Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
Le Réveil : revue politique et littéraire. --
Faisant suite à Canada-Revue (1891-1894), condamné pour son anticléricalisme, Le Réveil lutte pour la liberté sociale, le progrès politique et l'avancement national.
Éditeur :
  • Montréal :O. Desmarais,1894-1901
Contenu spécifique :
samedi 12 janvier 1895
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Canada-revue
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (4)

Références

Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1895-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
22 RUE 9T-QABRIEL BOITE BIB* TELEPHONE 2033 BEVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE POLITIQUE—UTTËRATUBB—THÉÂTRE—BEAUX-ARTS VOL.1 MONTRÉAL, 12 JANVIER 1806 No.10 LES SOMMAIRE: RlCHARDS kt LA MlSERE, DuVOC, — LE Lauréat Manqué, L'Ami de la Vérité, Canadien.— Encore la " voix de St-Antoine," Si quaris miracula, Chercheur.— Causerie, Pour les Femmes, Henri Houllaud.— Variété, Vieux Noels, — Avis aux amateurs de titres et de paraphes, Guy Tomel.— Nos Basses Chantantes Gircas.— A propos de Mue Desclée.— Causerie de la Semaine, Hugues Le Rouai.— Petits Enfants, Grande Leçon, SeMa.— Feuilleton, Aux Petites fcUiURs, René Bazin.PRIME A NOS ABONNES Le Réveil enverra à tous ses abonnés qui renouvelleront leur abonnement pour l'année '95 dans les quinze premiers jours de Janvier dix morceaux de musique, chant ou piano.Les nouveaux abonnés auront le même privilège.LE REVEIL.Les conditions d'abonnement au Réveil ne sont pas les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts.par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce quo nous demandons au public est de voir le journal.Le prix dans les débits de journaux est .'> cts.par numéro.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.Veuillez adresser vos lettres au Directeur du Réveil .Botte 2184, Montréal.LES RICHARDS ET LA MISERE Nous avons chaque jour de cruels exemples de la dureté implacable de Ja lutte pourla vie, et surtout des inconséquences innombrables que commettent les grands penseurs qui veulent ou prétendent vouloir l'alléger pour les miséreux.Il y a plusieurs catégories parmi ceux-là : les indifférents qui y mettent des formes et sont obligés par les convenances de feindre la com passion, les sincères qui n'atteignent pas le but par maladresse, et enfin les sceptiques qui s'inquiètent peu du malheur des autres et qui consentent à ce que l'on n'empêche pas de leur porter secours. 290 LE REVEIL Voyons un peu ces diverses catégories, ces divers états d'âme de notre société.Prenons In compagnie du Pacifique, ou plutôt les directeurs du Pacifique, pour échapper k cet aphorisme idiot que les compagnies n'ont pas et ne peuvent pas avoir d'âme.Les directeurs de cette immense institution qui a sucé le plus clair de l'or da Canada ont réuni leurs employés pour les informer que, les temps étant durs, ils allaient être obligés d'en congédier six ou sept mille.Vous voyez qu'ils n'y vont pas de main morte.C'est une jolie rafle cela.Il n'est pas venu à l'idée de ces potentats, possesseurs de la moitié du Nord-Ouest, que, si les temps étaient durs, c'était justement le moment de ne pas jeter, non pas sur le pavé mais dans la neige, six à sept mille familles.Allons donc ; mais ils ont fait ce que Dru mont appelait le simulacre.Ils ont prouvé leur bienveillance et leur bon vouloir vis à vis leurs administrés en leur annonçant — spontanément, disait un confrère — qu'ils leur conservaient leur place pour le jour oil les affaires iraient mieux.Ët voilà que tout co monde d'apparat, ces bienfaiteurs en chambre vont se réjouir de tant de grandeur d'âme.Mais ne croit-on pas que l'ouvrier lancé ainsi dans la noire misère va se souvenir qu'il y a à la têto de la Compagnie un monsieur Van Home qui touche par année $60,000, et huit ou dix autres comme cela touchant de §10,000 à $20,000 qui, eux, ne s'apercevront pas des temps durs.So tigure-t-on que la famille de ce travailleur hâve et décharnée, en appren int qu'un homme seul s'attribue ce qui ferait passer l'hiver à cinq cents familles de ses employés et n'en veut pas réduire un sou ; croit-on qu'il n'y a pas là de quoi soulever lo peuple contre la société ?Mais dira-t-o», et là nous arrivons au second point, il y a des gens qui so dévouent pour le peuple : voyez Lord et et Lady Aberdeen qui organisent des concerts do charité en faveur des malheureux.Eh oui, on nous dit même qu'ils vont y consacrer deux mille dollars.L'échevin McBride a eu le mot de la situation quand rl s'est écrié en plein conseil, lorsqu'on demandait la coopération de la cité : — Lord et Lady Aberdeen veulent consacrer deux mille piastres pour des fêtes de charité.Eh bien, qu'ils distribuent donc de suite leurs $2000 aux pauvres de Montréal et qu'ils nous laissent en repos avec leurs concerts.Nous ne voulons pas faire de l'austérité facile, à bon marché.Nous ne sommes pas ennemis des amusements; loin de là, mais ce qui nous révolte, c'est qu'il n'y ait pas do charité sincère.» On veut bien faire la charité mais à condition d'en profiter, de se montrer, d'en tirer gloire ou profit.Ce n'est pas l'aumône discrète au coin d'une me, ni la charité humble dans la mansarde, c'est la charité bruyante et turbulente.Le pauvre, qui est-ce qui y pense, là-dedans.Le pauvre, mais on en n peur.Drumont dans sa Fin d'un monde a un joli tableau de ce peu de souci du pauvre dans le falbala des représentations de charité.Il imagine uno pièce en cinq actes sur la pauvreté : "Au Ve acte seulement, au moment où la fête de bienfaisance, annoncée par toute la presse, est dans tout son éclat, quand sous le feu des lustres, au bruit des orchestres en joie, les danseuses so pâment à demi dans les bras de leurs cavaliers, le Pauvre apparaît.Il arrive sombre, navrant à regarder, les traita creusés par la souffrance; les haillons qu'il porto ruissellent dc pluie.Un cri sort de toutes les poitrines : " Un gardien de la paix I Qu'on arrête cet homme et qu'on le mette au poste 1 " " Le propre du Pauvre moderne, effectivement, ce qui aurait été le côté lamentablement comique de ma pièce, c'est que tout Paris se met sens dessus dessous pour lui et qu'on l'arrête dès qu'il so montre." Eh oui, il ne manque pas de gens qui vous assurent que si on mettait les mendiants en prison on en trouverait moins dans les mes.\ LE REVEIL 291 C'est le troisième état d'Ame dont nous parlions, c'est aussi le plus remarquable.Xdus disions hier à l'un de ces messieurs : " La Reine d'Angleterre a, paraît-il, dépensé vingt-cinq mille louis sterling ou cent vingt-cinq mille dollars pour l'enterrement de Sir John Thompson." Le Canada va dépenser cent mille dollars." En chiffres ronds, voila des funérailles qui vont coûter un quart de million." Ne croyez-vous pas qu'il aurait mieux valu se servir de cette somme pour fonder à Montréal un Asile des Indigents qui aurait au besoin pu porter le titre d'Asile Thompson ?" Ma question parut embarrasser mon interlocuteur qui se remit cependant assez vite et me dit : • —Mais, vous n'y pensez pas, -et l'honneur de l'Empire 1 C'est une réponse qui sert à tous.—Voyons, dis-je, lorsque le peuple, conscient de sa force, vous fera, lui-même la demande que je viens de faire et en exigera raison, que ferez-vous ?—Monsieur, me répondit-il, on ne discute pas avec le peuple.Chacun sa place.—Et s'il réclame votre place ?—Eh bien, on tirera dessus.Il faut que l'ordre social soit protégé.Voilà tout ce que j'en ai pu sortir et la question du quart de million en pétarades et en cavalcades n'est pas résolue.Mon Monsieur était un de ceux qui pensent (pie les malheureux doivent encore s'estimer chanceux qu'on leur permette d'être malheureux, à condition qu'ils ne troublont pas le bel ordre établi dans l'Empire.Nous écrivons ces quelques lignes sans rancune et sans lutine.La bise souffle, la neige tombe et les malheureux grelottent.Qui est-ce qui ne serait pas ému de tant de misère ?DUROG N'as remerciements aux éditeurs de la Presse et du Moniteur du Commerce pour l'envoi d'un joli presse-papier on verre.LE LAUREAT MANQUÉ l'ami de ta "vérité" M.W.Chapman veut encore faire des siennes.Voici le texte d'une circulaire qu'il a adressée à tous les abonnés de la Vérité et du défunt Etendard : Québec, 27 décembre 1894.Monsieur Certain quo vous désirez ardemment le triomphe de la justice et de la vérité, je vous prie respectueusement de souscrire à une brochure dont une partie a paru dans la Vérité ot qui sera le complément du volume que j'ai publié sur les œuvres de M.Frechette.Après avoir fait connaître en M.Frechette l'écrivain, je veux maintenant faire connaître XHomme.J'ai la ferme conviction qu'une fois connu sous tons ses aspects le Lauréat sera tout à fait inorTensif.Inutile de vous dire que je n'attaque pas M.Frechette dans sa vie privée, sa carrière politique pouvant servir amplement de thème à celui qui veut remplir à son endroit le rôle de justicier.Je m'adresse à un certain nombre des personnes les plus instruites du pays, et j'espère quo j'en recevrai l'encouragement dont j'ai besoin pour mener à bonne Un la lutte que j'ai entreprise contre celui qui no cesse d'insulter à tout ce qu'il y a de cher aux coeurs vraiment canadiens.Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués, et croyez-moi Votre tout dévoué, w.Chapman.P.S.—J'enverrai gratuitement un exemplaire du Lauréat a toute personne qui souscrira pour deux exemplaires des Deux Copains.W.C.La circulaire est accompagnée du bulletin de souscription suivant : bulletin de souscription Je.soussigné, m'engage à payer la sommo de $0.50 pour l exemplaire d'un volume, grand format, de pas moins de 125 pages, intitulé Deux Copains, réplique k MM.Frechette et Sauvalle.Signature.Adresse.Adressez à M.W.CHAPMAN.Département du Procurcur-Qénéral, QUEBEC A titre d'homme de lettres et de confrère nous devons protester contre l'usage scandaleux que l'on fait d'un bureau du gouvernement 292 LE REVEIL pour répandre l'injure sur le premier littérateur du pays, sur une de nos gloires nationales.Eh quoi, c'est un Chapman qui se permet d'annoncer qu'il va juger chez M.Frechette : f homme ! Qu'il a;t eu la prétention dans un temps de juger le poète, cela pouvait passer pour de '¦ J'avais conseillé à ma nièce de s'adresser à saint Antoine pour trouver à se marier convenablement et de promettre une pierre pour son sanctuaire de Brive (100 francs).Après une première neuvaine, une seconde, puis une troisième.Enfin, ma nièce commence la dévotion des treize mardis.Or, le dimanche précé.dant le dernier mardi, le jeune homme est arrivé.Tout est pour le mieux ; le mariage doit se célébrer le 25 de ce mois.Ma nièce est ravie et ne sait com- l'outrecuidance.Mais, qu'un cars de la trempe de Chapman ment prouver sa reconnaissance à saint Antoine.Elle veuille juger un citoyen respectable, un père ^^^Ï^ZZ' juger de famille et un homme honorable, c'est de l'indécence.Nous savons (pie l'appât des luttes st des ]K)lémiques créera peut-être quelques amateurs des ordures de M.Chapman ; il se peut comme il l'a déjà dit qu'il ait la chance " d'en vendre aux curés," mais nous tenons à déclarer ici que ceux qui lui prêtent la main et la bourse dans son œuvre malpropre sont dignes du mépris et «lu dégoût du public.CANADIEN.ENCODE LA VOIX DE ST.ANTOINE Si (jC.-KKIK MIRAOl'I.A Nous avons reçu un autre numéro de La Vohr de St.Antoine et nous croyons intéresser nos lecteurs avec quelques échantillons des demandes qui sont adressées au vénérable Saint.Les commandes se passent de commentaires.France.—Une tertiaire écrit «le < .'oui-seul ; " Il a quelque temps, me trouvant dans le chemin île 1er, j'ai oublié un paquet d'une valeur assez grande.Personne parmi les voyageurs ne me connaissait j'avais seulement dit, devant quelques-uns, que je portais le prénom de Marie et habitais Courseul.Jej priai mon-bon ange de me recommander k saint Antoine ot, deux jours après, la directrice des po-tes m'apportait mon paquet sous l'adresse do "Madame Marie." I*e port même était payé.Un prêtre, entendant dire A un chef do gare qu'il avait trouvé co paquet, s'était chargé de le mettre à la poste et dc payer* les timbres." —Un pieux serviteur de saint Antoine nous écrit, d'autre part : lions sentiments et très belle situation." " Je demande au bon saint Antoine qu'il fasse connaître les malfaiteurs qui mettent notre maison au pillage.Nous avons bien besoin de secours, car ceux qui sont soupçonnés menacent de faire sauter notre maison.Je souhaite de tout mon co-ur que ces malheureux se convertissent et je promets 10 francs pour le pain des pauvres, si nous en sommes délivrés." Romanèche, 4 octolrre.— Une personne demande la» vente d'une propriété, une autre sollicite sa guérison " Bon saint Antoine, protégez ma famille en détresse, convertissez nos enfants qui oublient le bon DiEU." "On demande à saint Antoine d'augmenter les Tertiaires d'une fraternité." " Bon saint Antoine, obtenez ma guérison et celle de mon mari." Saint-Etienne, H octobre.— "Par l'intersession de saint Antoine, dont plusieurs fois déjà, dans ma famille, nous avons éprouvé la puissance, je désire obtenir une grâce très importante.En raton r, je promets 100 francs pour le pain des pauvrea "Je prie aussi saint Antoine de protéger de chers voyageurs et un jeune homme faisant de sérieuses et difficiles études." ' Saint-Just, 10 octobre.— " Je promets une offrande k saint Antoine s'il m'obtient plusieurs grAces pour mes deux séminaristes." Enghien-les-Baine, 11 octobre.— "Une mère demande au grand semeur de miracles un mari chrétien pour sa fille.Elle promet 50 francs pour les pauvres, si d'ici au 15 février, elle rencontre un jeune homme sincèrement religieux." ¦ Castdnaudary, 18 octobre.— "J'ai promis à saint Antoine do rester abonnée à sa revue jusqu'à ma mort de lui envoyer une pierre pour l'égliie de Brive, et de faire dire une neuvaine de messes pour les âmes du purgatoire, s'il m'obtient d'être guérie d'une infirmité." payer ses Cette dernière façon de faire abonnement s est assez pratique.A noter aussi l'agence matrimoniale.CHERCHEUR LE REVEIL 293 CAUSERIE POUR LES FEMMES l'ar cette fin de siècle où les drames passionnels se succèdent les uns aux autres avec la régularité des semaines,'il est difficile de rester dans l'actualité sans tomber dans des redites insipides.A défaut de procès retentissants, les journaux d'Europe nous apportent chaque semaine des récits tragiques, dédaignés de la masse parce que la machine à broyer les cœurs n'a écrasé que des cœurs de femme.Les trahisons, les catastrophes, les crimes appesantissent toujours sur cette créature maltraitée par les lois plus encore que par la nature.lia femme est faible : rien ne la soutient ; elle est seulo : rien ne la protège ; elle est ignorante : rien ne lu dirige ; elle a des devoirs : elle n'a pas de droits ! Si l'infortunée succombe dans cette mêlée ardente où ou la jette sans défense, la cruelle implacabilité des hommes s'exerce sur elle seule.Le lâche qui fut son complice ou la cause unique de sa défaillance est toujours indemne.Dims tous les drames passionnels, la femme est toujours la victime, soit d'un misérable, soit de la loi, et souvent des deux.Chaque fois qu'une femme tombe ou se révolte avec la violence d'une tigresse, elle est couverte de mépris, de honte, et jetée dans le cloaque immonde formé de tous les déshonneurs.On ne songe jamais que la défectuosité des lois à son égard est la cause première de cette chute ; et quand, lui- hasard, la malheureuse est absoute, elle ne le doit ¦ ! 'i it la sentimentalité d'un jury pitoyable.S'agit-il d'un homme, au contraire, on raisouue sou crime, on s'appuie sur l'autorité des philosophes, on trouve chez, le coupable une mauvaise conformation physique, et, à l'aide d'une théorie spécieuse, on démon, tre facilement que tout phénomène physique a son semblable dans l'ordre moral et qu'il en dépend directement.—Allez, lui dit-on, et ne péchez plus ! Puisqu'on a pu soutenir que les sensations avaient chacune un conducteur spécial, il est logique d'admettre que, par un effet inverse, les sentiments pour arriver a l'âme, leur résultante, ou y prendre leur point La belle affaire ! Ne seront-elles plus pour cela les souffre-douleurs de l'humanité ?Quand vous aurez bourré leurs poches de brevets primuires, secondaires, supérieurs, etc ; quand vous eu aurez fait tout ce que vous voudrez.même des phanua-ciennes,comme le demandait naguère h Progrès Médical, croyez-vous de bonne foi que vous leur aurez fait la vie plus douce, rendu plus accessible la vie conjugale et honnête) et que le nombre des déclassées ira diminuant ?Vous aurez fait quelques irresponsables de plut, voilà tout.Quelle est maintenant la solution I Voilà, je m'imagine, un grand problème, et quelque difficile qu'il soit, si sombres oue soient les douleurs sous lesquelles nous voyons l'avenir, il faut espérer quand même des jours réparateurs dont notre époque de socialisme doit travailler à hâter la vonue." Mon Dieu ! au-dessus de tant de boue remuée, au-" dessus de tant de victimes écrasées, do toute cette 294 LE REVEIL " abominable souffrance que coûte à l'humanité chaque " pas en avant, n'y a-t-il pas un but obscur et lointain, quoique chose de supérieur, de bon, de juste, de " définitif, auquel nous allons sans le savoir et qui *" nous gonfle le cœur do l'obstiné besoin dc vivre et " d'espérer ?" ( "ot par ces lignes pleine de foi.et d'élan quo Zola termine un de ses ouvrages : je ne sais mieux faire que de les lui emprunter avec leur consolation.HENRI ROULLAUD.varietes VŒUX NOELS On s'imagine souvent que les vieux noëls sont les reliques authentiques et précieuses d'un nrt tout populaire, que ces chansons naquirent dans l'imugination des humbles et qu'on y peut surprendre comme l'écho des mélodies naïves que chantaient les bergers de Judée, se rendant à Ilctbléoin.Des savants impitoyables ont démontré que cette croyance était uue illusion et ont prouvé, par île savantes raisons, que, de toutes les chansons dites populaires, les cantiques où estcélé.brée la Nativité sont ceux où le peuple a le moins collaboré.Du quinzième au seizième siècle, le noël fut un genre littéraire, cultivé dans tous les patois de Franco, par des prêtres, des organistes, des magistrats et des savants et, tour à tour, ou même à la fois, religieux, profane, édifiant, stirique.En passant de province en province, de dialecte en dialecte, les refrains ue déformèrent, la couleur des poèmes se modifia.Mais partout, sous les repeints et les retouches di tableau, on peut découvrir la signature de quelque poète : Lucas Lemoignc, curé de Saint-Georges du Pay-La-Gurdc ; en Poitou (seizième siècle) ; Jean Daniel, dit iimiti !