Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juin 1895, samedi 22 juin 1895
BOITE 2184 NO 42 TELEPHONE 2033 bevue politique et littebaibe POLITIQUE—LITTÉRATUBE—THEATRE—BEAUX-ARTS VOL.2 MONTREAL, 22 JUIN 1805 No.48 SOMMAIRE: Jugement Important, Duroc.— Liste des sous cripteurs au fonds de défense de Tardivel.—Les Écoles du Manitoba, Littéral.— Bons et mauvais payeurs : Toujours le droit d'accroissement, Franc.— Lettres Familières, VI, Jacques Lecroyant.—Les Fêtes de Lille, Universitaire.—Nouveau Mandement de Mgr Ladébauche, évêque de Canardopolis, — Piété et gros sous, Paroissien.—Un curé qui se rétracte, Petit-Jean.— Sauvalle vs.Tardivel, Tardivel condamné.—La beauté des statistiques, P.G1.—Feuilleton : Claude Gueux, Victor Hugo.LE RÉVEIL Les conditions d'abonnement au Réveil ne sont pas les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts.par mois, payable uu commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.Veuillez adresser vos lettres au Directeur du Réveil, Boite 2184, Montréal.JUGEMENT IMPORTANT m.tardivel condamné par la cour d'appel La Cour d'Appel de Montréal, présidée par Sir Alexandre Lacoste et composée des honorables juges Wurtele, Blanche t, Hall et Bossé, a rendu jeudi un jugement de la plus haute importance et qui nous touche de trop près pour que nous ne lui accordions une large place dans notre édition de ce jour.Nous publions plus loin les remarques du savant juge en chef qui a exposé la question et prononcé jugement avec une lucidité et une méthode qui rendent ce document un modèle du genre et font le plus grand honneur à la magistrature française de notre province.Nous en recommandons la lecture à tous les amis de la réforme et de la liberté ; ils y trouveront la preuve des progrès accomplis.Les écrivains du Canada-Reçue ont été poursuivis et traqués de toute part, et aujourd'hui le plus haut tribunal de la province rend justice a l'honnêteté de leurs intentions et de leurs principes.Les tribunaux civils viennentdo déclarer qu'ils avaient le droit, comme catholiques de mener cette vigoureuse campagne qu'ils ont inaugurée contre les alms et les fautes ecclésiastiques.( "est la revanche du mandement qui com* mence. 258 LE REVEIL Nous avons joint au jugement la liste des souscripteurs qui aidèrent M.Tardivel à en appeler du premier jugement rendu par Son Honneur le juge Jette.On se rappelle quels hauts cris avait soulevés dans la clique castor la condamnation du directeur de la Vérité.Celui-ci après avoir promis de payer les quatre cents ecus, comme il disait dédaigneusement en parlant de l'amende infligée, avait prudemment remis l'argent dans sa poche et passé le chapeau.Les messieurs dont nous publions les noms, ont souscrit en tout et pour tout $359,20 pour protester contre le jugement de la Cour Supérieure.Ils viennent d'être tous condamnés par la Cour d'Appel.Et maintenant lisez les noms : il y en a de toutes les nuances et de toutes les couleurs ; bleus, I ilancs, rouges, cailles, etc.Là-dedans vous trouverez un directory complet de tous nos éteignoirs do la vieille capitale.duroc.SOUSCRIPTION Pour payer tes frais judiciaires de la Vérité /tu us la cause de SAUVALLE vs TARDIVEL Québec, 9 août 1894.M.J.P.Tardivel, directeur de la Vérité, Québec.Bien cher monsieur, Manifester l'étonuement que nous a causé le jugement rendu daim la cause Sauvalle va Tardivel ; vous témoigner notro vivo sympathie dans la dure éprouve qui est venue vous frapper ; vous assurer de notre entière upproLttion dans tout ce que vous avez fait pour défendre notre sainte religion odieusement atta-¦piéo par les écrivains du Canada-Revue, tels sont les principaux motifs de notre présente démarche.Nous ne voulons pas, cher monsieur, que vous puissiez croire que vous étiez isolé dans les combats que vous ave/, si vaillamment livrés daus cette circonstance, ot permette/.