Mon magazine, 1 septembre 1930, septembre
a DERNIÈRE HALTE IL a oublié de commander un approvisionnement de Bière "Stock" de Molson .il ne peut pourtant pas courir le risque de désappointer ses invités .L'auto résout le problème .sa dernière halte sera pour se procurer une caisse de délicieuse Bière "Stock" .puis en route pour la maison et une bonne veillée.BIÈRE "STOCK" À ÉTIQt ETTE BLEUE DE ^10 L S O I\ la Mon Magazine, Septembre 1930 1 D'UN MOIS A L'AUTRE par Jules LARIVIERE Les Nouveaux Membres Les voies de la Providence sont impénétrables et ce qui peut paraître désastre a«-jourd'hui tourne au triomphe de demain.Lors des dernières élections provinciales, Monsieur Arthur Sauvé avait déclaré que si son parti n'obtenait pas le pouvoir, il en abandonnerait la direction.Pour racheter la parole donnée, il convoqua la grande convention conservatrice de Québec qui nomma à sa place, son Honneur le Maire Camilien Houde, et Motisieur Arthur Sauvé passa au second plan.Fils du comté des Deux Montagnes, Monsieur Sauvé s'est en quelque sorte identifié avec ce comté où il connaissait nommément la presque totalité des électeurs.Journaliste de carrière, cultivateur par goût et par esprit d'initiative, Monsieur Sauvé n'ambitionnait, lors de son entrée au parlement de Québec que de représenter au meilleur de sa connaissance les intérêts de ses commettants.Lors de la retraite de l'Honorable Philemon Cousineau, il fut le premier surpris de se voir choisi chef de son parti, poste auquel il n'avait jamais rêvé aspirer.Durant de 7iombreuses années, il mena la lutte, lutte ingrate dans laquelle, en compagnie d'une phalange toujours clairsemée, il avait à faire face aux forces ministérielles; mais lutte qu'il sut conduire toujours avec maîtrise et avec cefte impertubablc dignité qui lui attira l'amitié et l'estime de ses plus ardents adversaires.Et lorsque les chefs du parti conservateur décidèrent qu'il fallait mettre à la tête de l'organisation un homme plus ardent, plus impétueux, plus jeune.Monsieur Sauvé, sans se départir de sa sérénité, se retira de la direction assurant à son Jiouveau chef tout son appui et son aide.Du fait de son retrait de la direction du parti provincial conservateur, la carrière politique de Motisieur Arthur Sauvé, semblait être à son terme; mais voici que surviennent les élections fédérales et Monsieur Sauvé, qui ne pouvait plus rien attendre de la politique provinciale, se jette dans la lutte, remporte Laval-Deux-Montagnes et est aujourd'hui l'Honorable Monsieur Arthur Sauvé, Ministre des Postes et chef incontesté des forces canadiennes-françaises du parti conservateur et, chose plus extraordinaire, libéraux et conservateurs, amis et adversaires, tous se réjouissent de cette nomination.Et Monsieur Duranleau! Jusqu'à l'âge de cinquante ans, il s'est confiné à l'exercice de sa profession.Elu uue première fois comme député provincial dans la division Laurier-Outremont, il se voit défait aux dernières élections provinciales, et retourne à sa profession, jurant bien qu'on ne l'y reprendrait plus.Viennent les élections fédérales et une partie importante de ses anciens électeurs le prient de briguer les suffrages, il va accepter; mais un outre candidat conservateur est imposé, il retourne à sa pratique plus résolu que jamais de ne plus l'abandonner.Puis, un jour, les électeurs de Chambly-Verchères le prient de se porter candidat dans leur comté.Monsieur Duranleau hésite; mais sous la pression de ses chefs, il accepte, se lance dans la lutte avec sa combativité natu- relle et remporte le comté.Aujourd'hui, il est l'Honorable Alfred Duranleau.Ministre de la Marine, lui qui, si quelqu'un n'était pas venu mettre les bois dans les roues, aurait probablement été le candidat défait de Lau-rier-Outremont.Le premier Bennett mérite la reconnaissance de la population canadienne-française pour ces deux nominations, elles font honneur à notre nationalité autant qu'à ses titulaires et ne pouvaient être mieux faites.Une autre nomination que nous ne saurions passer sous silence, c'est celle de l'Honorable C.H.Cahan, ce grand ami des canadiens-français, cet anglais protestant qui fut toujours, au cours de sa carrière politique, l'ardent défenseur des minorités.Celle de l'honorable Maurice Dupré, avocat de Québec, comme Solliciteur Général, ne le cède en rien aux trois précédentes.Avec les Honorables Perley, Cahan, Arthur Sauvé, Alfred Duranleau et Maurice Dupré, notre province semble avoir une représentation tout à fait "adéquate", comme aurait dit l'Honorable R.L.Borden, dans le ministère.Espérons que le ministère des Finances, qui n'a pas encore été attribué, retourne à Québec, connue aux temps de jadis.Délé gués à Genève Ce sont deux vétérans de la politique canadienne: L'Honorable Thomas Chapais, qui faisait les luttes politiques aux côtés de Sir Charles Tupper et Sir R.L.Borden, ancien premier ministre dît Cancrda, chef du Cabinet d'union, durant la guerre, lutteur infatiguable qui fut l'un des instruments prépondérants de l'influence si grande pour un pays setyii-autonome, que nous avons actuellement dans le conseil des nations.Outre d'être un politicien de race, l'honorable Thomas Chapais est, chez-nous, une des plus grandes lumières en fait d'histoire canadienne et internationale, de plus, c'est un orateur académique de grande envergure.Mlle Idol a Saint Jean Pour la première fois dans notre histoire politique, nous avons vu une canadien m -française briguer les suffrages populaires et nous devotis avouer que nous sommes surpris de constater l'indifférence que le public féminin a témoigné à cette courageuse championne des revendications du sexe faible.Mademoiselle Saint Jean est une femme excessivement intelligente, elle a une éloquence persuasive et surtout elle a le courage et la crâuerie qui manquent à tant d'hommes."Personne n'est prophète en son pays", "chez son sexe".La canadienne-française semble être essentiellement la gardienne du foyer et ne pas comprendre qu'une des leurs puisse ainsi s'extérioriser.Elle n'a peut-être pas tort et c'est en son apparente faiblesse que réside sa plus grande force.Rentrée des classes Quand ce numéro paraîtra, un événement d'importance capitale se sera produit.Des mille et des mille enfants, exuniant de quel- ques coins, cahiers et manuels, depuis deux mois au repos, auront repris le chemin de l'école.Heureux temps.' Hiuniisi j< musse! Hélas! comme toutes les bonnes choses, il faut en être privé pour les bien appn ci< r! Notre Concours A l'occasion de l'ouverture des classes et surtout, de nos écoles superi< ures, lu direction de "Mon Magazine" a décidé iVinaugu-rer une série de concours littéraires auxqni Is seront invités à participer les élèves des divers collèges et couvents du Canada français.La première série sera ouverte à tous les élèves de nos collèges classiques et le travail a être soumis sera un conte ou une nouvelle canadienne, inédits.Nous laissons à nos jeunes concurrents toute latitude (/u'ils désireront quant au choix du sujet à traiter, la seule restriction est qu'il soit d'inspiration }>u-rement canadienne et en prose.Le travail ne devra pas dépasser cinp mille mots et en contenir au tnoins mille.Dans leur appréciation, les juges consider/ ront : originalité, facilité, agrément, style, agencement et surtout l'esprit franchement canadien, le seul canadien, si l'on peut dire.Une pointe d'ironie et de l'humour ne seront )>as dédaignés d'ailleurs, pourvu que le tout soit de bon aloi.Dans sa prochaine livraison, le revue donnera le nom des juges du concours et des prix à être distribués aux heureux gagnants.La direction de "Mon Magazine" aura la propriété absolue des manuscrits envoyés, lesquels seront soumis pour appréciation dès que reçus et seront publiés par ordre de mérite avec le nom de l'auteur, sa photographie, si elle peut être obtenue, et mention du collège auquel il appartient.Les concurrents sont priés de nous faire parvenir leur travail sous le plus bref délai possible.Ce travail devra être signé d'un pseudonyme avec enveloppe cachetée sur laquelle il inscrira le pseudonym/ choisi et contenant ses noms et adresses réels.On ne devra écrire que sur un côté de chaque feuille et éviter le plus possible les ratures, renvois, interlignes etc.La Revue proclamera chaque mois un ou plus d'un lauréat, suivant la valeur des travaux soumis et comme ce concours devra se continuer jusqu'à annonce contraire, un lauréat pourra soumettre un nouveau travail et sera eligible pour un prix subséquent.Dans son prochain numéro, notre revue annoncera vn concours semblable pour pensionnat de jeunes filles.Notre but en entn prenant ces divers concours est de mettre de l'émulation entres nos diverses maisons d'éducation et exciter l'ambition de notre jeunesse étudiante.Nous espérons que cette initiative sera favorablement accueillie des autorités de nos divers collèges et couvents ,t qu'on s'y fera un devoir d'encourager les élèves à y participer.Tous travaux devront être adressés à "Mon Magazine"."Concours des Collèges" 1725, rue Saint Denis, Montréal. Mon Magazine, Septembre 1930 x~x- *Ia vie entière s'est écoulée comme un rêve enchanteur, à dater de ce moment béni.Quand nous étions tous deux écoliers, je n'existais vraiment que pendant les vacances.A vous je dois l'instruction, la vie, la fortune et — souffrez que je vous le dise — l'amour!."Je sens bien que vous ne pouvez pas épouser un disgracié de la nature; un ex-paria, un bossu, et je sais que vous avez donné votre coeur à un beau jeune homme.Alors je m'en vais ."Veuillez me permettre de vous offrir mon cadeau de noces.Un frère n'a-t-il pas le droit de doter sa soeur, et ne m'avez-vous pas toujours traité en frère?"Adieu.Gardez une de mes fleurs, avec le ruban fané qui les lie .ce ruban fané, je l'ai choisi parmi les débris qu'on a pu recueillir de votre premier polichinelle.Gardez-le: qu'au jour de votre mariage, il vous souhaite le bonheur que vous méritez ."Ne me pleurez pas, je vous en supplie, si vous m'avez aimé, ne me pleurez pas.Dites avec un peu de mélancolie, mais en souriant: Il n'y a plus de Polichinelle."Pauvre Polichinelle!!!" Mon Mac/azine, Septembre 1930 13 ROMAN WILLAMSON-Louis ifARVERS Al on Ami Le ChauffeuiP (Suite de la livraison d'août) — Voilà du nouveau! ai-je dit.Je n'aurais jamais cru que M.Barrymore était de ceux qui n'osent pas.— Avec les jeunes filles seulement.— Vraiment?Il est pourtant très brave avec ma cousine, sa.p:ltronnerie ne parait qu'envers maman et moi.A vrai dire, je crois bien qu'il ne nous adresserait jamais la parole si n:us ne prenions les devants! — Parce que vous êtes trop riches.Terry a horriblement peur de passer pour un coureur de dot.Vraie ou fausse, la réplique était adroite, mais pour rien au monde je n'en aurais c:nvenu.J'ai changé la conversation: — Vous avez l'air d'adorer M.Barrymore?ai-je dit.— Je n'ai pas de meilleur ami! C'est, en vérité, le plus ncble et le plus charmant garçon du monde.S'il est aussi heureux qu'il le mérite, il le sera beaucoup.—Mais vous préféreriez qu'il fût heureux sans Maida ?— Je pense du moins qu'un mariage entre eux n'est désirable ni pour l'un ni pour l'autre.J'aurais dù, à cette minute, révéler à sir Ralph que Maida est encore plus rich* que nous, mais, pour quelque obscure raison, que ma conscience n'approuvait pas tout à fait, je n'ai rien dit.— Et vous?ai-je demandé, hardie comme un jeune sage scus le couvert de mes treize ans, n'êtes-vous pas un peu tenté de flirter avec ma cousine?Loin de se fâcher, il s'est mis à rire: — Je n'en jurerais pas! a-t-il dit, mais en échange de cette confidence ne pourrais-je pas en obtenir une autre de votre part?— Devinez au lieu d'interroger.— Vcus ne vous fâcherez pas?Eh bien! je pense que miss Beech y Kidelers, malgré ses nattes tombantes et ses jupes courtes, ne détesterait pas flirtai un peu avec mon grand ami.— Peut-être.Mais, vous l'avez dit vous-mê.ne, il me trouve trop enfant.— Je sais, une "enfant" qui est très séduisante et, s'il ne tenait qu'à moi, Terry s'en rendrait compte.— Vrai?Vous feriez cela?En ce cas, donnant donnant, je parlerai de vous à Maida "très chique-ment." Il s'est reculé un peu et j'ai cru qu'il allait se fâcher.Mais presque aussitôt il a repris son air bon enfant.A la réflexion, il pensait sans doute qu'il n'y avait pas lieu de me prendre au sérieux.— Je vous demanderais de n'en rien faire, si je n'étais absolument convaincu que les plus jolies choses dites sur moi à miss Maida ne produiraient pas plus d'effet sur son coeur qu'une ondée sur le des de mon canard.Il riait, j'ai répondu sur le même ton: — En ce cas, je travaillerai pour elle auprès du prince! De cette façon vous serez sauvés tous les deux votre ami et vous-même.— Beechy! criait maman à la minute précise où je concluais ainsi, je me demande ce que vous pouvez faire sur ce banc de terre.— Je fais de la philosophie, maman ai-je dit en revenant docilement prendre place sous l'aile maternelle.