La Revue moderne., 1 octobre 1945, octobre
îhfc Ob .Dare, revenue au pays, travailla dans une usine de guerre Elle fut l'une de ces art s-tes innombrables qui dans la grisaille It l'anonymat enseignaient par l'image, il* (S.V.P., lisez la suite en page 59) LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IQ45 J.t's NOUS avons un faible pour cette chanson lyrique.Malgré sa désinvolture, elle ne manque pas de poésie ru de tendresse.Et sa mélodie est charmante.Le plus beau rôle est celui de la belle, qui se plaint en roucoulant, tout comme une tourterelle en mal d'amourettes.Le rustaud qui la bouscule a bien peu de grâce de lui préférer bouteille, après avoir connu ses appas.I! est sans doute un habitué du changement, a tel point que, blasé, il a perdu 'a sensibilité, la finesse.La belle, de son côté, prétend aimer pour aimer, ce qui est un jeu bien risqué.Dans le doux reproche qu'elle adresse a son mignon, l'indulgence se mêle à un brin de mélancolie.L'amour est un badinage! avoue-t-elle.Mais sur l'air qu'elle le chante, on sent le regret.Autrement, elle ne lui reprocherait pas l'ingratitude.Cette jolie pièce n'est d'ailleurs pas très ancienne; elle vint sans doute de France, incorporée dans le grand répertoire des colons et des artisans.Ses vers à rimes croisées, avec enjambement, trahissent une ruse, une science des vers, qui tiennent du poète courtois plutôt que du jongleur ire.Sa propagation chez nous est due surtout au chaiypnnier d'Ernest Gagnon: Chansons populaires du Canada^ que la plupart ont souvent feuilleté, depuis sa publication, en 1865.» PAR MARIUS BARBEAU tu es vola^eT Ju ressembl' à md\iaif\an\ L'amour est un i>aaitia0e, L'amour est iin~passc-temps.Quand j'ai mon amant, J'ai le coeur content! 2.Croyez-vous, mademoiselle, Que je viens ici pour vous, J'en connais d'autres plus belles.Qui ont les yeux bien plus doux Soit dit entre nous: Je me ris de vous! 3.Ah! pour de l'ingratitude, Monsieur, vous n'en manque: pas' Tous avez pour habitude De changer souvent d'appas.Je vous dis tout bas 7v"y revenez pas! i Croyez-vous, mademoiselle, Que je voudrais revenir?J'aime mieux vider bouteille, Au milieu de mes amis! Adieu, ma Cloris! Adieux, mes plaisirs! • Si l'amour avait des ailes, Comme toi, beau papillon, J'm'en irais de ville en ville, Pour y revoir mon mignon.y cueillir les fleurs De la bell' MtfOfl I Tajpûloxv, Ut ce volage Chante* par Alcuie Lève/Ile r rhrtdjfe, Tém f Ra.pil.Ion, tu es vo.la.£e, Tu res- m é semble1 à mon a.mant.L'amour est un ba.di- n î j j I} } } } na ge, L'amour est un pas.se temps.Quand j'ai mon a .mant j'ai le cceur con.tent.LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Ç45 PAR CAMILLE P \ C * E A U f n haut Entrée du Saguenay là où ' - » j les courants de marée atteignent plus de sept noeuds.En bas: Plage du MouUn-Baude.C'est là Qu'autrefois ancraient les navires arrivant d'Europe.Ce jut donc le premier port en eau profonde du Canada, tout prés de 7adous-,ac.à l'entrée des grands chenaux.'-''Wf UNE lutte vient de finir, sournoise, implacable: les derniers sous-marins ont fait surface, hissant le pavillon noir sur leur tourelle rouillée; les eaux de notre beau Saint-Laurent sont libres, finis les longs, interminables convois.Oui, la lutte est finie là-bas au large des îles du Bic et de Bicquette, là, où commencent à s'élargir, face à l'entrée du golfe, les grands fonds de 170 à 180 brasses.Mais une autre lutte demeure, sournoise elle aussi, changeant au caprice des marées, des vents et des courants.Oh, certes, elle passe inaperçue du passager moyen allongé sur sa chaise longue ou assis à une table de bridge.N'est-il pas dans le Saint-Laurent, dans son grand fleuve où peuvent défiler toutes les flottes du monde, d'un regard distrait, il a peine à en distinguer les côtes et vous venez lui parler de danger, il y a là vraiment de quoi sourire.Et aussitôt d'aborder un autre sujet.Laissons-le à ses illusions et allons nous accouder aux bastingages: nous venons de laisser — il y a assez longtemps — les montagnes du Bic par le travers bâbord, à peine en voyons-nous encore les hauts sommet1, no'ndre au-dessus de la mer.A l'avant, des bancs de brume qui se défont sans cesse et flottent au ras de l'eau, tandis que, le long de la coque, la vague glauque se déverse avec le bruit d'une soie qu'on déchire.Et voici la lutte qui commence.Là-haut, dans la timonnerie, le pilote interroge l'horizon, cherchant à bien repérer l'alignement qui lui p?rmettra d'entrer en toute sécurité dans le chenal sud, car menaçante par le devant, l'Ile Rouge lance en flèche ses terribles bas-fonds,- le bateau phare est quelque part par tribord, dialoguant interminablement avec son.voisin, le Prince Shoal, ancré là-bas, aux terribles battures qui défendent l'entrée du Sa-guenay.Le phare de l'Ile Rouge lance lui aussi son appel et tous les 15 minutes l'Ile Verte ébranle l'air de son coup de canon Voici une édaircie, bien loin en avant, découvrant pour un moment le dangereux archipel qui s'allonge face à Rivière-du-Loup.Vite, l'oeil aux jumelles, le pilote cherche,- comme tout bon marin il le connaît cet alignement qui va lui donner le milieu du chenal entre l'Ile Verte et l'Ile Rouge.Voici le plus haut sommet de l'Ile aux Lièvres qui se détache bien à égale distance entre l'Ile du Pot-à-I'Eau-de-Vie et l'Ile Blanche, il ne s'agit plus que de gouverner dessus.et de ne pas manquer le bateau-phare de l'Ile Blanche, ile traitresse, lançant elle aussi ses battures, ses bas-fond:, ses récifs, en plein milieu des chenaux.et la brume s'épaissit.En tous sens, des bateaux beuglent leur route,-cargos cherchant l'entrée du Saguenay, traversier allant par le travers, goélette, portée par la marée vers quelque anse de !a côte de Charlevoix.Au ralenti, notre navire prudemment poursuit sa route,- abandonnant le chenal sud, profond mais trop étroit, entre l'Ile aux Lièvres et le Témiscouata, il attend d'avoir le canon de l'Ile Verte bien en arrière de lui pour obliquer vers le Chenal Nord, pus man able.De toutes parts sur- fissent des appels qui lui parlent un lan glgt familier, mais l'un entre tous le rassure,- qu'il est faible pourtant, bien loin en avant de lui.C'est lui — un coup toutes les 50 minutes — la Tête de Chien, le premier des phares de Charlevoix.Et 'ans peur, il entend, qui hurle tout près, à bâbord, le bateau phare de l'Ile Blanche Quel soulagement de le laisser derrière, celui-là! Et peu à peu il établit sa route dans le chenal nord, laissant le traversier chercher sa voie dans l'étroite Passe aux Lièvres qui, par le chenal du Pot-àTEau de-Vie, le ramènera à Rivière-du-Loup.Charlevoix et ses caps altiers, dont la retombée plonge par endroits à plus de 80 brasses et, par l'avant, un chenal qui va d'un bord à l'autre du fleuve, le fleuve tel qu'on le voit de la terrasse du Manoir à la Pointeau-Pic.Le Cap-aux-Saumons bien par l'arrière, il n'y a qu'à marcher Oui, mais quelque part en avant il y a le Banc Morin en plein milieu du fleuve: trois brasses et demie à marée basse et fond de roc; noire à bande horizontale une bouée rouge à cloche le signale.Si nous prenons le chenal au sud des îles, tout à l'heure elle va passer par tribord, à égal chemin entre le Manoir et Kaniou raska.Peu à peu, la brume se dissipe poussée par le Suroit qui l'accroche en lambeaux aux sommets de Charlevoix,- en avant de (S.V.P., lisez la suite en page 6l) LA REVUE MODERNE OCTOBRE 10-43 17 mois : L'amour triomphe un 2 fois de plus de l'ambition d'une mere, des préjuges d'un pere et de la hai.ie d'une rivale.PAR JEAN MAUCLtRE LE SOIR tombait.Un soir tardif laissant encore entrer une lumière adoucie par la fenêtre, au large ouverte, d'un salon malouin au plafond élevé, aux nobles proportions, que Mme La Mazerais, maîtresse de céans, épouse de l'opulent armateur morutier, appelait cependant, ivec une modestie affectée, le "petit salon le jeu".Au fait, l'ameublement sévère, nais riche d'une somptuosité ancienne un peu lourde, consolidée de génération en ¦énération, répondait bien à ce qu'on pouvait attendre de cette imposante maison lourgeoise dressant depuis trois siècles, • ntre les autres bâtisses ses soeurs, sa nçade quasi-seigneuriale et ses hautes cheminées devant les bassins où naquit la lortune de Saint-Malo.Dans ce salon de jeu, le 5 août 1939, -eux hommes étaient assis.Et ils jouaient, ùnsi qu'il convient à une pièce réservée ce genre d'activité.Penchés sur un échiquier en bois des lies, aux pièces d'ébène t d'ivoire artistcmcnt sculptées en un mps plus heureux que le nôtre, M.La lazerais et son fils Roger s'absorbaient ins une partie savante et compliquée.Feu do ressemblance entre le père et le fils.M.La Mazerais portait allègrement ses soixante-deux ans sur des épaules soudées à un corps gros et court, aux mouvements vifs.Son visage recuit par les intempéries que l'armateur affrontait avec indifférence sur les quais, autour de ses chalutiers, était hautement coloré et le paraissait plus encore en raison du contraste qu'il présentait avec l'épaisse moustache blanche ombrageant une lèvre un peu forte.Cette moustache conférait à son propriétaire un air bourru; mais la ligne sans raideur de la bouche, quand elle se laissait voir, et le regard bleu tout prêt à s'adoucir dès qu'il découvrait une détresse, montraient bientôt au moins observateur à quel point était trompeur le rude aspect de M la Mazerais; il est des bourrus bienfaisants Sa silhouette, en tout cas, ne présentait rien de moderne; on ne sera pas surpris que celle de Roger fût toute différente.Brun, mince et svelte, ce jeune officier, canonnier à bord de Vhitraitabk: offrait la face intelligente et énergique habituelle à ceux qui passent leur vie à lutter contre les caprices de la mer et à se défendre de ses colères.Une distinction générale dans l'allure le différenciait encore de son père, d'où le rapprochait la douceur qui éclairait ses yeux, s'ils venaient à se poser sur un être cher.Prenant entre les doigts une tour dont il fit planer la menace sur le champ de bataille, Roger annonça, souriant: — Voici qui pourrait bien précipiter les choses.Un pli profond entre ses gros sourcils, l'armateur convint, -ans aigreur: — En effet.Tu vas gagner, heureux gaillard! Déplaçant à tout hasard un cavalier résigné, M.La Mazerais s'enquit gaiement: — Seras-tu aussi terrible au bridge, tout à l'heure?— Oh! je n'ai pas l'intention de prendre les cartes, pore! Les doigts croisés sur son gilet rebondi, le vieil homme s'étonna: — Ah bah! je croyais que c'était à bord une de vos distraction-, préférées.— Oui, quand nous n'avons rien de mieux à faire ou s'il y a lieu de compléter une table.— D'ailleurs, nous n'avons pas besoin de toi! décida l'armateur.— Justement! Et voyez quelle soirée merveilleuse! La promenade me tente-Le jeune officier montrait derrière le calme miroir du port la rade bornée par la côte verdoyante, au delà de laquelle un ciel vespéral prenait des tons roses et verts de laque japonaise.M.La Mazerais, après deux ou trois coups encore qui retardèrent à peine le "mat" prévu, demanda en rangeant les pieces: — As-tu donc des projets, mon petit, ce soir?— Dès que, à leur arrivée, j'aurai salué nos amis, j'irai retrouver Raymond.Nous devons faire un tour sur le Sillon.— Parfait! Ah! voici son père avec le docteur, je crois.La porte s'ouvrait, en effet, mais ce ne furent pas les partenaires annoncés qui entrèrent.Deux femmes se présentaient, dissemblables d'âge et d'aspect, et sur lesquelles le maitre de la maison posa des regards pareillement affectueux.\ RFYL'E MODCRNE — OfTOBRI 1 Q.f j it Venait d'abord une grande et forte personne, imposante sous ses cheveux gris savamment ondules,- de part et d'autre d'un visage aux traits durs, l'éclair endia-manté de lourds pendants d'oreilles scintillait orgueilleusement: la dame était connue de tout Saint-Malo pour sa fierté, son ton autoritaire et son allure dominatrice.Comme les marquises du grand siècle, Mme La Mazerais ne se voyait guère sans une canne, qu'elle affectionnait moins pour étayer ses pas solennels que comme un signe de la souveraineté familiale exercée par elle du consentement général.Ayant avancé de trois pas dans le salon de jeu, la mère de Roger se retourna.D'une voix claire que la soixantaine approchant n'avait ni voilée ni adoucie, elle réclama : — Hélène, mon livre.mes lunettes.Un accent musical et chaud répondit: — Je vous les apporte, marraine, avec votre sac.Une jeune fille entrait à son tour.Vingt et un ans, grande, brune, pas belle, certes, avec son corsage indigent, mais pourvue d'yeux magnifiques, dont, en passant, elle appuya sur Roger, sans mot dire, le sombre velours.Telle était Hélène Corlis, recueillie quelque dix ans plus tôt, à la mort de ses parents, par son parrain et tuteur, l'armateur La Mazerais.La femme de celui-ci avait aussitôt été promue "marraine" par l'orpheline trouvant sous son toit, en sus d'un foyer, l'affection et les soins indispensables à l'épanouissement de la plante humaine.Empressée comme à son habitude — tendresse ou calcul?bien malin qui eût pu arracher son secret à ce front lisse et têtu, — Hélène avançait un fauteuil à sa marraine: —Installez-vous bien.là! Vous serez en bonne lumière pour lire jusqu'à l'arrivée des bridgeurs.D'un accent acerbe, Mme La Mazerais, se calant à petits coups de reins dans ces coussins, déclara à la cantonade: — J'espère qu'ils ne nous feront pas languir, surtout le capitaine! A quelle heure l'attends-tu, Antoine?M.La Mazerais tourna lentement la tête: il connaissait de longue date l'inimitié crue sa femme nourrissait pour le capitaine Vigerand, qu'elle recevait de mauvaise grâce, quelle que fût la solide valeur de ce vieil officier, à qui elle pardonnait mal d'être dépourvu de fortune.Estimant fort son ami, au contraire, pour la dignité de sa vie plus encore que parce qu'il était excellent bridgeur, l'armateur protesta.- — Tu sais bien, Léonie, que Vigerand n'est jamais en retardI L'exactitude militaire personnifiée! Il sera là à 8 h.Vi tapant.et le Dr M3rlic le suivra de près.Le docteur était plus en faveur près de Mme La Mazerais, sans doute parce que, depuis des années, il soignait toutes les maladies de la maison avec compétence et dévouement.N'avait-il pas, quinze ans plus tôt, guéri d'une mauvaise typhoïde Lucien, le frère de Roger et son ainé de huit ans, actuellement fonctionnaire à Madagascar, où il avait épousé la fille d'un magistrat?La pendule Louis XV eut à peine lancé dans la pièce son coup unique, un peu fêlé par la vieillesse, que le capitaine Vigerand fit son apparition.Ce sexagénaire de haute taille s'avançait, digne, fier, presque rigide, soigné dans sa tenue, sa fille Jo-»erte, à défaut de la mère de famille trop tôt disparue, y veillant avec un soin jaloux.La jeune fille déployait là quelque mérite, car l'officier, qui vivait aujourd'hui de sa seule retraite, n'avait jamais eu d'autres ressources que sa solde, avec laquelle il avait conduit son fils Raymond jusqu'aux Sciences politiques et recueilli une soeur aînée veuve et d'intelligence hornée.Tandis que le capitaine s'inclinait devant Mme La Mazerais, celle-ci lui demanda du bout des lèvres: — Tout le monde va bien chez vous?Mme Delphine?La petite Josette?— Elles m'ont chargé l'une et l'autre de vous transmettre leurs compliments, Madame.— Merci.Installons-nous, Messieurs.Il ne sied pas de perdre du temps.M.Vigerand s'assit devant la table à jeu, sur laquelle il déposa son lorgnon et son porte-cigarettes, en vieil habitué que le luxe de la maison n'éblouissait pas.Il venait à peine de terminer ces menus préparatifs quand le Dr Marlic entra, souriant, le visage irradié d'intelligente bonté.Ses yeux pénétrants et vifs s'abritaient sous une forte arcade sourcilière; à ses cheveux argentés, coiffés en brosse comme jadis, répondait une barbiche assez longue, que volontiers il emprisonnait dans ses mains lorsque la maladie d'un patient n'évoluait pas à son gré ou quand, plus simplement, il hésitait au bridge devant une impasse hasardeuse.Le docteur s'excusa de son léger retard par un mot qui suffisait à peindre cet homme intègre, dévoué à ses malades comme à ses amis: — Pardonnez-moi, La Mazerais, de m'être fait attendre.J'ai un petit bonhomme qui me fabrique une satanée diphtérie.Je suis passé le voir avant de venir.Le docteur serra cordialement la main à Roger, il marqua une réticence légère dans le salut qu'il adressa à Mlle Corlis.Déjà, Mme La Mazerais commandait à la jeune fille: — Les marques! Hélène, apporte-moi les marques.En attendant, tirons les places! Impatiente de goûter son plaisir favori, la femme de l'armateur égalait les cartes en éventail.Son mari souriait à cette hâte, que le docteur observait d'un regard pétillant de malice, Roger se pencha vers M.Vigerand: — Je vais rejoindre votre fils, cher Monsieur.Nous voulons organiser une partie pour toute la bande un de ces prochains jours.— Raymond m'a parlé de cela.II vous attend.Avant de gagner la porte, Roger se retourna vers la table autour de laquelle déjà les bridgeurs relevaient leurs jeux: — Bonne chance à tous! lança-t-il gaiement.Et il sortit, un rayon de jeunesse dans ses prunelles franches.Hélène, assise derrière sa marraine, tenait aux doigts un livre qu'elle ne lisait pas: elle suivait du regard le départ du jeune homme.Elle n'était pas très fournie, la "bande" dont avait parlé Roger: trois jeunes gens, deux jeunes filles suffisaient à la composer.Tous cinq plus ou moins amis d'enfance.Nés à Saint-Malo, ils s'y étaient retrouvés aux vacances avec joie, lorsque le temps était venu pour les garçons de quitter le collège de Saint-Servan afin d'entrer, l'un à l'Ecole navale, l'autre aux Sciences politiques, et Je troisième, Léon Marlic, à l'Ecole de médecine de Rennes.Ce dernier avait, dès que possible, réintégré la cité malouine, où il secondait son père en attendant de reprendre le cabinet médical de celui-ci.Quand les deux premiers revenaient au bercail pour des congés qu'ils s'ingéniaient à faire coïncider, le jeune docteur, se joignant à ses camarades, arrangeait avec eux de joyeuses parties, auxquelles s'associaient gaiement Josette Vigerand et Hélène Corlis.Celle-ci ne se faisait point prier pour se joindre à eux: Roger n'y était-il pas?En organisant l'excursion qui eut lieu quelques jours après la soirée ouvrant ces pages, Léon avait proposé à ses amis: — On se réunira chez moi; 9 heures, ça va?— Très bien.— Déjeuner en pique-nique dans une crique de Rothéneuf.Je connais par là un coin épatant.— D'accord! approuvèrent à la fois Raymond et Roger.— Nous tiendrons tous dans ma Roscn-gart, comme à l'habitude.Ah! venez de bonne heure, vous m'aiderez à arrimer mon canot sur le toit.— Les arrimages, ça me connait assez, assura le marin, l'exactitude aussi.— Donc, entendu.Au matin du 10, le programme se réalisa de point en point, tel qu'il avait été prévi Le premier numéro en était le rassem blemcnt chez le docteur.Hélène arriv.d'abord avec Roger, à qui elle avait do mandé avec insistance durant le coun trajet: — Ma toilette te plait-elle?Et mon chapeau?.J'ai pensé que tu aimerai cette paille.—Très bien, ta robe! fit poliment Roger après un coup d'oeil indifférent sur la parure en question.Quant à ton chapeau, quelque chose donnant moins de prise au vent aurait été plus pratique, à mon avis.Tiens! comme le bonichon de Josette qui s'avance auprès de Raymond.Le visage de Roger s'était éclairé; il se dirigea, mains ouvertes, vers les arrivants Cette satisfaction visiblement inscrite sur les traits de La Mazerais était-elle due uniquement à la présence de son ami?Peut-être,- mais, en vérité, Josette Vigerand était si charmante que cet accueil amical pouvait aussi bien la concerner.Les cheveux châtains qui moussaient sur le front de la jeune fille couronnaient un visage bronzé par l'habitude du grand air, et dont les lignes un peu grêles encore ne présentaient peut-être pas une harmonie absolument régulière.Mais, au fait, est-elle bien enviable la beauté dite parfaite, avec le masque olympien qu'elle pose sur les traits de ses rares élues?Si ses yeux gris brillants d'intelligence et imprégnés de douceur, son petit menton éner-giquement modelé ne faisaient pas que Josette Vigerand fût belle, elle n'en était pas moins remplie d'agréments et pétrie de charmes, à coup sûr.Avec l'aimable gaieté qui formait le fond de son caractère, Josette sourit à Hélène, bien que l'orpheline ne lui plût guère.Pourquoi cette légère antipathie?Mlle Vigerand eût été fort en peine de le dire, car elle ne s'attardait pas à scruter en soi l'origine d'un sentiment dont sa bonté naturelle eût été confuse si elle l'avait approfondi.Et aussitôt la jeune fille se rapprocha de Roger, à qui, petit à petit, depuis leur adolescence, elle s'était attachée innocemment, de toute sa tendresse d'enfant sans mère.