La Revue moderne., 1 décembre 1939, décembre
DECEMBRE flOU s restera un souvenir hien Pour /e groupe de co//aoora(eurs e( d em p/oyés qui, depuis avril dernier, travaillent de concert afin de redonner à la Revue Moder ne le prestige auquel elle a droit, c est la û} première célébration de Noël ensemble Et (Jk% c est un événement qui, nous l espérons tous, se répétera pendant bien des années à venir, dans la même maison, avec les mêmes camarades et sous d aussi mumu auspices.Pour la nouvelle administration, c est la première /ois que I oc casion lui est donnée de dire aux lecteurs de la Revue Moderne quels souhaits elle fait pour que, dans chacune des demeures où entrera notre édition de Noël, la paix, le bonheur et un plaisir sans mélange accompagnent la fête de l'Enfant Jésus né.C est aussi la lin de la première année dans laquelle nous avons tous ensemble tente de donner aux C aruKueru français une revue qui puisse leur luire honneur, qui puisse leur jaire passer ile\ heures am#, i M.>ntr.il.M A r.| uit t e Lltft, ï*es manu-crlts fournis aux éditeurs reçoivent Imite la considération possible mais avec la restriction qu'ils le sont aux risques de l'auteur et aana que.les éditeurs a'enKatrcnt * 'es accepter ou .1 les publier.I„i KKVirK MODKRSK laisse ,\ c-cs < ollu-borateurs l'entière responsabilité de leurs écrits.MIONNKMKNT : Jl ~.M p.ui un an.Etatsluis K par année.Faire toute* remises par mandat postal, bon de poste ou chèque accepté.Enre«latré comme matière postule de seconde cluase.au bureau de poste de Montréal.A Midi, a la Madeleine, l'une des églises de la haute société parisienne, a lieu un mariage très chic, tandis qu'un autre mariage, celui-ci très humble, est célébré dans une petite église de Bretagne.Deux femmes, deux destinées.Laquelle des jeunes filles qui lient, le même jour, leur sort a celui de deux hommes tout différents d'allure et de condition sera la plus heureuse?La richesse ne fait pas le bonheur et la pauvreté met des entraves, parfois, à la pleine réalisation de la joie quotidienne.Le plaisir de vivre à deux exige un effort continuel et la volonté de donner autant que l'on reçoit.C'est la leçon de ce roman très vivant de Marie de Wailly.* * * Un charmant conte de Noël que nous n'avons pu publier dans ce numéro, parce qu'il nous est parvenu lorsque nous allions sous presse, sera encore d'actualité dans notre numéro de janvier qui sera livré à nos lecteurs vers le 20 décembre.C'est l'histoire d'une petite fille pauvre et délaissée qui apprend l'existence de l'Enfant Jésus et qui trouve bien le moyen d'aller le trouver au pied de la crèche.L'auteur de ce conte, Lucienne Morency, sait dire les choses exquises comme elles doivent être dites.* » * Robert Choquette, dans une nouvelle intitulée Un problème a trois visages, présente comme s'ils étaient dans la vie réelle des personnages connus et estimés du public radiophile.Un jeune homme peut-il aimer trois jeunes filles à la fois?Voyez un peu comment cela arrive.* * * Le coeur de Nadine bat généreusement.Carole Richard nous le montre au naturel dans l'un de ses meilleurs ouvrages.Nadine ne veut pas que sa mère connaisse la pénible vérité et elle intervient à temps pour empêcher son père de faire une bêtise, mais une de ces bêtises qui apporte le malheur et souvent la honte.* * * Serez-vous propriétaire ou locataire?L'architecte Jean Thibo-deau, qui vous pose cette question, vous facilite grandement le choix en expliquant comment on peut devenir propriétaire de sa maison à peu de frais.Un dessin original et les plans de l'architecte appuient sa démonstration.On ne demande plus qu'à se laisser convaincre.* * * S.O.S.L'appel de détresse retentit.Un navire est en danger tout près.Mais l'opérateur de T.S.F.ne bronche pas.Il ne veut pas transmettre le message à son capitaine.Il faut qu'il se venge.Voilà le sujet d'une nouvelle captivante d'Etienne Gril.* * * Louis Francœur invite les lecteurs de la Revue Moderne à suivre avec lui sur la carte de l'Europe les méandres de la politique internationale.Inutile d'ajouter que cette lecture présente autant d'agrément que de profit. Seul au coin du poêle et fumant sa pipe, la veille de Noël, le père Ladouceur attend paisiblement le retour de sa Françoise et des enfants.Mais voici qu'on frappe à la porte.Et qui est-ce qui entre chez lui dans un tourbillon de neige?PAR CAROLE RICHARD ANTOINE LADOUCEUR après avoir lu "Ladébauche" et toutes les grosses lettres de "La Presse" a ouvert l'Almanach du Peuple.Il sait que dans cette brochure il a de la lecture pour un bon mois.Aussi, prend-il son temps.Les images d'abord.Antoine Ladouceur a fini par s'habituer à cette solitude, le soir de Noël.Au début, ça lui faisait un petit quelque chose, là, sous sa chemise en étoffe du pays.Même que la première fois, il a pleuré comme une vieille bête.Il se souvenait des Noëls passés.C'était le bon temps.Les vieux vivaient.Les petits étaient trop jeunes pour avoir toutes sortes d'idées dans la téte.Mathias, son frère n'avait pas encore vendu sa terre.On était tous ensemble.On était bien.Même aujourd'hui, Antoine Ladouceur ne pouvait chasser de ses oreilles le bruit des grelots.Les trois carrioles, bout à bout, ça faisait presque une procession, ma foi! On entendait consciencieusement les trois messes avant de se rendre chez les vieux.Oh! les bonnes tourtières! Le boudin! Les beignes de la mère! Et le "caribou" du père qui vous fouettait le sang!.Et on rentrait aux petites heures, les enfants ronflant dans leur "crémone", la Françoise en- core essoufflée de s'être tant trémoussée au son du violon.Depuis la mort des vieux, tout ça a changé.D'abord, il y a ce pauvre Mathias qui n'a pas su résister aux instances de ses enfants.Et aujourd'hui le voilà concierge, le voilà logé au fond d'une cave! Ce qu'il doit regretter son champ de blé d'Inde! Et ses vaches! Et la Grise!.Antoine Ladouceur est tiré de sa rêverie par un grand bruit de vent et de branches cassées.Il se lève d'un bond, prend dans ses deux mains la lampe qui fume et va vers la fenêtre.Ça venait de l'arrière de la maison, ce doit être le vieux cerisier.— Une chance du bon Dieu qu'il n'a pas tombé du côté de la grange, bout de bonguienne!.Quelle bourrasque! Pourvu que les enfants aient eu le temps d'arriver à Montréal.Ça vous prend par surprise c'te bougre de nature!.* * * La tempête fait rage.La maison de Ladouceur semble un tampon de ouate grise sur l'immensité blanche de la plaine.La neige tombe en flocons gros comme ça.La vent a beau les bousculer, les cahoter, ils finissent toujours par atteindre le sol sur lequel ils s'amoncellent.Michelle Massé a renoncé à se battre plus longtemps contre les éléments.Désespérée, elle regarde autour d'elle.Là, un phare de secours: la lampe qui clignote à la fenêtre d'une ferme.Laissant sa voiture le long de la barrière, elle est venue frapper à la porte de Ladouceur qui lui a offert l'hospitalité.— Ecoutez monsieur, je vous donne dix dollars si vous voulez vous rendre au prochain village pour.— Et moi je vous en donne cent, ma belle dame, si vous me trouvez le moyen d'y aller riposte Ladouceur, pas du tout désarçonné pai le ton, les gestes, les fourrures et les bagues de cette pensionnaire inattendue.Les deux carrioles sont parties avec toute la famille pour Montréal.La messe de minuit à Saint-Henri et le réveillon chez Mathias, c'est devenu comme qui dirait une tradition depuis queuques années.Ils reviendront pas avant demain midi, et encore, s'il fait beau!.Je suis tout seul icite C'est pas une raison parce que c'est fête, poui laisser les bêtes crever de faim.Ce qu'il ne disait pas le pauvre, c'est que la première fois qu'ils y étaient tous allés, réveillonner chez Mathias devenu citadin, la soirée n'avait pas été un succès.Il n'avait pu se retenii de faire des reproches à son frère à propos de son abandon de la terre.Mathias, qui pense bien comme lui au fond, (ça, Antoine le sait) mais qui voulait faire le faraud devant le mon- L.A.REVUE MODERNE — DECEMBRE.193" 7 rie.lui l dit des choses qui ne lui ont pas fait plaisir.La chicane a pris.Et puis, une autre affaire que Jos Ladouceur n'aime pas, c'est la façon d'aujourd'hui de s'amuser.C'est pas des danses ça, c'est du.des.Enfin, il n'aime pas ça.Et ce n'est pas tout.Il a fallu commencer à parler de partir vers les trois heures, rapport aux animaux, le matin.Eh bien, ça a fait toute une histoire.Même que fi-fille en a pleuré tou-le la journée le lendemain en disant que si on ne les laissait pas s'amuser comme du monde, a pourrait jamais garder son cavalier!.L'année suivante, Jos Ladouceur a annoncé qu'il n'irait plus réveillonner chez Mathias.Fallait que quelqu'un reste pour les animaux, le matin, n'est-ce pas?.Oh! les enfants ont hésité avant d'accepter cet arrangement.C'est des bons enfants, allez!.Mais que voulez-vous, faut que jeunesse se passe!.La Françoise aussi a bien tourné autour de lui avant de partir.Mais d'un autre côté, quand i'st-ce qu'elle étrennera sa robe du jour de l'an si ce n'est à Noël?.Le premier janvier, c'est Mathias et sa bande qui se transportent à Saint-V.et elle est obligée de passer toute la journée autour du poêle avec un grand tablier devant elle.Quelle heure est-il, demande Michelle Massé grelottante sous son manteau.— Quasiment onze heures.— Qu'est-ce que je vais faire, grand Dieu?— Dis-le-moi, j'vas te l'dire, comme on dit — Et l'autre qui m'attend à Montréal.— Il peut attendre, ces cinquante milles là, vous les ferez pas c'te nuit.— Il va être dans une inquiétude folle! — Votre mari?— Non.— Votre père?— Mais non! Et puis, qu'est-ce que ça peut vous faire?— Oui, c'est pas de mes affaires.Je demandais ça, moi vous savez.faut ben dire queuque chose.Alors, qu'os que vous allez faire?— Dites-le-moi, je vais vous le dire.— Comme on dit.— Comme on dit.Ladouceur la regarde avec un sourire au coin de l'oeil.C'est nerveux ces sortes de femmes devant la moindre chose qui détraque leurs habitudes ou leurs envies! Ça sait pas faire face aux situations.Michelle Massé a enlevé le mouchoir de soie qu'elle avait noué sous son menton.Dans le court trajet qui sépare la route de la maison, la neige avait eu le temps de tremper le mouchoir et de plaquer ses cheveux sur son front Le col de sa robe est tout humide.Ses jambes sont mouillées jusqu'aux genoux.— Je peux m'asseoir?Turellement.Je vas ratiser les braises Un temps pareil, ça rend frédilleux.Sans compter que vous êtes humectée de bord en bord.— Allez me chercher mon sac de voyage.Tenez, voilà les clefs de ma voiture.— Ben.j'vas dire comme on dit, fait Ladouceur un tantinet piqué, j'sus pas accoutumé de me faire faire des commandements.Faudra pas en prendre à l'habitude.C'est moi qu'est le boss sur c'te ferme icite.— Excusez-moi, je suis dans un tel état., un tel état! Et c'est le déluge.Les larmes tombent en boules et vont se réfugier dans la dentelle du minuscule mouchoir qu'elle porte à ses yeux.Ladouceur.qui ne s'attendait pas à cette réaction de la part d'une femme "qui a autant d'aplomb", est consterné.Il tourne autour d'elle sans trop savoir quoi faire.Il a presque envie de lui offrir son grand mouchoir à carreaux.— Mais voyons don.j'ai pas dit ça, moi.faut pas pleurer de même.— Je suis tellement fatiguée.— Faut pas pleurer! Moi, ça me chavire.Ça me rappelle Cabosse.— Cabosse?Vous l'avez pas connue, vous comprendriez ça.c'était ma préférée.— Ah" — Elle vous avait des yeux!.Des yeux couleur de vin de Saint-Georges! Et elle me suivait partout la mignonne.Elle vous avait des façons à elle de se dandiner le train-train.Pauvre Cabosse!.— Elle est morte?— Oui.mettant bas son treizième veau.— Hein?sursaute Michelle abasourdie.— Vrai, plus ça va, plus vous me rappelez.Cabosse, continue Ladouceur que l'émotion gagnait.— Merci.— C'est un compliment que j'vous fais là.C'était la meilleure vache à lait du pays.Et puis, elle vêlait tous les ans.C'est à cause de ça que vous me z'y faites penser.— Qu'est-ce que vous dites?— Oui.Chaque fois qu'on y mettait un nouveau petit veau dans les bras, (quand je dis dans les bras, c'est une façon de parler) eh ben, chaque fois, elle pleurait, j'vous mens pas, elle pleurait des vraies larmes.C'était une émotive la Cabosse.Elle était comme vous madame.Madame?"Vous ne voulez pas que je pusse la nuit avec ce linge humide sur le dos ?Je vais me mettre en robe de chambre.— Massé.— Icite, Jos Ladouceur.propriétaire.Enchanté, marne Massé.Alors c'est vot'mari qui s'inquiète à Montréal?— Je vous ai dit que non.— Si c'est pas vot' mari ni vof père.— C'est mon fiancé.— Vof fiancé?Tiens, tiens! — Comment "tiens, tiens!" Ça vous étonne que j'aie un fiancé?— Mon Dieu, je dis pas.mais enfin, comme vous n'êtes pas dans la prime jeunesse.Oh' vous êtes encore pas mal.vous savez, mais enfin.— Je suis veuve, cher monsieur.— Ah?.Et.il y a longtemps qu'il est mort?— Qui?— Ben, vot' mari quoi?— Lequel?— Hein?— J'ai dit lequel.J'en ai eu trois.— Eh batêche! Vous y allez!.— Je suis une malheureuse.une malchanceuse!.— Pauvre femme! — Si vous saviez comme c'est pénible!.— De les voir mourir, comme ça, l'un après l'autre?— Ce n'est pas ça.— Ah?— Dites-moi monsieur, des jeunes, il n'en reste donc plus de disponibles sur la terre?— Des jeunes quoi9 — Des hommes jeunes! — Le mariage est une loterie.— Et je tire toujours les vieux jetons.Plaignez-moi monsieur, je suis bien malheureuse.Et je suis gelée ajoute-t-elle sans transition.Est-ce que vous ne me ferez pas la charité d'aller chercher mon sac de voyage?Ladouceur ne peut résister aux grands yeux marron brûlé qu'elle lève sur lui.— Je suis-t-y mal recevant hein?J'y vas tout de suite.Donnez-les moi vos clefs.Et puis, un petit bout de patience, je reviens.Ladouceur ne sent pas le vent et la neige lui fouetter le visage.Même qu'il a un peu chaud partout.Il en est presque arrivé à les comprendre les autres.les vieux.— Tenez, le v'ia vot' sac.m'ame veuve Massé, dit-il en revenant, le sac à la main et son plus beau sourire aux lèvres.— Merci.Où sont les chambres?— Les chambres?Y en a rien qu'une.Pourquoi faire?— Me déshabiller.— Hein?Le bonhomme a bondi.Son intégrité conjugale prend le dessus.— Vous ne voulez pas que je passe la nuit avec ce linge humide sur le dos?Je vais me mettre en robe de chambre.— Ouais., ben.— Ben quoi?— Ben.j'sus pas scrupuleux, non.ça, je l'sus pas.mais j'aime pas ben ça.Si la mère savait.— Elle comprendrait.— J'sais pas.Elle est pas jalouse, mais elle m'guette de près.— Je partirai aussitôt qu'il me sera possible de le faire Tenez, le billet de dix dollars, je vous le donne pour votre lit.— Pour mon lit?— Vous, vous allez vous installer sur le canapé que je vois, dans ce coin.Nous allons dormir bien tranquillement jusqu'au matin.— Ah! ça jamais de la vie! — Mais pourquoi pas?— Elle a le nez long la Françoise.C'te lit là il a jamais senti autre chose qu'une honnête odeur de sapin et de soupe aux choux.C'est nof parfum à nous autres, les habitants.C'est pas le vôtre qui se mêlerait à c't'odeur-là.Y a rien à faire.Françoise devinerait tout de suite.— Mais où couchent les enfants alors" Donnez-moi leur lit, ça m'est égal.— Les gars (S.V.P., lisez la suite en page 39) i.\ nEvri; momeune — dei-embhe.îasi Lit" , s**66 *fi i * 8°" 1 PAUL S ANC^ptfêsirait beaucoup se marier.Malheureusement, il réfléchissait, et réfléchir, dans ce cas, est très souvent opposé à l'action.Il voyait bien des ménages autour de lui et se demandait s'ils étaient vraiment heureux.Il craignait que toutes les belles apparences fussent pour le public et il appréhendait de découvrir sous les manières affables de la jeune fille, un caractère fantasque dans l'intimité.Cependant son existence de célibataire l'assombrissait.Bien que son appartement fut confortable, il le trouvait froid, ses repas solitaires manquaient de gaité, et puis au cercle et au restaurant, ils lui devenaient insupportables.Il aimait, autour de lui, la vie affectueuse et familiale et il se sentait des aptitudes pour être un excellent mari et un père tendre.Tout au long des jours, il cherchait une solution qui réunirait les principales bases de son rêve.Il y avait bien les dames amies qui s'occupaient avec délices de marier les orphelins comme lui, nantis de rentes respectables, mais il se méfiait.Il était persuadé que ces dames, partiales, vantaient leurs protégées et que souvent elles s'aveuglaient sur leurs mérites.Or, Paul Sancé ne contestait pas les qualités de ces jeunes filles, mais il voulait surtout que leurs défauts cadrassent avec les siens.Il avouait qu'il en possédait, il prévoyait que sa femme en aurait aussi, et l'essentiel était d'accorder ces défauts dans les rapports constants.On s'arrange toujours avec les qualités, mais combien il est plus difficile de caser pour la vie, les imperfections qui se trahissent de part et d'autre dans le commerce quotidien.Paul ne laissait pas d'être un peu romanesque et il ambitionnait, dans la femme d'intérieur cherchée, quelques attraits l'incitant à une belle tendresse.n avait lu pas mal et il découvrait quelques idées dans PAR MARTHE FIEL "le Roman d'un Jeune Homme pauvre".Etre secrétaire d'un père de famille le tentait.Etudier sa future compagne tous les jours, vivre de sa vie sous le couvert de l'anonymat, l'attirait.Sa conscience lui suggérait bien que c'était un abus de confiance.mais si léger! Et si la manoeuvre lui semblait hasardeuse, elle lui paraissait aussi d'une grande sagesse.Plus il retournait ce projet dans son cerveau, plus son imagination le lui colorait de séduisantes beautés.Et son parti fut arrêté.Il s'enquit près de son notaire.Ne connaîtrait-il pas dans quelque coin de province, un collectionneur ayant besoin d'un secrétaire?Il se réservait de ne prendre en considération que les familles ayant des filles à marier.Il prétendait que cette situation était pour un de ses amis, à court d'argent.Le notaire réfléchit durant quelques instants et répondit: — Je ne connais pour le moment que deux intérieurs qui conviendraient: le premier est un vieux ménage sans enfants, qui aimeraient un compagnon jeune, qui serait traité en ami et prendraient les intérêts de leurs immenses propriétés.L'autre est un châtelain, père de quatre enfants, trois fils et une fille; il cherche quelqu'un qui l'aiderait dans les comptes de fermage.Il s'occupe de l'instruction de ses fils et ne peut tout cumuler.Si votre ami veut essayer?.La famille est un peu originale, dit-on, car je ne les fréquente pas personnellement.Mais on peut s'habituer à l'ambiance, j'imagine.Ce sont de très braves gens.Paul demanda des détails.Le notaire lui apprit que le baron Fanon se débattait dans les complications de sa fortune territoriale.Ses terres rapportaient, mais il fallait une étroite surveillance que le hobereau ne pouvait donner parce qu'il consacrait ses loisirs les plus importants à ses fils, conservées chez lui.Paul se voyait déjà le sauveur de la famille Il s'éprenait de la jeune fille dont les vingt ans lui agréaient.Il la pressentait douce, timide, recluse dans la vieille demeure, et des bouffées de dévouement lui montaient du coeur.Décidément, il était bien fait pour aimer.Le notaire conclut: — Votre ami n'a qu'à se présenter au nom de mon confrère.il sera bien reçu.Tout joyeux, Paul nota l'adresse, remercia le tabellion et s'en fut.C'était encore moins difficile qu'il ne le pensait, nulle indiscrétion ne s'infiltrerait et I / irait droit au but sans autre intermédiaire.Ses trente ans lui semblaient légers.L'air qu'il respirait, en ce mois de mai si joli, dilatai' ses poumons et il se réjouissait de quitter Paris et d'aller passer les mois chauds dans une belle campagne.Le château se trouvait situé dans la Creuse Il y partit par une radieuse journée de juin et EiA REVUE MODERNE DECEMBRE, 193' le voyage lui parut court, car il s'égayait de tout le projet du roman soigneusement combiné.Il était attendu.A la gare, le baron Fanon vint le chercher dans une charrette anglaise.C'était un homme sympathique qui plut tout de suite à notre héros.Il ne se plaignait pas des temps ingrats, mais déplora simplement son manque de loisirs pour tenir une comptabilité étroite de ses divers marchés, et il remercia d'avance le futur secrétaire de la peine qu'il allait prendre.Paul Sancé fut conquis.En parcourant les cinq kilomètres qui séparaient l'habitation de la gare, le baron désignait de son fouet les terres qui lui appartenaient.On rencontrait de temps à autre un paysan avec lequel un bref salut s'échangeait.Le baron Fanon parlait peu de ses enfants, et Paul brûlait d'envie d'en savoir beaucoup à leur sujet.Il prit le parti de questionner: — Vous avez trois fils.je crois?