La Revue moderne., 1 octobre 1943, octobre
Paroles émpuvantes cjue des milliers de pères et de mères canadiens disent chaque {Oui à leurs filles qui viennent de revêtir l'uniforme du Roi.L'Armée canadienne est enfin à l'attaque ci ses exploits en Sicile lui ont acquis l'admiration de nos Alliés ainsi que le respect craintif du Boche.Le Service féminin de l'Armée a donc besoin plus que jamais d'élargir ses cadres.Abandonnerez-vous vos frères qui se battent héroïquement sur la ligne de feu?Ne mésestimez pas l'importance du rôle qui vous est offert.Dans le Service féminin de l'Armée, il vous sera confié des tâches militaires dont les femmes peuvent s'acquitter plus efficacement que les hommes.FEMMES CANADIENNES, Nous avons aussi un devoir à accomplir, Une part du fardeau à porter! Pour plus de renseignements, adressez-1eus ./// Bureau de Recrutement le plus rapproché.Cette démarche ne vous engagea rien. fill SIOIINI II I I I OK A I 1 I III I H .M I- V.-PUt'.SIDr.NT ET Dlltl'.CTEUR 4.ROLAND BEAUDRV DIRECTEUR LITTERAIRE : GÉRARD DACENAIS DIRECIHUH ARTISTIQUE ROOER FRIGON SOMMAIRE Coeur de sceptique PAGfcr- Henri Ardel 56 Sabotage La guérison lei trois femmes I e m,ill II,lin eux Staline La maison de Beaujeu Hockey En plongée Fletcher D.Slater 5 Will iam Merriam Rouse 1 1 Marius Barbeau 13 Ci.Stampaert 18 Roger Duhamel 7 Robert Prévost 10 Roland Beaudry 15 ;,: %.'•• : * .16 La mode — Automne de guerre Le tricot — Pour l'héritier Cuisine et rations La beauté — La belle et son masque GliAtuùau&L *n& Les livres Vous répondez?La petite poste Les mots croisés Entre nous Madeleine 19 54 Brigitte 60 Madeleine 62 Roger Duhamel 9 M 34 Roland Beaudrv GcuuseAstuAe.pommes de < liez 11010 (Photo Rapid-Grip * Batten) I 1 i»h ma-nuMcrlts fournis aux éditeurs résolvant tout* la considération possible, maie avoo Wi restriction qu'ils restent aux risquée de raoteur *t aana que \*% éditeurs s'engagent a les acoetfrter ou à lee putoJler.La REV UK MODERNE laisse a w« ooUaborvteurs l'entier-responsabilité d* leurs écrite.ABONNEMENT! $1.60 pour un an.Etats-Unie, }2.par année.Faire tout**) remises par miundat pofltaJ, bon de poste ou chaque accepté.Enregistré oomms matière postale de seconds classe t u bureau d* poète de Montréal.LA REVUS MODERNE «at publiée rrtensjueJlement par la Revue Moderne Limitée, a ses t.urv«ui et ateliers, 320 ort.rue Notre-I>ame.à Montréal — NSArquette 36«1 — Jrannetfr, tu a* appris à soigner comme un* Florence NightingaJe ' Ta seule attitude dans les chambres est un tonique Mais autant tu désires des honneurs et une belle carrière Autant tu voudrai* misas" des rendex-vous et être populaire, n'est -ce pas'* Ne dis pas non Toute Jeune fille veut être populaire! Aussi, tu ne devrais pas négliger la "ôroas* a dents rosée".— Ne soin pat.Me**ée par ce que Je te dis! \'r*rment.Jeannette, c'est un crime et une honte pour une Jeune fille qui possède tes yeux et tes eheeux d'éu-e seule' Pourquoi ne vas-tu pas1 voir le dentiste pour lut demander son 1 i.< sur la sensibilité et la molesse de tes panelves ?— En résumé, mademoiselle Paquin, les aliment** nmiu privent \ os senrhvs d'un travail nécvssal re et el les de v ten neat sou vent trop tendres.M&seez voe gencives régulièrement.(Note: l'ne enquête récente montre que les dentistes préfèrent Ipana pour leur usage personnel a n'Importe quelle autre pâte dentifrice dans la proportion de I contre 1.) rails "l-uure et mon dentiste m'ont enseigné une leçon utile — r>orénavant J'emploie Ipana et son massage.Ce "picotement" revigorant.Quand Je masse mes gencives, semble dire "Nous devenons pimpantsV Et mes denes •>nt 1 ,n' plus brillantes, aussi!" < Réflexions d'une jenne amoureuse) ' BSb ' bien.J'ai quelque chose au coeur, quelque chose de délicieux! Mon élégant médeola m'a demandé de l'épouser, hier soir.Grâce h ¦ i ¦ i ¦ - n ni t-^-i ce.un sourire pél illant r dirigé l'amour de mon coté !" OUAND vous voyez du "rose" sur votre brosse à dents, allez voir votre dentiste! D vous dira peut-être que les aliments mous ont privé vos gencives de 4'exercice nécessaire à leur bonne santé.Et, comme beaucoup de dentistes, il vous conseillera peut-être "le salubre stimulant d'Ipana et de son massage".Car Ipana est préparé non seulement pour nettoyer les dents mais aussi, par le massage, pour aider à durcir les gencives.Laissez Ipana et son massage vous aider à raffermir vos gencives, à aviver l'éclat de vos dents, à vous donner un sourire plus adorable.Un produit de Bristol-Myers—Fabrication canadienne IPANA ET SON MASS ACE ntre nous î J!e mail prochain Les années d abondance nous avaient rendus exigeants; les mois de rationnement nous réapprennent lentement, d ailleurs sans privations, une mesure que nous ne connaissions plus.Le consommateur affecté par cette nécessité de diminuer certaines exigences n'est pas toujours celui qu'elle louche le plus profondément; le producteur en lire généralement bien plus de soucis.Si des négociants en produits de consommation journalière voient leur entreprise péricliter, ceux qui font commerce de trafiquer en effets hors du domaine quotidien ont-ils à plus forte raison des inquiétudes bien fondées sur le sort de leurs affaires.En temps de paix l'un de nos commerces le mieux réglementés est celui des alcools.En temps de guerre les difficultés de production et de vente font oublier à un trop grand nombre que notre régie des alcools a servi de modèle à la législation de nombreux Etats et provinces du continent.Il n est pas de loi qui tienne devant la nécessité.Tm où la récjie des alcools préconisait la modération, elle doit prêcher la continence ; c'est suffisant pour voir surgir des détracteurs qui la disent volontiers mal administrée et des concurrents illégitimes qui voudraient bien qu elle-le fût.Ni les uns ni les autres ne font office de bons citoyens.Qu'on y joue ou qu on la provoque, la "bourse noire est un mode de guerre à l usage exclusif des embusqués, ^lettre le compte de la rareté de l alcool sur le dos de notre "commission des liqueurs ou lui jouer dans le dos en trafiquant avec des hors-la-loi, c est faire le même travail que ceux qui entassent en cachette n importe quelle denrée rationnée.Si se priver d une rasade de temps à autre nous aide à abréger la guerre, ce n'est sûrement pas cela qui abrégera nos jours.Vous êtes-vous jamais demande par quel extraordinaire sortilège les convois de chemin de fer se suivent, se procèdent, se croisent à chaque heure, chaque jour, chaque minute sans jamais — ou si rarement — s'emharrasser les uns les autres?Comment sur un réseau long de plus de six mille milles nos locomotives se saluent au passage de leurs sifflets stridents en gardant chacune la place qui est due à son rang, sans se bousculer comme des enfants à la sortie de l'école?Sont-elles pendues au bout d'un fil magique manié par un doigt infaillible?— Quasi! Ce doigt, c'est celui de l'ordonnancier des trains qui, devant un tahleau extrêmement complexe suit la course de chaque convoi, le dirige de minute en minute, prévoit les rencontres, les ordonne et surveille comme à vol d'oiseau la marche organisée de tout un réseau.Le mois prochain Moderne vous amène derrière la scène et vous fait suivre pas à pas le travail de celui qui dirige votre route chaque fois que vous montez en wagon.Cérard Dage-nais vous décrit un élément extraordinaire de notre transport ferroviaire dans un article qui s'intitule: Dompteur de locomotives.Une autre nouvelle de Stanley Paul traduite par Albert Pascal.Vous vous rappelé; "Suivez cette dame"?C'est un récit dans la même veine, écrit de cette encre légère et de cette plume fine auxquelles l'auteur doit sa vaste réputation.Les événements les plus bouleversants de la vie sentimentale prennent dans le style de cet écrivain subtil et spirituel un tour délicat et malicieux.Cette fois, Stanley Paul a choisi comme personnages un poète, un jeune homme d'affaires entreprenant et courageux et une jeune fille du meilleur monde que les vers enchantent et qui se laisse facilement troubler par des mots tendres.Il y est question d'un prix de poésie, d'une mère prudente, d'une tante indulgente et d'une académie de province pour jeunes filles.Tout cela ensemble fait un conte charmant que les lecteurs de 'Moderne liront sûrement avec plaisir.Notre collaborateur de la Ferme expérimentale centrale à Ottawa, M.J.-A.-P.Hurtubise, nous promet pour la prochaine livraison un article sur un sujet qui commence à être connu mais sur lequel tous les profanes ne savent encore que bien peu de choses: la culture sans terre.Eh! oui, il est maintenant possible de faire pousser fleurs et légumes de toutes sortes, géraniums, oeillets, tomates et concombres, sans terre.Et cette sorte de culture n'est pas praticable seulement dans des fermes expérimen- tales ou autres grands établissements On peut faire de la culture sans terre chez soi.Plusieurs de nos lecteurs voudront sans doute en faire l'expérience.Ils trouveront dans l'article de notre excellent collaborateur les indications nécessaires.* * * La peur! Qui de nous n'a connu la peur?Ceux qui ont réussi à dominer cet état de terrible tension nerveuse que provoquent certaines situations savent que la peur se corrige mais que la volonté à elle seule peut rarement y parvenir.I! faut le concours de circonstances extérieures qui, avant de guérir, font quelquefois passer par de terribles épreuves.Certains ont peur des chiens et c'est l'obligation de se défendre contre un chien enragé qui les en guérira.Quelquefois, au contraire, le même fait engendrera la peur chez des gens qui, auparavant, ne craignaient pas plus les bêtes que les fleurs.D'au très ont peur de la nuit, de l'obscurité, du mystère de l'invisible, de la menace vague qui émane des lieux sombres et trop paisibles.Celui qui a, à la fois, peur de la nuit et de la solitude est un homme bien malheureux.C'est le mal dont souffrait le héros d'une courte nouvelle que contiendra notre prochain numéro.Ce héros, à vrai dire, l'est malgré lui au début du récit.C'est un soldat de Sa Majesté, et, entre tous les postes qu'on pouvait lui attribuer, le sort a voulu que ce soit celui de gardien de nuit dans une usine de guerre.On imagine facilement les heures angoissantes qu'il passe à son poste jusqu'à ce que, une nuit.Hier, la naissance était pour les mères une très dure épreuve.Aujourd'hui, grâce à des découvertes récentes, cette épreuve est considérablement adoucie L'un des grands spécialistes en la matière chez les Canadiens français, le Dr Jacques Fortier, vient de nous remettre pour novembre un article que toutes les mères et futures mères voudront lire.L'auteur de "Je vais être mère", un volume qui est en train de devenir le livre de chevet des jeunes femmes enceintes dans toute la province, expose dans cet article une nouvelle méthode d'accouchement sans douleur qui fait actuellement ses preuves dans plusieurs grands hôpitaux.La mère, désormais, pourra donner naissance à ses enfants en pleine conscience et sans souffrir.Sans doute, la convalescence, quelquefois longue et pénible, reste-t-elk-pour payer le prix de la vie, mais n'est-ce pas un progrès conforme à la dignité humaine que celui dont nous entretiendra le Dr Fortier?Son article s'intitule "La naissance, hier et aujourd'hui".C'est un sujet dont l'intérêt ne saurait être exagéré. SUE WALLACE regarda avec éton-nement la photographie qui se trouvait sur son bureau.Cette photo n'était pas là quand elle était partie pour le lunch.Et elle n'avait pas pris le lunch avec Burt Andrews, de sorte qu'elle était sûre de bien avoir sa tête sur ses épaules.Rejetant en arrière une boucle de cheveux cuivrés, elle se pencha pour examiner la photographie.— C'est fantastique! murmura-t-elle médusée.Voilà un excellent instantané d'imprudence dans l'atelier de modelage.Depuis elle ne savait plus combien de jours elle passait son temps à parcourir les vastes ateliers de la compagnie de chemins de fer Chicago & Gulf dans l'espoir de pouvoir prendre un tel instantané pour le journal de l'établissement.Son chef, Mr.Samucls, lui avait dit — Le nombre des accidents de travail augmente de façon incroyable.Et si nos ateliers ne fourmillaient pas de gardes, je soupçonnerais du sabotage.Particulièrement dans l'atelier de modelage.— Qui est le contremaitre dans cet atelier?avait demandé Sue.— Le vieux Jim Forrester, fidèle comme un vieux chien mais presque aussi négligent.Sue, il faut absolument réduire cette vague d'accidents et sans tarder.Commencez par l'atelier de modelage.Prenez des instantanés, prenez-en tant que vous pourrez Et de bons! Sue en avait pris un grand nombre, mais aucun d'eux n'était assez dramatique, assez impressionnant pour imprimer nettement l'idée du danger dans la tète des ouvriers.Celui-ci l'était.C'était l'instantané idéal que Sue tenait dans sa main.Le photographe avait pris de près un ouvrier de l'atelier en train de découper un morceau de bois sur la scie circulaire, la garde enlevée.— Mais qui, dit Sue à mi-voix, peut hien avoir pris.Puis elle aperçut une note écrite au dactylotype qu'on avait aussi posée sur son bureau pendant son absence.Elle la prit et lut ceci: "Voici ce que vous désirez.— Un ami." L'étonnement de Sue redoubla.Elle examina de nouveau l'instantané.C'était évidemment un agrandissement, mais l'appareil dont on s'était servi devait être muni d'une lentille coûteuse.Le détail de l'étoffe de la salopette de l'ouvrier était parfaitement reproduit.Sue réfléchissait.On n'avait sûrement pas utilisé une ampoule au magnésium et l'angle révélait que la photographie avait été prise à peu près de la hauteur de la hanche.— Un instantané subrepticc! conclut Sue et un petit frisson lui parcourut le dos.On a pris cette photographie en dissimulant l'appareil.Pour s'assurer de la justesse de son raisonnement, elle appela aussitôt à l'atelier de modelage.Forrester confirma de sa voix bourrue que personne autre qu'elle n'avait pris des photographies dans l'atelier.Suc frissonna de nouveau.Qui avait pris secrètement des instantanés dans l'atelier de modelage?Ses yeux parcoururent le fouillis ordonné de son bureau et passèrent sans la voir sur une épingle à cheveux.Mais, en revenant, ?on regard s'arrêta, surpris.Cette éping'e était noire.Elle ne lui appartenait donc pas.Et elle était sûre que cette épingle noire ne se trouvait pas sur son bureau avant le lunch: elle l'aurait sûrement remarquée.Elle regarda de nouveau la note puis, soudainement, éclata de rire, soulagée Cette note avait été dactylographiée sur le papier à mémorandums chamois de Mr.U'clch, le gérant général de l'usine par FLETCHER P.SLATER Jtaduit de IVmdkiù p noblesse et a la splendeur.Sans vous, je ne serais qu'un bohème, un misérable."Oui, un bohème, hum! avec un passion pour la beauté, le bonheur, tout ce qui me dépasse.Oh! que maudit soit mon sort! "Pardonnez-moi, je vous prie! Les choses vont mal pour moi, ce soir.Je ne puis souffrir d'être seul, lorsque la pleine lune me parle tout haut.Mon coeur déborde de poèmes d'amour, qui sont pour vous, madame!.Ah, pourquoi fallait-il rencontrer ces filles sur le pont?A leur simple vue, vous m'avez quitté; le charme de votre compagnie s'est évanoui.Seul, j'ai continué ma promenade, obsédé du sourire de cette Mignonne, qui s'obstine à ne plus me quitter.Quelle affaire avait-elle la, sur le pont, à cette heure?Voulait-elle me tendre un piège?Pourquoi s'en prendre à moi?Tourment de mon âme! Oh, que ne suis-je rendu au-delà des étoiles.Revenant à son verre, il le but tout d'un trait.Grand bien il en ressentit, sitôt qu'une flamme réchauffa sa poitrine.Se couchant sur son sofa, près de la fenêtre, il se mit à contempler sa ménagère."Comme tu es jolie, ce soir!" il lui dit, souriant "Depuis longtemps, ma chère, je ne t'ai trouvée si charmante.Tes joues pour moi sont de la crème fraîche; et tes lèvres, des cerises mûres.Comme un ogre, je te dévorerais.Oh, s'il n'était pas si tard, je mangerais de tes bonnes crêpes suzettes! Je suis affamé comme un loup!" S'étendant de toute sa longueur, il noua ses mains, s'en faisant un oreiller, sous sa tête."Je suis tourmenté.Mais pourquoi le suis-je, à cette heure avancée de la nuit, et en si bonne compagnie?Pourtaht, mon existence est idéale; elle n'est que paix et harmonie.Jamais, entre nous, un mot plus haut que l'autre! Quel homme marié fut jamais aussi heureux avec une seule femme?Je ne vois partout que mésalliance et désaccord.Une épouse n'égale jamais les désirs et les ambitions de son mari; elle est loin d'être assez parfaite."Trop souvent elle manque de dignité; elle est capricieuse, revêche et piètre cuisinière.Mais ici, aucun de tous ces ennuis! Je ne pourrais souffrir qu'on me sature de soupe ou qu'on me persécute.Jamais je ne serai l'homme d'une seule femme, non, au grand jamais! Je ne saurais pas, moi, trouver de l'inspiration dans les replis d'un jupon ou dans le clapotement des chaudrons.Comment pourrais-je, artiste, croquer sur canevas l'image de ma pensée.Comment vibrerais-je de ces rêves qui sont trop sublimes pour jamais s'incarner sur terre ?" Agité, il sauta si vite en bas du sofa qu'une des bougies, sur la table, s'éteignit, et les soeurs Morel en tressaillirent.Il cherchait quelque chose, et dans son obsession, il pensa tout haut: "Regardons encore ce portrait.Mais comment faire?Cette maudite chandelle — éteinte!" Voulant la rallumer — les deux autres ne fournissaient pas assez de lumière — il ne pouvait mettre la main sur les allumettes."Où sont les allumettes?" s'écria-t-il, impatienté."Chère ménagère, où les as tu écartées Tu devrais mettre de l'ordre dans ta maison." Soulevant le canevas du coin où il l'avait déposé, il le pencha au mur, sur le sofa, tout près de la troisième soeur, a laquelle il n'avait pas encore adressé un seul mot."Voici votre image, ou plutôt ce qm devrait l'être, Mignonne, ma très belle!" il murmura, la regardant avec tendresse.'Toujours sur mon chevalet, elle n'est jamais terminée.Doit-elle toujours rester ainsi?Hélas, j'en serais malheureux! Déçu, je m'en irais loin; jamais je ne reviendrais.Combien de fois, j'ai cherché à saisir cette lumière qui miroite dan.vos yeux.Mais toujours elle m'échappe Si rarement puis-je vous voir, et de si loin! Entre vous et moi se dressent de obstacles: le pinceau, le pigment; aussi, vos ^oeurs.Je paierais de mon âme pour pénétrer au-delà, mais le pourrai-je jamais?"Si seulement, je communiquais & ce canevas l'éclat de vos yeux, le battement de votre coeur, la chaleur de votre souffle, ô mon amour, je me sentirais alors grand artiste, un génie! En une nuit glorieuse comme celle-ci, je ne serais pas seul, ahuri, ployant sous la futilité de mes rêves qui m'écrasent comme un fardeau.L'éclat de vie qu'il aperçut, à l'instant, snr le visage de Mignonne, lui donna une nouvelle inspiration.Son imagination, ayant pris son essor, il chercha a la hâte sa palette, avant que l'étincelle de vie ne s'échappe entre ses doigts.Cette Mignonne était si radieuse! Comme sa beauté était diaphane, à la lueur d'une faible bougie — la seconde achevait de se consumer.Bouillant d'inspiration, mais incapable de trouver sa palette, il leva soudain les bras, et, désemparé, il eut de nouveau recours à la liqueur d'ambre, et il se laissa choir aux pieds de sa belle statue, en soupirant: "Mignonne, ma chérie, tu fais ma joie et mon désespoir!" Puis la dernière bougie s'éteignit, sans qu'il s'en rendit compte.Il ne restait plus que la lueur de la lune, par la porte entrebaillée.Mais que la nuit se fasse! Reposant sa tête fiévreuse sur les genoux hospitaliers d'une femme, il rêva à Mignonne, la belle villageoise qui avait ravi son coeur.Il ne s'avouait pas encore qu'il éprouvait de l'amour pour elle, de crainte d'y trouver un arrêt du sort.