— Je suis si contente de cette journée! déclara Josette.J'ai pressé Raymond, de crainte qu'il ne se mette en retard, ce qui lui arrive quelquefois.Chargé d'une mallette renfermant la part des jeunes Vigerand pour le pique-nique, le jeune homme s'avançait: — Hé là! fit-il, les oreilles me tintent! Dirais-tu du ma] de moi, par hasard, petite soeur?Il riait, serrant les mains à la ronde.C'était un garçon haut et solide; son visage ouvert et gai, sa carrure athlétique auraient évoqué le sportif plutôt que le diplomate; cependant, Raymond Vigerand, sorti dans un bon rang de l'Ecole des sciences politiques, était attaché au consulat français de Hambourg.L'intelligence et le tact dont il faisait preuve, bien qu'il n'eût pas encore vingt-cinq ans, permettaient d'augurer favorablement de son avenir et déjà récompensaient son père des sacrifices accumulés pour lui.Cependant, Léon Marlic s'empressait autour de ses amis.Le jeune médecin, ayant donné congé pour un jour aux soucis professionnels, se montrait le plus joyeux des compagnons.Avec un entrain excité peut-être par la présence de Josette, il se multipliait: — Voulez-vous me passer les élément: du pique-nique, mes amis?Il s'agit de le: caser dans le coffre de l'auto.Hé! hé! (S.V.P., Usez la suite à la page 2i) LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1 Q.|" DURANT LA RÉVOLUTION NATIONALE EN FAVEUR DU CAFÉ CHASE & SANBORN Tant de saveur.avec si peu de sucre Délicieux GATEAU MARBRE — léger et à mie fine —fait avec la 'MAGIC Quand vos gens vous demandent du gâteau, donnez-leur-en sans vous inquiéter de la rareté du sucre! Ainsi, il n'y a que 1 tasse de sucre dans ce Gâteau Marbré 'Magic' exquis et riche dont tout le monde se régalera.Mais pour garantir la saveur et la légèreté qui caractérisent un gâteau réussi, employez la 'Magic'.Trois générations de Canadiennes ont mis leur confiance dans la 'Magic'.Pour protéger vos précieux ingrédients et en obtenir plein rendement, achetez la Poudre à Pâte 'Magic' aujourd'hui.FABRICATION CANADIENNE GATEAU MAR3RE 'MAGIC } 2 tasse sirop de maïs 3 oe/'/s 1 C.a the vanille I • tasse lait 2 lasses farine tamisée 14 c.à lié sel 1 2 tasse shortening 1 i tasse sucre A c.à thé Pondre à Pûfe 'Magic' 1 c.à thé canne/'c 7.-'«cz 3 fois ingrédients secs.Crémez le short*.linjE, ajoutez sucri et sirop jusqu'à ce oue très léger Incorporez le « oeufs, un a un.Ajoutez farine cl lait en alter-n.int.puis vanille.Partagez la pâte en 2 parties; à l'une, ajoutez le cacao.Dans un moule çraîssé.déposez en alternant la pâte claire et la foncée, l c.à soupe à la fois.Lorsque toute la pâte est employée, passez-y sur la longueur une fourchette.Cuisez à four modé-é (350°F.) de 30 à 73 min.Recouvrez d un GlAÇAGE BLANC i Combinez 1 blanc d'oeuf, 4 c.à soupe de sirop de mais, 3{ c.à thé vanille et une pincée de sel dans un hain-maric.Cuisez 9 min.sur eau bouillante, battant sans arrêt avec batteur ¦ oeufs.Retirez du feu.Battez jusqu'à ce que le tout se tienne.Glacez le gâteau.REVUE MODERNE — OCTOBRE 1945 D e beaucoup le préféré au Canada.ce bacon au petit goût de fumée Des enquêtes indiquent que le bacon Premium Swift est celui que préfèrent beaucoup de ménagères canadiennes! Q II faut encore de grosses quantités de bacon outre-mer et il se peut que vous ne trouviei pas toujours de Prsmicm Swift.Mais, si vous en trouvez, vous remarquerez que sa qualité a été strictement maintenue.Swift Canadian Co.Limited.SCIENCE MODERNE NOUS N'IRONS PAS EN MARS l'ers la fin du siècle précédent, un encyclopédiste écrivait arec beaucoup de sérieux que le ballon dirigeable promettait énormément pour l'avenir mais que lamon ne donnerait jamais de résultats satisfaisants.Connaissant les merveilles de la science contemporaine, il nous est difficile de manifester le même absolutisme quant à l'éventuelle possibilité des voyages interplanétaires.Vourtant, il semble bien que ce vieux rêve ne doive jamais se réaliser.En inventant l'avion, l'homme découvrait le moyen de faire tenir dans l'espace un corps plus lourd que l'air.31 lui suffisait de résoudre certains problèmes de physique, Mais dans le cas du voyage en Mars — ou à n'importe quelle autre planète — 1 espoir se bute à des obstacles apparemment insurmontables.Je sais que l'on compte sur l'avion-fusée, surtout depuis les récents progrès de cette machine, mais les enthousiastes oublient certains facteurs de prime importance.Il y a d'abord, évidemment, le cas de la distance.Même avec les plus puissantes gazoltnes, même en assurant la propulsion de la machine avec de hauts explosifs, cette distance ne pourrait être franchie parce que l'avion-fusée ne pourrait transporter l'énorme quantité de "combustible" nécessaire.Supposons que ce problème soit un jour résolu.Jl en reste d'autres, beaucoup plus redoutables, parce qu'ils échappent à la puissance de l'homme.Ainsi, au-delà de la sphère de gravitation de la terre, les objets perdent tout leur poids, car ce poids n'existe qu'en vertu de la loi de gravitation.Or, l'occupant du bolide interplanétaire pourrait-il vivre, ses fonctions pourraient-elles s'exercer normalement avec son poids ainsi réduit à néant?Rien ne permet de le croire.On songe aussi nécessairement aux vivres et à la masse d'oxygène qu'il faudrait loger dans la machine, car le voyage prendiait un temps fort considérable.En principe, il n'existe pas de limites à la vitesse.Mais en fait, quelle serait la vitesse du bolide hors de la sphère de gravitation ?"impossible de la calculer.A supposer cependant que cette vitesse soit telle que le voyage ne prenne que quelques semaines, l'homme pourrait-il résister à cette vitesse?Les savants ne le croient pas.Tient ensuite le cas du froid.Joui' indique qu'un froid absolu règne dans l'espace cosmique.Or, le froid absolu correspond à 273 degrés sous le zéro du thermomètre centigrade, ce zéro marquant le \ioint de congélation.Au reste, aucun laboratoire n'a jamais réussi à créer un tel degré de froid.Ignorant donc l'efjet d'une température de 273 degrés sous zéro sur l'être humain, sur le carburant, les vivres et les pièces de l'avion-fusée, comment parviendrait-on à assurer l'isolement indispensable?On n'en voit guère le moyen.A l'heure actuelle, l'avion-fusée décolle à une allure prodigieuse.L'homme qui prendrait place dans la machine subirait le même choc, au départ, que s'il s'insérait dans un obus d'artillerie lourde.11 faudrait donc assurer un départ beaucoup moins brusque à l'appareil.Le pilote qui voudrait atteindre Mars — oit la lune ou n'importe quelle autre planète — devrait nécessairement diriger son appareil.Comment y parviendrait-il?Les instruments de direction présentement en usage ne donneraient rien hors de la sphère de gravitation.A supposer que le pilote trouve quand même le moyen de s'orienter, comment modifierait il la course de son bolide?Celui-ci ne s'appuyant sur rien, ne rencontrant aucune résistance atmosphérique, continuerait indéfiniment de voguer dans le même sens.A tout événement, ce vieux rêve semble bien devoir rester éternellement irréalisable.Si l'on en croit les savants les plus calés, nous n'irons pas en Mars.Germ.iin I.IZRFîR.LA REVUE MODERNE — OCTOBRE lÇM' 21 voici un poulet qui appelle une savante iissection! _Ce sera ton affaire! riposta Roger.Et 1 canot, je l'arrime avec Raymond?_C'est ça! Ht n'oubliez pas le filet de i nms! Le tumulte des préparatifs attira Mme Marlic sur le perron.Josette vint à elle: — Chère Madame, ma journée sera meilleure, puisque je vous vois avant de partir.La mère de Léon, aimable femme qui professait et démontrait la persistante !¦ unesse du coeur chez les âmes d'élite, pondit d'un ton enjoué: — Je vous souhaite une bonne promenade avec tout le plaisir possible.et la fidélité de ce beau soleil.Quelques minutes plus tard, l'auto s'é-hranlait vers la plage.Par les vitres baissées, un refrain de carabin s'envolait, lancé à pleine gorge par Léon, et que tous répétaient avec conviction: Dans un amphithéâtre (bis) y avait un professeur, Professeur (ter) .7esseurt Bientôt la voiture arrivait en trombe à la grève de Rothéneuf, annoncée par des touffes de genêts et de tamaris aux petites feuilles en forme d'écaillés, s'écar-tant devant le décor plus âpre des falaises.L'auto garée à l'ombre d'un rocher, Roger s'inquiéta: — Tout le monde a bien son maillot sous ses vêtements, comme l'avait prévu l'ordre du jour?— Oui ! oui ! Les voix vibraient, jeunes et claires, sur la plage blonde où la brise jouait à bercer des mouettes.Le marin continua: — Alors, tous à l'eau! Une, deux! Parmi les rires, en quelques instants, les vêtements s'envolèrent, que l'on serra dans la voiture.Tous apparurent en costume de bain noir ou bleu sombre, moulant cette jeunesse que la vie saine et l'air salin avaient modelée, la faisant d'esprit vif et de corps solide.Sirènes et tritons coururent vers la mer, où ils entrèrent dans un crépitement de rires et une joie d'eau bondissant en fusées argentées.Quelle que fût la splendeur du jour, les vagues étaient assez fortes.Leur crête, baute de plus d'un mètre, se couronnait d'une écume irisée, et le soleil qui se jouait, avant qu'elles ne se brisent, dans la transparence de leur retroussis glauque, n'empêchait pas leur masse lourde de se jeter avec impétuosité à l'assaut de la grève.Léon, du premier coup d'oeil, avait distingué un danger possible, aggravé à chaque mouvement de reflux par la dérobade du ^able fuyant sous les orteils.Trahissant dans son émoi l'objet majeur de son inquiétude, le jeune médecin cria: — Prenez garde, Josette! Attendez.Je viens vous donner la main! Mutine, elle lança: — Mais non, merci! Il n'y a aucun danger.et je n'ai pas pearl Hie n'avait pas peur, la brunette, il faut l'en croire, puisqu'elle l'assurait.Cepen-int, sans même soupçonner la tendresse lui se dérobait derrière cette sollicitude, tout naturellement, comme la fleur se iourne vers le soleil, Josette se rapprochait — Roger.Et une vague plus forte l'ayant quelque peu ébranlée en la prenant brus- lement aux épaules, ce fut au bras du arin que Mlle Vigerand se retint.Un Pea en arrière, Hélène, sourcils froncés, les couvrait d'un regard noir.Après le bain, l'on vint se sécher sur le sable tiède, qui attachait aux membres sveltes d'étincelantes paillettes de mica.Puis ce fut le déjeuner à l'ombre d'un roc aux formes bizarres de pantin en goguette, caricature aussi inattendue que les sculptures primitives patiemment semées sur les rochers de la côte voisine par l'ermite débonnaire de Rothéneuf.Après s'être extasié joyeusement devant l'ingéniosité qui avait présidé à l'emplissage des paniers, chacun, en babillant, butina leur contenu.Quand il ne resta plus rien des provisions, tous s'étendirent sur le sable, et la fumée des cigarettes monta dans l'air.Soudain, la voix de Roger s'éleva: — Quel calme délicieux! Comment penser, ainsi que certains le prétendent, qu'avant deux mois peut-être nous serons en guerre?Des huées acueillirent le redoutable pronostic.Le jeune médecin protesta: — Tu es impitoyable! Tu me vois quitter mon embryon de clientèle, que je couve avec amour, pour aller couper des bras et des jambes sur un champ de bataille?Plus grave, Raymond, qui avait quinze jours auparavant quitté pour un bref congé son consulat de Hambourg, intervint en hochant la tête: — La guerre serait un terrible malheur, à coup sûr, peut-être une catastrophe.L'Allemagne est plus puissante qu'on ne le croit chez nous.Une discussion s'engagea entre le marin et le diplomate, et l'ombre des lendemains cruels s'épandit sur la gloire lumineuse de l'été en fête.Les jeunes filles écoutaient, le coeur serré d'appréhension.Hélène se leva, souple et mince comme une panthère.un peu inquiétante par ses allures félines: — Vous êtes terribles, les garçons! Si l'on canotait un peu?La mer s'est assagie depuis ce matin.C'était vrai.Tous s'élançant vers l'auto en descendirent le léger esquif.Ils le portèrent à flot et, riant et plaisantant, s'y embarquèrent pour une courte navigation que la course des rouleaux accourant s'étaler sur la plage pouvait rendre assez dramatique.Quand chacun eut été suffisamment aspergé et que l'eau clapota au fond de la yole, le marin décida de son ton de chef: — Assez d'imprudences, mes enfants! Raymond, appuie sur ton aviron, nous regagnons la côte.— Un tennis, afin de nous sécher au soleil?proposa Josette, dont la brune chevelure scintillait de perles liquides.— Bravo! Vous serez dans mon camp, Josette?Il flottait une sorte d'imploration dans la voix de Léon.Josette répondit avec un sourire dont la coquetterie mutine était inconsciente chez cette fille droite et loyale: — Nous verrons ce que le sort décidera.D'ailleurs, puisque nous sommes cinq c'est peut-être moi qui serai désignée comme arbitre devant le filet Cette menue disgrâce échut â Hélène, qui dut regarder jouer ses amis en balançant avec dépit sa raquette inutile.Déplaisir plus vif encore, elle vit Josette et Roger unir leurs efforts du même côté de la flottante barrière en vue de triompher de Raymond et de Léon qui se démenaient en face d'eux, déployant beaucoup de conscience et peu d'esthétique.Avec plus de dépit encore que Marlic, parce qu'une amertume habituelle, prompte à s'éveiller, dormait dans le coeur de l'orpheline, elle surprit l'accord amical et complet qui rc- Parfois, une jeune fille peut être trop confiante! Elle manie une houpette et se couvre d'un léger nuage parfumé.Elle ne soupçonne pas qu'avant la fin de la soirée elle peut se rendre coupable d'odeur des aisselles! Son bain et la poudre n'en sont pas la cause.Elle ne s'arrête pas à penser que son bain enraye seulement la transpiration passée et que les aisselles requièrent des soins spéciaux pour les prémunir contre tout risque à' odeur future r MUM ) fT ni Un product Bi C'est à ce moment qu'une jeune fille a besoin de Mum.30 secondes suffisent pour l'appliquer.Il prévient tout risque d'odeur pendant toute une journée ou toute une soirée.Mum n'irrite pas 1 épi-derme ni ne détériore les tissus les plus fins.Rapide et facile à employer avant ou aprïs vous être habillée.Sauvegardez votre charme—procurez-vous Mum dès aujourd'hui.Pour Ut l«rvi«M»i hygiemquo - Mum eu dtux, huffmjif it ,fh.j.t Employee-It nuit i cttti fin.Fabriqué au Canada Mum NEUTRALISE L'ODEUR DE LA TRANSPIRATION 1 V revue moderne — octobre 1 9-45 Toutes sont susceptibles d'engendrer une allergie! Ce n'est pas drôle que d'être allergique, comme vous le déclareront sans ambages tous ceux qui souffrent du rhume des foins.Mais le rhume des foins (son nom réel est "coryza allergique") n'est qu'une des formes de l'allergie, et sa cause la plus active est l'ambrosie, représentée ci-dessus.Il y a beaucoup d'autres genres d'allergie.Certaines personnes sont allergiques à certaines substances alimentaires, même à un aliment aussi anodin que le lait.D'autres voient leur peau se couvrir d'une éruption au simple contact de fourrures ou de plumes.Quelques personnes présentent une réaction violente sous l'influence d'injections ordinaires d'antitoxine.La science médicale a fait de grands progrès en ce qui concerne le soulagement non seulement des personnes atteintes du rhume des foins, mais encore de celles qui sont victimes d'autres allergies.On dispose, à l'heure actuelle, de moyens permettant de déterminer la nature de l'allergie, et dans bien des cas, de "désensibiliser" la victime contre la substance qui produit son allergie.Le sang de la personne allergique contient un facteur qui, lorsqu'il entre en contact avec certaines substances étrangères, cause tout le mal.Dans certains cas, le contact avec la substance incriminée peut être diminué ou supprimé complètement.On a reconnu également que des doses graduelles, ou des injections, de l'essence fabriquée avec la substance produisant l'allergie, donnent des résultats qui, paraît-il, sont excellents, ou bons, tout au moins, dans 80% des cas traités.Grâce à la désensibilisation, la personne atteinte d'une allergie s'évite souvent en grande partie, sinon en totalité, les souffrances que provoque chez elle la substance qui peut avoir affecté ses muqueuses, sa peau, son conduit intestinal, ou ses poumons.Les victimes du rhume des foins devront commencer le traitement longtemps avant l'époque où elles sont généralement affectées.Ce traitement peut, dans certains cas, empêcher l'asthme de se produire.Si vous êtes tracassé par des réactions allergiques qui vous rendent la vie pénible, consultez votre médecin.Il pourra, peut-être, vous éviter bien des désagréments.Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE A FORME MUTUELLE) New-York PRUIDSNT OU CONSEIL FRR5IDENT Frederick H Ecker Leroy A Lincoln Direction Générale au Canada: Ottawa g!ait les mouvements coordonnés de Mlle Vigcrand et de son partenaire.Et, le soir, ce fut juste à l'heure du diner que les cinq amis, prisés de soleil et rompus de fatigue, rejoignirent leurs parents à Saint-Malo.Le retour fut san-gaieté: personne n'avait plus le courage de chanter comme au départ.Un souci se gravait au front du jeune médecin: il avait découvert qu'un attrait mutuel rapprochait par delà le filet Josette et Roger.Edifiée, elle aussi, sur ce point, Hélène ne desserrait pas les dents.Il — B en amusée, petite?demanda Mme La Mazera;s à sa pupille, pour laquelle l'imposante personne se sentait de maternelles entrailles.— Mais oui.— Bon.Maintenant, viens vite à table, ton parrain s'impatiente et Roger est déjà près de lui.— Merci, marraine, je ne dînerai pas.La grosse dame regarda Hélène avec un souci qui rendit plus humain son olym pien visage.— Tu ne.Qu'y a-t-il, ma chérie?Serais-tu souffrante?— Le soleil tapait dur sur la plage, j'ai mal à la tête.Excusez-moi, marraine.Quand Mlle Corlis prenait ce ton, sec comme une lame d'acer, scrupuleusement poli d'ailleurs, personne, même pas la mai-tresse du log's, n'avait fantaisie d'insisté-.Mme La Mazerais fit majestueusement retraite, tandis qu'Hélène gravissait le large escalier de pierre aux seigneuriales proportions qui menait à l'étage.Parvenue à sa chambre, la jeune fille ferma sa porte à double tour, puis elle lança au hasard vers un fauteuil le joli chapeau de soleil qu'elle avait chiffonné avec tant de soin dans le dessein de plaire à Roger, et dont celui-ci avait su dire seulement qu'il était peu pratique, chose parfaitement exacte, il est vrai.Après quoi, l'orpheline se jeta sur son lit; rageuse, elle mordit l'oreiller, vite imhibé de larmes âpres et chaudes.Avec une amertume tôt muée en colère, Mlle Corlis se remémorait les menus événements de la journée.Enfin, elle s'endormit d'un lourd sommeil coupé de rêves, au cours desquels les malheurs les plus divers s'abattaient sur l'innocente Josette.— Veux-tu me donner ton après-midi, Roger?demanda Hélène quelques jours plus tard, comme les La Mazerais se levaient de table, le déjeuner achevé.Tu me ferais si grand plaisir! Une prière instante tremblait dans la voix chaude, passait dans l'ardent regard posé sur le marin.Celui-ci n'eût pas été homme s'il ne s'était senti flatté par tant de frais en son honneur.I! répondit à sa "cousine", comme parfois il appelait, afin d'appuyer sur le côté familial de leurs relations, la pupille de ses parents: — Tu as un projet?J'y souscris! — Je voudrais dessiner la tour Solidor, l'éclairage est excellent aujourd'hui.— L'idée n'est pas mauvaise,- seulement permets-moi de te le dire, tu n'as pas besoin de moi pour la mettre à exécution.— Oh ! fit Hélène de l'accent profond qui constituait le principal attrait de cette étrange fille, c'est si triste d'être seule.Seule! C'était vrai, elle était seule, ou presque, dans la vie, l'orpheline recueillie par les La Mazerais.Et sans doute il est triste de n'avoir, à vingt ans comme à douze, qu'un foyer de rencontre, ouvert à vous par charité.— Je t'accompagne, décida Roger avec une amabilité rare chez lui quind il dressait à Mlle Corlis, et qui éveillaii mystérieuses puissances au coeur de celle-ci.D'un pas élastique et léger où leur jeu nesse, sans qu'ils y songeassent, exprima i sa joie de vivre, les jeunes gens partirent vers la tour Solidor.Ils atteignirent bien tôt la vieille sentinelle se dressant, robus' et isolée au bord de la crique ou vienne mourir les dernières ardeurs, les ultim révoltes d'une mer que brisent, aux avan cées de Saint-Scrvan, les môles gram tiques, vieux et résistants comme la Brc tagne, où se déploient Dinard et Sain Malo.Lin cadavre de barque rongé de mousse et vêtu d'algues sommeillait sur la grive, en rêvant peut-être au temps où le baiser frais de la mer caressait de toutes paru son corps trapu.S'y étant assis, Roger tin de sa poche une petite éd'tion de l'Ody\ sée, intéressante pour ce marin du XXc siècle, et qu'il relisait avec plaisir dans ses rares moments de temps perdu, au cours de ses vacances.En face de la tour qui, devant le ciel gris perle où s'effilochaient des nuées, s'érigeait dan-, sa sérénité séculaire, Hélène s'installa, un album à dessins ouveit sur ses genoux.Son crayon se mit à courir sur la page blanche à traits nets, à mouvements précis révélant en même temps que le caractère décidé de la jeune artiste, un talent déjà sûr.Bientôt l'antique forteresse se campa au nature1, fière et têtue, patinée comme l'a faite le haiser des siècles, sur le feuillet de l'album,- mais ce résultat artistique n'était pas le but de l'excursion arrangée par Mlle Corlis, ce n'était pas afin de l'obtenir qu'elle avait insisté pour que son "cousin" l'accompagnât — ce cousin qu'un regard jeté parfois à la dérobée, sous l'abri des longs cils sombres, lui montrai: absorbé par la lecture d'un vénérable bouquin.Si près d'elle par le corps, comme il était loin par l'esprit! Peut-être plu.encore par le coeur.Hélène soupira.Cependant, c'était une femme énergique, et leur présence à tous deux sur cette grève constituait seulement le premier acte d'un scénario qu'il convenait de développer en entier, suivant le plan préétabli.La jeune fille ferma son album et, en quelques pas, rejoignit Roger.La Mazerais ne pouva't mo ns faire que d'abandonner sa lecture.Glissant un doigt entre les pages jaunies, il s'informa: — Déjà terminé, le chef-d'oeuvre?