— Trois diables.Ces deux mots tombèrent laconiquement des lèvres du père et un silence régna.Paul le rompit encore pour une question dont il connaissait d'avance la réponse.— Vous vous occupez entièrement de leur instruction?— Oui.et ce n'est pas une mince besogne.— Je vous admire! — Je le fais à mon corps défendant.je vous assure.— Vous vous créez des satisfactions.Le baron répondit avec un soupir: — J'ose l'espérer.Pas un mot de sa fille, bien que Paul essayât de remettre l'entretien sur les enfants.Le jeune homme commençait à craindre quelque mystère et il n'était pas loin de se blâmer de s'être lancé trop vite à la recherche d'une femme.Il se demandait s'il ne se jetait pas dans une aventure féconde en surprises, et il regrettait déjà son rôle.Que pouvait être cette jeune fille dont son père ne parlait pas.Habituellement, les pères sont toujours fiers de leurs filles.Il lui vint alors l'idée qu'elle était peut-être infirme et une grande tristesse l'assombrit.Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur ses réflexions.Sur la route rayonnante, le galop d'un cheval s'entendit.Au loin, un point se mouvait et s'avançait avec rapidité.Bientôt, Paul distingua un cavalier que le cheval faisait rebondir sur sa selle, par son allure vertigineuse.Le jeune homme s'exclama: — Oh! le malheureux!.Le baron était fort calme.Le cavalier se rapprocha et Paul reconnut avec stupéfaction que c'était une femme.Elle maîtrisa sa monture à quelques mètres de la charrette anglaise et lança: — Hein!.tu as vu c'galop?.Puis, sans un autre mot, sans un salut, sans un regard vers Paul, elle tourna brusquement, et s'en fut avec la même dangereuse vitesse.Elle était à califourchon, bottée, éperonnée.Une longue redingote dont les pans flottants volaient, laissait voir sa culotte beige.Elle avait sans doute perdu son chapeau dans la course, car elle était nu-tête, et sa natte sautait sur son dos et balayait la croupe du cheval avec des ondulations serpentines.Le baron dit simplement: — Ma fille.Le futur secrétaire ne put rien répondre sur le moment.Il restait suffoqué.Deux sentiments luttaient en lui: une admiration ahurie pour cette écuyère consommée, et un navrement de penser qu'une jeune fille se livrait à des amusements aussi périlleux.Et il était venu pour conquérir le bouheur! Il faillit tout avouer au père impassible, qui suivait des yeux, avec indifférence, la poussière qu'avait soulevé le cheval de sa fille.Enfin, il articula: — Ne craignez-vous pas que Mlle Fanon ne fasse quelques chute?.C'est d'une témérité folle ce qu'elle ose là!.Le père haussa les épaules et dit: — J'ai usé de tous les moyens.et j'ai dû la laisser faire.Elle ne pense qu'à ses chevaux.elle est d'ailleurs très solide.vous en avez jugé, n'est-ce pas?Paul n'ajouta rien.Il cherchait comment il allait rompre avec M.Fanon.Il ne se souciait pas de s'enterrer dans un pays perdu pour gâcher son temps.Il ne tenait pas du tout à épouser une amazone.Et ce ton!.ces façons!.Quoi!.pas même un salut!., et le père, sans sourciller, acceptait ce genre!.Une jeune fille de vingt ans qui ne savait même pas que l'on devait saluer!.Le notaire l'avait prévenu que la famille était extraordinaire.mais à ce point, ce n'était pas tenable.Le pauvre épouseur monologuait en son for intérieur et devenait mélancolique.On arriva.Le château était une énorme bâtisse à la fauche de laquelle s'élevait une tourelle surmontée d'une cloche.Une large avenue de tilleuls précédait la demeure devant laquelle s'étendaient des pelouses.Au milieu de l'une d'elles, s'ébrouait le cheval de tout à l'heure, tenu au bout d'une longe par l'intrépide conductrice.Bien qu'elle fût jolip.elle ne le sembla pas à Paul, tellement il avait horreur de cette sorte de femmes.Sa mère, sur le perron de pierres blanches, criait: — Tu te feras sûrement donner quelque ruade! Tu l'excites tron.vovons.Albane!.Mais la jeune fille ne faisait que rire de cette angoisse maternelle.Elle continuait son travail de manège, sans se préoccuper d'autre chose.Elle était grande et mince.Sa chevelure châtain couronnait un front uni.blanc.Sa coursp avait rosi ses joues rondes, et ses yeux, d'un bleu pâle, semblaient deux étoiles lumineuses.Ses dents, d'un blanc laiteux, brillaient au moindre sourire.Mais tout ce charme disparaissait quand on apercevait la culotte bouffante sur laquelle voltigeait la redingote, et les bottes à éperons qui frappaient le sol avec fermeté.Un stick d'une main, de l'autre, la longe, elle donnait l'impression d'une dompteuse, soucieuse avant tout de son métier.Paul détourna son regard avec dédaim.Mme Fanon vint à sa rencontre.Elle était affable et paraissait craintive.Le jeune homme devina sans peine qu'elle ne savait pas se faire obéir.Il se dit: si les fils ressemblent à la fille.je plains cette pauvre femme.On le conduisit à sa chambre, où il attendit l'heure du dîner.Une cloche sonna et il descendit.Le baron le guettait pour le mener dans la salle à manger.Sa femme, à table, soupirait en disant: — Les enfants ne pourront jamais être à l'heure!.Elle fit asseoir à sa droite le secrétaire de son mari et commença une phrase pour lui faire pressentir que l'exactitude des repas serait souvent subordonnée à des incidents imprévus.Paul Sancé prit le parti de tout accepter avec désinvolture.Du moment qu'il était dans la place, il devait prendre les choses gaîment.Cela le divertissait un peu.Il était fermement décidé à ne pas devenir le gendre de cette dame apathique et de ce monsieur insouciant.Il allait leur rendre service en les aidant un peu; cela l'occuperait et ce serait une bonne action à son actif.Ce projet dûment arrêté, Paul redevint aimable.Mme Fanon en fut enchantée.Un fils entra.c'était l'aîné, un grand garçon de seize ans, ressemblant à sa soeur, mais avec des yeux noirs.Il salua d'un "bonjour.Monsieur" avenant, et s'assit à la gauche de sa mère.Les deux autres se montrèrent et saluèrent sans aucune gêne.C'était deux jumeaux, expliqua la baronne.Tous les trois étaient beaux, robustes! avec des airs francs qui plurent à Paul.— Où donc est votre soeur?— Dans l'écurie.elle vient.répondit l'aîné! Paul eut un sourire ironique.On commença le repas sans elle.Le potage allait être enlevé, quand elle entra en coup de vent, pour tomber, essoufflée, à la droite de son père: — Ce que j'ai chaud!.Aucune observation ne lui fut adressée.Elle se hâta de rattraper les autres.Paul put l'examiner pendant qu'elle mangeait et son visage lui sembla tout angélique.Une pureté s'en dégageait, une candeur charmante.Elle le regarda furtivement, et elle rougit en voyant qu'elle avait été remarquée.Elle était encore en tenue de cheval, mais personne ne parut choqué de ce laisser-aller.Paul s'en trouvait eêné t>our elle, mais il était le seul à l'être.(S.V.P., Usez la suite en p.33) J/A RJ5WE MOPERNK — DECEMBRE.1530 GUGUENHEIM commençait de dîner dans son arrière-boutique quand la sonnette tinta.Il se leva avec mauvaise humeur et, tout en décollant de l'index les quelques brins de vermicelle qui prolongeaient sa moustache, il grimpa les trois marches séparant l'infect réduit sans air de ce qu'il appelait pompeusement: le magasin.L'arrivant pouvait avoir de trente-cinq à quarante ans, son visage couleur brique témoignait d'une vie passée au grand air sous des ciels brûlants.(Lors de sa précédente visite, il avait confié au brocanteur s'être évadé de Cay-enne où il avait tiré sept ans.) Il tenait à la main une valise volumineuse et qui paraissait lourde.Dès que Guguenheim eut reconnu son visiteur, son expression maussade fit place à un sourire qui découvrit des dents noires et invraisemblablement plantées.C'était la quatrième fois que le forçat se rendait au magasin et le vieux Guguenheim n'avait eu qu'à se louer de leurs entrevues.Non qu'ils eussent déjà traité de grosses affaires.Jusqu'alors M.Lucien (tel était le nom sous lequel l'homme s'était présenté) n'avait lavé que de menus bijoux dont la valeur n'excédait pas le billet de mille francs, mais ces prises de contact.Guguenheim le sentait bien, n'avaient pour but que d'amorcer une opération plus sérieuse à laquelle l'homme avait d'ailleurs fait quelques vagues allusions.Enfin M.Lucien était de prétentions raisonnables, correct et très sérieux; pour tout dire, il semblait d'une tout autre classe que les habituels margoulins de la cambriole qui traitaient avec le receleur.Tout en multipliant ses souhaits de bienvenue, Guguenheim avait attaché les yeux sur la valise.— Viendriez-vous me faire vos adieux ?— Je pars, en effet, mais ce colis ne fait pas partie de mes bagages.M.Lucien regarda avec "inquiétude du côté de la rue, qu'on n'apercevait que confusément à travers les vêtements pendus dans la vitrine.— J'ai à vous parler très sérieusement.— Le temps de baisser ma devanture et je suis à vous.Je comptais ne fermer qu'après souper, mais il est aussi simple.dire que je ne m'embarquais qu'a 22 h.37.Or ma place est louée, ma malle enregistrée, mettons que j'arrive pour la demie à la gare, ça me fait donc deux heures devant moi.Avez-vous déjà réfléchi à tout ce qu'un homme résolu peut faire en deux heures?Le receleur émit un sifflement admiratif.— Ah! je voudrais que vos mauviettes de confrères vous entendent.Ainsi donc, vous voulez partir en beauté, et pourrais-je savoir.?M.Lucien déplaça légèrement son fauteuil pour éviter les postillons de son interlocuteur.Il reprit d'un ton négligent: — Vous avez entendu parler du clip de la comtesse de Felbach?Un sursaut décolla Guguenheim de son tabouret.— Le clip de la.Vous plaisantez.— Je vois que vous connaissez l'objet.Sa photo a du reste autrefois paru dans divers magazines.Pensez-vous que, dessertis, les treize brillants qui le composent puissent être écoulés sans grand risque ?— Ma parole, vous parlez comme si le bijou était déjà entre vos mains.— Oh! à deux heures près.Guguenheim alla tourner la manivelle; le rideau de fer descendit avec un bruit effrayant.Cependant le visiteur s'était assis dans un poussiéreux fauteuil Empire aux cuivres ternis.Le receleur s'installa en face de lui sur un tabouret de piano à vis.— Je vous écoute.— Voici, l'air de Paris.ou plus >J™^ exactement de la France, commence à devenir irrespirable pour moi, aussi j'ai décidé de gagner l'étranger.J'ignore encore où je me fixerai définitivement, d'ailleurs cela ne dépendra pas uniquement de ma volonté.Ce qui est certain, c'est qu'à l'aube la frontière me séparera de mes bons amis de la préfecture.— Diable! Il y a urgence à ce point?— N'exagérons rien.Ces mes-rieurs savent seulement que je suis dans les murs, mais comme je n'ai nulle envie de retourner.là-bas.— Vous avez un passeport?M.Lucien tira le livret de sa poche en riant.— Parfaitement en règle, je vous défie d'y relever quoi que ce soit d'anormal.Bref, j'ai pris ce matin mon billet pour Berne, je pars par le rapide de 22 h.37.Guguenheim était sincèrement navré — C'est bien ma chance! Pour une fois que je travaille avec quelqu'un de possible.Enfin vous m'aviez laissé espérer.M.Lucien consulta sa montre.— Eh bien!.Je viens de vous Cette fois Guguenheim rit de bon coeur.— Je connais des types sûrs d'eux-mêmes, mais à ce point-là.Ainsi donc vous espérez pénétrer comme ça dans la salle des coffres du Lyonnais?— Permettez! Le clip est actuellement dans le coffre du comte, dans son hôtel particulier "de li rue Barbet-de-Jouy.— Il vous l'a dit?— Non.mais j'étais au Lyonnais hier après-midi lorsque Felbach a retiré son précieux dépôt; je l'ai suivi jusque chez lui.Guguenheim ne riait plus.— Pourquoi ne l'a-t-il pas laiaâi à la banque?.Je ne suppose ton1 de même pas que sa femme le reporte.Le couple n'a plus guèr d'occasions de s'exhiber, au contraire.— Je vois que vous connaissez la situation Ce que vous ignorez encore, c'est que le comte a décide de vendre le bibelot.— La fin des fins, alors ?— Oui.Dès demain, les plus grands joailliers de Paris se succéderont rue Barbet-de-Jouy.Ou plus exactement, ils ne bougeront pas, leur déplacement étant devenu inutile.Guguenheim hocha la tête.— Affaire dangereuse ?— Nullement.Les Felbach passent la soirée chez les d'Ouvrés, les seuls amis qui leur soient reste fidèles; la place sera vide.— Les domestiques ?— Ils se sont séparés du dernier il y a une semaine.— Pas possible! Ils en sont là ?— Dame! Pour qu'ils en arrivent à liquider le clip, symbole de leui splendeur.Les trois quarts des meubles sont déjà vendus.Et c'est pourquoi Felbach n'a vu aucun inconvénient à laisser le bijou dans l'hôtel qui semble le dernier endroit auquel un cambrioleur pourrait s'intéresser.De nouveau, M.Lucien tira sa montre.— Mais je bavarde et le temps passe.Résumons-nous."Il est neuf heures cinq, en partant tout de suite, nous serons pour la demie rue Barbet, j'estime qu'il me faudra vingt bonnes minutes pour venir à bout du coffre, cela nous mènera.— Pourquoi dites-vous: nous ?— Parce que nous serons tous les deux.Évidemment, j'aurais préféré agir seul, comme d'habitude, mais la plus élémentaire prudence commande que quelqu'un fasse le guet.— Et vous avez pensé à moi.fit l'autre ironiquement.— Oui, vous connaissez mes théories, je vous les ai déjà exposées et vous les avez pleinement approuvées.Je me méfie des compagnons de hasard, avec vous je serai tranquille.— Ouais! Seulement moi je n'agis pas.J'achète, un point c'est tout.— Eh bien! ce soir vous agirez.— Non.— Si.M.Lucien s'était levé.Il reprit, frappant du poing une table de jeu bancale.— Trêve d'enfantillages, Guguenheim.Je vous propose une affaire unique, comme vous n'en traiterez pas deux durant toute votre vie.et vous le savez parfaitement.Vous n'allez tout de même pas avoir la stupidité de refuser — Mais le risque ?— Il n'y en a pas si nous som-Enfin, bon sang, vous ma situation; admettons que je sois pris, avec moi arriéré, c'est mon existence fichue Alors vous devez bien penser qui je ne joue qu'avec la certitude de gagner.— Mais.hum!.quel serait mon rôle ?— Ah! Ah! Vous devenez raisonnable.Voici en deux mots la seule complication de l'entreprise ce qui fait que j'aie besoin de quelqu'un, car vous pensez que sans cela.(S.V.P., lisez la suite en pape 38) mes deux, connaissez LA REVUE MODERNE HEi GMRRK, l'JC 11 L'HOPITAL SAINTE-JUSTINE PAR HENRI GIRARD L'intelligence, l'esprit de charité, le patriotisme de quelques femmes dévouées ont permis la réalisation de cette grande oeuvre canadienne-française que nous devons sauvegarder.ICI, c'est la guerre aux microbes.Même l'air est stérilisé.La salle d'opération.Elle est aménagée comme celles des plus grands hôpitaux du monde.Autour d'une lubie étroite, toute blanche, le chirurgien, son assistant, un interne, des gardes-malades, le médecin anesthésiste et son aide.Sur une autre petite table des instruments multiples, des compresses.Au milieu de tout ce blanc, un carré de chair au centre duquel s'ouvre une plaie rose.Les mains du chirurgien et de l'assistant vont viennent, les instruments s'enfoncent dans la plaie.Un coup de bistouri ici, des pinces là.Puis le catgut et le mouvement de l'aiguille.La plaie est fermée.Le coeur est bon, la respiration n'offre aucune inquiétude.Dans huit jours, l'enfant sera sur ses pieds.Encore un petit gars de chez nous arraché à la mort.Dès qu'il commence à reprendre des forces, l'enfant se croit au paradis.Car, j'oubliais de vous le dire, cet enfant, comme des centaines d'autres à Sainte-Justine, est né et a toujours vécu dans la misère.A mesure que la guérison progresse, il peut apprécier les soins dont on l'entoure et jouir pleinement d'un bien-être dont il ne soupçonnait pas la réalité.Médecins, religieuses, gardes-malades lui prodiguent les soins les plus attentifs, tout comme s'il était le fils d'un millionnaire.A l'exemple de plusieurs autres hôpitaux de Montréal et de Québec, Sainte-Justine est une institution où s'affirme hautement la charité la plus belle, la plus discrète.Et Sainte-Justine est devenu l'un des hôpitaux les plus modernes qui soit.L'hôpital comprend maintenant des services de chirurgie, d'orthopédie, d'urologie, de neuro-psychiatrie, d'oto-rhino-la-ryngologie, de brocho-œsophago-logie.d'ophtalmologie, de dermatologie, d'obstétrique et d'odontologie, sans compter les services d'optométrie.de massothérapie et d'électro-radiologie.Sainte-Justine possède également ses laboratoires.Noublions pas le service de dépistage de la tuberculose.Les profanes ne s'habituent pas volontiers à certains de ces noms de consonnance barbare.Chacun d'eux représente néanmoins une part indispensable de l'immense organisation créée par l'homme pour lutter contre la maladie et la mort.Tous ces services sont de première nécessité et il faut absolument en organiser de nouveaux à mesure que l'hôpital se développe, grandit, à mesure que les admirables travaux des savants mettent à la disposition des médecins d'autres moyens de vaincre la maladie.On a beau économiser, prendre tous les moyens possibles d'organiser et d'administrer de tels services économiquement, ils