* * * Nous avons gagné paisiblement Cuneo en chemin de fer, avec notre auto malade installée elle aussi dans un wagon.Arrivé dans la petite ville, notre superchauffeur s'est révélé le plus adroit des ouvriers: pendant que nous d rmions, dans un assez méchant hôtel, il est vrai, et dans des lits que les fatigues et les émotions passées nous faisaient seules paraître reposants, il avait revêtu la cotte bleue des mécaniciens et il pasait la nuit, auprès d'une forge, à réparer la malheureuse voiture; le lendemain matin elle était prête et le moteur ronflait sous nos fenêtres.Un bref arrêt dans Asti où nous célébrons la mémoire d'Alfieri en buvant le vin fameux; un autre, plus bref encore, dans Alexandrie et nous repart :ns de plus belle.La route est charmante d'Alexandrie à Pavie.En bas, rizières, vignes et champs de blé.En haut, des ruines qui surgissent un peu partout, couronnant les collines.Elles sont presque aussi nombreuses que les couronnes de comtesse sur la lingerie de maman, et presque aussi tristes que les noirs cyprès restés les seuls compagnons de leur adversité.Leurs mélancoliques silhouettes jettent une ombre sur le riant présent qui passera.comme elles ont passé.Le vent est devenu soudain très violent.La poussière nous aveugle.Maida et moi nous décidons enfin à mettre nos encombrants voiles-masques que nous avions toujours refusé de prendre jusqu'alors.Je constate que nous n'y perd ns rien quant à l'attention des passants.Us essaient de pénétrer le mystère de l'épaisse mousseline.Us nous regardent toutes trois également, et pas un ne parait soupçonner à quel point Maida est plus digne de leur attention que maman et moi.De jeunes officiers, aux yeux de flamme et fièrement moulés dans leur uniforme, se redressent et font la roue.Nous les intriguons, mais ils sont convaincus qu'ils font impression sur nous.Petits succès réciproques et fugitifs comme un éclair! Nous retrouvons le calme des champs, en même temps que des pensées plus hautes, quand M.Barrymore nous rappelle que nous allons traverser chaque jour des champs de bataille semés de gloire, Marengo, Montebello, Pavie et, plus tard, S lférino et Marignan! Il voudrait faire escale à Voghera pour nous faire voir d'antiques bains romains, mais nous avons vraiment trop faim pour nous intéresser à rien d'autre qu'à un bon déjeuner.C'est sir Ralph qui ose émettre tout haut cette idée, qui est en nous tous, mais que nous n'aurions peut-être pas avouée.M.Barrymore n'insiste pas.Il n'insiste jamais du reste et montre un docilité qui relevé bien plus de son côté gentilhomme que de son côté chauffeur.Par pitié pour nos estomacs, il augmente même sa vitesse.La rou'e, bordée de chênes et d'acacias, ressemble à un sentier tracé à travers champs plutôt qu'à une route nationale conduisant à une grande ville.Voici la jonctin du Pô et du Ticino.annonce notre chauffeur, stoppant une minute devant un original pont couvert dont les arches ont de l'élégance.C'est paraît-il, le rendez-vous des promeneurs de Pavie.Maman sort son kodak.Maida ne prend jamais de photographies, elle fait, dit-elle, une galerie de "vues" en elle-même, et elle regarde attentivement le toit pittoresque du vieux pont.J'admire m:ins, parce que j'ai faim.Pourtant l'entrée dans Pavie m'impressionne.Le passé s'y évoque admirablement.Tout ce qu'en voit là est si digne, si noble et si conscient de l'être que la ville tout entière nous émeut.J'ai dù apprendre des tas de choses sur Pavie, autrefois, mais je ne me souviens de rien, hormis, — et bien vaguement, — de la bataille fameuse et de François 1er.L'heure du repas a jeté dans les rues tous les étudiants.Us mettent dans ce décor d'autrefois une animation étonnamment moderne et joyeuse.Nous les intéressons si vivement que je trouverais presque malhonnête de ne pas leur accorder au moins autunt d'intérêt qu'au vieux cadre dans lequel ils évoluent.Une somptueuse avenue, un vieux pont jeté sur un canal qui semble n'être là que pour refléter le ciel; nous sommes devant un des chefs-d'oeuvres de l'art chrétien, devant "la Certosa", fameuse Chartreuse de Pavie.Dans la cour immense où nous accédons par un prtail monumental, nous apercevons soudain, sans y être préparés, la merveilleuse façade de l'église.— Oh! que c'est beau! Maman elle-même est impressionnée, et c'est elle qui a jeté cette exclamation à travers son voile.Il y a longtemps que Maida et moi avons relevé les nôtres et restons sans voix.Et tandis que nos yeux demeurent fixés sur cette splendeur où le soleil ruisselle à grands flots d'or.M.Barrymore détaille ses beautés, s:n incroyable hardiesse mêlée à tant d'originalité et de fantaisie, et nous fait admirer le surprenant mélange de ces sculptures grandioses et de ces fines ciselures.Sir Ralph me désigne toutes les statues des saints, les médaillons de rois et d'empereur, et les bas-reliefs figurant des scènes de l'Ecriture Sainte.Mais je ne suis pas assez "Maida" pour m'intéresser au détail, c'est l'ensemble qui m'émeut et m'oppresse un peu.Je n'aime pas qu'on m'explique.Est-ce par dépit, parce que M.Barrymore fait un cours d'archéologie qui s'adresse seulement à Maida?Est-ce parce que, vraiment, je n'aime pas qu'on m'expliquer, préférant rêver à savoir?Je m'éloigne.— Comprenez-vous, miss Beechy, que cette oeuvre, sublime entre les chefs-d'oeuvre, soit le fruit d'un assassinat ?Sir Ralph m'a suivie et me révèle comment Jean de Visconti, seigneur de vertu, ayant tué son oncle et ses cousins pour hériter de leur immense fortune, fit élever cette Chartreuse, et y installa vingt moines convenablement dotés, afin d'expier sa faute et.de jouir, sans remords, de ses richesses.On ne devrait jamais savoir! Cette note d'hist ire a rompu le charme où je m'enlisais délicieusement.Maida continue d'écouter avec attention notre gentilhomme-chauffeur (ce nom lui convient mieux encore que superchauffeur); elle est belle à damner saint Christophe et saint Sébastien, si leur àmc revenait animer soudain leur enveloppe de pierre.Sir Ralph sort de l'église et retombe en extase devant cette façade de marbre blanc qui se détache, en relief net et pur, sur le fond des m saïques et des marbres de couleur.— Et Terry prétend qu'il y a quelque chose de mieux au monde! dit-il presque indigné.— Il pense à Maida.J'ai parlé sans le vouloir, extériorisant ma pensé*1 «ans m'en rend/e compte et je suis navrée que sir Kalph m'ait entendue.Je rougis stupidement, aggravant ainsi ma sottise.Sir Ralph se met à rire. 1U Mon Magazine, Septembre 1930 — Non, dit-il, il n'est tout de même pas à ce point admirateur de votre cousine, et si seulement vous étiez moins ridiculement riche.— G'u si Maida l'était plus que moi! ai-je répliqué vivement, en le regardant du coin de l'oeil.A vrai dire, en pourrait toujours le lui insinuer.— Oh! non! proteste sir Ralph, toujours sur le ton de la plaisanterie, laissons aller les choses.Tout vient à point à qui sait attendre.— Et, en attendant, je devrai me contenter de vous?— Si je ne veus parais pas trop ennuyeux.— Non, vous êtes "très suffisant" comme pis-aller.Cette fois, je le regarde bien en face pour juger de l'effet de ma petite impertinence.Il ne l'a pas prise en mauvaise part; son bon regard, moitié indulgent, moitié amusé, est celui qu'il a le plus souvent pour moi.Maman est lasse de beauté, elle arrache Maida et son professeur aux joies de leur conférence et donne le signal du départ.Le scleil est déjà bas à l'horizon quand nous quittons la Chartreuse; il se couche dans un lumineux décor, enveloppant d'une clarté éblouissante la féerie des montagnes, des vallées, de toute la blonde campagne.Des écharpes roses traînent sur les collines qui, peu à peu, s'entourent d'une légère frisure d'argent, puis passent par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, avant de se fendre en impalpable poussière dans l'océan d'or et de feu.Pendant que l'Occident s'enflammait ainsi, une lueur s'élevait quelque part, à l'Orient, et un torrent de blancheur opaline amortissait l'incendie.Puis, lentement, le ciel s'assombrissait au point de prendre la couleur de l'améthyste, et peu à peu, une à une, les étoiles surgirent claires, distinctes, étince-lantes.Je n'ai jamais vu, en Amérique, le clair de lune s'opposer si subitement au coucher du soleil.— Bénies soient la lune et les étoiles! s'exclama M.Barrymore, comme nous arrivions en vue des faubourgs de Milan.Il se félicitait évidemment de pouvoir nous montrer la cathédrale de Milan au clair de lune.L'heure n'aurait pu être mieux choisie.Nous ne voyions pas encore la cathédrale, mais la ville elle-même gagnait à nous être présentée ainsi: les rayons lunaires, mélangés aux rayons jaunes eu blancs des becs de gaz ou des ampoules électriques, éclairaient d'une lueur étrange et mystérieuse les portes voûtées des vieilles maisons que la nuit assombrissait; les statues, les colonnades et les fontaines jaillissantes devenaient irréelles; c'était un paysage de féerie.Impression fugitive d'ailleurs, car au centre de la ville il n'y avait aucune place pour le rêve.L'animation y était ahurissante, surtout au sortir du calme de la campagne s'endormant au crépuscule.D'impétueux tramways électriques, rapides, bruyants et étincelants, semblaient venir sur n:us, en droite ligne, dans l'intention évidente de nous pulvériser; des cyclistes audacieux frôlaient nos pneus, passant à toute vitesse entre eux et les lourds camions qui nous t uchaient presque.Tous les équipages de Milan avaient dû se donner rendez-vous pour s'enchevêtrer les uns dans les autres.Toutes les cloches chantaient, tous les cariions se mettaient en branle.Nous étions un peu ahuries quand M.Barrymcre arrêta l'auto, juste en face de la fameuse cathédrale, toute rose dans la lueur opaline, un miracle de beauté sous un déluge de clair de lune.— Voilà cornent je voulais que vous vissiez le Dôme, dit M.Barrymore en remettant l'auto en marche après quelques minutes de contemplation.Demain matin, vous pourrez revenir pour visiter tout en détail, mais vous garderez le souvenir de cette première impression.— Je n'oublierai jamais rien de ce que je vois au cours de cette excursion! La voix de Maida tremble un peu en faisant cette déclaration.Pense-t-elle que ce souvenir sera son seul plaisir quand elle aura renoncé au monde?Ou bien n'est-elle plus aussi décidée à y renoncer?Le prince nous attend dans le hall du luxueux hôtel chisi comme lieu de rendez-vous.Il est déjà en habit, paré, parfumé, paraissant sortir du li* Personne n'oserait penser que son auto l'a mis un panne comme un simple mortel et que le plus infime de ses projets en a été dérangé.Il gratifie Maida et moi d'un sourire qui est à la fois un cemplin'ent et une déclaration d'amour éternel.Mais c'est pour "sa chère comtesse" qu'il se met en frais apparents de galanterie.Et la chère comtesse est ravie.Pauvre maman! — J'ai pris la liberté de faire mettre mon couvert à votre table, dit-il, et de commander, en supplément, quelques mets du pays.J'espère que vou?les aimerez ?Et comme maman affirme qu'elle les ainvora, il devient audacieux.— Si j'osais implorer votre pitié pour un hcnine mourant de faim, comtesse, je vous demanderais de ne pas faire une trop longue toilette.Si je ne suis pas à table dans un quart d'heure ou vingt minutes, je tomberai sûrement d'inanitirn.Son regard insinue que maman est tellement délicieuse ainsi, qu'il est bien inutile de faire une autre toilette.Une fois de plus, je me jette entre eux: — M.Barrymore ne peut pas être ici avant une demi-heure, maman; il doit garer l'auto et la vérifier avant de s'habiller.— Et après la bonne journée que nous lui devons, ajouta Maida, ce serait par trop ingrat de ne pas l'attendre.Maman a négligé ma remarque.Où irait-on s'il fallait écouter les enfants! C'est vers Maida qu'elle se retourne.Elle est "à son pire", comme n:us disions au pensionnat: — Ma chère Maida, M.Barrymore est chauffeur, et il est tout naturel qu'il agisse comme tel; ce serait vraiment trop ridicule d'obliger le prince à l'attendre.Et comme Maida, les joues rouges, les yeux brillants, n'a rien pour le moment de la douceur monacale, elle ajoute avec indifférence: — En ce qui vous concerne, vous êtes du reste parfaitement libre; attendez-le si vous voulez.— Je l'attendrai certainement, "ma tante." Sous le coup de l'indignation, elle oublie que maman n'est que Kitty pour elle et que le nom de tante la défrise un peu.Maida tiendra-t-elle sa parole?Ne craindra-t-elle pas, en attendant M.Barrymore, de lui donner à croire qu'elle s'intéresse à lui plus qu'il ne sied à une future religieuse?Non, parce qu'il est pauvre, et parce que maman a l'air de le dédaigner, elle passera ou;re à toute autre considération.Les hors-d'oeuvre avaient succédé au potage, et le filet de boeuf, qui avait succédé aux hors-d'eeuvre, avait disparu, quand Maida est arrivée, radieuse-ment belle dans sa toilette du soir.Comme elle entrait par une porte, M.Barrymore entrait par l'autre et se trouvait près de la table à point nommé pour avancer sa chaise, ce qu'il a fait avec une sorte de dévotion.Sans paraître étonné que nous fussions déjà au rôti, notre gentilhomme-chauffeur a discrètement indiqué au serveur qu'il commencerait son repas au point où nous en étions du nôtre.Il devait pourtant avoir faim, — au moins autant que le prince! — Mais il lui paraissait malséant de faire repasser sous nos yeux les plats qui venaient de n:us être servis, et il s'en privait le plus naturellement du monde.