-nous de vous offrir la somme qui ac complique cette lettre comme témoiguage d'estime et de reconnaissance.Vos t ivs dévoués serviteurs, 0.A.Marois Ptre (vicaire général) : C.O.Gagnon Ptre (secrétaire des archives) ; J.C.K.Laflamme Ptre (recteur de l'Université Laval) ; E.Faguy Ptre (curé de Notre-Dame de Québec) ; Ant.Gauvreau Ptre (curé de Levis) ; H.Têtu Ptre, (aumônier de l'archevêché) ; Ths.Chapais, M.C.L ; Léger Brousseau, J.F.Dupuis Ptre ; P.J.Ed.Page Ptre ; Henri De Foi Ptre ; L P.Sirois N.P.; C.J.L Lafranco ; N.Oar-neau ; E.E.Taché ; S.A.Deniers ; Edmond Dupré ; J.B.Thibaudeau ; Victor Lemieux ; Cléo.C.Morency ; F.X.Oarneau ; V.Châteauvert, (député provincial) ; Gaspard Lemoine ; A.B.Dupuis ; L G.Desjardins (greffier de l'Assemblée législative) ; Pruneau et Kerouac ; A.Grenier ; Côté et Faguy ; J.H.Frechette Ptre (curé de Laval) ; Eu dore PAtry ; Bernard, fils et Cie ; J.B.Delage N.P.; C.Labrèque, N.P.(procureur de la fabrique) ; J.M.Aubry ; E.Pelletier ; Octave l'oit ras (échevin) ; Geo.Tanguay (échevin) ; Arch.Racine ; A.Gabonry (président de la Banque Nationale) ; P.Lafrance (caissier) ; C.Fits-patrick, avocat (député provincial) ; Art J.Turcotte ; B.Verret ; H.A.Turcotte, avocat ; J.B.E.Letellier ; L P.Chaloap, avocat ; L H.Biais Emile Pelchat ; J.E.Garneau ; Dr N.E.Dionne ¦ Dr.E.Morin ; Chs.Darveau, avocat ; J.Gallagher ; Ed.Rémillard ; Eug.Kouillard ; Chs E.Qauvin; Aimé Talbot ; P.Emile Bélanger, N.P.; A.J.Pain-chaud ; V.P.Legaré.Ptre (curé de Saint-Jean Chry-sostdme) ; J.E.Prince, avocat ; Geo.P.Côté Ptre (cure de Sainte-Croix) ; Chs Trudelle ; P.Malouin, avocat ; J.I.Lavery, avocat ; M.Thibaudeaa ; Ernest Lefebvre ; C.O.Lafrance N.P.; F.Petitclere ; T.Lemieux ; Ach.l'icher ; Arthur Gingras ; L O.Marcoux, G.Gagnon ; C.O.Simard ; S.Chaperon ; P.C.La-casse ; F.X.Leveillé ; Eugène Laroche ; Dr Eng.Dorval ; L, P.Vallée ; J.Emile Caron ; H.A.Dauphin ; P.Bergeron ; J.O.Laurin ; T.A Venner ; H.O.Montminy ; G.Moffatt, F.Turcotte ; T.J.Walsh ; J.E.Livemois ; J.J.T.Fremont, avocat (député fédéral) ; lieiij.Deniers Ptre (curé de Saiut-J.-Bte de Québec) ; F.X.Tessier-Laplante Ptre ; J.B.E.Martin, Ptre ; A.Taschereau, Ptre ; Hector Grenier ; Ed.A.Barnard ; Damien Matte ; T.Béland ; El.Béland ; Chs.Cloutier, jr ; Jos.Bussières ; J.A.Peachy ; P.J.Côté ; J, B.Côté ; A.C.Gailbaalt ; A.H.Verret ; Sarol.Bumièros ; P.G.Bussière ; E.Odilon Boulet ; Cy.Tessier, N.P.; J.Geo.Bussières ; Joseph Rondeau ; Geo P.Châteauvert, N.P.; Nap.Matte; Adelaide St A.Matte ; J.L.Lapointe ; L G.Damas ; J.Théodore Mercier, Ptre ; U S.Couture.Ptre ; Arthur K.bit ni Ile, M.D.j M.P.Labergr, N.P.; J.P.Boulet, M.D.L ; F.H.Bélanger Ptre (cure de Saint-Roch) ; J.A.Garneau M.I).; G.Simard ; Chs Grenier N.P.; R.Georges Matte M.I).L ; Joseph Charest ; G.Adjutor LE REVEIL 259 Forgues ; A.A.Déchaîne ; P.Brnnet ; Chs.S.Ri vérin ; J.F.Lemieux ; Joe, Lefebvre ; Camille Quay ; Félix Gourdeau ; Naz.Portier ; Gaspard Rochette ; Cléophas Leclerc ; Louis Blouin ; Jean Vaillancourt ; C.G.Be-dard ; Alf.Liclero ; P.F.Rhéaume ; W.H.Childs ; Z-Turgeon ; Et.Gauvin ; J.B.Rousseau ; L N.C.de Beaumont ; N.Caron Ptre, curé de Maskinongé ; J.B.Cliampeaux Ptre, curé de Berthier en haut ; Denis Gé-rin ptre, curé de Saint-Justin ; Ed.Moreau ptre, chanoine honoraire ; Joe.Charette ptre, curé de Saint-Barthélemi : Louis P.Pelletier (député et secrétaire de la Province) ; Thomas P.Pelletier M.C.L.; L L Ri-vard ; J.A.Couture ; Ernest Gagnon ; C.0.Samson ; Dr.Elz.Laberge ; A.C.P.Landry (sénateur) ; Dr.Samson ; N.Y.Montreuil ; V.W.LnRue N.P.; Elz.Alain ; J.B.Drolet ; C.N.Falardeau ; Dr.V.Laurin ; Jo*.Oct Faucher ptre, curé de l'ancienne Lorette ; J E.Pageot, secrétaire-trésorier CM ; H.Octave Roy N.P.; Honoré Robitaille, maire de l'ancienne Lorette ' Dr S.Bold ne ; P.Sol y mes Forgues, registrateur de Bellechasse ; N.H.Boisseau ; F.X.Méthot M.C.L ; J.E.Richard ; Arthur J.Duchesnay ; J.A.Charlebois, N.P.; Edouard J.Duchesnay.Le montant total de cette souscription est de 8359.20.LES ECOLES DU MANITOBA La portée des résolutions qui ont été publiées sous forme de réponse de M.Greenway aux ordres du gouvernement