coûtent fort cher, beaucoup plus cher qu'on ne l'imagine.Les dépenses strictement nécessaires d'une institution telle que Sainte-Justine s'élève annuellement à près de $500.000.soit le revenu d'un capital de $10.000,000 placé à 5%.3) que pour les cas de maternité le gouvernement provincial et la municipalité ne paient chacun que 17 sous par jour pour chaque mère et 20 sous pour chaque nourrisson, alors que le coût de l'hospitalisation est encore de $3.38 par jour pour chaque cas de maternité, 4) que l'hospitalisation des indigents qui sont dans une situation Après cela, peut-on s'étonner d'apprendre que le déficit net de l'hôpital Sainte-Justine pour l'année 1938 fut de plus de $58,000": Non, évidemment.Au contraire, on s'étonne que le déficit ne soit pas plus élevé, lorsque l'on sait que les seules ressources propres de l'Hôpital consistent uniquement en certains legs et fondations qui rapportent au plus $1,900 par année.Il faut mieux examiner encore la position difficile de Sainte-Justine.Notons : 1) que 90', des malades sont des indigents et ne paient rien pour les soins coûteux qu'il?reçoivent, 2) que la loi de l'Assistance publique fixe à $2.la contribution totale du gouvernement provinciale et de la municipalité pour l'hospitalisation des indigents, tandis que le coût réel fut de $3.38 par jour et par malade au cours de l'année 1938, particulière non prévue par la loi de l'Assistance publique reste en-?ièrement à la charge de l'hôpital.Ces faits méritent sérieuse considération.D'ici à ce que les pouvoirs publics soient en mesure d'accorder aux hôpitaux une contribution conforme à leurs besoins, l'Hôpital Sainte-Justine devra compter sur la générosité du public pour se maintenir et continuer son oeuvre magnifique.H y a plusieurs manières d'aider Sainte-Justine, mais la plupart des gens peuvent surtout y parvenir en donnant le plus possible, chaque année, à l'occasion de la Journée du Dollar organisée particulièrement à cette fin.Qui peut résister sans remords à l'appel suppliant des enfants pauvres et malades0 Ce n'est sans doute pas par hasard que cette Journé du Dollar survient à l'époque où les enfants riches songent déjà aux jouets que (S.V.P., Usez la suite en page 37) I.A FÏEVI'E MOI'EIÎNE — DECEMBRE.1939 Quiadlen PAR Instructeur-gérant du club Canadien de la N.H.L.IORSQUE 1 an dernier, avant le coramen-j cément de la saison 1938-39, les Canadiens m'ont donné mon congé et m'ont permis d'obtenir le poste de gérant des Aigles de New-Haven de la ligue Interaméricaine, ils ont d'un trait de plume mis fin à une association qui durait depuis treize ans, et qui avait commencé le 30 décembre 1925 lorsque Cecil Hart m'avait fait quitter le National pour me joindre à l'équipe qui, cette année-là, devait connaître la pire saison que jamais les Habitants aient traversée.Lorsque, cet automne, après un an d'absence, les Canadiens m'ont ramené dans leurs rangs, cette fois comme instructeur-gérant de l'équipe, nous avons commencé une seconde association qui durera, je l'espère, aussi longtemps que la première, et qui nous vaudra, aux joueurs et à moi, autant de belles heures que la première m'en avait valu.Du Jour de l'An 1926 aux derniers jours de la saison 1937-38, nous en avons vécu, bien souvent, de bons moments tous ensemble, Howie Morenz.Aurel Joliat, Albert Leduc, Sylvio Mantha, Wildor Larochelle, Armand Mondou et les autres.Nous avons vécu les heures de triomphe de 1929-1930-1931 alors que nous ne connaissions pas de rivaux dans la N.H.L.et que deux fois de suite nous réussissions à apporter le championnat à Montréal.Nous avons vécu les heures où nous filions de record en record et où, en 1928 par exemple, nous voyions deux des nôtres, Aurel et Howie.dominer les compteurs de la ligue.Howie avec 33 buts, en tête, et Aurel en seconde place avec 28.Ensemble nous avons célébré le succès de Georges Heins-worth lorsqu'en 1928 c'est à lui qu'allait le trophée Georges Vézi-na: en 1931 et 1932 c'est Howie que nous avons applaudi lorsque, deux années de suite, il s'est vu décerner le trophée du Dr Hart, honneur qui est d'ailleurs aussi échu à Aurel en 1934.Avec moi, tous les gars ont célébré ce soir de décembre 1929 lorsqu'au Forum, contre les Sénateurs, j'ai établi le record de pointage des temps modernes, cinq buts et une assistance en un seul match "Pit" Lépine, dans l'uniforme qu'il a porté durant 13 saisons.Oui, nous avons vécu de bien belles heures — mais nous avons aussi connu nos déboires et c'est probablement parce que nous avons accepté la bonne et la mauvaise fortune en restant unis que nous avons pu être l'équipe que nous avons été.Les mauvais coups nous ont tous frappés à un jour ou à un autre.Ensemble nous étions, lorsque Howie a été blessé contre Chicago en 1937 et ensemble nous étions lorsque quelques semaines plus tard, Howie était porté en terre.Nous avons eu un soupir de regret lorsque tour à tour nous avons vu partir, d'abord Herb Gardiner, puis Georges Hains-worth, puis Nick Wasnie, puis Albert Leduc, puis Sylvio Mantha, puis Marty Burke.Nous étions tous ensemble lorsqu'un soir de mars 1932, une mise en échec de Bill Cook, à Madison Square Garden, à New-York, m'envoyait à l'hôpital Polyclinic, une jambe fracturée; le lendemain matin, des douze Canadiens réunis dans ma chambre, le moins inquiet, le moins désolé, c'était probablement moi.C'était la note caractéristique de la grande famille que nous étions, de s'inquiéter beaucoup plus pour les autres que pour soi-même.Une chose qui m'a frappé cette année, en revenant à la tête d'une équipe bien différente de celle que j'ai quittée il y a deux ans, plus jeune, plus vigoureuse, c'est que le mène esprit semble régner.C'est ce qui me porte à croire que les Canadiens de 1939-40 ne seront pas loin de la tête lorsqu'on décernera le championnat et la coupe Stanley, au mois d'avril prochain.Quinze ans ont apporté bien des changements dans la ligue Nationale.Lorsque, en 1925, le Canadien m'a offert le contrat qui m'a amené à la Ligue Nationale, celle-ci ne comptait que trois clubs américains, Pitts-burgh, Boston et New-York, et la cédule n'était que de 36 parties par saison.Les recrues n'arrivaient pas nombreuses puisque les ligues mineures n'étaient pas encore crées et à Montréal, par exemple, les deux clubs seniors du temps, le National et le Victoria, ne fournissaient pas souvent de candidats au Canadien.De l'équipe de laquelle je faisais partie lors de mon saut au professionalisme personne autre n'est passé aux majeures bien que plusieurs de mes camarades du temps soient allés cueillir la moisson dorée qu'offraient les mineures, dans leur début.Ainsi Roland Beaudry qui était notre gardien de buts dans l'alignement du National de 1925.Dave Campbell qui jouait devant lui à la défense, et Ernest Brisebois qui jouait à l'aile dans la même ligne que moi, s'en allèrent à Philadelphie et à New-Haven passer une ou deux saisons à implanter le hockey aux Etats-Unis.Ce n'est que plus tard, vers 1930, que Montréal commença à fournir ses joueurs à la N.H.L.avec Georges Mantha, Armand Mondou, et tous ceux qui devaient les suivre.De 1920 jusqu'à 1928, les seuls nouveaux venus de Montréal avaient été Sylvio Mantha, Albert Leduc, mon frère Hector et moi-même Les règlements étaient bien différents de ceux d'aujourd'hui quand je fis mes débuts.Le joueur de centre, par exemple, se modelait sur Frank Nighbor, dont la principale fonction était de barrer la route aux adversaires.Howie Morenz fut le premier à rompre avec cette tradition jusqu'à ce qu'une école complètement nouvelle soit lancée par Joe Primeau qui, à partir de 1930, se donna comme mission de fournir des passes à ses ailiers, Jackson et Conacher des Maple Leafs.La passe en avant comme nous la connaissons aujourd'hui n'existait pas; nos équipes comp- (S.V.P., lisez la suite en page 23) La géographie de la guerre BALTIQUE-MÉDITERRANÉE EN 10 I N U T E S PAR LOUIS FRANCOEUR SUR une carte géographique, tracez une ligne le long du vingt-deuxième méridien, depuis le nord de la Finlande jusqu'à la mer Egée.Vous avez à peu près la limite occidentale que se donnent, pour l'instant, les ambitions russes en Europe.C'est plus que la moitié de cette partie du monde qu'on appelle l'Europe.De l'océan arctique, parallèle 70, à l'est de la Méditerranée, parallèle 35 environ, la Russie s'est attribué une zone d'influence où elle n'entend pas que personne s'introduise.Au nord et au centre de cette ligne arbitraire, elle bloque l'Allemagne; au sud, elle fait obstacle directement à l'Italie, et indirectement à l'Angleterre.L'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, plus de la moitié de la Pologne, la Bulgarie, la Macédoine, un peu moins la Yougoslavie, et moins encore la Roumanie, et, si elle le pouvait, la Turquie: ce sont les pays sur lesquels elle cherche à établir son protectorat.En d'autres termes, elle ne veut pas d'autre prestige que le sien et surtout d'autres intérêts que les siens dans toute cette partie de l'Europe et de l'Asie Mineure qui va du golfe de Bothnie à la poche orientale de la Méditerranée.Jusqu'ici, la Russie n'a pas déclaré la guerre; elle s'est inspirée des exemples de son nouvel ami, Hitler, pour procéder à des conquêtes sans effusion de sang, ou presque.Dans le tohu-bohu des nouvelles étrangères et locales que les journaux doivent publier, on n'a peut-être pas assez noté l'importance extrême des pactes d'amitié prétendue que la Russie a imposés aux états baltes.Si vous vous reportez à la carte, vous y voyez que la Russie n'a d'accès à la Baltique que par le golfe de Finlande.Son port de Cronstadt est dans la ligne 60, c'est-à-dire à la même hauteur que le sud du Groenland, la pointe nord du Labrador, le haut de la baie d'Hudson; c'est dire qu'il n'est pas libre l'hiver.La Russie, qui veut jouer à la puissance navale dans le nord a donc nécessairement besoin de ports libres de glace à l'année.Les traités d'amitié forcée qu'elle vient de conclure avec les pays baltes lui donnent ce libre accès à la mer dont elle a si grand besoin.Désormais, les côtes en vasselage russe sont presque aussi longues, sur la Baltique, que celles de l'Allemagne.Le réseau des chemins de fer qui rattachent les pays 'baltes à la Russie n'est pas extraordinaire.Il est suffisant, toutefois, pour assurer un transit direct de Leningrad et de Moscou à la mer.Somme toute, les trois pays voisins, s'ils gardent leur indépendance administrative et leur physionomie ethnique, ont perdu leur au- Les pays belligérants n'ont pas tous les mêmes motifs de faire la guerre.La Russie, par exemple, tient compte, avant tout, des exigences de sa situation géographique.C'est ce qu'indique très clairement l'auteur de cet excellent article.tonomie militaire et, virtuellement, leur souveraineté économique.Les pays baltes, surtout la Lettonie et l'Estonie, sont plus avancés que la Russie.Leur population s'apparente plus au type nordique qu'au type slave.Elle est, par conséquent, plus laborieuse, plus méthodique, plus ordonnée, plus apte à s'organiser d'elle-même pour le travail à la moderne que ne l'est la population russe, toujours soumise au tyran.Avec ces ports baltes, avec ment amicale, mais très effective, des îles au large de la Lettonie et l'Estonie, les Russes améliorent grandement leur situation.C'avait toujours été un article de foi des Allemands d'empêcher la Russie d'avoir des côtes le long de la Baltique.Les Allemands disaient aux Russes: "Vous avez la Mer Noire, débrouillez-vous de ce côté et laissez-nous le nord".C'est l'un des gains les plus positifs de la Russie que d'avoir réussi, à la faveur des circonstances, à s'imposer en biais de l'Allemagne et des pays Scandinaves.La Mer Noire et ses grands ports russes d'Odessa et de Rostoff.ainsi que son port de Batum.spécialisé, celui-ci.dans l'expédition des pétroles, ne sont certes pas avantages négligeables.Mais on ne sort pas comme on veut de la Mer Noire; il faut passer par les détroits, c'est-à-dire par le Bosphore, la mer de Marmara et les Dardanelles.Et là.on navigue à travers les myriades d'îles de la mer Egée pour se trouver, à la sortie, sous les canons français ou italiens.Les Turcs possèdent les détroits; ils sont intraitables quand une puissance étrangère veut leur forcer la main.L'expérience, du reste, expérience bien longue et bien cruelle, a démontré qu'on n'y passe pas quand les Turcs ne le veulent pas.L'Angleterre a sacrifié assez d'hommes à Gallipoli.pendant la Grande Guerre, pour que le souvenir d'un effort aussi inutile qu'héroïque ne se soit pas perdu.Si la Russie pouvait se ménager, en évitant les détroits, un débouché méditerranéen, elle transformerait en réalité l'un des rêves de Pierre le Grand.Pour cela faire, comme elle ne peut compter sur l'amitié de la Grèce, il lui faut exciter les convoitises bulgares sur la Dobrudja.Regardez encore votre carte.Au nord de la mer Egée, vous avez une mince langue de terre qui appartient à la Grèce, après avoir été sol bulgare.C'est l'est de la Macédoine, qui s'appelle plus couramment Dobrudja.Il y a là quelques excellents ports, notamment celui de Kavalla.Si la Bulgarie reprenait cette province, le transit russe vers (S.V.P., lisez la suite en page 23) LA RBVl'E MODERNE DECEMBRE.103!) N II tou ais Dessins animés en couleurs de Walt Disney.illait vous racontar una histoire le et merveilleuse en ses per-KipJ's coimne en ses péripéties, vous iez trouver de plus habile conte Walt Disney, ce génie du mimé qui a fait la joie de tant de.Après le fantastique succès BlQiche-Neige et les Sept Nains, e de Disney a trouvé un autre 'enfant qui plaira à toutes les tjofies par son ingénuité et ses ai-aventures.Il s'agit de ce Pinoc-te nos grand'mères racontaient it-petits sous le nom de bébé Dchf.Au début de 1940.Walt Dis-a connaître au monde entier les es de Pinocchio portées à par le dessin animé et la cou-omme pour Blanche-Neige, il 'un film de long métrage, tout eur et en musique.On y compte aiQno^ns six chansons à grand succès, s pas plus loin pour entamer oie de voir Pinocchio à l'écran ns un peu connaissance avec les âges du livre de C.Collodi.vait une fois, puisqu'ainsi commencent colites, un vieux sculpteur solitaire du ^fn d(Ge >petto qui passait sa vie humblement leux animaux favoris: "Figaro", le eo".le poisson rouge.Pour charmer et calmer son ennui, il avait entre-er 'f-d'oeuvre de sculpture en bois de rjiré entant une petite marionnette qu'il ée "Pinocchio" W-e Bir Inème qu'il termina sa marionnette, ^flvie^; (feppetto s'endormit en désirant, par l'étoile des désirs, que son Pinoc-•ie me un vrai petit bonhomme; car il urs désiré un fils.Durant son som-11e étoile s'approcha de sa demeure, de toute sa clarté et soudain en .jail-| Fée-Bleue.fée, pour récompenser Geppetto de >ontés.donna la vie à la marionnette, 1 avertissant bien qu'elle devrait se a;ne d'être promue à la vie d'un petit F lur aider la marionnette Pinocchio uvelle tâche, la Fée-Bleue lui accor- EN HAUT.—Geppeto met la dernière touche à la décoration de la marionnette qu'il a sculptée et qu'il nomme Pinocchio.AU MILIEU.—La Fée Bleue, en réponse au souhait de Geppetto d'avoir un fils, donne la vie à la marionnette que le brave homme a sculptée, et, puis pour aider Pinocchio à se bien conduire dans la vie, elle lui fournit un compagnon en la personne du grillon Jiminy.CI-CONTRE.—Ayant échappe à Stromboli, Pinocchio se hâte de retourner à la maison en compagnie de son inséparable Jiminy Cricket.:.\ l!EVt-E MODERNE — PETMniîE.1»V> 15 aide II us dans lu personne m un grillon vagubotid G an C'jn-Mal", 11 tre >\» tto action M'-tte.3ccBio est sse leinin 11 mé un iny i n-le i lon-ddy".îa- i iJ'.'ïit, i• ili-, i qui -.o Aies^H nv^sation nir un xrhio îti lit Dnt^H i ¦ i iia- t'u à de un Jiininy Cricket elle confère le titre de: "Lord servateur de la Science du Bien avec fonction de veiller sur Pmoccl§o de conscience.Il est facile d'examiner la joie à son réveil et de comprendre sa .1 la vue de ce petit bout il ' bon ni m •-m |il i Après de joyeuses célébrations, P mis au lit de bonne heure pour aller à l'école, le lendemain.Sur des écoliers, le jour suvaint, Pinoi bu de ses livres et suivi de sa conscie Cricket, trottine gaiement quand il contre de deux mauvais sujets, renard qui s'appelle J.Worthmgton netc Jeun", et son compère le cb;| Ces deux vilains et malicieux escra nières doucereuses et a la langue voient en Pinoeebio une bonne affa ser.En effet, une marionnette qui marche sans ficelles doit bien valoir d'or.C'est alors qu'ils entament avec Pinocchio et le convainquent de acteur plutôt que d'aller a l'école cède et les malins quadrupèdes s vendre a Stromboli, le méchant jou i lonnettes, qui en donne un bon pri Pinocchio devient l'esclave du n marionnettes qui le garde prisonnie cage d'oiseau après l'avoir fait trafai Fée Bleue vient à son secours et de lui la vérité sur son aventure.Ma que Pinocchio essaie de mentir pouj per, son nez s'allonge démesurément qu'enfin il avoue toute la vérité.Le le délivre et Pinocchio prend le ch maison bien décidé à être un bon (prd^i aller à l'école Mais toutes ses bon tions s'oublient vite quand de nouv contre ses faux amis qui lui prop fois une excursion dans "L'ile du les enfants font tout ce qu'ils veuliit les supplications de sa conscience, Ji lir I Cri ket, Pinocchio cède et suit les fofrbB v^H l'île enchanteresse où les enfants follement.Mais Pinocchio ne met pas de temj cevoir que les enfants de l'île sont ment changés en ânes pour être mesure que Pinocchio sent ses oreilles ger et une queue lui pousser, il ent ep fuir l'île et, grâce au courage de Jim qui l'a toujours suivi, il échappe épouvantable.A leur retour, Pinoccl ny Cricket apprennent que Gepr.:ttc d'inquiétude et de peine, était parti i che de sa marionnette vivante et qu' tout rond par "Monstro", l'hideuse >iarde les abords de l'île du Plaisir Pinnochio, qui a encore son grai i oreilles et sa queue d'âne, explore a Cricket le fond de la mer pour api enJ-< poissons le lieu de la cachette de A leur tour, ils sont victimes de .nerie du monstre qui les avale, mais tôt les rejetter tous, à cause d'une de Pinocchio.Furieuse d'avoir été baleine se met alors à les pourslivfl a'^l nu le M .j qui tir i une i La savoir ic ure isclll-u'a ce boBne fée se jui i>- la esolu-ran-seM cette la lr' où liaigré an i usent a s aper- ny ec eppetto a rivage à Lfl vieux 1^ bonne toucher à en petit acharnement et le radeau hâtif que construit peut à peine atteindre '.lemps pour échapper à "Monstro" Geppetto croit Pinocchio mort, mai tée apparaît de nouveau pour le ! épaule et le changer instantanémi garçon.Il y u grandes réjouissances dans la maison Je Geppeto qui a enfin trouvé un fils dans son ¦ meienne marionnette en bois de pin."Figaro" et "Cleo" participent à leur façon à la grande elébration, tandis que Jiminy Cricket, sa tâche finie, s'en retourne à travers champs, fort content de son ouvrage, mais encore plus content Je la belle décoration en or que la fée lui a donnée pour avoir protégé et guidé Pinocchio, à litre de conscience à deux pattes.EN HAUT.