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Titre :
Mon magazine
Revue qui visait à instruire et à divertir la famille, Mon Magazine (1926-1932) avait tout pour plaire à un large public, notamment de superbes pages couvertures. [...]

Mon Magazine est une revue mensuelle montréalaise qui reprend le modèle de La Canadienne (1920-1924) ainsi qu'une partie de son équipe de rédaction. La revue vise à concurrencer les magazines américains en adaptant un contenu moderne et varié à la rigueur morale du Canada français.

On trouve dans Mon Magazine des romans-feuilletons, des poésies, une chronique culinaire, des articles de vulgarisation sur la médecine et la santé publique, sur l'histoire et sur de nombreuses pratiques populaires. La revue présente aussi des publicités de produits de consommation, des biographies et des récits de voyages.

Mon Magazine est d'abord dirigé par Joseph Léon Kemmer Laflamme puis, à partir de 1928, par Édouard Fortin. Les collaborations de Gaétane de Montreuil sur la condition féminine y sont abondantes. Henriette Tassé y écrit sur les salons français, et on y trouve une chronique de l'abbé Étienne Blanchard sur la qualité de la langue française.

En plus de textes littéraires, on peut y lire des critiques littéraires de Jules-Ernest Larivière et des reproductions d'articles de Camille Roy, de Séraphin Marion et d'Albert Tessier. La revue traite aussi fréquemment de cinéma.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1984, vol. VI, p. 113.

SAINT-JACQUES, Denis et Lucie ROBERT (dir.), La vie littéraire au Québec - 1919-1933 : le nationaliste, l'individualiste et le marchand, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 2010, vol. VI, p. 211-212.

Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de publication Mon magazine,1926-
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Mon magazine, 1930-02, Collections de BAnQ.

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Mon Magasine, février, 1930.Un Régal pour Tous au- ~ ^?HEURE , MU JICALE de la Bière DOW Old Stock Scènes vues dans te studio de la DOW WRIce MEERTE" Cbt~ a'QRCHESTRt-4e \-a DOW m a ram m es à Venir Samed év.15 CKAC 10.20-11.20 Mardi, " 18 CFCF 7.30- 8.30 Jeudi, " 20 CFCF 7.30- 8.30 Samed m 22 CKAC 10.20-11.20 Mardi, " 25 CKAC 7.00- 8.00 Jeudi, h 27 CFCF 7.30- 8.30 Ll LA- Y RtlD J joîm m.BARNtrr BARYTON et ANNONCEUR, CELEBRE-SOLISTE car0 LAMÛURtUX COLORATURA* SOPRANO Old StOCk Aie Mûrie à Point Prime par la force et par la qualité ta Man Magazne, Février.1930 1 D'UN HOIS A L'AUTRE Où il est question .Tn si nliilmn.La direction de "Mon Magazine" m'a deman-dé «le rédiger la chronique d"'Un mois à l'autre".J'ai aeeepté avec plaisir de collaborer à cette intéressante revue et je m'estimerai heureux de venir mensuellement causer avec se-; lecteurs.Toutefois, ce mois-ci.je fus pris un peu au dépourvu et j'implore ['indulgence de mes nouveaux amis.Les prochains mois, je serai au poste à tempt et vous pourrez me compter au nombre des plus dévoués collaborateurs de la revue.Magnifique débui il> notrt Directeur.Le directeur de notre revue.Monsieur Ednu-ard Fortin, député de Heauee, à la Législature de Québec, a prononcé dès le début de la .Session, son premier discours à la Chambre.Avec son éloquence facile et ses magnifiques talents oratoires, .Monsieur Fortin a su créer une lionne impression sur ses collègues; il s'est révélé aussi habile politicien que bon journaliste.Très adroitement, il s'est tiré de l'impasse où avaient voulu l'acculer ses adversaires en l'accusant de s'être servi de leur programme pour conduire son élection.Dans son discours qui dura près de trois quarts d'heure.Monsieur Fortin appuya sur lis besoins de la classe agricole et fit l'éloge du nouveau programme inauguré par LU.râble Monsieur Perron, ministre de l'Agriculture.Il signala encore les bienfaits apportés par 1 "institution de nos Unités Sanitaires et exprima le désir de les voir répandues dans tous les comtés de la Province.Nous sommes heureux d'offrir à notre Directeur nos plus sincères félicitations pour le beau Mieees qu'il vient de remporter dans ce nouveau champ d'action.En marge d'une statistiijur.Tn rapport, publié par le "Métropolitain Life Insurance Company, démontre (pie le taux de la mortalité causé' par l'alcoolisme, est beaucoup plus élevé aux Etats-Puis qu'au Canada.L'enquête a été conduite parmi les détenteurs de police d'assurance en vigueur dans les deux pays.En 192!', (541 assurés ont succombé à l'alcoolisme aux ?]tats-lTnis, contre 11 seulemenl dans tout le Canada.Bien que l'on tienne compte de la différence de population, la moyenne des décès, occasionnés par la boisson, reste six fois plus considérable chez nos voisins que chez nous.Ce rapport nous apporte une nouvelle pleine de l'inefficacité de la loi Volstead, que les américains ont tant de difficultés à faire observer et qui ne leur rapporte aucun bénéfice matériel et moral.Lu Conférence Navalr.Le L'I janvier dernier, s'ouvrait, à Londres, avec grande pompe et solennité, la conférence navale du désarmement, à laquelle prennent part les délégués des cinq principale» puissance-; maritimes.La cérémonie d'ouverture fut présidée par noire Souverain.Georges V.qui dans un bref dis-cours exprima sa confiance dans le succès des présentes délibérations.Depuis la signature du traité de Versailles, des efforts considérables ont été faits pour assurer la paix dans le monde entier et maintenir l'harmonie entre les peuples.On s'accorde à dire que le désarmement complet de tontes les puissances serait le moyen le plus efficace pour faire disparaître tout sentiment de méfiance entre elles.Mais jusqu'ici les projets de désarmement ont échoué misérablement.La présente conférence s'est ouverte parait-il sous le ciel le plus triste que l'on pouvait craindre sous le-; bords de la Tamise, un brouillard épais, le plus épais de l'année, couvrait toute la ville et pénétrait à l'intérieur des édifices.Espérons que ce sombre nuage se dissipera au cours des présentes délibérations et qu'un soleil brillant viendra éclairer la voie, que doivent sui-vrent les délégués pour faire avancer l'oeuvre de paix, qui assurera le bonheur des nations eu même temps que celui des individus.Sourire ÇOURIRE, c'est chanter les plaisirs de l'enfance, C'est être simple et pur, sincère, heureux, léger; C'est connaître l'audace de l'insouciance, C'est croire en l'avenir et tout en espérer; C'est avoir dans le coeur des notes de vaillance : Sourire, c'est chanter.Sourire, c'est aimer la puissante nature, Ses gloires, ses chansons, son ardente beauté C'est sentir en son coeur le timide murmure Ii'un amour droit et fier qui fait rire ou pleurer; C'est donner au prochain et panser sa blessure : Sourire, c'est aimer.Sourire, c'est lutter pour la plus noble cause.C'est vivre pour le Bien, c'est grandir et monter; Avoir pour idéal la vertu qu'on propose; C'est combattre le mal avec tant de fierté Qu'il s'enfuit et se meurt malgré que l'on s'oppose : Sourire, c'est lutter.Sourire, c'est pleurer, acceptant la souffrance, C'est se sacrifier par devoir et bonté, i "est vivre le verset de sublime vaillance Qu'ont écrit les héros aux pages du passé; C'est pardonner toujours et garder le silence : Sourire, c'est pleurer.André GEORGET.Hull Is fusil ion llilhli s.lu milliardaire américain de retour d'un voyage en Europe a projeté' de faire construire des hotels dans les principales villes du continent Européen, pour y recevoir ses concitoyens que le flot touristique conduit en ces pays.Ainsi, on verrait s'élever à Londres, à Paris, à Home, «le ces immenses édifices à quinze et vingt étages où tout se passerait selon la mode américaine; on y ferait entendre la musique de jazz, on y (muterait la cuisine île Xew-York, et il faudrait, bien entendu, payer sa note en dollars .américains.Il est opportun de se demander si avec ce nouveau projet, nos voisins ne veulent pas s'arroger un droit d'ex terri tori tàli té.Jusqu'il présent, ee privilège n'était reconnu qu'aux souverains et à leurs ambassadeurs, mais il ne serait pas ¦ •tonnant qu'un jour ou l'autre, on veuille l'étendre à la Puissance du Dollar.J'iiiiIiiiiii déport pour lu /•'/(/;'(/(.Monsieur Alphonse Fortin, gérant de la revue "Mon Magasine", partira prochainement pour un séjour en Floride dans l'intérêt de no tie publication.Nous lui souhaitons un fructueux voyage quoique nous ne doutions pas île ses succès là-bas et nous espérons le revoir bientôt au milieu de nous.Mort ili l'Honorable V (' TRàrkin.Au moment où nous allons livrer notre ehro nique, nous apprenons la mort de l'Honorable P.('.Larkin.Haul Commissaire du Canada en (îrandc Hretagnc.M.Larkin est décédé à Londres le .1 février, âgé de ~:i ans, étant né à Montréal, le 18 mai 1866.De bonne heure il se livra au comuicn.t devint bientôt un des plus importants man-bands de thé de tout le continent nord-américain.On le surnomma "roi du thé en Amérique." Ses affaires ne l'empêchèrent pas de s'inteMJ ser aux oeuvres sociales et philantropiqucs; il prit une part active dans la lutte contre la tuberculose et il fut pendant vinu't ans président de la ligue antituberculeuse de Toronto.M.Larkin ne fit jamais de politique active mais il était libéral et ami intime de Sir Wilfrid Laurier.En lît'Jl.il remplaça Sir G Mon Magasine, Wearier 1930, Les Yeuce du Cœur Comédie en un acte Person nages M.POMMK, avocat.Mme DE SAINTE-COLOMBE.BAI'TISTINE.servante rte M.Tomme.Décor: Le cabinet de travail de M.Pomme.Porte au fond, cheminée à droite, fenêtre à gauche, deux fauteuils, un guéridon.Le reste de l'ameublement à volonté, à condition qu'il soit simple, sans prétentions.La scène se passe vers 1830.SCENE PREMIERE m l'OMME, BAPTISTINE t h lever ihi rideau, devant un petit guéridon sur /e du petit Pierrot ASSIS, tout pensif, sur la piazza solitaire, petit Pierrot, poète en herbe, poursuit un rêve.Il a six ans.le petit bonhomme! Rêve-ton à six ans?.Oh ! Oui !.Et ces rêves là, ont, je vous assure, des charmes uniques, qu'on ne retrouve jamais plus, même dans les rêves enchantés de nos vingt ans ! Mais, à quoi rêve mon petit Pierrot?.Hélas! l'n seul, grand, ineffable désir emplit son coeur.Il y pense dès son réveil, il y songe tout le jour, et quand le sommeil ferme ses paupières roses, il recommence son rêve de toutes les heures.Pierrot voudrait une petite soeur!.Depuis si longtemps il en demande une au Bon Dieu.Mais le Bon Dieu fait le sourd!.Ou bien, il est.trop occupé peut-être?.Il a tant de besogne le Bon Dieu ! pour faire marcher droit ce pauvre monde, qui veut toujours s'en aller tout de travers! Aussi, Pierrot n'a garde de se lasser: Il prie.Il prie toujours avec la même ferveur d'ange espérant toujours! C'est qu'une petite soeur, c'est si frais, si mignon, si jolie! Presque bon à croquer, quoi! ('a vous a des joues toutes roses, des yeux bleus, et de beaux cheveux, blonds et doux comme de la soie, qui frisent et se roulent sur le doigt, et qui ressemblent à cette belle tire dorée que maman confectionne à la Sainte-Catherine, ou au Mardi-gras.Dieu que c'est bon! Rien (pie d'y penser l'eau vous en vient à la bouche! Et puis, une petite soeur, c'est si commode pour jouer avec vous.Tous les jeux, a Importe quoi !.A la guerre, on fait une nurse idéale avec une petite soeur docile qu'on revêt d'une coiffe blanche.Et, encore ça fait le Bo-clu une petite soeur! c'est ce que la dignité d'un garçonnet de six ans ne lui permet pas de représenter jamais! Mais, les petites soeurs ne connaissant pas ça, les Huchesl elles sont trop petites!.On dit: "Toi, tu es le Boche! Moi, Le nid UN nid est un trésor que 1p coeur a pour âme Un nid est un doux jet de cette auguste flamme Qui parle plus au coeur lorsqu'on est à genoux.Un nid est un foyer qui dit : Souvenons-nous.Un nid est un hameau qui a pour coeur un Dieu.Pour foyer la jeunesse et pour âme une mère.Un nid est un clocher qui vibre sous les cieux Grave et fidèle écho de la foi de nos pères.Un nid est la maison aux murs tous lézardés Où va à chaque jour chantonnant l'enfance; Un nid est cette plage où l'on s'est hasardé Près d'une vague, un soir, grisante de cadence.Un nid est un bijou qui domine le monde, C'est un berceau tressé de songes, de réel.Un nid est une idée que le rêve féconde Chez la jeunesse pure en espoirs immortels.Un nid est une flamme qui ravive l'amour, Un penser de douceur, une douce caresse.Un nid est un baiser qui dit : J'aime toujours, Venant d'un coeur chéri, rempli de sainte ivresse.Un nid c'est la Patrie, c'est parents, c'est amis.C'est le ciel étoile, le ruisseau qui murmure, C'est la verte colline où tout semble endormi, Un nid c'est un beau soir qu'un doux reflet azure.J.CARBONNEAU.je serai le général français, et je te ferai prisonnier!." Et les petites soeurs mignonnes disent "("est bon !" Vous voyez, pour Pierrot, il n'y a dans le monde qu'une sorte de petite soeur: la seule qu'il connaisse, c'est celle de son ami Louis.Elle s'appelle Nette.Annette peut-être f.ou Bernadette?Pierrot ne sait pas au juste, du reste, un nom de petite fille, ça n'a pas d'importance! Mais elle est jolie comme un coeur, et rieuse, et trottine avec courage, toute la journée à la suite de Louis et de Pierrot.Mais, entre les heures du jeu.Pierrot s'ennuie dans la grande maison.Et c'est pour cela qu'il rêve d'une petite soeur rieuse et mignonne et jolie, et qui fût bien à lui.toute à lui, comme son chien Skip, ou son Polichinelle: qui ne s'en allât pas le soir, et qu'il pourrait retrouver là.