—J'ai eu honte pour maman et j'ai voulu protester.Maida ne m'en a pas donné le temps, et elle a fait mieux que je n'aurais fait.comme toujours, du reste.Elle a demandé de tout, à commencer par le potage aux tomates qu'elle exècre, et elle s'est montrée presque gourmande, exigeant que chaque plat fût apporté dans l'ordre et servi très chaud.Grâce à elle, le chauffeur a diné aussi bien que le prince.A-t-il soupçnné la délicatesse de Maida et compris que le soin de sa toilette n'était pas la seule cause de son retard?C'est probable, car il a été étincelant de gaieté et d'un entrain à éclipser tout le monde autour de lui.Sa verve spirituelle s'alimentait si visiblement à la beauté de Maida que j'en ai été stupidement agacée.J'aurais volontiers griffé ou mordu quelqu'un, n'importe qui! Mais, l'occasion ne s'en présentait pa9, j'ai voulu au moins jeter une douche glacée sur ce trop enthousiaste chauffeur.J'ai taquiné Maida sur ses éternelles rebes blanches et j'en ai appelé à son admirateur: •— Avez-vous remarqué, monsieur Barrymore, qu'elle ne porte que du blanc, du noir ou du gris?L'interpellé a regardé la robe blanche d'un air franchement approbateur.— J'ai remarqué cela, en effet, a-t-il dit en riant.Mais je n'ai pas encore eu le temps de connaître toute la garde-robe de miiss Destreys.— Oh! dans quinze jours ou dans un an, ce sera tout pareil.Et c'est dommage, car le bleu-ciel, le rose et le vert-d'eau lui iraient divinement, mais, sous prétexte qu'elle veut entrer au cruvent.— Beechy! Maida, aussi rose que la plus rose des roses de France, me rappelait ainsi à la discrétion, mais j'étais d'humeur à me montrer parfaitement rosse, et rien au monde n'aurait pu m'arrêter.— Eh bien, que dis-je d'extraordinaire?ai-je demandé de mon air le plus innocent.Avez-vous donc changé d'avis?De rose France, Maida était devenue maintenant une délicate rose Niel, et j'aurais voulu quitter la table pour lui sauter au cou et ramener le sang à ses joues en l'embrassant, mais une stupide fausse honte m'a retenue.Et puis M.Barrymore était trop irritant; il se mordait les lèvres comme pour retenir une cinglante riposte à mon adresse, et il paraissait plus disposé à me tirer les oreilles qu'à son repas.Si sincères que fussent mes regrets, je serais morte plutôt que d'en rien laisser paraître, mais ils faisaient bl:c dans mon gosier et m'empêchaient d'avaler.Faute de trouver une meilleure contenance, j'ai feint d'être froissée de l'attitude de Maida et j'ai boudé.Maman et le prince ne paraissaient faire aucun cas de ce caprice d'enfant.— Vous allez directement de Milan à Bellagio, comtesse?s'informait le prince.Puis-je vous demander par quelle route?Maman s'est retournée vers M.Barrymore.— Je n'ai pas encore étudié notre itinéraire, a dit cet étonnant chauffeur qui s'est constitué, de lui-même, notre cicérone, mais on m'a dit incidemment, au garage, que les touristes prennent, en général, par Brianza.— En effet, a dit trop vivement le prince, la route est facile; je l'ai faite avec des chevaux! C'est dire que votre auto y sera fort à l'aise.Quelque chose dans son regard m'a fait soupçonner que la route devait être épouvantable, et mes soupçons se sont transformés en certitude, quand il a ajouté qu'il connaissait Milan dans ses moindres recoins et qu'il partirait avant nous.— J'ai des amis à Bellagio, a-t-il dit en s'adres-sant particulièrement à maman, et je voudrais vous les faire connaître.Le duc et la duchesse de Grave-lotti sont très accueillants et je suis sûre qu'ils seront heureux de vous recevoir.Pauvre maman! La perspective d'être reçue par un vrai duc bien vivant et une duchesse non moins authentique et n:n moins vivante était pour elle quelque chose comme une porte ouverte sur le paradis.Elle se confondait en remerciements et se levait de table: — Vous permettez, Maida?J'ai un peu de migraine et je crois que je vais monter.Venez, Beechy! J'aurais dû la suivre, je sentais que je devais laisser les retardataires achever tranquillement leur repas que je n'avais que trop troublé déjà, mais l'esprit du mal soufflait décidément en moi: — Je vous rejoindrai tout à l'heure, maman, ai-je dit en grignotant un marron glacé, je n'ai pas fini m:n dessert.Le prince avait fini le sien apparemment, car il la suivit d'aussi près que le lui permettait le développement somptueux de sa traîne de satin couleur d'orange.Sir Ralph — grâce à Dieu ! — ne les a pas suivis, et sa présence m'a donné une contenance.Mais, malgré tout son entrain, Maida et le superchauffeur terminaient leur dîner avec mélancolie.La migraine de maman s'était calmée sans doute, car je l'ai retrouvée dans un coin du grand hall, le prince assis près d'elle, dans l'attitude d'un soupirant.Par surcroît, il lui apprenait à fumer la cigarette, à l'imitation de quelques grandes dames russes qui se trouvaient là.Très en beauté et très admirée, maman s'essayait de son mieux à flirter avec désinv lture, mais bien qu'elle se grisât à son jeu, elle était loin d'être tout à fait à son aîse.* * * MAIDA A MARGARET STUMER.Darling, allez-vous me reconnaître dans ces pages hâtives d'une excursionniste qui mène la vie la plus agitée qui soit et y prend goût?.Votre "sauvageonne", si réfractaire à tout déplacement et si convaincue que le couvent était pour elle le commencement et la fin de tout, se découvre une mentalité nuvelle.N'allez pas croire cependant que J'oublie le calme et doux passé dans le présent trépidant.J'aime encore par-dessus tout.oui, vraiment par-dessus tout, la grande maison blanchs assise au bord de l'eau sous ses érables frémissants.Je revois bien souvent, en fermant les yeux, l'immense pelouse verte avec ses corbeilles de géraniums et de verveines et le petit jardin vieillot qui nus jetait au visage le parfum des oeillets du poète mêlé à celui des lourdes roses jaunes qui sentent le thé.Souvent aussi, perdu dans le brouhaha des immenses caravansérails mondains où se plait le snobisme excessif de ma tante, j'évoque la silhouette harmonieuse de nos soeurs et leurs gestes d:ux et leurs longues robes blanches et leurs voiles couleur d'azur.Mais suis-je toujours aussi convaincue que ma vocation est de vivre comme elles?Si vos grands yeux clairs étaient fixés sur les miens en point d'interrogation, peut-être n'oserais-je pas vous avouer que je ne me sens plus tout à fait aussi sûre que la paix profonde des couvents et les loisirs qu'elle laisse pour réfléchir et concentrer ses réflexions sur les choses de l'au-delà sont le plus grand des b nheurs pour une femme.Je rêve plus rarement à la joie de porter le doux cachemire blanc aux plis souples et le seyant voile bleu, pour vivre parmi celles qui ont donné à mon enfance la caresse de leur sourire maternel et l'apparenoe d'une famille.En dépit de moi-même, et non sans un peu de remords, je me sens heureuse de les avoir quittées — pour un temps du m tins.Ne riez pas, darling, je suis sincère en vous disant que je ne vois plus clairement la route à suivre.Je laisse passer les jours sans me demander où ils vont et où ils me mènent, jours joyeux sous la caresse du soleil, jours gris et tristes qui charrient sous la pluie des pensées maussades, jours "vécus" qui n.us donnent chacun ce que nous attendons d'eux et, en revanche, prennent, je le sens, quelque chose de nos âmes.Tous ont leur charme, qui se prolonge dans le commencement des nuits silencieuses et étoilées, de ces nui.s voilées de nuages ou noyées de clair de lune, d:nt le frémissement de notre moteur trouble si étrangement la sérénité.Et tout est pour moi enchantement et féerie. Mon Magazine, Septembre l'JSO 15 Je n'ai plus le mal du pays.Vous avez raison, darling, il est guérissable.Mais je l'ai eu vraiment à l'état aigu au temps où tante Kitty me traînait à travers Paris d'un magasin à l'autre sans répit.et plus encore au Cap Martin, quand nous en étions réduites à la seule société du prince et de son groupe d'amis personnels.Le prince ncus a suivies, il est vrai, et c'est le seul point noir dans notre excursion.Mais, grâce à Dieu, je ne suis plus sa victime.Pour quelque raison que j'ignore, mais que je bénis, "Son Altesse" a cessé brusquement de s'intéresser à ma modeste personne, qu'il honore seulement d'une bienveillance protectrice et quelque peu hautaine.Toutes ses faveurs vont à tante Kitty, qui ne parait pas en faire fi.Je vcus ai promis une lettre tous les deux jours, darling, et je voudrais tenir ma promesse, mais c'est presque impossible.Deux fois déjà depuis que j'ai commencé de vous écrire, Beechy est venue heurter à ma porte et j'entends depuis quelques minutes ronfler le moteur; le "superchauffeur", comme dit Beechy, nous attend.Je pense qu'il sera mieux que je jette chaque soir sur mon bloc-notes quelques lignes relatant les événements de la journée et que je vous envoie le tout.J'embrasse en hâte, mais de tout coeur, sur vos deux joues toutes les "anciennes" et je leur demande, comme à vous-même, my dearest, de croire à ma constante amitié.— MAIDA.Bellagio, 7 avril.Non, ma jolie "sagesse", tante Kitty n'est pas réellement sctte, comme vrus paraissez le croire.Elle est en pleine griserie d'indépendance et de fortune.Voilà tout.Quand son mari vivait, la privant de toutes les distractions de son âge, — que sa fortune lui aurait cependant permises, — elle a passé toutes les minutes de sa vie à rêver ce qu'elle ferait si elle était libre.Elle est libre, elle veut vivre son rêve et elle le vit intensément, presque stupidement, je vous l'accorde, mais, croyez-moi, elle mérite de bénéficier de quelques circonstancs atténuantes Les romans sans valeur lui cnt tourné la tête, elle se croit une des héroïnes dont l'histoire a charmé autrefois sa vie monotone, et elle a décrété en elle-même que les trois hommes de notre groupe sont amoureux d'elle et prétendent à sa main.Cette conviction — sans fondement, honnit pour le prince peut-être — lui est une j:ie sans seconde.Sir Ralph n'a que vingt-neuf ans et elle en a quarante bien sonnés, mais sa masseuse lui ayant affirmé qu'elle ne parait pas en avoir plus de trente, elle traite sir Ralph en camarade et pense de la meilleure foi du monde qu'elle pourrait l'épouser.Quant à M.Barrymore, le prince a essayé vainement de le retirer du jeu en affectant de le traiter comme un vulgaire chauffeur.Il n'a pas réussi.Beechy, contre-balançant l'influence du prince, a convaincu sa mère qu'il est le plus grand seigneur des trois.En ce qui me concerne, c'est ma convic-ticn absolue.Mais ce mot magique de "prince" affole tante Kate et personne ne pourrait sérieusement entrer en lutte avec un personnage pouvant ramener à Denver une "princesse".Princesse! Voilà ce qui est au fond de toutes les apparentes folies de tante Kitty, voilà ce qui met une flamme brillante dans ses yeux, lui donne la force de mener cette vie mouvementée, si peu conforme à son tempérament.Car il est incontestable que netre pauvre Kitty, puisque Kitty il y a, trouve l'auto absolument inconfortable; elle a peur de la vitesse, le moindre ravin lui paraît un dangereux précipice et elle regarde avec une égale indifférence les plus vieux monuments et les sites les plus splendides.Mais pour rien au monde elle n'avouerait son indifférence n.n plus que ses terreurs et sa fatigue.Nous en avons eu la preuve ce matin au sortir de Milan.La r ute était terriblement mauvaise et un chemin grimpant et étroit l'a affolée.Elle était convaincue qu'une voiture descendant en vitesse à notre rencontre nous pulvériserait comme fétu de paille, ou pis encore que l'auto allait redescendre en arrière par son prrpre poids, nous jetant Dieu sait où! — Etes-v:us sûr de ne pas vous tromper, a-t-elle crié à M.Barrymore, aucun être humain n'a jamais dû passer en voiture sur cette route.J'ai l'impression que nous allons à la mort.Beechy l'a calmée d'un mot.— J'espère, maman, que vous n'allez pas gâter cette belle journée en devenant aussi "p:ule mouillée" que le prince ?Tante Kitty a rougi jusqu'à la naissance de sa "combinaison" de cheveux blonds, mais elle n'a rien répliqué.Du reste, sir Ralph s'est hâté d'intervenir.— Personne ne mourra, comtesse, a-t-il dit gaiement, et nous arriverons tous indemnes, y compris le petit chien de miss Maida.— Dieu le sait! — Et moi aussi, a-t-il riposté toujours sur le même ton, d'abord parce qu'il n'y a aucun danger et ensuite parce que j'ai confiance en Barrymore.— Votre confiance serait mieux placée en la Providence pour le moment, a jeté tante Kitty.— N'oubliez pas, maman, a insinué Beechy, que nous sommes sur la route que le prince nous a particulièrement recommandée.Ce serait trop humiliant de penser qu'il a vculu nous envoyer à la mort! Personne de nous, je suppose, ne lui a promis de faire un testament en sa faveur?J'ai eu un peu pitié de tante Kitty sur le moment, niais vraiment la promenade est redevenue plus agréable après cette algarade de notre enfant terrible.9 avril.Tante Kate a su tout de suite que l'hôtel de Bellagio était un vrai château ayant appartenu à de vraie châtelains qui y habitaient encore il y a peu d'années, et la pensée d'entrer là en souveraine par droit d'argent, sinon par droit aristocratique, a mis un baume sur toutes les blessures que Beechy avait faites à sa vanité.Et puis, hélas! comme nous mettions pied à terre, le prince était là, détonnant comme une fausse note dans la délicieuse symphonie de parfums que les splendides jardins en terrasses nous jetaient au visage.— Comme vous arrivez tard, s'est-il écrié en se précipitant pour aider tante Kitty à descendre, il y a deux heures que je vous attends et je commençais à croire sérieusement que vous avez été victime de quelque accident.