—Geppetto et Pinnocchio, après leur sortie du ventre de la baleine Monstro, essaient de regagner la terre sur un radeau.AU MILIEU.—Jiminy Cricket a la recherche de Pinocchio demande au petit poisson rouge s'il sait où habite, au fond de la mer, la baleine Monstro.EN BAS.—Tandis que Pinocchio explore le fond de la mer, de petits hippocampes s'approchent pour lui joueur des tours.i a llEVL'E MODEKNE — decembre.1wïm 16 L'origine de nos chansons PAR JEANNE BERUBE IL avait neigé sur Bethléem.Puis un vent froid avait chassé les nuages.Pas de lune.Seulement la douce lueur des étoiles éclairant à peine un ciel de velours bleu.La ville et la campagne vivaient leur vie quotidienne, insoucieuses.Les bergers réchauffaient leurs doigts engourdis au-dessus d'un feu sans cesse nourri de branches mortes.Les brebis dormaient et nul écho ne venait troubler leur songe lorsque sonna minuit.Seuls les bergers veillaient, humblement soumis au devoir de toutes les nuits, lorsque l'horloge éternelle du temps marqua l'heure prévue de toute éternité.— Belle nuit, dit Jacques.— Nuit froide et dure pour nous, répondit Zabulon.— Nuit étrange, reprit Mathieu qui cherchait le sommeil, enfoui sous ses peaux de mouton.Nuit étrange?Les bergers levèrent vers le ciel des regards inquiets.Quelle était cette lumière blanche qui surgissait du haut de l'air?Ils ne rêvaient pas.Une lumière venait vraiment de là-haut, au-dessus d'eux, où trônent les étoiles.Et cette lumière chantait un chant si doux qu'ils n'en avaient jamais entendu de semblable.Plus doux que le bruissement des ramures au printemps conseiller d'amour.Plus doux que les plus douces mélodies des ingénieuses musettes.Le chant venu du ciel unissait la joie du corps à la paix de l'âme.C'était une promesse, un encouragement, un repos.La lumière croissante faisant le jour sur les collines, les bergers virent qu'elle émanait de formes imprécises plus belles que les "formes humaines.Des milliers d'êtres plus parfaits que les plus beaux hommes emplissaient l'immensité du ciel.Et bientôt les humbles bergers comprirent que les êtres resplendissants leur parlaient.Entre eux et les anges s'établit ce dialogue.A ridant in e m S f=f=f ^^^^ Notl languedocien m Les An-ges dans nos campagnes Ont en-ton-né des A- i i N chœurs joyeux: Et Té-cho de nos mon-tagnes Re- dit ce chant ve-Refrain.m • • » ri- a in ex- cel- sis De- o.(Extrait de "300 cantlquffl", par l'aibbé Louis Bouhlor, p.sa.Beauchemln.6dlt.) Les anges : Bergers, quittez vos retraites; Unissez-vous à nos concerts: Répétez sur vos musettes Ce chant qui vibre dans les airs : Gloria in excelsis Deo ! Les bergers : Anges, quelle est cette fête ?Pour qui ces hymnes triomphants ?Quel vainqueur ou quel prophète Exaltent vos divins accents ?Gloria in excelsis Deo ! Les anges : Apprenez tous la naissance D'un Roi sauveur en Israël; Que, dans sa reconnaissance, La terre chante avec le ciel : Gloria in excelsis Deo ! Les bergers : Difes-nons à quelle marque, A quels signes glorieux Reconnaître ce Monarque Qui, cette nuit, descend des cieux.Gloria in excelsis Deo ! Les anges : Un enfant couvert de langes.Dont une crèche est le berceau, C'est le Christ que nos louanges Acclament par ce chant nouveau Gloria in excelsis Deo ! Les bergers : Hâtons-nous, que l'on s'assemble A Bethléem, allons le voir.Et nous redirons ensemble L'hymne joyeux de notre espoir Gloria in excelsis Deo ! I,A RBVl'Ë M > ' l ' I- i I ' iI ; M I ; i : K 193:' 17 Les livres LE PEUPLE EST-IL EDUCABLE (Etude du livre publié sous ce titre par le R.P.Gonzalve Poulin, o.f.m.) PAR JEAN PICARD CURIEUSE anomalie: il n'y a peut-être pas un autre peuple que le nôtre chez lequel la littérature sérieuse est beaucoup plus nombreuse que la littérature d'imagination, et cependant nous sommes remarquablement frivoles et peu enclins à lire pour nous instruire.C'est sans doute parce que nous avons une mission "sur cette terre d'Amérique" qu'une si grande part de nos écrivains s'occupent exclusivement, — du moins en leurs ouvrages, — d'ouvrir à nos cerveaux légers les portes du profond savoir.Des voix crient dans le désert.Je voudrais pourtant que le désert se peuplât d'auditeurs attentifs et intelligents pour entendre la voix du R.P.Gonzalve Poulin, o.f.m.Il s'agit, en fait, du livre que viennent de publier les Editions de l'Action canadienne-française (1206 est, rue Craig, Montréal) et qui s'intitule: Le peuple est-il éducable?Le mot peuple désigne ici les petites gens, ouvriers, cultivateurs, fonctionnaires de plus de dix-huit ans, qui ont besoin de s'instruire pour jouir de leurs loisirs et surtout pour devenir de meilleurs citoyens, des hommes plus complets ayant l'esprit ouvert aux choses de l'ordre intellectuel.Cette éducation des adultes présente de multiples difficultés, mais elle est réalisable comme le démontrent les magnifiques résultats obtenus en Angleterre.En effet, le père Poulin établit clairement que ce sont les Anglais qui, de tous les peuples, ont le mieux organisé l'éducation populaire pour les plus-de-20 ans.Ils l'entendent comme Newman, dit le R.P.Poulin: Nous sommes instruits affirme le grand écrivain anglais, "dans des exercices manuels, dans des arts délicats et utiles, dans des métiers, dans le commerce et dans les méthodes d'affaires qui n'ont que peu d'effet sur l'esprit lui-même et qui sont contenues dans des règles confiées à la mémoire, à la tradition, ou à l'usage.L'éducation est quelque chose de plus grand.Elle implique une action sur notre mentalité et sur notre caractère.Elle est quelque chose d'individuel et de permanent qu'on dit intimement lié à la religion et à la vertu"."Une telle éducation, poursuit le père Poulin, entre, comme élément essentiel, dans la réforme des in- dividu.* nécessaire à un meilleur état social." C'est pourquoi, "sous l'influence de ce postulat que l'homme vaut surtout par l'usage de sa liberté, les Anglais confient à l'éducation populaire le rôle moral d'éclairer leur liberté et de l'étoffer de responsabilité tant personnelle que sociale." Application "du dogme démocratique qu'une civilisation, si élevée soit-elle, serait manquée si elle n'était accessible qu'à une élite de la nation.'' Voici, en résumé, une excellente définition de l'éducation des adultes telle qu'on la pratique en Angleterre et telle que le R.P.Poulin la souhaite chez nous: "Un effort d'équation entre l'homme tel que l'a fait le milieu et tel que le voudraient ses aspirations légitimes." Après un précis historique de l'éducation populaire en Angleterre, le Père Poulin étudie le cas de l'étudiant adulte, — âge, classe sociale, occupation, — et il précise en quoi consiste l'organisation des cours d'adultes en Angleterre.Suit un essai de synthèse sur la pédagogie employée dans les classes d'éducation populaire en Angleterre.Enfin, en conclusion, l'auteur examine l'éducation des adultes au Canada.C'est là qu'il lui est donné de louer l'admirable effort de la Nouvelle-Ecosse, en ce domaine, et, singulièrement, celui de l'Université Saint-François-Xavier d'Antigonish, célèbre maintenant non seulement au Canada mais aux Etats-Unis et dans tout l'Empire britannique.Et la province de Québec?L'éducation des adultes existe dans la province de Québec.Le père Poulin écrit: "Si l'on définit l'éducation des adultes comme "une éducation continuée" après le temps de la scolarité, il est indéniable que beaucoup de travail s'accomplit dans le Québec en faveur des adultes." D'après M.Alphonse Désilets, au moins 80,000 adultes bénéficiaient, en 1935, "d'une éducation mise à leur portée par le gouvernement provincial, par les institutions privées et confessionnelles".Mais il faut que les universités de notre province s'intéressent au mouvement et y prennent part."A rencontre des provinces maritimes, écrit le R.P.Poulin, on peut affirmer que, dans le Québec, ce sont les universités qui ont fait le moins pour l'éducation des adultes.Sans doute chacune de nos universités possède son département d'Extension universitaire; mais le travail de cet organisme s'est limité à quelques conférences publiques, sans rien de systématique ni d'adapté aux classes populaires.Il semble en fait que l'élite universitaire se soit constituée comme une classe privilégiée plutôt que comme un service.La grande ambition des intellectuels du Québec a été de s'organiser en bourgeoisie de l'esprit.Au lieu de concevoir leur groupement comme solidaire du peuple, de penser que les avantages de l'argent et de l'esprit doublent leurs responsabilités et leurs obligations envers la nation, ils ne sont que trop portés à copier les moeurs soit de la bourgeoisie française soit de la bourgeoisie anglo-canadienne." Jugement très sévère qui me parait à peine exagéré.Il reste vrai en tout cas que "le moyen de maintenir la qualité de l'éducation populaire, c'est de la poursuivre avec l'aide de l'université".Car "le premier rôle de l'université, c'est de répandre dans tout le peuple un savoir qui a valeur de vie.Une université qui se réserve pour la classe moyenne, ou encore se cantonne dans la formation de spécialistes, rompt ses attaches naturelles avec le peuple et perd tout rayonnement social.Il n'appartient pas au peuple d'être au service de l'université, mais à l'université d'être au service du peuple." Il faut pour organiser l'éducation des adultes, dans le Québec, une coopérative de livres et un département de culture populaire dans chaque université.L'ouvrage du père Poulin devrait susciter une action prompte et efficace.Mais je crains qu'on ne fasse la conspiration du silence autour de cet écrit courageux.J'ai reçu: Les Universités catholiques, par le R.P.Georges Simard, O.M.I., et Un homme sortit pour semer, par le R.P Eugène Nadeau, O.M.I., tous deux édités par les Editions Beauchemin.Montréal; L'Oncle des Jumeaux Pomponnelle.Adrienne Maillet, et Commencements, par Léo-Paul Desrosiers, édités par les Editions de l'Action canadienne-française, Montréal.I.\ I1KVI E MOURKNR — IIBi'IîMBHK.1939 18 PAR JEAN-MARIE MARCOTTE Fritz Brandtner photographie dans son studio alors qu'il y u quelques années, il entreprit de s'occuper des jeunes pour leur faire trouver dans le dessin et la peinture un moyen d'expression à leur portée.Après deux ans, son Children's Art Centre est devenu une sorte de clinique où les pauvres petits des faubourgs et des hôpitaux trouvent une nouvelle vie, la leur, en deçà d'un monde d'adultes.DE tous les trésors que la richesse de la nature ou le génie des hommes peuvent produire, le plus mystérieux et le moins calculable est sans doute le cerveau d'un enfant intelligent qui s'éveille à la nature et à la forme des êtres et des choses.Et, de toutes les formes d'expression mises à la disposition de l'homme civilisé, la plus pittoresque et la plus inattendue, tout en étant imparfaite et hésitante, vient sans doute des efforts de ce même enfant à comprendre, à exprimer ce qu'il voit, ce qu'il sent et surtout ce qu'il cherche à connaître ou à se rappeler.De là vient qu'un enfant intelligent et bien dirigé dans son développement sera plus heureux que l'autre enfant pauvre, malade ou infirme, mais tout aussi in- telligent, mais privé de ses moyens de contact ou d'extériorisation.Tellement vrai, ce principe se démontre tous les jours dans les diverses écoles.Un enfant qui peut chanter, qui sait chanter et à qui on le permet sera heureux, qu'il soit pauvre ou malade.Tel autre enfant à qui on apprend à voir les choses et les êtres du monde pour ensuite les reconnaître, se les rappeler par le dessin ou l'écriture connaîtra une vraie jouissance qui le rendra heureux en dépit de son état.Dans le même ordre d'idée, un enfant qui vient à construire de ses propres mains un ou- vrage de quelque1 nature que ee soit peinture, dessin, menuiserie, constructions.joujoux, n'aura pas d'égal dans son bonheur et son contentement, pourvu qu'il trouve autour de lui l'encouragement et l'appréciation nécessaires à son élan.Pourvu que l'enfant produise quelque chose de lui-même, exprimant ses goûts et permettant à ses idées et à ses travaux d'esprit de s'épancher et de prendre forme, quelle qu'elle soit, il sera heureux.Il en est de même d'ailleurs de tous les hommes, que la routine et l'ennui n'ont pas encore tués.Le bonheur et le contentement (S.V.P., Usez la suite en page 36) CI-DESSUS—Sur le plancher du studio de Fntz Brandtner, les jeunes élèves, libres de toute influence étrangère à leur imagination et à leur observation, travaillent selon leurs goûts à reproduire de mémoire des choses vues ou lues.Sans le bénéfice d'un dessin antérieur, ils peignent à grands trait; des scènes et des panoramas qui ne manquent ni de pittoresque, ni d'imagination CI-CONTRE.—Au milieu des enfants nui-lades, l'œuvre de Brundtner trouve une plu: large application et une utilité encore plu: manifeste.Car ces petits se trouvent reclu: et prisonniers de leur maladie.Leurs pinceaux leur permettent une escapade ver: ce monde qu'ils ne peuvent visiter.On voit ici Fritz Brandtner avec un groupe d'élèves de la Children's Mémorial Hospital LA REVUE MODERNE — DECEMBRE.1(11 19 PAR HUGUETTE OLIGHY IL faut que la mode ait beaucoup d'imagination pour apporter sans cesse, et à chaque saison nouvelle, des petits riens qui plaisent aux femmes.Il faut donc, dans le domaine des robes, que les couturiers concentrent leur imagination, leur inspiration, leur originalité en un point précis et déterminé.C'est ainsi que cette année ils établissent surtout des changements aux jupes et tâchent de renouveler un thème ancien.Le haut des robes est plus ou moins le même mais les jupes ont beaucoup changé.Des genres de jupes des temps anciens sont à la mode.Si vous paraissez à votre avantage dans les jupes larges et compliquées, ce ne sera pas un problème pour vous de vous vêtir selon ce qui vous convient et selon ce qui est à la mode.Portez-en donc: elles sont en faveur plus que jamais.D'autre part, si les jupes larges sont votre cauchemar, ne vous désolez pas; vous serez quand même à la mode en portant des jupes droites.Elles sont toujours en vogue pour la seule raison qu'elles sont classiques.Ampleur du dos C'est assurément ce dont on parle le plus pendant cette saison.L'ampleur s'obtient par des plissés, par des boucles ou par des plis plats.Cette mode influencera le domaine des costumes, des manteaux, des robes d'après-midi et même des robes du soir.Cependant nous désirons faire remarquer que cette allure fantaisiste de la saison 1939-40 ne sera probablement qu'un feu de paille et qu'elle durera ce qu'elle durera, pas plus; ne croyez pas que le genre classique y a perdu.Les jupes simples devant et derrière sont aussi seyantes.Hanches Après avoir été jusqu'à l'amincissement extrême, les hanches galbées vont redevenir à la mode.Soudainement, ce sera ravissant d'avoir des hanches onduleuses.La silhouette parfaite à l'heure actuelle est celle qui réunit une poitrine haute et bien remplie, des hanches rondes et une taille aussi fine que possible.Si vous ne pouvez réussir à avoir la taille très mince, il.esi des genres de robes, étudiées expressément pour vous, qui vous aideront à produire cet effet si en vogue.Il y a aussi à votre disposition des corsets faits sur le modèle de ceux d'antan, qui vous donneront cette taille et ces hanches comme si vous les aviez commandées sur mesure.Tournures C'est la caractéristique de la mode 1939-40.Non seulement l'ampleur de la jupe, non plus les boucles perchées en arrière, à la taille, mais de véritables tournures.Cependant, c'est seulement pour les robes du soir que les tournures sont réelles.Sur les robes d'après-midi, elles sont simulées; ce ne sont que des compromis, provoqués par l'ampleur de la jupe, les boucles ou les plissés.L'ampleur du devant de la jupe est aussi très importante.Cependant, il faut avoir une belle ligne pour la porter et tout spécialement l'ampleur obtenue au moyen des fronces ou des plissés.La longueur de la jupe reste à peu près la même.On porte les robes aussi courtes qu'on le peut à condition toutefois, que l'ensemble soit gracieux, seyant et digne.Toutes les inventions possibles sont employées pour modifier l'éternelle boucle de ceinture piquée fermement au milieu de la taille.Quelques robes ont des ceintures cousues; plusieurs ont des ceintures à effet de corselet qui se rétrécissent toujours aux côtés et à l'arrière, comme le démontre si bien la superbe robe de dîner de la page 20.Cette façon est, nous semble-t-il, très avantageuse.Plusieurs n'ont de ceinture qu'à l'arrière.La plus haute nouveauté est incontestablement la ceinture-tournure du genre de la robe No 3492 que nous illustrons en page 21.A propos des manches Les manches longues sont les préférées.Les manches trois-quarts sont aussi très en demande.La plupart sont légèrement plissées à l'épaule, d'autres suivent la ligne naturelle de l'épaule.Il vaut mieux dire que: si le corsage est très élaboré, les manches seront simples; si la robe est peu garnie au corsage, les manches se chargeront, par leur ampleur et leur orginalité, de chasser la sévérité du corsage.Les bijoux Tout comme l'an dernier, on en raffole.Une styliste de New-York a été jusqu'à qualifier ce goût du nom de "mal des bijoux".Cependant, les colliers sont plus gros cette année.Quelques-uns sont grands comme des bavettes.Il n'est pas une robe qu'un bijou n'agrémente à condition toutefois que cette robe soit à encolure montante ou en V.Hanches élargies Quelque chose d'ancien qui est aujourd'hui quelque chose de nouveau.Pour vous épargner le temps de lire une description, donnez-vous la peine de regarder en page 20, la robe de diner dont, d'un coup d'oeil, vous saisirez tout le charme.Cet effet de hanches élargies, vous l'obtenez au moyen des plissées.La taille fine est mise en valeur par le corsage corselet et le buste, par les gracieuses fronces.Cette robe de diner est si belle et si intelligemment dessinée qu'elle vaut bien la peine que nous l'étudiions.Son utilité Elle vous servira pour aller à tous les grands dîners où vous serez priée.Si une cocktail-party se présente, elle fera parfaitement l'affaire.Afin de la transformer et pour ne pas avoir l'air de porter une robe qui date, jetez dessus une petite jaquette courte et seyante, de couleur contrastante, autant que possible.Vous mariez-vous cet hiver?Cette robe est l'article rêvé! Vous pourrez parfaitement la faire en faille blanche et ajouter derrière, une courte traîne.Vous pourrez très bien la transformer ensuite en robe du soir, en enlevant la traîne, en supprimant les manches et en formant dans le dos, un décolleté.Tissus La faille et la moire sont les favoris de l'heure.Vous pourrez confectionner cette robe en faille à un prix fort raisonnable.Il faut, avec un tissu de 38 ou 40 pouces de largeur et pour la taille 16 ans, 6M> vges de tissu; pour la taille 20 ans, 6% vges.La faille se vend actuellement, dans les grands magasins, $1.39 la verge; un rapide calcul: cette robe vous revient donc à $8.39 pour 16 ans, et à $8.55 pour 20 ans.La moire qu'on a longtemps délaissée, revient à la mode et vaut $1.19 la verge, ce qui revient à dire que le patron 16 ans coûte: $7.74 et le patron 20 ans: $7.89.Le taffetas est aussi très en vogue, expressément le taffetas brodé ou matelassé qui se vend $2.69 la verge.C'est un peu plus coûteux; la taille 16, $17.49 et la taille 20, $17.83.En velours, cette robe sera princière.H se vend actuellement $1.98 la verge.Si vous portez 16 ans, votre dépense sera de $12.87, si vous portez 20 ans,, elle sera de $13.12.