La Revue moderne., 1 février 1934, février
LA MARQUE DE L'HOSPITALITÉ PARFAITE CLUB SANDWICH avec olives et bacon croustillant .un vrai régal avec Bière Molson: INDIA PALE (étiquette blanche), EXPORT (étiquette dorée) ou STOCK (étiquette bleue).Prenez trois rôties, enlevez-en la croûte et garnissez-les de beurre et de mayonnaise.Sur la première, placez tm une feuille de laitue et du poulet froid tranché mince;assaisonnez et recouvrez avec la seconde rôtie.Sur celle-ci, placez encore une feuille de laitue, puis de minces tranches de tomates et des bandes de bacon frais cuit et croustillant; assaisonnez et recouvrez avec la troisième rôtie.Coupez le sandwich en diagonale et servez sur feuille de laitue avec olives enroulées de bacon croustillant.Ce bacon est frit dans la poêle autour des olives elles-mêmes.1 3 MOLSON BIERES À VOTRE CHOIX bicre que vUtre arrière-yratid-pere bumil INDIA PALE (Etiquette blanche) EXPORT (Etiquette dorée) STOCK (Etiquette bleue) La Revue Moderne — Montréal, Février 19 3k Page 3 Montréal, Février 1934 EVUE MDDERNE Revue mensuelle Président-Directeur : Noél-E.Lanoix Rédacteur en chef.Jean Bruchesi Pages féminines.Marjolaine Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Bureaux à: Toronto, New-York, Chicago, Londres, Ang.PRIX D'ABONNEMENT: Canada: 1 an.J1.60 — Etats-Unis: 1 an.|2.00 ommaire Le problème de nos destinées.3 W.G.Francoeur Le jardin du poète.4 Alfred droin-Comtesse Clo Mariette Doran L'opinion des autres .4 Dans le Grand Nord .5-6 Hélène de Harven Pourquoi parler de Liturgie?.7 P.Dominique-M.Clark, 0.P.Brins de vulgarisation scientifique.7 Docteur Faust Dans le Monde des Lettres.8 Rex Desmarchais La Vie Canadienne.10 Le salon de l'Auto.12-14 La Puissance du charme personnel.18 L'art de combiner l'antique et le moderne.22-23 La mode .24-27 Pour celles qui collectionnent les recettes .34 Nos Casse-tête historiques .36 Le courrier .41 La Petite Poste .42 ROMAN L'Enfant de la Larme Par Guy d'AvEUNE Sur les infâmes intrigues et les machinations diaboliques des méchants, l'auteur a fait rayonner la grandeur, la beauté et la noblesse d'un coeur de mère, et celles non moins sublimes de l'amour d'un coeur de femme.11 _n - "ne r He problème bc ncrô Besrtméesi SA DONNEE- SA SOLUTION Par W.-G.FRANCOEUR 1.— La Donnée du Problème Elle a été exprimée à toutes les époques critiques de notre histoire, depuis que la France a dû nous abandonner aux rives du Saint-Laurent.Sous des formules différentes elle est demeurée la même et peut se résumer en ces quelques mots: LE CA NA DA - FRA NCAIS ENTEND RESTER MA ITRE DE SES DESTINEES Sous Papineau, pour ne pas remonter plus loin, la nation canadienne affirme sa volonté de vivre, indépendamment du Colonial Office et du Haut-Canada, avec qui elle repousse la fusion dans un mouvement de révolte contre l'autorité britannique où la cause des insurgés est pourtant commune.En 1840, tous les corps de la nation, le clergé lui-même, si conservateur, si respectueux de l'autorité, protestent contre l'union avec le Haut-Canada, décrétée contre notre consentement par le Parlement anglais, et réclament le rétablissement de la Constitution de 1791 qui assurait notre indépendance dans le cadre de l'Empire.Contrairement au but du régime et des intentions avouées du Gouvernement métropolitain, la législation sociale, l'instruction publique, l'administra- iion du domaine et les lois sur la propriété privée font l'objet d'une décentralisation complète.Cartier lui-même crut qu'il avait garanti l'avenir de ses compatriotes en faisant confirmer cette décentralisation par l'Acte constitutionnel de 1867.Errol Bouchette, obsédé à son tour par ce problème, le résoud en proposant l'organisation de notre indépendance économique.Le groupe de l'Action française, rallié autour de l'abbé Groulx, professeur de l'Université de Montréal, publie en 1922 les conclusions d'une enquête sur l'avenir politique du pays franco-canadien.Ces conclusions aboutissent à la légitimité, à la nécessité d'un Etat indépendant de langue française dans l'est du Canada.Une autre voix cléricale, celle d'un moine distingué, le P.Thomas-Marie Lamarche.s'élevant dans le temple saint en présence de l'archevêque de Montréal et d'un nombreux clergé, donnait, le 24 juin 1932, la définition du patriotisme canadien-français."Le temps n'est plus, disait-il, aux discours lyriques par lesquels nous célébrions hier encore les exploits de nos pères.Qui sait si l'heure n'est pas venue de préparer ceux de nos fils! L'indépendance absolue du Canada-Français, pour être un objet éloigné, n'en est pas moins un but que nous devrions nous efforcer d'atteindre rapidement".M.Alexandre Taschereau, chef du gouvernement de Québec, parlant devant la Société des conférences de l'Université d'Ottawa, fin 1933, examine les trois alternatives possibles dans l'évolution du Canada: annexion aux Etats-Unis, indépendance ou statu quo.Il se prononce pour le maintien du statu quo, qui réserve l'avenir, et parce que l'indépendance du Dominion donnerait au Parlement central le pouvoir de changer la Constitution, Pour préparer l'avenir il n'est que de le forger soi-même.Georges Clemenceau et par conséquent notre situation, par un simple vote majoritaire.A la suite du Statut de Westminster, qui fait du Canada un pays virtuellement indépendant du parlement britannique, la Conférence de 1929 proclame que la Constitution fédérale canadienne, contrairement à celle des autres dominions, ne pourra être modifiée sans l'adhésion unanime des Etats provinciaux.Toujours le souci, chez nos chefs politiques, de mettre à l'abri le patrimoine moral du peuple canadien-français et de défendre contre toute atteinte sérieuse la destinée des futures générations.Mais l'avenir demeure précaire en dépît des apparences et malgré notre volonté de survie, et cela pour deux raisons: d'abord, parce que nous ne tenons pas tous les fils qui nous conduiraient sûrement à notre destin.Les grands pouvoirs sont à Ottawa aux mains d'une majorité qui n'a pas nos traditions ni nos aspirations; deuxièmement, parce que cette volonté de survie est dispersée et vacillante;elle s'est montrée molle et hésitante en plus d'une occasion, et le fera encore.Or, pour être vraiment maître de ses destinées, un peuple doit avoir une volonté ferme et éclairée, avec les moyens de la faire prévaloir en toute rencontre par le jeu de ses institutions publiques libérées de la tutelle étrangère, tutelle financière comme tutelle politique, car l'une ne va pas sans l'autre, et la liberté politique serait vaine si elle ne s'appuyait sur l'indépendance économique.Pour être maîtresse de ses destinées la nationalité franco-canadienne doit être forte.Un peuple, pour se sentir fort, doit être riche et nombreux.Telle est la réponse au problème.Pour avoir le nombre, la nationalité canadienne-française doit s'adresser à trois sources: natalité, la colonisation et Vimmigration.Pour avoir la richesse, il faut se hâter d'inaugurer une politique économique qui nous donne une avance sur nos concurrents, qui favorise le développement rapide de notre production, qui assure une répartition équitable des biens créés par le travail de tous et qui fusionne dans une étroite solidarité toutes les catégories de producteurs et de consommateurs.Pour atteindre ces différents buts, il est nécessaire d'obtenir la collaboration cordiale de tous les Canadiens dans un plan de réforme gouvernementale et administrative.S'il est juste que l'effort d'ensemble surgisse des initiatives privées à tous les degrés, on ne saurait compter, pour la consolidation des gains obtenus, que sur une solide organisation administrative qui agirait à la manière d'un cordon de forteresses protégeant nos positions et servant de points d'appui pour exploiter le succès conquis.De là la nécessité d'envisager, dès le départ, la réforme des services publics.Une longue plainte s'élève, dans toutes les langues humaines, qui crie le désespoir des malheureux: ouvriers, petits bourgeois, ex-grands seigneurs, etc., que l'arrêt des affaires a jetés à la rue et à la mendicité, car (Suite à la page io) Page 4 La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S 4 Jardin du poète A l'Unique Fleur Glycines dont mon rêve est l'ingénu miroir, De vos grappes d'argent, quelle ferveur s'exhale! Et de vous, ô lilas, ô splendeur triomphale, Quelle volupté sort, quand il vient de pleuvoir! O fleurs, brûlantes fleurs, qui bercez mon espoir, Et nourrissez mes sens d'ambroisie idéale, Dans ce siècle bruyant où tant d'orgueil s'étale, Ne m'enseignez-vous pas le suprême savoir ?Tulipe cygne blanc, gracieuse ancholie, Le nœud de la douleur, devant vous, se délie; Tu parfumes mes vers, narcisse imperator/ Mais ne triomphez pas, corolles que j'acclame! Car une fleur humaine est plus charmante encor, Et rien ne vaut l'odeur séraphique d'une âme! Alfred Droin Madrigal d'Autrefois " Un frisson vous saisit, marquise?L'hiver est pourtant loin encor, L'automne même, cette exquise, Glisse à peine ses teintes d'or.Que faites-vous tête penchée Dans les flots de vos noirs cheveux ?Sans poudre oh! la sombre jonchée! Mais vous pleurez plus fort ?Je veux Prendre ma part de cette peine, A deux les chagrins sont moins lourds; Pour vos lèvres, il faut, ma reine, Rires et mouches de velours." Du bout des doigts, il en cueille une Et la pose très galamment."Marquis, marquis, quelle infortune! Ah! ne raillez point n.on tourment." Et de son front sans ride encore Ecartant les boucles de jais: "Regardez, dit-elle, l'aurore Des frimas que je redoutais." En la nuit de la chevelure Un indiscret fil argenté Ourle de blancheurs l'annelure Dont se couronne sa fierté.Il sourit à tant de détresse Puis, le regard sur sa beauté Il dit, baisant la brune tresse: "C'est joli la neige en été." Comtesse Clo Le Rocher de Grand'mère (Grand Mother's Rock) En mon pays, là-bas, se dresse sur la grève, — Buriné par les flots, battu par tous les vents,— Un roc nu; on dirait une femme qui rêve.Et le rêve de ce récif est émouvant.Elle a le dur profil de quelque idole antique, Ses cheveux, faits d'iris et de varechs soyeux, Couronnent un front bas sur un masque tragique; Nul ne peut deviner le secret de ses yeux.Dès le matin vermeil, son rêve solitaire S'attarde jusqu'au soir, sous les deux laqués d'or; Elle me fascinait jadis par son mystère, El son regard étrange et las me trouble encor.Entend-elle toujours, dans les lointains d'orages, La plainte des noyés, leur atroce clameur ?Maudit-elle à jamais la mer lâche et sauvage, Sirène qui séduit l'âme de nos pêcheurs ?.Mariette Doran L'OPINION DES AUTRES Le Parlement Champêtre LHISTOIRE rapporte que Louis XIV songea un jour à transporter le siège du gouvernement français à la campagne.M.Pierre Gaxotte, à qui nous devons deux livres remarquables: "La Révolution française" et "Le Siècle de Louis XV", rappelle, dans Je Suis Partout, cette heureuse idée du grand roi.Il rappelle aussi que le Roi-Soleil "avait, de parti pris, organisé sa vie pour la mettre à l'abri des agitations, des désordres, de tout ce qui obscurcit et trouble la réflexion.Tous les jours, après-midi, il prenait son fusil et marchait une heure ou deux dans son parc, en tiraillant ou en réfléchissant.Aussi arrivait-il à son Conseil la tête rafraîchie, le pouls régulier, sans tension et sans fièvre".Lin tel régime de vie explique sans doute, en très grande partie, que Louis XIV, pendant un règne de soixante-treize ans, ait pu s'astreindre, sans y manquer jamais, aux multiples et assaillantes obligations de ce "noble mais difficile métier de roi" dont il a lui-même parlé en ternies remarquables.Le souvenir de Louis XIV inspire à M.Pierre Gaxotte d'amusantes réflexions au cours desquelles, pris de pitié pour les parlementaires de notre temps, pour ceux de la France en particulier, il propose son "petit plan".Nous le reproduisons pour le bénéfice de nos lecteurs et de ceux qui, tout en améliorant le sort de nos députés et sénateurs, à Québec comme à Ottawa, voudraient voir notre pays aux mains d'hommes à la fois sains de corps et d'esprit.,.Article Premier.— Peuvent seuls être députés, sénateurs ou ministres, les Français majeurs qui ont un bon estomac et un sommeil régulier, dont le Wassermann est négatif, la tension normale, les poumons sains, les analyses de sang et d'urée conformes à la règle."Article Deux.— Les parlementaires seront soumis, chaque mois, à une visite médicale, à la suite de laquelle les malades, les agités et les déprimés seront exclus à temps ou à perpétuité."Article Trois.— Le Parlement siégera à la campagne, dans une salle largement aérée.Les séances auront lieu trois fois par semaine.Elles commenceront au plus tôt à neuf heures du matin, finiront à onze heures et demie, pour reprendre à trois heures et finir à six."Article Quatre.— Tous les députés devront faire, au grand air, une heure de sport par jour: marche, équi-tation, tennis, golf, etc.Les championnats sont interdits, ainsi que tous les sports belliqueux."Article CINQ.— Les parlementaires devront prendre chaque année un mois de repos complet à la mer ou à la montagne.Pendant ce laps de temps, il leur sera interdit de lire un journal et d'ouvrir une lettre."Article Six.— Chaque député aura droit à une inauguration par trimestre.Le menu du banquet sera conforme à un menu type établi par l'Académie de Médecine".Patois Canadien TA légende du "patois canadien" n'est pas morte.I Aussi faut-il accueillir avec reconnaissance les témoignages autorisés qui viennent, de temps à autre, au secours de la langue que nous parlons.Dans le Canada Français d'octobre, M.Ernest Martin, professeur agrégé à l'Université de France, invoque son expérience personnelle pour combattre la légende: "Quant àmoi, écrit-il, je viens de passer près d'un an au Canada.J'ai parcouru en tous sens la Nouvelle-Ecosse, notre ancienne Acadie, le Nouveau-Brunswick et la province de Québec; j'ai poussé dans l'Ontario jusqu'au-delà d'Ottawa; j'ai vécu dans l'intimité de nombreuses familles canadiennes; j'ai fréquenté l'élite intellectuelle du pays; je me suis assis à la table de ministres et à celle de modestes employés; j'ai questionné des chauffeurs de taxis, des garçons de restaurant, des pay- sans, des pêcheurs, des gamins qui jouaient sur la neige dans les bas quartiers de Montréal ou sur l'esplanade de Québec; j'ai couché dans des auberges de villages, où les voisins venaient "veiller" après dincr; j'ai écouté, le coeur battant, dans de petites paroisses, les voix fraîches de chu-urs d'enfants et le sermon du curé à la messe du dimanche; j'ai tendu l'oreille constamment, dans les trains, à l'hôtel, dans la rue; j'ai parlé à maintes reprises devant des auditoires canadiens, devant huit cents personnes à Ottawa, devant plus d'un millier à Montréal; j ai vu à Moncton, dans une salle comble, des prêtres, des journalistes s'asseoir, faute de chaises, à même le parquet pour écouter un Français de France; partout, j'ai trouvé des Canadiens de langue française plus ou moins instruits, ayant des connaissances grammaticales plus ou moins sûres, un accent plus ou moins prononcé, un vocabulaire plus ou moins riche, plus ou moins émaillé de vieilles expressions rustiques mais savoureuses et ayant toujours cours en France; je n'ai trouvé nulle part de patois proprement dit, ayant son vocabulaire particulier, sa syntaxe rudimentaire.Il m'a été donné, par contre, de rencontrer nombre de Canadiens cultivés qu'il serait inconvenant pour moi de complimenter sur la qualité de leur français".Que notre langue soit un patois: il n'est personne de sérieux qui se refuse à le nier.Mais que notre langue soit pure: c'est une autre affaire.Arts populaires ¥ gS lecteurs de La Revue Moderne n'ignorent pas, I pour avoir lu ici même, à plusieurs reprises, de solides articles sur le sujet, la campagne entreprise chez nous en faveur des arts populaires.Non sans raison, certains économistes et sociologues en recommandent la diffusion la plus large comme un excellent moyen de lutter contre le machinisme et de compenser le désordre de la grande industrie.D'autres y voient un remède au chômage ou bien conseillent aux ouvriers de s'y livrer dans leurs moments de loisir, ceux-ci tendant à se multiplier par la réglementation des heures de travail.En matière d'arts populaires, comme en toutes choses, il faut cependant prendre garde de ne rien exagérer.On a cru longtemps que les épopées étaient nées du peuple.Des érudits, en particulier M.Malkiel-Jirmounski, affirment qu'il n'en est rien et, passant au chapitre des arts populaires, nient, preuves à l'appui, que ces derniers soient également nés du peuple.Analysant, dans Je Sais Partout, un article récent de M.Jirmounsky, M.François Fosca conclut que "l'artisan populaire répète, tant bien que mal, les motifs que l'art savant doit aux grands artistes".Il serait intéressant de rechercher dans quelle mesure le grand art a pu influencer nos arts populaires encore au berceau.La Monnaie du Pape LE Pape, qui a le droit de battre monnaie, et dont toutes les pièces émises par lui ont cours légal en Italie, vient de livrer à la circulation, à l'occasion de l'Année Sainte, pour un million de lires de pièces d'or.Car la Cité du Vatican est un des Etats qui sont restés fidèles à l'étalon-or.Bien mieux, pour affirmer cette fidélité, et prêcher d'exemple en faveur de la plus absolue honnêteté monétaire, il a décidé d'augmenter le volume et le poids des pièces d'or qu'il a mises en circulation.Il n'y a pas en effet d'exemple plus convaincap .( L'Européen) La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 A Page 5 ?Dans le Grand Nord ?# UNE CHASSE AU CARIBOU Par Hélène de Harven Vous le savez, on appelle "Grand Nord" la vaste région déserte qui s'étend au-dessus de Québec, de la rive gauche du Saint-Laurent à la Baie d'JIudson.On y chasse l'ours, le renne et maints animaux à fourrure.Le caribou (renne d'Amérique) plus grand que le renne d'Europe, n'a jamais pu être domestiqué; il se fait rare et le Gouvernement au Dominion prend des mesures pour prévenir sa destruction.Nous allons suivre ici une scène de chasse.filmée par la parole si l'on peut dire.Les mots que l'on trouvera inscrits en italique sont en usage parmi les Habitants.• • • UN traîneau gravissait lentement la route abrupte de Saint-Ferréol.Les trois hommes qui le montaient avaient mis pied à terre afin d'alléger la charge.Il neigeait dru; le jarret du petit cheval se tendait nerveusement à chaque foulée, tandis que les mocassins des hommes disparaissaient dans la blancheur sans ombres et sans reliefs du sol.Au fond du traîneau étaient entassés des caisses de comestibles, des sacs, des plaids, des raquettes et des fusils engainés.Les cahots de l'attelage, le tintement ralenti des grelots, s'atténuaient dans l'épaisseur du poudrin et se perdaient parfois entièrement dans les bribes de la conversation.— Comme ça, Monsieur, vous venez de Montréal et vous allez rejoindre là-haut les autres .Dommage tout de même que vous ne soyez pas arrivé hier, rapport à la neige qui va vous mettre en retard.Aujourd'hui c'est rien encore; mais je crains bien que cette bordée dure vingt-quatre heures; et le chemin sera malaisé passé Saint-Ferréol.Celui qui parlait de la sorte en coupant ses phrases d'un "marche donc" sonore, à l'adresse du vaillant petit cheval, avait la physionomie intègre des Franco-Canadiens: collier de favoris gris, teint parcheminé, stature élancée, le père Morel passait pour le personnage le plus considéré de l'endroit.Sa maison servait d'auberge aux rares touristes et chasseurs se rendant au hameau de Beaupré perdu sur les confins de la vie civilisée au milieu de quelques pâturages et de nombreuses éra-blières.Par delà le mont Sainte-Anne à la base duquel il s'abrite, toute trace humaine s'arrête et la contrée demeure vierge comme aux premiers jours du monde.— Ma foi, avait riposté son interlocuteur (un élégant Européen, dans la force de l'âge) dès que l'on peut disposer de deux ou trois semaines de vacances m'est avis qu'on en doit profiter.Il y avait longtemps que mes affaires ne m'avaient plus laissé de répit.A présent, je compte rejoindre, pour me divertir à la chasse avec lui, mon ami Roger Yerneuil.Je voudrais rapporter des panaches pour décorer mon hall et il faut me hâter, avant que les mâles mettent bas leurs têtes.Chaque chasseur étant autorisé à tuer deux caribous par hiver et votre fils Abel devant me seconder, cela nous fera six paires de cornes à rapporter au logis.— Ben, avec un peu de chance si vous pouvez en prendre sept.fit Morel, goguenard.— Non .je sais bien qu'il est aisé de frauder dans les bois, mais il suffit d'une trahison des guides pour perdre ses droits de chasse.Je tiens à rester correct.Ce disant il jetait un coup d'ail par dessus son épaule vers le troisième personnage qui cheminait en silence à l'arrière du traîneau.Morel avait esquissé un geste d'approbation; ils poursuivirent muets leur ascension laborieuse.Les éléments semblaient se confondre.En poudre dense et cristalline, les fines paillettes hexagonales tombaient de plus en plus serrées.Les branches des grands pins lentement s'affaissaient, résignées au poids du manteau hivernal.Le Nordd commençait à souiller.— Je suppose, reprit Albert Duflot (c'était le nom de l'Européen) que mon guide a toutes ses instructions?— Rassurez-vous, Monsieur.De sitôt que j'ai reçu votre lettre j'ai prévenu le sauvage (il désignait, d'un mouvement de tête celui qui les suivait et dont l'accoutrement ne différait en rien du sien).C'est le meilleur des guides de Lorette; il connaît le pays à la ronde.Il a passé, ces jours-ci, au campement de votre ami.— Ah! ont-ils fait quelque bonne prise ?— Oui et non.Ils ont vu des pistes d'ours s'en revirer sous un arbre mais ils n'ont pas pu étraquer la bête.Vous savez, c'est le temps où les ours senca-banent avant les grandes neiges, à moins que d'être inquiétés, ils ne sortent plus d'hiver.Au reste, leur peau ne vaut pas cher en cette saison.Mais on a eu mieux.On a posé des trappes et attrapé des martres.Et m'sieur Verneuil, qui ne rate pas son coup de feu, a tiré deux renards argentés d'un fameux prix.pour ce qui en est du caribou, il a fait très mauvais; des bourrasques suivies de dégel et de pluie.on n'en a pas pris un seul.— Celte fois la neige tiendra.— Oui.Et mon cheval ne pourra pas aller plus loin que la maison de Simar.De là, mon fils vous amènera au chantier où l'on vous donnera une traine.Ou bien, à votre gouverne, on portagera votre butin.De toute façon vous pourrez dormir au chantier.L'Européen fit la grimace à cette proposition.Il savait ce qu'est un chantier: vaste loghouse servant d'abri à une cinquantaine de bûcherons occupés, trois mois durant, à l'abattage de la forêt.Il entrevoyait, par anticipation, dans la buée chaude, les dormeurs séchant leurs habits à même le corps, auprès du grand poêle.Les ailes de son nez aquilin battirent d'une manière expressive: — Hum, fit-il, j'espère que la lune luira demain soir.Une nuit de marche ne me fait pas peur.Je suis désireux d'aller tout d'une traite.— Comme vous voudrez, Monsieur.Mais je crains que vous trouviez, par là-bas, beaucoup de cailloux.Le monsieur sourit.Savait-il qu'en langage canadien les cailloux sont souvent des blocs rocailleux difficiles à escalader ?Morel arrêta son cheval au sommet de la côte.Albert Duflot réendossa sa pelisse pour reprendre sa place à côté du conducteur, le sauvage s'accroupit au milieu des sacs et le traîneau repartit bon train.Ils croisaient parfois un véhicule chargé de bois, mais rien ne remuait dans la montagne et la neige, fraîchement étalée atteignait, par endroits, neuf pieds d'épaisseur.Ce que l'on convenait d'appeler la route devenait impraticable.Plus d'une fois le traîneau chavira.Les hommes alors poussaient, tiraient, rétablissaient l'équilibre; la poudrerie les ensevelissait à demi.— Un vrai blizzard, disait l'Européen.— Tout de même, bon temps pour le caribou, concluait Morel.Bientôt apparurent les cabanes de Saint-Ferréol.Devant l'une d'elles Morel stoppa: — Bonjour, Simar.— Bonjour, riposte laconiquement Simar, attiré sur son seuil par le bruit de l'attelage.Il introduit les voyageurs dans sa demeure peuplée par la ménagère en sarreau rose et par une quinzaine d'enfants de tous âges.L'atmosphère est suffocante dans cette maison de bois surchauffée nuit et jour, mais notre monsieur s'en accomode sans broncher et il se hâte de serrer la main à tout le monde.Il sait que les Québecquois ne manquent jamais de tendre leur main cordiale et, par un reste d'amour propre, il préfère prendre l'initiative du geste que d'avoir à y répondre.Toute distinction sociale est lettre morte pour ces braves gens, dont l'hospitalité est proverbiale."Soyez le bienvenu, disent-ils; commandez en maître; vous êtes l'hôte, ce que nous avons est à vous.Nous sommes à votre service." On les offenserait en leur offrant la moindre rétribution.Cela n'est-il pas touchant?Le lendemain au déclin du jour le vent s'apaisa, les étoiles s'allumèrent.Albert Duflot.conduit par Abel et par son silencieux sauvage arriva cependant fort tard au chantier.Il laissa le fils de Morel se concerter avec deux bûcherons pour le transport de son bagage et se coucher ensuite parmi les travailleurs.Quant à lui, guidé par le Huron, il s'équipa et repartit après une courte halte.• * • A présent, le croissant de la lune scintille, détaillant sur le sol l'ombre portée des branches; sa limpide clarté bleuit le merveilleux tapis de diamants et d'opales.Dans les hauteurs, les aurores boréales s'allument; ellea déroulent, en replis mouvants, leurs écharpes soyeuses au travers desquelles transparait le firmament étoile; elles emplissent tout l'espace de leur magnificence.Le ciel célèbre, pour la terre vierge, ses grandes féeries mystiques.Chaussé de ses raquettes, le sac au dos, le coutelas et la hache à la ceinture, le fusil sur l'épaule, l'européen a emboîté le pas de son guide.Son haleine crépite, subitement cristallisée au sortir des narines.La température a baissé; d'électriques effluves emplissent l'atmosphère.Tout en marchant allègrement et tout en ouvrant l'œil, il sourit à ses pensées.11 a toujours savouré avec volupté les heures vécues en pleine sauvagerie.Ainsi l'intellectuel arrivé par son labeur à la fortune, renouvelle ses facultés vitales en les remettant aux prises avec la nature.Il habite Montréal depuis de longues années.Il s'y est acclimaté au point de ne plus désirer le retour au pays natal.Un de ses jeunes compatriotes, un fils de famille, grand disciple de Nemrod, ayant entrepris sous ses auspices, une tournée dans le Grand Nord, il a projeté de le rejoindre; il réalise aujourd'hui ce projet conforme à ses goûts et il se sent rempli de bonne humeur.Il éprouve en ses muscles, une force inextinguible; il est content de ses raquettes neuves et de l'ajustement parfait des courroies, détail important surtout en vue des étapes futures.Son pied aguerri enfile, d'un glissement souple, le sillage du Huron.Celui-ci, taciturne et grave, fraie la voie, escaladant les blocs de pierres, les troncs des arbres morts, ou enfonçant entre les têtes de jeunes sapins complètement ensevelis.De ravine en roidillon, ils vont, l'un suivant l'autre, en se hissant parfois à la force du poignet ou en dévalant sur les talons jusqu'au fond des coulées, parfaitement rompus à la gymnastique requise en l'occurence.Bientôt, ils longèrent un torrent.Les méandres des rivières, moins parsemés d'obstacles que les fourrés, s'offrent de préférence au coureur de bois.Il faut cependant connaître le parcours des eaux pour s'y hasarder.Les dégels survenant aux premiers temps des froidures occasionnent de redoutables déplacements du chenal.Les remous s'ouvrent alors une issue entre les couches solides et rien ne sauverait l'imprudent de la mort s'ils l'attiraient dans le gouffre.Combien sinistres ces flots noirs passant à toute vitesse avec des frôlements perfides! Ils bondissent entre les crevasses, se dissimulent sous les glaçons, roulent et bruissent en de sourdes clameurs .aussi, ne C.N.R.Photo Dans le grand Nord Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Février 1984 s'aventure-t-on qu'à bon escient.Lorsque la raquette se mouille, trahissant une infiltration, lorsque la dalle oscille, avec des craquements pareils au bris du verre, gardez-vous bien d'avancer.Ou, tout au moins, armez-vous d'une forte perche et sondez à chaque pas l'épaisse neige; craignez de vous tremper les pieds.Vos chevilles seraient bloquées séance tenante en des bottes de glace qu'il vous faudrait briser à coups de hache.La nuit touchait à son terme.La lune avait sombré derrière les Laurentides, les constellations avaient gravité, les aurores boréales s'étaient évanouies.La neige ne luisait plus; de sa nappe amatie s'élevait une blancheur diffuse; le voûte éthérée demeurait criblée d'astres; cependant elle pâlissait.L'aube pointait.Sans trêve, au balancement rythmé des raquettes, nos marcheurs avançaient, allongeant leur sillon sur la neige.Le soleil se leva dans sa gloire, les ombres de vif azur s'écourtèrent.Alors un bruit familier, un bruit de cognée résonna, net et clair et bientôt, sur le rideau sombre des conifères, un mince filet de fumée révéla le campement.La place était fort bien choisie.Entre les merisiers et les bouleaux, dans un circuit nivelé par la nature, à l'abri du nordâ deux tentes profilaient leurs cônes frêles.Un lac s'étalait vers la gauche et, à droite, sous un bouquet d'épinettes, une coulée indiquait le cours d'une source.Un homme en remontait, chargé de deux seaux pleins.— Mon ami, s'écria, sur un ton enjoué AlbertDuflot, voulez-vous me donner à boire?L'autre s'immobilisa, troublé dans sa solitude.Cependant sa physionomie s'anima.— Ah! fit-il.vous êtes monsieur Duflot.— Vous me connaissez donc ?— Comme ça .je vous connais de réputation; not' monsieur vous espérait quasiment.Il versa le contenu d'un des seaux dans un chaudron suspendu au dessus du feu: — Si c'est pour vous radouber sur l'heure, j'ai du lard reprit-il et du pemmican et du thé plein la jarre.Notre excursionniste se sentait affamé.Il engagea d'ailleurs son "sauvage" à se rassasier comme lui; mais il refusa le thé infusé de longue date et le pemmican, et il entreprit une visite aux provisions de son ami, ce qu'il fit sans scrupules, certain de combler le déficit par le renfort qu'apporterait Abel.Il pénétra dans la plus petite des deux tentes, de beaucoup la plus cossue.Elle était, selon les règles, profondément enchâssée dans la neige et proprement tapissée d'une litière de jeunes pousses d'épinettes, empilées à trois pieds d'épaisseur.Des couvertures pliées, une caisse de vivres, quelques ustensiles d'aluminium, quelques vêtements suspendus, et le sac de voyage traditionnel, en composaient le mobilier.Un cadenas, au bout d'une corde en points de chaînette, scellait le sac.Le petit poêle regorgeait de bûches et, somme toute, pour un logis de jeune seigneur au fond des bois, l'ensemble présentait un aspect confortable.Albert choisit, parmi Dans le Grand Nord les conserves, une soupe aux pois et utie langue de bœuf, il trouva du biscuit, du sucre et du thé, ainsi lesté il revint vers le bûcheron: — Apprêtez-moi ceci, fit-il et faites frire un peu de lard.Mais, avant tout, donnez-moi de l'eau chaude pour faire tomber les glaçons de ma figure ma longue étape m'a fort échauffe, j'ai les chevilles moulues.Un bain de neige, un repas substantiel, ensuite un bon somme surriront pour le reste de la journée.Il conjecturait que son ami, parti en chasse avec son guide, ne rentrerait qu'à la nuit close; et, sous la tente aux odeurs résineuses, bercé par le ronllenient du petit poêle, il s'endormit du paisible sommeil du juste.Lorsqu'il rouvrit les yeux, à la lueur vacillante d'une bougie une ombre se mouvait sur la cloison.Le maître de séans, respectant le repos de son hôte, vaquait discrètement à ses occupations; mais le dormeur sauta debout et une chaleureuse accolade fut échangée entre les deux amis.De notables modifications avaient transformé la physionomie de Roger Verneuil.Sa barbe avait crû, ses cheveux s'étaient amassés touffus et bouclés sur sa nuque, sa carrure s'était élargie.Le mondain de naguère n'avait rien moins que la mine d'un vrai coureur de bois.Tout au plaisir de se retrouver, et de fraterniser, ils se prirent à rire, l'un demandant à l'autre l'adresse de son barbier.On leur apporta de quoi pourvoir au repas du soir.Assis sur leurs plaids, la caisse tenant lieu de table ils fumèrent ensuite, sous forme de pipes, le calumet de paix.pendant qu'au dehors, la nuit hyperborée rallumait ses lueurs de rêve.Dès l'aurore la petite caravane se met en route.Abel a rejoint les chasseurs.Les guides prennent alternativement la tête ou la queue de la file indienne et ainsi, pendant plusieurs jours ils s'acharnent à la poursuite du caribou.Cette chasse demande, pour réussir plusieurs circonstances favorables.Les caribous vivent communément en troupeaux, souvent aussi par groupes de trois individus: mâle, biche et veau.Essentiellement nomades, ils se nourrissent d'une sorte de lichen appelé mousse à caribou, dont les racines et les écorces des arbres, dans toute la région, se couvrent abondamment.Leurs ravages (lisez pistes, car le terme ravage ne s'applique, à proprement parler qu'aux tranchée creusées par l'orignal) s'entrecroisent à tel point qu'ils mettent en défaut l'indien le plus sagace; au surplus, si le soleil a donné sur la piste et qu'ensuite l'ombre et le gel en ont durci les marques, celles-ci se retrouvent, au bout de plusieun> Un grand mâle aux bois magnifiques s'est affaissé .C.N.R.Photo jours, aussi ncltes qu'à la première heure.11 devient, dès lors impossible d'en rien déduire; au contraire, s'il vente dur la menée se couvre ou s'éralle; et si le vent viraille le craintif animal Maire l'homme et s'enfonce dans le bois vert, son sûr refuge.Mais une foulée mousseuse, légère au toucher trahit un récent passage.Nos chasseurs tiennent enfin la voie vive, et il s'agit de rejeter le gibier dans les jardins.