— Oh! fit-elle en l'enveloppant d'un regard où la peine et le reproche se mêlaient à doses savantes, si tu te moques de moi.— Je ne me moque pas du tout, Hélène, et tu le sais bien! Fais voir, veux-tu?Avec l'exacte modestie qui convenait en la circonstance, Hélène plaça son dessin devant les yeux de celui qu'elle s'était juré de conquérir parce qu'il était loyal, beau, et riche, par surcroit.Le marin savait, lui aussi, enlever un croquis avec une dexté rite enviée à bord par beaucoup de ses camarades,- il émit un petit sifflemen approbateur: — Oh très bien! Tu commences vrai ment à avoir de la patte, sais-tu?Elle rougit de plaisir: — Tu dis ça.— Je le dis parce que je le pense, et ce n'est pas nouveau.Je suis persuadé qu si, un jour, tu avais assez de Saint-Mal' tu gagnerais ce que tu voudrais à Paris en illustrant des livres ou des articles de revue.— Flatteur! fit Hélène, la voix heu reuse.Seulement, je ne suis pas près de LA REVUE MODERNE — OCTOBRE lQf> 23 QUE PAUL A EMIS .BANQUE ¦¦¦•an nmn Wà voici la succursale où Paul a son argent en dépôt, car Paul ne conserve pas ses économies chez lui, où elles seraient exposées au risque de perte, d'incendie ou de vol, et il paye commodément ses comptes par chèque.VOICI la CaiSSiere de la succursale d'une autre banque, dans une autre ville, qui s'assure que la personne qui présente ce chèque est bien celle que Paul a l'intention de payer.Ensuite, le montant du chèque est inscrit au compte de dépôt de cette personne.voici la chambre de compensation, que les banques ont établie afin que les chèques des clients puissent être négociés et que les banques puissent régler leurs comptes entre elles, au jour le jour.D'ici, le chèque de Paul est envoyé au service de la compensation de sa propre banque et, de là, à la succursale où Paul a son compte.voici le préposé au grand livre, qui s'assure que la signature de Paul est authentique.Il en débite ensuite le compte de Paul.Le montant en sera inscrit dans le livret de Paul, la prochaine fois qu'il viendra à la banque, de sorte qu'il sait toujours où il en est.Voilà, en résumé, ce qui se passe lorsque vous payez un compte par chèque dans une autre ville.Bien des gens payent aussi par chèque leurs gros comptes dans la ville même où ils habitent.La grande commodité que présentent les paiements par chèque ne vous coûte rien, ou à peu près.Les banques sont les comptables de millions de vos compatriotes.Cef f e annonce est commanditée par votre Banque \ REVUE MODERNE — OCTOBRE 1945 chauffretle a huile Coleman chauffera la maiunn ¦uaai bien qu'une fournaise.Elle répandra la cha-'eur et la fera circuler.Elle réchauffera même le» planchera de plusieurs pièce».La fournaifte de plancher Coleman t'adaptera dans le plancher même et il n'eat paa néceasaire d'avoir une cave pour l*in»taller.Idéal pour moderniaer lea • ici Me» demeure» et donner aux nou v elles an fenre "futuriste".One conception nouvelle EN CHAUFFAGE Ce n'est pas une rumeur.Vous pourrez bientôt vous procurer un des merveilleux appareils de chauffage de l'avenir, conçus et fabriqués par Coleman, renommé pour ses appareils de chauffage.Votre maison, neuve ou vieille, grande ou petite, jouira d'un confort nouveau, d'une propreté impeccable, d'une saine circulation de chaleur dépassant vos plus beaux rêves d'avant-guerre .et vous réaliserez des économies! Coleman vous offrira sous peu trois sortes d'appareils perfectionnés de chauffage: fournaises à l'huile ou au gaz, fournaises de plancher et appareils de chauffage central.Vous aurez le choix d'un combustible propre: gaz ou huile.Aucun foyer ne sera trop humble pour jouir du confort Coleman.me lasser de Saint-Malo.surtout quand tu y es.Le ton grave s'était fait câlin et se chargeait de tendre diplomatie.Entièrement à la douce habitude de son amitié pour Josette Vigerand, Roger, aujourd'hui, ne se rendit pas compte, pas plus qu'il ne l'avait fait hier, de l'inclination qui portait vers lui la pupille de son père.II répondit, sur le ton badin qu'il avait adopté en lui parlant: — Voilà qui est gentil I Malheureusement, je n'y suis guère, à Saint-Malo.— C'est bien dommage! — Mais pas du tout! Un navigateur qui cesserait de naviguer, tu vois cela?11 perdrait toute raison d'exister sur terre.et même sur mer! Toujours ce badinage amical, contre lequel venaient s'émousser, mourir, comme l'élan d'une balle de tennis aux plis mouvants du filet, toutes les ruses, toutes les habiletés d'Hélène! Peinée, la jeune fille se leva d'un mouvement sec: — Rentrons, veux-tu?Il y a un tel vent sur cette critique! — Comme il te plaira, fit La Mazerais, déjà debout et suivant d'un regard attentif l'approche d'une barque s'avançant avec des grâces d'oiseau.Il ne la regardait même pas! Cet acquiescement cour tais mais indifférent humilia profondément la jeune fille, qui avait attendu mieux de son excursion.I I I Le capitaine Vigerand au lendemain de sa mise à la retraite avait loué rue Broussais, la maison au Toit d'Argent dont la façade s'adonne de chapiteaux ioniques et d'un portail en chêne remarquablement fouillé.Ce fut son heurtoir que Léon Marlic souleva d'une main impatiente, peu après le pique-nique de Rothéneuf.Ces derniers jours, le jeune médecin avait beaucoup songé.Ses réflexions avaient abouti à ce diagnostic: éprouvant un sentiment tendre et bien établi à l'égard de la soeur de son ami Raymond Vigerand, il convenait d'approfondir la situation et de tirer au clair, si possible, ce que l'avenir pouvait réserver de bonheur ou de malchance à cette inclination.Ayant résolu de demander à Raymond qu'il devînt son allié en cette entreprise, Léon, donc, levait le marteau de la Maison au Toit d'Argent; à peine l'avait-il laissé retomber que, à défaut de soubrette, Josette elle-même apparut sur le seuil.Josette.c'est-à-dire, pour le visiteur, tout l'espoir, tout le sourire de la vie; celle qui, d'un mot, pouvait à jamais illuminer pour lui la suite mystérieuse des jours.Disons tout de suite qu'à ce mot la jeune fille ne songeait guère.Elle sourit à l'arrivant — sa nature étant affable, son premier salut était toujours un sourire, sans qu'elle y mît d'intention particulière, — puis elle demanda: — Vous veniez voir Raymond?— Justement.Il est là, j'espère?— Mais non! Père et lui ont pris le bateau de Dînard tout à l'heure, ils sont allés jusqu'à la Vicomte.Comme ils vont regretter I — Moins que moi.Léon hésitait, un pied sur le seuil.On peut, comme médecin, assister sans émoi à tous les spectacles, même s'entendre déjà fort bien à découper ses semblables tout vifs, et en même temps être un amoureux timide devant la gente fille que l'on aime.Cependant Josette considérait avec étonnement une hésitation dont elle ne soupçonnait pas la cause; elle virt amicalement au secours du visiteur: — Entrez donc; si vous avez une com munication à faire à Raymond, vous pou vez peut-être me la confier.— Oh! non, protesta Léon de plus c: plus troublé, et pénétrant dans le modest salon dont la porte s'ouvrait devant lui.— Comment va Mme Marlic?ses rhu matismes?.continuait Josette en avan çant une chaise.Ce n'était pas pour parler des rhuma tismes de sa mère que Léon s'était rendi à la Maison au Toit d'Argent.Mais It moyen de le dire?Faisant appel à tout son courage, il essaya de mettre à profit le tête-à-tête qu 29 i W'lL VOI M T (Suite de la page 26) Une arrivée inopinée de M.Vigerand ou, pis encore, de la tante Delphine, qu'un remarquable instinct amenait toujours là où sa présence n'était pas souhaitée, aurait enlevé à la causerie son caractère d'indispensable intimité.Tandis que sur la plage.où s'isole-t-on mieux qu'à la lisière de l'eau?C'est en cheminant au bord des vagues festonnées de dentelle qu'il implorerait de son aimée la faveur insigne de gc dévouer à la rendre heureuse.Le déjeuner rapidement expédié, après que son embarcation l'eût ramené à Saint-Malo, La Mazerais descendit à la grève de Bon-Secours.Il y passa tout l'après-midi, grillant nerveusement cigarette sur cigarette, sans s'intéresser ni aux ébats des baigneurs ni aux croulantes citadelles élevées par les bambins Dans l'incessant mouvement des promeneuses, il guettait la fine silhouette de Josette., la fine silhouette, ce jour-là, ne parut pas.Mais le lendemain matin 19 août — quinze jours avant le déchaînement de la tourmente, — le coeur de Roger battit plus vite sous sa veste blanche Aux doigts, un petit paquet acTieté en ville, Josette s'avan çait vers la mer; reconnaissant Roger elle pressa le pas, rose de plaisir, et lui tendit la main: — Quelle bonne surprise! — La surprise n'est pas pour moi, petite amie; je vous attendais.— Vraiment?Vous avez quelque chose à me dire?11 fallait passer à la maison.La jeune fille parlait un peu au hasard, émue par le ton grave qu'à son insu avait pris Roger et par la façon, plus tendre qu'à l'accoutumée, dont il serrait la petite main qui ^'abandonnait.— Vous entretenir chez vous, Josette, je ne le pouvais pas.Et je savais bien que vous viendriez dire bonjour à notre amie la mer., c'est devant elle que je veux vous parler.— Je vous écoute, murmura Josette, troublée.Roger hésita un instant: c'était toute sa vie qu'il allait jouer là, en quelques phrases.Avec un certain courage, il commença: — Nous sommes de grands amis d'enfance, Josette; c'est ma joie, c'est ma fierté.Me jugerez-vous présomptueux et fou si, en cet épanouissement de notre jeunesse où nous voici tous deux parvenus, j'ose souhaiter mieux et plus?Elle leva sur lui son pur regard où flottait un émoi: — Expliquez-vous, Roger.— En est-il besoin vraiment?Au reste, ce que j'ai à vous dire sera vite exprimé.Mon coeur est tout à vous, Josette, tout plein de vous.Puis-je penser que j'occupe une petite place dans le vôtre?Elle le regardait palpitante.Il était donc venu, l'instant auquel jamais la jeune fille n'avait arrêté sa pensée, mais pour lequel elle était prête.Rien d'anormal dans cette demande de l'ami d'enfance, rien même d'imprévu.Ce qu'il venait de dire, Josette n'aurait pas tout à fait osé reconnaître qu'elle l'attendait, mais au fond d'elle-même la brunette savait bien qu'elle Pesterait passionnément.Aussi fut-ce sans hésitation que, l'enveloppant de son regard droit, doux déjà comme une caresse, Mlle \'igerand prononça: — Line grande place, mon ami, voilà e que vous occupez dans mon coeur.Et je compte bien, ce disant, ne rien vous apprendre.Une pudeur la faisait parler à voix feutrée, et tes paroles, pour tous ceux qui hantaient à ce moment la plage, se noyaient dans la grande voix des flots fleurissant sur le sable.Que La Mazerais n'en perdit pas une syllabe, c'était tout ce qui importait.Un sourire prometteur de félicité accompagnait les mots enchanteurs.Avec un peu de fièvre, le jeune officier insista: — Alors., vous voulez bien être ma femme, Josette?— Quand vous voudrez, Roger.Elle lui laissait sa petite main nerveuse qui allait modeler leur double avenir.Des inconnus les entourant, ils ne dirent rien de plus en cet émouvant instant de leurs fiançailles, mais le jeune honyne glissa tendrement sous le sien le bras blanc découvert par la fraîche blouse d'été.Et l'un à l'autre appuyés, comme ils pensaient être toujours, ils rentrèrent en ville, en empruntant la porte des Beys qui depuis huit siècles troue devant la plage la ligne Nord-Est des "petits" remparts.Ils marchaient en silence, éperdus de double confiance et de commun bonheur.Josette était tout à l'élan d'amour avec lequel elle venait d'accueillir l'aveu de son si cher camarade d'enfance,- Roger rayonnait de la félicité grave où le jetait l'évocation des devoirs nouveaux qu'il se réjouissait de remplir vis-à-vis de celle qui s'allait confier à lui.Et ainsi, d'un commun accord sans s'être concertés, ils se dirigèrent vers la rue Broussais et s'arrêtèrent devant le portail en chêne sculpté de la Maison au Toit d'Argent.Le marin abandonna le bras qu'il tenait: — Je vous quitte, mon aimée.Un léger soupir gonfla la gorge de Josette : — Déjà.— Certes, je reste avec vous de coeur.Si je vous quitte, c'est pour travailler aussitôt à notre bonheur.Je veux rentrer, parler à mes parents qui ne manqueront pas d'applaudir à notre cher projet.Et demain matin, voulez-vous?nous nous retrouverons sur notre petit coin des remparts,- nous conviendrons, ensemble de la demande à faire à votre père.— A demain donc, fit-elle, souriante.— A toujours, bien-aimée.Ils se quittèrent, et plus d'espoir chantait en leurs coeurs qu'il ne flambait de soleil au ciel par cette radieuse matinée d'août.M.La Mazerais s'entretenait chez lui, d'excellente humeur, avec sa femme, quand Roger rentra.L'armateur tourna vers son fils son large visage enluminé par le grand air et par la joie: — Arrive, mon ami, arrive! Tu connais la bonne, l'excellente nouvelle?Le Çroénland est à quai! — J'en suis ravi, père, mais j'avoue l'ignorer.— D'où sors-tu donc?interrogea Mme La Mazerais, pincée.— J'étais sur la plage de Bon-Secours.— Line idée comme une autre, apprécia l'armateur, bonhomme, quoique, à mon goût, le port vaille dix fois la plage.En tout cas, je constate avec plaisir que tu semblés aussi satisfait que moi.Je t'ai rarement vu un visage aussi épanoui! Le digne homme se montrait tout réjoui de cette constatation.L'atmosphère allègre régnant dans ce que les Malouins appellent la "chambre principale" parut propice à Roger pour aborder le sujet qui emplissait son coeur et celui de Josette, torts de leur réciproque amour.— Père, dit-il, et vous, maman, j'ai, moi aussi, une grande nouvelle à vous annoncer.— Aussi grande que le retour du Groenland?ht jovialement M.La Mazerais.— Plus encore! L'armateur allongea une bourrade cordiale sur l'épaule de son fils: — Allons! fit-il avec indulgence, on aime le paradoxe, dans la marine, c'est mauvais jours! — Il y a que, cette fois, c'est bien la guerre! — Allons donc! protesta le marin porté à l'optimisme, aucun malheur n'ayant fondu sur celle qu'il aimait.Raymond Vigerand poursuivit: — J'ai reçu tout à l'heure des nouvelles d'amis que je me suis faits à Ham-bourg.Des amis sûrs, qui savent la valeur des mots en un pareil moment.Ils tien nent la situation actuelle pour beaucoup plus grave que l'immense majorité des Français ne veut le croire.L'amoureux, en face du péril, s'effaça devant le marin: — Soit!.S'il faut se battre, on se battra.Nous ne serons pas seuls, du reste.L'amitié anglaise.Cette fois, Raymond haussa carrément les épaules: — Tu me la bailles belle! Ce n'est pas entre Malouins comme nous qu'il faut vanter beaucoup cette amitié nouvelle! Toutes nos côtes, toutes nos villes, sont pleines du souvenir de batailles, sièges, dévastations, dus aux guerres anglaises As-tu oublié qu'en 1758 Marlborough nous tua des centaines d'hommes et nous causa pour plus de 12 millions de dégâts?Des millions de l'époque qui ne ressemblent pas à ceux d'aujourd'hui! Et le débarquement de 1693?Et le bombardement de 1779 qui saccagea Cancale?Et tant d'autres ravages, que tu connais aussi bien que moi! — Vieilles histoires! —'iPeut-être,- nuis, malgré moi, je l'avoue, je ne puis me défendre d'inquiétude.En tout cas, je ne sors plus sans mon livret militaire.Entre les deux jeunes gens, un silence passa.Silence non pas accablé, mais riche des pensées que soulevait en eux l'acceptation sans réserves du sacrifice demandé demain peut-être par la patrie La Mazerais marcha vers la fenêtre ouverte sur le miroir de l'avant-port.La vie habituelle s'y poursuivait dans un calme lourd d'inconscience.Les vedettes vertes et blanches transportaient comme d'usage, vers Dinard, leur contingent de touristes émerveillés, avides de plaisir et parfaitement insouciants quant à la gravité de l'heure.Lévrier noir aux blanches superstructures, un paquebot de la South Western Company, le Brittany peut-être, glissait, majestueux, sur le plateau bleu de la rade, mettant comme à l'ordinaire le cap sur Southampton, où il arriverait douze heures plus tard.Dans l'activité silencieuse et incessante des choses de la mer, tout était si habituel, si pareil à soi-même, que l'on avait peim à concevoir qu'un cataclysme imminent pût menacer cette paix.Cependant Roger, éveillé à un souci nouveau par les paroles de son ami, murmura: — Je pense à mon Intraiiable.San doute il termine sa revision à Cherbourg LA REVUE MODERNE — OCTOBRK 10 1 33 et j« puis être rappelé à son bord un de ces matins.— De même que moi je rejoindrai mon régiment bientôt, si l'on procède, comme l'année dernière, par rappels échelonnés La Mazcrais ne répondit pas Entre les deux amis passait, dans la pièce garnie de livres maritimes, l'ombre de Josette, riche d'une douceur que l'incertitude du lendemain rendait déchirante Raymond se leva.Arraché à ses pensées, son ami tressaillit; il demanda: — Où vas-tu si vite?— Préparer ma cantine On ne sait jamais.Je puis recevoir une dépêche d'un moment a l'autre — C'est vrai.L'enseigne tendit la main à son ami, plus proche de lui que ne l'était son frère aîné, fixé depuis si longtemps à Madagascar Comme Raymond serrait les doigts de Roger, celui-ci demanda avec une émotion profonde: — Nous reverrons-nous, avant de partir?—Peut-être, mon vieux; pas sûr.Attirant à lui le frère de Josette, Roger lui donna l'accolade La journée se traîna lourde, très lourde, dans l'angoisse montant d'heure en heure chez ceux, trop rares, qui, parmi les prestiges d'une saison au charme trompeur, avaient gardé la faculté de réfléchir.Roger tourmentait fébrilement les manettes de la T.S F.qui jetait sur le monde des nouvelles réticentes, faussement apaisantes et gonflées d'orage.Son père faisait la navette entre la maison familiale et la place Broussais, où la Société générale affichait à ses vitrines des dépêches dont le laconisme laissait place à toutes les craintes.Et les deux hommes apportaient aux repas un front grave, un tourment accru, qui avaient le don d'exaspérer Mme La Mazerais: — Avez-vous fini! s'écriait-elle, de faire ainsi des têtes d'enterrement?La guerre., je vous demande un peu! Ce n'est pas moi qui veux y croire, à ces sornettes-là! L'armateur, irrité de tant d'incompréhension, frottait sa grosse moustache, mais sa protestation se bornait à ce geste: une pratique conjugale plus que trente-naire lui avait enseigné que le silence était le plus sûr garant de sa tranquillité.De son côté, Hélène couvait, avec des yeux ardents de fièvre, celui qu'au prix de son sang elle eût voulu tenir écarté de tout péril et qui ne songeait aucunement à elle.Après une nuit pesante où Roger avait encore en vain cherché le sommeil, le petit déjeuner réunissait autour de la table, dans la matinée du 2f>, des gens aux traits tirés contrastant singulièrement avec le visage coloré et dominateur de la maîtresse de maison.Celle-ci se répandait en abjurgattons sévères: — Ah! vous êtes intelligents, tous! Parlons-en! N'est-ce pas idiot de vous mettre dans des états pareils?Et pour rien, naturellement: la guerre est impossible, Hélène, le sucre, je te prie.Le bras de Mlle Corlis était encore tendu, présentant la lourde pièce d'orfèvrerie, quand, au portail de chêne, la sonnette tinta.L'instant d'après la femme de chambre apparut, un papier jaune •lux doigts: — Une dépêche pour M.Roger, an-nonça-t-elle.— Télégramme officiel, murmura l'armateur, lisant et relisant la ligne unique du feuillet.Sa mère le reprit vivement: — Est-ce que l'on s'absorbe ainsi dans des balivernes, quand on est en famille?De quoi s'agit il, Roger?Daigneras-ru nous l'apprendre?— Mère, répondit celui-ci en tendant le télégramme à son père, je suis rappelé.— Rappelé?Line semaine avant le temps voulu1 Tu es fou, je pense! Où cela, rappelé?— A Cherbourg.— Ne pas te laisser achever ta permission! C'est inouï! Et pour quoi faire?— Pour faire la guerre, maman.Un silence s'abattit.Hélène, ardemment, toute sa vie brûlant dans ses prunelles sombres, regardait celui qu'elle chérissait et qu'appelait le péril Sur le papier officiel, la main large de l'armateur tremblait.