à ses côtés, tous les matins! Dans la grande chambre à jouer de Pierrot, il y aurait bien de la place, mon Dieu, pour un autre petit lit! On lui a dit d'en demander une au Bon Dieu, et Pierrot n'y manque pas! et reprend sans OCBSC son rêve! et ses prières montent, inlassables, vers le Bon Dieu, caché là-haut dans son ciel, et qui fait semblant de ne pas entendre! • * * * 11 faisait bien vraiment semblant, le Bon Dieu, puisqu 'un jour.Mais attendez !.Pierrot revenait de promenade chez sa Grand' .Maman!.C'est délicieux chez sa Grand 'Maman.l'n vrai paradis! Car elle habite la campagne, pensez donc! Et il y a.chez-elle, un grand, grand jardin: et de très grands champs tout autour.Et dans la cour, il y a de belles poules blanches, qui pieochent et gloussent tout la journée.Et une vache rousse, que Pierrot s'amuse à voir traire, et dont il boit le lait fumant pendant que la bête regarde avec, comme un espèce de reproche au fond de ses bons yeux tristes!.Et puis, dans une petite maison pour lui tout seul, un blanc petit eoehon.qui grogne, qui grogne, comme ça !.Pierrot venait de passer trois jours dans ce paradis.Le temps ne lui avait pas paru long, je vous assure, et il rentrait chez lui un peu à contre-coeur, quand sur le seuil, il eut la surprise de sa vie ! Une belle dame, jeune et blonde, et tout de blanc vêtue.Pierrot l'aurait volontiers prise pour un ange! le saisit dans ses bras, et lui glissa dans l'oreille: "Pierrot! tu as une petite soeur !".Pour le coup.Pierrot eut un éblouis-sement ! Son pauvre petit coeur s'arrête tout net, dans sa poitrine, et il fut tombé, si la belle dame ne l'avait pu retenu dans ses bras! Puis, comme elle répétait en souriant sa phrase merveilleuse.Pierrot comprit enfin!.Son rêve superbe, qui se réalisait!.S'arrachant aux bras protecteurs.Pierrot saute sur ses pieds, et comme un fou.il monta l'escalier quatre à quatre, ou, pour être plus juste, à quatre pattes! Il court à la chambre de sa mère qui va lui dire si c'est bien vrai: Maman est là, dans son grand lit, si jolie, souriante.Mais, sans répondre an bonjour attendri de sa petite mère qu'il aime tant, pourtant, Pierrot court au berceau qu'il voit là-bas, entouré de mousseline roses et de dentelles.Eli.' est là' Maman dit oui.Et vite, vite.Pierrot exalté, triomphant, les yeux ravis, soulève les rideaux vaporeux, repousse les rubans, les couvertures de soie fleurie et.Et, Pierrot ne peut retenir un cri de stupéfaction et de désappointement.Navre, abasourdi, il contemple "sa petite soeur".Mais non! On le trompe! ("a une petite soeur! Allons donc! Pierrot n'est plus un bébé; on peut faire croire cela à d'autres, mais à lui, non! non! non! non! Ça une petite soeur!.Mais c'est un vilain poupon, avec une petite figure toute renfrognée et rouge, et Pierrot voit des mèches de cheveux noirs, poindre sous le bonnet blanc! C'est ficelé en paquetI Ca n'a pas de jambes et ça vous a de petits poings gros comme rien du tout! On veut rire sans doute, et se moquer de Pierrot ! Et le pauvre gamin, qui voit crouler son espoir et son rêve, le coeur perdu éclate en sanglots!.• • » Six ans!.C'est bien trop tôt, pour voir mourir un rêve!.Pleure! va! mon petit Pierrot, pleure toutes les larmes, là près de ta maman.Elle comprend si bien ton désappointement) comme elle comprendra plus tard tes plus grandes douleurs! Pleure! de voir, mutilées et luises à tes pieds, les ailes de ton premier rêve! Hélas! ("est toute la vie, cela, mon petit homme I Pourtant, tu es heureux, toi.mou Pierral .car ton beau rêve, il n'est pas tout-à-fait mort.Et la petite soeur, qui grandira, le réalisera peut-être pour toi, un jour.Un jour, tu retrouveras ton rêve !.Tu es heureux, va! mon Pierrot, si tu savais! Car.BOUS nous n'avons pas ta chance, hélas!.Et, quand ils meurent nos rêves: à nous, petit gas, c'est pour toujours!.L'horloge 'TMl'T dort.Rompus de lassitude, ¦ I/es hommes sont ensevelis Entre leurs draps de toile rude.Dans les ténèbres des grands lits.I/es troupeaux gisent près des crèches; Les boeufs, dans la paille affaissés.Rêvent des prés, de l'herbe fraiche, Et des sillons qu'ils ont tracés.Le chien dort, et le coq sonore Se tient muet sur son perchoir, Car le jour n'est pas près d'éclore Et le côté de l'aube est noir.Le sommeil tient aussi les choses : Les outils qui vivent dehors, Les meubles que les murs enclosent Et la maison même, tout dort.Seule vivante en l'ombre immense, L'horloge obscure ne dort pas.Seule, dans l'anxieux silence.Comme un pas lent mais jamais las.Ou comme le pouls d'une artère, Ou le battement d'un coeur sourd, Elle fait son bruit solitaire Toujours, toujours, toujours, toujours.LOUIS MERCIER. 10 Mon Magazine, Février, 1930.OLIVAR ASSELIX De la spéculation sur valeurs mobilières I NI'TILE de dire que la spéculation peut 1 s'exercer sur toutes les valeurs, mobilières ou immobilières; mais nous ne parlerons ici que de celle qui porte sur les titres actifs — les plus susceptibles de hausse ou de baisse — et plus particulièrement sur les actions industrielles, puisque, dans notre organisation économique, c'est surtout l'industrie qui se prête le plus à la capitalisation en titres mobiliers.La spéculation peut aussi, évidement, se pratiquer en dehors des Bourses de valeurs, et comme, en toute chose, il faut commencer par le commencement, non seulement nous parlerons uniquement des titres actifs à l'exclusion des autres, et des actions industrielles en particulier, mais nous envisagerons d'abord la spéculation indépendamment des influences boursières.Dans ces limites, demandons-nous quels sont les faits, les circonstances, qu'il faudra examiner avant d'acheter un titre S'il s'aerit d'une affaire nouvelle, on devra se renseigner sur la personnalité de ses fondateurs et sur sa viabilité intrinsèque.L'affaire fût-elle excellente en soi, vous n'y mettrez pas un sou si vous savez qu'elle est dirigée par des incapables ou de malhonnêtes gens.En sens inverse, l'affaire fût-elle dirigée par de très braves gens et des hommes capables, vous vous garderez bien d'y mettre un sou si elle vise à l'exploitation il'une industrie ou d'un commerce n'ayant par ailleurs aucune chance de succès.De toute façon, c'est une grave erreur que de se laisser influencer en pareille matière uniquement par les amitiés personnelles, par les considérations sentimentales.S'il sort de son milieu, s'il disperse trop son attention, l'homme le plus habile peut s'égarer déplorablemcnt, et cette observation s'applique au fondateur d'entreprise comme à celui qui s'associe à lui par une mise de fonds.S'il s'agit d'une affaire en marche, il faudra scruter son bilan, ses ressources financières, mais étudier aussi son champ d'exploitation, les conditions économiques générales et particulières pouvant, affecter le sort de l'industrie ou du commerce intéressés.Il arrive fréquemment qu'une entreprise fondée par des hommes habiles et honnêtes, pour l'exploitation de richesses naturelles abondantes et faciles d'accès ou encore de procédés industriels légitimes et en apparence rémunérateurs, échoue lamentablement.Quant aux entreprises nouvelles qui n'ont ni une direction technique de premier ordre ni ressources pécuniaires assurées, il n'en est pas une sur dix qui parvienne au succès.Jetez seulement un eou]i d'oeil sur ce qui se passe en notre pays.Etendez vos observations au triple domaine financier, industriel et commercial, et dites-nous combien des établissements fondés rue Saint-Paul, rue Notre-Dame, rue Saint-Jacques, à Montréal, il y a quarante ou cinquante ans, ont échappé à la faillite, à la banqueroute?N 'avons-nous pas là la preuve que la réussite des grandes affaires requiert des qualités d'intelligence et de caractère qui ne sont pas le propre de la moyenne des hommes?J'ai dit que, dans le cas d'une entreprise en marche, il faut examiner le bilan soigneusement.Parmi ceux qui SOnt invités à mettre de l'argent dans une affaire, ou qui pour une raison ou pour une antre en seront tentés, combien y en a-t-il (pli consulteront au préalable une personne parfaitement au courant de l'industrie et du commerce T On se laissera entraîner par l'amitié personnelle, par le désir de se débarrasser d'un solliciteur importun; et dès le lendemain on en sera à se demander si on n'a pas fait un impair.Dans le domaine de la spéculation boursière d'autres facteurs entrent en jeu, et ces facteurs eux-mêmes peuvent jouer différemment selon qu'il s'agit d'achats au comptant ou d'achats à terme — et par achats à terme j'entends ceux que l'on effectue en versant un acompte, sauf à laisser les titres au courtier ou à l'agent de change en couverture de la différence.Evidemment, toutes les questions que nous nous sommes posées au sujet de titres non cotés en Bourse s'appliquent aussi aux titres cotés.Mais quels sont les facteurs supplémentaires qui interviennent ?En théorie, l'introduction d'une action en Bourse a surtout pour objet d'en faciliter la négociation, et aussi de protéger le public contre des écarts en hausse ou en baisse qui ne seraient pas justifiés par la valeur intrinsèque du titre.Il suffit toutefois de suivre la cote pendant quelque temps pour voir que ce deuxième objet ne - ¦ réalise pas toujours.Parmi l'un des facteurs les plus propices à la pratique de cours artificiels, je signalerai en premier lieu l'abus de la capitalisation des entreprises en titres sans valeur nominale.Je parle à des gens qui ont l'expérience de la comptabilité et qui par conséquent me comprendront tout de suite.Jusqu'à ces dernières .iimées, aux Etats l'nis.qui est celui des marchés étrangers qui nous intéresse le plus, on capitalisait généralement les entreprises par actions à valeur nominale.En d'autres termes, l'action était émise en représentation d'une somme déterminée.11 v en avait de 100, de 50, (le 25, voire de 10 ou +5 Quand l'entreprise ne présentait pas en contre partie de son capital social une valeur égale ou supérieure, elle était en déficit au regard de se-; actionnaires et ne pouvait légalement payer de dividende, mais on pouvait quand même, et du premier coup d'oeil, juger de la valeur de ses titres.L'actif avait beau, par exemple, comprendre des éléments plus ou moins fictifs, plus ou moins illusoires, rien n'était plus facile que de s'en rendre compte.Aujourd'hui, le chiffre des émissions n'a plus aucun rapport avec l'actif véritable.Une entreprise qui aura Les bébés LES petits bébés sont frileux, Frileux comme des égantines: Il leur faut d'épaisses courtines, Et des coeurs bien chauds autour d'eux.Les petits bébés sont frileux.Les petits bébés sont peureux.Un geste, un rien les effarouche, Ils s'épouvantent d'une mouche, Qui se pose sur leurs cheveux.Les petits bébés sont peureux.Quand petite mère est loin d'eux.Les petits bébés sont aimants, Et ne vivent que de tendresse; Il faut toujours qu'on les caresse, Ces êtres jaloux et charmants.Les petits bébés sont aimants.Comme de petits chats gourmands.Petits bébés, faites dodo Dans vos jolis nids pleins de rêves; Les heures calmes sont brèves, En attendant votre fardeau.Petits I.rlies, faites dodo.Dormez sous votre blanc rideau.ANDRE BESSON.eu beaucoup de mal dans le passé mais qui offrira au dire de ses administrateurs, de belles perspectives d'avenir, émettra, au lieu de 10,000 actions de $100.qui représenteraient un capital nominal d'un million, un million de titres sans désignation de valeur.Si l'actif net est de +500,000 chaque titre vaudra exactement 50 sous.Voyez par là l'intérêt qu'ont les gros porteurs à appuyer le plus possible sur les chances de bénéfices et le moins possible sur l'actif réel.L'homme avisé n'achètera pas avant d'avoir examiné la situation sous toutes ses faces, au besoin avec le concours d'un banquier, d'un comptable d'un technicien.Mais le plus souvent le petit spéculateur, et même des gens réputés bien informés, miseront sur le titre simplement parce qu'il représente, selon eux.une capitalisation raisonnable des plus-values de bénéfice à venir.Neuf fois sur dix le sort de l'entreprise se trouve plus ou inoins lié à la situation économique du pays, voire du monde.Si peu qu'elle participe d'une prospérité générale durable ou temporaire, les haussiers profiteront de cette eircons.tance, et «le la fièvre d'optimisme qu'elle engendre, pour répandre l'opinion que le titre qui vaut 50 sous se vendra l'année qui vient le double, le triple, le décuple.Et le publie achètera.Certes, la plus-value de bénéfices est un facteur digne de respect, même lorsqu'il s'agit d'actions à valeur nominale.Le danger, dans le cas des titres sans nominal, c'est l'influence excessive (pi'exerce ce facteur à l'exclusion des autres.I'ne action de +100 se tiendra encore après la suppression du dividende, s'il y a à l'actif une contre-valeur de +100.Au contraire, l'action dont le cours n'est soutenu que par des perspectives de prospérité croissante s'effondrera si le dividende en est surpprimé.On peut dire (pie les quatre cinquièmes des titre, introduits aux Bourses de New-York et de Montréal depuis cinq ou six ans n'ont pas de valeur nominale déterminée.Si donc, il en est parmi vous qui sont tentés de spéculer, ils ne devraient pas manquer d'examiner le bilan de l'entreprise, pour voir quel est l'actif réel et tangible et l'actif illusoire; pour voir aussi dans quelle mesure les réserves d'amortissement correspondent aux cours boursiers des titres c'est-à-dire à ce qui constitue, du point de vue du porteur, la capitalisation réelle de l'affaire.Il y ii encore un autre facteur qu'il ne faudra pas perdre de vue.C'est l'action rapide, presque instantanée, de la découverte scientifique ou de ses applications nouvelles, ou des nouvelles formules économiques sur la vie financière de l'industrie moderne.< >n a vu des industries qui semblaient les plus stables du monde crouler subitement par suite de concurrences surgies de eette façon Prenons le, entreprises de tramways.par exemple.Je ne crois pas qu'il y en ait aujourd'hui une sur dix (et parmi les exceptions nous classons les tramways de Montréal) qui soit réellement intéressante comme spéculation on même comme placement.Pour les démoraliser, il aura suffi de l'entrée en scène de l'automobile.Prenons aussi la fabrication de la chaussure.L'homme a toujours — à l'état civilisé du moins — porté des chaussures.La fabrication de la chaussure n'en serait pas moins aujourd'hui une affaire ruineuse si on la pratiquait comme il y a vingt ans.Dans le tannage et la teinture des euiifl, il s'est fait de multiples découvertes.Et (Industrie du papier-journal, est-elle aussi Mon Miii/ii:iii(\ Ft'rricr.I'>> Il solidement assise ql)e nou» n«„, plaisons à le en.ne.' Non pas qu'il en faille prévoir U 1.chéance prochaine, mais il n'est pas impossible «pie les éditeurs; soient un jour ou l'autre amenés par la hausse des prix à rechercher sinon une autre formule de journalisme, de manière à réaliser leurs éditions sous un format beaucoup plus restreint.Ainsi sur toute la ligne.Cela revient à dire que le capital de l'industrie doit s'amortir beaucoup plus vite qu'autrefois.L'établissement qui avait autrefois une existence normale de cinquante nu de cent années aura peut-être, aujourd'hui, besoin de renouveler son matériel tous les dix ans.En te surcapitalisant, il s'expose à des dangers très grave*.C'est pourtant ce qui se produit tous les jours.Outre la concurrence due au propres scientifique, il y a celle qui naît du jeu normal des lois économiques.Il ne faudra pas, par exemple, perdre de vue l'influence du réprime fiscal, particulièrement des droits d'importation, Sur le sort des industries manufacturières.Si aujourd'hui pour demain notre gouvernement, sous la pression de quelque groupe parlementaire, abolissait les droits de douane qui protègent certaines industries surcapitalisées, non seulement celles-ci ne pourraient se créer les réserves financières nécessaires, mais elle seraient forcées de vendre leurs produits au prix coûtant.On ne manquerait probablement pas d'invoquer les droits acquis, niais de son côté un ministre d'Etat qui gérerait la chose publique comme son affaire personnelle ne manquerait pas de répondre: "Si nous voulons bien respecter les droils acquis, nous uc sommes pas pour cela obligés de sanctionner les excès de spéculation qui se sont faits autour de votre entreprise".