¦ Mitou, organiste de Suint-Maurice et chapelain dc Saint-Pierre d'Angers (seizième siècle); Nicolas Martin, musicien en la cité Suint-Jean de Muurienne, en Savoye (seizième siècle) ; Puech, chanoine d'Aix (dix-septième siècle) ; Bronsurd de Montaucy, conseiller au présidial de Bourg et subdélégué de l'intendant de Bourgogne (dix-septième siècle); Saboly, recteur de la chapellerie de Sainte-Madeleine, dons la cathédrale do Carpcntras (dix-septième siècle); Bernard Lu Monnaye, do Dijon,—le Bourguignon salé,—qui fut de l'Académie française (dix-huitième siècle), etc.Et les mélodies des vieux noëls no sont pus davantage des mélodies populaires.Les modernes folklo-list es ont établi quo ces chunsons, même les religieuses, se chantaient sur les airs des chansons les plus pro-fanes.M.Julien Ticnot, dans su savante Histoire de la chanson populaire en France, raconte la plaisante mésaventure du musicien Loueur, qui, pour composor une messe de Noël d'un caractère vraiment religieux, voulut s'inspirer des vieux noëls.Il composa son Kyrie sur le motif du cantique : Au sang qu'un Dieu va répandre, qu'il présenta comme un air antique de la première église d'Orient : c'est en réalité un vieux timbre du dix-septième siècle : Que ne suis-je la fougère I Une mélodie qu'il donna pour un Noel antique de léglise gallicane, est une chanson d'amour du quinzième BÏècle.Un air antique d'Orient est simplement la vieille chanson: Disant qu'elle a mal au pied.Et de vieilles mélodies, que Lesueur croyait empruntées aux Hébreux par les primitives églises de Smyrne et d'Ephèse, n'était autre chose que la musique de vieux refrains grivois dépourvus de tout caractère oriental.Mais si, par leurs origines, ni le texte ni la musique des vieux noëls ne sont populaires, il est bien certain que, duns toutes les parties de la France, nulles chansons no furent jamais plus aimées et plus chantées pur le peuple.—H.Nod provençal Saint-Joseph.—Holà ! de l'hôtel, maître, maîtresse, —valet, chambrière .N'y a-t-il personne ici ?— J'ai déjà frappé bien des fois — et nul ne vient Quelle dureté ! L'Hôte.— Je me suis déjà levé trois fois.— Si cela dure, je ne dormirai guère.—Qui frappe en bas ?Qu'est-ce que tout celu 1—Qui êtes-vous ?Que voulez-vous ?Que faut-il faire ?Sutnt-Joseph.—Mon bon ami, prenez la peine — de descendre un peu par ici.—Je voudrais loger dans votre hôtel,—je suis .tout seul avec ma femme.L'Hôte.—Vous, vous êtes des trouble-repos.— Vous êtes de ces batteurs d'estrade—qui ne songez qu'à faire mal—A Dieu soyez, ma porte est close.Saint-Joseph.— Nazareth esr notre patrie.— Je ne suis pas tel que vous me croyez.— Je suis charpentier ; je m'appelle Joseph.— Ma fomme se nomme Marie.L'Hote.— Il y a ici assez de monde, je n'en veux plus.— Dieu vous donne meilleure fortune.— Si vous m'en croyez, vous vous demanderez — où est le logis de la lune.Saint-Joseph.— Donnez-nous asile, coûte que coûte ! — Logez-nous dans quelque galetas ; — nous payerons notre repas, — comme si nous étions à table d'hôte.L'Hote.— Votre souper sera mal cuit — Je crois que vous ferez maigre chère, — car, pour sûr, cette nuit, — vous coucherez dans la rue.Saint-Joseph.— Ne nous traitez pas de la sorte.— Hélas ! voyez le temps qu'il fait ! — Ouvrez-nous.Si vous turde* encore uu peu — vous nous trouverez morts à la porte. LE REVEIL ~ 295 L'Ilote.— Votre femme me fait pitié — et me rend un peu plus affable.— Je vous logerai, par charité, — dans une méchante petite étable.(Saboly).Nod Savoisien Le pèro Adam fut bien hardi ; — Bon Dieu la mauvaise bravade, — qui l'a chassé du paradis ! — Cette pomme pas mûre.— Fut cause de tous les péchés ; — Les iliubles dès cette heure—Furent tous déchaînés.Ali ! s'il n'eût pus été surpris, — Toutes choses marcheraient droit ici-bas.— Nous n'aurions jamais faim ni froid — Ce serait toujours fête.— Toujours beau comme au mois de mai ; — Chacun aurait du superflu ; —On ne mourrait jamais.Nous n'aurions faute de rien ; — Nous n'aurioiis pas peur des* serpents — On ne verrait que de bonnes gens On n'aurait jamais la guerre—On ne pleurerait jamais —Tous les biens dè la terre—Croîtraient sans travail.—Notre Seigneur n'a pas voulu — Que Satan ce gros goulu—Poilu et noir comme du velours — A cause do ce méfuit—Fût toujours le maître.— C'est pourquoi il est venu naître—Cette nuit, à la minuit.(Anonyme).Noël (Busse-Bretagne), chanson de mendiants.Le petit Enfant-Jesus est né, — au milieu des pauvres il est descendu ; — quiconque est pauvre est sou frère : — donnez-nous, s'il vous plaît, l'aumône.lionne nuit et bonne joie dans cette maison ! — Jo suis venu chercher mes étronnes ; — c'est peut-être pour la dernière fois : dans un an beaucoup seront allés ii Dieu.(irûce (je souhaite) que vous ayez do Dieu - trois garçons pour enfants : — l'aîné semblable à son père : — le deuxième, roi ; l'autre, Pape.Jo ne demanderai pas grand'chosc : — un petit morceau de viande, un morceau de pain, — du pain de froment ou du pain d'orge : — si c'est votre bonté d'en donner, Ma chemise est mauvaise et pourrie, — je mettrai bien uue bien vieille chemise sur mon dos — si vous avez de vieilles culottes et un paletot, — j'aurais ainsi uu bel habillement.•le ne prendrais pas beaucoup d'urgent ; et vous ne donnerez quo suivant votre bonté : — neuf ou dix sous ou davantage, — co m'est assez pour me mettre en route.•Si vous donnez au pauvre ses étrennes, — Dieu viendra un jour vous le rendre.— Mais ne me retenez pas longtemps dans ma tournée : il faut que j'aille à mes ollices.( Tendait par M.N.tjacllicn ; Chansons et danses des Bretons.") Noel breton (Haute-Bretagne) D'où viens-tu, bergère ?D'où viens-tu ?— Je viens de la crèche Voir l'Enfant Jésus ; Sur la paille fraîche — Est-il beau, bergère ?- Est-il beau ?— Plus beau que la lune Et que le soleil.Jamais sur la terre .N'a vu son pareil.— Rien de plus, bergère ?Rien de plus ?— Saint-Joseph, son père,' Saint-Jean, son parrain, Et sa bonne mère Lui donnant le sein.— Rien de plus, bergère ?Rien de plus ?— Quatre petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du Père Eternel.(Anonyme.) Noel bourguignon.Pour la conversion de Blaizotte et de Oui, son ami, faite vers ce saint temps.Sur l'air : Quitte la musette.Vers Noël, Blaizotte, — Jadis, si Joliette, — Vers Noël, Blaizotte.— (Comme tout change enfin !) — Vieille et cassée, — Bien confessée, - - Prit la pensée, — Pur un matin, — De rompre avec Oui, son ami." Quittons, lui fit-elle, — Le monde et sa séquelle, — Quittons, lui fit-elle, — Le monde sans retour, — Le fruit de vie, — Né de Marie, — Nous y convie — En ce saint jour.— II est temps qu'il soit le plus fort." " Quand je me souviens — De nos dits, de nos bourdes, — Quand je me souviens — De notre désordre — J'en ai tant de honte — Que je m'épouvante — D'en rendre compte — Faut il mourir — L'âme noire et los cheveux gris !." Au pied de la crèche, — Pleurons, lavons nos taches, —Au pied de la Crèche, — Prions le Saint Enfant.— Le cœur sans feinte, — Percé de pointes — Les deux mains jointes — Prions le tant — Que de noirs il nous rende blancs." J'ai quelques retailles — Qu'il faut que je lui donne — J'ai quelques retailles — Propres à l'emmailloter.— J'ai pour sa Mère — Quel ques jarretières, — Quelques brassières ; — Et pour Joseph — Ton bonnet qui m'est resté." Toi qui fais des rimes — Que la Roulotte estime 296 LB REVEIL — Toi qui fais des rimes, — Offre lui des chansons — Sur la pavane — Sur la bocane, — Son bœuf, son âne — En danseront ; — Lui dormira peut-être au son." Il vient à notre aide — Profitons du remède.— - Il vient à notre aide.— Ami, sauve qui peut.— Mes jours s'envolent ; — Les tiens s'écoulent ; — Songe à ton rôle — Et que tous deux — Nous sommes sur le même penchant." Gui dont le cœur tendre — Ne pouvait se déprendre — Gui dont le cœur tendre — Tenait encore à la glu — En fin finale — Sur le modèle — De sa donzelle, — Pour son salut — Fit de nécessité vertu.En réjouissance — D'une tel'.e repentance — En réjouissance — Louons le ills He Dieu, — C'est la droiture ; — Pour moi je jure — Et je rejure — Mon grain de sel — Que j'en dirai roujours Noël ! (Bernard de la Monnaye.) AVIS aux AMATEURS de TITRES et PARAPHES Dans quelques jours vont paraître au Journal officiel de Paris les noms des nouveaux décorés.Et les modestes palmes académiques, souvent raillée*-, vont être distribuées avec une certaine largesse, non toutefois sans que leur répartition ne fasse beaucoup de mécontents.C'est sans doute pour appaiser les ambitions déçues qu'un jeune homme de vingt-cinq ans Emile Piard, avait trouvé un moyen sûr de se faire des rentes, en imaginant un Ordre nouveau, dont il était à la fois, le grand chancelier, le conseil de l'Ordre, le président et le secrétaire.Il avait fondé " l'Académie internationale " et avait fait imprimer des brevets conférant les palmes.Ce diplôme était ainsi conçu : Académie internationale, fondée en 185£.