— Quel malheur que vous n'ayez pas eu cette crainte à Milan, a coupé Beechy délibérément impertinente, vous auriez pu prendre la précaution de demander à maman un legs en votre faveur avant de nous indiquer la plus mauvaise route de l'Italie.Le prince a affecté de prendre la boutade en riant selon son habitude, mais la malicieuse a insisté: — Vraiment je comprends, prince, si vous avez fait une fois ce trajet, — comme vous l'avez affirmé hier, — que vous ayez préféré prendre le bateau ou tout autre moyen de locomotion, plutôt que de vous y exposer une seconde fois! Et comme sa mère la pinçait subrepticement pour la faire taire, elle a ouvert ses grands yeux dans le plus candide étonnement et demandé tout haut si elle avait dit quelque chose de reprehensible.Le prince, toujours adroit en ces circonstances délicates, a feint de n'avoir rien entendu, et mieux encore a su faire tourner l'incident en sa faveur.— Savez-vous pourquoi je tenais absolument à arriver ici avant vous?a-t-il demandé à tante Kitty de sa voix la plus douce.— Mais non, je ne vois pas.— Ne sommes-nous pas à la veille du 10 avril?— Oh! prince, vraiment vous avez pensé, .— Avez-vous pu croire un seul instant que je l'oublierais! Je suis confuse que Beechy ait parlé devant vous de nos habituelle petites fêtes de famille pour mon anniversaire.— Et moi j'en garde une reconnaissance infinie à miss Beechy.Grâce à elle j'ai pu préparer ma "surprise".— Une surprise! s'est exclamée tante Kitty aussi radieuse qu'une fillette à qui on tend une poupée nouvelle.Quelle est cette surprise?Le prince a mis gravement un doigt sur ses lèvres et, comme nous insistions poliment, il s'est dérobé par la fuite.Faut-il vous avouer, darling, que je suis presque aussi curieuse que tante Kitty, de savoir ce qu'a bien pu préparer ce maitre-fourbe pour resserrer les mailles du filet qu'il tend auteur de sa naïve conquête.Vous voyez, ma dearest, votre "sauvageonne" a conquis encore un défaut en sillonnant les routes, elle est devenue curieuse.10 avril Un jour de soleil doit être doublement agréable, passé dans un endroit aussi délicieux que la ville de Serbelloni.Je me faisais cette réflexion en sautant hors du lit pour aller ouvrir ma fenêtre à toute la lumière et à tous les parfums du matin.Le lac qui était hier soir, à notre arrivée, un miroir d'argent était ce matin un immense lapis-lazuli.Les vieux pins qui m'avaient paru mélancoliques au seuil de la nuit étendaient joyeusement leurs ombres déchiquetées sur une orgie de fleurs aux radieuses couleurs.Devant moi le jardin descendait en terrasses somptueusement fleuries de glycines, de roses et d'azalées et je m'attardai si longtemps dans ma contemplation que j'étais à peine prête quand tante Kitty me fit demander de venir vers elle.On venait de lui remettre une énorme gerbe de fleurs rares accompagnées d'un poème signé du prince.Est-il de lui?J'ai reconnu sen écTiture, mais j'ai peine à croire que les vers soient de son invention.En tout cas, il lui reste le mérite d'avoir su les choisir.Ils sont charmants et remplis d'allusions amoureuses.Pauvre tante! Elle donne l'impression d'une toute jeune fille à sa première Amotion d'amour.Malheureusement Beechy trouble sa joie et elle se demande anxieusement si la terrible enfant ne va pas faire unç alluaion à son.âge véritable quand arrivera l'heure des souhaits.C'est pour me confier cette angoisse qu'elle m'avait fait appeler avant de voir Beechy.Grâce à Dieu ses craintes ont été vaines.Beechy était ce jour-là d'humeur accommodante.— Qui croirait que maman a vingt-neuf ans aujourd'hui?nous a-t-elle demandé avec un regard circulaire qui nous obligeait tous à ncus extasier sur l'air de jeunesse de tante Kitty.Il est vrai que la petite futée ajoutait: — Ce n'est pas moi, en tout cas! d'un air qui mettait sa mère à sa merci.La surprise du prince avait besoin, nous avait-il dit, du secours de la nuit et il appartenait à sir Ralph et à M.Barrymore d'exprimer leurs sympathies dans la matinée.Ils le firent gentiment par un exquis déjeuner dans le plus grand restaurant des bords du lac et une promenade en barque.Mais le prince gardait des airs de mystère et de suffisance qui avaient le pouvoir d'exaspérer Beechy.De fait, tout dans l'attitude du prince semblait offensant peur nos aimables amphitryons : "J'ai pitié des pauvres gens que vous êtes et de vos mesquines galanteries, disaient ses regards, vous verrez ce soir comment un prince Dalmar Kalm sait agir en pareille circonstance." Et la reine du tournoi ronronnait et minaudait.Et Beechy avait son plus inquiétant regard.La pluie menaçait, mais contrairement à son habi-ture tante Kitty n'en prenait souci.Nous étions du reste parfaitement à l'abri dans la grotte que M.Barrymore, moins absorbé en lui-même, avait songé à retenir pour nous y offrir le thé et nous jouissions béatement du plaisir égoïste, mais délicieux, de regarder tomber la pluie, en étant confortablement au sec.Le spectacle était, à vrai dire, d'une beauté rare et devenait plus impressionnant à mesure que l'ombre se faisait plus dense autour des m ntagnes et en noyait peu à peu les contours.Des traînées de nuages se glissaient à la suite les uns des autres comme des fantômes malfaisants, ils cachaient peu à peu tout l'azur et laissaient seulement dans le lointain une échancrure, sorte de porte d'or par où le soleil venait de disparaître, par où il allait revenir presque aussitôt, affirmait M.Barrymore.Et, en effet, moins d'une heure plus tard, il était là, plus brillant que jamais, au-dessus de la brume qui s'atardait encore sur les montagnes, et il transformait de nouveau le paysage.C'était si féerique qu'aucun de nous, même tante Kitty, n'aurait voulu quitter la grotte avant le crépuscule.11 avril.Malgré mon antipathie pour le prince, je dois reconnaître qu'il sait être galant quand il lui plaît et je n'ai pu que rendre hommage à son imagination quand nous sommes entrés hier soir à l'hôtel, la nuit tombée.L'idée en soi était assez banale d'avoir fait dresser notre table dans le jardin et d'avoir fait illuminer celui-ci.Mais le décor était unique.Des lanternes vénitiennes semées partout à profusion semblaient des turquoises, des rubis et des émeraudes dans le sombre écrin du feuillage, et dès que nous eûmes pris nos places on tira un feu d'artifice vraiment grandiose.Des fusées incessamment renouvelées s'élevèrent vers le ciel, se jouant parmi les feuilles et les fleurs avant de retomber en pluie d'or eu de feu dans le lac, impassible et sembre.Beechy avait un sourire énigmatique qui troublait visiblement la joie orgueilleuse de sa mère.Mais ce trouble était largement compensé par la pensée délicieuse que tous les voyageurs de l'hôtel savaient ou sauraient qu'elle, Catherine Kidelers, de Denver, était l'héroïne de cette fête princière.Le gâteau d'anniversaire amena un sourire aussitôt réprimé sur les lèvres de sir Ralph.Il était immense, ce gâteau d'anniversaire, et quatre-vingts bougies auraient aisément pu flamber autour.Le contraste n'était que plus frappant de ses vingt-neuf bougies, pas une de plus, pas une de moins, et si invraisemblablement petites qu'elles marquaient seulement des semestres et nen des années, c mme le fit remarquer assez pesamment le prince.Il s'était levé le premier pour un toast et nous avons tous de bon coeur suivi son exemple; mais la physionomie de Beechy devenait plus inquiétante à mesure que celle de sa mère paraissait plus naïvement radieuse.Il était pourtant naturel que, le prince lui ayant offert cette soirée de triomphe, tante Kitty prit son bras après le dîner et s'éloignât un peu de nus pour le remercier, mais la chose évidemment n'était pas du tout du goût de Beechy.Je me rendis compte de ses sentiments, quand il devint visible que le prince recherchait la solitude à deux et entraînait rapidement sa compagne vers le petit sentier qui descend au lac.— Avez-vous l'intention de m'enlever?demanda tante Kate, élevant à dessein la voix et paraissant, malgré tout, un peu gênée.— Peut-être.Ce fut le dernier mot entendu.L'instant d'après ils avaient disparu.Et pour ce soir, darling, mon conta finit là.Peut-être vcus écrirai-je demain qu'après avoir fê- 16 Mon Magazine, Septembre 1930 té un anniversaire nous fêtons des fiançailles.Mais non.Je veux espérer, malgré tout.Je fais fonds sur le bon sens bourgeois de tante Kitty et sur l'esprit avisé de Beechy, et je souhaite pouvoir vous écrire demain que le prince est en déroute.Je vous embrasse en cette pensée délicieuse.— MAIDA MRS.KIDELERS A UNE AMIE Quand j'ai quitté nos amis hier soir, dans le jardin splendidement illuminé en men honneur, je sentais que j'étais à la minute décisive de ma vie et j'étais terriblement émue en acceptant le bras du prince qui m'entraînait à l'écart.Beechy avait été odieuse pendant tout le repas et m'avait presque violemment retiré de la bouche une cigarette que le prince avait allumé pour moi et elle avait insisté maladroitement sur ce point que son père ne m'aurait pas permis de fumer et que je ne fumais jamais autrefois.Je n'avais pas osé lui résister dans la crainte qu'elle fit une incartade plus sérieuse encore, mais j'étais heureuse de m'éloigner d'elle et de ne plus sentir son regard ironique et menaçant.Je ne tardai pas à m'apercevoir que j'échappais à un danger pour tember dans un autre, et combien plus grave! Comme nous approchions du lac, le prince me conduisit triomphalement à une barque beaucoup plus élégante et mieux ornée que les autres.— Mon ami, le marquis de Corami, a bien voulu me prêter son canot automobile pour veus procurer le piaisir d'une promenade sur l'eau, m'a-t-il dit.Evidemment il croyait m'être agréable et ne pouvait se douter à quel point j'appréhendais cet apprentissage de l'auto sur l'eau avant d'être tout à fait familiarisée avec l'auto sur terre.Pour rien au monde je n'aurais voulu lui montrer ma frayeur, mais quand j'ai vu le mécanicien galonné comme un ministre lui céder le gouvernail et sauter prestement sur le rivage, je me suis sentie défaillir.Certes le prince ne paraissait pas douter de son talent de chauffeur et traçait joyeusement notre chemin dans le blanc sillage de la lune reflétée sur le lac.Il était à mille lieues de soupçonner mon peu de confiance en lui.A vrai dire je mourais littéralement de peur quand il s'est enfin retourné vers moi.— Où vculez-vous aller?m'a-t-il demandé.Si j'avais été sincère, j'aurais répondu: nulle part! Mais j'ai eu le courage de répondre "Où vous voudrez!" d'un air aussi dégagé qu'il m'était possible.— Je voudrais pouvoir vous prendre au met! m'a-t-il dit en me regardant très gentiment.Mais je n'ose pas trop demander et m'estime très suffisamment heureux de veus avoir ainsi, à moi seul, loin de tous ces gens qui vous entourent.En d'autres circonstances, j'aurais trouvé charmant, moi aussi, ce téte-à-tête au clair de lune, mais pour le moment je ne pensais qu'à y mettre fin au plus vite.Je cherchais fébrilement quelque prétexte pour obliger l'audacieux am:ureux à me ramener en terre ferme.Hélas! tout ce que je pus trouver ne réussit qu'à rendre la situation plus critique en donnant le pas à l'amoureux sur le chauffeur; le prince se détournait du gouvernail pour me prendre la main: — J'espère bien que vous ne serez pas assez méchante pour me priver de quelques minutes de bonheur sous prétexte de les rejoindre?m'a-t-il dit.Sa voix était si troublante que, malgré toutes mes inquiétudes, durant quelques secondes, mon coeur battait d'émotion plus encore que de peur.Je crois bien que je ne l'avais jamais senti battre ainsi, même le jour où John Kidelers m'a demandée en mariage autrefois.il y a 1 ngtemps.dans le jardin de mes parents.Le cadre était différent et moi plus différente encore que le cadre.Je sentais que j'allais être appelée à prendre une décision, que le prince et moi étions arrivés à la minute décisive, et c'était plus impressionnant que je ne l'aurais cru.Je cherchais à prendre un air d'autant plus dégagé que je me sentais plus gauche et plus embarrassée.La peur dominait, malgré tout, mon émotion intime et, bien que les yeux du prince fussent très tendres, les miens s'en dé ournaient, malgré eux, pour se fixer, avec une indicible angoisse, sur le gouvernail dont je pensais que nos vies dépendaient.A tout prendre, mieux valait vivre simple comtesse que risquer de mourir en recevant la demande en mariage d'un prince.De tout mon coeur, je souhaitais qu'il s'occupât moins de moi et un peu plus de son canot.Mais sa voix devenait plus douce encore: _ M'avez-vous un peu deviné, ma belle comtesse?— Le bateau enfonce! Vous voyez bien qu'il enfonce! Je ne trouvai rien d'autre à lui répondre, et rien au monde n'aurait pu m'empècher de pousser des cris affolés en me cramponnant, des deux mains, à la barre d'appui.Le prince, alors, s'est précipité et, vivement, a fait quelques manoeuvres; mais il n'avait sans doute pas toute sa présence d'esprit, car le moteur, au lieu de reprendre la ligne droite, s'est immobilisé complètement.Le bateau a glissé encore quelques secondes, puis a commencé de flotter vaguement, à la dérive.