(S.V.P., Usez la suite en page 32) LA REVI ' E MOl'EnNE — DECEMBRE, McCALL 3486.— La mode a décidé d'oublier les couleurs sombres et de rendre gaies les robes de dîner.Celle-ci est en lamé de ton pastel.Les lignes en sont particulièrement souples et le corselet en pointe affine la taille, en même temps que les fronces mettent le corsage en valeur et donnent à la jupe cet effet si recherché de hanches élargies.Le patron No 3486, pour 12 à 20 ans.Prix: 75c.GAIES, SONT LES ROBES DE DINER McCALL 3492.— Le dernier cri de la mode actuelle: les tournures.Le corsage est très ajusté.La jupe simple devant, est garnie derrière de quatre plis flous et d'une grosse boucle souple.C'est une robe deux-pièces dont le corsage peut se faire avec ou sans la boucle.Encolure simple.Le patron est établi pour 5 tailles: 12 à 20 ans.Prix: 50c.LA MODE A DES TOURNURES I>A REVUE MODERNE — DECEMBRE, J9S9 22 1272.McCALL 3106.— C'est sa première robe longue.La jupe très ample est maintenue par une bande de Lastex.Le corsage froncé est cousu à l'empiècement de façon à laisser passer un petit volant.La taiLle 6, 3% vgs, 39 pcs.Le patron est établi pour 5 tailles: 6 à 14 ans.Prix: 35c.McCALL 3272.— Toute froncée est la jupe qui contraste avec le petit corsage serré.Un ruban autour de la taille enjolive le tout.Culottes.La taille 6, 2%, vgs, 35 pcs.Le patron est établi pour 4 tailles: 2 à 6 ans.Prix: 25c.McCALL 3318.— Les plissés produisent toujours bel effet aux soirées enfantines.La robe est de taffetas et garnie d'un ruban de velours.La taille 6, 3 vgs, 39 pcs.Le patron est établi pour 6 tailles: 4 à 14 ans.Prix 35c.McCALL 3385.— Voici une robe qui lui apprendra à se vêtir seule.Elle est détachable, a un empiècement devant et derrière et la ligne verticale du devant est garnie de dentelle.Culottes.La taille 6, 2% vgs, 35 pcs.Le patron est établi pour 4 tailles: 2 à 6 ans.Prix: 25c.McCALL 3430.— C'est une robe d'allure un peu plus fillette, tout à fait ce dont elle a besoin pour le dimanche.L'encolure et l'empiècement sont taillés d'un seul morceau.La taille 10, 3Vi vgs, 35 pcs.Le patron est établi pour 5 tailles: 6 à 14 ans.Prix: 35c.McCALL 3481.— Un gallon picot (braid ric-rac) orne le bord de l'encolure ronde et des poches de cette robe.La jupe est légèrement en forme.La taille 12, 3% vgs, 35 pcs.Le patron est établi pour 5 tailles: 6 à 14 ans.Prix: 35c.McCALL 3482.— Le panneau central et le corsage genre corselet sont taillés d'un seul morceau et bordés de plissé.Culottes.La taille 6, 2% vgs, 35 pouces.Le patron est établi pour 4 tailles: 2 à 6 ans.Prix: 25c.LA REVUE MODERNE — DECEMBRE.1039 CE SONT MES ROBES DE PARTY! 23 QUINZE ANS AVEC LE CANADIEN (Suite de la page 12) tuient beaucoup moins d'hommes et je me rappelle la surprise que causait Odie Cleghorn avec ses Pirates de Pittsburgh lorsqu'il en envoyait une douzaine sur la glace.Aujourd'hui avec des alignements de quinze et seize hommes l'équipe d'Odie aurait l'air bien peu solide au côté des rivaux.Pour une raison qui n'a jamais encore été expliquée, les blessures étaient beaucoup moins nombreuses, et pourtant les joueurs faisaient sur la glace un stage bien plus long qu'ils n'en font maintenant.Avec tous ceux de la vieille école, je crois pourtant que le jeu était aussi dur à ce temps-là qu'il l'est aujourd'hui.Le passé n'est pas, toutefois, ce dont nous devons nous occuper; le présent et l'avenir nous importent plus.Nous avons cette année dans le Canadien plus de vigueur, plus de solidité que l'équipe n'en a connu depuis plusieurs années.Notre début heureux, deux victoires aux deux premières joutes, tend à le prouver.Certaines acquisitions que nous avons faites, au cours de l'automne, ont été, je crois, des plus heureuses; cet hiver, si la guigne ne vient pas nous enlever nos hommes, nous devrions nous sentir tout aussi à l'aise contre des équipes lourdes comme celles des Maple Leafs et des Américains, que contre les équipes plus rapides mais plus légères, des Rangers ou des Black Hawks de Chicago.A l'aile gauche, nous avons en Toe Blake probablement le meilleur joueur à sa position, dans la Ligue Nationale; pour le remplacer, nous avons Ray Getliffe, obtenu de Boston, Georges Mantha et Louis Trudel.Chacun des quatre a du poids, de l'habileté et est un compteur dangereux.A l'aile droite, nous avons Rod Lorrain, excessivement rapide, Charlie Sands qui augmente considérablement notre moyenne de poids, et pour leur aider, Johnny Gagnon et Earle Robinson.Au centre, l'acquisition de Marty Barry nous donne l'un des meilleurs compteurs que la N.H.L.connaisse depuis 11 ans; nous avions déjà Polly Drouin et Paul Haynes à qui Armand Mondou peut donner un rude coup de main quand il le faut.Lorsque Détroit a obligeamment donné son congé à Doug Young, que nous avons plus tard mis sous contrat, nous avons mis la main sur un joueur de défense qui devrait compléter parfaitement nos vétérans Walter Buswell et Cy Wentworth et qui permettra à Cliff Goupille de s'acclimater à la N.H.L., sans que nous soyons affaiblis.Lorsque, à la fin de la saison, l'on décernera le trophée Georges Vézina au gardien qui aura le meilleur record de la campagne, ne soyez pas trop étonnés de voir le nom de Claude Bourque qui commence sa première saison régulière comme notre gardien de buts.Boston a son Brimshek, Toronto, son Broda et Rangers, Kerr; nous avons Bourque et je crois que d'ici deux mois tout le monde sera d'opinion que nous n'avons rien à envier aux autres équipes lorsqu'il s'agit de la défense de notre cage.Claude, qui est au seuil de sa carrière, devrait connaître la célébrité avant que la saison ne soit bien avancée.Si l'on me trouve trop optimiste, que l'on compare nos débuts avec ceux de l'an dernier.Sans vouloir enlever de crédit à l'équipe qui, au printemps 1939, a fait une ruée pour finalement parvenir aux éliminatoires, je crois que notre alignement est fort supérieur à celui-là et, si nous ne décrochons pas la coupe Stanley, nous ne nous inclinerons pas facilement devant celui qui la remportera.Nous avons un amalgame parfait dans lequel il n'y a pas de place pour la désunion, les petites querelles, les gros mots.Et c'est encore la meilleure recette pour arriver au but que nous nous proposons.J'ai toujours cru que c'est la valeur de l'équipe qui fait la valeur de celui qui la dirige et je suis de plus en plus convaincu que si ma réputation future tient au travail de mes joueurs je ne pourrais pas confier ma cause entre de meilleures mains.On se demande un peu partout, dans la Ligue Nationale, quel est le club le mieux préparé à décrocher le championnat.Les uns penchent en faveur des Bruins, qui, selon Art Ross, sont la meilleure équipe qu'il ait jamais vue.D'autre inclinent vers les Maple Leafs à qui l'addition de Sweeney Schriner a d'jnné un important renfort autour des filets.Lester Patrick a confiance en ses Rangers, à qui il a donné encore plus de jeunesse que d'habitude et les Américains semblent confiants de tout dominer à cause de leur poids formidable.Tous les gérants de la ligue ont droit évidemment d'espérer que c'est leur équipe qui remportera le gros lot.Pour ma part, je ne vois pas pourquoi les Canadiens ne seraient pas aussi bien considérés que n'importe quel autre club.Ils ont l'union, la jeunesse, la rapidité et le désir de gagner.J'ai en eux toute la confiance possible et avec Jules Dugal pour me prêter appui les erreurs que nous commettrons devraient rester au plus strict minimum.En passant, n'allez pas mésestimer la valeur des Red Wings de Détroit, qui n'ont rien eu d'impressionnant les deux dernières saisons.Jack Adams, leur gérant, a commencé à édifier un système de clubs d'entrainement, à la tète desquels il a pour l'aider deux de ses anciens as, Larry Aurie et Herb Lewis, l'un à Indianapolis, l'autre à Pittsburgh.Déjà cette année le résultat du travail préparatoire devrait commencer à se faire sentir et, dans les années à venir, il ne faudra pas prendre Détroit à la légère; l'exemple des Rangers est là pour l'indiquer.Chez nous, c'est à Jimmy Ward qui m'a succédé à New-Haven, que revient la tache de trouver des Habitants pour l'avenir.Déjà New-Haven nous a fourni cette année Cliff Goupille qui semble s'acclimater rapidement aux lignes bleues des patinoires de la Ligue Nationale.Jimmy, qui a été l'un des très bons joueurs des majeures durant son séjour chez les Maroons et plus tard chez le Canadien, a toute la valeur voulue pour préparer les jeunes à venir demain remplacer leurs aines.Pour terminer, il est une chose qui est bien importante au bon fonctionnement d'une équipe — et que nous, joueurs ou gérant ou instructeur, ne pouvons pas nous-mêmes fournir.C'est l'encouragement du public.Cet encouragement, la province de Québec l'a toujours prodigué au Canadien, dans les bonnes comme dans les mauvaises années.Cet hiver, puis-je espérer que nous l'aurons aussi grand, aussi considérable que possible.En retour, je promettrai une chose: c'est que les Habitants, quelle que soit leur position dans le classement, à n'importe quelle époque de la saison, quels que soient leurs adversaires, lutteront toujours aussi fort, aussi vigoureusement pour fournir aux spectateurs le meilleur ieu possible et leur faire passer des soirées aussi agréables que faire se peut.Nous ne serons pas toujours vainqueurs, mais toujours nous voudrions que l'on puisse dire de nous: "Les Canadiens sont là".BALTIQUE-MEDITERRANEE (Suite de la page 13) la Méditerranée pourrait se faire par la mer Noire, d'Odessa au port bulgare de Varna, puis, par voie de terre, à travers la Bulgarie, de Varna à Kavalla.De la sorte, les Russes éviteraient les détroits turc et le transit en territoire roumain.C'est ce qu'ils veulent.C'est pourquoi, ceux qui tiennent à observer les tendances qui se dessinent de plus en plus nettement dans la politique russo-balkanique, feront bien de ne pas perdre de vue cette considération.Si vous avez suivi ces quelques remarques à l'aide d'une carte bien faite, vous avez saisi d'un coup d'oeil de quelle façon véritablement littérale la Russie, par la Bulgarie — si la Bulgarie le veut — se met en travers de l'Allemagne et de l'Italie dans les Balkans.Inutile désormais aux Allemands de s'amuser à leur vieux réve "Berlin-Bagdad".Inutile aussi aux Italiens de croire qu'ils iront jamais plus loin que la frontière grecque.La formidable masse russe, par son inertie même, est un bloc qui ne se traverse pas.Le chancelier Hitler, dans l'un de ses énigmatiques relevés de la situation internationale, a cru bon de dire qu'il n'avait pas de visées sur l'Ukraine.l'Oural et les Balkans.Comme dirait l'autre: "Je te crois!" En aurait-il qu'il serait obligé de se les rentrer, car les amis russes se comportent décidément en gens qui n'entendent pas la blague.L'Italie, elle, joue son propre jeu.Ni Moscou ni Berlin ne daignent s'occuper d'elle.On la laisse en paix faire du commerce, surtout avec la France et la Grande-Bretagne, mais on ne semble pas, chez les Russes et les Allemands, avoir la moindre intention de l'inviter à partager le gâteau d'Europe centrale et balkanique.(S.V.P., lisez la suite en page 26) UN MOYEN IDEAL DE PLAIRE A VOS AMIS, DONNEZ: L A R E V U E O D E R N E COMME CADEAU POUR LES FETES.Améliorez votre apparence, jouissez vous aussi d'une belle taille aux lignes harmonieuses.Les PILULES PERS»NES donneront à votre poitrine cette rondeur et cette fermeté si recherchées.PILULES PERSANES $1.00 la boite, 6 boites pour $5.00.Dans toutes les bonnes pharmacies ou expédiées franco par la malle, sur réception du prix.1 Société des Produits Persans 401, roe Notre.Dîme, Est.Montréal P,\u)ts Persanes Pour GRANDIR développer muscles, maigrir, améliorer santé, vue, jragner l'amour, réussir.Envoyez 10c.Loadstone, 166, PeMontigny Est, Montréal.LA REVUE MODERNE — DECEMBRE.19S» D ANS le demi-obscur du salon, deux jeunes filles causent tout bas.Une exclamation plus forte que les autres attire parfois l'attention.Soyons indiscrètes pour une fois; approchons-nous sans bruit et écoutons ce que se disent ces deux jeunes filles.— "Dis-moi, Marthe, qu'est-ce que nous pourrions bien inventer pour notre réveillon de Noël?" — "Mais Jacquot, je ne le sais pas plus que toi! Nous pourrions peut-être le donner dans un hôtel très chic ou bien." Et là-dessus, nos deux amies suggèrent, suggèrent, mais n'arrivent à rien.Tout-à-coup, l'une d'elles, la plus jeune qui va encore en classe, a un cri de victoire: "J'ai trouvé! Nous allons fêter Noël à la façon des anciens Canadiens." Qui fut dit fut fait.Comme elles ne savaient pas très bien la façon de procéder, elles allèrent confidentiellement trouver leur maman qui, elle, avait connu toutes les péripéties du réveillon canadien, et lui demandèrent des renseignements qui leur furent donnés, vous pensez bien, de grand coeur.— "Le réveillon de Noël nous vient de France et les vieux Normands le fêtent encore, presque comme aux temps anciens.On le retrouve ici au Canada dès les origines, mais la tendance à la modernisation l'a fortement affecté.Et puis, dans mon jeune temps, on invitait quasiment tous les gens du village: la maison était pleine à craquer et le pire c'est que tout ce monde était affamé.C'est là qu'il en fallait des réserves de nourriture! — "Oh! maman,dites-nous vite ce que vous y mangiez.Vous voudrez bien aussi nous en donner les recettes afin que nous puissions nous en servir pour notre réveillon." — "Voici.On y servait tout d'abord des tourtières ou tartes à la viande; au porc le plus souvent, au porc chaud! Puis le ragoût de pattes de cochon, le boudin, les oeufs dans le sirop d'érable; comme hors-d'oeuvre on servait des "oreilles de crisse", des cretons, de la graisse de rôti, etc.Au dessert, venaient les tartes à la "ferlouche" (à la mélasse), les beignes et enfin, les gâteaux et les friandises de toutes sortes, spéciales à la maison.Oui, mes enfants, c'est ainsi que se fêtait Noël dans mon temps !" Et la maman toute fière de sa science, écrit devant ses filles émerveillées les recettes de quelques plats.PAR COLETTE AUCLAIR Tourtières 2 tuaei de farine 12 c à eoupe de beurre K c ¦ thé de sel Eau glacée Mode de préparation Tamiser la farine avec le sel.Incorporer le beurre en s'aidant de deux couteaux.Joindre l'eau graduellement de manière à obtenir une pâte qui ne s'attache ni au bol, ni aux couteaux.Laisser reposer une heure.Rouler.Garnir de pâte les assiettes à tartes.¦ Viande pour les tourtières 4 livra* de porc dana la feaae 1 o larron Sel Poivra Eaa Mode de préparation Hacher la viande avec l'oignon.Cuire parfaitement avec un peu d'eau dans un chaudron en fer.Brasser souvent.Foncer des assiettes à tarte avec la pâte brisée.Remplir avec la viande refroidie.Couvrir avec des bandes de pâte.Cuire à fourneau très chaud.Servir chaud avec ketchup ou marinades.Ragoût de pattes de cochon 2 pieds de porc.2 livrée de porc frais Mode de préparation Prendre deux pieds de porc, des pattes de derrière de préférence.Faire ôter les ergots par le boucher et faire couper les pattes en quatre ou six morceaux.Les nettoyer soigneusement dans plusieurs eaux et les faire cuire à l'eau salée, jusqu'à ce qu'elles ¦0 soient très cuites.Préparer les boulettes, soit toutes au porc frais, soit au boeuf et porc frais.Saler, poivrer la viande hachée, en faire des boulettes, les rouler dans la farine et les faire frire dans la graisse.Ajouter les boulettes aux pattes cuites.Faire griller la farine, la sasser minutieusement, la délayer à l'eau et ajouter ce mélange brun aux pattes et aux boulettes, pour faire la sauce brune des bons ragoûts de pattes de chez-nous.Laisser mijoter encore une petite heure.Mettre l'assaisonnement au point et servir chaud.¦ Boudin (manière de le préparer) 2 pintes de sang de porc.1 livre de panne coupée en dés 2 tasses de lait 2 oeuf9 battus Sel Bplces au goût Poivre 1 verre de cognac 10 oignons de moyenne grosseur 4 c.à soupe de saindoux Mode de préparation Recueillir le sang du porc dans une terrine.Ajouter un peu de vinaigre pour l'empêcher de se coaguler.Racler, retourner à l'envers, laver à plusieurs eaux un menu boyau de porc.Peler les oignons, les faire revenir dans le saindoux, sans qu'ils prennent couleur.Presser le sang au tamis.Ajouter la panne coupée en dés, les oignons revenus dans le saindoux, le lait, les oeufs, le sel, les épices, le poivre et le cognac (ce dernier ingrédient n'est pas indispensable mais il donne du goût au boudin).Prendre le boyau.Attacher une des extrémités.Introduire un entonnoir à large embouchure pour y glisser le mélange.Lier à l'autre bout.Poser en rond dans une casserole d'eau, faire chauffer jusqu'à ébullition.Retirer sur le côté du poêle.Laisser pocher trois quarts ( % ) d'heure.Faire refroidir.Couper en morceaux.Griller à feu vif dans une poêle contenant du saindoux.a Tarte à la "ferlouche" (à la mélasse) 1 tasse de mélasse S tasses d'eau 1 tasse de cassonade 1 tasse de raisins Zeste d'orange ou de citron.2 c.tb.fécule de maïs Un peu de muscade Mode de préparation Faire bouillir la mélasse, les raisins, le sucre, le zeste, la muscade dans l'eau.Délayer la fécule avec un peu d'eau froide, y verser lentement une partie du mélange bouillant, remettre le tout sur le feu et laisser mijoter quelques minutes.Se servir de cette préparation pour remplir les croûtes de tartes.Beignes 8 c.A aoupe de beurre 6 tassée de farine K c.a thé de sel 2 c.a thé de poudre à pate S oeufs 1 tasse de sucra M tasse de crème 6ure 14 c.& thé de soda ii tasse de lait 1 c.à soupe de cognac Mode de préparation Tamiser la farine avec le sel et la poudre à pâte.Incorporer le beurre avec deux couteaux.Battre les oeufs avec le sucre, leur ajouter la crème, le soda, le lait, et le cognac.Faire la détrempe.Etendre la pâte de l'épaisseur d'un quart ( V4 ) de pouce.Découper à l'emporte-pièce.Cuire dans la grande friture.