• •n classe aujourd'hui parmi les plus sûrs les titres de distributions d'électricité.Longtemps avant la guerre, les entreprises de ce genre étaient déjà très nombreuses.Eh bien! savez-VOUS que vers 1930, aux Etats-Unis, et depuis plusieurs années déjà, les obligations d'une de CCS entreprises sur quatre étaient en souffrance.' N'on seulement la plupart ne payaient pas de dividendes, mais un grand nombre étaient incapables de payer leurs dettes.Et pourquoi I Tarée que.à la laveur du mouvement d'intérêt qu'avait provoqué la création de la nouvelle industrie, et qui s'était traduit chez l'épargnant par des espérances exagérées, on avait outré le mouillage des capitaux, et que partout l'opi- L'arrêt des larmes piKN n'est plus triste.Amour, que ta douleur [qui cesse.Oh! quand tes yeux n'ont plus le désir de souffrir, Et lorsque tu peux voir la vie et la jeunesse Sans en vouloir mourir!.Tu noyais l'infini dans ta prunelle amère, Pour mieux bondir après ton àme s'abattait.Et le sang et le feu roulaient dans ta colère Et ton courroux chantait! Les larmes t'emplissaient d'une mer lumineuse, I l'une averse où, toujours, tombait un peu de ciel.Et ton ardeur était une (leur vénéneuse Toute lourde de miel.Emporté par l'élan de ton âme rebelle, Tu pressais la douleur sous ton genou baissé, Dans la mort tu voyais la lutte entière et belle, Gladiateur blessé!.Tu criais!.Le coeur plein d'orages et d'ecumes, Reau comme un incendie et grand comme le soir, Et voici que, soudain, tu vis cette amertume De ne plus en avoir.Le monotone ennui, l'ennui jaune et sans bornes.Met dans ton esprit mort le reflet du désert.Et tu te sens pareil à des rivages mornes Qu'aurait quittés la mer.Oh! c'est une stupeur, une horreur, une peine.Un silence maudit, un écrasant adieu, Comme, si tout à coup, le ciel et l'âme humaine Etaient vides de Dieu! HELENE PICARD.nion publique était devenue hostile aux entreprises.Pour ce qui est des transports en coin mun.h la.mêrne défaveur, engendrée par les mêmes abus, était ven.n '.jouter la dangereuse concurrence des nouveaux modes de ¦««inn.A l'endroit des compagnies qui ont pu, par des raccordements de réseaux ou autrement, améliorer leurs service et dans bien des cas abaisser leurs taux, il règne depuis quelques années dans le public un esprit différent.Mais les exploitants étant retombés dans les anciens abus, la vieille hostilité reparait par ci par là.N'on pas dans la presse financière, entièrement dominée par les capitalistes intéressés, mais dans les revues indépendantes, dont l'influence sur l'opinion publique n'est pas à négliger.Je rappelle en particulier, à ce sujet, un article fortement documenté qu'un professeur d'économie politique publiait il y a deux ou trois ans dans l'"At-lantic Monthly".A propos des placements que nous faisons dans les entreprises surcapitalisées, une question me vient à l'instant même à l'esprit.Supposons que nos services publics, an Canada, soient entre les mains de Bréziliens qui en fractionnent les actions périodiquement dans un but de pur agiotage; qu'au lieu d'une population de quarante millions, et que nos homines publics aient presque tons étudié les sciences économiques et sociales dans les plus grandes universités européennes.Croyez-vous que nous subirions longtemps s;ms regimber la tyrannie de L'agioteur étranger.' En moins de dix ans.l'entreprise serait au pied du mur.Et donc, compétence et probité de la direction, validité intrinsèque des entreprises, découverte possible de nouveaux procédés scientifiques, in-eiden.les droits de douane, mode de capitalisation, proportion des réserves par rapport à la capitalisation, mouvements de l'opinion publique: autant de facteurs à examiner soigneusement .Mais il y en a d'autres, et de plus fondamentaux encore.Je n'en signalerai qu'un.Depuis quelques mois, l'opinion se répand chez les économistes et des hommes très compétents inclinent à croire que la production d'or dans le inonde n'est plus proportionnée au volume toujours croissant des échanges commerciaux.Même en monnaie d'or, l'existence, aujourd'hui, coûte encore ti(i', de plus (pi'avant la guerre.Cela veut dire que pour les transactions indispensables, sans parier de toutes les transactions plus ou moins adventices, il faudrait aujourd'hui $1.66 d'or pour faire les mêmes opérations que vous faisiez avec un dollar avant la guerre.En définitive.— presque toutes les opérations commerciales dans le monde moderne, requèrent l'entremise des banques, et les règlements de compte s'effectuent surtout par voie de compensations, en or ou en papier, gagé suide l'or.Mais plus les instruments de crédit se multiplient et plus le mécanisme des compensations se perfectionne, plus le volume des transactions augmente, plus les balances l'or durant la guerre, les autres peuples, qui en manquaient, le faisaient venir des Etats-l'nis.Les Américains ont donc prêté à l'étranger et cela a diminué leurs réserves d'or.En même temps se produisait chez eux une fièvre de spéculation boursière comme le monde n'en avait jamais connue, et par suite de laquelle il leur fallait pour eux-mêmes Infiniment plus d'or qu'antre fois.Résultat : dans le inonde entier, l'or tend à renchérir.On voit aujourd'hui la Banque d'Angleterre, menacée d'un épuisement graduel de ses réserves, augmenter son taux à 6%% pour retenir les capitaux anglais qui autrement ¦'expatrieraient pour profiter des taux plus élevés qui régnent à la Bourse de New-York.Pour nutc nir leur activité boursière, les Américains devront payer l'argent — je veux dire l'or — encore plus cher, parce «pie Londres aura relevé son taux d'intérêt; et alors, l'état de chose que les spéculateurs envisageaient comme passager, la cherté de l'argent, se prolongera.Il y aura alors des désillusions parmi ceux qui se moquaient des vieilles lois économiques.A moins que le taux de l'argent — c'est-à-dire, en definitive, la valeur de l'or, — ne baisse dans le monde, il y aura presque partout un véritable effondrement de l'édifice boursier.Il y a quel qnes .jours, on annonçait qu'un groupe de gratines rîiu, allemandes venait d'émettre un emprunt intérieur en .allemands, à court terme, au taux effectif de a: 1,.Allemands .sont prêts à payer chez eux !•', , ils seraien, t.- ,„ aises d'avoir de l'argent à H',' aux Etats-l'nis.Et cela revient à dire que, si l'argent baisse aux Etats-l'nis.ce ne saurait être pour bien long temps.Encore une fois, il y a là une situation universelle, extrêmement dangereuse pour la Bourse.Parmi les spéculateurs, combien y en à-t-il qui poussent leurs investigations jusque làf.Souvent, ceux qui se donnent cette pei-ne.ce sont eux qui se trompent.Mais à la longue, ce sont eux qui auront raison.l'n mot maintenant de la spéculation "sur marge".Vous connaisse/ comme moi les risques inbe-îents à ce mode de spéculation.Comme banquiers, vous savez mieux que quiconque les dangers ipi'il présente pour votre clientele.11 y a aujourd'hui, à Montréal, un nombre incalculable de commerçants qui ont engagé bea.up plus d'argent à la Bourse qu'ils n'auraient dû.Même si leurs opérations sont susceptibles de bien tourner, ils auront toujours ce souci qui Isa empêche de conduire leur affaire d'une façon attentive et intelligente Comme moi vous en connaisses qui mettent de l'argent à :!', dans les affaires des autres, avec autant de chances de perte que de plus-value sur le capital, et qui négligent le L")*, qu'ils pourraient réaliser à coup sûr dans leur propre entreprise.Vous devriez, il me semble, leur démontrer que c'est la un mauvais calcul ; non les détourner tout à fait du placement spéculatif, mais exiger qu'ils ne le pratiquent BUS dans la mesure de leurs moyens, et surtout, leur faire comprendre que la plupart du temps, lorsqu'ils achètent à la Bourse un titre industriel ou commercial, ils spéculent sur l'avenir d'une affaire qu'ils connaissent infiniment moms bien que la leur propre.(•11 pourrait, sur un pareil sujet, s étendre bien davantage.L'horloge me limite.Je vous remercie de votre attention.Si j'ai commis des hérésies, vous voudrez bien me les pardonne! en considération des quelques vérités que j'ai pu \01is dire.Nos coeurs PAK la Foi qui les ensoleilla Aux heures claires des matins, Par les espoirs que l'aube a teints, Fraîches corolles de satins S'épanouissant en corbeille.Par la joie ardente et vermeille Qui les transforment en édens — Y butine comme une abeille.Ah! tous nos coeurs sont des jardins! Riches de désirs que soulève Le souffle des quatre saisons.Sous l'humble toit de nos maisons Eternisant l'extase brève, Ouvrant la porte des prisons Sur l'infini tendre du Rêve, Et sachant recréer sans trêve Les bonheurs dont nous nous grisons : Nos coeurs sont de grands horizons! Pour l'Espérance ensevelie; Pour les amours, pour les orgueils Qui se sont fanés sur nos seuils; Pour la muse hélas! asservie, Pour la foi même qui dévie.Pour tous les départs, tous les deuils.Pour tout es qui donne la vie Au long de la route suivie, Ah! tous nos coeurs sont des cercueils! HELENE SEGUIN. 12 Mvn Magazine, Février, 1930.Conte de Carnaval J.Romain Le Monnier J^a Brioche du Grand Pierre piERRE Plessis, le valet de Maître Grandin, des 1 Vaux d'Argillet, sentait une tristesse l'envahir aux approches des jours gras.Il est de tradition en Basse-Normandie, que les fermiers, pour sceller le marché de renouvellement des services de leurs valets, donnent à ceux-ci la liberté de la journée du mardi-gras, en y joignant une gratification et une brioche en couronne du poids de plusieurs livres.Et le garçon, ainsi nanti, s'en va passer la journée chez ses parents ou sa promise.Le Grand Pierre ne savait ce qu'il ferait de son copieux dessert.Hélas! sa vieille mère, la fileuse, n'était plus là pour l'accueillir et le gâter.Ses soeurs étaient mariées au loin, il restait seul, sans un foyer ami.C'était un solide gaillard, aux larges épaules, au visage rond, encadré de favoris à l'ancienne mode, il approchait de la quarantaine, mais des fibrilles de sang rose rafraîchissaient ses pommettes, ce qui, joint à des yeux bleus très doux, lui donnait un air juvénile.Jeune, il l'était resté de caractère et de coeur, partageant sa vie entre les Vaux d'Argillet aux jours de travail, et la chaumière de sa vieille maman aux heures de liberté.Il avait ainsi double foyer: la ferme, aux besognes aimées, pour y déployer ses énergies, la maison maternelle pour y porter ses confidences et satisfaire ses besoins d'affection et de dévouement.Heureux de sa condition, il n'avait point songé à se marier, comme tant de camarades de son âge l'avaient fait depuis longtemps.Cependant, parmi les jeunes filles, plus d'une eut été heureuse d'être choisie par ce brave garçon.S'il en avait remarqué quelqu'une, il avait gardé son secret, par réserve ou timidité, en chassant la pensée de s'établir comme un manquement au culte filial.Sa mère disparue, il ne lui restait d'autre asile que la maison de ses maîtres.Malgré la sympathie réciproque qui régnait aux Vaux d'Argillet, le grand Pierre s'apercevait qu'il n'était qu'un étranger pour le maître et la maîtresse Grandin, et qu'à certains jours, à certaines heures ceux-ci le trouvaient gênant ou indiscret.Si, la veille du mardi gras, le maître Grandin lui avait remis vingt francs, en lui disant que "la brioche" serait toute préparée chez Guillaume, le boulanger, c'est qu'il souhaitait que son valet s'éloignât de la ferme pour tout le jour.Comment, chez qui passer cette journée?.Il ne restait au solitaire qu'à s'en aller chez Fripette, à Moque-Souris, chez cet aubergiste qui loge des bûcherons et tient rendez-vous de chasse, à l'orée du Bois-Herleux.Il y trouverait bruyante compagnie, menu copieux et boissons variées.pour son argent.* # * # Pierre Plessis a quitté le boulanger vers onze heures.Par les chemins de traverse et les sentiers, qui coupent les vergers, il chemine, sa brioche sous le bras.Il a gravi le plateau de Frédebise, et voici qu'il descend vers le Gué-Rochoux.Midi est sonné depuis quelque temps aux clochers d'alentour.Que font donc ces petits à la barrière de l'herbage et qui saluent d'un bonjour amical ce grand passant dont le visage leur a plû?—Vous n'êtes pas encore à dîner, mes blondins?—Pas de sitôt, répond l'aîné qui parait avoir cinq ans, maman travaille aux écuries et aux éta-bles.—Votre valet n'a donc pas fait les pansages?—Depuis dimanche, il ne fait que rentrer coucher, il nous quitte chaque jour, dès le matin.Justine aussi est en congé, maman a tout à faire.mais je serai bientôt grand et je soignerai les chevaux.—Elle pleure, maman, dit le petit, et moi, j'ai grand faim.—Tais toi donc, Lucien, il faut bien que l'ouvrage se fasse d'abord.Le petit bonhomme est resté en contemplation devant le grand Pierre qui lui sourit: —Tu as une grosse brioche, toi, vas-tu la manger tout seul ?—Non pas, répond vivement le grand Pierre, amusé et attendri, je ne suis pas si gourmand et si tu veux partager avec moi.—Merci, ça ne se fait pas, dit l'aîné, dont les yeux ne quittent cependant pas la croûte dorée.—Mais c'est très possible, entre amis, reprend Pierre en atteignant son couteau.Pendant que les enfants suivent ses gestes avec une attention gourmande, la lame fait craquer la croûte dorée, détache de larges segments de pâte moelleuse.—Pour toi, d'abord, petit Lucien.—Merci!.oh!.c'est bon.—Moi.je suis Henri, dit l'aîné en tendant la main pour recevoir sa part.Comme le grand Pierre va refermer son couteau et remettre la couronne sous son bras, Lucien dit, sur un ton de reproche: —Et toi?tu n'en manges pas?—Nous aurions l'air de gourmands si nous étions seuls à goûter, explique l'aîné.Décidé, Pierre Plessis se taille un morceau de gâteau.—C'est chez nous que tu viens?.demande Lucien.—Non, je vais plus loin.—C'est dommage, fait Henri, maman aurait eu aussi de la brioche et elle t'aurait offert un coup de cidre.—Je ne peux pas aujourd'hui.J'entrerai une autre fois.Parce que vous êtes bien gentils, que vous aimez bien votre maman, vous allez recevoir encore une part de gâteau, une grosse, pour lui faire goûter, ou pour qu'elle vous le partage ce soir.Ce disant, Pierre mit dans les bras du petit Lucien le restanf de la couronne et voulut s'éloigner.Mais les petits, lui barraient le chemin, souriants, et offrant leur front pur.Le valet de maître Grandin écarta les boucles blondes et les embrassa tour à tour.Alors, bondissant, les deux garçonnets s'échappèrent en courant dans la direction de la ferme.# # * * La réunion est nombreuse et bruyante, chez Fripette, à Moque-Souris: des bûcherons et des sabotiers du Bois Herleux, un marchand de peaux de lapins, quelques gars des alentours.Pierre ne fréquente guère ce genre de monde, il s'assied un peu à l'écart.Le cabaretier l'accueille avec empressement, et veille à ce que ce client soit servi vite et bien.Les conversations, un instant interrompues, reprennent leur cours.Un gros garçon rougeaud, à face bestiale, au regard faux, fait tout haut ses confidences aux sabotiers; c'est Milet, le valet du Gué-Rocheux.Un de ses auditeurs lève son verre et porte un toast: —A tes amours, Milet.