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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1935-10, Collections de BAnQ.

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FIANCÉE IMAGINAIRE, roman complet, par Mary FLORAN 16e Année MONTRÉAL, CANADA Oct.1935 — N° 12 In Nos Motifs d'Espérer en des Progrès Nouveaux A HEVIir MfintPIUr ;ivet 'a Pr^sente édition, termine sa seizième année d'existence.Par une l/L» UL /VlULlLlVliL heureuse coïncidence, cet anniversaire s'accompagne d'un changement complet dans la direction, changement dont nos lecteurs .nous en avons la certitude .n'auront qu'à se louer.Nous sommes des optimistes.Les progrès constants de notre oeuvre depuis ses débuts, joints aux nombreux témoignages d'une valeur inestimable que nous avons reçus de toutes parts, nous commandent d'espérer fermement en l'avenir.Nous ne doutons pas que nos lecteurs liront avec autant de plaisir que nous-mêmes quelques extraits de lettres reçues de personnes dont le nom et la situation font autorité dans tout le Canada français.Son Excellence Mgr Em.-A.DESCHAMPS Evique de Thennesis, Auxiliaire de Montréal: ___La Revue Moderne entre dans sa dix-septième année, avec une direction nouvelle.Elle entend servir encore mieux que dans le passé les intérêts de la langue française et fournir à ses abonnés une lecture saine, intéressante et utile.C'est un but très louable et je ne saurais trop voue engager à lui faire donner son plein rendement.M.BEAUDRY-LEMAN Président de la Banque Canadienne Nationale: Une publication comme la vôtre tient un rôle éminemment utile, en propageant l'habitude de la bonne lecture, le souci du langage soigné et le goût de la culture française.Souhaitons que La Revue Moderne contribue de plus en plus activement à mener à bien cette double tâche.L'Hon.Athanase DAVID Secrétaire Provincial: Je crois à la nécessité d'une revue canadienne-française dans la province de Québec, qui représente bien la mentalité de notre petit peuple et qui lui offre à lire des articles susceptibles de développer en lui un patriotisme plus éclairé et le goût des lettres et des arts .Je crois juste de vous adresser mes félicitations pour l'œuvre déjà accomplie et mes souhaits de succès pour celle que vous désirez accomplir dans l'avenir.Je souhaite que La Revue Moderne accepte comme tâche le relèvement du niveau intellectuel de notre population, par un dosage méthodique et sage de la lecture qu'elle lui offre, et je souhaite que tant d'efforts ne demeurent pas inutiles, mais au contraire aient le résultat d'instruire, d'affiner et de polir les intelligences et les esprits.L'Hon.Cyrille-F.DELAGE Surintendant de l'Instruction Publique : .Mes cordiales félicitations avec mes meilleurs vceux de pénétration dans vingt-cinq mille nouveaux foyers, partant de doubler le nombre de ceux qui la lisent non seulement avec plaisir et intérêt, mais aussi avec profit.03 m m m m NOTRE COUVERTURE D'OCTOBRE Fidèle à son constant souci de s'intéresser à ceux des nôtres qui cherchent à se tailler une carrière dans les domaines artistiques ou littéraires, La Revue Moderne présente aujourd'hui à ses lecteurs, comme couverture de ce numéro, l'oeuvre d'une jeune Canadienne française, mademoiselle Blandine Mailloux, de la Rivière-du-Loup (en bas).Le talent de mademoiselle Mailloux mérite d'être mis en lumière.Nous l'avons accueillie avec sympathie, et nous ne doutons pas que le sincère travail de cette jeune artiste ne la conduise à un brillant succès.Nous félicitons notre aimable collaboratrice de l'esprit de travail et du vouloir qui l'animent.Les talents artistiques ne manquent pas chez nous.La Revue Moderne sera toujours heureuse de reconnaître le mérite d'une oeuvre accusant un bon et sincère travail et d'en encourager l'auteur.Marjolaine "mu: M.Olivier MAURAULT, p.sjs.Recteur de rUniversité de Montréal: Elle s'est toujours efforcée de bien servir la cause de la langue française en ce pays et d'apporter dans nos foyers des pages d'agréable et saine lecture.Elle ne saurait poursuivre de meilleur but.M.Albert HUDON Un des commerçants et des Philanthropes les mieux connus de Montréal: Depuis seize ans, La Revue Moderne s'en va chaque mois dans des milliers de foyers canadiens-français porter de nombreuses pages de saine et instructive lecture.Pour ma part, je la lis avec intérêt et je suis convaincu qu'il y a là, non seulement un puissant moyen de servir les Lettres, mais un instrument nécessaire à la défense de la langue et des traditions dont nous sommes fiers.M.Arthur VALLEE Bâtonnier Général de la Province de Québec: Votre œuvre mérite le plus entier encouragement .Vous offrez de nombreuses pages de lecture très agréable et qui n'a jamais besoin d'être censurée.Puissent vos efforts être couronnés d'un succès cccnplet et définitif.Ces extraits suffiront, croyons-nous, à démontrer une fois de plus l'intérêt que suscite en haut lieu LA REVUE MODERNE.La nouvelle direction mettra tout en oeuvre pour continuer encore mieux que par le passé à se rendre digne de tels témoignages.Afin d'atteindre ce but et de s'acheminer vers de nouveaux progrès, nous sollicitons le concours de tous les talents et de toutes les bonnes volontés: écrivains, littérateurs, artistes, nous sollicitons la collaboration de tous et leur réservons le meilleur accueil pour la diffusion de leurs oeuvres et pour le plaisir et la satisfaction intellectuelle de nos concitoyens.c=2f/ r/f)ff'ff'f>/?- /.ii R i i n i M n il i r n e — Montréal, Octobre 19 3 5 Paye 3 LA VIE CANADIENNE L'actiuil'il i Le Canada et la guerre 1E ronllit italo-élhiopien, a ver «-s répercussions tl.in» .le champ île l.i iioiitiijue internationale et plus particulièrement de la politique anglaise, remet à l'ordre du jour le problème de la part ii ip.it ion dut '.nu da aux guerres île l'Empire.Il y a quelque cinquante ans, alors que la Grande-Bretagne luttail pour étendre son domaine africain et s'assurait la main-mise sur l'Egypte, porte du canal de Sue/ et de la principale roule des Indes, sir John Mac-Donald refusail d'accéder a la requête de Londres et de participer à la guerre du Soudan.Moins de vingt ans plus tard, cédant a la pression des impérialistes canadiens et anglais, sir VVilfrid Laurier autorisait l'envoi de trou-]>cs au Transvaal.Le député île Labelle, qui était, alors comme aujourd'hui, M.Henri Bourassa, fut l'un des seuls à protester contre une telle politique et à souligner le danger d'un précédent dont on se servirait pour appuyer le principe de la participation du Canada aux guerres de la Grande-Bretagne.Puis, d'une Conférence impériale à l'autre, les délégués des Dominions et ceux de l'Angleterre établirent un système de coopération qui fut appliqué dès les premiers jours de la Guerre mondiale.Qu'il l'ait voulu ou non, le Canada prit part au conflit.Il ne pouvait en être autrement.Et, pas plus demain qu'hier, notre pays, devenu puissance internationale dans le cadre du troisième Empire britannique, ne sera libre d'empêcher une guerre d'éclater, ni à l'abri des contre-coups d'une telle catastrophe.Le plus qu'on puisse dire, avec M.Bennett, c'est que "si le trouble survient, ce sera par la faute d'un autre, non par la nôtre".Il ne suffit pas d'affirmer, comme le faisait l'autre jour, M.Bourassa que "le Canada est irrévocablement lié à la cause de la paix".Que peut-il si une nouvelle guerre éclate, guerre dans laquelle la Grande-Bretagne pourra être entraînée?Il n'est personne, croyons-nous, étant donné l'extrême complication de la politique internationale et l'interdépendance des Etats, qui soit en mesure d'affirmer de promettre, que le Canada restera en dehors d'un conflit comportant la participation de l'Angleterre.C'est déjà beaucoup de savoir que le Parlement devra être consulté — ce qui est, du reste, un principe de notre droit constitutionnel — et d'apprendre qu'aucun des chefs de nos partis politiques n'entend disposer de nous sur un simple signe de Londres.Parlant à London, le 16 août, M.Mackenzie King a déclaré: "En autant qu'il s'agit du parti libéral, je dis ¦que si la grande responsabilité incombait à un gouvernement libéral de décider de la participation à un conflit européen, nous ne prendrions pas de décision sans convoquer le Parlement et ce sera la volonté du Parlement ¦qui décidera".Au fond, cela ne veut pas dire grand'-¦chose.Le chef de l'opposition, qui sera peut-être, demain, le premier ministre du Canada, ne nous a rien appris de ¦nouveau.Il a dit ce qu'il ferait avant; mais après?M.Bennett s'est prononcé d'une façon beaucoup plus catégorique."Ainsi qu'en temps de paix, de même en temps de guerre, a-t-il déclaré le 6 septembre, à la radio, le parti conservateur s'en tient au Canada d'abord'.Nous Dans l'Alberta Les élections provinciales du 22 août ont surpris tout le monde, à commencer par les vainqueurs eux-mêmes.Qu'est -ce au juste que ce parti du Crédit Social dont le chef, M.William Aberhart.ne fut longtemps qu'un maître d'école?C'est un parti nouveau dont la doctrine repose sur un système conçu par un Anglais, le major Douglas, système qui s'inspire des trois principes suivants: un dividende de base ou national — $25.00 par mois à chaque < iloyen de la proviin e le ju-te pn\et la monnaie nationale.Disposant de 56 sièges sur un total de 63, le nouveau premier ministre, qui serait une espèce de Topaze, n'a pas encore dit comment et où il trouvera de quoi payer la rente promise.La dette de l'Alberta dépasse $200,000.000.Hier encore, M.Bennett a versé $2,250,000.M.Aberhart en demande 18.Qui paiera ?La dette du Canada que les provinces de l'Ouest ont singulièrement contribué à accroître — les avances du fédéral, depuis moins de cinq ans, atteignent presque 90 millions — va subir une nouvelle hausse, à notre détriment.Encore une expérience dont l'Est risque de faire les frais.Les chômeurs à Montréal S'il faut en croire les récentes statistiques obtenues par l'échevin Léon Trépanier.il y aurait, à Montréal.44,579 chefs de famille chômeurs.Ces chômeurs ont été classé suivant leur profession ou occupation habituelle.On relève parmi eux I avocat, 16 chimistes.5 dentistes.34 gardes-malades, 35 instituteurs, 25 ingénieurs civils, 2 médecins, 5 notaires, 53 musiciens.28 pharmaciens, 117 imprimeurs.Evidemment, la classe ouvrière est la plus durement atteinte.Mais, si l'ouvrier n'hésite pas à se porter chômeur, combien d'hommes de profession, surtout parmi les jeunes qui sont sans emploi ou remplissent des besognes pour lesquelles ils ne sont pas faits et dont la commission du chômage ignore les noms! ne nous laisserons pas mêler à ces querelles étrangères où les droits du Canada ne sont pas en jeu, où le véritable intérêt du Canada nous commande de nous tenir à l'écart" Là-dessus, M.King.prenant la parole à Québec, le 7 septembre, n'a pas voulu être en reste avec le premier ministre: "Je dis que le premier ministre du Canada ne doit engager, ni directement, ni indirectement, le Canada dans une guerre sans l'approbation du Parlement, qui lui-même devra avoir reçu un mandat du peuple, par plébiciste, si nécessaire".Enfin, le chef du parti de la restauration nationale.M.Stevens, dans un discours prononcé à Montréal le 5 septembre, a promis qu'il ne considérerait pas "une participation dans une guerre européenne sans avoir, au préalable, consulté le peuple, ni sans avoir reçu un mandat explicite à cet effet".Telles sont, jusqu'à ce jour, les principes posés.Puissent les faits ne pas les démentir et les intérêts du Canada ne pas être confondus avec ceux de l'Australie ou de la Grande-Bretagne.J.B.Immigration et rapatriement Depuis quelques années, le Canada a pratiquement fermé la porte à l'immigration.A l'époque où le gouvernement fédéral et les compagnies de transport multipliaient les offres alléchantes pour peupler l'Ouest du Canada, où les étrangers entraient chez nous comme dans un moulin, c'est-à-dire pendant les quinze ans qui précédèrent la Grande Guerre, nous vîmes arriver jusqu'à 402,432 immigrants en un seule année (1913).De 1901 à 1911, il en vint plus d'un million huit cent mille dont le cinq neuvièmes seulement restèrent au Canada.En 1930, nous recevions encore 163,288 immigrants; trois ans plus tard, il n'y en eut plus que 19,782.Les statistiques les plus récentes nous révèlent que, pendant les six premiers mois de 1935, il est entré au Canada moins de cinq mille immigrants.Cela, évidemment, ne fait pas l'affaire de certains impérialistes qui voudraient voir arriver chez nous une bonne partie des chômeurs de Grande-Bretagne.Par ailleurs, pendant que nous ouvrions nos portes aux immigrants d'Europe, nous laissions partir des milliers et des milliers des nôtres.S'il faut en croire les statistiques de Washington, la population canadienne fixée aux Etats-Unis, en 1932, se chiffrait à plus de trois millions.Jusque vers 1928, les autorités fédérales et provinciales ne firent pratiquement rien pour opérer le rapatriement des Canadiens.Mais, depuis, il s'est fait quelque chose.De 1928 à la fin de 1931, près de 10,000 Canadiens sont revenus au pays.Au cours de six premiers mois de 1935, il en est rentré 3,675.Le progrès est faible, mais il existe.Le nombre des électeurs Près de six millions de Canadiens, exactement 5,948,-503, pourront, s'ils le désirent, voter aux prochaines élections fédérales.De ce nombre, 2,172,596 habitent la province d'Ontario.On en compte 1,574,120 dans la province de Québec.Les sept autres provinces se partagent le reste, soit moins de la moitié.C'est l'île du Prince-Edouard qui en renferme le moins: 53,274, à peine moins que le seul comté d'Hochelaga, à Montréal.Publicité canadienne à l'étranger La Chambre a voté, le 20 juin, une somme de S250.000 pour servir à la publicité du Canada dans le Royaume-LTni et en Europe.Cette somme est administrée par le Haut-Commissaire du Dominion à Londres.Nous serions heureux de savoir quelle part de cette somme n'est pas dépensée en Angleterre ou en Ecosse, dans des journaux et revues qui ne sont pas anglais.Nous voudrions bien savoir également si le ministre du Canada en France dispose, de son côté, de quelques crédits pour de la publicité dans les pays d'Europe où l'on parle le français, soit comme langue première ou langue seconde.L'an dernier, en tout, le gouvernement a dépensé $90,813 en publicité, mais en Grande Bretagne seulement Rien ne vaut ces détails, en apparence insignifiants, pour nous faire mesurer la petite place que les Canadiens français tiennent, dans l'ensemble du pays, au regard de l'étranger.EVHE^ODERNE Rédacteur en clief : Jean BRUCHESI Pages féminines: MARJOLAINE Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Bureaux à: Toronto, New-York.Chicago, Londres, Ang\ PRIX D'ABONNEMENT: Canada: 1 an.$1.60 — Etats-Unis: 1 an.$2.00 SOMMAIRE La Vie Canadienne: Le Canada et la guerre; Dans l'Alberta; Immigration et rapatriement S La misère court les rues .4 Remontons aux causes .5 Toar dn Monde: Guerre ou paix?; La Belgique en deuil .6 Dans l'intimité de Rodolphe Duguay .?La Scène et l'Ecran: La nouvelle saison; Chaplin reçoit à dîner .8 Art et Musique: L'Exposition d'Art Français: Prochains concerts .9 En feuilletant les livres: Staline; Sébastien Pierre; A.Van-le-Nordet; L'ennemie aux cent visages .10 Pans le Monde des Lettre»: Voici des livres; Le carnet du nouvelliste .11 Le roi des sports américains .I?Femina: Nous devant le vote; chapeau d'»u-tomne .18 Pèle-melc: Le rite du thé au Maroc; Fidélité 14 Le bridge Illustré: Rosaire Prieur .16-lî Pour l'Installation d'automne .24 Tour que IVnfunt se débrouille .29 Côtelettes et biftecks .34 Lu mode .M-41-I4-M La coiffure .Si* Nos ftii>i- croisé* 40 Le tricot .4M La Petite Poste .46 Pour embellir lu mai^in 4; Notre concourt» .4M Le Courrier .55 En causant: La musique 1 omme être vivant (suite et fin) .59 Le eoin des en f uni s .fj M Mi.iol UK1 ROMAN Fiancée Imaginaire par M \H\ IIOK.VV 1 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1935 Ln vie telle crue la voient ces gens-là La misère court 1eut les compter sur les doigts et elles sont relativement peu importantes si on les compare à l'armée fantastique que composent toutes les autres maladies qui font tant de ravages.• Cela ne veut pas dire toutefois que les unions entre anormaux physioues ou .psychiques soient recommandables, car rous ne savons hélas que trop les lésultats désastreux tant pn i la société que pour la famille que telles unù.ns apportent.ïiien ne prouve que le cancer est hé-•/.litaire pas plus jue le durriaMmcnt d.M trrères ou certains changements physiologiques de dégénérescence se produisant quelquefois chez l'individu d'âge moyen ou chez le vieillard.Parmi toutes les maladies que l'on est porté à croire héréditaires se trouve la tuberculose; une foule do gens croient fermement, si un membre de leur famil'e est atteint de tuberculose, qu'il ti'3n; cette maladie d'un autre membre décédé antérieurement de ce mal, dussent-ils quelquefois remorter à quelques générations.Si je3 gens regardaient plutôt autour d'eux, ils trouveraient souvent la source de contamination bien près d'eux.Certains cas chroniques insoupçonnés et non diagnostiqués «ont responsables d'un grand nombre d'autres cas; ces personnes n'étant pas assez malades pour se mettre au lit, on ne les croit pas atteintes.Elles passent pour bronchitiques, pour asthmatiques, mais non pour tuberculeuses, et cette ignorance du danger est cause de la transmission de la maladie.Il est donc reconnu que la tuberculose n'est pas héréditaire; c'es^ une maladie qui est transmise de penonM à personne, ou par la consommation d'un lait non pasteurisé.Nombreux sont ceux qui viennent au monde avec une constitution faible et se trouvent ainsi peu préparés pour les luttes de la vie; c'est pourquoi toutes les précautions doivent être prises pour prévenir la maladie tout en ménageant le moral des individus et en évitant une sollicitude trop exagéré'; et trop apparente, ce qui fait souvent plus de tort que de bien.Bien que la tuberculose ne respecte ni les personnes ni la société, l'on sait qu'elle rencontre des terrains plus ou moins fertiles pour son développement.Efforçons-nous donc de nous tenir dans un aussi bon état de santé que possible afin d'être en mesure de lutter contre les attaques de la maladie et en sortir victorieux.Service d'Hygiène de l'Association Médicale Canadienne et de Compagnes d'Assurance-Vie du Canada La santé AVANT de vous installer dans une Z-V maison vous vous assurez, n'est-ce pas, si les matériaux de construction sont de bonne qualité et si la maison est bien bâtie.Vous voulez habiter une belle maison, mais vous désirez aussi qu'elle soit durable.Comme votre maison, votre corps, lui aussi, a besion de bons matériaux de construction, et ce sont vos aliments qui vont vous les assurer.La santé de votre corps demande une alimentation ordonnée suivant les besoins de l'organisme.Les substances protéiques occupent la première place parmi les matériaux de construction que réclame votre corps; elles sont indispensables pendant les années de croissance.Nous employons surtout les substances protéiques d'origine animale qui se trouvent dans la viande, le poisson, les oeufs, le lait et le fromage.Ces substances se trouvent aussi dans les fèves et les pois.Vous avez besoin de conserver ïa chaleur de votre corps, et les ulimenf.s qui vous aideront à le faire sont le lait, le beurre, les viandes grasses et les noix.Si vous travaillez au dehors l'hiver, vous devez prendre plus de mets gras.Vous avez besoin de renouveler l'énergie que votre corps dépense en travaux musculaires, et dans ce but vous allez vous servir de céréales, de patates et de sucre.L'ouvrier et l'enfant qui grandit ont surtout besoin de ces aliments.Le lait, les fruits et les légumes d'où votre corps prend les matériaux de construction, sa chaleur et son énergie, lui fournissent aussi les sels minéraux, tels que le calcium et le phosphore, qui font des dents et des os sains et qui pourvoient au fonctionnement normal des organes.Les aliments cellulosiques que vous prenez vous facilitent l'institution de bonnes habitudes journalières.Le chou, le céleri et le son sont des aliments cellulosiques.Le lait, les fruits et les légumes contiennent aussi les vitamines dont votre corps à besoin, et dont il en sont plusieurs.Le corps demande une quantité suffisante de ces diverses vitamines pour se maintenir en santé et pour qu'il puisse résister aux infections.Vous voyez donc que vous devez ordonner votre régime alimentaire suivant votre âge et votre métier.A tout âge, il faut prendre, tous les jours, du lait, et des fruits et des légumes à l'état frais.Une alimentation bien ordonnée assure, en large mesure, la santé du corps.Service d'Hygiène de l'Association Médicale Canadienne et de Compagnies d'Assurance-Vie du Canada Combattez la Tuberculose par des moyens modernes S'il y a des ombres tuberculeuses cachées, le regard pénétrant des rayons X les découvre.LE nombre des nouveaux cas de tu-berculose a diminué en 1934; la mortalité due à cette maladie fut plus basse que jamais.Mais il ne faut pas pour cela perdre de vue que la tuberculose a tué environ 7,000 personnes au Canada l'an dernier, et qu'elle est encore la principale cause de décès entre les âges de quinze à quarante-cinq ans.Dès l'apparition des signes suspects — lassitude excessive, douleurs de poitrine, amaigrissement, toux persistante, crachements de sang — on devrait s'empresser de recourir au diagnostic d'un spécialiste.La valeur d'un tel diagnostic précoce, aidé par les épreuves de laboratoire, les rayons X ou la radioscopie, est démontrée par l'accroissement du nombre des guéri-sons complètes.Depuis que le Dr Trudeau a marqué la voie il y a cinquante ans et qu'il a prouvé que la "consomption" pouvait être arrêtée, un nombre incalculable de tuberculeux ont recouvré la santé par la cure d'air, de soleil, d'alimentation et de REPOS.Aujourd'hui les médecins possèdent un autre moyen qui rend de grands services dans bien des cas, bien qu'il ne s'applique pas toujours — le pneumothorax artificiel ou la compression du poumon.Le spécialiste peut, s'il le juge à propos, compresser un poumon malade aussi longtemps que c'est nécessaire