— Littérature— Sciences— Commerce — Btaux-Arts — Agriculture — Industrie.Suivant ce libellé : le Conseil académique, dans sa séance du____a décerné à M .une médaille de____ et lui a délivré le présent diplôme." Fuis les signatures, précédées de ces deux mentions, à droite et à gauche du brevet : " Pour le conseil____ Pour le Comité." L'insigne ressemblait vaguement aux véritables palmes académiques, s'attachait à un rubau violet bordé d'un imperceptible liséré blanc.Cette trouvaille faite, Piard chercha des adhérents.Pour cela il fit imprimer de mirifiques circulaires qu'il envoya de tous côtés.Brevet et insignes coûtaient vingt-cinq francs.Les demandes furent nombreuses et 'le commerce aurait été prospère si, plus prévoyant, moins dépensier, il avait satisfait aux demandes qui lui étaient adressées.Seulement Piard, au fur et à mesure qu'il rece- vait des mandats de vingt-cinq francs, faisait la fête et oubliait d'envoyer diplôme et insignes.De là, multiples réclamations, restées sans réponse-Quelques clients,'devinant qu'ils étaient victimes, n'osèrent réclamer de peur de paraître ridicules; mais d'autres, furieux de la déception, s'adressèrent au ministre de l'instruction publique pour réclamer la distinction honorifique à laquelle ils disaient avoir droit.' Très intrigué par ees réclamations, le ministre chargea le parquet de faire une enquête, et bientôt le commissaire de police aux délégations judiciaires, agissant en vertu d'un mandat du juge d'instruction, arrêtait le Conseil académique tout entier, c'est-à-dire Piard, à ton domidile, rue Chaudron.Cet aimable farceur donnait ses audiences dans l'arrière-boutique d'un marchand de vin du faubourg Saint-Denis.Quel dommage qu'on ait mis fin à son petit commerce juste à la veille du jour où ces étrennes eusssent été agréables à tout le monde ! GUY TOMBL NOS BASSES-CHANTANTES Le mot n'est pas nouveau, ni la chose.Dès lors, à quoi bon tant de bruit ?Et la raison, s'il vous plaît, de tous ces grands mots, de ces apostrophes, de ces indignations, de ces voilements de face ?Et pourquoi se couvrir la tête de cendres ?Un journaliste a failli, deux, cinq, dix, vingt, si l'on veut ; après ?Je ne vois pas qu'il y ait lieu de crier à l'abomination de la désolation, ni surtout de nous en aller, tous tant que nous sommes, pieds nus, la hart au cou, faire amende honorable devant le public, qui pourrait bien, si l'on y prend garde, s'imaginer que nous sommes solidaires, sinon complices, des tristes gens dont on dénonce les turpitudes.Qu'on les flétrisse, ces maîtres-chanteurs, qu'on les condamne, et que l'on passe.Et si l'on croit que des mesures s'imposent pour éviter le retour de pareils incidente, qu'on y recoure, mais qu'on ferme la parenthèse.Il ne s'agit pas de mettre la lumière sous le boisseau, qu'on m'entende bien ; je souhaite autant que quiconque qu'un sévère châtiment frappe les coupables.Mais c'est affaire à la justice ; et je ne m'explique pas que nous nous substituions à elle,ni qu'on parle de honte tombant sur la presse entière, des mœurs de la presse.A proprement dire, il n'y a pas de presse, — ou il n'y a de presse que comme U y a tant d'autres industries, pour cette raison péremproire qu'on fonde un journal comme on ouvre un magasin de montres et de pendules.Nulle preuve d'aptitude ou d'intégrité n'est exigée; ches nous, c'est comme au moulin : tout le monde peut \ LE REVEIL 297 entrer.Noua ne formons pas an corps fermé, constitué sur des bases déterminées, et nul ne prononce le iignus est intrare.Il ne peut donc être question de confraternité ; je ne me sens pas responsable des actes d'un Portalis ou d'un De Clercq.Pour un chevalier d'industrie, la bijouterie ne se déclare pas gangrenée.Et si encore ces faits étaient une nouveauté, se produisaient pour la première fois.Mais prenez le Neveu de Rameau, de Diderot ; relisez Balzac, vous y trouverez une belle collection d'estafiers et d'aigrefins ; allez voir ce Fils de Oiboyer, que l'on vient de reprendre.Justement parce qu'ils sont ouverts à tout venant les journaux doivent renfermer des gens de sac et de corde ; où voulez-vous qu'ils aillent ?Toutes les autres professions leur sont interdites, ou a peu près.Jadis ils avaient la grand'route, où il leur était possible de couper bourses et jarrets.Aujourd'hui la gendarmerie est là, qni veille et qui ne badine pas.Oui, que deviennent tous les irréguliers, tous ces êtres qui sont bAtis de telle sorte qu'il faut qu'ils vivent hors de la loi?Où voulez-vous qu'ils se réfugient, qu'ils opèrent ?Tout ce qu'on peut demander, c'est qu'il survienne i|uelque Du Guesclin qui en forme un corps, de nouvelles grandes compagnies, et qui les mène au secours de quelque nouveau prince de Transtamare ! •% Car lu filiation est certaine : Maître-chanteurs, corsaires du commerce, flibustiers des journaux, loups-cerviurs de la finance, ce sont là descendants directs des truands et des malandrins du moyen-âge.Il n'y a qu'une différence : ceux-ci étaient d'épée, ceux-là sont de plume.Au lieu du poignard on vous met la plume sur la gorge ; mais on chantait hier comme aujourd'hui, —hier par peur de la mort, aujourd'hui par peur du scaudale et du déshonneur.• Et c'est vrai que la plume remplace l'épée, pour les belles comme pour les vilaines actions.Toutes les uobles causes, toutes les grandes idées, c'est par la plume qu'on les soutient et les défend.Nous sommes les chevaliers de notre temps ; nous ne nous bornons pas à prêcher les croisades pour le droit, pour la liberté pour l'idée, nous le faisons à grands coups de plume.Nous combattons sans cesse, braves, hardis, généreux.Quoi d'étonnant qu'à l'abri de notre fière oriflamme, des malfaiteurs commettent des exactions, des vilenies, «les lâchetés?Sous l'armure des hommes de guerre d'autrefois, il y avait parfois des hommes vils qui achevaient les blessés pour les voler, qui détroussaient 1«* morts.Mais je m'aperçois que je donne à cette chronique un tour auquel je n'avais pas d'abord songé.Je vou.lais, sur un mode familier, m'amuser un peu aux dépens de ceux de mes confrères qui prennent trop au tragique cette affaire: me voici tout près de nous mettre sur le pavois, et aux accusations que l'on porte contre nous de répondre par le mot de l'Africain; " Montons au Capitule " ! C'est forcer la note, j'y souscris : et pourtant l'on en pourrait citer quelques-uns, parmi nous, qui prennent à cœur leur mission, et qui l'accomplissent avec conscience et justice.Puis, — j'écris un peu à bâtons rompus — ces maîtres-chanteurs, sans avoir une excuse, peuvent cependant répondre qu'ils n'exercent pas contre les honnêtes gens.Ceux-ci sont à l'abri de leurs coups, il est vrai, et recevraient de la belle façon qui ferait mine de leur vouloir extorquer si peu que ce soit de leur avoir bien gagné ; mais justement parce qu'on ne s'en prend qu'à ceux qui ont quelque cadavre sur la conscience, j'ai le droit de dire : cet or est-il donc si pur I Que quelques billets de banqne passent; du cofiie-i'oit d'un financier véreux ou de la cagnotte d'un tripot dans la poche de quelques écumeurs de haut vol, il ne nous importe guère eu somme ; et je sais pas même si en bonne morale, il ne vaut pas mieux que les larrons se mangent entre eux.Tous ce qu'il y aurait à craindre, c'est que, prévoyant qu'ils auront à partager avec les seconds, les premiers ne serrent nn peu plus la corde aux pauvres gogos, — acheteurs d'Est-Orégon ou pontes des cercles élégants.Ces pauvres gogo*'.C'est toujours eux qui paient ; mais ils sont comme la Martine de Mollière : ils veulent être battus.À ¦ Je serais tenté de dire, il est des journalistes d'une espèce plus malfaisante que ceux dont les exploits occupent la presse.Ce sont ceux qui, par haine politique ou par simple dilettantisme, s'attaquent à l'honneur d'un adversaire ; ceux qui, si vous différez d'avis avec eux, vous accusent des plus vilaines actions, vous traînent dans la boue, vouent votre nom au mépris de vos concitoyens.L'on dit que ces occupations tombent d'elles-mêmes, et que personne n'y ajoute foi.En est-on bien sûr?Les gens de bon sens haussent les épaules, il est vrai ; mais les simples, ceux pour qui les articles des Roehefort et des Drumont sont paroles d'évangile — il yen a, quelque incroyable que cela soit, — ceux-là ne doutent pas; au besoin, ils vous répliquent : ces choses ue s'inventent pas, il n'y a pas de fumée sans feu* Et il arrive que de très bons Français, plus véritablement patriotes que ceux qui les dénoncent, sont marqués comme traîtres à leur pays ! 