— Oui, murmura-t-il sourdement.La guerre., la guerre qui va nous prendre nos garçons!.Les yeux de Mme La Mazerais roulaient de l'un à l'autre dans sa face soudain hlêmie Elle avança deux doigts vers le télégramme tandis qu'elle ouvrait avec effort son face-à-main qui, comme un sceptre moderne, faisait partie, avec la canne et le sautoir d'or, de son majestueux harnachement.La grosse dame lut l'ordre bref, ne le comprit pas tout d'abord, y revint, et soudain son entourage vit avec effroi ses, yeux s'agrandir et devenir hagards avant que ne se closent ses paupières Puis sa respiration ralentie se fit bruyante, comme tirée d'insondables profondeurs; la tête artistement coiffée vira sur l'épaule gauche, et Mme I.a Mazerais, sans un cri, telle qu'une masse, s'écroula.L'évolution avait été si rapide que la malheureuse femme serait tombée sur le parquet en point de Hongrie, si Roger n'avait bondi juste à temps pour recevoir sa mère dans ses bras.L'armateur et Hélène, bouleversés, étaient debout dans le fracas des chaises culbutées.Le jeune homme s'écria : — Vite, père, portons-la sur son lit! — Je cours chercher de la glace! annonça Hélène, déjà sur le seuil.L'intelligente fille descendit à la cave où reposait l'imposante glacière fort appréciée de sa marraine, dont la gourmandise était le péché mignon.Elle y prit plusieurs petits cubes de glace qu'à l'office elle aligna dans une serviette Et elle remonta appliquer ce pansement improvisé sur le front de la malade, que les deux hommes venaient de déposer dans sa chambre.Au passage, l'armateur, qui sortait en coup de vent, se heurtant, dans sa hâte, à toutes les portes, lui jeta: — Je téléphone à Marlic.Mets un sinapisme aux jambes! — J'v pensais! assura Hélène de sa jolie voix grave.IX Sans manifester d'émotion, mais san« perdre une seconde Mlle Corlis, l'esprit clair et les mains adroites, déshabilla sa bienfaitrice atteinte par l'impitoyable hémorragie cérébrale,- puis elle l'installa, comme eût fait une mère pour son enfant, dans le grand lit autour duquel l'armateur tournait comme une grosse mouche effarée Tout en prodiguant les premiers soins à la malade avec un dévouement réel et une intelligence attentive, Hélène s'installait au chevet de sa marraine, ce qui lui était une satisfaction non exempte d'un égotsme assez cruel: maintenant elle avait l'impression de réussir bientôt à gagner le coeur de Roger et en même temps une part intéressante de l'hérita- L'abandon de mon amie PlioAjette m'avait mis la mort dans lame, comme disent les humains ¦ Je rebris cependant es-hoir èn sonde an t à lili.Je me remis en route, bar " temps de chien.un la mort à Quatre roues me frôlait à tout momen ^J^'la mort à Quatre pattes me poursuivait sans cesse.la mort a deux battes me pourchassait àchaaue instant laiediciion: rents étaient repartis pour la villa.4rov-o ?M -?- ro- us verre2 le mois pr chain comment iai pu rester en vie.LA REVUE MODERNE — OCTOBRE IO45 S4 ge La Mazerais.Bien fin qui enlèverait celui-ci à l'infirmière de Madame! Sur le seuil, Roger guettait le Dr Mar-lic,- chez te jeune enseigne, son anxiété patriotique, à la veille des redoutables événements qui s'annonçaient, se heurtait à son amour déchiré et à l'angoisse que lui apportait la brusque attaque dont sa mère venait d'être frappée.L'ensemble constituait une douleur presque physique, quasi intolérable, et à laquelle la rapide apparition de son vieil ami le docteur apporterait un soulagement déjà.La présence du médecin, c'était, pour le fils de celle que terrassait le mal, l'espoir de la goérison, au moins l'assurance que tout allait être mis en oeuvre afin de l'obtenir.Le Dr Marlic accourait de toute la vitesse de sa voiture,- il sauta à terre comme un jeune homme.Un amical souci au fond de ses prunelles qui avaient sondé tant d'humaines misères, il s'avança, les deux mains tendues: — Eh bien, mon petit! Qu'est-ce que ton père me téléphone?Ta mère a un accident?— C'est affreux, docteur! L'émotion de mon rappel soudain.— Maudits événements! Mène-moi vite auprès d'elle.Les deux hommes entrés dans la chambre de la malade, le docteur tendit la main à Hélène.Il nota son visage fermé, ses yeux sévèrement tendus, comme tout son être, vers la tâche nouvelle et imprévue qui lui incombait.Elle s'approcha, correcte, empressée, comme une infirmière qui vient faire son rapport: — Docteur, je crois avoir fait le nécessaire en vous attendant.Je viens de poser des sinapismes aux jambes; ce bandeau, sur le front, contient de la glace.— Très bien, approuva le docteur malgré la naturelle antipathie qui, sans raison bien nette, l'éloignait d'Hélène.Vovons le reste.I! s'approcha du lit.Mme La Maze-rais était inerte, la tête tournée sur l'épaule gauche.Doucement le médecin souleva une paupière: l'oeil apparut, sans regard, révulsé de ce même côté.— L'apoplexie est évidente, murmura le médecin.— Peut-être une saignée?.suggéra son vieil ami.— Non pas.Toi, Roger, va me chercher des sangsues.Nous les appliquerons derrière les oreilles.J'ai confiance dans ce vieux remède.C'est l'hémiplégie classique, à laquelle malheureusement son artériosclérose prédisposait Mme La Mare rais.— Mais sa vie n'est pas en danger?demanda le mari aifccicux.— J'espère bien que non! Nous allons lutter contre le mal pied à pied, n'est-ce pas, Mademoiselle?— Je suis à votre entière disposition, Docteur, de nuit comme de jour.Hélène parlait sans se départir de son calme au praticien pensif, assis auprès du lit, sa barbiche grise dans une main, son stylo levé sur le bloc d'ordonnances.Un peu rassuré, Roger alla préparer sa cantine Ce fut vite fait: les marins ont l'habitude — et le besoin, tant leurs chambres sont étroites — des rangements précis.Puis il passa chez les Marlic faire •es adieux à la femme du docteur et à Léon.Celui-ci mettait en ordre ses papiers professionnels II leva la tête à l'entrée de son ami et lui sourit, car en cette âme d'élite ne pouvait subsister aucune rancoeur par rapport à la préférence dont Josette avait favorisé Roger.Du chagrin, oui, certes, Léon en éprouvait; de la jalousie, non pas II souffrait en silence et se serait fait hacher plutôt que d'accuser de sa douleur le camarade plus heureux.— Tu as la tête assez libre pour travailler?demanda La Mazerais.Heureux gaillard! — Je classe mes observations, ce qui permettra à mon père de reprendre la suite de mes malades.— Tu t'attends aussi au pire?— Evidemment.— Moi, fit le marin, je rejoins Cherbourg Je pars au train de ce soir: voici mon ordre de rappel.Il montrait le feuillet jaune,- Marlic, songeur, y jeta un regard.Les deux amis un moment évoquèrent le redoutable mystère de l'avenir, à quoi leur patriotisme et leur énergie s'apprêtaient à faire face.Et bientôt Roger se leva: — Au revoir, vieux.Et bonne chancel — Tu me quittes déjà?— Je suis pressé de rentrer, ma mère n'est pas bien portante Ton père doit être à la maison.Et je veux encore passer chez les Vigerand dire au revoir au capitaine.Derrière la maigre silhouette du vieux soldat, c'était la forme chérie de Josette qu'il évoquait.Il ne pouvait envisager de partir sans un tendre adieu à l'élue de son coeur, alors qu'il allait courir la terrible aventure.De plus, l'enseigne voulait serrer la main de Raymond, dont la clairvoyance avait la première, peut-être parce qu'il vivait à l'étranger, vu la situation sous son véritable jour.Roger prit donc rapidement congé.A la Maison au Toit d'Argent, une fâcheuse surprise l'attendait.Ce fut le capitaine lui-même qui lui ouvrit la porte et l'introduisit dans l'étroit bureau où journaux et cartes voisinaient sur la table.— Vous me trouvez seul, mon petit.Josette est sortie avec sa tante.— Ah! fit le jeune enseigne déçu, l'aurais souhaité de lui faire mes adieux.Paternel, le vieil officier lui prit les deux mains: — Alors, demanda-t-il, vous partez aussi?— Mais oui, capitaine!' — Ils partent tous! Mon fils nous a quittés hier soir; son camarade Marlic, mobilisé lui aussi, partira demain sans doute.Quel chagrin pour moi que mes rhumatismes m'empêchent de les suivre! La voix du retraité s'enrouait, ses paupières battaient plus vite sur ses yeux demeurés clairs.H ferma en soupirant un annuaire militaire récent où, depuis ce matin, il pointait la situation de ses camarades encore en activité, et prononça sourdement: — Bonne chance à tous! II passa sur son front une main amaigrie où les veines saillaient comme des conks, p\tis regarda affectueusement son jeune visiteur.Il avait oublié, semblait-il, le refus opposé l'autre jour à celui qui avait souhaité — combien ardemment! — devenir son fils.Faisant effort pour sortir de lui-même, Vigerand demanda: — Quand partez-vous?— Ce soir.Je suis rappelé à Cherbourg: l'Intraitable doit déjà y faire son plein de mazout: 630 tonnes.— Dieu vous garde, mon petit! — Je me fie à lui et m'en irais allègrement, je vous prie de le croire, sans l'accident survenu à ma mère! — Un accident?Roger raconta en quelques mots ce qui s'était produit, et une compassion sincère s'inscrivit aux traits du vieil homme Puis Roger se leva: — Permettez-moi de prendre congé, capitaine.Tant de choses à mettre en ordre, avant ce grand départ! — Bon! vous reviendrez! — J'y compte, ne serait-ce que pour vous conter les hauts faits de llntraftaWt, En attendant, voudrez-vous bien présenter mes amitiés à Josette?Je suis désolé de ne l'avoir pas rencontrée!.— Elle le regrettera beaucoup aussi.En dépit de cette affirmation, M Vigerand ne fit aucune tentative pour retenir le fils de son ami.Et l'enseigne, n'ayant pas rencontré celle qu'il chérissait, ne souhaitait pas de s'attarder dans la Maison au Toit d'Argent où il avait subi la plus cruelle désillusion de sa vie, désillusion que la marche tragique des événements reléguait d'ailleurs dans le passé.Plus graves, plus pressantes, se révélaient deux questions: comment se comporterait l'Intraitable au hasard sanglant des prochaines rencontres, et qu'adviendrait-il de Mme La Mazerais?Dans l'église Saint-Vincent, qui s'enorgueillit d'avoir été cathédrale au temps des évêques malouins, Josette était allée porter un front lourd de soucis.Ses fiançailles de durée indéfinie auxquelles elle était condamnée avaient attristé la jeune amoureuse pendant plusieurs jours,- aujourd'hui, ce n'était pas l'inquiétude de sa tendresse qu'elle venait apporter au pied de l'autel gothique, mais l'angoisse où la plongeait le sort de Roger Certainement le pays courait vers la guerre, son aimé allait y partir.Quand reviendrait-il?— Je me demande, dit, sur le chemin du retour, tante Delphine, à qui les complications internationales demeuraient étrangères, je me demande si le marché de mardi sera bien achalandé.— Sans doute, ma tante, répondit distraitement Josette.— Mais où donc as-tu l'esprit, ma petite?Tu ne vois pas que les bruits stupides répandus par les journaux font le plus grand tort au commerce En pleine saison, de tels bavardages devraient être défendus! La jeune fille ne répondit pas,- aussi bien arrivaient-elles au logis.Sur le seuil de son bureau, le capitaine attendait sa fille,- il la fit entrer et ferma la porte derrière elle.— Craves nouvelles, petite! Roger sort d'ici.Il venait te faire ses adieux.C'est moi qui les ai reçus., ce n'était pas la même chose pour lui.La voix bourrue essayait de se faire joviale,- Josette ne l'entendait plus.Bouleversée, mais contenant son émoi, elle prononça d'une voix blanche, comme ses joues soudain pâlies: — Il part?.H est rappelé?— Il prend le train ce soir pour Cherbourg.Après un instant, le vieil homme grommela, en fourrageant ses papiers d'un geste assez désordonné et sans regarder sa fille: — Tu iras me chercher le journal à la gare.au moment que tu voudras.Emue, silencieuse, Josette s'abattit sur la poitrine de son père,- sans mot dire, lui non plus, le capitaine caressait doucement la tête aux boucles brunes qui s'abandonnait; entre ces deux êtres, les mots étaient inutiles: ils se comprenaient de reste, et le père estimait sa fille en raison du courage sans larmes avec quoi elle supportait sa douleur.Mais l'heure n'était pas à s'amollir M Vigerand repoussa doucement Josette qui s'assit sur un pouf auprès de lui Et il reprit: — Autre chose.Mme La Mazerai vient d'avoir une attaque.— Mme La Mazerais répéta la jeum-fille, stupéfaite.Quand cela?Comment"1 — Tout à l'heure, en apprenant le rap pel de son fils.Sa filleule la soigne sou^ la direction de Marlic.— Quelle tristesse!.Line pitié profonde animait Josette Sa pensée, d'ailleurs, revint aussitôt à celui qu'elle aimait: — Et Roger?Quelle peine il doit avoir de la quitter dans un pareil état! — Roger pense que sa mère n'est pas en danger de mort.Pour le reste., à la grâce de Dieu! Il lui faut bien aller où le devoir l'appelle.Et.le vieil officier continua: — Toi, ton devoir t'appellera à la gare, ce soir, pour y prendre mon journal.Ne laisse pas passer l'heure.— Du départ du train, ajouta en soi-même Josette, reconnaissante de la façon dont son père réglait les choses.Les heures de cet après-midi se déroulèrent, pour la jeune fille, dans une atmosphère singulièrement contradictoire Tantôt elles lui paraissaient cruellement lentes à amener le moment où elle verrait Roger; tantôt, songeant que c'étaient les dernières minutes de paix que devait vivre son hien-aimé avant d'être jeté dans l'horrible tourmente, Josette estimait que ces ultimes instants de répit s'enfuyaient avec une rapidité vertigineuse.Après, ce serait, pour lui, le danger permanent; pour elle, la permanente angoisse.Mlle Vigerand reconnut à peine les bâtiments familiers de la gare tant la foule s'y pressait, tant cette foule était différente de celle qui affluait à l'habitude à Saint-Malo, dans les premiers jours du mois d'août.Au lieu des familles joyeuses, encombrées de colis et de filets à crevettes, qui interpellaient des enfants d'un bout à l'autre du quai, celui-ci était peuplé par des jeunes hommes graves munis d'un léger bagage,- dans leurs yeux brûlait la flamme illuminant la route pour ceux qui répondent sans regrets ni retard à l'appel du pays.Ce n'était pas la mobilisation encore, c'était déjà le départ des élites individuellement réclamées pour aller occuper les postes où de sombres lendemains pourraient rendre leur présence nécessaire.Anxieuse, Josette cherchait Roger perdu dans cette fnu'e, et son coeur battait plus fort à la pensée que le train déjà formé pourrait partir sans qu'elle eût revu son fiancé.Elle l'aperçut enfin de dos; insoucieuse d'un décorum dont l'heure était passée, elle courut vers lui : — Roger! Tout son cœur aimant, qui pour jamais s'était donné, vibrait dans cet apel.L'enseigne, qui déjà avait revêtu la tenue sévère sous laquelle il combattrait, se retourna vivement.A la vue de Josette, son regard s'adoucit; à pas rapides il s'approcha, et, glissant sous le sien le bras de la jeune fille, il emmena celle-ci un peu à l'écart.Tendrement il murmura: — Vous, petite amie! Je n'espérais pas cette douceur.— Pensiez-vous, dit la jeune fille, que je vous aurais laissé partir sans vous dire que toute ma pensée, tout mon coeur, seront avec vous da/is l'épreuve?— Et mon âme, à moi, restera près de vous, chérie, sauf aux instants où je devrai rendre compte de tout mon être LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Q.J5 à la patrie.Dieu veuille bientôt me permettre de vous donner mon nom! _Il le permettra, soyez-en assuré, fit Josette avec un sourire confiant.Et vous ne partirez pas sans une bonne nouvelle: c'est mon père qui m'envoie ce soir près de vous.Le voyageur pressa les doigts fins qui tremblaient.Des groupes déjà se rapprochaient des wagons.Il leur fallait se quitter.Allaient-ils se séparer sur une pression de main, fût-elle même affec-lucuse, comme de simples amis qu'ils n'étaient déjà plus, M.Vigerand lui-même semblait le reconnaître?Doucement, à l'ombre d'un pilier, Roger attira vers lui Josette qui se laissait faire, palpitante, et dans le baiser que les deux fiancés échangèrent, toute l'angoisse des lendemains redoutés et tragiques s'évanouit.Le train démarrait, l'officier y courut.Il escalada le marchepied d'une voiture déjà en branle.Et jusqu'au prochain tournant il agita son gant vers une silhouette mince qui devenait d'instant en instant si menue, si menue, que l'on ne pouvait lavoir si le frais visage pleurait.DEUXIEME PARTIE X Les premiers mois de la guerre s'écoulèrent assez sombres, chez les La Maze-rais, comme partout.Plus que chez d'autres, à vrai dire, tant l'excellent mari qu'était l'armateur souffrait cruellement de la maladie de sa femme.Le Dr Marlic soignait celle-ci avec un dévouement inlassable, mettant à son service toutes les ressources de la science, secondée par une ancienne et fidèle amitié.Il ne ménageait pas sa peine, multipliait les visites, essayant traitement après traitement.Chaque fois que M.La Mazerais lui demandait, avec une angoisse tirant les traits de sa large face débonnaire: — Eh bien, Docteur, que dites-vous de notre malade?Il répondait invariablement: — Il y a du mieux, cher ami, beaucoup de mieux.— Parfait.Mais quand ce mieux de-viendra-t-il du très bien?— Ah! cela, Dieu le sait! Ayez patience, La Mazerais, nous sommes en bonne voie.Et comment en pourrait-il être autrement, avec une infirmière si entendue! Le tuteur d'Hélène s'épanouissait comme aux bons jours: — Oui, n'est-ce pas?Notre filleule montre ce qu'elle vaut, en ces pénibles circonstances.On le sait, le docteur n'aimait guère Mlle Corlis qui lui avait toujours semblé pourvue d'une ambition profonde, dissimulée sous une réserve un peu sournoise.Cependant, emporté pa.r sa bonhomie naturelle autant que* par la volonté de rendre hommage à la vérité, Marlic s'écria: — Dites plutôt que son intelligence et sa patience font merveille! Sans elle, nous n'en serions certainement pas là! Où en était-on au juste?Ce fut seule-n>ent au début c|c l'hiver que le mal, vaincu décidément, laissa la place à l'infirmité.Mme La Mazerais avait recou-vré ses facultés intellectuelles, comme aussi la parole, dont elle1 faisait volontiers usage pour critiquer et se plaindre.Le bras gauche avait à peu près recouvré sa motilité, mais la jambe se refusait ' tout service.Il fallut que l'impérieuse maîtresse de maison se résignât à vivre entre son lit et son fauteuil, et l'on peut croire qu'elle ne s'y résolut point sans d'orageux sursauts de révolte.— Du moins, décréta-t-elle, nul ne me verra ainsi diminuée.Je ne quitterai plus ma chambre.— Madame, objectait le bon Marlic en tourmentant sa barbiche argentée, il existe d'excellents fauteuils roulants que l'on peut facilement mouvoir soi-même.Ils permettent une vie presque normale.— Inutile, Docteur.Je n'ai plus rien à faire nulle part, je ne connais plus personne.Hélène me servira de trait d'union avec le monde extérieur.Je suppose que je puis compter sur toi, petite?— Entièrement, marraine! répondit la jeune fille.Et Mlle Corlis tint parole.Dans cette tâche pénible de gardienne d'une malade acariâtre, elle déploya une attention et une constance jamais démenties.Elle se montra même, ce qui lui était plus difficile, presque affectueuse.Car l'infirmière improvisée comptait forcer ainsi le coeur de Roger, quand le jeune marin reviendrait de la guerre.Et ce désir obstiné, où elle s'enfonçait avec une énergie sans cesse accrue, avait, sans qu'à aucun prix elle eût consenti à l'avouer, une part notable dans la bonne volonté avec quoi elle se pliait aux dures besognes d'une tâche souvent pénible, toujours ingrate.Le sort des combattants était, chez l'armateur, l'objet de la préoccupatio» générale.—Nous, disait le docteur, nous sommes encore parmi les privilégiés.Léon est affecté à un train sanitaire garé près de Saint-Denis.pour le moment.M.La Mazerais s'informait: — II vous .écrit souvent?— Mais oui., assez! — Vous avez du bonheur! Et vous savez où il est.Roger ne nous envoie que de rares billets quand son bateau touche un port quelconque, nous ne savons même pas lequel! — Vous donne-t-il donc si peu d'indications?— Parlons-en, de ses indications! Sur l'enveloppe, un seul cachet, toujours le même: Service à la mer.Sur la feuille, un unique renseignement, qui ne varie pas davantage: "Bord Intraitable." Eh! parbleu, je le sais bien, qu'il est sur l'Intraitable' Même pas de date.Ah! il est à cheval sur le service et sur les consignes, mon clampin de fils! — Allons, allons, mon cher! grondait le docteur en frappant sur l'épaule de son ami, vous savez bien qu'il a raison! M.La Mazerais ne protestait pas,- au fond, il pensait comme Marlic, mais sa mauvaise humeur n'était pas sans excuse: l'armateur, en sus de l'inquiétude que lui donnait le sort de son fils, nourrissait d'autres soucis encore.Comme en 1914, la guerre avait profondément atteint son industrie.Au fur et à mesure que ses chalutiers, au cours des premières semaines de l'automne, avaient regagné leur abri malo'uin, la bataille s'était emparée d'eux.Au lieu d'hiverner dans le vaste bassin à demi remblayé du réservoir intérieur — à peine vidés de leur pêche et sommairement nettoyés, — ils avaient repris la mer.Munis d'un canon sur l'avant et dotés, pour le servir, d'une couple de fusiliers marins, les chalutiers de Saint-Malo patrouillaient maintenant dans la région du Pas-de-Calais.Deux par deux, à petite allure, ils exploraient leur secteur de veille.Quand ils viraient, la bise dms le nez, au grince- ment des drosses d'acier manoeuvrées par l'homme de barre, trois coups de roulis, nés du vent de travers, chamboulaient tout dans leur coque vide, mal équilibrée pour un pareil métier.La pleine mer venue, les deux navires s'écartaient l'un de l'autre en vue de battre une zone plus étendue.Cela durait deux jours et deux nuits, dans le crachin glacial ou le brouillard hostile.Un bref repos à Dun-kerque, durant lequel les hommes, saoulés de fatigue, prenaient à peine conscience de ce temps de répit, et la patrouille recommençait.Pendant ce temps, l'armateur, sou-cieuj, arpentait avec une mine renfrognée le quai désert de Saint-Malo que ses bateaux, comme son fils, avaient quitté pour la grande aventure.Dans la Maison au Toit d'Argent, le capitaine, les nerfs tendus comme des cordes à violon, vivait entre ses journaux, ses cartes et les lettres brèves, mais fréquentes, de son fils, terré "quelque part en France", à proximité de la ligne Maginot.Les assurances multipliées de l'invulnérabilité dont on disait pourvu >ce système fortifié tranquillisaient mal le vieil officier.De même cette guerre larvée, au cours de laquelle il ne se passait rien, lui inspirait un lourd malaise, qui parfois tournait à l'angoisse.Les formules rassurantes, telles que cette commune assertion que le temps travaillait pour nous, ne le réconfortaient en aucune façon.