(lisez: clairières).Tentative délicate.Les bête», averties par leur ouie autant que par leur odorat subtils, ont vent du danger bien avant cju'on n'approche.Leurs membres spatules se jouent de 1 épaisseur des neiges.En un trot allongé, d'une rapidité inconcevable, elles fendent les espaces découverts et se rembuchent au fond des fourrés; mais lorsqu'on croit les rejoindre, la place abandonnée ne garde plus que le moule des grandi corps profondément imprimé dans le linceul moelleux.Il neige doucement.L'air est calme.Les chasseurs avancent en ce moment le long d'une coulée; leurs pas s'étouffent, la forêt s'épaissit; entre les cîmes jointes le jour filtre à peine.De ci de là un furtif indice révèle la vie, au sein du grand silence.Les griffes d'un loup cer-vier se sont imprimées, par bonds distants et rapides.Les mulots, les belettes, les écureils ont laissé la trace légère de leur passage; une loutre a remonté le lit du ruisseau; des perdrix se sont fait un nid duveté dans la neige.Les hommes, cependant, dédaignent ces humbles empreintes.D'un pied précautionneux, l'œil au guet, l'arme prête, ils pressentent leur proie tout près d eux.Le Huron, avec un redoublement de prudence, fraie la voie .il s'arrête.il pointe l'index vers un bas-fond obscur.Instinctivement les mains ajustent les armes, les regards percent le voile pailleté qui, sans bruit, descend entre les arbres.Qu'est-ce donc ?le geste du guide n'est point un signal d'attaque.Non.il signale un spectacle muet de la forêt vierge.Contre un gigantesque pin, deux squelettes de caribous sont affalés.Les ossements s'unissent aux branches et, comme elles, sont saupoudrés de neige; les andouillers de l'un sont soudés à ceux de l'autre, et l'on en conclut que les deux rivaux s'embarrassèrent de telle façon qu'ils ne purent dégager leurs bois, l'un à l'autre rivés.En confondant leurs souffles et leurs regards furieux, ils moururent là, sur place.Jeunes sapins écrasés, troncs séculaires blessés à vif.sur un large pourtour les végétations arborescentes témoignèrent du lent et mortel combat.puis, la paix retomba comme en un sépulcre; la neige molle et douce, recouvrit les carcasses restées debout; et les majestueux panaches, hauts de six pieds conservèrent leur air de défi implacable.Par une entente tacite, après un instant de halte méditative, les chasseurs se sont remis en marche.Ils approchent d'un lac.inopinément, au pied de la falaise qu'ils surplombent, ils aperçoivent sept ou huit caribous vivants paisiblement couchés, ruminant sans défiance Une biche, postée en sentinelle a poussé le cri d'alarme.Trop tard! Avant que le troupeau puisse se réembusquer l'éclair de l'acier a lui, les détonations ont éclaté.Un grand mâle, aux bois magnifiques, s'est affaissé, le front en avant; trois autres bêtes sont tombées au pied de la falaise, à peu de distance l'une de l'autre.Descendre sur le lac fut l'affaire d'un instant pour les chasseurs.Le mâle agonisait.Il haletait sans remuer Son flanc perforé rejetait un flot de sang écarlate qui se solidifiait en coulant, tel un chapelet de petites perles rouges.Les naseaux exhalaient une poussière de neige et de sang, l'air soufflait bruyamment dans le trou fait par la balle, le grand œil effaré s'embrumait Quelle stupeur anxieuse dans ce regard de bête sauvage qui jamais n'avait vu un homme! Immobiles et silencieux les vainqueurs assistèrent à la'mort du noble animal.De leur côté les sauvages se précipitèrent sur les autres blessés et les achevèrent au couteau.Ils s'empressèrent de les plumer (lisez: dépouiller) avant que la congellation ne rendit cette opération impossible; les larges nappes fauves furent roulées sur elles-mêmes, les têtes, les pieds, les râbles, les cuissots les épaules et les langues furent détachés et l'on abandonna le reste.Nos tueurs de caribous redescendent la côte frisée par l'or du couchant.L'air se rassérène, les cieux se teignent de pourpre pendant que les Laurentides reflètent le bleu indigo du soir, et que, dans l'orbe crépusculaire, un faisceau de rayons, toujours plus embrasé, plus éployé, plus immense, se maintient en demi cercle, pareil à une roue flamboyante.Chargés de trophées sanglants, les épaules surmontées de massacres aux allures menaçantes, escortés d'indigènes porteurs de venaison, ils passent dans le paysage splen-dide.Robustes, les pommettes rutilantes, les sourcils et la barbe hérissés de givre, ils vont à grandes enjambées.Leur démarche dénote ce contentement, cette assurance intime que laisse la victoire.Ils viennent d'arracher aux solitudes inhabitées, des créatures de Dieu, farouches et indomptables; ils les ont détruites, ils s'en estiment glorieux.L'homme primitif peut-il mourir en nous?Dans son aveugle et insensible loi, la nature n'atfirme-t-elle point la suprématie du fort sur le faible?L'être humain, pétri de chair et d'os ne supprimera jamais ses forces natives.Celles-ci le poussent à conquérir le monde, son domaine.Antée, perpétuel lutteur, recouvre une vie nouvelle, chaque fois qu'il reprend contact avec la terre.Hélène de Harvf.n La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S h Page 7 Pourquoi Parler de Liturgie?Par P.Dominique-M.Clark, O.P.Cette nouvelle rubrique, dans la Revue Moderne, est due à l'initiative toujours en éveil de votre sympathique rédacteur en chef.Voulant satisfaire des désirs, souvent exprimés, d'avoir, chaque mois, de courts articles sur la liturgie, l'apologétique et l'action catholique, il nous a demandé, avec bienveillance, notre collaboration.Il nous a été très agréable d'accepter, malgré nos déficiences, voyant dans ce geste une occasion de combler un besoin, toujours latent, de connaissances et de certitudes.Il nous fait réellement plaisir de rencontrer des lecteurs désireux de mieux connaître, et par voie de conséquence, de mieux aimer tout ce qui touche à la religion.Nous espérons que ces articles sauront satisfaire voire légitime curiosité pour les choses de l'esprit, devinant votre goût prononcé pour tout ce qui concerne les arts, les sciences et les lettres, puisque vous lies, des assidus à lire cette revue qui ne néglige rien pour vous offrir tous les éléments constitutifs d'une véritable culture intellectuelle, en alliant, dans ses pages, l'utile à l'agréable.* * • DE nos jours, on entend souvent parler de liturgie.Il y a, en effet, de par le monde, depuis quelques années, un mouvement liturgique fort prononcé.Sa Sainteté Pie X, de vénérée mémoire, fut le grand promoteur de ce mouvement dans l'Eglise catholique, par son Molu Proprio, où II affirme que "le véritable esprit chrétien a sa source première et indispensable dans la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l'Eglise".Peu à peu ce mouvement s'est étendu dans tous les pays.En Allemagne, ce fut comme un renouveau de piété et de foi.En France, l'Abbaye de Solesmes fut la grande instigatrice.En Belgique, depuis 1909, se tient, chaque année, une semaine liturgique, sous la direction des Pères Bénédictins.Au Canada, ce mouvement ne fut pas méconnu.Il y a trois ans, à Ottawa, se tenait une Semaine liturgique, sous la direction de Dom Gaspar Lefebvre et Dom Anselme Veiss, O.S.B., et sous l'instigation du R.P.Voyer, O.P.Et depuis, ici et là, dans différents diocèses, se sont tenues des journées liturgiques qui ont obtenu plein succès, comme celle tenue à Chicoutimi, l'an dernier, pour ne nommer que celle-là.?Brins de EN GUISE DE PRELUDE Ldirection de la Revue Moderne a bien voulu nous permettre de présenter périodiquement des articles concernant le fonctionnement du corps humain.Tous les jours de la vie, il s'opère dans l'intimité de l'organisme une série de transformations successives qui en assurent la vitalité; or il n'est pas permis d'ignorer complètement le mécanisme régulateur de ce travail vital et c'est à le vulgariser sommairement que les articles qui vont suivre seront consacrés.Combien peu, en effet, soupçonnent toute l'énergie dépensée, les forces combinées, le rouage quasi miraculeux qui préside au mouvement continuel des organes entre eux, pour assurer l'existence normale.On a comparé le corps humain à une vaste usine; l'idée est peut-être juste; elle a le tort de n'être pas adéquate.Chaque usine fonctionne pour fabriquer une ou quelques substances déterminées: une centrale électrique pourra transformer par ses dynamos la force de chute d une masse d'eau en un courant de force électromotrice; une autre pourra extraire du sol les éléments mixtes qu'elle épurera ensuite pour les livrer dans le commerce à l'état de pureté, etc.niais chacune, agissant seule, ne fournit qu'un ou quelques éléments utiles à la vie.Dans le corps humain, c'est tout autrement; il y a là une synergie capable de réaliser toutes les fonctions et un réglage automatique pourvoit à diminuer le débit d'un organe pour le remplacer par une surproduction au dépens d'un autre organe si les besoins du moment le nécessitent.Et c'est justement cet équilibre qui amène l'état de santé idéal.Qu'est-ce donc que la santé, sinon cet équilibre des fonctions de l'organisme dans des appareils qui présentent une intégrité parfaite?Nous passerons en revue successivement chacun de ces appareils.Commençons par situer la question en la divisant.Le corps île l'homme se compose d'organes constitués en vue d'une fonction déterminée.Tous les organes qui Pourquoi ce mouvement liturgique a-t-il tant d'emprise sur les âmes catholiques, malgré cette indifférence envers tout ce qui est au-dessus du matériel et du palpable, qui caractérise si bien notre siècle ?C'est que ce mouvement vient combler un besoin profond de notre temps."C'est une nécessité interne, écrit Romano Guardini, qui a rendu notre temps mûr pour la liturgie.Il est né, ce mouvement, il a jailli d'un vouloir universel de vie vraiment et pleinement catholique".Les âmes sérieuses veulent vivre en profondeur.Elles veulent s'évader du superficiel, du senti, pour rechercher l'absolu.Elles ont appris, au contact des événements et de toutes les théories contemporaines, Vulgarisation Par Docteur Faust ont une structure analogue forment un système et tous les systèmes qui concourent à une même fonction constituent un appareil.On distingue dans le corps humain trois sortes d'appareils: les appareils de la vie de nutrition, les appareils de la vie de relation et les appareils de la génération.Nous avons résumé, dans l'intention du lecteur, toute la question dans un petit schéma qui se passe de commentaire.Appareils de .Nutrition:— Respiration, circulation, digestion, appareil urinaire; Relation:—Locomotion: squelette, articulations et muscles.Innervation: cérébro-spinale et sympathique.Sensoriel: toucher, goût, odorat, vue et ouïe; Génération:— Appareil mâle.Appareil femelle.En suivant le programme, nous rencontrons au premier chapitre, la Respiration.Appareils de la vie de Nutrition I — LA RESPIRATION Nécessite de la Respiration Il n'est de doute pour personne qu'on ne peut, pour vivre, se passer de respirer et la meilleure preuve en est que cette fonction se fait à notre insue, sans que nous soyons obligés d'y penser continuellement.Ainsi, dans toutes les circonstances de la vie, aussi bien dans le plaisir que dans la peine, au travail comme à l'amusement, au sommeil comme à l'état de réveil, le mouvement d'inspiration et d'expiration se continue régulièrement sans que nous y prenions garde.Autrement, si la vie ne peut se passer de la respiration, ce serait payer bien cher un seul petit moment d'oubli.Les Trois Types de Respiration Peut-être serait-il intéressant de se demander, avant de commencer la description du mécanisme de la respiration, si cette fonction s'opère identiquement chez à ne plus s'arrêter aux seules apparences sensibles.1 leur faut maintenant briser cette écorce, si décevante parfois, des apparences, de ces impressions qui captivent et qui trompent trop souvent.C'est pourquoi les Semaines liturgiques, les livres et les écrits sur la liturgie ont trouvé dans le public, dans le monde catholique, un accueil si bienveillant et si intéressé.Ce mouvement a fait enfin comprendre à ceux qui veulent vivre leur religion que la liturgie n'est pas exclusivement l'affaire des moines.Il est vrai que les moines sont les authentiques dépositaires et les fidèles gardiens des traditions liturgiques; qu'ils ont entretenu, depuis des siècles, dans leurs cloîtres, l'intelligence et l'amour de la saine liturgie, comme un bien de famille que l'on garde, loin du siècle et de son indifférence, pour le conserver dans toute son intégrité et dans toute sa pureté, mais si nous nous arrêtons à la définition de la liturgie, nous constatons que ce bien de famille appartient aussi réellement aux fidèles qu'aux moines.En effet, la liturgie n'est autre chose que l'ensemble des rites et des prières concernant le culte public de l'Eglise.Ce culte s'adresse à tous les fidèles, ils en sont, de droit, les participants actifs et vivants.S'il est vrai que ce culte public est exercé par des ministres, choisis par l'Eglise, il ne faut pas conclure de là que la liturgie est "une simple organisation du culte extérieur et public que l'Eglise rend à Dieu; que c'est une vaste mise en œuvre de rubriques et de cérémonies qui ne concerne guère que les prêtres".C'est un préjugé néfaste; préjugé qui a longtemps retardé le mouvement liturgique; préjugé qui, enraciné en plusieurs, explique l'apathie de beaucoup de nos catholiques et qui explique aussi l'incompréhension des rites, des cérémonies, des symboles qui composent le corps de la liturgie.Et pourtant, la question de la liturgie est une question vitale pour tous, parce que la liturgie est un élément essentiel dans toute vie spirituelle.De là son importance, importance à mieux connaître cette question, à comprendre quel rôle elle doit jouer dans notre vie De là la nécessité d'étudier cette question pour en sai^., tous les contours et en retirer le plus de profit.Cet article, qui n'est qu'une pâle introduction à tous ces problèmes, montre un peu l'actualité de la liturgie et justifie, nous le croyons, pourquoi nous devons parler de liturgie.\ Dans notre prochain article, nous parlerons, après avoir bien définie ce que c'est que la liturgie, du rôle qu'elle doit avoir dans notre vie de chrétien.tous les êtres animés.Evidemment non: en logique, 1 hyérarchie dans les espèces nécessite des organes de plus en plus compliqués à mesure que nous montons dans l'échelle des êtres vivants.Si l'homme est considéré comme le summum de perfection dans son organisation, il est permis de conclure que chez les êtres inférieurs la respiration se réalise beaucoup plus sommairement.Prenons par exemple, le cas du poisson.Qui de vous n'a eu le bonheur de capter ces petits animaux qui alimentent nos lacs et nos rivières?Rappelez-vous l'orgueil que suscitaient nos belles pêches.Eh bien ! vous êtes-vous déjà demandé, comment ces petits Jêtres.truites, brochets ou autres, nageant toujours dans les eaux, pouvaient respirer, habitués que nous sommes de prendre l'airdirectementde l'atmosphère qui nous entoure.Le mécanisme de cette respiration est tout autre: les poissons respirent l'oxygène dissout dans l'eau qu'ils avalent constamment; cette eau ne pénètre pas dans le tube digestif mais sort par des fentes situées de chaque côté de la tête, en baignant les branchies où le sang circule en abondance.Le sang du poisson, pauvre en oxygène arrive au réseau sanguin de la branchie, s'enrichit de l'oxygène dissout dans l'eau et retourne ainsi vivifier tout le corps.C'est le type dé la respiration branchiale.(Suite à la page p) _j Figure 1 Scientifique ? Page 8 La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 ; Dans le Mond des Lettres » » L'Homme et son Péché (1) ÏES fondateurs-propriétaires des Editions du Toteam, I MM.Albert Pelletier et Lucien Parizeau, semblent résolus à publier peu d'ouvrages et à ne se laisser déterminer dans leur choix que par la qualité.Il importe de les féliciter vivement de cette conduite: elle leur confère, dans l'édition canadienne-française, une originalité.Il y a quelques mois, Les éditions du Totem présentaient au public leur premier ouvrage: une traduction des meilleures pages de Walt Whitman, dues à la plume du jeune poète franco-américain, Rosaire Dion-Lévesque.Walt Whitman: le chantre ardent de la liberté, de la puissance et de la beauté de l'homme étroitement uni à la nature, le vaticinateur aux accents parfois primitifs et parfois aussi grandioses, et qui lance sa parole de feu contre les hypocrisies puritaines sévissant dans son milieu.On retrouvait, au fil de la traduction de Rosaire Dion-Lévesque, le frisson, le souffle chaud et revigorant de l'inspiré Whitman.J'ignore totalement l'accueil que le public fit au volume.Toutefois, j'imagine que devant cette éruption de lave bouillante sur un fond de ciel au coloris ineffable, il dût surgir des étonnements et des bêlements apeurés."Nos écrivains", en effet, n'ont pas accoutumé de verser à leurs hypothétiques lecteurs semblable cordial de sincérité.Quant à "nos poètes"(2), il serait hasardeux de soutenir que le sublime et l'ineffable soient leur genre.D'habitude, ils se contentent de traduire la complainte douceâtre de la brise dans les bosquets, le coassement musical des grenouilles, les nostalgiques sanglots des saules près des étangs et le charme sirupeux des vieilles maisons, grises, roses ou incolores.Pris à doses prudentes, ces soporifiques "littéraires" n'assassinent pas.Simplement, ils causent une paralysie générale des facultés intellectuelles et font que le lecteur répugne à toute pensée virile et hardie.Aujourd'hui, Les éditions du Totem nous offrent le premier roman de Claude-Henri Grignon, l'Homme et son péché.De Claude-Henri Grignon on peut affirmer qu'il est le plus puissant lyrique de notre littérature en prose: deux ouvrages en témoignent suffisamment: Le secret de Lindberg et Ombres et Clameurs (aussi une longue étude sur Léon Bloy, enfouie dans Les soirées littéraires de Montréal, ce que je n'ai découvert que récemment).De façon incidente, j'avais écrit de Grignon, dans les colonnes du Canada, qu'il n'était qu'un bon critique littéraire.Je m'étais trompé.Il n'y a pas de mal à le reconnaître.Bien plus qu'un critique littéraire, l'auteur d'Ombres et du Secret se révèle un tempérament, une nature de poète, tour à tour enthousiaste et désespérée; bref, une âme, ce qui n'est guère commun parmi les écrivains de ce temps.Cet homme du Nord vibre profondément aux grands souffles de son pays.Rien ne le laisse indifférent des beautés diverses que Dieu répand en toutes saisons sur les collines et dans les vallons laurentiens.Il vit au cœur de ces paysages aux lignes immuables mais aux couleurs, aux nuances infiniment variées et changeantes, et dont le citadin, villégiaturiste amateur, ne sent même pas les secrètes splendeurs, les enchantements, le charme envoûtant.Mais Claude-Henri Grignon, lui, les sent et les comprend, ces paysages, ces horizons, et il possède l'instrument littéraire qui le rend capable d'en transposer l'essentiel sur le plan artistique.A l'instar de Walt Whitman, son mérite consiste, lorsqu'il écrit, à oublier son érudition, son bagage livresque, et à communier à la nature, à transcrire fidèlement les voix qui s'élèvent de la terre natale, éveillant toutes les cordes de sa sensibilité saignante d'artiste.Cependant, on pouvait craindre que, chez Claude-Henri Grignon, le lyrique nuisît au romancier et que cet (li I.'Homme et «on Péché, par Claude-Henri Orlgno».éditions du Totem.(2) J'excepte, bien entendu, Paul Morln et Alfred Desro- cheri dont les oeuvres n'ont rien à voir avec la poésie des Us dolents et des chaudrons patriotiques.épris de lui-même — comme le sont tous les véritables lyriques — fut empêché de créer des personnages différents de lui.De là, à l'annonce de son premier roman, L'homme et son péché, une appréhension.Or, aussitôt le livre paru, je me le suis procuré dans l'édition de luxe(l), je l'ai ouvert—ainsi qu'on ouvre tout roman canadien-français — avec un esprit prévenu et la détermination plus ou moins vague d'en dire peu de bien.Le feuilleter me paraissait très suffisant — la vie est courte et il y a tant de beautés à découvrir, à admirer ! Pourtant, je l'ai lu jusqu'à la dernière ligne sans sauter un mot, je me suis passionné à suivre en Séraphin Poudrier, le personnage central, la marche progressive de son péché; il y a là un être vraiment humain, charnel, et que la passion d'avarice occupe, possède, ronge et, finalement, tue —après avoir tué sa malheureuse jeune femme.Le titre choisi par le romancier convient à merveille; l'avarice informe Séraphin Poudrier comme sa coquille l'huître; elle motive le moindre comme le plus important de ses actes; elle étouffe en son sang la meute grondante de la luxure.Sans l'avarice, il n'existerait pas.Mais, par elle, il atteint à la grandeur maléfique.Sa rage d'épargner des sous lui fait inventer des trucs de génie (ainsi il a conservé secrètement dans sa grange un cercueil fabriqué pour une parente qui ne mourut pas: Séraphin prévit qu'il servirait dans une autre occasion!).L'homme et son péché ne comporte pas d'intrigue; il ne s'y déroule aucun événement extraordinaire.C'est un récit d'une parfaite simplicité où l'on rencontre à peine une courte digression (pp.99 à 101) sur le rôle d'un curé de campagne, émule du curé Labelle.Les divers épisodes qui surviennent sont tous centrés sur Séraphin Poudrier; chacun d'eux concourt à nous livrer un aspect, toujours de plus en plus répugnant, de son avarice.Son expérience matrimoniale lui a bien coûté vingt dollars; au régime horrible qu'il lui a imposé, Séraphin a réussi à assassiner sa robuste jeune femme en l'espace d'un an.Veuf, il décide de ne plus se remarier, de ne vivre désormais que pour l'or: dans la suite, toute son ingéniosité s'épuisera à rogner sur la nourriture, le chauffage, le vêtement, etc.Il accomplit dans cette voie des prodiges.Pourtant, cet homme qui se nourrit chaque jour d'un infect brouet, qui accumule les loques sur sa charogne pour la défendre du froid, il est "le millionnaire", le puissant du comté.Il pratique l'usure avec l'astuce et l'implacabilité du prêteur juif.Chacun, du plus humble colon au plus rutilant notable, demeure plus ou moins son débiteur.Autour de lui et de l'atmosphère pestilentielle de son vice, le faisceau des haines et des peurs se resserre graduellement.Et, lorsque durant une courte absence, la tanière de Séraphin Poudrier brûlera, engloutissant dans le foyer vengeur les lingots d'or et les billets de banque qu'elle recèle au fond d'un sac rempli d'avoine, on ne saura pas exactement si cet incendie est un pur accident ou bien œuvre de vengeance — et de justice.Séraphin, survenant au plus intense de la conflagration, se jette dans le brasier pour sauver son dieu et, plus tard, lorsque son cousin, Alexis, retrouve dans la cave le cadavre calciné de l'avare: "Il ouvrit les mains de l'avare.Dans la droite il trouva une pièce d'or, et dans la gauche, un peu d'avoine qus le feu n'avait pas touché".Ainsi s'achèvent le livre et la vie de l'homme qui, mort, serre d'une suprême étreinte de sa main crispée son péché.* • * Voilà un beau livre, d'une ligne sobre, d'un trait cursif et âpre, d'une langue forte, dédaigneux des "jolis" tableaux au caramel.Un livre qui tranche nettement sur la production romanesque, courante au Canada français.Et qui relèverait nos Lettres (si elles étaient susceptibles de relèvement, les pauvres!) Dans la littérature française, les caractéristiques de l'avarice ne pouvaient manquer d'intéresser les obser- (1) Un volume sur papier coquille teinté, d'excellente tenue, et que les bibliophiles — s'il en existe parmi nous' — devraient se faire un devoir de placer sur leur rayon d'ouvrages canadiens valeurs et les peintres de passions.Il existe des types littéraires d'avares, désormais devenus symboles: llar-pagim, le père Grandet.Ht, pour en nommer un plus récent, mais non moins réussi, le héros du Nœud de vipères (qui, cependant, n'est pas un avare aulhentique puisqu'il ne voit dans la fortune qu'un refuge, une arme défensive, un moyen de châtier des êtres dont il eût désiré l'amour et desquels il n'obtint que l'indifférence).Par contre, jusqu'à L'homme et son péché, notre prose romanesque ne comprenait aucun "type".Il y avait bien, ça et là, dans quelques romans, des êtres pâlots, débiles, grimaçants tels des mimes et qui parodiaient quelque passion (généralement sur-noble) mais qui restaient aussi loin de la réalité, de l'humanité, que Véga de notre planète—car, si nous comptons parmi nous de nombreux apôtres, les tempéraments de romancier n'abondent pas; et ce qu'il faut pour construire un roman ce n'est pas un apôtre mais un romancier.Certains jeunes faisaient des exercices de roman, manquaient quelquefois leur coup et quelques-uns d'entre eux—j'en connais au moins un — n'attachaient pas un prix infini à ces exercices, les considérant tout au plus des devoirs d'écoliers.Durant ce temps, des messieurs au penchant de leur existence racontaient en trois ou quatre tomes leurs cristallines amours de jeunesse ou détaillaient fort minitieusement leur âme lamartinienne.Cette production, pour honnête et considérable qu'elle fut, n'enrichissait pas d'un copeck la littérature nationale.Toutefois, environ 1914 ( ?), un jeune français de génie, Louis Hémon, était venu nous enseigner l'art du roman, nous avait légué l'immortelle Maria Chape-delaine et avait synthétisé dans la création du père Chapedelaine l'âme aventureuse du défricheur canadien français.L'enseignement ne profita guère: il fallut attendre des années pour qu'un romancier canadien-français put réussir l'unique "type" dont nous pourrions aujourd'hui tirer orgueil, si nous avions conservé un grain de vrai goût, un atome de discernement.Qu'on le veuille ou non, Séraphin Poudrier, l'avare, existe.Il est d'esprit grossier, de physique sale jusqu'à la dégoûtation, d'âme veule; il est bien canadien-français également.Le roman se déroule vers 1890, dans un centre de colonisation (au nord de Sainte-Agathe).Pour qui connait le campagnard laurentien, s'est mêlé à sa vie et l'a observé sans parti-pris, la peinture de Claude-Henri Grignon n'apparaîtra pas une caricature ou une charge.Séraphin Poudrier incarne, résume en lui, le type de l'avare rustre et placé dans des conditions telles que son vice peut se développer monstrueusement en pleine liberté.Il chérit l'or non pour les jouissances qu'il peut procurer mais pour lui-même, pour sa couleur, sa forme, son poli, j'allais dire pour son odeur.Sa vie entière s'organise, pivote autour de la représentation mentale qu'il se compose de la richesse visible, palpable et sur laquelle il peut limer ses doigts crasseux.Selon le mot d'Alphonse de Chateaubriant: "son" image le mène.Irrésistiblement.Je sais des paysans et des paysannes qui ne le cèdent en rien à Séraphin Poudrier sur le chapitre de l'avarice.Je conserve dans mes notes des traits, affreux ou réjouissants — comme on voudra — tous saisis sur le vif.Mais, certes!—pour agencer harmonieusement tant de matériaux dans une œuvre aussi équilibrée que L'homme et son péché il fallait beaucoup d'art! Qu'on chicane tant qu'on voudra Claude-Henri Grignon sur des points de détail, qu'on lui reproche l'abus du patois, la crudité de certaines expressions (que, pour ma part, je trouve admirables) etc.c'est là métier de chercheurs de cirons.Il lui reste l'honneur d'avoir gratifié le roman cana-dien-fran ,ais de son premier caractère symbolique, de son premier personnage qui ne soit pas un pantin.Et, désormais, si les Lettres comptaient pour quelque chose dans notre belle province, on pourrait dire afin La Revue Moderne — Montréal, Février 1934 Page 9 de stigmatiser un maniaque de l'épargne: "Avare comme Poudrier".Mais, hélas! on continuera de dire: "Y est avare en C.I" Car, toute l'érudition et l.i puissante métaphorique de nos bonnes gens ne dépasse guère cette image-là.Rex Dksmarciiais P.S.— UanB une prochaine chronique, je parlerai d'André Malraux, de qui le dernier roman, I,a condition humaine, vient d'obtenir le prix Concourt.Malraux, particulièrement par son dernier ouvrage, ne laisse pas d'être un ries plus troublants parmi les jeunes Français anxieux d'aujourd'hui.K.D.La Vie Chantée de Botrel (1) ¥l.faudrait une voix plus autorisée que la mienne I pour présenter au public lecteur du Canada cette intéressante biographie du barde breton dont les deux tournées de concerts ont contribué à nous faire mieux aimer la France et la Bretagne, et qui avait su se créer des amitiés parmi nous.Lorsque, en juillet 1926, les journaux nous apprirent que Théodore Botrel n'était plus, les Canadiens éprouvèrent un regret unanime de la disparition de ce chantre des grèves et des landes, des goélands et des goélettes, et ce regret fut partagé aussi bien par les jeunes qui n'avaient pu l'entendre mais qui avaient appris de leurs aînés à chanter ses refrains populaires, que par ceux qui avaient eu le bonheur de le connaître personnellement.- Botrel avait laissé de son premier passage au Canada avec sa douce, en 190.}, un impérissable souvenir et lorsqu'il y revint seul, quelque vingt ans plus tard, les mêmes foules se réunirent pour l'applaudir.Mais si Botrel fut aimé chez nous, si son souvenir y vit encore, bien peu de nous cependant ont pu pénétrer dans son intimité et connaître la grande âme qu'était la sienne.Comme la plupart des poètes, Botrel n'était pas un esprit pratique et il ne sut jamais, malgré sa grande popularité, faire fortune car il donnait tout ce qu'il avait.Il était apôtre, tout charité et dévouement, et il se dépensa au profit des pauvres, des humbles et leur consacra son talent.C'est pour les rustres que je chante, disait-il avec fierté.Mais il ne chante pas seulement pour eux.En Belgique il débuta dans un gala artistique présidé par les Souverains, et durant la guerre ses chansons furent le réconfort moral des petits soldats qui le voyaient avec joie passer au milieu d'eux, héroïque et serein malgré le deuil qui venait de le frapper: la mort de sa douce.C'est toute la vie de Botrel, depuis sa naissance à Dinan la Jolie jusqu'à sa mort dans sa maison basse et vieillotte de Pont-Aven, que raconte Tyl, en un style agréable et nuancé qui fait de cette biographie le plus captivant des romans."Que nous y songions ou non, les morts vivent encore autour de nous par leurs auvres."(2) Botrel n'est plus, niais son âme demeure au milieu de nous; elle vibre dans le rythme de ses chansons graves et tendres comme la Paimpolaise, mélancoliques comme ses berceuses qui ont endormi tant de petits Canadiens, frères des petits Bretons.Ariane La Cité du Vatican (1) ¥ ES Accords de Latran, signés en 1929 par le chef I visible de l'Eglise catholique et le roi d'Italie, ont mis fin au régime injuste imposé à Pie IX par les patriotes italiens qui proclamaient, il y a plus de soixante ans, l'unité politique de la Péninsule.Sans doute, les Etats de l'Eglise, sur lesquels la Papauté avait régné pendant plus de dix siècles, n'ont pas été reconstitués dans leur forme première et le Patrimoine île Sainl - Pierre ne coin prend plus que la Cité du \ al » an Cela suffit au Pape dont la liberté d'action, tant au point de vue religieux que politique, est officiellement reconnue par le gouvernement italien.Cette Cité du Vatican est un véritable petit Etat dont la régie interne relève de la science politique.Elle représente surtout pour les catholiques un ensemble grandiose digne d'être la capitale de la catholicité.Ce que renferme la Cité du Vatican, les transformations (1) I41 Vie cliuntec de llntrel, pur Tyl, volume île L'iii paies.Illustre, 13 fra.franco, o la librairie J.M Pelguei' 66 rue N-D.-dea-Champa, Parla, France.(i) Préface.(1) La Papa et la Clt« du Vatican, par Charle» Plchon.prefaco île Mgr naudrlllart, près do cent photographies Inédites prise par Jean Clalr-Ouyot.Pion.