—Mes amours, ricane celui-ci, je ne pense pas qu'elles aillent bien fort., ce qui n'empêchera pas que la noce aura lieu bientôt, je compte.—Avec qui ?—Avec la "patronne" donc?.Ce n'est pas son rêve ,bien sûr, et je crois qu'elle préférerait me congédier.Mais j'ai manoeuvré bien, elle ne trouvera personne qui consente à travailler chez elle.Alors, je menace de m'en aller, et, pour lui donner un avant goût de ce que serait la solitude, je lui laisse tout, absolument tout à faire, depuis dimanche.—Canaille!.disent les sabotiers avec un gros rire.—Ce matin, avant de venir ici, je lui ai mis le marché en mains: "Si vous voulez me garder, épousez-moi, que je lui ai dit, je ferai marcher l'ouvrage et nous gagnerons de l'argent".—Qu'a-t-elle répondu?—Je crois qu'elle avait envie de me gifler, mais je lui fais peur.Elle s'est contentée de pleurer.Comme il ne faut pas trop brusquer, j'ai ajouté: "Réfléchissez, vous me donnerez la réponse ce soir".Et je l'ai laissée.Elle cédera, à cause de ses enfants.Seule, elle aurait liquidée, à la mort de son mari, mais elle consentira tous les sacrifices pour conserver la situation pour ses moutards.L'auditoire applaudit.Pendant que bûcherons et sabotiers complimentaient le cynique valet, un cliquetis de couteau sur un verre appela l'aubergiste: —Payez-vous! disait le grand Pierre en jetant ses vingt francs sur la table.—Vous partez?., mais il y a encore un plat et le dessert, prenez au moins du café.—Non, l'heure me presse.Ecoeuré par les propos qu'il venait d'entendre, Pierre Plessis avait hâte de s'éloigner.Comment?cet odieux Milet, ce grossier buveur, prétendait contraindre la maîtresse du Gué-Rocheux à devenir sa femme! Ce brutal deviendrait le beau père, c'est-à-dire le tyran et le bourreau des mignons garçonnets rencontrés tout à l'heure?Pauvre Lucie Guimond! Si gentille et si "causante" autrefois.Elle aimait venir bavarder chez la fileuse, la maman Plessis, qui ne cessait de faire son éloge.Elle avait refusé plusieurs partis, et ne s'était mariée que sur le tard à ce Leperlier du Gué-Rocheux qui devait la laisser veuve après six ans de mariage, blessé mortellement par la ruade d'une pouliche.Vraiment, Lucie avait eu assez de malheurs.Elle était sans conseil, sans appui.La nécessité, l'impérieuse nécessité de ce procurer de la main d'oeuvre à tout prix, ne la ferait-elle point céder à cet abominable chantage, consentir à ce monstrueux marché que le grossier Milet prétendait lui imposer ?Mais comment la sauver?.—Tant pis si le maître Grandin a du monde et si je le dérange, se dit enfin Pierre Plessis, je vais retourner aux Vaux-d'Argillet, lui exposer la situation et prendre son avis.C'est un homme de bon conseil, une autorité, il saura dire ce qu'il convient de faire et comment intervenir.Le chemin le plus court pour aller de Moque Souris aux Vaux-d'Argillet, c'est de repasser par le Gué-Rocheux.Les garçonnets sont encore dans l'herbage que traverse le sentier.—Maman! Maman! s'écrient-ils, revoilà celui qui nous a donné du gâteau.Une femme s'avance, un sourire fugitif de bon accueil éclaire son visage: —Pierre, dit-elle en reconnaissant le passant, j'avais deviné que c'était vous qui aviez gâté mes petits.—Ils sont si mignons.ils vous ressemblent, dit le grand valet.—C'est Pierre que tu t'appelles?intervient le petit Lucien.—Oui, mon petit ami.—Hé bien! Pierre, on a gardé le gros morceau de ta brioche pour se régaler après souper, tu vas rester avec nous.—Si vous n'êtes attendu chez personne, dit la mère, demeurez ici ce soir.Triste maison, triste souper, ajouta-t-elle en soupirant.—Qui m'attendrait?répond le grand gars, également mélancolique.—Oui, mon pauvre ami, vous êtes aussi bien seul.Nous parlerons un peu du passé, pour oublier le cruel présent.Pierre allait accepter, le dernier mot lui rappela la mission qu'il s'était imposée.—Je vous remercie, Lucie, dit-il, une affaire pressante me rappelle auprès de mon patron.je reviendrai.bientôt peut-être.En attendant, prenez courage, vous n'êtes pas sans amis.Il s'éloigna brusquement, laissant la jeune veuve étonnée de ce départ soudain, comme des paroles enigmatiques de son ancien voisin.* * * * Neuf heures du soir.Le long du sentier qui ramène au Gué-Rocheux, Milet siffle un air vainqueur.Il a bu, pour tenir tète aux compagnons, mais il s'est gardé de dépasser la mesure, car il tient à conserver son esprit lucide pour le dernier combat qu'il doit livrer, pour vaincre, en arrachant à sa patronne un consentement qu'elle ne pourra refuser.Pour avoir un témoin de l'engagement que prendra la veuve, il s'est fait accompagner de l'un des sabotiers.Une clarté filtre par les fentes des volets.—Ca y est! dit le gros gars à son compagnon, elle a réfléchi, elle cède, elle m'attend.elle a bien fait, car.Le geste de menace se perd dans la nuit.—Si elle avait eu l'intention de me repousser, poursuit Milet, elle se serait couchée, et aurait condamné sa porte.—On entend des voix, il y a du monde?—Ce ne sont que les gosr^«.Entrons.Le valet, sans frapper, tourne le bouton de la porte, pousse le ventail et s'avance, souriant et vainqueur.Soudain, il s'arrête.(Su'te à la page 28) Mon Magazine, Février, 1930 13 En marge de la bagarre J.Auguste Galibois Les souvenirs de ^oJickham Steed J^ES premières années du 20ième siècle virent se dérouler une suite d'événements peu communs; il semblait que l'atmosphère européenne dut chaque jour se transformer.C'est peut être à Vienne que le phénomène pourrait paraître le plus syniptomatique pour un observateur attentif: dans la capitale autrichienne se croisaient les fils les plus ténus de toute la diplomatie : Russes et Allemands y déployaient continuellement leurs intrigues : la question balkanique hypnotisait de plus en plus les états voisins: le; successeurs de Bismark ne pensaient plus que le problème oriental ne valait pas ''les os d'un grenadier poméranien".Le meurtre du dernier des Obenavitch modifiait toute la politique autrichienne; à la lente penetration préconisée par le prudent Galuehowski, faisait place une politique beaucoup plus audacieuse dirigée par Aeren-thal et soutenue par les gouvernements hongrois, notamment par le Pointe Tisza.L'avènement d'Edouard VII avait d'autre part, modifié les rapports anglo-allemands; le rapprochement tenté naguère par Guillaume II, au temps de la "vénérable grand'tnire" apparaissait de plus en plus difficile, bien que certains libéraux s'y attachassent encore; l'entente conclue par Del-casse avec Lord Lansdowne faisait du moins disparaître tout danger de conflit entre la France et la Grande-Bretagne, si longtemps rivales.Guillaume II, dépité, se retournait vers la Russie et reprenait la politique de contre-assurance chère à Bismark : la défaite des Russes dans les mers de Chine, les premières journées révolutionnaires de 190.") diminuaient, aux yeux des Autrichiens et des Allemands le danger russe, et incitaient les cours de Berlin et de Vienne à agir avec plus d'énergie, la première vis-à-vis de la France, dans les affaires marocaines, la seconde vis-à-vis des Etats chrétiens des Balkans.L'Autriche que Steed définit curieusement : "une maison slave avec façade allemande", s'inquiétait de voir le mouvement macédonien l'étendre et répandre dans la péninsule une traînée révolutionnaire.François-Joseph "une institution dysnastique sous une forme humaine" maintenait par le seul prestige d'un règne d'un demi-siècle sea sujets dans l'obéissance; mais il s'inquiétait de l'avenir.Sec et égoïste, il se méfiait de tous, des souverains ses alliés, comme des princes de s;i maison.Il n'aimait pas son héritier François Ferdinand.Celui-ci, nerveux, malade, quasi-fou.affirme-t-on.durant ses derniers mois, échafaudait une politique basée non seulement sur l'intérêt dynastique, mais encore sur son intérêt personnel.On sait qu'en épousant la Comtesse Chotek, il avait solennellement renoncé pour ses enfants à venir au trône impérial.Toute son ambition était de faire revenir l'empereur François sur cette renonciation; n'y pouvant parvenir, on affirme qu'il avait, en avril 1914, à Konopischt, échafaudé avec Guillaume II une réorganisation de l'Autriche et de la péninsule balkanique tendant à la création de trois grands états distincts, l'un d'eux polono-roumain.l'autre tehèque-serbo-hongrois, le troisième uniquement autrichien, rattachés par un lien fédéral à l'empire allemand, et permettant par cette division tripartite de réserver un trône (celui d'Autriche) à l'archiduc Charles, les deux autres lui revenant à lui et à ses enfants.Wickham Steed assistait avec inquiétude à cette crise mégalomane de l'Autriche; crise qui ne pouvait aboutir qu'au conflit.L'Angleterre était aussi impuissante que la France à arrêter d'Aerenthal dans une politique où il se savait soutenu par Guillaume II.Le journaliste anglais notait des mots d'inquiétude jusqu'à Bu- earest ; c'était le roi Charles de Roumanie qui en août 1911 lui conseillait de mener une campagne tendant à la constitution d'une armée per-manente en Angleterre.Le conflit que Cuillau-me II n'osait déchaîner à propos de l'affaire d'Agadir était désormais fatal.La Russie le crut imminent en 1919 quand la victoire de la Serbie enlevait tout à coup l'espoir de la marche sur Saloniquc depuis longtemps caressé par Vienne.En vain les financiers viennois suppliaient-ils notre ambassadeur de laisser émettre un emprunt autrichien sur la plaM de Paris, l'n journaliste français André' Chévadame, en dévoilant la projet le rendait irréalisable.En vain l'Autriche demandait-elle à son alliée italienne d'agir de concert dans les Balkans; on s'inquiétait à Rome autant qu'à Bucarest des impatiences de la Ballplatz avec laquelle, de part et d'autre, on était lié.Il n'y avait pas longtemps que Steed était rentre à Londres et y avait pris la direction du bureau cl langer du Times, quand éclata la catastrophe qu'il avait prédite dès la mort d'Edouard VII; "à cette date, dit-il, l'Europe perdit son chef.L'empereur allemand ne se fut pas lancé dans l'aventure politique qui provoqua la crise d'Agadir, si notre Souverain eut été e.re vivant.A plus forte raison aurait-il renoncé à la lutte en 1914, s'il avait senti le Gouvernement d'Asquith inspiré par la forte volonté d'Edouard VII." Au contraire, au 30 juillet 1914, Guillaume II ne se trompait pas en croyant l'Angleterre hésitante.Steed montre la foule indifférente, s'intéressant plus au match de football qu'aux annonces de- mobilisations qui se succèdent.NOUS DEUX Le retardataire .Monsieur est contrarié! C'est gai! Ton faux col?.Là.sur la coiffeuse.Ah ! certes oui, je suis furieuse D'avoir un mari A l'air aussi marri Quand il s'agit de s'habiller! Vous, les hommes, vous prétendez Que c'est toujours nous qui vous faisons [attendre ! ( th là ! là ! ce qu'il faut entendre !.En cinq minutes, montre en main La femme "dans le train'' Est, à notre époque, parée.Poudrée, chapeautée, Mais un homme, ça n'en finit pas: 11 lui faut, pour être présentable, J)es machines invraisemblables: Fixe-chaussettes, Manchettes ît doubles boutons \ passer, malgré l'amidon, ans de minuscules boutonnières.t ça.c'est toute une affaire! ourquoi ne simplifiez-vous pas, essienrs.vos habits de gala?Oui, c'est toi le retardataire! ( >h.ne te mets pas en colère!.Allons, Vieux "ronchon", Voilà ta cravate blanche.Tes bretelles?Elles pendent sur tes hanches! Tes escarpins Sont sur h.ussin.Dix heures! Ah! vrai, c'est trop vexant, j'en pleure.Carmen a chanté son grand air.De quoi aurons-nous l'air, Si nous arrivons pour le dernier acte?Est ce bien la peine qu'on parte?Tu te rases maintenant?Abus il y en a pour un moment! Bien sûr, je suis très fâchée ! C'est pour moi, cette bague en cet écrin nichée?< >h ! mon chéri.Que c'est gentil ! Tu me fais là une surprise Exquise ! Viens m'embrasser !.Doucement!.Ne sois pas si pressé!.Ciel ! onze heures au coucou de ta mère ! Dites donc, monsieur le retardataire, Il est maintenant l'heure de rentrer.Allons nous coucher ! ELBE. 11 Mon Magazine, Février, 19.10.Salons français Mme Tassé Madame de La Sablià 1636 —1693 MARGUERITE Hessein avait épousé le fils d'un riche financier, Antoine Rambouillet de la Sablière.Courait l'appelait "le grand madrigalier français", ("était un homme d'esprit mais libertin.Il persécuta sa femme, la dépouilla de .-es biens et la priva de ses trois enfants.Les deux époux se séparèrent bientôt et Mme de la Sablière alla demeurer rue Neuve-des-IVtits-t'hamps.Elle chercha dans les divertissements de l'esprit l'oubli de ses déboires conjugaux.Ce fut là ROMAN Par Louis EN A ULT Le Chien du Capitaine i OU est donc Zéro ?demanda Jean Pigault à sa femme, lorsqu'il eut fini de manger sa soupe; je suis si accoutumé à le voir ici quand nous dînons, que son absence me fait un vide.—Je l'ai enfermé, répondit, un peu sèchement peut-être, celle à qui cette question était adressée, et qui n'était autre que Mme Pigault elle-même, en son nom de fille Mlle Lise Lehalleux, née d'un père cultivateur dans les environs de la jolie petite ville d'Hor.fleur, et mariée depuis environ six mois à un ancien capitaine au long-cours, Jean Pigault, qui jouissait d'une honnête aisance, honorablement gagnée par son travail sur terre et sur mer.—Eh! pourquoi l'as-tu enfermé?continua le mari.— Parce que je le trouve insupportable pendant les repas! c'est bien assez de l'avoir dans les jambes le reste de la journée.Arrangez-vous tous deux pour nous donner au moins cette heure de tranqui-lité." Mme Pigault parlait encore, quand Victoire, campagnarde haute en couleur et bien embouchée, bonne à tout faire du petit ménage, entra dans la salle à manger, à seule fin de remplacer le potage par unj matelote normande.Au moment où elle ouvrit la porte, et il fallait (,u'elle fût assez grande pour livrer passage à son importante personne, un chien de taille moyenne, mais singulièrement vigoureux, se précipita dans la salle comme un ouragan, lit trois lois le tour de la pièce en courant comme un fou, érailla de ses grif-les d'acier la couche de cire rouge soigneusement étendue sur des carreaux de pierre dure, frottés et reluisants, renversa une chaise, mit la patte dans un:- assiette oubliée par terre, et attira sur sa tête les imprécations et les colères d'un énorme perroquet rouge, jaune et vert, gravement perché sur le bord de sa mangeoir.Les yeux de Mme Pigault eurent un éclair bleu qui les fit briller comme deux pointes d'acier.Zéro rencontra sans doute ce regard, car il s'arrêta au milieu de ses gambades, calmé comme par enchantement, et alla s'abriter derrière la chaise de son maître, craintif, rasé contre terre, se faisant petit, tremblant qu'on ne le renvoyât à son chenil.—Tu ne me débarrasseras donc jamais de ce sot animal?demanda Lise à son mari, de sa voix de tête la plus provocante.—Il m'aime tant! répondit Jean Pignault avec beaucoup de douceur, que je te serai vraiment obligé de bien vouloir me le laisser.