— Ce n'est rien, m'a dit le prince; j'ai arrêté le moteur par mégarde, je le remettrai tout à l'heure en marche; mais n'ayez pas peur, ne gâtez pas la douceur de ces quelques minutes.C'est si doux d'être ainsi seuls ensemble et doucement bercés par ces petites vagues.— Les vagues ne sont pas petites! ai-je corrigé malgré moi.Le lac est encore agité par la tempête de cet après-midi et.vraiment, prince, je trouvais.plus agréable encore quand le bateau marchait.— Vous avez peur?C'est très gentiment féminin, du reste, d'avoir peur, m'a-t-il dit sans paraître fâché de mon impolitesse, mais il n'y a vraiment aucun danger, surt.ut par un temps pareil.Regardez, belle poltronne, la lune nous éclaire comme une bonne grosse lampe.— Pour le moment! Mais ne voyez-vous pas cet affreux nuage noir?.Avant cinq minutes, il voilera la lampe et j'imaginerai des choses affreuses.par exemple des rencontres terribles entraînant un naufrage.Le prince leva la tête et pensa sans doute que j'avais raison, car il remit la main sur le gouvernail: — Je vais remettre le moteur en marche, mais à une condition : Vous ne me demanderez pas de vous ramener à l'hôtel avant une heure.au m tins?— Entendu! J'aurais promis n'importe quoi pour ne plus m'en aller ainsi, dans la nuit, à la dérive, mais j'étais navrée à la pensée de rester pendant une heure encore dans une situation si inquiétante.Le prince s'affairait, brûlant allumettes sur allumettes, examinant chaque recoin du moteur, mais ne parvenant pas à le ranimer.— J'ai peur d'avoir bloqué le moteur.ou qu'un ressert soit faussé, dit-il.Il cherchait à réprimer l'agacement nerveux qui lui venait de ce contretemps, mais sa nervosité était, pour le ni-ment, le dernier de mes soucis.Le prince avait pris ma main, mais je fis un soubresaut qui menaça de nous faire chavirer, quand il me révéla sa joie de me garder ainsi le plus longtemps possible! — Le chauffeur qui nous a amené le canot, dit-il.ne doit venir le reprendre qu'à minuit, et il ne se mettra sûrement pas en quête de nous avant l'heure convenue.— A minuit! Mais ce serait affreux! ai-je dit avec plus de sincérité que de politesse.J'espère bien qu'on viendra à ntre secours plus tôt?— Nous sommes trop éloignés du village pour qu'on s'aperçoive de notre panne, mais je vous ré-pèïe, charmante amie trop nerveuse, que vous n'avez rien à craindre.Et c mme je protestais, il serra plus fort mes deux mains dans les siennes et se laissa glisser à genoux devant moi.— Allons, ne soyez pas méchante, et laissez-moi vous dire avec quelle impatience j'ai attendu ce jour de votre anniversaire pour vous dire.— Chut! .Ecoutez.Ce sont des voix, n'est-ce pas?.Oh! c'est sûrement un bateau qui va se jeter sur le nôtre! — Non, il n'y a rien; je ne vois absolument rien, si ce n'est que vous cherchez un prétexte pur ne pas m'écouter.J'ai protesté, faisant un effort pour m'excuser, mais j'étais intérieurement plus torturée que saint Laurent sur son gril.Pourtant les paroles d'amour qui arrivaient à mon cerveau, un peu confuses et comme enveloppées d'ouate, me grisaient légèrement malgré tout.Mon rêve se réalisait dans des con-diti ns tragiques, mais il se réalisait.— Je mets toute ma vie à vos pieds.faites-moi l'honneur d'accepïer.Une lueur brillante, aveuglante, nous enveloppait, coupant sa phrase, laissant tout dans l'ombre, hormis n us-mêmes.C'était si imprévu, si soudain, que nous en étions comme paralysés et restions imni biles et muets; lui, toujours à genoux, tenant mes deux mains et levant les yeux vers moi comme en extase, moi penchant un peu la tête vers lui.C'était à mourir de honte! Un éclat de rire sonore et grossier crurut au travers du lac, répété par les échos.Il me fit l'effet d'un soufflet sur la joue.Le prince s'était ressaisi et avait repris une attitude plus correcte.— C'est la douane italienne, avec sa stupide manie d'explorer le lac! m'expliquait-il.Maintenant qu'ils ont vu que nous ne sommes pas des contrebandiers, ils nous laisseront tranquilles.Maudite duane! Pendant t:ut le temps que sa lueur avait été sur nous, chacun avait pu voir, du rivage, le moindre de nos gestes et nous reconnaître.J'essayais de dominer mes nerfs, mais dès que l'ombre fut rétablie, je me mis à pleurer et à rire alternativement.Le prince en a pris prétexte pour ressaisir ma main et s'efforcer de me calmer.J'espérais qu'il allait reprendre aussi sa déclaration au point où il l'avait laissé et je m'apprêtais à lui dire que je serais très heureuse d'être "sa princesse", quand des voix joyeuses ent résonné tout près de nous.Beechy m'appelait dans la nuit! Tout notre petit groupe explorait le lac, en bateau, venant à ma recherche! — Je me demandais ce que vous étiez devenue, maman, a dit Beechy, mais je n'aurais jamais pensé que vous, si poltronne, auriez pris le large, la nuit, dans un auto-yacht.J'ai rougi, ce qui était absurde de ma part, car, après tout, je suis maîtresse de mes actes, mais la pensée que Beechy avait pu me voir, au moment cù la douane éclairait le lac, m'était absolument intolérable.— Ce bateau appartient à un ami du prince, ai-je expliqué, mais il a eu une panne et le prince cherchait à voir d'où venait le mal.— Je comprends, a-t-elle dit de son air le plus sphinx, et je comprends aussi que le prince est très myope.Le prince n'a pas répondu.Il expliquait à M.Bar-rymore comment la panne s'était produite et lui demandait de n:us rem:rquer jusqu'au quai.Ma soirée était gâtée.J'ai essayé de rire de l'aventure, criant bien haut combien c'était providentiel qu'ils eussent pu venir à notre secours, mais, bien que je fusse convaincue de ma liberté d'agir, je redoutais terriblement mon premier tête-à-tête avec Beechy.Il ne s'es: pas fait attendre! Dès que j'ai été dans ma chambre, elle est venue m'y rejoindre.Elle paraissait aussi gentille et naturelle qu'à l'ordinaire: — Avez-vous besoin de mon aide, maman?J'ai pensé que vous aimeriez vous rep:ser tout de suite, et les femmes de chambre n'ont pas encore dîné.Mais, quand elle eut à demi dégrafé mon corsage, son petit visage malicieux est devenu presque grave et elle m'a demandé sans préparation: — Qu'est-ce que le prince vous a dit, maman, en vous demandant en mariage?— Il ne m'a pas demandée en mariage.— En ce cas, je demanderai, moi, à sir Ralph de lui envoyer ses témoins.Il n'a pas le droit d'embrasser vos mains et de s'installer à v:s genoux, s'il ne vous a pas demandé de l'épouser.— Il n'a pas eu le temps de le faire, ai-je dit non sans fierté; il allait parler, quand le phare électrique.— .L'interrompit, — heureusement pour vous! — Pourquoi heureusement?— Parce que cela vous a évi:é l'ennui de refuser son effre.— Je n'ai nullement l'intention de la refuser.— Vraiment?.En ce cas, c'est moi qui la refuserai.Je m'attendais à tout, excepté à cette proposition tranquille.— Ma pauvre enfant, ai-je commencé, vous parlez de choses que vous ne comprenez pas et.c'est curieux comme, en ce moment, vous me rappelez votre père.— Il n'y a rien là de curieux, je suis sa fille.En revanche, je ne veux pas être la belle-fille du prince.Cette fois, c'en était tr.p.J'avais enerre les nerfs fatigués par mes émotions de la soirée et j'étais incapable de les dominer, j'ai éclaté en sanglots.— Je me demande pourquoi vous vous jetez toujours en travers de mon bonheur, Beechy?ai-je dit en mots entrecoupés.— Je ferai l'impssible p:ur que vous soyez heureuse, maman.Pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à regarder ma jupe et ma coiffure.Vous avez voulu, par surcroit, être comtesse, je n'ai pas protesté, mais le prince! .Non.Ce serait vraiment trop! Elle était si irritante de ton et d'attitude que j'ai repris un peu de sang-froid pour lui déclarer que ma vin é passait avant H sienne et que je répondrais p.ffirmativement au prince dès qu'il reprendrait la conversation.— Il ne la reprendra pas, vous pouvez en être sûre! — Il la reprendra, et cela dès notre prochaine rencontre.— Je suis prête à parier le contraire! — Qu'est-ce qui vous donre une telle certitude?ai-je demandé, de plus en plus agacée par d'aussi singulières façons.— J'ai mes raisons personnelles.— Des raisons de savoir que le prince n'achèvera pas la c:nversatin commencée hier?— Oui.Là, j'ai perdu vraiment la të'e, et, me levant, je l'ai secouée par les épaules, prête à la battre comme quand elle avait sept ans.— Je sais, ai-je dit au comble de la colère, vous allez lui dire mon âge réel?Et lui révéler tous mes artifices de toilette?— Fi! Pour qui me prenez-vous, maman?a-t-elle riposté avec tant de sincérité que je ne pouvais plus douter de sa parole.Du reste, a-t-elle ajouté, de plus en plus mystérieuse, même si je lui révélais tout cela, et plus enerre, cela ne changerait rien.Eussiez-vous l'âge de Mathusalem et des fausses dents de rhinocéros, il ne verrait pas là une raison suffisante pour ne pas vous épouser.— Alors que comptez-vous faire?— C'est mon secret.Et sans vouloir rien ajouter, elle a achevé de me déshabiller et a regagné sa chambre.(Suite à la jmge 28J Mon Magazine, Septembre 1930 1 La Causerie Féminine Le billet de Tonte JeanneJ L'ordre est la joie de la maison, il évite les discussions et la mauvaise humeur ne peut se faire jour dans un ménage où tout est d'accord, où chacun a ce qu'il lui faut au moment voulu; l'ordre matériel, dans les choses les plus simples est "comme un rayon affaibli, mais encore plein de charme, de la perfection divine".Mais, pour que cette harmonie, dans la maison, soit complète, il faut davantage encore.Dans la vie de famille, il y a souvent des heurts, des piqûres, des blessures intimes assez frenuentes et assez douloureuses; si l'ordre matériel atténue leur acuité et enlève bien des occasions de plaintes et de récriminations, il n'est pas moins vrai que, vivre avec des caractères opposes qui n'ont pas les mêmes vues, les mêmes idées que vous, qui n'envisagent pas les choses comme vous les voyez, qui ne prennent pas la vie par le même bout, est en somme fort pénible; mais au lieu d'avoir de la douceur, de la patience, de la conciliation, personne ne veut céder, jn discute, on murmure, on s'aigrit mutuellement; un mot vous dé-¦ lait, au lieu de le laisser tomber, vite, on le relève, on l'agrandit et l'on en fait une rioptagr.e! on écoute des raDports et l'on devient ombrag> ux, susceptible et méfiant.11 ne faudrait jamais, dans la maison, ni ailleurs, du reste, faire attention aux récits peu bienveillants qu'on vous sert sur fe!le ou telle pei sonne, pour montrer du zele ou siniplem.-nt par mauvaise habitude de bavardage.Les jeunes filles ne devraient jamais se mêler inutilement à ces petites histoires qui, pour une vétille, un rien mettent parfois le feu aux poudres, mais elles veulent de temps en temps, se donner de l'importance et se permettent de raconter toutes sortes de choses sur leurs professeurs, etc., etc., elles aiment aussi empiéter sur l'autorité des parents et brouillent les cartes en donnant des ordres à tort et à travers.Les petites filles sont parfois terribles en s'occupant de ce qui ne les regarde pas et en étant toujours fourrées derrière la porte pour écouter les conversations des grandes personnes, qu'elles fatiguent par leurs obsessions, c'est ainsi que la paix s'en va de la maison; les enfants, au contraire, seraient mieux dans leur rôle s'ils avaient la douce mission de l'entretenir en étant comme des anges pacificateurs qui, voyant des choses qui ne vont pas, tâchent de les arranger par des attentions, de la tendresse pour les uns, de la charité et du tact pour les autres.Il faut que la maison soit reposante pour tous; que les maris, les frères y trouvent un réconfort et un délassement à leurs travaux et à leurs études.Les femmes seront alors les bons rouages qui feront marcher sans grincements, avec régularité et précision tout l'organisme intérieur du foyer familial où l'on ne pense pas assez à pratiquer les concessions mutuelles, les égards qui sont cependant les vrais moyens de placer chez soi l'union et la bonne entente.Je ne sais pourquoi, généralement, on n'est plus gai en famille; ce serait trop long d'en rechercher ici la cause mais, de fait, il n'y a plus maintenant cette simplicité d'autrefois qui favorisait l'humeur joyeuse; on s'amusait de rien, avec rien, et l'on riait franchement, honnêtement.La maison était ouverte aux parents, aux amis, aux voisins; on jouait, on chantait, on faisait d'innocentes farces et les hommes âgés peuvent vous dire encore combien, au bon vieux temps, l'on était heureux! A présent, on ne R epo a Mai -+ i i i Aux Jeunes I* ill Nous reconnaîtrons-nous un Ciel?Nous aimerons-nous encore ou si Dieu nous tiendra lieu de tout?Voilà à fUOI peut se résumer votre lettre étrange petite fille qui signez Martine.Je ne suis pas qualifiée pour taire de la théologie mais puisque vous y tenez tant je vous dirai dans cette causerie mon opinion à moi sur le grand mystère de l'au-delà.Je crois de toute mon âme que l'on se reconnaîtra là-haut parce que mes plus chères tendresses m'ont devancée pour l'autre patrie .et j'ai trop soif de les retrouver pour songer un instant que je les aurais perdues à jamais.Pensez-vous réellement que l'enfant qui n'a pas eu de Maman pour sourire à son berceau M connaîtrait pas au Ciel la douceur de l'amour tnaternel?Et les liens de l'époux, l'épouse, rompus par la mort ici-bas, ne se renoueraient pas de l'autre côté?Le ineillard ne tendrait pu les bras à la vieille compagne avec qui il a cheminé