édlt.Brins de Vulgarisation Scientifique ?Suite de la (h Prenons maintenant, en montant toujours dans la série animale, le cas des insectes; ici, la respiration est dite tranchéale; c'est un système miniature: l'air tel que nous le respirons arrive par l'ouverture de la bouche et se distribue par un système de petits tuyaux ramifiés élémentaires.Nous arrivons enfin au troisième type de respiration, la respiration dite pulmonaire, celle qui nous intéresse plus particulièrement et nous prendrons comme sujet d'expérience, l'homme.Ici, encore, l'air de l'extérieur est introduit par un mécanisme spécial dans des sacs membraneux et richement vascularisés que nous appellerons les poumons.Description de l'Appareil Respiratoire L'appareil respiratoire comprend l'étude du nez, du larynx, du pharynx, de la trachée, des bronches et des poumons.Nous n'étudierons que les trois derniers.La trachée est un conduit qui fait suite au larynx et se termine dans les poumons après s'être divisée en deux branches de bifurcation: les bronches.La trachée a la forme d'un tube aplati en arrière.Longue de 4 à 5 pouces, son diamètre est ordinairement un demi pouce.Elle est constituée d'anneaux cartilagineux au nombre de 16 à 20, placés les uns au-dessus des autres et reliés par des fibres élastiques ou ligaments interannulaires.La trachée se divise en deux branches appelées Bronches droite et gauche, qui pénètrent dans le poumon au niveau du hile.La droite est plus courte que la gauche.Les poumons au nombre de deux disposés symétriquement dans la poitrine ne sont pas identiques; le droit est plus gros que le gauche; le gauche est un peu plus long que le droit.Le poumon droit pèse environ vingt-trois onces, le gauche, de dix-huit à dix-neuf seulement.Le poumon droit est divisé en trois lobes par deux sillons, l'un supérieur, l'autre inférieur; le poumon gauche ne compte que deux lobes et un seul sillon.sort ne prend pas le même chemin.L'air inspiré i au niveau du cornet moyen et l'air expiré, au niveau du cornet inférieur.Le dessin suivant démontre clairement ce trajet.Ut tr, tou^f Figure 5 Trajet de l'Air Si vous le voulez bien, nous prendrons une quantité d'air suffisante pour assurer un mouvement respiratoire normal et nous suivrons cet air dans tout son trajet à partir de l'extérieur jusque dans la profondeur du tissu pulmonaire.Les voies respiratoires commencent au niveau des fosses nasales; c'est donc le nez qui préside à l'entrée de l'air et non pas la bouche.On a dit et avec raison: il est aussi insensé de respirer par la bouche que'^ie manger par le nez.II y a beaucoup de personnes qui ont contracté la mauvaise habitude de respirer par la bouche; ils s'exposent ainsi à faire entrer dans les poumons toutes les poussières et tous les microbes que contient l'atmosphère et qui seraient restés dans les fosses nasales si la respiration s'était faite par le nez comme elle doit se faire.L'air qui entre dans le nez et qui en A.» B.^~^ « » A i ûif lM|tMN (rorntl- woyjYi ) B • On' cv^ivi («oewtV i«hrM«r.) Figure 3 L'air a donc franchi le nez, il arrive au larynx et passe dans la trachée, se distribue aux bronches pour atteindre ensuite les alvéoles pulmonaires.Pour bien faire comprendre cette trajectoire, nous allons comparer ce système de tuyaux qui distribuent l'air aux poumons à un bel arbre, haut et régulier de nos forêts canadiennes, sauf que pour le moment et pour la nécessité du sujet, nous allons lui faire l'affront de le figurer la tête en bas.Voyez la figure suivante: ^BroTiïVioU^'.Q>lc! n Moyen-Age, dans celle Lit huante polonaise .1111 devait cire l'olijel < I • - l.illl île convoitise! et le théâtre de tant de guerres, les princes Strolenski étaient considérés comme de petits rois.Vivant dans leur domaine sur les bords lu Niémen, pratiquant une généreuse hospitalité vis-à-vis des étrangers, bons puur leurs vassaux i|ui vivaient à l'ombre des seigneurs une ère de bonheur, les strolenski étaient respectés de toute li Pologne.Ils étaient de plus, très considérés îles Piastes, la dynastie régnante, qui maintes fois s'étaient alliés aux Strolcuski.Eminemment catholiques, leur fortune, leur domaine et leur coeur s'ouvraient a toutes les infortunes.Jamais un malheureux ne s'était approché en vain du château; tous, pèlerins, chanteurs, joueurs de viole ou de luth, acteurs de mystères, tous recevaient le meilleur accueil dans la vaste demeure.Une ombre de tristesse planait cependant sur le château; le prince Kasimir Strolensky n'avait pas eu d'enfants de son mariage avec la douce Tatiana \ orosoff, tille unique du duc Vladimir.Désolé, voulant fléchir le Ciel par la voie de la charité, le prince venait de fonder une léproserie à l'écart de ses terres.Marié depuis dix ans, cette stérilité était le seul point noir au bonheur des deux époux, car Tatiana était un ange de beauté, de douceur et de vertu.Cette union s'était faite contre le gré de Pétros Strolenski, nature cupide, avide des biens de son aîné, et qui ne pouvait de par ce mariage, jouir comme il l'aurait désiré de la prodigieuse richesse du prince Kasimir.Quoiqu'il en soit, le triste personnage rêvait de régner un jour sur le beau domaine, puisque la stérilité de Tatiana aidait ses plans.Il trouvait plus que suffisante l'inlassable prodigalité de son frère qu'il appelait un sot gaspillage.Il fallait y mettre ordre au plus tôt.Il imagina donc de décider Kasimir à répudier sa femme; mais au premier mot, le regard courroucé du prince arrêta Pétros.— On ne sépare pas ce que Dieu a uni, dit-il, le congédiant.11 essaya alors du côté de la princesse.Nature timide et douce, il en aurait vite raison, pensait-il.Il lui persuada de quitter Kasimir, de vivre à l'ombre d'un cloître durant quelque temps, pour y prier Dieu d'assurer une descendance directe aux Strolenski.Connaissant le respect de son aîné pour les lois de l'Eglise, Pétros savait qu'Un second mariage ne pourrait être tant que Tatiana était vivante.Mais, au moins en l'éloignant il avait nulle moyens de supprimer Kasimir, d'avoir ensuite la haute main sur la fortune Minime administrateur, puis héritier.Ce serait fini alors de cette hospi-lalité coûteuse donnée à tous venants, de ces ouvres pies, de ces générosités excessives, de ces dons sans cesse renouvelés aux ég.ises et aux couvents de Pologne, Avec quelle colère Pétros avait vu s'édifier la léproserie.Il eut voulu en exterminer tous les malades.Avec injures et blasphèmes, il frappait les malheureux lépreux, quand il en voyait Imrs des murs: — Arrière, maudits, disait-il furieux.Puisse l'enfer te frapper de mort ! Dans sa rage il ne pouvait s'empêcher d'aller là-bas contempler le reluge, supputant les sommes dépensées dans la construction et l'aménagement de la léproserie.La princesse Tatiana qui craignait fort Pétros, résista cependant, pleura abondamment le cœur torturé à la pensée d'un départ et d'une séparation, connaissant trop bien l'âme intrigante de son beau-frère.— Je prierai Dieu ici, dit -elle.— Non.Il faut vivre de la vie des moniales, pratiquer l'austérité, l'oubli des richesses, connaître les privations.Ainsi humiliée, Dieu entendra votre prière, noble Tatiana, répliqua-t-il hypocritement, et le glorieux nom des Strolenski revivra dans les siècles à venir.Il laissa la princesse tremblante, apeurée, vaguement indécise, gagnée par cette idée de retraite cloitrée pour mieux — Elle est allée prier la Madone madame la Vierge, dit une des suivantes.La pauvre noble princesse pleurait en partant.Elle pleurait! Donc elle était malheureuse près de lui, pensait-il Pétros aurait-il raison ?Il s'enferma chez lui, refusa de manger, livré à l'amertume de ses réflexions.Pendant ce temps, la pauvre Tatiana, croyant que sa stérilité lui avait enlevé l'amour de son époux, se voyant déjà chassée du domaine, était allée en désespérée dans une chapelle non loin du château prier une statue de la Vierge-mère.Regardée comme miraculeuse, de tous côtés l'on venait en pèlerinage la prier.me repousse pas, ne me répudie pas.Ne permets pas que ton épouse vive loin de toi Dieu t'a donné à moi, laisse-moi t'aimer jusqu'à mon dernier jour La Vierge m'a écoutée.Toi, Kasimir, écoute-moi aussi .Etonné et ravi, le prince la relève, la presse sur son cœur: — Tatiana bien-aimée! Ce n'était donc pas votre désir de vous retirer dans un monastère?Pétros m'avait dit.— Pétros! interrompit-elle.Dieu seul peut savoir ce qu'il médite.C'eat lui qui m'a insinué cette séparation dont mon amour se révolte.— Il n'en sera rien! proclama le prince.Vous avez ma parole, Tatiana, que seule la mon peut nous séparer désormais.Dans sa joie extrême, Kasimir fit servir leur repas chez lui, refusant de recevoir Pétros qui comprit à cette entente soudaine des deux époux que ses ignobles calculs étaient déjoués.Craignant à juste titre la colère de son frère, il s'enfuit dans la nuit, sans bien savoir où le portaient ses pas, tant son esprit était troublé.Il se heurta soudain à une troupe de mendiants.Pétrifié d'horreur, il demeura comme cloué sur place.Eux, le voyant seul, l'entourèrent comme en une ronde infernale, criant, gesticulant et le frappèrent sans pitié.Quand ils furent las de le battre, à tour de rôle, ils vinrent, chose étrange et qui le glaça de terreur, embrasser Pétros à pleine bouche, malgré les cris du prince épouvanté.— Pétros Strolenski! dit l'un agitant sa cliquette, tu nous as maltraités, dédaignés, frappés, rendus misérables; nous venons de venger nos frères.Le baiser d'un lépreux ne pardonne pas, chacun de nous t'a donné le baiser de mort.Adieu! La semaine suivante on retrouvait le cadavre défiguré, affreux à voir, du cadet des Strolenski, mort de la lèpre.Mais neuf mois après aussi, on célébrait le baptême de Boleslas, nommé par son père, VEnfant de la Larme, en souvenir du doux miracle raconté par Tatiana.Kasimir Strolenski voyant sa descendance assurée désormais, fit peindre un tableau représentant ta statue de la Vierge, avec Tatiana Strolenska à ses pieds, la suppliant de la rendre mère.Un superbe diamant fut enchâssé sur la joue de Marie, figurant la Larme divine qu'avait bue la princesse.(l) — II — HEDWIGE Après tant de siècles écoulés, vers 1880, voilà que se renouvelait dans la famille princière des Strolenski, le même drame intérieur, la même peine intime, la même animosité sourde contre Hedwige, l'épouse stérile d'Yvan.L'oncle maternel du prince, Michel Ovanieff, était aussi avide et méchant que le fut jadis Pétros Strolenski.Voyant que la jeune princesse n'avait pas d'enfant, il n'avait rien imaginé de mieux pour posséder la fortune de son neveu, que de lui donner sa fille, l'orgueilleuse Katia, en second mariage, comme il se fait parfois parmi les familles prin-cières, en Russie.Mais Katia consultée répondit qu'elle acceptait volontiers le titre de princesse, non celui d'épouse morganatique.— Je serai la seule épouse, ou rien, trancha-t-elle nettement.— Mais Hedwige, alors?Elle a la belle santé de ses vingt-quatre ans .Elle peut vivre fort longtemps.Katia ricana, regardant son père avec une cinglante ironie: (Suite à la page OIS (1) Cette histoire bien connue en Vologne lithuanienne a Inspire bon nombre de poètes et tVrlvalns autant qu'elle a tent* le ciseau du sculpteur et le pinceau du peintre.Le roman de mars Hélène ou la Mandragore Par A.Ceyrac .est l'histoire d'un drame de famille qui se déroule dans un vieux manoir, en plein pays de montagnes, entre trois personnages qui briguent un héritage et auquel se trouve mêlée une jeune orpheline.L'auteur sait susciter un intérêt soutenu par l'enchaînement des circonstances et par des phases mouvementées et vraiment tragiques au milieu desquelles fleurit la petite fleur d'amour.Du même coup, le bonheur entre dans le vieux manoir, et quand il s'agit de bonheur, dit l'auteur, le reste est tout au plus du surcroît.WffliiimiuiiiinMimnHiiimiimnimiiiHiminnmaaBHiMMa innmiiïmiiminnmniiminiiHniiiiiiiiini]iiBiiiiiiiiiiiiiii< y demander au Seigneur l'enfant désiré si ardemment.Pendant ce temps Pétros visitait Kasimir, lui insinuait le dégoût de la princesse pour la vie du monde et ses désirs de se retirer dans un monastère.— Dieu désire Tatiana pour lui, fit-il perfidement.Jamais tu n'auras d'héritier; le nom des Strolenski est destiné à disparaître de par ce sot mariage avec Tatiana Vladimirovitch, comtesse Voro-soflf.Comme le prince écoutait avec stupeur, le traître ajouta: — Permets-lui de partir Tu ne peux entraver les desseins de Dieu! Kasimir eut alors un cri du cœur: — Mais je l'aime .Comment la laisserai-je me quitter?Elle ne m'a jamais parlé de telles choses.— Naturellement.Elle craint son mari, son seigneur, comme elle craint son père.Elle t'a tout caché, mais.j'ai su appeler ses confidences.Pour la rendre libre selon ses désirs, il faudrait même que l'ordre vint de toi Aux yeux «lu duc Vladimir Vorosoff, Tatiana agirait ainsi par obéissance à ta volonté.Le prince sombre et silencieux, resta un instant sans répondre; puis voulant être seul à ses pensées, renvoya l'odieux Pétros: — Laisse-moi réfléchir, dit-il.11 se dirigeait vers les appartements de sa femme pour la voir sans tarder.Il saurait.Il interrogerait Tatiana Il lutterait.Il l'aimait trop pour la laisser partir si facilement.Par malheur, il ne trouva pas la princesse.11 Tatiana, en larmes, s'écroula aux pieds de la Madone.— O Vierge, supplia-t-elle.Viens à mon secours .Ce départ chez les moniales est une répudiation déguisée.Secours-moi, ô Mère de Dieu Aie pitié de la pauvre Tatiana! Donne-moi un enfant à bercer dans mes bras .Ne permets pas le crime, ne me sépare pas de mon Kasimir .Elle pria longtemps, murmurant sa détresse infinie, suppliante et désolée.Ses bras levés vers la Vierge l'imploraient avec angoisse.Elle se cramponnait aux plis du vêtement de pierre, y meurtrissant son front, le couvrant de baisers autant que de pleurs.Brusquement, il lui semble que le visage de la Vierge change d'expression.A-t-elle ému la divine Mère?Un tel miracle serait-il vrai?.Voilà qu'une larme descend sur la joue de granit, glisse le long des plis et se pose sur la lèvre enfiévrée de Tatiana.Avec ardeur et foi elle boit cette larme de Marie qui lui parait une réponse de Celle que l'on n'invoque jamais en vain.Elle sent que la Vierge-va la sauver.Forte pour la lutte désormais avec le secours divin, elle ira voir Kasimir, le suppliera de la garder.Elle lui dira son amour.son espoir.le doux miracle obtenu par ses larmes et sa prière.Avec une hâte qu'elle ne peut s'expliquer, elle se relève et part.Sans prendre le temps de retirer son voile et son hennin, elle entre toute éplorée chez le prince.— O Kasimir, mon époux, crie-t-elle en larmes, lui baisant les genoux.Ne La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 6' 4 CHRYSLER Le Coupé Impérial Chrysler d'un dessin sobre et élégant M signale par une Impression de beauté et de confort.• HUDSON ' • Sedan Deluxe Hudson comporte toUN les perfectlonne- mi.m- Important!* et mu.m de l'InduHtrle de 1 ».• r.et en plus une case à colin ou pneux de rechange à même la « iirr.-ss! ru- à l'arriére.DODGE Ce nouveau Sedan Dodge 4-portes donne beaucoup d'espace, et de confort pour le conducteur et les passagers.Lu carrosserie Isolée contre les bruits et les garde-boue massifs sont du superbe dessin "aérodynamique".• PLYMOUTH Le dernier mot du modernisme dans cette classe de prix est bien le Plymouth Six Sedan 4-portes, mO par un moteur 77 chevaux vapeur.La roue à coussin flottant fait partie de l'équipement régulier.LE SALOI OUVERTURE du Salon de l'Automobile a été faite par M.P.0.Messier, présidem de Montréal Automobile Trade Association, accompagné de rhonoraUr Kernand Rinfret, maire de Montréal, de l'honorable J.E.Perrault, ministre ilr la Voirie, de l'honorable Honoré Mercier, ministre des Terres et Forêts.L'Automobile de cette année L'année 1934 sera connue dans l'industrie de l'automobile comme une année d'importants développements.En tête de cette liste nous apparaît ces installations appelées "genou mécanique", ou suspension individuelle des roues avant, qui constituent les améliorations principales des Plymouth, DeSoto et de toutes les marques de la General Motors.Leur usage est facultatif sur le Hudson et le Terraplane.Et dans la colonne des innovations il ne faut pas oublier l'effet aéro dynamique prononcé des lignes du De Soto et du Chrysler.Pour la première fois un "super-charger" ou générateur à fort voltage devient un équipement régulier du Graham huit.Mais les améliorations ne s'arrêtent pas là.La plupart des modèles sont maintenant outillés d'un bouton de l'étrangleur automatique.La plupart des méthodes de démarrage ont été simplifiées mais elles varient excessivement entre elles.Une pédale d'embrayage à vide a été installée sur l'Auburn, le Chrysler, le DeSoto, le Dodge, le Hudson, le Plymouth, le Stutz et le Terraplane, et des freins à vide constituent un équipement de l'Auburn Huit, du Buick, du Cadillac, du Chrysler, du DeSoto, du Lincoln, du Packard et du Studebaker (Président et Commandeur).De plus gros pneus, réclamant un gonflement moindre ont été installés sur plusieurs automobiles et les roues en broche d'acier, les roues pleines en acier ou à petites jantes avec gros moyeux sont plus populaires.Presque tous les modèles se prêtent à l'installât ion facultative d appareils radiophoniques, ses commandes étant pour la plupart posées sur le panneau à instruments.Pour en revenir à ces installations du genou mécanique il est peut-être opportun de dire que l'idée n'est pas nouvelle, ayant origine en Europe il y a plus d'un quart de siècle.Elle a été appliquée de diverses façons et si quelques manufacturiers se sont abstenus de l'adopter ce n'est pas parce qu'ils n'en connaissaient pas l'existence mais c'est plutôt parce qu'ils sont convaincus que l'ancien système est encore préférable.Quant aux lignes aéro-dynamiques prononcées qui se retrouvent avec le De Soto et le Chrysler, cette année, il est bon de noter qu'un premier coup d'œil produit un singulier effet mais bientôt notre étonnement se change en admiration et il y a tout lien de croire que ces modèles feront sensation avec le temps.Les Perspectives sont fort encourageantes pour 1934 Alors que disparaît l'année 1933 les vieilles automobiles ont vieilli davantage, dit M.Grossman de Studebaker Plus de 750,000 voitures de celles qui parcourent'nos routes canadiennes sont actuellement âgées de plus de deux ans.Au moins deux cent cinquante mille voitures ont dépassé la vie normale d'une automobile bien que leur DESOTO Le dessin de cet auto a été modifié de manière à loi donner un profil ne présentant aucune saillie, selon le* principes de l'aérodynamique.Il possède un compartiment à colis facilement accessible de l'Intérieur.Ce coupé peut être considéré comme étant on cinq-passagers, trois pat -sonnes pouvant prendre place sur le *lège avant.FORD i «- Sodan Fordor Deluxe a attiré au salon de l'automobile l'attention toute particulière dea visiteurs charmés par son apparence qui na le cède en rien à celle d'aucun antre auto et par ses nombreux perfectionnements, tons des plus modernes.La Revue Moderne —Montréal, Février 19 3 4 l'âge 13 HUPMOBILE D un dessin simple et harmonieux fait de llgnen arrondies et fuyante*!, le nouveau llupmoblle possède une apparence a la fols riche et élevant*- Cn pare-brise plus grand et des portes plus large* apurent une vision parfaite.L'AUTO maintien soit au-dessous de la normale.Si au cours de ces dernières années nous avons été justifiés d'attendre un plus fort volume d'affaires par suite de la nécessité des remplacements, nous le sommes donc davantage aujourd'hui.Le chiffre d'affaires de décembre sera certainement le meilleur depuis 1927.En dépit des délais dont notre production a souffert en octobre, le dernier trimîstre de 1933 sera en toute probabilité le plus réussi depuis 1928.Le fait que nous enregistrons un chiffre d'affaires inusité semble justifier notre raison de croire que 1934 sera meilleur.Vogue croissante des lignes aérodynamiques Les intéressants exhibits de cette année marquent un pas gigantesque dans la voie de l'avancement de l'automobile et des changements quasi radicaux dans presque toutes les lignes d'autos.A mesure que passent et repassent devant nous les progrès nouveaux de la science automotrice, notre esprit est frappé par cette généralisation du principe aérodynamique bien que quelques marques particulières aient conservé leurs traditionnels contours et élégance.Les combinaisons de couleurs n'ont jamais été aussi variées que cette année.Les intérieurs plus spacieux et confortables semblent la note dominante des améliorations si l'on excepte les nouvelles lignes fuyantes qui s'inspirent de l'aviation.Bien que dans l'ensemble tous les modèles marquent l'ascendant du principe aérodynamique sur les créations de 1934, quelques modèles brillent par l'application très prononcée de l'aéro dynamisme.Les nouvelles carrosseries, sur presque toute la ligne, offrent des intérieurs plus spacieux et le tout indique que cette année particulièrement l'on a voulu prêter une attention toute spéciale au confort de roulement, à la sécurité et à la commodité.Le rembourage des sièges est plus élégant que jamais.Les sièges eux-mêmes sont en général plus profonds, plus moelleux, plus capables de confort.Un détail qui a suscité tout particulièrement l'attention et la curiosité des foules nombreuses qui ont envahi le salon c'est cette installation appelée roues avant à genou mécanique qu par leur disposition nouvelle permet de rouler sur les routes les plus raboteuses sans être ennuyé par les accidents de terrains.Grâce à ce système l'on a pu déplacer la carrosserie de manière à répartir le poids de la voiture de façon toute autre et de la sorte augmenter sensiblement le confort du voyageur.Par ce procédé nouveau chaque roue opère sur un essieu individuel au lieu du seul essieu d'autrefois.Les roues n'agissent plus l'une sur l'autre lorsqu'elles se heurtent à des obstacles quelconques sur la route.Autre détail important c'est qu'en général la vitesse possible des voitures a été portée à un plus haut point que dans le passé et cette amélioration est commune à presque toutes les marques.La voiture de cette année est solide.Dans le Terraplane, le Hudson et le Chrysler, la carosserie et le châssis ne forment qu'une seule pièce.I LASALLE Le nouveau Lasalle Cabriolet Coupé se signale par ses nombreux perfectionnements dont les deux principaux consistent en une nouvelle Invention qne l'on a qualifié de "roulement flottant" et en l'augmentation de la force motrice.Il est d'one apparence très élégante.McLAUGHLIN-BUICK Ce Sedan à quatre porte», carrosserie par Flâner, est le char de famille tout Indiqué.Il possède en plus d'une apparence Insurpassable, un nouveau système de ventilation sans courant d'air et le nouveau perfectionnement appelé genou mécanique ou "roulement flottant".OLDSMOBILE Le, mitomoblll»te» Mront délicieusement cbarmfc par l'apparence laxneoM» du nouveau Oldjtmobllc 1BS4.Il poMède tonte, le, caractéristique, de l'auto Ultra-Moderne.S FORD Le Cabriolet convertible est l'un des modèles le* plus populaires de 1934.Son moteur est un V-K a carburateur double, ce qui contribue a une itugnicntittlon surprenante dans ln force motrice.• PACKARD Le nou\eau modèle Packard 1934 est cette année encore i\ la hauteur de ta réputation d'excellence traditionnelle, n'importantes améliorât Ions dans l'équipement mécanique et dans la carrosserie cn font l'un des modèles les plus séduisants. Page H La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S 4 II CADILLAC t t- Sedan (*e|ït-|»asMUîtT>- est mû imr un moteur V-16.Les roues à- genou mécanique et ses ligne* jçracieuses et fuselées contribuent pour beaucoup à faire du Cadillac 1034 un auto d'une élégance tout-à-fait raffinée.• GRAHAM Ce non venu modela sport attirera l'ut (eut Ion non seulement iï cause de ses lignes éléguntes, mais aussi en considération de l'augmentation dans sa force motrice.Le» au-toniobilcN Grahom sont maintenant manufacturés au Canada.PONTIAC Cette voiture Pontiac 8 est plun grande et plus spacieuse que les modèles précédents.Plus de pouvoir, consommation moindre d'essence, équipement moderne complet, telles sont les caractéristiques principales du nouveau Pontiac 1034.McLAUGLIN-BUICK Un modèle exclusif et différent, muni d'un appareil de ventilation de Flsber et d'une carosserie aux lignes gracieuses, également par Flsber.— General Motor a remporté un réel succès avec ce Sedan.Les nouveaux modèles offrent des contrôles automatiques plus nombreux et variés que jamais.Mentionnons des nouveaux étrangleurs, des commandes de contrôle du chauffage.Les pédales d'embrayage offrent pour la plupart des modifications notables et leur pression a été réduite chez la plupart des modèles.Les "débutants" de 1934 n'ont rien à envier à leurs compagnons des années précédentes.Ils sont destinés à faire époque dans l'histoire de l'industrie.Mentionnons le Ford en marche qui était monté sur une charnière au Salon et tournait sur lui-même.Ainsi tous les visiteurs pouvaient observer chaque détail de sa construction et de fonctionnement sans avoir à se déplacer.Les camions en étalage sont nombreux et chose qui frappe l'œil c'est l'amélioration générale apportée à l'abri du conducteur et l'augmentation de la capacité de charge.Le Salon de 1934 peut être appelé à juste titre le Salon révélateur.Tous ceux qui s'intéressent aux développements de la science mécanique y auront puisé des renseignements précieux qui les auront guidés plus sûrement dans l'achat ultime de la voiture qui pourrait leur avoir plu davantage.En 1934 Les permis pour les automobiles dans la province de Québec, pour l'année 1934, auront des lettres et des chiffres d'un bleu très sombre sur un fond aluminium.Les caractéristiques du nouveau Chrysler Le nouveau Chrysler peut apparaître d'un dessin radical.Pourtant il est tout naturel, ayant pris sa forme de nouvelles caractéristiques et de nouveaux avantages.Pendant des années nous étions habitués à des portes d'autos très étroites.Nous voyions des femmes qui tachaient leurs robes sur des garde-boue, etc., etc.Pourquoi ?Tout simplement parce que nous recherchions avant tout l'apparence extérieure plutôt que l'usage dont on pouvait en tirer.Ces défauts ont été corrigés par l'élargissement des portes à un degré aussi prononcé qu'une porte de maison.Le siège avant est tout autant spacieux qu'un divan et le siège d'arrière que celui de causeuses.Trois personnes corpulentes peuvent trouver place dans aucun de ces sièges.La disposition des fenêtres triple la vision de l'intérieur et la fenêtre de l'arrière au lieu de ressembler à un œil de bœuf se prête à une vision étendue du paysage qui peut s'offrir à l'admiration du voyageur.11 est possible de rouler à une vitesse de 70 à 90 milles à l'heure, sur des routes en gravois, en macadam, en pierre concassée, en béton, sans la moindre sensation de malaise.Il est possible de faire de la lecture pendant que la voiture file à une allure de 80 milles à l'heure sur un chemin de gravois.II est possible de dormir, appuyé sur le siège arrière, à une vitesse de 70 à 80 milles.Les accidents du terrain passent pour ainsi dire inaperçus.Le Chrysler prend facilement une courbe à 65, 70 milles de vitesse avec l'aplomb d'un yacht qui fait face au vent.L'appareil de conduite a été sensiblement modifié de sorte que le volant n'offre plus le besoin de l'effort.TERRAPLANE l\.e nouvean modèle Terraplane surpasse en élégance el en beauté tous les modèles précédents.Il est appelé u d venir très populaire dans tout le pays.• CHEVROLET Ce populaire Sedun est maintenant équipé avc*C "u m«>t." de Su chevaux-vapeur telle iiitio\ntion ainsi imc plusieurs améliorations effectuées dans le mécanisme BD font un char tout -A-fait nouveau. La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 h Paye 15 L'Enfant de la Larme (Suite de lu page II) — Elle peut tomber malade subitement elle n'est pas immortelle comme les dieux .antiques .Un accident est bien Olearri\é Suuveiiiv-voii* de la mon du feu prince, le mari de votre sueur On peut aider le sort pour Hedwigc comme pour lui.— Oh! protesta Michel.Que veux-tu dire?Elle rit encore, haussant ses belles épaules, puis quitta la pièce.— Je ne vous savais pas si scrupuleux, mon père, lanca-t-elle ainsi que la flèche de Part lie.Il haussa les épaules à son tour, une fois la porte fermée.— Elle est folle folle Vais-je me mettre à la merci d'un complice pour fabriquer encore un accident ?Pour aider le sort comme elle dit Impossible Le meilleur moyen est de décider Vvan à se ranger à mes avis lui montrer qu'il est nécessaire de répudier sa femme pour assurer un héritier aux Strolenski, par un autre mariage.Comme ce serait facile si cet Yvan était orthodoxe comme moi.Michel Ovanioff était relativement jeune, environ trente ans.Issu d'un second lit, il était encore bébé au mariage de sa sueur.Marié de bonne heure, comme cela se fait en Russie, pour ne pas manquer la riche héritière proposée, il se trouvait de six ans seulement plus âgé que le prince Yvan.De sa femme morte poitrinaire, il n'avait eu que cette Katia dont il comptait se servir pour ses perfides projets.Il avait un fort ascendant sur le prince, ayant partagé ses études et ses jeux.Son beau-frère, Stanislas Strolenski, resté veuf, s'était remarié fort tard pour une union éphémère.Il n'aimait guère Michel, qui maintes fois avait eu recours à lui pour payer d'énormes dettes de jeu, et se défiait à juste titre du comte Ovanioff.Or, dès qu'il voulut le séparer d'Yvan, un bizarre accident de cheval tua net Stanislas, deux ans après le mariage de son fils Yvan.Yvan d'ailleurs, nature indolente, faible, subissait facilement une influence étrangère.Cela surtout était dû à sa santé subitement altérée dès son mariage.Les sommités médicales, sans bien comprendre ce mal étrange, fait d'atonie, de langueur, l'avaient déclaré incurable, ne se doutant pas que le changement de cette belle santé devenue débile était dû au travail mystérieux et criminel du comte Ovanioff.Depuis longtemps il préparait ainsi l'héritage.Sa cupidité ne reculait devant rien.Tout lui paraissait bon pour arriver à ses fins: régner un jour sur les domaines des Strolenski.Prendre le titre et le nom du prince lui serait facile avec ses attaches à la Cour du Tsar.Ayant renié sa foi pour plaire à l'autocrate, il s'était, à Péters-bourg, fait un clan d'amis, comme lui sans conscience et sans honte.Mais contre les prévisions de Michel, Yvan se rattachait à la vie, ne négligeant rien pour retrouver sa santé perdue.Tout lui souriait; tous les dons semblaient lui être échus sans partage.11 possédait une richesse incalculable; la faveur impériale lui était acquise; la princesse Hedwige, épouse rêvée, charmait sa vie autant par le cœur que par la beauté.Il avait raison de vouloir vivre.Sa seule douleur était de voir son foyer vide, sans un berceau pour s'y pencher.Le vieux nom si glorieux des Strolenski menaçait de s'éteindre après lui.Sa richesse, biens, châteaux et domaines serait morcelée, s'en irait à la dérive.Cela lui était d'une amertume sans pareille.Aux premières ouvertures de son oncle, le prince avait énergiquement protesté: — Je suis trop catholique, pour que la pensée d'un divorce m'effleure.Ne heurte jamais nies convictions, Michel, ce serait créer une barrière entre nous.Ensuite, je suis trop attaché à ma Femme, je ne saurais m'en séparer.Ne lui parle pas surtout de cela.Ma pauvre Hedwige en souffrirait.— C est elle.au contraire, qui regrettant sa stérilité, ne serait pas.contre un mariage»morganatique, dit le comte Ovanioff montant effrontément en voyant qu'il ne fallait plus parler de divorce à Yvan.Je l'ai sondée, et.— Elle?.Un mariage morganatique ?Mais, c'est impossible.Elle ne peut admettre une chose pareille.Cela se pratique, mon ami, c'est vrai, mais en Russie orthodoxe, en Grèce, aux Balkans .Moi je suis contre ce fait autant que contre un divorce, parce que, tous les deux sont la ruine d'un foyer dont les bases doivent rester indestructibles.Yvan refusant l'une et l'autre chose, les deux moyens semblaient impraticables.Il restait à décider la princesse, à la menacer même, pourqu'elle consentit.Michel s'y prêta à diverses reprises; parla d'abord de la chétive santé du prince, ne donnant aucun espoir de guérison: le mal dont il mourait était sans remède, disait-il.— Mais, enfin, qu'a-t-il ?fit-elle un jour les larmes aux yeux.C'est inexplicable Les plus habiles médecins m'ont déclaré n'y rien comprendre.— Parce qu'ils n'ont rien voulu vous dire, Princesse, affirma Michel.Mais à moi.— A vous ?.I Is ont donc parlé ?.Ils savent ?.— Hélas! reprit hypocritement le comte Ovanieff.Le mal dont se meurt notre pauvre Yvan est le chagrin! — Le chagrin?.s'écria Hedwige stupéfaite.N'a-t-il pas tout ce qu'il peut désirer ?— Non, justement.— Que lui manque-t-il ?— Un enfant.Un héritier de ce beau nom des Strolenski.— Oh! gémit-elle, recevant le coup en plein cœur, atteinte elle-même dans son amour, sa fierté, sa propre douleur.— Il meurt de voir mourir son nom; de se sentir le dernier de cette noble lignée illustre depuis tant de siècles, et qui fournit des rois jadis à la Pologne par ses alliances avec les Piastes.— Hélas! si c'est de cela dont il souffre, le mal est.en effet, sans remède.Oh, mon Dieu, verrai-je donc mourir mon Yvan ?— Non, Princesse.Si vous l'aimez vous le sauverez.— Ah! je suis prête à tout.Que faut-il faire ?— Le moyen est tout simple, fit négligemment Michel, secouant la cendre de son cigare.Il est d'ailleurs en usage de nos jours .C'est le divorce.Hedwige devint blême, se leva droite et frémissante, toute blessée.— Le divorce?.C'est là votre moyen?Et pourquoi le divorce?Alors vous avez raison Yvan doit mourir Il eut un imperceptible mouvement d'impatience pour répondre: — Ne prenez rien au tragique.Princesse.J'ai parlé du divorce comme d'une chose très commune .naturelle après tout .Vous ne seriez pas la première ni la dernière à employer ce moyen, Hedwige II permettrait à votre mari de prendre une autre femme.d'avoir des enfants .— Qu'en savez-vous ?.— Je l'espère du moins.— Eh bien, laissez cette espérance, comte Ovanieff.Jamais je ne consentirai au divorce pas plus que mon mari, j'en suis certaine.— Evidemment.Evidemment.Perdre un titre est quelque chose.Mais il vous serait constitué un beau douaire.