et laisser fonctionner l'autre poumon.Le poumon malade guérit plus vite, grâce à ce repos forcé.Sous l'œil connaisseur et vigilant du spécialiste, ce traitement hâte des gué-risons en nombre toujours croissant dans les sanatoriums et les foyers.La tuberculose, dépistée et traitée dès le début, peut être arrêtée et réprimée dans la plupart des cas.Faites venir la brochurette de la Metropolitan: La Tuberculose.Ecrivez au Service des bruchurettes 10-R-35.Metropolitan Life Insurance Company FREDERICK H.ECKER.PRÉSIDENT BUREAU CHEF CANADIEN.OTTAWA AU SERVICE DU CANADA DEPUIS 1872 Pape 16 La Revue M o d c r it e — Montréal, 0 C tob r e 1935 Ely CULBERTSON Les bons et les moins bons coups des experts Je n'ai jamais songé, avec regret, à la somme de labeur que, cependant, faute de temps, je puis difficilement accomplir afin de répondre aux centaines de lettres nue le courrier m'apporte quotidiennement Ces lettres me sont précieuses et démontrent l'intérêt intense qui se développe en faveur du merveilleux jeu de Bridge; elles constituent également autant de causes qui mettent à l'épreuve les théories que je préconise.Si j'ai le malheur de faire une impasse, on ne me permet pas de l'oublier en paix.Des centaines de lecteurs sont à l'affût et s'ils me prennent en défaut, ne manquent pas de me le rappeler.Ce châtiment que je mérite grassement produit chez moi le meilleur effet.Lorsque j'écris un de mes livres, un article de journal ou dans une revue, je n'ai pas à me relire pour savoir si mes écrits sont à toute épreuve: je n'ai qu'à attendre.Et si trois semaines se passent sans que je reçoive des commentaires défavorables, je suis dès lors assuré que je n'ai pas péché.Je ne puis jamais offrir d'excuse.Je ne dois pas prétexter mes nombreuses occupations; dire que lorsque j'ai écrit l'article incriminé le temps m'a fait défaut, que je n'ai pas analysé suffisamment ta main.On me croira, peut-être, mais on ne m'offrira aucune sympathie, et on ne •conviendra pas que je me suis servi d'une main pour illustrer un point spécifique; •et absorbé à faire ressortir ce point en particulier, j'ai laissé au second plan la discussion du jeu de la main en question.Je ne puis davantage invoquer la stupidité des compositeurs; ces mécréants ont déjà plein le dos de mes doléances, et je dois laisser, en douceur, les lecteurs continuer leurs critiques.Une erreur impardonnable Afin de démontrer jusqu'à quel point on s'évertue à me trouver en faute je reproduis ici la main qui suit, laquelle me servait d'exemple pour illustrer un principe d'enchères: £62 \?R 7 4 O A 10 9 5 3 ?742 g D V 10 \?A D 8 2 ô D82 84 Ouest ouvre du Roi de trèfle et prend la première levée et continu avec l'As de trèfle qui prend la deuxième levée; A la 3ème il joue le 7 de Trèfle et son partenaire joue la Dame et comme vous n'avez pas de trèfle vous jouez le 4 de pique.Vous prenez alors le contrôle du jeu, votre premier soin doit être de jouez l'As et le Roi de pique, vu qu'il n'y a plus d'atouts en dehors, vous prenez l'impasse du valet de carreau qui passe et prenant la main dans votre propre main avec l'As de cœur vous prenez une deuxième impasse de carreau et le reste des levées sont à vous.Regardons maintenant ce qui aurait pu arriver si vous n'aviez pas tiré les atouts aussitôt que vous avez pris le contrôle.Dès que Ouest aura joué son As et son Roi de trèfle vous prenez la 3ème levée avec le quatre de pique et passez la première impasse du carreau et retournez dans votre main avec l'As de cœur et retournez un autre carreau au troisième carreau Est coupe votre As et retourne cœur que sou partenaire coupe défaisant ainsi, par un pli votre contrat de quatre piques.Voilà un exemple simple, qui démontre que la première chose qu'un joueur doit apprendre c'est de tirer les atouts aussitôt qu'il prend le contrôle de la main; à moins d'avoir de bonnes raisons pour ne pas le faire.Nous donnerons de ces exemples dans nos prochains articles; mais en général il y a peu à ^.i^iht à laisser traîna des atouts chez les adversaires.J.Rolland Sylvestre Professeur Assdtiê de E.Culbertson Page 18 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 19 3 5 Ne vous exposez pas à un pareil fiasco— lVloins delMe JY lagic suffit à pr otéger vos gâteaux V CREVASSE SUR LE DESSUS! SEC» î# Les meilleurs ingrédients—farine, sucre, oe/ijs frais et beurre—mit été employés pour ce gâteau, mais tout fut perdu parce que la poudre à pâte fit défaut.I 4 m 4 S'EMIETTE! Rien ne sert de confier de coûteux ingrédients à une poudre à pâte douteuse—alors que la "MAGIC" coûte si peu cher V OIS mettez tout naturellement dans votre gâteau du sucre, du beurre, des œufs, du lait et de la farine de bonne qualité .Mais choisissez-vous avec autant de soin votre poudre à pâte ?Vous y perdez à employer une poudre à pâte inférieure.Elle ne peut que vous donner un gâteau sec et sans goût .quand elle ne vous fait pas rater complètement votre gâteau—et gaspiller tous ces ingrédients! C'est pourquoi les bonnes ménagères fières de leurs gâteaux ne connaissent pas autre chose que la Poudre à Pâte "Magic".On peut se fier absolument à la "Magic".Elle fait toujours lever la pâte à la perfection et donne de beaux gâteaux savoureux et d'une fine texture.Pourtant, la "Magic" coûte si peu cher que tout le monde peut se la payer.Il vous en faut pour moins de M pour réussir un gros gâteau à trois étages! Ne vous exposez pas à des échecs alors qu'il est si facile de réussir tous vos gâteaux avec la —Poudre à Pâte "Magic".Commandez-en une boîte chez votre épicier—dès aujourd'hui! i FAIT AVEC LA "MAGIC" Avec la Poudre à Pâte "Magic", votre pâte lève toujours à la perfection.Vous obtenez ainsi des gâteaux comme celui-ci, légers, de consistance égale et délicieux! Demandez le nouveau Livre de Cuisine "Magic" pour cuire à la maison.Nombreuses recettes éprouvées .Postez le coupon! 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Essayez ce délicieux Gâteau "Magic" aux abricots GATEAU: Mesurez 1tasse de farine à pâtisserie tamisée une fois; ajoute/ M tasse de "cornstarch", 3 c.a thé de Poudre a Pâte "Magic" et \% de c.à thé de sel.Tamisez ensemble 3 fois.Défaites en crème tasse de beurre jusqu'à consistance blanche et légère, en ajoutant graduellement 1 tasse de sucre fin; ajoutez le jaune d'un œuf et mélangez.Ajoutez 1 c.à soupe de purée d'abricots, puis les ingrédients secs tamisés en alternant avec H de tasse de lait.Ajoute/ 1 c.à thé d'extra t d'amandes.Une fois le mélange bien lisse, incorporez-y les blancs de 3 ceuls battus ferme.Faites cuire dans 2 moules à gâteau bien graissés, de 1 -*^a 20 minutes, au four modéré de 250' F.Laisse/ refroidir.GLAÇAGE: Battez 3 c.à soupe de beurre jusqu'à consistance légère, ajoutez 1 jaune d'œuf et batte/.Ajoutez graduellement du sucre en pnudre tamisé (environ 4 tasses) et 4 c.à soupe de purée d'abricots.Ajoutez I c.à thé d'extrait d'amandes.Ba:tez jusqu'à ce que le mélange garde sa forme.Etende/ entre les étages ainsi que sur le dessus et les côtés du gâteau.PUREE: Lavez comme il faut \i de liv.d'abricots évaporés.Faites tremper dans juste assez d'eau tiède pour recouvrir.Une to-s mous, ajoutez 1 3 tasse de sucre granule et cuisez de 15 à 20 minutes ou jusqu'à ce qu'assez mous pour passer par la passo rc.(Cette purée se conserve quelque temps dans un pot en verre, toujours ainsi prête à servir. Ij a Revue M o Silvo POLI LIQUIDE POUR ARGENTERIE Ht¦> iMLIMIUU, 1000.iu« -a «k« I M,i.yj JOUEZ LA GUITARE HAWAÏENNE GAGNEZ DE L'ARGENT DANS VOS SOIREES APPRENEZ A JOUER 1* jrultarc hawaïenne, par oor respondance.Cours complet.Méthode 'telle.Examens, diplôme, etc.Superbo guitare hawaïenne fournie GRATIS areo la première leçon.Termes de paiement* facile*.Dos milliers de Jeunes gens et Jeunes Allée, diplômes recommandent notre mur*.Informez-vous.Ecrl-t*i ArJOUKD'IItlI pour plus de détails.LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE HAWAÏENNE Iftl \\ RUE 8T-J0SEPH QUEBEC.P.ft.Demandez ."LA PETITE REVUE" chez votre dépositaire £ I M.Ml .|Cf ' Util lit S er|Hi«ent Icum jreuï a l'irritation et a la polimdère.Mutin et noir, ¦ i.i ./ i.h r donc le* yeux i In MLIUNE — elle e«t douce et «Are.Une porte brusquement ouverte livra passage au quatrième convive, dont la place était restée vide.C'est un adolescent qui vient bruyamment l'occuper Charles Paryl était le fils de la s eux aînée de Paule.Habitant la campagne, elle l'avait confié à ses parents pour lui faire faire ses études comme externe, sa santé, en son enfance, délicate, lui ayant interdit l'internat.Désormais, il eût pu, probablement, le supporter, car c'était un grand garçon de quinze à seize ans, bien planté, qui n avait aucune apparence de fragilité physique, mais le pli était pris de son éducation privée, et ses grands-parents ne songeaient pas plus à le rendre à sjii père et à sa mère, qu'eux, à le reprendre.A ce foyer, diminué par le départ des enfants aînés, il représentait la jeunesse, et y apportait une note de gaité.¦ Il commenva par se taire et mettre ce silence à profit pour rattraper les dîneurs qui avaient de l'avance sur lui.Une tranche de rôti, dans son assiette comme dans les leurs, il se mit à bavarder.Il rentrait du collège où il préparait laborieusement son bachot et là, par ses camarades, ex ternes comme lui, connaissait toutes les nouvelles de la ville.II en énuméra plusieurs avec volubilité puis, tout à coup, car, ménageant ses effets, il avait gardé cette information pour le bouquet: — A propos, dit-il, Lucy Mervil se marie — Ah! fit sa grand'mère d'un ton détaché, avec qui ?— Avec, avec.je n'ai pas très bien retenu le nom.Le comte de de.— Le comte de Lavard, compléta Paule.— Tu savais ce mariage ?lui demanda sa mère.— Oui, répliqua-t-elle brièvement.— Un mariage épatant! fit Charles, reprenant avec aplomb le dé de la conversation, le futur est jeune, beau, riche, titré.— Jeune ?Beau ?releva amèrement Paule.Qu'est-ce que tu en sais ?Personne ne l'a encore vu ici.Titré?Ceci est un fait.Riche?On le dit, mais — Enfin, riposta Charles, piqué, c'est ce qu'on appelle un beau mariage.Je vous souhaite d'en faire un pareil! — Oh! moi! fit Paule d'un ton énigma-tif]ue qui sollicitait les questions.Mais personne ne lui en adressa.Le repas continuait, c'était le dessert, dessert un peu maigre de l'immédiat après-guerre.En coupant son fromage, M.DeJfeuil reprit: — Qu'est-ce que fait ce monsieur?— Rien, répondit Paule.— Eh bien! voilà un homme qui n'eût pas eu une de mes filles! Il faut que la jeunesse travaille, maintenant plus que jamais.Paule, sans être vue, haussa les épaules.— Et où va habiter le jeune ménage ?demanda à son tour madame Oelfeuil.— Un château en Dordogne.— En Dordogne! repartit sa mère, en Dordogne! Si loin! Je me demande à quoi pense madame Mervil de consentir à une séparation pareille.— Vous ne l'approuvez pas?dit Paule, narquoise.— Certainement non.On ne peut juger les actions des autres parce qu'on ignore leurs mobiles, mais jamais je n'eusse acquiescé au départ d'une de vous pour l'autre extrémité de la France! — Vraiment ?dit Paule, de plus en plus crispée.— Vraiment, affirma sa mère sans s'en apercevoir.J'ai tenu bon pour tes sœurs et elles ne sont pas éloignées de nous.I éonie.près de Rouen, Suzanne, à Amiens.Ton frère à Paris, peut facilement venir nous voir.La vie de famille n'est pas interrompue.— Avant la guerre, reprit Paule, les mariages étaient plus faciles, on avait le droit de se montrer exigeant.— C'est toujours permis, répondit madame Delfeuil.Il vaut beaucoup mieux ne pas se marier que de faire une sottise.— Cela dépend de ce que vous appelez une sottise, dit encore Paule.— J'appelle une sottise une union où l'on ne trouve ni les avantages ni les garanties auxquels on a le droit de prétendre.Paule était disposée à pousser sa mère dans ses derniers retranchements sur cette question qui la passionnait, à blanc, puisqu'elle n'avait aucun prétendant à l'horizon.— Et les avantages qu'on peut exiger, vous estimez que c'est?— Une situation au moins analogue à la sienne, avec la certitude d'une bonne conduite et de sentiments pareils.— Le merle blanc, quoi, fit Paule qui m- se ,.intenait plus.Son neveu, persifleur, vint mettre le leu aux poudres.— S'il est aussi rare qu'on le dit, mademoiselle nia tante, vous coifferez Sainte Catherine.Vous avez, du reste, commencé: deux épingles suit déjà mises.— Et puis ?fit Paule en colère.Sa mère, prévoyant une scène, voulut calmer ses enfants.— Oui, et puis?dit-elle à son tour, il n'est pas écrit qu'on se marie à vingt ans.— Ni même qu'on se marie jamais, continua Paule avec amertume.Et le dîner étant fini, elle quitta la table, mais au lieu que ce fût, comme d'ordinaire, pour passer au salon, où son père, déjà installé, lisait son journal, elle monta dans sa chambre.Le lendemain matin, elle sortit.Avant 1914 on ne l'eût pas laissée faire un pas, seule, dans la ville, pourtant déserte, alors.Maintenant elle restait animée par les derniers cantonnements anglais et les mouvements de troupes qui suivaient l'armistice, mais la liberté des jeunes filles est une conquête de la guerre, et toutes circulaient sans être accompagnées.Paule bénissait cet affranchissement.N'eÛt-il pas été profondément ridicule qu'on fit protéger ses trente ans par la gamine de seize printemps qui tenait l'emploi de bonne à tout faire chez madame Delfeuil, dans la difficulté de service qui commençait à se faire sentir.Paule déambula dans les rues sans but précis.Elle avait besoin de mouvement.Une bobine de fil à acheter devait lui servir de prétexte.Un peu d'action lui eût été plus nécessaire encore.Mais, que faire?Il y avait, chez sa mère, les travaux ménagers.Elle y répugnait.Elle était trop rebutée de sa vie présente pour prendre goût à quoi que ce fût qui l'y rattachât.Au hasard de sa promenade, qu'elle faisait rapide pour se donner l'apparence d'une personne occupée, elle rencontra un vieil ami de ses parents, M.des Ger-bets.Célibataire endurci, il avait dépassé la cinquantaine.Sa jeunesse et sa vie s'étaient écoulées à Ville-Abbé.Bibliophile passionné, ce goût avait rempli l'une après l'autre.Il y joignait le goût des choses anciennes et de l'observation humaine.Il ne le traduisait par nul écrit, mais prenait un plaisir de dilettante à l'analyse des caractères que, dans le cadre restreint de la petite ville, il pouvait aisément suivre en tous leurs développements et dans toutes les circonstances, car la promiscuité, forcément étroite, des agglomérations limitées, livre à chacun les secrets de tous.Cette tendance à les pénétrer avait un écueil que M.des Ger-bets n'avait point évité: c'étaient les potins.On lui en reprochait le défaut.Il laissait dire et s'amusait quand même.Il ne se faisait point d'ennemis car, s'il était malicieux, il n'était pas méchant.De plus, il aimait les femmes, toutes les femmes et les entourait d'une galanterie un peu surannée qui leur plaisait.De quelque nature et de quelque qualité que soit l'encens, il agrée toujours! Ce matin-là, rencontrant Paule, il l'aborda.Il ne l'aimait guère, car il la sentait rebelle aussi bien à ses compliments qu'à ses investigations curieuses, contre lesquelles elle se défendait; aussi il la plaisantait souvent.—¦ Eh bien! gente demoiselle, lui dit-il, où courez-vous comme cela?— Je ne cours pas, je marche.— Mais, "même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes!" Alors où volez-vous?vers quel but! -— Mon déjeuner.Je rentre chez moi.Et vous ?—- Moi?Oh! figurez-vous! Dans cette maison, à peu près détruite de la rue de l'Hôtel-Dieu, il est resté, dans les décombres, quelques bibelots anciens.On m'en a montré un! (Il fit le geste d'un baiser).C'est un groupe en Saxe, gros comme rien, mais d'une finesse! — Vous allez l'acheter ?— Si mes dommages de guerre me le permettent.—- Et qu'en ferez-vous ?Vous en avez déjà tant! que les bombardements n'ont pas détruits, n'est-ce pas?— J'ai cinq ou six pièces fêlées, et c'est dommage.Ce groupe pourrait remplacer l'une d elles, ou bien je le conserverais tant que j'aie l'occasion de faire un cadeau à quelqu'un, un beau cadeau.Tenez, :: Fiancée Imaginaire pour un mariage, ce serait un préseni délicieux, car le Htijct - éternellemeni traité,— c'est un amour bandant son arc et visant une jeune femme endormie Qu'en dites-vous?— Ce serait en effet tout à fait de cir constance.Allons, adieu, je me sauve, je sens d'ici ma côtelette qui brûle.— Quel sens olfactif développél Je ne vous retiens pas.A propos, à quanti la noce ?— Quelle noce?répondit Paule, mise en défiance par le ton narquois de son interlocuteur.Il s'amusa un moment de son ciiib.u ras.—¦ Eh, parbleu, fit-il avec un mauvais rire, vous le savez bien ! — Non, dit-elle seulement, pour ne pas se dérober et sans comprendre où il voulait en venir.— Vous ne voulez pas le dire ?— C'est donc un secret ?— Dame! — Je n'y suis pas Il se récréa encore un peu de ses joues devenues toutes rouges et conclut enfin: — Celle de mademoiselle Mervil, laquelle vouliez-vous que ce fût ?Paule eut toutes les peines du monde à se contenir: — Je ne sais pas du tout quand aura lieu ce mariage, dit-elle les dents serrées.— Ah!.pardon, je croyais, vu votre intimité.Je vois que j'ai été indiscret Sans adieu ?Il s'éloigna.Paule retenait mal des larmes de colère et de dépit."Même lui?pensait-elle, même lui! ce vieux beau! se moquer de moi, ainsi, ouvertement! Non, cela passe la mesure! Etre la risée de tous! Jamais je ne pourrai supporter cela.Je m'évaderai.je fuirai j'épouserai un épicier, un savetier, n'importe qui.On dira que je suis folle, mais on ne dira pas que je n ai pas trouvé à me marier!" III PEU de jours après, madame Delfeuil et Paule travaillaient au salon C'était une grande pièce, commandée par la salle à manger à laquelle deux portes la reliaient.Elle était moins austère.Deux fenêtres s'en ouvraient aussi sur la triste cour pavée, mais deux autres prenaient jour sur la rue de la Tannerie.Paule s'était approchée de l'une d'elles travaillant sans courage à une de ces fastidieuses broderies qui occupen' les doigts sans retenir l'esprit.Les deux femmes ne parlaient guère, chacune poursuivant ses pensées.Pourtant madame Delfeuil dit: — Sais-tu quand se mariera I.ucy Mervil ?— Je ne m'en doute pas.— Il est vrai que le mariage n'est pas encore "communiqué" continua la même, employant une vieille locution picarde.Je suppose que nous serons invités.Ce sera notre première réunion après la guerre.— Vous comptez y assister?dit Paule.— Je compte t'y conduire.— Ma pauvre maman, vous ne me mènerez tout de même pas dans le monde jusqu'à la fin de notre existence?— Je t'y mènerai tant que tu sois mariée.Je ne veux pas que tu puisses nie reprocher, un jour, d'avoir fait pour toi moins que pour tes soeurs.Alors, tout mon devoir rempli, si tu ne te maries pas, j'aurai la conscience tranquille.— Vous pouvez l'avoir, fit Paule mélancolique, dès à présent, car.Un coup de sonnette l'interrompit.Elle s'approcha de la fenêtre pour voir qui entrait.C'était justement madame et mademoiselle Mervil.Elle eut un sursaut d'émotion et une tentation de s'évader, de fuir cette entrevue avec la fiancée qui allait raviver ses blessures intimes.Et comme une lassitude, devant le rôle que sa dignité exigeait d'elle, devant ces compliments, ces démonstrations d'amitié, cette approbation qu'il lui fallait bien prodiguer, alors que le dépit et l'ennui lui empoisonnaient l'âme.Elle se leva et se dirigea vers la porte, guidée par ce sentiment profond et invincible, mais le mouvement la rappela à elle-même, aux exigences de sa situation, La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 y 8 û Paye 21 Pour Alcaliser l'Estomac Presque Instantanément Soulagement Incroyablement Prompt de "YIndigestion Acide", de la T^ausée et des Indispositions Causées par des Excès ou un Régime Imprudent.m SYMPTÔMES HABITUELS DE L'ACIDITÉ STOMACALE Trop mang-er, trop boire, trop fumer.voilà autant de causes d'acidité stomacale, source de tant de malaises et d'indispositions.Pour être certain d'un prompt soulagement — Douleurs après lfts R«pas Indigestion Nausée Inappétence Intoxication Maux de Teta Fréquents Défaillance Insomnie .Vcldlt* Buccale Aigreur Stomacale COMMENT Y REMÉDIER :: Fiancée Imaginaire :: lu remit en contact avec les réalites, et elle vint, d'un pas automatique, se rasseoir.Du reste, il n'était plus temps de s'esquiver: elle eût rencontré les visiteuses dans la salle à manger.Kl sa mère, la voyant revenir sur ses pas, lui ayant demandé: — Mais qu'est-ce que lu fais donc?L'ennui de répondre lui fut évité par la porte qui s'ouvrait devant madame Mervil et sa fille.Les yeux de Paule cherchèrent de suite celte dernière, et s'attachèrent à elle.Klle la trouvait toute changée, comme transformée par un rayonnement intérieur qui l'embellissait, et son cuur se serra un peu plus encore à cette vision.Cependant elle accomplissait strictement les gestes d'usage, saluait madame Mervil, embrassait Lucy, approchait un fauteuil.mais sans bien entendre les propos qui s'échangeaient, même ceux prononcés par ses lèvres distraites et qui, tous, n'étaient que le préambule d'autres, plus intéressants et qu'on sentait venir.Ce fut madame Mervil qui les commença.— Nous sommes trop liées, madame Delfeuil, dit-elle, pour que j'aie voulu laisser à d'autres le soin de vous apprendre l'événement de famille qui se prépare chez nous.Après cette entrée en matière, madame Mervil prit un temps, tandis que madame Delfeuil murmurait un vague remerciement de cette confiance.Kt madame Mervil continua avec complaisance: — Je suis donc venue vous faire part des fiançailles de Lucy avec le comte de Lavard.Cette fois, l'heureuse mère se tut résolument, attendant les congratulations.Madame Delfeuil ne les lui refusa pas.Elle s'associait, oh! de tout cœur à la satisfaction de son excellente amie, à la joie de sa chère enfant.Les lieux communs abondèrent, l'éloge de la jeune fille, la certitude de son heureux choix, les félicitations aux parents de voir fixer l'avenir qu'ils avaient préparé par l'excellente éducation de Lucy.Cela coulait de source et madame Mervil les buvait comme du lait.Paule, crispée, ne trouvait rien à dire.Elle avait seulement pris la main de son amie en balbutiant: — Ma chère Lucy, je suis heureuse, très heureuse de ton bonheur.Et celle-ci avait répondu avec effusion au geste amical.Maintenant, on écoutait madame Mervil justifier les félicitations qui lui étaient adressées, par l'éloge de son futur gendre.