fédéral pour le réta.blissement des écoles séparées au Manitoba est énorme, et c'est une leçon dont il ne faut |ws manquer d'apprécier toute la force.Lorsque l'on songe qu'une infime minorité, car le Manitoba est dans la Confédération une entité presque négligeable uu point de vue numérique, s'insurge contre la violation de ses droits primordiaux, ceux qui résultent de l'ordre social établi et du privilège de l'Etat de diriger l'éducation du sujet et met au défi, non seulement toute la machine de la Confédération, mais toute la machine impériale et même, |wir un décret, toute la machine papale, on se dennnde si les hommes aux idées vraiment libérales dans la province de Québec n'y verront pas enfin un exemple de ce qu'ils pourraient foire si seulement ils le voulaient Nous admirons bien franchement et sans arrière pensée, nous l'avouons, la réponse de M.Greenway.Son calme, sa dignité et sur- tout son gros bon sens sautent aux yeux et doivent profondément humilier les auteurs du remedial order.Nous en avons foit ressortir l'autre jour les points principaux ; inutile d'y reveuir.D'ailleurs, c'est surtout k titre de leçon que nous la considérons ici comme exemple de ce que peut foire une minorité qui veut se débarrasser du contrôle financier et éducationnel du clergé catholique en matière d'écoles.Qu'il existe dans la province de Québec un groupe de ce genre personne ne peut le nier, car l'évidence crève les yeux.Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il constitue une majorité numérique pareeque la masse l'écrase de son ignorance et de son servilisme précieusement maintenus par l'éducation cléricale, mais il constitue à vrai dire une majorité intellectuelle qui s'accentue chaque jour.On vient d'en avoir la preuve dans une consultation organisée par notre confrère le Monde au sujet de la qualité de l'éducation dans les collèges classiques, consultation oh nous relevons ce qui suit parmi les réponses les plus ty piques : M.Benjamin Sulte,—Homme de lettres.Je n'ai aucune expérience personnelle à cet égard, mais je me suis habitué à une opinion basée sur trois faits: lo Les collèges sont établis poor former des prêtres ; pourquoi les jeunes gens qui se destinent aux professions libérales fréquentent-ilB ces collèges ?2o Ceux qni sortent des collèges et qui n'entrent pas dans les professions libérales ne peuvent lutter contre les enfants des petites écoles.La-dessus j'ai quarante-quatre ans d'expérience.80 Lorsque j'ai demandé à un homme parvenu à la tête de sa profession, par quel collège il avait passé, on m'a répondu, neuf lois sur dix, : " Qu'importe le collège, cest toujours du temps perdu : je me suis formé moi-même avec peine et misère, car au commencement de cette nouvelle carrière, je me sentais trompé, désenchanté, vidé, etfrayé d) la vie.Le désespoir m'a donné du courage." Dr j.M.Beausoleil Qu'il suffise de dire que les sept-huitièmes des candidats à l'étude des sciences médicales échouent sur les matières suivantes : Arithmétique, algèbre, mathématiques, géographie, physique et chimie.La calligraphie n eat pas " belle ".La grammaire et la langue ne sont pas respectées.M.Calixte Leheuf, avocat Nous n'avons pas de collèges classiques proprement 21)0 LE REVEIL dits ; co sont tous des petits séminaires, c'est-à-dire catholiques sortent du bourbier pour réclamer leur part d'influence '.Allons donc; poser ces questions, c'est y répondre.Les protestants ne sont pas ceux qui ont demandé l'abolition des écoles séparées catholiques ; ceux urra sans doute les satisfaire.Mais il ne faudrait pas se méprendre sur la généralité de la révolte.La taxe même de 1884, il y a des congrégations qui l'ont payée et d'autres qui ont laissé s'accumuler les arrérages, et à cet effet on peut établir un tableau «les Botwet maucain payeur» cléricaux qu'il est fort intéressant de posséder ici, comme mémoire.Il nous vient tant de ces gens-là.Voici d'abord ceux qui ont acquitté les dites taxes : imins l'avki'iis l'etitoa-Suur* des