— Comment?interrompit-elle, le visage stupéfait.Yous pensez que mon refus a une cause si indigne, si vénale?.Je suis catholique.Michel, voilà la seule raison de mon refus.Il haussa les épaules, murmurant tout bas: — La même marotte qu'Yvan II y aura du tirage.Aussitôt il reprit avec un ton d'indifférence affectée: — Ce sont des considérations oiseuses, ma chère.Avec elles, on gâte sa vie.Comme il serait sage à vous d'envisager la situation plus noblement, avec générosité, de prouver en un mot votre.grand amour pour votre mari, termina-t-il avec une emphase ironique.— Je prouve mon amour par ma fidélité à la foi jurée.Combattez la pneumonie— son oeuvre de destruction est rapide tomme le feu de la forêt ï A PNEUMONIE tue chaque année en ce pays j_i des milliers de gens.Un grand nombre do ces décès sont dus à ce que la pneumonie n'est pas combattue avec une rapidité égale à celle de l'assaut.• Quelquefois, une personne apparemment très bien portante, est frappée de pneumonie.Mais cette maladie est généralement contractée par quelqu'un dont la vitalité a été diminuée par épuisement ou refroidissement, ou qui, ayarut un rhume obstiné, se traîne durant plusieurs jours à force de volonté ou par entêtement.Durant les phases critiques d'une attaque de pneumonie, les chances de guérison du malade tiennent souvent, dans une large mesure, aux bons soins que peut donner une garde-malade bien formée et dévouée.11 existe un sérum qui est d'un grand secours dans certaines formes de pneumonie.Grâce à lui, on a sauvé bien des vies.S'il esit recommandé par votre médecin, ce sérum doit être administré le plus tôt possible.Il n'y a pas une minute à perdre.On peut étouffer un incendie quand il est petit, mais on est impuissant contre une conflagration.S'il est des maladies dont on ne peut triompher qu'après des mois et parfois des années de courageuse résistance, la lutte contre la pneumonie est généralement gagnée ou perdue dans une période de temps relativement courte : question de jours ou même d'heures quelquefois- A la rapidité de l'assaut de la pneumonie, opposez une rapidité de défense encore plus grande.La Metropolitan sera heureuse de vous envoyer gratuitement sa brochurette "Un simple rhume?Ou" — Ecrivez au Service des brochurettes 2-R-34 Metropolitan Life Insurance Company FREDERICK H.ECKER, PRÉSIDENT BUREAU CHEF CANADIEN, OTTAWA AU SERVICE DU CANADA DEPUIS 187 2 3 Page 16 La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U 1 ^ I Pourquoi les CHINOIS portent-ils leurs ongles longs?• Les ongles longs sont une marque de noblesse en Chine, parce que la main qui les porte ainsi ne peut évidemment pas vaquer aux travaux ménagers, comme par exemple le lavage du linge, de la vaisselle ou le nettoyage des légumes.Pourtant, il y a aujourd'hui au Canada des milliers de femmes qui travaillent tout le jour, à la maison ou au bureau, et qui ont les mains aussi fraîches et satinées que celles d'une jeune Chinoise de haute lignée.C'est grâce au Baume Italien Campana! 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Mon Dieu!.Que faire pour qu'Yvan ne faiblisse pas.pour que cette iniquité ne soit pas commise.Un divorce!.Un divorce!.— III — MONSEIGNEUR ANDREW L'un des pavillons du parc Strolenski était affecté au chapelain, l'abbé Georges Andrew, du même âge environ que le comte Ovanieff.Lors du mariage d'Yvan il avait reçu le titre de prélat romain, sollicité pour ui par le prince Stanislas Strolenski auprès du Saint-Siège.Très dévoué à la famille, Monseigneur Andrew ne voyait pas sans souffrir la mésentente se glisser sournoisement entre les deux époux.Une intervention près d'Yvan était chose délicate, nécessaire pourtant.Sur la prière d'Hedwige, il tenta un jour de parler au prince.Malheureusement Michel veillait, se doutant bien que la princesse essayerait du chapelain vis-à-vis de son mari.Aussi, demeura-t-il quand le prélat fut introduit.—-Je ne crois pas que vous ayez rien de particulier à dire au prince, fit le perfide.Je me permets de rester.Yvan n'aime pas Ovanieff.J'ai intervint Andrew.A certaines heures, la solitude.—- Précisément, comte à entretenir.— C'est que.interrompit Michel, risquant un atout.Si c'est au sujet d'Hedwige .c'est inutile pour le moment.Yvan se trouve très fatigué pour entendre cette affaire.Le faible Yvan qui redoutait la question parce qu'il la supposait contre lui, sur les insinuations de son oncle, le faible Yvan asquiesça d'un geste las.— Une autre fois, Monseigneur.une autre fois.L'autre fois se présenta vite, car le digne chapelain était de ceux que rien ne rebute, quand le devoir est en jeu.Il devait tout faire, tout oser, tout risquer pour réconcilier ces deux êtres si bien faits pour s'entendre et s'aimer comme au début.Mais Michel aux aguets encore d'une façon énergique.— De grâce, Monseigneur Epargnez à mon pauvre neveu les récriminations de sa femme.Il aspire au repos de tous ses vœux.Il désire.il veut ardemment la séparation.— Mais il est de mon devoir.— De grands mots.Comme elle et comme lui, interrompit le comte haussant les épaules.Inutile de parler au prince.N'insistez pas davantage.Conseillez plutôt à ma nièce d'accepter la situation.Faites appel à son dévouement parlez lui de sacrifice.dans l'intérêt de son mari.Le chapelain toisa froidement son interlocuteur.— Vous avez une étrange façon de voir les choses, Michel Ovanieff.Ceci me prouve que je dois au contraire insister, dire au prince que son épouse n'a jamais désiré le quitter.Michel sourit ironiquement.Il savait mieux que personne les sentiments de la princesse.Mais il manœuvrait adroitement pour que son neveu l'ignorât.Le château de cartes si minutieusement édifié par lui, créé de toutes pièces, se serait de suite effondré.Il fallait à tout prix empêcher Monseigneur Andrew de parvenir jusqu'au prince.— Si vous voulez, Monseigneur, reprit-il fourbe et cauteleux pour gagner du temps.Je lui parlerai de votre visite, demandant pour vous une audience particulière.— Je trouve étrange, répliqua le prêtre, qu'il faille tant de formalités à présent pour parvenir auprès d'un Strolenski, alors que j'avais jadis mes entrées à toute heure.— Ce qui était ne peut plus être.La mauvaise santé d'Yvan.— Allons donc.Que je lui parle cinq minutes et sa mauvaise santé sera guérie.Le comte eut un rire ironique.Lui seul disposait de cette santé, soit qu'il additionna ou non le poison aux aliments du prince.— Vous vous leurrez, Monseigneur Andrew.Le seul remède efficace est l'acceptation de la princesse aux volontés de son époux.— Dites aux vôtres, comte Ovanieff.Mais souvenez-vous que si votre chance tourne.— Elle ne tournera pas.— C'est bien.Brisons la.Le prince ne peut m'entendre, il me lira du moins, fit le chapelain en se retirant.— L'imbécile! ricana Michel.J'ai aussi prévu cela.Je détruirai ses lettres.De fait aucune des missives du prêtre ne parvint à Yvan.Hedwige avertie osa un jour dire au prince: — Vous n'avez jamais répondu à Monseigneur Andrew.II vous a maintes fois écrit.— Il m'a écrit?.fit le prince stupéfait.Que veut-il?.Et pourquoi m'écrire?.Ne peut-il venir ?.Elle regarda Michel dont les yeux semblaient ceux d'un tigre prêt à bondir.Epouvantée, elle baissa la tête répondant toutefois bravement: — Quand il veut vous voir, Yvan, le comte Michel s'y oppose.— Naturellement, Hedwige.Il ne faut aucune agitation, aucun souci dans la vie de votre mari.Pourquoi Monseigneur Andrew vient-il constamment troubler le repos du cher malade?savez-vous ?, Il désire roiin, litre jusqu'à ijuc point le prince veut cette séparation, il.— Malheureuse! Taisez-vous.dit Michel, se levant subitement, voulant étourdir la princesse d'un (lot de paroles avant qu'elle ne se ressaisisse.Voulez-vous donc sa mort soudaine?.Ne pouve/-vous attendre?.L'ambiguité voulue de ces mots troubla Hedwige autant qu'elles furent cruelles au prince.— De grâce, Hedwige, retirez-vous.Et vous Michel?OhT.Que l'on ne me parle plus de rien, fit le malade d'une voix tremblante et saccadée.Je veux être seul.Michel satisfait s'empressa d'entraîner Il princesse interdite.— Voyons, Hedwige, dit-il doucereux, presque conciliant.Evitez à l'avenir ce sujet pénible.— Mais, protesta-t-clle.Je ne puis me faire à cette idée.Je veux garder mon mari.— Vous le garderez aussi.Laissez faire le temps.Quelques mois de séparation feront une œuvre salutair» sur l'esprit inquiet, neurasthénique d'Yvan.Après il vous reviendra plus aimant que jamais.Elle le regarda indécise, ne sachant que croire dans ce ramassis de paroles contradictoires.Des larmes remplirent ses beaux yeux; elle eut un geste de profond découragement, ne voyant plus clair dans ce dédale de mensonges, d'hypocrisie, de mots désavoués, de promesses artificieuses.— Ah! comte Ovanieff, si vous me trompiez, moi innocente, moi qui aime mon mari.Sachez que Dieu me vengerait.Derrière elle, il haussa les épaules.— Ils sont vraiment faits pour s'entendre, murmura-t-il.Ils parlent à l'unisson.Quand Monseigneur Andrew connut le triste résultat des tentatives faites par la princesse, il comprit que le comte Ovanieff jouait un double jeu, d'autant plus cruel qu'il brisait deux êtres jusque là tendrement unis.Il conseilla la résistance à sa pénitente.Une séparation ne se fait juridiquement que par consentement mutuel.Que ce jour arrive, elle pourrait alors devant témoins affirmer son refus.— Mais si vraiment la santé de mon pauvre Yvan demande ces quelques mois de séparation ?— C'est faux! trancha énergiquement le prêtre.Le comte Ovaniff joue, je le vois, une indigne comédie.Mettez votre espoir en Dieu, princesse, Lui seul peut confondre le coupable et faire la lumière.Priez, Hedwige Strolenska.— J'ai tant prié déjà! fit-elle avec découragement.— Priez encore.Dieu aime la persévérance.S'il donne l'épreuve, et je sais que la vôtre est grande, Il est aussi le dispensateur des joies.Je ne puis que vous dire: Continuez comme par le passé, votre tendresse et vos soins au prince.Soyez patiente, attentionnée, douce et confiez-vous à Dieu.Ce qu'il garde est bien gardé.Quand elle partit, le prêtre réfléchit longuement à cette étrange situation.Où était la vérité ?Les manières d'Yvan semblaient donner raison au comte Ovanieff.D'autre part, qu'avait-il pu insinuer pour que le prince changea ainsi d'attitude envers sa femme ?Le dernier moyen était de pouvoir démasquer Michel auprès d'Yvan, en le montrant sous son vrai jour: traitre, perfide et faux.C'était difficile; Monseigneur Andrew se l'avouait; mais Dieu n'est-il pas le défenseur des opprimés ?Le mal ne pouvait indéfiniment triompher; tôt ou tard, l'heure de Dieu devrait sonner.Avec confiance, le digne prêtre l'attend.ni en pn.inl.IV LA VIERGE DU MIRACLE Les jours passèrent, semblant creuser peu à peu un abîme entre les deux époux, hypocritement travaillés par Michel, * l'insu l'un de l'autre.Hedwige croyait avoir perdu l'amour de son mari, n'osait lui parler, ouvrir La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U Page 17 L'Enfant de la Larme •on cœur, le prier de ne pas la répudier.La fierté blessée niellait une barrière à la tendresse de l'épouse.De son coté le prince habilement influencé par les récits mensongers de son oncle, pensait que la douce I ledwige n'était pus loin de regretter une union stérile avec un mari toujours malade.Michel avait même cette perfidie diabolique d'excuser l'un, prés de l'autre.11 voyait déjà le moment où il pourrait escompter le consentement mutuel, favorable ù une séparation.Il jouait gros, mais l'enjeu en valait la peine.La princesse cependant quittait rarement son époux, lui prodiguait ses soins; mais Vvan prévenu, l'accusait en lui-mtmc d'hypocrisie, s'énervait de la voir, réclamant la solitude.Désolée, Hedwige quittait la pièce, fermement convaincue que son mari ne l'aimait plus.La tension entre eux devint si forte, qu'un matin le prince lui dit: — Ne prenez pas tant de peine, princesse, vous serez bientôt délivrée d'un mari malade.— Que voulez-vous dire, Y van ?ques-tionna-t-elle, subitement alarmée.— De grâce, Hedwige.Vous me comprenez très bien.D'ailleurs, je ne suis pas en état de parler longtemps.Veuillez me laisser.Je ne suis pas seul, puisque Michel est près de moi.Elle n'osa insister, défendre sa cause devant le regard d'aigle du mauvais génie, dont le geste impérieux la renvoyait.— Ne vous troublez pas, Hedwige, dit tout bas le comte en la reconduisant.Yvan est nerveux ce matin.Elle s'en alla, morne et désolée, n'espérant plus qu'en Dieu, sachant la force de conviction employée contre elle par le comte Ovanieff.Cependant ce matin-là, justement, le prince se sentait mieux.C'est que le lent poison n'était plus mis dans les aliments, depuis que le criminel espérait arriver à l'union du prince avec sa fille Katia.Il évitait de lui parler d'elle pour ne pas éveiller les soupçons d'Vvan, qui lui, ne s'arrêtait qu à l'idée d'une séparation, voulue, croyait-il, par la princesse.Derrière Hedwige il congédia cependant Michel, s'habilla sans le recours de son valet de chambre, ouvrit la porte de l'oratoire donnant dans sa chambre et se prit à considérer avec une amère tristesse un superbe tableau devant lequel brûlait jour et nuit une lampe.C'était la Vierge du Miracle.A ses pieds, Tatiana pleurait les bras levés, cramponnés aux plis rigides de la pierre, le visage appuyé contre les genoux de la statue.Le regard du prince remonta pour s'arrêter sur la larme de diamant.— Grâce à cette larme divine, murmu-ra-t-il, les Strolenski vivent encore aujourd'hui .Hélas! Je suis désormais le dernier descendant du pieux Boreslas, VEnfanl de la Larme.Il fléchit le genou, pria tout bas devant la sainte image tant vénérée des Strolenski, courba sa tête altière, pleura sa misère, sa solitude, son foyer vide.— O Protectrice des Strolenski! murmu-ra-t-il.Prenez en pitié le malheureux que je suis.L'humilité de cette prière détendit •on cœur fier.Il eut l'idée d'avoir une explication avec sa chère Hedwige.Oh!.se pouvait-il qu'elle se détournât de lui?.Elle si compatissante et si bonne!.Elle dont il avait connu l'amour et apprécié les vertus! Il la fit demander, mais la princesse faisait en ce moment sa tournée chez les pauvres.— Ne suis-je pas le plus pauvre si je la perds?.Si pour lui éviter une vie triste et morne près d'un malade, comme l'affirme Michel, je consens à une séparation.Que deviendrai-je sans elle?.Sans sa présence, sans son sourire.Il monologua longtemps sur ce thème, l'âme ravagée de douleur.L'absence d'Hedwige lui retirait la soudaine envie d'une explication qui eut amené la lumière sur les intrigues du comte Ovanieff.Injustement, comme tout cœur qui souffre, il l'accusa.— Elle me néglige, donc Michel a raison, elle ne iii'.iimic |>lu- Si son bonheur est dans une séparation.eh bien, qu'elle soit! Il descendit dans le parc où Katia se trouvait comme par hasard.Ayant vu la princesse sortir, elle dit hypocritement: — Hedwige ne vous accompagne pas ?— Elle est près de ses pauvres.— Ou ailleurs.Comme elle vous néglige depuis quelque temps, mon pauvre Yvan! Le prince tressaillit.Le coup perfide le touchait au cœur, à la plaie saignante.Ainsi, chacun pouvait le voir: la princesse l'abandonnait, quand elle eut du l'entourer de soins tendres et dévoués.Il oublait volontairement qu'il les refusait par dépit ces soins et ce dévouement; repoussant maladroitement les avances que sa femme lui faisait sur les judicieux conseils de Monseigneur Andrew.— Laissez, Katia.Tout cela va changer.Après tout, la vie n'a rien d'attrayant pour une jeune femme près de moi.Ma santé la condamne à l'isolement.Oui, il est juste que la pauvre Hedwige.Il n acheva pas, ta voix brusquement coupée d'un sanglot.Pour montrer à Katia qu'il désirait être seul, il la salua et changea de direction.La princesse Hedwige avait, en effet, visité ses pauvres avec plus de commisération peut-être que d'ordinaire, comme pour appeler sur elle la protection divine par la charité.Mais en les quittant, elle était entrée chez Monseigneur Andrew.Là, mettant son cœur à nu, foulant aux pieds tout décor mondain, elle avait comme le prince devant la Vierge,_pleuré sa vie sur le point d'être brisée.— Il ne m'aime plus! disait-elle.Ma stérilité lui pèse.Je sens qu'il va céder aux insinuations de son oncle.Oh! se peut-il qu'Y van désire une séparation ?— Qu'y a-t-il vraiment derrière les intrigues du comte Ovanieff?— Ne devinez-vous pas?.Il y a le divorce, puis Katia comme épouse.— Rassurez-vous, Madame.Le prince ne consentira jamais à un divorce, à plus forte raison à un second mariage, protesta le prêtre avec force.— Je deviens folle.Toutes nos tentatives ont été vaines.Michel est toujours là, entre Yvan et moi, comme s'il craignait une explication, un rapprochement, lui qui a su nous désunir si habilement.— Essayez encore, Princesse .Priez comme je le fais.Le prince me parait aller mieux ces jours-ci.Espérez.Puis jetant un coup d'œil par la fenêtre, il ajouta: — Voici Michel et sa fille.Ils semblent converser longuement.Cela signifie que le prince est seul.Oh! princesse, tâchez de le voir.Allez.Je vais prier pour que Dieu vous aide.Elle le quitta en hâte.Il avait raison, c'était le moment de surprendre Yvan, de parler à son cœur, de démolir l'œuvre du génie malfaisant dont la néfaste influence faisait sombrer son bonheur d'épouse.Elle trouva vide l'appartement du prince.C'en fut assez pour que son âme alourdie de tant de peines secrètes, de tant d'angoisses motivées, connut un brusque découragement.— C'est fini.fini.dit-elle avec désespoir.Comme elle s'en retournait, Hedwige aperçut par la grande glace de la cheminée, l'oratoire ouvert.La Vierge du Miracle semblait lui barrer le passage, lui montrant l'aïeule des Strolenski, Tatiana prosternée, réclamant le secours divin.Brusquement elle se retourna, rebroussant chemin.— Qui donc a ouvert cette porte ?murmura-t-elle.Yvan a donc prié devant la Mère de Dieu ?Un secret espoir illumina son cœur.Elle contempla la Vierge, eut sans s'en douter les mêmes gestes que son mari, pour abaisser son regard sur Tatiana demandant un enfant, puis sur la belle Larme.la larme de diamant.— Ah! soupira-t-elle.J'ai tant prié déjà.Moi qui connais la détresse de Tatiana, aurais-je moins de confiance?."Mimi, ma chérie, tu n'as pas joué une minute de la journée .\ raiment, Madame Duval, je ne comprends pas pourquoi elle est si languissante." "C'est souvent la constipation qui affecteles enfantsde cette manière, chère amie.Mon Pierre m'a causé les mêmes inquiétudes, mais je lui ai donné un laxatif—du Castoria—et il se porte à ravir." "Chère Madame Duval.ma petite Mimi est gaie comme un pinson aujourd'hui .J'ai suivi votre conseil et je lui ai donné du Castoria hier soir." "Quelle bonne idéel Le Castoria est le laxatif tout indiqué pour les enfants.Préparé spécialement pour eux, son effet est bénin, mais efficace, et il ne contient aucune drogue.Ce sont ces substances nocives—souvent même dos narcotiques—qui rendent certains purgatifs si dangereux pour les tout petits.Et, de plus, le Castoria a bon goût!." 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Il y a parmi nous des milliers de jeunes filles avançant dans la vie aussi jolies que des papillons, ou de toutes façons, jeunes, saines et fraîches — c'est-à-dire fraîches sans artifices — dont le charme est comme sous clé et qui ne savent pas ce qu'il faut faire pour le développer.Et parce qu'elles ne savent pas, elles font toutes sortes de choses nulles et excentriques.Elles gâtent le charme naturel de leur figure, elles essaient trop bruyamment, trop clairement, ou trop sournoisement d'être populaires.Ou bien, elles se découragent, elles prennent un air ennuyé, maussade, pleurent en secret et se demandent pourquoi elles sont dans le monde.Est-ce cela la vie ?Il ne s'agirait pourtant pour elles que d'en comprendre la valeur, d'en user avec tact et délicatesse, et d'être naturelles, pour être de vraies jeunes filles charmantes.Les bambines que leurs mamans entouraient de tendres soins ont pris, avec les années, une attitude nouvelle: leurs espoirs sont sans limites, elles attendent tout de demain.Suivant la loi naturelle, leur beauté, leur personnalité, leur charme se sont développés en même temps.Qu'elles soient blasées, joyeuses ou confiantes, la vie avance quand même, invariablement.Point n'est besoin d'efforts exagérés.Les choses suivent leur cours normal, et l'excès ne peut qu'être néfaste.La simplicité est la plus belle parure de la jeune fille.Mais la simplicité n'est rien sans la propreté, le premier facteur de la santé, de ce bien inestimable qui fait trouver la vie agréable et le travail plaisant.La propreté est une qualité que tout le monde estime et qui est toujours remarquée.11 faut en contracter l'habitude de bonne heure, adopter comme méthode de se laver la figure à l'eau .chaude et au savon une fois par jour; les autres fois à l'eau froide.On doit se laver à grande eau, c'est-à-dire non pas seulement en la faisant couler sur la serviette, ce qui n'est pas suffisant pour bien nettoyer la peau, et ensuite rincer à l'eau froide.Pour faire disparaître les points noirs, il suffit géné- ralement d'appliquer une bonne crème et ensuite un tampon de coton trempé dans l'eau chaude.On laisse quelques minutes, et avec la brosse douce on frictionne la figure à l'eau tiède et au savon.Si une première application n'est pas suffisante, répétez le traitement le soir suivant et même plusieurs fois s'il est nécessaire.Après disparition des points noirs, refermez les pores ou au moyen de l'eau froide ou par un tonique de la peau.L'acné provient presque toujours de troubles digestifs ou du mauvais fonctionnement des intestins.On peut l'éviter en s'abstenant de temps à autre de manger des bonbons, des marinades, des mets épicés, et en suivant un régime comprenant beaucoup de fruits, de légumes, de salades vertes, et en buvant beaucoup d'eau.Le manque de sommeil donne souvent à la peau une apparence terne, une couleur grise.Il faut à la jeunesse au moins neuf heures de bon repos pour que le teint soit frais, clair, de bonne santé.Les boutons sont désolants.Un mauvais régime, le manque de bon air, de sommeil, d'exercice, la tension des nerfs en sont les causes ordinaires.Appliquer de l'eau chaude sur les boutons au moyen d'un morceau de coton, jusqu'à ce que les boutons deviennent aussi rouges que le feu, est un excellent moyen de les faire disparaître.Couvrir d'une bonne crème médicamentée pour faire sécher les éruptions.Pour l'acné, on n'emploie pas de cold cream, et on ne louche pas avec les doigts, c'est tout simplement étendre l'infection.L'importance de la propreté n'est jamais exagérée.C'est une atmosphère personnelle, c'est la Santé.(Courtoisie du Delineator) La Revue Moderne — Montréal, Février 19 Page 19 L'Enf a n t de la La r m e Soulagement Instantané du Mal de Gorge Pour Ulcération ou Irritation, Ne Retardez Pas! Ces illustrations vous enseignent quoi faire Ecrasez et faites dissoudre 3 tablettes d'As-pirin dans un demi-verre é'eau.Gargarisez - vous à fond.Pench ez votre ttt en arrière, de manière à ce qu'un peu d gargarisme coule dans la gorge.Répétez l'opération et ne vous rincez pas la bouche.Pour une plus grande efficacité, laissez séjourner le gargarisme sur les membranes de votre gorge.Sachez que: Seuls les remèdes peuvent soulager le mal de gorge.Comme elle je suis aux abois .Un autre l'élros s'acharne contre moi.Vaincue, fondant en larmes, la malheureuse s'écroula devant le tableau, H .ml li.nl Ii.hii — O Vierge des Strolenslci!.Aie pitié de l.i p.invi<- Hedwige.N'- permets pas cette chose odieuse: que Michel sé- | > i < - i r « 111 « - I >mii .1 uni I m, ¦ 11 ii fis jadis ce doux miracle de sauver Tatiana Strolenska.sauve-moi aussi.Sauve mon Yvan bien-aimé d'un crime devant Dieu.Rends moi le cœur de mon mari que j'aime.O Vierge, aie pitiel.— Hedwige!.clama soudain une voix d'homme que l'émotion rendait méconnaissable.La princesse jeta un cri de terreur, s'étant crue seule.Michel était donc là.Sans forces, renonçant à la lutte, elle s'évanouit, cramponnée au tableau.Deux bras la saisirent, la portèrent sur le sopha de la pièce toute proche.Elle sentit des baisers effleurer son front.des mains caresser ses beaux cheveux dénoués .tandis que la voix chère, celle des jours d'autrefois lui murmurait des tendresses.Elle ouvrit les yeux, croyant rêver de voir Yvan près d'elle.— Hedwige! .mon Hedwige.Ma bien-aimée! .Tout cela était donc une horrible machination .Je vous retrouve donc, ô mon épouse toujours chérie.Reviens à toi, continua-t-il plus tendrement.Pardonne mes incertitudes, mes hésitations.Je croyais avoir perdu ton cœur.La princesse à présent souriait de bonheur à travers ses larmes.Le cauchemar prenait fin.La Vierge des Strolenski avait eu pitié encore une fois des larmes d'une épouse.Son regard se dirigea vers l'oratoire: — C'est Elle qui nous a réunis, dit-elle.— Je l'ai priée moi aussi, répondit Yvan., Je suis sorti sans refermer la porte.Rentrant chez moi désolé, la voix et les sanglots de mon Hedwige en prière m'ont éclairé.Que la Vierge des Strolenski en soit bénie.Qu'elle nous garde désormais l'un à l'autre.L'heure de Dieu qu'attendait Monseigneur Andrew venait de sonner.— V — ENTRE UNE TOMBE ET UN BERCEAU Par la tendre explication qu'ils eurent ensemble, les deux époux réduisirent facilement à néant les machinations perfides du traître.La princesse fit chercher de suite Monseigneur Andrew à qui fut racontée la scène précédente.— A présent, dit Yvan, vous pourrez venir comme autrefois, à toute heure chez moi, Monseigneur.De plus, pour ne pas rentrer dans une explication pénible, je vous prie de signifier de ma part au comte Ovanieff de quitter le château pour n'y plus rentrer.— Le voici justement, fit le prêtre montrant la porte ouverte; sur le seuil, Michel, arrêté, blême, sans parole.Avec quelle rage, quelle honte de sa défaite, le misérable contemplait le couple princier; Yvan le toisant froidement, Hedwige au sourire joyeux semblant le défier.Il grinça des dents de fureur, ne sachant que dire, comprenant sans peine que son règne était fini.— Comte Ovanieff, dit le prince lui montrant la porte, Monseigneur Andrew est chargé de vous dire quelque chose de ma part.Allez! Il n'essaya pas une protestation qu'il savait vaine; il ne simula pas la joie, se sentant démasqué; il ne chercha pas à savoir, le fait accompli lui suffisait.Il se contenta seulement d'un long regard plein de menaces sur la princesse qui frémit; il fixa Yvan avec un étrange sourire.Puis se retournant vers le chapelain: — Allons, fit-il.— Comte Ovanieff, la chance a tourné, comme je vous l'avais dit.— On peut le croire, répliqua-t-il négligemment.— Je vous avais prévenu de redouter la colère du pi un e — Et je vous ai répondu: "Je ne la crains pas".— Alors, dit le prêtre confondu d'un pareil cynisme, je vous répète: craignez Dieu! — Vous souvenez-vous de ma réponse, ricana-t-il ?— Je n'ose la redire.— N'ayez pas de ces scrupules bêtes, bons pour Hedwige et mon neveu.Je crains Dieu encore moins, car j'aurai ma revanche.— Ah! malheureux!.Changez de voie.Revenez à de meilleurs sentiments, supplia le prélat pris de pitié pour le funeste entêtement de Michel.Le prince veut votre départ sans retour.— Je m'en doute, avoua-t-il; une haine inexprimable dans la voix.Vous triomphez maintenant.Eh bien, Georges Andrew, nous nous retrouverons ?Ce sera mon tour de vous chasser.Le prêtre n'eût qu'un geste de commisération pour réponse.Que méditait encore le triste personnage ?Ne fallait-il pas prévenir le prince de faire bonne garde autour de son bonheur ?Mais le couple heureux averti de ses menaces ne s'en soucia guère.Tout au bonheur, il pardonnait au coupable; les jours se suivirent sans que Michel donna de ses nouvelles.Parfois cependant la princesse Hedwige tremblait au souvenir du dernier regard du comte Ovanieff, mais la tendresse d'Yvan la rassurait.— Que peut-il maintenant contre nous?disait le prince.Notre amour nous rend forts.Ne craignez rien, chère Hedwige.Elle craignit cependant un jour que Michel était venu rôder autour du château.Cela coïncidait avec la nouvelle, la grande et joyeuse nouvelle communiquée aux gens du domaine.Les Strolenski espéraient un héritier.L'heureuse Hedwige n'osait croire à cette félicité inespérée qui provoqua des larmes de joie chez le prince.Ainsi la Vierge du Miracle avait fait plus que de sauver le bonheur d'Hed-wige.Elle lui donnait comme jadis à Tatiana le lien béni qui consoliderait l'union des deux époux, l'enfant chéri qui de nouveau perpétuerait la race.A cette occasion le prince fit distribuer de larges aumônes pour annoncer ce nouvel Enfant de la Larme impatiemment attendu.— Le Ciel nous a comblés, Hedw ige, disait Yvan transporté.Je donnerai un second diamant à la Vierge si c'est un fils.C'est pourquoi durant cinq mois, Hedwige trembla pour son enfant, les plans du traître étant déjoués.A la nouvelle qu'ils étaient chassés du château, Michel avait subi la terrible colère de Katia désappointée.Elle s'habituait si bien à son futur rôle de princesse Strolenska, jouant déjà à la châtelaine.Mais dès qu'elle connut la maternité de la princesse, sa fureur fut à son comble.— En me montrant le mirage doré d'un mariage que le prince n'eut jamais admis, dit-elle furieuse, vous êtes cause, mon père, que j'ai manqué le duc Orloff.— Tu le retrouveras facilement.— Oh.Cette Hedwige .Que n'est-elle morte! — Souhait inutile; il parait que le prince a fait un testament donnant tout a l'enfant qui va naître; à son défaut c'est Hedwige.Si Hedwige meurt comme tu le désires, toute la fortune des Strolenski passe aux bonnes œuvres.— C est bien imaginé.Et nous, alors ?— Nous?.Ah, ah! ricana-t-il avec un regard terrible.J'ai mon plan .— Mais la fortune nous échappe quand même.— Pas tant que cela.Ne pouvant la posséder, nous en profiterons.— Vous supprimez l'enfant ?— A quoi bon?Sa mère en hérite! Quelqu'un sera supprimé cependant.J'ai Dion plan, dit-il encore.Ecoute.Ils parlèrent longtemps discutant leurs idées.Mais quand ils se séparèrent, la vengeance la plus diabolique, la plus raffinée était résolue par Michel, dont la digne fille applaudissait aux ténébreux desseins.Il arriva qu'un soir Monseigneur Andrew reçu, la visite du comte.La science médicale Moderne a mis en lumière un moyen sûr de soulager le mal de gorge.Un moyen qui, en moins de deux ou trois minutes, calme la douleur les ulcères et les irritations.Pour obtenir ce résultat, il faut recourir au remède connu qu'est ASPIRIN.—C'est pourquoi dans le monde entier les spécialistes des maladies de la gorge prescrivent ce gargarisme à l'ASPlRIN à la place des vieilles méthodes.Soyez prudent et ne vous servez que des tablettes Aspirin pour votre gargarisme.Pour en être certain, assurez-vous que le nom Bayer en forme de croix, apparaît sur chaque tablette.Les tablettes Aspirin se dissolvent assez facilement de manière à ne laisser aucune particule irritante pour la gorge.Aspirin marque de commerce enregistrée au Canada de la Compagnie Bayer, limitée.FABRIQUEES AU CANADA N'AFFECTE PAS LE COEUR Page 20 La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 /> rrc»* p les Tablettes GRip-laX Elles soulagent rapidement Grippe, Refroidissements, Rhumes de Cerveau, etc.' N'affectent pas le coeur.En vente dans Jes pharmacies2Sc Le choix d'une Oème de Beauté irVI"*' leI pas »«¦ — %ul ranc,.cfème •lne.frrfehe.1"" crime que le unc crème v.v.f.antc.qui tiendra votre poudre, une cre-rne rigoureusement hygi*"1^6- Vous n'avez pas te choix, Madame: adoptez la RtMB L'ART A LA MAISON Pour tout travail d'Art Décoratif et matériel d'Artiste.la Maison de Meslé se recommande de longues années d'expérience; vous y trouverez également tous les Instruments d'Optique de haute qualité.Jumelles pour le voyage, mlcroNcope, baromètres ¦ i thermomètres.HEARN & HARRISON &DE MESLE 1610, rue St-Denis, - Montréal Tél.LAncaater 33D7 L'Enfant de la Larme General Typewriter Service Limited •7, rue Notre-Dame B.Tél.LA.7606 LOUE, VEND, REPARE, ACHETE, clavigraphes de toutes marques.Spécialité: contrat d'inspection mensuel.Papier carbone, rubans, papeterie.ÂNTÂLGINE Les Capsules Antalgine maîtrisent les maux de tête, névralgies, rhumes, lagrippe,douleurs périodiques,etc.Faciles à prendre—plus solu-bles que les tablettes.En vente partout 0, Il se présentait dans la plus humble attitude, avouait sa faute, mais montrait un repentir si bizarre que le prêtre devina un manque de sincérité.La nouvelle qu'un enfant était attendu par les Strolenski l'avait comblé de joie, disait-il dans un demi aveu, ayant toujours souhaité un héritier au prince, jusqu'à vouloir un mariage morganatique pour en assurer la descendance.Il demandait maintenant la faveur de revoir la famille.— Je ne viendrai que lorsque mon neveu le désirera, aux jours marqués par lui.J'ai tant d'orgueil du nom des Strolenski qu'il me tarde d'en contempler l'héritier.Vous êtes tout puissant, Monseigneur Andrew; la princesse vous écoute volontiers, intercédez pour moi auprès d'elle.Le digne chapelain qui, malgré ses soupçons ne voulait pas la mort du pécheur, promit ce que demandait Michel et lui rendrait réponse.Hedwige eut peur.Mais comme le comte ne viendrait qu'appelé, et ce serait rare, elle voulut que ce sublime pardon des injures fut une bénédiction pour le cher petit ange attendu dans trois mois.Le prince permit donc au coupable de se montrer.La visite dura peu.La réception fut froide d'un côté, toute doucereuse de l'autre.Le mois suivant il en fut ainsi, mais Yvan causa davantage; la princesse légèrement souffrante se fit excuser.— Ainsi, dit Michel, dans quelques jours un enfant régnera en maître.Je souhaite que ce soit un fils.— Nous le désirons tous, répliqua le prince.Si c'est un fils, un second diamant sera offert à la Vierge du Miracle pour ce nouvel Enfant de la Larme, qui perpétuera le nom des Strolenski.Michel ne répondit rien, occupé d'offrir un cigare à Yvan, de le tailler lui-même et de l'allumer.