— Si nos usines se sont mises enfin à travailler, répétait-il à Josette, crois-tu, par hasard, petite, que celles d'en face se tournent les pouces?— Oh! certes non, soupirait U jeune fille, sans songer à sourire d'une métaphore si hardie.— Alors, qu'est-ce qui nous garantit que, comme ils le chantent sur tous les tons: "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts"?C'est avec de pareilles fadaises qu'on endort le pays, quand il faudrait le dresser d'un seul coeur.Ah! misère! Le poing du vieil homme s'abattait, en un fracas impuissant, sur le bureau encombré de graves papiers auxquels il essayait avec anxiété d'arracher le secret de l'avenir On s'en doute, il n'était plus question de parties de bridge qi de ce tour des remparts, naguère plaisir quotidien du capitaine Vigerand, que l'on voyait passer strictement boutonné dans un veston à col dolman et faisant sonner sec les pavés sous le bout ferré de sa vieille canne des tranchées.La guerre avait ravagé, comme toutes les vies, celles qui cachaient leurs angoisses dans la Maison au Toit d'Argent.L'existence de Josette oscillait entre trois pôles: choyer son père, prier, écrire à Roger.Souvent elle priait à la fois pour son père et pour l'absent, tandis qu'elle remplissait avec diligence ses devoirs familiaux.Presque chaque jour une lettre partait de la rue Broussais vers cet inconnu mystérieux où vivait — où souffrait peut-être — l'officier de l'Intraitable Elles étaient brèves, ces lettres, car la main se refuse à courir beaucoup quand le coeur qui la guide est trop lourd Elles disaient toutes la même chose, ou presque,- à peu près ceci: - !Mon ami cher, Je pense à vous dans la tourmente, je dirais que je ne pense qu'à vows, si je n'étais prise, moi aussi, par mes devoirs qu'il me faut bien remplir."J'essaye de m'imaginer c*> périls au milieu desquels se déroule votre vie de combattant: ils me paraissent d'autant plus terribles que je ne Us connais pas.Drx fois le jour je prie Dieu qu'il vous garde à ma tendresse, parmi tes embûches conjuguées de la mer et des hommes, l'ai confiance qu'il veille sur vous dans le présent et qu'il vous protégera dans Paoenir.A vous.Votre Josette Le mot écrit à la hâte, la jeune fille le glissait dans son petit sac afin de le mettre à la poste lors de sa première sortie Elle n'aurait osé confier cette mission banale à la craintive tante Delphine, que les événements rendaient plus falote que jamais.La bonne femme, secouant des bajoues tremblotantes, allait geignant: — En quels affreux temps nous vivons, pauvre petite! Cette inquiétude constante, cette ville morne, ce n'est pas cela, la guerre ! — Qu'est-ce donc, la guerre, ma tante?questionnait parfois Josette avec un pâle sourire, car elle connaissait la réponse à l'avance.Mme Delphine se redressait, une lueur fugitive au fond de son regard terne: — Voyons, ne fais pas l'enfant, Josette! Tu le sais comme moi, ce que c'est, la guerre! Ce sont les fêtes de charité, les blessés qui se guérissent, et la victoire pour finir.Josette s'enfuyait dans sa chambre pour y pleurer XJ - L'automne et les premiers mois de l'hiver 1939-1940 se caractérisèrent, pour l'équipage du contre-torpilleur Intraitable — 13 officiers, 226 hommes, — par une harassante monotonie.Les besognes succédaient aux besognes, toujours les mêmes: patrouilles, protection de convois, combats.Ceux-ci, considérés comme autant de fêtes par le personnel, se réduisaient d'ailleurs à quelques volées d'obus envoyés à toute portée sur une silhouette insolite, ou à quelques grenades sous-marines basculées en pleine vitesse au-dessus d'un périscope problématique, lequel, ensuite, négligeait de donner de ses nouvelles.Le plus dur était que les bâtiments devaient tenir continuellement la mer, ce qui est particulièrement pénible quand il s'agit de la Manche, et pendant la mauvaise saison.Ah! elle était loin, la règle classique de la marine exigeant, pour le bon entretien des navires, que dans toute division de trois unités l'une de celles-ci soit toujours à quai ou en cale sèche, afin d'en assurer l'entretien régulier! On ne touchait terre que pour faire, à des dates commandées par les nécessités de la perpétuelle croisière, et dans des ports inattendus, le plein des 630 tonnes de mazout qui ronflaient en nappes de feu autour des petits tubes alignés dans les six chaudières Indret.Là, entre deux sommeils hâtifs goûtés sur le lit d'hôtel où le jeune officier s'allongeait, recru de fatigue, il jetait à la poste les lettres que chaque jour il écrivait à Josette, dans sa chambre étroite de l'Intraitable.Et, puisqu'il ne pouvait être question encore de permissions pour les divisions légères du Nord, Roger s'emparait avec émotion, dans les postes restantes locales, des lettres que Josette lui envoyait sur un numéro de secteur postal.Qu'elles étaient tendres, ces lettres, et corribien réconfortantes! Sa pensée ne quittait guère la brune enfant dont il avait emporté la foi.sans savoir ce que 1 S RFVUE MODERNE — OCTOBRI H M" 36 0 l'avenir, peut-être cruel, sûrement incertain, ferait de leurs pauvres promesses-Une seule chose demeurait assurée, en ces tristes temps, plus insondables que les vagues de la mer: il aimait Josette et Josette l'aimait.— Elle serait une garde-malade idéale, se répétait-il, et moi, je serais autrement tranquille en la sachant auprès de ma mère, plutôt qu'Hélène! Il faudrait.je voudrais.Ce qu'il aurait fallu, ce que voulait le jeune officier, il le savait fort bien, et chaque jour qu'il vivait sous la gifle glacée des embruns l'ancrait dans son désir: il épouserait Josette dès la fin de cette pénible campagne; mais comment y parvenir?Le 24 février, par une fin d'après-midi brumeuse mettant sur les dents la timonerie, dans la cage vitrée de la passerelle, l'Intraitable arriva, pour un ravitaillement général, en grande rade de Cherbourg.L'enseigne La Mazerais fut comblé entre tous: quatre lettres de Josette, une de son père, que désirer de plus, puisqu'il lui était impossible d'aller les rejoindre à Saint-Malo, fût-ce pour vingt-quatre heures?Ayant lu son courrier dans la solitude de sa chambre, l'officier ca-nonnier gagnait la tourelle de l'extrême-avant quand il rencontra le commissaire, joyeux garçon toujours pressé.Celui-ci marchait aussi rapidement qu'à son habitude, mais il montrait un front chargé de nuages Cependant, au passage, il serra la main de Roger.— Content?demanda-t-il en montrant de la main le paquet des lettres qui dépassaient un pou la poche de son camarade.— Ravi.Et vous, commissaire?— Ne m'en parlez pas! Une pile de décrets, circulaires, états, que sais-jel Retenez bien ce que je vous dis, mon petit: cette maudite paperasserie nous tuera! — Bon! fit Roger, que les lettres tendres rendaient optimiste, espérons qu'au moins, vous-même, elle ne vous tuera pas! — Je n'en sais rien! Il y a de" quoi crever de fatigue et d'ennui à essayer de s'assimiler toute cette littérature! D'abord, j'en ai pour jusqu'au diner.Au revoir! je vais essayer de déblayer ce fatras.XII | Le clan des enseignes de 20 ans, an bas bout de la table, se mit à hurler, cognant en cadence ses assiettes sur la nappe: — Per-mis-sions! Per-mis-sions! Un tintement sec: le président du carré, lieutenant de vaisseau aux tempes grisonnantes, frappait son verre avec son couteau pour réclamer le silence, qu'il obtint aussitôt.Alors il demanda: — De quoi s'agit-il, commissaire?— De rien de moins que de nouveaux arrêtés réglant les conditions de notre mariage après notre mort, président.Un silence glacé accueillit ces paroles.Moulty, le benjamin du carré, jeta de sa voix de fille: — Quel blagueur, ce commissaire! — On ne blague pas avec ces choses-là, mon petit, riposta l'interpellé.Voulez-vous voir les textes?C'était sérieux, le carré demeura interdit Il appartenait à son président de réclamer: — Expliquez-vous, commissaire.— Tout ce qu'il y a de plus simple, président.Les récents arrêtés dont je vous parle et que j'ai reçus cet après midi disposent ceci: Après nn combat, tout blessé peut déclarer officiellement, à son chef ou à un représentant quelconque de l'autorité, sa volonté d'épouser telle jeune fille dont il donne le nom et l'adresse S'il vient à mourir, et si la demoiselle, aussitôt avertie, ratifie le désir du défunt, le mariage est régulièrement validé et demeure indissoluble, quelles que puissent être, d'autre part, les objections élevées par l'une ou l'autre famille, sinon par les deux.Le silence persista un instant: le carré méditait.En son âme et conscience, il pesait cette décision venue de Paris.La première de toutes, la voix claire de Moulty s'éleva : — Moi, je trouve ça épatant! — Remarquez que cela peut aller très loin! observa le président, hochant sa tête grise.Maintenant tous parlaient à la fois, commentant la nouvelle.Craves sujets s'il en est, l'amour et la mort, particulièrement propres à passionner, en ce moment plus que jamais, cette assemblée de jeunes hommes placés en face d'un sort incertain et qui, tous, avaient dans leur portefeuille le sourire d'une femme aimée1 Le mécanicien Géraud, grincheux comme le sont, par tradition, ceux de 'la mine", grogna, en construisant une grimace de satisfaction: — Ce n'est pas mal! "L'amour survit au héros tombé." Beau sujet pour une pendule louisphilipparde ou pour le crayon du docteur.— Et vous, La Mazerais, que pensez-vous de cette affaire-là?demanda l'officier des transmissions à son voisin de couvert.Le fiancé de Josette tressaillit.Il était si près d'elle, si loin de ceux à qui les hasards et les devoirs de la vie le réunissaient en ce moment! Depuis que le commissaire avait énoncé le résumé des nouveaux arrêtés qui venaient se joindre à ceux existant déjà, menaçant de le submerger, Roger était assailli par un émoi qu'il entendait celer à tous.Il répondit, flegmatique en apparence: — L'idée est belle en théorie.Reste à savoir ce qu'elle donnerait dans la pratique.Moulty le hua: — Peut-on rester si froid sur un pareil sujet?Quel homme de bronze.ou de bois êtes-vous donc?Les plus jeunes firent chorus.Insensible aux brocards, La Mazerais pelait une orange avec un soin méthodique auquel il forçait ses nerfs bondissants.Il quitta de bonne heure ses camarades, se retira dans sa chambre et, contre son habitude, poussa tout de suite derrière soi la targette nickelée.Roger s'était laissé tomber sur le siège placé devant le bureau minuscule que lui octroyait la munificence de la.République.La clarté qui, pour loi, rayonnait de ces nouveaux arrêtés le bouleversait.Longuement, le jeune officier rêva à Josette.Voici que, si elle y consentait, elle pourrait être sienne malgré la mort possible! La France, qui demandait à ses fils le sacrifice de leur vie, n'exigeait pas celui de leur amour.Si incertain, si bref peut-être que dût être son avenir, Roger, ce soir, avait le sentiment de dominer les difficultés humaines les plus tragiques.Peu à peu, dans son esprit, la rêverie se mue en résolution: s'il doit mourir, Josette sera à lui, malgré «son sacrifice, et lui, le cas échéant, en emportera un puissant réconfort dans sa tombe, tandis qu'elle-même trouvera là une fierté et une consolation L'heureuse idée que, pour une fois, Paris venait d'avoir! L'officier d'une main fébrile, atteignit son papier à lettres.11 dévissa son stylo, et, le coeur battant, mais l'esprit calme, il écrivit d'un trait: "Mon amie très chère, Après ma lettre d'hier, ciriffonnêe, en dépit d'une mer très dure, sur la route de Cherbourcl où nous voici amarrè\ pour vingt-guatre heures, je ne pr&voyais pas vous écrire ce soir.Et puis, dans le courtier administratif, notre commissaire a trouvé un pli d'une telle importance cfue je ueux tout de suite en parler avec vous."Josette, ma chérie, rien n'est plus fraciile cfue la vie d'un marin en cluerre' Vous le savez comme moi, et si je vous le rappelle, c'est (fue.je le sais, la pers pective des risques encourus n'est pas pour vous décourager plus cfue moi-même Toutefois, j'éprouvais une peine vive à la pensée tfu'un éclat d'obus, plus ou moins malintentionné menaçait de nous séfwcr à jamais.Grâce à Dieu, ce danger, dès ce soir, n'existe plus.Vous me regardez avec vos cirands yeux cfue j'aime line surprise y flotte: je vous dois une explication.Sachez donc ceci.Paris vient de décréter (fue tout combattant mortellement frappé aura le droit de désigner une jeune fille (fui, de ce fait sera, si elle y consent, sa femme devant Dieu et devant les hommes.Elle portera son deuil, elle (tardera son soiit'eni'r, t'n-dïsso/nMemenf liée à celui gui aura donné son existence à la patrie, elle vouera la sienne à la fidélité.La pensée, noble et ûrande, est austère aussi, mais Qu'importe?le suis certain cfue ce n'est pas la sévérité de ce destin cfui ferait reculer la femme forte cfue vous êtes.Et c'est pourefuoi, ma bien-aimée, je viens vous dire ce soir:.Si Tiieu me réserve de tomber pour la Trance, en cfuelcfue enciaOement à venir, voulez-vous être ma femme?Consentez vous à porter au delà de la mort, et malciré elle, le nom cfue je me réjouissais, gue je me réjouis encore de vous donner?Vous voulez bien, n'est-ce pas?Tous acceptez d'être mienne, Josette, toujours et malgré tout?Je suis si sur de vous' Et je vous remercie du fond de l'âme (ne disons pas encore du fond de la tombe) d'une acceptation cfui me permet de vous léguer, à la face de tous, ce gue j'ai, ce gue j'aime, et.en premier lieu, ma mère, dont vous savez gue sa maladie est mon grand souci.Si je suis marié et.absent, la place de ma femme sera auprès de sa belle-mère.Je vous lègue cette pauvre malade, Josette.Je vous demande de vous installer près d'elle et de la soigner avec le dévouement gue vous auriez apporté à soigner votre maman, si Dieu avait permis gue vous l'eussiez conservée.C'est là, ma paui->rc chérie, une tâche bien lourde gue j'assigne à votre jeunesse.Je ne doute pas gue vous ne la remplissiez avec tout votre coeur, et je vous remercie de me permettre cette certitude, dans le doute où je suis de toute chose.Tiia bien-aimée, je vais cacheter ce pli, y tracer votre nom et votre adresse, puis je l'enfermerai dans mon bureau, d'où il ne sortira gue si je suis frappé à mort Si je reviens de celte guerre, je vous le montrerai intact, et nous nous édayerons de cette précaution inutile.La précaution inutile.rV'ewisle-l il pas une comédie ancienne gui s'intitule ainsi?line jolie bistoite à poudre et à paniers, un peu naive, et souriant sous ses mouches > L'aimable temps gue celui-là où n'aurait su se développer cette cluerre monstrueus, et larvée gui si longtemps éloigne de vous, sans même gu'il ait à combattre.Votre Roghr XIII ' Le 5 mars , un jour semblable à tous les autres, un jour où rien n'annonçait, le matin, le tragique dont il allait être chargé.Ce jour se leva, pour l'Intraitable.quelque part au large, à la hauteur d'Os tende Le ciel, couvert de lourds nuages d'un gris fumeux, se montrait terne et triste, les vagues qui le reflétaient roulaient pesamment leurs flots glauques fleuris de Manche écume.Autour du contre-torpilleur qui creusait, à petite allure de patrouille, un vaste champ écumeux et raviqé, une angoisse planait, quand, tout à coup, le bâtiment entra dans un banc de brume.Alors il ne vit plus rien, perdu qu'il était dans une sorte de loque humide et opaque collant aux mains et aux visages des hommes et couvrant le navire de gouttelettes glacées.L'Intraitable, réduisant encore sa vitesse, s'enfonça avec lenteur dans ce tunnel dont il semblait emmener le centre partout avec lui.Il s'y enfonça sans allumer ses feux, sans actionner sa sirène, par crainte des mauvaises rencontres, toujours possibles en cette région Sur la passerelle, le service de quart, autour du commandant, était nerveux; dans les tourelles, devant les affûts des petites pièces antiaériennes, les armements au complet se tenaient à leur poste.L'enseigne La Mazerais, au milieu de ses c;'nonniers, occupait la tourelle d'extrême-avant.Tous, à défaut du regard, avaient l'oreille tendue et s'efforçaient de percevoir quelque son à travers le linceul d'épais brouillard où ces vingt douzaines d'hommes venaient de s'engloutir d'un seul coup Le vent, toutefois, soufflait du Nord, et l'Intraitable arrivait du Sud.Cette opposition de marches fit qu'en peu de temps le banc de brume se trouva franchi Alors le contre-torpilleur français, émergeant de ce champ de maussade péril, surgit tout à coup en pleine lumière.Et ce fut pour se voir entouré à portée moyenne par une division de quatre torpilleurs ennemis, qui aussitôt le couvrirent d'obus.La réplique fut instantanée, et le combat se trouva engagé avant que la plupart des hommes fussent revenus de leur stupeur En peu d'instants, le navire français fut environné de flammes et de fumée, tandis qu'un fracas d'Apocalypse emplissait l'espace, mettant en déroute l'auguste silence de la mer.Le commandant de l'Intraitable espéra tout d'abord venir à bout de ses adversaires en coulant, dès le début, les plus proches, qui étaient les plus dangereux Mais deux 127, pénétrant ensemble dans la tourelle extrême-avant, bouleversèrent, dans une ruée de foudre, hommes et matériels En même temps, d'autres obus creusaient dans- la coque des impacts, trous noirs ceinturés par une collerette d'acier portée au rouge.Force était de rompre le combat, ce que le contre-torpilleur fit en continuant de tirer de celles de ses pièces qui demeu raient debout, afin de maintenir ses adversaires à distance.Rapidement, les secours s'organisaient à bord.Les blessés étaient transportés à l'infirmerie où Meynard, le major, LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1 y4 r. s'activait avec ses aides.Un matelot vint à lui, et, à mi-voix: — Monsieur le major.— Qu'y a-t-il?— M.La Mazerais est blessé! — Qu'a-t-il?s'informa le médecin en serrant le bandage auquel il apportait tous ses soins., — Les jambes broyées.On vient de le porter dans sa chambre.— J'y vais.dès que j'aurai terminé' ce pansement, fit Meynard, se raidissant devant l'émotion que lui causait cette pénible nouvelle Certes, les galons de l'enseigne ne .rendaient pas son sacrifice plus pénible que celui de tous ces petits gars qui souffraient là pour la France, entre ces quatre murs blancs.Mais La Mazerais «ait un ami personnel du major, et celui-ci avait le coeur serré en apprenant la blessure de l'enseigne.Le bandage qu'il fixait ne perdit pas une minute d'attention, mais aussitôt ce travail terminé, Meynard bondit chez Roger, Des qu'il eut écarté la portière d'andri-nople, l'opinion du praticien fut assise: ce visage exsarigue, ce nez pincé, cette respiration à peine perceptible .Roger était perdu.Son ordonnance, à gestes appliqués et maladroits, étanchait le sang qui coulait des jambes, ne formant plus qu'une plaie.Le major le rejoignit en deux pas! — Nous allons arrêter cela, mon petit Prends ma trousse.Vite! Tout en secondant de son mieux le docteur, le jeune canonnier chuchota: — Monsieur le major., mon lieutenant, y ne va pas mourir, n'est-ce pas?— Ne parlons pas de ça! coupa Meynard.L'hémorragie enfin suspendue, le blessé ne donnait toujours pas signe de vie.Une piqûre, destinée à soutenir le coeur défaillant, amena un peu de sang aux joues blêmes.Roger tressaillit faiblement, ce qui lui arracha une longue plainte Puis il ouvrit les yeux avec effort, et son regard vague, après avoir un peu flotté, se posa anxieux sur le major qu'il reconnut — Meynard., murmura le blessé.Le bateau?Il faisait un grand effort, et ses paroles s'entendaient à peine.L'ami de l'enseigne le rassura: — Le hateau flotte d'aplomb, comme tu vois.Et le combat se termine — Mes hommes?.Ma tourelle?— Ta tourelle est comme toi, mon vieux, un peu amochée.Ce ne sera rien.Meynard éludait une partie de la réponse, et sa voix sonnait, faussement gaie.Réunissant toutes ses forces, Roger supplia: .— Je sens que le temps presse, Meynard.Dis-moi la vérité, sans détour! Son regard fouillait celui du médecin avec une telle autorité que ce dernier, sachant d'ailleurs à quelle âme vigoureuse il avait affaire, n'hésita point à ^engager: — Entendu.Que veux-tu savoir?