pauvres ; Dame de la Croix, a Saint-Quentin ; Sœurs do Saint-Joseph à Avignon ; Visitation do Sainte-Marie, à Nancy : Religieuses hos-litalièrce, à lionnes ; Bernardines de saint- l'aul-uux-m lis ; Sieurs de la Miséricorde, à Louviers ; Religieuses hospitalières de Saint-Augustin, à Carpentras ; Urtu-lines de Sommières ; Su-un de la Providence, à K\ roux ; Augustine* de Tours ; Carmélites, à Nantes ; Hospitalières de Saint-Martin, à Digne ; Visitation d'Amiens; Sœurs de Saint-Alexis, à Limoges ; Notre-Dame de la Charité, à Viger-le-Graud.Citons, à présent, ceux qui n'ont |ms payé et se trouvent, par là, exposés à la répétition des arrérages : Mauvais payeubs Missions de Saint-Lazare ; Filles de Saint-Vincent-'lo-Paul ; Daines de Saint-Thomas de Villeneuve ; Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ; Chanoineases de Saint-Augustin ; Bénédictins de l'Adoration perpétuelle | Dames de Saint-Michel ; Sacré-Cœur ; Frères des Ecole* chrétiennes ; Petits-Frères de Marie, à Saiut-Denis ; Si ours do Nevers ; Providence de Ruillé ; So-ur* de Saint-Charles, à Lyon ; Sœurs de Saint-André de la l'uyo ; Sueurs de Saint-Joseph, à Bourg .Sœurs de Bon-Secours de Troves ; Sœurs de la Sagesse ; Sœurs de Saint-Sauveur-le-Vicomte ; Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; Sœurs de la Doctrine chrétienne de Nancy ; Sœurs de la Charité de Bourges ; Mariâtes ; Notre-Dame de Sion.( 'anstatons que, parmi les congrégations débitrices du Trésor, il en est plusieurs qui n'en seront pas moins détaxées à l'avenir pour leurs établissements hospitaliers ou étrangers.Quant aux sommes exigées des congrégations en vertu de la nouvelle loi, voici les chiffres absolument exacts.Le projet primitif du gouvernement, qui n'admettait aucune détaxe, évaluant au chiffre certainement inférieur à la vérité, de 500 millions, les biens possédés en France par les ordres autorisés ot non autorisés, admettait uno prévision de recettes de 1,500,000 francs.On lit bien : un million cinq cent mille francs.La loi votée, défalcation faite des détaxes, c'est-à-dire de la moitié environ de la taxe annuelle, tombe à une prévision de 750,000 francs, sur lesquels 200,000 francs à peine suit prévus pour les congrégations non autorisées avec la surtaxe de dix centimes par cent francs ! Et c'est pour cette somme insignifiante, eu égard aux ressources des congrégations dont les offices sont rétribués, qu'on risquerait de remettre en question la paix religieuse, les rapports de la France et du Vatican, le Concordat ?Le jeu vraiment n'en vaudrait pas la chandelle.Et matntenant, en présence de In lutte organisée des pouvoirs, nous ne saurions faire autrement qu'approuver hautement l'attitude prise i>ar M.Alpli.Humbert dans Y Eclair : Si U loi est bonne ou mauvaise, ce n'est pas l'affaire du gouvernement ; oo n'est pas lui qui l'a faite.Oe n'est pas non plus l'affaire de l'archevêque : il n'a pas qualité pour la juger.Il n'a qualité que pour en imposer le respect aux prêtres placés sous son autorité.Cette autorité, en effet, il la tient de la loi, et il ne peut l'employer qu'à son service.Si la loi est telle cependant qu'elle révolte la conscience des chré- 262 LE REVEIL tiens et qu'il ne puisse concilier ses sentiments personnels qui la condamnent avec ses devoirs d'archevêque qui l'obligent à la faire obéir, il n'a qu'une ressource, qui est de remettre ses pouvoirs et de rentrer dans le rang des simples soldats de l'Eglise.Quant à braver hautement, comme l'a fait l'archevêque de Cambrai, la loi et le gouvernement du pays, c'est une attitude indigne à la fois d'un prêtre et d'un haut fonctionnaire d'Etat.Nous recoin mandons à nos amis canadiens ê la lecture de ce morceau qui est d'une logique rigoureuse FRANC.LETTRES FAMILIÈRES Nutb corrkctivk.