— C'est une marque nouvelle, fit-il négligemment.J'en use avec plaisir.Il eût un soupir de satisfaction dès qu'Yvan eut tiré une bouffée.Il parla encore de choses et d'autres, puis se retira souhaitant d'être là l'heureux jour de la naissance.En quittant le château il eut dans son regard une si abominable joie qu'Hed-wige en eut frémi, si elle l'avait vue.— Dans vingt jours la naissance, murmura-t-il; dans vingt jours la mort.Le même soir Yvan eut un violent mal de tête qui se dissipa le lendemain.Mais huit jours après une langueur étrange s'empara de lui.— Le mal d'autrefois, pensa-t-il.Cette fois je le vaincrai par le bonheur.Cet abbattement continuant, les docteurs ordonnèrent un changement d'air, ne voyant aucun organe atteint, mais hochèrent tristement la tête en partant.— Le prince est perdu! dirent-ils.Si bien que le jour tant attendu où Hedwige donnait un fils à son mari, fut un jour de larmes.Yvan se mourait d'un mal mystérieux et Monseigneur Andrew qui venait bénir le petit Boris dans son berceau, entra d'abord administrer un mourant.— Je meurs heureux d'avoir vu mon fils continuer la lignée princière des Strolenski, dit-il, acceptant la mort avec une résignation toute chrétienne.Il fit ouvrir la porte de l'oratoire au moment où Michel demandait à entrer.Face à la Vierge du Miracle qu'il voyait de son lit, Yvan prit son fils entre ses bras.— Je te donne mon Boris, 6 Vierge! cria-t-il.Protège ce second Enfant de la Larme.Qu'il devienne un fidèle serviteur de Dieu comme son glorieux aïeul, Boleslas le Saint.— Qu'il devienne un démon! murmurait Michel étouffant sa joie devant la couche funèbre.— O mon Boris, petit Enfant de la Larme, que je ne verrai pas grandir! Sois la bénédiction et la gloire de ta race.— Sois la bonté et l'opprobe des Stro-leski! disait tout bas le comte.Tandis que le prince rendait le dernier soupir, le pauvre petit innocent objet de désirs si contraires était remis dans les bras d'Hedwige en pleurs, d'Hedwige qui commençait son calvaire par la porte du veuvage.VI L'OEUVRE DIABOLIQUE Les obsèques furent magnifiques selon le rang et la fortune du défunt.Le Tsar s'y fit représenter, offrant selon l'usage ses hommages et condoléances à la veuve.Le domaine s'enveloppa de deuil comme si les crêpes d'Hedgige eussent jeté un voile de tristesse sur les gens et les choses.Toute à sa douleur autant qu'à ses devoirs de mère, elle vivait retirée, solitaire, désirant être oubliée.Cependant Michel lui, n'oubliait pas.Trois mois après, un akase impérial lui conférait l'administration de la fortune avec la tutelle de Boris.C'était le coup suprême pour la princesse qui trembla, persuadée que le comte Ovanieff ne respecterait pas la vie du petit prince.Elle ignorait le pacte odieux que la haine avait signé entre le père et la fille.Michel s'aperçut des appréhensions de la jeune veuve; pour lui laisser croire qu'elle n'avait rien à craindre désormais pour l'enfant si précieux, il se montra doucereux jusqu'à l'obséquiosité.Il dit un jour négligemment: — Katia mariée, je puis me consacrer entièrement à l'héritier des Strolenski.Elle a épousé le duc Orloff.La différence est, il est vrai, assez grande, mais.il est bien en cour, immensément riche, il adore ma fille.La princesse respira.Elle pouvait peut être espérer une accalmie puisque le nom des Strolenski ne tentait plus Michel pour sa fille.Néanmoins elle se sentait l'énergie d'une lionne pour défendre l'existence de Boris, qui, couvé par sa mère grandissait peu à peu sans que sa vie inspira de craintes.Mais le comte qui avait "ses plans" manœuvra de façon à inspirer confiance à l'entourage d'Hedwige.C'est ainsi qu'il feignait d'oublier ses promesses de vengeance, quand il se trouvait avec le chapelain.De même les gens du château, intendants, régisseurs, gardes et serviteurs n'eurent plus à se plaindre des vexations, injures et coups que jadis le comte leur octroyait si abondamment.Il préparait ainsi chacun à chanter ses louanges devant Boris, afin que l'âme de l'enfant s'ouvrit à lui toute grande, sans préventions, pour la modeler et la transformer au gré de ses odieux désirs.Ce qui arriva.Boris grandit d'abord aux douces leçons maternelles, entre Hedwige et Monseigneur Andrew.A tour de rôle ils se plaisaient à diriger vers Dieu la petite âme si fraiche, si pure, ce tendre cœur si affectueux à tous.Il avait appris à prier chaque jour devant la Vierge du Miracle dont le clair regard illuminait de reflets célestes les deux larmes de diamant.L'enfant avec piété identifiait dans son esprit l'aïeule Tatiana Strolenska à sa mere; l'Enfant de la Larme à lui-même, Hedwige ayant dit un jour: — C'est cette Vierge c|ui t'a donné à moi, mon Boris.Ton pere mourant t'a consacré à Elle comme le fut Boleslas le Saint.Désormais dans sa pensée, ainsi que l'avait appelé le prince Yvan, Boris se disait l'Enfant de la Larme.Avec joie, Hedwige le voyait grandir; doux et beau, sage et attentif, mais remarquait avec quelle facilité il subissait une influence étrangère bonne ou mauvaise, ayant malheureusement hérité du père le caractère faible, inconstant, sans fermeté.De cela, non sans raison, elle tremblait pour l'avenir.Quand Boris eut huit ans, alors que la pauvre mère et Monseigneur Andrew en avaient fait un ange, le comte Ovanieff qui jusqu'ici s'occupait de l'enfant pour lui apporter bonbons et jouets, déclara que désormais l'instruction du prince ne pouvait être retardée.— Comment ?dit Hedwige frémissante.Vais-je me séparer de mon enfant.Je n'ai que lui au monde.— Soyez sans crainte, princesse, répliqua Michel.Je n'aurai jamais Cette cruauté d'éloigner ce cher enfant.J'ai déjà retenu un précepteur accompli, Grégor Méloutine.Il sera ici demain; je vai» donner des ordres pour qu'un appartement lui soit préparé.La pauvre mère soupira de joie.Vraiment Michel était bon.Elle pouvait fouler au pied toutes ses crainles, désormais.Que ne pouvait-elle lire dans l'âme tortueuse du misérable qui ne lui laissait son enfant que pour mieux flétrir son âme par une créature à lui.Le mettre dans un de ces grands gymnases russes ne pouvait convenir aux plans du traitre, car Boris hors du château échappait à son emprise.L'appartement fut installé en effet, mais à l'aile opposée du château.De même l'enfant, soustrait aux influ- 1-iH i-s nul ci nrllcs ,m s., rli.niibre près bicycle.La blouse, en beau coton cordé rouge vif, est de coupe élégante et assez longue pour ne pas sortir de la jupe.La jupe, 12 à 20 ans et 34 à 40 de hanches.La blouse: 30 à 42.La jupe: 35 sous.La blouse: 25 sous.5i68.— Le plaid occupant une place prépondérante dans la mode actuelle et devenant chaque jour plus populaire, le guingan quadrillé devient naturellement un des tissus les plus élégants pour le pays du soleil.Notre modèle l'interprète d'une façon heureuse dans cette robe deux pièces, genre jaquette à larges revers.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 45 sous.Blouse 6304 Jupe 6450 5452.— Robe de coton naturel à dessin chevron.Toute simple, confortable et pratique, la jolie parure de ruban qui lace le corsage et les manches permet d'en varier indéfiniment la couleur.Toutes les nuances vives sont d'un bel effet.12 à 20 ans et 30 à 42.Prix: 45 sous.SH9.— Les noeuds sont à la mode du jour.Chaque année, ils se présentent sous de nouvelles formes amusantes.Robe de crêpe lavable blanc, avec grand collet carré devant et dans le dos et écharpe en soie rouge à pois polka blancs, drapée à l'encolure et terminée en noeud à larges coques.12 à 20 ans et 30 à 42.Prix: 45 sous.jSi votre marchand local ne jieut roux fournir ces patrons Unit, , iel:, mandi :-le< ll IC< llt-4 IMM II II J.&P.Coats Fabriqué au Canada par Ici Fabricants du Coton en Bobines Coats et Clark The Canadian Spool Cotton Co., I30F Dépt.B-t6,Gase postale 519, Montréal.P.Q.rinrluê 15c.pour le NOUVEAU LIVRE ** A Complet* Collection af Crochet Detign§'* {Un» Collection Complète de Itestin» au Crochet) ain%i qie ta brochure!!* "Crochet and Lmbroidery ^tilrhet" (Pointa au Crochet et Point* de liro-dmrie).Nom.L'Enfant de la Larme (Suite de la page 21) — Pourquoi donc ?questionna Sonia vivement intéressée.— C'est que l'on ne m'espérait plus.Mes parents croyaient ne jamais avoir d'enfant.Un jour ma mère ayant prié la Vierge du Miracle devant laquelle on la trouva en pleurs, évanouie, acquis quelque temps après la certitude inespérée de sa maternité.— Comme vous devez aimer votre mère, Boris! — Je la vénère comme une sainte.— Avec quelle ferveur vous devez aussi prier cette Vierge! 11 resta un instant silencieux, puis avoua: — Je ne la prie plus guère maintenant.Mais quand j'étais petit, j'avais une piété d'ange.Ah! .continua-t-il, avec un vague regret, le petit Enfant de la Larme, en ce temps là, ne s'éveillait pas sans donner un sourire à sa belle Vierge; le soir il n'aurait pu dormir sans l'avoir saluée comme un chevalier saluait la Dame de ses pensées au Moyen-Age.— Pourquoi, Boris, fit-elle câline et tendre, pourquoi ne la priez-vous plus ?Il baissa la tête devant le clair et pur regard qui le fixait.N'osant dire "Je n'en suis plus digne", il balbutia: — Je ne sais les idées changent.— Mais la foi doit être inébranlable, mon ami.— Sans doute .Oui.— Eh bien, mon chevalier du Moyen-Age, promettez-moi que nous la prierons ensemble cette Vierge Dame de vos pensées, quand vous m'aurez conduite en Pologne.Là encore était l'écueil.N'ayant averti personne de son mariage, il ne pouvait sitôt y conduire sa jeune épouse.A quel titre y entrerait-elle?La situation lui parut pour le moment inextricable.Il ne pouvait, devant partir, l'emmener avec lui; il ne pouvait non plus vivre loin d'elle, il l'aimait trop.Et la laisser en plein Paris!.— Pour le moment, Sonia, je dois .je ne puis.articula-t-il, la gorge serrée.Je vous quitterai pour quelques jours, ensuite.— Me quitter ?interrompit-elle ?Déjà ?— Un devoir urgent, ma chérie.Après je serai libre vous me rejoindrez.Je préviendrai ma mère.— J'aime tant déjà la princesse Hed-wige, qu'elle m'accueillera comme une fille.Il ne répondit rien, mais le soir s'arra-chant à son rêve de tendresse, il partait en Pologne.C'était là la page secrète du cœur de Boris, la page ignorée de Michel et de tous.Un matin, le comte Ovanieff entra chez Boris: — Mon cher, dit-il solennellement, l'heure est venue.Je pars à l'instant, tu devras me rejoindre demain.La Cour quitte Péterhof dans deux jours.Là-bas un des nôtres te remettra l'objet .pour le train impérial, comme il est convenu.Boris pâlit affreusement.Il eut un geste de violent refus, mais Michel le foudroya du regard, pesant sur les mots: — Il faut! Impossible de reculer.— Mourir maintenant ?balbutia-t-il.Il pensait à sa Sonia, à son amour, à son secret bonheur si tendre, si beau.— Rien ne prouve que la mort est au bout de l'aventure.Mais elle y est sûrement si tu refuses.Vas-tu reculer comme un lâche, toi qui parlais si haut d'abolir régime et tyran ?— Soit.Je partirai, fit Boris frémissant à ces insultes sans oser les relever.Le comte Ovanieff parti, il se mit à réfléchir, reculant à présent.Allait-il en plein bonheur risquer sa vie parce qu'il avait plu aux chefs du Comité de donner son nom ?Il ignorait que son oncle le jugeant bon pour le crime, l'avait désigné lui-même pour l'attentat monstrueux qui se préparait.Sa résolution fut vite prise.Il partirait, mais à Paris, chercher sa femme, tout dire au comte Czarnewski et voir comment recouvrer sa liberté en rompant avec les révolutionnaires.— Mon ami, dit-il à Méloutine qu'il avait fait appeler.Tu es seul au monde, je puis te faire riche comme tu n'as pas rêvé de l'être.Prends ma place, pars de- main pour Peterhof.Nul ne saura rien car je pars aussi.Ils parlèrent ensemble tout bas, discutant; l'un priant, l'autre refusant.Enfin l'accord fut conclu.Quand Méloutine quitta le prince, il emportait deux chèques importants, payables en deux échéances.Le soir même Boris avec un subit attendrissement faisait ses adieux à sa mère qu'il trouva dans l'oratoire.— A peine arrivé, tu pars, mon Boris! — Mère, je reviendrai cette fois pour toujours, j'espère.— Au moins, prie avec moi la Vierge du Miracle afin qu'elle te garde! — Priez vous même, chère mère, moi.je ne crois plus à ces bêtises .— Oh! gémit-elle.Boris, mon Boris, Enfant de la Larme, tu priais jadis.— Ce temps n'est plus, fit-il un peu brusque et l'heure presse.Le lendemain le prince et Grégor Méloutine quittaient le château, que ni ni l'autre ne devait revoir.VIII ORDRE DU TSAR Hedwige seule encore une fois, le cœur oppressé ne sut que pleurer.— Le malheureux a perdu la foi, dit-elle à Monseigneur Andrew.Dans quelle route ce scélérat de Michel a-t-il conduit mon enfant ?Hélas! Elle ne devait pas tarder à le savoir.Trois jours après la princesse lisait dans les journaux avec une stupeur, une épouvante indicible, ces lignes qu'elle croyait être le récit de quelque cauchemar."Le train impérial de Peterhof vient d'être l'objet d'une odieuse tentative.Une bombe à renversement allait être jetée sur la voie par un nihiliste fameux, qui, prit de remords fit des aveux complets.C'est un nommé Grégor Méloutine.Il affirma avoir re^u des ordres et la bombe même du prince Boris Strolenski, déjà suspect et surveillé depuis quelque temps, sur les indications du comte Al.O.un fidèle serviteur de notre Petit Père le Tsar, S.M.Nicolas H".Plus loin, en dernière heure: "Le prince vient d'être arrêté comme il cherchait à passer la frontière".Hedwige resta un moment hébétée, ne comprenant pas l'affreuse chose.Son Boris, son fils bien-aimé serait donc un bandit ?Un misérable accoquiné avec les pires malfaiteurs, les assassins et les révolutionnaires ?Cela se pouvait-il ?— C'est le dernier coup.Oh, mon Dieu! .O Vierge secourable, gémit-elle.Ayez pitié de mon enfant.Le Novroiê Vrêma du lendemain confirma l'horrible nouvelle.Cette fois au lieu des initiales déjà si transparentes s'étalait le nom de Michel Ovanieff, que Sa Majesté allait récompenser pour lui avoir sauvé la vie.Monseigneur Andrew démêla très vite la trame du long travail de l'odieux tuteur.Après avoir entraîné Boris dans ce milieu mal famé, il avait, conservant des intelligences à la Cour, dénoncé comme chef nihiliste, pire, peut-être, celui que, depuis sa naissance il vouait à l'opprobe.Les dernières nouvelles indiquaient que Grégor Méloutine, de connivence avec le comte avait simulé l'obéissance pour mieux tromper le prince et le faire prendre.11 appuyait ses dires en montrant deux chèques de 100,000 francs signés chacun du prince Boris.— Voyez-vous, Princesse, le comte Ovanieff avait depuis longtemps combiné ses plans.Il a fait là une œuvre diabolique et y a pleinement réussi.— Mon enfant est perdu, dit-elle.Rien ne peut plus le sauver.— Dieu seul commande aux événements.— Le Tsar ne pardonnera pas.— Evidemment, mais.la Sibérie rend quelquefois ses victimes; j'en suis une preuve.Faites agir à la Cour, pour déportation.— Hélas! Je n'y connais plus personne Je n'ai aucun moyen.— Il vous reste la prière, Princesse Tatiana Strolenska non plus ne connaissait personne.Elle fut sauvée cependant.— linris! lions! tu es bien l'Enfant de mes larmes! — Princesse, soyez forte, soyez courageuse.Je vous dis justement comme Sainte Monique: "I c lils de tanl <11- larme* ne peut mourir".Vers le soir, une jeune femme inconnue, les yeux rougis de larmes, toute pâle et tremblante demandait à parler à la princesse, qui refus;i de la recevoir.Comme elle insistait, sans vouloir dire son nom, le chapelain la fit entrer se réservant de l'interroger.— Je ne parlerai qu'à la princesse, dit-elle.Par pitié, Monseigneur Andrew.— Comment savez-vous mon nom ?— Je vous dirai tout plus tard.De grâce, que je vois la mère du prince Boris.Soupçonnant un mystère, il appela la princesse.— Qui êtes-vous?demanda-t-ellc tout de suite conquise par le beau regard pur, le doux visage éploré de la belle inconnue.— Hedwige Strolenska, s'écria-t-elle tombant aux genoux de la mère infortunée.Ne me repoussez pas.je suis la femme de Boris.— Vous?La femme de mon fils?.Boris marié sans me le dire?.C'est impossible, répondit la princesse croyant rêver.— Qui êtes-vous ?questionna doucement Monseigneur Andrew.— Sonia .la fille du comte Czarnewski.— Comment?L'exilé polonais?.Se peut-il ?Mais je le connais.Un soupir détendit les nerfs d'Hedwige.Au moins si ce mariage était réel, Boris avait choisi selon son rang.— Pouvez-vous nous prouver tout cela, Madame?.reprit le prélat.Vous êtes une inconnue pour nous; vous arrivez dans une maison en deuil.le malheur vient de s'abattre sur nous.et je.— Ah! Je sais tout, interrompit Sonia.J'ai lu l'affreuse nouvelle.C'est pour cela que je viens pleurer avec vous.Elle tendit au chapelain une enveloppe gonflée de papiers.— Ce sont les lettres de Boris, mon acte de naissance, mon certificat de mariage, voulu secret par le prince.Il fut béni par l'abbé Zapourine, un exilé aussi.Voici une lettre de lui pour la princesse.— Je connais fort bien l'abbé Zapourine, fit Monseigneur Andrew, jetant un rapide regard sur les papiers épars devant lui.— Ne me repoussez pas, Hedwige Strolenska, supplia encore Sonia d'un accent désespéré .Songez que vous êtes ma mère.Ouvrez-moi vos bras.La princesse accablée demeurait muette.— Au nom de la Vierge du Miracle.Au nom de l'enfant qui va naître.Le mien, celui de Boris .Peut-être ne con-naîtra-t-il pas son père?.Ayez pitié, Hedwige Strolenska.— Un enfant?.Vous attendez un enfant ?s'écria la pauvre mère sortant de sa torpeur, transfigurée d'une joie soudaine; éclair dans sa sombre nuit .Un enfant de Boris Oh! Dieu est bon! — Elle est bien votre fille, dit Mgr Andrew sûr de la vérité.L'épouse de Boris est à sa place chez la mère de son mari.Déjà les bras d'Hedwige serraient contre elle la pauvre Sonia, la couvrant de baisers.C'était tout ce qui lui restait du fils coupable, du fils indigne.Mais elle saurait garder ces deux trésors, l'épouse et l'enfant, contre toute atteinte mauvaise.— Ma fille .ma Sonia.murmurait la mère infortunée.Reste .Ne me quitte plus.La connaissance faite, les questions de part et d'autre se pressaient.Sonia raconta son mariage, sa vie d'épouse jusqu'au départ inexpliqué de Boris en Pologne.La joie de sa maternité, elle se réservait de le dire au retour prochain de son mari à Paris.Ele était partie aussitôt en apprenant l'arrestation du prince.— S'il m'avait parlé de tout cela, j'aurais su l'arracher à cette maudite emprise.Je l'aime tant!.Je sens que j'avais tout son cœur.Que ne suis-je venue plus tôt.sans l'attendre .A présent quand le reverrons-nous ?Mais la coupe de douleur que les deux princesses buvaient toutes deux, n'était pas vide encore.Elles devaient en consommer jusqu'à la dernière goutte, la lie la plus amère. La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U Page 29 L'Enfant de la Larme Le lendemain le comte Ovanieff se présentait au château, accompagné d'un courrier du Tsar.— Sonia! Sonia! Cache-toi, mon enfant.Que ce misérable ne te voie pas.Qu'il ne soupçonne jamais que tu es la femme de Bol l»l Michel entra pour donner lecture d'un ukase impél ial Le prince Boris Strolcnski, coupable de lèse-majesté était déporté au Bailcal, l'enfer sibérien, et mis au secret.Défense X lui et aux siens de correspondre.La princesse Hedwige dépossédée des biens et de la fortune des Strolcnski, donnés au comte Ovanieff en récompense de son lévouemcnt au Tsar de toutes les Rus-niesl Le misérable triomphait; tous ses plans aboutissaient.Le succès le plus scandaleux couronnait son œuvre diabolique.— Ordre du Tsar! dit-il à la princesse «battue.Il ne vous reste plus qu'à partir.Je vous donne vingt-quatre heures pour quitter le château.La malheureuse effondrée n'avait plus de larmes.Une pâleur de mort couvrait son beau visage; un étrange tremblement agitait ses membres.Elle eut vers le traitre un regard d'écrasant mépris.— Michel Ovanieff, dit-elle enfin, sublime dans sa douleur.Nous savons votre odieuse conduite.Traitre à Oieu! Traître à ton sang! .Tremble désormais.Les larmes des innocents crient vengeance au Ciel.Il haussa les épaules en ricanant.— Je ne crains rien.Le dernier des Strolenski ignore que je l'ai vendu.D'où je l'ai fait mettre, on ne revient jamais.Désormais votre fils est mort et votre race éteinte, Hedwige Strolenska.Contre son attente elle ne pleurait pas, au contraire.Elle relevait la tête avec un étrange sourire, un défi même dans le regard qui voyait mystérieusement l'avenir.— Vous mentez, Ovanieff.Le sang des Strolenski ne peut mourir.Dieu est là.Puis du doigt désignant la porte, elle éclata soudain.— Ordre du Tsar! .J'ai vingt-quatre heures pour quitter le château.Jusque là je te chasse, comte Ovanieff, comme une bête immonde et maudite dont je ne crains plus la morsure.Hors d'ici, misérable.Par Ordre du Tsar! Il recula devant ce bras tendu, suffoqué devant ces paroles, grinçant des dents, serrant les poings, n'ayant rien à répondre.Mais quand la porte se fut refermée, Hedwige ouvrit l'oratoire, regarda la Vierge et la malheureuse petite épouse dont le rêve était fini.— Sonia! .Sonia! .je n'ai plus que toi au monde! .O Vierge, défends-nous.Défends notre Boris .Ne permets pas qu'il meure damné! .Sauve ['Enfant de la Larme Sauve Boris, le fils de Boleslas le Saint.Puis dans les bras l'une de l'autre les leux infortunées, chassées, dépossédées, seules au monde désormais, sanglotèrent désespérément.Deuxième Partie LE DEMON DE L'UKRAINE I Les Trônes S'Ecroulent Seize ans ont passé sur les événements.Sur l'Europe déchaînée la grande guerre a jeté cataclysmes sur cataclysmes.Des états sont morts; de nouveaux sont nés des ruines fumantes; d'anciens se sont reconstitués, mais dans la Sainte Russie tout a sombré.Le trAne sapé à sa base, les droits de l'aristocratie, le servage, la religion, le tsarisme entraînant dans la mort l'autocrate pope et empereur; il ne reste plus rien.1918 s'était levé apportant enfin l'armistice pour tous, sauf pour ce malheureux pays où ce fut, au contraire, l'ère sanglante des atrocités bolchevistes, des cruautés sans nom, mais aussi des holocaustes et des martyres.Un vent de crimes souffla sur le vaste empire détruit, engloutissant dans une effroyable bourrasque religion, souverains, patrie.Les bandes rouges saccagèrent, pillèrent, tuèrent, incendièrent la contrée.Rien ne devait trouver grâce devant eux.Les prisons furent ouvertes pour la tourbe humaine.La lie du peuple vint grossir le flot mouvant des dévastateurs.La Sibérie brisa les chaines, leva les écrous, vida les forteresses, jetant sur le monde un autre ouragan, plus terrible que le premier.Nihilistes, révolutionnaires, bolchevistes, détruisirent comme une marée montante ce qui était resté.Ce fut alors la Terreur Rouge, sous le règne de la Tcheka.Les nobles envoyés en masse en Sibérie remplirent à nouveau les prisons pour y remplacer leurs bourreaux.Heureux pourtant les déportés! Car ceux qui ne l'étaient pas étaient mis à mort dans d'atroces souffrances, sans merci, sans jugement, sans appel.Les antiques châteaux furent brûlés, démolis ou rasés; les églises désaffectées n'eurent plus de prêtres; les couvents ou des crimes inouis se commirent devinrent des casernes bolcheviques.Tout le monde était suspecté.Quand les nobles furent mis à mort, déportés ou en fuite, on massacra les moujiks; lorsque las du servage et de la torture ils s'affranchirent, à leur tour ils tuèrent sans pitié, sans détailler en bloc et masses.Enfin les rouges ne voyant plus rien devant eux à massacrer, s'entretuèrent avec ardeur.Des villes entières furent la proie de cette rage de meurtres, de crimes et de sang.Nul n'osait aborder son voisin dans les rues.On se cachait au fond des maisons closes et silencieuses.Le soir, on se glissait dehors, ombres furtives, rasant les murs, pour acheter à prix d'or des vivres avariés.Le jour, des bandes farouches, revolver au poing, souvent sans autre chef que leur fantaisie parcouraient les rues.Partout des inconnus se révélaient soudain pleins d'éloquence, haranguaient les foules, discouraient, discutaient des utopies plus ou moins malsaines, s'amusaient le lendemain à mitrailler les auditeurs de la veille.C'étaient alors les cris d'effroi des victimes, les clameurs des bourreaux qui, pour passer leur rage sanguinaire, leur folie de meurtre, s'acharnaient à la fois sur les mourants et sur les morts.La rafale n'avait pas épargné le comte Ovanieff, ni dans ses affections, ni dans sa fortune mal acquise.Atteint l'un des premiers par l'invasion allemande, il avait vu l'antique château des Strolenski dévasté, pillé, incendié, vidé de ses objets d'art, tapisseries du Moyen-Age, tableaux, statues.Surpris par l'ennemi, il avait fui sans pouvoir rien emporter de précieux, errant d'abord à l'aventure pour ne pas tomber aux mains des allemands ou des bandes de pillards, jusqu'à son arrivée aux lignes russes.Malgré ses soixante-dix ans passés, il se sentait de nouveau prêt à la lutte voulant reconquérir la fortune détruite par le cataclysme que nul n'attendait, par cette guerre barbare, combien dévastatrice (dans laquelle tout avait sombré; où les états, les idées, les choses, les gens subissaient un bouleversement intense, un renversement prodigieux, Les riches devenaient pauvres et les pauvres accusaient des fortunes fabuleuses.Michel n'imagina rien de mieux que d'espionner pour le compte de l'Allema-magne, faisant payer à prix d'or les détails qu'il donnait sur la marche de l'armée russe, les armements, la tactique.N'était-il pas extrêmement facile à lui, familier du Tsar, de connaître mieux que personne les nouvelles les plus secrètes ?Aussi les renseignements affluaient à Berlin.U trouvait aise de s'enrichir par ce moyen rapide qui le rendrait vite millionnaire.Par malheur pour lui, au milieu de sa sécurité, commença la grande débâcle: excitation des esprits scission de l'armée, révolte sourde tout d'abord; puis enfin la révolution qui éclata brusquement en une tempête que ne put endiguer l'abdication de Nicolas II.La bourrasque ne connaissant plus de bornes, elle se rua, flot abject et criminel, balayant tout sur son passage, trône, Action Combinée CATAPLASME-VAPEUR .Voilà ce qu 'il vous faut pour combattre un RHUME QUAND vous avez un rhume, vous cherchez un remède capable d'attaquer le mal à sa racine ! 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Un autre visage délicat et tendre passa devant les yeux égarés de Boris.N'ayant jamais avoué son mariage, il n'osa s'informer directement de Sonia; mais un immense désespoir jaillit de son cœur quand il demanda, hésitant; — Ma mère était-elle seule ?— Je l'ai toujours connue seule.Que veux-tu dire, Boris ?répondit le comte un instant interloqué.— Rien, fit-il brusquement.Je pensais.qu'elle aurait pris dans sa solitude une jeune fille pour lui tenir compa- Bnie • .— La dernière fois que je la vis, elle était seule.— Quand est-elle morte?— Mon cher, la haine du tsar voulut que tout ce qui porta le nom des Strolenski périt.— Tout ce qui porte le nom des Strolenski ?interrompit Boris rêveur songeant à sa femme.Alors elle est morte morte .Michel crut qu'il parlait de sa mère.II ajouta: — La noble princesse Hedwige condamnée aussi à la déportation fut tuée en route.— Oh , rugit le prince serrant les poings.Ma mère! Ma sainte mère!.Comme je vais la venger.— Elle l'est déjà.Les tyrans prisonniers du peuple furent massacrés à leur tour.Mais tes biens confisqués par l'autocrate ont passé en d'autres mains.Ton château est détruit, ton domaine saccagé, tes serfs en révolte Mon pauvre Boris tu es plus pauvre que le plus pauvre moujik.Boris effondré, la tête entre ses mains, pleura à la fois sa mère et son beau rêve d'amour.— Sonia Ma Sonia! niiiriniir.nl il tout bai Pourquoi n'ai-je pas tout dit à ma mère?Elle l'eut connue avant de mourir OhI maman, maman, gémis sait-il.Que ferait-il à présent sans famille sans nliri, sans un kupek Michel l'avait (lit.Lui, prince Boris, héril ici îles Stro lenski, la race la plus ancienne, la plus opulente de Pologne, était plus malheureux (|ue le dernier de ses serfs.Comme pour répondre â ses pensées, le tentateur dit encore: — Viens avec nous comme jadis.Notre \ engeance scia commune Ions ir- boyards enrichit des dépouillée d'exilés et de la sueur du peuple doivent rendre gorge.Boris ne répondit pas, tout à ses pen sées, au souvenir de sa jeune femme, sa Sonia bien-aimée.Peut-être était-elle vivante?Il chercherait, il la retrouverait morte ou vivante.MALHEUR A QUI NOUS AURA SEPARES! dit-il tout haut.D'un brusque revers de la main, il essuya deux larmes qui brûlaient ses joues; puis, d'un geste plein de menaces, les traits durs, il s'écria exalté peu à peu, soudain ivre de tueries, de représailles farouches: — Comte Ovanieff.C'est dit, je suis des vôtres.En avant pour le grand carnage.Faisons une Russie nouvelle sur les ruines de l'empire des Tsars.Ni grâce, ni merci, ajouta-t-il, frappant du pied Je vengerai ies innocents et les opprimés.Je les ai vu en Sibérie mourir sous le knout et la torture Ceux qui restent seront mes frères, moi qui suis seul au monde Ah! ah! ah! Ordre du Tsar! ricana-t-il.Fini l'autocratie mauvaise Je noierai la tyrannie des Tsars dans des flots de sang Ordre de Boris le Rouge, maintenant Faites moi place vous autres Suivez Boris le Rouge .En avant pour la vengeance, la mort et la destruction.II Boris-Le-Rouge Désormais, comme il l'avait dit, il sema la mort sur son passage.A la tête de tout un ramassis de gens sans aveu amenés par Michel, le grand chef occulte, Boris organisa sa bande avec ce mot d'ordre général: — Sans merci ! De Perm, il descendit le cours du Volga pour pénétrer en l'kraine où les soviets s'organisaient sous la Tcheka, maîtresse du pays.Il allait ivre, grisé de sang, parcourant les villes et villages, tuant, pillant aveuglément, n'ayant plus ni cœur, ni foi, ni loi.Son arrivée était signalée de loin, avec une terreur sans pareille.A ce nom de Boris le Rouge qu'il s'était donné la population épouvantée, ajouta celui de "Démon de l'Ukraine" dont il se glorifia avec orgueil.Une âpre joie était en lui de constater l'effroi semé sur son passage, de voir les maisons closes, les rues désertes.Il marchait à l'aventure, sans désir bien formulé, sinon de tuer.Il ne songeait ni aux partis, ni aux adversaires, ni aux idées émises, ni aux revendications possibles, grisé de cette atmosphère d'épouvante, de lutte, de terreur, enivré de sa force, de son pouvoir malsain et de sa liberté, croisant des camions chargés de Chemises Rouges criant, sacrant, jurant; — Salut, frères! — Hurrah! Boris le Rouge! répondaient les hommes tirant en l'air pour l'acclamer.Toute cette tourbe hurlante et gesticulante questionnait parfois: Combien de morts aujourd'hui ?— Peuh! faisait Boris dédaigneux.A peine une trentaine Mais la journée ne fait que commencer .Et la marche en avant continuait.Devant lui les incendies s'allumaient, le pillage continuait, les fuyards étaient rattrapes, garottés, mis en lieu sûr pour l'exécution sommaire que Boris réservait aux fins de journée.— Théâtre du soir! disait-il cynique et dur.Aucun ne trouvait grâce.Fetimies, vieillards, enfants, tous y passaient.Le Démon de l'Ukraine ne connaissait pas le mot de grâce. La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S I, Page SI L'E.nfant de la Larme Quand une mere pleurait à ses pieds: t— Pilie pour mon enfant! Il il6(ourmil simplement les yeux, le visage crispé pir une souffrance intime.M i niera aussi a pleuré son enfant ! Kl, d'un u-ilr I rani-li ml, il ordonnait la morl.Lorsque deux époux étaient amenés ¦ I¦ • v .«ni lui, que le mari invoquait la jeunesse de si In.• p mi la sauver, lions, le Rouie écrasait de son poing une hume.— Ma Sonia aussi était jeune Ils me l'ont tuée Que celle-ci meure! Kt le couple était fusillé.Il tuait pour tuer, ayant perdu tout sens moral, semblait il.Son désir de destruction jamais assouvi -'.il II,Il ll.lll slll h,Ml Un jour, en gare de Karkov un train allait partir.Avec un éclat de rire terrible, se souvenant de jadis, il fil jeter des bombes pour voir sauter les wagons l'un sur l'autre, entendre les cris de détresse des mourants et les vivats de sa bande.Comme des possédés ils bondissaient a travers les débris, achevant ceux qui gémissaient encore, s'acharnant sur les morts pour les dépouiller.Troupeau en démence, tous ces hommes s'agitaient, couraient, poussant des hurlements, menaçant chacun, vrais fils de ce redoutable Démon de l'Ukraine dont la sinistre renommée grandissait à vue d'œil.De partout, déserteurs, vagabonds, cosiques, pillards, moujiks révoltés, forçats libérés, anarchistes, tous venaient a Boris le Rouge comme au seul maître possible.Souvent un brusque dégoût de cette vie lui soulevait le cœur.Le sentiment de sa noblesse, de l'honneur du beau nom jadis sans tache qu'il portait, était si fort à certains jours qu'il avait envie de fuir.Mais il accueillait tous ces gens ayant besoin d'eux pour satisfaire ses appétits de vengeance, comme ils avaient besoin de lui pour réaliser leurs songes cruels.Partout le Démon de l'Ukraine était si redouté qu'on lui livrait sans discuter, l'argent, l'alcool, les mitrailleuses et les gens.Boris le Rouge présidait à la fête sans y prendre part, écœuré parfois.Puis le remous de haine contre ceux qui l'avaient séparé de tout ce qu'il aimait remontait à son cœur pour le rendre plus dur, plus fermé que jamais.Partout néanmoins son premier soin était de voir les femmes retenues prisonnières.11 les détaillait une à une, parfois les interrogeait, puis, découragé, les renvoyait.Sa mère était morte, avait dit le comte.Mais Sonia, la chère petite épouse .Qu'était-elle devenue?La pensée qu'on l'avait tuée, martyrisée peut-être lui était une insupportable douleur, lui donnait une soif de représailles que rien ne pouvait éteindre.Il devenait alors féroce comme un tigre.Un jour ayant une centaine de prisonniers de tout âge, il s'amusa à les aligner, abattant d'un coup de revolver toutes les têtes qui dépassaient la moyenne.Quand il vit la ligne tout à fait droite il les fit grouper par dix: — Tirez dans le tas, dit-il à ses hommes.Souvent, des victimes lasses d'invoquer la pitié de Boris le Rouge, l'accablaient d'injures dont il riait sans être ému comme si ces insultes s'adressaient à un autre.Au contraire il y trouvait un nouvel aliment à sa haine de la société, empêchant ainsi son cœur de s'attendrir.