—Il n' a pas affaire à un ingrat! répliqua l'irascible créature et s'il te fallait choisir entre lui et moi, je sais bien lequel de nous deux tu sacrifierais! —Il ne m'en a jamais tant dit contre toi, fit Jean Pigault, avec une naïveté qui n'était peut-être pas exempte d'un peu de malice.Mais, je sais bien que tu ne te crois pas toi-même.Tu me connais; tu sais que j'ai une profonde affection pour toi.trop grande peut-être, et tu abuses de ma faiblesse.—En attendant, dit Mme Pigault, voilà cette horrible bête installée dans la salle à manger; c'est, je le sais, ce que vous vouliez tous deux.Jean Pigault se leva, et, sans répondre à sa femme, il appela Zéro à voix basse.Le chien comprit que.cette fois, toute résistance était inutile: il se leva et quitta sa place.— sa b-mne place derrière son maître, où il était si bien, — et il le suivit.—Viens, mon pauvre vieux, dit Jean Pigault, en le flattant de la main et de la voix, quand ils furent sortis tous deux de la salle à manger; tu sais bien que nous ne faisons plus ici ce que nous voulons! Ce n'est pas comme autrefois, quand j'étais garçon ! Il enferma le chien dans une sorte de buanderie, attenant à la maison, et dont il était certain que personne n'irait ouvrir la porte pendant le dîner ; puis il rentra dans la salle, la tête basse, visiblement attristé, et sans rien dire, il alla reprendre sa place.Cependant la figure de Lise n'avait point l'aspect irrité que son mari avait paiu craindre ; elle semblait, au contraire, adoucie par son triomphe, ce qui ne prouvait point une mauvaise nature.Mme Pigault, en ennemie généreuse, avait désarmé après la victoire.Il ne fut pas malaisé de s'apercevoir que le mari fut heureux de ces dispositions nouvelles et plus clémentes.Il se dit sans doute qu'après tout, il serait bien insensé de laisser un chien troubler la paix de son ménage, et il regarda sa femme avec du* yeux qui ne demandaient qu'à signer un traité de paix.Mme Pigault était vive, mais elle n'était pas méchante ; tille d'honnête gens, honnête elle-même, elle aimait son mari : c'est le grand point, sans doute ; mais si elle l'aimait beaucoup, elle ne l'aimait pas toujours bien.Il y avait, en effet, dans son ef-lection, un peu de légèreté, assez de caprice, et beaucoup de tyrannie.Bonne au fond, et avec des qualités plus solides qu'on n'eût peut-être été tenté de le croire au premier abord : telle qu'elle était, son mari l'adorait.Jean Pigault formait avec Lise Lehalleux le contraste le plus frappant : c'est peut-être pour cela qu'ils s'étaient plu.Jean était le type du loup de mer : large d'épaules et de poitrine, le front bronzé par tous les soleils, l'oeil bien ouvert, glauque comme les vagues qu'il avait si souvent regardées, les pommettes saillantes, la bouche large, mais avec une expression de franchise qui, tout de suite, vous prenait le coeur ; la parole sonore et le rire éclatant, sur terre, il écartait un peu les jambes en marchant, comme lorsqu'il voulait prendre ses aplombs sur le pont tremblant de son navire ; mais il pouvait porter un sac de blé de sa cave à son grenier sans que ses reins fléchissent.Pas un fil d'argent dans sa chevelure épaisse et rude comme la crinière d'un lion ; pas un poil grisonnant dans sa barbe taillée en éventail, à l'américaine.Il avait navigué assez heureusement, et.à quarante-cinq ans, il s'était retiré des affaires avec assez de bien pour vivre tranquille.Il rencontra Lise, la tiouva de son gout à première vue, la demanda le Itndemain, et, un mois après, vent arrière, toutes voiles dehors, il se lançait, le cap vers l'inconnu, sur cet océan de la vie conjugale, qui ne cache peut-être moins d'écueils que l'autre.Ce fut, à tout prendre, un ménage heureux.Zéro, le chien du capitaine, avait été jusque-là le sml point noir visible à leur horizon : mais ne suf-lit-il pas d'un grain pour contenir une tempête ?— c'est au moins ce qu'assurent les marins.Lise prétendait que Zéro lui faisait du tort dans l'affection de son mari.A force de le répéter, elle avait fini par le croire et par prendre en grippe ce malheureux chien, qui n'en pouvait mais, qui n'avait à se reprocher aucun tort envers elle, et qui, ne se sentant point aimé, — les bêtes ne se trompent jamais comme les hommes à ces choses-là, — avait sagement pris le parti de ne plus s'occuper de sa maîtresse.Il n'en était pas arrivé là du premier coup.Tout au contraire, dans les premiers temps, il avait essayé de la désarmer par ses regards soumis, et par mille marques de déférence et de respect.Il lui avait prodigué les attentions et les é-gards, à son arrivée dans la maison, où il était pourtant installé avant elle.Mais il avait bientôt compris qu'il ne parviendrait jamais à conquérir les bonnes grâces de cette personne difficile, et comme il avait sa dignité de chien, il se retira sous sa tente, je veux dire dans sa niche, et prit le parti de ne pas plus tenir compte du dédain de Madame que si elle n'avait jamais existé ; de fait, elle n'exista plus pour lui.Cette mésintelligence entre deux créatures qui lui étaient chères, bien qu'à des titres différents, n'avait pu échapper à Jean Pigault.Le brave capitaine en avait éprouvé une contrariété vive, car il aurait voulu voir la bonne harmonie régner toujours entre ceux qui vivaient auprès de lui, principalement entre sa femme et son chien.Ce n'était pas du côté du chien qu'était venue la résistance ; Pigault le savait bien, et comme c'était une excellente nature, il avait essayé de réparer les torts de Lise en aimant Zéro davantage.Cette visible recrudescence de tendresse, qui partait d'un bon coeur, mais qu'il eût fallu cacher, n'était pas faite pour ramener Lise à des sentiments meilleurs.Contre toute vraisemblance, et contre toute raison, elle prétendait que la part d'affection que l'on donnait au pauvre animal était prise sur la sienne, et son antipathie contre lui s'en accrut encore.Zéro, cause involontaire de cette regrettable mésintelligence, ne semblait point au premier abord mériter la faveur de l'un des époux, ni justifier la crainte de l'autre.Comme beaucoup d'hommes de notre connaissance, il manquait absolument de prestige.La nature lui avait refusé les qualités extérieures.Il n'avait pas de brillant.Il avait reçu en partage un grand coeur.mais ce coeur était mal loge.il n'avait même pas le type bien carac- térisé d'une race : un peu long, bas sur jambes, la tète énorme, avec une moustache hérissée, et une sorte de toupet qui lui retombait sur les yeux, il avait du moins une physionomie originale, qui l'empêchait do ressembler à personne.Son poil n'était pas moins mêlé que son sang.Il était poivre et sel, comme la barbe d'un homme de cinquante cinq ans ; tantôt lisse et tantôt frisé, ras sur les reins et les cuisses, avec une sorte de palatine plantée dans le cou et retombant sur les épaules, qui lui donnait je ne sais quel aspect léonin.Tout cela formait un ensemble probablement étrange, mais qui n'avait rien de flatteur.Il ne serait venu à personne l'idée qu'un pareil chien pût être le compagnon préféré d'une jolie femme, et l'on comprenait bien qu'il eût déplu à Mme Pigault.Et pourtant, si on l'avait bien connu ! Jamais chez aucun être les défauts visibles n'avaient été rachetés par un tel ensemble des qualités internes, les plus précieuses et les plus rares.L'intelligi nce pétillait dans ses yeux pleins de malice et de ruse ; il avait de l'esprit à en revendre à dix chiens ; quant à son coeur.M.de Buffon, en manchettes de dentelle, en aurait fait l'éloge en pleine académie.L'affection qu'il portait à son maître avait tous les caractères d'un attachement passionné.Le capitaine P'gault ne l'avait ni acheté, ni reçu, ni élevé, n trouvé.La façon dont il était tombé entre ses main; avait, au contraire, un certain côté romanesque.Quelque temps avant son mariage, auquel, du reste, il ne pensait pas encore, le capitaine se promenai, un soir sur la jetée de Honlleur, pour surveiller de loin l'entrée et la sortie des navires.Ces passe-temps sont chers aux marins retirés, à qui la terre ferme donne la nostalgie de la mer, quittée toujours trop tôt.Son attention fut attirée tout à coup par les cris et les rires bruyants d'une douzaine de polissons, qui jetaient des pierres dans le fleuve, et qui poussaient des exclamations joyeuses quand leurs coups avaient porté.Pignault savait que cet âge est sans pitié, comme a dit le poète: il soupçonna quelque forfait et s'approcha de la berge pour voir quelle était la victime de ces jeux cruels.Bientôt, à quelque distance de la rive, il aperçut un pauvre chien, luttant avec peine contre le courant, très fort en cet endroit.Il aurait, cependant, fini par aborder, car il nageait bien et vigoureusement ; mais, chaque fois qu'il était sur le point de prendre terre, il se voyait impitoyablement repoussé par les cris, les menaces et les coups de ses féroces ennemis.Il était évident que ces jeunes drôles voulaient se donner le barbare plaisir d'assister à la noyade de la pauvre bête.Us ne paraissaient pas devoir attendre cette joie bien longtemps, car l'animal vaincu par la fatigue, découragé peut-être par les indignes procédés auxquels il était en butte, s'épuisait en stériles effort*, et le moment n'était pas loin où il allait succomber.Une généreuse colère et une douce compassion remplirent l'âme du capitaine.—Tas de gamins ! s'écria-t-il, si voua ne tournez immédiatement les talons, je vous jette à l'eau, à la place de ce malheureux chien, dont vous ne valez pas les quatre fers ! Un geste énergique étant venu appuyer cette parole, la troupe barbare se dispersa, sans demander son reste, comme une bande de moineaux effarouchés.Le chien vit bien qu'on lui faisait le champ libre, et il comprit que ce nouveau venu était pour lui un sauveur.Ce secours moral lui rendit des forces : il nagea avec une ardeur nouvelle, et, malgré le courant, il réussit à gagner le bord.Ce fut à ce moment qu'il donna au capitaine la première preuve d'intelligence dont celui-ci devait être si souvent frappé par la suite.Il avait sans doute entendu dire dans le monde que rien n'était plus désagréable que le voisinage d'un chien mouillé qui se secoue.Aussi, au lieu d'aller tout de suite offrir ses remerciements à son sauveur, il conmmen-ça par aller faire à quelque distance un bout de toilette, dont il avait grand besoin ! Ce fut seulement alors que, timidement, comme quelqu'un qui a eu des malheurs, et que sa mauvaise fortune condamne à se défier des autres, et plus encore de lui-même, il revint à pas lents vers le marin.Comme s'il n'eût pas osé davantage, il s'arrêta discrètement à quelques pas du capitaine, battant la terre de sa queue longue et fournie, et fixant sur lui un regard vif et brillant, qui exprimait tous ses ic, Mon Magazine, Février tS3Ô.sentiments avec plus d'éloquence que n'auraient pu e faire les discours les plus pompeux écrits en style fleuri.J Pigault comprit ce muet langage, et il en fut aussi touche que des demontrations les plus bruyantes —peut-être même davantage.Aussi, d'une voix caressante, et avec cette bonne physionomie, à l'expression de laquelle un chien ne se trompe jamais, faisant de la main un appel sur sa cuisse : —Allons ! viens ici, mon pauvre vieux, lui dit-il, que nous fassions un peu connaissance, toi et moi ! Le chien comprit, car il se rapprocha encore ; mais pas à pas, peu à peu, avec une crainte visible', et il s'arrêta de nouveau à quelque distance, regardant toujours l'homme avec ses grands yeux fixes, qui demandaient grâce et pitié.—Quo le pauvre diable a du souffrir pour montrer tant de peur à quelqu'un qui ne lui veut pas de mal ! se dit le brave Jean Pigault, dont l'âme était vraiment compatissante et bonne.A-t-il le flanc creux ! Je crois qu'il y a longtemps qu'il a mangé.Allons ! viens, bonhomme ! ajouta-t-il avec son large rire, je veux faire un heureux aujourd'hui.Je vais t'ottrir à souper !.as-tu déjeuné seulement ?Le capitaine était homme d'action, et ne payait de mots ni les autres ni lui-même.Il alla droit au chun, et, bien qu'il fût encore ruisselant d'eau et souillé de vase, il le caressa doucement, en lui adressant de bonnes paroles que celui-ci paraissait comprendre.—Tu n'es pas beau! lui disait-il; mais tu n'as pas l'air méchant non plus! Il y aura peut-être moyen de nous entendre, toi et moi.tu rempleceras mon pauvre Black, dont la niche est encore vide.Allons ! viens maintenant ! il est sept heures : nous trouverons la nappe mise, et la soupe sur la table.Mais Jeanneton ne veut pas qu'on la fasse attendre, je t'en préviens ! Le chien resta quelques instants immobile à la même place, comme s'il eût réfléchi et délibéré en lui-même.Mais bientôt, jugeant sans doute sa dette suffisamment payée, il parut prendre un grand parti, fit demi-tour à gauche, et retournant vers la Derge il fixa obtinément ses yeux vers le large, du côte de l'Ouest, où l'on voyait disparaître, et, pour ainsi parler, s'évanouir la silhouette pâlissante d'un navire de tort tonnage, qui, ses toiles dehors, cinglait vers la haute mer.¦—Ingrat ! murmura Jean Pigault ! je voulais ton bonheur.mais si tu crois que je vais le faire de force.non, par exemple ! tu n'es pas assez beau pour que je te loge, te nourrisse, te blanchisse, —tu en as bien besoin, — et t'entretienne maigre toi !.Bonsoir la compagnie ! Et se mettant à chantonner, d'une jolie voix de baryton, juste et bien timbrée, une romance jadis chère aux marins de toutes nos côtes : .Adieu, mon beau navire, Aux grands mâts pavoises.Je te quitte, et puis dire : Mes beaux jours sont passés ! le capitaine enfonça ses deux mains jusqu'aux courtes aans les poches profondes d'un pantalon de gros drap bleu, laige comme les braies des Gaulois nos pères, tourna les talons, haussa les épaules, et reprit le chemin de sa maison.II Bonsoir, capitaine ! Vous causiez donc avec Zéro ; qu'est-ce que vous pouviez bien lui dire ?il ne parle que hollandais! demanda à Jean Pigault le vieux quartier-maître Michel Yver, chargé de l'entretien uu petit phare qui guide les pilotes, à l'entrée d'un port toujours difficile.—Ah ! dit le capitaine, le particulier s'appelle Z;.'ro ?Je suis bien aise de le savoir, et je trouve que c'est tout juste ce qu'il vaut.Je ne lui fais pas complmunt de sa politesse ! Je le tire des mains aune binde de vauuens qui allaient le noyen je 1 mvite a souper, et il ne me fait pas l'honneur d'accepter.11 ne me répond même pas !.ajouta le capitaine en riant._Ah ! pour ce qui est de cela, j'avoue qu'il est dans son tort, et que je n'aurais pas fait comme lui I du Michel Yver ; mais que voulez-vous ?c'est fidèle en diable ; ça ne connaît que son maître ! —Et ce maître, quel est-il ?.