdie, en comprit à peine le sens.Les choses qu'elle voyait, les moindres sons qu'elle entendait tourbillonnèrent devant ses yeux et dans sa tête en une ronde affolée, ses lèvres tremblaient, ses mains se glaçaient.Pour ne pas tomber elle dut l'asseoir sur un talus au pied d'un chêne.L'artiste s'attendait bien à peu d'émotion, mais cette confirmation si nette de ses craintes de la veille l'impressionna péniblement.Se détournant à demi, il sembla s'intéresser beaucoup à l'ascension d'une fourmi sur le tronc d'un hêtre.Mais il fallait dire quelque chose, laisser à la pauvre Antoinette le temps de se remettre.(Suite à la page 36) La Revue Moderne — Montréal, Mura 19 3 3 Page 25 ff*f> Des Cheveux d'Or Les cheveux blonds lavés au Shampoo "Camomile" Evan Williams prennent le lustre de l'or fin, délicieusement doux et attrayants.Un Sluni|MKi I \viui Williama propre il chBQIM tcinli- Ji> ctWVfllJi, I >• n, indi ' à volrr pl] >r.IN ,» V H P4HÎOI 1 EVAN WILLIAMS S HA M P OO S , La beauté de la chevelure LA REVUE MODERNE est éditée par Noël-E.Lanolx.Limitée, et Imprimée par ta Compagnie d'Imprimerie des Marchands Limitée, 3'.'0 est, rue Notre-I>ame, Montréal.EVltNilNG LE PARFUM SEDUISANT PAR BOURJOIS PARIS L^EST une "symphonie en parfum'.'.essentiellement parisien et délicieusement féminin .possède le chic et l'exclusivité d'une toilette par Patou."Evening in Paris" s'offre à votre appréciation .dans les meilleurs magasins.thiio» Bleu Améthyste .$1.00 Cr.lilHtform.ih S2.10 et $100 poudre roit.es crayons compacts BIMiAW pol'DRïDf Toilfrrt r t Semti naforiVBMAw ./.-»¦ PALMFRS LIMITED MONTREAL Par Celia Caroline COLE La femme n'est plus embarrassée pour choisir le style de sa coiffure.Elle sait quel genre sied à sa figure, ce qui donne plus de charme à sa beauté, ce qui révèle sa personnalité.Plus de longues tresses bouclées.La mode impose cheveux courts ou chignons.En avant les ciseaux ! Même celles qui n'ont jamais voulu couper leurs cheveux, les coupent maintenant.Les nouveaux chapeaux demandent de nouvelles coiffures.Les modèles montrent de jolies têtes bouclées d'un effet charmant.Elles sont le grand succès du jour.Les Vents de Mars Flétrissent le Teint.Conservez la bonne santé de votre peau en la lavant avec du Savon Baby's Own etjde l'eau tiède Rincez ensuite avec de l'eau froide et tamponnez à sec.Les huiles bienfaisantes du savon Baby's Own^adoucissent et nettoient parfaitement la peau et la beauté d'un teint sain vous est assurée en dépit des vents les plus perçants.La douce mousse parfumée du Savon Baby's Own est une réelle volupté.En vente partout.Cartons individuels 10c.Meilleur pour Vous et pour Bébé Al X jours simples d'autrefois, il y / \ avait des saisons pour les vêtements.On s'achetait un joli costume à l'automne, ensuite, un manteau et quelques robes chaudes pour l'hiver.Au mois d'avril, on portait un costume de printemps, une robe de soie et un manteau de lainage léger.En mai, la couturière venait à la maison et préparait des robes d'organdi, de basin et de guingan.C'était la garde-robe des différentes saisons.Mais il n'y avait pas de saison pour la coiffure.On se coiffait toute l'année de la même manière que l'année précédente.Si, par exemple, le style Pompadour était à l'ordre du jour, toutes les femmes avaient un pompadour.On le modifiait peut-être un peu pour le rendre plus seyant, mais on ne voyait que le genre Pompadour jusqu'à ce que quelque part, un mystérieux quelqu'un fatigué de sa tête, de son visage, de sa coiffure fade, lance un nouveau genre.C'était dans le vieux temps.Maintenant les habitudes sont toutes bouleversées.Tout est changé.Nous avons conservé les vieilles habitudes auxquelles nous en avons ajouté des nouvelles.Dès août, nous nous enveloppons dans une élégante nouveauté de Paris et nous courons demander à notre coiffeur ce que sera la mode d'automne.Mais celle-ci change vers la fin d'octobre pour céder sa place à celle de février.Aujourd'hui toutes les femmes n'adoptent pas la même coiffure sous prétexte que tel ou tel genre est à la mode.Chacune, désireuse d'être à son mieux, examine d'abord oc qui Un \ .i de l.i coiffure portée, elle cherche ce qui lui est le plusseyant, retranchant, si nécessaire, tel ou tel détail, ajoutant telle ou telle chose qui s'harmonise davantage avec son type, accentue son charme et la rend plus jolie.C'est que si la femme aujourd'hui aime A être élégante, elle aime tout autant le confort qui lui rend la vie agréable, et ce, dans sa toilette aussi bien que dans sa maison.Voilà pourquoi elle recherche une coiffure seyante qui dessine harmo- nieusement la ligne de tête, qui ne soit ni compliquée ni surchargée, mais qui soit bien féminine.Il y a cette année toute une série de coiffures à votre disposition, mesdames, depuis les amusantes boucles qui font une parure fraîche et gracieuse aux jeunes visages, jusqu'au pompadour.Eh oui! si ce style vous va, si c'est celui que demande votre figure, adoptez-le .ce sera le genre Gibson 1933.Les ondulations et les cheveux bouclés conviennent à presque toutes les physionomies.Il se rencontre seulement de temps à autre, une figure d'une beauté si pure qu'elle n'a aucun besoin de l'embellissement de la coiffure.Et pour celles-là, les cheveux simplement relevés avec chignon bouclé, sont un genre délicieux.Les petits chapeaux d'où s'échappent à demi les boucles légères, donnent beaucoup de charme à celles qui les portent.Et il est très facile de friser le bout des cheveux.Roulez-les de biais sur votre doigt — remarquez bien, de biais — ils se façonneront ainsi gracieusement.Les cheveux contractent des habitudes comme les enfants et chacun de nous.Donnez-leur l'habitude de boucler, ils la garderont.Il faut nécessairement que la coiffure soit en harmonie avec les chapeaux.Comme ceux de l'époque Victoria dominent et sont décidément les favoris de la saison, ils ne peuvent être portés ni avec de longues mèches bouclées ni avec un chignon de ligne sévère.Celles qui jusqu'ici ont gardé leurs cheveux longs, ne peuvent plus rester retardataires.Toutes les femmes porteront donc un chignon bouclé ou un souple noeud grec, ou encore quelques petites boucles fantaisistes qui terminent bien les cheveux relevés et rejetés en arrière, dégageant complètement le front.La coiffure est ainsi simple, nette, seyante, sans aucune prétention, permettant à chacune quelques légères modifications avantageant la physionomie sans rien faire perdre à la personnalité.(Courtoisie du "Dellneator"' P La NEUMONIE est souvent causée par un Rhume Négligé A moins d'être cassé, un simple rhume abat la résistance physique et prépare fréquemment le terrain pour une attaque mortelle de pneumonie.La meilleure manière de soigner rapidement n'importe quel rhume est d'employer Yicks YapoRub.Cela est doublement important pendant les quelques semaines qui suivront, alors que la pneumonie sera à son point le plus dangerux.Appliquée sur la gorge et la poitrine, Yicks produit aussitôt un double effet, tout en arrêtant le rhume.(1) Les Yapeurs qui se dégagent par la chaleut du corps pénètrent directement dans les passages enflammés.(2) Au même moment, Vicks agit comme un emplâtre et enlève toute raideur et douleur.Cette méthode pour traiter les rhumes a commencé avec Yicks.Aujourd'hui, la pratique médicale moderne tend absolument à rejeter les remèdes inutiles.POUR TOUT RHUME POILS et DUVETS disgracieux enlevés radicalement et pour toujours par "GYPSIA", produit importé de Paris.Nous payons le port et la Douane.Ecrivez pour Notice gratuite avec attestations, à: Gypsia Products Co.(M.0.) 55 W.iS Street, New-York.Tes CAPSULES ANTALGINE SOULAGENT TOUJOURS Maux de tête, névralgies, rhumes, grippe, douleurs périodiques, lumbago, rhumatisme, torticolis. Page 26 Lu Revue Moderne — Montréal.Murs 19 3 3 LA PEUR CHEZ L'ENFANT On peut aider les enfants à triompher des ennuis qui les empêchent de jouir d'une "enfance heureuse." LA peur est peut-être la difficulté reconnue par presque tous les parents comme le problème J le plus délicat de l'éducation de leurs enfants.Il n'y a pratiquement pas d'enfant qui n'en soit atteint dès ses premières années.A ce moment-là, il importe surtout de chercher, non pas tant la peur précise, que le sentiment très subtile et le moins facilement raisonné qui en est la cause.L'inquiétude et l'anxiété sont souvent considérées comme les conséquences malheureuses de la croissance.L'adulte qui doit accepter les responsabilités, non seulement pour lui mais tout autant pour les autres, peut difficilement échapper aux moments de tension et d'inquiétude.Même un adolescent, accablé par les exigences de l'étude et par le désir d'atteindre à un niveau social élevé, n'en est pas toujours exempt.Cependant très peu de personnes réalisent que l'inquiétude peut être un facteur extrêmement troublant dans la vie des tout petits enfants.De fait, même quand l'enfant est capable de montrer qu'il est inquiet et anxieux, les adultes ont une tendance à faire peu de cas de ses inquiétudes parce qu'ils les jugent "enfantines" et passagères.Jusqu'à un certain point, il est vrai que les peurs des petits enfants sont passagères et superficielles.Quand un bébé jette les hauts cris et que sa peau rose devient rouge de rage parce que sa maman l'éponge à l'eau froide après son bain chaud, celle-ci rit de lui et lui dit: "Quel vilain garçon!" Malgré son tapage, la mère sait que l'eau froide — et même ses cris — lui font du bien, et que la tempête sera passée et oubliée en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.Mais l'erreur commence si la maman continue à conserver cette attitude envers l'enfant quand, par la période de développement, de bébé il est devenu un petit homme sensible.Il est vrai que ses peurs peuvent — justement ou injustement — continuer même alors à nous paraître passagères et superficielles, mais le fait essentiel à ne pas oublier, c'est qu'elles ne le sont pas pour lui.Si les adultes devaient conserver tout le long de la vie, l'intensité d'émotion momentanée avec laquelle l'enfant sensible reçoit chaque nouvelle expérience, aucun de nous ne pourrait atteindre un âge moyen.Afin d'aider l'enfant, la mère doit être sensible à ses difficultés et à leurs causes, même quand il est incapable de les expliquer ou de les exprimer ou qu'il n'a pas conscience de leur existence.Les parents doivent examiner les symptômes de terreur ou d'inquiétude même quand ils prennent une forme de peu d'importance, chercher à découvrir les causes, les approfondir et s'intéresser aux efforts de l'enfant pour les expliquer.Cette connaissance approfondie, acquise par tendresse, nous fera bientôt comprendre que ce sont les beaux souvenirs qui plus tard font l'enfance la plus heureuse.Chaque fois que l'enfant montre quelques signes de peur, si légers soient-ils, il faut s'appliquer à les dissiper par le raisonnement, et se garder de les traiter d'insignifiances.Les parents doivent lui aider à expliquer ce qui le trouble.Il y a, bien entendu, une grande diversité individuelle dans la force des sentiments.Mais, plus que d'autres, l'enfant sensible emmagasine des impressions qui le conduisent plus tard à l'inquiétude ou à la peur.Briser "les cercles vicieux" de la peur, a vraiment une importance vitale pour l'enfant qui sera l'adulte de demain.Sinon, les cercles deviennent de plus en plus petits, resserrant de plus en plus l'activité de la vie de l'individu, jusqu'à ce qu'il puisse à peine vivre dans le vrai sens du mot.Nous connaissons tous des neurasthéniques, les pauvres victimes de cet état d'anxiété.Ils ont peur de tout ce qui les entoure, de tout ce qu'ils voient.C'est que cette peur s'est développée avec le temps, qu'elle s'est fortifiée par l'habitude — il est très difficile d'en déterminer la source — et qu'elle est maintenant extrêmement difficile à guérir.Il est donc infiniment plus sage d'en tenter l'essai pendant l'enfance, avant que le mal ait entraîné la faillite de la personnalité, qu'il ait causé des souffrances prolongées et ?âté des années de la vie.Il faut nécessairement que l'enfant y mette de son côté de la bonne volonté, de la patience, de la persévérance pour arriver à surmonter les difficultés.Mais c'est la tendresse attentive des parents qui doit li mettre en état de transformer ses inquiétudes non motivées ou réelles, en un problème tangible qu'il peut envisager et espérer résoudre. La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Page 27 Le Courrier du Mois Par M A8JQLAINB COKI'K AIMANT — "La buIjHiik* l«COD" de la ( iiVIk- aura-t-cllc HO mieux lomprlitc t Lct peu-nlct voudront-lla cesser cette course icervelêt qui lit Cnmlllit il 1.1 pIllH rltt'iv.llitr l.llllll., v< ill'lf nlil lin '.".i <¦ un ." Il SCIllIlli' i J Ile l.l Inllc |i n .ivi'liuli' il nue l'ultime Ira attire.Uu<* te mnndv est à UUndp mon umlel Mulurr tout.If clair rnynn de I espéran-ii- brillr toujours au-dt-Hsiitt des D1UgM< L'tmoilf de terre revivra en des ca-urs ieunes et vaillants, dit femmes couraifrust-s rebâtiront 1rs foyers écroulés, les arts domestiquée refleuriront sous les mstlns habiles de nos canadiennes et les petites Indus-nies dédaignées verront de b—lll jours.Quand le modernisme outré et extravauuni aura semé la ruine, le beau et bon travail ramènera la prospérité.— Je suis tout attristée du sacrifice qui vient assombrir les jours que, cette année, on hésite a appeler "les fêtes.Mais j'ai confiance.La Providence n'a jamais déserté son poste et Elle n'a jamais fermé sa porte.Oui, sans ce secours divin, aurait le courage d'accepter les dures épreuves de In vie?— Nous n'avons pan eu le Noël blanc tant espéré.La pluie avait lavé la terre et tout était unir connut; en liovrilllirr ( omillc Imites les ,111 très, l'année finissante s'en est allée dans le Temps ?OUI jusqu'à l'Ktcrnilé.lïllc emporte un énorme lardeau de tristesse! et de larmes et laisse I M remplaçante une succession fort embarrassée.— La plénitude de vos souhaits m'a touchée.Us me sont chers de la "chaude amitié" qui me les offre et je vous remercie sincèrement.Au revoir.Coeur Aimant.Courage et suects.JRANNK-MARIB — Tr me souviens et il me lait plaisir de lire une de vos bonnes lettres.Je me suis bien denandée parfois quelle pouvait être la raison de votre silence, mais je n'ai jamais douté de votre sincérité, et voilà que votre aimable cauteric me prouve que vous êtes "toujours ma petite amie".— L'inconnu est un mystère.Non seulement nous ne savons rien de demain, mais l'heure, la minute qui vont suivre nous sont cachées.A mesure que l'on avance dans la vie."les illusions" fondent comme la neige au soleil d'avril et la réalité se dessine en traits nets et précis.Il en est ainsi pour tous.Pourtant, ce n'est pas une raison pour être "sceptique".Pourquoi douter.IMMirquoi voir noir quand le bon Dieu est là et que son soleil brille haut toujours?A chaque jour suffit sa peine.Faisons d'aujourd'hui un jour utile.plein et bon.Nous apprécierons davantage "les liellcw et bonnes choses ' mêlées aux ronces du chemin.— Un grand meroi pour l'année de bonheur souhaitée- J'ai confiance aux voeux de votre généreuse amitié.— Votre "au revoir" me fait vous .ittendre bientôt, petite amie, et je vous souris.LORRAINE — Je veux bien faire tout ce que je pourrai pour vous aider.Mais vous allez aussi faire voire part, n'est-ce-pas petite Lorraine ?D'abord, il faut sortir de ce noir qui vous fait croire que votre "mal s'accroît", et envisager la vie avec plus de courage.Ensuite, il ne faut pas vous abandonner à cette langueur qui paralyse votre v-.lonté.Alors, vous pourrez mettre de l'intérêt «lans vos actions, dans vos pensées, dans vos protêts.Les rayons du soleil de l'espérance pénétreront votre cœur, leur chaleur vous réconfortera.Chaque jour, vos forces s'affermissant, votre activité grandira, se développera; vous serez tout étonnée du changement qui vous permettra de vous distraire agréablement comme autrefois, de sentir de la joie dans votre cœur et de connaître la paix qui fait la vie meilleure.— Je ne trouve au-'une plainte dans ce que vous me dites.Je n'y vois que le moyen cherché de chasser des idées sombres, et je veux vous assurer de mon sincère désir de vous aider.J'aurai la pensée demandée.Restez ainsi, petite Lorraine, puisque mon sourire peut vous encourager.Mettez-vous bravement à l'ouvre et revenez causer bientôt.Je vous at-lends.MOUSSE DES BOIS — Comme 11 y a d'étranges choses dans la vie et comme les circonstances nous servent bien parfois! Oui, je vous reconnais et vous retrouve avec plaisir.Je n'ai rien oublié, mais je me suis demandée quelque fois ce que vous étiez devenue.Je remercie l'an neuf qui voua ramène et me vaut une lettre si gentille.— Nous avons a peu prés les mêmes goiHs.jolie Mousse.1 es • allants me font songer aux aurores dorées des beaux matins de mal et je revois dans les yeux au regard profond des vieillards la lumière ombrée de mauve des soirs sereins.Les premiers me disent des cho-charmantes enveloppées de merveilleux et de fraîcheur; les derniers réfléchissent le calme des ilôts apaisés.I.i ilnm eut de l'.n.abnie après la luth .9 pouces et 1% verge de tissu de l'autre teinte en 39 pouces.11 à 18 ans et 29 à 36.Prix: 50 sous.J,919.— La robe à guimpe reste la favorite des jeunes filles.Un imprimé nouveauté conviendra pour la guimpe avec crêpe uni pour la robe.Lis manches, montées sur bande avec élastique, se relèvent à volonté.Métrage: pour un 34 (16 ans), 25s verges de crêpe en 39 pouces et 2 verges d'imprimé en 39 pouces.11 à 18 ans et 20 à 36.Prix: 25 sous.i9iS.— Voici le genre de la robe do crêpe que l'on porte actuellement sous les manteaux d'hiver et que l'on portera avec ou sans manteau au printemps.Le vert citron et le jaune sont les deux nuances les plus populaires.Métrage: pour un 34 (16 ans), 3r\ verges de crêpe en 39 pouces et % de verge de tissu contrastant en 39 pouces.11 à 18 ans et 29 à 36.Prix: 40 sous.4 9 19 Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patrons Butterick, demandez-les directement à The Butterick Publishing Co., ISS Wellington Street West Toronto Pmge 32 La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Quelques modèles pratiques L7f i- 9+ - z J~ 4 7 9 0 .5/ X/f Les modèles que nous présentons aujourd'hui possèdent un cachet de distinction en plus de la belle simplicité qui les caractérise.Ces robes sont particulièrement seyantes; elles n'entrent nullement dans le domaine de la fantaisie tout en restant dans celui de la plus haute nouveauté.La place de.chacune est marquée dans toute garde-robe élégante et pratique.Ces toilettes ont aussi l'avantage d'être "à la mode" pour jusqu'à l'automne, en tenant compte des petites robes d'été qui viendront s'y ajouter.Il y en a pour toutes les occasions : pour magasiner, pour voyager, pour l'après-midi, pour assister à un mariage.Et le tout coûte à peine trente dollars.4902.— Manteau de lainage noir, à basques et fermé par deux boutons.Le joli détail des manches lui donne beaucoup d'élégance.3\ verges de lainage à $1.80 la verge: $6.75.3H verges de crêpe noir pour doublure à 75 sous la verge: $2.34.Boutons: 32 sons.Patron: 50 sous.Total: $9.91.Prix: 50 sous.4840.— Robe d'imprimé vert et blanc.Mais celles qui ont les yeux bleus devront choisir le bleu de préférence: un de ces jolis imprimés en deux nuances de bleu jacinthe et blanc.On peut aussi faire les manches plus courtes si on le préfère, ou en enlever le bouffant si on aime mieux les manches unies.La partie du corsage en crêpt uni vert ou bleu, selon la cou- leur de la robe, est notre idée personnelle et ne fait pas partie du patron.Pour un 38, 5M verges de crêpe à 75 sous : $3.94.% de verge de crêpe uni : 56 sous.Boutons: 25 sous.Patron: 45 sous.Total: $5.20.Prix: 45 sous.4790.— Robe d'après-midi en crêpe rugueux gris.Choisissez un gris très foncé, plus joli que le gris pâle, et prenez une jolie toile blanche pour le second revers qui éclaire si agréablement le corsage.4M verges de crêpe à $1.00 la verge: $4.25.Toile blanche, % de verge: 31 sous.Ceinture et boutons de bois à recouvrir: 25 sous.Patron: 45 sous.Total: $5.26.Prix: 45 sous.4904.