— Que le Ciel t'écrase, Démon de l'Ukraine! disaient les uns.— Béni soit celui qui te percera le cœur! Boris le Rouge, souhaitaient les autres.Une fois une femme l'interpella.— Ta mère devait être une louve altérée de sang, o Démon! Qu'elle soit maudite! Boris bondit, s'avança terrible et froid vers l'imprudente, lui saisit les poignets, la jeta rudement à terre avec ces paroles: — Demande pardon!.Ma mère était une sainte! La femme répondit par un gémissement.Il resserra l'étau de ses doigts sur les bras de la victime.— Demande pardon! — Jamais, Démon de l'Ukraine! — Demande pardon à ma mère! Ses doigts s'incrustaient comme des Krrffès dans la chair qui saigna.La femme poussa un cri de douleur.— Par la Vierge du Miracle.Je veux que tu dises pardon, gronda-t-il, furieux.— Pardon! soupira-l-elle enfin, vaincue par la souffrance.Dès qu'il l'eût lâchée, elle s'écroula évanouie.Les captifs purent voir cette chose étrange, inouie, qui les stupéfia: Boris le Rouge, Boris, Démon de l'Ukraine, essuyait deux larmes.l'n sombre soir, sans lune, sans étoiles, Boris lrouva bon de s'éclairer à la sinistre lueur d'un vaste incendie; il donna des ordres en conséquence.— Voilà une église, dit-il désignant la niasse grise des murs.Ça ne sert plus à rien.Allumons.La bande des rouges ricana et ce fut vite fait.Un arrosage de pétrole, des étou-pes enflammées jetées de ci, de là Tout flamba soudain.Les gerbes d'étincelles éclatèrent comme un gigantesque feu d'artifice que Boris campé sur son cheval contempla pensif.Mais, soudain des cris, des appels retentirent dans la nuit, déchirant le silence lugubre de l'heure.— Allez voir! Quelques-uns coururent du côté le moins atteint.Ils virent comme en une apothéose de lumière un vieillard vénérable gravir les degrés de l'autel, ouvrir le tabernacle, s'agenouiller.— C'est un pope .mais les cris continuent.Ils se consultèrent, un moment hésitants, puis coururent à Boris.— Amenez-le.Comme ils retournaient, le prêtre venait au devant d'eux croyant à un secours possible.— Des maisons brûlent derrière l'église; dit-il.Si vous êtes de vrais russes, au nom de la Vierge, aidez-moi à secourir ces malheureux.Ils éclatèrent d'un rire sinistre.— Pour le moment, tu vas nous suivre, mon petit père.— Où donc, questionna le vieillard qui, voyant des casaques rouges comprit sa méprise.— Chez Boris le Rouge.— Oh! fit-il attéré.Le Démon de l'Ukraine! Alors c'est vous qui avez allumé cet incendie ?— Tu l'as dit, mon petit père.Allons marche.Encadré des bandits, il marchait faisant le sacrifice de sa vie, priant tout bas, pensant aussi à d'autres choses, curieux de voir face à face ce monstre à visage humain, ce redoutable Démon de VV-kraine.— Halte! cria soudain un des hommes.Tous s'arrêtèrent.Assis à l'écart de sa troupe, sombre, pensif comme toujours, le chef terrible lisait un long message de Michel.Il fit signe d'attendre et le prêtre put à loisir contempler le Démon.Il eut alors un brusque sursaut en détaillant le fin profil, le front noble, dont les cheveux blonds grisonnaient, la main nerveuse et fine froissant les papiers.Une hésitation était en lui cependant.Le prêtre n'osait mettre un nom sur ce visage ravagé par la torture morale, plus encore que par la souffrance physique, semblait-il.Mais dès que Boris, terminant sa lecture, leva les yeux vers les arrivants, le prêtre pâlit, joignit les mains avec désespoir: — Seigneur!.murmura-t-il, un effroi sans nom dans le regard.Est-ce donc celui-lâ le Démon de l'Ukraine ?III Celui Qui Sait — Approche ici, Pope .Qui es-tu ?ordonna Boris le Rouge.Il n'eut pas plus tôt prononcé ces mots qu'il recula égaré, comme pris de folie soudaine, les gestes désordonnés, se frappant le front, la poitrine, balbutiant d'incompréhensibles paroles, les yeux hagards, repoussant de la main quelque douloureuse vision.— Monseigneur Andrew! murmura-t-il blême, courbant le front.— Ecartez-vous, dit le prêtre avec une suprême autorité, à ceux qui l'entouraient.Ce que nous avons à nous dire, nul ne doit l'entendre.quand la température est variable augmentera votre vigueur et vitalité Essayez une tasse aujourd'hui Par Savoir Vient Avoir Tenue des livres 15 leçons COMPTABILITE SUPERIEURE (a) Théorique et pratique 30 leçons (bi Industrielle, financière, etc.40 leçons te) Vérification et contrôle 30 leçons Algèbre élémentaire 50 leçons Mathématique* financières 80 leçons Droit civil 30 leçons Droit commercial 30 leçons Notions de droit civil et de droit commercial 25 leçons Langue anglaise (2 parties t 60 leçons Composition anglaise 20 leçons Correspondance anglaise ( Engllsh letter wrlting) 15 leçons (Business engllsh i 40 leçons Composition française 40 leçons Français commercial 25 leçons Economie politique 20 leçons Géographie économique 10 leçons •te.Létude d'un sujet approprié décuple votre compétence.Or la compétence, c'est le succès.Il y a toujours, même en temps de crise, des situations vacantes pour ceux qui savent.Le sujet étudié doit être à votre portée dans sa présentation, pour que vous en retiriez le maximum de bénéfices avec un minimum d'efforts.Tel est l'enseignement donné par les COURS PAR CORRESPONDANCE de l'Ecole des HAUTES ETUDES COMMERCIALES de Montréal (Affilier A ri'nivenilte de Montréal) LA partie théorique de cet enseignement se compare, en qualité et en quantité, à celle de n'importe quel cours par correspondance au monde.Pour VOUS, ces cours sont infiniment supérieurs à tout autre, parce que: lo.—Ils sont préparés par des Canadiens, pour des Canadiens; 2o.—Ils donnent des applications pratiques au Canada ; 3o.—Ils sont écrits en VOTRE langue; vous comprenez tout; 4o.—Ils multiplient les conseils et explications appropriés à VOTRE cas: votre professeur est un de VOS compatriotes, qui connaît l'essentiel de votre instruction scolaire; 5o.—Les cours par correspondance de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal coûtent de 40% à 60% moins cher que les cours semblables d'institutions étrangères.ItétneheE le coupon ci-dessous et metter-lc A la jtoMi*.<>1» n'ohIiRC absolument a rien.ECOLE DES HAUTES ETUDES COMMERCIALES rm-j 5J5, avenue Vlger, Montréal.Envoyez-moi vos brochures gratuites concernant vos cours par correspondance.Nom:.Adresse:.Occupation: Age: Page St La Revue Moderne — Montréal, F i'v r i e r 1934 lia obéirent, subjugués, saisis d'une peur devant l'état de leur chef et se mirent a l'écart.4— Oui, c'est bien moi .Moi qui t'ai reconnu aussi Boris Strolenski, Enfant de la Larme\ .Indigne fils de la plus sainte des mères! .Héritier du nom le plus illustre! Toi dont les aïeux sans reproches s'unirent à la dynastie des Piastes de Pologne .Pourquoi recules-tu devant Georges Andrew?.As-tu peur de mes cheveux blancs ?.Boris le Rouge, traître à Dieu et à ta famille, voilà que lu trembles devant un vieillard, ô Démon de l'Ukraine!.Honte sur toi, vampire altéré de sang monstre à face humaine! La noble princesse Hedwige n'a donc pas assez pleuré ta mort ?.Lui est-il réservé de pleurer encore un pareil opprobre ?Va-t-elle apprendre un jour que son fils tant aimé n'est autre que le Démon, Boris le Rouge, le bien nommé.— D'apprendre un jour?.interrompit brusquement Boris qui relevait la tête.Ma mère n'est donc pas morte ?.Parlez .Parlez, Monseigneur Andrew, fit-il d'un d'un ton plus humble, un espoir fou au cœur.— La princesse Hedwige est morte pour toi! dit froidement le vieillard.— Elle vit, elle vit.clama Boris une joie soudaine sur ses traits subitement adoucis .Oh! dites-moi où elle est.Je l'ai crue morte Ma mère!.Maman!.— Tu n'es pas digne de parler d'elle, Boris le Rouge! — Je veux savoir .C'est mon droit, répliqua rudement le prince que toute résistance exaspérait.L'Enfant de la L arme — Tes droits sont morts.— Monseigneur Andrew, fit-il alors menaçant.Votre vie est entre mes mains.Ne me bravez pas davantage.— A soixante-dix ans passés et en ce temps, je côtoie la mort chaque jour.— Je puis vous faire souffrir, insensé que vous êtes.Je suis un maître avec lequel on compte.— Je ne te crains pas, Boris le Rouge.Ton pouvoir redoutable dont tu te fais gloire, ta force maudite, Dieu peut la réduire en un clin d'oeil.Il peut t'écraser, Démon de l'Ukraine! 4Boris frappa du pied.Il n'obtiendrait rien du seul témoin du passé lointain.Il sentait que lui seul pouvait soulever le voile sur sa mère et sur toutes choses.La joie de savoir sa mère vivante était combattue par l'envie qu'il avait de frapper le vieillard obstiné à se taire.Ah! si sa soif de savoir n'était pas si grande, comme il se vengerait des insultes qu'il venait d'entendre.II tournait comme un lion en cage, rugissant, furieux de ne pouvoir vaincre la volonté du prêtre.Celui-ci qui connaissait tout pouvait seul le renseigner.Sa mère vivait.Il en avait la certitude justement dans le silence du prélat.Mais Sonia?.Que savait-il de la petite épouse tant aimée et du secret de sa vie ?On demande à acheter Petite ferme ou camp avec lac dans les Laurentides.S'adresser : Dept B.La Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame E., Montréal Vous qui souffrez DE LA GRIPPE — CONSTIPATION HABITUELLE — MAUVAISE DIGESTION — GASTRALGIE — DYSPEPSIE DOULEURS — RHUMATISME.LA TISANE DES MOINES CORDELIERS DU VAL D'ARAN Vous Guérira Se prend en infusion comme le thé.Bon goût.75 cts la boîte Faire remit* par mandat» ou ehlque» au pair au LABORATOIRE "NEL" **© Mi rw Notre-DuM — MONTREAL AI IV FITTIIOFO UtUAMC Chaqne année.1m statistiques cana-AU A rU ! UKLO ItIAIWANO dlennes nous révèlent que le» mort an-tés maternelle* et Infantile», A la naissance de» enfant», «ont beaucoup trop élevée», l-a plnpart de» décès par accident» de natalité, peuvent être prévenu» par l'hjrlene PREN AT ALE, OBSTETRICALE et POSTNATALE.Pour le propre Intérêt de chacun, pour l'amour de vo» bélié» et de votre famille.Instruisez-vous afin que, possédant le» connaissances nécessaire», vou» puissiez, vou» et rot enfant», vou» maintenir en santé et être heureux.\ou» n'avez, pour vous Instruire très facilement, qu'à demander le» lettre» maternelle» qui voo» seront adressées gratuitement.Adressez le coupon ci-dessous A: LE CONSEIL CANADIEN DE LA SAUVEGARDE DE L'ENFANCE ET DE LA FAMILLE Ï46, rue Cooper, Ottawa, Ont.-COUPON Nom .Adresse Date probable de la naissance attendue: Nom du médecin retenu:.Adresse du médecin: .Il se hasarda à demander la voit su) pliante, les mains jointes: — Sonia?.Par pitié répondez-moi !.Connaissez-vous Sonia Czarnewsk.i ?Le prêtre eut une crispation douloureuse et ferma les yeux.— Sonia!.soupira-t-il.— Oui, Sonia .Sonia.C'était ma femme! rit tout bas le malheureux.— Le Démon de l'Ukraine n'a rien de commun avec les anges, répondit-il froidement.— Ah! vous la connaissez, reprit Boris dans une explosion de joie.De grâce, Monseigneur, parlez-moi de ma bien-aimée.— Ne m'interroge/ plus, Boris le Rouge.Je ne parlerai pas.— Elle vit ?— Malheureux, courbe le front.Implore le pardon de Dieu pour tes crimes.Me le brave pas davantage .Lui seul conduit les événements.Deuils, larmes, joies, tout est entre ses mains.S'il te reste un peu d'honneur, tu changeras de vie à l'instant .Car, ajouta-t-il tristement, le Démon de l'Ukraine est maudit de tous.— Vous parlerez d'abord, dit impérieusement le prince déliant le vieillard qui hocha la tête.— Repens-toi.— Quand je saurai.— Ma confiance en toi est morte.— Je vous donne ma parole d'honneur.— L'honneur de Boris le Rouge?.répondit le vieillard, le toisant avec un sourire amer.Qui serait assez téméraire pour y croire ?— Assez, prêtre stupide, clama le prince devenu furieux de cette résistance.Moi seul ici ai droit de dire "Je veux".Je saurai vous faire parler.Il me suffit pour le moment de savoir qu'elles vivent.— Pauvre insensé! fit le prêtre avec un sanglot.Je rends grâce au ciel de ce que tout n'est pas mort en toi.Je le sens, l'heure de Dieu viendra pour VEnfant de la Larme.A cette heure seulement Boris le Rouge, je parlerai.— Approchez vous autres, cria Boris démonté.Les hommes apprêtèrent leurs armes.La comédie avait duré assez longtemps.Ce n'était pas dans les habitudes du Démon.On allait rire.Les balles des camarades passeraient au rouge la blanche tête du pope.Les fusils s'abaissaient déjà pour le mettre en joue, quand la voix furieuse de Boris retentit encore; et ce qu'ils entendirent les cloua sur place, figés de stupeur: — Bas les armes, chiens!.Il mourra plus tard.Emmenez-le et surveillez ceux qui voudraient l'approcher.Ils regardèrent leur chef n'osant croire.La première grâce.le premier geste de pitié du Démon!.Etait-il possible?Et pour un vieux pope ?Quand tant de femmes et d'enfants n'avaient pu émouvoir son coeur.— N'avez-vous entendu?tonna de nouveau Boris.Alors stupides, hébétés, ils emmenèrent le vieillard.— Le chef baisse, dit l'un hochant la tête.De toute la nuit sinistrement éclairée par l'incendie de l'église, Boris le Rouge ne dit mot.La tête dans ses mains il demeurait immobile.Rêvait-il ?Pleurait-il ?Priait-il ?La parole sévère de Monseigneur Andrew éveillait-elle la voix du remords dans ce cœur que la haine créée par Michel avait fermé ?Au matin il sembla sortir de sa rêverie, pâle, les yeux battus et rouges, une extrême lassitude dans ses gestes et dans ses paroles.— Où irons-nous aujourd'hui, chef?— On ne part pas, répondit-il laconiquement.Puis appelant son lieutenant Fédor, il lui lut tout bas certains passages de la lettre du comte Ovanieff.Ils discutèrent ensemble, étudiant le moyen de résoudre une question grave et'mystérieuse.— Je vais me rendre compte des lieux, dit-il, voir si vraiment l'é'énement est réel.— Ce serait une force pour nous, répondit Fédor.Comment cette fille des Tsars a-t-elle pu s'échapper ?— Ils ont des partisans.L'essentiel est de l'avoir.Il me faut seulement cinq hommes; tout doit se faire en silence à la nuit pour ne donner aucun éveil à la popu -lation.Si vraiment la^fille des tyrans est bien dans cette isba que Michel m'indique.D'ailleurs le citoyen Ovanieff sera «les nôtres .Et j'ai besoin de le voir quand même Pourquoi m'.i I il Jl rom pé! ajouta-t-il tout bas.Il sortit.Fédor alluma une cigarette, puis se dirigea vers le groupe des rouge», — Camarades, une fille du tyran couronné a pu s'échapper.Un grondement furieux l'interrompit.— Taisez-vous, chiens .Cette lille île "Mii-ol is n'est p is loin lu i.Nouvelle interruption.Les rouges arin lient leurs fusils.— M'écnuterez-votis, engeance m 111-dite.Brutes gorgées de vodka.Il ne s'agit pas de la tuer, mais de la prendre vivante.Aux mains de Boris le Rou»e, elle sera un otage précieux.Que cinq d'entre vous se préparent.Ce sera pour ce soir.Une heure après Boris revenait sur son cheval couvert d'écume.— J'ai vu la maison, j'ai aperçu la fille, dit-il d'une voix brève.Michel a dit juste.J'irai seul d'abord, mais tenez-vous non loin cachés pour obéir à mon appel.Puis se jetant sur son lit de camp, il défendit qu'on le dérangea.— Sortez tous .Laissez moi dormir.Eux partis, il se redressa farouche, les yeux hagards: — Quel trouble en moi pour avoir seulement entrevu un profil de jeune fille.et entendu une voix dans l'ombre.Ah! Monseigneur Andrew, il faudra que vous parliez, termina-t-il serrant les poings.IV Dans Le Soir Le soleil se couchait.L'ombre s'étendait sur la plaine que le crépuscule noyait d'un voile vaporeux.Sur la route, parmi d'autres maisons en bordure, dans le fouillis des jardins, une petite isba s'ouvrait.Rien ne la distinguait de ses voisines, si ce n'est un banc de pierre près de la porte où deux jeunes gens causaient entre eux.Elle, dix-sept ans, blonde, visage de madone, des yeux bleus d'une douceur infinie sous les cils noirs.Lui, de vingt-cinq à trente ans, grand, fort, semblait fait pour protéger la délicatesse de cette rieur du pays slave.— Vous êtes venu bien tard ce soir, Stéphane.Avez-vous appris quelque chose ?— J'ai dû ruser pour savoir, Maryka chérie! J'ai de tristes nouvelles.— Mon Dieu! fit-elle joignant les mains, un effroi dans ses beaux yeux.Qu'y a-t-il ?— Le Démon de l'Ukraine est dans la région.— Oh .Stéphane .Stéphane!.Qu'allons-nous devenir?.Et Monseigneur Andrew alors ?.Ils l'ont tué ?.— Je ne sais, Maryka.Espérons que non.La bande du Démon incendia cette nuit sa petite église, mais ils n'ont tué personne.Quantité de gens commencent à partir pour fuir Boris le Rouge.— Et pourquoi Monseigneur Andrew n'est-il pas venu ?— Il a disparu.— Que Dieu nous garde.Que ma pauvre bonne-maman ne s'afflige pas trop, continua la jeune fille.Je n'ai qu'elle au monde.— Et moi, Maryka ?Vous ne me comptez pas ?fit Stéphane avec un doux reproche.Ne sommes-nous pas fiancés ?.Dans huit jours ne serez-vous pas ma femme, la jolie comtesse Vadbolska ?Elle sourit un instant, mais ses préoccupations étaient trop graves, elle y revint.— Si le démon de l'Ukraine est ici, il nous faut encore fuir .Où nous marierons-nous ?— Il faut fuir évidemment, Boris le Rouge ne fait ni grâce, ni merci.Il faut partir sans tarder.Je vais donner l'alarme aux maisons voisines, il y a à craindre une attaque des Rouges cette nuit.On a vu roder leur chef aux environs.— On l'a vu.Quel homme est-ce ?.Il doit être horrible, fit-elle déguisant son effroi sous sa curiosité éveillée! — Pas du tout, Marouchinska.Il est beau, distingué, les cheveux gris sous le regard dur et triste; mais un type de grand seigneur aux traits nobles, imposants.Ses hommes l'adorent.Tous les journaux ont souvent donné le portrait de Boris le Rouge; les revues soviétiques en parlent avec gloire. La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S U Page 33 L'Enfant de la Larme — Si toutes les larmes qu'il a fait verser ont crié vengeance devant Dieu, ce Démon de l'Ukraine est un être maudit, reprit rlli- .iwi \ < lu'-iiii-ih r Je vomir,lis voir cet homme, mais l'idée qu'il serait là, devant moi, m'épouvante.Je vais m'oc-cuper cette nuit d'emballer ce qu'on peut emporter, — Oui.Il faut se hâter.Rentrons prendre congé de la princesse lledwige, ensuite, je nie sauve avertir chacun.Ils rentrèrent.Par la porte ouverte, on apercevait un superlie tableau représentant une statue de lu Vierge ayant à ses pieds une châtelaine du Moyen-Age, prosternée et pleurante.Au bas du tableau, une veilleuse brûlait faisant scintiller de mille (eux deux diamants sertis sous la paupière gauche de la Mère de Dieu.Le jeune comte Vadbolski ne s'attarda pas.L'heure pressait.Ils se quittèrent, puis la jeune fille dit: — Grand'mère, venez vous asseoir un instant dehors.Il y fait si bon, tout est calme, l'air est si pur.Elle sortit conduisant une femme aux cheveux blancs, majestueuse, belle encore malgré ses soixante ans, mais le visage empreint de mélancolie comme tous ceux qui ont vécu avec la douleur.Sa démarche était hésitante, ainsi que ses gestes.Avant de s'asseoir, elle chercha un instant de la main.Ses yeux grands ouverts, d'un azur pale et doux regardaient vaguement devant eux, sans voir l'angélique enfant qui lui souriait.La pauvre princesse Hedwige avait trop pleuré .Elle était aveugle.Or, comme tous les aveugles, le sens de l'ouïe s'était accru! Elle posa vivement sa main sur le bras de la jeune fille: — N'as-tu pas entendu du bruit, Mary-ka?— Non, grand'mère.Tout est tranquille.Le Démon ne se montrera guère qu'en pleine nuit pour surprendre le monde selon son habitude .Ah! ce maudit Boris le Rouge.Que Dieu le frappe donc à son tour' — Prie pour lui, plutôt, chérie .afin qu'il se repente .Un si grand pécheur! répliqua doucement l'aïeule.A ce moment du fourré une ombre que le crépuscule empêchait de remarquer, se glissait lentement vers les deux femmes.— Sait-il seulement s'il y a un Dieu?Ce démon de l'Ukraine! Ce vampire) Ce bandit que l'enfer confonde.Ce maudit de tous! L'ombre ricana sourdement.— Je voudrais le connaître.le voir de loin.Un pareil monstre est unique au monde.— Eh bien tu nie connaîtras de près, fille imprudente, murmurait l'ombre se rapprochant encore, riant d'avance de la terreur qu'il allait voir dans les yeux de la jeune fille.— Ne souhaite pas de le voir, Marou-chinska.Prie pour qu'il s'éloigne.L'ombre hésita au son de cette voix, une main fiévreuse étreignit son front, puis fit un geste comme pour chasser une pensée importune.— Celte voix.Je rêve.c'est impossible!.— Il nous faut emballer la Vierge.Un rouleau sera plus facile à emporter, je détacherai la toile de son cadre, après notre prière pour mon père.— Mon pauvre enfant! soupira douloureusement la princesse.Où peut-il être?.On m'avait signalé sa présence a Perm .Oh! Vierge du Miracle, lit-elle joignant les mains.Je vous l'avais confié.Entre vos mains mon Boris ne peut être perdu.S'il était mort, je l'aurais senti dans mon coeur.Mon pauvre petit! Enfant de la Larme et de mes larmes! Boris! Boris.Où es-tu?.Hélas! je t'ai tant pleuré mon entant, mon lils bien-ainié, que mes yeux ne te verront plus! — Bonne-maman, fit la jeune fille câline et douce.Ne te désole pas.Tu m'as tant dit qu'un cuur de mère reconnaît toujours son enfant.Non, mon pauvre cher père ne peut être mort.Nous avons tant prié pour lui.L'HbUKE De Diei: L'ombre eut un brusque sursaut, un recul, les deux mains crispées à sa poitrine, retenant un cri ou un sanglot.Ciel Qu'entendait-il?Cette vénérable aïeule devenue aveugle pour avoir pleuré son enfant, voilà qu'il la connaissait .C'était sa mère.Sa mère toujours chérie au coin caché de son cœur.Michel avait vraiment menti comme le lui prouvait sa conversation avec Monseigneur Andrew .Pourquoi avait-il menti ?.Et cette pure enfant à la voix d'ange, au sourire en fleur.Cette enfant qu'il venait prendre comme un infâme voleur, un misérable bandit, un monstre qu'il était .Cette enfant dont il voulait se servir comme d'un appât humain pour tromper les derniers fidèles de Russie.Cette enfant qu'il croyait la survivante des Tsars, échappée de sa geôle, était donc sa fille ?.Il avait donc une fille, de sa chair, de son amour! Le cieur haletant, il la détailla avidement.Il a devant les yeux sa propre image, Boris à seize ans.Avec l'auréole de ses beaux cheveux, sa fille lui apparait comme une sainte, une icône faite d'immatérielle beauté, un être inaccessible, une fleur de rêve — Ma Sonia!.murmura-t-il.C'est donc là l'enfant de notre amour.Une émotion inexprimable lui serre le coeur, l'étouffé.Brusquement la lumière se fait en lui sur l'infamie du comte.— Comme il m'a trompé, le misérable! dit-il, la colère centuplée par sa haine subite.— Où peut-il être, mon Boris qu'il n'est pas venu dans mes bras ?Toutes les recherches de Monseigneur Andrew sont restées infructueuses, acheva la princesse dans un sanglot.— Ne pleurez pas, bonne-maman.Mon cher père reviendra.La Vierge du Miracle vous doit de nous le rendre.— Oh !.Maman !.gémit-il tout bas, avec le cri d'amour de son enfance, avec un tel élan de tout son être qu'il butta contre une pierre.Il n'en peut plus.Son cœur est prêt d'éclater.11 oublie qu'il est le Démon de l'Ukraine, celui que sa fille vient de maudire, de détester âprement! Celui dont les mains sont couvertes du sang de tant de victimes qu'on ne les compte plus! Celui qui s'est nommé lui-même Boris le Rouge.Non, toute cette abomination n'existe plus.Par un étrange phénomène il se revoit petit enfant près de cette mère incomparable, cette sainte à l'âme de martyre.Il se revoit priant la Vierge du Miracle.— Mon Boris.mon tout petitL .soupira de nouveau l'aveugle.Alors il ne lutte plus.Un sanglot de désespoir et d'amour déchire ce coeur jusqu'ici fermé.11 s'avance les bras tendus vers cette mère qui l'appelle et qui l'aime encore.— Maman! crie-t-il tout haut maintenant.La princesse relève la tête pour écouter.— Cette voix?murmure-t-elle avec un immense espoir.Maryka se retourne étouffant un cri de terreur.Devant elle un homme vêtu de la casaque des rouges, les cheveux hirsutes, joint les mains .11 se traîne en sanglotant aux pieds de cette aïeule muette de joie qui promène ses mains ravies sur le front courbé de cet homme.— Grand'mère .Grand'mère!.C'est un bolcheviste il a la chemise rouge Prenez garde! Mais tout au bonheur inattendu d'avoir retrouvé son fils, Hedwige n'entend pas.ne comprend pas .Surtout, elle ne voit pas le vêtement maudit.— Ah! Maryka! .I-a Vierge nous rend ton père!.Boris, mon Bons.Maryka pâle et tremblante recule soudain glacée d'épouvante.La princesse divague ?Sans doute la douleur a pris la raison de la pauvre mère, comme elle lui a pris la vue.(Hutte à la page 36) TU M'AS DIT QUE TA MACHINE A COUDRE.CRIAIT-JAI EMPRUNTE OES OUTILS POUR L'ARRANGER 'MAIS.JE N'EN Al PAS BESOIN TOUT CE QU'IL LUI FALLAIT POUR BIEN MARCHER C'EST UNPEUd-HU|LE DANS-UH (H NOUVELLES eOrrtl COMMODES ET BOUTEILLES I,'huile 3-dttntt-l r .-1 parfait* pour lubrifier le* muthiue* À 1 iiutlrf KM*- carde le* plè*-e-t du méVaiiinnie à l'abri d«* la roui 11»* et u-ÉNMn ¦ propret».I-a meilleure auMki pour l'entretien de*» autre*.acrettnoireN domestiques.Khnu> ei-la ÇlajœmQuyœlaiLpIuicJadleaiiJIJ^}^ [MAGIE! fait &ufte ^ xrF AU CHOCOLAT MAGIQUE GLACE AU ^ ,Li,tE.6ic 2 carrés chocolw '^„ienU Sucre non »ucic f cul) 2 _.ut)c cm jusqu'à épaissie, t^g» A)ûU«_ Veau, 'parfaitement en 5 dc {e gUcer.geiro.d.ssez le gâteau M * ^ = ¦r J W' J Loi! fc»«'« GRAT1SI X LES PLUS ETONNANTS RACCOURCtS-;; Scn, nouvelle' y d,„ Hou«.Toronto.Og."^SSÏ GRATIS U U*- Etonnant» Raccourci»._______ Nom __Province -— t Grande Nouveauté! LA PETITE REVUE UN ROMAN SECTION ILLUSTREE 15 Page SU La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U Une nouvelle sorte de gâteau aux fruits pour les jeunes collectionneuses.RIEN n'est plus amusant que les collections! On en fait de toutes sortes, et c'est vraiment une occupation des plus intéressantes.Il y en a sans doute parmi vous qui aiment les vieilles recettes.C'est à l'intention de celles-là que nous donnons aujourd'hui celle d'un gâteau aux fruits qui n'est pas cuit au four mais dans la glacière.Tout extraordinaire que cela vous paraisse, essayez et vous pourrez juger.Gâteau aux Fruits 1 J tasse de raisins épépinés, lavés et hachés 1 tasse de cerises confites, coupées en morceaux i de tasse d'écorces d'oranges confites, hachées menues i de tasse d'écorces confites de citrons et ' de tasse de citron finement haché 1 J tasse de purée de pruneaux non sucrée 1 tasse de sucre granulé 1 tasse de jus d'orange, non coulé 1 cuillerée à thé de cannelle 1 cuillerée à thé d'épices 1 cuillerée à thé de muscade 2 cuillerées à table de cognac 4 cuillerées à table de gélatine granulée 6 cuillerées à table d'eau froide 1J chopine de crème fouettée 1 tasse d'amandes Mélangez les fruits, les écorces, la purée, le sucre, le jus d'orange, les épires et le cognac, et laissez reposer pendant 1} heure.Faites chauffer jusqu'à ébullition et retirez du feu.Humectez la gélatine d'eau froide et faites dissoudre dans le mélange chaud.Laissez refroidir.Fouettez la crème assez épaisse sans être Irop ferme, battez le mélange de jus de fruit froid et de gélatine avec la crème.Hachez finement les noix et couvrez-en le fond de votre moule.Versez-y le mélange, mettez dans la glacière sans faire geler.Servez par tranches.On peut ajouter des cerises confites aux noix pour la décoration.Nids de Pommes de Terre Ecrasez bien vos pommes de terre et assaisonnez-les de sel.poivre et beurre; ajoutez assez de crème ou rie lait échaudé pour qu'elles soient bien lisses.Dressez-les en nids et faites-les roussir délicatement au four.Préparez des petits pois avec du beurre et un peu de crème assaisonnée.Tenez-les bien chauds et remplissez-en les nids de pommes de terre au moment de servir.Salade Rouge et Blanc creusé, le chou vous offre un plat très original pour la salade à laquelle vous aurez ajouté de la moyonnaise.C'est décoratif et excellent.Servez avec des huîtres frites.(Courtoisie du Delineator) Soupe aux Choux-Fleurs Préparez un petit roux avec du beurre et de la farine, sans lui faire prendre couleur.Mouillez peu à peu avec du bouillon en tournant, et au premier bouillon retirez sur le côté du feu pour finir de cuire pendant 25 minutes.D'autre part, cuisez à l'eau un petit chou-fleur en le tenant un peu ferme.Après en avoir retiré le quart, partagez le reste en petits bouquets et finissez de cuire dans le bouillon.Hachez le quart retiré et faites-le revenir au beurre avec un oignon haché et du sel.Réduisez en purée, que vous mélangez avec la soupe.Cette soupe est excellente et très facile à réussir.Hachez le plus finement possible du chou rouge et du chou blanc en quantité égale et mélangez bien.l'unez de préférence le milieu du chou rouge.Ainsi La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 S U Page 3r, .OCRE9* ° P000R6 CHOCOtAT VOUS NE POUVEZ CUIRE UN BON GATEAU AVEC UNE POUDRE A PATE INFERIEURE.C'EST POURQUOI J'EXIGE LA 1 MAGIC ET VOYEZ COMME ELLE COUTE PEU .MOINS DE 1c POUR UN GROS GATEAU A TROIS ETAGES" Les prix des ingrédients ci-dessus varient naturellement selon les localités.AYEZ-VOUS déjà songé à l'impor-_rV tance du rôle que doivent jouer les 2 ou 3 cuillerées à thé de poudre à pâte que vous employez dans une recette de gâteau ?C'est peu, direz-vous, mais quelle différence peut faire cette petite quantité de poudre à pâte! Elle peut vous donner un beau gâteau ou un gâteau médiocre .elle peut même vous faire perdre tous vos autres ingrédients: beurre, oeufs et lait frais, sucre, farine et essence.C'est pourquoi les experts en art culinaire du Canada vous disent de n'employer que la meilleure poudre à pâte dit MADAME R.LACROIX directrice adjointe des Ecoles Ménagères Provinciales de Montréal —la "MAGIC." Leur expérience leur a démontré que la "Magic" donne invariablement de meilleurs résultats.Ses propriétés pour faire lever la pâte ne varient jamais.Aussi la recommandent et l'emploient ils exclusivement.Pourquoi risquer qu^nd la "Magic" coûte si peu—il vous en faut pour moins de le pour faire un gros gâteau.C'est payer bien peu cher la plus grande légèreté, la plus fine saveur et autref meilleurs résultats assurés par cette fameuse poudre à pâte.Commandez-en aujourd'hui une boite chez votre épicier.FABRIQUEE AU CANADA • cg~~ "NE CONTIENT PAS D'ALUN." Cette déclaration sur chaque boite est votre garantie que la Poudre à Pâte "Magic" ne contient ni alun, ^^\w aucun ingrédient nuisible.Essayez cette recette de GATEAU "MAGIC DEVIL'S FOOD' j% tasse beurre \}i tasse sucre 3 oeufs 1 tasse lait 2J-4 tasses farine à pâtisserie ou 2J-4 tasses farine à pain \i c.à thé sel 3 c.à thé Poudre à Pâte "Magic" 1 C.à thé vanille 3 carrés chocolat non sucré, fondus Défaites bien le beurre en crème; ajoutez le sucre lentement; ajoutez les jaunes d'oeufs battus et mêlez bien.Ajoutez la farine tamisée avec la poudre à pâte et le sel, alternativement avec le lait; ajoutez la vanille et le chocolat fondu.Incorporez les blancs d'oeufs battus ferme.Mettez dans 3 moules à gâteau étage beurrés et cuisez à four modéré (350° F.) environ 20 minutes.Mettez les étages ensemble et recouvrez d'un Glaçage au Beurre et Chocolat ou de Givre "Ecume de Mer." (Voir en page 13 du nouveau Livre deCuisine "Magic") Page 36 La Revue Moderne — Montréal, Février 193.', Nos Casse-tête Historiques (Tous droits rhrnh) "Le Casse-Tête Historique sera à l'Histoire ce que la culture physique est au corps." Feu le Chanoine P.-F.Slrols.Des Casse-Tête Historiques! Une aubaine pour les lecteurs de La Revue Moderne, un passe-temps aussi instructif que récréatif et d'un intérêt général pour la famille, particulièrement au point de vue historique.S'amuser à voyager dans le passé de notre pays, à relire les pages de notre histoire, charmera les loisirs de nos lecteurs au double point de vue de l'utile et de l'agréable.Tout le travail se résume à donner les années exactes correspondant aux faits historiques du problème, pour trouver le même total dans l'addition verticale, diagonale et horizontale des colonnes, d'après la clef donnée.Nous recevrons les solutions écrites sur le carrelage publié ci-dessous, jusqu'au samedi 17 février, à midi.Les solutions exactes seront tirées au sort et nous accorderons trois (3) prix d'un dollar ($1.00) chacun, aux trois premières solutions favorisées par le sort.PROBLEME No 5 1573 A 1572 1602 1577 1607 1593 1583 1592 1582 1597 B 1578 C D 1574 E F G H I J K L M N 0 P 0 R S T U V W X (Tous droits réservés) CLEF: 9Ô34 o.d'a.BXFLICATIONS: Remplacez par l'année correspondante aux faits historiques suivants, la lettre de chacun des carrés.SI vos réponses sont exactes, elles donneront le même total pour chaque colonne quelle que soit la direction de l'addition (verticale, diagonale ou horizontale) ,solt: 9534.•a — H U •f.— 3 te M >¦ Si M M - (Tous droit h réservés) Nom Adresse A—Année où Fondera* c «'t < humplain remontèrent Jusqu'au Sunlt Kt-I.ouis.H—I n si»Vlc iiMinl IV\|m-(lition tir llcnnu- I.