— Un garçon, voyez-vous, madame, comme on n'en fait plus! Bon, délicat, généreux, une âme d'élite! Lucy le connaissait depuis longtemps, elle a pu l'apprécier et nous le faire apprécier, comme Il le mérite; car, malgré tous les avantages de cette union, vous nous connaissez, chère amie, jamais nous n'eussions donné notre consentement si nous n'avions été sûrs des sentiments du jeune homme; tandis que, vraiment, tout se trouve réuni pour nous donner confiance dans le bonheur de notre chère Lucy.La chère Lucy exultait, et approuvait sa mère dans tous ses dires.Enfin celle-ci reprit, en minaudant un peu: — C'est en raison de notre intimité que je me laisse aller ainsi à vous dépeindre M.de Lavard, car vous pensez bien que je ne le ferai point partout! De même que je vous ai amené Lucy, bien que ce soit tout à fait contraire aux convenances, mais c'est qu'elle avait, elle-même, une communication à faire à Paule, une requête à lui présenter.Si vous le permettez, je vais même vous laisser ma fille pour continuer, seule, le cours de mes visites.J'ai commencé par vous, et j'en ai tant à faire! Paule, Lucy ne vous gênera pas en passant l'après-midi avec vous?— Comment donc! madame, dit Paule qui, le premier moment affronté, était avide maintenant de causer avec son amie et de la questionner.Comme madame Delfeuil reconduisait madame Mervil, elle dit à la fiancée: — Montons dans ma chambre, veux-tu ?Là, une fois seules, la porte refermée, Lucy se jeta au cou de son amie.— Si tu savais, lui dit-elle, comme je suis heureuse! Tant mieux! fit Paule Tu ['Mines?— Je l'adore! Oh! il y a longtemps! depuis l'hôpital.Je te l'avais dit, du reste, mais je n'étais pas sûre, bien sûre de lui.Je ne savais s'il me resterait fidèle, s'il me reviendrai! ! Maintenant je m'en veux d'avoir osé douter de lui.Il m'aime tant! Non c'est trop, trop de bonheur! Malgré tout, celle exallatiun fit un peu sourire Paule.— Que sera-ce quand vous serez mariés! remarqua-t-elle.— Oh! fit Lucy fermant les yeux comme dans une extase, je ne peux pas même y penser!.— Il est joli garçon ?demanda Paule comme pour la ramener sur terre.Tu le verras; moi je le trouve délicieux.Il a tout de suite plu à mes parents Puis, tu sais, c'est un très beau parti.Il est de noble famille, bien apparenté et riche, fort riche.— Aucun "mais" alors ?— Aucun.— Pourtant tu vaa partir, t'en aller bien loin.— Oui, mais avec tut, comment cela me coûterait-il ?Je le suivrais au bout du monde.— Et tes parents ?— Oh! mes parents! lit Lucy avec un geste où se trahissait tout l'égoisme de l'amour.Et elle reprit : — Ili n'ont, du reste, fait aucune objection.— Tu es bien heureuse! dit Paule avec un sourire consenti.— Oh! oui! — Je veux dire d'avoir un père, une mère qui se sacrifient pour ton bonheur.Car c'est tout de même un sacrifice, pour eux, que de te voir t'éloigner.— Je ne dis pas, mais ils ne l'ont pas fait entrer en ligne de compte.— C'est pourquoi je répète que tu as de la chance.— De me marier selon mon cœur ?Certainement.— Et que tes parents y aient consenti, lis ne sont pas tous comme cela malheureusement! — Pourquoi dis-tu cela ?—- Parce que si les miens avaient eu les sentiments des tiens Eh bien, fit Paule, avec une réticence affectée, je ne serais pas là aujourd'hui.— Quoi, fit Lucy intriguée, ils se sont opposés à un mariage pour toi ?— Opposés ce n'est pas le mot, fit Paule hésitant, seulement ils ont de telles exigences! — Qu'en sais-tu ?— Ce qu'ils me disent.— Oh! fit Lucy incrédule.— Parfaitement, ainsi.tu ne te froisseras pas de ce que je vais te dire ?.Non ?Eh bien ! hier on parlait de ton mariage, papa a déclaré que si monsieur de Lavard m'avait recherchée il ne l'eût pas accepté, parce qu'il n'avait pas de situation, et maman a ajouté qu'elle n'aurait jamais permis que je m'en allasse si loin.Vexée, Lucy répondit aigrement: — Allons donc! mais ils t'eussent donnée à monsieur de Lavard des deux mains, des deux mains! — Je t'assure que non.Lucy haussa les épaules.— Ils eussent été trop heureux qu'il te demandât, et ils seraient tout disposés à accueillir un gendre très, très inférieur à mon fiancé, sous tous les rapports, et très aises de le rencontrer, tu peux m'en croire.— Non, je ne le puis.Je sais leurs idées et qu'ils ont refusé, pour moi, sans même m'en parler, plusieurs partis qui ne leur plaisaient pas.—- Ce n'est pas possible, répéta Lucy, j'ai la preuve du contraire et je puis te rassurer entièrement sous ce rapport.Lorsque l'occasion d'un mariage se présentera, non seulement tes parents te consulteront, mais encore ils feront toutes les concessions pour que la chose aboutisse.— Je ne l'espère pas.— Veux-tu une certitude de plus?Ta mère a demandé à madame Du*ire, l'amie de maman, de s'occuper de te marier, car elle désire beaucoup t'établir et s'inquiète de ne voir aucun parti s'avancer pour toi.Madame Dufire l'a confié à maman en la priant, si elle connaissait un jeune homme à marier, de le lui indiquer, et ajoutant que madame Delfeuil lui avait dit qu'elle ne se montrerait pas difficile.Et Lucy, enchantée de sa petite vengeance, termina sur un triomphant: — Tu vois bien ! Paule resta écrasée sous le coup droit porté à son amour-propre.Sa velléité de Prenez 2 cuillerées à thé de Lait de Magnésie Phillips dans un grand verre d'eau.Ou encore, deux comprimés de Lait de Magnésie Phillips, dont chacun représente exactement une cuillerée à thé de magnésie liquide.Ceci aura pour effet d'alcaliser presque instantanément tout le contenu de l'estomac et de neutraliser les acides qui causent les maux de tête, nausées, disgestions douloureuses et autres indispositions.Le résultat se fait sentir immédiatement — c'est tout bonnement merveilleux.AUSSI PRESENTE EN COMPRIMES Le matin, au lever, prenea 2 cuillerée» à thé de Lait de Magnéele PhUllpe dans un verre d'eau — une autre cuillerée à thé une demi-heure aprée avoir mangé — et une troliléme au rourher.Des milliers de personnes ont constaté que rien n'est comparable au Lait de Magnésie Phillips pour alcaliser l'estomac en quelques instants et apporter un soulagement presque instantané.Essayez-le la iprochaine fois qu'un dérangement d'estomac vous incommodera.ET, si vous souffrez souvent d'indigestion et d'acidité stomacale, ayez-y recours, soit sous sa forme liquide soit en comprimés, une demi-heure après les repas.Vous oublierez bientôt que le mot "indigestion" est au dictionnaire.Sur le flacon ou l'étui, exigez les mots "Genuine Phillips' Mille of Magnesia".L'étui de comprimés, si facile à porter sur soi, ne coûte que 26c.FABRICATION CANADIENNE LAIT DE MAGNESIE PHILLIPS i Page 22 L a R e v u e M o n fils était divulgué, de fermer sa porte lorsque Paule était près d'elle.Elle voyait peu de monde, quelques intimes qui connaissaient mademoiselle Delfeuil, au moins de vue: cel i lui évitait de renouveler la présentation pénible, mais elle laissait librement entendre la situation de Paule par rapport à elle.Affranchie de toule précaution, grâce à ce nouvel état de choses, madame d'Alte emmena désormais Paule dans les courses qu'elle Faisait en auto.S'étant imaginée que la jeune fille était pâle, et que des promenades à la campagne lui seraient salutaires, elle profita de la belle saison pour faire, avec elle, de plus longues randonnées.Une fois, au retour, elle garda Paule à diner, fit prévenir ses parents et, le soir, la renvoya en auto.A partir de ce jour, de temps en temps, Paule disait à sa mère: — Ne m'attendez pas à midi, je déjeune chez madame d'Alte.D'autres fois elle y dînait.Ces occasions d'ahord rares, se multiplièrent.Madame d'Alte était heureuse de n'être plus seule à table.Ces repas solitaires sont une des épreuves des vies isolées à laquelle on s'accoutume le plus péniblement, quand on a connu autre chose.Madame d'Alte s'était souvent trouvée en tête à tête avec son assiette, mais c'était temporaire.Elle le savait, pensait au retour prochain, et à sa joie.Mais maintenant elle étui seule pour toujours!.Du moins elle l'eût été sans Paule' LA poussière, la fumée, le soleil ont-ils é décoloré vos rideaux ?Ne vous désolez pas! 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Page |i Revue M o d e rn e — Montréal, Octobre t 9 S DOLLFUS-MIEG&C- SOCIÉTÉ ANONYME MAISON rONDÉE EN 1746 MULHOUSE - BELFORT - PARIS COTONS A BRODER DMC, COTONS PERLÉS.DMC COTONS À COUDRE DMC, COTON À TRICOTER DMC COTON À REPRISER DMC, CORDONNETS____DMC SOIE À BRODER .DMC, FILS DE LIN____DMC SOIE ARTIFICIELLE DMC, LACETS DE COTON DMC PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMES On peut se procurer les fils et lacets de la marque DMC dans tous les magasins de mercerie et d ouvrages de Dames (Suite de la page 40) passage ce matin, et qui me parut si sincère et si vive, malgré,— ou plutôt en aison de sa réserve,— me décida subitement à vous appeler pour vous demander de m'ouvrir votre cœur et de me dire la vérité: Vous aimiez donc mon fils, et il vous aimait ?Paule, bien que le ton ému de ces paroles lui fit espérer leur sympathie, se troubla plus encore devant une question si nettement posée; mais, sentant la nécessité d'une affirmation précise, elle baissa la tête pour dissimuler sa confusion et répondit faiblement: — Oui, madame.— Vous vous aimiez! reprit madame d'Alte.et il s'était engagé avec vous, je l'ai su aussi II eût dû me le dire! mais je ne veux rien reprocher à sa chère mémoire! A vous non plus, mademoiselle, car c'était à lui de me prévenir.Vous, vous avez gardé courageusement, noblement, héroïquement, même, fit madame d'Alte qui peu à peu s'exaltait, votre cher et douloureux secret C'était votre droit, c'était aussi votre devoir, et je vou9 sais gré de l'avoir rempli.Mais, aujourd'hui, je veux vous délier de votre mystérieux serment de silence, et, puisque nous pleurons le même disparu, vous proposer de le pleurer ensemble.A ces mot9, Paule rassurée ne répondit que par des larmes, et madame d'Alte, cédant à un mouvement irrésistible de sa sensibilité, se leva et, s'approchant de la jeune fille, l'embrassa en pleurant à son tour.Madame d'Alte se ressaisit la première et, se rasseyant, reprit: Vous vous aimiez! contez-moi cela, en détail.Donnez-moi la consolation de retrouver en vous, qu'il chérissait, un peu de mon fils bien-aimé! AlorB, Paule parla II fallait bien qu'elle le fit! Elle appela son imagination à son aide pour raconter à madame d'Alte son roman d'amour et elle en usa largement Elle lui rappela les premiers jours de leur connaissance, faite sous ses auspices, pendant la fête de charité.Sf ÎVous l'avez |aimé dès ce moment questionna vivement madame d'Alte.?— Je ne m'en suis peut-être pas rendu compte tout de suite, murmura Paule, mais je crois bien, maintenant, que, dès lors, mon cœur lui a appartenu.Et elle remémora leurs rencontres ultérieures et espacées qui le trouvaient, lui toujours plus assidu et attentif, et elle plus éprise secrètement.Elle y ajouta quelques détails des réunions où ils s'étaient trouvés ensemble, mais ne cita jamais — et pour cause! — les propos tendres que le jeune homme avait pu lui dire.Madame d'Alte considéra son abstention comme une chaste réserve de sa part et l'apprécia.Pourtant, quand Paule en vint à leur dernière journée passée ensemble, à la veille de la guerre, la mère de Jehan lui demanda, précisément, comme l'avait fait madame Delfeuil: —¦ C'est ce jour-là que vous vous êtes fiancés ?Ainsi qu'à sa mère, Paule, embarrassée, ne répondit que par un seul geste d'assentiment.Madame d'Alte fut touchée de sa délicatesse et lui en sut gré.Une nature vulgaire, pensait-elle, se fût répandue en confidences indiscrètes et se serait fait gloire de l'amour inspiré.Paule, très raffinée, se contentait d'indiquer ce qui s'était passé.Comme c'était mieux! De plus en plus, elle gagnait le cœur de madame d'Alte, que sa discrétion préservait de toute jalousie maternelle et rétrospective.Devant sa correction parfaite, la mère de Jehan renonçait totalement au vague soupçon qui, lorsqu'elle avait été mise au courant des choses, lui avait fait craindre que mademoiselle Delfeuil n'ait été, en tout ceci, qu'une enjôleuse, qui avait pris dans ses filets le beau et brave garçon qu'était son fils, avec le but de conclure un mariage avantageux.Non, la pauvre petite lui semblait incapable de ce manège Elle avait aimé, et c'était son amour, sans doute, qui avait conquis Jehan.Il y a une telle puissance de réciprocité dans une affection profonde! Maintenant, madame d'Alte savait la trame du doux roman d'amour, et, si elle en était déjà satisfaite, elle eût voulu, pourtant, plus de détails encore pour pénétrer le coin de l'âme de son fils qui lui était resté caché.Alors elle revenait sur la dernière rencontre: — Comment, répétait-elle, ne m'en a-t-il rien dit ?Il savait bien, pourtant, quel accueil j'eusse fait à la femme de son choix.Savez-vous ce qui a pu motiver son silence ?— Non, fit Paule, non, je ne me serais pas crue autorisée à l'interroger sur ce point.Je ne voulais pas être indiscrète.L'avenir dépendait de sa seule volonté.Je le lui abandonnais et lui faisais confiance.— Vous aviez pourtant le droit de connaître ses intentions! — Il pouvait me les dire, madame, je n'en eusse p.is provoqué la confidence plus que la réalisation.Je le savais d'une situation supérieure à la mienne, convint-elle avec une humilité charmante, cette circonstance imposait à ma dignité une réserve que j'ai toujours gardée.Comme vous êtes délicate et de sentiments élevés! s'exclama madame d'Alte.Ah! Jehan avait bien choisi sa compagne et vous l'eussiez rendu heureux! Paule leva vers le ciel des yeux qui l'en prenaient à témoi i.Sa manière d'être impressionnait le plus favorablement du monde madame d'Alte.Elle avait toujours été un peu romanesque, l.a tension de ses nerfs, sous les récentes émotions, accroissait, chez elle, ce penchant naturel.Comme elle avait, dans sa pensée, fait de son fils un héros, elle consacrait Paule héroïne' Car, ainsi qu'il en advient presque toujours, la mort avait, à ses yeux, nimbé son fils d'une auréole.C'était une consolation pour elle, de le louer, et avec l'a-rnour-propre qui, visible ou caché, préside à tous les sentiments humains, de témoigner qu'elle avait eu, de cet enfant disparu, un bonheur précieux et rare, parce qu'il était lui-même un être de choix.Ses proches, les amis, qu'elle fréquentait le plus, se lassaient un peu de cet éloge perpétuel, sujet et fond de toutes ses conversations.Par charité, on évitait de le lui laisser voir, mais l'inattention qui accueillait ses propos ne les encourageait pas et elle en était un peu éprouvée.Il était indiqué que Paule serait l'auditrice idéale de ses récit9 maternels et madame d'Alte.qui en eut l'intuition, commença, dès cette première entrevue, de lui parler de Jehan comme elle aimait tant à le faire.— Si vous saviez quelle intimité était la nôtre, lui dit-elle.Il me faisait partager ses pensées, ses désirs, ses espoirs.Quand nous étions séparés, au retour, il me contait tous les faits qui avaient marqué nos absences.Tenez, cette matinée où vous vous êtes vus pour la dernière fois, il me l'a narrée en détail .Sans me parler de vous, pourtant! Qu'attendait-il donc pour le faire ?Oh ces secrets du cœur sur lesquels les tombes se sont closes et qu'on ne pénétrera jamais! Que je voudrais connaître celui-là! Savoir les raisons de son silence ?.— Il attendait peut-être que nous nous fussions rencontrés de nouveau, dit timidement Paule.—¦ Ah! vous deviez vous revoir?Que ne le disiez-vous ?— Nous comptions nous retrouver au mariage de monsieur de Chalose, son ami.Il m'avait demandé: "Irez-vous ?", et sur ma réponse affirmative m'avait promis qu'il y assisterait aussi.— Sans doute vous eussiez utilisé cette réunion pour décider ensemble de vou9 ouvrir de votre amour à vos parents?— Peut-être répondit Paule, comme je vous l'ai dit, madame, je m'en remettais à lui de toute décision.— Et ce mariage, fixé au 31 août, n'a pas eu lieu.Ah! je me rappelle, maintenant!.— vous réveillez mes souvenirs! — que nous en avions causé, Jehan et moi, et qu'il m'avait fait part de son projet de revenir à Ville-Abbé, pour y assister.Car nous étions à la campagne, à ce moment-là! — Oui, dit seulement Paule, et il devait y retourner après la matinée.— Je me rappelle encore, fit madame d'Alte, dont les yeux vagues se dirigèrent vers le dessus de porte orné d'une peinture d'après Boucher, que j'approuvai son projet et que je le plaisantai en lui disant qu'il allait prendre une leçon, pour quand il suivrait l'exemple de son ami."Ah! reprit après un court silence madame d'Alte émue par une subite réminiscence, il me revient soudainement à l'esprit la réponse qu'il fit à ma plaisanterie! Il convint qu'il était sage qu'il apprît à se marier."Mais quand mettras-tu cette science à profit ?lui ai-je encore dit.Et, au lieu de me répondre, comme chaque fois que je faisais allusion à son mariage, par une :: Fiancée Imaginaire : fin de non-recevoir.ie me souviens, oui je me souviens parfaitement, dit mad.mi' d'Alte, émue, qu'il i posta: Eh! qui sait peut-être plus tôt que vous ne le pensez! "Comment, continua madame d'Ali' qui, maintenant se parlait à elle-même cet incident ne m'est il pas encore rêvent à la mémoire ?.Je n'y avais pas attacha d'importance, puisque c'étaient des pm pos tenus en riant.Maintenant, toui s'éclaire à mes yeux.Il avait voilé la con fidence qu'il voulait nie faire sous cetti-apparence légère! ! I Si j'avais deviné son intention, si je l'avais encouragé, il se fût ouvert à moi! ! ! Paule écoutait ces mots avec avidité.Quelle certitude nouvelle ils lui apportaient! A sa mère, en personne, Jehan avait fait soupçonner ses projets, et de ce qu'elle n'avait pas pénétré l'allusion ne prouvait point qu'il ne l'avait pas faite! Elle ne s'illusionnait donc pas en se considérant comme la fiancée de Jehan.Une joie secrète la pénétra à cette nouvelle révélation, qui couvrit ses joues d'une rougeur intense, Madame d'Alte était trop impressionnée elle-même pour le remarquer.La découverte inattendue qu'elle croyait avoir faite des sentiments de son fils, la bouleversait! Il était venu vers elle avec une confiance voilée, et elle ne l'avait point deviné! Ces grands garçons sont quelquefois timides pour parler à leurs mères de leurs amours! Comme Paule, dans un autre sens, son imagination interprétant les faits passés, sur lesquels nul ne pouvait l'éclairer vraiment, madame d'Alte en vint au même résultat: la persuasion totale de l'amour de son fils pour Paule Delfeuil et son projet d'en faire sa femme.Cela la lui rendit subitement chère.Si le mariage s'était conclu, elle eût peut-être, dans son affection exclusive, été un peu jalouse de celle qui aurait pris le ccefcir de son fils, mais là, l'amour si fidèle et tendre de Paule n'était qu'un hommage de plus rendu à la chère mémoire, et la mère douloureuse ne lui en était que reconnaissante Aussi lui témoigna-t-elle une sympathie croissante qui acheva de mettre Paule à l'aise, et, lorsque celle-ci, rappelée aux convenances par la pendule qui sonnait, se retira, madame d'Alte l'embrassa derechef, en lui faisant promettre de revenir la voir bientôt et très souvent.XII PAULE était revenue chez elle, légère de son allégresse, qui la portait.Sa mère guettait son retour, anxieuse de l'entrevue de laquelle la volonté de sa fille l'avait tenue éloignée, et elle se hâta de l'interroger.Mais Paule, que ses craintes avaient, le matin même, subordonnée à sa mère, forte maintenant de leur inanité, ne prit point en bonne part cette précipitation.On n'allait pas la poursuivre de questions ?entraver sa liberté ?Elle répondit avec humeur: — Que voulez-vous savoir ?— Mais comment tu as été reçue par madame d'Alte! — Comme sa fille, dit Paule avec importance.— Comme sa fille, répéta madame Delfeuil, abasourdie.— Parfaitement.Et celle-ci, insistant, Paule lui racont.i orgueilleusement que Jeahn avait laissé pressentir clairement, à sa mère, son projet de l'épouser sous peu.Madame Delfeuil en montra un certain étonnement qui exaspéra Paule: — Pourquoi cette surprise ?ne vous l'avais-je point déjà dit, et n'avez-vous pas confiance en mes paroles, qu'il leur faut une sanction?Madame d'Alte n'a pas cette suspicion devant moi.Avant de me dire ce qu'elle savait des intentions de Jehan, elle m'a demandé si les bruits répandus étaient exacts, s'il était vrai que nous nous aimions et nous étions engagés ensemble.Et, après ma réponse, dont elle n'a pas douté, elle m'a avoué que, de son côté, elle savait tout et, de suite, m'a traitée avec une affection, une tendresse, même, qui m'ont été au cœur! — Alors, demanda madame Delfeuil, que vas-tu faire désormais ?(Suite à la pape 45) Lu R e u ne Moderne — Montréal, Octobre 1 8 3 S Paye US Le Tricot ABREVIATIONS DES TERMES EMPLOYES Tri,- 'i i Iimkwi lânv — 4 renvoi* Winl —h l'end i on M Mi.lliV En* Ensemble 1 Jeté—ajouter 1 iiittll le un puMHufil lu lui ru* pur -)us de vains ou futiles propos.Li chroni]ue de Ville-Abbé les inspirait principalement ce jour-là.—¦ Il n'y a guère plus de mande en ville, disait-il, on éaaigre plus tôt que chique année vers la campigne.— N'est-ce pas forcé?répondit madame d'Alte, tant de réparations s'imposent dans les propriétés, abandonnées depuis li guerre, aux déprédations des logements militaires.— C'est évident, continua M.des Gerbets, vous-même, madame, ne pensez-vous pis à retourner dans votre terre de Bléviers ?— Je devrais le faire, mi présence y serait bien nécessiire.Je n'ai pas le courage d'y rentrer sins Jehan!.— Je le comprends, acquiesça M.des Gerbets, cependint, pour le travail qui nous occupera sous peu, il serait peut-être utile que vous visitassiez vos archives.Certains documents peuvent nous manquer.— Croyez-vous?fit madime d'Alte.J'ai presque tous mes pipiers de famille ici.Nous n'allions à Bléviers qu'en pas-sint.Néanmoins, ajouta-t-elle, si c'était indispensable, j'irais.— Il faudra y rentrer un jour ou l'autre! fit M.des Gerbets.