* * * L'arôme des dernières fleurs de l'été et des fruits mûrs lui montait à la tête, causant une douce ivresse.Les grillon^ fredonnaient dans les herbages; les cigale-faisaient chanter leurs ailes; et des roucoulements frémissaient dans les buissons Le monde anuité battait, comme un coeur vivant, tout près de lui, le séduisant de son rythme amoureux.Pendant que sa tête reposait encore dans le giron de ses désirs inassouvis, il soupira : "N'ai-je pas attendu assez longtemps"1 Ou ma vie se pcrdra-t-elle toute." Des doigts tendres comme les premières feuilles du printemps, se posèrent sur sa tête, se glissèrent dans les boucles de ses chevex, frôlèrent ses tempes, puis englo berent les lobes de son front.Les traits de la femme qu'il adoraii émergèrent d'un nimbe argenté comme la lune et planèrent en rêve, sur son vi- LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 31 sage.Elle était tout près de lui, celle qu'il était né pour aimer.Son haleine jouait mr te* joues, sur ses paupières closes, tout près de ses lèvres entrouvertes.Ses doigts, la paume de ses mains, et la soie de tes manches frôlaient son visage, comme des papillons Un autre coeur unissait «es battements au sien, et des soupirs se mêlaient à ses lOnpirf.Immobile, poursuivant son rêve dans la nuit enchantée, il abandonnait ses sens j une trance nouvelle, mystérieuse.Les soupirs, se rapprochant, rencontrèrent les siens, et des lèvres touchèrent sa bouche, s'attardant dans un long baiser.Averti, son coeur en palpita.Il ouvrit les yeux.La chamhre ne recevait plus, par la porte, que les derniers rayons de la lune Mignonne sembla bouger.Il leva la main vers elle.Elle était vivante.Se levant en sursaut, il entendit autour de lui un bruissement de soie, puis un tressaillement de vie.Il ne pouvait pas comprendre Son rêve s'était-il changé en hallucination?II alla à la cuisine, chercher des allumettes, pour les bougies.Mais là, il buta sur un obstacle inattendu.Des pas retentirent aussitôt, dans son atelier.Holà! on sortait en courant, par la porte.Allumant une allumette, il aperçut ses trois femmes de bois, dans un coin.Elles étaient ignominieusement dépouillées de leurs belles robes.Il en fut ébahi, et ses mains tremblèrent d'émoi.Sa maison devait être hantée.Il n'avait, cependant, jamais cru aux fantômes.Repassant de la cuisine à son atelier, il alluma une bougie, et il aperçut les deux chaises inoccupées, à gauche.Se retournant vers la fenêtre, il sursauta à la vue de Mignonne, qui était encore là.Mais elle avait bougé.Elle se voilait maintenant le visage du bas de sa grande jupe; et ses épaules vibraient légèrement.Elle pleurait.Mystifié, il retourna à la cuisine avec la bougie.Ce n'était pas un rêve, les mannequins inanimés étaient bien là, sur le plancher.Mais qui étaient les autres, dans l'atelier?"Madame, que faites-vous ici?" deman-da-t-il sévèrement.Sans répondre, elle continua de pleurer, le visage penché en avant, dans les replis de sa jupe.Les tendons de son cou étaient arqués, sous le coup d'une violente émotion.Il en éprouva un sentiment de pitié.Ses cheveux noirs étaient longs comme ceux de la vraie Mignonne.Sa grandeur était la même, aussi les contours de sa tête, de toute sa personne.Faute de différence, on aurait pu les confondre.Pendant qu'elle hésitait encore, devant elle, il se souvint de l'avoir vue sur le pont du village, avec ses soeurs.Il les savait sages et gentilles; et leur père, un cultivateur fort respectable, ne manquait pas d'aisance.Comment se faisait-il alors qu'elles fussent tombées dans cette indiscrétion?Les gamines de la campagne se complaisaient à faire des tours.Mais des jeunes filles comme elles! Indécis, il attendit que ses sanglots s'apaisent.Elle se sentait dans un grand embarras.Pauvre fillette! Ses soeurs avaient pris la fuite, avant qu'elle aussi eût le temps de se dégager.S'il lui parlait maintenant, elle éprouverait trop de gêne pour lui répondre.Mieux valait prétendre ne pas la reconnaître.Pourquoi ne pas lui donner une chance de s'esquiver en laissant la bougie \< IIKTKZ DEM lIMBKt» ET DES CEICTlnCATS D'EPAMNl DE lA'KJiKf, sur la tarble et en se tenant un instant à l'écart?Ses soeurs sans doute l'attendaient encore dans le* buissons, sous ses fenêtres Quelle drôle d'espièglerie! Il en fut amusé, aussitôt qu'il en comprit toute la naïveté Elles s'étaient aventurées chez lui, en son absence, par simple curiosité.Les rideaux ouverts et les bougies allumées les avaient attirées, comme la lumière, les papillons.Voilà comment les fillettes de campagne, même de ville, se laissent parfois surprendre Innocentes et charmantes, elles tombent dans les embûches que la vie sème sur leurs pas.Pourquoi ne pas s'amuser, lui aussi, à leurs dépens?Les premières, elles l'avaient provoqué.A lui de leur donner la répartie.Il les tenait maintenant dans le creux de sa main, ou plutôt, l'une d'elles.Celle qui lui était la plus chère.Elle était à sa merci, comme un otage.Voilà sa chance de trouver si son esprit était l'égal de sa beauté.Il lui donnerait peut-être aussi un peu de fil à retordre.Posant la main sur sa tête, il allait prononcer son nom "Mignonne", lorsque ses yeux rencontrèrent ceux du portrait inachevé, près de la fenêtre,- ce qui lui fut fatal.Il retomba à l'instant dans une profonde rêverie.Il aurait voulu se jeter de nouveau à ses pieds, et reprendre son rêve inachevé Son coeur battait pour elle,- ses lèvres recherchaient les siennes.Elle était si près de lui, vivante, émue, à sa merci.Jamais pour lui elle ne pourrait redevenir ce qu'elle était auparavant, une étranger, une ombre incertaine, le long du sentier."Mignonne", murmura-t-il enfin, saisissant sa main, "il faut que je vous parle, pendant que je vous reconduis chez vous." Soulagée, elle se leva et le suivit jusqu'à la porte entr'ouverte.Là, elle s'arrêta un instant, pendant qu'il la contemplait, à la lueur des étoiles."Ecoute!" dit-il, se tenant tout près d'elle, sur le seuil de la porte.Et tous deux, ils entendirent la voix matinale de l'alouette."Doux mensonge!" pensa-t-il."Pourquoi sitôt chanter Taurore,- il n'est que minuit".Il passa son bras autour d'elle, et elle inclina la tête sur son épaule."Je t'aime, ma Mignonne, je t'aimerai toujours!" Il lui donna un baiser, et elle se mit à sangloter.Oui, elle l'aimait aussi, sans pouvoir le lui dire.Bras dessus, bras dessous, ils s'en allèrent ensemble vers la rivière.Puis ils réveillèrent les deux soeurs qui, dans leur attente, s'étaient assoupies sur des veil-lottes.Elles se mirent à les suivre de loin, comme des ombres.Les cloches paroissiales sonnèrent à l'aurore.Leur timbre était doux comme un chant nuptial.Il se perdait au loin dans la feuillée, pendant que les paroissiens se rendaient à l'église pour le premier Vendredi du mois, les Morel comme les autres.Seulement, Mignonne ne marchait pas, ce matin-là, avec ses soeurs.Elle s'en allait, au bras de Pierre, recevoir la dispense des bans, aussi, la bénédiction du mariage.Marquise et Suzettc n'en croyaient pas encore leurs yeux, elles se frottaient les paupières comme pour en enlever des toiles d'araignées.Mignonne, elle, rayonnait de sourires.Son souhait s'était accompli — le souhait qu'elle avait fait sur son épaule gauche, à la lune dorée de septembre.Il l'aimait, il l'avait prise.oioureuse- soignez ces douces Mains qu'il aime Crosse Erreur- C'est une grosse erreur de laisser vos mains durcir et se gercer.Les soins du ménage détruisent les éléments lénitifs naturels qui protègent la peau des mains.Donc .Son Mo/en- Très habile — cette habitude de donner à la peau un lénitif assouplissant.Servez-vous simplement de la Lotion Jergens — régulièrement.Jergens vaut pour les mains des soins presque professionnels.Sans Crainte- j erqens Lotion POl'H DES MUVH DOCCl ADOJLAJBI.B» Fiez-vous à 2 des ingrédients de la Lotion Jergens pour embellir la peau Bien des médecins s'en servent pour rendre aux mains rêches et gercées leur jolie douceur féminine.Prenez Jergens, elle ne colle nullement.DF* JFUNT» DE O TERRE, 8 «Dr 6 CHOISISSENT JEKGKNS.Ce** vrai — las imls quart» d* cee femmes fi'iuU' 4* no» ¦ i¦ m111 111 » 11 ¦ .>* !¦'¦'¦'rt*m£J on LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Q45 32 SABOTAGE (Suite de la page 6) LA PETITE POSTE Jacqueline.—Accueillera tous oeux qui lui écriront 13 a 25 ana.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Veuve.—18 ana.demande correspondant trêa gentil.48 a 53 ans.messieurs Montréal 320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • » Niquette.—Désire correspondants 19 4 24 ana, grands, distingués, aviateur, bienvenus.Poste restante, Terrebonne.• • • Yvonne.— Veuve, solitaire, désire faire connaissance avec veuf ou célibataire, ne regrettera, pis.T.Bachand.1186, Visitation, Montréal • * * Jacqueline Kebec.—Désire correspondre sur carte postale seulement, avec monsieur côâl-batalro ou veuf.Instruit de JO à M.But?.Je ne le sais!.Grande blonde, distinguée, échangera photos.Poste restante.Berger-ville.P.Q.• * • N'igm Sura.—Désire échanger des Idées avec Jeunes hommes goûtant la Joie de vivre.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.• » » Serge.—Comptable.Jeune homme sérieux, distingué, bonne éducation; désire correspondante de 23 à 27 ana Photo si possible, réponse assurée.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.» * • Je demande correspondant de 20 4 28, réponse assurée.Annette Maurice.Notre-Dame.Roberval.• • * J.H.I*—Agé de 48 ans, demande correspondantes de 30 4 40 ans.sérieuse.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.» • • Frnnrlne.—Désire correspondante Instruits, distingués de 35 4 45 ans.But sérieux.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.• • • Viviane.—19 ans.blonde.Jolie, désire correspondants instruits, honnêtes.320 est.rus Notre-Dttme, Montréal.» • » Irène.—Demande correspondants, distingués.Instruits, de 40 a 50 ana.But sérieux.320 es*, rue Notre-Dame, Montréal.• * * Monftftla.—Demande correspondant de 35 & 47 ans, bonne éducation, bonne Instruction, célibataire ou veuf, professionnel) ou Industriel.Réponse assurée.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.» • » Ja-Ten.—Jeune fille distinguée désire correspondantes et correspondants, 22 à 26 ans.réponse assurée.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.• • » Mlml.—Institutrice de campagne demande correspondant affectueux, sincère et distingué, 25 a 28 ans, 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correspondants distinguée.P.R.Terrebonne.• • s Rolande.—Désire correspondants, célibataires sérieux, distingués, cultivés, mélomanes de 30 4 40 ans, médecins de préférence.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.» * * Criquet.—Gale.vive, sympathique, Invite correspondants 30 ans et plus, célibataires, civils, très bonne éducation et Instruction; beau physique, peu Importe, bon moral surtout.Réponse promise.foi de Criquet.• * » Acarlienne.— Coeur sympathique, bonne éducation, désire correspondant sérieux, célibataires ou veufs.30 4 45 ans.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • s Françoise.—Désire correspondants Instruits et distingués 23 4 25 ans.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.• • * Marie-Berthe.—Aimerait correspondre avec contlla messieurs de 21 4 25 ans.320 est.Notre-Dame, Montréal.» • » Mnrinerte.—Institutrice distinguée désire correspondants de 30 4 35 ana.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.» » s G.J.—Jeune homme étudiant le chant désire correspondants qui aimeraient devenir accompagnateur et partenaire si réussite IhéUrnle s'en suit.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.• * * Postonde.—Désire correspondants Instruits, distingués, Intelligents de 40 à 60 ans.But: en'ente amicale et distraction.320 est, rue No're-Dame.Montréal.• • * I.ily Mars.—Désire correspondant gais, 18 n 21 ana.civils ou militaires.Réponse assurée.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • s Messieurs 36 4 *5 ans environ, militants ru sympathisants de l'action catholique, auelnue soit votre fortune, écrivez 4: Odette, 320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• * * ITnniel.—Demande correspondants sérieux, bonne position, lige 36 et 45, bonne éducation.But: l'avenir le dira.320 est, rue Notre Dame.» • a Brunette.—Très Jolie, 22 ana, désire correspondants.Intelligents et sérieux, médecins de préférence.320 est rue Notre-Dame.• * * Reine D esc hampe.—Accueillerait aimablement correspondante 40 4 50 ans, employés de bureau de préférence essentiellement sobres honnêtes de bonne famille.320 est rue Notra-Dame.— Mais que soupçonnez-vous?Sue lui fit part des déductions qu'elle avait faites à la réception de la première note, raconta avec répugnance la brève conversation qu'elle avait eue ensuite avec Burt et dit que Wilnia avait la passion de la photographie.— Mais ni l'un ni l'autre ajoutât elle ardemment, ne ferait le moindre tort à la C.& C.ou le moindre mal à notre pays.— Bien entendu, dit l'agent en faisant de la tête un signe affirmatif.Et maintenant, Miss Wallace, retournez immédiatement, s'il vous plaît, à l'atelier de modelage.Je désire c/ue l'ous y restiez après la fermeture de l'atelier.Vous connaissez parfaitement cet atelier.Quand tous les autres seront partis, voyez si vous ne pouvez rien trouver d'anormal.Je me tiendrai à l'extérieur, prêt à répondre à votre appel.Vers la fin de l'après-midi, Mr.Samuels entra un moment dans l'atelier de modelage et se dirigea vers Sue qui se tenait aux aguets avec son appareil photographique.— Ecoutez, lui souffla-t-il.Ils ont trouvé quatre empreintes de doigts sur la photographie et ce sont des empreintes de Burt Andrews.Sue eut de la peine à s'empêcher de chanceler.Burt?C'était insensé! Puis, naturellement, elle se mit aussitôt à chercher des arguments pour étayer la conviction qui lui venait du coeur.Ce ne pouvait être Burt.Pourtant, à la fin de l'après-midi de travail, elle n'avait encore trouvé aucun argument assez fort pour exonérer Burt de tout soupçon.Elle s'avouait misérablement incapable de se prouver à elle-même l'innocence de Burt.Burt était au courant du fait qu'on avait pris la photographie mystérieuse.N'avait-il nommé Wilma que dans le honteux espoir d'écarter de lui des soupçons?Sue refusait de croire cela.Mais Burt pouvait indiscutablement aller n'importe où dans les ateliers.Ce lui était chose facile de prendre un .instantané dans l'atelier de modelage, facile d'en placer un agrandissement sur son bureau à elle, de laisser tomber une épingle à cheveux à côté et de s'en aller.Les empreintes digitales, après tout, ne mentent pas! "Non! Pas Burt!" Sue tremblait de l'intensité même de son refus de croire à une telle monstruosité.Il était trop gentil, trop honnête.Le sifflet annonçant la fin de la journée de travail l'arracha à sa sombre rêverie.Les ouvriers sortirent rapidement et elle resta seule dans la grande salle vide, silencieuse, obscure.Son coeur battait vite.Au dehors, un ciel gris et terne préparait rapidement la nuit.Elle attendit que l'immense usine fût déserte et tranquille Puis elle commença docilement l'examen des lieux.Elle connaissait tous les bancs, toutes les machines de l'atelier.Et c'était heureux, car, en quelques minutes, la salle était devenue absolument noire.Elle avait fait à demi le tour du grand atelier quand elle perçut le déclic très léger d'une clef qui tourne dans une serrure.Elle sursauta et porta son poing à sa bouche pour réprimer un cri de pure terreur.Puis elle recula silencieusement dans l'ombre plus opaque du cabinet des bleus.La porte de l'atelier s'ouvrit.Quelqu'un s'avança silencieusement dans la salle, s'arrêta et chercha à scruter l'obscurité autour de lui.Sue ouvrit la bouche, prête à crier dès la première seconde de dan ger.Et l'agent Knowlcs accourrait aussitôt.S'il était près de l'atelier.Le visiteur mystérieux se retourna, apparemment satisfait, et sortit.La porte fut refermée la clef tourna de nouveau dans la serrure Sue vacillait, tous les muscles amollis.Elle se sentait les genoux flasques comme du papier mouillé.Cependant, elle avait encore les nerfs solides et les sens en alerte.Alors, dans le silence complet, elle commença à entendre quelque chose qui n'avait pas jusqu'alors frappé son oreille pourtant attentive.C'était un bruit léger, presque imperceptible, comme un murmure lointain d'eau qui s'égoutte ou encore le faible grincement de roues roulant furtivement dans la nuit.Elle pencha la tête à gauche et à droite, s'efforçant de saisir la direction d'où venait ce murmure vague et subtil.Puis, d'un pas mal assuré, elle se rendit à la porte de l'atelier et fit tourner la clef de nuit dans la serrure.La porte s'ouvrit avec un bruit sec.Après deux vains essais, elle réussit à siffler faiblement et la silhouette de l'agent Knowles surgit instantanément de la nuit.Sue lui murmura sa découverte.Ils entrèrent ensemble dans l'atelier.Serrant avec confiance le bras du jeune homme, Sue le conduisit au cabinet des bleus.Là, sa lampe de poche eut vite fait de déceler l'objet: un cylindre de métal enfoui dans des papiers derrière le cabinet.Une sorte de cadran électrique, lié au cylindre, avait son contacteur planté dans une prise de courant ouverte dans le mur.C'était le mouvement presque silencieux du cadran que l'oreille hypersensible de Sue avait perçu.L'agent s'empara de la machine avec un air triomphant.— Une bombe incendiaire à retardement! s'écria-t-il et il secoua le réservoir.De l'essence! Il détacha le contacteur en disant: — Je ne tiens pas à ce que ce jouet fasse explosion.Tout le bâtiment serait une mer de flammes en moins d'une minute.Quant à nous.Lentement, il vida l'essence dans une bassine de fer blanc et remplit d'eau le réservoir de la bombe.— Simple mesure de sécurité, dit-il à Sue.Maintenant, si nous pouvions mettre la main sur celui qui est venu poser cette bombe.Je n'ai pu distinguer très bien votre visiteur, il y a quelques minutes.Il a agi trop rapidement.Mais il avait la stature de Burt Andrews.— Non.Je suis sûre que ce n'était pas Burt Andrews.—Pourquoi?demanda l'inspecteur d'une voix coupante comme de l'acier en se tournant brusquement vers elle.Avez-vous vu son visage?— Non, répondit Sue qui avait la mort dans l'âme.Mais je suis sûre que ce n'était pas Burt.Et.et, monsieur Knowlcs, il y a peut-être un moyen de trouver le coupable.Pourquoi ne pas ficher de nouveau le contacteur du cadran et me permettre de me cacher dans le cabinet, demain matin, jusqu'à ce que quelqu'un vienne voir pourquoi la machine n'a pas fait explosion} Je tiendrais mon appareil LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IQ45 photographique tout prêt a le saisir et.— Merveilleux, Miss Wallacel dit-il.Je vais arranger cela.* * * Sue était confortablement installée dans un recoin derrière le cabinet des bleus.Plie avait même une chaise.Jim Forrester avait percé un trou dans le mur du fond du cabinet pour lui permettre de tenir son appareil photographique braqué vers la bombe.Il ne se produisit rien de toute la matinée, mais un peu après une heure de l'après midi Burt Andrews entra dans l'atelier, l.c coeur de Sue se mit à battre Elle avait passé une nuit d'insomnie chc2 elle a penser.penser.Et pas en vain.Burt n'était pas coupable.Ce n'était pas lui qui avait placé la m.photographie sur son bureau.Elle en était sûre maintenant Elle aurait joué sa vie là-dessus.Et pourtant il venait d'entrer dans l'atelier.Puis son coeur se dilata de soulagement Burt remit un mémo à quelqu'un et sa haute stature disparut aussitôt dans la porte par où il venait d'entrer.Une heure passa.Une autre encore.L'heure du départ des ouvriers arriva.Dans la confusion de la fermeture un homme entra vivement dans le cabinet dont il referma la porte derrière lui.Quand l'atelier se fût vidé de ses ouvriers, la mince silhouette se redressa, l'homme fit du regard le tour de la pièce et s'agenouilla a côté de la bombe incendiaire.Il vérifia vivement la position de la fiche électrique dans la prise et examina le cadran, évidemment fort étonné.Puis il agita le réservoir.Son contenu fit entendre un clapotement qui le rassura et qui couvrit le déclic de l'appareil de Sue Finalement, il se releva et se dirigea vers la porte.* * * Maurice Gruber était en train de signer sa confession dans le bureau de Mr.Welch et déjà des agents du F.B.I.opéraient dans l'usine l'arrestation de Wahn et de ses complices.— C'est Wahn qui m'a forcé à faire cela, dit Cruber d'une voix lamentable et il avait la figure ravagée.Il m'a dit qu'on mettrait mon grand-père dans un camp de concentration en Allemagne si je n'obéissais pas.— Tout s'explique, dit Knowles avec satisfaction.Le plan de la bande de Wahn était de faire mettre Andrews à la porte de son bureau pour y faire entrer Gruber à sa place.Cela leur aurait permis de se tenir parfaitement au courant de tout ce qui se faisait dans l'usine.C'est la raison pour laquelle ils ont trouvé le moyen de faire paraître les empreintes di- gitales d'Andrews sur cette photographie que Gruber a déposée sur votre bureau, Miss Wallace.Gruber l'avait probablement fait toucher à Andrews sous une feuille de papier pour obtenir ses empreintes Quant à l'épingle à cheveux, l'idée était de Gruber, qui voulut tout simplement ainsi multiplier les fausses pistes.Wahn était probablement pressé par ses supérieurs.Il avait probablement reçu ordre de détruire sans tarder les bleus de l'atelier de modelage.Il a multiplié les accidents de manière à faire passer l'incendie pour un accident tout simplement plus considérable que.les autres.Puis il obligea Maurice Gruber à aller placer la bombe incendiaire.Suc approuva de la tête.— C'est pourquoi ils voulaient me faire sortir de l'atelier.Mais pourquoi, deman-da-t-clle brusquement en se tournant vers Burt, pourquoi pensais-tu que Wilma avait mis cette photographie sur mon bureau?Il fronça les sourcils puis se mit à rire.— Oh! la photo! Te rappelles-tu, il y a quelques jours, nous causions ensemble devant l'usine?Je manoeuvrais tout simplement pour te faire prendre la bonne position afin que Wilma pût obtenir un parfait profil de toi.que je voulais ensuite faire encadrer Quand tu m'as parlé d'une photographie, j'ai tout simplement cru qu'elle s'était hâtée de te donner une épreuve de celle-là.Et cela m'avait plutôt déplu.— Il n'y a qu'une chose que je ne saisis pas bien, dit l'agent Knowles en s'adressant à Sue, c'est la raison pour laquelle vous étiez si sûre qu'Andrews n'était pas le visiteur mystérieux, dans l'atelier, hier soir.Car c'était bien lui.Mr.Welch lui avait demandé d'entrer un moment pour vérifier lui-même que tout était en ordre.Pourquoi étiez-vous si certaine de son innocence alors que tous les indices le désignaient comme coupable, le papier à mémorandum, les empreintes digitales, tout?— Parce que je le connais, répondit Sue et elle rougit.Puis, plus tard, je me rappelai que ces quatre empreintes digitales se trouvaient sur le même côté glacé de la photographie.Si Burt avait véritablement posé la photographie sur mon bureau, il aurait aussi laissé l'empreinte de son pouce au verso.Une lueur d'admiration brilla un moment dans les yeux de Knowles.Il salua comme on salue un égal.— Je suis heureux de vous avoir eue comme collaboratrice dans cette affaire, Miss Wallace, dit-il et il sourit en voyant Burt qui se rapprochait de la jeune fille.Je pense du reste que nous le sommes tous.VOUS AVEZ REPONDU 1 (Réponses aux questions de la page 24) 1.—L'auteur du "Vaisseau d'or" fcst Emile Nelligan.2.—Ce vers est de Racine.Le personnage d'Abner le prononce dans "Athalie".3.—Sophocle était un poète dramatique.Il vécut au Ve siècle avant Jésus-Christ.4.—Il y a t-nviron 1,600,000 femmes au travail actuellement au Canada.5.—Le café fit son apparition en France seulement vers le milieu du XVIIe siècle.6.—La ville de Venise est construite sur 118 petites îles reliées par 378 ponts.7.—Un douar est une agglomération de tentes arabes disposées avec régularité.8.—Charles Baudelaire mourut en 1867, il y a donc moins de cent ans.9.—La musique d"'Aïda" est du compositeur Verdi.Sal Hepatica agit plus rapidement, plus complètement, plus agréablement pour soulager les effets de la constipation.DES milliers de familles canadiennes choisissent Sal Hepatica quand elles ont besoin d'un laxatif.Pétillant et rapide il vous procure tout le bien que vous cherchez en prenant un laxatif.Vous aimerez l'action rapide de Sal Hepatica — il agit d'ordinaire en moins d'une heure.Son effet n'en est pas moins doux et complet et ne provoque ni coliques ni malaise subséquent.La première fois que vous essaierez Sal Hepatica, vous déciderez probablement que c'est le laxatif même que vous et votre famille cherchiez.Combat aussi l'acidité Non seulement Sal Hepatica vous soulage complètement de la constipation, mais il aide aussi à combattre l'excès d'acidité gastrique, effet que les laxatifs ordinaires n'ont pas.Par cette aide double et rapide, Sal Hepatica a tôt fait de vous rendre dispos.Achetez une bouteille de Sal Hepatica chez votre pharmacien aujourd'hui et la prochaine fois que vous aurez ou que quelqu'un de votre famille aura besoin d'un laxatif, essayez deux cuillères à thé de Sal Hepatica dans un verre d'eau.Vous vous retrouverez bientôt alerte comme d'habitude si vous vous fiez au pétillant et rapide Sal Hepatica! 