— Ces deux robes n'en forment qu'une: la robe de crêpe pesant, noir, avec corsage de dentelle, et la ja- quette de même crêpe.On se fatigua parfois du noir.Mais il est si distingué que toute garde-robe élégante comprend toujours une robe noire.Avec la jaquette, la robe convient parfaitement pour une occasion d>' cérémonie.Sans jaquette, elle devient une robe du soir.La longueur de la jupe est de huit pouces de terre, de sorte qu'elle peut servir aux deuv fins.Ne choississez pas une dentell' trop ajourée et doublez-là de chiffon chair.4% verges de crêpe pesant i $1.50 la verge: $6.94.La dentell .IM verge à $1.75 la verge: $2.19 el 50 sous pour le patron.Si vous doublez l'empiècement de chiffon, ajout' $1.25.Total: $9.63.Pour complète la note charmante de cette toiletti ajoutez un bouquet de violettes ave leur feuilles juste au-dessus de 11 pointe de la jupe.Prix: 50 sous.Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patrons Butterick, demandez-les directement à The Butterick Publishing Co., 4'>8 Wellington Street West Toront La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Page .Si 1,955.— Le taffetas est de nouveau très en faveur pour les robes du soir.Il donne beaucoup de genre à ce modèle de chiffon gris, la nouvelle teinte à la mode, et aucun tissu ne peut être plus chic.Métrage: pour un 36 (18 ans), verges de chiffon en 39 pouces et 1% verge de taffetas en 35 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 45 sous.4494-— Le nom fiançais du tissu de cette robe est le cloqué.C'est une soie matelassée qui est de toute beauté en blanc.Notre modèle est en cloqué blanc avec bandes de taffetas orange formant bretelles et terminées en longs pans sous une ceinture large.Métrage: pour un 36 (18 ans), 31* verges de crêpe en 39 pouces et % de verge de tissu constrastant en 39 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 50 sous.4951.— Le noir est le choix parfait pour les robes basses.Il fait mieux ressortir la blancheur des épaules.Les lignes de cette toilette sont sobres.Le corsage est uni, la jupe de même avec pointes formant empiècement.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges de tissu léger.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 50 sous.4946.— La saison des croisières ramène la robe de dentelle si facile à emporter et prenant si peu de place.Les belles dentelles sont plus élégantes et les teintes les plus nouvelles sont: rose, citron et mauve.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4hi verges de dentelle en 35 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 50 sous.Si votre marchand localne petit vous fournir ces patrons Butterick, demandtz-les directement à The Butterich Publishing Co., 46S Wellington Street West Toronto Page Si La Revue Mù d t r n « — M <> nt r ial, M a r « ' 9 Lignes qui grandissent et Lignes amincissantes 1,888.— Quelle joie pour une femme de petite teille et de hanches fortes que ce modèle aux lignes amincissantes et d'un dessin très spécial.Son attrayante simplicité en fait tout le charme.Métrage: pour un 40, 3% verges de crêpe en 39 pouces.36 à 52.Prix: 50 sous.J»5fî.— Ce manteau est aussi distingué qu'élégant.Il grandit celle qui le porte, ce qui est un grand avantage.Une petite femme ne peut faire un meilleur choix et c'est d'ailleurs pour elle qu'il a été créa Métrage: pour un 40, 3% verges de lainage en 54 pouces.34 à 52.Prix 50 sous.495?.— Un crêpe côtelé bleu jacinthe foncé serait ravissant pour ce modèle.Le corsage est orné d'un jabot formé par l'encolure.Jolie manche étroite, petite ceinture et jupe coupée en diagonale dans les côtés.Métrage: pour un 40, 4 verges de crêpe en 39 pouces.34 à 48.Prix: 45 sous.4917.— La ligne de taille baisse insensiblement.La ceinture de notre modèle est un pouce plus bas que la ligne normale.C'est bien la position la plus seyante et celle qui convient le mieux à presque toutes les tailles.Métrage: pour un 40, 3% verges de soie imprimée en 39 pouces.34 à 52.Prix: 45 sous.m îotre marchand local ne peut vous fournir ces patrons Butterick, demandez-les directement à The Butterick Publishing Co., 468 Wellington Street West Toronto La Revue Moderne — Montréal, M a r » 19 3 3 Page 35 Une invention inappréciable pour la ménagère C5 arts domestiques ont pris chez nous, depuis quelques années, une place si importante, ils ont pris une telle intensité de développement, que l'on ne saurait compter les avantages qu'en retirent les ménagères canadiennes, non seulement pour On voit ici la manière de se servir du Guida et le bel effet des rangées de mailles.embellir leur "home", le rendre confortable et attrayant, mais encore comme ressource susceptible d'augmenter le budget familial.On ne saurait trop applaudir aux nouvelles inventions ingénieuses qui mettent à la portée des femmes et des jeunes filles, tant de la ville que de la campagne, des moyens aussi intéressants que pratiques d'employer leurs moments de loisir.Voilà qu'aujourd'hui le progrès apporte une idée neuve dont l'exé- Travail genre "catalogue" permettant d'employer n'importe gtielle étoffe.cution permet d'utiliser de manière tout à fait plaisante fil, laine, soie, coton, etc, et ce, au moyen du petit instrument vraiment merveilleux mis sur le marché par la Cie Singer qui crée ainsi, "un nouveau mode de couture artistique." Le Guide du Singercraft est extrêmement simple: deux fourches d'acier réunies par un bouton amovible.Il s'adapte aisément aux machines à coudre; il est d'un emploi facile et n'exige aucun accessoire supplémentaire.Il suffit, comme l'explique l'annonce ci-contre, d'y enrouler des fils, de la laine ou des bandes de tissus et de piquer sur l'étoffe servant de fond.C'est ainsi qu'au moyen de ce Guide, on peut fabriquer chez soi les articles les plus variés: carpettes, coussins, chemins de Carpette d'un joli dessin pour lequel on peut employer de la laine, de la chenille de coton ou des bandes découpées dans du coton on de la soie.table, manteaux, chapeaux, écharpes, sacoches, et mille autres choses que peut inventer à son tour l'imagination, en une harmonie délicieuse de couleurs et en effets aussi charmants qu'inattendus.Nos lectrices seront ravies de l'utilité de ce Guide et aucune d'elles ne voudra manquer de se procurer la Trousse Singercraft Complète à laquelle lui donne droit le coupon publié dans cette page.Marjolaine SINGERCRAFT Apprenez, en 10 minutes, à faire des CARPETTES COURTEPOINTES • SACOCHES COUSSINS a la Machine à Coudre ^OICI une nouvelle méthode, très intéres-™ santé, pour faire — chez vous et avec votre propre machine à coudre — de superbes et moelleuses carpettes, sans parler de toutes sortes d'autres articles, coussins, sacoches, garnitures de robes imitant étonnamment la fourrure, tous élégants, du meilleur goût, de couleurs vives ou délicates, et à longs poils veloutés.Il s'agit du Singercraft, nouveau mode de couture artistique, qui n'exige pour être exécuté que votre machine à coudre et le Guide Singercraft.Sur ce Guide, vous enroulez des fils ou de la laine en écheveaux, ou des bandes découpées dans des tissus usés ou de vieux bas de soie, et vous piquez le tout en rangées sur une étoffe servant de surface de fond.Ni métiers, ni formes, ni pénible travail au crochet .c'est aussi simple que la couture la plus élémentaire! Vous pouvez apprendre en 10 minutes, et devenir experte en une demi-heure.Les Magasins Singer de toutes les localités offrent actuellement des démonstrations pratiques du Singercraft.Allez voir les ravissants articles tout confectionnés qui sont à l'étalage.Et, de plus, ne manquer pas d'examiner les nouvelles Machines Electriques Singer — les meilleures machines à coudre que la Maison Singer ait jamais fabriquées, à des prix d'une modicité inconnue depuis longtemps.Le nouveau modèle que vous voyez ci-haut coud de l'avant et à reculons et ses points, dans tous les sens, ont cette perfection qui a toujours caractérisé les appareils portant la Marque Singer.Procurez-vous la Trousse Singercraft Complète Tout ce qu'il vous faut pour commencer dès maintenant ce travail si intéressant est une Trousse Singercraft Complète.Elle comprend le Guide Singercraft, deux décalques, un modèle en grosse toile imprimée, des instructions très détaillées, et des gravures en couleurs reproduisant plusieurs articles à confectionner.Vous pouvez vous procurer cette trousse à n'importe quel Magasin Singer (l'adresse est dans l'indicateur des téléphones),* ou ^ nous i V coi'pop, avec 50 $ ijsat cents seule-m e n t , e t la ^-^j Trousse Com-^"^^Hfcj^ vmis sera • ii expédiée par COMPANY, Inc., »'P Montréal, Ou»-; %t*rV " 700 S.Catherin.St.W .Ont 2S?Yona" T°r ' Mon 4M P°"°a' AV*' joim 60 cents (timur ft Complet*.Ci- Nom .- Ru, (oa Route Ko«leV Ville ou Cite-.rrov'.n.¦ Modèle pour coussin ou jouet d'enfant. Page 36 La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 S 3 ?* ?Le Lait Trois Etoiles Le Cognac Trois Etoiles coûte un peu plus cher que le Cognac Une Etoile — mais la qualité en est infiniment supérieure.S'agit-il du lait — la plus importante nourriture dans la vie — il importe avant tout de s'assurer la propreté et la pureté supplémentaires que Joubert offre à un prix légèrement plus élevé.NOTRE AMBITION EST DE REDUIRE LE TAUX DE LA MORTALITE INFANTILE A MONTREAL.LIMITEE 4141, rue Saint-André — VRontenuc 3 13 1 Lait — Crème — Beurre — Crème à la Glace Lait certifié provenant de la Ferme des Sulpiciens d'Oka NE MANQUEZ PAS DE LIRE La Petite Revue EN VENTE PARTOUT 15 sous L'Opinion de nos LECTRICES Des goûts et des couleurs .ni les uns ni les autres ne sont susceptibles d'être discutés.Ce qui fait que, les goûts variant, on aime plus ceci que cela, et mieux ce que d'autres aiment moins.Il en est ainsi des romans.Certains genres sont préférés, certains auteurs sont plus appréciés, certains ouvrages obtiennent plus de suffrages, soit pour leur forme neuve, leur délicatesse, leur originalité, la couleur et la variété des scènes, soit pour leur action mouvementée, s'entremêlant d'actes d'héroïsme, de dévouement, de courage, racontés en des accents émouvants, soit pour leurs personnages sympathiques ou leurs pages de vie réelle.Pour mieux nous guider dans le choix de nos romans, nous demandons à nos lectrices de bien vouloir signer le coupon ci-dessous en marquant d'une croix l'une des trois qualités qui y sont indiquées, selon que le roman publié leur aura plu.Nos lectrices seconderont ainsi les efforts constants faits pour rendre notre revue de plus en plus intéressante.Et cette coopération sera fort appréciée de la Direction qui poursuit activement son but de propager une lecture saine et agréable, mais de valeur sérieuse.-COUPON- Le roman que je viens de lire est Excellent .Bon .Nom Ordinaire.On peut aljrner d'un pMeudonyme ¦ on \« préfère.Prière d'adrexser : LA REVUE MODERNE, 320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.Q.Le Rêve d Antoinette (Suite de la page 24) — J'aurai une très grande joie à vous présenter ma femme, dit-il, elle-même sera heureuse1 de (aire votre connaissance; je suis sûr que vous seriez si sympathiques l'une à l'autre.La douleur se faisait maintenant sentir, ressortant aiguë dans les idées enchevêtrées, et il fallait sourire, parler, tout, plutôt que de laisser deviner le douloureux secret.— Certainement, monsieur, dit-elle d'une voix blanche, je serai très heureuse moi-même.Un silence suivit, très court, qui sembla un siècle à Olivier.— Elle ne m'a pas accompagné cette fois, reprit-il, parce que je venais en exploration, sans savoir où je nie fixerais, ni même si je m'arrêterais quelque part, c'est pour cela que j'ai si grand'hàte de rentrer chez moi.L'engourdissement du premier choc durait encore; pourtant un peu de révolte gronda au cœur d'Antoinette.— Je m'étonne, monsieur, dit-elle, que vous ne m'ayez jamais parlé de Mme l'alverini ! — Hélas! mademoiselle, vous avez devant vous un grand coupable.J'ai l'esprit ainsi fait qu'une seule chose l'emplit parfois à l'exclusion de tout le reste.Vous ai-je parlé d'autre chose que de mon art ?Quand je suis en veine d'inspiration, je perds la notion de totlt ce qui m'entoure, je ne vois rien, je ne devine rien, je n'existe plus que par l'idée qui me hante; ma femme le sait et a le bon esprit de n'en être pas jalouse.Quand je suis dans ce qu'elle appelle une irise, elle a pour moi une indulgence d'aïeule; elle s'efface, disparait, et ne trahit sa présence que par des gâteries attendrissantes, une abnégation dont je ne m'aperçois pas tout de suite, mais dont je voudrais, quand je retombe sur terre, la remercier à genoux.Elle sait si bien comprendre le rôle difficile de femme d'artiste, qui veut un tact, une délicatesse exquise pour ne jamais effaroucher la muse, et, j'en suis bien sûr, elle aura pour moi un bon sourire de pardon quand je lui confesserai ne vous avoir point parlé d'elle durant nos séances du bois d'Harfeuille.— Tout le regret en est pour moi, monsieur.Malgré le ton enjoué qu'il voulait prendre, un attendrissement avait passé dans la voix d'Olivier en parlant de sa femme, un remords aussi de l'avoir presque oubliée durant ces quelques jours.Antoinette était si visiblement émue qu'il voulut abréger ce pénible entretien.— Mademoiselle, dit-il, rien ne pourra acquitter envers vous ma dette de reconnaissance; pourtant j'ai encore une demande à vous faire.Vous avez eu autrefois le mauvais goût d'admirer quelques-uns de mes tableaux; mon amour-propre en est singulièrement flatté, aussi aimerais-je que vous conservassiez un peu vos préférences de pensionnaire, ce qui sera impossible si rien ne vous rappelle les Djinns ou la Symphonie en bleu.J'ai là justement une esquisse de l'un et de l'autre; vous me rendriez très heureux, mademoiselle, en consentant à choisir celle qui vous plaira le mieux.En même temps, il prit dans un carton posé sur les feuilles sèches, deux aquarelles où Antoinette reconnut le charme délicieux qu'elle avait tant aimé dans l'œuvre du grand Palverini.Elle vécut en cette minute les heures enthousiastes de sa vie de couvent, ses rêves de gloire et d'héroïsme, son admiration passionnée pour l'artiste enchanteur.Si on lui avait dit alors que l'homme illustre lui demanderait un jour, comme une grâce, d'accepter l'esquise, l'idée première du chef-d'œuvre, elle eût traité de folie cette supposition extravagante! Une douleur aiguë la rappela soudain à la déception actuelle.Cette chose invraisemblable était une réalité et Antoinette souffrait comme aux heures les plus mauvaises de la vie.— Monsieur, vous êtes trop bon, dit-elle enfin, je vous remercie, mais je n'accepterai ni l'une ni l'autre de ces aquarelles.— Oh! vous ne me ferez pas cette peine.— Je suppose que vous vous en consolerez.— Mademoiselle, permettez-moi d'insister.— C'est inutile, monsieur.Vos moindres croquis, surtout ceux-ci, valent une fortune; je ne puis accepter de vous un tel cadeau.N'en croyez rien, mademoiselle, je ne vous offre qu'un modeste souvenir, un timide el respectueux remerciement pour votre.De giâce1 ne s.i\c pas reconnaissant à ce point, vous n'avez même pas à me dire merci.Ce n'est pas pour vous faire plaisir que j'ai consenti à poser, c'est parce que cela m'amusait de figurer dans votre tableau, et que ces seine is rompaient un peu la monotonie de mon existence.Et puis, c'était aussi par gratitude: vous savez, l'histoire du braconnier.Si je vous ai rendu scivicc, maintenant nou> sommes quittes.— Vous êtes franche, mademoiselle.Il essaya de rire.Antoinette nvail envie de pleurer, son visage marquai! une telle désolation que l'artiste ému n'insista pas et replaça les croquis dans son carton.— Laisse/-moi espérer quand même, reprit-il, que vous voudrez bien penser de loin en loin au service que vous m'avez rendu; dites-vous alors que vous possédez en moi l'ami le plus sincère, le plus respectueux, le plus dévoué, un ami qui vous estime beaucoup et vous plaint un peu d'être seule, de n'avoir pas tout à fait la vie que vous aimeriez.Oh! cette voix compatissante, cette bonté! .L'orgueil d'Antoinette tomba d'un bloc, les larmes jusque-là refoulées montèrent .1 m-n \cii\.el nuis houle, devant (lliviei attendri, elle pleura.— Oui, plaignez-moi je suis si malheureuse, personne ne m'aime; personne, le soir, n'est heureux quand je rentre.Je me dis souvent que si je mourais, nul n'en aurait de chagrin ! ni même ne s'en apercevrait.A quoi suis-je bonne, quelle est m.1 mission en 1 e monde ' .11 je même une mission à remplir ?— Mademoiselle, pouvez-vous dire de telles choses, vous si jeune et si charmante! Votre mission est bien claire, et sans être sorcier je puis vous la montrer.Vous avez été créée tout simplement pour faire le bonheur de l'homme qui vous épousera.— Je ne me marierai pas.— Vous vous marierez, mademoiselle, vous aurez une famille à aimer, vous serez heureuse et vous rirez bien fort des papillons noirs de vos dix-huit ans.J'ai l'expérience de la vie, j'ai déjà vu beaucoup de choses, beaucoup de gens, et deviné beaucoup d'âmes; croyez-moi, votre tristesse passera.Ne gâtez pas vos plus belles années par des idées sombres ou par des chimères! On regrette tout cela plus tard, en voudrait revenir en arrière pour vive en paix les années de première jeunesse; il n'est plus temps! Sa voix se faisait compatissante et douce un peu basse, comme s'il était auprès du lit d'un malade qu'il faut bercer pour l'endormir, pour lui donner, dans un sommeil bienfaisant, un peu l'oubli de sa douleur.Les yeux mi-clos, Antoinette écoutait, sensible à cette exquise sympathie, mais incrédule aux mots d'espoir qu'il prononçait.D'une voix de rêve elle demanda: —¦ Croyez-vous sincèrement que le bonheur existe ?— Mademoiselle, le bonheur est le fond même de la vie.A part quelques créatu res prodigieusement affligées, je crois qu'en ce monde la part de joie dépasse de beaucoup la part de souffrance.Vous me direz, je le sais bien, que cependant chacun se plaint et médit de la vie; aussi, je ne prétends pas que tout le monde soit heureux, loin de là.Je veux dire seulement que chacun a les éléments pour l'être.Il faudrait qu'on sût les voir, les sentir et surtout les utiliser.Les causes d'affliction rayonnent tellement autour d'elles qu'on ne voit plus les causes de joie la tris tesse s'e tend 1 oiiitne une tac lie d'huile, gâtant le bonheur qu'elle trouve au passage, au point de le rendre aussi lamentable qu'elle-même.On dit ensuite que la vie est tissée de peines et l'on se trouve parfaitement malheureux.Ah! vous ne connaissez pas le vrai chagrin! Elle le connaissait bien, dans toute son âpreté, la pauvre petite Antoinette pâle, tremblante et troublée jusqu'au fond de l'âme, qu'Olivier osait à peine regarder.Il avait encore mille choses à lui dire, mille choses de sympathie et de pitié, mais il eut peur d'effaroucher son orgueil et se tut.Et puis, ne valait-il pas mieux La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 '.) :i ;} Page 37 ta rcslcr là?Mlle d'Aipeuille avait besoin, avant tout, île solitude cl de repos, l'our tous ilcux, pour elle surtout, il devait partir.Kllc ne lil pas un ^este pour le retenir, nais, i royant le tromper, elle n'c(ïon,a de mil ir tout son enjouement d'autrefois lans le sourire navre qui répondit à l'af-Itvllieux ".iu revoir" du «raud l'alverini.Pendant l'enl rel ien d'Antoinette il de l'artiste Fanchette, aux prises avec son inséparable Iricol, était restée dans l.i i lanière l.lle n'avait donc rien entendu et ne pouvait s'expliquer rabattement de sa "clièrc petite" durant le trajet de retour à la maison.— Qu'avez - vous ?interrogeait - elle.\ ous fies fatigué*! le temps est lourd, aujourd'hui, il n'aurait pas fallu sortir 1)6-pêi'lions nous, je mois qu'il va pleuvoir Je suis tout de même joliment contente que toutes ces histoires de tableau soient finies! Cela ne me plaisait pas du tout! Pauvre Fancliette! scb frais d'éloquence étaient bien inutiles.Toute meurtrie de la ¦ Il lit c- qu'elle \en.ut de faire du liant de se^ illusions, Antoinette n'écoutait pas; elle se sentait à peine vivre et très peu souffrir.Ses sens axaient pris une acuité singulière pour voir et entendre tout ce qui, le long du chemin, pouvait lui ramener quelque souvenir des heures de joie si tôt passées: il aimait beaucoup ce tournant de sentier, il avait pris un croquis de ce buisson; il avait admiré, un jour, une feuille toute semblable à celle-ci, de forme et de couleur; un oiseau, peut-être le même, avait chanté ainsi pendant qu'il lui montrait l'image adorable de son home enguirlandé de glycines Ce parfum de feuilles sèches et de plantes fanées s'était, durant les jours de rêve, mêlé à tout, elle ne pourrait plus maintenant le sentir sans revivre chacun d'eux.Et là .là, Antoinette s'arrêta, c'était l'arbre mutilé par la balle du braconnier, le tertre, le petit chemin mystérieux d'où, Comme en un songe, il était apparu — Dépêchons-nous, ma mignonne, il va pleuvoir ! De fait, les nuages s'amoncelaient au ciel, ressemblant à de gigantesques flocons d'étoupe.Le soleil, mordant leurs bords, en lit des franges de lumière et peu i peu disparut sous leur masse compacte.Autour d'Antoinette, tout se couvrit d'une teinte lugubre, l'or des feuilles devint sans éclat, les branches nerveuses d'un c hCne séculaire semblaient se tordre en gestes de détresse, les oiseaux poussaient ¦ le petits cris d'effroi.Les deux femmes se hâtèrent.La pluie commençait à tomber lente, morne et régulière comme toute pluie de novembre, llétrissant les dernières feuilles qui tournoient et se meurent.Ce fut dans la tristesse navrante des atïres de l'automne que s'évanouit le rêve charmeur qui, pour un moment, avait enchanté le cour d'Antoinette.XV Mlle Mertrand était dans une agitation extrême quand sa nièce revint accompagnée de Fanchette.