¦ Gâteau au chocolat 8 c.a soupe de beurre 3 oeufs ltt tasse de sucre granulé % tasse de sucre 2 tasses de farine 2 c.à thé de poudre & pate 2 sections de chocolat Mode de préparation Défaire le beurre en crème.Ajouter les oeufs bien battus avec le sucre et continuer à battre jusqu'à ce que le mélange soit très onctueux.Joindre le lait en alternant la farine tamisée deux fois avec la poudre à pâte.Fondre le chocolat dans très peu d'eau, le mêler à la pâte.Cuire dans deux moules ronds à four modéré.Décorer d'une glace au chocolat et de cinq petites chandelles.Glace au chocolat 1 section de chocolat 4 c a soupe d'eau chaude 2 c.À aoupe de beurre Sucre en poudre Mode de préparation Défaire le beurre en crème.Ajouter graduellement le sucre en poudre passé au tamis.Joindre par petite quantité à la fois le chocolat fondu avec l'eau.Travailler vigoureusement le tout.¦ Oeufs dans le sirop d'érable Faire chauffer une certaine quantité de sirop d'érable.Quand il a atteint une chaleur suffisante pour ne plus y endurer le doigt, jeter dedans un, deux ou trois oeufs selon les besoins de la cause.Les oeufs cuiront ainsi dans le sirop.Laisser mijoter quelques minutes, le temps de faire prendre les oeufs.LA RBTVUB MODERNE — DECEMBRE, 193» aux 25 urant fois élégant 10 11 12 13 14 15 lie Ci main des fêtes no sion /de pr Plus; souve diref C'Vst m|agnifiquè\de dire "chariV tons, DTrvons\ le ver>el en main" mais sait-orJ quel verre il iaytt tenir en main?Il en esrtant^kms une ve««xia complète/et quelques-uns /sont pavfpis si ressemblants, qu'une erreurJse glisâe facilem Il est un verre pour\ha C'est l'affaire de l'hôtesSe^de pré' senter celui qui convient.Si elle déroge à cette loi, l'invita n'y peut rien, mais dans son for intérieur il peut se dire qu'elle n parfaite hôtesse.Si donc vous tenez a oe qu'o: dise de vous et de votre/maison: "Nous aimons aller chez elle; eH nous reçoit si bien!" soyezWiEéae votre science au sujet des vebres.Afin de vous venir en aidel nous vous donnons ici, photos et explications précises.Pour mettreVen valeur liqueurs et vins, il faut choisir de beaux verres et savoir les disposer.Je donnerai d'abord une nomenclature de tous les verres employés, tant sur la table que pour passer au cours d'une soirée.Ce sont, de gauche à droite: 1.—Gobelet (eau et bière) pour la table.2.—Café parfait.3.—John Collins, thés froids.4.—High-ball: scotch et soda.5.—Coupe à Champagne.6.—Verre à vins: claret, sau-terne, bordeaux, bourgogne et cocktail.7.-VVerre pa\ser\hors 'et à bî^ès>pi>ur table.jjus^^i^ Ide Vajjy fruits îdre chaque /re /verre un \à un jpt' l'étudié/.1.—On se sert du gobelet (eau =t bière 1/ pour la table; c'est le pYejTiier'veiTe que l'on dispose sur la table et qui doit toujours être en iigne droite avec le couteau ïcé près du bord de l'assiette.2.—Le café-parfait n'a rien d'absolument spécial sauf qu'il Ressemble beaucoup à la flûte à ïampagne.3.—Le verre à John Collins sert issi pour les thés froids, si appréciés durant la saison chaude.4.—Le high-ball, qui est spécial au scotch et soda, peut aussi servir, à défaut du gobelet, de verre à eau et à bière.5.—Voici la coupe à Champagne.C'est le second verre que l'on met sur la table, immédiatement après le gobelet.La flûte à Champagne s'emploie aussi, mais moins souvent et très peu sur la table.6.—Et c'est le verre à vins qui est le troisième et dernier verre dont on orne la table.Il peut contenir clarets, sauternes, bordeaux, bourgognes.On se sert du même verre pour les cocktails.7.—Le verre à eau et à bière que j^oBrpreâerTT d'une soirée, est a et massif.8.—siioicîSj^n Ç»fcLfi—qui lui ressemble p\^pr»s-d'un point: c'est le verre à punch et-è-^us de fruits.Q.-^i.çS^MssÉms portas se servent dans A4' petit/"veire court, presque^jdrré, aux bwrtls légèrement éra!>ésj « IOii ¦g'est fë~cdup»-ftpur les sa-lades^ux fruits e_t/les ju$ de tomates.A défaut de cette-^coupe, on pourrait, sans grande erreur, servir les jus de tomates dans le verre à jus de fruits-^BO 8).Remarquez, utefois, aûe centecoupè se place s_«rte soucoupe qui lui est app>ojariée.^La coupe à sorbet, qui se la coupe à Champagne en ce qV eîîte^est plus courte 5lus mass_ij^-eé plape, elle aus-soucoupe spéciale, le petit verre à li-s comme chartreuse, bénédictine, etc.Il est élégant et très bien équilibré.13.—Et voici le pousse-café qui pourrait, à toute extrémité, servir de verre à liqueurs fines.14.—Le sherry se sert dans ce verre plus volumineux et un peu bas sur pattes.15.—Et le porto, dans celui-ci, haut et élancé.Il est un autre verre qui n'apparaît pas sur cette photo mais qui est très connu et très employé: c'est le verre à alcools.Il est court, bas sur pattes et ses lignes sont très galbées.On ne verse que très peu d'alcool et on tient le verre à deux mains de façon à réchauffer l'alcool.Récapitulons: il est donc trois verres classiques pour un repas important: le gobelet à eau et à bière (No 1), la coupe à Champagne (No 5), et le verre à vin (No 6).Tous les autres sont des verres spécialisés.Il vient de paraître un nouvel article qui fait révolution dans le monde des verres: c'est un bibelot (tête de négresse, éléphant, tête de cheval, petit dé ou petite cloche) qui sert à l'identification des verres.On accroche ces "identificateurs" sur le bord des verres et ainsi chacun, à la seconde rasade, prend son propre verre, sans qu'il soit nécessaire, pour la mai-tresse de maison, de les faire laver tous ou de se procurer une grande quantité du même verre.Pourquoi certaines gens vieillissent trop vite Chacun devrait être mis au courant Pou rquoi certaines personnes restent-elles jeunes, tandis que d'autres vieillissent avant leur temps?Etes-vous trop occupé pour vous renseigner sur ce point?Etes-vous disposé à admettre les faits s'ils s'appliquent à votre cas?Des milliers de gens ne se dorment pas la peine de faire quoi que ce Hoit au sujet de la constipation.Ils n'admettent même pas qu'ils " jJ^L sont constipés, et Us croient que tout va bien W g*\ * parce qu'ils sont H '^JT, _____réguliers.Au be- ]JI r ~* VF J^rr / so*n« prendront bien quelque chose, mais c'est tout.Ce n'est pourtant pat ce qu'u faut faire f Le meilleur moyen de se garder est bonne santé, de prolonger le bien-être de la jeunesse, c'est de se libérer l'organisme autant que possible des poisons et impuretés.Pour obtenir ce résultat, il faut que le corps reçoive certaines matières minérales.Nous ne réclamons rien d'exagéré en faveur des Sels Kruschen, mais nous n'avons aucune hésitation à recommander "la petite dose quotidienne" parce que Kruschen contient plusieurs sels minéraux hautement raffines.Chacun de ces sels remplit une fonction particulière.Ensemble, ils aident a débarrasser chaque jour votre organisme des toxines qui l'empoisonnent.Sans ^accumulation de telles impuretés, vous êtea beaucoup moins exposé aux migraines, à l'acidité d'estomac et aux douleurs rhumatismales, parce que vos organes éliminateurs ont tendance à fonctionner plua normalement.Dans toutes les parties du monde, des milliers de *rens disent de Kruschen qu'il procure une "sensation de bien-être qui vaut un million".Commencez immédiatement "la petite dose quotidienne" et vous verrez! Dans toutes les pharmacies à 25 ville.Co d'ihervllle.Ij.nglnis.Marguerite.1862 Cartier, Montréal.Langlnts, Mlle M.1 rue Victoria, MajroR-, Co.Stanstead.Lcgcndre.Mlle Germaine, Salnt-Fla-tien, Co.Lotbinlere.Limite.Thérèse.Ferme Hôpital Général, Québec.Martel, M.Wra.Jr„ Hfttel Roral.La Tuque.Morin.Mme Roland.1551 boni.St-Joseph est, Montréal.Nadeau.Aninistln Vachon, Lce.1* Village, Co.Mégantlc.Nuilrnii.Cintre.641 Stuart.Outre-mont.O'HurlcT.Mme R uni.I St-Gilles, Co.I .n.r.i.Charlotte, botte postale 173, M.ml ii.ià^nx .\ UEV1 B MODERNE - DECEMBRE, 19S9 Dodu était le plus charmant petit ours de la foret du Nord.Un matin, après un vilain tour, il reçoit de la patte de son père.Tour, une mémorable raclée.Tout fâché.Dodu s'enfuit à travers bois.Et voilà qu'il s'égare.Seul parmi les grands arbres noirs, il passe la nuit en tremblant.Au moment où le soleil allait paraitre.Dodu entend un bruit étrange.C'est un avion qui a pris teu et va s'écraser au loin tandis que l'aviateur descend en parachute.— "Ce n'est rien du tout, clitl l'aviateur.Faisons d'abord uni feu pour nous réchauffer et puij nous causerons." Ranimés par \i chaleur, l'homme et l'ours fon| amitié.En cherchant son chemin dans la forêt, l'aviateur rencontre Dodu qui pleure encore.— "Pourquoi pleures-tu?" demande l'aviateur.L'ourson lui raconte son malheur.Dodu accepte l'invitation de l'aviateur de le suivre en ville.Ils marchent longtemps, longtemps.Enfin, l'aviateur portant Dodu dans ses bras aperçoit un clocher.Quelques heures plus tard, c'est un train qui les emmène vers la civilisation.(A stiij're au prochain numéro) 5^ dans la m.suivante.Répéter du commencement à la fin du rang.Faire 2 points noués de % de pouce pour tourner, 1 m.s.au-dessus de la boucle double à droite du 1er noeud au centre du rang précédent, 1 m.s.au-dessus de la boucle à gauche du même noeud, 2 points noués et répéter.ouvre lit Fourniture: Anchor Cronita de Clark.Couvre-lit simple: 42 pelotons de fil blanc ou écru et 24 pelotons de fil de n'importe quelle couleur | pour le centre du motif, au point de maïs.Couvre-lit double: 54 pelotons de fil blanc ou écru et 30 pelotons de fil de n'importe quelle couleur pour le centre du motif.Un crochet d'acier à tricoter Milward, No 6 ou 7.Chaque motif mesure 9Vz pouces de diamètre (excluant les dents).Pour un couvre-lit simple, mesurant °""'rA" 7?"Hflfl p""""'' Les points de crochets et l manière Je les exécuter.Maille-chaînette (m.ch.)—.re une boucle avec le fil, introduire le crochet dans la boucle et JÉti rer le fil en le passant par lalfou-cle.Continuer ainsi jusqu'à c»que la chaîne ait la longueur vJilue.Maille simple (m.s.)—Intro duire le crochet sous 2 bouclfs de la m., passer le fil par la boucles sur le crochet), jeter làfil sur le crochet et le passer j^ar les 2 boucles.Maille semi-double (m.Vi d.) Faire le même travail que pour la m.d.jusqu'à ce qu'il y ait 3 boucles sur le crochet; puis faire 1 jeté et passer le fil par les 3 boucles.Maille double (m.d.) — Jeter le fil sur le crochet, introduire le crochet dans la m.et passer le fil (3 boucles sur le crochet), faire 1 jeté et passer le fil à travers 2 boucles, 1 jeté et passer le fil à travers les 2 boucles restantes.Bride (br.) — Jeter deux fois le fil sur le crochet, introduire le crochet dans la m, et passer le fil (4 boucles sur le crochet), faire 1 jeté et passer le fil par 2 boucles.1 jeté et passer le fil par 2 boucles, 1 jeté et passer le fil à travers les 2 boucles qui restent.Pour une double bride (d.br.), jeter trois fois le fil sur le crochet et pour une triple bride (t.br.), jeter quatre fois le fil sur le crochet, démontant 2 boucles à la fois comme pour la br.Maille coulée (m.c.) — Introduire le crochet dans la m, saisir le fil et d'un seul mouvement, passer le fil à travers la m.et la boucle sur le crochet.La m.c.est employée pour unir ou lorsqu'une inaille invisible est requise.Carreau plein (pl.) et carreau ajouré (j.) — Faire 4 m.au-dessus de 4 m.du rang précédent (ceci forme 1 pl.), 2 m.ch., sauter 2 m., faire 1 jour.Les pl.et les j.sont employés dans le crochet filet.couvre-lit ayant r motif le tournesol Picot (p.) — Faire une chaîne de 3, 4 ou 5 m., selon la longueur du picot que l'on veut former, faire 1 m.s.à la base ou dans la première m.de la chaîne.Bride croisée (br.cr.) — Jeter deux fois le fil sur le crochet, introduire le crochet dans la m.et passer le fil comme pour une br.(4 boucles sur le crochet), faire 1 jeté et passer le fil à travers 2 boucles, 1 jeté, sauter 2 m., piquer le crochet dans la m.suivante, et passer le fil (5 boucles sur le crochet), faire 1 jeté et démonter 2 boucles à la fois, quatre fois, 2 m.ch., 1 m.d.dans le point au centre de la croix, complétant ainsi la bride croisée.Faisceau (f.) — Faire 3 br.ou plus dans la même m., tenant toujours sur le crochet la dernière boucle de chaque br.; puis faire 1 jeté et démonter toutes les boucles qui restent.On fait ensuite une chaîne serrée pour arrêter le faisceau.Point noué.— Tirer une boucle de Vi de pouce sur le crochet, passer le fil à travers la boucle et en faire une m.ch.Placer le crochet entre la boucle et le fil simple de cette m.et faire une m.s.Faire un autre point noué, sauter 4 m.du rang précédent.1 m.s.fafre .îxjj vre-lïfo33 92 x 108 pouces, motifs.1er motif: Commencer au centre, avec le fil de couleur; faire 2 m.ch.1er tour: 9 m.s.dans la 2e m.ch.à partir du crochet.Relier par une m.c.à la 2e des deux m.ch.2e tour: 3 m.ch.(= une m.d.), 4 m.d.au même endroit que la 29 nEYIE M'II'EI'.NE DECEMBRE.19SJ «.,-»>iilïr#r._( -•ni i in» 1 m.c, enlever le crochet, l'introduire dans la 3e des 3 m.ch.et passer la boucle échappée à travers.On a le point de maïs.(5 m.ch., sauter 1 m.s., point de maïs de 5 m.d.dans l'arrière boucle de la m.s.suivante) 4 fois; 5 m.ch., 1 m.c.dans la maille directement en arrière de l'extrémité du 1er p.m.3e tour: 3 m.ch., p.m.au même endroit que la m.c, ' 4 m.ch., p.m.dans la 3e des 5 m.ch.suivantes, 4 m.ch., p.m.dans la maille directement en arrière du p.m.suivant.Répéter de ° tout le tour, finissant avec 4 m.ch.Joindre.4e tour: 3 m.ch., p.m.au même endroit que la m.c, ° 2 m._ ch., p.m.dans la 2e des 4 m.ch., 2 m.ch., p.m.dans la maille directement en arrière du p.m.suivant.Répéter de c tout le tour, finissant avec 2 m.ch., une m.c.dans la maille directement en arrière du bout du 1er p.m.(20 p.m.) 5e tour: Un p.m.directement en arrière de chaque p.m.avec 3 m.ch.entre les p.m.Joindre.tour: Même travail que pour tour, faisant des p.m.à la 3 m.ch.(40 p.m.) ur: Comme le 5e tour.r: Attacher le fil blanc ) à la maille directement e du 1er p.m., 3 m.ch., ans la chaîne des 3 mail-.dans la maille juste en arrière Xdu p.m.suivant, 3 m.d.dans l'espace des 3 m.ch.suivantes.° l](m.ch., sauter le p.m.suivant.Si m.d.dans l'espace des 3 m.ch.suivantes, m.d.dans la maille an arrière du p.m.suivant, 3 m.dedans l'espace suivant.Ré-° tout le tour, 1 m.ch., (20 groupes de m.d.) r: 3 m.ch., m.d.dans 6 2 m.ch., m.d.dans les suivantes.Répéter de c tour, 2 m.ch.Joindre, t lie tours: Comme le 9e aisant 3 m.ch.entre les s de m.d.au 10e tour m.ch.entre les groupes de au lie tour.12e tour: 3 m.ch., m.d.dans 2 m.d.suivantes; ° m.d.dans es 2 m.d.suivantes, retenant la dernière boucle de chaque m.d.sur le crochet; passer le fil pardessus et tirer à travers toutes les boucles sur le crochet, (m.d.diminuée); m.d.dans les 2 m.d.suivantes, 6 m.ch., m.d.dans les 3 m.d.suivantes.Répéter de ¦ tout le tour, 6 m.ch.joindre.13e tour: 3 m.ch., m.d.dans la m.d.suivante, * faire les 2 m.d.suivantes comme 1 m.d., m.d.dans les 2 m.d.suivantes, 2 m.ch., sauter 1 m.ch., m.d.dans les 4 m.ch.suivantes.2 m.ch., m.d. M CONCOURS D'HISTOIRE Gagnants du Concours No 1 — mois de novembre PREMIER PRIX — $10.00 Madame L.Poirier, 5146 Hutchison, Montréal.DEUXIEME PRIX —$5.00 Mlle Renée Beaupré, 7337 Denormanville, Montréal.PRIX DE $1.00 Mme R.Morin, 1551 boul.St-Joseph est, Montréal.Mme Paul-E.Guertin, 01320 Charlevoix, Montréal.Mlle Clarisse Larivière, 2716 St-Charles, Montréal.M.Joseph Martin, 148 rue Racine, Chicoutimi.Mlle Blanche Pérusse, 307 Square St-Louis, App.1, Montréal.dans les 2 m.d.suivantes.Répéter de tout le tour.2 m.ch., joindre.14e tour: 3 m.ch., m.d.dans la m.d.suivante.0 Diminuer 1 m.d.comme auparavant, m.d.dans la m.d.suivante, 3 m.ch., m.d.dans les 4 m.d.suivantes, 3 m.ch, m.d.dans les 2 m.d.suivantes.Répéter de 0 tout le tour.3 m.ch., joindre.15e tour: 3 m.ch., ° diminuer 1 m.d., m.d.dans la m.d.suivante, 5 m.ch., m.d.dans la m.d.suivante.Répéter de ° tout le tour.5 m.ch., joindre.16e tour: 3 m.ch., ° diminuer 1 m.d., 6 m.ch., m.d.dans la m.d.suivante.Répéter de ° tout le tour.6 m.ch., joindre.17e tour: 3 m.ch., m.d.dans la m.d.suivante, 7 m.ch., ° m.d.dans les 2 m.d.suivantes, en les travaillant comme 1 m.d.; 7 m.ch.Répéter de p tout le tour, joindre.18e tour: m.c.à la m.d.suivante, 11 m.ch, ° m.d.dans la m.d.suivante, 8 m.ch.Répéter de ° tout le tour, joindre.19e tour: 1 m."ch., 0 m.s.dans les 8 m.ch.suivantes, m.s.dans la m.d.suivante, m.s.dans les 8 m.ch.suivantes, 20 m.ch., m.s.à la 2e m.ch.à partir du crochet et dans chaque maille à travers (veine du centre de la feuille), m.s.dans la m.d.suivante, m.s.dans les 8 m.ch.suivantes, m.s.dans la m.d.suivante.4 m.ch., tourner.(Sauter 2 m.s.de la veine du centre, d.br.dans la m.s.suivante, 3 m.ch.) 4 fois; sauter 2 m.s., 1 br.dans la m.s.suivante, 4 m.ch., sauter 4 m.s., m.s.à l'extrémité de la veine, 4 m.ch., sauter 4 m.s., une br.dans la m.s.suivante; (3 m.ch., sauter 2 m.s., une d.br.dans la m.s.suivante) 4 fois.4 m.ch., 1 m.c.à la 9e m.s.du centre; 1 m.c.dans la m.s.suivante, tourner.M.s.dans les 4 m.ch.suivantes, 5 m.ch., m.c.à la 5e m.ch.à partir du crochet (p.); m.s.dans la d.br.; (m.s.dans les 3 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la d.br.) 3 fois; m.s.dans les 3 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la br., m.s.dans les 4 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la m.s.suivante, m.s.dans les 4 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la br.(m.s.dans les 3 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la d.br.) 4 fois; m.s.dans les 4 m.ch.suivantes, m.s.dans la m.d.suivante; (m.s.dans les 8 m.ch.suivantes, p., m.s.dans la m.d.) 7 fois.Répéter de ° tout le tour.Arrêter.2e motif: Même travail que pour le 1er motif jusqu'au p., à l'extrémité de la 3e feuille, 3 m.ch., enlever le crochet, l'introduire dans la 3e m.du p., au bout de la feuille du 1er motif et tirer la boucle à travers, 2 m.ch., m.s.dans la 1ère des 3 m.ch.; m.s.dans la m.s.au bout de la feuille du 2e motif; m.s.dans les 4 m.ch.suivantes, m.s.dans la br., enlever le crochet, l'introduire dans le p.suivant en revenant au 1er motif et passer la boucle à travers; m.s.dans les 3 m.ch.suivantes en revenant au 2e motif, m.s.dans la d.br., 3 m.ch., joindre au p.suivant en revenant au 1er motif comme le 1er p.a été joint.M.s.dans la m.s.en revenant au 2e motif et compléter la feuille comme auparavant, m.s.dans les 8 m.ch.suivantes, p., m.s.dans les 8 m.ch.suivantes.Joindre le p.suivant au p.correspondant du 1er motif comme le 1er p.de la feuille a été joint; joindre les 3 p.suivants comme le 2e p.de la feuille fut joint; joindre p.suivant comme le 1er p.fut joint.Continuer autour du 2e motif comme pour le 1er motif, joignant le 4e, 5e et 6e OU SUIS-JE ?1.—Je suis à Montréal sur une rue qui a exactement dix-huit pieds de large et qui fut tracée par Bénigne du Basset, arpenteur.Le nez en l'air, je cherche l'emplacement d'une maison dite la Maison du Patriote.2.