— Un seul mot: suis-je perdu?— Dieu peut toujours faire un miracle.— C'est bon, haleta le blessé.Je m'en doutais.Alors, donne-moi un quart d'heure de force encore.Que Christophe aille chercher le commissaire.Vite! — Tu vas te fatiguer, essaya Meynard — Vite, au nom du ciel!.Line piqûre.ou six! Cours, Cbristophe.Roger s'agitait.Meynard, en rompant une ampoule; fit signe à l'ordonnance d'obéir.Quand le commissaire arriva, deux minutes plus tard, le major lui mon- tra, d'un geste éloquent, le blessé qui I attendait, fébrile: — Notre camarade veut absolument vous parler, commissaire.C'est très important, très pressé, paraît-il.Je vous laisse.— S'il se reposait.— Il peut parler sans danger immédiat.Tout vaut mieux pour lui que cette inquiétude.Je vous laisse, dis-jc.D'un geste court, afin de ménager ses forces, car il n'en avait guère, le mourant appela le commissaire tout près de sa couchette.Et il murmura: — Cet arrêté.au sujet du mariage des morts.C'est officie', n'est-ce pas?— Tout ce qu'il y a de plus officiel, mon cher.— Alors., là.dans ma tunique.une clé.Le commissaire avait compris qu'il ne s'agissait point de s'attarder à demander des explications.II chercha dans le vêtement éclaboussé de sang, et, tandis que le rugissement d'un dernier départ d'obus ébranlait le navire, il tira de la poche une petite clé qu'il montra à Roger: — Le bureau?— Oui.ouvrez.L'enveloppe blanche, à droite.La lettre écrite à Josette l'autre soir apparut aux mains du commissaire.— C'est cela?— Oui.Quand je serai mort.la remettre à son adresse.Je veux donner mon nom à cette jeune fille.— Promis, articula le vivant avec so-lemnité.— Lisez l'adresse., ordonna le moribond.— Mademoiselle Josette Vigerand, Maison au Toit d'Argent, rue Broussais, Saint-Malo.Entendu.Vous désirez, ajouta le commissaire en tirant son stylo afin de rédiger un bref procès-verbal, vous désirez épouser Mlle Vigerand -selon les dispositions légales du récent arrêté?— Je le veux! Combien il avait eu de peine, celui que la vie abandonnait, pour lancer ce cri où il mettait ses dernières forces! Mais le commissaire l'avait nettement entendu son stylo courait sans hésitation sur son carnet.Quand il s'arrêta: — Soyez tranquille, mon cher La Mazerais.Le bateau va rallier un port français afin d'y réparer ses avaries.S'il vous arrivait malheur, ce qu'à Dieu ne plaise! votre lettre serait remise aussitôt à Mlle Vigerand avec l'acte de mariage.— Merci.— Merci.Le moribond retomba sur sa couchette, épuisé, mais pacifié.Tandis que le commissaire, plein de compassion, rajustait sa couverture, Roger murmura: — L'aumônier.Devant ses yeux près de se fermer à la lumière du jour, ce qui se silhouettait, c'était la haute taille du prêtre qui l'avait, préparé à sa première Commnion, car il n'y a pas d'aumônier à bord des contre-torpilleurs.Le mourant l'avait oublié; il dit encore: — Mon Dieu ! Mais le docteur revenait; il n'était pas seul, le commandant l'accompagnait.— Eh bien?chuchota le praticien.L'autre eut un geste désolé.Le maître du navire approchait, accablé: c'était le premier de ses hommes — de ses enfants — qu'il voyait succomber dans cette guerre, et son coeur paternel se crispait de douleur.— Mon cher La Mazerais, dit-il d'une voix qu'il assurait de son mieux, je vous apporte le témoignage de notre affectueuse admiration à tous.L'oeil éteint du mourant se ranima.H balbutia : —Merci.commandant.J'ai fait.de mon.mieux.Le vieil homme se pencha.Il baisa le front moite: — De la part de la France! pronon-ça-t-il.Avec angoisse, Meynard tâtait le pouls qui fuyait sous ses doigts et que la science humaine était impuissante à retenir Le commissaire saisit un petit Crucifix qu'il avait vu dans le bureau, près de la lettre destinée à Josette, et le déposa entre les doigts de Roger, puis il mit un genou en terre, au pied du lit.Le mourant tenta d'esquisser un signe de croix, mais sa main retomba sans force Et l'âme du combattant s'envola au rythme régulier des pompes qui combattaient avec acharnement l'invasion de la mer, dans les entrailles du navire blessé XIV Cinq jours plus tard, le marteau qui s'harmonisait si bien au vétusté portail de la Maison au Toit d'Argent fit retentir les échos de la vénérable demeure.Josette alla ouvrir, toute joyeuse: n'avait-elle pas reçu le matin même une lettre de Roger, écrite en mer, expédiée de Cherbourg pendant une courte escale?Si brève qu'eût été cette détente, c'était un moment du moins où son fiancé ne s'était pas trouvé au péril; puisse-t-il ainsi, de répit en répit, arriver sain et sauf à la fin de la guerre! Et pourquoi, en somme, n'y arriverait-il pas?Ce fut donc toute souriante que la jeune fille s'écria.— Monsieur le maire! La bonne surprise! Mon père sera heureux de passer un moment avec vous.F! va revenir tout de suite: j'ai pu le décider à sortir un peu, par ce beau soleil.— J'oserai presque dire, .Mademoiselle, que les choses sont mieux ainsi: c'est à vous que j'ai affaire aujourd'hui.La voix du maire, estimable commerçant respecté de tous à Saint-Malo, était empreinte d'une telle gravité que Josette s'effara,- elle le regarda avec inquiétude — Comme vous dites cela, Monsieur le maire! Qu'avez-vous donc à me faire connaître de si sérieux?— Entrons toujours, voulez-vous?Mlle Vigerand introduisit son hôte dans la salle à manger.Quand celui-ci se fut assis: — Mademoiselle, fit-il sourdement, je vous apporte une douloureuse nouvelle.Les mains de la jeune fille tremblèrent un peu.Tout son coeur bondissant vers Roger, elle dit, s'efforçant au calme : — Je vous écoute.Monsieur.— Vous connaissez, je crois, l'enseigne de vaisseau Roger La Mazerais?C'était bien de lui qu'il s'agissait! Comme dans un rêve, Josette s'entendit répondre: — Oui, certes.Mon père est depuis de longues années très lié avec le sien.— C'est cela.Deux hommes de coeur, faits pour s'entendre.— Mais vous disiez.Roger., interrogea Josette que l'angoisse suppliciait.— Oui, Roger La Mazerais., c'était un être d'élite.— C'était! jeta la jeune fille dans un cri.Que dois-je comprendre, Monsieur?M.Relgrain passa la main sur son front où perlaient de fines gouttes de sueur, puis il énonça: — J'ai la triste mission de vous faire savoir que le commissaire du contre-torpilleur Intraitable, sur lequel était embarqué le lieutenant La Mazerais, vient de m'apprendre la fin héroïque de celui-ci, tombé glorieusement pour la France, au cours d'un récent engagement naval.La jeune fiancée crut sentir un poignard lui fouiller la chair; elle fut sur le point de défaillir.Se raidissant afin de ne pas livrer à cet étranger le secret de sa douleur elle murmura: — C'est affreux!.Mais pourquoi, Monsieur le maire, me communiquez-vous à moi, cette nouvelle?N'est-ce pas aux parents de M.La Mazerais qu'il appartient d'être informés les premiers?— La gendarmerie doit se trouver en ce moment même rue d'Orléans, Mademoiselle.Mon rôle est particulier: je suis chargé, par le commissaire de Hn-traitahle, d'une démarche personnelle auprès de vous.— Une démarche?.Les sons sortaient des lèvres pâlies de la jeune fille sans qu'elle y prit garde, tant était grande sa détresse.11 lui semblait entendre, très loin, parler une étrangère qui n'était pas elle.Le maire continua, tirant son portefeuille: — J'ai à vous remettre une lettre de l'enseigne La Mazerais.et à vous présenter un acte.Deux actes, pour mieux dire.— Deux actes?Excusez-moi, Monsieur, je ne comprends pas.— Veuillez avant tout prendre connaissance de la lettre.Le magistrat municipal tendait à Josette une enveloppe cachetée sur laquelle elle lut son nom, tracé par la main chère qui n'écrirait plu«.C'était, recueilli par le commissaire sur la prière du mourant, le testament de Roger,- le feuillet, tragique en sa fragilité, par lequel l'officier, à la veille du jour fatal, demandait à sa fiancée d'accepter ces deux legs: son nom, sa mère, Josette, les yeux brouillés de larmes, lut et relut ces pages avec une stupeur le disputant au chaerin.Ce mariage! Ces épousailles par-delà la mort! Jamais la jeune fille n'avait entendu parler d'une chose pareille, et pourtant elle ne voulait, elle ne pouvait pas croire que celui qu'elle aimait eût brusquement perdu la raison Mlle Vigerand leva vers son visiteur qui attendait, en silence, un regard interrogateur: — Dans cette lettre, fit-elle hésitante, M La Mazerais me communique un désir.tellement insolite.Elle se tut.Le vieil homme vint à son aide: — D'après ce que m'écrit personnellement le commissaire de IJiiiraifflMc il s'agit d'un mariage après décès, rendu possible par de réc< .its arrêtés, pour le combattants, si la jeune fille par eux désignée souscrit à leur désir.Le commissaire a attiré mon attention sur ces dispositions" ministérielles dont, le moi', dernier, nous avons, en effet, 'été avisés à la mairie.Je vous a apporté le texte officiel afin que vous en preniez connaissance.Voilà aussi l'acte de décès de M.La Mazerais, dressé par l'autorité maritime, et l'acte de mariage que te dois présenter à votre signature, suivant le procès-verbal établi au lit de mon du défunt.Les feuillets timbrés s'alignaient sur la table, dépliés avec un soin minutieux par le maire.Cette méthode administrative donnait du moins à Josette le temps que s'apaisent les ressauts tumultueux de son coeur et qu'un peu d'ordre revînt en ses pensées.Elle se força à lire posé- LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Q45 33 ment les papiers officiels, à en faire pénétrer le sens en son esprit désorienté.C'était, hélas! bien vrai: Roger était mort, et c'était bien vrai aussi qu'elle pouvait cependant être sa femme, envers et contre tous.Cette joie près de cette horreur, et venant par elle, il y avait là de quoi troubler un esprit moins d'aplomb que celui de Mlle Vigerand; le sien y trouva un réconfort solide et croissant.M.Belgrain, se méprenant sur la cause de son long silence, avança: — Il est bien entendu que si ce projet ne vous agrée pas.Mais elle releva la tête, sa décision prise: — Monsieur le maire, je ne saurais manquer à la confiance que me témoigne, par-delà la tombe, un homme qui vient de mourir pour la France en m'adressant un ultime appel.J'accepte ce mariage et tout ce qu'il implique pour moi dans l'avenir.Où dois-je signer l'acte, je vous prie?Le digne homme connaissait les Vigerand, cette réponse n'était pas pour le surprendre II n'en fut pas moins bouleversé: — Mademoiselle, ce que vous faites là est très beau, je vous en félicite de tout coeur, mais mon devoir est de vous engager à réfléchir avant de contracter cette union étrange Votre jeunesse.— Laissons ma jeunesse, coupa Josette avec un pâle sourire.Il a donné la sienne à la France, je suis heureuse de vouer la mienne à son souvenir, puisque la loi m'en accorde les moyens.Je suis reconnaissante au lieutenant La Mazerais de m'avoir choisie pour porter son nom glorieux.Veuillez me passer l'acte à signer, Monsieur le maire.— Dans ces conditions.Le carré de papier blanc, zébré de lignes imprimées complétées à la main par le maire, fut étalé en pleine lumière Mlle Vigerand atteignit son petit sac et y prit son joli stylo gainé d'argent ciselé, coûteuse fantaisie de son père, naguère, pour ses vingt ans.D'une main ferme elle signa, pour la dernière fois, de son nom de jeune fille, l'acte sur lequel aucune signature virile ne viendrait s'apposer près de la sienne.Et elle repoussa le feuillet vers le maire, qui le vérifia en s'inclinant: — Je vou* remercie, Madame.Permettez-moi de vous exprimer mon admiration et mes remerciements, au nom de la France et du héros tombé.C'était la première fois, que le premier magistrat de Saint-Malo avait à procéder à une union aussi singulière.Il était bien excusable si, avant de se livrer à une promjite retraite, il éprouvait le besoin de donner libre cours à un petit accès d'éloquence.Aussitôt que M.Belgrain fut parti, Josette gagna le bureau où elle venait d'entendre son père rentrer.Le capitaine, entouré de journaux, comparait entre elles des nouvelles qui ne disaient pas grand'-chose, à moins que, prétendant à en dire trop, elles ne disent rien du tout.Voyant sa fille arriver, des papiers à la main, il lui dit: — J'ai aperçu le maire sortant d'ici.Que voulait-il, fillette, et pourquoi ne m'a-t-i! pas attendu?Il apportait lui-même des feuilles de recensement?Le vieil homme se frottait les mains, éfayi par son idée.Josette secoua lentement la tête: — Non, père, ce n'est pas cela.— Alors, de quoi s'agit-il, petite?Elle le regarda bien en face: — De ceci, père: je suis mariée.— Mariée?répéta le vieil officier, stupéfait, mécontent d'une telle plaisanterie en un pareil moment Que me chantes-tu là?— La vérité, père.— Parole, tu es folle! Et avec qui, par hasard, te serais-tu mariée"?— Avec Roger La Mazerais.M.Vigerand jeta son lorgnon sur son bureau, ce qui était signe, chez lui, d'une excitation portée au plus haut point.En même temps, il haussa les épaules: '—A lier, ma pauvre fille! Tu es folle à lier! Tu ne sais plus que Roger est quelque part en mer, à cent lieues d'ici, ou plus?Alors, la mariée-veuve, d'une voix blanche: — Il a été tué le 5 mars.Le capitaine s'était levé brusquement: — Sarpejeu! tué, Roger?Incapable de parler, elle eut un signe affirmatif.II poursuivit: — C'est cela que le maire est venu te dire?Et tu me dis, à moi, que tu viens de l'épouser.ma pauvre petite fille! Cette fois, Josette, à bout de forces, s'écroula, sanglotante, dans le vieux- fauteuil, en tendant à son père la lettre de Roger et l'acte de mariage.Le vieil homme ayant pris l'une et l'autre rajusta son lorgnon afin de les lire.11 parcourut en premier la lettre du jeune officier, la reprit avec une émotion croissante que décelaient de brusques frémissements de ses paupières.Puis il considéra l'acte officiel, au bas duquel une signature, tracée d'une main ferme, venait de lier la vie de Josette à une ombre Le père, bouleversé, se tourna vers son enfant dont le visage se dérobait derrière des mains baignées de larmes.Et caressant doucement les boucles brunes: — Tu n'aurais pas dû enchaîner ton existence à un mort, ma petite.Elle le regarda, et la douleur rendait farouches ses beaux yeux, à l'habitude pleins de douceur.— Père, nous nous aimions tant! — Je ne dis pas, mais toute une vie, c'est long! Josette se redressa sur ses poignets minces et planta son regard dans celui de l'ancien officier: — Roger me confie, auprès de sa mère, une tâche importante et pénible.Père, vous eussiez renié votre fille si, conviée à remplir un devoir, elle l'avait esquivé! Quelque chose tressaillit dans le coeur du capitaine Vigerand: il se reconnaissait en sa fille, et il en était fier.Ce que la petite avait fait là, c'était chic, et malgré l'inévitable et grave changement qui allait en résulter dans ses habitudes et dans sa vie personnelle, l'ancien officier ne se sentait pas en goût de se répandre en observations, d'ailleurs inutiles.Il grommela, cachant son attendrissement sous un air bourru: — Enfin, du moment que la loi est ainsi! Et quelles sont tes intentions, maintenant?— Obéir à Roger, père: réinstaller rue d'Orléans, soigner sa mère de mon mieux.XV Ce même dimanche 10 mars, après le déjeuner, M.La Mazerais, enfermé dans son bureau, relisait avec mélancolie les rapports de la dernière campagne groèn-landaUc, établis par ses capitaines avant .leur départ pour une chasse plus périlleuse, quand la femme de chambre frappa à la porte: — C'est le maréchal des logis de gen- darmerie qui demande à parler à Monsieur.— Faites entrerI L'armateur aussitôt pensa qu'un malheur avait dû arriver à l'un de ses navires faisant, vers le Pas-de-Calais, un métier particulièrement dangereux.11 s'agissait de faire front à la mauvaise nouvelle Le visage sombre du sous-officier confirma ses craintes: — Qu'allcz-vous m'annoncer, Monsieur Lebret?demanda le père de Roger en désignant un siège à son visiteur.— Un grand malheur, Monsieur.— C'est ce que j'ai pensé en vous voyant, fit l'armateur.Allons! parlez carrément Lequel de mes bateaux a péri?Pas If Groenland, j'espère?Lebret, un instant, considéra avec pitié — la pitié comprehensive d'un père qui avait, lui, deux fils aux armées — cet homme âgé comme lui, estimé de tous, et à qui il venait, par ordre, briser le coeur.Et il dit, la voix sourde: — C'est plus triste qu'un de vos bateaux, Monsieur La Mazerais.Line ombre flotta dans les yeux de l'armateur, sa grosse moustache frémit; passant sur son front une main qui tremblait, il murmura: — Non, non.C'est impossible!.Ce n'est pas mon fils!.Brusquement dressé, il fit un pas vers Lebret et jeta, l'accent menaçant: — Dites-moi que ce n'est pas lui! Silencieusement, le mtssager de mort inclina le front.Un©- sorte de sanglot contenu résonna dans la pièce, puis le père meurtri, après avoir, un moment, clos les paupières, comme pour s'enfermer dans la nuit de sa douleur, releva la tête vaillamment.Vaillamment, comme avait fait le petit devant le coup qui l'avait frappé à mort.Et il demanda: — Ne me cachez rien! Quand est-ce arrive7 Comment?— Une lettre de son commandant est, depuis tout à l'heure, à la Place, Monsieur La Mazerais.J'ai été chargé de vous la remettre.avec des objets personnels.Le maréchal des logis atteignait sa sacoche.Il en tira un pli que l'armateur ouvrit d'une main fébrile.Tandis que le père lisait, avec des yedx brouillés de larmes, la déchirante missive, le visiteur, à gestes graves, déposait sur le bureau de l'armateur la montre et le porte-feuille du disparu.Puis Lebret, dans son coeur honnête, chercha quelques paroles de condoléances appropriées à la situation.N'en trouvant point, il soupira, fit un beau salut militaire, pivota par principe sur les talons de ses bottes et s'en alla, tirant à petit bruit derrière soi le battant de la porte.Le père accablé demeurait seul, sans bouger, remâchant sa douleur.Bientôt une pensée nouvelle vint le frapper.Il fallait informer de leur malheur la mère de Roger; comment n'y avait-il pas songé encore?Mais.la mère de Roger était en même temps la femme de l'armateur, et l'infirmité n'avait pas rendu plus souple cette redoutable compagne.Que serait-ce quand le chagrin maternel viendrait se greffer sur un naturel particulièrement acariâtre?En un mot comme en cent, M.La Mazerais ne se sentait pas le courage d'affronter ce choc, alors qu'il était lui-même tout endolori.Frappant sur un timbre, il demanda à la femme de chambre qui parut: .— Où est Mlle Hélène?— Auprès de Madame, Monsieur.— Priez-la de venir me rejoindre ici.Il n'était pas rare que l'armateur de- mandât sa filleule, devenue, par la faut» de l'état de santé de Mmc La Mazerak et au grand dam de cette autoritaire per sonne, la véritable maîtresse de la maison Ce fut donc sans le moindre pressenti ment que la jeune fille pénétra dans le bureau de son parrain.Dès les premier pas, cependant, le visage défait du vieil lard, et plus encore le portefeuille et la montre qu'il caressait d'un geste absent lui apprirent la vérité.Lin cri fusa de ses lèvres, tandis que ses mains se croi saient par un geste inconscient.— Roger! lança-t-ellc.—i Oui, fit l'armateur.Tombé en héros le J Regarde.C'est affreux! Il tendait la lettre du commandant Hélène la rejeta avec violence.— Cela ne se peut! cria-t-elle.— Hélas! ce n'est que trop réel.Lin silence s'alourdit, douloureux, tragique.La jeune fille s'affaissa sur un fauteuil en gémissant: — Quel horrible malheur! Sa gorge sans richesse se soulevait avec effort, ses yeux demeurés .secs se faisaient hagards.Surpris, l'homme affligé demanda, paternel: — Tu l'aimais donc tant, petite?— Ah! parrain, reprocha-t-elle, en doutez-vous donc?Son visage fin, aux lignes un peu dures, s'empourprait jusqu'aux cheveux De chagrin, d'abord, et aussi de rage: n'était-ce pas la fin brusque de nombreux espoirs L'amour, nous le savons, n'était pas ici seul en cause, l'ambition déçue souffrait aussi.Cependant, l'intelligente fille se ressaisit aussitôt, tandis que son tuteur reprenait: — Il est mort en héros, pour la patrie.Dieu ait son âme! Et maintenant, il reste à apprendre le malheur à sa mère.Je te confie ce pénible soin, petite le courage me manque.— J'y vais, parrain.Je viendrai vous chercher tout à l'heure.— Merci, mon enfant Que Dieu t'assiste! La voix du vieil homme — si vieux tout à coup! — sombrait dans un sanglot contenu.Hélène, deux ou trois portes franchies, se trouva devant sa marraine.L'infirme, calée dans son fauteuil roulé devant la fenêtre, regardait sans le voir l'admirable panorama du port et de l'estuaire.En entendant la porte s'ouvrir, la valétudinaire tourna péniblement la tête: — Pas dommage! grommcla-t-elle.Tu vas encore me raconter, sans doute, que la blanchisseuse t'a retenue?— Je n'étais pas avec la blanchisseuse, marraine, répondit doucement Hélène.Comme la plupart des infirmes, qui «uppléent en partie à leur déficience physique par un développement exceptionnel de certains sens, Mme La Mazerais possédait une oreille très fine.Elle perçut quelque chose d'anormal dans la voix chaude de Mlle Corlis et s'agita, grondeuse: — Quel ton! Qu'y a-t-il encore de cassé?Tu as renvoyé la cuisinière?La.jeune fille appuya sa main longue et nue, sans bague, sur l'épaule de l'impotente: — Marraine, supplia-t-elle, laissons toutes ces petites choses: elles seraient mesquines, si elles existaient, et elles n'existent même pas.Voyons plus haut, pensons plus loin.Tant d'hommes luttent et souffrent pour maintenir la guerre à l'écart de nous.