__(!n pas grand chose! un certain Norkind \ an der Tromp, maître timonier à bord de la Reine-Sophie, gros lougre hollandais qui est venu prendre ici un chargement de pommes qu'on lui a envoyées du pays de Caux.Entre nous, ce Norkind est un rien du" tout.pas sot, mais toujours gris, à terre du moins; je ne sais pas comment il se comporte a la mer' Il passe pour donner à son chien plus de coups de bâtons que de morceaux de sucre.Mais, que voulez-vous?le pauvre imbécile l'aime tout de même' Faut le voir emboîter le pas derrière 1 autre: il marche dans ses semelles! Il ne paye pas de mine, si vous voulez; mais jamais une bete n a eu plus d'esprit! Il a plus de tours qu'un sorcier dans son sac II fait tout ce qu'on lui commande, et même davantage.Il ne lui manque que la parole, et encore elle ne lui manque guère.Il est sur et certain qu'il comprend le hollandais et le flamand aussi! car il ne se trompait jamais quand cet escogriffe de Nokind lui commandait quelque chose.Il est bien connu sur port, allez! Mais il a encore plus de coeur que d'esprit.Il ne connaît au monde que son maître!.et il se jetterait au feu.et à l'eau pour lui.—On n'en fait plus de ce gabarit! dit Jean Pigault, avec un gros rire, et je connais bien des gens qui ne le valent pas! —Je le crois perbleu bien! Mais regardez donc, capitaine! qu'est-ce qu'il peut avoir à courir ainsi comme un affolé sur la berge?—Jean Pigault se retourna et il aperçut Zéro qui allait et venait le long du fleuve, s'arrêtant de temps à autre pour regarder du côté de la mer, en poussant des hurlements désespérés, puis recommençant sa course insensée, et s'arrêtant de nouveau, comme s'il n'eût pu prendre, une fois pour toutes, une résolution définitive.Enfin, après deux ou trois minutes de délibération avec lui-même, Zéro décida sans doute quelque chose, car il prit son élan et, d'un bond vigoureux, ES précipita dans la Seine, et nagea résolument vers le large.—Je t'en souhaite! dit l'invalide avec un geste insouciant; si tu crois qu'avec tes pattes tu vas rejoindre la Reine-Sophie, qui marche vent arrière, qui file ses douze noeuds, du train dont elle va, et qui a deux lieues d'avance sur toi!.tu te trompes, mon vieux! Tu vas boire un coup avant cinq minutes d'ici, ou je t'attache le reste de tes jours avec des saucisses! Mais voyez donc capitaine, ce satané courant l'entraîne du côté du Havre; quand il voudrait revenir, il ne pourrait déjà plus!.C'est comme ça que les deux frères Langlois se sont noyés le 10 du mois passé.N'importe! c'est tout de même mal à Norkind de n'avoir pas voulu l'emmener.et c'est bien bête au toutou de risquer sa peau pour un ivrogne qui ne le mérite guère.Ah! tenez, le voilà qui coule!.Non! il nage encore.Quels coups de reins!.Ah! c'est fini! voilà qu'il tourbillonne.Non! il reparait! a-t-il la vie dure! Vrai, tout de même ca me fait encore quelque chose, et je donnerais bien quatre sous de ma poche pour pouvoir jeter une corde à cette pauvre bête.Il est si malin, ce Zéro, qu'il en happerait le bout et reviendrait à terre certainement! —Tonnerre de Brest! je ne veux pas qu'il meure, ce satané chien!.dit le capitaine avec un juron énergique, qui échappait à l'indignation d'un coeur chaud et généreux.J'ai sauvé des hommes qui ne lui allaient pas à la cheville.je le sauverai aussi, nom d'une pipe! ou nous boirons le dernier coup ensemble.à votre santé, Michel Yver! Plus prompt que la parole, avec une agilité que l'on ne se serait peut-être pas attendu à rencontrer chez un homme de son âge et de sa carrure, Jean Pigault sauta dans une barque, et maniant l'aviron avec la vigueur et l'habilité d'un rameur sans pareil, il gagna de vitesse sur le chien en détresse, le dépassa de cinq ou six brasses, revint sur lui en se laissant porter par le courant, et, au moment où Zéro allait disparaître pour la troisième et probablement pour la dernière fois, il le saisit par la peau du cou, l'enleva à la force du poignet, et le jeta au fond de la barque, où le malheureux chien resta un moment immobile, couché sur le flanc, et rendant par la bouche et les narines les torrents d'eau qu'il avait avalés.Cet exploit une fois accompli, et plus vite que nous ne l'avons raconté, le capitaine fit aisément virer sa légère embarcation, et aborda en quelques coups de rames.Yver, qui l'attendait, se chargea d'amarrer la barque, et Jean Pigault compatissant jusqu'au bout, souleva le chien encore tout étourdi, et le déposa doucement, avec toutes sortes de précautions, sur la rive, comme il eût fait d'un noyé sauvé par lui.Zéro avait du tempérament, et une certaine énergie de caractère.Aussitôt qu'il se vit de nouveau sur la terre ferme, il se sentit un autre homme, — c'est un autre chien que je voulais dire.Il se fit en lui comme une révolution soudaine, complète et inattendue.La conduite de son maître se présenta à son esprit sous son véritable jour; il comprit qu'un particulier qui l'avait abandonné volontairement ne valait vraiment pas qu'il s'exposât une troisième fois à la mort pour lui.d'autant plus que ce sacrifice serait complètement inutile, car il voyait bien maintenant qu'il ne parviendrait jamais à rejoindre la Reine-Sophie, alors qu'elle courait vent arrière.Il s'assit donc sur son séant, mélancolique et rêveur, dans l'attitude qu'un peintre pourrait donner à un chien philosophe, qui connaît trop les hommes pour attendre rien d'eux, et qui a déjà trop d'expérience pour espérer quoi que ce soit de la vie et de la destinée.Il devait sans doute beaucoup de reconnaissance au généreux inconnu qui venait de le sauver avec tant de dévouement; mais celui-là même croyait sans doute avoir déjà fait assez pour lui, et il devait être résolu maintenant à l'abandonner à son malheureux sort.Il n'allait donc plus être qu'un chien errant sur la terre étrangère, un vagabond en rupture de ban, sans papiers, sans asile et sans pain, n'ayant plus ni feu ni lieu, avec la perspective de coucher et de souper à cette auberge de la Belle Etoile qui n'est guère meilleure pour l'espèce canine que pour l'espèce humaine.Ces réflexions pénibles mais jus- tes lui mettaient nécessairement du vague dans l'âme, et ses impressions découragées se peignaient avec une énergie singulière dans sa contenance douloureuse et sur sa physionomie expressive.11 avait surtout une façon a'allonger la lèvre inférieure qui ne permettait pas de douter de l'amer découragement dont son coeur de chien devait être en ce moment rempli.Jean Pigault le regardait avec une attention et un intérêt dont lui-même s'étonnait, mais dont il n'eût pu se défendre.On eût dit qu'il devinait tout ce qui se passait dans l'âme de Zéro, et qu'il se rendait compte de ses plus intimes pensées.—Voici, se dit-il en manière de réflexion, un animal qui n'est pas le chien de tout le monde.Cela se-îait drôle s'il pouvait écrire, ou seulement raconter tout ce qu'il pense.Mais voilà sept heures et demie qui sonnent: il va me faire manger ma soupe froide.et Jeanneton va bien me recevoir!.pourtant je ne puis pas le laisser là, ce pauvre diable, qui me fait l'effet de n'avoir plus que moi au monde! En achevant ces mots, le capitaine se tourna vers le chien, toujours plongé dans ses réflexions, et s'a-dressant à lui, comme s'il eût été capable de le comprendre: —Allons! mon garçon, lui dit-il, tu dois bien voir que tout est fini avec l'autre.N'y pense donc plus, et suis-moi! Et, comme s'il eût voulu appuyer cette injonction par une démonstration plus efficace, Jean Pigault passa son mouchoir dans le collier de Zéro, qui, cette fois, se laissa emmener sans résistance.La Côte de Grâce, au pied de laquelle Honfleur est bâti, est certainement un des sites les plus charmants de ces beaux rivages de Normandie, qui, à chaque détour des routes capricieuses, nous montrent des paysages faits à souhait pour le plaisir des yeux.Nulle part horizon plus large ne s'offre à nous sous des aspects plus grandioses; nulle part la végétation n'étale avec plus d'orgueil et de splendeur les magnificences de la sève plantureuse.Né tout près de là, à Villerville, d'une race de marins, Jean Pigault, dans ses lointains voyages, avait toujours emporté au fond de l'âme l'image de ce coin de terre où s'était passée son enfance.Nulle part il n'avait rien vu qui effaçât chez lui ce radieux souvenir.Tout lui avait paru moins beau que ce pli de rivage où il avait ouvert pour la première fois les yeux à la lumière Aussi s'était-il toujours dit que, plus tard, si, à force de travail et d'économie, il parvenait à cette précieuse aisance que l'on appelait autrefois la médiocrité dorée, et qui est le but si légitime de tous ceux dont la vie est un long effort et un rude labeur, ce serait là qu'il viendrait abriter ses derniers automnes.Il avait eu le bonheur si rare de voir son voeu s'accomplir.A mi-chemin de la montée un peu âpre, qui commence aux dernières maisons d'Honfleur, il avait eu la bonne fortune de trouver une maison que l'on pouvait regarder comme la demeure idéale d'un sage et d'un marin.Elle était petite, mais commode.La cour d'un côté, le jardin de l'autre; ici la campagne souriante, et, plus loin, la Seine, large comme un beau lac, avec Le Havre et les coteaux d'Ingouville et de Sainte-Adresse, comme fond de tableau, et sur la gauche, immense et infinie, toujours nouvelle, et toujours la même, la vaste mer! la mer sans laquelle ne peut plus vivre celui qui a passé sa main d'enfant dans la crinière éparpillée de la vague, et qui, plus tard, homme fait, dans la plénitude de sa force, s'est senti, pendant de longues années, bercé dans le calme, ou ballotte dans la tempête, sur le sein large et puissant de l'Océan! Jean Pigault en était encore à la lune de miel de sa vie de propriétaire et de rentier.Il était depuis six mois seulement dans la "Villa des Roches-Blanches" (ainsi s'appelait sa maisonnette), écus-sonnant ses rosiers, cueillant ses fraises, arrosant ses laitues, et lisant le Messager du Havre; servi, choyé et dorloté par son unique servante, Jeanneton, dont le plus grand mérite était de savoir faire la matelote normande et d'avoir pour son maître un profond attachement.—Ah! monsieur, comme vous rentrez tard; dit la brave fille, en ouvrant la porte au capitaine; huit heures moins dix!.J'ai été obligée de remettre la soupe sur le feu, une soupe à la crème! si elle est tournée, ça sera votre faute et pas la mienne.—C'est entendu, dit Jean Pigault; s'il y a des avaries, je les prends pour mon compte! mais servez vite.J'ai couru des bordées, et, tel que me voilà, je meurs de faim!.—Eh! continua Jeanneton, en se penchant de côté, qu'est-ce que vous traînez donc comme cela derrière vous ?.—C'est un ami que j'ai invité à souper! dit le capitaine, avec un rire que l'on entendit dans toute la maison; mais pare à virer! car vous me faites rester là sur le seuil de la porte, et j'ai vent arrière que j'en grelotte.Jeanneton s'effaça, et le capitaine entra, suivi de Zéro._Eh ben! vrai, il n'est pas beau votre invité! dit la bonne, qui avait son franc parler avec tout le monde et avec son maitre.—C'est possible! mais vous verrez qu'il est bon.En tout cas, pour sa bienvenue, vous allez lui faire une bonne pâtée.i Siiih: à l'i pog« 28) Mon Magazine, Février, 1930 17 Le Foyei La Causerie de Tante Tante Ariette Le premier mot de Jésus Les sourires de 1'bistoire I E petit Jésus avait un an depuis ~ Noël.Il était bien gentil, ne pleurant presque jamais, et s'amusant tout seul, dans son berceau, pendant que sa mère vaquait aux travaux du ménage.Il souriait quand on le caressait, on l'entendait même gazouiller comme un petit oiseau, ainsi que font tous nos chers bébés, dont nous aimons tant à entendre la douce voix! Mais il n'avait encore prononcé aucune parole : le Verbe de Dieu, anéanti pour nous, demeurait muet par amour! Ce jour-là, jour de la Purification, était une fête pour sa divine mère et pour lui aussi.C'était en ce jour, que, il y avait un an, dans ses bras il avait fait sa première sortie au milieu de ce monde qu'il était venu sauver, qu'il était entré dans le temple de Jérusalem, Son Temple, et que, par les mains de Marie et par celles du prêtre, il s'était solennellement offert à Dieu son Père pour le salut de l'univers.Ce jour-là, il avait été reconnu et adoré par le saint vieillard Siméon, qui avait prédit à sa mère quelle serait la grandeur de ce Messie d'amour.II avait ajouté, il est vrai, le prophète, qu'un glaive de douleur transpercerait le coeur de Marie, mais Jésus étant tout petit, le Calvaire était encore loin.Ce matin de la Purification, Marie se levant dès l'aube, comme d'habitude, pour préparer le repas de saint Joseph, embrassa son fils endormi, et s'en fut à son travail.Joseph et la Vierge, ayant dit les prières en commun, prirent leur frugal déjeûner; puis le saint patriarche, après avoir lui aussi baisé son cher Jésus et salué Marie, s'en alla à sa tâche quotidienne.La Vierge, alors, fit son humble ménage; et quand ce fut fini, elle vint au berceau chercher le petit Enfant pour sa toilette du matin.Jésus, éveillé, s'amusait, comme nos chers petits, à jouer avec ses mains mignonnes, ces mains divines qui portent le monde, et qui, un jour, seraient percées de clous, pour nous.Lorsqu'il vit le beau visage de sa mère penché vers lui, il eut un adorable sourire, et dit, pour la première fois, ce mot si doux, si grand, ce mot qu'on n'oublie jamais, et qui est comme une délicieuse musique au coeur maternel : "maman"! O joie divine! La Vierge, serrant son Jésus dans ses bras, l'embrasse avec transport, pendant que la petite voix d'or répétait en hésitant "ma-man, ma-nian!" mettant l'extase au coeur de Marie.Pour un instant, elle oublie le glaive de douleur, la passion, la croix de son fils, pour n'entendre que cette voix divine qui l'appelait du nom sacré de mère; que sa joie était grande, mais que dire aussi de sa reconnaissance et de son amour! Elle appela saint Joseph qui vint un moment entendre parler le cher petit Roi, s'é-merveillant, lui aussi, de la condescendance de ce Dieu qui voulait être, en tout, semblable aux autres enfants! Ce fut une bien belle journée dans l'humble maison de Nazareth, et le petit Jésus fut baisé, caressé, plus qu'à l'ordinaire, bien qu'il ne fût jamais négligé, vous pouvez le croire.Mais le soir, qur.nd son fils fut endormi, la Vierge eut un effrayant souvenir de la prédiction faite au Temple à pareil jour.Elle vit la passion, les ignominies, le Calvaire, elle sentit le terrible glaive s'enfoncer dans son tendre coeur jusqu'à la garde, à la BEAUTÉ ET CHAGRINS LA femme est essentiellement un être de beauté et de grave.On nous permettra bien de nous payer ce petit compliment.La beauté, c'est pour nous un domaine immense où se meuvent en toute liberté nos espo.rs, nos amours et nos conquêtes.Etre bellr, c'est plaire et conquérir et rien offre, pour les êtres un peu superficiels, la plus sûre garantie de la fidélité de ses rêves qui a comblé les désirs de ses premiers ans.ttt c'est elle qui offre, pour les être un peu superficiels, la plus sure garantir de la fidélité de l'homme et de son attachement au foyer.La beauté fait naître la passion, l'admiration, la jalousie: cll> >n-thousiasme nos efforts d'imitation, et une femme belle se présente devant ses soeurs toujours avec un sentiment de supériorité.Son prestige est certain, son élégance est