298 LE REVEIL Les maîtres-chanteurs visent à"la bourse; les autres visent à l'honneur.Nous préférons l'honneur à la bourse 1 G IRCAS A PROPOS DE Mlle DÉSOLÉE M.A l,l.X A M nu: DUMAS ET I.'l.MMOU'l'Al.ri'K DE L'AME M.Alexandre Dumas s'est signalé par son théâtre plutôt en moraliste censeur des mœurs contemporaines qu'en métaphysicien démonstrateur de l'immortalité des âmes, — tel pourtant il se révèle dans une lettre admirable que publie M.Paul Duplen dans la Nouvelle Revue.Cette lettre fut adressée à Mlle Desclee, qui .dut la lire "entre deux actes de Froufrou." Desclée, dans une crise de découragement, avait écrit au Maître que " tout lui était égal." Avec uno Unité très grande, très calme, très haute, que est le témoignage de l'accord complet entre le caractère et le ta lent du célèbro écrivain, M.Dumas réconforte Désolée, et à la malheureuse et grande -artiste il dit de songer à cette chose précieuse qui esc notre âme et qu'il dépend de nous de créer ot de conserver.Ça vous est égal d'avoir du succès, parce que vous en avez.Ca no vous serait pas égal de n'en avoir point.Il y a colu do bon, quand on est au-dessus des autres, qu'on n'est plus avec eux.C'est toujours ça de gagné.Comme votre intelligence dépasse la moyenne de celle des femmes qui font ce que vous faites, ce quo vous fuites ne vous satisfait pas ; et comme cette intelligence, cultivée depuis pou de temps, n'est pas encore uu niveau do colles auxquelles vous voudriez égaler, vous souffrez réellement.Vous êtes entre ciol et terre.N'importe ! jetez-vous tête baissée dans le travail et dans l'art ; utilisez tout ce que vous savez, tout ce que vous avez senti, tout co que vous avez soulfert, et votre finie se fora peu à peu en vous.Soyez certaine, quoi que vous ayez fait de mal, consciemment ou inconsciemment, quo cette âme existe et que vous êtes dans l'Age où vous pouvez encore la fixer en vous et la rendre immortelle.Ce qu'on appelle le libre arbitre n'est pas autre chose.Il y a un moment dans la vie où la claire vue du bien et du mal nous apparaît distinctement.C'est à ce moment, plus ou moins retardé selon les circonstances et les milieux, que nous nous créons nous-mêmes on dehors do l'existence fortuite que nous devons à nos parents.Sans compter qu'ils ne savaient pas toujours très bien eux-mêmes ce qu'ils faisaient en nous la donnant.Si nous laissons échapper ce moment, c'est fini.Notre finie se sépare de nous ; nous marchons, nous mangeons, nous dormons, nous regardons, noiiH parlons; nous tournons sur nous-même, Nous ne ne vivons pas.Vous êtes dans cotte grande crise, ma chère enfant ; que vous soyez une cabotino ou une duchesse, quo vous ayez été dans votre passé uue hon- nête femme ou une .prostituée, tout cela ne signifie rien à l'heure où vous êtes, si vous acquérez maintenant la conscience supérieure.C'est à vous de vous mettre au monde, de vous enfanter divinement Le moment ne reparaîtra plus.Saisissez-le comme j'ai fait quand jo me suis trouvé en face de lui.Voub verrez bientôt avec quelle sérénité vous serez maîtresse de vous et de tout ce qui vous n dominée, froissée, égarée jusqu'à ce jour.Vous laisserez ulors votre corps accomplir, dans ce monde matériel, sa fonction dont vous avez besoin pour vivre et pour faire un support à votre esprit, et vous suivrez pendant ce temps-là votre âme dans les régions nouvelles que vous lui aurez résolument ouvertes.Ayez courage, car si vous retombiez maintenant, après l'effort que vous aurez fait, vous n aurez plus d'autre ressource que la vie la plus abominable et le suicide peut-être pour oublier ce que vous ivez entrevu.On ne s'aventure pas impunément dans le royuume de Dieu, il fuut y aller toujours en avant — on n'en revient pus comme on veut.Quelle drôle de lettre, n'est-ce pus, à lire entre les deux actes de Froufrou, ou le soir au retour du théâtre ! Mais je ne puis vois prouver mon affection et mon estime qu'en essayant de vous fuiro monter où je suis, au lieu de descendre où vous étiez avant que nous nous rencontrions pur hasard.Travaillez, soyez sage ot aimez-moi, puisque cette bonne idée vous est venue ; vous êtes sûre de ne rien y perdre et vous y gagnerez peut-être quelque chose.CAUSERIE DE LA SEMAINE A PROPOS DU (IRANI) FRANÇAIS J'ai débuté.dans un journal parisien qui n'a point la réputation d'être un miroir do lu gaieté française, main qui, sûrement, donnera uux historiens futurs, comme dès aujourd'hui aux étrangers, la certitude que nous aimions la vérité, les faits précis, que notre bon sens est un contrepoids merveilleux à uos enthousiasmes, eufin quo nous resterons, malgré les apparences, les plus " mesurés ", los plus " pondérés " des hommes.Dans cette maison do renseignements exacts et de réflexions graves, on ne voulait pas se laisser surprendre par la mort ; on se méfiait du décès subit, de la complication inattendue, qui, au lendemain d'un bulletin rassurant, contresigné do praticiens illustres, impose au journal lo cadre de deuil.Et ulors, on avait eu recours — j'imagine quo lu tradition de cet usage s'est continuée — à un artifice bien ingénieux.On avait uue armoire d'avance toute pleine d'articles nécrologiques.Les personnages illustras qui out dépassé la soixantaine et dont lu santé donne à leurs conteinpo- LE REVEIL 299 • rains quelques inquiétudes, ont tous leur oraison pré-.parée dans ces dossiers.Un rédacteur spécial (nous l'appelions " Bazouge " en souvenir du célèbre croque-mort de l'Assommoir) est chargé de tenir ces nécrologies " au courant ".De temps à autre, quand il est de loisir, il ouvre les tiroirs de son colombarium ; il tire an dossier après l'autre ; il ajoute les petits faits nouveaux, une anecdote, une parole retentissante prononcée daus un banquet Le jour de la mort on n'a plus qu'à conclure et à faire une petite préface à l'article avec les détails de l'agonie.Plusieurs années avant la mort de M.Renan, au temps où, fréquemment, je rencontrais le célèbre exé-gète à dîner, dans des maisons amies, j'avais déjà lu son oraison que l'on avait fabriquée avec quelque hâte, à l'occasion d'un accès de goutte.On eut sept ans devant soi pour la retoucher.La partie rédigée se terminait sar une phrase qui louait l'unité de vie de M.Renan et loi prédisait une sortie d'existence en harmonie avec ses principes." Bazouge " (sa profession l'avait sans doute rendu sceptique) avait écrit légèrement au crayon, au-dessous de ces belles louanges : — — " Mais attendons latin— " L'événement a prouvé que notre confrère eût montré pins dc 11 iir en écrivant sa note do croque-mort gouailleur, au bas de l'apologie funèbre de l'infortuné "Ferdinand de Lesseps.Celui-là aussi avait son oraison toute préparée dans les réserves du colombarium ; c'était la minute où les foules l'acclamaient où son apparition enlevait un vole, où un mot de lui rassurait les timides, déchaînait les enthousiastes.Il était un des emblèmes vivants de la confiance que la France avait en soi-même, dans le succès de toutes ses initiatives, dans la fortuné merveilleuse de son étoile.Je me souviens que le jour où Bazouge me montra ces pages, auxquelles des financiers, des diplomates et des hommes d'Etat avaient collaboré, il me dit avec sa gaieté irrévérencieuse, un peu cynique de fossoyeur : — C'est cela qui sera un bel enterrement !.aux frais de l'Etat.musiques en tête.le canon, les cloches, tout le tremblement.Et des sanglots dans la foule.derrière.comme aux funérailles de Victor Hugo.Quand on verra passer les douze enfants, suivis des douze poneys, chargés des décorations.N'est-ce point l'occasion de rappeler une fois de plus le mot da sage qui répondit au roi de Perse : — Ne dites jamais d'un homme qu'il a été heuieux toit qu'il n'est point mort " Il aurait fallu un Bossuet pour prononcer devant la France attentive ot muette l'oraison funèbre de celui qui s'en va.Quelle occasion de recommercer la para- phrase de cette parole : " Toutes les extrémités des choses humaines, réunies en une seule vie, " et de montrer le Dieu planant au-dessus de ces inconstances avec son moderne visage de Justice et de Devoir.Le Bossuet nous manque, mais ce discours où, après les passions et les rancunes éteintes, la vérité prendra la parole pour dire les fautes, les excuses, la vraie grandeur, la fragilité, le vertige d'orgueil, l'agonie qui paie tout, sera dans un temps prochain l'œuvre de quelque biographe ou d'un historien philosophe.Peut-être alors on reconnaîtra que si la statue du Grand Français avait des pieds d'argile, à ce limon était mêlé un métal uniquement précieux.L'erreur fut de mettre l'homme sur un autel, de lui demander un miracle et puis de le briser, avec ces huées, dont les foules de tous les temps ont accompagné la chut) de leurs idoles.hughes Le roux PETITS ENFANTS, GRANDE LEÇON On rie savait faire autre chose, que de se détourner de lui avec mépris, ou de jeter un regard de pitié au pauvre ivrogne, rarement de sang-froid, sale, chancelant, l'œil sombre.Il travaillait