— Je ne veux pas prendre l'habitude de relever leu fautes typographiques qui su trouvent dans mes Lettre* dont la composition est, du reste, généralement fort, bien ftiite : mais je crois devoir rétablir deux passages de ma dernière qui, «ans cela, n'auraient pas le sens voulu ni même aucun senB.Ainsi le troisième vers de l'épigraphe empruntée à Alfred de Musset doit se lire comme suit : " Or ! principe de tout, larme au soleil ravie I " Cuis, la phrase où j'ai voulu dire que les prêtres ayant le courage de s'émanciper du cléricalisme ne seront point cause d'un scandale niais plutôt victimes du scandale qui se produit en permanence dans le sanctuaire, a été défectueusement imprimée et doit être rétablie ainsi : " Ne comprennent-ils donc point que ce ne sont pas eux qui produiront le scandale, mais eux qui en seront les nobles victimes?" J.L VI L'argent, l'argent, «lit-on.sans lui tout est stérile.I .u vertu, sans argent, est un meuble inutile.BOIL CAD.Ce distique est, avec le virtus pont nummoa des anciens, le résumé de la doctrine cléricale, antithèse parfaite de l'enseignement évangélique qui recommande de chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice, le reste, — c'est-à-dire l'argent et ce qu'il procure, — devant nous être donné par surcroît.Il n'est pourtant pas difficile de comprendre que si nous vivions dans la justice d'abord, l'abondance pour chacun suivrait immédiatement l'établissement de ce système si simple d'économie évangélique, et que le règne de Dieu serait fondé sur la terre.Tout l'Evangile est composé de truisme* de ce genre que le monde n'a jamais voulu comprendre, les prêtres moins que les autres hommes.J'aurai très probablement occasion de faire voir qu'en persistant à garder ses richesses et à maintenir sa domination temporelle et son oppres- sion spirituelle, le clergé démontre qu'il n'a point la foi ; qu'il est tout à fait incroyant dans sa crédulité, comme, dans mon incrédulité, je suis le plus ardent et le plus déterminé des croyante, — ma foi reposant sur l'inébranlable base de la raison.Mais pour aujourd'hui je poursuis la série de mes lettres en suivant l'ordre qui me parait le plus naturel.Le sacerdoce, comme spécialité professionnelle non fermée ni privilégiée et non pourvue d'immunités spéciales, peut — sans avoir été jamais nécessaire rigoureusement ni avoir été d'institution évangélique, pioi qu'on en dise — avoir eu son utilité dans le passé, au temps de la pureté et du désintéressement apostoliques, alors qu'il fallait, par un opportunisme bien entendu, ménager la transition entre l'ancien et le nouvel ordre de choses.On pouvait, sans inconvénient, faire quelques emprunts aux pratiques des anciens cultes où tout n'était pas mauvais, comme il peut y avoir quelque chose, et même beaucoup, à garder des rites et des cérémonies actuels, à l'intention de ces âmes non suffisamment développées pour bien comprendre que Dieu veut surtout être adoré en esprit et en vérité et que chacun devrait être son propre prêtre.Mais, — j'insiste là-dessus — : la prêtrise devient une industrie dangereuse et nuisible, lorsque, suivant l'exemple des antiques sacerdoces, elle se constitue en corporation close, en carte aristocratique nantie de prérogatives qui la séparent du commun des hommes et qui la poussent à monopoliser les fonctions qu'elle exerce, à imposer ses service», à en déterminer elle-même la valeur, à subordonner l'affaire spirituelle aux affaires temporelles, à se cléricaliser enfin.Il est d'urgence alors de l'abattre si elle ne veut pas revenir de son propre mouvement aux saines notions religieuses.et les révolutions qu'elle provoque se chargent de la besogne quand elle ne veut point la faire elle-méme.Car il faut de toute nécessité évincor du temple le vil négoce, dût-on, comme le Christ, être obligé de se servir du fouet pour accomplir cette œuvre d'assainissement du saint lieu et même au ri'que de pincer un peu fort la peau des marchands profanateurs, Dont l'échoppe a poussé sous le sacré portique Comme un champignon vil au pied d'un chêne antique.Par respect de droits acquis, dûs à l'usurpation même, le clergé ne survivra donc, comme institution tolérée provisoirement, que s'il