— Je le sais, mais je m'épouvante encore de la solitude qui m'attend là-bas.Ici, j'ai mi chère Paule, à Bléviers.— Mais ne pouvez-vous l'emmener?interrompit M.des Gerbets.Cette proposition inittendue tomba au milieu du paisible entretien comme une pierre violemment jetée dins l'eau calme d'un lac, qu'elle trouble: Paule devint très rouge, midime d'Alte, soucieuse.Ce fut pourtant elle qui répondit: — J'y avais déjà songé.mais ce serait peut-être trop lui deminder.— Oh! protesta vivement Paule, vous savez bien, midime, que vous pouvez disposer de moi.— Et puis, continua midime d'Alte qui, surprise pir cette éventualité évoquée, voulait réserver si décision jusqu'à la réflexion qui la lui dicterait, j'ignore si monsieur et midame Delfeuil consentiraient à se sépirer de leur fille.— Moi, reprit M.des Gerbets, je n'en doute pis.Si elle s'était mariée, ils l'eussent bien laissée pirtir! Puis, sentant le terrain brûlant, il se déroba.— Voyez les Mervil, ils n'ont plus leur fille.A propos, fit-il se tournant vers Paule qui avait girdé un prudent silence, savez-vous que la comtesse de Lavard, votre amie Lucy, rentre demain de son voyage de noces ?.XIV Madame D'Alte préparait son départ pour la campagne que diverses circonstances avait retardé de 'quelques jours.Paule disposait ses affaires pour une absence d'au moins trois mois.Elle en avait prévenu ses parents, sans même solliciter leur acquiescement.Pourtant midime d'Alte l'avait priée de le faire.— II serait convenable, lui avait-elle dit, que j'allasse demander à monsieur (Suite à la jxige 49) (i Revue Moderne — Montréal, Octobre 1935 Paye U7 Les jolies choses que Ton peut faire avec le point de piqûre et le'point de tige Simples et légers, los bouquets permettront de composer >le fines et charmantes garnitures pour des services à lié, des napperons et fonds de platcux.Les motifs sont •mit simplement brodés au point de piqûre .11 au point de tige, avec du coton brillante .vablo de couleur vive.Les parties en relief sont exécutées au plumetis et quelques |.oints de nœud parsemés achèvent de rendre les motifs harmonieux et décoratifs.Pour un service h thé, ils seront reproduits tout autour de la nappe, et un seul motif ornera les petites serviettes assorties.Coiffure et chapeaux Avec les nouveaux chapeaux, la question de notre coiffure prend une importance capitale, c'est le cas de le dire.Comment nous coifferons-nous avec ces chapeaux aux formes si originales et si différentes, dont quelques-uns s'avancent bravement sur le front au-dessus du nez.dont les autres découvrent effrontément toute l'avant-partie de la tèteî La réponse est simple: nous nous coifferons 'le la façon la plus seyante possible et nous aurons une frange sur le front si notre chapeau a un mouvement arrière, .¦t des boucles nombreuses ou savantes si le chapeau laisse à découvert tout l'ar-i ière de la tête.Nous aurons, avant tout, des cheveux bien souples.Ce qui veut dire que nous les entretiendrons avec le plus grand soin, l'uis, nous n'aurons pas peur d'y faire passer le ciseau fk intervalles réguliers de façon à n'avoir pas une tête trop volumineuse, surtout si nous sommes grande et d'un type imposant et sévère.Autant que possible, d'ailleurs, il faut laisser deviner la forme de la tête avant de donner libre cours aux bouclettes.Mais plus que ïamais les contours de la figure sont entourés de franges et de cheveux légers.Garniture de bureau en dentelle métallique Voici une garniture du bureau très simple, clont la richesse n'exclut pas la sobrié.é.battue du portefeuille sera destinée à être garnie.Les lignes parallèles serviront à déterminer l'emplacement d'un galon d'en tourage.A l'intérieur encore de tous ces patrons, deBsiner des vermiculures ; plus ces verraieulures seront petits, plus l'ensem ble sera joli, quoique un peu plus long à exécuter.B) En'cution des motifs.— Le galon se fait en mailles serrées sur V> pouce de large.Les motifs s'exécutent en de mi-brides en suivant bien exactement les dessins tracés sur la toile architecte.C) Montage.— Quand les motifs et les galons sont terminés, les coudre sur la toile architecte et les réunir entre eux par des brides de Venise (tendre le fil entre les motifs et le recouvrir en tou/-nant sans festonner).Découdre les différents ensembles de la toile architecte et les coudre soigneu sèment sur les morceaux de panne coupés sur les patrons en ménageant de quoi faire les rentrés.D) Finition.— Triangle du stylopho-re: Couper un deuxième morceau de pan ne et doubler pour former le dessous.Sous-main: Recouvrir le morceau .le carton dessous et dessus.Doubler les angles comme il a été fait pour le triangle du stylophore.Coudre les angles au bord du sous-main sans tendre trop pour permettre l'introduction d'une feuille de buvard.Bloc-notes: Doubler la pièce tout entière: plier et coudre les deux côtés pour RIDEAUX DE LUXE Sole — Bruges — Filet, etc.et toutes dentelles véritables.Nappes — Couvre-lits — Aubes — Surplis — Modèles nouveaux et exclusifs.— Démonstration a domicile.La Dentellière Belge Enrg.CH.filfiO — 1831 de I oSalle, Montréal VERMICULURES Fournitures : La quantité de fournitures ne peut être arbitrairement fixée.Elle est, en effet, fonction des dimen sions que chacun désire donner aux différents objets qui composent cette garniture.On choisira de la panne de couleur, foncée mais vive et du fil de métal.Le bleu de roi et l'argent font un ensemble somptueux et discret à la fois.Se procurer dans une maison spécialisée d'articles pour pyrogravure un coffret en bois blanc, une monture de buvard, un bloc-notes sur carton et un morceau de cartou très fort, tel, par exemple, une des faces d'un vieux carton .à dessin.CONDUITE DU TRAVAIL A) Préparation des éléments.— Prendre de la toile architecte Y dessiner les patrons des différents ol jets, soit les quatre angles du sous-main, un rectangle d'une dimension légèrement supérieure à celle du bloc-notes en la-geur et de longueur un peu inférieure i.trois fois celle du bloc, un rectangle égal au dessus à garnir de la monture du buvard et un triangle équilatéral pour le dessus du stylophore.En ce qui concerne le coffret enlever le couvercle et tracer deux rectangles égaux au petit côté de la boîte et deux égaux au grand côté.Procédons do même pour le couvercle en ajoutant un troisième rectangle égal au dessus.Autour de tous ces patrons tracer intérieurement une ligne à un pouce de celle qui les détermine; seule la partie ra- former la poche qui recevra la feuille cartonné du bloc.Buvard: Le motif est simplement collé sur le dessus du buvard.Coffret: Coller les quatre côtés de la Cette rose de grandeur naturelle peut se relever par un trait à l'encre de chine sur le canevas pour faire de la tapisserie au point compté.Elle peut aussi être utilisée au point de tige, au point de chaînette ou de feston, en bordure de rideaux légers, de chemins de table, de tabliers d'enfant, d'essuie-mains, etc.La bruine La bruine?Avec un peigne en métal, une brosse à dents, des encres de couleur ou simplement de la couleur délayée dans l'eau, quelques feuilles et quelques fleurs séchées, vous faites des merveilles.D vous suffit de poser la feuille et la fleur séchée sur l'objet à décorer, puis au-dessus, avant trempé la brosse dans le liquide coloré, vous brossez le peigne de fer.Le liquide s'épand en gouttelettes, en pluie, sur l'objet, et la fleur posée se détache en ombre blanche aux délicats contours.Vous pouvez alors soit peindre cette silhouette, soit la laisser telle.Vous pouvez aussi plus commodément acheter un pochoir et avec un pinceau et de la peinture faire les ombres.Avec ce procédé, il est possible de faire sur un papier mural des frises fort amu santés.boîte et le fond, puis les quatre côtés du couvercle et le dessus.Ces collages doivent être faits à la colle, bien étendue, sans excès, en prenant soin de ne pas tirailler les motifs à la pose.Pour la chambre de bébé .le Voici de gentilles choses à exécuter pour la chambre Bébé.D'abord, un amusant plafonnier orné de petits bateaux brodés au point tige sur pongé blanc.On pourra utiliser le même motif pour des coussins, des rideaux qui peupleront la chambre de Bébé d'un souffle d'aventure.Sur fond blanc, les vagues seront brodées en bleu pâle.Sur fond bleu, les bateaux et les vagues seront brodés en blanc et les bateaux en bleu très vif. Page 48 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 !> A LA DÉCOUVERTE DES IDÉES L'Amour conjugal Tout-à-l'heure, je me suis surprise *t fredonner un chant d'autrefois, sorte de mélodie douce et prenante qu'il me souvient d'avoir entendu chanter par ma mère.Cela chantait d'une façon émouvante, l'assurance d'un inviolable amour qui résiste à tous les orages de la vie, et doit survivre même dans l'au-delà."Non, non, mon ange, .Tamais le coeur ne change, I.'amour d'un jour, Ce n 'est pas de l'amour ; ' ' disaient les premiers refrains.Et la dernière strophe résumait ainsi toute la ¦•on9tance des coeurs fidèles: "Au ciel même l'on s'aime.Comme le ciel, L'amour est éternel.' ' Est-ce dû un peu à l'influence de ce qui berça ma petite enfance, mais, je n'ai jamais pu me résigner à croire qu'il y eut du bonheur dans la vie conjugale, voire même d'entente possible, sans cette fidélité à toute épreuve qui se trouve dans l'amour vrai, fort, durable.et éternel, des deux époux.D'aucuns souriront peut-être devant cette affirmation, un peu.passée de mode si vous voulez, mais que je soutiens avec plus de force, depuis que la vie m'a donné l'expérience.Assurément vous n 'êtes pas forcés de partager mon opinion, mais, malgré toutes les questions d'intérêt que vous pouvez faire valoir en controverse, avouez au moins qu'elle a du bon cette conviction qui consiste à faire fleurir au centre de la famille, le bonheur, cette fleur aussi belle que fragile, celle qui ne s'épanouit que dans un terrain bien préparé, entretenu avec vigilance et amour par les deux sociétaires: mari et femme.Autrefois, l'on se pressait moins que de nos jours en matière de mariage, on s'étudiait l'un l'autre dans l'intimité familiale, chacun se montrait sous son vrai jour, et tout en profitant bien du temps heureux des fiançailles, on apprenait à se connaître, à s'aimer et à se supporter.Puis, c'était fort de cet amour inaltérable et sûr, que les époux s'engageaient d-ms la rude montée de la vie conjugale, laquelle nous donne moins de sentiers fleuris que nous le souhaitons, mais beau coup de soucis, parfois des revers démoralisants, et aussi d'amers chagrins qui font la route sombre et rocailleuse.Mais."quand on s'aime, tout est facile", a dit quelqu'un, aussi, lorsque le mauvais sort entre dans un foyer où règne l'amour vrai, les liens se resserrent pour la lutte, le courage se renfor-cit par le support de l'amour mutuel, le malheur s'en retourne, et tout rentre dans l'ordre.Je pense que si les femmes d'il y a trente ans revenaient parmi nous, elles seraient effarées de voir tant de jeunes ménages désunis, de femmes abandonnées ou tout simplement malheureuses, au milieu de jouissances factices, et d'un confort moderne qui étonnerait sûrement celles d'entre ces aïeules, — nombreuses — qui n'avaient tout juste que le nécessaire, et encorel.mais ce qu'elles connaissaient à fond l'art d'être heureuses, en dépit des épreuves inévitables et même de la pauvreté! Est-ce à dire que tous les ménages sont malheureux aujourd'huif Evidemment non, mais l'on sait fort bien que les séparations de coeur se multiplient de plas en plus dans la vie commune, sans compter les nombreux cas de divorces qui vont grossir les dossiers des avocats.A quoi attribuer tous ces malheurs qui menacent de détruira la base sociale en -• NOTRE CONCOURS •- SUJET: Quelles doivent être les deux principales qualités de la femme pour qu'elle soit la fée de son foyer?1er Prix: $2.00 "Fée Dora" Mlle Gilberte Brais 10609, Grande Allée Ahuntsic, Montréal Les fées, ces êtres charmants, Immatériels, qui captivaient nos Imaginations enfantines n'étalent plus que souvenir d'autan, lorsque le concours de La Revue Moderne est venu les faire sortir de l'oubli.A la femme d'aujourd'hui de retrouver la baguette magique enfouie dans les profondeurs du coeur féminin, car l'épouse comme la mère étend sur les siens le sceptre de sa domination si elle possède ces deux qualités maîtresses: "l'oubli de sol et le sens de l'esthétique".Etre la fée de son foyer, n'est-ce pas l'idéal de toute Jeune fille bien née, au Jour de ses fiançailles?L'amour de la femme, le vrai, est toujours en quelque sorte une abdication qui a sa grande et profonde douceur.Celle qui sait au besoin sacrifier ses goûts.sourire malgré la lassitude, être douce et bonne lorsqu'au dedans d'elle-même gronde l'orage, ne pos-sède-l-elle.pas un petit bout de cette baguette d'or qui Jadis semait Jouet sourire.Le mari peut rentrer triste, fatigué de son labeur, il est assuré de trouver la gaieté auprès de sa délicate compagne qui oublie ses tracas Journaliers pour se pencher sur ceux de son époux et partager ses ennuis.Sans l'abnégation l'épouse ne peut posséder cette délicatesse, ces qualités de patience et d'égalité d'humeur qui sont l'apanage et le complément nécessaire de l'oubli de soi.Mais, la femme ne gardera pas longtemps sa sérénité, si elle ne puise en elle les ressources nécessaires pour résister a l'enlisement qui la guette au contact quotidien des tâches ménagères: cependant si elle possède le sens de l'esthétique, cette harmonie du beau tant moral que physique qui communique même aux besognes les plus obscures un charme qui les ennoblit, à son insu, elle laissera deviner la beauté de son âme.par les vertus qu'elle pratique • haque Jour, la beauté de son Intelligence avide d'apprendre, de se renseigner pour s'unir plus étroitement aux siens et devenir collaboratrice de son époux; enfin la beauté matérielle par l'ordre qui règne sur elle et autour d'elle dans ce coin coquet pour lequel elle s'Ingénie .1 confectionner ces milles petits riens qui en font le charme et le rend accueillant pour qui en franchit le seuil.Et, c'est ainsi que notre fée moderne, malgré ses robes courtes, puisant dans son coeur l'abnégation et dans son esprit le sens du beau, trouvera tôt ou tard la baguette magique qui gagne les coeurs et sème la Joie.On ne conçoit pas abnégation 2me Prix : Un abonnement d'un an à "La Revue Moderne" "Etoile" Mlle Juliette Loranger 437, rue Notre-Dame Cap-de-la-Madeleine, P.Q.Parler du bonheur, n'est-co pas un peu l'enseigner?Prononcer son nom chaque Jour, n'est-ce pas l'appeler?Et l'un des plus beaux devoirs de ceux qui sont heureux, n'est-ce pas d'apprendre aux autres a l'être?Et être aimable est.à mon sens le plus puissant éllxir du bonheur des autres.Il me semble qu'être aimable, est pour la femme un dovolr.Ecoutez plutôt ce que disait l'autre soir un mari: "Comment me lasserai-Je d'être heureux avec ma femme?Elle est toujours de bonne humeur: toujours son sourire cherche le mien.Et puis, elle me fait faire tout ce que Je veux." Celles qui savent se montrer contentes, même quand elles ont sujets de récriminer, sont des sages.Et c'est rudement a leur bonheur de mener un mari par le bout du nez, sans qu'il sente ni le Joug, ni lu laisse.Mais pour que la femme soit vraiment la reine de son foyer.11 ne suffit pas seulement d'être afmabie il manque sans doute une qualité ou plutôt une vertu bien humble et bien commune: on ne se vante guère de l'avoir, on se vante souvent de ne pas l'avoir; et cependant, par l'économie, la femme épargne le travail et les Jours de son mari, et réserve après elle un morceau de pain a ses enfants Cette vertu que l'on traite de prosaïque ne peut-elle pas être appelée a bon droit une vertu héroïque, dans un temps où elle est si difficile a pratiquer et dans une société consumée par les rivalités du luxe et l'Insatiable besoin de paraître Il n'est pas facile, mais possible, ce bonheur pour tous II est fait par l'amabilité de nos manières, par notre attention pour mettre les autres à l'aise; enfin par notre air enjoué et cette perpétuelle bonne humeur qui déride les fronts soucieux, chasse la tristesse et fait, pour ainsi dlr6, rayonner du soleil dans les coeurs, au sein de l'heureux foyer 11 faut de même pratiquer une stricte économie, renoncer au luxe et au désir de paraître travailler ferme.C'est là qu'est le salut, la paix, le bonheur.ETOILE et sens de l'esthétique sans Jugement droit, amour du devoir, ordre, propreté et nombre d'autres qualités qui en sont leurs satellites.Malheureusement les fées étalent rares et aujourd'hui encore ces qualités ne seront toujours que l'apanage de l'élite Fée DORA Si la lecture des manuscrits reçus a été agréable pour les Juges, leur belle tenue soignée m'a fait éprouver un vif plaisir.J'ajou'c que les réponses marquées de bon sens et de sagesse font également honneur aux concurrentes et à La Revue Moderne.La bonté a obtenu un suffrage presque général.L'économie, la propreté, la douceur, ta générosité, la gaieté sont aussi au nombre tfrs qualités mentionnées, et en plus d'être intéressantes, les réponses sont remarquables au point de vue du fond et de la forme.Notre premier concours a confirmé mon opinion: les talents littéraires ne manquent pas chez nous, et la note jointe par un des Juges aux manuscrits retournés est une preuve à l'appui: "C'est une tâche très délicate de juger Us réponses des concurrentes.Toutes sont bonnes, un bon nombre sont excellentes.Les idées comme la littérature méritent des éloges.Ce n'est qu'après des heures d'indécision que j'ai pu me résoudre à décerner les prix.Il fallait faire un clioix; parmi Us meilleurs essais, je crois devoir décerner une mention à: Bébé à G.— Claude Ostiguy — Martlie-André — et Luce-Aimée.Que les autres ne soient pas froissées; il serait équitable de les mentionner toutes.Qu'elUs acceptent «os félicitations." Sincères remerciements aux Juges pour leur aimable bienveillance.Félicitations aux lauréates et souhaits de succès aux concurrentes pour le concours du mois de novembre.Marjolaine î î s'attaquant à co qu'il y n.do meill .Iniis h' monde! le bonheur domestique Los causes sont nombreuses, il on > qui sont vieilles comme lo monde, ni lo grund mal du temps vient jo cru que tout so fait on vitesse do nos jour» Lo mariage est sans contredit la pl important* décision de votro vie, si votu êtes appelée; il convient donc d'y ippoi 1er plus do réflexion, do jugement et précision que pour lo choix d'uno toilel Quand celle-ci ne vous plaît plus, vous li remplace/, par une autre do votre choii mais, quand vous serez, mariée, ce set; pour la vie; et si vous êtes liée avec u homme pour lequel vous n'éprouvez i le grand, lo véritablo amour, celui qu "jamais no chango", pensez à.ce sera votre associntion commune.HHLENi (Auteur de: "Au fil de nos pensées La Maille perdue Nous travaillions l'autre jour à un tr cot de soie chatoyante et claire, beaucou plus glissante que la laine; une mai s'est échappée de l'aiguille, non» avor, voulu la reprendre et nous en avons la sé tomber trois, puis dix, l'une «'est sau vée d'un rang à l'autre et U a fallu commencer une quinzaine de rangées ets lui répéta le même encouragement.— Paule, dit-il, s'est évanouie d'émotion n apprenant le grand bonheur qui lui choit en partage.Madame Delfeuil était trop occupée à ranimer Paule pour s'enquérir de ce qu'é- tait ce bonheur, mais celle-ci revenant à elle, rouvrait les yeux tandis que M.des < lerbets l'énonçait: — Jehan d'Alte est rentré! Là, madame Delfeuil se releva.— Il est ici ?— Oui, chez sa mère, bien entendu — Comment se fait-il ?— Oh! j'ai peu de détails?Dès que j'ai su son retour, je suis accouru pour être le premier à vous L'apprendre, mais on m'a pourtant donné quelques renseignements.l'aule, se redressant un peu, témoignait qu'elle l'écoutait, alors il continua avec i omplaisance: — Il parait que, dans la dernière lettre qu'il écrivit à sa mère il lui disait: A bientôt.C'est qu'il avait un projet d'évasion.Il le mit à exécution, mais il avorta.Lorsqu'on le rattrapa, pour s'échapper, il tira sur les soldats qui le poursuivaient.Il en tua un et blessa grièvement un officier.On le condamna à la forteresse.Très peu de temps avant l'armistice, il tenta encore de se sauver, mais, de nouveau, on le reprit et, dans le combat qu'il soutint contre ses gardiens, c'est lui, cette fois, qui fut atteint; il eut un bras et une jambe cassés On le porta à l'hôpital, ou, prétend-il, la haine teutonne le garda au delà des soins nécessaires.C'est seulement le jour de la signature de la paix qu'on ouvrit sa geôle.Il n'a pas perdu de temps pour arriver ce matin à Ville-Abbé! Maintenant Paule, qui savait, refermait les yeux.— Voilà qu'elle s'évanouit de nouveau! fit sa mère angoissée.Et ne retenant pas l'expression de son inquiétude et de son mécontentement: — 11 aurait fallu lui apprendre cela avec ménagement, elle est si sensible! M.des Gerbets l'était aussi, aux reproches.Il prit mal celui-là.— Madame, fit-il, vous reconnaissez bien injustement ma bonne intention! Et, cherchant des yeux son chaœau.il s'en saisit et s'éloigna.Madame Delfeuil le rappela: — Voyons, voyons, ne vous fâchez pas! vous, un si parfait ami! Et ne me laissez pas dan= l'embarras et la peine comme me voilà.M.des Gerbets ne l'écoutait p3s, mais une voix faible arrêta sa retraite: — Monsieur des Gerbets!.Il revint près de Paule, qui était décolorée entièrement, mais avait toute sa connaissance.— Moi, dit-elle, je vous sais gré.je vous remercie.Elle n'en put dire plus, sa faiblesse la trahissait.— Maman, murmura-t-elle seulement, je voudrais me mettre au lit.La soutenant, on put lui faire gravir péniblement l'escalier, difficile pourtant, tournant à arêtes brusques Alors M.des Gerbets s'esquiva pour aller porter ailleurs "la bonne nouvelle" tandis que madame Delfeuil déshabillait sa fille et la couchait.Elle lui parlait tendrement, doucement, car, pour une mère, un enfant souffrant redevient un petit enfant.