dur parfois ; il lui fallait pourtant de quoi boire, et la triste idole donnait à ses mains fébriles une force factice rapidement épuisée.Ce matin, c'était à moi de rested au logis, pendant que les miens, parmi les fidèles, avaient répondu à l'appel de la cloche qui les conviait à la maison du Très-Haut M'éloignant un instant de mes fourneaux, mon oreille fut attirée par un gentil gazouillement de voix enfantines, auquel se mêlait une voix rauque, indécise, rude, et cherchant, semblait-il, à s'adoucir.Le malheureux ivrogne dont j'ai parlé était étendu sur l'herbe verdissante, alourdi par l'ivresse.En ce jour de repos, deux petits enfants, que de fraîches pâquerettes tentaient s'en étaient venus jusqu'à lui, inconsciemment, gentils tous deux dans leurs toilettés nouvelles des dimanches de printemps, frère et sœur de six ans et de quatre ans à peine, les menotes remplies, ils s'étaient arrêtés là.L'oreille dure du pauvre ivrogne était sensible aux voix d'enfants ; il connaissait du reste presque tous les pauvres bambins du village.A l'approche des petits, il fit un suprême effort pour se relever.Il exerçait sur les enfants, malgré sa hideur repoussante, un prestige qui venait de son bon cœur.On se le redisait, l'œil brillant, parmi les petits : à l'approche de Noel,il avait des sous dans la poche.pour semer et récolter un peu de joie.La clarté du grand jour de joie pénétrait en lui pour le faire donner et il sacrifiait au bonheur de faire des heureux la triste boisson qui s'emparait de tout son gain.J .• m LE REVHL Et puis, on cet instant, vous voyez le tableau sous le ciel bleu, dans cette lumineuse matinée de printemps, l'homme repoussant et repoussé se penchant, la main sale ot tremblante, pour ajouter des pâquerettes rosées à la cueillette des petits.—Mais quel effort surhumain, car il n 'est plus maître de lui ' ni de ses mouvements : A chaque nouvelle tentative, le sol lui semble plus bas, ut son regard est si troublé, qu'il a peine à distinguer les petites taches blanches faites par les fleurettes dans l'herbe de la prairie.— Et, de sa main ridée et noire, dans de mignonnes petites mains propres, à fossettes, le bouquet a passé,—et, n'en pouvant plus, gémissant, il retombe!.Les deux eufants ne songent plus aux fleurs mignonnes ; penchés sur lui, ils le regardent, une ombre dans leurs grands yeux purs.La petite sœur, le doigt sur la bouche, est toute rêveuse sous ses boucles bloudes> tandis que son frère, son ainé de deux ans, a compris : " Pauvre Tom ! (chacun sait son nom au village) tu us malade, tu es fatigué, tu n'as pas de Ion lit, pauvre Ti m i ".Et la | icti tu voix compatissante de sœurette de répéter : " Pauvre Tom '." — Et leurs petites mains proprettes, enhardies par une ingénue pitié, se promènent sur l'habit crasseux et s'en vont en une caresse jusqu'à la face brunie.Tom n'est pas retombé pour s'endormir ; il faut jouir, sa vie n'a peut-être jamais coutenu un toi -instant de bonheur.Caressé, lui, l'homme dont on se détourne, et caressé par de douces petites mains potelées et par de grands yeux purs qui, ne savent rien du vice, ils en sont si loin ! * Les enfants avaient deviné ; il n'y avait pas pour Toin un bon lit quelque pari—Ce qu'était le passé pour lui, c'est ce qu'il endormait journellement dans la boisson.A l'avenir il ne s'arrêtait pas : son horizon était fermé par la vie.—Son père avait été un ivrogne; lui, dégoûté des scènes horribles qui avaient assombri son enfance, voulait mieux faire ! — Brave malgré tout bon travailleur, il s'était attaché fortement à uuu jeune fille, qui l'avait repoussé.—Et il était resté seul, sans foyer, sans femme, sans affection.Le travail était dur, et aucun but encourageant pour lo rendre supportable ! — Et peu à peu, malgré lui, sur la pente du vice il avait glissé.Ce ue serait pas ainsi si, au lieu de rentrer dans sa mansarde froide et désolée, une femme avenante l'avait accueilli dans un propret chez eux ! — Pauvre Tom ! Ne sachant rien des victoires de l'âme sur le vice, il endormait le vide de son cœur dans la boisson.V ni là la I et.i ni bien naïve, niais saisissante, que j'ai recueillie de la fenêtre de ma cuisine, tout près, dans la prairie.— Nous ne savons par notre mépris ou notre froideur qu'ajouter des nuages aux nuages, du mal au mal, tandis que les petits y mettent des rayons de soleil, y ajoutent du bien ! # # Si nous avions sur les pages les plus blanches de notre existence toutes les taches noires venant des circonstances des autres, elles seraient bien les nôtres aussi : c'est pourquoi avons pitié.8CILLA.rSUILLXÏON AUX PETITES SŒURS m.% C'étaient bien des ruines, en effet, ces pensionnaires de Jeanne Lugan, ruines de toutes sortes et de toutes provenances.Les uns avaient toute leur vie miséré.les autres étaient déchus d'une petite aisauw ou même d'une fortune.Les causes qui les avaient amenés là, dans cet abri où la charité se faisait aveugle pour les recevoir, variaient peu: c'était le malheur pour quelques-uns, l'inconduitê pour beaucoup.Certains avaient usé vingt professions, couru î'Erope et l'Amérique, photographié des noces de boutiquiers i Paris, ramassé des escargots pour les restaurants, cueilli de la mousse pour les fleuristes dans les bois de Viroflay et lacé des bœufs sauvages dans les prairies de la Plata ; ils avaient essayé de tout, n'avaient pris pied nulle part, et, traqués par la faim, ne s'étaient remisés chez les Petites Sœurs qu'avec l'espoir secret d'en sortir encore.Tous ils vivaient de la vie commune, mais non pas de là même manière.Des rencontres de goûts et d'origine, des similitudes de métiers ou de souffrance* même, les groupaient en petites compagnies, pour la promenade ou le travail.Car on travaillait, à l'hospice : oh ! pour rire, à des travaux d'enfants qui, laissés au caprice de chacun, ne duraient guère, et ne rapportaient rien.D'aucuns, tisserands, dans une salle basse, poussaient la châsse une heure ou deux ; uue demi-douzaine de tailleurs passaient des fils dans des déchirures d'habits déjà reprisés; des campagnards soignaient les vaches et le cheval, coupaient de l'herbe ou tressaient des paniers; au beau temps, la fenaison réunissait les plus valides, pendant huit jours, dans on petit pré ; d'un bout de l'année à l'autre, ceux qui pouvaient tenir une bêche remuaient un demi-mètre de terre ou coupaient uno mauvaise herbe dans un jardinet qui leur était concédé en propre, et dont ils aménageaient la culture au gré de leur esprit, celui-ci en potager, celui-là en verger minuscule, l'autre en parterre fleuri.Il y avait aussi des paresseux incorrigibles ou des impotents qui ne faisaient rien.Autour d'eux, pour eux, la charité veillait, peinait et souriait.Afin qu'ils pussent se reposer pleinement, elle ne pre LB RBV1IL 3d! nait pas de repos.On l'eût dite riche, tant elle trouvait de moyens d'etre aimable et secourable; Sa patience n'avait presque point de limite.Elle pratiquait l'art ingrat d'être maternelle avec les vieux.Le Bolioche eut rapidement son groupe.C'étaient tous les anciens soldats, épars jusque-là et flottants ,lan8 la population de l'hospice.L'éloquence du vieux sous-officier, sa prestance, l'éclat magique des galons dont ils croyaient voir le rayon d'or sur sa manche d'invalide, les avaient attirés.Ils racontaient volontiers.Au milieu d'eux, Le Bolioche retrouvait l'illusion de la caserne et du commandement.Bataillon très mêlé sans doute, où toutes les armes se confondaient et dont plusieurs dignitaires arrivaient des compagnies de discipline.Mais qu'importait ?Ils étaient du métier.On mettait les campagnes en commun.Chacun disait la sienne, souvent la même, et jamais de la même façon.Ils avaient une manière à eux de parler de la guerre.Chacun n'avait vu qu'un petit coin du champ de bataille.Beaucoup étaient testés l'arme au pied une demi journée sous la pluie des obus éclatant.Leurs récits donnaient une idée mesquine et tronquée des choses militaires.Ils s'y complaisaient pourtant, et y revenaient sans cesse, à propos d'un détail qu'ils ne se souvenaient pas d'avoir dit Les jours de sortie, ceux qui rentraient de la ville avec un journal lisaient aux autres des nouvelles merveilleuses.On s'échauffait à propos des armements prodigieux de la Russie on de 1 Allemagne, des fusils capables de percer des troncs de chêne de cinquante centimètres, d'une poudre sans famée, d'un bateau «us-marin, d'une expérience île torpilles.Les plus chauvins donnaient le ton, les vieux redevenaient jeunes, un ferment des anciennes fièvres glorieuses leur courait dans le sang.Alors, c'étaient des défis à tous les peuples ennemis, des jurons d'amour pour la patrie française, des prédictions de victoires, xous ils voyaient l'armée victorieuse passant la frontière, et se ruant sur les villages du Rhin ; ils croyaient en être, ils pillaient, ils tuaient, ils s'enivraient, et s'endormaient dans les petits draps blancs des vaincus.Dans ees moments-là, Le Bolioche était superbe.Il les empoignait tous, avec sa voix encore frappée au timbre des *lcools