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me dirait Modestorf.Lui ne l'est point; il possède même un fonds d'optimisme très sincère qui lui crée une originalité véritable, à notre époque où les pessimistes foisonnent, — qui le sait mieux que moil Parmi ses compatriotes il possède un grand renom et, de plus, a un nombre considérable d'admirateurs dans tout le monde lettré en Europe Or, il jouit extrêmement de sa célébrité.Il y a une heure encore, tandis que, la nuit venue, nous longions le lac, il me parlait, avec un accent de bonne humeur robuste et naïve, des éloges, des ovations et honneurs qui lui sont prodigués; et finalement, il a conclu en riant, mais c'était sa pensée sincère qu'il trahissait: — Mon cher, moquez-vous de moi, mais je ne suis point un dédaigneux comme vous ; j'avoue en toute humilité que j'aime la gloire.D'ailleurs, j'ai une femme qui l'adore.Rien que pour elle, je serais heureux de la posséder! Cela est très bien et parfaitement conjugal.Aussi n'ai-je rien à répondre à cette déclaration.Suis-je donc un dédaigneux comme il le dit?Autrefois, j'ai rêvé, moi aussi, cette célébrité que je possède aujourd'hui.Je l'ai rêvée quand j'étais très jeune et que je la voulais, comme Nodestorf, pour la femme a qui je souhaitais voir porter mon nom.Quand je l'ai eu acquise, je l'ai aimée avec amertume, parce qu'elle me vengeait, en m'élevant sur le piédestal qui eût été capable de séduire ma belle et ambitieuse cousine.Maintenant je ne l'aime plus; elle m'est indifférente.Je m'en soucie comme de la cendre du cigare que j'ai secouée par hasard, au moment même où Nodestorf me faisait son aveu., — cela, sans doute, parce que je la possède pleinement.Il est probable que j'en sentirais bien vite le prix si elle m'échappait.(6 IIMI.Au moment où je rentrais, l'omnibus de l'hôtel débarquait son monde de voyageurs; et avant même que j'eusse pu distinguer quels étaient les nouveaux venus, j'avais entendu, devant le vestibule, un bruit de voix joyeuses, des rires jeunes et, à ma grande surprise, en approchant, j'ai aperçu sur la première marche du perron, auprès de miss Enid, ma jeune compagne de voyage, escortée de sa tante et de sa respectable duègne qui, en la regardant, a vraiment des yeux d'animal fidèle et dévoué.Elle et miss Enid devaient être de très bonnes amies, car, tout en ayant l'air de surveiller la descente des bagages perchés sur l'omnibus, elles bavardaient sans discontinuer; entre elles, c'était un continuel échange d'exclamations, d'éclats de rire, de baisers qui tombaient en averse aussi vite rendus qu'ils étaient donnés; et les questions et les réponses s'entre-croisaient avec une prodigieuse vivacité en anglais, ce qui donnait à leurs paroles une sonorité claire de gazouillement.Miss Lilian m'a reconnu; je l'ai vu à l'imperceptible éclair qui a traversé ses yeux; et nous avons été l'un et l'autre d'une parfaite politesse.Je l'ai saluée, elle m'a répondu par un petit signe de tête dune irréprochable correction, tout imprégné d'une grâce fière, et elle a passé devant moi, appuyée, dans une attitude tendre et câline, sur le bras de son amie.Et maintenant va-t-elle rester ici, à Vcvcy?.Si le nombre des malles signifie quelque chose en pareille occurrence, je suis fixé sur ce point; mais dans la gare de Lausanne, j'ai vu autour d'elle égale abondance de bagages.Il me plairait qu'elle demeurât ici quelque temps, mon pauvre esprit, éternellement épris de psychologie, espérant trouver en elle matière â observer .Pour moi, elle deviendrait le petit papillon à disséquer.Et pourquoi non?.La dissection s'opérerait sans qu'elle en souffrit et j'y gagnerais peut-être la connaissance exacte d'un coeur de jeune fille.(7 mai.En vérité, la destinée se montre bienveillante à mon égard.Miss Lilian Evans doit rester â Vevey un mois, peut-être même six semaines ou davantage, selon que la période des chaleurs viendra plus ou moins vite, m'a dit Mme de Nodestorf, qui a le talent d'être toujours admirablement renseignée.Par l'effet de son charme insinuant de Slave, elle a su conquérir la sympathie de Mrs Lyrton et se montre, de plus, toujours prête à écouter les récits de la causeuse Enid.De très amusante façon, elle s'est mise à nous instruire, son mari et moi, de détails que nous ne lui demandions pas sur les nouvelles arrivées.Nodestorf a épousé un véritable reporter! Grâce â ses excellents offices, j'ai appris, bon gré, malgré, que miss Lilian est orpheline et ne quitte jamais sa tante, lady Evans, qui partage son existence entre le séjour de son château de Cornouailles et ses stations plus ou moins longues à l'étranger.De même, je sais maintenant que la vénérable duègne est la gouvernante qui a élevé miss Lilian et lui demeure dévouée corps et âme, prête à accomplir ses moindres fantaisies.Enfin, conclusion for appréciable pour moi, lady Evans est liée avec Mme de Grouville; d'où la probabilité que je rencontrerai plusieurs fois chez elle miss Lilian, et aurai ainsi une occasion sérieuse de lui être présenté; par suite, de la mieux étudier.Line femme très originale que la baronne de Grouville.Au physique, la majorité la juge, et sans conteste, franchement laide.Et pourtant.Les traits irréguliers sont d'une rudesse masculine et déconcertante; mais les yeux petits ont une vivacité étincelante, les dents sont admirables et la bouche aux lèvres fortes est bien spirituelle.Il y a infiniment d'intelligence dans cette femme brusque et capricieuse, dont l'activité, sans cesse en quête d'aliments, se traduit par des oeuvres artistiques et littéraires d'un caractère inoubliable: dans les expositions, par d^s statuettes hardiment campées et exécutées avec une brutale inexpérience; par des toiles impressionnistes aussi; dans les jour- 4! usine de munitions.Nous sommes au milieu de l'après-midi, la journée traine en longueur et l'homme commence à ressentir la fatigue.Il s'arrête, met la main dans sa poche et en sort des CHOCOLATS (G.B.) GANONG'S.Il en mange un, puis un autre et encore un autre, en en dégustant l'exquise saveur.Il sourit maintenant, il est revigoré, il a retrouvé son entrain et il reprend son travail avec plus d'ardeur.G A N O N G BROS., LIMITED -~ ST.STEPHEN, N.B .I A RI-7VUR MODERNE — OCTORRr IQ-H 42 nauv et revue» que lui ouvre sa position, par dei romans, nouvelles, articles animés d'une imagination débordante, originale, et qui semblent écrits avec une massue.Cette femme fantasque possède l'un des plus agréables salons que l'on puisse fréquenter, et elle en fait les honneurs avec un tact surprenant, eu égard à sa nature d'essence volcanique.Elle est, il est vrai, secondée en cela par le baron, son mari, un homme sec et maigre, d'une courtoisie d'un autre âge, d'une rare finesse d'esprit, et qu'elle adore comme le ferait la plus sage petite bourgeoise venue, probablement parce que, très calme et très égal d'humeur, il ne lui ressemble en rien.Durant les mois qu'elle passe chaque année à Vevey, sa villa est le lieu de réunion du monde cosmopolite le plus choisi.Cette semaine, elle donne une aardenpar'.y pour laquelle je viens de recevoir une carte d'invitation Quoique je sois bien résolu à fuir ici les réceptions mondaines, j'irai cependant passer quelques instants aux Cytises, certain de n'y po nt trouver une société banale.21 mai.Ainsi que je le prévoyais, lady Evans et sa nièce assistaient à la gardenparty en question.Quand je suis entré dans le salon de Mme de Grouville, il s'y trouvait déjà nomSrcuse société.Dehors, sur une terrasse sablée, se poursuivait l'inévitable partie de tennis.J'ai rempli en conscience mon rôle d'être revêtu d'une notoriété quelconque, et fait une suffisante dépense de saluts, sourires, compliments.Je me suis laissé présenter par Mme de Grouville à plusieurs femmes de types et d'âges divers, qui ont cru devoir me parler de mon dernier roman, ce dont je les eusse volontiers dispensées.Seule, lady Evans n'a heureusement pas pensé nécessaire de se répandre en félicitations plus ou moins quelconques, et j'ai goûté près d'elle le très vif plaisir de causer avec une femme vraiment supérieure.Pour la première fois, depuis qu'un même toit nous abrite, nous avons échangé autre chose que des paroles de pure politesse, et j'ai vu lady Evans sortir de la réserve mélancolique et légèrement hautaine, dont elle parait s'envelopper pour empêcher les paroles indifférentes ou curieuses d'arriver jusqu'à elle, capables de raviver peut-être quelque ancienne blessure.Tout en causant avec elle, je cherchais du regard miss Lrlian, que je ne voyais pas dans le salon.Tout à coup, je l'ai aperçue.Elle était sur le seuil de la porte-fenêtre, vêtue d'une robe claire, d'un bleu de pâle turquoise,- une grande collerette de crêpe, de même teinte, dégageait la nuque et le col très fin,- et la pleine lumière baignait, sans scrupule, sa belle carnation de blonde.En ce moment, avec quelqu'un que je ne voyais pas, elle riait, d'un rire franc de petite fille, qui relevait pleinement ses lèvres sur des dents incomparables.Puis, elle est entrée, en compagnie de son inséparable Enid, a pris une glace sur la table de lunch, et, pour la manger, est demeurée debout, comme si son corps souple et jeune fût destiné à ne sentir jamais la nécessité d'un repos.Ses yeux limpides, d'une étonnante vivacité d'expression, faisant le tour du salon, m'ont effleuré.Ensuite elle s'est détournée, et s'est mise à causer avec un grand et assez beau garçon de vingt-quatre à vingt-cinq ans, Henry Digbay, blond, ro- buste et musdé, qui est en état de constante admiration à son égard.Alors, comme Mme de Crouville passait près de moi, je l'ai arrêtée, lui demandant de me présenter à miss Evans.Elle a répété, avec une expression malicieuse et amusée: — A miss Evans?Parfaitement.Le charme opère donc sur vous aussi?.Vous avez raison, d'ailleurs, de désirer connaître ma petite amie autrement que de vue.Elle est adorable, et vaut la peine d'attirer votre attention de psychologue.Et, sans plus attendre, s'avançant vers miss I •'•.in elle lui a dit, de sa façon brusque, en souriant: — Ma petite, je vous présente l'auteur d'un certain nombre de livres affreusement beaux.Faites de lui tout ce crue vous voudrez, et bien vite, car, dans un moment, je vais venir vous enlever.Et, sur cette déclaration, elle nous a laissés.Miss Lilian y avait répondu par un léger signe de tête, toujours debout et droite, avec cet air de dignité fière qui contraste d'une façon si piquante avec l'extrême jeunesse de toute sa svelte personne.Mais un sourire fin a glissé sur sa bouche.— Savez-vous, monsieur, que Mme de Grouville a une façon de parler de vos oeuvres qui me donne bien envie de les connaître autrement que de nom.Jusqu'ici, je ne les ai guère vues en ma possession.— Parce qu'elles ne méritaient pas d'y être mises, ai-je répondu en toute sincérité.Et certes, en cet instant, j'eusse mieux aimé brûler certaines d'entre elles que de voir ces yeux clairs de jeune fille les parcourir même Une légère flamme rose a passé sur ses joues et drôlement elle m'a dit, avec son très léger accent anglais: — Alors il me faut les réserver pour plus tard, quand je serai vieille ou mariée.En attendant, je suis aise de vous connaître parce que j'avais entendu bien des fois prononcer votre nom, et parce que j'aime beaucoup à connaître les hommes célèbres.Cela dit très simplement, sans ombre de compliment dans la voix, tandis qu'elle fendait un petit morceau de glace et le portait à sa bouche d'enfant aux lèvres caressantes.Je n'ai point relevé ses paroles, et, désireux d'échapper à une conversation dont j'étais l'objet, j'ai demandé, au hasard, à miss Lilian: — Vous plaisez-vous à Vevey?— Oui.oh! mon Dieu, oui!.Mais je m'y plairais bien plus encore, si je n'y trouvais tant de tramways, de lumière électrique, de magasins et d'autres choses du même genre! — Vraiment?.Alors vous n'appréciez pas ce qu'il est d'usage d'appeler les "bienfaits du progrès"?Elle s'est mise à rire.— Pas toujours autant que je le devrais! Mais je suis une vraie sauvage, prétend Enid.Certainement je trouve admirables bien des oeuvres et des inventions de mes semblables; mais, par-dessus tout, j'aime ce qui est beau sans qu'ils y aient touché.Ici, par bonheur, s'il y a des tramways, il y a aussi le lac, les couchers de soleil, la neige, la Dent du Midi, des roses qui sentent bon, etc.Et puis les montagnes ne sont point trop hautes, et ainsi me paraissent moins irritantes! — Irritantes?— Mais oui, irritantes; elles se dressent pour empêcher la vue: il est vrai qu'elles font ainsi leur rôle de montagnes!.Mais elles écrasent de leur grandeur les pauvres mortels microscopiques devant elles.Les montagnes très élevées me donnent une sensation d'étouffement, un désir de bébé d'étendre les mains en avant pour les repousser.J'aime tant l'espace! Sans doute, parce que j'ai grandi au bord de la mer et que je l'adore comme une vraie amie.— Pas plus vraie ni meilleure que moi! conclut miss Enid, qui vient se mêler à la conversation et interrompre miss Lilian dans la révélation de ses goûts.Elle est suivie aussitôt de Mme de Grouville, dont la grande et belle main se pose sur la tête blonde de miss Evans.— Ma petite fille, vous avez fait connaissance avec notre ami Noris, qui souhaitait vous être présenté.Vous le retrouverez ce soir à l'hôtel.Maintenant, je vous rédame: venez nous faire un peu de musique.Quel talent possède donc cette enfant, pour que Mme de Crouville, dont le goût est si difficile, la fasse entendre chez elle, dans son salon, connu pour les remarquables séances musicales qu'elle y donne.Miss Lilian s'est assise au piano, elle enlève ses longs gants, les jette de côté sur une petite table, et sourit à Henry Digbay, qui les ramasse précieusement, car ils ont glissé à terre.Puis elle se met à chanter.J'ai entendu de très grandes cantatrices dans ma vie, j'ai admiré des voix splendides, je n'en ai pas écouté qui, plus que celle de cette jeune fille, fût capable de s'emparer des âmes, de les étreindre, de les emporter en plein rêve.Le contralto, qu'elle a très étendu, avec de superbes notes graves, sonores et chaude», gagnera en souplesse et en moelleux avec le travail et les années, mais il ne pourra gagner en puissance d'expression.Elle possède en elle-même ce don qui ne s'acquiert pas.J'ai cru un instant que je la jugeais ainsi parce que la musique, pour peu qu'elle soit bonne, opère sur moi à la manière d'un charme,- mais, regardant froidement autour du salon, j'ai constaté que, chez tous les auditeurs, à des degrés divers, selon les natures, l'impression était identique à la mienne.Quand miss Lilian s'est tue, elle était blanche et ses lèvres tremblaient; mai» quelqu'un l'a félicitée, et, au bout d'une seconde, j'ai entendu de nouveau son rire de petite fille.A mon tour, je me suis approché d'elle, et nous nous sommes mis à causer musique jusqu'au moment où le bel Henry Digbay est venu implorer la grâce de l'avoir pour partner dans une nouvelle partie qui s'organisait sur le tennis court.Lorsque je suis parti de chez Mme de Grouville, elle était toute au jeu, animée, rieuse, la raquette à la main.Et je suis rentré charmé, en ma qualité d'analyste, d'avoir, dès le premier moment, compris que miss Lilian n'était point quelconque, charmé aussi de penser qu'en elle j'allais avoir un joli "papillon" à étudier.25 mai.*Vers onze heures, pour rentrer à l'hôtel, je m'engage sur le quai presque désert, dans ce quartier voisin de la Veveyse, qui promène quelques filets d'eau mousseuse ei jaunâtre sur un lit de cailloux.Auite Jiir le parapet du quai le» jambe pendantes, Ici pieds nus, une fillette re garde, avec un intérêt qui lui entr'ouvre lr II • n- .Il grOUpC formé à quelques pas d'elle par line jeune femme, en robe blan ohe, et trois gamins debout devant elle l'attitude embarrasile.L'un d'eux tient at tu hé I une corde un chat, le plus maigrr do tous I, .ib.iis, le plus horrible produit je veux l'espérer, de la race féline, d'unr laideur fantastique, le poil rebroussé, l'air effaré et peureux.Je fais encore quelques pas, et je reconnais la forme élégante de miss Lilian, ses cheveux couleur de feuilles mortes, sa taille d'une invraisemblable sou plesse.l'approche encore et je la vois très bien maintenant: les sourcils se rappro chent de cette façon que je connais bien la bouche est sévère et elle parait absorbée-dans la contemplation du chat maigre; sa voix très vibrante arrive jusqu'à moi, im pérative et fâchée.— Donnez-moi ce chat.Je vous l'achète, puisque vous prétendez qu'il est à vous.Regardez dans quel état vous l'avez mis.Vous l'avez frappé C'est affreux d'être ainsi cruels! Miss Lilian parle avec la conviction qui lui est habituelle, et son indignation sem ble ahurir complètement les trois coupables qui demeurent tout gauches, et considèrent leur victime, aplatie sur le pavé chaud de soleil.La scène est amusante, et j'ai bonne envie de continuer à jouer le rôle de spectateur.Mais miss Lilian m'aperçoit et me prend à témoin qu'elle a le droit d'acheter le chat pour l'arracher à ses ennemis.J'entre aussitôt dans les intérêts de l'animal infortuné, je traite ses persécuteurs comme il convient, pour satisfaire l'humanité et miss Lilian, qui, contente d'être arrivée à ses fins, distribue force pièces blanches aux trois petits drôles, lesquels, enchantés de la conclusion de l'aventure, détalent joyeusement.Entre ses mains finement gantées, mais Lilian a pris l'objet de son sauvetage, et une exclamation bien sincère lui échappe: — Mon Dieu, comme cet animal est laid! A Et avec une égale conviction je lui réponds: — Il est affreux et sale! Maintenant que vous l'avez délivré, laissez-le partir, c'est un vrai monstre en son genre.— Le laisser partir!.Oh non!.Ces abominables enfants pourraient le rattraper,- ils voulaient lui faire faire des exercices de cirque, m'ont-ils avoué, et comme le malheureux ne comprenait pas leurs intentions, ils le battaient pour le rendre plus intelligent.Mais vous avez raison, il est bien sale! Pour le rapporter à l'hôtel, je vais le mettre dans mon mouchoir.Aidez-moi, je vous prie.Et nous voilà, appuyés sur le rebord du parapet, installant le chat, qui se montre rebelle à nos désirs, dans un petit carré de batiste qui embaume le muguet.Alors, tout à coup passe, dans mon esprit, la vision de l'artistique salon d'Isabelle de Vianne, des correctes visites que j'y fais à l'heure de son /iue o'clocfc, et je pense, amusé, aux sourires de Mme de Vianne et de ses belles amies, si elles voyaient à quelle bizarre occupation m'entraîne une petite Anglaise que je trouve curieuse à observer.•Par acquit de conscience, eu égard, toujours, aux inflexibles lois de la cour- LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IÇ43 WILLIAM-L.SHIRER li isie, j'offre à miss l.ilian, avec un très vil désir qu'elle n'accepte pas, de prendre I, fardeau d'une nouvelle espèce dont elle li h ' l Mali •¦Ile a dû deviner ma secrète pensée, car elle me regarde, une indéfinissable malice rit dans ses yeux et , le répond: — Vous êtes bien obligeant,- je VOUI rrinercie beaucoup/ mais je sais que les hommes détestent porter des paquets; et puis j'aurais trop peur de vous voir laisser échapper mon protégé.I^à-dcssus, nous voila partis, tous les • deux, grâce a la liberté que nous donnent les moeurs anglaises, miss Lilian ayant son chat aux trois quarts mort entre les hras Le soleil de midi rend le lac éblouissant, mais les arbres du quai nous donnent un peu d'ombre, atténuent la pleine lumière et la transforment en une clarté discrète et voilée, qui baigne d'une façon exquise la heauté blonde de miss Lilian.Ma jeune compagne, je ne sais a quel propos, s'est mise tout à coup à réveiller le souvenir de notre première rencontre, dans le train de Lauzanne.De sa manière ^mplc et franche, elle me raconte qu'elle tftait fort intriguée de ce que je pouvais griffonner sur mon carnet; un moment, elle m'a pris pour un artiste, a cru que je faisais d'elle un croquis, devinant mon intention tendue de son côté, et m'a jugé alors fort impertinent.Ici, elle s'interrompt pour calmer son protégé, qui s'agit éperdument; et, après l'avoir ramené de son mieux à une immobilité relative, elle me demande en riant: — Vous m'avez trouvée ridicule, tout à l'heure, n'est-ce pas.quand vous m'avez aperçue en compagnie des petits misérables et du pauvre animal?Nous devions avoir l'air échappés d'un livre d'images d'enfants, un de ces livres anglais que l'on me donnait quand j'étais très jeune, où l'on voyait d'excellentes petites filles qui sauvaient de malheureuses bêtes martyrisées.En France, vous devez avoir aussi des histoires édifiantes comme celles-là?Dans les profondeurs de ma mémoire, je cherche et je trouve le nom d'un auteur vertueux appelé "l'Ami des enfants", que i'ai eu dans les mains, il y a très, très longtemps, aux jours de ma prime jeunesse.J'annonce le résultat de mes investigations à miss Lilian, qui en a l'air fort amusée.Quels vieux souvenirs me fait-elle réveiller de la sorte, des souvenirs du temps où j'étais un petit garçon très ardent, très uirieux et très naïf.Il doit y avoir des siècles de cela!.Et parce qu'elle m'adresse, devenue sérieuse, une nouvelle question sur cette époque lointaine de ma vie, son oeil bleu si clair levé vers moi, je me mets à parler avec elle de ces heures, les plus chères de ma vie passée, que, depuis des années, je n'ai effleurées d'un mot avec personne.27 mai.Quelles pensées douloureuses ou amères •.veillent donc parfois dans l'esprit de lady Evans certaines paroles prononcées par sa nièce?Il y a deux heures, nous causions sous la véranda, attendant la cloche du dîner.Un hasard avait amené miss Lilian à parler de son enfance, à en raconter divers épisodes, avec cette vivacité qu'elle apporte à tout ce qu'elle fait; et les souvenirs défilaient pclc-mêle, au hasard, les uns par-dessus les autres, évoqués de cette façon pittoresque et imprévue qui rend si piquants ses moindres récits, le nom de sa mère revenait à chaque instant sur ses lèvres.Tout à coup elle a prononcé celui de son père, dont elle parle fort peu en général, ne se le rappelant pas, m'a-t-elle dit un jour, car elle l'a perdu quand elle était tout enfant.Par hasard, mes yeux sont tombés, à ce moment, sur le visage de lady Evans,- les tons de cire en paraissaient plus pâles encore, la bouche avait une ligne méprisante et dure, et sa haute taille s'était redressée dans une sorte de mouvement orgueilleux.Mais, sans doute, elle a eu soudain conscience de sa transformation inattendue, elle a fait un léger geste de la main vers son front, comme pour chasser une pensée importune, et elle est redevenue, ainsi qu'elle est toujours, d'une affabilité calme de grande dame: de nouveau, ses yeux doux et tristes se sont arrêtés avec beaucoup de tendresse sur miss Lilian.Cette enfant parait posséder le secret d'attirer a elle toutes les sympathies et les affections.Mistress Bessy, son ex-gouvernante, a pour elle, non pas seulement de la tendresse, mais une adoration touchante, telle qu'il ne faudrait pas que la tante et la nièce se trouvassent, sur un même sujet, à donner des ordres différents à mistress Bessy.Celle-ci, sans hésiter, je le crains bien, accomplirait la seule volonté de miss Lilian! 