si longtemps sur terre?Et les amants malheureux qui toute leur vie ont porté leur croix dajis l'espérance d'une union là-haut, seraient éternellement séparés?Non, moi, je ne veux pas croire cela.parce que le bon Dieu qui nous a aimés assez pour mourir pour nous, qui a ressussicté le fils de la veuve de Nairn pour consoler la femme désespérée, qui a aussi ressuscité l'ami Lazarre pour le rendre aux deux soeurs éplorées.Lui, qui a gar «MOI par le dessin et la disposition artistique de ses motifs rappelle les porcelaines peintes, et demande d'apporter un soin tout particulier a la disposition des couleurs en effet on devra se rapprocher de la nature autant que possible.Les motifs quadrillés seront exécutés en trois tons de brun, contour plus foncé, lignes croisées moyen, enfin pétales a l'intérieur Jaune or.Les roses seront naturellement roses, chacune traitée de 2 ou 3 tons différents soit dans des rose foncés, ou des roses clairs, ou encore rose thé.Les autres fleurs sont des eglantines et seront également roses et rouges avec coeurs bruns.Feuillages de 3 ou 4 tons de vert les tiges et rainures des feuilles étant toujours plus foncées.Les petites feuilles sont les plus paies, les grandes les plus foncées.Le groupe de petites fleurs à quatre pétales tombant du panier pourraient être brodé mauve pour faire plus de diversité.Pour les fruits, les prunes seront bleu violet foncé.Raisins.3 tons de mauve et violet, l'extrémité de la grappe étant la plus foncée.Poires un côté Jaune, 1 autre légèrement rosé.Pêches, un côté couleur pêche, l'autre rouge clair.Pommes les unes vertes, les autres rouges Patron à tracer coin et coté 25c, centre 15c.Perforé 75c.au fer chaud 54 x 72 pes 75c.Tout étampé sur épais coton jaune 54 pes carrés $1.25, 54 x 72 pes $1.50, 72 x 81 pes $1.90.Sur toile naturelle 54 pes carrés |1.IE, 54 x 72 pes $2.50, 72 x 81 pes $3.75.Serviettes assorties 6 de 12 pes sur coton jaune 45c, sur toile naturelle 60c Coton M.F.A.pour la broderie 90c.Nous recommandons spécialement pour ces nappes l'emploi de la toile naturelle, si Jolie une fols lavée.Elle se tient très ferme, et sa durée est proverbiale.Le coton perlé serait l'article voulu pour la broder.En effet il est beaueoup plus brillant que le 6 brins tt son lustre résiste à des lavages répétés.Il se brode également beaucoup plus facilement, puisqu'on n'a plus a craindre qu'un des brins s'accroche ou se brise.Enfin Il est de la grosseur voulu» pour bien faire ressortir le dessin.Il se vend 12c lécheveau, $1.40 la douzaine.Les échevaux étant assez gros, le tout ne revient pas beaucoup plus cher que le 6 brins et l'effet est tellement plus beau Un escomute de 10'i sur la marchandise étampée, 20% sur les patrons est accordé à toute personne qui accompagnera sa commande de sa bande un escompit iu d'abonnement, dans le mois qui suit la publication de ce numéro.Raoul Vennat, 3770, St-Denis Montréal Mon Magazine, Septembre 1930 28 Not r e Voi rie (Suite de lu page 1) rovincia î Evidemment, comme il n'y a jamais rien de complet, on demande encore plus de routes, par exemple une communication directe entre Montréal, l'A-bitfbi et le Témiscamîngue via Mont-Laurier ou Maniwaki, ainsi qu'une autre communication via Chapeau (Pontiac); une route reliant Montréal, Trois-Rivières et le Lac-St-Jean via LaTuque, et une route sur la côte nord du St-Laurent jusqu'à la baie Trinité, environ 300 milles au nord-est de Québec.leur du tourisme.Le bureau fédéral de la statistique, qui vient d'adopter une nouvelle base de calcul pour tout le Dominion, estime que le tourisme automobile a apporté $55,000,000.00 à la province de Québec en 1929.En calculant sur la même base, le tourisme devrait rapporter $65,000,000.00 en 1930.La province de Québec s'occupe beaucoup de tourisme.En plus de maintenir les routes en excellent état et d'en augmenter constamment le nombre, le département de la voirie fait placer partout des mais il y a lieu d'être optimiste quant à leur solution prochaine.L'on ne discute plus les avantages des bonnes routes.Le fermier sait que les bons chemins augmentent la valeur de sa propriété, diminuent ses frais de transport, lui facilitent l'accès des marchés, augmentant la valeur de ses récoltes, facilitent l'accès de l'école, de l'église, de la beurrerie et du moulin, mettent le médecin plus à sa portée et donnent un meilleur service de malles, donnent plus de satis- Près de Ste-Genevièi^, sur la route "Tour de l'Ile de Montréal" SUPPRESSION DES PASSAGES A SIVEAU Vu l'urgence de supprimer les passages à niveau sur les grandes routes, la législature de la province de Québec, à sa session de 1929, a autorisé le gouvernement à dépenser $300,000.00 à cette fin.Le département de la voirie, qui a charge de faire cette dépense, agit de concert avec la commission des chemins de fer et avec les municipalités locales.Le nombre total des passages à niveau situés sur les chemins ruraux ïïe la province est de 1,951, dont 350 sur les grandes routes.Le département de la voirie fait actuellement les procédures pour la suppression de 37 passages, dont 10 cette année.TOURISME La province de Quebec jouit d'une grande popularité parmi les touristes étrangers.Le nombre total des machines américaines qui sont entrées dans la province en 1929 était de 625,-000.Il atteindra environ 800,000 en cette année.Il est impossible d'évaluer avec exactitude la va- signaux indicateurs et il s'occupe particulièrement de l'embellissement des routes.Le Bureau Provincial du Tourisme créé par le département de la voirie a fait beaucoup depuis deux ans pour faire connaître la province à l'étranger.Le bureau du tourisme aura distribué cette année environ 1.500,000 pièces de publicité, comprenant 400,000 cartes routières.Notre volume de tourisme devra doubler d'ici cinq ans.L'ENREGISTREMENT DES VEHICULES AUTOMOBILES DANS LA PROVINCE Sous le rapport du nombre des véhicules automobiles enregistrés dans la province, Québec marque le pas du progrès que l'on constate dans tout le Dominion.Il y a douze ans, il y avait 119,000 véhicules automobiles dans la province.Nous en aurons cette année environ 170,000.Ainsi la province de Québec s'est développée de façon extraordinaire sous le rapport de la circulation automobile.Ce progrès a évidemment fait naître de nouveaux problèmes, telle que la nécesité de meilleurs pavages et la sécurité de la circulation, factions sur la ferme et incitent ses enfants à rester dans la profession agricole.Le commerçant, le vendeur d'automobiles, le propriétaire de garage, le banquier, en un mot tous les citoyens, quelque soit leur métier ou leur profession, savent que les bonnes routes stimulent les affaires et mettent de la vie partout.L'automobiliste sait aussi que les bons chemins réduisent le coût d'opération et de réparation de sa machine.Le tourisme et ses multiples avantages sont le résultat direct de l'amélioration des routes.Il y a quelques années, les longues randonnées étaient pratiquement impossibles et le citoyen ordinaire ne connaissait guère son pays.Aujourd'hui notre champ de voyages et d'instruction se trouve élargi.Les bonnes routes nous font connaître nos ressources agricoles, commerciales, industrielles, sportives et pittoresques.Les relations plus fréquentes avec nos concitoyens Jes autres provinces, ainsi qu'avec les citoyens des Etats-Unis, nous feront mutuellement connaître et seront producteurs de sympathie et de bonne entente, ce qui à la longue assurera l'harmonie dans le progrès économique et social. 2A Mon Magazine, Septembre 1930 Il Miracolol Dans le bled, en Tunisie.La population du Centre d'Ain-Kereb, en majeure partie d'origine italienne, professe à l'égard de saint Roch une dévotion très ardente.Chaque année, au printemps, on célèbre sa fête avec des solennités extérieures aussi sincères que bruyantes.Mais cette fois, on devait bénir une nouvelle statue du buonoe glorioso saint Roch.Quand j'écris statue, c'est parce qu'il me faut un terme pour me faire comprendre, car il s'agit en réalité d'une tète montée sur un agencement de lattes formant le corps.On a coutume d'habiller cette sorte de mannequin de vêtements plus ou moins riches selon la fortune des donateurs ou le degré de la fête.Or la souscription faite dans le village et dans les environs avait donné une somme rondelette et l'on avait pu confectionner pour saint Roch un superbe costume de pèlerin brodé d'or.Ce n'était peut-être pas très exact comme réalité historique.Mais allez donc voir, au Ciel, le bel habit lumineux dans lequel, aujourd'hui, saint Roch enveloppe son àme et sa blessure! Donc, la fête devait être magnifique.Après la bénédiction du bétail sur la place publique, devant l'église, une messe solennelle serait chantée durant laquelle un prédicateur venu de Tunis devait célébrer les louanges du saint.Et, pour conclure, bénédiction solennelle de la statue! Durant toute la semaine, la jeunesse avait recueilli potiches et fleurs, fabriqué des guirlandes et des oriflammes, et l'église, par ses soins, paraissait, au dire de la vieille dame Girolamo, un vrai paradis.Saint Roch trônait au-dessus d'un massif de fleurs et de bougies.La veille de la cérémonie, le curé contemplait avec amour et admiration le nouveau saint Roch.Mais voici qu'il s'avise qu'une des coquilles qui ornent le chapeau du saint est placée de travers; le bon curé a beau se raisonner, il ne peut se résigner à souffrir cette imperfection chez son mirobolant saint Roch.Aussi se glisse-t-il, non sans difficulté, au milieu des plantes et des candélabres, et tente d'atteindre la coquille récalcitrante.Ca y est! un petit coup par-ci, un petit coup par-là.Quand.natatras! le socle sur lequel le curé a"nuyait le pied a glissé.Instinctivement, celui-ci a saisi la robe de saint Roch et bientôt sur le sol gisaient, au milieu de potiches renversées, de fleurs éparses, de bougies cassées, le bon curé et le glorieux saint Roch! Quelle catastrophe ! Le curé se releva péniblement; mais il constata, après s'être tâté tous les membres, qu'aucun d'eux n'était rom-nu.Il en était autrement de saint Roch! Sans doute la légère charpente qui formait son corps avait résisté.mais la tête, la superbe tête, heurtant le sol, était bien en mille morceaux.Que faire?Désastre irréparable! Il était, en effet, matériellement impossible de faire venir une autre tête de saint pour le lendemain.C'est donc bien tristement que le pasteur d'Ain-Kereb rentra au presbytère.Giovanna, sa servante, reçut ses confidences éplorées.Celle-ci était une fine mouche.Plus d'une fois elle l'avait tiré d'embarras.Tout en plu-mpnt une grasse volaille pour le lendemain, elle se prit à dire: romettre et 1 enxrP — Toc .toc .— Entrez .Tiens, bonjour, Suzette; il y a longtemps que je t'avais vue, petite, et je commençais à croire que tu avais oublié ta confidente des mauvais jours.— Oh! non, grande amie, tel n'est pas le cas.Voilà: depuis une quinzaine, j'aide grand'maman à préparer ma malle, car, tu sais, j'entre pensionnaire cette année, et .je viens te faire mes adieux.— Quoi, Suzette?Toi, au couvent, pensionnaire?Que se passe-t-il?— Grande amie, l'an dernier, tu te souviens lors de la distribution des prix?Un seul prix m'avait été décerné, celui des jeux .c'était honteux, aucune mention pour les classes, la politesse et la conduite.Et, j'ai pleuré.Aussi, j'ai réalisé que c'était assez longtemps avoir été une petit» paresseuse et une désagréable et j'ai promis de changer.Je veux tenir ma promesse et mon papa va m'aider.C'est pourquoi d'un commun accord, nous avoris décidé que le pensionnat allait réformer l'enfant terrible que je suis.— Et, tu n'as pas de regrets de partir?— Il est vrai, grande amie, que j'ai du chagrin de quitter grand'maman, mon petit père, le gros Noirot et ma belle chatte Friponne, mais Papa dit qu'il faut faire des sacrifices pour gagner la victoire et je veux être raisonnable, malgré tout.— Ma Suzette, c'est beau ce courage, car il est dur pour toi de laisser ton nid d'oiseau gâté pour le couvent où tu ne pourras pas doiiner libre cours à ta folle gaité et vivre ta vie de petite bohémienne.Aussi, chérie, je veux te féliciter.Fuis permets-moi de te glisser un conseil.Tes gran-des résolutions prouvent ton bon coeur, mais comme tu devras être brave pour y être fidèle! Tu veux devenir une jeune fille modèle, accomplie, soumise et instruite.Tout cela est un peu difficile et exigera des efforts, des sacrifices de toi.Tu auras peut-être des faiblesses.Souviens-toi alors qu'il faut travailler fort, souffrir souvent, et avoir recours à la prière pour atteindre son but et pouvoir honorer sa parole.Pour toi, surtout, ma petite, qu'un bon papa a comblée sans cesse, il sera plus pénible de te courber sous le joug d'une discipline un peu sévère, mais sois bonne, obéissante, accepte sans tempêter les contrariétés de la vie de pensionnat et tu verras le succès coiironner ton oeuvre.Si quelquefois tu te sentais méchante, écris à ta grande amie, conte-lui tes contrariétés, tes soucis, elle saura guérir ta peine car elle est un peu ta maman, ma petite, et une maman, c'est si doux, si comprenant, et ça pardonne .— Et ça rend meilleure, aussi.Oui, ta Suzette veut devenir une bonne enfant, et elle tiendra sa promesse pour faire plaisir à son papa, à sa grand'maman et être digne de sa grande amie.Au revoir, Marraine Line, je t'aime bien fort et je ne t'oublierai pas.