— C'est de la folie, s'écria-t-elle; rien ne les arrête, ni vent, ni pluie, et cette \ ieille toquée est encore la plus enragée des deux, ma parole! Ai-je dit, oui ou non, que je ne voulais plus de ces promenades inconvenantes, de ces rendez-vous avec un jeune homme ?Voyons, l'ai-je dit ?.— Certainement, mademoiselle.— Elle a le cynisme d'en convenir, et ¦ ependant elle recommence tous les jours! Mais c'est fini, entends-tu, fini! S'il faut employer la force, je l'emploierai, et si tu oses résister, je te chasse.Fanchette haussa les épaules.Elle connaissait les rares mais sérieux emportements de sa maîtresse et la phrase-type qui les terminait tous: "Je te chasse!" Pourtant, il fallait quelque chose de très «rave pour les faire éclater ainsi.1|N l>t IV N\l\rXSARI>E DE l'IM \Ntr ET DE LA FAMILLE 245, rue t'ooper, Ottaw a.Ont.COUPON Nom .Adresse .Date probable de la nalai Nom du médecin retenu Adresse du médecin :. Page 38 LA TOUX, LA NUIT Quelle expérience désagréable que de ne pouvoir dormir—d'avoir la gorge irritée par la toux—de passer des heures et des heures à tousser presque sans interruption! A moins que vous ne mettiez fin à cette toux déprimante et ne parveniez à trouver le repos dont vous avez grand besoin, vous vous exposez aux dangers d'une maladie grave, avec perte de temps inévitable.Pour éviter pareille alternative, gardes toujours à la maison une bouteille de Pertussin, le remède efficace par excellence pour enrayer la toux.Il calme l'irritation de la gorge, dégage le flegme et en favorise l'expectoration.Contrairement à nombre d'autres mixtures contre la toux, qui suppriment les quintes par l'intermédiaire de drogues, Pertuwin est absolument sûr et dépourvu d'ingrédients nuisibles.Depuis plus de 20 ans, tous les médecins prescrivent Pertussin pour tous les genres de toux.Pertussin est en vente dans toutes les pharmacies.Ecrivez à Pertussin Ltd.pour obtenir gratis une bouteille d'essai: 265, avenue Atlantique, Montréal.La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 8 ;i LISEZ.La Petite Revue EN VENTE PARTOUT A 15e Teignez Robe par ce nouveau procédé facile.Vous Obtiendrez Un Résultat Parfait .Le petit cheval bai file comme l'é-r'iir, le paysage change à chaque inslanl, c est une vraie fantasmagorie! Des buis- .us tout blancs d'aubé|., des Imuqucts i uffus de mélèzes et de tilleuls, la ligne h iule et droite des peupliers au bord du i mal.çà et là le refrain d'un berger, le s.intillement d'un ruisseau, puis de grandes pairies enchâssées dans des haies d'aubépine rose.Les deux amies cote à côte ne cherchent pat de mots pour exprimer la douceur ji.yeuse qu'elles respirent avec l'air plein île parfums.Leurs Ûmes recueillies laissent monter une action de grâces jusqu'à I lieu qui fit la terre si belle.Longtemps après, Béatrix parla.— V0119 souvenez-vou9 de ce que Mi-i rlinck dit du silence?— Très vaguement.Je vous avoue que lette psychologie subtile et compliquée me produit un effet lamentable .Ma ¦ ¦inclusion est toujours la même: A quoi hon tout cela ?En quoi suis-je plus avan-rée quand je l'ai lu?Es-til nécessaire de tant fouiller en soi-même?— Pourtant Maeterlinck a écrit des i hoses qui valent la peine qu'on y réfléchisse, et je me souviens, entre autres, de cette pensée dans le chapitre dont je vous parlais tout à l'heure: "Les âmes se pèsent dans le silence, comme l'or se pèse dans l'eau pure, et les mots que nous disons n'ont de sens que grâce au silence où ils baignent.Si vous voulez vous livrer à i|uelqu'un.taisez-vous".J'en conclus que notre amitié est de la meilleure espèce puisque nous avons su nous taire ensemble.Et c'est très vrai, ma mignonne, je n'ai jamais si bien joui de notre amitié que dans ces dernières minutes de recueillement.Antoinette, heureuse de cette expansion rare chez sa sérieuse amie, avait les yeux pleins de larmes.— Que c'est bon de se sentir aimée, dit-elle, et comme je souffrirai s'il me faut recommencer un jour à vivre toute seule en moi-même! — N'êtes-vous donc pas heureuse, ma petite Antoinette?Oh! ne craignez rien, reprit-elle à un mouvement de son amie, Tony ne comprend que l'anglais.Dites-moi, avez-vous quelque chagrin ?— Non, Béatrix, aucun.A ma place, beaucoup se trouveraient heureuses, et je suis une sotie de me lamenter sur ma destinée, mais il me faut autre chose, et, voyez-vous .je ne me consolerai jamais d'avoir perdu mes parents si jeunes.Qu'y a-t-il île plus triste au monde qu'une orpheline ?— Oh! comme je vous comprends! — Oui, vous avez été comme moi sans mère, pauvre amie, mais il vous restait votre père.Béatrix soupira sans répondre.Antoi-nelte continuait: — Tandis que moi, je n'ai que d'aimables cousins.Ils m'aiment, mais me considèrent comme une invitée qui, dans un jour prochain, retournera chez elle.— Et puis, vous avez votre tante Virginie.— Oui, ma tante Virginie! .tt Oh | terrible enfant, ce nom vénéré doit-il vous faire soupirer ainsi?Mlle Bertrand me semble bonne personne.— Peut-être! mais si agaçante! Figurez-vous qu'hier soir elle m'a obligée à me déchausser, malgré la sécheresse du temps, et à mettre d'immenses pantoufles de molleton, sous prétexte que j'avais toussé i n rentrant! C'était un chat dans ma gorge.D'abord je ne voulais pas lui ohéir, mais quand j'ai vu nue cela se tournait en s' ène, j'ai fini par céder.— Ma chérie, je ne vois là qu'une préoc-' ipation touchante de votre sanlé.et vous devriez.— le devrais lui dire merci, n'est-ce pas ?— Peut-être.—- Voyons, croyez-vous réellement que ie puisse mourir de reconnaissance pour les incursions multipliées qu'elle opère lans ma chambre sous prétexte de voir si ai mon châle, si ma fenêtre ferme bien, si e me suis aperçue qu'il pleut, s'il ne vient >as un courant d'air par le trou de la ser-ure?Le pire est que tout cela gêne na tante, et l'ennuie comme moi, Le Rêve d'Antoinette mais elle croit que son devoir l'y oblige.Elle est responsable de ma précieuse personne (oh! l'ai-je entendu ce mot responsable depuis que je suis chez elle!) et ne se dérobera jamais ni à son devoir ni à ses responsabilités.Jugez si je lin suis ,i i hargi-1 — Patience! l'heure de la délivrance viendra |»iur elle cl pour vous Lu allen danl, soyez bonne, cela vous est si facile!.Songez que Mlle Bertrand déjà âgée a vu ses habitudes modifiées par votre présence chez elle, et que ses manies, si vous voulez, se sont faites par la solitude où depuis si longtemps elle vit.Avez-vous jamais pensé qu'un peu d'affection pourrait lui être une nouvelle habitude très douce ?Vous avez, comme les autres, votre mission à remplir en ce monde; la vieillesse d'une parente à rendre meilleure et plus heureuse.— Mais, Béatrix, c'est justement parce que ma présence est loin de la rendre heureuse, que je souffre.— Là où nous mettons un peu de tendresse, nous mettons un peu de bonheur, mon amie.Mais regardez, nous voici au but de notre promenade.A un détour du chemin, le château du Diable apparaît.Il profile sur le ciel sa masse hardie et sombre qui surgit du chaos sur un socle de granit.Très bas au-dessous de lui, d'immenses quartiers de roche semblent mis là par la main des Géants; des sapins font des taches sombres dans toute cette grisaille sans vie.Et puis du lierre qui rampe, un peu de bruyère, des ronces, de la mousse, et partout le vertige que donne l'aspect grandiose et sinistre de l'antique manoir aux tours crénelées, aux ogives mystérieuses, aux grands murs farouches et muets.Antoinette, était vivement impressionnée.— Laissez-moi jouir à mon aise de cette vue, demande-t-elle.C'est incomparable! Et tandis qu'elles atteignent la première marche de l'escalade de Titans qui conduit au manoir, Antoinette récite à demi-voix: La tempête est la soeur fauve de la bataille; Et le puissant donjon féroce, échevelé, Dit: Me voilà'.sitit que la brise a sifflé'.Le soleil continue à briller, à patiner d'or les grandes pierres tourmentées qu'il faut franchir pour atteindre le château, et à faire miroiter l'acier des chardons, gardes vigilantes et redoutables de l'antique demeure C'est une vraie lutte qu'elles doivent engager avec eux, ils défendent âprement leur domaine, mais après mille escarmouches les deux vaillantes jeunes femmes arrivent enfin victorieuses.Ce triomphe leur fait trouver un charme délicieux à la cour d'honneur tout encombrée d'une végétation fraîche et luxuriante.Les murs se devinent très sombres sous l'escalade du lierre et des liserons; sur le sol, s'épand une herbe épaisse et de la mousse, et dans cette mousse des violettes; une rose trémière montre à demi le satin chiffonné de ses boutons entr'ouverts; près de la fontaine, un églantier a fleuri, ses pétales nacrés jonchent le gazon à l'entour.Dans les grandes salles sonores il n'v a plus rien, que le souvenir émouvant d'un passé très lointain, rien que l'idée troublante de l'âge de ces pierres et des scènes dont elles furent témoins.La visite est bientôt terminée, Antoinette et Béatrix sortent par le pont-levis toujours abaissé et, pour jouir un peu du délicieux panorama, s'asseyent sur une des marches géantes de l'escalier du Diable.— On est bien ici, dit Antoinette, ne partons pas encore.Mais, ne craignez-vous pas de voir surgir dans l'écarte-ment d'une ogive ou le sommet d'une tour le redoutable parrain de ce château ?— Au fait, pourquoi l'appelle-t-on Château du Diable ?— C'est tout une légende.Kanchette me l'a dite, voulez-vous que je vous la raconte ?— Oui, si ce n'est pas interminable.— Tout a une tin en ce monde, chère Béatrix, même les jours de pluie.Alors je commence."Il y a bien longtemps, vivait en ce château une noble dame belle comme le jour" — Naturellement.— "Elle était fille unique du comte Hugues de I.esmargue qui l'avait fiancée au baron Rodolphe de Plassieu.Les deux jeunes gens s'aimaient de toute la force de leurs âmes loyales et pures.Ils faisaient de beaux projets, échangeaient de doux serments, et s'en allaient parmi les vertes prairies demander son cher secret à la fleur mystérieuse".— Bref, ils effeuillaient la marguerite.Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.Passez, passez.— Ah çà, me laisserez-vous parler ?Si vous m interrompez ainsi au milieu de mes périodes, je ne pourrai plus en sortir.Je continue: "Et la fleur, toujours, répondait: Il l'aime ." "Mais bientôt de graves événements bouleversèrent la France: un moine revenu d'Orient prêchait la délivrance du Saint-Sépulcre, le peuple s'enthousiasmait à la voix de l'apôtre, les seigneurs enrôlaient des hommes d'armes".— En un mot, c'était la première croisade.Ne vous donnez pas la peine de l'expliquer.— "Le comte et Rodolphe partirent.Yolande resta au château, seule avec dame Gertrude, sa respectable gouvernante, ses chambrières et quelques hommes de confiance laissés là pour la garde des hommes et du domaine.Yolande s'ennuyait beaucoup.Tout le jour elle pensait à son père, et peut-être plus encore à Rodolphe.Elle craignait pour leur vie et adressait au ciel d'ardentes supplications pour eux."Un jour que dame Gertrude était occupée à surveiller les chambrières, la jeune fille, accablée de tristesse, s'aventura hors du rnanoir et s'assit sur un quartier de roche 'peut-être celui où nous sommes) d'où elle pouvait admirer toute la vallée.Elle vit venir au loin, par un sentier qui coupait le bois, un superbe cavalier monté sur un cheval noir comme l'enfer.Le casque du gentilhomme étincelait sous son panache flottant; ses éperons, sa cuirasse brillaient.Quand il fut plus près, elle distingua des yeux noirs, une mine hautaine, une beauté étrange et fascinante."Elle aurait voulu fuir mais se sentit retenue sous le regard troublant de l'étranger, sans rien pouvoir tenter pour se délivrer du charme qui la gardait là.Le cavalier mit pied à terre et l'aborda: — "Noble demoiselle, dit-il, je vous salue."Yolande rougissante ne répondit pas".— L'impolie! — "Je viens de loin, continua-t-il, mon cheval n'en peut plus, il se fait tard, j'ai vu ce château.Puis-je trouver un gite pour cette nuit ?"Tandis qu'il prononçait ces mots, son regard enveloppait la jeune fille d'une admiration ardente et respectueuse, si respectueuse qu'elle reprit son sang-froid et dit avec une jolie révérence: — "Messire, entrez, le château de mon père sera aujourd'hui le vôtre".— L'étourdie! elle n'avait donc pas vu ses pieds fourchus?— Béatrix! — Oui, votre petite histoire est très gentille.Ce monsieur est le diable, n'est-ce pas?Il va entrer au château, tendre à Yolande toutes sortes de pièges, dont je n'essaie pas de deviner le détail, pour lui faire oublier son fiancé; elle va subir ce charme mystérieux, mais au moment psychologique il surviendra quelque chose d'heureux qui remettra tout en ordre.Le vilain sera confondu.Les jeunes gens se marieront et seront très heureux.En souvenir de ces événements, leur domaine prendra le nom de château du Diable.Ou bien ce seront peut-être simplement les paysans qui le chuchoteront tout bas sans que Monsieur ni Madame le sache.Est-ce bien cela ?— A peu près.Vous ne voulez donc pas de mon histoire ?.— Je serai franche, ma mignonne.Réellement, cela m'intéresse fort peu.Toutes ces légendes extravagantes et romanesques me semblent avoir un côté dangereux dont on ne s'aperçoit pas toujours.Ce danger est non dans le fond, généralement très moral, mais dans le détail et les circonstances.Je trouve que nous avons mieux à dire pendant que nous sommes seules toutes l'une à l'autre.Son bras entourait la taille de son amie, une caresse passait dans sa voix.— Ma petite Toinon, je voudrais que vous m'expliquiez une chose.— Moi?— Vous.Pourquoi, au lieu du Cottage n'avez-vous pas choisi pour nous le Petit-Château ?Antoinette, embarrassée, voulut détourner la question.Vous pouvez avoir des yeux brillants comme ceux que vous voyez au cinéma Si vous suivez les conseils des directeurs de Film bientôt dans The Keyhde." Voici un moyen rapide et «Or d'avoir des yeux clairs et brillants comme ceux que vous admirez sur l'écran.Employez simplement Murine chaque Jour, comme le conseillent les directeurs de la compagnie cinématographique Warner Bros, qui en ont toujours dans leurs Btudios pour l'usage de Kay Francis.Bebe Daniels.Joan Blondell.Barbara Stanwyck.Loretta Young et autres célèbres étoiles de cinéma.Composée d'après la formule d'un spécialiste de l'oeil.Murine renferme dix Ingrédients (paa de belladonel qui agissent tous de manière à rendre les yeux brillants et a arrêter toute rougeur.Procurez-vous une bouteille de CO cents chez votre pharmacien et mettez plusieurs gouttes dans vos yeux matin et aolr.Vous constaterez une amélioration Immédiate.//* YEUX FABRIQUEE AU CANADA — N'êtes-vous pas bien au Cottage ?Vous paraissiez enchantés.Cet embarras n'échappa point à Béatrix, pas plus que l'ambiguité de cette réponse, et l'idée lui vint, plus nette, que son amie ne disait pas tout.— Antoinette, dit-elle, point de ruse entre nous.Ne répondez pas à une question par une autre question.— Que voulez-vous que je vous dise ?Je n'ai pas pris le château, parce qu'il n'était pas dans la liste que m'a donnée M.Benoît.— Mais il vous en a parlé.— Oui.— Alors ?— Cette habitation est un peu grande.— Vous saviez que pour nous c'était un heureux défaut.Je ne veux pas forcer votre confiance.Antoinette; si vous ne voulez rien me dire, ne parlez pas.Il y a une chose qui m'échappe, j'ai retourné le problème de mille manières sans y trouver de solution satisfaisante je ne voulais rien vous demander, mais je vous aime.Vous ne me semblez pas complètement heureuse et je voudrais vous savoir contente et sans chagrin Si je vous semble indiscrète, accusez mon affection, et pardonnez-lui.Antoinette avait caché son visage sur l'épaule de la jeune femme.— Vous êtes bonne, Béatrix, d'une bonté rayonnante qui va au fond de mon âme.Et moi, je suis mauvaise, je ne voulais rien dire par amour-propre, de peur que vous ne me blâmiez.J'ai sacrifié votre bien-être à mon égoîsme.Pardonnez-moi.— Oh! chère petite Toinon! — Je n'ai même oas voulu voir ce petit château, parce qu'il aurait fallu m'adres-ser à quelqu'un qui me déplaît.— Comment cela ?— C'est très simple.Pour louer cette habitation, je devais nécessairement entrer en pourparlers avec son propriétaire le ne le voulais à aucun prix.— Mais qui donc est ce monstre ou cet infortuné ?— M.Marelle, un des notaires de l'endroit. Page U La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 il — Et vous aviez peur de lui ?— Peur?ah! non, par exemple! Je l'ai en horreur tout simplement.— Que vous a-t-il donc fait ?— Tout! Ma tante veut me le faire épouser.Je ne suis pas sûre qu'il m'ait demandée en mariage, mais il me semble, d'après les scènes ou les allusions arides de ma tante, qu'il ne tient qu'à moi d'être sa misérable femme.— Pourquoi misérable ?— Ne trouvez-vous pas tout à fait réjouissante cette perspective d'une étude qui sent le moisi, d'un mari notaire, gros, chauve et rouge, qui se frictionne les mains en faisant craquer ses articulations, comme M.Benoît, et d'une vie monotone, morose et décolorée dans cette affreuse petite ville ?— Vous êtes injuste.Montreil est charmant et je m'arrangerais fort bien d'y vivre; quant à l'odeur de moisi, on la fait passer en organisant des courants d'air et en brûlant des pastilles du sérail.Si le monsieur vous déplait, c'est plus grave, et là je ne trouve pas de remède.Vous dites chauve, rouge.— Avec des doigts qui craquent.Non, je ne pourrais jamais!.— Dans ces conditions, il vaut mieux dire non, mais en cela, je ne vois rien ppur vous donner tant de souci, ni faire naître une si violente antipathie.Un homme n'est pas responsable de son physique, et pas toujours de son caractère; on n'épouse pas, et tout est dit.— Tout serait dit si ma tante supportait avec philosophie l'anéantissement de ses plus chères espérances.Mais elle me harcèle sans cesse, et plusieurs fois déjà a prétendu m'imposer sa volonté.L'idée de se débarrasser de moi de façon honorable pour elle lui avait été fort séduisante.Elle sent mieux, maintenant, l'embarras que lui cause ma présence, et dont elle ne voit pas la fin.— Cette fin viendra, vous vous marierez, ma chérie.— Je ne le crois pas.Où rencontrerais-je celui que je voudrais épouser ?— Vous avez donc des rêves bien inaccessibles ?Antoinette, le bonheur est partout; à quoi bon le chercher trop haut ou trop loin ?— Mon cœur a des aspirations, est-ce mal fie vouloir y satisfaire ?( — Cela dépend.Ces aspirations, quelles sont-elles?— Eh bien! je voudrais épouser un homme que j'admirerais beaucoup, un homme très bon et très intelligent, un poète, un musicien, un artiste.L'année dernière, je rêvais avant tout la notoriété, aujourd'hui je désire le talent, plus que le talent, même sans gloire, et la beauté du cœur et de l'esprit.C'est bien difficile à trouver, et je veux être prudente, aussi je crois bien que je ne me marierai pas de sitôt.— Oui, c'est difficile à trouver, mais pas impossible, et j'y penserai.En attendant, Toinon, ne rêvez pas trop.Certes, je plains profondément votre cœur de son isolement, mais vous pourriez avoir ici une existence heureuse si vous vouliez vous en donner la peine.Qu'avez-vous fait à Montreil depuis votre retour du couvent ?— Oh ! bien des choses.— Lesquelles ?Vous voilà tout embarrassée, sans doute vous ne savez par quel bout commencer.Je vais vous le dire: vous avez fait de jolies promenades à la campagne; vous avez peint un ravissant écran pour votre chambre, un coussin pour Mlle Bertrand, deux abat-jour, et pour moi un délicieux porte-photographies; vous avez étudié votre musique, chant et piano, très peu, le tout une heure par jour; vous vous êtes fait un corsage et quelques chapeaux; vous avez organisé mon installation.Est-ce tout?.J'excepte vos quatre mois d'absence, qui sont hors de question.— Il me semble que tout cela.