5 juin.Pourquoi ne le reconnaitrais-je pas et ne l'avouerais-je pas en toute sincérité, d'autant que mon amour-propre ne laisse point que d'être satisfait de ma perspicacité?.Miss Lilian, "ma petite amie Lilian", comme disait Nodestorf, m'intéresse réellement, plus même que je ne l'avais prévu.En son honneur, je ne songe pas à quitter Vevey.Elle m'intéresse, parce que, en dépit de sa jeunesse, elle possède déjà, dans sa petite sphère, une personnalité étonnante, et n'est point coulée dans le moule général des jeunes filles de son monde.Cela tient, sans doute, à ce qu'elle a grandi isolée, au seul gré, en réalité, de sa nature qui est remarquablement riche, je le constate chaque jour davantage, à mesure que je la connais plus, que nous causons plus longuement ensemble, qu'elle me permet de pénétrer davantage dans l'intimité de sa pensée, dont elle est singulièrement jalouse en dépit de sa grande franchise.Mme de Grouville, à qui je parlais d'elle, me dit qu'elle a été élevée solitairement, lady Evans redoutant tout commerce mondain, en Angleterre, et vivant toujours, sauf ses quelques mois de voyage à l'étranger, dans la retraite de son domaine de Kilworth.Est-ce donc là un effet du mystérieux souci que je la devine incapable d'oublier et au sujet duquel je me suis interdit toute question, même à Mme de Grouville?J'imagine qu'au temps où miss Lilian était une écolière, elle a dû être généreusement dotée d'institutrices et professeurs variés, car elle a "des clartés de tout".Mais, de la manne intellectuelle qui lui était prodiguée, elle n'a pris, grâce à sa naturelle indépendance d'esprit, que ce qui attirait son âme ardente et chaude.Et ainsi elle s'est fait, sur bien des questions littéraires, artistiques ou morales, des opinions à elle, d'une justesse surprenante, originales et primesautières, et d'une sincérité absolue.Le dessin très ferme de ses sourcils DEUXIEME EDITION Le journal d un correspondant étranger 1934 - 1Q.41 La première édition en français de ce document sensationnel s est enlevée en quelques jours.La deuxième édition vient de paraître.On peut donc dès maintenant allirmer c/ue c'est lun des plus arands succès de librairie non seulement de l'année mais de toute l histoire de l'édition au Canada français."Mon journal à Berlin, c'est l'ouvrage le plus instructif et le plus révélateur paru jusqu'à maintenant sur les oriqincs de la guerre et la politique européenne des dix dernières années.Ce livre se lit comme un roman, captive comme un récit d'aventures, émeut comme un drame shakespearien et c'est un ouvrage d'histoire dont I intérêt durera.576 pages - relié toile - $3.00 EN VENTE A LA REVUE MODERNE ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ' \ RI-.VUE MODERNE — OCTOBRE 44 Uair y a quelque chose de particulier Parées de leur sompteuse verdure d automne, I>r• liantes de couleurs, les Laurentides vous invitent.Dans ce décor féerique, au centre d un domaine particulier de 400 acres, se niche 1 un des hôtels les plus recherchés du pays, le Chantecler, ouvert toute Tannée.Son confort est luxueux, sa cuisine impeccable, son personnel stylé.Voyez votre su.ut rte vovaiçe ou faites venir notre brochurette qut -nus renseigne sur nos prix.7 L'hôtel ouvert toute l'année STE-ADELE EN HAUT, P.Q., CANADA VOUS N'AVEZ PAS BESOIN DE VOTRE VOITURE! Le trajet n'est que de 45 milles au nord de Montréal, par le Pacifique Canadien (Station Mont Rolland).bruns, de ses lèvres souriantes, de son menton effilé, ne trompe point; il y a, chez cette jeune fille, une énergie latente, qui la rendrait capable de sacrifier tout à un devoir qu'elle reconnaîtrait.Elle pourra se tromper plus d'une fois dans l'avenir, par l'effet même de sa nature vive, mais elle le fera loyalement, trop droite pour ne pas avouer son erreur quand elle en aura la conscience.Mais une véritable originalité cbez elle, c'est une complète absence de coquetterie, qui vient de son amour même de la sincérité et de la conception profonde qu'elle a de la dignité féminine.Une discussion curieuse s'était élevée sur ce chapitre même de la coquetterie, hier, durant le fiot o'clock de lady Evans.Miss Enid et ses jeunes compatriotes présentes soutenaient hautement, avec une franchise drôle, la cause du flirt à outrance; et je dois rendre cette justice à miss Enid, qu'elle met admirablement ses principes en action: la colonie masculine de l'hôtel en sait quelque chose.Miss Lilian, elle, en revanche, s'insurgeait contre les opinions.libérales de son amie; elle avait de petites phrases indignées, méprisantes contre tous les manèges de la vanité féminine.Qu'eussent dit, en l'entendant, Mme de Vianne et tant d'autres?— Et elle défendait bravement sa conviction, debout, tout ensemble r.cuse et frémissante, adorable dans sa fierté jeune.Mais, après tout, elle n'a qu'un mérite bien mince à ne point user des artifices qu'emploient tant de femmes pour nous attirer et nous retenir.Elle est assez séduisante pour plaire sans effort, par la seule puissance de son charme qui n'a rien de grisant, de capiteux, mais, au contraire, est apaisant par sa pureté.Je défierais l'homme le plus hardi d'adresser à miss Lilian un mot d'admiration trop vive; il y a dans son regard expressif un rayonnement candide qui déconcerterait toutes les audaces.10 juin.Une partie de tennis très animée se poursuit en ce moment jusque sous mes fenêtres, tandis que j'écris; et, pour peu que je relève la tête, j'aperçois les moindres mouvements des joueurs.Je puis noter les gestes secs et précis de miss Enid, ses coups de raquette d'une sûreté remarquable.J'aperçois aussi une autre silhouette de jeune fille, une lourde torsade blonde ébouriffée sous le béret de laine, et aux seules attitudes que prend, selon les instants, cette fine silhouette, je sais quelles sont les impressions qui agitent successivement miss Lilian.Toute la jeunesse anglaise de l'hôtel, — masculine et féminine, — est groupée sur le tennis-ground, les hommes alertes et robustes dans l'aisance des costumes de flanelle.Les péripéties du jeu les passionnent, car ils sont avant tout des êtres d'action, ils ont l'intelligence saine et vigoureuse comme le corps.Ces jeunes gens ne sont point des rêveurs, des désabusés, des sceptiques, et, je les envie dans la sincérité de mon âme, que je sens aussi lasse que si elle portait le poids de plusieurs existences antérieures.A quoi suis-je arrivé, en somme, à l'heure présente, avec ma soif de constante analyse?.A ruiner en moi la faculté de jouir pleinement.J'ai contemplé, discuté, observé, avec des yeux de myope saisissant les plus menus détails, des choses qui étaient belles et bonnes; j'ai pénétré leur essence; et ensuite je n'ai plus su sentir ni goûter leur charme dont je connaissais la cause.Aujourd'hui le hasard place sur nu route une créature assez séduisante pour être follement aimée, même par un être blaié comme je le suis.Je m'en rends compte nettement.Un autre s'arrêter., t, s'efforcerait de conquérir ce trésor, tint âme fraîche de jeune fille.Mais je luis un disciple de la psychologie, et je sonne seulement à noter, dans toutes sei manifestations, le charme de fleur à peine épanouie qu'elle possède, je dissèque son être moral frémissant qui m'intéVesse, m'attire et me repose; et je ne sais pas, comme le fera bientôt un plus sage, simplement l'adorer, être heureux par elle.A ce moment arrive jusqu'à moi son beau rire insouciant et jeune.Mes yeux s'arrêtent sur les feuillets que je viens de noircir et je me produis l'effet d'un insensé qui, glacé de froid resterait volontairement éloigné de la flamme capable de le raminer.(S juin.Aujourd'hui dimanche, Vevcy est transformé en une petite ville morte dont les magasins sont impitoyablement clos.Tantôt ses minuscules tramways seront bondés de promeneurs du cru.Mais à ces premières heures du matin, ils passent presque vides.Les femmes, — les hommes aussi, — qui traversent les rues ne se promènent pas,- elles s'en vont à leurs temples respectifs pour assister au services religieux, très suivi en pays protestant.Ma flânerie m'amène devant l'église catholique, et je me souviens que j'y ai vu partir lady Evans et sa nièce, qui doivent, à leur origine irlandaise, de ne point ap-partenir au culte anglican.Alors l'envie me prend d'entrer et de me mêler à la foule des fidèles; et j'entre, non pas, hélas! entraîné par un mobile religieux ou même élevé, mais attiré par le désir secret, dont j'ai pleine conscience, de pénétrer plus avant, plus profondément dans la connaissance de l'âme de feu de ma petite amie.Elle semble croyante; l'est-elle réellement?.L'atmosphère est chaude et, par les fenêtres grandes ouvertes, des rameaux d'arbres apparaissent d'un vert adorable.Un vague parfum d'encens flotte sous les voûtes, et les chants qui s'y élèvent sont remarquables.Très vite, je découvre la tête blonde de miss Lilian.Alors je me dissimule dans la foule des assistants, me méprisant d'être venu l'observer jusque dans sa prière, — et restant toutefois.Je me suis mis à l'écart, précaution inutile; elle ne songe point à remarquer ceux qui l'entourent; ses lèvres sont infiniment sérieuses, sa physionomie si expressive a pris un air de gravité recueillie qui fait d'elle une Lilian encore inconnue pour moi.Durant quelques minutes, la tête un peu levée, elle contemple l'ostensoir qui flamboie sur l'autel; et son oeil bleu a ce regard profond que j'y ai surpris déjà quand elle parlait des questions qui lui sont très chères.Je le sais maintenant, cette enfant aime et croit; elle ne discute point sa foi.Elle est mille fois plus sage et plus heureuse que nous autres hommes qui nous jugeons des penseurs, détruisons incessamment nos croyances à peine définies, et ne réussissons qu'à faire de nous-mêmes de pauvres épaves désemparées, ballottées, meutries par les remous de nos incertitudes, de nos doutes, par les élans vite brisés de notre âme qui ne sait plus où se prendre.L'arbu de science est toujours dangereux à appr' cher.Bienheureux ceux qui ignorent et ne font pont une divinité de leur intell gence! LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1 Q4 A 'cm ton Aepad cà PREM SWIFT &tcle Tnacœ/i&rû eue ^tatlfi Spécialement conçu par Martha Logan.experte en économie ménagère de Swift, pour les ménagères qui se tourmentent au sujet du rationnement, ce repas pour 6 personnes complète les éléments nutritifs et la saveur délicieuse du Prem—ou bien employez des Viandes Prétes-pour-la-Table Swift si vous avez de la difficulté à trouver du Prem—avec un plat copieux de macaroni au fromage.1.Frappez les verres dans le réfrigérateur avant de les remplir de jus de tomate refroidi et délicatement assaisonné—une excellente source de vitamines A et C.2.Prem, la fameuse viande Swift pour lunch, est une véritable affaire en ces jours de rationnement.Chaque boîte fait six portions ou plus pour beaucoup de recettes délicieuses.3.La salade de chou cru et le cresson de fontaine donnent plus de sels minéraux et de vitamines et s'accordent à merveille avec le Prem.Essayez cette sauce: Vi c.à thé de sel, '/s c.à thé de poivre, Vi c.à thé de paprika, Vi c.à thé d'oignon râpé.Incorporez 1 c.à soupe de vinaigre.Ajoutez \'i tasse de crème sure.Battez jusqu'à épaississement.4.Comme plat chaud qui remplira les creux et fournira d'autres protéines et sels minéraux.Martha Logan suggère du macaroni au gratin.Si votre ration ne vous permet qu'une tranche de Prem par personne, employez beaucoup de fromage pour la préparation de ce plat.Les éléments nutritifs du lait sont également précieux.5.Les petits pains de blé complet, tout en fournissant les éléments nutritifs du blé, sont excellents avec le Prem.6.Terminez le repas par un fruit—n'importe quel fruit frais de saison où vous habitez.Comme boisson, que pourrait-il y avoir de meilleur qu'un verre de lait froid, et cela complète le repas au point de vue nutritif.Le livre de cuisine de Mirtha Logan, intitulé "VIANDES," est plus essentiel que jamais, maintenant que nous devons faire plus attention lorsque nous achetons et que nous préparons la viande rationnée.Pour en avoir un exemplaire, envoyez 10c à Dept.G-5 Swift Canadian Co.Limited, Montréal.SWIFT CANADIAN CO.LIMITED Organisation, connue dans tout le pays, qui se consacre à la conservation et à la répartition efficace des ressources alimentaires du Canada PeXiXà fywuXù 6.Ifwïb •et onruÀAA I V Ml \ I I Mi MM — OCTOI1MI !()(", 44 F Ri.wduftdtmentf Car Fry vous donne toute la saveur du cacao à son mieux .ce "quelque chose de plus" acquis par 214 ans d'expérience dans la fabrication du cacao! 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Elle paraissait étonnée, et l'expression de ses yeux clairs était bien révélatrice.Il est évident qu'elle m'avait, et avec raison, jugé pour un mécréant.Et soudain, quand ce "très bien" tout chaud de sympathie est tombé de ces lèvres qui ne savent pas mentir, la pensée m'est venue, aiguë comme un remords, que je la trompais.Elle croyait qu'un sentiment religieux m'avait amené dans cette église, et j'y étais entré en dilettante, en indifférent, en curieux, dans le seul but de continuer l'analyse sans merci dont elle était l'objet.Alors je me suis juré que désormais je ne chercherais pas à savoir de son âme plus qu'elle ne m'en laisserait voir librement.25 juin.Y a-t-il réellement six semaines que je suis ici?Le temps est exquis.Aucune chaleur excessive encore, mais une tiédeur de printemps, une admirable éclosion de fleurs.Ce séjour à Vevey restera pour moi une halte inoubliable dans ma vie agitée et fiévreuse.Il y a des instants délicieux où je parviens à vivre sans taire de psychologie à mon égard ou à l'égard des autres, et je veux qu'il continue à en être ainsi encore quelque temps.Quand j'aurai quitté Vevey, que j'aurai, à Paris, repris possession de mon moi habituel, j'arriverai bien assez vite à comprendre de quoi était faite la sensation d'apaisement que j'ai goûtée.Ici, pour un instant, je souhaite vivre comme ceux que j'ai enviés tant de fois, et accepter, sans en chercher le pourquoi, cette rare minute de bien-être moral.28 juin.En vérité, l'homme est un étrange animal.Je n'ignore pas que Henry Digbay, — Mme de Grouville ne m'en a point fait mystère, — est animé des intentions les plus matrimoniales à l'égard de miss Lilian.Je n'ai vraiment qu'à leur souhaiter à tous deux une longue suite de prospérités, au cas échéant, et ne me reconnais nul motif pour m'inquiéter de la réponse que fera "ma petite amie" le jour où Digbay lui adressera sa demande.11 est clair qu'il l'aime; il le laisse d'ailleurs voir avec une naïveté touchante, en homme très jeune.De plus, il est beau garçon, de bonne naissance, d'âme excellente, je suis sûr, et d'intelligence bien moyenne.Miss Lilian ne parait guère lui donner plus d'attention qu'elle n'en accorde aux autres,- et ni avec lui, ni avec personne, elle ne flirte, tout Anglaise qu'elle est.Et moi, je suU charmé, sans me l'avouer, parce qu'elle rit des phrases sentimentales qu'il lui débite,- elle en rit d'une jolie façon moqueuse et fine, sans nul soupçon de méchanceté.Je suis charmé, parce que, quand nous causons ensemble, je la sens toute aux idées que nous échangeons, parce qu'elle ne parait jamais pressée d'interrompre ces conversations dans lesquelles sa parole révèle toujours sa pensée vraie.Hier soir, cependant, nous n'avons pas eu notre habituelle causerie.Une réunion dansante s'était organisée dans l'hôtel, et miss Lilian s'en amusait en vraie petite fille, fort occupée à griffonner des noms sur son carnet, les yeux étincelants, la bouche rieuse, une flambée rose aux joues ses cheveux d'or roux moussant autour de la nuque et du front.Pour la première fois, je la voyais décolletée, et les épaules adorablement jeunes s'échappaient d'un harmonieux fouillis de tulle ou de dentelle, que sais-je?.Tout à coup, je l'ai aperçue assise sous un lustre dont la lumière ruisselait sur sa fraîcheur de blonde; Digbay, derrière elle, lui parlait si penché que son visage effleurait les cheveux légers des tempes; et il avait sur les traits un air de satisfaction qui a ifait tressaillir en moi quelque chose d'obscur et m'a jeté vers elle brusquement, sans réflexion, pour lui adresser une prière que je n'avais pas prononcée depuis bien longtemps: — N'avez-vous point un pauvre tour de valse pour moi?Et comme il a été dit: "Demandez et vous recevrez", je n'ai pas été repoussé; j'ai obtenu la faveur convoitée; et, à ma honte, j'avoue que j'en ai éprouvé un plaisir analogue à celui que je ressentirais en voyant l'excellent Digbay partir seul et pour toujours à l'extrême fond de l'Angleterre.5 juillet.Une explication a-t-elle donc eu lieu entre miss Lilian et Henry Digbay?.Tantôt, j ai entendu ce dernier annoncer son départ pour demain et il n'a pas paru à la table d'hôte.Durant Je diner, miss Lilian avait une fièvre dans les yeux et elle était plus grave que je ne l'avais jamais vue.De bonne heure, elle est remontée dans l'appartement de lady Evans Celle-ci paraissait préoccupée et triste,-mais les rapports de la tante et de la nièce avaient toujours la même tendresse.En France, je connais plus d'une mère et d'une tante qui n'eussent point laissé de la sorte s'éloigner un prétendant aussi bien pourvu que Henry Digbay, sous le rapport de la fortune.Mais, miss Lilian, en sa qualité d'Anglaise, est laissée absolument libre de disposer de sa vie.6 juillet.J'arrive chez Mme de Grouville.Je la trouve fourrageant dans une revue, animée, nerveuse, son coupe-papier froissant les feuilles qu'elle lit.Par extraordinaire, elle est seule,- il est vrai qu'il est encore de ifort bonne heure.Et tout de suite, elle commence, me montrant les pages qu'elle tient entr'ouvertes, et avec la véhémence qui lui est particulière: — Avez-vous lu cet article?.La police traduit en justice les gens qui écrivent des livres pornographiques, et elle laisse tranquillement poursuivre leur oeuvre ceux qui s'efforcent d'ôter à leurs concitoyens toute Hlusion, toute foi, tout espoir.C'est insensé et criminel, oui, criminel!.Ces écrivains-là mériteraient d'être pendus ;omme des misérables! Je connais l'article dont elle me parle,- il est subtil, amer et décevant dans son ironie aiguë, discrète et éveillant, en effet, l'impression poignante du vide de tout ce qui est humain.Mais comment condam-nerais-je ces pages?.Sous une autre forme, n'en ai-je pas écrit de semblables, qui arrivaient à la même conclusion de désc-pérance absolue?.— Ah! vous faites de jolie besogne, vous LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1ÇM3 47 lutres psychologues, termine Mme de r.rouville du même accent emporté.Et elle envoie loin d'elle, au hasard, la revue qu'elle tenait.Puii, me regardant, les yeux fâchés, elle me dit: — Savez-vous de quoi vous êtes coupable, en ce moment, vous, Robert Noris?Tout simplement de la rupture des projets de fiançailles entre Henry Digbay et na petite l.ilian.Pourquoi, au dedans de- moi même, ce démissement qui m'a secoué les nerfs, tandis qu'à haute voix je répondais: — Quel singulier reprocheI.Voulez-vous me permettre, chère madame, de vous demander comment je l'ai mérité?- CoiniiK-ni ! Vous demander com-mnt vous avez pu arriver à un aussi heureux résultat.Tout simplement parce r|ii'avec votre gloire, votre célébrité, grâce i l'attention constante que vous prodiguez à Lilian, vous avez éclipsé l'infortuné Higbay, tout beau garçon qu'il était.Le malheureux n'était pas de force à rivaliser avec vous, surtout aux yeux d'une femme aussi intelligente que Lilian,- et pourtant il se fût dévoué à elle tout entier, il lui eût donné autant de bonJieur que possible.C'était le meilleur des hommes, et 'e voilà désolé! Une exclamation presque impatiente m'est venue: — Ne regrettez pas ainsi la non-réussite de ce mariage projeté.Henry Digbay était intellectuellement d'une parfaite insignifiance; il eût bien vite semblé insipide à miss Lilian,- et, grâce à l'heureuse nature qu'il possède, il se consolera de sa déception, je puis vous le certifier.— Il se consolera, c'est évident,- et même il ne fera pas, comme vous n'y manqueriez pas, à sa place, un livre dans lequel il racontera, pour 2 fr.75, ses chagrins d'amour.Ce n'était pas un aigle.ch.! mon Dieu! je suis de votre avis,- mais peut-être se fût-elle contentée de lui si vous n'étiez venu vous jeter à la traverse.Ne m'interrompez pas,- les vieilles femmes comme moi ont le droit de tout dire aux jeunes gens.Donc vous vous êtes jeté à la traverse, sans le vouloir, je vous l'accorde parce que vous n'avez pensé seulement qu'à votre propre plaisir d'observateur.Mon cher maître, vous et vos pareils, vous êtes des voleurs d'âmes.Savez-vous maintenant ce que vous auriez de mieux à faire?Epouser Lilian.Epouser Lilian Evans! J'ai regardé Mme de Crouville, un tourbillon d'idée soudaines dans l'esprit, tout prêt à relever ses étranges paroles.Mais on eût dit vraiment qu'elle avait attendu, pour me les jeter, la minute où il ne serait plus possible de les discuter avec elle, des visiteurs entraient.En entrant à l'hôtel, j'ai aperçu miss l.ilian sous la véranda, un livre ouvert sur ses genoux, ses doigts tordant, d'un geste distrait, quelques pétales de fleur, ses ye'.ix perdus vers le lac.Au bruit de mes pas sur le sable, elle a tourné la tête, j'ai rencontré son regard profond dans lequel a passé soudain un fugitif éclair, et ses lèvres ont eu pour moi un beau sourire de bienvenue.Alors, brusquement, la pensée m'a traversé l'esprit, brûlante, pareille à un trait de feu, que je devrais aller prendre dans les miennes les petites mains croisées sur la robe, et dire à cette jeune fille tout ce qu'elle pourrait être pour moi.10 juillet.Pourquoi Mme de Grouvitlc m'a-t-elle LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Ç45 jeté ainsi tout à coup dans l'âme une pensée que je n'aurais jamais osé formuler, et qui, depuis lors, me revient obsédante, et, — pourquoi ne l'avouerais-je pas?