— In siècle avant l'érection du Fort Nia-Kiirti pur M.de lu.I4ulle.XI— l>rliv uns nwi:,î que De «haies succède ¦ iiv in uns uvunt la Cie de Mont-avant l'Indépendance des nd a Port-Royal.esoarliot à Fort-Royal, i-s avant l'invasion américaine, les avant le Gouvernement nel.avant l'ouverture du routent s , la Haute-ville de Quéhec.avant l'expédition de l'ronte-roquois.liant l'expédition de I.e Moyne la Haie d'Hlldsnn.axant la reconstruction «lo COOJ rasé pur llcnnnville en es axant la rappel de lluldl-and contentement de tous les iTits seront publiés dans L'Enfant de la Larme [Suit* de la page 33) Que dit-elle?Cet homme serait mon père Impossible.On lui a appris à aimer le noble prince Boris Strolenski.Ce ne peut être un bandit.11 se retourne vers elle; des larmes de ravissement et d'extase tombent des yeux de ce bandit, qui se traîne A ses pieds.— Ma fille!.ose-t-il dire, l'implorant des mains et du regard.Mais Maryka recule davantage.— Arrière, dit-elle Ne me touchez pas Grand'mère s'abuse.Il ne peut rien y avoir de commun entre la fille des Strolenski et vous.11 baisse confusément la tête, abattu, foudroyé.La voix chérie de son enfant éveille en lui la conscience assoupie.Qu'y a-t-il de commun, en effet, entre cette vénérable aveugle, cet ange et lui, Boris le Rouge ?Il s'interroge avec horreur .Il s'écroule dans la poussière frappant sa poitrine Il pleure 11 pleure sans fin aux pieds de la mère qui pressent un mystère; aux pieds de sa fille dont il ne peut supporter l'écrasant mépris.Il n'ose demander où est sa femme.11 murmure de vagues paroles 11 prie, lui, qui se moquait de la religion.U appelle la Vierge du Miracle, lui qui naguère encore défiait Dieu.Ah.Comment rachètera-t-il ses crimes?Comment osera-t-il revenir devant sa mère aveugle qui ne peut voir l'abjection où son fils bien-aimé est tombé.Et le grand coupable dont l'âme perdue remonte du fond de l'âbime, le criminel, se frappe la poitrine: — Pardon !.Pardon ! — Maryka, explique-moi Qu'y a-t-il ?demande l'aveugle dont les mains se mouillent des larmes de son enfant.Boris dis-moi.La jeune fille se tait.Elle détourne encore la tête.Elle ne veut ni voir, ni entendre le malheureux désespéré qui sanglote avec désespoir; — Pardon !.pardon !.V Morte La Bete Des cris soudain éclatent au loin: — Les Rouges .Les Rouges.Le Démon de l'Ukraine Défendons-nous.A mort Boris le Rouge.Il se relève d'un bond, les yeux hagards, sondant toute l'ombre: — Cache-toi mon enfant, dit la princesse.Ce bandit, ce monstre altéré de sang est dans les environs Viens Mais il reste debout U écoute figé d'horreur les pas lointains de ses hommes.Il guette leur arrivée.Son exécrable projet se tourne contre lui.C'est sur la personne sacrée de son enfant que ses soldats, la croyant ia fille du tsar, vont porter une rnain presque sacrilège .Non.cela ne peut être.Dieu l'a trailé avec miséricorde, lui, le gl .nul péi 111-111 II l'a .111 rte .111 boni ,1, l'abîme.Ah! sa fille.sa fille.Il frémil d'épouvante â la pensée de ce qui auraii pu être.Il faut à tout prix empêcher qu'on ne la voie.— Viens.viens.dit encore Iled-wige .Cache-toi du Démon .Ce Boris le Rouge est un sinistre bandit .Ne It sais-tu pas ?Il regarde sa mère avec désespoir, tant la situation lui parait inextricable.Comment empêcher qu'elle n'apprenne, la malheureuse, que le Démon c'est lui.Il regarde sa fille la honte au front.Sa Maryka, cet ange dont le regard l'a mau dit, dont la main le repousse avec un insur mon table dégoût, dont les yeux purs se détournent avec horreur.— Laisse cet homme, grand'mère, rentrons.— A mort, le Démon! crient des voix qui se rapprochent, empêchant la pauvre aïeule de répondre.Brusquement cinq hommes vêtus de casaques rouges surgissent des fourrés, font irruption devant la maison.Maryka jette un cri terrible: — A moi! A moi, Stéphane! Mais Boris arrête l'élan de ses hommes.— Arrière tous.On m'a trompé .La fille des tsars n'est pas ici, elle est morte.— Elle est vivante! tonne une voix dans la nuit.C'est celle-ci.Saississez-là.Michel avec cinq hommes encore apparaît.Il désigne Maryka tremblante entre les bras d'Hedwige qui ne peut deviner le drame effroyable qui se passe.Mais avant que Boris ait parlé, la princesse a tendu la main vers cette voix qui vient de réveiller en elle les plus cruels moments de sa vie.— Est-ce toi, comte Ovanieff?dit-elle.Toi, qui jadis a trahi les tiens.Toi, misérable qui, de concert avec l'infâme Grégor Méloutine dénon.as mon pauvre Boris Strolenski?Toi qui fis chasser Hedwige Strolenski du château, pour usurper les biens et la fortune des princes?Toi qui fis condamner aux mines du Baikal ton neveu innocent ?Arrière bandit! — Qui me connait ici?demanda Michel étonné.Il regarde sans la reconnaître cette femme aux cheveux blancs, majestueuse, imposante comme la justice vengeresse.Il essaie de la voir dans l'obscurité.Il s'approche, et cette femme ne recule pas devant lui .Qui est cette jeune fille devant laquelle Boris se tient muet, mais attentif aux étranges paroles qui lui sont une révélation soudaine?— Oui es-tu?D'où me connais-tu?questionna-t-il envore, vaguement inquiet.Alors Boris s'avance.Il semble grandir de toute la haine qui le soulève, qui déborde en lui.LES GAGNANTES DU 4ième CASSE-TETE HISTORIQUE Mlle N.Charlebois Madame Pierre Tremblay 284, rue St-Cyrille, Québec.Mlle Isabelle Baribeau Ste-Geneviève de Batiscan, Co.Champlain 4384.rue Boyer Montréal.Solution du 4ème Casse-Tête historique 1546 1556 1547 1557 1542 1552 1536 1566 1567 1537 1532 1562 1541 1551 1545 1555 1549 1559 1561 1511 1535 1565 1569 1539 1548 1558 1543 1553 1544 1554 1568 1538 1563 1533 1564 1534 Solution du 4ème Casse-Tête historique (Tous droits réscrx ,s | La Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U Page 37 L'Enfant de la Larme Il apparait aux yeux terrifiés de Michel comme un vengeur impitoyable, lomme ni jusl icii-i l< i : 11'li Et rien ne peut empocher le flot de paroles qui se pressent, i|ui se heurtent sur •es lèvres.— Depuis quand la victime ne connait-¦ -Ile pas son bourreau i gronda-t-il d'une voix menaçante.Kn quelques minutes j'apprends qui tu es, Michel OvaniefT.L'heure est venue où je te demande compte de tes mensonges.N'as-tu pas dit que la princesse lledwige était morte sur la route de Sibérie, par ordre du Tsar?— Je l'affirme encore.L'aveugle lit un mouvement, mais Uoris reprit: — Tu avais pris soin d'elle avec un soin fraternel, disais-tu, jusqu'à ce qu'elle fut Irpohsédée de ses biens et partie pour l'exil ?— C'est la vérité.— Tu mens, misérable! clama Boris hors de lui.La princesse Hedwige n'est pas morte.Jamais lu n'as veillé sur elle, lutrement tu aurais su le secret de ma vie, le secret caché à tous.Michel recula comme devant un danger terrible.Il regarda autour de lui cherchant une issue, mais Boris devina sa pensée.— Serrez les rangs, camarades.Que ce traître n'échappe pas.Oui, tu as menti.Car tu aurais vu près de ma mère une jeune femme, la mienne! Tu aurais vu un enfant, le mien! .Ah! bandit! Démon qui fut le pire tentateur pour l'infortuné que je suis.Misérable qui m'entraina sur le chemin du crime .Tu fis de moi un monstre abject et maudit .Tu sais que je ne fus pas coupable de l'attentat de Peterhof! Je m'enfuyais de toi, de vous tous, pour courir au bonheur et à l'amour près de ma Sonia.Tu m'as vendu, infâme! .Tu fis chasser ma mère.Tu osas régner en maître dans mon domaine.C'est toi encore qui fis signer ma condamnation en Sibérie, espérant m'y voir mourir .Mais le vent de la Révolution souffla jusqu'au Baikal, car Dieu voulait que la vérité se fasse jour.— Tout cela est faux! balbutia Michel se voyant perdu Cette femme est folle.Je ne la connais pas.— Elle te connait, cela suffit.— Elle t'abuse de ses mensonges.— Lâche.Misérable lâche! tonna Boris.Serpent odieux, sais-tu qui tu oses traiter ainsi?.La princesse Hedwige n'est pas morte, ai-je dit.Regarde bien cette noble femme dont la douleur a blanchi les nattes, dont les larmes ont brûlé les yeux.Cette femme, c'est ma mère! La princesse Hedwige est vivante.Michel jeta un cri d'épouvante.Tout est perdu! Boris qu'il avait si bien dressé à la vengeance, ne manquerait pas la sienne à cette heure.— A genoux devant ta victime, gronda encore Boris.D'une main de fer il jeta à terre le misérable.— Maintenant ta vie est finie.Mes yeux se sont ouverts.Tu vas mourir, comte OvaniefT.Michel comprit que ces paroles étaient sans rémission.Il grinça des dents, laissant échapper un horrible juron.Mais puisqu'il devait mourir, et bien, il se vengerait jusqu'au bout.— J'ai quelques mots à dire.— Parle.— Sans que nul ne m'interrompe ?— Foi de Boris.— Hedwige, princesse Strolcnska, dit-il avec un sardonique sourire, sache que je hais tous les tiens.C'est moi qui ai envoyé ton chapelain en Sibérie.C'est moi qui t'ai rendue veuve en empoisonnant Y Van.Et quand sur son lit de mort il vouait son fils à la Vierge, lui souhaitant d'être un saint comme son aïeul Boleslas, et la gloire de son nom moi, je jurai tout bas d'en faire un démon et la honte des Strolenski.J'ai réussi, ricana-t-il.Ton fils, Hedwige, sais-tu comment on l'appelle ?— Tais-toi! rugit Boris se jetant sur lui, écrasant la bouche mauvaise de ses poings.Bâillonnez cette vipère, vous autres, ajouta-t-il s'adressant à ses hommes.— Boris!.Boris!.gémit la voix inquiète d'iledwige.Que signifie tout cela ?.Qui sont ces gens ?.Qui es-tu ?Que voulait-il dire?.Ah! l'horrible instant.De quelles tortures effroyables il payait sa vie de crimes, en cette minute d'horreur sans nom; devant sa mère, devant sa fille.Devraient-elles entendre ce nom terrible ?Cette révélation ne serait donc pas épargnée à cette sainte .à cet ange ?— Assassin! hurla Michel d'une voix étouffée, tirant son revolver tandis que muette de terreur Maryka entraînait l'aveugle dans la maison dont elle verrouilla la porte.— Tu mérites mille morts, répliqua Boris, et tu veux encore me tuer.Mais je ne suis plus ce que tu dis.Repens-toi! Laîsse/.-le libre, vous autres.Les hommes dessérèrent leur étreinte.— Si je meurs, cria le prince.Vengez moi, camarades! — Hurrah le Démon de l'Ukraine!.Hurrah Boris le Rouge! clamèrent les soldats enthousiastes.Deux cris de détresse y répondirent de la maison.Boris eut un soupir de douleur contre l'irréparable.A présent sa pauvre mère savait le nom maudit.— Vierge du Miracle, pria-t-il avec une brusque ardeur, laissez-moi vivre pour expier.Pleins de haine ils se jetèrent l'un sur l'autre rugissants.Le combat fut court et décisif, car l'heure du châtiment voulu par Dieu avait sonnée.Le comte OvaniefT tomba la poitrine trouée, jetant avec un flot de sang un dernier blasphème et sa suprême insulte: — Tu m'as vaincu Démon de l'Ukraine! rugit-il.C'était fini désormais de son emprise redoutable.Il n'exercerait plus son diabolique pouvoir sur l'âme et le cœur de Boris; le misérable était mort.— Morte la bête, mort le venin! fit sourdement Boris tandis que ses hommes repoussaient le cadavre du pied.VII Le Châtiment Un instant Boris chancela devant la dépouille, foudroyé de mille sentiments qui ravageaient son cœur: haine remords, désespoir, honte immense.Il voulut se précipiter vers la maison d'où sortaient des sanglots déchirants, mais des gens armés, Stéphane Vodbolski en tête l'entourèrent soudain: — Nous le tenons .A mort le Démon! Les rouges avec des cris furieux, sinistres dans la nuit, fondirent sur la foule, la repoussant pour défendre leur chef adossé contre la porte fermée.Il essaya vainement de l'ouvrir, envahi par un découragement sans nom.Ainsi, sa mère, sa fille avaient entendu l'horrible nom! Elles savaient que le fils, le père, n'était autre que cet être maudit, ce monstrueux Démon de l'Ukraine.— Ouvrez, ma mère, ouvrez! implorait-il pendant que les autres se battaient.Ah! s'il avait pu voir! La princesse défaillante, à demi morte de douleur se trainait à tâtons vers cette porte, que Maryka implacable refusait d'ouvrir.Les pauvres mains de l'aveugle touchèrent la serrure.écartèrent le verrou.ouvrirent enfin.Boris en larmes, reçut dans ses bras sa malheureuse mère.— Pardon!.Pardon! maman! dit-il comme si ce tendre mot de jadis eut dû ouvrir la source de miséricorde au cœur de l'infortunée .Pardon, ma fille! — Vous n'êtes pas mon père! dit Maryka sombre et dure.Non, Boris le Rouge ne peut être mon père.Il n'osa encore demander sa femme, sa femme absente du foyer familial.Il avait peur, lui devant qui tout tremblait! Il avait honte de prononcer le nom chéri de Sonia.11 se sentait indigne d'amour! Plus tard il questiornerait.Il lui fallait d'abord le pardon de la sainte, de la martyre qui allait mourir, il le voyait .Mourir tuée par lui! Aucun mot ne sortait des lèvres pâles de la princesse.Les larmes semblaient taries sous les paupières closes.Le pouls battait faiblement.Saveur insurpassable 653F 'Frais des plantations' TéL CB.214» 2461 rue des Carrière* M05TBEAL J.H.Breton TEINTURIER *r NETTOYEUR Prop.da MW H— c1xlm>0 8KKV1CE 5S$^$ oula«£e^ laïOUX ^naturellement POUR ECHANTILLON GRATUIT Envcycr ne m et adresse avec (en timbrer), à Pertussin Ltd.ave.Atlantique, Montréal, P.Q.Pertussin POUR | Prenez Maux de Tête, é Les Comprimés du Dr Picault Névralgie, f Ne contient aucune drogue contraire au ooaur Migraine, Etc.t 25 cts la boîte Faire remise par mandats ou chèques au pair au LABORATOIRE "NEL" 320 est, me Notre-Dame MONTREAL Pour Affections Nerveuses, Anémie, Convalescence, Insomnie, Perte d'Appétit Le Tonique Puissant et Reconstituant ELIXIR CONTANT aux Glycéropophosphates et Lécithine * 1.25 la bouteille Inutile d'insister sur la qualité de ce produit.Les cent ans d'existence de la Pharmacie sont une preuve indiscutable de son honorabilité envers ses clients, et de la valeur des préparations qu'elle offre au public.PHARMACIE CONTANT 1 B CONTANT, Prop.1833 ÎOO Ans — 1933 S65, rue Notre-Dame est MONTREAL Page 38 La Revue Moderne — Montréal, Février 19 3, Le désespoir le jeta sur ce cœur dont il avait connu l'inépuisable tendresse, couvrant de baisers et de larmes les mains inertes entre les siennes; les douces mains qui ne répondaient plus à son étreinte.— Maman! maman!.Réponds à ton fils!.Maman.Oh! maman, pardon !.A la fin ce mot éveilla la mourante.Ses doigts touchèrent le visage du Démon de l'Ukraine.Elle eut la force de dire: — Boris! .le pardon est au repentir.Je devine le tien, ô mon pauvre enfant!.Comment un cœur de mère ne pardonnerait-il pas?.Dieu y a mis une étincelle de sa miséricorde Sonia t'a pardonné.— Sonia!.Oh! mère, où est-elle?— Pauvre petite épouse Elle est morte! — Ah! gémit-il plus fort .Ma Sonia est morte! C'était le coup suprême dans tout ce châtiment déjà si terrible.Il courba le front davantage, effondré sous la main de Dieu.— Elle t'aimait .Elle offrit sa vie pour toi le jour où Maryka est née, comme je prie Dieu d'accepter la mienne .Ah! Monseigneur Andrew .Que n'êtes-v s là Vais-je mourir ainsi sans une bénédiction ?Boris rugit sourdement.Le vénérable prélat était son prisonnier.Refuserait-il de le rendre?D'accéder au désir de sa mère ?Il courut écouter à la porte.On se battait toujours dehors, les coups de feu, les cris le prouvaient, mais la bataille semblait s'éloigner.— Que je puisse seulement sortir! mur-mura-t-il avec une sorte d'égarement, titubant comme un homme ivre Et je le ramène.Alors Maryka parut sortir de sa morne torpeur.— Par ici! fit-elle indiquant le jardin, jetant sur le prince un camail pour cacher cette casaque rouge dont la vue lui était insupportable.Il bondit comme un cerf, prit le cheval d'un de ses hommes à l'entrée de la route et galopa ventre à terre.Ses soldats s'effrayèrent'de le voir arriver l'air hagard, une pâleur effroyable sur ses traits.— Qu'y a-t-il chef?.Où sont les camarades ?— Mgr Andrew ?demanda-t-il sans même avoir entendu les questions de ses hommes.Ils le regardèrent sans comprendre.— Où est le prisonnier?C'est le vieux pope que tu demandes?— Oui.Ils le conduisirent dans l'une des tentes où le vénérable vieillard se leva à son approche.— Ma mère se meurt! dit-il d'une voix Apre et saccadée.Elle vous réclame.Venez vite.Je vous emmène.Mais le prêtre le toisa.— Qui me prouve que tu dis vrai, Boris le Rouge ?Comment et où as-tu vu la princesse Hedwige ?Il comprit la méfiance du prêtre; il en souffrit horriblement.— Les minutes sont comptées, Mgr Andrew, soupira-t-il.Hâtez-vous.J'ai vu ma pauvre mère .J'ai vu ma fille Maryka.Je suis infiniment malheureux parce qu'elle me repousse .Je sais aussi que Sonia est morte.Cela vous suffît -il?Oui cela suffisait.Le prêtre voyait le remords et le repentir envahir cette âme.Il ne mentait pas; nulle autre que sa mère n'avait pu le renseigner ainsi.— Allons.La peur d'arriver trop tard martelait les tempes de Boris.Il prit néanmoins le temps de dire à ses hommes: — Assez pour ce soir.Que les camarades rentrent.attendre mes ordres.— Ils ont gagné ?— Evidemment, fit-il avec une rage sourde.V J'ai Pèche Boris et le prélat partirent, galopant à perdre haleine, sauvegardés l'un par l'autre.Quand ils croisaient les Rouges, Boris répétait un mot d'ordre.— C'est le Chef! disaient-ils abaissant leurs armes.Lorsqu'ils apercevaient quelques habitants, Mgr Andrew montrait sa croix.Ils passaient encore,^, rapides comme le vent, sur leur coursier, cavaliers de légen- L'Enfant d de, vision de rêve et de mystère qui étonnaient les uns et les autres.— Où vont-ils?se demandait-on.La Vierge du Miracle veillait sur celle qui avait eu confiance, car ils arrivèrent à temps.Le combat durait toujours, mais les soldats du Démon avaient peu à peu raison de leurs agresseurs dont le nombre diminuait.Ils comprenaient qu'il était plus sage de se retirer à la faveur de l'obscurité, de rentrer chez eux et de fuir au matin.Boris passa par le jardin, comme au départ, courut tel un fou aux pieds de sa mère qui ne devina pas sa présence.Mgr Andrew s'approcha, prit la main de la mourante.— Princesse Hedwige, m'entendez-vous.— Monseigneur, fit Maryka brisée d'émotions.Elle vous a appelé à plusieurs reprises A présent .c'est peut-être fini?— Non.Le cœur bat, faiblement il est vrai, mais elle vit encore .11 faut la secourir.Voyant la pauvre enfant à bout de forces, il alla chercher lui-même un peu de vodka dont il humecta les lèvres de l'aveugle, frictionna ses tempes et ses mains pour rappeler le sentiment de la vie qui s'éteignait.Peu à peu, elle revint à elle, ouvrit ses yeux sans regard, chercha des mains le fils retrouvé, le fils criminel, le fils pardonné.— Boris! — Mgr Andrew est ici, dit-il.Je suis allé vous le chercher, chère mère.— Ah! sois béni pour cela! fit-elle avec un soupir de joie.Le prélat vint près d'elle; ils parlèren tout bas.La confession suprême de cette sainte ne fut ni longue, ni difficile.Elle tourna la tête vers l'endroit où la Vierge du Miracle dominait l'émouvante scène.— Elle m'a ramené mon Boris.Qu'elle tue en lui le Démon de l'Ukraine! fit-elle avec un affreux déchirement.Qu'il puisse effacer la tache sanglante que.Boris le Rouge a mis sur le nom des Strolenski.Hedwige se tourna vers son fils.— Je t'en supplie, ô mon enfant, mon petit enfant Repens-toi.Des larmes coulaient de ses prunelles mortes.Cette désolation de sa mère émut Boris au point de le tuer, tellement le cœur accélérait ses mouvements.Ah! la suprême prière de cette martyre ne serait pas vaine.Il se déchira la poitrine, sombre, farouche, ne pouvant supporter ce spectacle, les yeux secs parce que sa douleur était terrible.Des cris rauques s'échappaient de la gorge du grand coupable.— Trop tard, trop tard!.répétait-il désespéré, avec unehonteextrêmedesa vie, ne sachant comment la réparer, lui, par qui sa femme était morte, par qui sa mère allait mourir! II n'osait lever les yeux, ses paupières lourdes de toute l'opprobre qui pesait sur lui.Il n'osait regarder sa fille, cet ange de pureté qui se détournait, lointaine, implacable dans sa réprobation.— Un est jamais trop tard, Boris Strolenski, dit doucement Mgr Andrew.Comme ta mère, je te dis: "Repens-toi".— Comment ferai-je ?Puis-je rendre la vie à ceux que j'ai tués?.Les biens à ceux qui furent pilles par mes hommes?répliqua-t-il accablé de sa misère.— Repens-toi, mon Boris! implora de nouveau la mourante.— Mère .je me repens, je déteste mes crimes .Je voudrais à l'instant racheter ma vie par la mort, cria-t-il dans l'explosion d'un violent désespoir.— Que Dieu t'entende, dit à la fois Hedwige et le prêtre.— Et moi, je l'en supplie, ajouta encore la mère.Ce fut la dernière parole comme la dernière prière de la princesse.Le cœur usé par la souffrance n'avait pu supporter le coup suprême d'apprendre le déshonneur de son enfant.Elle eut un faible soupir, inclina la tête et ce fut fini.Le vieillard d'un geste doux ferma les paupières et commença les prières.Devant la mort, Maryka sortit de sa torpeur pour s'agenouiller aux pieds de l'aïeule.Elle était désormais seule au monde, elle qui repoussait ce monstre appelé le e la Larme Démon de l'Ukraine, ce Boris le Rouge qui était son père.Mais lui, penché sur le cher visage de la morte, revêtu à celte heure d'une suprême majesté, lui, recula jusqu'au fond de la pièce, crispant ses doigts au mur, résistant à la tentation maudite d'un suicide le délivrant du lourd fardeau de ses hontes; écoutant avec une indicible horreur la \ < ii \ de la o >nsi ience lui cri.ml : — Parricide! — A genoux Boris.Ta sainte mère est morte.Viens mon enfant.Cette voix du prélat rompit le mauvais charme, l'emprise funeste.11 courut aux pieds du prêtre, se prosterna la face contre terre, frappant sa poitrine de criminel pour dire au milieu des sanglots, humble prière du pécheur repentant devant Dieu: — Pardonnez-moi, mon père, parce que j'ai péché.Quand Stéphane Yadbolsky entra au matin dans la petite maison, il vit avec stupeur ce spectacle inoubliable et grandiose: Maryka pleurait au chevet de la princesse morte, Monseigneur Andrew les mains levées, absolvait le Démon de l'Ukraine agenouillé, versant sur le grand coupable la Miséricorde et le Pardon qui purifiaient à jamais Boris le Rouge.TROISIEME PARTIE Expiation I Seul Le lendemain, Boris, dont les cheveux avaient blanchi au cours de cette nuit féconde en émotions de tous genres, Boris réunit ses hommes, voulant entrer tout de suite dans le programme de rachat que lui conseillait Mgr Andrew.— Camarades, dit-il d'une voix basse et morne.Je ne vous ai jamais maltraités.— C'est vrai, tu es un bon chef, Boris le Rouge.Le mot amena en son cœur une souffrance que traduisit la crispation du visage.— Laissez ce nom.Le Démon de l'Ukraine a vécu.Oubliez désormais Boris le Rouge.— Quoi, chef! Tu nous quittes?— Je pars, en effet.— Nous irons partout avec toi.— Non, camarades.Je dois suivre seul la route qui m'est tracée.Je vous ai entraînés dans un chemin de crimes, de hontes, de sang .Frères, je vous engage à sortir de cette boue .je vous rends votre liberté.Ils se regardèrent, interdits.Mais l'ascendant de Boris sur ces hommes farouches était si grand, qu'ils n'osèrent ni protester ni se moquer.Ils ne pouvaient le taxer de lâche, l'ayant vu brave jusque la témérité.Mais ils ne comprenaient pas ce brusque revirement, sinon par les récents événements auxquels ils n'avaient cependant compris que peu de chose.Ils ne s'en allaient pas, attendant un démenti à ces étranges paroles.Mais le chef ne se reprenait pas; au contraire, il affirmait de nouveau, il accentuait du geste l'ordre donné.— Allez disait-il.Rentrez dans vos foyers si vous en avez.Combattez pour la bonne cause, celle de Dieu et de la Patrie.Allez camarades Je vous dis adieu! Alors ils comprirent que c'était sans rémission, sans appel.Quelques uns, hésitants, timides, se regardèrent, puis tous d'un commun accord firent pour la dernière fois le salut militaire au chef terrible et défilèrent un à un.Ils pensaient vaguement qu'une tempête morale avait emporté la raison du redoutable Démon; qu'une bourrasque sans pareille avait brisé l'activité de Boris le Rouge, émiettant cette volonté forte et dominatrice qui les avait subjugés tant de mois.Qu'allaient-ils faire, habitués à ce chef devant lequel ils tremblaient tous?A qui se donner ?Où aller ?— Je disais bien que le chef baissait, dit l'un d'eux en ricanant.Les autres le regardèrent de travers sans répondre; Fédor, qui avait des lettres, dit seulement: — C'est un choc moral qui eut raison de Boris le Rouge.Je casse la tête à qui en rira.Ils furent médusés de la réplique et la même idée traversa leur cerveau: — Sois noire chef, toi, camarade! — C'est dit, fil il simplement sai , s'étonner.Et l'accord nouveau fut tout de suite conclu.Après leur départ, Boris visila ses papiers, les lut,déchira les uns, conserva lis autres; brûla, brûla sans trêve, tout ce qui le rattacherait aux sociétés secrètes: règlements, slatuts, projets.Parfois la lecture de ces feuilles lui causait une telle souffrance qu'il retenait un sanglot.Souvent c'était une brusque exclama -tion de colère qu'elle lui arrachait.Quand il eut fini, étonné du silence qui l'entourait, il pensa appeler quelqu'un, mais se souvint qu'il avait rompu avec ses hommes.— Seul! nuirniura-t-il avec une indicible tristesse.Je suis seul au monde Sans mère, sans épouse, sans enfant! Je les ai toutes perdues par ma faute.Oh, Maryka! fille chérie, ange bien-aimé, pardonneras-tu jamais cette honte à Boris le Rouge ?La répulsion de la jeune fille lui était d'un incommensurable tourment.Savoir que son enfant le méprisait avec horreur, torturait le cceur du prince.Il tira sa montre.— Il va venir, dit-il.Après je partirai Mon mince bagage est prêt.Il s'assit, rêvant et méditant.Ses songeries étaient traversées des doux profils de celles qu'il avait aimées, de toutes celles qui avait souffert par lui: Hedwige, Sonia, Maryka.Puis, comme des ombres néfastes et maudites, passaient les visages haineux, farouches du comte Ovanieff, de Grégor Méloutine.Il avait fait justice du traître; mais Grégor Méloutine où était-il ?Jamais Michel n'avait fait mention de lui.II Pèlerin Errant Un pas pressé interrompit le cours de ses pensées.C était Mgr Andrew qui entrait.— Comment vas-tu, Boris?questionna affectueusement le prêtre.— Je suis un pauvre à tous points7de vue, répondit-il avec un geste d'insouciance.— Les pauvres sont aimés de Dieu, mon enfant.Courage .Je vois que tu as déjà fait place nette.Tes hommes sont partis! — Je les ai congédiés, selon ma promesse.A présent je suis libre d'aller où vous voudrez.Aidez-moi .aidez-moi, gémit-il l'âme aux abois.— De tout mon cœur.Le premier pas est fait, ta réconciliation avec Dieu.Le sincère aveu de tes fautes et ton repentir t'a ouvert mon cœur comme autrefois .Oui, je t'aiderai, pauvre infortuné.— Ah! Parlez-moi d'elles Des mortes et de la vivante J'ai tant à apprendre — Que te dirai-je ?Si tu n'as pas connu ton père, grâce au crime de Michel qui l'empoisonna, Maryka non plus n'a pas connu sa mère.Elle mourut en lui donnant le jour, tu le sais.Son organisme délicat n'avait pu supporter les émotions successives de ton arrestation et de ta condamnation.— Je ne fus pas coupable comme'elle le crut.— Tu m'as dit, en effet, que voulant rompre avec tout et tous, tu avais payé Méloutine pour jeter la bombe à ta place sous le train impérial.— Surtout pour courir chercher ma femme et recommencer une autre vie auprès d'elle! — Ensuite, ce fut le terrible ukase de l'Empereur, qui défendant de correspondre avec toi, la priva de tes nouvelles, en même temps que ta mère était dépossédée au profit de Michel Ovanieff.Efle et ta mère vécurent pauvrement, de9 seuls revenus retirés de la vente d'une propriété du comte Csarnewski.Je ne voulus pas me séparer d'elles; je trouvai facilement îles le.uns il.uis les in lies l.iniilles l'nssé dant aussi de bonnes économies grâce aux générosités des Strolenski, je pus ainsi à ieur insu aider les pauvres princesses.— Comme elles ont souffert, si les privations s'ajoutaient à leurs peines! dit Boris découragé.— Passons.Toute souffrance a son mérite et c'est le passé.Maryka vint au h a Revue Moderne — Montréal, Février 1 9 3 U Page 39 L'Enfant de la Larme monde.Sonia mourut dans la lleur de ses vingt ans, en t'appelant et nous .n.indaiil le petit ange qu'elle l.iis- • lit en souvenir de sa courte union.— Ahl.c'est trop cruel.— Plus tard, Maryka mise dans un gymnase, (1) ta pauvre mère resta seule .ivec sa peine.Lorsque ta fille, élevée selon son rang, revint près d'elle, la princesse i tait aveugle.La guerre, hélas! jeta le nouille dans l'Europe entière; nous eûmes à souffrir des horreurs de l'envahissement.Il fallut la révolution russe pour redonner .1 ta mère l'espoir de te revoir.Elle 'informa, apprit effectivement ta mise en liberté, ton départ du lîaikal, mais depuis Perm, ta trace était perdue.— C'est qu'à Perm, Michel m'attendait, dit-il amèrement.C'est là qu'est né Boris le Rouge, Démon de l'Ukraine.Ahl.pauvre mère.Un Mnglot coupa sa voix.Le prêtre respectant cette douleur bien-I.lisante et sacrée se tut.Ce fut Boris qui reprit, humble, hési-t.int: — Et Maryka ?— Maryka est fiancée à un jeune comte l'olonais Stéphane Vadbolski, ardent patriote, bien estimé de la haute classe.— Quand se marie-t-elle ?— Le mariage devait avoir lieu dans cinq jours.Nous pensions le retarder à cause du deuil, mais les temps sont si troublés, la pauvre petite si seule, qu'il vaut mieux se hâter de lui donner un protecteur et de les rendre heureux.La date reste donc la même.Cependant, continua le prêtre un peu hésitant, ta présence oblige Maryka à avoir ton consentement pour ce mariage.mais.— Elle refuse de me voir, n'est-ce pas?Je le comprends, interrompit le malheureux père.Ce consentement je le donnerai par écrit.Ah! ma fille, ma fille .Douce enfant de ma Sonia!.Que ma souffrance te soit rendue en bonheur .Que mes larmes de honte et de remords deviennent des joies dans ta vie!.Maryka chérie, je ne suis pas digne d'être ton père, mais te savoir mon enfant fait la douceur de ma solitude.Penser que j'ai une telle fille est un bonheur que je ne mérite pas.Il sanglotait brisé, abattu par le mépris persistant de Maryka.— Ensuite, continua le prélat voulant endiguer ce chagrin qui émiettait les forces et le courage nécessaires à Boris, ensuite les jeunes époux tâcheront de gagner une contrée neutre, plus clémente pour eux que la pauvre Russie.Mais c'est difficile, pour ne pas dire impossible.— Je puis leur en donner les moyens, dit Boris relevant la tête.— Et comment.— C'est facile Monseigneur.— Oh! parle.— On ne sait pas encore ma défection de l'armée rouge.Pour la Tchéka, je reste l'un des leurs, comme nous avons convenu vous et moi.Ils auront un sauf-conduit qui facilitera tout à mes enfants.Ce soir je quitte la contrée pour mener au gré de Dieu une vie errante.L'expiation a commencé, elle doit continuer.Vivre où vit ma fille me serait à la fois trop doux et trop cruel.Je n'irai vers elle qu'à son appel.Alors je comprendrai qu'elle aura eu pitié de ma douleur et de mon isolement.— Ah! Pauvre Boris! Que Dieu te donne du courage.Il serra les mains du vieillards.— Adieu, Monseigneur Andrew.Priez pour le plus maudit des hommes, pour l'infortuné pèlerin errant que je suis.Nous nous verrons rarement désormais, cependant tout ce qu'il faut vous parviendra en temps voulu, pour aider au rachat de mes crimes, termina-t-il mystérieusement.Les deux hommes s'étreignirent une dernière fois sur le seuil.Puis derrière le digne prélat, Boris s'en fut, pèlerin errant comme il l'avait dit, vers l'Expiation.1 III Le Mariage C'était ce matin le mariage de Maryka.Mariage triste s'il en fut! Les deux époux sans parents n'avaient que quelques intimes pour les assister.La cérémonie eut lieu dans la plus stricte intimité, voulue par le deuil récent de Maryka et les circonstances actuelles.Ce n'était pas le moment d'attirer l'attention.Boris avait envoyé le (onsentement nécessaire et le sauf-ci nduit promis.(I) Pensionnat russe.Mgr Andrew, les montrant à Maryka avait dit: — Ne sois pas implacable pour ce malheureux .Il souffre comme un damné! — Sa mère et la mienne sont mortes à cause de lui.S'il souffre, je souffre aussi.— C'est ton père, mon enfant.— Je suis seule au monde.— S'il vient à toi, ton devoir est de l'ac-< inillii — Il ne viendra pas.Il a senti l'abîme que ses crimes ont creusé entre nous.Plus tard .N'insistez pas maintenant, Mgr Andrew.Le prélat se tut.Il voyait la plaie ouverte dans le cœur de Maryka.Il fallait laisser faire au temps son couvre apaisante.La jeunesse est intransigeante parce que la vie ne l'a pas encore heurtée.Il faut avoir souffert pour connaître l'indulgence.Le mariage eut donc lieu un matin de bonne heure; les jeunes gens côte à côte, sans trop espérer le bonheur, le demandèrent à Dieu.Dans l'église solitaire et silencieuse, tout au fond, caché dans l'ombre, un homme aux cheveux blancs regardait avidement le beau couple que Mgr Andrew allait unir à jamais.Il se revoyait dix huit ans plus tôt, à une cérémonie pareille, à côté de Sonia.Union éphémère et douloureuse s'il en fut où la pauvre jeune femme n'avait trouvé que des larmes et de la honte.Il pria, pleura prosterné sur la pierre à l'écart comme un paria qu'il était, le cœur contrit, humilié, mais débordant d'amour, pour celle qu'il nommait avec ravissement: — Ma fille! Quand ce fut fini, les mariés prêts à sortir passèrent près de lui.Il s'agenouilla dans l'allée pour mieux contempler sa Maryka.En le reconnaissant, elle eut un léger recul, ferma les yeux, troublée jusqu'au fond de l'âme, du baiser si humble que le malheureux avait osé mettre sur le voile blanc de l'épousée.