— Remets-toi, lui disait-elle, calme-toi! L'émotion a été plus forte que toi, tu vas la surmonter.Car tu es heureuse, bien heureuse, n'est-ce pas, ma chérie?Comme Paule ne répondait pas elle continua: — Tu n'espérais plus, alors ton bonheur t'a fait peur, mais bientôt tu t'y accoutumeras, tu en goûteras toute la douceur.Sans abonder dans le sens maternel, Paule dit seulement: — Je voudrais être entièrement calme, dormir.Il n'y a que cela qui me remettra de cette secousse.Maman, fermez les rideaux, défendez ma porte, je ne veux ni lumière ni personne.J'ai besoin de silence et de solitude.Madame Delfeuil obtempéra à son désir non sans lui avoir fait prendre le cordial préparé, et se retira sur la pointe des pieds.Sa mère n'avait pas plutôt refermé la porte que Paule se dressa sur son séant, comme hallucinée.Ahl Jehan était revenu, Jehan était là, dans les bras de madame d'Alte qui, peut-être, lui parlait d'elle.Un déchirement s'opéra dans sa pensée comme si un voile, brutalement arraché, lui montrait la réalité que, depuis cinq mois, elle s'était refusée à admettre.Elle eut la sensation atroce de la folie.Jehan! Jehan! L'aimait-il, vraiment, avait-elle rêvé qu'il était son fiancé, qu'il lui avait dit ces mots d'amour qui unissent pour la vie ?L'avait-elle rêvé ?Avait-elle rêvé ce que ses amies prétendaient avoir deviné dans ses assiduités près d'elle 1 Avait-elle rêvé les propos qu'on lui prêtait à lui-même, que son ami, monsieur de Hais, avait rapportés et que madame d'Alte.fouillant ses propres souvenirs, retrouvait sous-entendus dans les paroles de son fils ?Avait-elle rêvé que madame d'Alte, sans douter des sentiments de son fils pour elle, l'avait accueillie, comme une fille?Avait-elle rêvé l'intimité, l'affection qu'elle lui témoignait aux yeux de tous ?Au milieu de ce mélange atroce d'imagination et de vérité, elle ne savait plus Mais ce qu'elle savait, c'est que, prise à son propre piège, s'étant enflammée pour un souvenir, pour une image disparue, pour un être charmant, dont Si.n illusion, entretenue par tant de concours, avait fait le héros de sa vie, c'est que, maintenant, véritablement, sincèrement, passionnément, elle aimait Jehan! Et dans un sursaut de crainte et de désespoir, elle se tordit les mains en s'é-criant: — Oh! Jehan! mon Jehan! te retrouver pour te perdre peut-être! Elle eût préféré sj mort, qu'elle avait admise, à sa perte actuelle qui le laisserait indifférent à son amour.Car qu'allait-il dire, qu'allait-il faire ?Une honte lui montait au front.S'il la reniait, s'il déclarait qu'il ne lui avait jamais promis de l'épouser, qu'il ne l'avait jamais aimée!.Oh! elle eût voulu mourir là, tout de suite, pour ne pas connaître cette humiliation ultime.S'il s'avisait qu'elle avait argué de quelques attentions banales pour se parer du titre de sa fiancée et s'introduire près de sa mère ?A chaque image, se présentant à son esprit, de ce qui pouvait se passer, elle défaillait de nouveau sous la souffrance aiguë.Que s'était-elle laissé séduire par les suppositions de Lucy Mervil, puisque c'était elle qui, la première, lui avait donné l'idée de ce roman vécu! Qu'avait-elle accueilli si légèrement, et sans preuves les propos qui en permettaient la crédibilité ?Et tout, tout ce qu'elle avait laissé supposer, tout ce qu'elle avait pu dire aux uns et aux autres, victime de son imagination et de son orgueilleux désir d'être quelqu'un! Elle rougissait de confusion en y pensant.Son illusion avait été si tenace, si épaisse que, comme un brouillard, elle lui avait caché peu à peu la réalité des choses.— Elle avait fini par être absolument sincère dans le rôle qu'elle avait pris.Maisce n'était qu'un rôle, qu'elle jouait; et au début de tout ceci qu'y avait-il?.Un mrnsonge.— Oui, un mensonge.Elle s'était menti à elle-même, après avoir menti aux autres.L'amour de Jehan n'existait réellement que dans son imagination.Elle avait pu lui plaire passagèrement,— elle s'accordait cette petite consolation! — Jamais il n'avait pensé à l'épouser.Du moins, il ne lui en avait jamais laissé supposer l'intention.Mensonges que tout cela! Mais comme elle en était punie! Quelle agonie morale lui causait le réveil de sa conscience devant le fait patent! Jehan revenu pour la démentir, l'écraser de son mépris, de son ironie, alors qu'elle l'aimait! Et pour cet orgueil, qui l'avait entraînée en dehors, ou tout ou moins en marge de la vérité, quel châtiment plus terrible que celui qui l'attendait ?Etre la risée de toute une ville, apprenant qu'elle avait joué la comédie! Et on ne manquerait pas de supposer que c'était dans un but vénal.Le temps, en passant, accroissait son exaltation.Les partis les plus extrêmes se présentaient A son esprit.Elle ne savait lequel adopter.Aucun ne la satisfaisait.La fuite, c'était s'avouer coupable, avant même d'en avoir été convaincue.Pourtant, elle ne se sentait pas la force de le paraître.La seule ressource qui lui restait, était la mort.Non pas un suicide vulgaire, qui la trahirait aussi, mais une mort accidentelle.Ses croyances la défendaient contre cette tentation.Elle la repoussait et demandait à Dieu de la pardonner.et de la reprendre à cette vie qu'elle avait si mal employée.Inquiète de son silence, sa mère, pourtant, n'osait pas la troubler.M.Delfeuil, qui n'éprouvait aucune inquiétude sur le malaise subit de sa fille, attendait tout épanoui, au salon, son réveil pour la féliciter, et il répétait à sa femme, dans sa vanité satisfaite: PLUS DE 21 MILLIONS VENDUS L'AN DEMIE! ENRAYE, MDOUIEUR DESCORS àl'ù FABRIQUE PAU UNE FAMEUSE MAISON DARTICLES DE PANSEMENTS .IAUEI l BLACK, LTI — Tu vois que j'avais raison de ne pas la détourner d'aller chez madame d'Alte; maintenant Paule va faire un mariage splendide.— Oui, répondait la prudente madame Delfeuil, parce que les choses ont tourné providentiellement bien, mais c'était, pour elle, jouer bien gros jeu! On vint leur apporter un message de madame d'Alte pour Paule.Là, il fallait bien troubler son repos, car il devait être important.Madame Delfeuil entra doucement dans la chambre de sa fille, plongée dans l'obscurité qu'elle avait réclamée.Elle commença par ouvri- les rideaux — Que faites-vous ?clama Paule mécontente, je vous ai dit que j'avais besoin de calme, cette lumière me fatigue.— Elle est nécessaire, lui répondit sa mère, pour te permettre de lire cette lettre que t'envoie madame d'Alte.D'un bond sur son séant, Paule s'en saisit.II n'y avait que deux lignes: "Ma chère Paule, Jehan est revenu! Unissons notre joie comme nous avons uni nos larmes.Baronne D'Alte Paule laissa retomber la cane armoriée, dont la bordure de deuil avait été hâtivement coupée.Madame Delfeuil la ramassa et la lut.— On t'attend là-bas.dit-elle.— Oh! fit Paule, je suis hors d'état d'y aller! Cette émotion m'a brisée, tuée même peut-être ?Je me sens malade, à en mourir.— Non, non, dit madame Delfeuil, c'est une sensation nerveuse.Paule secoua la tête.— Maman, écrivez à madame d'Alte, que j'ai été si remuée par cette nouvelle, apportée par monsieur des Gerbets, que je suis au lit, bien malade.Entendez-vous, dites: "bien malade".Et elle ajouta avec une amertume dont le sens échappa à sa mère: — Cela, c'est la vérité! Madame Delfeuil était trop alarmée de son état pour lui résister.— Ecrivez là, dit encore Paule, mon buvard est sur le bureau; vous le voyez ?BIENFAISANTE AUX PERSONNES ÂGÉES Aux repas, entre les repaset au coucher OV4LTINE ALIMENT-TONIQUE LIQUIDE Page 50 La Revue M o il < i r n e — Montréal, Octobre lu.; j2)ouee et embaumée ' /a mousse du Savon B&by's Own vzjde à maintenir bl&nehe et Saine h pe-àU de Bébé- "Le meilleur pourBébé et pourVcus* Je veux lire votre lettre avant que vous l'envoyiez."Madame la baronne, écrivit madame Delfeuil, ma fille a été si émue de l'heureuse nouvelle que, ce matin, monsieur des Gerbets lui a fait connaître, qu'elle a eu une grave syncope, et est à présent au lit, bien malade.Cela ne l'empêche pas de partager votre joie à laquelle nous nous unissons, mon mari et moi.Veuillez être assurée, madame la baronne, de nos sentiments respectueux".Madame Delfeuil tendit la carte à sa fille.— Recommencez, dit celle-ci, on n'écrit pas: "madame la baronne", à une égale.Et pas de sentiments "respectueux": "distingués", c'est assez.Madame Delfeuil haussa les épaules, mais céda.A ce moment son mari entrait, jovial.11 vint embrasser Paule.— Eh bien, ma petite! nous voilà contente! trop contente puisque tu en es malade! mais ce n'est rien, ou plutôt ce ne sera rien, fit-il avec un souriant optimisme.Ce soir, les roses refleuriront sur tes joues.Et sur tes robes, ajouta-t-il en riant, car en voilà fini avec les toilettes noires, ma petite baronne d'Alte! Paule haletait de souffrance devant ces propos, les larmes l'étouffaient, la fièvre l'avait prise et désordonnait les battements de son cœur, sa peau était brûlante et son visage, rouge comme braise allumée.— Je suis très souffrante, fit-elle, je l'ai dit à maman.Seuls le silence et la solitude peuvent me soulager.Sa mère, ayant achevé sa lettre, était descendue la remettre au porteur.En remontant, elle tâta la main de Paule.— Tu as de la température, dit-elle.— Oui, fit Paule, refermez les rideaux et laissez-moi seule.Sa mère lui offrit des boissons, des calmants.— Un verre d'eau, dit-elle, là, près de moi, et puis, je vous^en conjure, laissez-moi me remettre.— Mais si tu as besoin de quelque chose ?— Je sonnerai, allez, maman, merci.Monsieur et madame Delfeuil sortirent de la chambre.— Je suis inquiète, dit la bonne mère à son mari, si nous appelions le docteur?— Attendons jusqu'à la fin de la journée, répondit-il, ce n'est probablement qu'une crise nerveuse.XV CHEZ madame d'Alte, c'était la joie immense et inespérée du retour.Quand, le matin, Jehan était arrivé, sa mère, rentrant de la messe, prenait son chocolat dans la salle à manger.Le valet de chambre, qui ne le connaissait pas, avait été interdit devant ce poilu sale et déguenillé un peu, qui, sans lui rien dire, était entré tout d'un trait, lui demandant seulement: — Où est madame ?Et il était venu d'un pas assuré dans la salle à manger.Lorsqu'il en eut ouvert la porte, sur le seuil de laquelle il restait, madame d'Alte eut une sensation extraordinaire.Quel était ce soldat?Les traits à demi cachés par son calot, enfoncé jusqu'aux yeux, et sa longue barbe, rappelaient ceux de Jehan.Une ressemblance étrange l'abusait-elle, avait-elle perdu la raison, de se croire en face de celui qui dormait, là-bas, dans les cimetières d'Allemagne ?Elle ne parlait pas: la voix éteinte, la respiration coupée.Elle ne bougeait pas: paralysée par l'émotion.Alors le soldat se découvrit, elle reconnut le beau front de son fils, vit mieux ses grands yeux bleu clair, tandis qu'il s'écriait de son timbre vibrant et joyeux: — Maman! Alors elle se jeta dans les jeunes bras qui se tendaient vers elle avec une joie et une tendresse intraduisibles.Mais, bientôt, elle s'arracha de l'étreinte passionnément affectueuse, pour tomber à genoux.— Merci, mon Dieu! dit-elle de toute son âme.Puis, se relevant, elle revint à son Jehan bien-aimé.Elle était tellement possédée du bonheur de le revoir, qu'elle ne songeait même pas à lui demander par quel miracle du sort il était revenu, après tant d'années de mortel silence.Elle le regardait, elle l'embrassait, elle tâtait ses bras amaigris, ses mains diaphanes, caressait son visage creusé, sa longue barbe blonde, qu'il avait laissée pousser durant sa captivité, et qui le changeait tant.Elle remarquait la pâleur de ses joues et l'éclat un peu fébrile de ses yeux, mais rien ne l'inquiétait.Il était là, près d'elle, elle saurait conjurer la faiblesse ou la maladie et réparer ses forces.Lui, jouissait de la tendresse passionnée de cette mère qu'il aimait beaucoup aussi, d'une affection mêlée d'un peu d'apitoiement, se sachant le seul but et la seule joie de sa vie; et prenant en considération ce qu'elle avait dû souffrir se le voyant ravi, comme ce qu'elle ressentait en le retrouvant.Ils ne se parlaient même pas.— Depuis quand, lui dit-elle enfin, es-tu libre ?Où donc étais-tu ?Tu as été malade, blessé peut-être?.On t'a donc retenu ?Pourquoi ?Les questions, maintenant, se pressaient sur ses lèvres avec une telle volubilité qu'elles le faisait sourire.— Je vais vous dire, fit-il, mais auparavant si vous finissiez votre chocolat et m'en faisiez apporter une autre tasse.J'ai voyagé toute la nuit, je meurs de faim.11 avait faim et elle n'y avait pas songé! Riant et pleurant à la fois, elle sonna.Mais, devant le domestique, ses habitudes ancestrales de dignité et de tenue la reprirent sous leur joug.— Qu'on apporte tout de suite, très vite, du chocolat à monsieur le baron, dit-elle.Le valet de chambre retourna à la cuisine, éberlué.— Monsieur le baron! ce sale poilu ?— Dis donc, fit la cuisinière, ce doit être le fils de madame.Jehan, maintenant, racontait sommairement à sa mère l'histoire cruelle de sa longue captivité, dont les détails étaient revenus aux oreilles de M.des Gerbets, qui les avait exactement rapportés.Elle les écoutait avec intérêt, frissonnant d'orgueil aux récits de la bravoure avec laquelle il avait voulu s'évader, et d'horreur à ceux des tortures qu'il avait subies.Mais, tout, pour elle, restait au second plan, s'effaçait devant sa joie ultime de l'avoir retrouvé.Et dans l'effusion de cette joie, elle s'écria: — Que Paule va être heureuse! — Paule ?interrogea Jehan.— Oui, ta fiancée.ta charmante fiancée! Ah! si tu me retrouves debout, c'est bien à elle que tu le dois, car, quand j'ai perdu tout espoir de te revoir, j'aurais sombré dans le désespoir sans le secours de son tendre dévouement.— Ma fiancée! répétait Jehan interdit, je ne suis pas fiancé! — Tu ne l'es pas officiellement, mon bien-aimé, et je te pardonne bien, n'en doute pas, la cachotterie que tu m'avais faite de ton amour et de tes projets.D'abord, c'est ma faute si elle s'est prolongée, j'aurais dû comprendre les allusions que, plusieurs fois, tu m'as faites à ce sujet.mais j'étais si loin de soupçonner!.je n'ai pas saisi.— Encore une fois, dit Jehan passant la main sur son front comme pour écarter les images qui troublaient sa lucidité, je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler.— Comment, fit sa mère soudainement inquiète de ce manque de mémoire qui pouvait lui faire craindre les pires catastrophes, tu ne te rappelles pas?Puis, voulant se rassurer elle-même, elle ajouta: — Il est vrai qu'ayant subi un telle épreuve, tes souvenirs peuvent être un peu confus.— Ils le sont évidemment, convint Jehan, je ne retrouve pas, en eux, trace de la jeune fille dont vous m'entretenez.— Quoi, fit si mère sérieusement alarmée, tu as oublié Paule Delfeuil ?— Paule Delfeuil! fit Jehan avec un grand soupir de soulagement devant ce nom qu'il reconnaissait, attendez donc, il me semble que je me souviens.Paule Delfeuil, une grande brune.ah! non, je confonds!.une petite blonde plutôt ?.— Une blonde, en effet, fit sa mère l'aidant, mais pas si petite.— Oui, moyenne je nie rappelle maintenant, n'avait-elle pas beaucoup d'entrain, beaucoup d'esprit?— Si, répondit madame d'Alte, et beaucoup de coeur.Elle t'aime tellement! — Elle m'aime?fit Jehan de nouveau déconcerté.— Passionnément! Tu n'as pas le droit d'en douter, toi qui l'as aussi aimée.— Je l'ai aimée?.répéta Jehan soucieux, de cela je ne me souviens pas.— Et vous vous étiez fiancés.Elle t'est demeurée fidèle, pauvre petite, et avec tant de dignité et de courage! Car elle aussi a beaucoup souffert de ta perte.Nous mêlions nos larmes.Après ces mots, qui le bouleversaient, Jehan se tut.Qu'est-ce que cette histoire de fiançailles dont il ne se rappelait nullement, ce qui l'empêchait de la croire réelle ?Le sens de la mémoire était-il donc obnubilé chez lui ?11 y avait certainement une lacune dans ses souvenirs."Est-ce que je perds la raison ?" se demanda-t-il avec une telle anxiété que, pour ne pas éveiller, dans la pensée de sa mère, les craintes qui le hantaient, il n'osa pas se montrer trop catégorique dans le déni de son prétendu engagement.Et sa mère se taisant, si visiblement tourmentée de cette absence de mémoire que cela augmentait son propre émoi, il reprit au bout d'un moment: — Vraiment, après des années d'exil et de prison, on a un peu perdu le sens des choses.Tout vous est surprise, tout vous est étonnement en rentrant au milieu du monde civilisé.C'est même trop à la fois pour un pauvre cerveau désappris de communiquer avec ses semblables.Peu à peu je reprendrai le courant de la vie.Mais, ajouta-t-il, revenant à sa principale préoccupation et désireux de l'éclaircir, c'est mademoiselle Paule Delfeuil qui a dit que nous étions fiancés?— Qui en a convenu, c'est autre chose, fit sa mère, la pauvre enfant avait gardé courageusement le secret de son chagrin de ta disparition et de son amour.Même ses parents l'ignoraient.Mais il a été deviné! Sa tristesse avait mis sur la voie, puis son émotion quand son amie, mademoiselle Gautin, a perdu son fiancé.On a rapproché ces indices de tes assiduités auprès d'elle, tes amis ont rappelé tes sentiments à son endroit.Alors votre amour réciproque a été une évidence.Elle n'en voulait pas convenir encore, mais le jour où, te croyant mort, j'ai fait chanter un service pour toi, j'ai remarqué, à l'église, sa peine et ses larmes.Je l'ai priée de venir me voir.Elle a accédé à ma demande et, depuis, chaque jour, elle m'a apporté le réconfort de son affection et de son dévouement.Nous parlions de toi ensemble.Elle retrouvait en moi quelque chose de son Jehan bien-aimé, et moi, c'est en ton nom, en souvenir de toi, que je l'accueillais.Je n'y avais pas de mérite.elle est si agréable et, surtout, elle t'aimait tant! Jehan écoutait ces explications dans un sentiment complexe.Elles paraissaient plausibles, s'enchaînaient à merveille, étayées sur des témoignages irrécusables, mais il les entendait comme l'histoire d'un autre, pas la sienne, puisqu'il ne se souvenait point y avoir participé.— Je ne comprends rien à cet imbroglio, dit-il, je me rappelle maintenant mademoiselle Delfeuil, mais comme une vague relation mondaine.Je ne l'ai point aimée, jamais je n'ai pensé à l'épouser! — Alors, comment se fait-il ?reprit madame d'Alte plus inquiète encore.— C'est une chose à éclaircir, dit Jehan, et nous le ferons.Mais il en est bien d'autres que je désire savoir.Vous et moi, Fi< lancée Imaginaire cela suffit à l'heure présente après tant d'angoisses de votre côté et de tristes^ -, du mien.L-aitretenez nuli plutôt de von,, de tout ce que vous avez fait depuis il s années que je n'ai eu de vos lettres.Pensez que j'ignore tout de vous, de nus parents, de nos amis, de notre pays, < • la France! Je sors d'un enfer où j'éta s privé de toutes nouvelles.Madame d'Alte, très étonnée de l'ii différence de son fils pour celle à laquelle elle le croyait si attaché, ne voulut pa néanmoins,— ou n'osa pas,— insister.se souvenait-il plus vraiment ?Ce (ail qui r.ilann.iit, elle l'écart.i au moyen d'un-autre hypothèse.Peut-être préférait-il, ne les lui ayant jamais révélés, ne pas p.irli de ses sentiments intimes avant d avoi revu Paule.Alors elle respecta son désu et l'entretint de sa vie pendant ces années de guerre, où elle perdait, chaque joui l'espoir de le revoir.Les heures passaient, Jehan finit par s'en apercevoir.— Maman, dit-il, je vais monter foiri au moins une sommaire toilette, voyez comme je suis malpropre, après huit jours de voyage et en sortant de nia geôle Ma chambre,— et il hésita un peu,— es' toujours la même ?— Penses-tu que j'eusse voulu lui don ner un autre emploi?fit madame d'Alte qui l'y accompagna.En y entrant, la retrouvant exactement la même que lorsqu'il l'habitait, il eut une étrange impression, tant les choses extérieures ont de puissance sur nous 11 lui parut que cinq années étaient abolies, qu'il s'éveillait d'un cauchemar.Dans cet appartement, arrangé naguère par ses soins et à son goût, il retrouvait subitement sa mentalité d'avant-guerre, sa gaîté, son insouciance, sa joie de vivre.La joie de vivre! comme il l'éprouvait à cette heure, après en avoir connu le dégoût et le découragement! Il alla vers la croisée et l'ouvrit.Les mêmes fleurs s'épanouisslient dans le même jardin.Les arbres avaient peut-être grandi ?Ite lui parurent plus feuillus.Le chant des oiseaux lui fut familier.Près du marronnier, c'était toujours le même banc aux lames vertes et la table de fer laquée.Il revint s'asseoir devant son bureau où il retrouva ses livres, ses journaux, sa correspondance, datant de cinq années.Il ouvrit son armoire où il aperçut, soigneusement plié, tout son linge de corps et, derrière l'autre battant, ses vêtements.Se retournant vers sa mère qui assistait, silencieuse, à sa rentrée dans la vie normale il lui dit: — Vous m'attendiez donc toujours, ma pauvre maman, que tout cela est intact comme à mon départ ?— Non, répondit-elle, je ne t'attendais plus! mais je voulais que les choses matérielles gardassent ton souvenir dans une fidélité immuable.Jehan vint l'embrasser.— Envoyez-moi le valet de chambre, dit-il, et qu'il m'apporte de l'eau chaude, je n'ai que le temps de m'habiller avant le déjeuner.C'est toujours à midi ?— Toujours, veux-tu un bain ?— Oh oui! fit-il avec empressement, comme s'il avait oublié cette douceur, oui, si cela ne doit pas me mettre en retard ?— Tu as bien le temps, dit sa mère.Elle descendit donner ses ordres et, pendant que Jehan faisait sa toilette, elle s'empressa d'envoyer à Paule son message et de prévenir aussi quelques amis de son bonheur retrouvé.A l'heure exacte, Jehan reparut dans la salle à manger, le teint reposé et rafraîchi, bien coiffe, vêtu de ses habits civils qui flottaient un peu sur son torse amaigri, mais soigné, élégant, joyeux comme autrefois.—¦ Voilà votre Jehan d'avant-guerre, maman, lui dit-il en l'embrassant, à la barbe près, toutefois, mais je m'en débarrasserai ces jours-ci.— Pourquoi ?dit madame d'Alte, elle te va très bien.— Non, je ne la garderai pas, elle me rappelle de trop vilains jours.Puis s'asseyant à table à sa place d'autrefois, il continua: — Malgré mon chocolat de tantôt j'ai une faim de loup et je suis tout disposé à déguster les bons petits plats de .Comment s'appelait donc votre cuisinière: Julie, Sophie, Euphémie? a Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 9 3 J Page 51 : Fiancée Imaginaire :: — Sophronie, fit sa mère en riant à sa clic humeur, main te n'est plus elle, j'en i déjà eu trois ou quatre depuis.Le i-mps n'est plus où l'an gardait cinq ou ix ans ses domestiques.