— Bon courage, ma Suzette.Bonne année! Surtout, sois fidèle à tes promesses .Marraine LINE I i i î i i i i Le C ourner de M ! arraine I — Mais, M.le curé, tout n'est peut-être pas perdu.J'ai une idée.Puisqu'il est impossible de raccommoder saint Roch, on pourra peut-être le remplacer.— Et comment?.Je ne puis pourtant pas mettre saint Antoine à s* place! — Non, mais vous pourriez y mettre le menuisier.— Le menuisier!.Quel menuisier?— Mais le nôtre, Giacomo Badetti — Tu veux rire, Giovanna?— Mais non, Padre! — Tu veux que je prenne ce bandit de Giacomo pour en faire un saint?.A tous mes filleuls et filleules.Les classes vont commencer, mes petits amis.Je souhaite à tous une heureuse année scolaire, pleine de succès.Vous avez promis de faire une année merveilleuse, d'être sages, d'arriver bons premiers, puissiez-vous quand sonneront les vacances prochaines, porter au coeur la consolante joie d'avoir accomnli votre devoir!.Marraine LINE — Ce ne serait pas déjà si mal.Vous savez bien que Giacomo ressemble à saint Roch, vous l'avez dit vous-même.Il faudra lui payer sa journée, lui recommander le secret, lui donner une bonne bouteille et le mettre a la place de saint Roch pendant la grand'messe.Il est patient comme un Arabe au café maure et, si vous le payez bien, il ne vous refusera pas ce service.Le bon curé hésita bien quelques instants.Mais il fallait sauver la situation et, tout compte fait, la suggestion de Giovanna était, à coup sûr, la meilleure.Le menuisier accepta de jouer le rôle muet de saint Roch et, le dimanche matin, il prit gravement place sur le piédestal, après avoir endossé le luxueux costume de pèlerin récemment acheté pour le saint: La cérémonie de la bénédiction des animaux se passa sans encombre, ainsi que la première partie de la messe.Arriva le moment du sermon.Le prédicateur se surpassait.Pourtant il ne réussit pas à captiver l'attention de la vieille Paola, qui considérait saint Roch avec dévotion, et qui, soudain, se pencha vers sa voisine en disant : -— Miraeolo! Regarde saint Roch qui fait la grimace! — Il a tort, répartit Lucia, car le prédicateur parle joliment bien de lui.Mais tu es folle! — Si, si, reprit Paola, je l'ai bien vu.C'est un miracle! Et les deux femmes d'observer attentivement le bon saint.Giacomo était à la torture, car une grosse mouche, une sorte de taon, volait et bourdonnait autour de sa tête.B:im.B:im.Et comme une flèche elle volait du nez à la bouche et de la bouche au front du saint.D'un froncement de sourcils, d'un nlissement des lèvres, d'un rapide mouvement du nez, celui-ci la mettait en fuite.Mais, après un tour et quelques balancements en l'air surchauffé, la bestiole, sans doute attirée ™ar l'odeur de la sueur, revenait se placer sur le nez, sur la joue, sur le front du bon saint.Hzim.Hziw.Il: i m.Pan! sur les lèvres qui frémissaient.Pan! sur l'oreille!.Pan! sur les sourcils! Ah! si encore le Père prédicateur s'était arrêté.Mais il ne tarissait pas d'éloges sur le bon saint Roch; il parlait justement de sa mortification et de sa patience.Paola et sa voisine haletaient.Car, enfin, il n'y avait nas à en douter, saint Roch se mouvait.Pétrifiées, elles assistaient au miracle! (Suite à la page 31) Mon Magazine, Septembre 1930 25 UNE LCI El ENTAI JANTE La Loi de l'Assistance Publique a été un bienfait pour toutes nos institutions d'Assistance et de charité.— Historique de cette loi et son fonctionnement.Nous devons à l'obligeance d'une ami de la revue la publication de l'intéressante étude que l'on va lire sur la Loi de l'Assistance Publique dont il a été si souvent question dans la presse et les discussions politiques, depuis son établissement.Nos lecteurs liront avec intérêt et cet article qui les mettra parfaitement au mourant de l'historique de cette loi et de son fonctionnement depuis que la Législature l'a adoptée, à Québec.Le sentiment général, la réalisation du fait admis par tous que le temps était passé où la charité privée suffisait à maintenir nos institutions d'assistance, l'exemple de tous les états bien organisés légalisant un système de secours aux maisons recueillant les indigents, tout poussait nos pouvoirs publics à mettre dans nos statuts une loi repondant a une nécessité urgente et solutionnant une question devenue depuis longtemps d'utilité publique.La loi de l'Assistance publique de Québec fut donc votée au cours de la session de 1921, sanctionnée le 19 mars et mise en vigueur le 1er septembre de la même année.Faisant partie du ministère dont vous avez la direction, un service nouveau fut créé de toutes pièces pour la faire fonctionner et dès les premiers jours, eut à entrer en rapport avec un bon nombre d'institutions qui déjà s'étaient empressées de réclamer des secours.Si jamais une loi vint à son heure et répondit à une aspiration générale de tous les esprits, c'est bien celle-là.Destinée à venir en aide aux institutions d'assistance de notre province, elle était proclamée juste au moment où celles-ci, les unes et les autres à un degré plus ou moins marqué, se trouvaient en présence d'une situation angoissante à plus d'un point de vue.Jusque là en effet, nos hôpitaux, nos hospices, nos orphelinats, nos crèches avaient seuls, tout en faisant appel à l'esprit de charité de notre population, soutenu ce grand effort qu'exigent, dans une nation, le secours à l'indigent et son hospitalisation.Surgies du sol, partout où nos villes et nos villages commençaient à s'étendre, elles ouvraient toutes grandes leurs portes aux malheureux, et l'on était porté à se demander, en présence de ces vastes édifices abritant des centaines et des centaines de miséreux, quel miracle avait voulu et réalisé une si belle floraison.Admirables dans leur dévouement sans trêve, incomparables dans leur zèle pour les pauvres qu'elles constituaient leur famille, donnant tout d'elles-mêmes, leur travail, leurs forces, leurs prières et leur vie, toutes, religieuses hospitalières des Hôtels-Dieu, Soeurs Grises, Soeurs de la Providence, Soeurs du Bon Pasteur, et combien d'autres qui, depuis la naissance de la colonie, s'étaient chargées du soin des indigents, continuaient d'un coeur intrépide la tâche commencée depuis plus de deux-cent-cinquante ans.Cependant le fardeau dont elles avaient chargé leurs épaules allait s'alourdissant tous les jours, et par suite des conditions économiques mauvaises et de l'augmentation sans cesse croissante de ceux qui faisaient appel à leur charité, elles voyaient arriver le moment où leurs efforts allaient être frappés de stérilité.D'autres institutions, fondées et maintenues par de généreux philanthropes, forcées de demander à un service mercenaire le travail nécessaire à leur fonctionnement! gênées par des obligations financières consécutives aux besoins d'un développement urgent, se trouvaient en présence d'une situation extrêmement difficile et se réalisant tous les ans par des déficits sans cesse croissants de leur budget.De plus, les autorités des grands hôpitaux généraux, reconnaissant la nécessité d'un développement conforme aux données scientifiques modernes et conscientes du devoir d'appliquer à leurs hospitalisés les soins réclamés par les découvertes médicales les plus récentes, se voyaient o-ênées dans leur croissance et leur progrès par défaut de l'aide nécessaire.Dépassées ou menacées de l'être par les grands hôpitaux des autres proivinces et des autres pays, institutions recevant de leurs gouvernements des secours abondants, elles déploraient, sans pouvoir y remédier, l'état d'infériorité où elles allaient se trouver.Le budget de 73,000 dollars, voté au début de chaque session et divisé en tranches de deux à trois cents dollars accordés à une centaine d'institutions de tout genre, était insuffisant pour sauver celles-ci.Il faut cependant rendre justice à certaines municipalités qui, conscientes de leur devoir, accordaient des secours, mais sauf dans le cas de la cité de Montréal, dont le budget d'assistance était réellement considérable, ces secours étaient minimes et peu en rapport avec les besoins existants.Aussi, quand, en 1921, la loi de l'Assistance publique fut promulguée, quand, chez notre peuple, on apprit que, par suite de l'application du principe obligeant celui qui s'amuse à contribuer au soulagement de celui qui souffre, des sommes considerables allaient être consacrées à secourir nos maisons de charité, l'espérance en des jours meilleurs s'éleva dans bien des coeurs, espérance atténuée toutefois en certains milieux par l'appréhension de voir l'Etat entrer dans un domaine qui jusque là lui avait été plus ou moins étranger.LOI DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE La loi reconnaît et consacre le principe qui oblige au devoir de secourir l'indigent, trois parties: l'Etat, la municipalité et l'institution d'assistance elle-même qui reçoit des secours; l'Etat au moyen de certaines taxes prélevées sur toute l'étendue du territoire, la municipalité à l'aide de certains impôts perçus dans ses limites et qu'elle partage avec l'Etat qui les emploie aux mêmes fins, et l'institution, soit par le revenu de certaines fondations, soit en faisant appel à la charité privée à laquelle, comme précédemment, il importait de laisser libre essor et libre champ.L'ETAT Personne ne conteste à l'Etat le droit de venir en aide à ceux qui ont besoin d'assistance.Ce droit déjà ancien est exercé dans tous les pays.En France notamment, les édits de 1536 et 1544 créaient la police des pauvres et organisaient les bureaux de charité.L'édit de Louis XIV, du 27 avril 1656, crée l'Hôpital Général pour "le renfermement des pauvres mendiants de Paris et de ses faubourgs." Cette institution est étendue au reste de la France en 1662.Sous la Révolution, la loi du 7 frimaire an V crée les bureaux de bienfaisance et établit l'impôt sur les spectacles appelé aujourd'hui "Droit des pauvres," et la loi du 27 frimaire an V prescrit l'hospitalisation des enfants abandonnés.La justice fait à l'Etat un devoir de cette assistance et cette obligation morale est reconnue partout.En contribuant à assister l'indigent, c'est à la société, c'est à la nation entière qu'il pense, et l'individu qui souffre en manquant de tout mérite, même à un point de vue général, que l'Etat lui réserve une part de sa sollicitude.Dans certains pays, il le fait d'une manière trop exclusive; c'est lui qui hospitalise, c'est lui qui traite, c'est lui qui nourrit, c'est lui qui abrite, et le contrôle qui en est la conséquence n'est que l'application des principes du socialisme d'état.Dans notre province, il en est tout autrement.Sauf certaines garanties nécessaires à la responsabilité constitutionnelle, il se contente de verser aux institutions hospitalisantes et charitables une part du coût d'entretien ou de traitement de l'indigent qu'elles recueillent, tout en laissant à celles-ci la plus grande autonomie et la plus grande liberté dans l'exercice de leurs oeuvres.Nos maisons de charité, hôpitaux, hospices, orphelinats, ont fait depuis longtemps leurs preuves et les générations successives qui pendant si longtemps en ont eu la direction ont démontré que, dans aucun domaine, on ne pouvait dépasser leur zèle, leur dévouement et leurs miracles d'économie.La justice et le bon sens exigeaient donc de laisser en d'aussi bonnes mains ce que j'appellerai la gérance de la charité chez nous.Aussi, dans la province de Québec, l'Etat n'hospitalise pas, il ne recueille pas, il ne traite pas; il porte à ceux et à celles qui hospitalisent, qui recueillent et qui traitent, le secours qu'ils sont en droit de reclamer, leur témoignant par la le degré de confiance et de reconnaissance qu'ils méritent.LA MUNICIPALITE L'article 45 de la loi de l'Assistance publique fait un devoir à "tout conseil municipal de s'occuper effectivement des indigents qui ont leur domicile dans les limites de sa municipalité." Ce principe, très ancien, puisque en l'année 667, le concile de Tours prescrivait à chaque paroisse de nourrir ses pauvres et d'en prendre soin, est reconnu dans les lois des Etats les mieux organisés au point de vue de l'assistance aux indigents.Dans certains des Etats-Unis, c'est la municipalité seule qui pourvoit aux frais du traitement des malades indigents dans les hôpitaux généraux, le pouvoir central ne réservant sa sollicitude qu'aux asiles d'aliénés, qu'aux sanatoria pour tuberculeux et, dans un autre domaine, qu'aux écoles de réforme et d'industrie.La municipalité en effet est la cellule du corps social, et elle a un intérêt primordial à ce que chez elle tous les éléments soient normaux.Elle doit être la première à y voir.Or, il n'est pas normal que dans son sein existent abandonnés des malades, des infirmes, des vieillards et des orphelins, et elle a pour devoir strict de concourir à l'oeuvre générale d'assistance et d'en être un des principaux facteurs.Qu'il me soir permis de prendre occasion de cet article pour émettre quelques considérations sur la manière dont les municipalités de notre province ont accueilli la loi de l'Assistance publique en ce qui concerne le devoir auquel elles sont tenues de par l'article 45.Bon nombre d'entre elles ont compris ce devoir.Les cités, les villes pour la plupart et beaucoup de municipalités rurales ont répondu aux justes exigences de