—Je suis sous les murs d'un vieux fort de notre glorieuse histoire.Situé sur les rives d'un bassin qui porte son nom, je peux apercevoir trois clochers dont l'un porte aussi son nom.Tout près de moi, se livrèrent des batailles qu'un monument rappelle tout au bord d'une écluse qui me permet d'aller dans un autre pays par un canal assez fréquenté.3.—Ce village porte le nom d'une femme pleine de courage qui sauva le pays d'un grand danger.Elle se maria et n'habita pas au lieu de sa gloire, mais vécut et mourut à La Pérade.Je me promène et je ne vois pour rappeler sa mémoire qu'un humble monument tout auprès d'une tour désaffectée à laquelle personne ne prend garde.Où suis-je?2:.____.____________________ 3: ________.CONCOURS No 2 p.de la feuille suivante au p.correspondant du 1er motif, comme les p.furent joints aux feuilles précédentes.Compléter comme pour le 1er motif.Arrêter.3e motif: Comme le 2e motif, joignant les 3 p.de la 3e feuille au p.correspondant du 1er motif comme auparavant, et joignant le QUE SUIS-JE ?1.—Je suis le compagnon fidèle de toute femme bien née.Tous les jours et même plusieurs fois par jour elle me grise de ses baisers.Grâce à moi, elle parait aux autres plus belle et plus désirable et je n'en suis pas jaloux.Car ma vie est de mourir à petit feu ou sous les baisers des autres, ou chez Ni-cot, ou chez Vatel.Mais je m'en venge par des indiscrétions insidieuses.2.—Sans moi la vie serait assez terne et se passerait difficilement du livre que je suis.Tous les jours on me feuillette sans jamais me lire complètement car cette lecture serait par trop fastidieuse et sans aucun intérêt.Je suis le livre le plus lu de l'univers.Par les renseignements que je donne ou que par mon truchement on peut obtenir, je vaux tous les journaux du monde.Pourtant, on ne me garde jamais dans aucune bibliothèque.3.—Je m'appelle cinq fois Marie et je suis connue par le monde entier.Les rois se dérangent pour me rendre visite et je grandis à l'abri des curieux comme à l'abri des maladies qu'ils peuvent m'ap-porter.Du jour au lendemain, je fus célèbre et je resterai l'un des phénomènes de l'univers tant que je serai en vie.Que suis-je?REPONSES i 2 3 Adresse.p.du haut de la feuille suivante au même p.du 1er motif où le p.du haut de la feuille du 2e motif a été joint.4e motif: Joindre la 2e feuille du motif à la feuille correspondante, au bord inférieur du 3e motif et continuer à travers le 4e motif, joignant les p.du centre (entre les feuilles) comme auparavant et i;i as permis.Mais vous êtes si jeune! Il vous sera facile d'oublier cet.épisode tourmenté de votre jyrime jeunesse.Je vais m'occuper, dès maintenant, de faire casser notre mariage.Je vous souhaite du bonheur, /xntr l'avenir."Croyez-moi toujours votre bien dévoué.qui signe aujourd'hui de son vrai nom, il en a bien le droit, "Jean-Claude Le Jonquois." Oh! le désespoir de la jeune femme en lisant cette lettre! Elle n'aurait pas cru qu'il fût possible de apporter tant de douleur sans mourir.Immédiatement, elle avait désiré quitter ce Paris, ce cercle mondain qui lui faisait horreur, ne voyant, dans son chagrin qu'un seul refuge possible, sa maison sur le Rhône, le "Jas!" Et là, au "Jas", elle continue de pleurer, de gémir, de prononcer sans arrêt, des Pourquoi?pleins de découragement et de regret.Ses parents sont désolés.En vain sa maman s'in-génie-t-elle à la distraire, en vain son papa lui a-t-il offert une automobile toute blanche, douce à conduire comme une brebis.un joli canot automobile pour aller sur le Rhône en excursion.en vain des robes et des colifichets arrivent-ils de Paris.en vain des invités gais et boute-en-train franchissent-ils le seuil de la charmante demeure.Marose ne veut pas sourire, Marie-Rose ne veut pas accueillir l'oubli, encore moins penser à des recommencements possibles.Cela ne manque pas d'inquiéter les bons parents Rambaud.Leur fille menace de s'enliser dans un chagrin dévastateur, désagrégateur de toute énergie.Ils savent bien où mène un tel état d'esprit.A la folie, pas moins, en tout cas, à une neurasthénie inguérissable, qui transforme un être gracieux et sensible en une loque misérable.— Il ne faut pas cela, pleure le père.— Il ne le faut pas, répète la mère en écho.Que faire?Un seul remède: Que John revienne parmi eux.Mais ce remède, comment l'obtenir?John est irrémédiablement blessé.Monsieur et Madame Rambaud sont torturés de chagrin.Les mois passent sans aucun changement.Avril amène ses roses et ses lilas dans la jolie maison sur le Rhône.De longues glycines parfumées, pendent en grappes mauves et violettes sous la tonnelle.C'est alors qu'une nouvelle étonnante leur parvint.Monsieur Paul Grivois la leur annonçait en ces termes: "Cher Monsieur et Madame, "C'est à moi qu'échoit le triste et douloureux devoir de vous apprendre que votre filleul Max a payé •sa dette à la société.Le sort, quelquefois, se charge de punir ceux qui veulent se dérober aux lois humaines.Ne cherchons pas à pénétrer les secrets de ceux qui ne sont plus."Voici comment la chose est advenue."Max était, comme vous le lui aviez ordonné, au Canada, plus précisément dans l'Ontario, travaillant dans une grande ferme.Ainsi en aviez-vous décidé, obligeant l'élégant Max à oeuvrer de ses mains."Comme les bûcherons, il abattait des arbres, aidait à les lier, à en former des radeaux que l'on jetait dans le fleuve Saint-Laurent, au gré du courant.Vous savez qu'un seid homme, armé d'une longue barre, monte sur ces radeaux pour les diriger.Manoeuvre difficile à cause des rapides."Un jour, Max- demanda à diriger un radeau.En vain tenta-t-on de l'en dissuader.Il n'avait pas l'ha-bitude, U manquait d'entraînement.Il ne voulut rien entendre.Et ce qui devait arriver arriva.Au premier rapide, il fut précipité dans les eaux.De la rive, on l'aperçut.Comment lui porter secours?Impossible, en cet endroit.Ce ne fut que cinq jours après que le flot déposa sur le rivage le cadavre de Max."Il faut voir, dans cet.accident, le doigt de Dieu."On trouva dans la chambre de Max une longue-enveloppe portant en suscriptions A Me Paul Grivois, avocat au Havre." "On me l'a envoyée avec une lettre me narrant ce que je viens de voiis rapporter.J'ai ouvert la longue enveloppe: elle contenait des papiers intimes et une antre petite enveloppe, avec ces mots: "Ceci est ma confession." "Je ne l'ai pas ouverte.Il me semble que cela ne m'appartient pas.C'est pour vous seul, Monsieur Rambaud.Max n'a pas osé, je.crois, vous la faire adresser directement.La voici donc, avec les papiers intimes de votre filleul, son portefeuille, sa montre et d'antres menus objet que.l'on m'a fait parvenir.Pardonnez à Max.je crois que c'est déjà fait.Il nous reste à prier Dieu pour lui.Nous le pouvons, nous le devons."Je vais, pour ma part, mettre ton.t en oeuvre pour que le nom de Jean-Claude Le Jonquois soit dépouillé de la gangue qui le flétrit.Cela me sera L.A RE3VTTB MODERNE — DECEMBRE, 1939 d'autant jtlua facile maintenant que j'ai les mains déliées.Ve par la mort de Max, l'action de la justice l'éteint, Et c'est, comme il l'a désiré, la tête hawte, que votre gendre pourra désormais se promener en France."Je souhaite pour Madame votre fille un prompt rétablissement, que le bonheur viendra bientôt rendre plus complet encore.Présentez-lui mes respects."Veuillez me croire votre tout dévoué, "Paul Grivois." Les Rambaud sanglotèrent à cette lecture.Ils avaient aimé Max comme un fils.Pourtant doit-on dire qu'ils éprouvèrent comme un soulagement?Oui, tout «Hait pour le mieux ainsi.Le:- choses vieilles s'eflaçaient, les nouvelles les remplaçaient.Ce cauchemar affreux dans lequel ils vivaient allait donc prendre fin.John reviendrait, leur fille serait heureuse.Et de voir ce jeune ménage uni, de voir, sans doute, autour d'eux, fleurir des têtes blondes et brunes atténueraient leur deuil, cicatriserait leur plaie.Marie-Rose sentit son coeur renaître à l'espoir.Si son mari revenait?Maître Grivois devait lui avoir annoncé la nouvelle de la mort de Max.Rien ne le retenait plus en Amérique.Lui écrirait-elle?Elle hésitait.Il s'était montré si froid à leur dernière entrevue! Mais aussi, il l'avait mal comprise.Il parlait d'un marché.Son amour, en échange de la liberté de Max.Oh! John, comment as-tu pu croire.Chaque matin, elle guettait le facteur.Il ne lui apportait rien.Alors, elle ordonna le silence à tous ses scrupules, à son restant d'orgueil, et se mit à écrire une lettre de quatre pages bien tassées, assurant son mari de son profond amour, le suppliant de revenir.Elle l'expédia à la lointaine adresse et attendit.Puis les jours ne passant pas assez vite à son gré, ne mesurant pas la distance qui les séparait, impatiente, elle se rendit à Avignon et envoya un télégramme-express au Venezuela."Reviens, nous t'aimons.— Marose".Aucune réponse.Alors l'animation qui l'avait soutenue pendant quelques jours tomba.La tristesse revint s'installer en maîtresse dans son coeur.Un matin, Marose s'en alla rêver au bord de sa fontaine.Le Jas, toujours frais et chantant, sur lequel les années passaient sans amener chez lui aucune transformation, sans ternir son eau, passant sur les fleurettes fraîches qui croissaient sur ses bords reçut ses confidences douloureuses."Cher Jas, toi qui passes pour prédire certains événements néfastes ou glorieux, dis, est-ce seulement une légende?Ne me révèleras-tu rien à moi, qui t'aime, te chéris comme une personne, moi qui venais, quand j'étai6 petite, te raconter mes petits soucis, mes petites contrariétés.Maintenant, je suis grande et malheureuse.Avertis-moi, dis-moi ce que je dois faire.Ne le veux-tu pas?" Elle se penche, regarde attentivement l'eau limpide et tourbillonnante.Soudain, ses yeux s'écar-quillent, et s'emplissent d'effroi.Elle a vu, clairement — hallucination, rêve éveillé?— un grand bateau avec ses mâts, ses cheminées, et qui sombrait, s'enfonçait sous les eaux.Le temps d'un éclair.Marie-Rose se frotte les yeux, se penche encore, regarde.Rien, l'eau est limpide et sereine.— Je n'ai pourtant pas rêvé, se dit la jeune femme.C'est bien un grand bateau que j'ai vu et qui sombrait.Que signifie?Ah! j'y suis! s'écrie-t-elle en se frappant le front; j'y suis.C'est John qui s'est embarqué et dont le bateau a sombré! C'est pour cela qu'il n'écrit pas, qu'il ne me répond pas! Elle court comme une folle, traverse le jardin, entre dans la maison, va trouver sa mère, dans le studio.— Maman, maman, je l'ai vu! Il se noie! — Chérie, dit Mme Rambaud, effrayée.Elle sonne, appelle son mari.Ils ont peur, tous les deux, devant l'exaltation de leur enfant, que la folie qu'ils craignaient ne se soit abattue sur son esprit chagrin.Ils ne réussissent pas à la calmer.Et ils sont bien obligés d'écouter jusqu'au bout l'histoire effarante que Marose leur raconte.Ils concluent que son cerveau surexcité par les événements de ces derniers temps a créé des images, a inventé des cauchemars affreux.— Tiens, dit M.Rambaud, c'est aujourd'hui le 24 mai ! C'est la fête des Sainte-Mariés ! C'est ta fête aussi, Sainte-Marie! Suis-je niais de n'y avoir pas songé plus tôt! Allons aux Saintes! Vite, il est encore de bonne heure! Nous pourrons assister à l'ouverture des châsses et voir porter sur la mer Sainte Sarah! Vite, maman, vite Marose! préparons-nous ! Le temps de faire mon plein d'essence.Mme Rambaud regarde Marie-Rose.Elle s'attend à s'entendre dire "Non!" A son grand étonnement, Marie-Rose acquiesce.— C'est cela, aux Saintes! Ils partent, tous les trois, sur l'auto rapide de M.Rambaud.M.Rambaud est un conducteur émé-rite qui ne craint pas la vitesse et qui manoeuvre avec assurance.Aussi les voilà bientôt sur la route de la Crau, qui contraste si franchement avec les plaines fertiles de la Provence avignonnaise.Tout le monde s'empile dans la toute petite égli- se romane, très vieille, pour assister aux offices.Les boumians sont au premier rang.Aujourd'hui, c'est leur journée.Ils sont rois! Qu'on ne l'oublie pas! Et Marie-Rose force les rangs, parvient à descendre à la chapelle souterraine où se loge Sainte Sarah, une poupée de bois revêtue d'oripeaux.La toucher porte bonheur, assure-t-on.Elle caresse sa figure, ses vêtements, ses pauvres dentelles.— Sainte-Sarah, ramène-moi John! Un boumian à côté d'elle la bouscule: — Sarah n'est pas pour vous, belle demoiselle! il faut la laisser aux miséreux! — Les Saintes sont à tout le monde, dit Marie-Rose doucement.On apporte à Sarah des enfants malades pour qu'elle les guérisse.Marose est émue jusqu'aux larmes.Son chagrin lui semble petit, en comparaison de ceux-là.Elle remonte dans l'église, prête à écouter l'office.Mais elle ne peut détacher ses regards de la barque grossièrement sculptée des trois Saintes.Souvent, elle l'a vue, cette barque.Enfant, que de fois son grand-père Martial la lui a montrée! Jamais elle ne lui a naru aussi émouvante, en sa naïveté, sa simplicité, son dessin primitif.0 barque miraculeuse que l'aquilon poussa, s'engouffrant dans le voile tendu de Marie-Solcmé."Saintes-Mariés, rendez-moi John! Gai déjeuner sur le sable, ensuite Les Rambaud avaient emporté un déjeuner froid, comme la plupart des touristes; d'ailleurs, cette fête étant celle de la bohème.Les Rambaud ont-ils dépouillé toute tristesse?Ils causent avec insouciance, semble-t-il.Un soleil de plomb tombe sur les têtes.On se serait cru en juillet ou en août.Les vêtements des boumians flambent dans la clarté aveuglante.— Il fait beau, le monde est beau, dit Marose.M.et Mme Rambaud sourient.Leur fille s'apaise.Les Sainte-Mariés agissent.Ah! si elles consentaient ce miracle: Ramener John, guérir leur enfant! Dans l'après-midi, ils assistent à la descente des châsses.Devant la porte de l'église, des gardiens à cheval attendent Sainte Sarah.Elle apparaît enfin, portée par des boumians.C'est leur patronne.A eux seuls revient l'honneur de la porter! Les gardians, sur leur jolis petits chevaux ca-marguais lui font une escorte d'honneur.La troupe des "caraques" les suivent en chantant, en criant, sans ordre, exultants de joie.Us sont sur le bord de la mer.Une nacelle est prête.On y juche Sainte Sarah.Puis le prêtre bénit la mer, devant elle, et la prie d'être favorable aux passagers.Et on chante, on crie! C'est la fête de la joie et du soleil! Inlassable, Marie-Rose s'approche de Sainte Sarah.Elle est si près qu'elle touche le surplis du prêtre tout à ses côtés.Et elle continue sa monotone prière: — Sainte Sarah, rendez-moi mon John.Comme pour les boumians, sa foi est devenue naïve et primitive.Et les revoilà chez eux, dans la ravissante maison sur le Rhône.— Tu es plus rose, ma chérie, dit Mme Rambaud, ru vois, une journée de grand air t'a fait du bien.Si tu nous écoutais, si tu consentais à sortir ainsi, chaque jour.Marie-Rose embrasse sa maman.Pour elle, elle voudrait se bien porter, être heureuse Son excellente mère, son bon père! Mais ils ne peuvent plus rien pour leur enfant à présent.— Chère petite maman, soupire-t-elle, dis, tu le crois, qu'il reviendra, mon John?— Je l'espère, chérie, murmure Mme Rambaud.CHAPITRE XIV L'EFFARANTE NOUVELLE Dès son réveil, le lendemain, M.Ramhaud fut averti, par un télégramme urgent qu'il devait se rendre à Paris pour terminer une affaire épineuse.Depuis plusieurs mois et pour rester auprès de sa fille dont la santé lui causait tant d'inquiétude, il avait négligé ses importantes entreprises, laissant la direction de sa maison à son fondé de pouvoirs en qui il avait toute confiance Cependant, aujourd'hui, celui-ci se déclarait impuissant.— Tu peux partir sans crainte, papa, dit Marie-Rose à son père.Maman t'accompagnera aussi.Je me sens très bien, ce matin.En effet, aux Sainte-Mariés, elle avait puisé une force nouvelle.Il lui semblait impossible que les trois Maries, si pitoyables et qui avaient été miraculeusement bonnes pour Mireille, sa soeur provençale, son égale dans le malheur, fussent sour-des à sa prière."Et même si je dois, comme Mireille, mourir sans revoir celui que j'aime, elles me conduiront tout droit au ciel, sans souffrance, au contraire, dans un triomphant halo de lumière!" Elle était si affaiblie par la tristesse de ces derniers temps qu'elle en arrivait à se laisser bercer par des pensées romanesques, à considérer des fictions comme des réalités.Toutefois, elle conservait assez de bon sens pour ne pas traduire ses rêveries à ses parents.— Tu crois que je peux te laisser quelque* jours, ma chérie?demanda Mme Rambaud.— Mais certainement, maman! — Tu es gentille de me donner ta maman, ma petite Marose, dit le père.Elle m'est toujours nécessaire quand j'ai un cap difficile à franchir.Vraiment, tu n'as pas besoin d'elle?— Je t'assure, papa.— Bon! d'ailleurs, nous reviendrons dès que cela nous sera possible.Et nous te laissons Rosalie qui veillera sur toi, comme nous-mêmes.Us partirent par la route, sur leur puissante Buick, conduite cette fois par leur chauffeur parisien, pour que toute liberté d'esprit fût laissé à M.Rambaud.Marose est donc seule dans sa maison sur le Rhône, avec Rosalie comme gardienne fidèle.Cette dernière ne la quitte pas.Jamais l'expression : "la suivre comme son ombre" ne fût plus juste.Mais le soir de ce même jour, Marose s'aperçoit que le valet de chambre appelle discrètement Rosalie.Par la porte entr'ouverte, elle voit trembler un journal.Le valet de chambre, Roland, étant allé à Avignon dans l'après-midi, chargé de différentes courses par ses patrons, a acheté un journal du soir, alerté par un titre."Un yacht appartenant à un riche Américain qui faisait une croisière en compagnie de plusieurs amis, dont le richissime lord Lawson, le possesseur de fabuleuses mines d'or, a sombré au large des côtes de Naples." — Mon Dieu! s'écrie Rosalie, tandis que Roland lui lit les détails de ce drame de la mer.Mon Dieu! que va devenir notre demoisellette ! Roland lui met la main sur sa bouche et l'entraîne dans la cuisine.Mais Marie-Rose a entendu.Comme une folle, elle court dans la cuisine, arrache le journal des mains de sa fidèle Rosalie.Elle lit les détails.la mer a rendu plusieurs cadavres.le propriétaire du yacht n'a pas été, retrouvé.passagers rescapés soignés à l'hôpital." .Marie-Rose, les yeux aveuglés de larmes, poursuit avidement, en poussant, de temps en temps, de petits cris inarticulés.Le nom de John! le nom de John! Le journal ne le cite pas.Il n'est pas parmi les noyés.Il n'est pas parmi les blessés."Ce n'est pas possible voyons.Les Saintes ne m'ont pas menti.Si je dois mourir, que ce soit dans l'extase du bonheur, avec l'assurance de revoir John, de mourir près de lui." Elle divague, se laisse tomber dans les bras de Rosalie, qui s'affole, tandis que Roland s'affaire dans la cuisine, pour y chercher du vinaigre, de l'eau froide.