— Eh bien! fit Mme La Mazerais, mécontente de cette allusion qui troublait LA REVUE MODERNE — OCTOBRE ta quiétude, de quoi vas-tu t'inquiéter là?Les bateaux allemands ne sont pas ., Saint-Malo, je suppose?— Non, marraine, ils sont là-bas, sur la mer.Sur 'la mer que nous voyons si tranquille ici, on se bat,.— Ah! j'y suis: Roger a écrit! — Ce n'est pas lui qui a écrit, marraine.— Qui donc a écrit, alors?Et pourquoi fais-tu tant d'histoires?Donne-moi tette lettre.Contre le fauteuil, Hélène s'agenouilla.lUc appuya sa tête brune sur l'opulente poitrirte de sa marraine et murmura tristement: — C'est le commandant de Roger qui 3 écrit.Soyez fière de votre fils, marraine, comme parrain, comme moi.Son .hef dit.La jeune fille ne put achever.D'un geste sec de sa main la plus valide, Mme La Mazerais lui avait arraché le papier.Elle le déchiffra avidement, puis, soudain toute blanche, laissa le feuillet retomber sur le tapis.Et la tête de l'infirme vacilla, tandis qu'une plainte lui montait aux lèvres: — Mon fils.mon petit.mon pauvre petit! J- Mlle Corlis s'empressait.Domptant sa propre peine, elle se retrouvait en un instant l'infirmière experte et calme qui avait lutté avec adresse et courage contre la congestion cérébrale.Elle administra un cordial, présenta le flacon de sels.Et quand la malade releva une paupière dolente, Mlle Corlis lui murmura: — Reprenez-vous, chère marraine, je suis là.je reste là.— C'est vrai, ma chérie, répliqua l'impotente, comme sortant d'un rêve, je te conserve, toi.Tout en en cajolant la malade, la jeune fille, qui savait fort, bien compter, songeait à la part d'héritage à quoi le défunt n'avait plus à prétendre.Par son empressement, sa docilité, ses soins attentifs, elle se ferait attribuer cette part.Et, parce qu'on bâtit des châteaux en Espagne partout, même sur la terre bretonne, Hélène se demandait pourquoi elle ne pourrait pas être favorisée par les parents La Mazerais, fût-ce aux dépens de l'autre fils, qui avait fait sa vie à Madagascar.Lorsqu'on s'en va si loin.Même, pourquoi ne pas envisager un acte d'adoption en bonne et due forme?Cela arrangerait tout! Soudain, Hélène se rappela que son parrain l'attendait.Emue malgré tout par le chagrin du vieil homme abimé dans sa douleur, elle alla lui offrir l'appui de son bras pour venir prè"s du fauteuil de sa femme.XVI La jeune mariée sans mari passa, en pleurs et en prières, une nuit dramatique.Epousailles tragiques, ces noces acceptées sur le désir exprimé par une voix d'outre-tombe, désir suprême inscrit sur un feuillet fragile par une main si vite glacée!.Si la nouvelle Mme La Mazerais se sentait étreinte par une émotion poignante à la pensée qu'au seuil de l'éternité son bien-aimé l'avait appelée à de nouveaux devoirs qui souvent seraient rudes, elle était en même temps fière d'avoir été 'hoisie; aussi ne ressentait-elle ni crainte ni regrets: Roger l'avait voulu., c'était bien ainsi.L'angélus, qui égrenait ses notes serines en haut du clocher à jour de Saint-Vincent, jeta la jeune femme hors de son lit.Elle fit une toilette rapide, déjeuna sans bruit, afin de ne réveiller personne, et se rendit à l'église où l'appelait la messe matinale C'était là, sous la nef sombre aboutissant à un choeur lumineux et élevé — comme le ciel succède à la vie, — c'était là qu'elle se sentait le plus réconfortée, dans l'avanture étrange où elle venait d'entrer.L'office terminé, Josette se rendit chez un bijoutier de l'ancienqe rue du Chat-qui-Danse, à qui un accès municipal de modernisme a fait perdre son joli vieux nom.C'était la première fois que la jeune femme entrait dans ce magasin, et elle le choisissait en raison de cela même, afin de n'être point entraînée à donner des explications qu'un commerçant connu depuis vingt ans n'eût pas manqué de solliciter.Sur un plateau de velours, des anneaux d'or et de platine alignaient leurs cercles nus.Didaîgnant les séductions des bagues chargées de gemmes versicolores, la fille du capitaine marcha vers eux: — Je désire une alliance, prononça-t-elle.— Parfaitement, Madame; nous allons voir quelle taille vous convient.Le bijoutier s'affaira,- quand Josette eut fixé son choix sur un jonc d'or sévère à souhait: — Nous gravons des initiales?Une date?— Non.J'emporte cette bague tout de suite.Dans un grand magasin de nouveautés où elle était tout aussi inconnue, Josette choisit un deuil strict, qu'elle revêtit aussitôt entre les glaces du salon d'essayage.La jeune veuve compléta sa sombre tenue par un chapeau de crêpe, accompagné d'un voile dont elle laissa retomber devant son visage le mur transparent, un mur qui la retranchait brusquement des joies communes.Quand elle revint ainsi vêtue, courageuse, mais blême, ses yeux brouillés de larmes brillant à travers les plis du voile, son père, qui la guettait à une fenêtre, lui ouvrit les bras tout grands: — Ma pauvre petite! Et il y avait dans ces simples mots toute la pitié que le vieux soldat pouvait y mettre, toute sa fierté aussi.Après un déjeuner qu'elle absorba comme dans un rêve, au désespoir profond de tante Delphine, dépassée par les événements et bouleversée de voir sa nièce veuve sans avoir été mariée régulièrement, Josette se rendit rue d'Orléans.Elle demanda l'armateur et le reconnut à peine en ce vieil homme effondré qui, levant des paupières boursouflées de larmes, la regardait avec une sympathie mêlée de surprise: — Vous savez déjà la triste nouvelle?s'étonna-t-il d'une voix brisée par le chagrin.— Je l'ai apprise aussitôt, répondit la jeune femme palpitante et ne sachant comment aborder la question qui l'amenait dans la maison affligée.S'entendant à peine elle-même, tant sa voix était assourdie, elle murmura: — le suis venue tout de suite.Le vieillard montrait vingt années de pins que la semaine précédente.Son regard, vague d'abord, se fixa soudain sur les crêpes de Josette.Il se redressa,- un sourire triste au coin des lèvres, il constata: — Vous portez Je deuil de votre ami d'enfance?.C'est gentil, cela.Dieu venait à l'aide de la jeune femme.Elle écarta légèrement son voile d'une CONDITIONS 1.—Minimum .60 pour 12 mots et moins, .05 par mot additionnel 2.—Chaque annonce doit être accompagnée du nom et de l'adresse de Y annonceur.3.—Les annonces doivent parvenir avant le 5 du mois (Jut précède la publication de \a revue.Afin de réprimer tout abus, la direction de "La Revue Moderne" se réserve le droit de refuser les annonces ou de les modifier au besoin.Les changements seront faits de façon à respecter le sens de l'annonce.Nous retournerons l'argent, lorsque les annonces ne sont pas publiées.Madame Madeleine.—Désire correspondre avec malade, Invalide ou convalescent de 50 ans ou plus.320 est, rue Notre-Dame.Montr éaJ.Jean C.Rleox.—Désire correspondantes de Montréal ou environs 25 a 35 ans.sympathiques, distinguées.grandes, minces, brunes ou blondes.Photo requise.320 est.ru/?Notre-Dame.Montréal.lu.île F.—Qui veut me connaître un tantinet?.pourquoi pas vous, messieurs dans la trentaine?320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Suxette P.—Infirmière, constamment fare a l'humanité souffrante, désire correspondants célibataires.35 à 4 5 ans.comme dérivatif.Offrande d'amitiés en retour.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.Ninon Rose-—Désire correspondants distingués et honnêtes de 18 ft 25 ans.Réponse assurée si photo.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.Ninotrha.— Aux grands yeux bruns.19 ans.désire correspondants distingués de 20 a 25 ans.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Orientale.—Aux cheveux de Jais, betle apparence, distinguée, demande correspondant étranger de 30 a 35 ans.distingué.Réponse assurée a u>us.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.• • • Seule.—Invite correspondants de 18 & 20 ans.demeurant dans Montréal ou environs.But faire connaissance.330 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Mi ml T.—Allons, mesdemoiselles et messieurs, un brin de causette! 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Serait-ce une loi nouvelle?— M.le maire m'a apporté le texte officiel de l'arrêté Le voici.Ajustant son lorgnon, l'armateur lut, puis relut le papier qui lui avait été présenté.' """n M.La Mazerais décida d'accueillir affectueusement la belle-fille que lui envoyait le ciel.— Mon enfant! dit-il.Soyez la bienvenue dans la maison de notre Roger, qui vous envoie à nous.Josette posa la tête sur l'épaule de son beau-père et pleura un long moment.Cette effusion lui fit du bien; son jeune être, crispé par l'inquiétude et le chagrin, se détendit un peu.Elle murmura: — Merci.Vous êtes boni.Quand, enfin calmée, elle tamponna ses yeux rougis, M.La Mazerais lui demanda, paternel: — Et maintenant, qu'allez-vous faire, ma'chère petite?Quelles sont vos intentions?, Avec autant de fermeté que de douceur, Josette répondit: — Je vais faire.ce que je dois faire, père Je m'installerai ici pour soigner la maman de Roger, qui me l'a confiée.Le vieil homme ne retint pas un sursaut.— Ici?fit-il, mais, c'est impossible! — Impossible?Pourquoi donc, père?— Mai^., bégaya dans sa grosse moustache blanche l'armateur aux abois, k cause de .de ma femme! D'Hélène! Et je ne sais pas si votre désir.— Ce n'est pas moi qui désire, dit la visiteuse vêtue de crêpes.C'est Roger qui commande Voyez vous-même.Retenant courageusement ses larmes, Josette prit, dans son sac, la lettre contenant les dernières volontés de son mari Elle la tendit au père qui la saisit avec des doigts tremblants.M.La Mazerais avait caché son visage dans ses mains,- le relevant enfin mouillé de pleurs: — Vous avez raison, mon enfant.J'accepte votre dévouement pour cette tâche qui sera longue et dure.— Qu'importe! Ma bonne volonté est infinie.— Je sais, ma chère petite.Et je vous remercie vivement de vous mettre avec tant de bonté au service d'une infirme cruellement éprouvée — Alors, demanda Josette en se levant d'un mouvement souple, vous me permettez de rejoindre Mme La Mazerais?L'émotion, au seuil d'une vie si diffé- rente de ce qu'elle avait rêvé naguère, faisait trembler la voix de la jeune femme D'un geste, l'armateur la retint: — Non, dit-il.Elle s'arrêta, son élan filial brusquement coupé, et le regarda, surprise, pei-née surtout.Le vieil homme expliqua: — Comprenez-moi bien, ma petite enfant.Malgré la maladie, Mme La Mazerais est demeurée assez autoritaire, très attachée à.à ses idées, à ses préjugés d'autrefois.Par crainte d'un ébranlement qui, dans son état, pourrait être dangereux, j'aimerais, avant de vous autoriser à pénétrer au chevet de ma femme et à y demeurer afin de la soigner, j'aimerais avoir l'avis du Dr Marlic.Je vais le consulter à ce sujet dès aujourd'hui.— C'est peut-être plus sage, murmura Josette, profondément déçue.Je reviendrai demain.— C'est cela, ma petite fille, revenez demain, et surtout ne soyez pas peinée.La tête inclinée sous le poids de son voile, et plus encore sous celui de son chagrin, la jeune femme gagna la porte que son beau-père lui ouvrait.Près de l'atteindre, elle prononça timidement: — Au revoir, père.TROISIEME PARTIE XVII Plus ému qu'il ne le voulait paraître, le Dr Marlic, dans le cabinet de son vieil ami, attendait avec celui-ci la jeune Mme La Mazerais.— Mon cher, disait-il, c'est très chic, ce qu'elle fait là, cette petite! Se marier dans de telles conditions., accepter une mission pareille.J'en connais plus d'une qui se serait récusée! — Je ne me consolerai point de n'avoir pas insisté davantage pour que ma femme consente au mariage de Roger avec elle! soupirait l'armateur.— Vous voici donc, courageuse enfant! lui dit le docteur.Sur le désir que vous en ayez exprimé, et que m'a transmis mon ami La Mazerais, je vous donne de grand coeur l'autorisation de soigner ma malade Elle ne peut que se bien trouver de vous avoir à son chevet.— Je le souhaite, docteur.— Et moi, reprit le praticien, je souhaite que vous vous fassiez vite aimer d'elle: vous le méritez.Pour nous, c'est déjà fait.— Docteur!.— Si, si! Et, continua Marlic, voyant des larmes perler au bord" des jeunes paupières, votre père va toujours bien?Vous avez des nouvelles de Raymond?— Sa dernière lettre est très rassurante, mais ils ont cruellement souffert du froid, cet hiver.— Montons! coupa l'armateur avec la brusquerie des gens timides.Son ami s'informa: — Avez-vous prévenu Hélène?— Non, mon cher.Elle aurait averti ma femme, et cela eût contrarié nos projets.— Vous avez bien fait.A la porte de Mme La Mazerais, le 'docteur frappa.Ce fut la voix musicale d'Hélène qui répondit: — Entrez ! Les deux hommes s'affacèrent devant Josette.La femme voilée de crêpes s'avança, légère; ayant salué d'un signe de tête Mlle Corlis, qui faisait la lecture à sa marraine, elle s'agenouilla près du fauteuil de la malade, tandis que le doc teur annonçait: ( — Voici votre nouvelle infirmière, chère Madame.Elle vient, non pas rempli cer mais seconder Hélène auprès de vous.Interdite, Mme La Mazerais jeta un regard méfiant sur l'arrivante en lui de mandant: i—Qui êtes-vous?Et Josette, d'une voix douce qui frémis sait un peu: — Je suis votre fille, ma mère.Roger vous a confiée à moi: de tout mon coeur je viens vous soigner.Sans attendre une réponse, la jeune femme avait relevé le voile qui, depuis deux jours, la séparait de la vie.La reconnaissant enfin, Mme La Mazerais eut un cri de stupeur: — Vous! — Oui, moi, mère! Nous parlerons de lui.Elle retirait son manteau et ses gants Avec une tranquillité qui lui demandait un grand effort, elle faisait bouffer ses cheveux ondes.La voyant si paisiblement "de la maison", sous le regard stupéfait et dur d'Hélène, Mme La Mazerais tourna la tête vers son mari: — Que se passe-t-il?Quelle est cette sotte aventure?L'armateur, à qui la présence du docteur donnait du courage, répondit, posant sur Josette un regard déjà paternel: — Une loi récente a permis aux combattants mortellement frappés de donner leur nom à celle qu'ils aiment.Roger a désigné Josette.C'est lui qui nous l'envoie.p — C'est c'est inconcevable! Et que prétend-elle faire ici, cette.cette Josette?La malade s'agita.Son visage s'empourprait, elle étouffait presque de fureur.De son bras valide, elle fit le geste de repousser.Marlic dit à Josette: — J'ai prescrit une potion calmante à donner quand il en est besoin.Vous savez où elle est placée, Mademoiselle Corlis?— Sur la cheminée, répondit Hélène, maussade, en se dirigeant vers le flacon Avec une douce autorité Josette la devança et prit la bouteille.— Vous permettez?dit-elle à Mlle Corlis.Le ton était courtois, mais le geste sans réplique.Hélène, prise d'une rage froide, se contint à grand'peine quand elle vit, sous le regard bienveillant du docteur, la femme de Roçer se pencher affectueusement vers l'infirme: — Vous allez prendre votre sirop, n'est-ce pas, mère?Mme La Mazerais essaya de repousser la cuiller: — Pas vous! gronda-t-elle.— Allons! fit le docteur, soyez sagel Vous pourriez vous faire du mal.C'était là un argument qui ne manquait jamais son effet sur la malade.Docile, elle 'ouvrit sa pauvre bouche tordue dans laquelle, adroitement, Josette versa le remède.Puis, gracieuse, la jeune femme demanda à Hélène: — Voulez-vous m'aider à redresser ce coussin?Hélène obéit avec une célérité qui fit dire bonnement à son tuteur: — Parfait! Je vois que nos deux filles vont s'entendre! — Pour le plus grand bien de la malade! conclut Marlic.Ni l'une ni l'autre des jeunes femmes ne répondit.Josette avait remarqué la LA REVUE MODERNE — OCTOBRE 1Q45 41 jilousic d'HeMcnci elle n'en ressentait aucune inquiétude, mais plaignait la jeune fille comme une autre malade De son côté, Mlle Corlis sentait une fureur l'envahir et se renouveler en elle à larges ondes en voyant la femme de Roger s'installer comme chez soi rue d'Orléans.Que dis-je! S'installer?Non pas, la supplanter au chevet de l'infirme, et cela sur la volonté formelle de M la Mazerais, que l'on n'avait pas accoutumé de voir jamais déployer tant d'énergie En son for intérieur, elle, déclara à losette une guerre sans merci; mais pour ce premier jour, elle jugeait nécessaire de déroher son hostilité sous le plus engageant des sourires: — Je vous confie marraine, dit-elle à l'arrivante.Ftant tranquille sur son compte, puisque vous êtes près d'elle, je vais voir si' l'on a tout préparé dans votre chambre pour vous bien recevoir.— Vous êtes très aimable! s'écria Josette avec élan.Nous serons, je le vois, d'excellentes amies.Mlle Corlis sortit sans répondre, les lèvres pincées sur une bouche énigma-ticnie.Ainsi se termina le mois de mars — presque trois semaines que la jeune veuve employa à imposer sa présence avec tact et fermeté, non pas dans la maison de son heau-père, où maître et serviteurs appréciaient de longue date Mlle Vigerand, mais dans la chambre de sa belle-mère En cette pièce luxueuse promue champ de hataille, Josette devait soutenir un combat incessant contre la haine sourde et tenace de Mlle Corlis, qui veillait avec soin à entretenir l'hostilité de Mme La Mazerais envers sa belle-fille.L'adroite perfidie déployée à tout propos et sans propos par Mlle Corlis contre celle qui n'était à ses yeux qu'une intruse avait un but unique: rendre la vie si difficile à la jeune veuve dans la vieille maison des remparts qu'elle décide de n'y point rester Cet objectif vers lequel, de nuit comme de jour, étaient tendus tous les espoirs, toutes les volontés d'Hélène, ne tarda pas à exercer une fâcheuse influence sur le caractère de la jeune fille.Jamais elle n'avait été ouverte ni confiante, malgré l'affection et les soins dont elle était entourée,- elle devint concentrée, sournoise même.Josette le constata la première.Elle souffrit plus qu'elle n'aurait cru de cette hostilité non dissimulée, et pria davantage, dans les moments de liberté que lui laissait la tâche charitable, mais ingrate, où elle s'acharnait pour l'amour de Roger.Elle n'avait certes pas l'intention d'a-handonner la partie, comme son adversaire prétendait l'y forcer.Il arrivait que la fille du capitaine, fière et combative comme sfin père, eût le désir de provoquer une explication avec celle qu'il lui fallait bien considérer comme une ennemie,- mais, par crainte d'un scandale qui -ût été pénible à son beau-père et peut-être l'aurait mise dans l'impossibilité d'ac complir les volontés ultimes de Roger, losette n'opposait aux mauvais procédés que délicatesse, patience et courage Armes puissantes, puisque bientôt, â d'infimes indices, la jeune veuve put remarquer qu'elle était en voie de conquérir ses beaux-parents.En particulier, M.La Mazerais prêtait une oreille de plus en plus distraite aux insinuations J Hélène.Un soir que Josette venait rejoindre I armateur,nui présentant son carnet de ïmptes qu'elle tenait à la main, il repoussa doucement le cahier sans l'ouvrir: — Inutile, mon enfant.Vous pensez bien que j'ai toute confiance en vous! Voici un yros billet; d'autres suivront, quand vous aurez dépensé celui-ci au mieux des besoins de la maison.Et Mme La Mazerais, élevant, certain jour, sa voix tout ensemble impérieuse et dolente, constata avec aigreur: — Hélène n'est pas ici?Elle me néglige, décidément.— Mais je suis près de vous, fit Josette, empressée.Que désirez-vous, mère?— Je m'ennuie.Faites-moi la lecture.Après dix minutes, la main autoritaire se levant faisait taire la lectrice, mais la mère de Roger décréta: — Vous lisez bien, ma petite.Aussi bien qu'Hélène.Ce qui n'était pas, entre ses lèvres, un compliment négligeable.XVIII — Ainsi, vous êtes en permission?Sur l'esplanade de l'ancienne batterie de Hollande, la voix chantante de Mlle Corlis vibrait, le lendemain matin.Ses yeux intelligents et froids se posaient sur Marlic, qui s'approchait, la main tendue — Mais oui Ces quelques jours en famille me sont précieux, croyez-le.— Je le pense.La jolie voix se faisait lointaine,- visiblement, l'esprit d'Hélène était ailleurs 11 était, cet esprit subtil à une idée qui venait, comme un trait de foudre, de s'imposer à la jeune fille dévorée de jalousie.Puisque, sur la terre, elle n'avait d'autre désir que d'être débarrassée de la jeune veuve qui lui portait ombrage,-et de jour en jour davantage, peut-être y aurait-il moyen d'utiliser en ce sens cette providentielle rencontre d'aujourd'hui?Oui, il devait y avoir moyen.Avec un peu d'adresse.Elle retint Léon qui s'apprêtait à prendre congé: — Dites-moi, avez-vous vu Josette?— Pas encore Je pense aller lui présenter mes devoirs aujourd'hui ou demain.— H faut y aller, fit Mlle Corlis, pé-remptoire.Elle sera contente de vous voir.— Oh! dit Marlic avec un faible sourire, contente., je n'ose me bercer de cet espoir.Hélène regarda le ieune major d'un air entendu: — Si Elle sera contente, j'en suis sûre Vous savez qu'elle est venue m'aider à soigner marraine?Pauvre Josette! C'est triste, à son âge, de n'avoir pas d'autre idéal.Léon se l'était dit et redit déjà.11 fut touché d'entendre Hélène compatir au sort de celle qu'il chérissait.L'honnête garçon murmura: • —«Vous êtes bonne, Hélène.