de cantine.Le pas s'accélérait, les cannes se levaient, les bras rhumatisants s'étendaient en avant.Pauvres bonshommes ! lenrs cœurs de troupiers français n'avaient pas vieilli 1 D'habitude, ils causaient de ces sujets passionnants intour du seigle, dont les épis commençaient à montrer le nez.Kt là-haut, sur la terrasse de l'hospice, quand une sœur passait, étonnée de tant d'animation, «Ue s'arrêtait un moment D'un œil tranquille elle suivait ses guerriers et les'comptait, craignant toujours ¦|ue le compte n'y fût pas, '• Voilà nos petits vieux qui parlent de ln guerre", pensait-elle.Le genre de plaisir qu'ils y prenaient lui était complètement étranger.Mais elle n'était pas fâchée de les voir si martiaux.Cela lui faisait 1 impression que font aux mères les garçons qui jouent aux soldats de plomb, tapageuse-jnent Puis, satisfaite de son inspection, la cornette hlanche s'en allait.Les petits vieux ne l'avaient pas »perçue.Le régime n'était pas dur.Le Bolioche avouait ¦Mme qu il ne lui déplaisait point.Il avait l'illusion de l'activité et la réalité du repos.Les compagnons donnaient pleine satisfaction a son goût de gloriole.U mangeait bien, souffrait peu de sa jambe, respirait huit heures par jour l'air des collines que vivifiait le cours prochain d'une grande rivière, étendue et ramifiée à l'infini dans la campagne verte, comme la nervure bleue d'une feuille de chardon.Et cependant il dépérissait.Les rides creuses de ses joues se creusaient encore.Il avait des moments de mutisme et de sauvagerie auxquels les sœurs ne se trompaient pas.Sœur Dorothée avait essayé d'une ration supplémentaire de tabac, un moyen pourtant bien efficace.Le Belloche avait pria remercié, fumé : il ne s'était pas ragaillardi." Peut-être qu'il voudrait voir sa femme plus souvent," avait songé la sœur.Et au lieu de deux fois par semaine.Le Bolioche s'était rencontré chaque jour, dans un corridor de l'hospice avec sa femme, très bien habituée, elle, très douce et effacée, là comme ailleurs.Ils causaient un peu, Mais ils n'avaient pas grand'chose à se dire, n'ayant jamais eu la même humeur, et n'ayant plus la même vie.Le bonhomme ne revenait pas plus gai de ces visites de faveur.A force d'y songer, sœur Dorothée eut une inspiration.L'ayant aperçu qui, au milieu de son parterre, le pied sur la pelle, immobile, regardait obstinément la partie basse de la ville, les horizons voilés où les maisons, les rues, les jardins, n'ont plus de forme arrêtée, et ne sont plus que des nuances dans la gamme adoucie des lointains, elle devina sa pensée.—C'est votre fille qui vous manque ?dit-elle.Le Bolioche, qui n'avait pas vu là sœur, tressaillit à ce mot Son vieux visage devint dur, ses yeux s'emplirent d'un feu sombre: il n'aimait pas qu'on sût ses affaires, et la découverte d'un chagrin, qu il était trop fier pour confier à personne, le blessait comme une indiscrétion.Mais bientôt, l'émotion que ce nom lui avait causée : " votre fille ", fut la plus forte.Il ne fut point maître de s'y abandonner ; elle l'emporta tout entier, elle le changea.Ses traits se détendirent et humblement, dousement, d'un son où perçait l'aveu de sa longue souffrance, il répondit : —C'est vrai ! —Pourquoi ne l'avoir pas dit plus tôt.' reprit la sœur.Depuis cinq semaines que vous êtes ici, vous ne l'avez pas vue ?-Non.—Veulez-vous que je lui écrive de venir t —Oh! oui! —Vous l'aimez bien cette Désirée ?Il n'eut pas la force de répondre.Ses mains tremblaient sur le manche de sa pelle, et ses yeux qu'il avait détournés, voyaient sans doute en songe, debout dans l'herbe du pré, l'enfant qui venait à lui.Le soir, quand sœur Dorothée demanda à la supérieure la permission d'écrire, elle ajouta : —Ce petit vieux est incroyable : on dirait que c'est lui qui est la mère.Et, ayant couvert une feuille de papiea d'une écriture inégale et hâtive, elle la mit à la poste, à l'adresse, de Désirée. 302 LE REVEIL IV Si la jeune fille n'avait point encore visité ses parents, ce n'était pas été faute d'y songer.Mais l'aïeule était tombée malade assez gravement, et, malade, elle était, comme beaucoup d'infirmes, d'nne exigence extrême.La solitude lui faisait horreur.Il avait fallu la soigner, lu veiller, ne jamais la quitter.A peine laissait-elle Désirée sortir le temps d'aller acheter des provisions, un peu au delà de l'octroi.Comment eût-elle permis une course à l'hospice qui, vu la longue distance, eût pris toute une matinéo ?Désirée avait dû attendre, et les semaines s'étaient écoulées.La lettre de sœur Dorothée arriva en pleine convalescence de la malade, et ces deux causes combinées, instances d'un côté, santé renaissante de l'autre, décidèrent l'aïeule.—Va, ma petite, dit-elle.Sois le moins longtemps possible.Tu me rapporteras des nouvelles d'Honoré.Elle ne pensait guère à sa bru, ni autrefois, ni à présent Honoré seul l'occupait.¦ Désirée partit aussitôt.Elle était contente à la pensée de revoir les siens, contente aussi d'être libre et de la beauté du jour.Il faisait un temps gris perle si léger nue tous les rayons lo traversaient, un de ces ciels de fin de mai qui habituent les fleurs au grand soleil d'été.Les ste I lai res é toi huent les talus de Ta banlieue.Des deux côtés de la route, quand Désirée passait, des moineaux perchés sur les toits, sur les vieux murs, s'envolaient en troupes, avec un petit cri d'appel si gai, si vif, qu'il semblait à Désirée que son cœur s'envolait aussi.II n'allait pas d'ailleurs bien loin, pas plus qu'eux.Sa nature n'était pas rêveuse, mais plutôt agissante ot vaillante.Elle songeait à des commandes qu'il fallait livrer dans la semaine, à une lessive qu'elle aurait bientôt, à un semis de volubilis qu'elle avait fait le long de la maison, et qui commençait à lever, mais surtout au moyen d'apprendre à tresser le rotin et l'osier, maintenant que son métier d'enfance périssait.Elle avait mis sa robe bleue, un col blanc attaché par une broche de cornalino et un chapeau,— pour un si long voyage !—composé d'un seul ruban bleu chiffonné sur du tulle noir.C'était ce qu'elle avait de plus beau.Une autre aurait trouvé la toilette bien pauvre.Mais elle s'en inquiétait peu, n'ayant souci, pour lo moment, que de plaire à ceux qu'elle allait voir.Ello était sûre d'y réussir.Et ainsi faite, songeant, pour le résoudre, au problème toujours complique do sa vie de travail, elle marchait sans se presser sur la route où des brises folles, soufflant au travers des haies, s'amusaient à faire tourner des pincées do poussière, Avant d'entrer à l'hospice, Désirée s'arrêta devant le moulin, un peu lasse, un peu rouge, afin de reprendre haleine et de relever ses cheveux dont la masse trop lourde, détachée par la manche, lui tombait sur la nuque.La route, à quelques pas de là, finissait Un tortro au gazon pelé par le pied des mulets portait le moulin blunc.Les quatre ailes viraient d'un mouvement puissant, avec un doux gémissement do bois qui plie, comme il en sort des mats de navires ou du joug des bœufs en labour.Lo vent montait de la rivière.Et Désirée était charmante, tête nuo, la taille, cambrée, los bras écartes pour nouer ses cheveux d'or.C'est* précisément à quoi réfléchissait un jeune meunier qui, sans qu'elle l'aperçut, s'était accoudé à U lucarne du moulin.De tout temps los meuniers ont passé pour philosophes et méditatifs, Je parle de ceux des hauteurs: leur métier les y porte.Ils tiennent de l'ermite et du guetteur de phare.Une partie de leur vie se passe à attendre, l'autre à laisser travailler le vent Ils voient de grands horizons, et les choses petites au-dessous d'eux.Quand leur nature n'y est point rebelle, les meuniers ont beau jeu pour songer.~ Celui-là ne sortait pas de la tradition.Son large feutre enfariné coiffait une assez belle tête de garçon, un peu molle, mais intelligente, des yeux bruns, des joues sans teint et une bouche légèrement relevée, dont le visage prenait un air de goguenardise : signe distinctif de l'espèce.Il s'avança encore un peu dans la lucarne, et dit : —Vous n'avez pas l'air bien pressée, mademoiselle?Ce sont là bien des phrases banales par lesquelles, dans le peuple, les inconnus se tâtent, et manifestent l'intention d'engager un brin de causerie.Elle le regarda, surprise, et ne lui trouvant pas les yeux trop hard is, répliqua : —Ni vous non plus, à ce que je vois.—Que voulez-vous, reprit-il,quand le moulin va, les meuniers n'ont rien de mieux à faire que de regarder les filles qui passent; c'est un joli métier: même quand ça va le mieux, on a de la liberté.—Tous les métiers ne sont pas de même, fit Désirée en soupirant.Elle renoua la bride fanée de son chapeau, et se détourna pour s'en aller.Mais elle lui plaisait évidemment, car il la retint en demandant : —Que faites-vous donc ?—railleuse de chaises, répondit-elle.Autrefois c'était bon.Nous gagnions notre vie.Et puis ça c'est perdu.Mon père a été obligé de se mettre à l'hospice.Un bon travailleur, pourtant, je vous assure, jamais en retard, point dépensier ; tout le monde l'aimait.—Il est à Jeanne Jugan ?