— Voyons, ma petite amie, excepté mon installation, qui fut œuvre de charité, et qui, je l'espère, vous sera comptée dans le ciel, qu'avez-vous fait de méritoire en ces quatre ou cinq mois?Est-ce pour ces petites choses que vous avez été créée et mise au monde ?Quand Dieu décida la mission qu'il voulait vous confier sur terre, pensez-vous qu'il dit; "Antoinette d'Ai-peuille fera des petits corsages, des chapeaux et peindra des fleurs à la gouache pour s'amuser.C'est dans ce but que je lui donne un cœur exquis et une brillante intelligence".— Hélas! Béatrix, je n'ai aucune mission à remplir.Le Rêve d — Tout le monde en a une et on ne peut s'y soustraire sans péché.Je crois et j'espère que la vôtre sera de fonder une famille, mais s'il plaît à Dieu de vous la confier seulement un peu plus tard, pensez-vous que vous ayez le droit de laisser sans travail et sans fruits les années qui doivent vous y conduire?Notre vie'est faite de minutes, et chaque minute compte pour notre éternité.N'oubliez pas que Dieu a des desseins sur chacune de nos heures.— Béatrix, conseillez-moi, que dois-je faire ?— N'avez-vous pas la vieillesse de votre tante à rendre plus douce?N'y a-t-il pas de pauvres dans le pays ?Avec votre temps, vous pourriez travailler pour eux, les voir, les moraliser, faire le catéchisme aux enfants.Et puis, vous avez des devoirs envers vous-même.Il vous faut apprendre votre rôle de femme et de maîtresse de maison, Fanchette vous faciliterait la tâche; enfin ne négligez pas votre esprit.Etudiez toujours, pour ne pas oublier et pour savoir davantage.Béatrix souriait en passant ses doigts fins dans les boucles blondes de son amie.Antoinette, les yeux fermés, n'essayait point d'échapper à cette douce influence.— Ne suis-je pas un bon prédicateur ?reprit avec enjouement la jeune femme.Je m'arrête, de peur de vous ennuyer; du reste il est temps de regagner nos pénates.Il faisait presque nuit lorsqu'elles rentrèrent à Montreil.XXIV — Madame la marquise recevra-t-elle encore?On sonne à la porte.— Certainement, faites entrer.Tout le jour, les visites s'étaient succédé au cottage.Jamais la route de Montfort n'avait laissé passer tant de robes de soie, de redingotes ni de chapeaux haute forme.Les rares habitants du quartier n'avaient pas quitté le seuil de leur porte pour ne rien manquer d'un si noble spectacle; et maintenant le souvenir en restait en une vague odeur de poivre et de camphre dont le chemin semblait tout imprégné.— Il est un peu tard, mais je recevrai quand même.Et Béatrix, qui était déjà hors du salon, vint reprendre, au coin de la console, sa place habituelle.Le valet de chambre ouvrait la porte: — M.Marelle! La jeune femme se leva, mue par un vif mouvement de curiosité, et, tout interloquée, répondit à peine au profond salut du notaire.Où donc était le tabellion chauve, obèse et rougeaud que.la veille, Antoinette lui dépeignait ?Elle avait devant elle un homme grand, mince, jeune, très distingué, dont la bonté se trahissait par le regard honnête et confiant de ses yeux clairs.— Je suis confus, madame, de me présenter chez vous aussi tard, mais j'ai été retenu par mes affaires plus longtemps que je ne pensais, et je ne voulais pas attendre huit jours.— Monsieur, cette heure est tout à fait raisonnable et vous n'avez pas à vous excuser.Mon mari a été désolé de ne pas vous voir chez vous l'autre jour, il le sera plus encore de manquer votre visite aujourd'hui.Il est sorti après déjeuner pour peindre et, sans doute, aura oublié l'heure.I.'inspiration est une mauvaise horloge; mon mari n'en veut point emporter d'autre.— Tout en déplorant de ne pouvoir rencontrer M.Palverini, madame, je rends grâce à sa mauvaise horloge, puisque nous lui devons les œuvres les plus appréciées et les plus dignes de l'être parmi celles dont s'enorgueillit l'art français moderne.— Avez-vous vu quelques tableaux de mon mari, monsieur?— Je crois que j'en connais la plus grande partie, madame; je suis un de ses fervents admirateurs.Et il parla longuement de l'œuvre de Palverini.Ce fut ainsi, par la louange discrète et sincère du génie d'Olivier, que Me Marelle se fit une amie dévouée de la marquise Palverini.Elle était charmée de voir si bien comprise la pensée de son "grand homme" de rencontrer dans cette petite ville quelqu'un sachant aussi bien les procédés du peintre, sa marche ascensionnelle vers le beau, son évolution lente et sûre vers l'idéal.Les mots de Roger la ravis- Antoinette saient et se répercutaient en mille échos dans sa mémoire et dans son cœur.Ce fut tout émue, d'une exquise émotion, qu'elle dit, le soir, à son cher artiste la joie intime qu'elle venait d'éprouver.— Ce jeune homme est charmant, conclut-elle, et je ne puis comprendre l'aversion qu'il inspire à Antoinette.Elle va jusqu'à dire qu'il est chauve, rouge, commun! Je t'assure que c'est absolument injuste: il est au contraire fort bien de sa personne, intelligent et distingué.— Voyons, ne t'emballe pas sur le compte de ton protégé, reprit Olivier en riant.Avoir dit de moi quelques mots aimables, pour te faire plaisir, ne suffit pas à lui donner toutes les qualités physiques et morales.— D'abord il n'a rien dit pour me faire plaisir, c'était très sincère, je t'assure Et puis, je ne suis pas aveugle au point de voir d'épais cheveux noirs, au lieu'd'un crâne chauve, et de juger svelte et distinguée une lourde silhouette obèse.— Cependant l'aversion d'Antoinette ne peut guère tondre cette même chevelure, ni élargir cette même silhouette! Tout cela est fort amusant, sais-tu bien ?Je tâcherai d'avoir mon opinion personnelle sur ce monsieur, peut-être le verrai-je d'une troisième espèce.Nous trouverons bien un motif plausible, et j'irai chez lui.Dès le lendemain, ce motif surgit.Béatrix désirait faire, sur la jolie Vi-vette, quelques promenades en bateau.La rivière passait loin du cottage, au fond du parc du Petit-Château.— Elle y décrit une courbe abritée sous de grands arbres, ce serait un port d'attache délicieux pour notre Djinn.On pourrait s'y rendre par une petite porte 'de côté sans avoir à passer par la maison ni le jardin.Qu'en penses-tu, Béatrix ?La jeune femme leva sur Olivier deux yeux noirs pleins de malice.— Je pense, mon cher ami, que tu meurs d'envie d'aller voir par toi-même un extraordinaire monsieur fort avisé en critique d'art.— Creusez-vous donc la tête pour faire plaisir à votre femme! riposta Olivier vexé.Sa mauvaise humeur tomba bien vite devant le bon sourire de Béatrix, et le soir même, il se rendait à l'étude Marelle.Le jeune notaire parut enchanté de voir l'artiste; en quelques allusions, il sut lui montrer qu'il ne recevait pas un inconnu, et consentit avec la meilleure grâce du monde à donner l'hospitalité à la flotte des Palverini.Puis la conversation s'engagea, intéressante, grave, laissant voir de part et d'autre des coins plus sympathiques d'intelligence et de cœur.Roger sut parler d'art: Olivier, de littérature et de science, si bien que l'heure passa sans qu'ils s'en aperçussent.Deux ou trois apparitions discrètes d'une vieille bonne bienveillante ramenèrent les causeurs à la conscience du temps.— Je suis enchanté d'avoir fait votre connaissance, dit Olivier en se levant.Puisque j'ai cette bonne fortune de rencontrer à Montreil quelqu'un d'aussi sympathique, j'espère que vous me laisserez en profiter.Ma femme sera très heureuse de vous recevoir chaque fois que vous voudrez bien venir au Cottage.— Je serai moi-même toujours très heureux, monsieur.Le jeune homme se tut, brusquement interrompu par quelque pensée soudaine.— Je ne fais guère de visites, continua-t-il hésitant, mon étude m'occupe beaucoup, je suis très surmené.Son embarras et sa rougeur n'échappèrent pas à Olivier.— Qu'y a-t-il là-dessous?pensa-t-il.Alors, cher monsieur, je craindrais d'abuser de ce temps si précieux en venant ici vous déranger.— Ne le craignez pas, interrompit vive-ment^Roger, vous ne me dérangerez jamais.— Cependant, vous êtes très occupé.— C'est-à-dire .je n'aime pas à m'absenter de chez moi.— Vos intérêts vous y retiennent, je comprends cela.Vous êtes retenu chez vous, moi je le suis chez moi.Pour peindre à la campagne, je laisse trop souvent ma femme à la maison, aussi est-il bien naturel que je lui consacre toutes les heures qui ne sont pas prises par l'art.En disant ces mots, Olivier souriait, et s'amusait beaucoup de l'embarras croissant de son nouvel ami.Roger ne répondit pas tout de suite: il rompit enfin un silène.pénible.— Monsieur, dit-il, je serais désolé s vous pensiez que je n'apprécie pas votr.sympathie.Je vous en suis inftnimen reconnaissant, mais.Mais quoi ! interrogea Palverini I regardant bien en face.Roger vit tant de franchise et de boni dans ce regard que, sans hésiter, sans vou !.11 même rélléchir, il parla.— Mais eri allant chez vous, je craindrai de rencontrer Mlle d'Aipeuille, — Pourquoi cette peur de la voir ?— Je ne voudrais pas rencontrer MM.d'Aipeuille parce que j'ai la cert it ude de lu être désagréable.Je sais qu'elle n'aimeraii pas à me voir chez- vous.L'air piteux du pauvre notaire arrach.i un sourire à Olivier qui voulait cependani être grave.Quelle étrange idée! lit-il, vous l'a telle donc déclare ?— Je n'ai pas souvent l'honneur di parler à Mlle d'Aipeuille; depuis la première fois que je l'ai vue je n'en ai jamais eu l'occasion, mais je sais pertinemment qu'elle désire ignorer mon exitence.— Ah çà! que s'est-il passé entre vous ?.— Rien, rien que je sache.En quelques mots, il raconta l'histoir.du Petit-Château, sans avouer sa folie de l'avoir acheté tout exprès pour elle.Faut-il s'étonner de cette expansion subite chez un homme grave, un peu froid dans le monde, et qui, vivant seul depuis longtemps, aimait peu à parler de ses propres soucis ?Roger traversait une crise de sa vie, et son âme cherchait un point d'appui, un flambeau, un guide.Olivier, avec son bon sourire et sa sympathie, était venu, rappelant à Roger une heure désespérée, celle où il avait cru qu'elle en aimait un autre.Cette vue, le souvenir d'Antoinette, toui cela se confondit en un tout exquis et douloureux.Il avait l'habitude de se taire; il parla et se plaignit.— Vous comprenez maintenant que je ne puis aller chez vous, et lui rendre votre maison odieuse ! Palverini ne protesta pas, il voulait consulter Béatrix.— Tu as raison, ma chérie, il est grand, mince, brun, distingué et charmant.Antoinette a eu la berlue et nous allons bien nous moquer d'elle.Et Olivier fit, tout au long, le récit de sa visite au notaire.Béatrix l'écouta sans l'interrompre, réfléchit un moment et sourit.— Gardons-nous bien de nous moquer d'elle! D'abord, la moquerie est un passe-temps fort vilain, qui peut faire beaucoup de mal et que j'ai en horreur.Ensuite, je connais Antoinette, c'est la petite tête la plus obstinée qu'aient jamais parée des boucles blondes, des yeux rêveurs et un sourire insouciant.Elle tient à son idée, nous ne l'en ferons pas démordre, et en la vexant nous avancerions de deux ou trois crans son antipathie pour un inconnu.Je me charge de lui parler.Toi, ne te mêle pas de nos petites affaires.— La "raison même" a dit: ses paroles sont d'or, tout comme le silence de nous autres, pauvres fous que nous sommes.XXV Dans l'austère maison de Mlle Bertrand, un bon ange semblait avoir passé.La maîtresse de céans, d'abord agressive et méfiante aux prévenances de sa nièce, les acceptait maintenant d'un air attendri et, ne se heurtant plus aussi inévitablement aux regards courroucés d'Antoinette, mul tipliait ses ascensions à la chambre blan che et ses recommandations saugrenues et intempestives.La jeune fille acceptait presque tout de bonne grâce, mais devait, pour cela, faire tant d'efforts sur elle-même que plusieurs fois elle s'accusa d'hypocrisie — Je vous assure, Béatrix, disait-ell.ensuite, je vous assure que je ne suis pa-sincère.Il me semble que j'essaie de troni per et ma tante, et moi-même! .et je me méprise beaucoup.— Serait-il plus honnête d'être désa gréable à votre entourage, de faire sciem ment de la peine à autrui ?Soutenez-vous comme certain moraliste, que la vertu est une hypocrisie?Interrogez votre conscience.Si elle vous répond que vousagis-sez en vue de plaire à Dieu, d'être agréable aux autres et de vous améliorer, vous êtes sincère avec vous-même, quels que soient l'effort et le plaisir que vous éprouviez au fond de l'âme.Demeurez donc en paix, La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 S S Page A5 Le Rêve d'Antoinette Le nouveau modèle Ford pour 1933 et dites vous (|u'il n'esl pire mal que de fuire, à qui que ce soit, un chagrin.La vie est si courir ! i ru.Ion-, l.i doine .1 1 eux qui nous entourent Ainsi rassérénée, Antoinette écouta sans lialJSSCI 1rs épaules les ilolé.lllies de \llli Virginie, que la prodigalité île sa 1 iiisiiui re niellait sens dessus dessous.— Une livre de licurre en deux jours, ma chéri', sans compter la graisse et l'huile! Si cela continue, je rente) I rai h.un helle à la cuisine.Ce thème étant inépuisable, la jeune fille, S( III1 1.1 111 1 I 11 I e\l ,1 111 > 11J11 < -11 [ Il II 1,1 léchisiiK' .1 préparer et rentra 1 lie/ elle.l'ouï de suite, dès que lté.il 11 \ lui en eut donnée l'idée, elle voulut s'occuper des enfants de la première communion.L'ignorance des petites filles confiées à ses soins la navra.Elle désira les voir souvent, sans déranger sa tante, et pour cela résolut de s'adresser à l'hospitalité des Palverini.Un jour de mai tout ensoleillé, elle arriva donc au Cottage pour demander aide et conseil.Béatrix approuva les projets apostoliques de son amie et consentit à tout.— Amenez ici toutes vos petites filles, dit-elle, en retour vous m'aiderez à catéchiser mes garçons.Nous organiserons les classes dans le jardin, à moins de mauvais temps; en ce cas, nous irons dans la salle à manger.Nous les ferons goûter, pour les voir contents, et je vais augmenter ma provision d'images.— Croyez-vous, chère amie, qu'ils puissent être prêts pour le mois de juillet ?Songez que deux des enfants que j'ai vues hier ignorent tout, après avoir assisté plus d'un an au catéchisme.Elles répondaient, sans y comprendre un mot, aux questions de M.le Curé qui, dans une classe de vingt enfants, ne peut faire mieux.Il interroge, on répond, il croit que tout est bien.— Pauvre M.le Curé, il est si surmené! Nous ferons certainement œuvre pie en nous occupant de sa première communion, et vous verrez comme, avec cette note, votre vie vous semblera meilleure.Tout cela ne nous empêchera pas de sortir, de voir beaucoup de fleurs et beaucoup d'arbres, et de faire de longues et jolies promenades à pied, en voiture et en bateau.Vous savez que nous avons trouvé un port pour le Djinn ?— Vraiment ?— Oui, depuis quelques jours il est sous l'ombrage hospitalier des saules du Petit-Château — Le Petit-Château! .mais.Béatrix.— Est la propriété de votre ennemi, oui, je sais, dit Béatrix en souriant.Rassurez-vous, nous ne vous infligerons point la douleur de le voir.Il y a une petite porte dans le parc à trois pas de la rivière; il faudrait, pour rencontrer ce monsieur, le vouloir de part et d'autre.Et puis, il est toujours à son étude!.— Vous croyez ?— J'en suis sure.Dites-moi, Toinon, quelle sorte d'effet cela vous produit-il quand vous le rencontrez?— Je ne puis vous le dire, attendu que cet événement n'est jamais arrivé.Le sourire de Béatrix s'accentua.— Il parait cependant qu'il a eu l'honneur de danser avec moi au bal de Mme de Châtenoy, continua Antoinette, mais il y avait tant de monde, j'étais si nouvellement arrivée à Montreil où je ne connaissais personne, que je ne l'ai pas remarqué et ne m'en souviens plus.Depuis je ne l'ai point vu.— Pourtant, vous m'avez fait de lui une description très complète.— Pauvre chère amie, croyez-vous, parce que j'ai passé ma vie au couvent, que je ne sache pas comment est fait un notaire ?Béatrix rit de si bon cœur que sa gaieté fut contagieuse.— C'est que ma tante y tient toujours, dit Antoinette riant aux larmes.Elle profite même de ma douceur pour rendre ses illusions de plus en plus transparentes, et me narrer des anecdotes délicieuses sur l'enfance de son favori.XX\'\ Le beau ciel de printemps a mis un manteau sombre, le vent siffle dans les grands peupliers, la pluie tombe a torrents.L'inclémence du temps est telle qu'Antoinette n'a pu venir jusqu'au Cottage passer avec ses anus cette triste après-midi.Olivier et Béatrix sont seuls chez eux.La jeune femme travaille l'artiste, derrière la fenêtre, regarde l'averse tomber.— Quel plaisir trouves-tu dans cette contemplation ?interroge Béatrix.Il n'y a personne sur la roule, tout, au dehors, prend un air lamentable, c'est très laid! — Je ne trouve pas, reprend Olivier; il se passe dans 1 es millions de gnut I elcl les un jeu de lumière remarquable dont je n'avais jamais si bien joui que maintenant.C'est qu'aujourd'hui la fêteest complète, on ne peut rien rêver de plus torrentiel.Que rlisais-tu donc, qu'il ne passe personne sur la route?Voici quelqu'un.Oh! le malheureux! ipie peut-il bien faire là par un temps pareil?Le croirais-tu?il n'a pas même de parapluie.— Pauvre homme! Béatrix, apitoyée, laissa son ouvrage et s'approcha de la fenêtre.— Mon Dieu! le vent va l'enlever, c'est une pitié Olivier, c'est M.Marelle.En effet, c'était bien lui qui, la tête pleine de trop de choses, n'avait pas pris garde à l'horizon menaçant quand, une heure plus tôt, il était allé sur la route de Montfort.Loin de la ville et surtout loin de chez lui, il ne trouvait pas, sur son chemin, de ferme ou de chaumière pour s'y mettre à l'abri; rien de plus proche que le Cottage.Oserait-il entrer ?.Pour la centième fois, il se posait cette question, récapitulant avec une lucidité absolue sa toilette piteuse, et se sentant presque mourir d'effroi à l'idée possible de rencontrer Antoinette, en un tel équipage, quand jetant un coup d'œil plein de convoitise sur les fenêtres bien closes de la villa, il aperçut Olivier qui lui faisait signe d'entrer.Cette fois, plus d'hésitation on l'avait vu, on l'invitait! Et délibérément, il entra.— Il ne m'est pas possible d'aller plus loin que le vestibule ou la cuisine, dit-il, en prenant la main d'Olivier.Mon chien Black est plus présentable que moi quand, après une averse, je lui interdis l'entrée de mon cabinet.— Le fait est, répondit Olivier avec son sourire de bonne humeur, le fait est que que vous êtes lamentable.Il faut vous sécher sans perdre une minute.Un quart d'heure plus tard, le jeune notaire, bien au sec dans des vêtements de son hôte, attendait que ses propres habits redevinssent mettables, et rassuré sur la question Antoinette jouissait sans arrière-pensée de l'aimable accueil de Mme Pal-verini.— Une tasse de thé, monsieur ?Prenez-le bien chaud pour faire peur au rhume qui vous guette.Je n'ai jamais vu un temps pareil! Pleut-il souvent ainsi ?— Jamais à ce point, madame.Toutefois, notre mois de mai n'est pas toujours très beau.— Mon pauvre Olivier, dit Béatrix compatissante, que deviendras-tu s'il te faut rester à la maison, dans un atelier aussi sommaire que celui que nous avons improvisé ici ?— Ce ne sera pas tout à fait l'idéal, ma chère amie, cependant rassure-toi.Le temps est une denrée dont je n'ai jamais pu avoir de provision suffisante, je ne crains pas d'en être embarrassé, même pendant les jours de pluie.J'aurai enfin l'occasion de déclouer la caisse de livres qui me suit dans tous mes voyages sans me donner d'autre agrément qu'une énorme surtaxe à payer au chemin de fer.Et puis, nous pourrons faire de la musique.— Quelle délicieuse idée! Voilà si longtemps que tu ne m'as fait ce plaisir! Il faut vous dire, monsieur, ajouta-t-elle en rougissant un peu, il faut vous dire que mon mari est un excellent pianiste.— Ma chère amie, ces choses-là ne se disent pas.— Puisque c'est vrai! l'n peu de citron avec votre thé?Olivier, passe-nous les sandwiches.Merci.Etes-vous musicien, monsieur?— Oui, madame, c'est-à-dire.— Je vous ai posé une question stupide.pardonnez-moi.Dire oui, c'est se poser en artiste.Dire non vous donne l'air musicophobe (le mot est-il français?).Aussi, monsieur, je change ma question: "Jouez-vousd'un instrument de musique ?" — Oui, madame, répondit Roger, reposant sa tasse sur le plateau de laque, je joue du violon et j'ajoute, j'aime beaucoup la musique.Le nouveau Coupé Ford V-8 à cinq fenêtres Le nouveau Sedan Ford Tudor V-8 — C'est, ici, un goût malheureux, dit Olivier, car l'élément musical doit être assez nul dans votre estimable ville.— Les bons amateurs sont en effet très rares.