— Té, tiens-la, dans tes bras, je vais chercher ce qu'il faut! Val, les hommes, vous n'êtes capables de rien.Elle apporte un coussin, des couvertures, étend sa chérie dessus, soulève sa tête sur le traversin, tout en bougeonnant et en rabrouant ce pauvre Roland qui n'en peut mais.— Si on télégraphiait à Monsieur?propose le valet de chambre.Il nous donnerait une idée.— Vous! c'est ça, télégraphions.approuve Rosalie.Marie-Rose se soulève sur la couverture: , — Non, dit-elle faiblement, non.papa a des soucis de toutes sortes, de grosses responsabilités.il ne faut pas le troubler actuellement.maman non plus.— Alors?demande Rosalie, perplexe.Soudain, Marie-Rose se lève, comme mue par un ressort.Avant que Rosalie, stupéfaite, ait pu lui demander ce qui lui arrivait, elle s'écrie: — J'y vais! — Que, que.fait Rosalie, vous allez où?— A Naples, parole.Rosalie et Roland lèvent les bras au ciel — Vous n'y pensez pas, ma demoisellette! aller à Naples! Il faut le dire à votre papa, à votre maman, leur demander leur autorisation.Ils viendront avec vous.seule, non, voyons.— Ma bonne Rosalie, mon bon Roland, je sais ce que je fais.Je suis mariée et majeure! Je suis libre de mes actes.D'autant plus que mes actes, en l'oc-curence, ne sont pas répréhensibles.Je m'en vais retrouver mon mari, malade, peut-être blessé à mort.et si je ne dois retrouver que son.cadavre.Marie-Rose a un instant de dépression.Elle retombe sur sa chaise et, la tête dans ses bras repliés, recommence à sangloter.Dernière faiblesse! Elle se reprend.Non.elle ne veut pas croire à tant de malheur, non, c'est impossible.— Vite, dit-elle, Rosalie, prépare-moi ma valise, peu de choses, les plus nécessaires.— Que, pas possible! je ne permettrai pas celai malade comme vous êtes?— Je ne suis pas malade, Rosalie, tu ne m'empêcheras pas de faire ce que je veux! LA REVUE MODERNE — DBCBMBRE, HJ» — Vous passerez au travers de mon corps, s'écrie Rosalie, dramatique.Marie-Rose éclate de rire.— Eh! Rosalie, tu as manqué ta vocation, tu aurais dû faire du théâtre! — Bé, dit Roland, on peut tout arranger.Tu vois bien que notre demoiselette est décidée à partir.Vaut mieux ne pas la contrarier, mais partons tous les deux avec elle.Comme ça, Monsieur et Madame ne seront pas en souci, s'ils savent que leur fille a quitté le Jas.elle sera sous bonne escorte.Us sont bientôt équipés.Roland se met au volant.Il ne conduisait habituellement qu'une vieille Citroën pour aller à Avignon, effectuer les commissions de ses patrons.Mais, cette fois ,il s'instaUe devant le volant de la jolie Voisin de sa jeune patronne.Marseille.Il faut attendre un bateau en partance.Jamais Marie-Rose n'a autant désiré la folle richesse.Attendre, toujours attendre! Peut-être John se meurt, tout seul, sur un lit d'hôpital.La nuit, le départ enfin! Oh! que la mer est belle.Sans le souci qui dévore la pauvre enfant, elle aurait joui intensément de la paix profonde que l'on ressent en pleine mer.Le jour pointe quand le bateau arrive à Naples.Une fine poudre d'or pleut sur Capri l'enchanteresse.Dans le port, quand elle débarque, avec les autres passagers, elle est arrêtée par une foule criarde et braillarde.On ne parle que de ce naufrage du yacht "Remembrance", on épèle des noms.Marose se mêle à un groupe où il lui semble que l'on baragouine un peu de français.— John Lawson?Lord Lawson?— Ah! oui, le richissime Américain?On ne sait pas.Peut-être avec les rescapés, à l'hôpital?— Courons-y, dit la jeune femme à ses compagnons.A l'hôpital, quand ils y entrent, Marose doit se soumettre à la terrible épreuve de contempler un à un les cadavres que la mer a rejetés.On découvre devant elle chaque visage.Elle met sa main devant ses yeux, en frissonnant, puis peu à peu écarte ses doigts, regarde entre ses cils mouillés les traits tuméfiés de celui ou celle qu'on lui montre.Chaque fois, mais avec un soupir de soulagement, elle secoue négativement la tête.Au tour des blessés, maintenant! C'est moins dur, moins pénible de passer devant les lits.Aucun ne contient le malade qu'elle cherche.Marie-Rose sort de l'hôpital, découragée.Elle n'a plus aucune force pour continuer 6a route.John n'est point parmi les morts, point parmi les blessés, c'est donc qu'il est encore dans le cercueil liquide, gardé jalousement par lui."Oh! John, sans m'avoir pardonné." Elle monte dans un taxi qui la reconduit à l'hôtel.Elle n'a pas de larmes.C'est là qu'elle apprit, quelques instants plus tard, qu'un Monsieur était soigné dans une villa, sur le bord de la mer.Il n'était pas mort.Une Napolitaine, entourée de lazzarone, d'autres commères, alléchées par une dramatique histoire, s'était rendue au Palace pour donner ce renseignement à la jolie dame française qui avait l'air si triste.— Quelle villa, son nom?— Villa Giaccomini! — J'y cours! Le taxi la conduisit à la villa Giaccomini.CHAPITRE XV "JE VIENS." Sur la côte, une villa toute blanche, ombragée de palmiers, enfouie dans les fleurs, les géraniums, les roses de toutes couleurs.Des cactus, des plantes grasses sur les pelouses.Que ce jardin est long à traverser! Enfin, voici les terrasses de la villa, d'où s'élancent de hauts palmiers, bordés de plantes grimpantes.Un domestique vient à l'appel de la sonnette.— Le signor Giaccomini demande la jeune femme.— Si, fait le domestique.Il fait entrer la visiteuse dans une longue galerie, où, sur une table est posé un carnet à souches, avec un encrier et son porte-plume.Marie-Rose comprend que le domestique lui demande d'inscrire sur le carnet l'objet de sa visite.Sans trembler, elle écrit: — Voir le rescapé du yacht "Remembrance".Et cela ne tarde pas.Bientôt, une jeune femme accourt dans la galerie.Bonheur! elle s'exprime en français.— Madame, dit-elle, tout émue, êtes-vous une parente d'un de ceux qui étaient sur le yacht "Remembrance"?— Je suis la femme de lord Lawson, dit Marie-Rose, la voix crevée de sanglots.On m'a indiqué ?otre adresse, on m'^i dit que chez vous on soignait , un rescapé.— En effet.mais est-ce bien lord Lawson?Nous l'avons recueilli sans connaissance, blessé à la tête.— Est-il mort?demande, angoissée, Marie-Rose.Oh! ne me leurrez pas! Elle éclate en sanglots.Madame Giaccomini la rassure.—11 vit, je vous l'assure.Mais, est-ce lord Lawson?Cela je ne puis vous le dire! Il n'avait plus aucun vêtement sur lui quand nous l'avons recueilli.— Si vous voulez, Madame, propose Marie-Rose, je vais vous suivre dans sa chambre.Je regarderai, sans entrer tout à fait, vers son lit.Si c'est lui, je le reconnaîtrai tout de suite! Les deux femmes montent un large escalier de marbre, tout verdi de longues plantes, traversent une galerie peuplée de statues blanches.Mme Giaccomini s'arrête devant une porte ouvragée de sculptures.Aucun bruit n'est perceptible.La signora soulève de lourdes tentures.— Regardez, dit-elle, dans un souffle.La jeune femme s'approche sur la pointe des pieds.L'oreiller blanc l'attire.Elle ne voit pas le flot de cheveux noirs de son mari, mais une boucle blanche, comme la taie de dentelles.Mon Dieu! est-ce là John?Elle est maintenant devant le lit.Elle ne sait plus si elle est vivante, si c'est bien elle qui respire.Il lui semble que son corps s'est vide de sa substance.Déjà, ce matin, elle a ainsi examiné des malades dans des lits blancs.des morts aussi, plies dans des suaires.Mais son émotion, quoique forte, n'a pas atteint en intensité, celle qui l'étreint là, devant ce lit, dans cette maison inconnue.La voilà au chevet du rescapé.Les bandes antiseptiques entourent toute la tête du malade.Le visage est tourné contre le mur.Marie-Rose se soulève sur la pointe des pieds.Un nez sort des linges un long nez pincé.Une bouche se dessine.Marose se penche, considère les yeux clos, les longues pau-' pières aux cils bruns.Elle a un cri terrible: — John 1 Et lui, à l'ouïe de cette voix, frémit soudain.Ses paupières se soulèvent, ses clairs yeux bleus apparaissent, sa bouche au pur dessin s'entrouve: — Marose ! L'infirmière veut tirer la jeune femme par la manche, lui recommander de se taire.Mais la signora Giaccomini l'entraîne: —-Nous n'avons rien à faire ici, signora! Marie-Rose est effondrée sur le lit de son mari et pleure toutes ses larmes.Une longue main brune caresse sa chevelure blonde.— Ma Rose, tu es venue.tu es venue, c'est toi! Ma Rose de Mai! L'effort est trop grand pour le malade, qui revient de si loin.Sa voix faiblit, sa femme a peur, soudain.Elle se calme, met sa main sur le front douloureux.— Ne parles plus, endors-toi.Je suis là, près de toi, nous ne nous quitterons plus.Un sourire d'extase iUumine les traits de John.— La rafale est passée, murmure-t-il, à grand'-peine.Quelques jours après, quand il fut assez bien pour se tenir assis sur son lit et soutenir une conversation, il raconta à sa femme sa lamentable odyssée.— Quand j'ai quitté Paris, j'étais désespéré.J'avais donc tout perdu, je ne croyais plus au bonheur possible.Je ne pouvais même pas penser à revenir en France, à y porter haut la tête, sans, du même coup, affliger ton père.Tu m'avais demandé un sacrifice impossible, auquel j'avais cependant souscrit.Oui, Marie-Rose.et j'avais été vexé de ce que j'appelais ton marchandage.Excuse-moi, dit-il, en mettant sa main sur sa bouche, comme elle faisait mine de protester.si, ton marchandage.tu vois, j'ai bien fait de ne pas te céder alors, puisque je viens de recevoir de toi une si magnifique preuve d'amour.Tu es venue vers moi ! Je reprends : je n'avais de goût à rien, les affaires ne me plaisaient plus.Je pris le bateau au Havre comme un automate.Et puis, arrivé à New-York, je déambulais par les rues, sans but, absolument abêti.C'est alors que dans Broadway, je rencontrai un ami à moi, un Américain avec lequel j'étais en relations d'affaires.— Aoh! me dit-il, vô êtes triste?Je répondis affirmativement, tout en taisant la cause de mes chagrins intimes.— Aoh! yès, je souis aussi triste.Je vais en croisière pour plusieurs mois avec des amis.Volez-vô venir avec moâ?J'acquiesçai.C'était une aubaine, en somme.Et depuis, je suis sur l'eau, de pays en pays et d'escale en escale.A chacune d'elles, nous laissions des passagers et nous prenions d'autres.Mon ami n'était jamais las.ou plutôt, si, il était très las.Il était à la recherche de ce quelque chose d'imprécis qu'on appelle le bonheur, mais qui n'est pas à la portée de tout le monde.La fortune ne suffit pas à le donner.Pauvre ami Smithson! il est mort, avec son joli yacht "Remembrance"! A-t-il enfin trouvé le repos, à défaut de bonheur?Moi, je viens de le trouver, mais à quel prix, seigneurI — Cela était sans doute nécessaire, dit Marose, il ne faut pas récriminer.— Nécessaire, oui, pour que je comprenne mieux le prix de ce qui m'était donné! H soupira, puis continua: — Or, nous allions sur Naples.La mer était ma- gnifique, d'azur et d'or.Soudain, une certaine agitation se manifesta à bord.Les officiers vinrent dire à Mr Smithson que le feu s'était déclaré dans les cales du navire et que, depuis plus d'une demi-heure, les hommes faisaient de vains efforts pour enrayer le sinistre.Mon Dieu! Et les côtes du golfe se dessinaici.v dans le lointain! — Si nous pouvions arriver à Naples, s'écria Mr Smithson.Il donna des ordres, s'affaira.Mais on entendait crépiter les flancs du navire.Bientôt, tout le monde sut.On s'affola.Le "Remembrance" craquelait.On cria: "Les chaloupes à la mer!" Les femmes, les jeunes filles! Mr Smithson et moi nous sauvâmes le plus de passagers possible.Le feu se propageait rapidement.On en voyait des gerbes qui sortaient de toutes parts.La fumée nous ennuageait.Et puis, ce fut l'eau qui, entrant par les brèches, faisait un bruit sourd de cataracte.Hélas! nous vîmes des hommes, des jeunes gens qui se débattaient dans l'eau.nous vîmes des femmes qui, prises de peur, au lieu de sauter dans l'embarcation, sous elles, tombèrent dans la mer, qui les engloutit.Oh! c'est terrible! quelle vision de cauchemar! Pour-rai-je jamais l'oublier?Marose appuya sa joue fraîche contre celle de son mari.— Ne plus jamais voir ça, Marose, ne plus jamais voir ça.Notre tour vint, à Smithson et à moi.Comme tout le monde était embarqué, ou.hélas! noyé, qu'il ne restait plus personne sur le yacht en flammes, nous nous décidâmes à sauter dans la dernière chaloupe qui contenait encore deux places.Trop tard! Dans un remous formidable, le yacht coula, nous entraînant dans la mer.La chaloupe salvatrice avait aussi été entraînée dans le tourbillon.Pourtant, sans que je me rende compte comment, ma tête émergea de l'eau.Les côtes étaient devant moi.Pourrai-je Tes atteindre?Comment l'instinct de conservation fut-il assez puissant en moi, en moi qui avait tant souffert, pour me donner la force nécessaire aux mouvements de brasse?Ce sont des choses bien mystérieuses.Un silence douloureux.Marose le respecta.John reprit: — Je nageais, je sentais que je m'épuisais, je nageais toujours.Combien de temps?Combien d'heures?Le sais-je?quand.mon pied toucha terre.Chance, des rochers! J'étais sauvé! Que se passa-t-il ! Etais-je faible, trop faible, trop épiusé pour éviter une roche pointue?Il paraît qu'on m'a trouvé sur la plage, la tête ensanglantée, entièrement déshabillé par les eaux.Marose, la mort n'a pas voulu de moi.— Cher John.— Non, Jean-Claude.— Jean-Claude.Elle se délecte à prononcer ce nom français.— Jean-Claude, maintenant il te sera facile de reprendre ce "Jean-Claude".puisque Max est mort! — Max est mort?— C'est \Tai, tu ne sais pas.Elle raconta à son mari les événements de ces derniers temps.— Oh! fit Jean-Claude, le doigt de Dieu! — Tout se paie en ce monde, va, crois-le, Jean-Claude! C'est doux de t'appeler ainsi, Jean-Claude, Jean-Claude.— Nous allons être heureux, est-ce possible?— Oui, c'est possible! Te souviens-tu de ce que disait ma vieille cousine Annie?D faut de la dou-i ceur, beaucoup de douceur ! Nous nous sommes heurtés.Toi, — et je te comprends — aigri par la malchance, altier, tu n'as pas admis que je ne puisse pas tomber dans tes bras, d'avance vaincue par ton beau regard bleu.Moi, enfant gâtée, à qui nul ne résistait, je n'ai pas été assez douce pour croire en toi et m'abandonner à ta tendresse.Mais le Jas m'a appris, à moi, la première, que tu courais un danger et c'est la preuve la plus certaine de mon amour.— Le Jas?demanda Jean-Claude étonné.Marose sourit, puis lui rapporta la vision du fond de l'eau.— Oui, chérie, cela s'explique par la télépathie.C'est très possible que, pensant très fortement à moi, ta pensée ait rejoint la mienne en cette minute tragique où, croyant sonnée ma dernière heure, je t'envoyais mon dernier baiser.— Tout est possible, Jean-Claude.Nous ne pouvons rien nier de ce qui nous semble être un miracle.Ce qui est sûr, c'est que, pour que de pareilles choses se produisent, il faut un grand amour.— Oui, Marose.— Notre amour est passé par la flamme, il est trempé, comme l'acier.Je suis ta femme, ta chérie.— Ma Rose de Mai.FIN L*A REVUE MODERNE — DECEMBRE, 1939 I Je»0* 1 a ta* A* s Ai LA REVUE MODERNE publie tous les mois l'n roman complet.Quatre ou cinq nouvelles, Plusieurs articles d'écrivains connus.Une chronique de Inouïs Francoeur, Une chronique du sport par Roland Beaudry, Une leçon de culture physique de Jacques Lan Kevin, Des articles consacrés au cinéma et à la radio.Plusieurs paires féminines sur la mode, La cuisine, l'entretien m é runrcr, les soins de heauté, la coiffure, le tricot, etc., l'n problème de mots croisés, I2t, i partir de décembre, une pajre pour les enfants.On remarque particulièrement, la mise en page toujours renouvelée, les dessins originaux et les nombreuses reproductions de photosrrnphies de In REVUE MODERNE, le majrarine des foyers cnnndiens-français.N.B.— Si nous avons déjà Donner un abonnement à la REVUE MODERNE, c'est s'assurer que ses souhaits seront renouvelés douze fois et feront durer le plaisir que vous voulez faire pendant toute une année.Pour vous faciliter la tâche de choisir les cadeaux, nous vous offrons : 1) Un tarif d'abonnement extraordinaire; 2) L'envoi d'une carte de bons souhaits à chacune des personnes auxquelles vous aurez décidé de donner un abonnement.CARTE DE SOUHAITS Aussitôt que nous recevrons un mandat et le coupon portant les noms et les adresses des nouveaux abonnés, nous ferons parvenir à ces derniers une carte de bons souhaits comme celle dont vous voyez une reproduction en tête de cette page.De cette manière, votre cadeau par-inendra aux destinataires sans que vous soyez contraint d'assumer les frais et les soucis de la lii-raison.ABONNEMENT — Tarif extraordinaire Un abonnement .$1.00 Trois abonnements 2.50 Quatre abonnements 3.25 Cinq abonnements et plus 0.75 chacun un de ces noms sur nos listes, l'abonnement 'lu ib'stinntiiirc «ri r»r>.l.,nr» -I.in Tout ce que vous avez à faire pour cela, c'est de remplir un des coupons (ou les deux), en nous indiquant clairement les noms et les adresses.Joignez au coupon un mandat au montant qui correspond au nombre des abonnements.Rien que cela.Pas d'autres démarches.Et vos amis seront heureux.COUPON D'ABONNEMENTS ETRENNES «S ABONNEMENTS POUR $2.50 Veuillez trouver ci-inclus In somme de $S.!H) pour trois abonnements étrennes à la REVUE MODERNE, nux noms suivants : NOM ADRESSE NOM ADRESSE NOM ADRESSE ENVOI DE (votre nom) COUPON D'ABONNEMENTS ETRENNES •» ABONNEMENTS POUR $3.25 5 ABONNEMENTS ET PLUS : .75 CHACUN U REVUE MODERNE — SÏO EST, RUE NOTRE-DAME — MONTREAL NOM ADREsM NOM kDBBBU NOM ADRESSE NOM VKItl.ssi; I-.N\| lir (votre h, l'aire tout chèque et mandat payable au pair a la REVUE MODERNE.Limitée, 3?0 est, rue Notre-Dame.Montréal.SI fis a H kg a fis Ss fis fis On vous offre les MEILLEURES POMMES DU MONDE CES magnifiques pommes, la crème de notre récolte, étaient par les années passées, expédiées outre-mer, où elles faisaient les délices des gourmets.Cette année, à cause de la guerre, elles seront vendues au pays.Vous ne pourrez pas ne pas les remarquer la prochaine fois que vous irez chez votre marchand de fruits ou chez votre épicier.Vous les verrez, ces beaux fruits mordorés, appétissants au possible, et vous serez tenté d'en prendre un et de mordre dedans à belles dents.Outre que ces pommes sont infiniment délicieuses, elles sont très bonnes pour la santé.Vous trouverez toutes les variétés de pommes : pour manger entre les repas ou aux repas; pour manger en salade et en dessert; pour faire cuire, pour faire des confitures, des bonbons, des gelées, des conserves.Liant donné les exigences de la classification, on ne trouve dans les magasins que des pommes de qualité tout à fait supérieure.Achetez des pommes MAINTENANT pour vous-même et pour vos amis.Service des marchés MINISTÈRE FÉDÉRAL DE L'AGRICULTURE, OTTAWA llotiurablr Jatncs il.Gardirirr* ministre.CONSOMMEZ PLUS DE POMMES ET AIDEZ VOTRE PAYS 1 w PRÉCISEZ LA CATÉGORIE ET ACHETEZ AVEC CONFIANT
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