—Oui, et ma mère aussi : je vais les voir.—Alors, vous êtes comme orpheline chez vous, mademoiselle Rose ?—Non, pas Rose, dit-elle en riant : Désirée.Ils se regardèrent un moment riant tous deux de la façon drôle dont il lui avait demandé son nom.Elle ajouta : —Je ne suis pas si seule que vous croyez : j'si ma grand'mère avec moi.—Vous habitez loin ?—De l'autre côté de la ville, proche l'octroi.Grand'mère est aveugle.—Aveugle ! répéta lo jeune homme, ce ne doit pas être gai pour vous ?—C'est surtout triste pour elle.-•Mais alors vous no sortez guère ?—Presque pas.— Le dimanche, n'est-ce pas, un tour à la foire ou bion dans les assemblées ?— Jamais ! fit Désirée, comme si cette supposition l'eût offensée, jo n'y vais jamais I Elle se mit à rougir, subitement devenue confuso du tour intime que prenait la causerie.Lui, au contraire, LE REVEIL 303 montrait ses dents blanches.Il ' avait l'air tout content.— Je vous crois, mademoiselle Désirée, et ça se voit bien sans que vous le disiez.Au revoir donc ! — Bonsoir, monsieur I A peine eut-elle tourné le coin de la haie, qu'elle se sentit toute dépitée.S'arrêter ainsi à causer dans les chemins ! Comment avait-elle fait cela ?Et que de choses elle avait racontées en peu de temps : son père, sa mère, l'aïeule, la vie qu'on menait à la maison ! Il ¦ lui faisait dire tout ce qu'il voulait.Et lui, prudemment, savait se taire.Comme il était adroit pour enjôler les filles, ce garçon ! Avant de pénétrer dans la cour, comme elle était cachée par le mur, elle tourna la.têtc rapidement, et jeta un coup d'œil du côté du moulin.La lucarne était vide, toute noire sur le mur blanc." Heureusement, pensa Désirée, qu'il avait l'air honnête et que personne ne m'a vue." Elle monta les marches du perron, et demanda son père.Le Bolioche éta't dehors, au milieu d'un espace découvert et sablé, qui s'étendait au bas du champ de seigle.On l'avait pris pour arbitre d'un coup de boule douteux, et, courbé, il mesurait avec sa canne la distance contestée, Une dizaine de joueurs, ses compagnons, penchés en cercle, étaient absorbés par l'attrait de cette vérification.Ils se relevèrent tous ensemble,' et I." Bolioche aperçut Désirée qui dévalait le long du champ, su robe bleue frôlant les pommiers nains et la bordure de fraisiers hardiment fleurie par-dessous.— Ma fille ! dit-il.C'était un événement, ces vingt ans dans un asile de vioillurds, cette santé rayonnante au milieu de toutes les décrépitudes humaines.Los camarades de Le Bolioche, leurs boules à la main, regardaient venir la jeune fille.Presque tous sans famille, ayant roulé partout sans s'attacher nulle part, isolés d'ailleurs par leur âge et enserrés déjà dans cette demi-mort de refuge que lu charité ne peut déguiser complètement, ils respiraient comme un parfum cette apparition qui s'avançait.Tous en étaient réjouis.Elle rappelait à chacun quelque souvenir cher.— Kilo ressemble à une belle cantinièro que j'ai connue, dit l'un.— Si .-Ile avait (les cheveux sur le front, ne jurerait-on pas une actrice du café du cours Dujo ?reprit un autre, un ancien marin dont la mémoire refluait très loin en arrière, à la vue de Désirée.Un troisième murmura un nom'que personne n'en-tesdit.Su tête, branlant par saccades, s'abaissa vers sa poitrine, deux larmes tombèrent sur les chiffons de laine dont ses pieds malades étaient enveloppés, et nul ne sut quelle image lointaine de femme ou de jeune fille saluait, à travers les temps, l'émotion de cet abandonné.Us virent Lo Bolioche s'avancer vers Désirée, passer son bras sous le sien, et s'enfoncer dans l'allée qui coupait les champs à mi-côte.Tirés de leur extase, ils seiitrcrcgurdèrent alors les uns les autres d'un air dur.Us étaient jaloux do l'ancien sergent.Personne ne venait ainsi pour eux.Lu partie de boules fut lais-«éela.Le Bolioche et sa fille se promenèrent d'abord tous deux dans l'allée.Il était rayonnant Son bonheur se doublait de la fierté de marcher près d'elle.Il jouissait des étonnements qu'elle provoquait II la considérait, comme pour réhabituer ses yeux à chacun des traits de son enfant — Ah ! petite, disait-il, petite, que je suis content ! Je ne puis vivre sans te voir I Il ne pouvait dire autre chose.Puis la mère Le Bolioche vint les retrouver.On monta vers l'hospice dont il fallut faire le tour, vers le grand verger entouré de murs, qui no s'ouvrait que par faveur aux parents en visite.Et alors la conversation s'engagea Désirée avait dû se mettre entre les deux vieux.Us lui parlaient eh même temps, chacun de ce qui l'intéressait Les moindres choses du domaine revivaient dans leur souvenir avec une merveilleuse intensité de tendresse et de regret.C'est incroyable tout ce qu'un pré, une maison et une* pauvre aïeule qu'on a laissés peuvent fournir de questions.Désirée répondait de son mieux.La joie des siens l'épanouissait aussi.Elle n'avait pas le temps de penser à elle-même.Et cependant, chaque fois qu'elle arrivait au détour d'une certaine allée, l'ombre des ailes du moulin, franchissant les murs, accourait au- de vaut d'elle, l'enveloppait, semblait vouloir l'enlever au passage.Désirée en éprouvait un petit frisson.Elle s'imaginait, bien à tort peut-être, et sans avoir la liberté d'y penser, d'ailleurs, que ces grands bras d'ombre l'appelaient et qu'il y avait là-bas, par une fente ignorée du moulin, deux yeux brans qui la suivaient V De retour chez elle, Désirée trouva l'aïeule moins inquiète qu'elle ne le supposait, heureuse de lui annoncer : — Petite, il est venu pendant ton absence une belle commande, douze chaises à rempailler finement, en blanc et noir : on dirait que le métier veut reprendre.Désirée ne se faisait pas d'illusion à ce sujet, mais l'occasion n'en était pas moins bonne.Dès le kndemain elle se mit au travail, toute reposée et comme renouvelée par cet après-midi de la veille.Elle dut sortir de l'apentis les gerbes de seigle trié, qu'un trop long séjour à l'ombre avait rendues humides, les délier et les étendre sur un coin fauché du pré, pr jonchées régulières.Et, tandis que le soleil et l'air les séchaient elle s'occupa à enlever les garnitures usées des chaises, à consolider leurs barreaux, à teindre quelques poignées de tiges qui feraient, sur les sièges nouveaux, des mouchetures régulières, comme des queues d'hermine sur une pelleterie claire.Cela lui prit deux jours.Pendant ce temps, elle songea bien, plusieurs fois, à la rencontre qu'elle avait faite de ce meunier, sans déplaisir, mais sans trouble non plus, ainsi que nous pensons aux choses oui n'auront pas de suite.De la côte de l'octroi, en allant acheter ses provisions, elle chercha les ailes du moulin à l'horizon, et elle les aperçut qui tournaient, toutes petites, comme un jouet d entant (A tuivre.) RENE BAZIN LB REVEIL Au premier rang pour y rester ! Il y a plusieurs bonnes choses dans les différents genres de clavigraphes, mais cependant pour la facilité d'opération, la perfection de l'alignement, la simplicité de construction, les qualités de durée, le meilleur de tous est sans contredit Lie "Calligraph" Il n'a pas de supérieur, ni même d'égal.On enverra un catalogue décrivant le Calligraph et les loin n it un-s qui s'y rattachent sur demande.TIE IMEIIUN WRITING MME 60.HARTFORD, CONN., EU.WORTON, PHILLIPS & CIE, AGENTS POUR LA PROVINCE DK QUEBEC ET VK8T DONTARIO._MONTREAL.bt THEÀTBE Edifice du Monument National Le Seul Théâtre Français 410e.14 REPRESENTATIONS Par Joo 2.15, 4.00, 8.00, 915 hrs.AU THEATRE CHANSONNETTES, ROMAN8E8, DANSES, ACROBATES, COMÉDIE et OPERETTES.North British £ Mercantile' CIE D'ASSURANCE CONTRE LE FEU ET SUI LA VIE CAPITAL.$16.00O.00C FONDS INVESTIS.68,058,710 FONDS INVESTIS EN CANADA.5,300,000 REVENU ANNUEL.12,600.000 Directeur-Gérant :—THOMAS DAVIDSON, Ecr.DIRECTEURS ORDINAIRES : W.W, Ogilvie ; A.MacNider, Ecr., Banque de Montréal ; Henri Barbeau, gérant général Banque d'Epargne de la oité.La Compagnie, étant la plus forte et la plus paissante qui existe, offre à ses saturés une sécurité absolue, et en cas de feu un règlement prompt et libéral.Risques contre le Feu et sur la Vie acceptés) aux taux les plue modéré» nUREAU PRINCIPAL EN CANADA, 78 St-Francois- Xavier, Montreal.AU MUSEE I HEW sur son LIT de Mil 100 Figure de cire, Léon XIII.Nouveautés chaque Simaink., Entrée du Musée - 10c.Entrée du Théâtre - 10a i Sièges réservées, 6a ext st Le Musée sera ouvert le DnuHcn de 1 heure à 10 heures du soir.JACQ.VANPODCKE PROFESSEUR DI | Clarinette et de Solfège, 221-RUE CRAIG-221 a — lui ,i4Mii!U -:oi- GUSTAVE PAUTEUX, TELEPHONE BILL n».Sis.W M-tHal et lae —U»-.Iniprimo par lu Compafrnlo d'Imprimerlo Do-«lulnlow, ot publie par Aristide Klllntroault nn No.» ruo Saint-Gabrlol, Montréal.BURROUGHS & BURROUGHS, avocats» Chambres 613 et 614 Bâtisse de la New York Life, 11 Place d'Armes, Montréal.Téléphone 1521 Chili.H.Burroughs.W Herbert Burroughs.ARTHUR GLOEEPKY AVOCAT."N.Y.L B." Charribres 316 et 317.J.A.DROUIN AVOCAT".Bitlwede l'Aisuranet "New YorkLifs'' l1 PLACE D'ARMES.Os.mbm Met 811.7705
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.