— douloureuse avec sa poésie de rêve irréalisable.Et pourtant.non, je ne puis dire que cette possibilité soudaine émise soit absolument neuve pour moi.Une parole inattendue lui a donné corps; mais dans les abimes les plus secrets de mon être sen-sitif, elle était déjà née et existait flottante et vague.Mais ai-jc donc le droit, moi blasé, désillusionné, moi dont l'âme est triste et fatiguée, de vouloir faire mon bien de cette jeune créature qui respire la joie de vivre?.suis-je même capable de discerner à cette heure, si ce n'est pas encore mon misérable dilettantisme qui m'entraîne vers elle, justement parce qu'elle est une révélation pour moi?.Serait-elle assez puissante pour me faire oublier, dès qu'il s'agirait d'elle, mes curiosités impitoyables d'analyste?.J'ai bien dédaigneusement parlé de Henry Digbay,- et avec lui, elle eût peut-être été mille fois plus heureuse qu'elle ne pourrait l'être à mes côtés, alors même que je lui consacrerais tout ce qui peut encore exister de bon en moi.Il y a une heure, elle était, comme bien souvent le soir, assise à son piano, dans le petit salon de lady Evans, où n'étant, en définitive, qu'un étranger pour elle, je n'avais pas la liberté de la suivre; et je l'é-coutais, arpentant l'allée qui longe les fenêtres secoué d'un désir irrésistible et jaloux d'aller la rejoindre,- sa belle voix passionnée m'arrivait avec des notes d'une douceur et d'une puissance infinies.Etait-ce donc parce qu'elle chantait ainsi qu'il me revenait soudain mes anciens rêves de bonbeur intime, ceux que je formais, il y a plus de dix grandes années, quand j'espérais avoir, moi aussi, ce trésor des plus humbles, un foyer,- quand j'aimais si stupidement Isabelle.Et je me prenais à penser que ce serait un bonheur exquis de commencer, auprès de cette enfant devenue femme, une existence nouvelle, dont elle serait l'âme,- de me dévouer tout à elle,- de vivre dans une atmosphère de tendresse, stable, très pure, très forte; d'oublier à ses côtés les heures fiévreuses, vides et mauvaises d'autrefois, de devenir autre pour être mieux à elle.15 juillet.Epouser Lilian!.Toujours les mêmes mots me reviennent.Est-ce donc le parfum de jeunesse émanant d'elle qui m'a grisé et m'ôte la conception nette de mes sentiments réels?.Par un effort de volonté, je m'efforce de reconquérir mon entière liberté de jugement; et froidement, comme s'il s'agissait du destin d'un étranger, je me mets à raisonner.Si je redoute d'être entraîné par un enthousiasme passager que je regretterai plus tard d'avoir subi, je puis partir, afin de secouer le charme dont elle m'a enveloppé inconsciemment.Je ne lui ai jamais adressé une parole qui ressemblât même à un aveu; et eût-elle vraiment éprouvé quelque chose du sentiment que lui prête Mme de Crouville, elle est trop jeune, — et trop fière, — pour ne pas oublier, si profondément qu'elle soit capable de sentir.Elle pensera que je ne méritais pas l'amour qu'elle m'eût donné, — et elle aura raison.Donc, je le répète, je puis partir, reprendre l'existence qui m'est habituelle et que je connais tant, — que je conna> "En Temps de Guerre-ef après.ma famille a besoin de la PROTECTION d'une Assurance-Vie!" 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Je retrouverai cette atmojphère intellectuelle, mondaine, fiévreuse à laquelle ¦ je suis accoutumé, que j'ai aimée avec passion, — cela est vrai, — et dont la sécheresse dissolvante m'apparait formida-bable aujourd'hui.Je publierai le livre auquel j'ai travaillé ici même, sous l'influence de "ma petite amie", et le "livre de Lilian", ainsi qu'il restera secrètement nommé pour moi, deviendra, j'en ai la conscience, l'une de mes meilleures oeuvres, j à coup sûr l'une des moins décevantes .Et après?.Je continuerai à porter le poids de cette solitude morale dont j'ai tant souffert autrefois, quand Isabelle a disparu de ma vie qu'elle 3vait toute remplie, et qui, depuis lors, ne m'a jamais entièrement quitté au milieu même de la foule.Parmi les hommes que je rencontre dans le monde, il en est quelques-uns, — très lares! — qui ont réalisé, même en pleine société parisienne; ce rêve d'un autre âge, un réel et parfait bonheur dans le mariage.Et tout cas, moi qui me montrais si jaloux de mon indépendance, en paraissais si sa- I tisfait, je les ai enviés de toute l'ardeur de mon âme.Combien de fois, quand je les quittais vers la fin du jour, à l'heure où - ils rentraient, n'ai-je pas éprouvé une sorte de jalousie douloureuse et naïve, — oui na?ve, — à cette idée qu'ils étaient attendus par une femme qu'ils pouvaient adorer sans avoir à dissimuler leur amour; Oh! oublier près de cette enfant qui ne I sait rien ce que je sais trop; ne plus être • avant tout un cérébral; exister, sans torturer mon esprit à vouloir arracher aux êtres et aux choses le secret des mou- I vements qui les agitent; ne plus m'attacher désespérément à la compréhension impossible des éternels et insolubles problèmes de la vie.(7 lu'illel Il y a deux heures, nous étions à Cla-rens, au château des Crêtes.D'ordinaire, je ne me joins guère aux excursions de notre petit cercle anglais,- mais elle m'avait demandé de venir.Et je l'avais suivie, irrité seulement de voir miss Enid, qui part dans quelques jours, sans cesse à ses côtés.A peine, durant le chemin, avais-je pu échanger avec elle de rares paroles.D'un peu loin seulement, je la voyais, dans l'étroit sentier que nous suivions, marcher de son pas infatigable et souple, arrachant au passage, d'un geste distrait, des herbes hautes qu'elle jetait ensuite sur l'herbe froissée.Nous arrivons enfin; et aussitôt elle se fait couper une véritable profusion de roses par le gardien du château inhabité, puis elle revient vers moi.Ses petites mains d'enfant ont peine à enserrer sa moisson fleurie dont le parfum flotte autour d'elle.Je fais un mouvement pour la décharger de son précieux fardeau, mais elle ne veut point l'abandonner.— Non, merci, je vais arranger tout de | suite ces roses, elle ne sont pas pour I moi.Nous sommes un peu à l'écart, elle a déposé ses fleurs sur la balustrade en pierre de la terrasse qui domine le lac et elle demeure songeuse.Mais elle a vu pourtant que mes yeux l'interrogeaient; et, ' en quelques mots tout simples, tout frémissants de compassion, elle me raconte l'histoire d'une pauvre vieille fille que, 3 tout enfant, elle a connue en Angleterre, % et qui, après avoir vécu d'une existence d'humble sacrifiée, est venue mourir enfin I à Vevey.— Dans sa dernière lettre, finit douce-\ ment Lilian, elle me racontait avec ad- miration une promenade au château des Crêtes et me parlait des roses qu'elle y avait vues et trouvées belles comme des fleurs de rêve!.Je me rapelle encore son expression.Aussi demain je veux aller lui en porter au petit cimetière de Vevey.Ces graves paroles sont bizarres à entendre avec leur évocation d'image ¦funè-bres, tombées de ces lèvres ehaudes que la vie empourpre, devant cet horizon éblouissant.Lilian est restée silencieuse, les mains jointes sur les roses, et d'un ton assourdi où palpite une sorte d'angoisse douloureuse, elle demande: — Pourquoi y a-t-il donc ainsi de pauvre* créatures qui ont si petite leur part de joie?.Comme il est triste de penser que l'on ne peut rien pour elles quand on est soi-même si heureux! —¦ Vous êtes heureuse?— Oh! oui, fait-elle un peu bas, et une allégresse contenue semble la faire tressaillir toute.Il est si bon de vivre! Robert Noris avait fini de lire, les derniers feuillets étaient tombés de sa main et la hrise tiède de la nuit les soulevait, arrivant par la fenêtre large ouverte.Des heures et encore des heures, il pourrait réfléchir ainsi.Maintenant, sans qu'il lui fût possible d'en donner, il savait qu'il aimait Lilian.Mais était-ce assez entièrement pour avoir le droit de vouloir en faire sa femme et d'éveiller à l'amour cette âme candide de jeune fille?.N'ignorait-il pas aussi ce que Lilian pensait réellement de lui et ce que dirait l'aristocratique lady Evans de cette demande d'un étranger que les hasards de la vie d'hôtel lui avaient seuls fait connaître ?.Mil Lilian, es-tu là?Pourquoi ne me réponds-tu pas?Et la porte de la chambre s'ouvrit devant Enid, qui vint glisser son bras autour de la taille de son amie.Lilian, accoudée sur l'appui de la fenêtre, le regard perdu dans la nuit criblée d'étoiles, se retourna vivement et rencontra sous ses lèvres le visage d'Enid, dont les yeux riaient d'une façon caressante, levés vers elle.-—Tu oublies que je pars demain, Lilian.Il y a deux mois, tu ne m'aurais pas ainsi laissée te chercher partout sans me répondre, alors que nous allons être quelque temps peut-être sans nous voir, car il n'a pas été décidé du tout que vous viendriez nous rejoindre à Lugano — Non, c'est vrai, nous ne pensons pas encore à quitter Vevey, fit Lilian avec un imperceptible frémissement dans la voix.Une flamme malicieuse étincelait sur le visage d'Enid.» — Et tu crois que nulle part ailleurs tu ne pourrais être aussi bien qu'à Vevey, même si nous nous trouvions de nouveau réunies?Lilian, je ne compte décidément plus pour toi.— Ne dis pas cela.Je t'aime toujours autant, ma chérie.— Seulement., continua Enid Les yeux de Lilian interrogeaient.— Seulement, je ne suis plus toute seule à occuper ta pensée, n'est-ce pas, ma Liban?.Je n'arrive plus en première ligne, voilà tout?Une rougeur ardente envahit le visage de Lilian, et elle tourna vivement la tète vers l'ombre de la fenêtre.Enid la considéra une seconde avec un affectueux petit sourire de triomphe, satisfaite d'avoir deviné si juste; puis, elle alla s'asseoir sur le pied de l'étroite couchette de son amie et, après un léger silence, elle appela.— Lilian, ne regarde plus ainsi la lune viens près de moi que nous profitions d< notre dernière soirée.Lilian obéit, approcha du lit un llèfii lus, et s'assit dans une attitude d'enfani câline, la tête appuyée i demi sur le genoux de son amie; et quand elles furcm ainsi, Enid s'inclina, et très doucement tout bas, elle demanda: — Il te plaît donc beaucoup, chérie?D'un mouvement rapide, Lilian se re dressa.— O Enid, comment peux-tu parlei ainsi?.Comment sais-tu?.Quest'ce qui te fait croire?.— Mes constantes observations.J'ai deviné tout simplement, puisque tu n'avai plus confiance en moi, et ne me disais rien — Oh! ne me parle pas de ces choses fit Lilian avec une sorte de révolte.Elle était bien toujours pareille à elle même, ne voulant point qu'on pénétrât s.i pensée int nie quand elle croyait devoir la cacher.Seulement, Enid avait des pri vilèges que ne possédaient point les autres, elle le savait et usait de son droit — Et il t'a plu ainsi, tout de suite, du premier coup?Lilian réfléchit.Elle revoyait soudain le wagon à peine éclairé par les lueurs pâles du jour naissant, un homme d'allures froides et distinguées qui, en dépit des mou vements du train, griffonnait des notes sur un carnet, mais aussi l'examinait avec des yeux dont l'expression profonde et attentive l'avait frappée, ainsi arrêtés parfois sur elle.— Non, il ne m'a pas plu tout d'abord, fit-elle lentement, très sincère, s'interro-geant elle-même.Je sentais qu'il m'observait, en dépit de son air correct, respectueux même.J'en étais mécontente, irritée, et j'aurais voulu, je m'en souviens bien avoir l'occasion de lui dire quelque chose de désagréable pour lui faire comprendre à quel point je trouvais.déplaisante la liberté qu'il prenait de m'examiner.— O Lilian, quel aveu!.Tu mériterais qu'il fût porté à la connaissance de M.Noris.— Ce ne serait pas une révélation pour lui.H y a longtemps que je le lui ai fait! — Ah! fit End, d'un ton tellement significatif que, de nouveau, une flambée pourpre s'allume sur la peau fine de Lilian.— Enid, si tu te moques ainsi de moi je ne te dirai plus rien.— Mais, chérie, je ne me moque pas du tout de toi, je constate et j'écoute.Alors.Jusqu'à cette heure, Lilian avait em-p'oyé tout ce qu'elle possédait de résolution fière à garder le secret de sa jeune âme, mais Enid avait brisé le sceau qu'elle y avait mis, et elle éprouvait tout à coup une infinie douceur à penser tout haut.— Alors j'ai été surprise, reprit-elle du même accent sérieux et rêveur, quand je l'ai aperçu à l'hôtel même où nous des rendions, surtout quand j'ai appris son nom que j'avais souvent entendu citer.— Tu l'as appris par moi, ne l'oublie nas dans l'avenir, Lilian.Mais dès que tu as vu M.Noris, tu m'as demandé d'un air.mettons ennuyé.si "ce monsieur désagréable" demeurait dans l'hôtel, et quel il était.Un sourire éclaira la physionomie de Lilian.— Tu as raison, je l'aurais volontiers qualifié longtemps de cette façon, peut LA REVUE MODERNE — OCTOBRE I04"5 4'' Les boches ne travailleront plus dans cette usine, chef INE AUTRE USINE DE GUERRE EST DETRUITE ! Un autre repaire de sous-marins saute ! Une autre colonne de transport est annihilée.Chaque nuit, les équipages aériens de la R.C.A.F.font des prouesses et rapportent le lendemain les dommages énormes qu'ils ont infligés à l'ennemi.Vous aussi, vous pouvez participer a cette merveilleuse aventure.Les équipages aériens de la R.C.A.F.sont la vedette du monde entier.Ils sont choyés et admirés partout; ce sont de redoutables adversaires que craignent nos ennemis.Voilà cette belle carrière que le Pays offre à un plus grand nombre de jeunes gens.La grande offensive est commencée.C'est 'a temps de se battre.Aucun emploi civil n'est assez important pour vous empêcher de participer activement à l'assaut de la forteresse européenne.L?R.C.A.F.vous attend, elle a besoin de vous tout de suite.Si vous êtes bien portant, d'intelligence vite, âgé de 17 ans ù 33 ans.vous êtes admissible.L'instruction primaire supérieure n'est pas indispensable.Si veus êtes trop jeune pour vous enrôler dans les équipages aériens, joignez-vous au Corps d.s Cadets de l'Air de votre ville.^ Les équipages ae'riens ont besoin, pour entraînement immédiat, de PILOTES NAVIGATEURS BOMBARDIERS MITRAILLEURS RADIOTELEGRAPHISTES (MITRAILLEURS) mmmiMMmmmmMm JOIGNEZ-VOUS AUX JOYEUX COMBATTANTS DE L'AIR Centres de recrutement situés dans lss principales villes du Canada.Des unités mobiles de recrutement passent régulièrement aux autres endroits.LA KLVUE MODERNE — OCTOrKE IO43 50 Il est encore facile, heureusement, de se procurer les parfums et eaux de Cologne CHANEL, de renommée mondiale—qui ajoutent au charme personnel l'hommage d'une qualité et d'une délicatesse uniques.Pour Noël ou en toute occasion, aucun autre cadeau ne sera plus apprécié par vos amies en service outre-mer ou au pays, dans les divers services auxiliaires féminins ou dans les hôpitaux.Quoique la forme de la bouteille CHANEL ait été quelque peu modifiée pour se conformer aux restrictions de l'heure, les parfums et eaux de Cologne CHANEL sont toujours préparés avec des concentrés d'avant-guerre, importés en Amérique avant la chute de la France.Quatre odeurs exquises: No 5, No.22, Gardénia, Cuir de Russie.Parfumsi ]4 oz.$3.00 — 1 oz.$10.00 Eaux de Colognei 2 oz.$2.00 — 6 oz.$ 4.00 CHANEL PARFUMS et EAUXde COLOGNE être, si je ne l'avais rencontré chez Mme de Crouville.La vérité vraie, je crois c'est qu'il me semblait surtout l'homme le plus.intimidant que j'eusse jamais rencontré.Je savais qu'il composait des oeuvres très remarquables, qu'il était un grand écrivain,- et surtout ses yeux observateurs avaient tout au fond de ma pensée ce qui y était enfermé.J'avais peur qu'il n'y découvrit que.je l'avais remarqué.Puis aussi, je m'étais fait de lui une idée si sotte.Et le sourire de Lilian s'accentua, illuminant de gaieté ses traits expressifs.— Je m'imaginais que les hommes célèbres comme lui devaient être très différents dse autres, qu'ils considéraient les simples mortels dédaigneusement, leur parlant du haut de leur talent, jouant enfin le rôle de divinités littéraires.— Et puis?fit Enid qui écoutait d'un air d'extrême attention, toujours assise au pied du lit, le menton appuyé dans le creux de sa main.— Et puis il m'a parlé, simplement, comme l'eût fait Henry Digbay lui-même, quoique d'une autre façon, tellement plus intéressante que le soir.—Le soir?interrogea encore Enid, voyant que Lilian s'arrêtait, redevenue sérieuse.Voyons, chérie, sois bonne jusqu'au bout.Tu t'arrêtes toujours dans les moments intéressants.On voit bien que tu fréquentes des auteurs maintenant! — Quand je me suis rappelé tous les détails de notre rencontre chez Mme de Crouville, j'ai compris que je l'avais mal jugé; et même, ensuite, quand je l'ai connu davantage, j'ai pensé que.plus tard, je trouverais bon d'être aimée par quelqu'un qui lui ressemblât.Lorsque j'étais petite, ma vieille Bessy me répétait toujours que j'étais une orgueilleuse parce que je disais vouloir devenir la femme d'un roi très puissant; c'était pour avoir le bonheur d'être protégée par lui, afin de pouvoir être fière de lui!.Maintenant.Et un indéfinissable sourire passa encore sur les lèvres de Lilian: — Oh! maintenant, je suis devenue très raisonnable; je ne demanderais plus un roi pour époux; mais je pense toujours que, pour être pleinement heureuse, je voudrai.que mon mari me fût supérieur, qu'il me parût vraiment mon maître!.Je voudrais éprouver pour lui la confiance que m'inspirait tante Katic, alors que j'étais encore une Utile tbinij.Quand elle tenait ma main dans la sienne, elle m'aurait emmenée n'importe où.Pensive d'abord, puis peu à peu égayée, Enid reprit, examinant la pointe de son petit soulier verni: — Lilian, je ne t'ai jamais vue ainsi, ni avec Henry Digbay, qui était charmant, je t'assure, quoique tu l'aies dédaigné, ni avec Georges Undwood, ni avec les autres.Tu les recevais tous d'une si étrange manière! Tu n'avais pas l'air du tout de t'apercevoir de l'admiration, de l'intérêt ou de l'affection même qu'ils avaient pour toi!.Tous les hommes paraissaient te charmer à peu près autant que des habitants de la lune! — M.Noris ne ressemble pas à ceux dont tu parles, fit Lilian secouant la tête.Lui ne m'a jamais dit qu'il me trouvait-bien, ni demandé même un brin de fleur; il m'a rien fait de toutes les choses de ce genre qui me déplaisent tant., et cependant il me semble qu'il m'est dévoué plus que tous les autres.Auprès de lui, je me sens si bien protégée!.Où il me dirait d'aller, j'irais, car je suis sûre qu'il ne pourrait rien me demander qui fût mal! — J'ai peur, Lilian, que tu ne t'enthousiasmes trop pour M.Noris et qu'il ne vaille pas la peine d'être remarqué par toi! Tu sais, les Français sont légers, ils admirent les jolis visages, — et tu es bien jolie! ma Lilian, — et puis, en réalité, rien de sérieux dans leurs intentions: des hommages, des phrases, oh! des phrases surtout, voilà tout ce dont ils se montrent prodigues; puis quand nous les croyons bien à nous, ils nous tirent leur révérence, et adieu! Tout cela, Enid le disait surtout par malice.Elle regretta ses paroles quand elle vit Lilian tressaillir, la bouche serrée par une contraction douloureuse.Vivement, elle reprit: — Lilian, chère, pardonne-moi.Je te tourmente, et mes plaisanteries ne signifient rien du tout.N'y fais pas attention! Line fois encore, Lilian secoua la tête.—Je n'aime pas à t'entendre parler ainsi de.de M.Noris.— On eût dit que ce nom lui brûlait les lèvres.— Je comprends qu'il n'ait aucun motif de s'intéresser vraiment à moi.Il m'est tellement supérieur!.Qu'est-ce que je suis auprès de lui?.Line petite fille insignifiante.une enfant ! Enid devint très sérieuse.— Lilian, écoute-moi bien et crois-moi.Il n'y a ici, dans l'hôtel, personne, tu entends, personne, dont, au fond, M.Noris s'occupe comme de toi.Nous autres, nous ne comptons pas pour lui! Tu dois bien t'en apercevoir un peu.— Oui, fit Lilian, l'accent assourdi et pensif, je l'amuse peut-être.Il est très bon pour moi.Je ne puis lui demander rien de plus, je ne le peux pas, mais.— Mais?.répéta Enid penchée vers son amie.— Mais je sais bien que partout où il n'est pas, je me sens isolée, alors même que ceux que j'aime le plus sont autour de moi; et quand il sera parti, quand nous serons retournées en Angleterre.— Il faudra qu'il vienne t'y chercher, s'il ne veut point que miss Lilian soit bien malheureuse, n'est-ce pas, chérie?conclut Enid, abandonnant soudain le pied du lit où elle était si bien installée, car, à travers la porte, discrètement, une femme de chambre venait de la demander pour des ordres à donner.Pauvre petite Lilian! Elle était arrivée dans cet hôtel, quelques semaines plus tôt, sans que son âme, tout ensemble candide et passionnée, se fût jamais donnée,-et, auprès d'elle, lui témoignant une attention constante, s'était, depuis lors, trouvé un homme dont elle était trop intelligente pour ne point sentir la supériorité, qui l'avait conquise par cette supériorité même.Par lui, elle avait connu le plaisir infini de mettre sa pensée en contact avec une autre plus robuste, plus haute, plus puissante, qui la soutenait dans son vol.Et maintenant que les allusions trop claires d'Enid avaient, presque brutalement, précisé son rêve confus et délicieux, elle ne pouvait plus se cacher que jamais elle n'oublierait Robert Noris et ne rencontrerait d'homme auquel elle eût été plus entièrement heureuse de se confier pour toujours.Cependant il partirait bientôt peut-être; il la quitterait avec un simple mot d'adieu, un serrement de main rapide, tout au plus une parole de regret sur leur séparation.Soit; à l'avance, elle acceptait le déchirement de cette minute, mais jusqu'alors elle voulait jouir silencieusement, avec toute son intelligence et tout son coeur, de la présence de Robert.Elle eut un frémissement de plaisir quand, le lendemain, elle l'aperçut à la gare, où il était venu saluer encore, au moment du départ, la famille Lyrton.Il resta sur le quai, auprès d'elle, jusqu'au moment où le train s'ébranla.En même temps qu'elle, il envoya un dernier signe d'adieu à Enid, qui leur souriait, un rayon de malice au fond de ses yeux bruns.