l'Assistance.Je n'en veux pour témoignage que le fait du remboursement presque entier des sommes que le gouvernement, pendant deux années, avait avancées pour leur part d'hospitalisation des indigents, ("fia.c'est la r> punit des conseils municipaux qui ont consenti a s'occuper de leurs indigents.A côté de cela, trop de municipalités encore s'en désintéressent ou n'invoquent que des prétextes pour refuser de faire leur part.Dans trop d'endroits encore, le maire s'oppose à signer une formule qui, en envoyant un malade à l'hôpital, un tuberculeux au sanatorium, un vieillard, un orphelin à l'hospice ou à l'orphelinat, assainirait le village ou la paroisse et donnerait à ses habitants le sentiment d'avoir accompli un devoir de charité chrétienne et de solidarité.La loi n'offre pas de sanction au refus d'une municipalité d'assurer a un indigent sa part d'assistance.Le temps viendra-t-il où il sera nécessaire ou simplement opportun d'en imposer?Je ne l< crois pas.L'éducation dans ce domaine, CO).dans bien d'autres, se fait graduellement; l'exemple, la persuation, la disparition des préjugés el de l'ignorance, une meilleure conscience des devoirs primordiaux feront plus et beaucoup plus rapidement que ce que la coercition pourra jamais accompli) On n'impose pas le sens du devoir et de la chante par des articles de loi, on l'impose par l'exemple des bienfaits accomplis, et telle municipalité qui paye sa part de l'entretien d'un ou de deux malades à l'hôpital, d'un vieillard ou d'un infirme à l'hospice et de deux ou trois orphelins "chez les soeurs," enseigne à sa voisine une leçon de devoir evangelique et de fraternité humaine qui, immédiatement, ne sera pas perdue.Celle-ci comprendra tôt ou tard que le soin des indigents est, au point de vue moral, un devoir sacré, et au point de vue matériel, une chose non seulement d'utilité, mais de nécessité publique.Utilité publique à un titre supérieur à toutes les activités de sa vie, elle le comprendra, et elle verra qu'il lui est aussi nécessaire, sinon plus, de faire sa part dans ce domaine que d'entretenir sa voirie, de faire sa police et de se protéger contre llnwndie Je pourrais citer plusieurs beaux exemples pour démontrer jusqu'à quel point certaines municipahi l sont à la hauteur de ce devoir.LES INSTITUTIONS Et les institutions! Ici, je ne mentionnerai pas le mot devoir.Ce mot, il est imprimé en lettres de feu dans l'àme des personnes qui les dirigent, et la part qu'elles sont appelées à pourvoir pour l'entretien et le soulagement des pauvres constitue plutôt un droit qu'elles exercent en vertu de leur caractère et de leur histoire passée.Lors de la mise en vigueur de la loi de l'Assistance publique, certaines craintes, très respectables, je l'admets, se firent jour.On disait: "Vous allez faire mourir la charité privée.La population, sachant que les pouvoirs publics aident d'une manière considérable aux institutions, ne voudra plus concourir à leur oeuvre, et celles-ci seront dans une situation pire qu'auparavant." Les événements n'ont pas justifié ces appréhensions.La loi laisse en effet aux maisons d'hospitalisation le soin de pourvoir à cette partie de leurs besoins à laquelle ne subviennent pas les pouvoirs publics.Oui! les institutions de chai it • ont encore besoin des secours de notre population et 1 affection de celle-ci pour les pauvres a toujours devant elle un vaste champ où elle peut s'exercer Et d'ailleurs, l'aide de l'Eut et des municipalités quelque considérable qu'elle soit devenue, ne représente pas, dans bien des cas, les deux tiers du coût reel d entretien des malades et des indigents- c'est a vrai dire, et à l'égard de certaines maisons, une forme particulière d'octroi considérablement accru mais elles sont obligées de prélever sur la population et par des moyens divers des sommes encore appréciables.rr Nous comprenons qu'il faut qu'il en soit ainsi et que tout doit tendre à ce que le peuple ne se désintéresse pas du sort des indigent -, • ,., , ,|, i,,, ge pas uniquement sur les pouvoirs publics du soin de les secourir.(Suite à la juige 2f>) .26 Mon Magazine, Septembre 1930 Saison de C omédie F 1 c ançaise Au Théâtre STELLA {Ancien Théâtre C/iantec/crc) Comme le public montréalais, nous déplorions l'absence d'un véritable théâtre de Comédie-Française dans la métropole canadienne.Toutes les tentatives essayées, les saisons passées, n'avaient pas eu de succès et l'on en arrivait à croire que le théâtre français était mort.C'est pour prouver le contraire que la Troupe Barry-Duques-ne que nous avions déjà applaudie dans divers théâtres, a voulu, cette saison, dans un théâtre bien à elle, montrer qu'on avait tort de désespérer.Sous l'énergique impulsion de son administrateur et directeur artistique, Monsieur A.Godeau, elle a réagi .Tout d'abord, elle a cherché un théâtre libre et après bien des démarches et des sacrifices, elle a pu obtenir le théâtre Stella, ancien théâtre Chan-teclerc.Pour une fois, le théâtre remporta une victoire sur le cinéma.Dans ce coquet théâtre, entièrement restauré, maintenant un des plus luxueux de Montréal, la Troupe Barry-Duquesne a organisé une scène avec toutes les améliorations modernes.Aujourd'hui, le Stella peut rivaliser avec les grands théâtres .la taille seule lui manque et c'est tant mieux.Pour entendre les oeuvres françaises où l'esprit a-bonde, il faut de petites salles où l'on entend bien de partout.Félicitons donc Messieurs Barry, Duquesne et Godeau, de leur acquisition.Nous n'ignorons pas qu'ils ont engagé dan?cette entreprise une petite fortune mais ils tenaient à faire revivre cet art dramatique que le public semblait dédaigner et nous espérons que leur geste sera compris et apprécié.Avoir une salle, c'est bien.Mais il faut une troupe, il faut un répertoire.Rien de cela n'a été négligé.La troupe, elle existait déjà, et formée d'artiste i réels et consciencieux, il s'agissait de l'augmenter, c'est pour-ouoi tout de suite, on a engagé Mlle Antoinette Giroux, notre lauréate canadienne, qui, ?j>rès avoir étudié plusieurs années à Paris, a fait partie des troupes de l'Odéon, de la Porte Saint-Martin, de l'Ambigu, etc.C'était une excellente acquisition et ce n'est que le prélude.car nous aurons la chance d'entendre d'autres artistes parisiens qui viendront apporter à la compagnie une vitalité nouvelle.Le répertoire, il est bien simple: jouer les dernières nouveautés et chercher dans les pièces qui n'ont jamais été données à Montréal, les meilleures ; nous faire connaître tous les auteurs, les maîtres d'hier et ceux d'aujourd'hui, enfin, nous présenter tous les genres en ne donnant que des oeuvres irréprochables que tout le monde peut entendre et aimer.Monsieur A.Godeau, qui depuis trente ans, a fait partie comme régisseur-général, directeur artistique et metteur en scène, de toutes les troupes françaises, connaît le goût de notre public, et avec lui, on est sûr que les programmes seront choisis et variés.Les débuts d'ailleurs sont prometteurs.La première semaine, celle du 11 août dernier, nous avons eu "La Lettre", de W.So-merset-Maughan, un gros succî-s mondial.La seconde semaine, avec "L'Etrange Aventure de Monsieur Martin-Pequet", de Pierre Chaîne, la troupe Barry-Duquesne nous a offert du léger et du sentimental, et durant ces deux semaines, c'est devant des salles combles qu'on a joué.La troisième semaine, ce sera "La Dépositaire" de Edmond See, un des premiers auteurs dramatiques actuels.Cette oeuvre a été créée à la Comédie-Française.Viendront ensuite: "La Maison", en trois actes, de Georges Mitchell, créé à l'Odéon : "L'Ascension de Virginie", de Maurice Donnav, de l'Académie Française; "Nous ne sommes plus des enfants", de Leopold Marchant, etc., etc.Toujours des nouveautés et cela toujours monté dans des décors faits exprès et copiant le mieux possible ceux de Paris.Au théâtre Stella, on veut faire bien et pour cela, rien, rien ne sera épargné.Le public a déjà répondu favorablement à l'appel des organisateurs, que ceux-ci persévèrent, qu'ils continuent comme ils ont commencé et la saison 1930-1931 comptera pour le théâtre français comme une des plus brillantes que nous ayons eue à Montréal.Ajoutons que ce théâtre est très facile d'accès, il est sur la rue Saint-Denis, à deux pas du coin Mont-Roval, où passent plusieurs lipnes de tramways, il est à porté des autobus enfin, il est en plein cartier français / PETITES BIOGRAPHIES Mlle Antoinette GIROUX Mlle Antoinette Giroux est Canadienne Française.Elle débuta à Montréal très jeune et fut de suite très remarquée.Elle joua au National, aux Nouveautés avec les nombreux artistes français venus au pays.Reconnaissant ses réelles qualités, le gouvernement provincial lui décerna une bourse pour aller étudier à Paris.Pendant trois ans, elle suivit les cours de M.Denis d'Inès, sociétaire de la Comédie française.Elle débuta à Paris à l'Odéon appelé justement le second théâtre français.Elle fut très appréciée tant dans le classique que dans le moderne.Elle passa de là au théâtre de la Porte Saint-Martin où elle joua les grandes pièces de Rostand qu'elle avait fait jadis applaudir au Canada.Elle fut envoyée par M.Lehman, directeur de la Porte Saint-Martin à son autre théâtre de l'Ambigu pour plusieurs importantes créations.Puis elle partit en tournées avec la troupe de ces théâtres et c'est en cette qualité qu'elle revint à Montréal au His Majesty's et au Princess où le public la revit à côté de Germaine Dermoz et de Pierre Magnier, de Almette, etc.Elle a aussi fait de grandes tournées d'Orient avec M.Bru-not, sociétaire de la Comédie française et M.Vera Sergine.Mlle Antoinette Giroux est une compatriote qui nous l'ait honneur et qui a fait apprécier le Canada partout où elle est passée.i M.ANT.GODEAU M.Ant.Godeau est né à Paris, France.Il est ingénieur civil A.et M.Il a étudié l'art dramatique avec MM.Maubant et Worms, professeurs au Conservatoire et Sociétaire de la Comédie-Française.Vint au Canada en 1897.Fonda le théâtre des Variétés en 1898 et le National en 1900.Resta dans ce dernier théâtre jusqu'en 1916 d'abord comme acteur, puis régisseur général et metteur en scène.Passa en 1916 au Saint-Denis où il donna la première saison à Montréal de spectacles de Grand Guignol.Puis va au théâtre Canadien, toujours comme metteur en scène.Dirige ensuite le GRANDS SPECTACLES HISTORIQUES Le soir, 500 figurants ATTRACTIONS SPLENDIDES Midway nouveau VaudeviDe nouveau Courses d'autos Courses de chevaux Feux d'artifice Concerts • Cinéma parlant Illuminations féeriques.EXPOSITIONS DIVERSES Palais de l'Industrie Palau des Beam-Arts Palais Central Palais de l'Agriculture Palais des Ressources Naturelles FACILITES D'ACCES POUR LA PREMIERE FOIS, le merreÛleui Pont de Québec sera ouvert au trafic des véhicules pendant l'Exposition de Québet.Profitez des bonnes roules pour faire une charmante promenade en auto soit le matin l'après-midi ou le toir.en allant à L'EXPOSITION de QUEBEC Vaste oarquage pour autos Nouveau service de tramways en ville Prix réduits par voie fluviale et voie ferrée Prix d'entrée populaires S H l.Mut it QaAv.Catfa MOIISSET U Uni H.L LAV1G0EUI Wu.< Chanteclerc deux années.Retourne ensuite au National puis au Canadien.Fait partie depuis quatre ans de la troupe Barry-Duquesne comme metteur en scène et administrateur.A joué avec elle au Chanteclerc, au Saint-Denis, à Québec, dans toute la province et enfin dirige actuellement le théâtre Stella.M.A.Godeau a été nommé officier d'académie par le Gouvernement Français.THERESA Mon Magazine, Septembre 1930 27 LA BONNE CUISINE MENU Potage crème de céleri Petits pâtés de porc frais Bifteck à l'Américaine Galettes de pommes de terre Salade de laitue Gâteau éponge à la crèm* douce Thé — Café POTAGE CREME DE CELERI 4 tasses de céleri haché.1 petit oignon, 1 pinte d'eau bouillante, xh tasse de crème, 1 pinte de lait chaud, 4 c.à table de beurre, 4 c.à table de farine, 1 ou 2 jaunes d'oeuf, Assaisonnement.Mode de préparation: Faire cuire le céleri et l'oignon dans l'eau bouillante salée jusqu'à ce qu'ils soient tendres.Passer au tamis, écraser à l'aide du pilon; réserver l'eau de la cuisson.Faire un roux avec le beurre, la farine; éteindre avec l'eau de cuisson.Laisser bouillir 10 à 15 minutes; ajouter le lait chaud; assaisonner.Quand on désire un potage extra, lier avec les jaunes d'oeufs battus et une '1, HOitRIl et blni niiK-iinict'.4 u lui ne excellente.SI le tenipn le permet, fonn le* »pnrlM .I lu\cri »kl, pnlln.tobog- II y a Ici t.-ii.Intérieur de nn-tntlon, lien pour mnlCM «le tir, rhr\nui de »elle, rlnémn, concert*.dnn«e.BrUSM puffl ow oïd stock-r cVst bien plus f fà{ rài c hissait" Sur un lac? Mas bibliothèque St.S ulpice, 1700 St.'Denis, Munlrual» mm/*i Tabac à Fumer En Pa kites ou Coupé Cavendish.Navy.Plug.ces désignations disparaissent.mais le tabac Master Mason, en palettes ou haché tout prêt pour la pipe, est toujours préparé suivant l'ancien procédé: Vous le trouverez Doux, Savoureux et Satisfaisant.CONSERVEZ LES COUPONS ILS ONT DE LA VALEUR Que vous Soyez Sportsman ou Sédentaire .vous pouvez fumer le tabac Rose Quesnel toute la journée sans inconvénient, il est si doux qu'il ne brûle pas la langue, ni n'assèche la gorge.Quesnel Tabac à Fumer Doux et Naturel Conservez les Coupons, ils ont de la Valeur
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