— Pourrions-nous organiser un peu de musique ?Trouverions-nous quelques bonnes volontés?demanda Béatrix.— N'y comptez pas, madame! et si vous réussissiez à les trouver, vous auriez ensuite, je le crains, une grosse déception!.— Fuyons les déceptions, déclara Olivier; du reste, je ne tiens pas du tout à sortir, ce qui serait inévitable avec des séances de musique.Mais, monsieur, pourquoi ne réunirions-nous pas nos infortunes ?Vous nous feriez profiter de votre talent de violoniste; en retour vous auriez la joie d'entendre le mien, dont ma femme vous a parlé tout à l'heure tandis qu'elle-même nous prêterait le concours de sa harpe.— Vous jouez de la harpe, madame ?C'est délicieux.Roger s'animait; la perspective de voir davantage ces gens aimahles, celle de faire un peu de bonne musique, le ravissait d'aise.Mais bientôt un pli barra son front: Antoinette n'était-elle pas une commensale du Cottage ?— Mon mari a une excellente idée, monsieur, qu'en dites-vous?Le jeune homme préféra parler net, sans feindre de chimériques obstacles.— M.Palverini doit vous avoir dit, rua-dame, que je ne puis ni ne veux m'exposer à rencontrer Mlle d'Aipeuille.— Il me l'a dit.— Cette jeune fille a montré de façon manifeste qu'elle ne veut ni me voir ni me parler.Il serait malséant à moi de lui imposer ma présence ou de la priver du plaisir de venir chez vous.Il vaut mieux que cette privation soit pour moi.— Etes-vous bien sûr des sentiments que vous prêtez à mon amie?Vous pouvez vous tromper.— Madame, vous connaissez assez Mlle d'Aipeuille pour savoir que je ne me trompe pas.En même temps, il regardait Béatrix bien en face, voulant lui montrer sa conviction absolue.La jeune femme sourit gravement, comme au soupçon d'une souffrance et, baissant un peu la voïx; demanda: — Et.cela.vous est sensible ?Oh! cette compassion! cette voix de femme, vibrante de bonté! .Roger détourna ses yeux que troublait une tristesse désespérée, et dit tout bas un seul mot: — Oui.Alors, elle comprit.Doucement, avec des précautions infinies, sentant ce qu'il fallait à cette douleur, elle montra les trésors de pitié que celait son âme, et sans secousse le secret vint aux lèvres de Roger, soulageant le cœur trop plein de lui.— Comment cela est-il venu ?Je ne sais.La première fois que je la vis, il me sembla l'avoir toujours connue.Pourtant je ne croyais pas l'aimer.Depuis, j'y pensais sans cesse.quelquefois, je la voyais de loin, sans oser me mettre sur son passage.je craignais de lui déplaire, il me semblait qu'une telle audace l'irriterait .Pourquoi ?Au dehors, la pluie tombait toujours, lourde et morne, dans la nuit qui venait ; les choses s'enveloppaient d'ombre; dans le salon parfumé de violettes et d'iris, on y voyait à peine; les voix s'étaient abaissées et les mots semblaient si graves et si doux dans ce crépuscule flottant, teinté de mystère, que nul ne songeait à rompre le charme, et qu'ils causèrent ainsi longtemps, longtemps, jusqu'à la nuit close.XXVII M.le curé de Montreil semblait rajeunir.Au dernier catéchisme, les plus désespérants de ses catéchumènes avaient su sur le bout du doigt les commandements de Dieu, et pour comble de ravissement, lui avaient donné une explication fort acceptable du symbole des Apôtres.Antoinette et Béatrix tout heureuses des succès de leurs protégés, redoublèrent de zèle.Entre les giboulées de printemps, le mignon jardin du Cottage devint le rendez-vous quotidien des enfants pauvres du pays.Antoinette y venait chaque jour, apportant à cette œuvre toute son ardeur généreuse, et chaque jour, aussi, le lien d'amitié se faisait plus fort entre elle et la marquise Palverini.Toutes ses visites étaient accueillies avec joie.Olivier lui-même se plaisait à entendre son habillage, parfois enfantin, qu'éclairaient d'une vive lueur son intelligence et sa bonté.Elle aimait à parler des choses entrevues qui jadis l'attiraient, de la vie parisienne, surtout des gens célèbres, désirant savoir d'eux ce que le public ignore.L'artiste la tenait au courant des menus événements du tourbillon parisien, tandis que Béatrix indulgente les écoutait "po-tiner" en tricotant les petits bas et les petits jupons qui devaient combler d'aise tant de pauvres mamans.— Vous savez que Jean Renoir va se marier?dit-il un jour.— Jean Renoir, l'auteur de Madame Gilquin et des Reflets de Provence} Mais quel âge a-t-il ?— Il est très jeune, à peine trente ans. Pane UC La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 ?Nos Mots Croisés # Le Rêve d'Antoinette Nous recevrons les solutions écrites sur le carrelage publié ci-dessous, jusqu'au lundi, 20 mars, à midi.Les solutions exactes seront tirées au sort et nous accorderons trois (3) prix d'un dollar ($1.00) chacun, aux trois premières solutions favorisées par le sort.LES TROIS GAGNANTS DU ONZIEME CONCOURS S A p I n ?D N u L I t E ?o z E L E ?t 0 S EJ d U ?r r E C U i r EHa E H I G ?BEI ?bds mon BEaca n ?Basa ?SOLUTION DU PROBLEME No 11 M.A.O.BARRETTE 68, rue Manrèse Québec M.Gérard PARADIS 60, rue Wellington Nord Sherbrooke PROBLEME No 12 4-5 6 7.M.Gabriel POUPART 4450, rue Berri Montréal 10 Nom._.Adresse HORIZONTALEMENT 1.Initiales d'un peintre et graveur italien (1693-1770).- Noms donnés en Italie à certaines statuettes.2.Useront de ladrerie.3.Roi d'Israël.— Terminaison de certains substantifs.— A des aptitudes spéciales.4.Ville de la Turquie d'Asie.— Article arabe.5.Favori de Charles VII.6.Sonores.7.Affaiblit.— Deux lettres de ses.8.Combats opiniâtres.— Adjectif possessif.!).Unité de mesure chez les anciens Romains.— Elan.10.Obscurité.— Myriapode.VERTICALEMENT 1.Zézayer.— Période.2.Semblable.— Lettres de Modius.3.Exaction.4.Note.— Petit instrument à vent.5.Irrégularités.5.Exquises.7.Métal.— Pronom personnel.8.Particule négative.— Excepté.— Petit cours d'eau.9.Fils de Vénus.— Direction.10.Monuments.— conscience.(La solution de ce problème et les noms des gagnants seront publiés dans La Revue Moderne d'avril) UNE NOUVELLE PETITE CANADIENNE A Montréal, le 16 février dernier, est née: Marie, Elmire, Anne, enfant de M.et Mme Jean Bruchesi.Nous souhaitons a bébé Anne tout ce que la vie a de meilleur.— Et déjà célèbre! Que sa femme sera heureuse.Quelle est cette mortelle chérie de la fortune ?— Une jeune fille très riche, très jolie, très charmante et très éprise.— Naturellement.Beaucoup voudraient bien Être cette demoiselle-là! — Vous, par exemple ?— Je ne dis pas non.— Mais pourquoi cela, mon Dieu ?— Parce que ce doit être exquis d'être la femme d'un homme ainsi possédé d'idéal, et doué d'un tel talent.A côté de ces unions, tous les autres mariages me semblent misérables.— Vous exagérez.— Non, c'est mon avis absolu.— Alors, mademoiselle Antoinette, sous peine de traîner une existence infortunée, il vous faut épouser un homme célèbre.— Célèbre ou digne de l'être.— Vous rendez hommage à la vertu malheureuse, c'est beau.— Mais, faute de rencontrer ce que je veux, il est probable que je ne me marierai pas.— Ce serait bien triste.Il vaut mieux tâcher de découvrir votre grand homme.Nous en connaissons un petit choix; venez nous voir l'hiver prochain à Paris, nous vous les montrerons.— Et je pourrai choisir ?interrogea-t-elle amusée.— Certainement.Mademoiselle Antoinette, c'est entendu, nous voulons vous marier.Il y en a trois surtout, continua Olivier levant les yeux au plafond et comptant sur ses doigts, oh! mais trois charmants: un poète, genre Lamartine, en plus nouveau, très nouveau même; un peintre, mon genre, en mieux; un musicien, genre Chopin, en plus triste.L'ennui, c'est qu'il y a égalité d'avantages et que le choix sefa très embarrassant.— Ne vous tourmentez pas si tût, déclara la jeune fille en riant; d'ici là l'égalité actuelle peut subir quelque trouble qui arrangera tout pour le mieux.Chère Béatrix, je vous dis à demain.Tante Virginie doit m'attendre, c'est presque l'heure de son dîner.Dans l'allée encadrée de pivoines et de jacinthes, sous un lilas en fleur, Antoinette croisa un jeune homme qui, sans la regarder, salua.Elle eut à peine le temps de voir son visage mince et grave.— Je ne connais pas ce monsieur,"pensa-t-elle en s'éloignant.Qui peut-il être?Quand elle revint au Cottage le lende main, Béatrix l'attendait sur le pas de la porte.— Venez vite, ma chérie, tous nos bambins sont là.Les deux jeunes femmes eurent bien v:te rejoint leur gentil troupeau, la leçon, patiemment et clairement expliquée, fut suivie d'une abondante distribution de tartines de confiture, et l'heure de douce intimité sonna, comme la veille, dans le jour un peu pâli d'une fin d'après-midi de mai.Il faisait beau, Olivier n'était pas là.Elles s'attardèrent toutes_ deux sous le grand platane, roi du joli jardin.— Dites-moi, Béatrix, quel est donc ce monsieur qui entrait chez vous, hier, comme je sortais ?— Vous l'avez rencontré ?Je m'en doutais.C'est un ami d'Olivier._ — Un ami de M.Palverini à Montreil ?Je croyais qu'il ne connaissait personne ici?— Pensez-vous, ma chère, que l'idée d'une villégiature en ce pays soit notre propriété exclusive ?Les bois et les vallons du voisinage regorgent d'artistes, sans compter les amateurs de belle nature et les touristes.Il y en a deux tout à fait installés au "Coq d'Argent", parait-il: un jeune Normand que je ne connais pas, et Vau-drecourt.— Vaudrecourt ?il a au moins cent ans! — Pas tout à fait, seulement quatre-vingt-deux, ce qui ne l'empêche pas de peindre des choses délicieuses.— Et ce monsieur que j'ai aperçu hier, est-il aussi artiste?— Oui, élève et ami de mon mari.— Je lui souhaite de marcher sur les traces de son illustre maître.Vous ne m'en aviez pas parlé.— Nous l'avons rencontré par hasard, tout à fait par hasard.Il est venu nous faire visite hier, et nous espérons bien le voir très souvent cet été.— Ah! et.(Antoinette hésita un peu) est-il un peintre connu?comment s'ap pelle-t-il ?— U s'appelle.Bernard Valin, cela ne vous dit rien ?— Non, mais je suis si ignorante des choses d'art et d'actualité! — Bah! vous avez l'avenir devant vous.En attendant, profitons du présent si calme, si rose, si parfumé! Venez sur le balcon, nous verrons le soleil descendre derrière les montagnes, je ne sais rien au monde de plus beau et de plus reposant.XXVIII Antoinette à Thérèse "Chère amie, ne dites plus que je vous néglige, et que les nouveaux venus me font oublier les anciens amis, vous me feriez beaucoup de peine! ce n'est pas mon besoin d'expansion qui est moins vif, comme vous le prétendez, c'est mon temps qui se raréfie."N'en soyez pas jalouse: je ne connais plus l'ennui! Il me faut chaque matin organiser mes journées heure par heure pour y faire tout tenir, et encore je n'y parviens pas toujours."Je dois avouer que l'amitié prend une grande place dans ces programmes quotidiens, mais comme les heures passées au Cottage contribuent toutes à mon amélioration intellectuelle et morale, je n'en ai point de remords et ne considère pas ce temps comme perdu."Hélas! notre douce intimité va se trouver quelque peu rompue, je le crains.Il y_a maintenant des étrangers dans notre vie, je les supporte parce qu'ils sont artistes, mais combien ie les aimerais mieux chacun dans son atelier respectif! "C'est avant-hier, jeudi, le jour de Béatrix.que j'ai fait leur connaissance."Nous étions au salon pendant une fin d'averse, Béatrix, M.Palverini et moi, quand le valet de chambre annonce: M.Vaudrecourt, M.de la Mare! "Vous connaissez Vaudrecourt de réputa tion et par les très jolies toiles que nous avons de lui au musée du Luxembourg; vous savez qu'il est très vieux, la renommée vous a parlé de sa belle prestance et de son talent, les mauvaises langues de son caractère orageux, variable comme le temps au mois de maifen ce moment, je ne trouve pas de comparaison plus expressive)."J'étais donc fort curieuse de renron-trer le propriétaire de tant de notoriété.Quant à M.de la Mare, son nom ne me disait rien, et j'ai vu entrer sans émotion un très joli monsieur, jeune, portant bien la tête, et tout à fait à l'aise dans ses corrects vêtements de drap gros bleu.Vaudrecourt est absolument semblable au portrait qu'a donné de lui la Semaine illuslrfe.en novembre ou décembre.— Cher monsieur, désolé d'avoir manqué votre visite l'autre jour, dit-il au maître de céans après avoir salué Béatrix.Vous êtes bien aimable d'être venu jusqu'à mon antre.— Cher maître, j'avais apnris votre arrivée à Montreil.Au risque d'être indiscret, i'ai voulu vous présenter mes devoirs.— Pas indiscret du tout.on ne me dérange jamais.je suis toujours sorti.Pendant ce temps, le M.de la Mare faisait la plus piteuse figure.Par une petite toux sèche, il rappela discrètement sa présence.— Ah! j'oubliais, fit Vaudrecourt.Madame, je vous présente M.Othon de la Mare.Au fait, pourquoi "Othon", dit-il en se retournant vers l'infortuné, on ne s'appelle pas Othon, c'est un nom d'empereur, vous n'êtes pas empereur.Enfin, Othon ou Jean-Pierre, je vous présente M.de la Mare, qui se dit peintre.et artiste ncore! Béatrix tendit la main au nouveau venu" Vaudrecourt continua: — Il n'y a eu ni fin ni cesse, il a voulu venir avec moi quand je lui ai dit que j'allais vous voir.Je lui ai fait observer que cela ne vous donnerait aucun plaisir, que vous ne teniez pas le moins du monde à sa visite, attendu que vous ne le connaissiez pas, à quoi il a eu l'audace de répondre que je me trompais: il n'est pas un inconnu.vous avez sflrement remarqué au dernier Salon deux infâmes paysages qu'il a exposés, une prairie rose et une marine mauve.Le pauvre Othon eut un gémissement de protestation, la barbe de Vaudrecourt se hérissa.— Oui mauve, mauve et rose.et vous appelez cela de l'impressionisme! La Revue Moderne — Montréal, Mars 19SS Page 47 Ah! elles sont jolies vos impressions! Si vous voyez les choses comme cela, il faut vous faire soigner, mon garçon.Béatrix et son mari, habitués aux manières de Vaudrecourt, souriaient placidement; moi, je me sentais un peu gênée.— Enfin, pour me débarrasser de lui, j'ai consenti à m'en embarrasser une heure et à vous l'amener.C'est un bon garçon, au fond, malgré ses extravagances pseudoartistiques, et je vous demande de ne pas lui faire trop sentir votre mépris pour ce qu'il appelle son génie.Othon avait pris le parti de rire.Cette preuve de bon caractère nous mit tous à l'aise.Vaudrecourt m'amusa beaucoup par ses innombrables saillies.Le pauvre de la Mare, désespéré de ne pouvoir placer un mot qui ne fût aussitôt rabroué, s'était résigné à se taire.Cela dura ainsi jusqu'à Parrivée d'un nouveau personnage.— M.Bernard Valin! Encore un artiste, celui-là, ami et disciple de Palverini.Vaudrecourt le regarda d'abord en dessous, puis sembla ignorer complètement son existence.Le jeune homme ne s'émut pas de cette attitude plutôt peu sympathique, et par sa parfaite aisance me produisit une très bonne impression.Il m'a semblé modeste, d'une modestie voulue, supérieure à celle du pauvre Othon forcée par la présence de son redoutable voisin.Et puis, l'amitié des Palverini m'est le meilleur garant de sa valeur morale.Othon, enchanté d'avoir un auditeur complaisant pendant que Béatrix écoutait Vaudrecourt, parlait avec amour de son art et de ses théories étonnantes sur les couleurs; puis il déplora le mauvais temps qui l'empêche d'aller peindre dans la campagne ses paysages fantastiques.— Faites des effets de pluie, conseilla M.Valin très calme.— J'en ai déjà une demi-douzaine! — Alors, faites de la musique, cela vous épargnera des couleurs! conclut Palverini.De quel instrument jouez-vous?— Du violon, du piano, de la.— Flûte! lança Vaudrecourt qui avait entendu, du hautbois, de la clarinette, de la contrebasse, que sais-je encore?.Il prétend que l'art ne peut se cantonner et qu'un artiste doit pouvoir jouer du gong et du violoncelle aussi bien que dessiner des fusains et brosser des tableaux.Je vous en prie, ne vous donnez pas la peine de l'écouter! — M.de la Mare est tout à fait précieux pour la musique d'ensemble, fit aimablement Béatrix.J'espère qu'il voudra bien nous prêter son concours si nous organisons quelques symphonies les jours de mauvais temps.M.Valin est très bon musicien, Mlle d'Aipeuille a un fort joli talent de mandoliniste, ce sera parfait.Les jeunes gens se confondirent en remerciements tandis que j'allais gronder mon amie d'avoir ainsi parlé de mon pauvre petit talent.Demain, s'il pleut, nous aurons notre première réunion."Vous ne vous plaindrez pas de la brièveté de cette lettre, chère Thérèse.En voici pour un peu de temps, je le crains, mais vous, écrivez-moi."Pour vous tenir au courant de ma vie sans avoir à trouver deux ou trois heures pour faire une lettre, j'écrirai chaque soir quelques mots, une sorte de journal, moins que cela, un résumé de mes impressions du jour; une minute me suffira pour le faire.Ainsi vous saurez tout et vous ne me gronderez plus."A bientôt, je vous embrasse tendrement.Antoinette XXIX — Oh! ma chérie, que vous êtes indignement coiffée.Et tandis que la jeune fille s'approchait pour l'embrasser, Mme Palverini fit tomber les épingles qui retenaient les cheveux d'Antoinette et, d'un tour de main, renoua gracieusement leur masse souple et dorée.— Là! vous êtes beaucoup mieux ainsi.Depuis quelque temps, vous ne savez plus vous habiller, vous prenez un petit air campagne qui ne vous sied pas du tout.Quelles idées avez-vous en tête ?— Aucune idée, chère Béatrix, seulement je n'ai plus le temps de faire mieux, et puis j'avoue qu'aujourd'hui je juge singulièrement frivoles les préoccupations de toilette qui m'intéressaient tant il y a quelques mois.— Mais, chérie, vous vous embarquez dans une voie déplorable! Ce n'est pas mal que de mettre à s'habiller le goût dont Le Rêve d on est capable.De l'indifférence, on tombe vite dans la négligence; c'est à mon avis une chose mauvaise.Il faut respecter l'ouvrage de Dieu, à condition bien entendu de ne pas exagérer.Vous avez apporté votre mandoline ?c'est gentil.Nos jeunes gens vont bientôt arriver, mon mari aussi, je pense.— Croyez-vous que le mois de mai sera très pluvieux cette année?demanda Antoinette.— Pourquoi cette question ?— Parce que les jours de pluie amèneront des étrangers entre vous et moi.Or, je vous déclare que j'aime beaucoup le soleil.— C'est tout à fait gentil à vous, Toi-non, de me dire aussi délicatement que nous vous sullisons, mais, vous le savez, la monotonie est mère de l'ennui et je ne suis pas fâchée de vous distraire un peu de mon éternelle présence.Ces messieurs sont fort aimables, je suis sûre que vous aurez du plaisir à les voir.— Vous croyez ?.— Certainement.M.de la'Mare n'a-t-il pas l'air d'un brave garçon ?— Pauvre homme, le fait est qu'il a une patience! — Et M.Valin, ne le trouvez-vous pas distingué ?— Si, si, il est très bien.A-t-il beaucoup de talent ?— II est très artiste.— Alors, il vient à Montreil pour peindre?Où est-il descendu ?.»» — Au Petit-Château.C'est un'peu grand pour lui, mais si joli! et il déteste la vie d'hôtel.Les joues fraîches d'Antoinette s'empourprèrent.— Le Petit-Château! Votre monsieur doit être en relations amicales et suivies avec le fameux notaire.Un de ces jours il va vous l'amener, on ne verra plus que lui, chez vous.Je vous serai bien reconnaissante de me prévenir de ses visites.— Tranquillisez-vous, ma mignonne, M.Valin n'amènera personne, je vous le promets.A ce moment, le personnage en question arrivait au Cottage en compagnie d'Olivier; sa tenue élégante, sa fière prestance, sa physionomie grave et douce soutenaient brillamment la comparaison avec le bel artiste.Au premier coup d'œil, Antoinette en fut frappée.— II n'y a que les artistes au monde! pensa-t-elle.Et son plus gracieux sourire accueillit l'hôte des Palverini.On s'occupa tout de suite du choix d'une partition.Béatrix proposa le l-'rcischutz.Olivier inclinait pour Mendelssohn.— Et vous, Antoinette, que dites-vous ?— Je ne sais trop, une symphonie de Haydn, peut-être, répondit-elle en feuilletant un album de musique.— Je propose la symphonie la Surprise, dit Bernard Valin.— C'est vrai, c'est exquis.— Et pas trop difficile; nous pourrons nous en tirer tant bien que mal avec piano, harpe, violon, mandoline et basse, déclara Olivier.M.de la Mare sera la basse, je lui ai dit de ne pas oublier d'apporter son instrument.Il en a ici toute une collection qu'il essaye de cacher à Vaudrecourt sans grand succès.Tiens, le voilà.L'infortuné arrivait, rouge, excité, dirigeant avec angoisse les pas chancelants d'un garçonnet à demi écrasé sous le poids d'une énorme machine.Il eut un cri de terreur en voyant le tout trébucher et s'incliner plus que de raison.