— Vite, Lilian, il faut rentrer maintenant, dit lady Evans, quand le dernier wagon ne fut plus qu'un imperceptible point s'affaçant de l'horizon.Alors, à travers la petite ville inondée de soleil, ils revinrent lentement tous les tro's, Robert ayant demandé à lady Evans la permission de l'accompagner.Et Lilian pensa tout à coup que jamais elle n'oublie-tait ce retour par les rues pleines de lumière, toutes riantes avec leurs échappées soudaines sur le lac d'un bleu intense.Les plus petits détails de cette promenade se gravaient dans sa pensée Pourtant elle avait la sensation de marcher en plein rêve et d'être absolument heureuse durant cet instant fugitif de sa vie.Elle eût voulu pouvoir demeurer ainsi des années, et encore des années, ayant Robert à ses côtés, écoutant résonner la voix mâle dont elle connaissait maintenant les moindres vibrations, sans crainte de se heurter à la brutalité cruelle d'un réveil soudain.Et un regret lui serra le coeur, quand elle aperçut, à travers les découpures du feuillage, la haute masse grise de l'hôtel, quand son pied foula les allées du parc.Sur le seuil même du hall d'entrée, une jeune femme se tenait, enveloppée dans une soyeuse pelisse de voyage, la petite toque couronnée d'ailes dégageant l'ovale parfait du visage, d'une blancheur mate.Les yeux fixés sur Lilian, elle la regardait approcher, marchant auprès de Robert.Celui-ci, occupé de sa seule causerie avec la jeune fille, avançait distraitement, si occupé qu'il ne remarqua point la voyageuse jusqu'au moment où celle-ci, retenant toujours autour d'elle les longs plis de son manteau, lui jeta, d'une voix très claire, presque mordante: — Bonjour, Robert ! Il releva la tête et s'arrêta: — Isabelle!.vous ici! — Moi-même, en personne, comme vous voyez, fit-elle d'un ton de badinage, lui tendant la main.Pensez-vous donc que Vevey soit votre domaine privé et que le commun des mortels n'y puisse pénétrer?— J'aurais bien mauvaise grâce à m'ac-corder cette prétention, dit-il du même accent qu'elle avait employé.Et si j'avais su que vous dussiez arriver, je.— Vous seriez venu au-devant de moi, n'est-il pas vrai?C'eût été vraiment gentil de votre part, car vous devez être fort occupé ici et ne point manquer de distractions.Elle avait achevé sa phrase du bout des lèvres, avec un singulier sourire, et ses yeux avaient glissé entre les cils vers Lilian qui montait l'escalier, enveloppée par la clarté d'une haute fenêtre.— Occupé?Absorbé?.Mon Dieu, je ne le suis pas plus qu'à Paris, quand j'ai le plaisir de vous voir chaque jour.Elle avait commencé l'attaque; elle ne s'étonna pas de la riposte et reprit en souriant : — Admettons que le mot "plaisir" n'est pas venu se placer dans votre réponse par un simple effet de politesse et laissez-moi vous annoncer que vous allez jouir du plaisir en question durant quelque temps.Il s'inclina légèrement.— Est-il indiscret de vous demander LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IQ.J-} 51 quel heureux hasard vous amène à Vevey?— Un hasard, oui!.Mais heureux! Le mot est tout au moins discutable.Vous savez que mon père fait une saison à Evian; et ma mère, bien résolue à l'y accompagner, m'avait entraînée à sa suite pour ne point se séparer de mes enfants dont elle ne peut plus se passer.Mais nous avions un temps abominable à Evian, très froid; ma petite Sabine s'y est enrhumée, s'est mise à tousser d'une façon inquiétante; le médecin m'a engagée à l'emmener dans une station plus chaude, sur l'autre rive du lac, et finalement m'a envoyée à Vevey.— D'où il suit que nous devons être reconnaissants à l'amour maternel de votre arrivée parmi nous, fit-il avec une imperceptible raillerie dans la voix qu'elle ne remarqua pas.Elle se trompait étrangement, si elle espérait qu'il ne pénétrerait point le vrai motif de son installation à Vevey.Il comprenait qu'elle s'était étonnée de l'y voir prolonger son séjour.11 se pouvait aussi qu'une chronique bavarde eût rapproché son nom de celui de miss Evans.Et cela avait suffit pour qu'elle vint, avide de savoir si elle devait redouter cette inconnue.A coup sûr, elle s'était préparée à soutenir toute comparaison, car elle était merveilleusement en beauté quand elle descendit pour le déjeuner, suscitant sur son passage cet insaisissable murmure charmé qu'elle adorait entendre.Durant tout le repas, elle se fit un amusement de causer avec Robert à demi-voix, comme pour mieux l'isoler des étrangers présents et affirmer hautement l'intimité naturelle que les liens de famille mettaient dans leurs rapports.Elle se sentait surtout joyeuse, parce qu'ainsi elle forçait Robert à détourner son attention de cette miss Evans, en qui elle avait, du premier regard, redouté une rivale.Mais de cette impression, elle ne voulait rien laisser voir.— C'est le modèle que vous rêviez à Paris, cette petite Anglaise?demanda-t-elle tout à coup à Robert, quand, quelques minutes après le déjeuner, Lilian sortit du salon.Voilà donc le pauvre petit papillon que vous avez disséqué.Vous l'avez bien choisi.en apparence, tout au moins.Mes compliments! Robert.Elle parlait d'un ton léger, allongée nonchalamment dans son fauteuil, ayant examiné Lilian, d'un coup d'oeil perçant, à l'ombre de ses paupières mi-closes.Robert n'avait pas relevé ses paroles, et elle continua, voulant l'obliger à répondre: — Savez-vous, mon ami, que je plains un peu cette petite.Peut-être a-t-elle attaché une certaine importance à l'intérêt dont vous jugiez à propos de la gratifier; et trouvera-t-elle fort désagréable, un jour, de découvrir que son cavalier assidu n'était qu'un observateur curieux.Quant à vous, j'imagine que vous m'êtes très reconnaissant de vous avoir, engagé à venir à Vevey.Il eut un étrange regard vers elle.— Je ne sais ce que l'avenir me tient en réserve comme résultat final de mon séjour en Suisse, mais, quoi qu'il en soit, je vous serai toujours, en effet, fort reconnaissant de m'avoir engagé à choisir Vevey comme champ d'observations.La jeune femme tressaillit.Pourquoi Robert parlait-il ainsi?Etait-il possible que, réellement, comme elle en avait eu l'intuition, cette jeune fille ne fût plus une indifférente pour lui?Là où, avec toute son habileté, son charme, son écla- tante beauté, elle avait échoué, une enfant de dix-huit ans allait-elle réussirl — Il éprouve pour elle une curiosité de dilettante, avait-elle pensé tout d'abord.Elle l'amuse et il l'étudié.L'amusait-elle seulement ?Quelques jours à peine après son arrivée, Isabelle ne pouvait pius le croire.Elle était trop fine pour n'avoir point saisi mille nuances délicates et expressives dans les égards qu'il montrait à la jeune fille, pour ne point se rendre compte qu'elle lui inspirait plus qu'un simple intérêt d'artiste.Et une colère sourde s'éveillait en elle contre Lilian.Elle était allée voir Mme de Grou-ville, avide de la questionner; et quand elle avait négligemment jeté dans la conversation la nom de Lilian Evans, elle avait entendu qualifier la jeune fille de "délicieuse enfant", lady Evans de "nature d'élite, de femme éminemment distinguée, toute dévouée à sa nièce orpheline".Et Mme de Grouville avait continué avec son impétuosité habituelle: "La chère créature ne sera heureuse que le jour où elle verra mariée sa pauvre petite Lilian.Ce qui ne sera point aisé!" avait-elle fini tout bas, comme pour elle seule.D'abord, Isabelle n'avait point pris garde à ces derniers mots surpris par son oreille attentive, non plus qu'au qualificatif inattendu ajouté par la baronne de Grouville au nom de la jeune fille: "Pauvre Lilian." Pourquoi?.Mme de Grouville avait-elle donc un motif de désigner ainsi celle qu'elle appelait "sa petite Lilian"?Isabelle fit tout à coup cette réflexion quand, le soir de sa visite, elle se retrouva seule dans son appartement, fiévreuse, irritée, parce qu'elle venait de constater quelle musicienne consommée était Lilian.Y avait-il donc quelque mystère pénible concernant la jeune fille que tenaient caché ceux qui l'aimaient?.Peut-être était-ce là le moyen sûr de séparer Robert de cette Lilian qui le lui enlevait.Mais qui questionner?.Comment savoir?Chez Mme de Grouville, une nombreuse société anglaise était reçue.Peut-être y rencontrerait-elle celui ou celle qui pourrait lui donner les renseignements qu'elle désirait soudain, avec une ardeur fébrile et méchante.Et, en vérité, le hasard la servait, car une nouvelle garden-party allait avoir lieu aux Cytises; elle pourrait donc commencer tout de suite cette espèce d'enquête vers laquelle elle se précipitait avec la passion d'une coquette atteinte cruellement dans sa vanité et qui, à n'importe quel prix, veut avoir sa revanche.Elle avait bien prévu; toute la colonie coimopolitc la plus choisie de Vevey était réunie chez Mme de Grouville quand elle y entra, deux jours plus tard, et elle fut bientôt aussi entourée qu'elle le pouvait souhaiter.Mais que lui faisaient, en cette minute, son succès de femme, cet empressement qu'apportaient les hommes à lui être présentés, puisque le seul qui l'occupât, Robert, n'était point là.Viendrait-il seulement!.Et, nerveuse, elle causait avec une animation qui lui donnait un incomparable éclat.— Est-il possible, comtesse, d'arriver jusqu'à vous?fit une voix derrière elle.Indifférente, elle se retourna et reconnut le baron Hure!, une façon de vieux diplomate aimable et insignifiant qu'elle voyait à Paris, chez Mme de Grouville.— Comtesse, quelle divinité hienfaisan-te vous amène ici pendant mon court passage à Vevey?En quelques mots, Isabelle lui eut répondu.Il l'écouta d'un air charmé, s'assit Ce charme irrésistible de la femme qui provoque l'adoration, le désir .les 3 SECRETS DE DERNY vous aideront à le posséder! 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Ce qui la rendait si séduisante, ce n'était point la robe qu'elle portait, mais ses yeux de fleur bleue, brillants de vie, sa carnation fine et splen-dire, ses lèvres rondes qui se relevaient si joliment sur les dents laiteuses.Isabelle le comprit et un désir aveugle de briser ce charme juvénile lui étreignit tous les nerfs.Ne venait-elle point aussi de surprendre le regard rapide de Lilian autour du salon cherchant Robert.Lui, absent, les autres n'existaient pas,- et Isabelle triompha de cette déception de la jeune fille.Puis envahie du besoin âpre de savoir tout ce que l'on disait de Lilian, elle se tourna vers le baron Hurel et demanda dédaigneusement, la désignant de son éventail: — Qui est-ce?— Cette jeune fille?une Anglaise, lady Lilian Evans.— Oui, je sais cela.Elle est au même hôtel que moi.— Au même hôtel aussi que notre ami Noris, fit le baron plissant avec malice sa bouche trop mince.Et tout écrivain psychologue, tout blasé qu'il est, Noris me paraît avoir pris rang parmi les admirateurs de cette jeune beauté, la plus remarquable de notre société, avant que vous fussiez ici, comtesse.Elle eut une faible inclinaison de la tête, et, l'accent bref, demanda encore: — C'est une héritière, n'est-ce pas?.de vieille famille?— Hum.hum.une héritière.Lady Evans a une immense fortune, mais sa nièce.Si j'en crois mes vieux, vieux souvenirs, — et encore ne pourrais-je rien affirmer, — le père de Mlle Evans, à ce que j'ai entendu dire en Angleterre, aurait été un assez triste personnage et n'aurait guère laissé des richesses à sa fille.— Ah! fit Isabelle avec un accent d'intérêt si vif que le diplomate se sentit tout aise de l'avoir ainsi captivée.Et, encouragé par ce début, il continua très empressé: — Mon Dieu, comtesse, personnellement je suis assez mal renseigné au sujet de la famille de Mlle Evans, que je ne connais pas, en définitive.Mais s'il vous était agréable d'avoir quelques détails sur l'origine de cette jeune fille, je suis tout à votre disposition pour vous les procurer, aussi complets que vous le désirerez.Je sais que lady Evans possède des domaines héréditaires dans le Cornouailles, et j'ai, en Angleterre, des amis, dans cette même région, qui me fourniront tous les documents possibles.VI Le courrier du soir était encore passé sans apporter les nouvelles qu'Isabelle attendait avec une impatience fiévreuse.Sur sa table, il y avait là les journaux que la femme de chambre avait apportés,-et des larmes de dépit lui montaient aux yeux devant son impuissance à empêcher que Robert et Lilian ne fussent chaque jour plus rapprochés l'un de l'autre par l'effet même de leur vie sous le même toit.— Et c'est moi qui stupidement ai engagé Robert à venir ici! pensa-t-elle mordant si fert la dentelle de son mouchoir qu'elle le déchira.Elle connaissait trop bien Robert pour ne pas être certaine que quelque chose avait changé en lui depuis le jour où il lui avait dit adieu à Paris, pour ne pas avoir acquis la conviction implacable et très nette que jamais maintenant elle ne l'amènerait à elle comme elle l'avait voulu.Et la vanité blessée, l'orgueil l'affolaient de jalousie, la pénétrant du désir invincible de le séparer de Lilian à tout prix.Heureusement, Robert allait partir pour quelques jours à Genève, où il avait promis depuis longtemps de faire deux conférences pour une oeuvre de charité, et elle profiterait de cette absence pour se rendre elle-même à Evian avec ses petites filles que sa mère souhaitait voir.Par la fenêtre ouverte, la brise lui apporta tout à coup les premiers accords par lesquels préludait un invisible orchestre.Ah! oui, il y avait concert ce soir-là dans les jardins de l'hôtel.Elle l'avait oublié depuis qu'elle demeurait là, dans son appartement, où l'avaient rappelée des ordres à donner au sujet de ses enfants.Et, pendant ce temps, Robert était en bas, dans le salon, auprès de Lilian! D'un mouvement brusque, elle se leva du fauteuil où elle s'était jetée, examina soigneusement, dans la glace, son beau visage, afin de voir si ses larmes n'y avaient point laissé de traces.Puis, rassurée sur ce point, elle descendit.La porte du salon n'était point fermée, et, du vestibule, elle distinguait nettement un groupe formé par Robert Noris et Lilian.La jeune fille était assise, la main posée sur un album entr'ouvert, les yeux levés vers Robert; il semblait lui donner une explication, et elle l'écoutait la tête un peu renversée, dans une attitude confiante et jeune.Son sang se mit à courir brûlant dans ses artères, et sans attendre plus, elle entra dans le salon.Mais son instinct de femme du monde était si puissant, la dominait si bien, que personne de ceux qui la virent traverser lentement la pièce, pour se diriger vers les deux jeunes gens, ne soupçonna la tempête qui grondait en elle.— Eh bien, miss Lilian, dit-elle avec un sourire de sa belle bouche frémissante, vous ne sortez pas ce soir?.Il fait si beau! Ne venez-vous pas écouter la musique dehors?Lilian hésita.Pourquoi sortir quand elle était si bien dans ce salon, Robert près d'elle?Mais le regard de la jeune femme errant avec insistance autour de la pièce presque déserte l'atteignit comme une insinuation malveillante.Elle se leva aussitôt.— Volontiers, madame, je vous accompagnerai, si vous le permettez.Robert intervint: — Vous ne pouvez aller dans le jardin ainsi.Il faut vous couvrir.— Est-ce bien nécessaire, croyez-vous?Je ne suis pas frileuse du tout.Pour toute réponse, très simplement, il prit l'écharpe de souple laine blanche jetée derrière elle sur le canapé, et l'en enveloppa avec autant de soin que l'eût pu faire lady Evans elle-même.—Et maintenant, je vous rends votre liberté, miss Lilian.— Vous ne nous suivez pas, Robert?demanda Isabelle, qui, la physionomie impassible et dure, avait contemplé toute la scène.— Excusez-moi, je suis obligé d'aller répondre à quelques lettres.Je vous rejoindrai tout à l'heure.La jeune femme inclina la tête et prit le bras de Lilian pour sorlir, comme si elle eût craint que sa compagne ne lui échappât.Elle ne chercha pas à se rapprocher des groupes déjà installés sur la terrasse ni des promeneurs qui arpentaient l'allée sablée, tandis que l'orchestre entamait un chant de valse, et s'assit avec la jeune fille presque à l'écart.Puis, d'un indéfinissable accent, elle commença: — Vous m'en voulez beaucoup, j'en suis sûre, de vous avoir privée de la conversation de Robert, qui paraissait vous captiver fort?— M.Noris était assez aimable pour répondre à mes questions sur le sujet de ses conférences à Cenèvc.— A'ors, miss Lilian, vous voici décidément en passe de devenir une vraie collaboratrice pour lui.Lilian sourit.— Moi?madame.Oh! je ne vois guère comment je pourrais jamais mériter un si beau titre! — Ma chère, laissez-moi vous dire que vous le méritez déjà, et rendez même grand service à Robert.Pour la seconde fois, un cri de surprise s'échappa des lèvres de Lilian.— Je lui rends service?moi?— Très grand service, je vous le répète, et je m'étonne même qu'il n'ait point songé à vous le dire et à vous remercier.En vérité, il est bien ingrat! Les yeux noirs d'Isabelle étincelaient dans la nuit.Elle devinait, palpitante d'une joie secrète, l'âme de la jeune fille, devant sa révélation; et elle fut envahie par une satisfaction cruelle, à l'idée qu'elle travaillait à éloigner Lilian de Robert.L'orchestre résonnait avec des accords éclatants et pressés; elle pouvait parler sans crainte d'être entendue par d'autres que par la jeune fille.Dépliant son éventail d'un geste léger, elle poursuivit: — Vraiment, Robert ne vous a point appris, dès le début, ce qu'il attendait de vous?.Il est étonnant!.Car enfin, ne le connaissant pas, vous pouviez supposer.bien des choses.le voyant ainsi sans cesse occupé de vous!.Je crois qu'il sera sage à moi de réparer sa négligence.Donc, figurez-vous que Robert écrit un roman pour lequel il lui fallait un type de jeune fille étrangère.Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler un peu de ses procédés de composition!.Vous savez qu'il étudie autant que possible ses caractères d'après nature, et met tout en oeuvre pour bien observer les personnes qui lui semblent l'incarnation des héros ou des héroïnes qu'il veut créer-Isabelle s'arrêta une seconde, cherchant à voir dans l'obscurité le visage de Lilian.La jeune fille n'avait pas bougé,- mais ses mains étaient jointes, très serrées l'une contre l'autre,- et ses grands yeux clairs demeuraient attachées sur ceux d'Isabelle avec une attention profonde.— Alors, madame?interrogea-t-elle.— Alors, ma chère, au moment où Robert m'a mise au courant de ses nouveaux projets littéraires, je l'ai engagé à venir faire à Vevey ses études sur les jeunes filles étrangères.et il a été bien récompensé d'avoir suivi mes conseils.puisqu'il vous a trouvée sur son chemin! LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1043 — Voulez-vous dire, madame, que M.Noris, m'ait fait la grâce de me considérer comme un modèle.à la disposition de sa curiosité?Un frémissement faisait trembler sa voix, Isabelle devina qu'elle était atteinte dans son âme, dans sa dignité fière,- et, impitoyable, elle poursuivit: — Dès le premier abord, M.Noris vous a considérée, ma chère miss l.ilian, comme un charmant petit modèle bien confiant, qui se laissait pénétrer de la plus aimable façon, choie que notre auteur a fort appréciée, je vous prie de le croire; il y gagnera, ce à quoi il tient le plus, un grand succès pour son livre.— De telle sorte que les modèles se payant si je suis bien renseignée, il ne me reste qu'à demander mon salaire?fit Lilian se levant toute droite, avec la sensation qu'une invisible étreinte lui broyait le coeur, y brisant quelque chose qui, peu d'instants plus tôt, chantait en elle comme un oiseau joyeux.Isabelle eut un haussement d'épaules; une flamme méchante brillait dans son regard.— Mon Dieu, quelle façon tragique, mon enfant, de prendre un fait bien simple et dont vous avez tout lieu d'être flattée.Vous serez tout bonnement immortalisée par ce prochain roman de Robert.Elle s'arrêta encore.Peut-être attendait-elle une réponse, un mot de Lilian qui lui prouvât qu'elle avait bien commencé son oeuvre de destruction.Mais la jeune fille s'était rassise, et Mme de Vianne distinguait seulement, découpé sur la nuit bleuâtre, son profil délicat, dont les lignes avaient pris tout à coup une rigidité étrange.De sa voix un peu chantante, Isabelle reprit encore: — Je serais désolée, miss Lilian, de vous avoir enlevé une illusion sur le compte de Robert.Mais un jour ou l'autre, vous auriez perdu la bonne opinion que vous avez de lui.Si vous l'avez pris pour un homme de sentiment, vous vous êtes bien trompée.Chez lui, le cerveau a absorbé le coeur.Voyez-vous, ma chère, il nous considère comme les petites filles considèrent les poupées qu'on leur donne.Et encore, certaines aiment les leurs!.Il nous étudie ainsi qu'il étudierait un jouet bien construit, plus ou moins original, amusant, dont il est intéressant de démontrer le mécanisme.Mais voilà tout ce qu'il nous donne; c'est du haut de ses observations qu'il nous contemple et nous juge.Il semble occupée de nous seules, attentif à nos moindres paroles, à nos gestes,- ses yeux ne nous abandonnent pas; et, naïvement, nous nous persuadons que nous sommes devenues tout pour lui!.Quelle sottise!.C'est l'auteur prenant de notes qui ne nous quitte pas., par métier,.l'homme, chez lui, a disparu devant l'écrivain.Du jour où il n'attend plus de nous aucune révélation, quand nous sommes devenues banales à ses yeux, nous pouvons être sûres de ne plus le rencontrer sur notre chemin.L'accent d'Isabelle résonnait plein d'une amertume sourde et violente, éveillée par la blessure de son orgueil féminin; et il était si sincère que Lilian frissonna.Tout à l'heure, des mots de protestation indignée lui étaient montés aux lèvres devant les insinuations de la jeune femme.Elle les avait arrêtés par un suprême effort de volonté, soutenue par l'instinct qu'elle ne devait point trahir la violence de son émotion.Mais maintenant sa foi en Robert s'écroulait sous le coup des affirma- tions d'Isabelle, car elle jugeait la jeune lemme à sa mesure, incapable d'un mensonge.D'ailleurs, Mme de Vianne connaissait Robert Noris de longue date; mille fois mieux qu'une jeune fille étrangère, elle savait ce qu'il était.Et ce cruel jugement qu'elle portait sur lui devait être vrai, affreusement vrai! Line révolte poignante grondait dans l'âme de Lilian, et le même frémissement ('ébranlait toute, que si on lui eût dit que Robert l'avait trahie.Ainsi, depuis deux mois, elle servait de modèle à cet écrivain; et, croyant trouver en lui presque un ami, elle lui avait naïvement laissé voir toutes ses impressions, elle lui avait larges ouvert sa pensée et son coeur, lui avait bien souvent permis d'y lire.Et peut-être, lui si perspicace, il y avait vu quelle sympathie irrésistible et chaude l'emportait vers lui.Alors il avait dû trouver amusant cet enthousiasme de petite fille, en suivre le développement., y trouver le sujet de notes pour son oeuvre-Dans la nuit, une flamme lui empourpra le visage.Seulement aussi, en dépit de toute sa volonté, une larme glissa sous sa paupière alourdie.Mais il faisait trop sombre pour qu'Isabelle pût le remarquer.