— Je vous le disais, fil Jehan, tout est hangé, partout, et en toutes choses.Je ic m y reconnaîtrai plus! Si vous saviez e que j'ai déjà eu d'étonnements depuis i|Uf j'ai passé la frontière! L'habillement des femmes, par exemple! Vous aussi, ious avez des jupes courtes! Ce que cela modifie votre silhouette! — Et encore les miennes sont longues, lit madame d'Alte, je ne suis la mode, de irès loin, que pour ne pas me singulariser.— Mais vous vous coiffez toujours de même.J'aime vos cheveux relevés, je ne les imaginerais pas autrement.Seulement ils ont un peu lilanchi, ma pauvre maman! — Dame! il y avait de quoi! — Je vous trouve aussi plus pâle ?— C'est tout ce noir, dit-elle, j'aurais voulu le quitter, maintenant, que,— Dieu en soit loué! — il n'a plus de raison d'être, mais je n'ai rien d'autre dans ma garde-robe! Elle ne disait pas que, pour descendre, elle avait arraché littéralement le crêpe qui garnissait sa robe de deuil.Au milieu de leur repas, on apporta une lettre à madame d'Alte; c'était celle de madame Delfeuil répondant à la sienne.Elle la décacheta vivement, étonnée de ne pas reconnaître l'écriture de Paule.A sa lecture, un cri lui échappa: — Paule est malade! — Mademoiselle Delfeuil?fit Jehan, comment le savez-vous ?— Sa mère me l'écrit.C'est l'émotion de ton retour qui l'a trop violemment secouée.— Elle l'a déjà appris ?Pour toute réponse madame d'Alte lut à son fils la lettre de madame Delfeuil.— Ah! si monsieur des Gerbets connaît mon retour, tout Ville-Abbé, à l'heure présente, en est informé! Philippe de Bals, que j'ai rencontré à la gare, l'aura mis au courant.— Et il s'est précipité chez les Delfeuil, continua madame d'Alte, il aura appris cela à Paule sans ménagement.Pauvre petite, elle est si sensible!.Et, relisant la lettre encore une fois, elle répéta: "Grave syncope, bien malade".Une autre préoccupation hantait Jehan.— Vous avez prévenu la famille Delfeuil de mon arrivée?demanda-t-il.— Oui, j'ai envoyé de suite un mot à Paule.N'était-elle pas la première que je dusse avertir de ma joie, en la préparant à la sienne propre, de te voir ?Si tu le veux bien, nous irons chez elle cette après-midi.— Je n'irai pas chez les Delfeuil, maman, fit Jehan.A quel titre m'y présen-terais-je ?A vous entendre, on m'y accueillerait comme un fiancé.Or, je vous le répète, je ne suis pas fiancé à mademoiselle Delfeuil.— Alors?questionna madame d'Alte, interdite.— Que voulez-vous que je vous dise, sinon mon impression de tout à l'heure ?11 faudra que cette histoire s'explique, mais je ne suis pas en état de m'en occuper dès aujourd'hui.Je ne veux pas bouger d'ici, ni voir personne.Donnez-moi quelques jours pour me reprendre, chère maman, je vous assure que je n'ai pas encore recouvré mon équilibre moral, et qu'il me faudra, pour cela, quelque délai.Laissez-moi le temps de ressusciter, dit-il, en riant à présent, fermez votre porte aux visiteurs, peut-être très affectueusement empressés, mais qui me mettraient en fuite, et bientôt, je pourrai faire ma rentrée dans le monde en possession de toutes mes facultés.Sa mère n'insista pas; malgré sa gaîté, elle lui trouvait l'air las d'un convalescent.On prit le café au jardin, sous le grand marronnier.Madame d'Alte causait beaucoup.Jehan, peu.Allumant sa cigarette il restait songeur.— Qu'as-tu ?lui demanda sa mère.— Moi, rien du tout, mais j'ai perdu l'habitude de parler après tant de mois de solitude et de silence dans ma prison et dans mon hôpital.Madame d'Alte le comprit et la fatigue intellectuelle qui l'anéantissait un peu.Tout à coup, regardant autour de lui, il murmura: — Me revoir ici, quel rêve! Et vous avoir retrouvée saine et sauve, maman! Savez-vous que tout mon voyage a été hanté de la crainte que vous ne fussiez plus.La chaleur de ce jour de juin devenait plus lourde.Jehan y succombait, s'alan-guissant dans un demi-sommeil.Il le secoua en se levant: — Je vais faire la sieste, dit-il, il y a si longtemps que je n'ai couché dans un vrai, un bon lit.C'est une volupté que je n'ai pas le courage d'attendre jusqu'à ce soir.Sa mère l'accompagna dans sa chambre pour s'assurer qu'il ne manquait de rien et, l'embrassant encore, le laissa se reposer.Il dormit jusqu'à sept heures du soir! Pourtant son sommeil aurait dû être troublé par le bruit répété de la sonnette de :i rue.Comme Jehan l'avait prévu, tout Ville-Abbé, maintenant, savait son retour quasi miraculeux, et chacun se précipitait chez madame d'Alte pour lui témoigner une heureuse sympathie.Comme on avait partagé sa peine, on s'associait à sa joie.Les uns venaient mettre leur carte, d'autres, demander à la voir, c'était une procession.Profitant de ce que Jehan dormait, sans précisément ouvrir sa porte, elle l'avait entre-baillée pour les plus intimes, trop contente de pouvoir communiquer son immense bonheur.M.des Gerbets vint des premiers; il aurait bien voulu voir, de ses yeux, le ressuscité, et madame d'Alte eut grand'-peine à l'en décourager.— Je lui eusse aussi donné des nouvelles de sa fiancée.Vous savez qu'elle s'est évanouie dans mes bras ?Et il raconta la scène.Madame d'Alte l'écouta avec gTand intérêt.— Pauvre enfant! conclut-elle, j'espère que cela n'aura pas de suites fâcheuses ?— Assurément non.Jehan ira-t-il, après sa sieste, s'informer d'elle '.— Mais je vous dis qu'il veut absolument prendre quelques jours d'entier repos dans une retraite complète.Il est très déprimé, il faut avant tout qu'il se remette.Du reste, d'après ce que m'a écrit madame Delfeuil, Paule ne pourrait le recevoir.— Ah! fit la curiosité éveillée de M.des Gerbets, madame Delfeuil vous a écrit ?— Elle m'a appris la maladie de Paule.Il aurait peut-être poursuivi son interrogatoire mais l'entrée de madame de Pays l'interrompit et il se retira.XVI 1A situation, pendant quelques jours, .demeura sensiblement la même chez les Delfeuil comme chez les d'Alte.Paule reste souffrante, sinon même malade: elle ne quitte pas son lit.Le docteur, appelé, ne lui trouve aucun organe atteint, mais, prévenu qu'il était des événements passés, un grand ébranlement nerveux et, suggestionné peut-être par les désirs de la jeune fille, il a déclaré que, pour s'en remettre, il lui fallait du temps, du repos et un calme absolu.Paule a interprété cette prescription à sa guise.Le repos, c'est le lit; le calme absolu, c'est la solitude.Ainsi étayée par l'avis du médecin, sa volonté a dû s'imposer.Madame Delfeuil n'a pu que s'incliner, mais tout cela trouble son entendement.Avoir failli mourir de joie de savoir revenu un fiancé passionnément aimé, et ne pas chercher à le revoir! Elle ne s'explique pas cela.Elle s'explique encore moins que Jehan d'Alte ne soit pas accouru, tout de suite, près de celle qu'il aime.Chaque jour, madame d'Alte fait prendre verbalement, par sa femme de chambre, des nouvelles de Paule.C'est tout, et madame Delfeuil estime que c'est peu.Pourtant, de la part de madame d'Alte, c'est déjà beaucoup.La joie immense de revoir son fils est, non pas diminuée, ma;s troublée par le déni de ses fiançailles avec Paule.Les faits parlent contre son dire, semble-t-il, pourtant, seul il peut savoir s'il s'est oui ou non engagé vis-à-vis de la jeune fille.Certainement, il y a en tout ceci un mystère.Qui l'éclaircira ?Si Jehan s'était fiancé sans le lui dire, et craignait sa désapprobation, il devait être désormais rassuré par l'accueil, qu'en son absence, elle avait réservé à celle qu'il aimait.Mais l'aimait-il encore ?Peut-être, après tant d'années de séparation s'était-il détaché d'elle et ne voulait-il plus poursuivre ses antérieurs projets ?Qu'allait-il, alors se passer ?Dans l'impossibilité de le prévoir, madame d'Alte ne veut pas couper les ponts, ce qui explique la démarche quotidienne qu'elle fait faire, près de celle qui lui est toujours si chère, pour lui prouver son intérêt persistant.Elle n'osait guère interroger Jehan sur la question épineuse qui la tourmentait.Elle ne voulait nullement l'inlluencer au point de vue de son avenir.Et, par-dessus tout, elle était attentive à ne pas le troubler ni le contrarier.Lui, se laissait vivre dans une insouciance délicieuse qui touchait presque à l'inconscience.Il ne pensait à rien, ni au dur passé, ni au souriant avenir.Le seul présent lui semblait tellement agréable qu'il s'y abandonnait entièrement.Il jouissait de tout: de son retour en France, de sa sécurité, de son indépendance, du repos qui ne lui était pas mesuré, de la tendresse de sa mère, du confort de ses habitudes, de sa vie facile et sans soucis, du soleil, des fleurs, de l'espace, de tout ce dont il avait été privé.Pourtant, une ombre venait un peu obscurcir sa joie, mais plus faiblement que celle qui ennuageait l'horizon d'âme de madame d'Alte.C'était le souvenir des propos avec lesquels elle l'avait accueilli, l'entretenant de ses fiançailles comme d'un fait acquis.S'il n'en parlait pas, il y pensait beaucoup.Une réflexion approfondie ne lui rappelait rien de ce genre.S'il s'était engagé, il s'en serait souvenu.S'il avait aimé mademoiselle Delfeuil, il ne l'eût pas oubliée.Peut-être avait-il fait une cour un peu vive à cette jeune fille ?Il n'en avait pourtant pas conscience, mais il aimait à plaisanter avec les jeunes femmes.Avait-il tenu à celle-ci, en riant, des propos inconsidérés qu'elle aurait pris au sérieux ?Il ne trouvait que cette explication à la situation présente et cela ne le satisfaisait point, car, eût-elle été exacte, elle eût prouvé que la jeune fille avait pu se croire aimée; mais, de là à des fiançailles, un pas immense restait à franchir, qui ne l'avait pas été.De son coté, il ne s'était certainement agi que d'un marivaudage sans conséquence.Mais si la jeune fille avait pris pour argent comptant la déclaration que, peut-être, il lui avait faite en plaisantant ?Avec une personne de cette éducation, ayant les croyances et la chasteté de Paule, parler d'amour c'est parler de mariage.Elle s'était sans doute persuadée que Jehan voulait l'épouser.Comme elle n'avait pas dû,— cela il ne se le rappelait pas non plus,— repousser ses avances, elle avait cru acquiescer à sa demande, et c'est ainsi, selon toute probabilité, qu'elle avait pu se prévaloir de ces fiançailles qui, pourtant, n'avaient jamais existé que dans son imagination.Tout ce roman, alors, ne serait né que d'une illusion?.Le rétablissement de la vérité s'imposait.Mais comment y arriver?Tout s'était uni pour fortifier la jeune fille dans sa méprise: les observations de ses amies à elle, les assertions de ses camarades à lui-même, puis l'accueil maternel que lui avait fait madame d'Alte, croyant le réserver à la fiancée de son fils.Jehan avait la sensation d'être pris dans un écheveau de circonstances qui l'emprisonnaient comme des fils enchevêtrés.Pour s'en dépêtrer, il faudrait en couper quelques-uns, briser un cœur de jeune fille, contrister sa mère.Ces difficultés l'effrayaient, il ne savait comment les aborder, et remettait de jour en jour de le faire.A chaque pas, il retrouvait, chez lui, le souvenir de Paule.Lin des premiers jours, il s'était extasié devant un merveilleux bouquet, où les genêts d'Espagne aux fleurs d'or, les pivoines blanches, et les lys jaunes étaient groupés en une harmonie parfaite.— C'est Paule qui l'a fait, lui avait dit sa mère.Une autre fois, il remarqua, sur une petite table du salon, un jeté de broderies anciennes d'un goût délicat.— C'est l'ouvrage de Paule, dit encore madame d'Alte, elle m'a arrangé cela avec de vieux bonnets, retrouvés au grenier.Ce coussin de toile grise, au jardin, c'était encore elle.Elle, la disposition nouvelle des précieuses porcelaines et faïences dans la vitrine du salon.C'était elle qui avait choisi cette tenture neuve.Elle qui avait donné l'habitude de servir le thé sous le grand marronnier, les jours de beau temps.C'était elle qui lisait à haute voix ce livre à demi coupé, resté inachevé.Jehan était comme imprégné de sa présence occulte.Il lui en venait maintenant une curiosité de la revoir.11 l'avait connue intelligente, très avisée, même, mais Je possède cette COUVERTURE depuis 11 ans et je Y ai lavée régulièrement! 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Les conjectures en découlèrent non moins rapidement.On savait pertinemment qu'il n'était pas allé chez les Delfeuil.On n'ignorait pas davantage la maladie soudaine de Paule, qu'on ne voyait plus.Alors la conclusion s'imposa: ses fiançailles étaient rompues et la jeune fille en était malade de chagrin.M.des Gerbets fut l'un des premiers à le supposer.Depuis le retour de Jehan d'Alte, M.Delfeuil n'avait pas para au 1 Pagt 52 Lu Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 U 3 ù cercle; impossible donc d'être fixé par lui.Il était dans le caractère du chevalier de prendre, comme il le disait volontiers, le taureau par les cornes, aussi il se rendit tout droit à l'hôtel d'Alte.Son fils absent, la baronne recevait.Son austère retraite n'avait, pas plus que son deuil, de raisons d'être.Elle sortait de l'une et de l'autre pour reprendre son ancien train de vie.— Quoi! chère amie, lui dit M.des Gerbets en entrant, qu'apprends-je ?L'oiseau serait déjà envolé?— Oh! très temporairement, il est allé se faire démobiliser.— Ah! je comprends une affaire de deux jours .— Un peu plus, il reprendra, en passant, «•intact avec Paris.Puis il vous reviendra?— J'y compte bien.J'ai été assez privée de lui pour ne plus accepter de séparation.- Figure/vous, chère amie.Et, prenant sa figure la plus fermée, M des Gerbets conta à madame d'Alte le bruit persistant, qui courait la ville, de la rupture des fiançailles, de son fils.Il présenta la chose comme une information plus ou moins certaine, mais n'ajouta aucune appréciation personnelle sur le fait lui-même, l.e vieux routier voulait, avant de s'engager plus avant, savoir d'où venait le vent.Madame d'Alte parut vivement contrariée de cette communication et, pour ne pas s'abandonner au déplaisir qu'elle lui causait, eut une réponse brève au point d'en être ambiguë.- Que peut-on savoir de tout cela ?— Rien, probablement, fit le chevalier des Gerbets, des suppositions On s'attendait à voir les fiancés tomber dans les bras l'un de l'autre, termina-t-il avec sa coutumière ironie.— On oublie que Paule est malade, dit madame d'Alte, ou bien on l'ignore.— On l'ignore si peu qu'on attribue sa maladie au désespoir que lui cause l'infidélité de son fiancé.- Dieu! que les gens sont bêtes! fit madame d'Alte exaspérée."Tenez, fit-elle au bout d'un moment de silence, pendant lequel elle tenta de reprendre son sang froid, parlons d'autre chose, monsieur des Gerbets, car cette malveillante curiosité me fait sortir de mes gonds.La baronne était très gênée de la situation équivoque que la mentalité de Jehan lui faisait à lui comme à mademoiselle Dclfeuil.Elle en souffrait, même.Evidemment, cette souffrance était relativement bien légère en comparaison de la joie du retour de son fils; mais elle avait tellement associé son souvenir à la pensée de la jeune fille, qu'elle était complètement désorientée de la scission qui se manifestait entre eux.Elle devinait, aussi, la tristesse et sansdoute l'inquiétudede Paule, devant l'abstention de toute démarche de son fiancé, et eût bien voulu y apporter remède.Sa place lui semblait indiquée au chevet de celle qui, depuis des mois, s'était entièrement consacrée à elle, et réellement son cœur l'y eût conduite, mais qu'aurait-elle pu lui dire, avec la crainte d'être ensuite désavouée par Jehan ?Alors elle ne se montrait pas!.Monsieur et madame Delfeuil, à mesure que les choses se prolongeaient, étaient de plus en plus outrés de l'attitude de monsieur et de madamed'Alte à leur égard.Est-ce que la première visite du fiancé, après son retour chez sa mère, n'appartenait pas à la fiancée?Où bien, si l'état de celle-ci ne l'autorisait pas, sa mère, qui n'avait eu aucun scrupule d'accaparer Paule si longtemps, n'aurait-elle pas dû remplacer son fils, et être son interprète près de leur fille ?Ce fut dans ces sentiments qu'ils apprirent le départ de Jehan, sans savoir le but de son voyage.Alors, leur mécontentement ne connut plus de Ixirnes.Qu'était ce gentilhomme qui se conduisait comme un pleutre, disait M.Delfeuil, s'être engagé à sa fille et la délaisser ensuite! Il ne parlait de rien moins que d'aller lui en demander raison, et sa femme,—après avoir inutilement et imprudemment rappelé maintes fois qu'il avait toujours été favorable à ces fiançailles, tandis qu'elle ne les avait jamais vues d'un bon œil,— était, à présent, obligée de le calmer.Rien n'était perdu encore, ni définitif.Sinon madame d'Alte eût-elle envoyé chaque jour prendre des nouvelles de Paule ?Alors il fallait s'expliquer avec elle, clairement et une bonne fois, ripostait M.Delfeuil, offensé dans son orgueil par les racontars qui couraient la ville, et lui étaient tellement désobligeants qu'il se terrait, tant qu'il le pouvait, n'osant même plus se montrer à son cercle, car lui aussi redoutait les questions.Il n'avait pas assez d'empire sur soi-même pour cacher son ultime mécontentement à Paule qui se remettait très lentement, mais peu à peu.— Vois, lui disait-il, où nous a menés ton aveugle confiance en ce jeune homme, qui la méritait si peu! Que va-t-il se passer maintenant ?Comment sortirons-nous de cette impasse?Qu'attends-tu de l'avenir ?— Qu'en sais-je, faisait Paule, que ces reproches irritaient autant qu'ils la con-tristaient, et pourquoi me poursuivre de vos récriminations?Est-ce ma faute si Jehan à changé d'avis?— Changé d'avis, fulminait M.Delfeuil changé d'avis! Je voudrais voir cela! Nous ridiculiser tous, ainsi, aux yeux de la ville entière! Ah! cela ne se passera pas ainsi! Paule, alors, était terrifiée à la pensée des démarches que le dépit pouvait dicter à son père, et ces craintes s'ajoutaient à sa torture morale.Ah! qu'elle payait cruellement, avec le sang de son cœur, son imprudent mensonge du début! L'expiation en était si affreuse qu'elle dépassait peut-être même la faute commise dans une inconscience qui la diminuait.Mais elle ne s'en excusait pas.Elle courbait la tête sous le coup qui la frappait, le jugeant mérité.Alors qu'elle se tordait, sur sa couche, de tristesse, de remords et d'inquiétude, les visites et les cartes affluaient à la porte de madame Delfeuil,— comme à celle de madame d'Alte,— pour féliciter Paule et ses parents de la résurrection du fiancé."Bientôt, pensait Paule avec la plus douloureuse amertume, les condoléances de la rupture des fiançailles imaginaires pleuvront de même!" Elle ne s'ouvrait d'aucun de ses sentiment à sa mère, ne pouvant le faire en toute vérité, et cette impossibilité de s'épancher augmentait encore sa peine.Madame Delfeuil, de son côté, souffrait du manque de confiance de sa fille.Elle souffrait aussi de son visible chagrin, sans trop oser lui en parler.Enfin, plus prudente que son mari, elle se gardait de toute appréciation sur la conduite des d'Alte, qui eût pu, leur étant répétée, compromettre l'avenir.Si le château en Espagne de Paule s'écroulait, il ne fallait pas qu'ils y eussent donné un coup de pioche, ni elle ni M.Delfeuil.Cela l'incitait aussi à ne voir qui que ce soit, prenant prétexte de la maladie de Paule; et, obligée de sortir, quelquefois, pour ses courses de ménage, elle les faisait en courant, aux heures les plus matinales.Un jour, pourtant, elle rencontra M.des Gerbets.— Comment va Paule l dit-il l'abordant.— Seulement mieux.— Il serait bon que ce fût plus vivement, et qu'on la revoie.Il court des bruits absurdes, vous savez?— Oh! dit mad une Delfeuil, on ne peut empêcher les gens de parler, cela a peu d'imporlance.— Je ne trouve pis, quand il s'agit d'une jeune fille.On raconte que Paule est malade de chagrin.Madame Delfeuil haussa les épaules pour se dispenser de répondre.— Et que ses fiançailles sont rompues?On arrivait rue de la Tannerie, devant la maison des Delfeuil.— Tenez, fit madame Delfeuil lui montrant, de loin, comme réponse une femme qui sonnait à sa porte; vous voyez cette personne, c'est la femme de chambre de madame d'Alte.Chaque matin, celle-ci l'envoie prendre des nouvelles de Paule.— Alors que ne vient-elle la voir elle-même ?Pourquoi Jehan est-il reparti sans se présenter chez vous ?—• Parce que, répliqua vertement madame Delfeuil, madame d'Alte, comme son fils, savaient que Paule ne pouvait les recevoir.Et son ton acerbe, qui n'avait d'autre motif que sa contrariété de ces investigations dans leurs secrets de famille, induisit tellement bien en erreur M.des Gerbets, que, quittant madame Delfeuil qui rentrait chez elle, il murmurait à part lui: "Ah! bah! est-ce du côté de Paule que viendrait la rupture?Eh! eh! cela serait assez piquint et curieux à connaître".XVII AU bout d'une semaine, comme il l'avait .promis, Jehan revint à Ville-Abbé.Il n'avait pas prévenu de son arrivée.Quand sa mère, un peu avant l'heure du dîner, le vit entrer au salon, elle eut un cri de joie.Ce n'était plus le prisonnier qui revenait, ni le combattant, c'était son beau Jehan d'avant-guerre, ayant dépouillé, avec l'uniforme sali et usé, la mentalité de sa longue captivité, et repris son élégance, son allant et sa gaité d'autrefois.Sa longue barbe était tombée sous les ciseaux du coiffeur, qui n'avait respecté que l'affreuse petite moustache étroite, devenue à la mode.Ses jolis cheveux blonds étaient peignés en arrière, découvrant le dessin très pur de son front.Ainsi, il avait l'air très jeune, plus même peut-être que son âge.Il restait visiblement amaigri et pâli encore, mais son air de vie et de santé ne permettait pas de s'en inquiéter.Sa mère, après l'avoir longtemps embrassé, ne se lassait pas de le regarder.— Comme tu es beau, mon Jehan! Il souriait, heureux, et la laissait dire.Il s'informa des occupations de sa mère en son absence.— Je me suis ennuyée, dit-elle, d'abord et surtout.Ma maison, de nouveau vide, me donnait le cauchemar.Il me semblait être retombée dans ma misère.Pour changer mes idées, j'ai reçu, et fait quelques visites: partout j'ai trouvé, à ton endroit, la plus vive sympathie et le regret de ne t'avoir pas encore vu.