parvient à étouffer en lut cet esprit césaro-mercantile qui lui a fait préférer l'intérêt matériel à l'intérêt religieux et Barabbas à Jésus.Le matérialisme ecclésiastique est odieux à l'égal du matérialisme scientifique, sans avoir rendu à l'humanité des services aussi appréciables que ceux de ce dernier dont les méfaits mêmes sont, en dernière analyse, attribuables au cléricalisme que je dénonce. LE REVEIL 263 Que le prêtre se décide donc à dépouiller réellement le vieil homme qui est en lui-même et non plus le vieil homme, agonisant sur son lit de mort, dont le testament peut être facilement capté par la terrorisation religieuse.Qu'il se dévête du cléricalisme comme d'une sale défroque à jeter aux orties, car elle est remplie de vermine.Je ne voudrais pas paraître me poser en prophète, ne m'en sentant aucunement les aptitudes et nul ne l'étant duns son pays ; mais si je ne m'attribue point le don de prédiction je crois pouvoir dire en toute humilité qu'éclairé à la façon dont je le suis providentiellement, je sais prévoir, et prévoir avec une justesse en laquelle j'ai une coutiance d'autant plus ferme qu'elle est mieux raisonnée.Et, m'autorisant de cette faculté que je ne puis in'empêcher de me reconnaitre maintenant, je crois, — appuyé sur l'Evangile et sur le seus commun dont l'Evungile est la divine manifestation, — devoir avertir les prêtres canadiens en particulier que s'ils ne s'émancipent point de l'esclavage dans lequel les tient le mercantilisme clérical, ils ne pourront entrer dans le royaume des iceux qu'après, et longtemps après, les larrons, les prostituées, les sodomites, les blasphémateurs, les impies de l'athéisme et la masse entière des pécheurs de tout acabit.Le mince bagage de leurs vertus négatives ne leur servira pas plus que celui du fameux pharisien à qui je n'aime point à me voir forcé de les comparer.Sont-ce donc biei nos prêtres qui sont destinés, ou plutôt se sont destinés eux-mêmes à réaliser la prédiction que les premiers seront les dernier* ?Est-ce bien par la maison qu'ils habitent et dans laquelle ils ont établi leur ignoble commerce que doit commencer l'œuvre de destruction, l'exécution du jugement ?Incipiet judicium a domo Domini, le jugement commencera par la maison du Seigneur, dit saint Pierre (i, iv, 17).Hélas! je regrette d'avoir à le dire, mais j'en suis à peu près sûr.Et ce sont les peuples exploités et mystifiés depuis des siècles qui le prononceront ce fameux jugement, et qui le mettront eux-mêmes à exécution, le jour de la justice des peuples devant être celui de la justice do Dieu, comme nous l'apprend le livre d'Enoch.Et les peuples n'ont-ils pas déjà condamné partout le trafic scandaleux qui se fait dans les temples du catholicisme cléricalisé dont il ne doit pas rester pierre sur pierre, au dira de saint Mathieu parlant an verset 2 du chapitre xxiv de sou évangile ?Je me le demande, commo l'a fait un profond théologien, un ésotériste vraiment inspiré du Saint-Esprit, si les prêtres Vont pouvoir se dépêtrer des étouppes et de la filasse dont ils sont eux-mêmes les tisserands, et dans lesquels ils se sont ensevelis comme fait la chenille quand sonne pour elle l'heure de la mort II est difficile do l'espérer, puisqu'ils croiraient, dit le même penseur, commettre un sacrilège en déchirant de leurs mains les bandelettes et le suaire dont ils se sont enveloppés.Pour substituer le règne du prêtre à celui de Dieu, le Cléricalisme a déployé une activité incessante et qui, appliquée k la réalisation religieuse et sociale de l'Evangile, aurait accompli des prodiges et transformé la surface de la terre dont il aurait fait un paradis ; mais il n'eut pas été le Cléricalisme si con labeur étonnant avait eu pour objet cette transfiguration de l'Humanité que les peuples sont appelés k opérer eux-mêmes et contre le sacerdotalisme.Les prêtres ont vainement tra vaillé.JVm Dominus œdificaveris domum in con mu laboraverunt qui œdificant earn.Seigneur, si vous-même n'avez édifié la