— Comme vous êtes silencieuse, miss Lilian, fit la jeune femme, qui, du même geste distrait, continuait d'agiter son éventail.Elle se raidit contre le chagrin qui lui étreignait le coeur.— J'écoute la musique, madame; l'orchestre est excellent ce soir, dit-elle lentement avec un courageux effort pour que l'accent de sa voix ne la trahît point.Mais elle comprenait bien qu'elle ne pourrait longtemps conserver ce calme apparent.Heureusement quelques hommes s'approchaient et ils allaient rompre son douloureux tête-à-tête avec Mme de Vianne.— Mademoiselle Lilian, fit gaiement l'un d'eux, un Français, Paul de Gayres, grande fête ce soir à l'hôtel; l'orchestre nous promet autant de tours de valse que nous pouvons en souhaiter.Voulez-vous me faire l'honneur de m'accorder le premier?Danser! quand elle se sentait la poitrine pleine de sanglots! Pourtant elle répondit, trouvant même un faible sourire: — Bien volontiers, je vais écrire votre nom sur mon carnet, en tête de tous ceux qui viendront.Sa fierté, qu'Isabelle avait si habilement mise en jeu quelques instants plus tôt, la soutenait maintenant dans son angoisse.Ni Mme de Vianne ni lui ne devaient soupçonner ce qu'elle souffrait.Il fallait qu'elle demeurât la même; qu'elle se montrât très gaie afin que cette Isabelle sans pitié ignorât qu'elle l'avait désespérée.Et aussitôt elle se leva pour suivre, dans le salon, le jeune homme qui s'inclinait devant elle, lui offrant son bras.En traversant le hall, elle jeta dans la glace un regard furtif; elle avait peur que son visage ne fût bien altéré et qu'il ne le lemarquât.Mais elle était seulement très pâle, ayant à peine aux joues une frêle petite flamme rose, et ses yeux brillaient comme si un feu secret y eût brûlé.Autant qu'il lui fut possible, elle dansa durant toute la soirée, pour échapper à la moindre possibilité d'une conversation avec Robert.Elle qui, d'ordinaire, eût tout sacrifié pour une minute de causerie! Mais une fois cependant, comme, dans l'intervalle de deux valses, elle s'était assise, toute brisée par l'émotion éprouvée, elle (S.V.P., Usez la suite en page 28) GM-4J-1-R et jeune Le soutien-gorge GOTHIC Cordtex protège délicatement la beauté tendre de la poitrine.Il moule la chair souple en courbes jeunes, mais ne la comprime pas.Il diminue la tension sur les tissus délicats.Les femmes en uniforme, les femmes qui font de longues journées de travail de guerre .toutes ont besoin de l'appui d'un soutien-gorge Gothic.Les lignes tombantes fatiguent et vieillissent.ODELE POUR TOUTE CORPULENCE LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1943 0 54 OÙ EST LE SODA À PÂTE7 ,+\-, _ IM»H.I>TION—L* Soda a Pat* "Cow Brand" est du bicarbonate de soude pur — on peut l'employer quand est requis ce remède dans les cas d'Imdlgestion hyperacide — une dwml-cutlilerée a thé dan» la moitié d'un venre d'eau froid*.MAL I>E T.S « I | possible) Il lies herbes f tir «nui | ou i.Mill.A ~ou|>e de je misse (de •«1 et poivre De la pâte à petits pains chauds, prépa rée selon votre recette favorite.Faire revenir dans la graisse l'oignon haché fin, ajouter la viande, le bouillon et les con dmients.Laisser refroidir.Abaisser la pâte à petits pains en un grand rectangle.Etendre dessus la viande préparée.Rouler comme un gâteau roulé et cuire dans un four d'abord chaud, et ensuite modéré.La cuisson sera plus ou moins longue selon qu'on aura employé de la viande cuite ou crue.Pain de inandt S-Z llj de boeuf cru S lb de porc I oeuf t e.A soupe de KralSMe I lasse de pain '•4 II» de veau cru "*i 1b.Jambon I oinrnon I e.A soupe de pénal hache I e.A thé d'épices mélangée* Sel, poivre, bouillon Passer la viande au hache-viande.Faire revenir l'oignon dans la graisse, l'ajouter à la viande ainsi que le céleri coupé en dés, le persil, les épices, l'oeuf battu et le pain trempé dans de l'eau bouillante et égoutté.Bien mélanger.Verser dans un moule graissé ou mieux encore, garni de bardes de lard.Décorer de bardes de lard et de feuilles de laurier si on peut se les procurer.Cuire dans un four modérément chaud, 1 heures ou 2 heures et demie.Arroser d'un peu de bouillon et recouvrir si la viande se dessèche trop pendant la cuisson.Laisser refroidir avant Je démouler si le plat doit se manger froid UN PEU DE JAMBON.BEAUCOUP DE SAVEUR Grâce à la MAGIC y 1 tasse de restes de jambon sert 6 personnes titrai»* * s» tarin' jei"-5" * ' Are » P»tc Cl , „e poudre.» » , o0- Lj.incorpore ^ p.vte éxv-' Suis 11 u -°ioi Renverse ^PoipuUn.l« « possible- » SJOr.oua t \ pouce- MOINS d'une livre de jambon et, cependant, cette merveilleuse recette vous permet d'obtenir 6 portions d'un mets que vous pourrez servir même à vos invités! 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mais, si on compte le prix pour de bon, il revient à quelques sous l'application.Les vendeuses peuvent d'ailleurs donner à la cliente le nombre approximatif de traitements que fournit un pot.Cela donne une idée plus juste du coût réel, et aussi de la quantité à employer chaque fois.On découvre souvent alors, que la parcimonie est la meilleure politique de beauté.Quant à celles qui croient vraiment ne pas pouvoir se payer un pot de masque, tout n'est pas perdu.Un masque, fameux partout dans le monde, est à base de levure On peut s'en préparer un équiva- longtemps, la rougeur plusieurs heures C'est ce qui fait le teint animé.* * * Quelquefois, le miraculeux cosmétique a un arôme et une couleur appétissantes Tel ce masque à base de fraises, paraît-il.Un autre est juste frais Un autre encore, qui séduit par sa couleur tendrement rosée, se délaie, un traitement à la fois, à même les ingrédients fournis.Le chimiste qui l'a inventé prétend que c'est là If seul moyen de donner à la peau le bain d'oxygène qui, selon lui, est le meilleur tonique.Enfin il y en a, et des meilleurs, qui ressemblent.à de la cire a plancher, et pas de la bonne.Mais le teint qu'ils réussissent est une merveille! Surtout, il ne faut pas se passer des bienfaits de ce genre de produits parce lent modeste — sans le coloris et le parfum de l'original, mais efficace tout de même — en délayant un carré de levure avec de l'eau fraîche pour en faire une crème épaisse que l'on étend sur le visage et le cou.S'il en reste un peu, faites-en profiter vos pauvres mains toutes brunes à la fin de l'été.Reposez-vous pendant que sèche l'enduit — une vingtaine de minutes et enlevez avec de l'eau tiède.Une chose qu'il ne faut pas oublier, quand on offre un traitement à son visage, c'est ce jaloux de cou.Donnez-lui aussi sa juste part de la crème ou ce sera tant pis pous vous.Il se vengera en étant plus jaune que jamais et ce sera d'autant plus laid avec un visage frais.Et puis, surtout: suivez à la lettre les conseils du fabricant! Barbara Golding, favorite de la société, en plus de ses études universitaires sur le« questions sociales, travaille à la section d'imprimerie des chantiers de Vancouver.Barbara a le teint clair et elle préserve sa fraîche beauté en se donnant chaque jour — un Cocktail Woodbury."Je préfère le Savon Woodbury", dit-elle, "parce qu'il m'assure une peau lisse et douce." Une Exquise Débutante Aide à la Main-d'Oeuvre .et conserve la fraîcheur et la féminité de son teint grâce au Cocktail Facial Woodbury i 1."Réhabiliter nos miséreux est aussi un travail de guerre", dit Barhara Des soins de la peau elle dit."Quand la suie ternit mon teint, j'ai recours au Savon Woodbury." 2."Une mousse parfumée de Savon Woodbury — et ma peau perd cet aspect terne.La riche mousse emporte toute pous sière.Je rince à l'eau froide et mon teint reprend son éclat " 3.A la section des plans, Barbara vend des timbres de guerre.Sa beauté attire les acheteurs.Un lénitif rare ajoute à la douceur de son savon préféré—\X'oodbury.4.Fait pour la peau.Woodbury net toie en douceur, déblaie les pores.N'irrite pas la peau la plus tendre.Pour la "Peau Douce au Toucher" achetez Woodbury aujourd'hui! 1l>C SECONDEZ VOS SOLDATS — ACHETEZ BONS KT TIMBRES DE Ol EMU (Fabrication Canadienne) LA REVUL MODfcRNL — OCTOBRE 64 Soulagement et Confort t: CAS D'URGENCE Quand vous avez souvent des coupures, égrarignurc-s, brûlures, meurtrissures, etc., à soigner, il est bon d'avoir sous la main un pot de Gelée de Pétrole 'Vaseline'.Aujourd'hui, la inarque Vaseline' est une garantie de pureté et de qualité tout comme elle l'a été depuis trois générations.Faite par Chruutés, St-ZucbArie, Que.Crème Orientale G O U R A U D La Crème employée par Je» grandes vedette* de 1» «cène el de l'écran.Votre jrlace toqs monLrer» ¦a» effets bien/misante.7 Blmnt.Ckmlr.RorAW.San-Teti de ses lèvres et de son regard!.Mais quelle raison, quel prétexte donner pour qu'il ne songeât point à la suivre?.Dans son esprit surexcité, rempli de fièvre, les idées tourbillonnaient; une seule demeurait claire, obsédante et très nette: empêcher Robert d'apprendre la vérité-Tout à coup, un moyen sûr lui apparut de l'éloigner d'elle,- et incapable de raisonner, emportée par l'élan d'un irrésistible désespoir, elle écrivit: "Vous souvenez-vous qu'une fois, — nous étions dans la montagne, — vous m'avez reproché d'être trop fière?Vous aviez raison, je le savais; je le sais plus encore aujourd'hui.Ce matin, je vous ai cru quand vous m'avez dit que vous ne vous intéressiez plus à moi seulement par curiosité.Maintenant je n'ai plus foi et je sens que ma confiance est bien morte.Désormais, quand je vous verrais auprès de moi, je ne pourrais m'empêcher de penser que vous m'observez afin de prendre des notes pour vos romans.Nous nous sommes trompés l'un sur l'autre.Mieux vaut nous séparer dès maintenant.Une grave et subite raison nous oblige à partir avant votre retour.Il est bien qu'il en soit ainsi.Adieu, pardonnez-moi et oubliez-moi.Je vous jure que j'agis en ce moment comme je crois devoir le faire." — Est-ce que je vais signer le mensonge que je viens d'écrire pensa-t-elle avec une sorte d'horreur.Pourtant elle se pencha encore vers la table et traça le nom que, le matin même, il lui donnait: Lilian.Puis elle mit l'adresse.La même crainte affolante l'emportait qu'il en arrivai à la mépriser, s'il savait.Et cette impression était si forte que, fiévreusement, elle sortit de sa chambre pour jeter la lettre dans la boîte de l'hôtel, afin que la distance fût tout de suite établie entre eux.Mais, quand elle revint, cette énergie factice l'avait abandonnée.Anéantie, sans force, elle se jeta sur son lit.La porte de sa chambre s'ouvrant tout à coup lui fit à peine soulever les paupières.Sur le seuil de la pièce apparaissait lady Evans encore habillée de ses vêtements de sortie.Elle tressaillit à la vue de Lilian étendue toute blanche sur le lit: — Lilian, chérie, qu'y a-t-il?L'enfant se redressa et serra ses doigts minces les uns contre les autres.Elle ne pleurait toujours pas; seulement, ses yeux bleus semblaient devenus immenses dans l'altération de son visage souffrant.— Oh! tante! tante! fit-elle passionnément, je comprends maintenant pourquoi.le mariage dont je vous ai parlé ce matin vous paraissait impossible.Ah! vous aviez raison.trop raison! — Lilian, mon enfant chérie, que vous est-il arrivé?questionna avidement lady Evans, effrayée de l'accent désolé de cette voix qu'elle avait entendue si joyeuse quelques heures auparavant.Avez-vous reçu de mauvaises nouvelles de M.Noris?Lilian se souleva un peu de nouveau sur son oreiller, les yeux perdus dans ceux de lady Evans.— Non, je ne sais rien de.de lui.Mais tantôt, j'étais tourmentée, inquiète parce que j'avais deviné que vous voyiez un obstacle à.mon bonheur.Alors j'ai questionné Bessy, et, sans le vouloir, la pauvre femme! elle m'a appris toute l'histoire du passé.Oh! tante, c'est horrible! — Elle vous a appris.Comment a-t-elle osé?— Qu'importe!.Aujourd'hui ou plus tard, la vérité devait toujours m'être révé- rée, murmura Lilian du même ton brisé Lady Evans la serra contre elle.L'émo tion l'étouffait.— Mon enfant chérie, dit-elle tout bas, ne vous découragez pas ainsi.Tout n'est pas perdu.Si M.Noris vous aime réellement, il songera que vous n'êtes point responsable des actes de votre père, et il les oubliera par tendresse pour vous.Lilian secoua la tète d'un mouvement de révolte.— Oh! je ne veux pas qu'il sache la vérité.Je ne le veux pas.Je ne pourrais me résigner à être dédaignée par lui ou épousée par pitié.Et puis, dès qu'il s'agit de questions d'honneur, les hommes n'ont plus le droit d'hésiter.Je ne veux pas mettre à l'épreuve l'affection qu'il a pour moi.Oh! tante, emmenez-moi avant qu'il soit de retour!.Lady Evans enlaça l'enfant plus étroitement encore, elle sentait qu'à cette heure rien ne pourrait apaiser son infinie détresse.— Oui, nous partirons, ma bien-aimée.Nous ne verrons M.Noris que quand vous le voudrez.Calmez-vous.Et, pareils à des baisers de mère, les baisers de lady Evans couvrirent le pauvre petit visage inondé de larmes tout à coup VI Le vapeur filait rapidement vers Vevey, et Robert Noris arpentait le pont, impatient de voir apparaître la petite ville que voilait un brouillard léger.Il venait d'obtenir, à Genève, un éclatant succès d'orateur.Jamais il ne s'était montré plus original, plus charmeur, plus captivant; jamais sa pensée n'avait été plus haute, soudain dégagée du pessimisme railleur dont elle était d'ordinaire attristée.Un vrai triomphe reconnaissait ses critiques mêmes, triomphe devant lequel il était resté distrait et indifférent, tant l'unique intérêt de son existence était aillleurs concentré.Rien mieux que cette séparation de quelques jours ne lui eût mo.i'.ré quelle place Lilian occupait maintenant dans sa vie,- et lui-même tressaillait en y songeant, tandis que, debout sur le pont, il regardait fuir l'eau mouvante A n'en pouvoir douter, il savait désormais que ce n'était pas un attrait fugitif qui l'entraînait vers cette enfant.Telle qu'il la connaissait, il espérait presque la trouver tout à l'heure, sur le quai, pour l'arrivée du vapeur.— Vevey, Vevey — grand hôtel! Vevey' répéta le capitaine.Le bateau stoppait.Les yeux chercheurs de Robert coururent sur les groupes qui stationnaient au débarcadère; mais ils n'aperçurent point la silhouette élégante et jeune de Lilian, et ne rencontrèrent point son regard brillant sous le petit chapeau masculin.Rien que des visages étrangers ou indifférents autour de lui; et, à l'imperceptible sensation du froid qu'il en éprouva au coeur, il comprit à quel point il avait espéré la voir dès la première minute de son retour à Vevey.Il regarda l'heure; le bateau avait du retard.Quand il allait arriver à l'hôtel, elle serait au diner de table d'hôte et il ne pourrait l'aborder qu'au milieu d'un monde curieux.Mais enfin il la verrait.— Lady Evans est encore dans la salle à manger?Ce fut sa première question, quand il pénétra dans le hall brillamment éclairé.— Lady Evans?.Mais madame et mademoiselle sont parties, monsieur.— Parties?.vous dites parties?— Oui, Mi 11 u m, 11n-r matin même, pai le premier train.Robert, d'un geste machinal, pitta I.m.un in ion front avec l'idée qu'il rj comprenait pas les paroles qui lui étaierr adressées.— Elles sont allées en excursion?.Elle vont revenir?insista-t-ll.— Ohl je ne pense pas, monsieur.Lad> Evans a dit que l'on pouvait disposer dr son appartement et tous les bagages on été emportés.Et il ajouta, dominé par cette volonté de savoir qu'il sentait en Robert Noris: — Ces dames ont, paraît-il, reçu dt-lettres qui les rappelaient subitement en Angleterre.Robert eut un léger signe de tète, n une sorte de sourire étrange effleura sa bouche à la pensée qu'il en était à solli citer les renseignements d'un domestiqua sur sa fiancée.Par un suprême effort dr volonté, il parvint à rester absolument maitre de lui et dit, la voix presque indil férente et calme: — Vous aurez l'obligeance de me don ner l'adresse actuelle de lady Evans.— Nous ne l'avons pas, monsieur; lad\ Evans ne nous l'a pas laissée; et nou-avons même ici plusieurs lettres pour elle que nous ne savons où lui renvoyer.— Des lettres! fit Robert, songeant a celle qu'il avait écrite à lady Evans.Ne l'avait-elle pas vue?Et d'un accent si impératif que le do mestique n'osa répliquer, il ajouta: — Montrez-moi ces lettres.Il en est une que j'ai adressée de Cenève à lady Evans, et j'ai besoin de savoir si elle l'a reçut avant son départ.L'homme obéit et, parmi les enveloppes qu'il rapportera bientôt, d'un coup d'oeil, Robert distingua celle qui venait de loi.Ainsi lady Evans n'avait pas eu connais sance de la demande qu'il lui adressait! Un ébranlement secoua ses nerfs,- il pnt le papier cacheté, et du même ton bref et absolu qui rendait toute observation impossible, il dit au domestique: — Cette lettre est de moi.Je la ferai parvenir moi-même à lady Evans, dès que je saurai où la lui adresser.Et d'un pas lent, il monta dans sa chambre.Lilian partie! tandis qu'il était absent sans un mot pour lui dire où elle se ren dait!.Mais, après tout, était-ce bien san* un mot qu'elle était partie?Dans son appartement, sans doute, il allait trouvei un billet d'explication.Comment n'avait il pas immédiatement pensé à cette pro habilité si évidente.Et il avait bien deviné; au-dessus menu des lettres et des journaux arrivés en son absence et amassés sur son bureau, s'éta lait une enveloppe sur laquelle une écn ture anglaise avait tracé son nom en ca ractères rapides qu'on eût dits pleins dr fièvre: l'écriture de Lilian.Il déchira le cachet et lut.une fois, puis deux, pun une troisième encore, et à demi-voix, il répéta lentement d'un accent monotone e distinct certains mots du billet: "Je n'a plus confiance.Nous nous sommes trom pés l'un sur l'autre.Mieux vaut nou-séparer." C'était elle, Lilian, qui avait écrit ces lignes Mais c'était impossible, impossi ble!.Il lisait mal! il ne comprenait jjas ' Il était fou de croire à de semblable-paroles! Et pourtant?.Il reconnaissait bien la son écriture, haute et droite, — moins qu'à l'ordinaire cependant! — sa signature LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Q43 67 ilian", avec cette seule différence qu'au-ird'hui un trait dur, écrasé, finissait le dernier caractère du noml Quelqu'un lui avtlt dicté cette lettre froide et cruelle, la lui »vait imposée, niais elle ne l'avait pas I nséc, elle qui, trois jours plus tôt, ré-p indait, vibrante d'émotion, à la prière |i imble et suppliante qu'il lui adressait de devenir sa femme.Qu'avait-il pu survenir?Etait-il vrai, rappel subit en Angleterre!.Ou bien l.idy Evans, s'opposant pour un motif quelconque au mariage de Lilian avec lui, ivait-elle emmené la jeune fille?.Mais aiment croire cela?.Lilian était ferme (i loyale autant qu'un homme eût pu l'être.Elle ne se fût pas laissé entraîner ainsi, après sa parole donnée.Alors c'était Mûrement qu'elle était partie?.Quelqu'un avait-il dont entrepris de les séparer, de la lui enlever?.Isabelle, peut-être?Violemment, il sonna et demanda: — Mme de Vianne est-elle de retour?— Non, monsieur, Mme la comtesse de Vianne est encore absente.Elle a seulement annoncé son arrivée pour ce soir ou demain matin.— Et elle n'est pas revenue à l'hôtel depuis trois jours?— Non, monsieur, fit encore le domestique, qui, tout en g?rdant une tenue respectueuse, considérait Robert avec surprise.— C'est bien, merci Vous pouvez vous retirer.Fiévreusement, il se prit à marcher dans chambre, l'âme étreinte par le mystère de ce départ.Un fait existait, défiant toute discussion.Lilian lui avait promis de devenir sienne, et le lendemain même, pendant qu'il était absent, elle s'était éloignée après lui avoir rendu sa parole! Pourquoi?.C'était ce pourquoi qui lui torturait l'esprit, surexcitant ses nerfs et sa pensée, devant l'impossibilité d'obtenir une réponse.Tout d'abord, il avait cru impossible que l'étrange lettre de Lilian fût l'exnre"->ion de la vérité.Mais, en définitive, pourquoi refusait-il d'admettre l'évidence?Avec sa nature loyale et fière, Lilian avait dû être profondément afteinte par les révélations d'Isabelle.Il avait cru avoir cicatrisé cette blessure; mais leur dernier entretien avait été si court! Comment pouvait-il être certain qu'en écoutant sa prière, elle n'avait pas voulu seulement mettre un baume sur le coup reçu par sa fierté.Si elle l'avait aimé, eût-elle disparu ainsi; n'eût-elle pas oublié sa dignité froissée, elle qui était d'âme si tendre?.Et la conclusion de l'analyse qu'il pour-uivait âprement s'imposait à lui dans sa ruelle évidence.Lilian Evans avait été 'lattée, dans son orgueil féminin, de I'at- ention que lui montrait un homme qui T'était pas, à ses yeux, le premier venu: •Ile ne l'avait pas aimé.II en eut soudain la pensée décevante.La foi qu'il -était obstiné à conserver en elle crou- lit, et son scepticisme des mauvais jours enaissait, reprenant l'oeuvre de destruction.Ah! toutes les femmes étaient bien pareilles, des êtres pétris de vanité, même elles qui paraissaient les plus franches, même celles qui semblaient posséder des imes fraîches de petite fille.Et lui qui, par métier, savait cela, qui les avait étudiées et jugées avec une pénétration implacable, il s'était laissé prendre comme le plus na?f et le plus inexpérimenté des hommes.—Et maintenant, il ne me reste plus qu'à l'oublier, fit-il avec un hautain mouvement d'épaules.Avec du temps et de la volonté, j'y arriverai bien.Sur sa table de travail, il aperçut, enfermée dans son enveloppe, la lettre qu'il avait écrite à Genève pour lady Evans ; et une contraction douloureuse crispa sa bouche.Il prit le papier qui avait enfermé l'expression profonde de tout son espoir, le déchira, en alluma les débris à la flamme tremblante d'une bougie et, au hasard, jeta, dans la nuit, les cendres mortes.Puis il revint vers son bureau.Le travail seul était capable d'engourdir un peu cette âpre douleur qu'il éprouvait; rassemblant toute sa volonté, il s'assit, résolu à écrire,- mais c'était son propre coeur qu'il scrutait, l'interrogeant sans pitié, l'obligeant à confesser le découragement, l'amertume affreuse dont il était envahi.Vainement aussi, il s'efforçait d'oublier Lilian telle qui l'avait connue.H la revoyait durant les promenades, alors qu'elle marchait auprès de lui de son pas vif, léger comme un vol d'oiseau,- il la revoyait, grave et recueillie, dans la petite église de Vevey; puis, dans le salon de l'hôtel, assise à sa place favorite, près d'une fenêtre, sa tête blonde un peu levée vers lui, l'interrogeant de son regard charmant.Mais surtout, avec une ténacité obsédante, il l'apercevait au château des Crêtes, un peu penchée sur la balustrade de la terrasse, une gerbe de fleurs sous ses mains dégantées, la lumière avivant sa fraîcheur éblouissante, ses lèvres chaudes entr'ou-vertes sur les dents laiteuses.Là, dans son bureau, il avait, soigneusement enfermé, les feuillets qui composaient le "livre de Lilian"; et tout à coup, il se leva, prêt à les réduire en cendres comme la lettre.Mais il s'arrêta avec un sourire de suprême ironie.