— Je vous reviens, à ce sujet, dans les meilleures intentions, répondit Jehan gaie- :: Fiancée Imaginaire :: ment, et disposé à me prêter à toutes le» effusions de vos amis.Je renonce à la retraite qui, les premiers jours, m'a été si douce.Je m'abandonne à votre vouloir.Vous pouvez me présenter en liberté a qui il vous plaira, je tâcherai de vous faire honneur.— Tu me fais d'abord plaisir, lui dit sa mère.On te savait si peu sauvage que ta façon de te dérober à toute reconnaissance étonnait.Alors, quand on viendra me voir, je te ferai appeler?.— Et j'accourrai! — Puis nous ferons quelques visites ensemble, surtout aux environs, car bien des gens sont déjà partis pour la campagne.— Nous ferons le9 visites que vous voudrez.La mère et le fils, après le dîner, étaient revenus au salon dont les fenêtres étaient restées ouvertes.On apercevait le jardin sous la clarté demi-lunaire qui, succédant immédiatement au crépuscule, n'avait pas laissé la nuit interrompre la lumière.Le marronnier faisait, au milieu de cette lumineuse perspective, une grande tache d'ombre qui se prolongeait de quelques massifs d'arbustes.l.e sable des allées paraissait blanc sous cet éclairage fantastique, et les fleurs prenaient, de sa transparence légère, des teintes opalines.C'était un décor délicieux.Quoique peu sentimental par nature, Jehan avait été sevré de tant de jouissances qu'il se montrait plus sensible à la beauté des choses.Il s'accouda sur le balcon de fer de la croisée, un peu silencieux et rêveur.Sa mère, au bout d'un moment, s'approcha de lui et, passant son bras sous le sien: — A quoi penses-tu ?lui dit-elle.— Et vous ?répondit-il pour éluder la question.— Je pense, dit-elle, à celle qui souffre loin de toi et serait si heureuse d'être ici ce soir! Toi, tu l'oublies.— Non, fit Jehan sincère.Au contraire, je pense sérieusement qu'il n'est plus permis de tarder à éclaircir la situation équivoque qui m'est faite.Maintenant que je vais reprendre rang dans le monde, sortir, voir des amis, il se peut qu'on me parle de mes fiançailles.— Tout le monde t'en félicitera.— Je serai alors dans la nécessité de répondre que je ne suis pas fiancé.— Oh! mon Dieu, fit madame d'Alte consternée, que va devenir ma pauvre petite Paule ?— Vous ne l'avez pas revue?— Non, je n'ai jamais été chez elle — je n'allais nulle part.— J'eusse bien commencé maintenant, surtout la sachant malade, mais que lui dire?Je ne connais pas assez tes sentiments ni tes projets pour lui en parler, alors je me suis abstenue.Mais il m'en a coûté, car je dois lui paraître une ingrate qui, heureuse de son affection dans la douleur, la dédaigne dans la joie.— Mes sentiments, répondit Jehan, ils sont bien simples.Je n'ai jamais songé à épouser mademoiselle Delfeuil.Je n'ai aucune affection particulière pour elle.Je me la rappelle comme une aimable et plaisante jeune fille, avec qui j'ai peut-être flirté certains jours: c'est tout.— Alors comment se dit-elle ta fiancée ?— Cela, c'est ce que je ne puis comprendre.et voudrais bien savoir.— Oui, fit madame d'Alte soucieuse, c'est ce qu'il faudrait approfondir.— Que raconte mademoiselle Delfeuil de nos prétendues fiançailles?— Oh! elle est fort réservée, fort discrète.A peine ai-je pu avoir d'elle quelques détails qui, tu le devines, m'étaient précieux, sur les débuts de ce qu'elle appelait votre amour.Elle m'a confié qu'elle t'aimait depuis les quelques journées qu'elle avait passées chez moi lors de la quête de la Consolation, il y a de cela bien longtemps.— Je me rappelle parfaitement cette circonstance.— Elle m'a aussi parlé de plusieurs réunions où vous vous étiez rencontrés, puis de la dernière fois où vous vous étiez vus, à la veille de la guerre, à une matinée chez madame Vémy.— J'en ai gardé le souvenir précis.c'était le 13 juillet 1914.En effet, j'y ai vu mademoiselle Delfeuil, je l'ai fait danser, nous nous sommes promenés dans le parc.Le roman du mois de novembre TENTATION MORTELLE par Mary Floran .est l'histoire d'un de ces mariages dans lesquels la question argent joue le premier rôle pour un des partis.L'irrémédiable déception pour l'un, la chaîne trop lourde pour l'autre créent une situation douloureuse où devant la triste vérité, l'amour doute encore de sa découverte et clverche à s'illusionner.L'auteur a su nouer une intrigue captivante en plaçant ses personnages dans des alternatives angoissantes qui tiennent le lecteur en suspens jusqu'au dénouement où la paix vient enfin combler le vide des coeurs. u a Revue Moderne — Montréal, Octobre 1935 Page 53 PROTEGEZ VOTRE SANTE LA FORCE MEME DU BOEUF iancée Imaginaire :: — C'est ce jour-là, m'a t-elle dit, que vous vous êtes fiancés.— Là, je perds la tête, dit Jehan, car |e ne me rappelle rien qui, de loin ou de près, ressemble à des fiançailles.Tenez, je me souviens même, je puis vous le dire maintenant, que j'étais alors très occupé d'une jolie Anglaise que j'avais rencontrée, quelque temps auparavant, chez nos amis de Boulogne.J étais donc bien loin de songer à me fiancer à mademoiselle vii, .Ml — C'est incompréhensible! car, enfin, Paule n'a pas inventé cette histoire de toute* pièces?— De toutes pièces, non, mais elle s'est sans doute exagéré les choses.A force d'y réfléchir je ne vois que cette solution au problème.Et il raconta à sa mère, tout au long, l'explication qu'il avait trouvée de l'illusion de Paule, causée probablement par des paroles imprudentes dont il ne se sou venait nullement.Madame d'Alte fut très frappée de cet éclaircissement et demeura un moment songeuse.— Mais fit elle enfin, tout cela ne t'en-gage-t il pas, Jehan ?— Non, je ne suis pas responsable des erreurs d'une téte exaltée! — Qui a cru en toi.— Si elle s'est trompée ?— Que de mal on peut faire par légèreté, sans le vouloir! On ne devrait pas jouer avec le cœur des jeunes filles!.— Mais, maman, ma chère maman, croyez bien que je ne me suis pas rendu coupable de ce crime.Je n'ai pas dépassé les limites du flirt le plus anodin, si même je les ai atteintes.Ces façons sont courantes entre jeunes gens, à présent.Mademoiselle Delfeuil n'était pas assez ingénue pour les ignorer, et j'ajouterai qu'elle est trop avisée pour ne pas les avoir réduites a leur juste valeur.— Pourtant, tu estimes qu'elle en a été dupe! — Oui, et cela m'étonne d'elle, telle que je la connaissais.— C'est qu'elle vaut mieux que tu ne pensais, qu elle a plus de candeur, de loyauté.Jehan sourit, à cette affirmation qui le laissait sceptique.— Comme vous la défendez, maman, comme vous l'aimez.! — Beaucoup, répondit madame d'Alte, tu as été la cause primordiale de cette sympathie.Pouvais-je ne pas chérir celle dont je croyais que tu avais voulu faire ta femme?Puis, une intimité continue avec cette charmante fille me l'ayant fait bien pénétrer, je me suis personnellement attachée à elle.Oh ! je ne te le cache pas, j'avais rêvé pour toi quelque mariage plus brillant, mais, avec les leçons de la guerre, l'ai changé d'avis et j'ai trouvé, en Paule, tant de qualités, unies à une si profonde, si touchante affection pour toi, que je n'ai pu qu'applaudir à ton choix.Son choix! Jehan resta quelque temps •ans parler; il s'était remis à la fenêtre, regardant le magique paysage lunaire, et •a mère respectait son silence.Son choix! il n'avait pourtant pas choisi Paule Delfeuil! A force de se l'entendre dire, on arriverait peut-être \ le lui persuader.Mais non, il ne se laisserait pas influencer de la sorte, il garderait sa liberté.Ce n'était pas au moment où il la recouvrait, qu'il irait l'aliéner par un mariage inattendu! Seulement, ce qui s'imposait, c'était de détromper Paule, et comment le faire ?.Il quitta la fenêtre et vint se rasseoir f)rès de sa mère pour en étudier, avec elle, es moyens.Aller chez elle pour lui dire brutalement: "Vous vous êtes méprise, jamais je n'ai voulu vous épouser" ?C'eût été grossier.Cruel, même, puisqu'elle l'aimait.Lui écrire ?.Jehan inclinait vers ce parti car il lui répugnait de blesser directement un coeur et une dignité de femme.Mais que lui dire?Ne marchait il pas dans l'inconnu?Il ne savait, au juste, quel souvenir elle avait pu garder de leur dernier entretien: et il était nécessaire qu'il le connut pour pouvoir le démentir efficacement, en même temps qu'avec mesure et tact.Car il était aussi possible qu'elle opposât, au déni de Jehan, des arguments en faveur de sa propre cause qui pourraient l'em- barrasser, et qui, s'il ne les connaissait Eas d'avance, ce qui lui permettrait de * combattre, lui feraient peut-être la carte forcée d'une parole à tenir.Cette perspective le préoccupait quand même un peu.Mais il ne mettait pas en doute l'entière bonne foi de Paule.L'estimant, la pensée qu'elle avait pu profiter des circonstances pour s'imposer, sinon à lui, qu'elle croyait mort, du moins à sa mère, n'effleura jamais son esprit.Et en cela il lui rendait justice, puisque tels n'avaient été son intention ni son but, dans l'étrange aberration qui l'avait fait se dire et bientôt, se croire, la fiancée du disparu.En tout cas, Jehan avait conclu qu'il (allait qu'il la revit.Où?Ce dernier point, le plus délicat, restait litigieux.L'appeler pour lui infliger une si douloureuse désillusion, n'était-ce pas odieux ?Ce fut l'avis de madame d'Alte.Jehan le combattit.On pouvait l'engager à revenir, comme auparavant, et puisqu'elle était si intelligente, il suffirait de lui marquer, par un silence absolu sur les prétendues fiançailles, et par une indifférence, courtoise quand même, qu'elle n'avait plus à compter trouver un époux rue Notre-Dame.Jehan développa ses arguments et, comme il en est toujours, le taisant, il en trouva d'autres plus probants encore pour servir la thèse qu'il soutenait.Madame d'Alte hésitait, mais le désir de Jehan de sortir de cette impasse, accru par cet autre désir de revoir celle que, sans son approbation, on avait unie à sa mémoire, et qu'on introduisait, maintenant, dans sa vie recouvrée, le rendit si pressant qu'il convainquit sa mère et que, le lendemain, la messagère quotidienne porta à Paule le billet suivant: "On me dit que vous êtes mieux.Faites-m'en profiler, je suis si privée de vous'.Venet cette après-midi.Nous nous réjouissons de votre visite.Si vous êtes fatiguée, je vous enterrai l'auto à deux heures.Une bonne réponse n'est-ce pas?"Baronne D'Alte" Paule recommençait à descendre.Sa santé étant redevenue normale, elle ne pouvait continuer à vivre, claustrée comme depuis deux semaines.Elle exagérait les soins pour légitimer la solitude en laquelle elle entendait demeurer.Et le chagrin, aux multiples faces, qui la brisait, rendait plausibles les précautions dont elle s'entourait encore.Elle était au jardin, quand arriva le message de madame d'Alte.On l'y lui porta.Le lisant, elle pâlit davantage.On l'appelait pour lui apprendre quoi?Le "Nous nous réjouissons de vous voir" la fit trembler d'émotion: "Nous", c'était lui.Il était donc revenu et désirait la revoir ?Elle eût dû être heureuse.La crainte de ce qui, fatalement, se passerait, l'en empêcha.Sa première pensée fut de se dérober.Qu'est-ce qui l'attendait là-bas, sinon la honte d'être convaincue de mensonge ?Jehan ne pouvait se souvenir de fiançailles imaginaires.Alors, pour être confondue, pourquoi le revoir, puisqu'il serait encore plus perdu pour elle ?Pourquoi subir le charme, qui s'exerçait à distance sur elle, rien que par la pensée,— de celui qu'elle adorait, sinon pour souffrir davantage ensuite ?Pourtant un attrait invincible la portait quand même à se rendre à l'appel de madame d'Alte.Sa mère, ayant vu qu'une lettre était arrivée, vint aux nouvelles.Paule lui tendit la carte armoriée, sans ajouter un mot.— Eh bien ?demanda, sans plus, la prudente madame Delfeuil.— Irai-je?répondit Paule.— Consultons ton père, proposa madame Delfeuil.qui ne voulait pas assumer la responsabilité d'un si grave conseil.M.Delfeuil savait depuis le matin que Jehan était de retour, aussi la communication l'en étonna moins, et lui causa même un mouvement de satisfaction.— Enfin! dit-il, il n'esr pas trop tôtl Puis, pour ne pas désarmer de suite, il reprit, s adressant à Paule: — Pourquoi t'appeler?C'est à lui de venir.Et comme on ne lui répondait pas, s'ani-mant à ses propres paroles: — C'est trop commode, continua-t-il, on rentre, après une absence qu'on avait crue éternelle, on se réinstalle dans sa vie, dans ses habitudes, on voyage, puis, quand on a pris tout son temps, on fait dire à sa fiancée de passer chez soi!.Un coup de sifflet! Ici, Médor, brave chien fidèle! Non, c'est en prendre trop à son aise et nous traiter véritablement en valets.Il faut répondre à ce monsieur qu'il n'y a pas plus loin de la rue de Notre-Dame à la rue de la Tannerie que de la rue de la Tannerie à la rue Notre-Dame, et que nous l'attendons.Paule secoua la tête.— Tu ne veux pas, fit son père, tu es donc toute à la dévotion de ces gens-là ?Tu as perdu toute dignité ' Madame Delfeuil intervint, dans son but habituel d'apaisement — Madame d'Alte a, pour agir ainsi, quelque raison qui nous échappe.— Alors, tu vas lui envoyer ta fille comme cela, à la première sommation?— Elle y a tant plus été.— Mais le jeune homme n'était pas là.— Raison de plus aujourd'hui qu'il y est, car il est rentré, probablement.— Il l'est, fit M.Delfeuil.je l'ai su tout à l'heure — Tu voulais être fixé, c'est le moyen de l'être.— Alors, tu accompagneras ta fille?Paule s'éleva vivement contre cette prétention, inspirée par les motifs qui l'avaient toujours fait écarter ses parents de ses relations avec madame d'Alte, et qui, aujourd'hui, étaient plus justifiés que jamais.Elle ne voulait pas de témoins à l'humiliation terrible au-devant de laquelle elle courait, et elle déclara que, si elle allait chez madame d'Alte, elle voulait s'y rendre seule comme toujours — Mais si tu es souffrante, insista sa mère, si tu te trouves mal ?— On me secourra, soyez tranquille, fit Paule, non sans amertume.— Alors tu veux accepter ?Paule hésita encore.— Oui, dit-elle faiblement.M.Delfeuil leva les bras avec colère et sortit de la chambre.— Au moins, fit-il, se retournant avant d'en franchir le seuil, accepte l'auto, ils peuvent bien te faire prendre! Il venait de penser que si l'on voyait,— et on la verrait! — sa fille dans l'automobile de la baronne, on ne prétendrait plus que Jehan d'Alte l'avait vilainement délaissée' XVIII ALORS Paule va chez madame d'Alte! .r\ Elle ne sait pas bien comment elle s'y est décidée ni si elle a dit oui.L'émotion, la crainte oblitèrent sa conscience du temps et des choses.Elle agit comme une somnambule.Elle n'a rien pu prendre au déjeuner et, sitôt après, est montée s'habiller.Elle est prête d'avance et demeure là, le coeur palpitant, immobile, se refusant,— pour garder son sang-froid, à songer à ce qui va advenir.Elle perçoit le bruit de l'auto dans la rue peu fréquentée et celui, spécial, de sa trompe.Son trouble augmente et la paralyse Elle reste sur place, sans courage pour marcher au-devant de sa destinée.Non, elle a trop présumé de ses forces, elle n'ira pas.Cependant sa mère entre.— L'auto est là, ne te fais pas attendre.Alors comme une automate, elle descend.Elle est dans la rue, le chauffeur lui ouvre la portière, elle monte.L'odeur poivrée des œillets attire son attention sur le joli bouquet qui garnit le cornet de cristal aux ornements dorés D'ordinaire, il restait vide.On a donc mis ces fleurs pour elle ?Elle veut y trouver un motif d'encouragement, fait un signe d'adieu à sa mère, restée sur le pas de la porte.L'auto démarre.Rue Notre-Dame, l'émoi, moins grand, éprouvait cependant un peu madame d'Alte et son fils.C'était une merveilleuse iournée de juillet, claire et chaude.Ils étaient venus au jardin après le déjeuner et s'y étaient, comme de coutume, attardés.Entendant le ronflement de l'auto qui partait, madame d'Alte se leva.— Rentrons, dit-elle, Paule sera là dans dix minutes à peine.— Pourquoi rentrer, demanda Jehan du fond de son grand fauteuil d'osier, on est si bien ici! — Je préfère, pour la première fois depuis ton retour, recevoir Paule au salon, loin de tous regards indiscrets.Ici, ceux de nos voisins plongent, à souhait pour leur curiosité.Elle ramassa son ombrelle, son livre, sa tapisserie.Jehan se chargea de son panier à ouvrage et la suivit.Revenue dans le salon, elle rangea plusieurs choses, repliant des journaux, redressant un coussin affaissé, déplaçant des bibelots.Elle était visiblement nerveuse.— Avez-vous préparé un flacon de sels?fit Jehan, plaisantant pour affecter une liberté d'esprit qu'il ne possédait pas du tout.— Dans quel but ?— Mais si la belle enfant, en me revoyant, se paie encore le luxe d'une syncope ?— Tu es insupportable! fit la mère en riant.— A mon tour de me mettre sous les armes, continua-t-il.Et, devant la glace, il retoucha son nœud de cravate et lissa ses cheveux en arrière d'un geste qui lui devenait habituel.Puis, il alla s'asseoir dans le fauteuil placé près de la porte-fenêtre qui restait ouverte sur le jardin, et prenant une revue, commença de la lire avec une attention simulée.Car lui aussi était nerveux.N'allait-il pas revoir celle que tout le monde désignait comme sa fiancée?Quelle impression allait-elle produire sur lui ?Il eut, d'avance, celle qu'il ne la connaissait plus.Ce qu'on lui en avait dit la lui faisait prévoir différente du vague souvenir qu'il en avait gardé.Elle avait laissé, dans cette maison où elle passaù tout son temps, comme le parfum de sa présence.En cet intérieur élégant, mais forcément un peu suranné et austère d'une personne âgée, il y avait maintenant l'atmosphère que crée, autour d'elle, une jeune femme.Jehan en avait reconnu le charme un peu subtil, et subi l'influence.Il en avait été préparé à la venue de celle qui avait rajeuni son vieux home, et y avait marqué son passage.La place qu'elle y avait prise, la lui laisserait-il ?Non, sans doute, à moins que?.Car, qu'allait-il apprendre d'elle ?Lui-même, que lui dirait-il ?D'abord il était décidé à ne lui marquer que par son attitude la réalité nette de ses sentiments à son égard.Mais la réflexion avait modifié ses intentions.S'il ne l'interrogeait pas, il ne saurait point ce qu'il importait qu'il connût: la base de son illusion.Le son d'une trompe avertit du retour de l'auto.Jehan se leva.— Vais-je au-devant d'elle ?demanda-t-il à sa mère qui, debout, arrangeait des fleurs sur la cheminée.— Non, fit celle-ci, je veux être témoin de votre revoir et, ajouta-t-elle dans ce sentiment de la tenue qui la dominait toujours, qu'il n'ait pas lieu devant les domestiques.Jehan s'aperçut qu'elle était pâle et tremblante.Affectueusement il lui prit les mains.— Comme vous voilà émue! lui dit-il._ — Heureuse aussi, répondit-elle, sou riant.La porte s'ouvrit.D'ordinaire Paule venait seule au salon, comme chez elle Le valet de chambre, bien qu'il n'eût pas d'ordres spéciaux, l'y amena et l'y introduisit.Sur le seuil, elle eut un moment d'hésitation qui donna à Jehan le temps de la regarder. Page 5i La Revue Moderne — Montréal, Octobre 19S.Il h II il il il il il.il 11,11 il 1 D 33 La Petite rat en vente chex votre dépositaire à h ii ii ii ii h il ii h h h ii ii Il fut surpris.Comme elle avait changé à son avantage! Il ne se la rappelait pas jolie.Aujourd'hui elle l'était, avec sa robe blanche si simplement élégante, le grand chapeau de tulle noir auréolant ses cheveux qu'il ne croyait pas si blonds, avec ce charme, cette vie, que lui donnait l'ardeur de ses sentiments, et la mor-bidezza qu'elle devait à son émotion.Elle faisait de courageux efforts pour la vaincre.Elle vint à madame d'Alte et, comme de coutume, celle-ci l'embrassa.— Ma petite Paule, fit-elle, quel bonheur, n'est-ce pas?.bien inespéré! La jeune fille ne répondit pas: le moment délicat était venu de se tourner vers Jehan.Il en supprima la gêne en s'appro-chant rondement et gaiement: — C'est un revenant qui vous salue, lui dit-il.Elle sourit, mise à l'aise par ce ton qu'elle reconnaissait si bien pour n'appartenir qu'à Jehan, et qui était celui de leurs antérieurs entretiens.— Il est le bienvenu, fit-elle lui tendant la main, et comme délivrée d'un poids immense de voir supprimées, du coup, toutes sentimentales effusions qui l'eussent bien embarrassée.Cependant Jehan, prenant sa main, s'inclina et la baisa.Il la sentit frémissante sous ses lèvres et en fut un peu troublé.Alors se relevant, il regarda la jeune fille.Ses yeux s'attachèrent aux siens fixement, et il y lut tant de tendresse, éperdue, en même temps que si craintive, si humble même, que cela le toucha.— Asseyez-vous, fit madame d'Alte, qui avait été bien aise de retrouver un fauteuil, car ses jambes faiblissaient tant elle était remuée.Et elle montra à Paule le tabouret à coussin qui était son siège habituel.La jeune fille s'y plaça d'un souple mouvement dont Jehan remarqua la grâce.— Eh bien! continuait madame d'Alte, dites-moi Paule, nous qui avons tant pleuré ensemble, aurions-nous jamais osé espérer que nos larmes se changeraient en joie?Aurions-nous imaginé le jour d'aujourd'hui! — Non, madame, dit Paule, mais il n'en est peut-être que meilleur.Et elle se tourna du côté de Jehan, sous le regard ardent duquel elle avait baissé les yeux, heureuse, mais gênée un peu.Elle savait que, naguère, il raillait volontiers les propos exaltés, et craignait déjà que ceux-ci lui déplussent.Mais elle l'y vit bienveillant et écouta, plus tranquille, madame d'Alte qui poursuivait: — Vous vous y attendiez si peu que vous avez succombé sous l'émotion en apprenant la grande nouvelle ?— Oui, madame, fit Paule avec une charmante confusion, je suis même toute .Et elle se tourna du rôti de Jehan .honteuse de n'avoir pas su être plu9 maltresse de moi.mais j'ai été tellement surprise! — Ne vous excusez pas.intervint Jehan, une syncope n'est pas volontaire, on ne peut rien là contre.Paule sourit: — Vous voilà bien indulgent pour les pauvres femmes que nous sommes! — Oui, répondit-il gaiement, mais à charge de revanche, car, nous aussi, nous avons besoin de mansuétude.— A quel propos ?demanda Paule un peu intriguée et inquiète déjà.— Ah! bien, repartit Jehan, si vous allez exiger comme cela une confession générale, la première fois que nous nous revoyons!.