— Malheureux ! vous ne savez donc pas que c'est très fragile?Tout le personnel du Cottage vint à la rescousse et introduisit la machine dans le salon, avec mille précautions.— Enfin! s'écria-t-il, en épongeant son front ruisselant de sueur.J'ai cru que nous n'arriverions jamais.— Comme c'est grand! murmurait Antoinette terrifiée.— Oui, mademoiselle, c'est grand, et cependant cela me suit partout, je ne voyage pas sans elle.C'est très rare et très utile dans la musique d'ensemble.Avec elle j'ai toujours pu rendre service à quelqu'un.— Et Vaudrecourt, que dit-il de cela ?interrogea Olivier.— Vous pouvez le supposer, et cependant vous n'arrivez pas à la moitié de la réalité.J'avais laissé en consigne pendant trois jours tous mes instruments, pour le 'Antoinette dépister, et j'ai profité de son absence pour les faire amener à ma chambre.Grâce à un cabinet noir, j'ai pu les cacher pendant trois autres jours.Le quatrième jour, croyant qu'il était parti pour toute la matinée, j'ai étudié un peu cette basse.Au bout d'un quart d'heure à peine, M.Vaudrecourt faisait irruption chez moi en se bouchant les oreilles.Vous devinez tout ce qu'il a pu me dire! Le brave de la Mare riait de si bon cœur au souvenir de son infortune que chacun l'imita et la délicieuse symphonie de Haydn commença au milieu d'un bien-être général.Rien ne met les gens d'accord comme un morceau de musique compris de bonne sorte et exécuté de façon suffisante.Ce fut le cas avec la Surprise.Peut-être que, de-ci, de-là quelques notes furent croquées, peut-être que bien des trilles et des traits manquèrent d'agilité ou de perlé; peut-être que la bizarrerie des instruments réunis là eussent étonné le doux auteur de la Surprise, mais l'âme de la symphonie chantait, c'était assez pour émouvoir ses interprètes et mettre sur leurs lèvres, après le dernier accord, le sourire de ceux qui ont vu ou senti des choses très lointaines et très douces.Le soir,"Antoinette écrivit à la première page de son bloc-notes: "Les étrangers n'ont pas mis de trouble dans notre vie.C'est pour l'âme un inexprimable délassement que la bonne et saine musique; merci à eux qui nous l'ont apporté.L'un est d'une bonté touchante, l'autre m'intimide un peu.— J'aime la musique, mais j'espère qu'il fera beau temps demain".II fit assez souvent beau temps, mais il plut quelquefois.Béatrix s'était prise d'une belle ardeur pour ces concerts improvisés, et trouvant insuffisants les jours nuageux, elle organisa le quintette deux fois par semaine, après dîner.On déchiffrait beaucoup et l'on étudiait ensuite les partitions qui avaient réuni les suffrages de tous les exécutants.La musique classique cédait parfois le pas à la musique moderne.Saint-Saens, Mas-senet, Wagner passèrent tour à tour sous l'archet ou dans les doigts des hôtes du Cottage.Et puis, quand les bras retombaient fatigués et que les têtes s'inclinaient saturées d'harmonie, Béatrix s'enveloppait d'un long châle souple et l'on s'en allait, à petit spas, reconduire Antoinette.Le chemin le plus long était le préféré, il était tard, on y voyait à peine, mais l'on sentait flotter une odeur de printemps, et l'on devinait que tout à l'entour était vert et fleuri.De la Mare racontait parfois des histoires terrifiantes de spectres et de revenants, le frisson se faisait plus fort, et nul, ensuite, ne disait plus rien.Et quand après un dernier bonsoir Antoinette rentrait dans la maison grise et regagnait sa chambre, elle demeurait longtemps devant les feuilles légères de papier transparent, la plume entre les doigts et le regard au loin.Le vol d'un papillon passant devant sa lampe, le bruit d'un oiseau de nuit sur la fenêtre, un rieu la ramenait ici-bas.Elle écrivait en hâte: "Temps délicieux aujourd'hui, Montreil devient charmant.Nos bambins ont su leur catéheisme.Bonne musique ce soir.Le printemps est joli cette année".XXX Le printemps s'écoulait très doux pour les habitants du Cottage et leurs hôtes.Une franche amitié s'était établie entre tous les membres du corps musical, comme disait en riant le bon de la Mare.Sa bienveillance, sa joyeuse humeur étaient toujours accueillies avec plaisir; pourtant on se ménageait parfois un peu d'intimité sans lui.— Il est charmant, je vous l'accorde, déclarait Olivier, mais j'ai bien le droit de vouloir de temps en temps mes amis pour moi tout seul! Et dans les longues causeries qui s'attardaient le soir sous les platanes, quelque chose de doux passait, comme des reflets d'âme, ou le frémissement de jeunes cœurs qui s'éveillent.Béatrix se taisait volontiers, sa nature contemplative se plaisant au silence; un mot d'elle dit à propos dirigeait toujours TRICOTEZ Votre Prochain Cadeau Faites Preuves de Bon Goût Soyez Econome ! ltords (rient*1** pour serviettes, taies d'oreil-ler», services de napperon h, bérets, bonnets boudoir, mouchoirs.Vous pouvez tricoter vous-même ces jolis cadeaux et en le faisant, vous prouvez que non seulement vous êtes personnelle, que vous avez bon Koût, mais aussi ciue vous êtes économe, car ces cadeaux coûtent peu, sauf les loisirs que vous consacrez ;i leur confection.Ne manquez pas do vous servir de fil mercerisé Mercer-Crochet de J.& V.Coats.Il possède un lustre durable et se peut obtenir en Jolies teintes pastel ainsi qu'écru, toile, noir et blanc .et, naturellement, les couleurs sont durables, in vente à tous les magasins.Ne Manquez Pas de Vous Servir oVun Crochet d'Acier à Tricoter de Milward.MERCER-CROCHET «& 1\ COATS S 3F 1 A BRIQUE AC CANADA par les rnforicants du Coton en Bobines Coats et Clark Tho Canadien Spool Cotton Co.Dept.B-15, Caso postalo 61», Montréal, P.Q.Veuillez m'envoyer le feuillet gratuit où est illustré le patron du Béret en Filet Francis Crocheté — J'inclus 10c.pour votre brochurette "New Importée Crochet Designs" (Nouveaux Dessins au Crochet Importés).Nom .Adresse .la conversation.On parlait ainsi d'art, très peu; de musique, beaucoup; de littérature et, parfois, de morale et de philosophie.Olivier et Bernard, souvent de même avis, discutaient à l'occasion leurs opinions respectives avec éloquence, montrant ainsi leurs intelligences et leurs cœurs.Antoinette, d'abord entraînée dans la causerie, finissait par se taire, se trouvant trop au-dessous de ces choses; mais chacun des mots qu'elle entendait se gravait en son esprit et s'y fixait à jamais par une ardente admiration.Chose étrange! elle et le jeune artiste se parlaient à peine; pourtant on les devinait toujours de pensée semblable, exprimée dans un geste approbateur, dans un sourire ou dans un regard bien vite détourné.Elle comprenait comme lui la loi divine de bonté, comme lui elle voulait un idéal dans sa vie, idéal d'honneur, de tendresse et de paix, et en écoutant les grandes vérités se faire si douces dans le timbre de cette voix, elle se prenait à mépriser un peu le côté fragile qu'elle avait mis jusque-là à cet idéal: art, poésie, célébrité.Bien souvent, sa nature enjouée prenait sa revanche, elle redevenait l'Antoinette d'autrefois.— Je suis très inquiète, dit-elle d'un air drôlement sérieux pendant la demi-heure de repos que se donnait le quintette à l'heure du thé.Je suis vraiment très inquiète, je crains que tante Virginie ne fasse une maladie.— Mon Dieu! pourquoi cette crainte?— Parce que Mme Morisson et sa fille sont parties mystérieusement en voyage mardi dernier, sans dire où elles allaient ni quand elles rentreraient.Ma tante se creuse la tête pour deviner ce que cela veut dire, elle n'en dort plus, ne boit ni ne mange.Vous pensez bien qu'un tel régime ne peut durer longtemps.— Qu'est-ce que cela peut lui faire ?demanda de la Mare intéressé.— Oh! rien absolument, ce qui ne l'empêche pas d'en rêver dans ses rares minutes de sommeil."Ce doit être un mariage pour la petite", me dit-elle quelquefois, cependant cela m'étonnerait un peu; Mme Morisson, femme intelligente et pratique, ne désire pas chercher ailleurs ce qu'elle a Page U& La Revue Moderne — Montréal, Mars 1 9 S 8 sou6 la main.Elle a une idée, Mme Morris son, une fort bonne idée, quoique peut-être impraticable.Antoinette s'arrêta.— Et quelle est cette idée ?interrogea Othon.— A quoi bon vous redire les potins de 1 endroit ?répliqua Antoinette amusée par la curiosité du jeune homme, vous ne connaissez personne à Montreil.tout cela ne peut pas vous intéresser.— Pardon.On trouve si peu de gens ayant des idées, que ceux qui.par hasard, en sont hantés m'intéressent comme des phénomènes.— Merci pour notre intellect, dit Olivier.— Les artistes et leurs familles sont hors de cause, cela va sans dire, fit vivement le jeune homme.Alors, l'idée de cette dame ?— Si vous y tenez tant que cela! L'idée de cette dame est de faire épouser à sa tille le notaire de l'endroit.— Ce monsieur est-il bien ?— Comme tous les notaires, je suppose.— Est-il riche?— Très riche.— Ce n'est pas une idée, cela, c'est un calcul.— Je suis de votre avis.Pourtant ce calcul semble bon, car toutes les mères de filles à marier l'ont fait.Elles se l'arrachent parait-il.Deux familles amies se sont brouillées à mort à son sujet, l'une reprochant à l'autre d'attirer l'oiseau dans son piège.— On se l'arrache! je voudrais bien être ce notaire, gémit le pauvre Othon rappelé au souvenir de certaines petites déceptions matrimoniales.— Oh! Monsieur, Dieu vous en garde! — Pourquoi ?Ce notaire est un homme heureux, bien tranquille, assis tout le jour dans un bureau frais en été, chaud en hiver, rarement dérangé, jouissant en paix de ses jolies rentes, fier de sa gloire de jeune homme à marier, content avec sa pipe, son chien, sa table bien servie.— Pouah! exclama Antoinette, quelle horreur! — Mon cher, vous dites des choses répugnantes, interrompit Olivier riant aux larmes.Regardez ma femme, elle en rougit pour vous, et le pauvre Valin est suffoqué d'indignation.De fait, le doux visage de Béatrix s'était empourpré; par contre, le silencieux Bernard, très calme, tournait lentement sa cuiller dans sa tasse en souriant.A l'exclamation d'Olivier il releva la tête et regarda Toinon.— Pourquoi ce cri de dégoût, mademoiselle ?demanda-t-il.Rarement, bien rarement, il s'adressait ainsi à la jeune tille, plus rarement encore il osait l'interroger sur ses propres actions.Elle fut étrangement troublée par cette question nette, articulée d'une voix lente et bien posée.Ses idées romanesques, ses préventions, ses préjugés se dressèrent devant elle dans leur puérilité et leur folie; elle eut honte d'avouer ses sottes chimères à cet artiste qui, pourtant, lui inspirait une confiance absolue, et, ne pouvant soutenir son regard droit et grave, elle détourna la tête.Mais il insista.— Pourquoi ce dédain ?Et elle, domptée, frémissant en son âme de toutes ses folles idées vaincues, dut lui répondre toute la vérité: — Je ne sais pas!."10 juin.— Comme je suis encore mauvaise! Comme l'opinion des autres m'est encore sensible! L'idée que quelqu'un puisse me mépriser me cause une douleur intolérable.Je ne puis rien écrire, je suis trop malheureuse, les larmes m'aveuglent Thérèse, quand serai-je comme vous au-dessus de ces misères"! Le Rêve d'Antoinette XXXI Le premier jour de juin se leva si beau, qu'Olivier, sacrifiant quelques heures de travail au désir de sa femme, décida une excursion sur la Vivette, dans la "flotte des Palverim ".Ils prirent Antoinette au passage, et tous trois se dirigèrent gaiement vers le Petit-Château.— Mademoiselle Antoinette, dit le peintre, vous êtes toute pâle, je suis sûr que vous mourez de peur.— De peur pourquoi ?— Parce que les arbres mystérieux qui abritent mon Djinn cachent aussi peut-être des spectres ou des cauchemars!.— Je comprends très bien ce que vous voulez dire, mais ce n'est pas de cette crainte que je mourrai,-tranquillisez-vous.Même, faut-il vous l'avouer?.Je désire presque rencontrer ce cauchemar pour voir comment il est fait.~ Je croyais qu'il était chauve, rouge, • pais , ouvert de breloques! — Probablement, mais je n'en suis pas sûre, je m'en fais peut-être une idée injuste.— Voilà mon Antoinette qui devient raisonnable, dit affectueusement Béatrix, en voulant compter avec son jugement plutôt qu'avec sa trop prime-saut ière imagination.— Vous devenez même si raisonnable, continua Olivier, que vous n'aimez plus les artistes.— Comment cela ?— Vous dédaignez mon ami Valin, ou vous l'avez pris en grippe, vous ne le regardez pas, vous lui parlez à peine, comme si vous ne pouviez le supporter, n'est-ce pas, Héatrix ?La jeune femme eut un sourire étrange.— Ce ne sont point tes affaires, mon ami laisse Toinon en paix.Pauvre Antoinette! pouvait-elle leur dire combien une première méprise avait rendu son âme peureuse et défiante.Elle craignait maintenant à l'extrême son imagination; et trouver Bernard si sympathique dans ses idées, son jugement, son regard, même flans le son de sa voix, lui causait une terreur folle.La première fois que cette sympathie s'était révélée, oh! presque tout de suite, elle avait juré de n'être plus la dupe de ses chimères, et s'était promis de ne pas l'aimer.Elle oubliait son idée fixe, nettement exprimée, de n'épouser qu'un artiste: tout calcul, toute combinaison d'avenir disparaissait dans le trouble que lui causait la présence du jeune homme, et dont elle ne voulait pas convenir.Elle ne cherchait pas à comprendre l'ardente sympathie qu'elle devinait en Bernard, et qu'elle sentait à travers sa froideur, l'attraction invincible qu'exerçait sur elle ce sentiment si bien caché en lui que personne autre n'eût pu le soupçonner; et si parfois elle se recueillait un instant pour écouter battre son cœur, elle repoussait bien loin ces "délires d'imagination" et se traitait de pauvre folle.Elle croyait conjurer tout péril et prévenir toute déception en étant avec lui d'une froideur extrême, lui parlant peu pour n'y pas penser ensuite et ne pas se faire "des idées".Tout en devisant, ils arrivèrent à la porte du parc dont Olivier avait la clé; ils entrèrent.Ils s'engagèrent, charmés, sous la voûte odorante que formaient des rameaux enlacés d'acacias; leurs pieds s'enfonçaient dans un tapis moelleux d'herbe verte: flu lierre et des liserons rampaient ou s'accrochaient aux troncs d'arbres; devant eux, l'allée s'allongeait pour s'épanouir en un éblouissement : Ja rivière dont le remous semblait charrier mille soleils, parmi les roseaux et les nénuphars.C'était vraiment un jour de fête.Une langueur délie ieuse envahissait l'âme d'Antoinette, une paix immense et douce.Il lui sembla soudain que rien au monde ne pouvait être plus profondément compris par elle-même que celte nature, ce calme, cette ombre parfumée, et que tout ce qu'elle voudrait tenter pour s'en détourner serait une méprise, peut-être même une faute.— Bonjour, nies amis, criait joyeusement Olivier.Dans l'ogive lumineuse où s'enchâssait l'horizon, deux silhouettes ressortaient en sombre, Bernard et l'aimable Othon venaient à leur rencontre, le sourire de l'un s'épanouissant sur îles dents très blanches, relui de l'autre semblant s'ouvrir sur quelque coin d'âme où dormait un secret.— Nous venons de voir le Djinn, c'est un modèle de patience, criait à tue-tête le brave Othon.— Hein ?fit Olivier.— Oui, il vous attend sans broncher, depuis un mois qu'il gît ici, abandonné, le ces dames à l'avant.Dans le bruit soyeux de l'eau frôlée en cadence, la Hotte des l'alverini remonta le cours de la Yivctte.Ce jour de printemps passa connue un rêve: les longues haltes dans les prés, la cueillette des nénuphars et des myosotis, le goûter sur l'herbe auprès d'un églantier en rieurs, tout semblait trop doux, trop joli pour être la réalité.On prit à regret le chemin du retour, il était tard; dans les prairies, les cloches des troupeaux s'éloignaient , à la joie de tout le jour succédait une adorable mélancolie; sur le Djinn on ne parlait pas.Béatrix avait voulu prendre le gouvernail; Bernard s'était assis auprès d'Antoinette: il la dépassait de toute la tête.Elle fit un mouvement, son bouquet de myosotis tomba; il se pencha pour le ramasser; sous l'ombre du chapeau tout en-nuagé de mousseline leurs regards se rencontrèrent et, pour la première fois, ne se détournèrent pas C'était presque la nuit quand ils débarquèrent.Le parfum capiteux de l'allée s'exagérait dans l'ombre; des pétales tombés sur l'herbe y faisaient des taches blanches; on entendait dans les buissons desfrôlements d'ailes et de feuilles froissées.— De la Mare, donnez-moi un coup de main! disait la voix d'Olivier sous les saules.Le bon garçon s'empressa, Béatrix resta avec eux.Bernard et Antoinette, qui n'avaient rien entendu continuèrent à marcher, lentement, vers le fouillis de verdure où nichaient des merles et des fauvettes,- où s'épanouissaient des lilas, des églantines et des cytises dans la lueur vague et molle d'un radieux crépuscule.— Ce parc est ravissant, murmura la jeune fille.— Vraiment, le pensez-vous?— C'est un délice, et vous devez être bien heureux d'y vivre.— Heureux!.Mademoiselle, si nous vivons, les yeux fixés en haut, si nous attendons tout de Celui qui peut tout, si nous voulons ce qu'il veut, et (sa voix trembla légèrement) si nous gardons au cœur une espérance, nous pouvons toujours être heureux, ici ou là.Qu'importe ?pour celui qui aime et qui croit, le bonheur est partout.Malgré cette affirmation, un peu de tristesse fléchissait dans les mots nettement dits.Antoinette eut le cœur serré.et sans rien trouver à répondre, elle continua à marcher lentement auprès de lui, ne voyant, ne sentant, ne comprenant plus rien."11 juin.— Les myosotis ont, ce printemps, un azur merveilleux.J'en ai rapporté de ma promenade, un gros bouquet que j'ai mis là, sur ma table, tout près de moi; j'aime ces jolies Ileurs."M.Valin a de bien beaux yeux."Il m'a confié ce soir qu'il est heureux.Chez certaines âmes très nobles, le bonheur est parfois une vertu, la plus difficile de toutes, que l'on acquiert à force d'énergie et de soumission au Maître suprême.J'ai cru deviner cette résignation victorieuse dans les mots qu'il m'a dits.Aurait-il un chagrin, refoulé par sa volonté?Peut-être une peine d'amour! "Quelle est cette espérance qui, partout' lui donne le bonheur?"Je suis triste ce soir".XXXII pauvre! Il aurait pu se venger à sa façon; mais non, il est intact et superbe, ne prend pas l'eau et semble tout disposé à promener César et sa fortune.Voyez plutôt! Après de vigoureux shake-hands, il entraînait les arrivants vers l'anse verdoyante, où, sous les longues branches tramantes des saules, le joli bateau cachait sa coque blanche arrondie et les lettres dorées de son nom.Après bien des lenteurs, bien des paroles inutiles et joyeuses, on s'embarqua.Olivier et Othon tenaient li - r.iin.s, M \ .¦ 1111 était au gouvernail, — Béatrix, M.Valin est-il marié?La jeune marquise sursaute à cette question.— Quelle idée?non?mais quelle idée, Antoinette! — Serait-ce donc si extraordinaire?— Certes non! Il pourrait être marié, niais vous savez bien qu'il ne l'est pas.Antoinette rougit.Elle avait eu tant de peine à faire franchir au nom de Bernard le rempart de ses lèvres! Depuis deux jours, vingt fois par heure elle ouvrait la bouche pour faire la même question, et toujours le courage lui avait manqué.Aujourd'hui, fermant les yeux, et parlant très vite, elle avait formulé sa pensée obsédante .La surprise de Béatrix augmentait son malaise.— Comment saurais-je ces choses, chère amie?M.Valin ne me fait pas ses confidences.— Ah çà! Toinon, est-ce donc un secret que d'avoir une femme, et faut-il tant de mystère pour en parler ?— Un secret ?non certes, mais on n'est pas obligé tir loin iliif ,ni\ et rangers Elle pensait en même temps à certain artiste de sa connaissance que, pendant une s> m.une, elle avait vu chaque jour sans se douter qu'il fût marié.Aussitôt elle eut .seienie d'avoir dit a licalriv une éiioruiité.A la rigueur, on peut vivre près d'un élrangei quelques lu-nus pal jour, toute une semaine, sans rien apprendre de sa vie; mais un mois?.C'est invraiseni blable.Et puis, là-bas, dans la forêt, ils étaient seuls, inconnus l'un à l'autre, sans aucune raison pour rien dire d'eux-mêmes ou de leur famille, tandis qu'ici, au Cottage, les Palvcrini, étant amis de Bernard, l'auraient été iné\ ilableiiieut de sa leinine et en auraient souvent parlé.Pauvre Toinon! l'absurdité de sa ques tion lui faisait monter le rouge au visage.Que devait penser Béatrix ?Mais Béatrix ne semblait pas le moins du inonde étonnée.— Vous avez raison, disait-elle, on n'est pas oblige île tout due [Clic se tut.Et Antoinette désirait tant savoir autre chose! Elle avait eu tant de peine à mettre la conversation sur ce sujet troublant ! D'une voix mal assurée, et les lèvres tremblantes, elle continua: — C'est du reste ce qu'il fait.