maison, c'est en vain qu'ont travaillé ceux qui relèvent.On peut dire que le travestissement de la doctrine évangélique dû au cléricalisme s'est attaqué k tous les points de l'enseignement chrétien.L'oraison dominicale elle-même se trouve indignement parodiée par l'œuvre cléricale, car, s'il est vrai que le travail est une prière, — et c'est la pure vérité, — on ne saurait contester que le travail accompli par le sacerdoce cléricalisé se traduit en paroles comme en actions par le Pater que voici : " Notre Père qui êtes aux cieux, erge, de Varennes, parce quo ce dernier aurait dit devant cinq ou six personnes que le demandeur avait volé le " Bon Dieu " lors do la dernière retraite qui avait été faite dans lu puroisso.Nous apprenons qu'après les significations de l'action, M.le curé de Varennes serait monté on chaire et aurait fait nne rétractation à peu près dans ces termes : " Vous savez tous probablement que dimanche dernier, au presbytère, devant cinq ou six personnes, dans un moment d'excitation, j'ai prononcé des paroles inconsidérées en disant à l'un de mes paroissiens qu'il avait volé ses pâques.Je rétracte et je retire ces paroles pour la raison bien simple que Dieu soul connait la conscience de chacun de nous.Co n'est ni la peur d'un procès, ni l'ordre de mos supérieurs qui m'obli.gent de faire la présente démarche, mais ma propre conscience.Je ne veux faire de mal à personne, je veux réparer ma faute et vous donner l'exemple.Si jamais vous vous trouvez dans une {circonstance semblable, faites comme moi et vous aurez rempli votre devoir et devant Dieu et devant les hommes." M.Lainothe, avocat de M.l'abbé Théberge, a envoyé le texte de ces explications à M.LeBeuf, avocat du demandeur ; on espère qu'on en viendra à un règlement k l'amiable.PETITJBAN SAUVALLE vs TARDIVEL TAItDIVEL CONDAMNE Jugement prononce par Sir Alexandre iAcosto, juge en chef, présidant la Cour d'Appel do la Province do Québec à Montréal, le 20 juin 1888, SAUVALLE VS TARDIVEL L'Intimé, journaliste de profession, poursuit l'appelant, propriétaire JaKmiV.pour 9200 do dommages, de à raison de l'article suivant, publié dans le numéro de ce journal en date du 8 octobre 1892." Le True Witness de MonUéal vient de faire une " singulière découverte.Un certainrPaul-Mare Sau-" valle, assistant protonotaire do la cité de Montréal, a " fait baptiser le 22 avril 1891 à l'église méthodiste " française.A Montréal, il n'y a qu'un Sauvalle " d'après l'almanach des adresses.Le Paul-Mare San-" valle méthodiste doit nécessairement être le même " que le Marc Sauvalle qui s'écrie dans le Canada-" Revue : et catholique nous le sommes, dussions-nous " avoir à lutter envers et contre tous pour rester dans " la foi où nous avons été élevé.A-t-on jamais vu " hypocrisie pareille ?Et c'est ce journal huguenot qui " se campe en face de l'archevêque de Montréal et lui " tient inopinément, nous le répétons pour la troisième " fois, l'incroyable langage que l'on vient de lire.En " vérité, ces jours sont des jours de deuil et d'hninilia-" tions pour les catholique du Canada." L'appelunt u plaidé une défense en fait, puis une exception de justification ot subsidiairomont, une exception de provocation et de compensation.De la contestation ainsi liée surgissent quatre questions que nous avons à décider : lo Le demandeur intimé a-t-il établi le caractère diffamatoire de l'écrit incriminé ; 2o Le défendeur appelant était-il justifiable do le publier ; 3o V u-t-il eu provocation suffisante pour justifier la cour de renvoyer l'action, et ce libelle eU-il compensé par d'autres libelles publiés par l'intimé contre l'appelant ; 4Ô L'intimé a-t-il prouvé des dommages auxquels il a droit, et, si oui, quel montant ' Première question.