— Je ne sais pas, fit, modeste, la fine mouche, trop rusée pour protester ouvertement Je suis surtout peinée de voir Josette user ses qualités et son charme dans une vie pénible, sans espoir, sans avenir.Tenez, ie vais être tout à fait franche, c'est permis entre de vieux 3mis comme nous.— Dites! — Eh bien! 11 était facile de voir que Josette vous inspi-ait, mon cher I.eon, une très vive sympathie.A mon avis, elle a eu tort de faire un autre choix: vous voyez comme elle en est punie maintenant! J'éprouve pour elle d'amers re-ftrets.Aussi, moi, qui ne souhaite que le bonheur de mon amie, je voudrais vous voir prendre dans son coeur la place Jocelyne Kuncourt.—in monsieur de belle éducation.Instruit, sympathique.sobre, ayant position ou revenu assuré, eJmeralt-U correspondre avec demoiselle de 60 ans.gale, dans un but sérieux ?320 est, rue Notre-Dame.Montreal.• • • Fille de Cérès.—22.désire échanger correspondance avec jeunes hommes cultivés, bonne éducation.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Ninon.—Désire échanger, vues, opinions, avec messieurs cultivés) et de bonne education, de 28 ft 35 ana 320 eat, rue Notre-Dame.Montréal.• • » Mariette.—17 ans, désire correspondant anglais, distingué, sachant un peu le français.3 20 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Simonne.—1S ans, désire correspondante anglaise, distinguée, sachant un peu le français.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Michel B.—De France, dé*ire correspondant ou correspondante canadienne-française.320 es*, rue Notre-Dame, Montréal.• * • Mariette.—Brunette, déaire correspondant* Instruits.38-4 5 ans.militaires ou autres.C.P.624.Haute Ville.Québe-.• * * Clarisse.—Blonde.désire correspondants Instruits.35-45 ans.320 est., rue Notre-Dame.Montréal.• * • Mnguette.— Déaire correspondante Instruits, distingués, de 22 ft 32 ans.But: faire connaissance.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.• • • Marcelle C.—Aimerait correspondre avec célibataires instruits et distingués de 28 & 35 ans.Photo serait appréciée.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• « * Colette.— Désire correspondants eobres, honnêtes, sérieux, de 38 & 45 ans.célibataires ou veuf** sans enfants.Réponse assurée.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • e Yveline.—Désire correspondants célibataires Instruits et distingués, de 30 ft 40 ans.Photo désirée.But: distraction.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.• • • Spécialiste.—En art culinaire.* désire correspondants, de 20 ans et plus, aimant la vie familiale.Réponse assurée.320 est, rue Notre-Dame, M ontréal.» * • Blonde.—grande, distinguée, d'apparence Jeune désire correspondre avec Jeune homme distingué, de 27 A 36 ans.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Riette.— Invitation ft correspondre, aux aimables (autant que possible), Jeunes gens de 22 ft 32 ans.320 est, rue Notre-Dame, Montréal.• • • Mireille.— Infirmière.Bienvenue ft mon foyer postal, messieurs distingués, de 35 ft 40 ana Répons*1 assurée.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Ninon RoHf.— Accueillera correspondant distingué, de 28 ans et plus.Réponse assurée.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Châtaine.—Veuve distinguée, désire correspondre "avec gentil Français, veuf ou célibataire.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• • • Mugiietle.y— Almemit correspondre avec monsieur de plus de quarante ans, honnête et distingué.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Sardolne.—Brunette distinguée, caractère-Jovial désire correspondant honnête, 21 A 25 ans.Photo appréciée.320 est.rue Notre-Dame.Montréal • • « Petite fée.—Jeune fille sérieuse, dlwiln-guée demande correspondant sobre et cul -tlvé de 21 A 25 ans.Photo al possible.340 est.rue Notre-Dme.Montréal.• • * Trifluvlmne.—\ux veux bruns.21 ans, désire correspondants distingués de 21 A 28 ana Photo si possible.320 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Louise,—Très cultivée.Invite des correspondants.Attention spéciale aux messieurs àjréa, *20 «st.rue Notre-Dame, Montréal Cne femme.—Grande, brune, affectueuse et bien intentionnée invite correspondante non mariés.35 A 45 ans.Montréal.Québec ou environs, bonne position et référencera.320 est.rue Notre-Dame.Montréal.• * • 1 Miss T.Rieuse.—Brunette distinguée, belle apparence, demande correspondants daasj la trentaine.Instruits, bonne éducation, boa-ne apparence, un peu psychologue.3 20 est, rue Notre-Dame.Montréal.• • • Montréalaise.— Aimerait correspondant distingué, sobre, sympathique, célibataire, 35 à 45 ans 3 20 est.rue Notre-Dame, - Montréal.Ill Suxanne.—Recherche correspondants Instruits, ayant sens d'humour, rien de pins! 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Vous devez tenter votre chance auprès de Josette.Vous seul êtes capable de l'arracher à la triste existence qu'elle mène en ce moment.Déclarez-vous.Jamais la voix chaude de Mlle Corlis ne s'était faite aussi persuasive.Léon ne demandait qu'à être convaincu, 3ussi écoutait-il la jeune fille avec une satisfaction, un enthousiasme croissants.11 fut à Tintant tenté de s'écrier: — Vous avez raison! Ma tendresse pour elle est si profonde que je trouverai, afin de l'émouvoir, des accents auxquels elle ne saura pas résister! Mais Léon n'aimait pas à prendre les passants, si rares fussent-ils, à témoin de ses sentiments personnels.Il se borna à serrer la main de Mlle Corlis en répétant: — Je vous remercie, Hélène, je vous remercie du fond de l'âme.Je vais de ce pas voir Josette: il me serait doux de vous devoir le bonheur.— Nulle ne s'en réjouirait comme moi, prononça la filleule des La Mazerais.Et jamais peut-être n'avait-elle été aussi sincère.XIX Le coeur débordant d'espoir, Léon, peu après, arrivait chez l'armateur.A la femme de chambre qui répondit à son coup de sonnette, il .demanda: — Mlle Vigerand est ici?La jeune soubrette le regarda avec surprise: eh quoi! le fils du docteur ignorait-il, seul peut-être à Saint-Malo où ce mariage avait fait quelque bruit, qu'il n'y avait plus de Mlle Vigerand?Gardant sa réflexion pour soi, Pauline répondit au visiteur: — Je vais la prévenir tout de suite, Monsieur.Elle introduisit Léon dans le petit salon que jadis Mme La Mazerais honorait volontiers de sa présence, et où, maintenant, l'infirme, cantonnée dans sa misanthropie, ne mettait plus les pieds.Le jeune major, en proie à une émotion qui lui glaçait les tempes à l'instant de cette démarche décisive, reconnaissait à peine le décor familier.Josette entra, et ce fut comme dans un rêve qu'il se leva pour l'accueillir.Un rêve., n'était-ce pas plutôt un cauchemar?Toute de noir vêtue, telle qu'elle lui apparaissait là, il était évident que son aimée portait le deuil de Roger.Cet hommage de fidélité était digne du coeur de Josette, tout imprévu qu'il fût, mais il créait par soi-même une ambiance défavorable à la demande que Marlic venait risquer.II demeurait embarn ce qui n'était pas sa coutume, tandis que la jeune femme disait, en lui tendant gentiment la main: — Je suis contente de vous voir, Léon C'est aimable à vous d'avoir pensé à venir me dire bonjour en souvenir de Roger.Roger! Toujours Roger! Faudra,it-i! donc, même pas delà sa tombe, le trouver toujours en face de soi?Avec quelque vivacité, Marlic répondit: — Je n'ai pas besoin du souvenir de mon ami pour penser à vous, Josette.Votre destin me serre le coeur! Demeurer toujours fiancée! Vivre dans l'ombre, en souvenir d'une ombre.Elle le regarda bien en face, avec, dans ses larges prunelles, une lueur mystérieuse.Et elle annonça: — Je ne suis plus fiancée, Léon.— Non, sans doute, puisque le pauvre ami n'est plus.Et c'est pourquoi j'ai pensé.j'ai espéré.Le jeune médecin se tut, contraint, hésitant, comme un carabin à sa première intervention.Josette devina-t-elle ce que Léon n'osait pas dire?C'est probable, car les femmes, même les plus sages, possèdent en matière amoureuse d'étranges intuitions.Toujours est-il que la belle-fille de l'armateur, dès les premiers mots, arrêta son visiteur en lui mettant sous les yeux sa main où brillait l'alliance: — Je suis mariée, mon ami.Je suis la femme de Roger, à travers et malgré la mort.C'est pour toujours._ — Mariée! protesta Léon, atterré.Comment cela?Depuis quand?— Depuis que Roger est tombé pour la France, voici un mois environ.— C'est inconcevable! incompréhensible! fit Léon, marchant de long en large sans se rendre compte de l'inconvenance de ses propos, tant était profonde l'agitation qui le possédait.— N'avez-vous jamais entendu parler des arrêtés de février qui permettent au combattant mortellement frappé de transmettre son nom à celle qu'il aime?— Si fait.Le chef de popote nous a dit un mot de cela, au mess.J'avoue n'y avoir pas 'attaché d'intérêt particulier, dans le flot de paperasses nous submergeant chaque jour; je n'ai pas pris au sérieux cette disposition baroque.— Sérieuse, elle l'est pourtant au plus haut point.C'est à titre de belle-fille que je suis venue n'installer ici, afin de soigner Mme La Mazerais, dont l'état est vraiment fort pénible.Un court silence s'appesantit.Josette songeait à la pauvre femme si douloureusement frappée dont l'hostilité avait naguère repoussé celle qui, actuellement, tentait, avec tout son coeur et toutes ses forces, d'adoucir son épreuve.Léon, sentant fuir sous ses pas et de façon définitive, l'espoir qu'il n'avait jamais eu la force de laisser mourir en soi, essaya désespérément de le défendre encore: — Josette, fit-il, et sa voix laissait transparaître son angoisse, je vous en supplie, pensez à vous! Pensez à nous! Vivre toute sa vie d'un souvenir, vouer son existence entière à une ombre, c'est grandiose, c'est sublime, mais ce n'est pas humain! Ayez pitié de moi qui vous aime, ayez pitié de vous-même! Dites-moi.' La jeune femme s'était levée; elle enveloppait l'ami de Roger d'un regard où se trahissait sa surprise attristée.Il se tut et baissa la tête, interdit.Et Josette parla: — Vous m'étonnez, Léon! Me croyez-vous donc capable de manquer à la parole que j'ai librement donnée à mon cher disparu?Et si je le faisais, dites-moi ce que vous penseriez de moi! Ou plutôt, ne le dites pas: je connais trop votre loyauté pour douter de votre réponse! La voix chère se tut frémissante.Marlic passa sur son front une main trem-hlante, comme s'il voulait à jamais en arracher de folles pensées Puis il se leva et, prenant son képi orné de veloun cramoisi : — C'est vous qui avez raison, Josett., j'admire votre fidélité et je m'excuse de mon insistance déplacée, vous avez ma parole: je ne reviendrai jamais sur ce sujet.— Et vous, vous avez la mienne, Léon, que je vous conserve mon amitié.Ils se quittèrent sur une poignée de mains cordiale, et Léon se retrouva seul devant la ligne grise et muette des remparts.Vus de leur pied, ceux-ci bouchaient tout l'horizon, ils emplissaient tout l'espace.Le jeune médecin songea que, s'il voulait que sa vie ne butât point désormais sur un semblable mur, terne ct inexorable, il lui fallait reprendre dèi que possible, à son hôpital, la tâche humanitaire qui le faisait M pencher, du même mouvement, sur les lits où souffraient amis et adversaires.Si maîtresse de soi que fût Hélène à l'habitude, elle se précipita vers Léon dè< qu'il apparut sur le seuil des La Mazerais Même en permission, même un jour de souffrance comme celui-ci, le jeune major n'oubliait pas qu'il était soldat.V marchait droit, la tête haute, et nul n'aurait pu deviner le coup qui venait de l'atteindre sans l'ébranler.Hélène, en le voyant approcher si fier, crut qu'il avait eu gain de cause; elle s'approcha, un sourire aut prunelles : — Eh bien! fit-elle gaiement, on peut vous féliciter?Marlic la regarda sans faiblir.— Si c'est de supporter virilement l'épreuve au-devant de laquelle j'ai couru, oui, dit-il, vous le pouvez.Tout le sang d'Hélène lui reflua au coeur,- elle s'appliqua cependant à faire bonne contenance, elle aussi: — Alors, c'est non?Elle a refusé de vous entendre?Il essaya de sourire aussi : — On ne peut rien vous cacher, belle amie! — Quelle sotte! Etonné par l'âpreté de l'accent, Marlic regarda son interlocutrice avec plus d'attention.D'où venait qu'elle prît tant à coeur une affaire ne la concernant point ou qui, du moins, ne devait pas la concerner?Il y avait là un problème que le jeune homme ne se sentait pas en humeur de creuser, mais il protesta énergique-ment, pour l'amour de Josette: — Tenez-vous donc la fidélité pour une sottise?Vous m'étonnez, Hélène! Je dirai presque: vous m'effrayez! Sans répondre, Mlle Corlis, à bout de nerfs, lui tourna le dos,- elle ne pouvait se contenir davantage.En quelques pas, elle regagna l'hôtel La Mazerais où elle apporta une figure si sombre qu'à l'office on se demanda, ce soir-là — sans bienveillance, car la sécheresse de son coeur ne la faisait pas aimer, — ce qui avait pu arriver à Mademoiselle.Parvenue à sa chambre, Hélène s'enferma,- le crissement de sa clé dans la serrure lui apporta un vrai soulagement.Assez de contrainte, assez de bonne mine faite au mauvais jeu qu'elle venait de perdre! Elle pouvait maintenant se livrer toute à la fureur qui la possédait Car Josette resterait dans la place, puis-nue Marlic ne l'en faisait pas sortir.Qui donc aurait assez de puissance pour débarrasser la route devant mener Mlle Corlis à l'héritage des La Mazerais?Sans y trouver de réponse, la jeune fille retournait encore en son esprit cet- LA BEVUE MODERNE — OCTOBRE 10Ci 43 te question obsédante, quand la cloche du diner l'appela., | Devant la table trop grande, il fallait aller tenir compagnie à l'armateur, tandis que Josette — toujours Josette! — aide-r.iit l'impotente a s'alimenter.Fiévreusement, Mlle Corlis tamponna ses yeux rougis par les larmes, puis descendit rijoindre son parrain.XX Quand, un peu plus tard, Hélène remonta auprès de l'infirme, elle dit à Josette: — Descendez vite: les plats vous amendent.parrain aussi! — Combien cet homme est exigeant! grommela Mme La Mazerais qui accaparait, le long du jour, tous les moments de sa belle-fille.Josette sourit à la pauvre femme, qu'elle aimait davantage à mesure qu'elle se dépensait pour la soigner.— Je ne serai pas longtemps, mère: je remonte tout de suite.—-J'y compte, petite: je commence à m'ennuyer quand vous n'êtes pas là.La ^eune femme répondit d'un sourire et ferma la porte sur elle, juste à temps pour ne pas voir Hélène se mordre les lèvres avec colère devant cette marque nouvelle de la bonne entente que Josette réussissait à établir entre sa belle-mère et elle-même.Toute la nuit, l'orpheline fit d'âpres réflexions.Le sommeil la fuyait.Sa colère se cristallisait autour de cette pensée: —11 faut que je me débarrasse d'elle.par tous les moyens! Ne s'apercevant pas de la pente dangereuse où glissait son esprit, Hélène se laissait emporter par sa passion, tant était grande la haine qu'elle ressentait pour la douce Josette.Les connaissances de Mlle Corlis étaient, on s'en doute, des plus rudimen-taires en matière de toxicologie, et elle ne voyait pas le moyen de les approfondir sans donner l'éveil autour de soi.Peut-être, en explorant la bibliothèque de son parrain, y trouverait-elle un traité de médecine ou un répertoire de pharmacie contenant les indications nécessaires pour amener, si j'ose dire, une anémie accidentelle.Sans bruit, Hélène se leva.Elle glissa ses pieds nus dans des babouches et jeta un manteau sur son pyjama.Puis, derrière le faisceau lumineux de sa lampe électrique, dont l'ovale dansait sur les murs à chacun de ses pas, la jeune fille gagna le cabinet de M.La Mazerais.Tout y était dans l'ordre minutieux que l'armateur exigeait pour ce qui entourait son travail.La photographie de Roger, sur laquelle le père avait lui-même jeté un crêpe, était bien en vue sur le coin du bureau.Les papiers administratifs se trouvaient à portée de la main, avec des revues maritimes.Au fond de la pièce, la bibliothèque était bondée de livres dont les reliures sévères accrochaient des reflets d'or sous la caresse de la lumière Hélène marcha au meuble et l'ouvrit Elle savait ne pas pouvoir, dans les quelques heures de paix nocturne qu'elle avait devant soi, feuilleter les centaines de volumes alignés sous ses yeux.Il fallait seulement s'assurer si quelque ouvrage de nature à lui être utile, dans le sens très particulier qui l'intéressait aujourd'hui, ne 'était pas glissé sur ces rayons.Mlle Corlis, avec patience, mais sans Hiccès, scruta les rangées de livres.Il y avait là de belles séries de classiques, des volumes d'histoire, de voyages, quelques romans célèbres, mais surtout des ouvrages de droit maritime, traités sur les assurances, les abordages ou la responsabilité en matière d'avaries Comme médecine ou pharmacie, rien Bien que s'y attendant, l'orpheline fut déçue.Si, à ce moment, elle avait sollicité du ciel le secours qui ne fait jamais défaut aux âmes de bonne volonté, elle eût été sauvée, mais parce que, pour elle, la déception était toujours voisine de la colère, Hélène regagna son lit en proie à une véritable crise de rage silencieuse et d'autant plus aiguë.Ce fut alors qu'un souvenir se présenta à son esprit: quelques années plus tôt, pour des malaises qui ne s'étaient pas renouvelés, le Dr Marlic avait ordonné des gouttes de digitaline à Mme La Mazerais.Il lui avait recommandé, devant la jeune fille, de ne pas forcer la dose et de ne pas en continuer l'emploi plus que de raison, sous peine de risquer des malaises graves.Voilà précisément ce qu'il fallait: provoquer des malaises qui fassent fuir l'intruse.II n'était que de remettre la main sur le flacon,- sans doute s'y trouvait-il encore un peu de ce remède qu'Hélène emploierait sans hésiter.Où pouvait-il être, ce flacon?Cette préoccupation tint Hélène si bien éveillée qu'elle fut surprise d'entendre tout à coup sonner l'angélus à l'église Saint-Sauveur.Elle se leva alors, résolue à entamer ce même jour la réalisa t i o n de son projet.— Vous n'avez pas besoin de moi, marraine?demandait Mlle Corlis à l'impotente une heure plus tard.— Certes non! grommela Mme La Mazerais.Josette va faire ma toilette; elle ne me tire pas les cheveux, elle! Tu peux aller au marché avec la cuisinière, ¦si le coeur t'en dit! .Les narines minces battirent, méprisantes.Voilà l'occupation qu'on lui proposait, maintenant que l"'autre" avait su se ménager toutes les bienveillances.Hélène riposta: — Si cela ne vous fait rien, marraine, j'aimerais mieux autre chose.— Jamais contente! Que veux-tu donc faire?— Nous sommes au 5 avril; voulez-vous que je commence les rangements de Pâques en mettant les armoires en ordre?— Josette entretient fort bien celle de ma chambre, je ne veux pas qu'on y touche.Si cela t'amuse, tu peux visiter les autres.Qu'est-ce que tu dis?— Rien, marraine! siffla Mlle Corlis entre ses dents, serrées pour contenir sa colère.Encore Josette' Toujours cette étrangère dont on lui jetait à tout propos les perfections au visage! Au long du jour, la jeune fille rangea, fouilla, ceci d'ailleurs l'intéressant plus que cela, dans l'état d'esprit où elle se trouvait.La tâche qu'elle s'était assignée n'était pas mince, car Mme La Mazerais, avant son accident, était une femme ayant infiniment d'ordre, comme elle se plaisait à le constater.Entendez par là qu'elle ne jetait jamais rien, fût-ce une boite vide! Tout ce qui s'était trouvé hors d'usage, depuis une trentaine d'années qu'elle était entrée, jeune mariée déjà despotique, dan^ la demeure héréditaire des armateurs, se trouvait soigneusement rangé dans la profondeur des placards garnis-ant les murs.Après des heures de recherches, Hélène mit la main sur le flacon qu'elle désirait.Toute la peine prise, tout l'agacement ressenti, furent brusquement oubliés.La jeune fille leva la fiole à la hauteur de ses yeux, elle l'interrogea, sourcils froncés,- déception amère: la bouteille était vide ! Mlle Corlis contint une exclamation de dépit.Le renouvellement de la digitaline s'imposait, mais comment faire?Le pharmacien habituel de la famille, dont l'étiquette habillait le flacon, ne pouvait être mis à contribution: il demanderait des nouvelles du traitement à l'une des bonnes ou à Josette, qui souvent allait elle-même dans cette officine.Un autre pharmacien ne délivrerait la digitaline que sur présentation d'une ordonnance.Il fallait à tout prix retrouver la prescription du docteur.Fiévreuse, Mlle .Corlis poursuivit se* recherches.Ce qu'elle put remuer de paperasses et secouer de poussière pendant la fin de la journée est inimaginable, mais l'idée de renoncer à sa perquisition ne lui vint même pas à l'esprit.Elle la reprit le lendemain matin, complimentée par sa marraine: —Quel zèle pour la toilette de la maison! Je te félicite, ma petite.Et d'autant plus que cela me permet de carder Josette près de moi.Cette dernière phrase, innocemment lancée par la malade, eut pour
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