— Vraiment! (La jeune femme sourit).Que voudrie/.-vous donc savoir de lui ?— Ah! rien! cela m'est égal, vous comprenez mais .c'est un monsieur très niait re de lui-même, qui ne montre de ses impressions que ce qu'il en veut bien montrer, et sait admirablement garder pour lui tout le reste.* Pourquoi, mais pourquoi était-elle si troublée?Que lui faisait tout cela?Béatrix continuait à sourire.— Ma chérie, vous êtes étonnante, dit-elle.Je ne vois rien en lui de si compliqué.Que savons-nous de ses impressions ?et qu'en devinez-vous d'inexprimé?— Je ne puis guère le dire, car je vous le répète, cela m'est indifférent.— Dites toujours.— Par exemple, je crois qu'il peut parfaitement être joyeux avec un chagrin dans l'âme.— Oh! oh! vous pouvez avoir raison.— N'est-ce pas?Ne lui trouvez-vous pas parfois l'air d'un résigné ?Comme Béatrix ne répondait pas, Antoinette continua, le cœur palpitant à lui faire mal.— lia peut-être des chagrins d'amour.— Peut-être La marquise articula ce mot lentement, presque solennellement.— Peut-être.dit-elle une seconde fois.Je crois que vous avez bien jugé.Vous êtes perspicace, Toinon.Elle appuyait sur chaque mot, comme pour y mettre une intention voulue.Intéressée sans doute par les arabesques de sa tapisserie, elle ne vit pas la pâleur d'Antoinette que les paroles de son amie avaient bouleversée.Après quelques réflexions banales sur le temps, sous un prétexte futile la jeune fille se retira.Le soir, elle n'écrivit rien sur son block-notes, car, incapable de penser, elle ne voyait plus dans le chaos de son esprit.Etait-ce la joie ou la douleur qui l'engourdissait ainsi ?.Par moments, elle ressentait une douceur extrême, quelque chose d'imprévu, de nouveau et d'immense qui la transportait en plein rêve enchanté puis une souffrance aiguë, inexplicable, cassait les ailes de ce rêve, et son cœur, à chaque battement, se tordait d'angoisse.Peu à peu l'apaisement se fit, et dans la lueur confuse de son esprit encore troublé elle vit pourquoi elle souffrait ainsi."Il a une peine, je m'en doutais bien, une peine d'amour! Qui donc pourrai! être indifférent à cela ?" A genoux devant le crucifix, elle pria pour lui, de toute son âme.— "Mon Dieu, mon Dieu! ayez pinède lui, faites qu'il soit heureux; il est si digne de tout le bonheur qu'il peut rêver!" Insensiblement détournée de sa prière, elle laissa ses pensées s'en aller au loin parmi l'enchantement de ce rêve de bonheur.Que voulait-il pour être heureux?Un foyer paisible, quelques bons amis éprouvés et fidèles, une noble cause à protéger ou à défendre .et surtout épouser celle qu'il aimait, celle par laquelle il souffrait aujourd'hui sans se plaindre.Un éblouissement passa devant les yeux d'Antoinette la même angoisse affolante lui tordit le i oiir: La Revue Moderne — Montréal, Mars 19 3 3 Page U9 Le Rêve d'Antoinette "Il aime! et celle qu'il aime est assez useiisée 11<• 111 lr faire siiuflrir! Ella voyait alors avec une lucidité sin- uliere cl il.III s ses | il II s ml unis replis l'aille le l'étranger, sa noblesse, sa bonté, son xquisc modestie, et elle s'indignait (outre ingrate incapable d'apprécier un tel tré->r.i "Mais qu'ai-jc donc, se dit-elle enfin, que peut me f.iire toute cet te histoire" i* Son trouble, un .ent apaisé, l'en- \ ihit de plus belle; une fois encore elle .dressa à Celui qui sait loin Sa tête loiiie dans ses in,uns, elle eut avei lui i,i entretien suprême.Ouand elle se releva, ses paupières , lient roupies de larmes, mais une paix I , ilomle souriait dans ses \ eux Mon I lieu, .i.ail elle, vous s if/ ejiie je ne le voulais paB, je le craignais, j'ai tout fait pour que ce ne soit I s ainsi Mon Dieu, vous savez que je ne suis pas coupable! Si je me trompe ci tte fois encore, éclairez votre pauvre petit* Toinon qui vous aime, guidez-la, .ire/lui sa route".l'uis, le front Illuminé de cette douceur extrême qui d'abord l'engourdissait de jnie, cette douceur nouvelle, imprévue et immense, elle conclut, les yeux fixés au crucifix: — Mais je ne me trompe pas, vous le sue/ bien, mon Dieu! XXXIII MM.Vaudrecourt et de la Mare quittèrent Montreil dans la première quinzaine de juin.On regretta le bon garçon joyeux et insouciant et son inépuisable complaisance; on regretta sa basse encombrante (|ui tenait dans l'étroit salon une place exagérée; en regretta son cor de chasse, sa tiûte et son triangle, et pourtant quand tout cela fut parti, les "survivants", comme disait Olivier, éprouvèrent un sentiment inavoué de bien-être intime, la satisfaction de se trouver enfin entre soi.On fit moins de musique, le bon Othon n'étant plus là pour toutes les corvées.Et puis, ces dames étaient fort occupées par l'approche de la première co mmunion.Antoinette apportait à l'œuvre de caté-chisation un dévouement admirable, ayant pour chaque enfant des attentions particulières et touchantes, si bien que tous ces petits l'adoraient.Quand elle en rencontrait un dans la rue, il accourait vers elle pour lui dire bonjour et lui confier qu'il n'avait pas désobéi à maman ni mal répondu à grand'mère.Elle récompensait le bambin d'un sourire ou d'une caresse et se hâtait pour remplir toute sa tâche; elle avait tant de choses à faire! Oes robes blanches à coudre, une leçon à expliquer, une autre à préparer pour le lendemain, et puis ses petites protégées à garder! C'étaient deux enfants très pauvres dont les petites âmes négligées ne demandaient nu'à s'épanouir au doux soleil de la tendresse et de la foi.Elles trouvaient au Cottage, et surtout près d'Antoinette, que son amie voulait au premier rang dans l'œuvre de bonté, cette lumière et cette chaleur, et leurs bons petits cœurs reconnaissants la payaient de sa sollicitude avec usure par l'éclosion de charmantes vertus.Olivier avait manifesté le désir de les voir, môme il sollicitait de temps à autre l'honneur d'être admis au catéchisme, et faisait la joie de tous les bambins d'abord par ses poches gonllées qu'on devinait pleines de bonnes choses, et puis par la manière ingénieuse dont il interrogeait les petits élèves et expliquait la leçon.Quelle couleur préfères lu ! demanda t-il un jour à une fillette souriante et nuit inc.— Le bleu, monsieur le marquis.Bleu clair ou foncé ?- Clair, monsieur le marquis, très clair.— Bon, alors tu es contente quand on le donne des rubans et d'autres objets de cette nuance.— Oui, monsieur.— Et si toi-même tu as quelque chose à donner, il te semble que ton présent sera plus agréable s'il est bleu clair, garni ou enveloppé de bleu clair, j'en suis sûr.— C'est vrai, monsieur le marquis.— Tu veux faire plaisir au bon Jésus, n'est-ce pas?—• Oh! oui, bien sûr! répondit la petite avec ferveur.Alors, donne-lui des rubans bleu pâle.Les enfants se regardèrent étonnés.Olivier sourit.— Es-tu douce?interrogea-t-il à brûle-I ourpoint.Lucie confuse baissa la tête, mais en-¦ mragée par la voix bienveillante de l'ar ' ste, elle osa le regarder en face.— Non, monsieur le marquis, dit-elle.— Je m'en doutais.Eh! bien, il faut le devenir si tu veux avoir l'âme bleu pâle, et pour donner des rubans de cette nuance au bon Jésus, il faut faire d'ici demain autant d actes de douceur que tu voudras offrir de rubans.Vous riez, continua-l-il en s'adressanl à tous les i-.itéi huuiéiies ei pourtant, je dis vrai, chaque \rertu a sa couleur.La pureté est blanche, l'amabilité est rose, la douceur est bleu pâle, la fran-i Inse bleu ardent, la modestie mauve, le dévouement orangé, la bonté dorée ou plutôt d'or fin et brillant .etc.Or, Jésus aime beaucoup les rubans, je vous propose de lui en offrir pour demain une corbeille pleine; chacun les donnera de sa couleur préférée; vous m'en apixjrterez la liste au i aie.Insine.Les enfants s'en allèrent, très amusés par cette façon nouvelle de pratiquer la vertu.Tout le soir ils virent rose, bleu ou doré, et le lendemain chacun apporta sa liste sincère de |K-I il s actes de vertu.Béatrix et Antoinette racontaient en riant les "inventions" d'Olivier à Bernard Valin.Celui-ci écoutait tout avec plaisir demandait ce que faisaient les enfants, semblait s'intéresser énormément à l'œuvre dévouée des deux jeunes femmes, mais ne demandait jamais à voir les protégées d'Antoinette, et loin de réclamer comme son ami la faveur de venir au catéchisme, paraissait fuir avec soin toutes les occasions de la rencontrer.— Ce n'est pas gentil, pensait ta jeune fille.Et elle voyait là une preuve d'indifférence profonde pour elle, de la part de l'artiste.Cette preuve était sa grande force contre la douceur de certains regards attendris qu'elle croyait surprendre lorsqu'il la voyait, le soir, entourée du nuage de mousseline blanche où elle taillait les robes vaporeuses que mettraient les petites le jour de la première communion.ou quand il écoutait vibrer son âme aux mots de devoir et de charité qu'elle prononçait parfois, timidement, tout effarouchée de le sentir là.Ces regards attendris se faisaient plus longs et plus fréquents depuis qu'elle-même avait dans ses yeux, dans son sourire, dans ses moindres gestes, quelque chose de recueilli et de rayonnant qui l'idéalisait et la transformait au point de la rendre méconnaissable.— Comme Antoinette embellit! disait Olivier.Elle est tout simplement exquise.Et, avec Béatrix, il souriait, du sourire mystérieux qui maintenant leur venait aux lèvres au seul nom de leur amie.Embellissait-elle vraiment ?En tout cas, elle ne s'en souciait guère, et redoublait de tendresse pour Eugénie et Suzanne, afin de remplacer l'affection qu'on ne voulait pas leur donner; et qui leur était bien due, pensait-elle un peu dépitée.Un jour elle les vit arriver toutes joyeuses tenant chacune un gros paquet à la main.— Mademoiselle Antoinette, voyez comme on nous gâte, s'écrièrent-elles, ce sont de jolies eloltes pour nous taire de lielles robes pour le lendemain de la première communion.Et elles montraient en riant deux pièces de lainage l'un bleu, l'autre grenat, à petites fleurettes blanches.— C'est magnifique! Qui vous a donné cela ?- M.Marelle.— M.Marelle?quel M.Marelle?— Le notaire.11 est bien bon.Antoinette fronça le sourcil: — Vous le connaissez ?— Oh! oui, mademoiselle, il vient souvent chez nous et nous apporte toujours quelque chose: de la viande, des fruits, (les habits pour papa.Hier il a donné cela que nous désirions tant en nous demandant de pi ici poui lui et l'oui quelqu'un — Il ne vous a pas dit qui ?interrogea Antoinette, rougissant de sa curiosité.— Non, il ne l'a pas dit.— Oh! c'est mystérieux, pensa Antoinette.Aurait-il lui aussi un amour au cœur?.Un notaire amoureux! c'est gentil.Après tout, il n'a pas eu l'intention de me faire du mal, ce garçon; s'il aime quelqu'un, je souhaite qu'il l'épouse! Quand il sera marié, tante Virginie sera plus calme, elle se résignera sans doute à la rareté de ses visites, car il n'y a pas à dire, il ne vient plus la voir et elle ne s'en console pas' Oui.nies chéi tes.dit-elle aux petites filles, nous allons vous tailler vos robes tout de suite, je vous promets qu'elles seront prêtes, soyez tranquilles.Le soir même, au Cottage, Antoinette se mettait à l'œuvre.— Regardez comme "mes petites" seront gentilles, dit-elle en déployant les rouleaux d'étoffe.C'est un cadeau qu'on leur a fait, vous ne devineriez jamais qui.— Aussi ne chercherons-nous pas, dit Olivier.Le nom ?— M.Marelle, vous savez, votre propriétaire, ajouta-t-elle en regardant Bernard.— Ah! Faisant un violent effort sur elle-même, pour accomplir œuvre de justice.let peut-être aussi peut-être pour se réhabiliter dans une opinion précieuse, elle continua: — C'est très gentiljà lui, n'est-ce pas?Du reste, il est très bon, ce "notaire", paraît-il.Dans ces mots "ce notaire" quelque chose passait qu'elle n'aurait pas voulu y mettre.— Suzanne et Eugénie l'aiment beaucoup, il fait du bien à leur famille; son tact et sa générosité .Olivier l'interrompit en riant.— Mademoiselle, c'est une apologie complète; je commence à croire que l'air de Montreil vous gagne: vous nous avez dit un jour que, ici, on s'arrache ce monsieur.C'est fait, vous êtes sur les rangs.— Moi?Jamais de la vie! Toutes les idées enfuies revenaient dans cette exclamation, puis, honteuse de sa vivacité, elle reprit: — D'abord, je ne suis pas une jeune fille à marier, moi, je ne me marierai jamais.— On ne doit pas dire: "Fontaine .", murmura Béatrix en souriant.— Est-il très indiscret de vous demander pourquoi ?interrogea Palverini.— Oui, très indiscret, répondit Antoinette, s'efforçant vainement de donner à sa voix un ton de plaisanterie.Bernard s'était levé et, près de la fenêtre, regardait avec attention^la marche affolée d'une coccinelle égarée^sur le rebord intérieur de la croisée.Le pauxre insecte lui faisant peine à voir, il prit dans sa poche un morceau de papier, y fit monter la bestiole et, avec mille précautions, laissa glisser le tout en dehors sur les rosiers odorants qui tapissaient le mur au-dessous de la fenêtre.Dans la chambre bien éclairée on ne poux'ait voir son visage, mais Antoinette remarqua cette pitié pour un très petit et, le cœur serré d'émotion, pensa: — Comme il est bon! XXXIV — C'est vous, Toinon ?Bonjour, bonjour.Mlle d'Aipeuille qui, au même moment, ouvrait la grille du Cottage, s'arrêta et levant la tête vit au balcon son amie, charmante dans un long peignoir blanc.— Comme vous êtes matinale, disait Béatrix, ou plutôt comme je suis paresseuse! Voyez, je ne suis pas encore prête à descendre.— Savez-vous, Béatrix, que vous et votre balcon formez un tableau délicieux par cette matinée de juin lumineuse et jolie.Tenez, comme cela, ne bougez pas: avec votre robe blanche, vos cheveux qui scintillent, votre main sur la rampe de bois, et ces guirlandes qui montent, descendent, moutonnent, sans que l'on sache comment ni pourquoi, on dirait Juliette, dona Sol.ou Roxane.— Ces héroïnes ne se ressemblent pourtant pas! C'est miracle que de leur ressembler à toutes trois en même temps.— C'est ainsi, cependant.Je vous assure que ce balcon serait le décor à souhait |H)ur faire jouer Cyrano.J'ai toujours eu pour le pauvre Cyrano une immense compassion.Ne trouvez-vous pas que Roxane était une sotte de ne point discerner le véritable amour de l'autre, et de s'attacher autant aux vulgaires et fragiles avantages de la beauté ?—¦ Sommes-nous bien sûres qu'à la place de Uoxane nous n'eussions point agi comme elle ?dit lentement la marquise.— Oh! Béatrix.— Il faudrait vivre les événements pour pouvoir les juger.Que celui de nous qui ne s'est jamais trompé lui jette la première piei re — Chère amie, votre indulgence est sans limite, mais je ne suis pas de votre avis.Ainsi, moi, je saurais bien apprécier le bonheur d'un tel amour, et je ne passerais pas à côté sans le voir.— Roxane l'a vu, reprit Béatrix de la même voix lente, mais trop tard.Heureux ceux que la grâce éclaire à temps et qui ne rejettent pas sa lumière.Souvenez-vous de ces paroles, mon amie.Mais nous nous faisons attendre mutuellement, ajouta-t-elle en reprenant son ton enjoué.Pardonnez-moi comme je vous pardonne.Entrez prendre un li\-re dans le salon ou, si vous préférez, promenez-vous dans le jardin: vous verrez si notre rose France est épanouie.Béatrix rentra dans sa chambre et Antoinette courut au massif de rosiers.Sous la fenêtre du salon, les roses déployaient leur magie; bengales, bouquets de mariée, gloires, baronnes, tout un armoriai, toute la gamme des jaunes, des roses, des blancs, embaumaient.Une France donnait les plus belles promesses et intéressait fort Antoinette à chacune de ses visites au parterre.Elle eut un cri de joie en y arrivant ce matin-là.La rose était superbe, exubérante de vie et de fraîcheur, comme une jeune reine au milieu de ses sujets inclinés à ses pieds.Son regard enchanté parcourait la mousse soyeuse et nacrée des pétales odorants.Sous la fenêtre, contre le mur.une chose vulgaire et laide retint ce regard que les corolles merveilleuses avaient laissé passer: c'était un vulgaire morceau ar lui dire: — Mon cher, si cela vous intéresse autant, il est bien plus simple d'aller vous-même voir comment cela se passe; c'est à dix heures, entrée libre.— Non, vraiment, je ne puis.— Si, si, vous pouvez, reprit Béatrix; je vous assure que vous pouvez. Page 50 La Revue Moderne — Montréal, Mars 1983 Antoinette se rappelait la manière dont elle avait accentué ces deux derniers mots.— Ne serai-je pas indiscret ?— Pas le moins du moins du monde.Avouez que vous en mourez d'envie.— Cela m'intéresserait certainement beaucoup.Et c'est pourquoi, ce jour-là, Antoinette avait tant de peine à ne point se distraire de sa prière.Elle s'inquiétait un peu de trouver si délicieuse la perspective de le voir là, occupé des mêmes choses qu'elle, amené enfin à ce catéchisme où, il lui fallait bien se l'avouer maintenant, elle avait si ardemment désiré qu'il vint! Elle s'en inquiétait, et serrant avec plus de force les grains de nacre, prononçait avec ferveur: Ora pro nobis, peccatoribus.Dix heures moins deux.Cette fois, c'est lui.Elle n'a pas tourné la tête, mais elle l'entend, le devine, le sent là, tout près.Oui, c'est bien lui ! Distraite encore, elle lève les yeux et le regarde venir, sérieux et grave, par la nef gauche de l'église.Pour arriver jusqu'aux places des Palverini, il doit passer devant le groupe des enfants.La jeune tille surprise voit alors tous ces petits lui sourire, le saluer gentiment, comme une vieille connaissance.— C'est drôle! pense Antoinette II les a donc déjà vus ?Tout occupée de cet incident, elle suivit mal les phases de l'examen; mais elle recouvra pour quelques minutes sa présence d'esprit pendant l'épreuve de Suzanne et d'Eugénie, qui du reste s'en tirèrent fort bien, à la plus grande gloire de leur protectrice.— Mes félicitations, mademoiselle, dit Bernard à la sortie de l'église.Elle le regarda bien en face, sans répondre, mais très vite détourna les yeux, troublée jusqu'à l'âme par ce qu'elle devinait en lui d'émotion attendrie, et la question qu'elle voulait faire trembla un moment sur ses lèvres et demeura inexprimée .Après quelques remarques sur l'examen de catéchisme, la promesse d'aller au Cottage dans la soirée, le jeune homme s'éloigna.Tandis que Béatrix restait encore sur le perron de l'église, attendant ses petites élèves, Antoinette regardait la silhouette, la marche souple de l'artiste et s'accusait de le trouver tant à son goût.Au milieu de la place, il croisa un groupe de dames et salua.Vivement intéressée, elle découvrit sous un chapeau bleu le visage réjoui de la femme du docteur.Auprès d'elle marchaient, l'une guindée, l'autre bonne fille, les demoiselles Vadier.— Laquelle salue-t-il ?Puisqu'il les connaît, pourquoi n'en parle-t-il jamais?Sans se douter de l'émoi qu'il laissait derrière lui, Bernard se hâtait.Quelques pas plus loin, il rencontra un brave homme en bourgeron, ses outils sur l'épaule.L'ouvrier l'aborda et parla avec animation .Ce fut très court, Bernard dit quelques mots et continua son chemin.Il allait prendre la rue Saint-Jean quand un gros monsieur essoufflé nui venait lui frappa familièrement sur 1 épaule.Le jeune homme se retourna, sourit et prit la main qu'on lui tendait .Antoinette avait reconnu Me Benoit, notaire.— "Pour le coup, c'est trop fort!" pensa-t-elle.— Ma mignonne, à quoi songez-vous?Voici deux fois que je vous propose de rentrer.Béatrix, prenant affectueusement le bras de son amie, cherchait à l'entraîner.Antoinette avait une lueur étrange dans les yeux.— Pardonnez-moi, je suis si distraite.Béatrix, dit-elle après un silence, M.Valin connait-il beaucoup de monde à Montreil.— Pourquoi cette question ?Il connaît, nous .et peut-être d'autres encore: quand on est dans une petite ville depuis quelque temps.— Savez-vous s'il connaît Mme Morin ?— Quelle idée! — Et les demoiselles Vadier?et M.Benoît ?— Pourquoi ?mais pourquoi ?— Vous en a-t-il jamais parlé ?— Toinon, vous m'inquiétez.Toinon ne poussa pas plus loin son interrogatoire: elle ne fit pas remarquer à Béatrix qu'aucune de ses questions n'avait reçu de réponse valable, mais elle vit fort bien l'embarras de son amie et la rougeur qui rendait plus charmant encore son doux et beau visage.Le soir, elle sembla nerveuse, contre son habitude, avec dans ses paroles une ironie qu'on ne lui connaissait pas.Elle demanda à Bernard mille renseignements sur les dernières expositions d'art, les procédés modernes de peinture, et les artistes les Le Rêve d'Antoinette plus connus des deux salons; elle s'impatienta parce qu'Olivier prenait la parole quand on ne l'en priait pas et s'empressait de répondre aux lieu et place de son ami; elle insista pour que le jeune homme montrât quelques-unes de ses œuvres artistiques et, voyant quelque chose de grave et d'attristé dans de beaux yeux dont plusieurs fois elle avait rêvé, se leva, se plaignit d'une migraine et demanda qu'on voulût bien la faire reconduire chez elle."30 juin.