— Parlez-nous plutôt de votre santé, interrompit madame d'Alte, s'adressant à Paule, et un peu étonnée du tour de l'entretien, sans se douter qu'il ne servait qu'à masquer des sentiments profonds,— comment allez-vous ?— Beaucoup mieux, madame, je vous remercie, je reste encore très fatiguée, mais enfin je ne ressens plus de malaises.— Vous n'avez pas une mine de malade, remarqua Jehan.Et à part lui il songeait que ce joli teint, ces lèvres d'un beau rouge, n'allaient peut-être pas sans quelque artifice, mais que le gracieux visage, qu'il avait sous les yeux, possédait un attrait que, dans ses souvenirs — si confus! — il ne retrouvait pas à la Paule d'avant-guerre.— J'ai pourtant été bien souffrante, répondit-elle, et, s'adressant à madame d'Alte,— ces ébranlements nerveux sont longs à vaincre.— Vous avez été au moins quinze jours à la chambre ?— Même un peu plus.— Vous m'avez bien manqué, ma petite Paule, d'autant que Jehan est reparti.L'avez-vous su ?— Oui, répondit-elle, mon père l'avait entendu dire.— Et, intervint Jehan, vous m'avez cru retourné.en Silésie ?— Oh! non, fit-elle, je ne pense pas que vous ayez gardé, de ce pays, un souvenir vous y rappelant.— Grand Dieu! fit Jehan, j'y ai assez souffert! Et la conversation s'établit banale, quoique animée, entre ces trois personnes qui avaient, sur le coeur, tant d'autres choses à se dire.Bien que le temps ne durât point à madame d'Alte, elle s'inquiétait un peu du détachement parfait dont Jehan faisait montre.Elle se disait que des fiancés, après des circonstances aussi tragiques, ont de douces confidences à échanger.Elle se rendait compte que sa présence y pouvait mettre obstacle, et cherchait un moyen de s'évader.Tout à coup, elle s'avisa que Paule n'avait pas, comme elle le faisait d'ordinaire, quitté son chapeau.— Vous n'êtes pas décoiffée, Paule, pourtant vous passez l'après-midi avec moi, ainsi que vous le faites habituellement ?Enlevez donc votre chapeau.Soumise, Paule se leva pour aller, selon sa coutume, le mettre dans le vestibule.Jehan se leva aussi, pour le lui prendre des mains.— Laisse-la faire, lui dit sa mère, elle l'accroche elle-même, n'est-ce pas, Paule ?— Oui, madame, répondit celle-ci, j'ai pour lui une place de prédilection.Elle sortit.Jehan, par politesse, la suivit.Elle se décoiffa, il vit les jolis cheveux à la teinte cclaircie, moirés par les ondes d'une adroite ondulation, et les petites boucles qui frisaient sur le cou blanc, bien dégagé.En posant son chapeau sur un des champignons du porte-maDteau, elle le regarda de ses yeux pleins de tendresse, alors, cédant à une impulsion très secrète et irraisonnée, contre laquelle sa volonté n'eut ni le temps ni la force de réagir, il l'attira à lui et l'embrassa furtivement.Elle ne se déroba point, mais ne lui rendit pas son baiser Elle devint rouge de joie et, le précédant, icntra au salon sans lui parler.— Si nous allions au • îrdin, proposa Jehan, on étouffe ici, ne trouva/vous pas ?— Je veux bien, fit madame d'Aile |>en-sant que l'occasion de s'esquiver, qu'elle cherchait, allait naître tout naturellement, peut-être même pourriez-vous m'y devancer, j'ai justement une lettre à écrire.Mais elle avait compté sans Paule qui, précipitamment, avait passé son bras sous le sien pour la retenir.— Oh non! chère madame, je vous en prie, ne nous quittez pas, venez aussi vous reposer et vous rafraîchir un moment à l'ombre du marronnier.Je ne resterai pas bien longtemps aujourd'hui, je veux jouir tout le temps de votre chère présence, dont j'ai été si privée.La jeune fille se raccrochait aussi éper-dument à sa présence, sachant que, devant elle, le sujet brûlant, qui l'affolait, ne serait pas abordé, et bien que mise un peu en confiance par le baiser de Jehan, elle retardait de tous ses vœux, et de tous ses efforts, le moment qui serait pour elle l'ultime épreuve.Force fut donc à madame d'Alte de suivre les jeunes gens au jardin, et ils s'installèrent tous trois sous le grand marronnier; madame d'Alte et Paule sur le banc, Jehan, en face d'elles, dans son fauteuil d'osier qu'il avait retrouvé avec délices.Mais, au bout d'un moment, madame d'Alte prétexta un ordre urgent à donner pour s'éloigner.Alors Paule sentit le cœur lui manquer car Jehan, sûrement, allait parler.Il la regarda en silence, remarquant son émotion; et, l'attribuant à leur premier tête-à-tête, il voulut d'abord la rassurer.— Vous avez une bien jolie robe, lui dit-il.— Je suis charmée qu'elle vous plaise.— Mais pourquoi ce ruban noir?— Vous le demandez ?fit-elle, donnant dans le piège.— Quoi ?dit-il avec un étonnement joué, car sa mère l'avait averti, vous portiez mon deuil ?— Oui, fit-elle avec cette confusion qu'il ne lui avait pas connue naguère, et qu'il trouvait touchante chez cette fille si vivante, spirituelle et un peu osée,— oui, mais assez discrètement pour que cela ne fût pas remarqué.— Vous ne vouliez pas qu'on sût vos regTets ?Vous en rougissiez donc ?— Oh! non, mais je ne me croyais pas le droit de les afficher.— Vous êtes admirable, tout simplement fit-il, résistant à l'attendrissement qui lui venait, et plaisantant pour réagir contre lui,— garder ainsi un si lourd secret! Cela, ce n'est pas féminin.— Les femmes savent souffrir, dit Paule sérieusement.— Racontez-moi donc vos souffrances, fit Jehan se carrant dans son fauteuil et allumant une cigarette, elles m'intéresseront vivement.— A quoi bon, fit Paule attristée de ce persiflage auquel elle ne se sentait pas le courage de donner la réplique.:: Fi?îancee Imaginaire : — Mais à raviver mes souvenir!.C'est pour cela que je vous disais tantfc avoir besoin d'indulgence.J'ai vu tan de choses terribles, éprouvé tant de sensu lions diverses, niais toujours poignantet, que j'ai la mémoire un peu altérée.J'ai oublié! oublié! c'est effrayant! Tout cel.me reviendra progressivement,— je l'es père du moins, — mais il faut m'y aide-généreusement.Plus morte que vive, Paule pensa qui l'heure fatale avait sonné.— Que voulez-vous que je vous rappel le?dit-elle.— Tenez, la dernière fois où nous nout sommes vus.— Eh bien! murmura-t-elle tremblante, c'était à l'iouqucl, chez madame Véray, quelques jours avant la guerre.—Oui, dit-il, vous avez raison.Je revois très bien, maintenant, ce jour de gaité et de joie, le dernier! 11 faisait une journée connue celle-ci, splendidel La réunion était nombreuse.On dansait au salon, et l'on se promenait dans un merveilleux jardin.— Vous voyez bien, dit Paule, que vous vous souvenez! — Attendez! ne nous sommes-nous pas promenés ensemble longuement ?— Oui, fit Paule, de plus en plus impressionnée.— Et ensuite ne nous sommes-nous pas assis.sur un banc comme celui-ci?— Oui, dit encore Paule qui ne se soutenait plus.— Maintenant, fit Jehan se renversant davantage en arrière, comme s'il était très las continuez moi je ne sais plus qu'est-ce qui s'est passé entre nous ?Paule se taisait, incapable de prononcer une parole.Jehan remarqua son trouble mais, d'abord, il n'en eut cure.— Quoi, fit-il, vous ne savez pa9 non plus ?C'est terrible cette amnésie, cela se gagne.Voyons, aidons-nous mutuellement Dans ce temps-là, il me semble que j'avais, avec les femmes, une formule spéciale.Je leur disais: "Je remets entre vos mains mon cœur et ma vie".Ne vous l'aurais-je pas dite, par hasard ?Je ne m'en souviens plus, mais j'en étais bien capable! Paule ne répondit pas encore, elle si sentait prête à pleurer.— Allons, vous ne voulez pas en convenir, reprit Jehan, riant de son beau rire insouciant, c'est la preuve certaine que je vous ai fait cette déclaration."Ne dites pas non, ni que vous l'avez oubliée, sinon, sinon.pourquoi eussiez -vous porté mon deuil ?Paule aurait voulu sourire aussi, et les sanglots l'étouffaient visiblement.— A cette déclaration, poursuivit impitoyablement Jehan, n'ai-je même pas ajouté quelque précision ?— Non, murmura Paule, mais.n'était-ce pas assez ?— Pas assez! répéta Jehan.et c'est pour cela, cela seulement que vous avez consacré votre vie, et immolé d'avance votre avenir à mon souvenir?.— Oui, murmura Paule aux abois, car elle sentait imminente l'explication complète qui pouvait, qui devait même briser son cœur.Et, dans sa détresse, elle se résolut soudainement, oubliant toute dignité, à jeter dans la balance, pour la faire pencher de son côté, l'aveu de son amour.— Oui, continua-t-elle, pour cela, pour cela seulement, car il est des sentiments que la réciprocité consacre à jamais, même en dehors de tout serment échangé.Et après ces mots, dont la puissance s'augmentait de l'émotion poignante avec laquelle ils avaient été dits, Paule baissa les paupières sur les larmes qui emplissaient ses yeux et, la poitrine haletante par les battements précipités de son cœur, qui imposaient aussi à ses lèvres et à ses mains un fébrile tremblement, elle se tut définitivement.N'avait-elle pas tout dit, tout ce qu'il lui était permis, tout ce qu'il lui était possible de dire pour sauver sa cause, sans aggraver sa faute inconsciente et primordiale ?Maintenant elle attendait, dans la résignation passive et douloureuse du condamné qui se sait coupable, la sentence qui déciderait de sa destinée.(Suite d la page 58) la Revue Moderne — Montréal, Octobre 1935 Page 5$ /T^CN Le COURRIER WÎ^J DU MOIS JfS^^»^^"^ y/ Pur MARJOLAINE M-INE C.L.— Je voua sain fidèle et voua ne fi\ liez croire combien vous nie faites plaidir lorsque V1, i vous adressez à moi comme vous venez de 1,.lire.Vous avez reçu l'envoi, n'est-ce pas?et ro -i êtes satisfaite?— Je ne suis si j'aurai l'avait-Lsj de répondre a votre uiinable Invitation, m,tin ni garde la douceur au (oud de mun niur et je v,, t en remercie.I'Ium chanccUfti mi pensée vous portfl dans votre petit "pays", mes meilleures un.tUs, cRAZIELLA — Pourquoi II y a û* soin coi^me celui-IA ?l'aree QUOlfl cœur se fait mieux cul ndre quand tout a'apalac autour de lot, Tout en l'écoutant, ma petite fille, il faut le réconforter pin la fol, le réchauffer d'espérance, et quand je VOUS parle d'espérance, Grazlella, je ne veux pas Jii l'attente de jours éblouissants de soleil el de jni< i qui passent dans .oniM> r le vide 'lu CCMU N i ¦ 11 * -1 > i a\ on tôul oublié < Pourqu.l'avait-il pas interrogée davantage?I is propos qu'il disait lui .»oir ti u elle n'en avait pas gardé le souvenir; W n'.i\ .m pas \ qulu le témoignei m.us I ,, à son iiim .lui faire confiant e E Ile n'a pas \omIu min plus le i.iper, quart i i.lui avait démandé s'il n'avatl rien aji iti A I el le île, I.u .il khi I' Ile el'll pu, pelll , „ lui laisse! i mue qu'il s'était engagt da tage Plus en, nu que pan e qu elle n'a pas , isé le l.i u e.elle n'avait pas conseni lui nient u' I el I e fuis, l'eût él é sciemment et elle en eut un scrupule, puis une peui Susperstitleuse que cela lui porte malin Elle lui avait seulement montré son amour, De cela, elle ne se repentait pas.N'était-ce pas cet aveu qui l'avait attendri un moment et amené, près d'elle,, dans une effusion brève, mais tendre?Il n'y avait pas répondu par un semblable, elle ne pouvait donc être sûre qu'il l'aimât; pourtant ce baiser, ce bienheureux baiser ?Elle eût bien voulu une certitude plus probante encore, mais ne devait-elle pas se réjouir déjà de celles acquises?Elle ne les avait pas méritées, concluait-elle, en un retour sincère sur elle-même.Il eût été juste, malgré la part d'inconscience qu'il y avait eue dans sa conduite, qu'elle fût punie, mais elle avait déjà tant souffert depuis quinze'jours, que cette expiation avait, peut-être, détourné le châtiment.N'arriverait-elle pas à l'écarter définitivement à force de patience, de résignation, d'oubli de soi et d'amour, cet amour qui obtient tous les pardons!.Un peu réconfortée par cet espoir, elle descendit au salon.Son père l'y attendait, et son premier mot fut le même que celui de sa femme: — Eh bien ?Mais, plus autoritaire, il exigea une réponse formelle.Paule ne s'y déroba pas.Elle dit, brièvement, tout en gardant la réserve indispensable, le plaisir qu'elle et Jehan avaient eu à se revoir, la joie de madame d'Alte devant la leur.• —Alors, dit M.Delfeuil, pourquoi en ont-ils différé le moment et pourquoi, depuis son retour, n'a-t-on pas vu monsieur d'Alte, ici ?— Mais parce que j'étais malade, mon père, incapable de le recevoir.— Nous étions là, ta mère et moi, il aurait pu y penser.Enfin, puisqu'ils t'ont jugée aujourd'hui assez bien portante pour aller chez eux, tu ne l'étais pas moins pour les recevoir.— Madame d'Alte tenait à ce que notre première réunion ait lieu là même où, elle et moi, avions tant parlé de l'absent, lit Paule, qui n'avait trouvé que cette mauvaise raison à donner.— C'est un manque d'égards complet envers nous, dit M.Delfeuil.— Comme vous exagérez, papa! fit Paule.— Va-t-on, oui ou non, faire sous peu une démarche près de nous?reprit-il.— Je n'en sais rien, dit Paule s'irritant, et je ne vais pas le demander.— Après tous les bruits qui ont couru de la rupture de vos fiançailles, elle serait pourtant nécessaire.— Comme ces bruits étaient faux, ils n'ont aucune importance.Ce que je pui-dire, c'est que si vous manifestez des exi gences, tout à fait déplacées, du resti vous indisposerez la famille d'Alte, e compromettrez mon mariage.Devant cette menace, M.Delfeuil s tut.Il y tenait, à ce mariage, et ne se.refusait pas aux concessions, mais ne pur s'empêcher de dire que les jeunes fillt-d'après-guerre, avec leurs prétentions d'arranger leur avenir à elles toutes seule .étaient bien inconséquentes et bien émai cipées.En même temps que cette scène fam liale se passait rue de la Tannerie, la sen blable lui faisait pendant, chez les d'Alti • Une fois Paule mise en voiture, Jeha t rentra au salon.— Eh bien! lui dit sa mère, l'as-tu ri connue, enfin ?— Non, répondit-il sincèrement, la revoyant, je me la suis bien rappelée, maH (Suite à la page 60) MLM CElub IBuBtral rî ïulîrratri- be Montréal Présidente.Mme S.Paradis-Gamache Directeur.M.Gérard Gamache pianiste-professeur Directrice de la partie littéraire .Marjolaine rédactrice des pages féminines de "La Revue Moderne" Siège Social: 6518, rue Poupart Tél.CA/9215 Le Club musical et littéraire dé Montréal est un mouvement de propagande artistique, un centre d'union essentiellement attaché au domaine musical et littéraire, deux causes qui, chez lui, marchent de pair.Son but est de fournir aux personnes qui aiment à entendre de la belle musique et s'intéressent à la bonne littérature^ l'occasion de former un groupe d'Amis des Arts, de servir une oeuvre intellectuelle, de participer à des réunions où, pendant quelques heures, en bénéfice absolument personnel, on s'évade de l'ardu labeur quotidien pour retremper ses forces au contact de la Beauté dans une atmosphère oii ne rayonne plus que la splendeur du Vrai.Le Club musical et littéraire de Montréal a pris sa place dans le domaine de l'action.Par ses excellents concerts, par ses conférences et ses dîners-causeries, il affirme la véritable valeur de son mouvement et assure le triomphe de sa cause.Le sJiccès ne tend la main à une initiative que si elle rencontre plus de sympathie que d'enthousiasme et intéresse une élite qui en fasse son oeuvre.C'est sur cette élite que compta le Club musical et littéraire de Montréal pour remplir les obligations sérieuses qu'il s'est créées afin que son action soit de celles qui demeurent.Les activités de la Saison de 1935-1936 Durant la saisoti artistique 1935-36, les membres du Club musical et littéraire de Montréal auront l'avantage d'entendre 12 conférences, dont: une conférence précédant chacun des 6 concerts de la saison, et les 6 autres données à chacun des 6 dîners-causeries (Concerts et dîners-causeries à 8 h.30 p.vi.).Chaque membre peut inviter des atnis aux dîners-causeries et doit en fournir les nom et adresse à la Direction, deux jours avant la date du dîner.Le prix du couvert est à la charge de chaque convive, soit membre ou invité.Un programme musical clôture toujours le dîner-causerie. li Revue Moderne — Montréal, Octobre 1935 • • • • De l'autre côté ,'oa relations et même non intimes »ï< .rcnt trop Hiuivcnt ili'H étriin^iTH pour goufi lour personnalité éahappi à noH ards purecî que nous ne sortons pas de il,, re nmi pour les pénétrer.l'obttlution à nOUI en tenir à non s.i les façons (le voir et île juger, lVnté-iii ont à croire inexacts Ich jugements nu nous n'iivoiiH pus formulés, l'ineapa-cit î à admettre les sentiments ifiie nous n'¦ prouvons pus nous enferment dans une foi r qui nous isole de nus semblables.iio» dangers de t'inooropréhennion à l'égard d'autrui sont multiples et gravi-; elle fait commettre des injmtiees itn esBantes, elle créa des malentendus de tout or sortes; elle nous rend inutiles, par-fn s môme dangereux, pour no* frères.N'eus manquons au prochain: les affligea, qui attendent normalement do nous m r partager leurs larmes, nous trouvent nu contraire insensibles a leur détresse nue nous ne pénétrons pas; ceux qui ne-.unptent de notre part une sentence équi-tnlile sont déçus et lésés parce que leurs '.'uments ne nous atteignent pas; nous lensons des gens faute d'avoir nppris quel langage il convient de leur par-.Elle est immense, la liste des méfait! que peut cnn»er la difficulté à se légager de sa personnalité ]u>nr entrer hms celle des autres; aussi est-ce un de-iir précis et pressant d'opérer en nous •itte transposition de vues sans laquelle m ne peut être ni bons ni même justes."Voir avec les yeux d'autrui?Comprendre et juger avec son cerveau?Sentir avec son coeurî Programme irréali-jablel ' ' dit-on.Evidemment, on n'obtient jamais ce sultat sous une forme aussi absolue ; mais, en s'astreignant à une impartialité sincère de pensée, et surtout en appliquant à écouter loyalement les confiances des autres, on peut arriver à dis-rner la nature de nombre d'humains.Il ne s'agit pas ici de modifier nos opinions, encore moins s'agit-il d'abdi quer nos principes; il s'agit seulement l'admettre que notre prochain puisse être autre que nous et de ne pas estimer, a priori, que tout ce qui en lui diffère de nous est blâmable, répréhensible ou faux.Avec une constante bonne volonté, avec ne bienveillance modeste, nous arriverions à franchir le terrible fossé qui nous n |KJ toute valeur, il ajouta: — Ni moi non plus, du reste.— ( )li ! \ nus! lit l'aille avci un j.m-sIi ,| dénégation dont elle ne put vaincre l'an ici tume et le chagrin.— Eh bien! moi.nui, moi?Qu'ave: vous à récriminer?Paule usi.ni immobile, lui.i^™ i»a îles seul imciits divers; alors, l'entraînât un peu plus loin, vers lei bosquets du fn du jardin, il reprit, sérieusement ceti fois: — Nous sommes à un tournant gr.n de notre vie, Paule, sous peu nous allon être séparés, sera-ce pour toujours?— Pour toujours?répéta Paule, an goissée.— Peut-Cire! Les circonstances Sun trop importantes pour que nous ne nm expliquions pas clairement et sincèremeir Vous avez cru que nous étions fiancés, î ' est de mon devoir de vous dire que ces fian cailles n'ont existé que dans votre imagï nation: je n'avais jamais songé, Paule, | vous épouser.Il attendit, pensant qu'elle se défendrait I Elle n'en fit rien.Pâle à mourir, elle regar I dait son rêve tomber brisé à ses pieds.Il poursuivait: — Je vous avais tenu, en riant, des pro pos légers que vous avez, pris au sérieux 11 s arrêta encore, attendant une répon se qui ne vint pas.Alors il continua: — Oh! je ne vous accuse pas.Le coupa ble ce fut moi."On ne badine pas ave< l'amour".Et j'ai été bien surpris, ren trant à mon foyer, d'y trouver, m'atten I dant, une tendresse fidèle.Je ne la méri I tais pas, puisque je n'avais pas gardé votre | souvenir.De cela je suis excusable, ne m'étant jamais engagé avec vous, Paule, comme vous l'aviez supposé.— Je me suis bien trompée! fit la jeune fille aux abois.Moi non plus je ne puis vous accuser .Mais, ajouta-t-elle dans un véritable cri de douleur, pourquoi ne m'avez-vous pas dit tout cela plus tôt ?—'¦ Parce que, d'abord, vous voyant si confiante, si persuadée de notre réciproque entente, je n'étais pas sûr de ma mémoire et, ensuite, de mon cœur.maintenant je suis fixé.Il s'arrêta, regardant Paule qui défaillait.— Je vous aime, continua-t-il, ce que vous avez rêvé peut devenir une réalité.Voulez-vous être ma fiancée.pour de bon ?Paule, à ces mots, devint d'une pâleur mortelle et un violent tremblement nerveux l'ébranla toute.Etait-il possible ?Son entendement ne l'abusait-il pas .Le rêve, imprudent, dangereux, coupable peut-être, dont elle s'était si follement bercée qu'il avait presque troublé sa raison, ce rêve, dont elle refusait de se détacher, car il lui paraissait qu'elle mourrait de son réveil, et dont, pourtant, elle n'osait espérer l'accomplissement, ce rêve devenait une réalité!.Elle succombait littéralement son l'émotion, sous la joie inattendue, et un double et profond sentiment la dominait.Celui de son indignité et celui de ta reconnaissance envers le Maître de tome destinée.Il lui semblait que son inconscient mensonge était pardonné, puisqu'el e atteignait au sommet du bonheur et, en même temps, recouvrait la paix qu'elle avait perdue.Car, puisque Jehan connai: • sait, sinon toute la vérité, du moins si partie essentielle: à savoir qu'il ne lui avait point été fiancé, elle n'avait plus le remords de tromper celui qu'elle adoraii ! Sous l'empire de ces émouvantes pet -sées, elle restait immobile, les yeux clo , presque absente, si impressionnée que Jehan, d'abord étonné, s'effraya ensuit' — Paule, dit-il, vous ne me réponde: pas ?Et lisant enfin dans ses yeux tendres e mouillés de larmes, qui venaient de Se lever sur lui, la réponse que les lèvres frémissantes de la jeune fille ne pouvaien formuler, il ne résista plus à leur muette invite, ni à son propre désir, et l'embrassa passionnément.F I N 28 ANS DE PROBITiÉ COMMANDENT VOTRE PENDANT PRÈS DE TROIS DÉCADES cet établissement B'esj inspiré d'un sens sérieux et total de la responsabilité envers ses clients et les marchands qui servent èes derniers.Cette responsabilité, la maison l'a recherché délibérément et regardée comme le principe essentiel «le sa politique.C'est elle qui a inspiré toute opération et jusqu'au moindre procédé de motorisation, de fabrication,
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