— Sois heureuse, o mon ange! murmurait-il à travers ses larmes.Elle passa.Et ce fut fini de la joie pour lui.Il sentait qu'il ne la reverrait pas et cela lui devint atroce.N'importe.Elle l'aimerait un jour.Il saurait mériter son pardon.Déjà, Maryka n'avait pas détourné son regard à son approche.Elle savait qu'il avait assuré leur départ, il les suivrait d'ailleurs incognito, mais prêt à les secourir au besoin.Le comte et la comtesse Vadbolski avaient choisi le Danemark comme étant le plus proche de la Pologne, où Stéphane comptait rentrer dès les troubles finis.Leur voyage de noces dura peu, tant de misères s'étalaient sous leurs yeux partout où ils passaient! Tant de villes anéanties, de contrées détruites.Ils ne restèrent que quelques mois à Copenhague.La proclamation de la République en Pologne apaisée, leur permit d'y rentrer avec joie, car Maryka attendait une prochaine maternité.VI Popk La Mort et P'tit Pere L'Europe depuis deux ans avait mis bas les armes, assoiffée de paix, lasse de lutter, de se battre, de mourir.Mais la Russie des Soviets, la Russie indéfectiblement bolcheviste restait désemparée et belliqueuse.L armée rouge continuait ses massacres en masse, ses pillages, ses tueries.Cependant les grands chefs s'apercevaient que depuis quelque temps les scènes odieuses de mort et de carnage s'arrêtaient en maints endroits.Les soldats rouges envoyés aux lieux indiqués trouvaient les maisons vides; les habitants, prévenus par de mystérieux avis avaient fui à temps sans attendre les oppresseurs.En rage d'avoir été dé<,us, les bolche-vistes brûlaient et pillaient ce que dans leur hâte du départ les gens avaient laissés.Quel pouvait être l'invisible inconnu assez au courant de leurs faits et gestes, connaissant si bien leurs projets secrets, pour les contrecarrer ainsi, les devancer; souvent les détruire ?Quel était l'homme assez hardi pour les défier sous un voile impénétrable, si parfaitement caché que la police ne pouvait rien découvrir de lui ?Depuis bientôt un an, les avis mystérieux continuaient, augmentant la soif de destruction de la Tchéka dont la redoutable colère grandissait de se voir impunément jouée.On arrêtait invariablement tous les hommes, même les Rouges.On emprisonnait toutes les femmes, quitte à les relâcher après une enquête sommaire.On interrogeait tous les enfants.On questionnait tous les vieillards.Mais en vain; les avis secrets continuaient à travers la Russie soviétique.Pour ceux qui mouraient catholiques, un prêtre secrètement averti venait facilement les assister et les encourager.Comment celui-là entrait-il ainsi partout ?Quelle influence occulte agissait donc pour ouvrir devant lui prisons et geôles ?Personne n'osait ni toucher, ni se moquer, ni insulter ce prêtre inconnu, vêtu comme tout le monde, dont on ignorait le nom et la demeure, mais dont chacun connaissait les cheveux blancs et la courageuse douceur.— Qui es-tu ?avait-on dit un jour.— Le compagnon de la Mort.— Tu n'as donc pas peur d'elle?— Je la vois chaque jour.Il se trouvait à point, au jour fixe, à l'heure dite, pour telle exécution, telle condamnât ion.Souvent il arrivait avec des ordres supérieurs d'élargissement.Alors les prisons s'ouvraient devant les femmes, les enfants, les pauvres vieux tremblants, à qui Pope la Mort donnait un secours et un avertissement, toujours le même: — Voilà de quoi fuir.Hâtez-vous de quitter le pays.Par quel pouvoir invisible, impénétra ble, agissait-il ainsi sans rien craindre-tout danger écarté de ses pas, tout obstacle renversé, toute barrière levée ?On s'habituait tellement à le voir libre, insoupçonné, qu'on le laissait passer, quelquefois sans lui demander l'ordre.Il le montrait néanmoins, pour appuyer davantage la confiance, parmi ces hommes qu'aucun crime ne rebutait.U leur parlait, causait avec cette douceur qui caractérisait ses gestes et ses paroles.Quand il se trouvait avec ceux que les fanatiques appelaient les "tièdes", les "mous ', il les exhortait à fuir ce milieu, à changer de vie.leur procurant, quand il était sûr d'eux, les moyens de passer à l'étranger.— Ils me tueront, disaient-ils peureux, effrayés des représailles possibles, s'ils essayaient de fuir.Mais la confiance du prêtre savait vaincre tout recul, applanir toute difficulté.FORD m.HOTELS Choisissez I Hôtel le plus Economique, 750 chambre*.Tarif: $1.25 à $2.00 Simple, pas de prix plu» élevé* Stationnement très facile pour auto*.Et aussi autre* Hotels élevé*.Radio dans toutes les chambre* Roche»ter, Buffalo et EH* TORONTO-MONTREAL CROISIERE ANTILLES AMERIQUE DU SUD et PANAMA ù bord du fit LAFAYETTE" (25,0S2 tonnes) Départ de New-York le 17 février 19 JOURS : : : : : $235.00 iMmimum, New-York — St-Pierre — Fort-de-Krance — Barbades — Port d'Es-l>acnp — La (inayra — Coracao — Colon — Klnp-ton — New.York Pour renseignements s'adresser à 9reaeh.Jdne IliXÎ PLACE mil I IIS MONTREAL on nux agents loranx Page UO La Revue Moderne — Montréal, Février 193, — Je réponds de votre vie! affirmait Pope la Mort.Suivez-moi le jour que je vous indiquerai.En tremblant, ils le suivaient, pénétraient dans une demeure mystérieuse à deux entrées.Là, un homme aux cheveux blancs comme le pope, les traits nobles, distingués, mais empreints d'une extrême tristesse, les recevaient en les encourageant encore.Ils leur donnaient de nouveaux vêtements, rasait leur barbe en broussailles et leurs cheveux hirsutes.Puis après leur avoir remis un sauf-conduit jusqu'à la frontière, les faisaient sortir par la seconde porte.Jamais non plus on n'avait su le nom de cet homme.Quelques-uns, se retrouvant au pays voisin, se rappelaient vaguement avoir vu ce visage, ils ne savaient où.On s'apercevait en haut lieu de ces défections; de ces fuites souvent en nombre, souvent isolées, et les commissaires soviétiques s'arrachaient les cheveux dans leur impuissance à découvrir ce mauvais génie; cet adversaire qui semblait s'être donné la tâche de sauver le plus qu'il pouvait d'âmes et de corps.Mais, le jour où l'on saurait qui, le jour où le nom jusqu'ici caché pénétrerait à la lumière la vengeance de la Tchéka serait atroce, tous l'avaient juré.V Maryka Dans le domaine des Strolenski réparé, remis en état le jeune couple vit heureux.Le comte Stéphane et Maryka oublient dans la paix bienfaisante les horreurs passées.Autour d'eux les générations nouvelles qui avaient connu la princesse Hedwige et Boris étaient venues se grouper autour de leur descendante et de son mari.L'ère de la Liberté avait sonné en Pologne, le servage des anciens jours n'existait plus; néanmoins les Strolenski étaient si aimés, qu'il aurait presque fallu le rétablir pour satisfaire l'attachement dévoué de ces populations fidèles.Maryka, bonne fée secourable à tous soulageait toutes les infortunes du pays demandant en échange de prier pour son père.C'est que, peu à peu, sous l'influence de Monseigneur An.lieu, l.i rancune s'émiet-tait dons ce cceur filial, remplacé par l'amour, le regret de sa dureté et l'incommensurable pitié que méritait le malheureux paria.Puis, deux mignons jumeaux étaient nés dans le château ancestral; deux anges qu'elle avait voulu nommé Y van, comme 1 Aïeul et Boris, comme son père.De les voir grandir, prospérer, gazouiller auprès d'elle, la jeune femme avait senti combien sa conduite était repréhensible, barbare, anormale même envers celui qui rachetait ses crimes, délaissé, méprisé par sa fille.— Pauvre père! .murmurait-elle parfois.Elle enveloppait ses fils de ses bras tendres, les couvrait de caresses dans une peur soudaine de se les voir enlevés.— Mes chéris! Chers trésors! Que Dieu vous garde à mon amour! — Maryka, disait alors Mgr Andrew.Mon pauvre Boris a fait la même prière.Et tu ne l'as pas exaucée! Il ne tenait qu'à toi de mettre une lueur de joie dans sa vie de paria, de maudit, si je puis dire.Et tu as refusé.— Oui, j'ai été dure! — Maryka, ajouta Stéphane, on peut toujours réparer.adoucir.— Hélas!.Que faire.Comment vivrait-il avec nous ?— On le reconnaîtrait, mes pauvre9 enfants, dit le prélat.Il faut aviser cependant et changer cet état de choses, non pas rendre à mon pauvre Boris, une place à ton foyer, Maryka, ce n'est guère possible, mais lui donner l'occasion de te revoir, de vous voir tous, de presser dans ses bras ses petits enfants! Maryka pleurait; la douleur, la confusion, le remords se lisaient dans ses beaux yeux.Le regard qu'elle levait vers son mari implorait maintenant.Ce n'était plus l'intransigeante jeune femme du matin des épousailles qui reculait, détournant les yeux en apercevant son père.Non, transformée par la maternité, son âme accessible au pardon l'avait senti germer généreux et doux; l'heure était venue de le lui donner large et L'Enfant d noble, d'oublier dans un devoir filial qu'elle ne refusait plus, les errements du malheureux qu'un mauvais ange, ce démon de Michel Ovanieff avait conduit au mal.— Je veux le voir! dit-elle après le tumulte intérieur de son âme aux abois.Mon pauvre malheureux père!.Oui, je suis coupable, car la princesse Hedwige aimait tant son Boris! — Elle a pardonné à ce grand coupable, fit Monseigneur Andrew.— J'aurais dû l'imiter.Mon aieule était une sainte! Elle comprenait que tout le mal venait de cet infernal génie.Hélas!.Ma pauvre maman que je n'ai pas connue.— A cause de lui encore, ma chérie, ajouta Stéphane.Et le prince Boris en fut privé lui-même.Allons, Maryka, c'est le jour du pardon, il faut l'octroyer à ce malheureux.— Ce sera un gage de bonheur pour vos enfants.J'approuve Stéphane.Le pardon est une Heur du ciel, laisse-la fleurir dans ce domaine, ma fille.— Oh! Monseigneur! Si vous pouviez lire dans mon cœur quel repentir est en moi! Un enfant ne doit pas juger son père et j'ai osé juger le mien.— Je suis sûr, fit Stéphane, que Dieu qui lit dans le secret des cœurs lui a accordé des circonstances atténuantes; le vrai coupable fut Michel, ce.— Paix à ses cendres, coupa le prêtre.Qui sait, si une seconde de repentir n'a pas effleuré son âme au dernier moment! — Sans lui, cependant, insinua Maryka, nous serions tous réunis et heureux! Ma pauvre grand'mère, ma maman chérie!.— Ceux qui sont morts comme elle, dans la paix du Seigneur, sont heureux, Maryka.Déplorons leur absence parmi nous, mais réjouissons-nous de leur sort ! Ce jour là, Monseigneur Andrew s'attarda plus que d'habitude à ce foyer reconstitue, racontant avec quelle abnégation sublime, quel renoncement de tout, le prince Boris Strolenski réparait les crimes de Boris le Rouge, Démon de l'Ukraine.Devenu la Providence de tous, c'était par centaines maintenant qu'il sauvait les vies humaines, détruisant les odieux effets de la Tchéka le plus qu'il pouvait, protégeant hommes et villes, annihilant de son mieux les infâmes projets des Soviets.Les jeunes gens avaient les larmes aux yeux en écoutant leur vénéré ami.— Oh! qu'il vienne! Qu'il vienne, mon pauvre père! sanglotait Maryka.— J'irai moi-même le chercher, ajouta Stéphane, les traits empreints d'une noble ardeur.— Merci, mes enfants! Ces paroles me sont douces à entendre, et mon pauvre Boris les entendra aussi de ma bouche.Mais il faut agir prudemment et lentement, de façon à ne pas attirer l'attention sur lui.— Il me tarde, Monseigneur! J'ai hâte d'être sa fille! — Pour le moment, il sera plus facile de combiner une visite jusqu'à ce que nous ayons tout préparé pour qu'il quitte la Russie.— Et vienne ici dans le manoir de ses ancêtres! ajouta le comte Vadbolski enthousiasmé.— Dieu vous entende comte; mais je doute qu'il accepte.— Nous irons tous deux, mon mari et moi, le supplier.— Merci encore, chers amis! Votre généreux pardon doit réjouir nos morts! Ensemble nous ferons le nécessaire et quand Boris saura que ses enfants et ses petits-enfants.— Oh! s'écria Maryka.Une idée!.Ses petits enfants iront vers lui.Nul ne se méfiera de deux petits .Ils seront nos messagers de tendresse.N'est-ce pas, Stéphane, tu veux bien ?— Je veux tout ce que tu veux, ma chérie, et si tu trouves le moyen.— Nous le trouverons! Ah! mon pauvre père!.Que la Vierge du Miracle qui protégea si ouvertement et tant de fois les Strolenski nous aide encore! — VILES ANGES DU PARDON Or, un jour il arriva, car toute œuvre de rédemption a ses détracteurs et ses e la Larme traîtres, il arriva que la Tchéka entendit murmurer un nom, tout bas, en grand secret.Il fallait voir.s'informer.i ne suffisait pas d'accuser, il fallait prouver une accusation aussi formidable.Car celui-là on le connaissait de longue date.Redoutable et terrible il avait rempli le pays de ses sanglants exploits.Sa conduite connue de tous le plaçait au-dessus du soupçon; des preuves, il en possédait de formidables à son actif.Le nom mystérieusement donné fut abandonné et l'enquête tout de suite close.Quelques-uns même eurent un rire sinistre pour dire: — Si celui-là n'est pas rouge, qui le sera ?Mais le nom revint encore à plusieurs reprises sur les listes de suspects que les chefs faisaient circuler entre eux.On décida d'établir une étroite surveillance, dans le plus grand secret, et l'homme désigné fut dès ce jour suivi minute par minute.A ce moment, sur l'avis de Pope la Mort, P'tit Père s'arrêta un jour à la frontière polonaise, pénétra dans une maison désignée d'avance, et y attendit les événements.Seul et triste toujours, il vivait dans la maison close au fond d'un jardin faisant seconde sortie à l'habitation.Voilà que ce matin la porte de ce jardin s'ouvrait soudain devant P'tit Père, stupéfait, un peu inquiet.Quelqu'un avait donc une clé ?Subitement il se tint sur la défensive, prêt à tout ce qui pourrait arriver et qu'il attendait, peut-être! Un homme entrait, poussant devant lui une voiturette où deux bébés charmants gazouillaient, souriaient, tendaient les bras vers le solitaire II s'arrêta pour les admirer, les trouvant beaux à ravir, charmé de cette visite semblant un rayon de soleil au milieu des fleurs.— Que veux-tu?dit-il au serviteur?Pour toute réponse l'autre désigna au bras de chaque enfant un billet enrubanné.Intrigué, Petit Père les prit, les ouvrit.Des larmes jaillirent brusquement de ses yeux quand il lut: "Maryka demande à son pire, le prince Boris Strolenski, la bénédiction de leur cher aieui pour ses deux jumeaux, Yvan et Boris." — Comme ce jour est bien choisi pour me donner du courage, dit-il.Suffoquant de joie, le malheureux proscrit volontaire, se mit à genoux pour lire encore, pour recevoir des douces petites menottes roses, le pardon tant attendu, le précieux pardon de sa fille apporté par des anges.Quelle délicatesse dans ce geste charmant des deux bébés, ce geste qui disait tant de choses au pauvre père.Il se sentait enfin purifié par ce pur contact, car une grande paix l'inondait.L'ostracisme si douloureux à son cœur était donc fini ?Maryka mise au courant de tout par Mgr Andrew trouvait donc l'expiation suffisante ?Elle appelait son père à présent.— Trop tard! murmura-t-il.Cependant il combla de caresses les ravissants bébés, reçut les leurs avec un bonheur intense, s'attardant à écouter leur ramage d'oiseaux, à sentir les doigts menus tirer sa moustache avec de petits rires mélodieux.Ah! l'heureux jour où le poids si lourd des crimes passés s'alégea soudain sur les épaules de Boris! La bienfaisante seconde que celle où ses deux petits-fils le rappelaient à la douce vie de famille; cette vie qu'il n'avait jamais connue par sa faute.— Cela suffit, Boris! dit soudain Mgr Andrew.Il ne faut pa9 attirer l'attention sur nous.Tout est réglé minute par minute dans cette affaire que j'ai préparée avec Maryka et son mari.Dès qu'il sera possible, abandonne tout et vas rejoindre tes enfants qui t'attendent! — C'est trop de joie pour moi, pour le misérable que je suis! fit-il presque épuisé par l'émotion.Après une dernière caresse à laquelle le jeune aïeul s'attardait, arraché à grand'-peine de la chaine des petits bras; après un dernier baiser, les beaux anges ayant ici miné leni niiséi i.i 11 ii' 11 se miss.part i rent.La voiture quitta le jardin ensoleillé.le doincsl ique'sort il i.• il était venu •Mil une parole, avec silence et mystère C'était fini du bonheur entrevu.— VII — GETHSEMANI! Alors Boris étreignit le vénérabli vieillard.— C'est à vous que je dois cela, 6 mon noble ami, mon Pèrel.Comment vous remercier ?— En continuant ce que tu fais Pour une âme sauvée que de joie au ciel.Et tu les sauves par milliers! — Hélas!.Je crains de ne plus pouvoir le faire.Néanmoins j'irai jus qu'au bout et tant que je vivrai! — Qu'y a-t-il ?Que veux-tu dire?.questionna Mgr Andrew subitement inquiet.— Simplement ceci: je suis dénoncé.— Mon Dieu!.Mais c'est la mort pour toi! — Je le sais, mais je la désire.TA présent que j'ai eu le pardon de^in.i tdle, connu mes beaux petits-fils, je ne souhaite plus rien que mourir, racheter ma vie comme l'a souhaité ma mère sur son lit de mort.— Ne parle pas ainsi, Boris.Le bonheur s ouvre devant toi, tu reverras ta Maryka qui t'aime.— Non, Monseigneur, répliqua-t-il hochant la tête.Dieu fait bien les choses.La vie de famille serait pénible pour mes enfants comme pour moi.Il est des souvenirs terribles dont rien ne peut effacer l'horreur.Je puis un jour être en présence de ceux qui furent "mes hommes" Quelle honte pour les miens! .Je dois disparaître.Ils m'aimeront mort; ils respecteront ma mémoire, grâce à la grande paix du Christ qui enveloppe les disparus.C'est mieuxainsi.— Tu me donnes de tristes nouvelles.Pourquoi ne pas fuir ?— Il n'est plus temps Je ne l'ai pas fait quand je le pouvais, pourquoi déserter maintenant mon devoir?Sur votre conseil en restant à la tête des comités secrets, j'ai pu,aidé par vous, déjouer souvent leurs projets, vous procurer les entrées libres partout où il y avait un malheureux à sauver.J'ai pu faciliter à d'autres le moyen de quitter l'armée Rouge, de changer de vie.Or depuis plusieurs mois on me soupçonnait sans oser croire.Mon passé plaidait pour moi.— Ce qui prouve que Dieu tire le bien du mal.Grâce à ce passé tu as sauvé plus d'âmes que le Démon de l'Ukraine n'en a perdues! — Puissiez-vous dire vrai! — N'en doute pas, Boris.— A présent on s'écarte de moi.Je ne sais plus rien ou presque.Les sauf-conduits me sont retirés, je suis étroitement surveillé, filé, espionné.C'est la Providence qui permit que ces petits anges et vous-même ayiez passé par le jardin dont la porte n'est pas gardée comme celle de la maison.— Comment?.C'est à ce point?— J'ai vu ce matin quatre soldats en face de cette habitation pour en surveiller les accès.C'est fini pour moi.Cependant comme rien ne peut plus me sauver, voici un paquet de sauf-conduits.Hâtez-vous de vous en servir; quelques-uns encore pourront être sauvés, jusqu'à ce que le cachet soit changé .Maintenant, mon Père, il est possible que je ne vous revoie pas.Veuillez entendre une dernière fois l'aveu de mes crimes et me donner le "Pain des forts".Sachant que vous viendriez, je suis resté à jeun.Il faut nous hâter .Peut-être ne sorti-rai-je pas vivant de cette maison.Le prêtre attéré restait sans paroles.— Je fais le sacrifice de ma vie pour racheter tout le mal que j'ai fait, continua le prince.Que mes enfants aiment mon souvenir!.Ce qui m'est le plus pénible c'est de n'avoir jamais reçu un baiser, un mot de tendresse de ma fille bien-aimée, — Ah! Que n'as-tu parlé plus t6t, malheureux .Que ne m'as-tu averti! — C'est là justement qu'est le sacrifice, mon ami.J'irai à la mort le cceur contrit et humilie pour que Dieu fasse miséricorde au grand coupable que je suis 1 lâtons-nous, mon Père. ha Revue Moderne — Montréal, Février 1934 Page 1,1 Le Courrier du Mois Par Marjolaine tulipejnoire — ( 'm.Ni t l'époque des ln-urcusci surprises nul ensoleillent l'aube nouvelle, Je vous remercie de la pari que voua falu-s mienne.Klle m'assure de voire «ouvert.r, et c'est une certitude qui m'est très bonne, Je vous le r 1 9 S J, L'Enfant de la Larme Agenouillé devant le prélat il reçut l'absolution plein de courage et de foi, se sentant réhabilité.Puis Monseigneur Andrew ouvrit son vêtement, retira un petit sac de peau caché à même sa chair et ouvrit la custode qui ne le quittait pas.Il pleura en communiant celui qui si noblement rachetait sa vie.Sans la perfide influence de Michel Ovanieff, Boris n'aurait jamais failli.— Sois fort, mon fils.Pense au Christ à Gethscmani, se préparant à sa Passion.Hélas, ce jardin n'est-il pas un autre Gethsémani pour toi?Sois donc aussi un autre Christ devant la mort.Cette étrange parole allait s'accomplir à la lettre.Une dernière étreinte.Boris à la hâte poussa Mgr Andrew hors du jardin, ayant entendu heurter à la porte, ne voulant pas que le digne prélat fut pris comme lui.Il se recueillit quelques minutes, mais lei coups continuaient avec violence.Il fallait ouvrir, la bande était là.Tapie dans l'ombre d'abord, elle se montrait maintenant au grand jour.— Que voulez-vous, camarades?de-manda-t-il très calme.; Le prestige de cet homme était si grand, son nom si redouté qu'il en imposait encore.Même le traître n'y manquait pas, car Grégor Meloutine était devant le prince.— Que voulez-vous?demande-t-il encore.— Boris le Rouge, Démon de 1 Ukraine ?— C'est moi! — Suis-nous.Pour plus de prudence on lui lia les mains.Un coup de sifflet appela une auto toute prête.Il y monta sans rien dire, l'âme sereine, en paix, ayant prononcé sur la chair sacrée du Christ le Fiat du sacrifice.Le prince Boris Strolenski, dernier du nom, marchait vers la mort.— VIII — COMMENT SE VENGE LA TCHEKA Les Comités soviétiques n'avaient pas l'habitude de faire de longs procès.Un interrogatoire sommaire pour la forme, c'était tout.Cela suffisait puisque tout suspect était d'avance condamné.Pour Boris, c'était*plus grave.N'avaient-ils pas à juger l'un des leurs ?maison grise, de revoir "les horizons infiniB", de respirer "les arômes salins".L'heure des compensations viendra, Jehan, le bon Dieu ne l'oublie jamais.Je souhaite qu'elle vous soil réconfortante et généreuse, et ie désire ardemment que vous trouviez dans ces lignes l'encouragement que vous en attendiez.Je désire, oh! combicnl que la clarté de l'espérance resplendisse dans votre cœur et apaise votre souffrance, qu'elle fasse votre ciel plus clair et votre Bolitude moins pénible, qu'elle fasse refleurir vos espoirs.— Votre pseudo me plait .Je le comprends si bien! — Bon courage, Jehan; je vous tends la main en vous disant au revoir.M YRZA — Etre indiscrète en frappant à la porte du courrier?N'ayez plus jamais cette pensée.Chez nous chaque petite amie a sa place et sa part, et celle qui vient demander un coin clair pour "jaser à cœur ouvert", n'est jamais une "intruse".Mais comme il y a déjà une Myrta ici, je vous demanderais de bien vouloir changer de pseudo.C'est entendu, n'est-ce-pas?Je vous remercie à l'avance de votre gentillesse.— La douceur de votre lettre et le nom de votre pays sont d'un contraste qui m'a plu par son originalité.Il doit faire bon chez vous, petite fille.J'ai déjà hâte de vous relire, c'est dire que je vous attends.Au revoir.VIOLONISTE — Je ne puis que vous glisser un sourire et vous dire que je pense à vous.MARJOLAINE Il parut devant eux l'attitude digne, très calme et maître de lui.— Quel est ton nom ?— Boris Vvanovitch, prince Strolenski.— Ah ! tu joues au boyard russe à présent ?Nous t'appellions tous le Démon de l'Ukraine.Tu étais des nôtres, Boris le Rouge, affirma le présiddnt.— Je l'avoue à ma honte.— Tu es accusé d'avoir trahi les comités.— Ce n'est pas trahir qu'empêcher le mal.— Par des avis secrets, tu as communiqué nos projets en maints endroits, si bien que notre armée ne trouvait plus personne dans les foyers d'aristocrates.Toutes les richesses qui devaient appartenir à la nation étaient enlevées, mises en lieu sûr avant notre approche.— Ces biens ne nous appartenant pas, c'était un vol.— Tu t'es servi de sauf-conduits timbrés pour faire sortir quantité de prisonniers destinés au peloton.— Je les savais innocents.— Innocents?riposta l'un.Ces canailles enrichis de la sueur du peuple! — Leur situation n'était pas un crime.— Enfin tu as semé la discorde, la désunion dans l'armée rouge, fais partir des camarades par centaines, et plus, à l'étranger.Les vides faits par toi dans nos rangs sont impossibles à combler.— La guerre civile est un crime.Je voulais les empêcher de tuer leurs frères.— Ce n'était pas ton affaire, en cela tu as nui à nos intérêts, tu es un faux frère.— Hélas! j'entends autrement.— Va ! ton compte est bon ! — Je sais que je n'ai aucune pitié à attendre de vous, et je n'en réclame pas.— Tu avoues donc tout cela ?— Je l'avoue.- — Tu es un traître! — Je suis un ami de la paix.— Pourquoi as-tu trahi les Rouges ?— J'ai voulu réparer le mal fait par le Démon de l'Ukraine! — Qui t'a dit de trahir ?Pour le compte de qui agissais-tu?Qui t'a payé?— Personne.J'ai obéi à ma conscience, selon ma religion.— Il n'y a plus de religion, plus de Dieu, plus de tsar, plus rien! Que nous: la Tchéka soviétique.— S'il n'y a plus de Dieu pour vous, il y en a un pour moi.Ils ricanèrent tous.— Tu te moques, Boris le Rouge.Quel est ce Dieu ?— Le Christ! Le seul Dieu qui soit, vous le savez tous.— A bas le pope! cria quelqu'un.C'est pas le moment de la messe.— Assez, fit l'un.Il nous assomme.Ca suffit.— En effet, affirma le président.Devant ta trahison avouée, nous te condamnons à la mort.Qu'as-tu à répondre ?— Rien.Je suis prêt à mourir! — La fusillade n'est pas assez pour un traître, comme toi.Le Démon de l'Ukraine mérite mieux que ça.Il faut que nous nous vengions sur toi de tous ceux que nous n'avons pu tuer par ta faute.Comprends-tu Boris le Rouge?— Non, fit-il hésitant, ne devinant pas en effet l'odieux projet.— On va faire pour toi quelque chose de fameux, décidé d'avance et approuvé de nous tous.On te mettra en croix comme ton Christ.Il ferma les yeux d'épouvante.La nature en lui se révoltait devant un pareil supplice.Il revit par la pensée Hedwige mourante; il entendit sa suprême prière: — Oh! ma mère! soupira-t-il.Qu'avez- vous demandé ?Il se reprit vite.Ses lèvres tremblaient, mais il fut courageux.— Allons! dit-il.Je suis prêt! On ne prit pas la peine de le déshabiller.Pour ce genre de torture les bourreaux procédaient rapidement.La croix était un tronc d'arbre oïl deux branches écartées simulaient les bras.A l'extrémité d'une de ces branches, un écriteau pendait déjà d'avance portant la mention: LE DEMON DE L'i'KRAINE Crucifié par les Rouges ! On lia d'abord le prince sur le tronc par des cordes, tandis que l'âme aux abois, effrayé, en désarroi, il essayait de se recueillir.— IX — LA PRECIEUSE MORT DE BORIS Une foule énorme stationnait, avide et cruelle.Les yeux vacillants du condamné ne la voyait pas; sa souffrance était si grande qu'il en perdait le sentiment.Les mains et les pieds percés, jetaient des flots de sang, éclaboussant d'un liquide gluant la casaque écarlate des commissaires soviétiques.— Mon Dieu! gémit Boris, répétant les paroles du Christ pour lequel il mourait.Mon Dieu.ne m'abandonnez pas .Donnez-moi du courage.Je ne suis qu'une pauvre créature.Seigneur .recevez mon âme et pardonnez leur.— Courage Boris.je suis là.cria une voix sortie de la foule.Les paupières du supplicié palpitèrent., —Mgr Andrew! soupira-t-il.En effet, le noble et fidèle vieillard voulait par sa présence rendre le courage au moribond.Le sentant défaillir dans ces affres terribles, il leva la main pour une suprême bénédiction au moment où le roulement de tambours réclamait le silence de tous.— Camarades! clama un soldat sorti des rangs, Boris-le-Rouge traître aux Comités, a été par eux condamné à mort.Voilà comment la Tchéka se venge des mauvais frères.Un hurrah formidable empêcha d'entendre les cris de douleur de la victime.La foule l'entoura soudain, se moquant, riant, l'insultant.Un homme s'avança cynique, brutal, devant le malheureux qui se tordait dans d'atroces souffrances, les nerfs déchirés, la poitrine haletante, brisée.La soif propre au tourment de la crucifixion, dévorait le mourant aux tortures de l'agonie.Cet homme l'interpela d'un ton goguenard: — Et ton Christ ?.Appelle-le donc ?Un rire diabolique termina sa phrase.Boris ouvrit les yeux: — Je te pardonne!.Grégor Meloutine .haleta le martyr.— Je m'en f.D'un geste prompt de son fusil levé il visa le prince.Mais par une permission divine, la balle du lâche tirée à bout portant traversant la poitrine sortit par l'épaule.Ricochant sur le bois, elle vint frapper en plein cœur l'ignoble assassin.Il tomba comme une masse, foudroyé, le rictus sardonique encore sur les lèvres.Au coup de feu, la foule effrayée s'écarta brusquement, se sauva, bouscula, jeta des cris.Des rangs éclaircis, quelques-uns s'avancèrent contemplant le crucifié.Boris délivré par la balle de Meloutine avait achevé de souffrir.Selon le désir de sa mère, il rachetait sa vie par une mort sublime.Mgr Andrew demeura seul avec sa douleur.— O Boris!.Que dirai-je à Maryka, ta fille ?Sinon la vérité si belle, si admirable! .Le Démon de l'Ukraine, Boris-le-Rouge, vampire altéré de sang est devenu un saint.Boris Strolenski, l'Enfant de la Larme, protégé de la Vierge du Miracle, est mort martyr! La race des Strolenski vit toujours.Car la République de Pologne rendit à Maryka en souvenir de ses glorieux La Petite Poste -s- ATTENTION .Lêt mnnoncet dt la Petite Po$t§ «ont publiée» à rtiton à» :— UNE INSERTION : 75c On àewra ndreêter :— Lm Petite Poêle, l m Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame ett, Montréal.AVIS Noua ne nous charffrons d'aucun message pour les corre-Npomlunts.l.a correspondant-* doit ne faire DIKBCTKMKNT entre eux.On voudra bien aussi prendre note qu'il est ABSOI.UM1&NT Inutile de demander le nom et l'udreMe véritable» des rorrespondants.et qu'A l'avenir nous ne répondrons plus oui lettres de o* genre La Direction • • • Désirent des correspondants, les jeunes filli-s dont les noms suivent: Mesdemoiselles: BERTHE BKLLEIIUMEUR — (Corr.Insi.ser.de 35 à S0 ans; rcp.ass.) 320, rue Notre-Dame-Est, Montréal, P.Q.C.RIEUSE — (Corr.dlst.de 25 à 35 ans).C.P.2083.Montréal, P.Q.LOUISE — Châtaine.24 ans, demeurant à la campagne.(Corr.bons et dlst.) 320, rue Notre-Dame Est, Montréal.P.Q.RITA — Québécoise.(Corr.insl.et dist.25 à 50 ans).320.rue Notre-Dame Est.Montréal.P.Q.PIERRETTE BOISVERT — Gaie.dist.(Corr.inst.dist.35 à 45 ans; but: distraction et connaissance).2432, rue Parthenais, Montréal, P.Q.G.ESPOIR — Dist.(Corr.dist.ser.de 33 ans et plus).320.rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.MARIELLE — Garde-malade, grande, brune (Corr.de 27 à 35 ans, sympathiques, prof, ou ayant bon emploi).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.VILLAGEOISE — Grande, brunette.(Con-.ser.sobre et dist.célib.ou veuf, 32 à 45 ans).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.0.EVA PARNIOJONI — Jeune fille italienne très sérieuse.(Corr.canadiens).Viale Fara 175.Milano.Italie.MONIOUE MALDAGUE — (Corr.célib.ou veufs, 35 ans et plus).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.(Prière d'envoyer timbres pour l'expédition de votre courrier).GINETTE LAURENT — Gaie, inst.(Corr.inst.de 30 à 45 ans; but: distraction).4158, Parc Lafontaine, Montréal, P.Q.CECILIA — (Corr.inst.dist.de 35 ans et plus: but; distraction, rep.ass.) 320, rue Notre-Dame Est.Montréal, P.0- (Prière d'envoyer timbres pour expédition de votre courrier).SYLVETTE — 25 ans.(Corr.dist.ser.cultivé, 30 ans et plus).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.(Prière d'envoyer timbres pour l'expédition de votre courrier).Désirent des correspondantes, les messieurs dont les noms suivent: Messieurs: C.L'HOMME — Inst.dist.pauvre, 35 ans.(Corr'tcs; but ser.) 1409, rue Saint-Hubert.Montréal.P.Q.RAPHAËL ADAM — Célib.25 ans.(Corr'tes de 18 à 25 ans; but ser.) Pascalis, via Scnneterre, P.Q.LUCIEN DELISLE — Québecquois.20 ans, bon.éduc.(Corr'tcs de 17 à 22 ans, dist.inst.but: distraction, rep.à toutes).Poste restante, Québec, P.Q.N.de MAGNY — Etudiant.25 ans.(Corr'tcs de 20 à 25 ans).9065.rue Souligny.Montréal.P.Q.ARTURO — (Corr'tes de 17 à 23 ans.but ser.) 320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.P.DORVAL — Veuf.44 ans, (Corr'tes dist.environ 30 ans).1145.rue Bernard ouest.Poste restante, Montréal, P.Q.PAUL T.LAINE — 24 ans.inst.dist.(Corr'tcs ser.bon.éduc.gaies, de 20 à 28 ans).320, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.MARCEL BOLLAERT — Français.25 ans.inst.dist.(Corr'tcs anglaises ou allemandes habitant Montréal).C.P.215, Montréal, P.Q.MIRABEAU — Jeune prof.ser.caractère ir-rép.(Corr'tes de 20 a 28 ans, inst.intel.ser.dist.de bon fam.but ser.) C.P.479, Campbellton N.B.aïeux alliés aux anciens rois, tous les domaines dont avait été dépossédée la princesse Hedwige.De plus, pour ne pas laisser tomber dans l'oubli un nom vieux de tant de siècles, et pour récompenser le fidèle dévouement du noble varsovien Stéphane Vadbolski, le gouvernement décréta ceci: "Les deux fils du comte, les jumeaux Yvan et Boris ainsi que les enfants à venir, ajouteront à leur nom celui de Strolenski; à leur titre, celui de prince." De sorte que Mgr Andrew eut la joie, avant de mourir de baptiser une délicieuse petite princesse Sonia-Iledwige qui commence à gazouiller la prière de l'innocence devant la Vierge du Miracle.Maryka l'élève comme ses fils, les Anges du Pardon, dans la vénération du pauvre aïeul Boris, grand coupable devant les hommes, mais grand repenti ,inl I >ieu.FIN COUPON La Revue Moderne | 320, rue Notre-Dame est I Montréal I Veuillez trouver ci-inclus $1.15 pour une boîte Texcraft, port payé, tel qu'annoncé dans la page ci-contre.| Nom.I I Ville._.-.| Prov.! PARENTS ! 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