— Ne m'abandonnez pas, mon Dieu! Mon Dieu, ayez pitié de moi"! XXXV Des envolées de mousseline blanche, des lueurs mystiques de cierges, des parfums de fleurs et d'encens, les grandes portes s'ouvrent, la cérémonie est terminée.Sur les marches de l'église, des yeux d'anges extasiés sous leurs voiles, et gardant la pensée de la miraculeuse union.Il est quatre heures, tout est fini, le soleil est plus doux, une joie flotte dans l'air, et presque tous, à petits pas, prennent le chemin du Cottage.Antoinette et Béatrix se sont hâtées pour arriver les premières, pour accueillir à leur venue ceux que l'on fête aujourd'hui; amis et parents sont invités aussi: ne faut-il pas que tout le monde soit heureux?La salle à manger, la vérandah, le salon ont leurs portes grandes ouvertes; sous le balcon, parmi les branches folles des rosiers grimpants, un lunch est préparé, la maison entière a pris un air de fête.Bon gré mal gré, tout doit sourire.Antoinette fait comme les autres, et son sourire garde quelque chose de vague et d'incertain tandis qu'arrivent, joyeuses et recueillies, ses chères petites protégées.Elle les embrasse longuement, mais elle doit être à tous, et remet à plus tard des confidences que l'on voudrait lui faire.— Toinon, voulez-vous m'aider à offrir les gâteaux ?Les deux jeunes femmes s'empressent, les visiteurs sont nombreux.— Ah! monsieur Valin! vous êtes venu, c'est gentil.Et Antoinette, pourtant tout occupée d'autre chose, l'entend distinctement répondre à Béatrix.— Oui, madame .à la grâce de Dieu! Depuis le soir de l'examen, elle ne l'a pas revu : ces derniers jours ont été si surmenés! Et puis, elle se sent trop profondément troublée pour pouvoir rester de sang-froid un seul moment en face de lui!.Il est là, dans ce cadre de fête, elle sent son regard posé sur elle.elle voudrait le regarder aussi et ne peut pas! Le lunch est terminé, les petits frères et les petites sœurs, tout bébés, finissent les derniers gâteaux.Olivier propose aux garçons de chanter un cantique qu'il leur a enseigné.Antoinette, dans un coin d'ombre, sous les volubilis de la vérandah, ose enfin lever les yeux.Elle voit autour d'elle les visages heureux des enfants, et ceux attendris des parents, elle voit le profil régulier de Béatrix, la main d'Olivier qui, soulevée en cadence, bat la mesure, et c'est tout: "Il n'y a plus personne! il n'est plus là!" Un peu soulagée, tout assombrie aussi, elle s'aperçoit enfin du geste suppliant de la petite Eugénie qui la cherche et voudrait lui parler.— Oh! mademoiselle, j'aimerais tant vous dire comme je suis heureuse! — Chère mignonne! viens avec moi dans le jardin, nous serons mieux pour causer.Toutes deux, elles sortent, si doucement que personne ne le voit.Elles vont dans le parterre de roses et de géraniums, et penchée sur cette joie, la jeune fille écoute la confidence d'une jolie âme toute pleine de la divinité.De peur d'effaroucher le bonheur qui rôde par ici, elles marchent si légèrement qu'un oiseau perché au bout d'une branche ne les entend pas.Elles arrivent ainsi à l'allée de platanes où tant de fois, par de lumineux soirs de printemps, elle avait entrevu la douceur enchantée d'un rêve.Toute pâle, Antoinette serre plus fort la main de l'enfant II est là à la place même qui était devenue la sienne.Mais avant qu'elle pût lui parler ou s'enfuir, Eugénie s'était élancée, joyeuse, vers lui.— Monsieur Marelle! disait-elle de sa voix chantante, monsieur Marelle, je vous ai vu tout à l'heure, et je n'ai pa9 pu vous dire merci pour le beau cierge.Nos robes sont faites, et très jolies, nous les mettrons demain.Elle tendait son front à son cher bienfaiteur, pour qu'il y mit un baiser.Mais lui, tout occupé d'autre chose, n'écoutait pas, ne voyait rien qu'Antoinette appuyée au platane, et si pâle, avec ses yeux fermés, qu'il eut un moment l'horrible crainte de la voir mourir là devant lui.L'enfant insistait.— Ma petite Eugénie, va rejoindre ta sœur, il est déjà tard, on pourrait te chercher.Sans rien dire, avec cette science du cœur et cette divination qu'ont les âmes très pures, l'enfant s'éloigna.Alors, il vint tout près du visage tant aimé, et d'une voix très basse, il parla.— Vous savez tout, maintenant, je n'ai plus à vous dire ce secret si lourd que c'était un martyre pour moi de le supporter.Oh ! comme vous devez me mépriser de vous avoir ainsi trompée! Mais pourquoi êtes-vous venue au travers de ma vie, pourquoi vous ai-je tant adorée?Ils disaient que vous détestiez mon nom sans me connaître, et qu'en cachant ce pauvre nom que je rêvais de vous offrir, j'arriverais peut-être un jour à me faire aimer de vous Et moi, trop désireux de voir se réaliser le rêve impossible .j'ai dit oui, et j'ai fait tout ce qu'ils ont voulu.J'ai bientôt compris toute ma folie en vous voyant si bonne, si angélique, si digne d'un meilleur que moi .Un jour, j'ai cru voir dans vos yeux ce que je voulais y lire.la joie fait mal.mais un mal enivrant.Dieu est bon d'avoir mis cette heure-là dans ma vie.Il parlait d'une voix brève, saccadée, en hachant les phrases.Antoinette demeurait les yeux clos, appuyée contre le grand platane.— Si vous me méprisez, continua-t-il, ayez au moins un peu de pitié, n'accusez que mon amour qui, toujours, quand je voulais parler, gardait mes lèvres closes.Je craignais tant de vous voir vous éloigner de moi.je craignais tant ce qui arrive aujourd'hui!.Il se tut, épiant sur le cher visage la trace d'une ironie ou d'un dédain.Elle ouvrit les yeux lentement, joignit les mains comme en extase, et dans un regard montrant toute son âme, dit avec ferveur: — Oh! que c'est bon d'être aimée ainsi! S'éloignant d'elle, il reprit d'un ton âpre et sourd: — Vous n'avez donc pas compris?Vous n'avez donc pas entendu Eugénie tout à l'heure!.A son tour elle s'approcha de lui, et d'une voix vibrante de tendresse: — J'avais deviné, je savais tout, dit-elle.Roger pâlit, le cœur gonflé d'espérance.— Oh!.vous le saviez!.— Oui, et j'ai cru mourir de honte; vous aviez si bien le droit de mépriser ma sottise, et si bien le droit de me garder rancune! Oh! dites encore que vous me pardonnez ! Des larmes tremblaient dans ces mots.— Que je vous pardonne! s'écria-t-il éperdu, oh! chère, chère bien-aimée!.Par le chemin encadré de géraniums et de roses, Béatrix venait.Dans l'ombre vaporeuse de l'allée, elle vit Roger, les yeux fous de bonheur, prendre la main d'Antoinette extasiée .Alors, mettant dans un sourire toute sa joie et toute son âme, la jeune femme reprit à pas légers le chemin de la maison.Autour d'elle, les roses s'effeuillaient; dans le vieux lilas défleuri, un oiseau en pépiant construisait son nid.XXXVI "5 juillet.— Thérèse chérie, je vous envoie mon block-notes: vous n'y lirez rien, mais je crois que votre amitié profonde y découvrira ce que je ne voulais pas écrire.Et vous aurez comme toujours raison, ma Thérèse, car je l'aime, je l'aime de toute mon âme."Mon amour est si grand qu'il me semble presque superflu de vous dire que, sous un pseudonyme d'artiste, il cachait le nom et la personnalité de Roger Marelle, le notaire détesté.Tout cela m'importe si peu, maintenant! C'est son âme que j'aime, son âme rencontrée, connue et si bien comprise par la mienne."J'ai beaucoup souffert, mon amie, quand j'ai deviné son cher nom: ne pou- La Petite Poste ATTENTION .Les annonces de la Petite Poste tont publié*- à raison de :— UNE INSERTION : 75c On devra adresser :— La Petite Poste.La Revue Modem*, 320, rue Notre-Dame est, Montréal.Désirent iI.-n rurn'm|ioiuliinlM, |(>t* Jeun, filles dont les noms suivent: — Mesdemoiselles: SUSIE— (Corr.de 22 n.30 uni; bui échange d'Idéea).320, rue Noire-Dame esi Montréal, P.Q.JEANNETTE—(Corr.de ii h 10 ans but: «change d'Idées).320, rue Notre-Dam.est, Montréal.P.Q.MUOUETTE—(Corr.dlst.Inst).C.P.J0.', Rlchmond, P, Q.LOUI8ETTE—(Corr.de 40 (l 55 ans.c 11b.ou veufs, bonne pos.) 320, rue Notn Damo est, Montréal, P.Q.Mme M.P.— Dlet.et de très bonne «du cation.(Corr.âgés, cultivée et honnêtes > 320, rue Notre-Dame eet, Montréal, P.Q FLEUR Dl l'OYKK—(Corr.non.cl ou veuf de 30 d 40 ana, dlet.bonne pos.i Poste restante 3S9, rue Dellnelle, Montré,, P.Q.Ml l;ll I.— Aime le printemps ot desli.corr.gala.C.P.113.SuIntSauveur.Qué-be MONIQUE LK III1S-I:.ifte dlet m (Corr.également Inst.et de très bonne «due de 35 d 40 ans; rep.usa) 320, rue Nntr, Dame est.Montréal, P.Q.SOLANGE—Dlat.élégante.(Corr.dlst.Inst.bonne pos.de 27 a 40 ana), 320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.Q.PAULINE DULAC — Inst.aer.{Corr.m corr'tes de bonne éduc.de 25 à 30 ana).c P.417, Rlmouskl, P.Q.FLEUR D'AMOUR-Gentille, dlat.(Corr dlst.de 30 ,'i 45 ans, veuf ou céllb.bonne pos.stable: but sérieux).320, rue Notre-Dame est.Montréal, P.Q.MARIA DUPl'IS—(Corr.Inst.dlst.Bym-pathique.de 40 a 50 ans).320, rue Notre Dame est, Montréal, P.Q.MIMI PINSON — (Corr.ser.inst.dlst.d.30 à 35 ans).320, rue Notre-Dame est.Montréal, P.Q.i.lsKLE DeBONCOKIIt — (Corr.ûi 80 45 ans).320.rue Notre-Dame est.Montréal P.Q.R.RANTE — ( Corr.ser.céllb.ou veut sans enf.de 35 à 50 ans).320, rue Notre-Dame est.Montréal, P.Q.FLORE M Alt ION — Demoiselle sage (Corr.de 30 ans et plus: rep.ass.a tous).1135.rue Marie-Anne.Montréal.P.Q.ELIANE—(Corr.dlat.de 25 ans et plus! 5233.rue Wellington, Verdun.P.Q.Mlle AUDET — Brunette de 22 ans, gale.Inst.désire correspondants.74 3.avenue de l'Epée.Montréal.P.Q.ARLETTK I>K ltr\\N.IT — (Con et corr'tes dlst.de 25 a 35 ans; rep.ass.) 320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.Q.SUZETTE DESPRES — Sténo.(Corr.Insl et sympathique de 25 a 30 ans).820, rue Notre-Dame est, Montréal.P.Q.Mlle Sl'NKIST — Brunette dlst.Inst.(Corr.dlst.bonne éduc.de 20 a 35 ans; rep.ass.) 320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.P.MON REVE— (Corr.dlst.Inst.de 25 & 35 ans; rep.ass.) 320, rue Notre-Dame est.Montréal, P.Q.Désirent des correspondantes, les messleurs dont les noms sulxent: — Messieurs: A.P API NE AU—(Corr.filles ou veuves.40 ans et plus: but ser.seulement).3105.Boulevard Westmount.Montréal, P.Q.PAVOT D'ARGENT—Bonne pos.(Con i, de 18 a 23 ans; but: ae distraire, rep.toutes).Poste restante, Sainte-Marie dp Beauce, P.Q.CLAUDE BERNARD — Jeune I.te I ïiIb.coure classique.(Corr'tes dlat.de 17 il 21; rep.ass.) C.P, 73, Trols-Rlvlèrea P.Q.vais-je pas craindre qu'il méprisât ma folie?et, n'est-ce pas étrange?je pré ferais mille fois son estime sans amour à son amour sans estime."Dieu est bon; Roger m'a comprise mieux que je ne me comprends moi-même et, tout tremblant de son indignité, lui! il m'a demandé de devenir sa femme.Ma mission bénie en ce monde, ma Thérèse, sera donc de lui faire oublier à force île tendresse tout ce que je lui ai fait souffru, d'apporter la joie à son doux foyer, à ce nid délicieux qui, par un pressentiment peut-être, me semblait un coin du paradis "Tante Virginie exulte: elle savait bien que j'en arriverais là , elle savait bit" que je finirais par lui céder Je la laisse (lire, ne voulant pas gâter sa joie par une trop exacte et décevante remise au poini "Merci à Dieu seul, qui envoya, dan^ Béatrix, un ange pour me montrer m.i voie."Et malgré ses folles chimères, malgi1 tous ses rêves de gloire, dans un mois votn Toinon, mille fois heureuse, sera.femne de notaire".F I N De progrès en progrès Ouatre cent soixante-dix-huit millions 32, sur le total déjà très élevé des assurances en .igueur de 1920, voila le tour de force ,,'-alise par la Sun l.ife Assurance Company ,,1 Canada.Au dire d'économistes île renommée internationale, nous avons traversé, au cours des trois dernières années, li ciise éc.mn|ue la plus grave que le monde ait connue depuis cent ans, la iiirlu- îles affaires .is.ml marqué une liais- -e quatre fois plus forte que celle de toutes les crises antérieures.Les statistiques nous ipprcnnent que le mouvement général les affaires a sulii un recul de 54 pour cent - t que plus de 30 pour cent des travailleurs ni actuellement sans emploi l-a Sun l.ife of Canada, donl les .ni i .ités couvrent toute la surface du globe, i du lui ter depuis trois ans, beaucoup plus ! ne d'autres institutions financières du l'anada, contre les dilicullés économiques international et.Malgré ces conditions adverses, la Sun l.ife a réussi, en tant que i ompagnie mondiale, à conserver son rang; elle a même augmenté dans des propor-ons considérables le montant de ses as-urances en vigueur.Ses affaires ont autant d'importance pour le pays que le i ommerce d'exportation.Les résultats obtenus prouvent irréfutablement à ceux lui pourraient encore l'ignorer, que cette grande compagnie canadienne est solidement établie et continue de se développer.Depuis 192°, l'actif de la Compagnie s'est accru de plus de quarante-trois millions de dollars; il dépasse maintenant les six cent onze millions de dollars.A l'occasion de son Assemblée annuelle, lenue à Montréal le 13 février, la Sun l.ife Assurance Company of Canada a rendu public son soixante-deuxième rapport annuel.Monsieur T.B.MaCaulay, qui présidait, a parlé de la situation économique du monde.Il a dit que, tout bien considéré, d croit que les affaires ont enfin touché un fond solide sur lequel s'appuiera désormais l'activité économique pour revenir à la normale, et que la conférence économique internationale qui doit se réunir bientôt devrait contribuer largement à faire renaître la prospérité.Les crises antérieures à celle que nous traversons actuellement n'ont pas, en moyenne, duré plus de vingt mois.Or il y a exactement quarante mois, soit trois ans et quatre mois, que la crise actuelle bat son plein.Elle s'est caractérisée en particulier par une baisse graduelle et persistante des prix de tous les produits, telle des prix de gros ayant atteint environ 35 pour cent depuis 192°.Les bénéfices ont été par suite singulièrement diminués ou même réduits à rien dans tous les domaines de l'activité économique et il en est résulté une diminution générale du pouvoir d'achat des consommateurs.Monsieur Arthur B.Wood, vice-président et directeur général de la Sun Life, a parlé des progrès réalisés par la Compagnie pendant cette période de marasme et donné un exposé clair et intéressant de l'état financier de 1932.Il a insisté sur le fait qu'au cours des trois années de crise que nous venons de traverser la Sun Life a continué d'aller de l'avant, malgré la contraction qu'ont subie les affaires dans le monde entier; en effet, pendant ces trois années, le nombre des assurés de la Compagnie a augmenté de plus de deux cent mille pour atteindre presque le million, le montant de l'assurance en vigueur a augmenté de près de cinq cents millions de dollars et celui de l'actif, de quarante-trois millions de dollars.M.Wood a appuyé sur la manière dont l'assurance-vi aide les individus à se tirer sans trop de difficulté de leurs embarras d'ordre financier et il a fait voir dans quelle mesure les assurés ont jusqu'ici tiré parti de leur assurance-vie.L'assurance-vie, a dit M.Wood, a ga-sné la confiance du public et elle la conserve: c'est peut-être là l'actif le plus précieux de toutes les compagnies d'assurante-vie.La façon judicieuse dont elles ont conduit leurs affaires leur a valu cette confiance.A ce point de vue, la Sun Life est particulièrement favorisée, puisqu'elle possède la confiance d'une clientèle de tout près d'un million d'assurés; en effet, elle a, en 1932, vendu à d'anciens assurés une forte proportion de ses nouvelles polices et le nombre des annulations qu'elle a enregistrées a été inférieur a la moyenne générale.Sun Life Assurance Company of Canada Constituée ln 1865 Sffta Social - Montréal LASSURANCE-VIE se tire avec honneur de l'épreuve à laquelle elle a été soumise depuis trois ans, par suite du ralentissement des affaires.Le public apprécie plus que jamais les services qu'elle lui rend pendant les périodes difficiles.IA Sun Life of Canada a, au cours des trois dernières années—la période la plus eri.^ tique, dit-on, que le monde ait jamais connue—poursuivi sa marche ascendante.Ell<-s'est rendue éminemment utile à m*» nombreux assurés du monde entier.DEPUIS 1929, le montant de ses assurances en vigueur a augmenté de 46.ï millions de dollars; celui de son actif, de l'i millions de dollars.La Sun Life compte maintenant près d'un million d'assurés.RAPPORT de 1932 MONTANT D'ASSURANCE EN VIGUEUR au 31 décembre 1932 - $2.928,952,000 Ce montant considérable, qui r«-i»r»Wnl«* la fortune, en train de w eonstiluer, de près d'un million d'apurés de la Sun Life, *era versé à ces assurés ou à leurs héritiers avant la lin du vingtième siècle.On ne saurait surestimer cet élément de stabilité économique et sociale.NOUVELLES ASSURANCES EMISES (première prime versée) - - 284.W8.00» RECETTES DE L'EXERCICE.161,407,0») DÉBOURSÉS DE L'EXERCICE.148.026,000 EXCÉDENT DES RECETTES SLR LES DÉBOURSÉS - - - 13.381.00» VERSEMENTS AUX ASSURÉS KT AUX BENEFICIAIRES: En 1932 .108.527.000 Depuis la fondation.702.712.000 ACTIF - - .- - - - - - - - - - - 611,436,00» Obligations—d Etats, de municipalités, de compagnies de ser\ in* public, etc.; actions privilégiées et actions ordinaires; prêts hvpothécaires: immeubles; prêts sur polices de la Compagnie; espèces en banque, etc.PASSIF - - - -.- - - - - - 597,241,000 Près des neuf dixièmes de cette somme constituent le fonds de réserve des polices—le montant mis de côté pour garantir que tous les payements relatifs aux polices seront effectués à leur échéance.CAPITAL VERSÉ ($2.000.000) et solde créditeur du compte des actionnaires.$3,416,000 m RESERVE pour dépréciation d<- immeubles et des prêts hypothécaires.4.781.000 SURPLUS.5,998.000 - $14,195,000 L'actif a été évalué d'après le* dounées fournie* à toute* le* compagnies par le Département fédéral de-Assurances du Canada.La méthode des primes uniformes nettes a servi de basa- au calcul des réserves des polices.Les réserve* ainsi établies sont plus élevées que celles qu'exige la Loi fédérale des Assurances du C'anada.En 1932, la Compagnie a reçu des propositions d'assurance pour une somme moyenne de plus d'un million de dollars par jour ouvrable.Elle a, pendant cette année, versé à ses assurés et aux bénéBciaires de ses polices plus de 360.000 dollars par jour ouvrable.Le volume des encaissements de primes de renouvellement dépasse pour l'année tous les records antérieurs.Le total des sommes versées par les assurés pour rembourser, totalement ou en partie, leurs emprunts sur polices, est plus considérable que celui d'aucune année précédente.Pour la remise en vigueur de polices annulées, l'année 1932 n'est dépassée que par une seule année dans toute l'histoire de la Compagnie.Pendant le dernier exercice, le montant net des capitaux, provenant des polices, laissés à la Compagnie pour porter intérêt a marque une très forte augmentation.Sun Life Assurance Company of Canada LâUr, 1933.et une nouvelle page est tournée clans l'histoire d'Oldsmobile ! Deux modèles d'une nouveauté manifeste seront vus sur les grandes routes canadiennes .un Six de 80 chevaux et un Huit en Ligne de 90 chevaux dessinés expressément pour ceux dont l'opinion n'est pas disputée sur toutes les choses modernes.Les nouveaux Oldsmobile, tout en se faisant pionniers d'une tendance vraiment originale dans l'apparence des automobiles, ne dépassent pas les dictées du bon goût.Chaque ligne, glissant en arrière, depuis le crâne radiateur en V jusqu'au pont arrière radicalement nouveau, en passant par les garde-boue drapés et fuyants, semble promettre la performance rapide et infatiguable de ces autos.Ce sont, vous devez le comprendre, les plus fameux de tous les Oldsmobile.Ils personnifient les automobiles tout à fait modernes que les Canadiens ont demandés dans leurs réponses au questionnaire qui leur fut adressé par la General Motors Customer Research.Vous êtes invité oui, incité à voir et à conduire ces autos, aujourd'hui même, chez votre plus proche dépositaire.Les quelques moments que vous consacrerez à cette expérience vous convaincront du fait qu'il y a quelque chose d'absolument nouveau sous le soleil .l'Oldsmobile pour 1933' MOBILE HUIT E N LIGNE La Cie d'Imprimerie des Marchands, Limitée, Montréal
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