— Ce serait un crime, murmura-t-!, de hrûler des documents si précieuxL.Et il se remit à écrire.Le lendemain, le domestique, entrant dans sa chambre, l'avertit que Mme de Vianne venait d'arriver.Voir Isabelle?.Il le pouvait maintenant.A quoi bon?Qu'était pour lui Lilian désormais?Toute la nuit n'avait-il pas été dominé par la résolution de respecter la distance qu'elle avait mise entre eux?.Et pourtant quel besoin ardent s'agitait sourdement en lui d'interroger Isabelle au sujet de la jeune fille! — Je l'aime toujours autant! dit-il à demi-voix, considérant fixement dans la glace son visage altéré par les émotions de la nuit, et je ne songe qu'à acquérir la preuve que sa lettre ne contenait pas la vérité entière! Avec une impatience nerveuse qu'il ne se dissimulait pas, il attendit l'heure où il lui serait possible de se présenter chez la jeune femme.Chose étrange, on eût dit qu'elle prévoyait cette visite et avait tenu à se montrer à lui, une fois de plus, aussi belle qu'elle savait l'être.Quand il entra, elle était debout devant la cheminée, arrangeant des gerbes de roses, drapée dans une sorte de déshabillé de crêpe de Chine jaune pâle; une ceinture byzantine retenait à demi les plis souples autour de la taille, et les bras admirables se dégageaient de l'ampleur des manches ourlées de fines broderies.Mais si elle avait espéré charmer ainsi Robert, elle dut être bien trompée dans son attente II ne parut point remarquer l'éclatante beauté de la jeune femme et serra d'un geste distrait, tout en s'infor- mant de son voyage, la main qu'elle lui tendait.— Il a été excellent, je vous remercie.Je suis revenue par I m anne avec les de Moussy; nous avons couché à Beau-Rivage, ce matin, j'ai repris le vapeur, et me voici de nouveau débarquée à Vevey., où m'attendaient toute sorte de nouvelles intéressantes!.— Vraiment?Aussi clairement que s'il eût pénétré dans la pensée même de la jeune femme, Robert savait qu'elle allait lui parler de Lilian — Tout d'abord, la disparition de vos.amies Evans.Elle s'était un peu arrêtée avant de prononcer le mot "amies", et elle l'avait dit ensuite d'une façon dédaigneuse qui en faisait une véritable insolence.Il sentit l'attaque, et sa voix devint brève et froide: — J'ai, en effet, appris hier soir, en arrivant ici, que lady Evans et sa nièce n'étaient plus à Vevey.— Et vous avez été surpris, désolé de ce départ?.Voyons, avouez-le! dit-elle, la bouche railleuse et souriante, se renversant un peu dans son fauteuil.Vous m'aviez l'air, en votre qualité d'homme illustre, de vous trouver fort avant dans la faveur de ces dames.FI dédaigna de relever le propos, et dit lentement: — J'ai, comme vous le devinez très bien, été fort surpris.— En vérité?.Eh bien, moi, je ne l'ai pas été du tout! — Parce que vous étiez au courant des projets de ladv Evans?— Moi?.Mon cher ami, vous rêvez, j'imagine.A quel propos aurais-je reçu les confidences de lady Evans?— Isabelle, reprit-il, je vous prie de croire que je n'ai nulle intention de vous froisser ou de vous offenser., mettez le mot qui vous conviendra., en vous adressant une question; mais j'ai besoin de savoir si, depuis le moment où j'ai quitté Vevev vous avez parlé écrit oiï fait écrire à miss Lilian ou à lady Evans ei.e-même.Une faible rotreenr courut sur la peau mate de Mme de Vianne.— Mon Dieu! quel ton solennel pour peu de chose.Vous faut-il un serment?.Je vous jure que je n'ai ni parlé ni écrit à l'une des deux personnes anrrruelle?vous vous intéressez si particulièrement.Et maintenant que vous êtes tranquillisa sur ce point, voulez-vous me permettre de vous dire que je suis, sinon offensée, grâce à vos précautions oratoires, du moins peu flattée de voir à quel deeré vous redoutez de me voir approcher votre jeune amie.Car j'imagine qu'elle seule vous occupe réellement.Il regarda la jeune femme bien en face; il devinait en elle, désormais, une ennemie sans pitié.— Ne pensez-vous pas, Isabelle, que j'aie quelque droit de craindre les entretiens que vous pourriez avoir avec miss Lilian?Elle se redressa, le bravant d'un sourire insolent: — Pourquoi?.Parce que, l'autre soir, j'ai eu la charité d'avertir cette petite fille du rôle que vous lui faisiez jouer.H était temps,- elle prenait au sérieux vos attentions et était en passe de croire que.— Que je l'aimais, n'est-ce pas?Elle ne se trompait pas, Isabelle,- il n'y a maintenant personne au monde qui me soit cher comme elle VAISSELLE A LAVER * RENVOI B0UCHË_ vite,h GILLETT! 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Immédlate-nierv 4 M.T.Julien.Casier 25.Station T.Montréal.LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IO43 45 70 moi, qui le matin même eusse été charmée de lui être désagréable, je me suis efforcée de lui donner sur toi tous les détails dont je me souvenais.Ils avaient l'air de lui paraître si bons à entendre! et je voyais bien qu'il s'intéressait à toi, Lilian, comme à Vevey.Aussi je ne comprenais plus, je ne comprends plus ce qui se passe entre vous.De même que toi, il >emb!e changé! Chérie, ne veux-tu plus m'accorder ta confiance?Dis-moi ce que ru souhaites que je fasse.Tu sais bien que je te suis dévouée du fond du coeur " La lettre retomba sur les genoux de Lilian.En elle, venait de se réveiller plus ardent que jamais l'irrésistible désir de ne plus soutenir son rôle d'indifférence aux yeux de Robert, de lui révéler qu'elle ¦.'était éloignée seulement pour un motif urave, si grave que ses lèvres n'avaient pu se résoudre à le prononcer Et la tentation d'agir ainsi était si forte ?n elle, était tellement le cri de tout son être, que, machinalement, elle se leva pour aller écrire les mots qui se pressaient dans sa pensée.Mais son mouvement même l'arrêta.A quoi bon cette lettre! Ne regrettait-elle pas déjà bien amèrement celle qu'elle lui avait adressée ainsi, emportée par une folle et première impulsion.Si cette fois encore elle allait se tromper!.Attendre, elle devait attendre; et puis quand elle serait plus calme, elle s'efforcerait de faire ce qui lui paraîtrait juste et bien, elle demanderait conseil à lady Evans.N'était-ce pas déjà une douceur inespérée et suprême de savoir que Robert ne l'avait point rejetée tout à fait de sa pensée., même plus, semblait encore aimer à parler d'elle?.Etait-ce l'influence de la lettre d'Enid?le lendemain elle désira avec une sorte d'impatience fébrile le moment du courrier de midi.Mais l'heure passa, n'apportant rien pour elle.Il lui fallait maintenant attendre jusqu'au soir; et, sans qu'elle se le fût avoué, elle sentit bien que, durant plusieurs jours, ces apparitions quotidiennes du facteur seraient le seul intérêt de sa vie.Pourtant, que pouvait-elle espé-rerï Vers la fin de l'après-midi, elle sortit pour sa chère promenade de chaque jour dans la montagne, et quand elle fut assise à sa place accoutumée, elle prit la lettre d'Enid pour la lire, la relire, bien qu'elle 'a sût désormais par coeur.Mais soudain, brusquement, elle releva la tête, croyant avoir entendu prononcer son nom tout près d'elle; et ses mains Couvrirent et la lettre d'Enid glissa sur le sol.Debout devant elle, la regardant avec cette expression qu'elle n'aurait plus jamais espéré revoir, était Robert Noris.Elle se leva toute droite, incapable de dire un mot, de faire un geste, presque effrayée de cette réalisation d'un rêve cru impossible; mais son regard bleu avait un indicible rayonnement — Vous n'avez pas même une pauvre parole d'accueil pour moi, Lilian?.Etes-vous donc si irritée que je sois venu sans votre consentement?dit-il d'un ton bas et vibrant, sans cesser de la contempler, comme s'il eût eu peur qu'elle ne lui échappât encore.D'un seul coup d'oeil, il avait lu l'affreuse tristesse des jours écoulés sur le jeune visage effilé et pâli, dans lequel les yeux paraissaient immenses.Avant qu'il eût fini même de parler, d'un geste irréfléchi, elle avait mis ses deux petites mains dans celle qu'il lui tendait, ainsi que le matin où il l'avait quittée à Vevey.— Irritée?répéta-t-elle doucement avec une voix de rêve.Oh! non, il me parait si bon de vous voir!.Et pourtant.pourquoi, oh! pourquoi êtes-vous venu?.Qui vous a dit que j'étais ici?.— Votre amie, à Lugano.Elle n'a pas été sans pitié, comme vous! Elle a compris que, pour notre bonheur à tous deux, je devais vous parler, et elle m'a révélé où vous étiez cachée, Lilian, afin que je pusse venir vous demander pourquoi vous m'avez si durement repoussé.— Mon Dieu, mon Dieu! fit-elle remuée jusqu'au fond de l'âme par cet accent dont il parlait et qui résonnait plein d'une douceur grave dans ce grand silence de la montagne.Us étaient aussi seuls qu'ils l'avaient été à Vevey la dernière fois qu'ils s'étaient vus.— Lilian, continua-t-il du même ton,- — Il était debout devant elle, assise à sa même place, blanche comme sa robe, — Lilian, vous souvenez-vous qu'un matin vous m'avez promis d'être ma femme "dans la joie et dans la peine".?Et pourtant, vous vous êtes reprise tout de suite!.— Parce qu'il le fallait, dit-elle faiblement, et le flot des pensées torturantes monta soudain dans son âme avec une irrésistible force, dissipant la joie infinie et fugitive qui l'avait envahie à la vue de Robert.Le jour où je vous ai fait la promesse dont vous parlez, je croyais en avoir le droit; mais, le soir même, quand vous avez été là-bas, à Genève, j'ai appris que je ne pouvais devenir votre femme., qu'une raison très grave me le défendait.— Et vous n'avez pas voulu même me faire connaître cette raison!.Pourquoi, Lilian, ne m'avoir pas demandé ce que je pensais de l'obstacle auquel vous faites allusion?— C'était impossîble! fit-elle passionnément.— Et voilà pourquoi vous m'avez écrit des choses si cruelles, vous avez voulu me faire douter de vous! Pourquoi vous vous êtes calomniée?Elle l'interrompit: — Oh! pardonnez-moi.j'ai eu tort.mais je souffrais tant, je ne réfléchissais plus! Je savais seulement que je ne pouvais plus vous revoir, que je devais tout faire pour vous détacher de moi, pour que vous m'oubliiez, car, cela, il le fallait absolument!.Il gardait toujours les mains tremblantes serrées dans les siennes.— Lilian, répondez-moi, je vous en supplie.Aviez-vous donc pour moi si peu d'affection que vous acceptiez ainsi sans hésitation l'idée que nous ne nous retrouverions peut-être jamais?Elle avait une telle soif de sincérité que l'aveu jaillit de son coeur tout frémissant — Parce que votre bonheur m'était mille fois plus cher que le mien, je me suis résignée à être séparée de vous.Du moins, j'ai essayé de me résigner! Une sorte de sourire étrangement lumi neux passa sur la physionomie grave de Robert et détendit ses traits.— Alors écoutez-moi, Lilian.Vous m'avez demandé tout à l'heure pourquoi j'étais revenu?C'est que je ne vous avais pas rendu votre parole, moi, que je vous considérais toujours comme mienne et voulais retrouver mon trésor.Seulement.Il s'arrêta, se pencha vers elle, et sa voix devint basse et tendre comme s'il eût eu peur de l'effrayer.— Seulement, ce n'est plus Lilian Evans que je désire pour femme, mais Lilian Vincey.Elle se rejeta en arrière avec un cri d'indicible souffrance et cacha son visage dans ses mains.— Mon Dieu, vous savez!!! Oh! qui vous a dit?.— Alors vous pensez que je vous aurais ainsi laissée disparaître sans chercher à connaître le motif qui entrainait ma Lilian à se dérober à sa promesse?— Mais maintenant, vous le connais sez!.Pourquoi êtes-vous ici?.Pourquoi n'avez-vous pas eu pitié de moi et me rappelez-vous mon pauvre rêve fini?J'ai trop souffert, je n'en puis plus!.— Ma pauvre petite enfant, murmu-ra-t-il.Et il écarta les doigts minces qui voilaient le visage pâli.— Lilian, mon enfant chérie, regardez-moi.Vous me demandez pourquoi je suis venu vous trouver?Est-ce que vous ne le savez pas?.Est-ce que depuis longtemps vous n'avez pas compris à quel point je vous aimais.Et maintenant que je vous ai près de moi, aurez-vous le courage de me repousser?Elle eut la tentation poignante de répondre à cet amour qui s'offrait généreusement à elle en dépit de tout, d'oublier auprès de cet homme, prêt pour elle à tous les sacrifices, la douloureuse épreuve qu'elle venait de traverser, de s'abriter sous sa protection mâle et dévouée.Mais elle l'aimait trop pour ne pas songer à lui seul, malgré l'élan éperdu de sa jeune âme qui l'emportait vers le bonheur possible.— Oui, je dois vous repousser, reprit-elle, raidie contre son ardent désir.Je ne puis être votre femme! Je ne puis vous apporter un nom déshonoré.Je ne veux pas que vous puissiez être insulté peut-être à cause de moi.Dans Paris, tout le monde connaitrait bien vite cette cruelle histoire.Il passa la main sur son visage.Ce qu'elle disait là, durant des nuits entières, il y avait réfléchi depuis le jour où Isabelle de Vianne lui avait fait II terrible ri tion, depuis qu'en Angleterre, il avait appris tous les détails du procès de ChaH« Vincey.L'âme déchirée et irrésolue, il était arrivé à Lugano sachant y trouver encore la famille l.yrton, altéré d'entendre parler de Lilian.Etait-elle responsable, elle, lïri fant adorée, du crime de son père, le seul qui eût failli dans les deux vieilles et respectables familles dont elle descendait, el que lady Evans représentait aujourd'hui, toute la première, avec tant de dignité?Et cependant il avait hésité.Elle le eon naissait bien, Lilian, sévère, inflexible par nature sur les questions d'honneur, jaloux que pas une ombre ne passât sur sa répu tation d'homme.Il avait hésité malgrt la révolte de son amour, jusqu'au jour où les naïves confidences d'Enid lui avaitm révélé que Lilian souffrait, lui prouvani en même temps que la jeune fille avait tou jours ignoré la malheureuse destinée de son père.Alors, soudain, les scrupules hau tains qui l'arrêtaient avaient été emporté* comme des feuilles mortes par un tourbil Ion de tempête.Et maintenant qu'il l'avait revue, qu'il la retrouvait toujours la même, délicate jusqu'au scrupule, qu'il subissait de nou veau le charme de sa jeunesse franche passionnée et fière, il comprenait qu'au cune insulte ne serait capable de l'atteindre quand elle, l'aimée, serait auprès de lui.— Lilian, reprit-il avec la même tendresse absolue et grave, il ne faut plus songer au passé, ni à un malheureux homme qui a expié durement ses folies, mais à tous ceux de votre famille qui ont été des gentilshommes, à votre mère, dont le nom est sans tache.Il faut oublier, comme je le fais, cette triste histoire dont bientôt personne ne se souviendra plus 11 faut avoir confiance en moi surtout, ma Lilian.Je vous jure que jamais un mol offensant ne pourra monter jusqu'à vous Il vit qu'elle allait parler.mais il l'ar rêta d'un geste.Il ne voulait plus entendrt une parole de refus tomber des lèvres chères.Autour d'eux, c'était toujours ce grand silence qui permet aux âmes de se parler, à peine, au loin, une faible sonnerie de clochettes.La lumière se faisait plus douce et l'horizon se voilait sous l'approche du crépuscule.Dans cette brève minute de silence entre eux, Robert Nori< eut la vision rapide de son existence passée dont le vide l'avait si souvent accablé; et but, cet aliment suprême de la vie qu'il avait tant désiré rencontrer, il le possé dait enfin,- il lui était donné de se dévouer, jusqu'au sacrifice de son légitime orgueil d'homme, au bonheur d'un être cher.— Lilian, acheva-t-il, et sa voix réson nait suppliante, j'ai vécu longtemps isolé même au milieu de la foule, triste jusqu'au plus profond de mon âme, avec la conviction désolante que je dépensais inutilement mes heures,-.aujourd'hui, tout ce que je n'avais pas, tout ce dont le man que m'a si souvent fait souffrir, vous pouvez me le donner.Vous êtes toute m» joie, tout mon espoir; par vous seule, jf puis être heureux.Ma chère aimée, n'écoutez plus votre orgueil.Ayez piti< de moi, et, comme à Vevey, dites que vous serez ma femme.Elle avait courageusement lutté, mais elle était vaincue.Elle le regarda de ses yeux pleins de lumière,- et alors, sans un mot, elle vint s'abattre palpitante et brisée sur ce coeur de sceptique qu'élit avait rendu capable d'aimer et de croire, et qui lui appartenait désormais toat en tier.Les fiancées d'Alban Par Marthe Fiel LA REVUE MODERNE — OCTOBRE Chaque lois qu il y a rareté d un produit de grande consommation, il se trouve toujours des gens qui vous promettent de vous en procurer, contre espèces sonnantes.Cela est particulièrement \ rai lorsqu il s agit de boissons al( ooliqui On ne saurait trop engager le public à se défier de tels individus.Ce sont, à tous les points de vue.de mauvais citoyens, avec qui une personne qui se respecte ne devrait avoir aucune relation.S'ils font fi de la loi.ils connaissent les conséquences de leurs actes, et il est souvent regrettable que les sanctions se bornent à des condamnations judiciaires.— ce qui n est pas toujours le cas pour leurs clients.Les dangers auxquels s'exposent leurs clients sont beaucoup plus graves.lis prennent part à des actes illégaux et.en conséquence, ils s'exposent à des poursuites et à des sanctions pénales.Cela seul devrait suffire à mettre en garde toute personne intelligente, et plus particulièrement les personnes qui entendent conserver le respect et la confiance de leur famille, de leurs employés et de leur?amis.N'oublions pas que la police est bien faite.Au point de vue financier, si ces opérations illégales ne sont pas du vol pur et simple, c'est que les victimes s'y prêtent.De toute évidence, afin de se dédommager des risques qu'il prend, le vendeur clandestin trichera sur la quantité ou sur la qualité (et quelquefois sur les deux) et il exigera le plus haut prix qu'il puisse obtenir.Seuls les gens irréfléchis traiteront avec lui, et il abusera d'eux.Cependant, le côté moral et l'aspect financier ne sont pas les seuls à considérer.Les dossiers des ventes illégales révèlent des incidents révoltants; on y relève des cas de santé compromise et même des cas de mortalité.Ces dangers guettent constamment ceux qui achètent de la boisson dans ces circonstances-là.Aucun client d'un vendeur clandestin n'est assuré de l'immunité.On dira naturellement à l'acheteur que le produit qu'on lui offre a été fabriqué licitement, même qu'il provient de la Commission ou de quelque autre source offrant des garanties de bonne fabrication.Que ne lui dira-t-on pas.d'ailleurs, pour justifier le prix qu'on lui demande'' Toutefois, même l'homme d'intelligence moyenne devrait comprendre qu'on ne peut placer aucune confiance en un individu qui enfreint la loi en vue d'un avantage pécuniaire.Il est évident que la duperie est pour lui une pratique courante.Il peut arriver quelquefois que ces fins renards aient en mains des produits de la Commission.Mais cela est beaucoup plus rare qu'ils ne le prétendent.D'ailleurs, lorsque tel est le cas, voici ce qui se passe.Le produit est frelaté par l'addition d'un autre liquide contenant de l'alcool, ou bien il est étendu d'eau.Dans un cas comme dans l'autre, on demande pour cette boisson un prix ridiculement élevé, escomptant ainsi la confiance qu'inspire le nom de la Commission.Il est toujours probable que la boisson vendue illégalement est de provenance illégale.Il n'est jamais prudent de consommer, même en petites quantités, l'alcool de contrebande, et cela est aujourd'hui plus dangereux que jamais Il fut un temps où l'on pouvait se procurer facilement du métal, des appareils, des céréales et de la mélasse, avec lesquels on fabriquait économiquement un alcool brut qui.cependant, rendait souvent malade.Aujourd'hui, presque tout ce qui sert à la fabrication de l'alcool, même de l'alcool impur, est assujetti à des droits de priorité, rationné ou introuvable.Les appareils ont toujours laissé à désirer; cependant, quelquefois, ils étaient à peu près satisfaisants.Aujourd'hui, l'on ne peut absolument pas se procurer un appareil convenable.Il s'ensuit que les boissons distillées illégalement de nos jours sont plus que jamais dangereuses et de qualité inférieure.On doit se garder absolument d'en consommer.La question présente encore d'autres aspects.Non seulement le commerce illicite des boissons frustre la Province et le Dominion, mais encore il emploie des hommes qui devraient prendre part à l'oeuvre de guerre du pays.Ces produits menacent la puissance de travail et le bien-être de ceux qui en consomment au moment où la nation a le plus grand besoin de citoyens en bonne santé.Afin de ne pas créer une fausse impression, il importe de dire que les infractions dénoncées ici sont très restreintes.Cependant, il ne devrait pas y en avoir du tout et on demande la coopération de tous les citoyens afin d'enrayer tout commerce illicite.La Commission des Liqueurs de Québec prie les consommateurs de voir la situation telle qu'elle est.La rareté des boissons alcooliques impose des restrictions à la population, mais on reconnaîtra que ce ne sont pas les plus dures privations qu'impose la guerre.Il faut observer strictement les lois, qui sont faites pour assurer à chacun un traitement équitable.Désobéir aux lois, c'est manquer de patriotisme."VEUILLEZ CONSOMMER MOINS Publiée par COMMISSION DES LIQUEURS DE QUÉBEC __LrC«-F fadfàétdatâKws \mm des p\ans your la ùÎKme de vos Sèves.La BoîTE DE métal d'un masque à gaz— le filtre ingénieux qui empêche l'air d'être vicié par les gaz toxiques—est un des nombreux articles de guerre que la GSW fabrique jour et nuit.Mais, entre-temps, les artisans de la General Steel Wares retiennent de nouvelles idées pour votre cuisine d'après-guerre.Même pendant qu'ils contribuent à l'invention de choses nouvelles et merveilleuses pour aider à sauver des vies sur les fronts de bataille, nos dessinateurs tu peuvent s'empêcher de rêver à de magnifiques perfectionnements pour votre cuisine d'après-guerre.Vous pouvez être certaine que, lorsque les cloches sonneront pour annoncer la paix dans le monde entier, la bonne vieille marque de commerce "GSW" sera encore celle qui vous guidera vers les meilleurs équipements que vos épargnes de guerre vous permettront d'acheter pour la cuisine et la maison s de A de la Pour lu son •lia fer„u •'.et dm .
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