compréhensible, autour délie flotte un peu de mystère, on lui accorde facilement tous les droits, et ses près folies ne .surprennent pas.Et si notre pauvre nature humaine est ainsi faite qu'elle attache une telle importance à notre enveloppe charnelle, il s'en suit que nous deinns.en tout temps et en tout lieu, porter un soin jaloux à notre toilette et à notre maintien.Et je veux à ce propos, vous raconter un petit ,neident qui illustre cette prétention, l'ne amie m'écrivatt dernièrement ~ "Je suis mariée, je suis heureuse ou plutôt j'étais heureuse, car mon bonheur est désormais gâté.Je tiens mon ménage avec un soin et une propreté sans pareilles.Je frotte du matin au soir; je range et quand mon mari rentre au logis, il peut se croire dans un palais."Ce matin, j'étais encore plus alerte que de coutume, il ara t congé et je voulais qu'il fût content.Tandis qu'il s'her même de la maladie, ce ne peut que faire du bien dana toua lea raa da dé ran-gementa iVminlna, y com pria laa mené truationa retard*ee ou douloureuaea, la leuconrhte, i hute de la matrice, atc.Prit $2.00 la boite, aurTiajnte pour un moi* de traitement.Un traitement aufliaant pour 10 jour», valant 7'»«\ aéra envoya a toute femme souffrante qui noua fera parvenir aon adn Inclues 10c et adreaser: Mrs LyoMa W.Ladd, Dept.C3, Windaor, Ont.EN VENTE PARTOUT DANS LES MEILLEURES PHARMACIES 2S Mon Magazine, Février, 19.10.Le Chien du Capitaine et, brisant la coque d'un seul coup de dent, le goba avec la sensualité d'un gourmet auquel il n'est pas besoin d'apprendre ce qui est bon.Nous devons toutefois reconnaître que le remords suivit le crime de bien près.Il lui resta des fragments de la coquille dans les dents.Il eût voulu pouvoir se cacher.Mais, au milieu même de ses iniquités, il eut un bon mouvement, dont il serait injuste de ne lui point tenir compte.Il se dit, sans doute, que le crime a ses degrés, ainsi que la vertu, et que ce n'était pas une raison, parce que l'on avait commis une première faute, pour aller jusqu'au bout sur la route du mal.Peut-être aussi pensa-t-il que c était assez d'avoir privé sa maîtresse de la moitié de son déjeuner, et qu'il n'était que juste de lui laisser l'autre.Son premier oeuf avalé.Zéro jeta au second un regard où la convoitise se mêlait au regret, mais, se rappelant à propos la maxime du sage: "Qui aime le péril périra!" il s'éloigna rapidement du nid tentateur, et il alla faire un tour sur le port, histoire de prendre l'air et de digérer son forfait.Jeanneton, cependant, venait de rentrer du marché avec sa provision de la journée.Elle consulta le coucou de la salle à manger.Il marquait huit heures moins un quart.La cuisinière n'avait donc plus que quinze minutes pour mettre son couvert et préparer le déjeuner de sa maîtresse.Exacte comme le chronomètre dont le capitaine se servait jadis à son bord, Madame voulait faire son premier repas à huit heures précises, et si les oeufs n'étaient pas sur la table à ce moment-là, son humeur s'en ressentait le reste de la journée.Elle avait l'appétit intransigeant et ne pardonnait pas un retard de dix secondes: elle réglait son estomac sur son coucou.Elle était d'ailleurs très frugale: une tasse de lait avec ses deux oeufs, et le fruit de la saison, la conduisaient jusqu'au diner, qui avait lieu à une heure, comme dans beaucoup de bonnes familles de la bour-geoisi normande, encore fidèles aux usages de nos pères.Jeanneton courut donc au cellier pour y prendre les oeufs attendus.Inutile de dire qu'elle n'en trouva qu'un seul.Sa surprise fut grande, car on était dans la saison où les poules pondent, et Blanchette et Noiraude, généreusement nourries, n'avaient pas l'habitude de faillir à leur devoir.Une catastrophe soudaine bouleversant la nature, un tremblement de terre transportant la côte de Grâce de l'autre côté de la Seine, plantant la "Villa des Roches-Blanches" sur les falaises de St-Adresse, et mettant Honfleur à côté d Harfleur, ne l'auraient pas troublée davantage.Elle n'en voulait pas croire ses yeux; elle tâta le nid de Blanchette et le trouva bien réellement vide.Elle souleva et fouilla le foin odorant.Pas plus d'oeuf que sur la main! "Voilà qui est drôle, pensa-t-elle, et c'est vraiment à n'y rien comprendre! C'est, depuis trois mois, la première fois que pareille chose arrive.Blanchette se porte bien pourtant, et ce matin, quand je suis allée prendre du charbon, je l'ai vue sur son nid.S'il ne faut plus croire aux poules à présent, à qui croira-t-on?Mais ce n'est pas tout cela.qu'est-ce que Madame va dire?Elle n'était déjà pas si contente avant-hier!" Naturellement, Madame fut encore moins contente ce jour-là.Elle tenait à ses habitudes, et raffolait des oeufs frais.Cette fois Jeanneton n'en fut pas quitte pour une excuse en l'air, et ce fut, au contraire, un interrogatoire bien inutile assurément, car, ne sachant rien, la pauvre fille ne pouvait rien dire.Elle était allée au cellier à l'heure accoutumée; seulement, au lieu d'y trouver deux oeufs comme à l'ordinaire, elle n'en avait trouvé qu'un seul.il ne fallait pas lui en demander davantage.—Voilà, dit Lise, quelque chose d'assez étrange, et à quoi, certes, je ne me serais pas attendue.Des poules si bien nourries!.en pleine saison, c est à ne plus croire à rien!.Mais voyons, toi, monsieur Pigault! au lieu de rester la bouche close pendant que je m'exténue à parler, il me semble que tu pourrais bien dire quelque chose._Je crois que ce me serait assez difficile, car tu ne m'en laisses guère le temps, ma chère mignonne! fit le capitaine avec sa bonhomie paisible._Enfin, je n'ai qu'un oeuf aujourd'hui, qu'est-ce que tu penses de cela?_Je pense que les poules se dérangent! fit Pigault toujours placide et serein.List, que cette réponse ne satisfaisait point, regarda son mari à deux fois pour savoir s'il parlait sincèrement, ou s'il se moquait d'elle.Mais, dans les grands moments, le capitaine avait un masque aussi impénétrable que celui du Sphinx.Mme Pigault en fut réduite aux conjectures.Elle se montra, du reste, d'assez méchante humeur jusqu'au soir.On devait s'y attendre un peu.(Huile de la page 26) m "Cela s'en ira en dormant!" se dit le bon Pigault, à qui la vie avait fini par donner une bonne dose de philosophie pratique.IV Cependant Jeanneton, peu curieuse de s'exposer à une nouvelle scène, qui serait peut-être plus dangereuse que la première, eut soin le lendemain d'aller de meilleure heure au cellier; elle voulait prendre ses poules au nid.Elle arriva trop tard encore, et un visiteur matinal avait déjà fait la cueillette.Ce n'était pas seulement un oeuf qui manquait à l'appel; cette fois, ils étaient partis tous les deux! Décidément Zéro s'était affermi dans le crime, et le scélérat avalait maintenant l'iniquité comme l'eau.et les oeufs aussi."Quel malheur! se dit Jeanneton; deux jours de suite! Madame va faire une vie! Hier ce n'était qu'un nuage, aujourd'hui ce sera une tempête.Je vais tâcher de me mettre à l'abri!" Elle appela Zéro.Celui-ci était allé à sa niche, où il digérait tranquillement son crime dans la paresse d'un demi-sommeil plein de charme.Il rêvait que le capitaine avait maintenant cent poules et qu'elles pondaient pour lui toute la journée.La voix de Jeanneton le troubla bien un peu.Il était comme tous ceux dont la conscience n'est pas nette: il craignait de se voir demander des explications.Il lit pourtant bonne contenance, et se présenta le front calme devant la cuisinière, qu'il prenait pour un juge d'instruction.Il est vrai que, sans en avoir l'air, il l'observait de loin, tout en se rendant à ses ordres.Il fut bientôt rassuré.Un seul regard lui donna la certitude que la brave Normande ne se doutait de rien."Tout va bien! pensa le monstre; elle n'a pas le moindre soupçon".Il la regardait déjà avec plus d'assurance, tout en cherchant à deviner ce qu'elle pouvait bien lui vouloir si matin."Attends, mon bonhomme, dit-elle, en passant doucement la main sur la tête frisée de Zéro, tu vas me faire une course!" Zéro, depuis quelque temps, était le commissionnaire, je dirais volontiers le factotum, des "Roches-Blanches '.On l'envoyait chercher les provisions chez les fournisseurs, et jusqu'ici il les avait toujours rapportées intactes à la maison, avec la plus louable fidélité.Jeanneton prit donc un morceau de papier, et, avec l'orthographe spéciale à l'institution dont elle faisait partie, elle écrivit en caractères irréguliers, mais très lisibles, ces quelques mots que Zéro, avec son intelligence accoutumée, devait porter à leur a-dresse pour lui épargner une descente en ville! "Deu zeus frais, si vou plais!" Jeanneton attacha le billet sur une serviette, mit la serviette dans un petit panier d'osier, dont l'anse était garnie d'un mourceau d'étoffe, ajouta trois dé- La Brioche du Grand Pierre 1 Suite de la page 12) La nappe est mise sur la table.Des verres nombreux reflètent un brillant éclairage.Au centre du couvert se dresse une pyramide de tranches de brioche à la croûte dorée.Deux hommes occupent les places principales, et l'un d'eux est encadré par les enfants qui se collent tout près de lui.Milet ne le voit que de dos, celui-là; l'autre, en face, c'est Maître Grandin, des Vaux d'Argillet.—Je suis content de te voir, dit aussitôt ce der-Mi a l'entrant déconcerté.Te plairait-il d'entrer à mon service.en remplacement du Grand Pierre, qui va me quitter pour se marier?—Hé?.c'est que, moi aussi.—Tu veux donner congé à ta patronne?.cela tombe donc à pic.Alors, c'est entendu.Approche, ainsi que ton compagnon, et venez trinquer avec nous.Tu vas quitter la Gué-Rocheux, mais bons amis quand même, n'est-ce pas la maîtresse?_Quoi?.comment?.balbutiait le méchant gars.Il comprit soudain en surprenant le regard^ attendri et le sourire heureux que sa "patronne" a-dressait au grand Pierre, alors que celui-ci embrassait le petit Lucien qui redemandait de la brioche, le petit Lucien qui ressemblait à la jeune fille préférée de la fileuse, la chère maman Plessis dont le voeu secret se réalisait enfin.cimes, enveloppés dans un morceau de journal, et mettant ensuite l'anse du panier entre les dents du chien : —Chez l'épicier! lui dit-elle, en prononçant ces deux mots très lentement et très distinctement.L'épicier, le débitant de tabac et le facteur de la poste aux lettres étaient trois personnages bien connus de Zéro, qui entretenait avec eux de bonnes et constantes relations.Sa rare perspicacité l'empêchait de se tromper d'adresse, et il n'allait jamais chez l'un quand on renvoyait chez l'autre.11 partit sur le champ, bien décidé à ne pas flâner en route; heureux peut-être, au fond de l'âme, de pouvoir effacer par un service rendu la nouvelle faute dont il venait encore de charger sa conscience, et son estomac.L'épicier, accoutumé à voir venir chez lui ce singulier commissionnaire, qui ne marchandait jamais, le pria poliment d entrer, acheva de servir deux autres clients, arrivés avant lui, car il faut que chacun passe à son tour, regarda ensuite le papier, prit les trente centimes, choisit deux oeufs dans une caisse, les pla.a délicatement sur un petit lit de varech, les recouvrit de la serviette, puis, entraîné sans doute par la force de l'habitude: —Et avec cela?dit-il à ce chaland d'une nouvelle espèce.Zéro, qui était de bonne maison, trouva la question sotte et déplacée; il savait ce dont il avait besoin, le demandait du premier coup, et ne tenait point qu'on l'excitât à la dépense.Cependant, comme il n'aimait point à être désagréable aux gens, il garda cette réflexion pour lui, tourna les talons comme un serviteur consciencieux (l'espèce en est rare!) qui n'aime pas à perdre son temps quand il est attendu par ses maitres, et remonta la côte de Grâce d'un pas assez rapide, sans courir toutefois, car il savait mieux que personne que les oeufs sont cassants.Charger de porter des oeufs un chien qui les aimait tant, c'était donner la brebis à garder au loup.Bien que le billet par lequel Jeanneton faisait sa commande fût resté tout ouvert, Zéro, qui était la discrétion même, ne s'était pas permis de le lire : il ne savait donc point ce qu'il allait chercher.Mais quand il vit ce que l'on mettait dans son panier, l'eau lui vint à la bouche, et toutes sortes de mauvaises pensées se présentèrent à son esprit.Les désirs coupables prirent une intensité plus grande à mesure qu'il montait la côte, et la tentation emprunta pour le perdre les insinuations les plus corruptrices.Le démon de la gourmandise lui soufflait tout bas que peut-être Jeanneton ne savait pas le compte de ses oeufs, et qu'elle devrait se trouver bien contente s'il lui en rapportait un sur les deux.Et l'occasion était si tentante, et le péché si facile!.N'étaient-ils point là, à portée de sa dent, ces oeufs fascinateurs ?Il n'avait vraiment qu'à se baisser pour en prendre!.Il résista cependant, comme s'il eût compris qu'un dépôt confié est chose sacrée pour les chiens honnêtes.Cette victoire remportée sur lui-même prouvera peut-être qu'il n'était pas encore tombé au dernier degré de la perversité : elle faisait espérer que la vertu trouverait encore en lui quelques ressources.Jeanneton lui épargna, du reste, l'angoisse des dernières luttes; car, un peu inquiète de ne pas le voir arriver, et déjà talonnée par l'heure, elle ne craignit point d'aller à sa rencontre sur la route.En soulevant délicatement la serviette, et en apercevant les deux oeufs, que le chien apportait intacts, comme on les lui avait donnés, la bonne cuisinière fut ravie.—"Sauvée" s'écria-t-elle.Merci, mon Dieu!!! La brave créature se faisait illusion, et elle n'était pas sauvée tant que cela! Mme Pigault, qui avait le goût fin, n'eut pas plutôt trempé la première mouillette dans le premier oeuf, qu'elle s'écria : —Ces oeufs-là ne sont pas les oeufs de mes poules! —Pas possible! dit le capitaine, avec un étonne-ment sincère.—Ce n'est peut-être pas possible, mais c'est vrai! —Il faut avouer, dit Jean Pigault, que tu as le goût singulièrement délicat.—Est-ce que, par hasard, tu t'en plaindrais?demanda Madame, en prenant une voix de tête qui n'annonçait jamais rien de bon.—Tu sais, ma chère enfant, qu'avec toi je ne me plains jamais de rien.J'admirais la délicatesse de ton palais, qui te permet de reconnaître si un oeuf a été pondu par telle poule ou par telle autre.Voilà tout! —Et cela t'étonnait sans doute?(Suite à la page 30) Mon Magazine, Février, 1930 29 Courrier Graphologique Conditions : Trois ou quatre pages d'écriture courante, sur papier non réglé, composition personnelle non recopiée, (la lettre est le meilleur spécimen).Le tout accompagné de la somme de 0.50 sous pour une étude paraissant dans la revue et de $1.00 si on désire une étude approfondie envoyée directement.Dans ce cas, ajoutez une enveloppe timbrée pour retour.Adresse : "CAROL l'REZEAU" "Mon Magazine", Beauceville, Que.* * * * GERTRl'DE.— Nature plutôt froide, peu sensible et par conséquent pas sentimentale le moins du monde.Les affaires de coeur, pour elle, ça passe en dernier lieu.Ambitieuse, elle vise à monter et ne dédaigne pas les honneurs.Beaucoup de volonté quoique cette volonté ait un côté un peu arbitraire.Je la crois très dissimulée, on n'est jamais sûr de ce qu'elle dit et encore moins de ce qu'elle pense.Même, je me demande si avec cette habitude de tricher la couronne, elle n'en est pas venue à manquer de franchise.Elle n'est pas éjjoïste, elle me semble discrète et bonne.Elle est catégorique, raisonnée, elle aime à voir clair dans; ses petites affaires.Constante, pratique, ordonnée.Je la souhaiterais un peu plus femme, on dirait qu'elle a "masculinisé" son caractère et cela lui enlève de la grâce et du charme.J'aurais bien voulu vous servir une étude approfondie mais songez au petit bout de lettre envoyé et ne soyez pas trop déçue.* * * * J.A.— Je n'ai pu déchiffrer l'autre nom, en tout cas.c'est l'étude de la carte adressée à la précédente.Celui-ci est plus femme que Gertrude elle-même.Très sensible, affectueux, délicat, tin rien l'enthousiasme comme un rien le déprime.Volonté souple et solide en même temps.Idéaliste, ami des arts.Concentré avec une petite tendance au scepticisme.Il n'est pas à proprement parler ce qu'on Appelle un homme orgueilleux, mais il professe à son égard une légère admiration.Cénéreux et bienveillant.Ici aussi, je puis difficilement analyser sur une grande échelle puisque j'ai tout juste cinq OU six lignes sous les yeux.Avec mes regrets pour "les deux".et les hofluniges du graphologue.* » * * ('.MOL — Pour me rendre à votre désir, je publie de nouveau l'étude déjà parue quoiqu'il ne soit pas dans nos habitudes de ré-éditer ni la graphologie ni les autres articles.Voici donc : Ce que vous êtes craintive, Lison.Ce n'est pas si BSBGinmant que cela faire analyser sa petite personnalité.Voyez comme j'ai trouvé du beau chez-vous.Nature douce, dévouée, ignorant à peu près tout de l'égoïsme, bon grand coeur n'hésitant jamais à rendre service, toujours prêt à donner et trouvant une joie meilleure à donner qu'à recevoir.Elle est sensible, presque trop sensible, car elle souffre et vibre aux moindres chocs.Elle est rêveuse aussi et s'abandonne parfois à la sentimentalité.Je crois qu'en secouant cette tendance à la rêverie et à trop de retour sur soi, Lison y gagnerait beaucoup, car n'oubliez pas, petite, que ce n'est pas dans le rêve mais dans l'action que compte la vie.Lison est craintive, manque d'initiative, ne peut jamais se décider seule à accomplir quelque chose, elle n'a pas assez confiance en elle-même, cela la rend gênée, hésitante, et lui enlève de la valeur.Lison n'a pas de volonté, c'est regrettable car avec sa nature haute et dévouée, elle pourrait arriver à de grandes choses.Cela se cultive comme les plantes, la volonté, et en vous habituant à vouloir, à ne pas revenir sur vos décisions une fois que vous les aurez pesées, à accomplir ces menus renoncements qui coûtent mais stabilisent la volonté, vous finirez par obtenir cette qualité qui vous manque et vous servirait tant dans la vie.Vous avez de l'art, beaucoup d'attraits pour l'intellectuel, de la culture affinée, de la délicatesse de coeur, un jugement sain, une âme pieuse.Vous êtes un amour de petite fille, si aimante et si câline que tous doivent, vous adorer.et qui sait si je ne suis pas du nombre de ceux-là?.# * * * U'SIO.— Vous aviez écrit votre lettre première en un moment peu favorable, je crois.car elle diffère de beaucoup de la seconde.Selon celle-ci, vous auriez raison mais non suivant celle-là.N'oyez-vous, la graphologie a besoin pour s'exercer avec fruit, d'un spécimen tout à fait "naturel".Il faut écrire simplement, sans hâte, sans contrainte et sand nervosité, sans grande émotion, ni grande contradiction, dans un bon moment, enfin.Tout de même, je soutiens que vous avez une certaine volonté, mais vous n'êtes pas une personne volontaire.Vous avez de la patience, de la force d'endurance, une certaine énergie pour soutenir et défendre les bonnes causes, mais vous ne possèdes pas cette volonté irréductible qui passe à travers l'obstacle et avance sans crainte vers la lutte.Cultivez donc la part que vous avez et bon succès ' Vous avez bien fait de revenir et je vous prouve que je ne vous en veux pas.* * * * JULES.— Vous m'aviez demandé un jour de fouiller votre caractère dans un de vos graphismes et de vous en faire rapport minutieux.Il est toujours intriguant «le connaître ce ipie pense de nous la craplmloirie et surtout le graphologue, .le sais cela.et j'y vais donc sans arrière pensée.Oe qui frappe tout d'abord chez-vous, c'est l'extrême loyauté de vo.tre âme.Vous êtes franc, sincère, vrai, et c'est pour cela que je vous apprécie le plus.Infiniment sen-(Suite à la page 31) Jne beauté qui attire et fascine irrésistiblement I Une peau et un teint qui captivent et commandent l'admiration de tous.Quel [ que soit le type ou genre de vos traits c'est, après tout, l'apparence de votre peau et de votre teint qui représente véritablement votre chance d'être belle.Appliquez donc cette chanc à rendre à votre teint ce charme magnétique que seule la CREME ORIENTALE de Goupauo "Le coup de maître Je la beauté" peut assurer.Une beauté raffinée radieuse, séduisant* et cependant si délicate et si subtile à écarter tout soupçon de fard.La Crime Orientale de (Jouraud a trois fonctions distinctes poux la peau qu'elle embellit, maintient en bon état et protèf».atant astringente et antiseptique, elle est indispensable contre la rougeur excessive, les rides, les joues flasques et une peu trop huileuse.Commence! dès aujourd'hui à vous servir de cette crème et Toyei comment, vous pourrai à votre tour posséder une beauté , qui fascine.*"«ro»e» t«>«n 6 Or rt veut rrercre» «m afertimtmê wpêeiai dr «wafion» pour ta loiltttt Qouromé, 9m ie# • - m 4afcdaMilo» ttm ¦ Orimmtml» Bnml Perd.T.Hopkins M Sua.4*7.St-François Xavier.Montréal.Que.Gin Canadien Croix «for La boisson la plus saine Fabriqué à Berthterville, Que., sous la surveillance du Gouvernement fédéral, rectifié quatre fois et vieilli en entre* pot pendant des années.Trais randvuf» Jtf fiacans: Gros : 10 onces $3.*V> Moyens: 26 ones** 2.65 Petits: 10 onces 1.10 Distitlvris: B*rthJ«TTiil*, Qu*.Dursau chert > M .' 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Le capitaine eut de fâcheux pressentiments, et il eût bien voulu pouvoir changer un peu le cours des i-dées de sa moitié; mais il savait à quel point Lise était obstinée et tenace.Il ne se permit donc point de hasarder la moindre objection.Il fallait laisser passer la justice de Mme Pigault, comme on laissait passer jadis la justice du roi.Lise agita d'une main fiévreuse la sonnette qui se trouvait à sa portée, et Jeanneton parut aussitôt sur le seuil de la salle à manger.La violence du coup qui l'appelait ne lui permit point de douter qu'il ne s'agît d'une chose grave, et nous devons rendre cette justice à sa perspicacité, qu'elle devina tout de suite que l'on allait traiter à fojid la délicate question des oeufs.Cependant, comme elle aimait mieux "voir venir" que de compromettre par quelque parole imprudente, elle attendit, non sans un peu d'émotion, les questions que sa maîtresse voudrait bien lui adresser.Klle ne les attendit pas longtemps.L'impétueuse jeune femme était, en effet, assez malhabile à se contenir, et elle voulait obtenir tout de suite les satisfactions qu'elle se croyait en droit d'exiger."D'où viennent ces oeufs?" deman-da-t-elle à la cuisinière, en essayant de la percer à jour avec l'acier de ses yeux bleus.Jeanneton était une honnête Normande qui ne mentait jamais, quand le mensonge était inutile ou impossible."Ils viennent de chez l'épicier, madame", répondit-elle avec beaucoup de sang-froid.—Eh! depuis quand, s'il vous plaît, va-t-on acheter mes oeufs chez l'épicier?—Madame, depuis qu'il n'y en a plus chez vous! —Ah! il n'y a plus d'oeufs chez moi ?fit Lise en s'animant; je voudrais bien alors savoir un peu ce que font mes poules.—Il faudrait le leur demander, car ce n'est pas moi qui pourrai le dire à Madame.Tout ce que je sais, c'est qu'elles ne font pas d'oeufs! —Ah! tenez! je suis la femme la plus mal servie de tout Honfleur! dit Lise, en froissant violemment l'une contre l'autre ses deux petites main' blanches.—Si Madame croit cela, fit Jeanneton, en faisant le geste de dénouer les cordons de son tablier, elle n'a plus qu'à nous donner nos huit jours à ses poules et à moi!" Cette réponse impertinente étant le dernier terme de l'audace que la cuisinière pouvait se permettre sans ê-tre immédiatement chassée, Jeanneton crut prudent de sortir, ce qu'elle fit sans demander son reste.Lise était tellement bouleversée, si hors d'elle-même, que son mari craignit un moment qu'elle n'eût une attaque de nerfs.Mais il la connaissait assez pour savoir que ce qu'il y avait de mieux à faire en pareil cas," c'était de l'abandonner à elle-même, sans essayer de la consoler ni de la calmer.Elle ressemblait un peu à ces chevaux emportés, auxquels il faut bien se garder de faire sentir le mors, parce qu'ils prennent alors un point d'appui sur la main, et la résistance qu'on leur oppose ne fait que les exciter davantage.Au bout de quelques minutes, Mme Pigault se leva de table, repoussa sa chaise, jeta sa serviette dans un coin, et sortit de la salle à manger, où elle laissait son mari consterné, en disant: "Je ne me laisserai pas tromper comme cela! Je veux voir clair dans mes affaires, et savoir un peu ce qui se trame contre moi dans ma propre maison!;' Décidée à faire une enquête, à la-qurlle un juge d'instruction aurait dû rendre des points, la femme du capitaine pratiqua d'abord une descente sur les lieux.C'est le début obligé de-tout bonne procédure criminelle.Elle se dirigea tout d'abord vers le cellier, où, depuis un temps immémorial, les poules avaient l'habitude de pondre.Elles étaient là toutes deux: l'une grimpée sur un tonneau, et faisant entendre ce petit gloussement satisfait qui indique chez les femelles des gallinacées qu'elles viennent de s'acquitter d'une ennuyeuse corvée; l'autre, au contraire, perchée sur une poutre transversale, au-dessous des chevrons du toit — elle n'aurait pu monter plus haut.— Celle-ci avait l'oeil hagard, le bout de la crête rouge comme du sang, les plumes ébouriffées, enfin, un je ne sais quoi de troublé dans toute sa personne, comme si elle eût été l'objet de quelque tentative criminelle.Bien qu'elles fussent depuis longtemps accoutumées à leur maîtresse, et familières avec elle jusqu'à lui manger dans la main les miettes de son pain, Blanchette et Noiraude, en la voyant, poussèrent des cris effarouchés; puis elles essayèrent de prendre ce vol lourd et embarrassé qui ne conduit jamais les poules ni bien loin ni bien haut."Voilà qui est vraiment singulier! se dit Mme Pigault, en paraissant réfléchir profondément.S'oyons maintenant les nids!" Elle se dirigea aussitôt vers les deux hottes.Là encore elle trouva des traces de désordre.On sait quelle est la netteté habituelle du nid où la pondeuse a laissé son oeuf : tout est lisse, égal et comme passé au rouleau.Ce jour-là, au contraire, la paille paraissait soulevée, fouillée, tourmentée."Tout cela n'est point naturel! pensa Mme Pigault.Je suis bien certaine à présent que mes poules ont pondu et que l'on a pris mes oeufs.Il y a un coupable tout près d'ici.Quel est-il ?C'est à moi de le trouver, de le surprendre.et de le punir!" Comme tous les êtres essentiellement nerveux.Lise était entièrement, absolument sous l'empire de l'idée présente, dominée par elle d'une façon exclusive.Quand elle voulait une chose, elle la voulait si fortement qu'il fallait bien que cette chose-là finit par arriver.Elle eut pourtant le courage de ne point ouvrir la bouche de toute la journée pour dire un seul mot de ce qui faisait l'objet de son unique préoccupation.Elle médita longuement ses plans, et finit par s'ariêter à la résolution oui lui semblait le plus propre à la conduire au résultat désire.Il n'y avait absolument rien à faire pour le moment.C'était le matin seulement que les poules pondaient; c'était le matin aus- si que le voleur enlevait les oeufs: c'était donc le matin qu'il fallait ouvrir l'oeil.et agir.Mme Pigault avait habituellement le sommeil léger.Son oreille inquiète, toujours aux écoutes, saisissait les moindres bruits qui troubaient le silence de la maison.Un trésor n'eût pas trouvé de gardienne plus vigilante.Mais cette nuit-là elle dormit moins encore.Elle se leva dès l'aube, s'habilla promptement, silencieusement, pour ne pas réveiller le capitaine, plongé dans un sommeil de plomb, et sortit de la chambre, après lui avoir jeté un regard indéfinissable — le regard de la femme qui ne dort pas assez, au mari qui dort trop! Elle descendit, et fit le tour de son rez-de-chaussée, avec assez de trânerie et de résolution, et, ne trouvant rien de suspect dans les appartements, continua son inspection dans la cour et dans le jardin.Toutes les portes étaient hermétiquement closes.Nulle part, rien qui révélât l'escalade ou l'effraction; elle examina avec non moins d'attention les allées, sablées d'une sorte de tangue grise pâle, que l'on retirait de l'embouchure de la rivière, et sur laquelle l'empreinte des pas se gruvait profondément.Ni la cour, ni les allées ne lui offraient aucun indice accusant les ennemis du dehors.Il n'y avait plus moyen d'en douter.elle était victime d'un vol domestique.Le coupable, en pareil cas.serait plus facile à trouver, puisqu'on l'avait sous la main, et qu'il ne s'échapperait pas.Il faut bien l'avouer: la pensée de Jeanneton se présenta un moment à l'esprit soupçonneux de Lise; mais elle ne voulut pas s'y arrêter.Jeanneton était honnête, incapable d'une action mauvaise.et, d'ailleurs, n'avait-elle point les clefs de tout?Ne pouvait-elle point prendre ce qu'elle voulait dans la maison?N'était-elle pas nourrie comme les maîtres eux-mêmes?"Que je suis sotte! se dit Mme Pigault avec un mouvement d'épaules, c'est bien certainement quelque rat qui est mon voleur! J'achèterai un piège, et tout sera dit! Il y a maintenant des .hiens qui prennent admirablement les rats; mais le nôtre est un fainéant, un propre à rien, dont il ne faut attendre aucun bon office! Ce n'est pas lui qui viendra à mon aide dans cette circonstance." Tout en faisant sa ronde matinale.Lise avait passé devant la loge de Zéro.Celui-ci l'avait bien vue; mais, reconnaissant en elle la maîtresse du logis, libr- d'aller et de venir chez elle comme bon lui semblait, il avait considéré toute démonstration hostile comme une inconvenance et une grossièreté qu'il ne pouvait point se permettre.Si Madame avait professé d'autres sentiments pour lui, il n'aurait pas manqué d'aller à sa rencontre, car on ne l'enchaînait jamais, et de lui témoigner une surprise joyeuse, en la voyant si matinale; mais Zéro n'appartenait point à la race des vils flatteurs, et il n'était pas chien à faire deux fois des avances à qui 1
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