—Le demandeur intimé a-t-il établi lo caractère diffamatoire de l'écrit incriminé ? LE REVEIL L'appelant affirme, dans cet écrit, que l'intimé a fait baptiser son enfant à l'église méthodiste française, puis il appelle l'intimé méthodiste et lui reproche de se dire hypocritement catholique dans la polémique qu'il soutenait alors dans le Canada-Revue.L'intimé admet avoir fait baptiser ses filles dans l'église protestantes et les avoir élevées dans cette religion qui est celle de la mère.Et il reproche à l'appelant de 1 avoir fait passer pour un méthodiste tandis qu'il est né catholi- 3ue et qu'il n'a jamais cessé de l'être, et d'avoir conclu e là à son manque de sincérité.L'appelant nous a dit que le fait de publier qu'une personne est catholique, protestante ou juive ne constitue pas une injure en soi, car d'après la loi et les mœurs de ce pays chacun est libre d'adopter la religion qui lui convient sans qu'aucun déshonneur ou discrédit ne s'attache à son nom.Ceci est vrai en général.Mais si une telle assertion est fausse et, de plus, faite dans le but de décrier une personne, de la déconsidérer, cette assertion alors devient diffamatoire et elle donne lieu à une action en dommages.Les expressions les plus inoffensivc9 en soi peuvent ainsi constituer une injure.Par exemple, une personne a juré, devant une cour de justice.qu'elle a été témoin d'un événement dont elle relate les circonstances.Un journal nie à tort qu'elle ait été présente, afin de lui laisser croire à on parjure.Il peut y avoir parjure.L'appelant a prétendu qu'il n'avait pas affirmé d'une façon absolue que l'intimé était méthodiste et que ce n'est qu'une conclusion qu'il a tiré du fait du baptême de l'enfant de l'intimé, conclusion dont le public pouvait apprécier la justesse.L'affirmation ue parut plus absolue que ne le dit l'appelant, mais, en tous cas, récrit tel qu'il est contient ce que les anciens auteurs appelaient un mépris à l'adresse île l'intimé, à dessein de l'offenser et de porter atteinte à son honneur.Cet écrit renferme donc les éléments de l'injure.Il appert que le but de l'appelant était de déconsidérer l'intimé en faisant ressortir son manque de sincérité, son hypocrisie.Si donc l'assertion que l'intimé est méthodiste se trouve être fausse, l'article est diffamatoire et peut donner lieu à des dommages.Ceci nous conduit à la considération de la seconde question, savoir : L'appelant est-il justifiable de publier cet écrit ?Le caractère diffamatoire de l'écrit se trouve dans la fausseté de l'assertion que l'intimé est méthodiste.S'il était vrai qu'il ne fut pas catholique, l'appelant aurait eu le droit de le lui dire, car celui qui combat publiquement sous de fausses couleurs s'expose à être dénoncé publiquement, sans qu'il puisse se plaindre des conséquences fâcheuses résultant du dévoilement de son hypocrisie.Je crois que l'appelant aurait pu dire à tout écrivain du Canada-Revue : " Vous demandez, comme catholique, des réformes dans le clergé ; vous vous plaignez des prêtres au confessionnal, vous trompes ainsi le public, parce que vous n'êtes pas catholique et que vous appartenez à une autre religion." Pour avoir lo droit de parler ainsi, il faudrait que l'appelant eut raison en fait Mais il est de preuve que l'assertion de l'appelant est fausse.Lui-même le reconnaît puisqu'il s appuie sur une rectification qu'il a publiée quelques jours plus tard.|M.le chanoine Archambault nous donne la doctrine de l'Eglise catholique, et il nous dit que celui qui est né et a été baptisé dans l'église catholique ne cesse d'être catholique que par l'apostasie, qui est un abandon public de la religion.Le catholique qui ne pratique pas ou celui qui fait baptiser et qui élève ses enfants dans une religion étrangère, n'en reste pas moins catholique, même aux yeux de la loi civile qui l'oblige à payer la dime.On ne peut donc pas justifier l'appelant d'avoir publié que l'intimé n'était pas catholique mais qu'il était méthodiste, pour la raison qu'il avait fait baptiser ses filles dans 1 Eglise méthodiste.D'après la doctrine de l'Eglise, dit l'appelant, " ceux "qui veulent rester catholiques doivent obéir aux com-" mandements de l'Eglise qui défendent aux pa-" rents de faire baptiser leurs enfants ailleurs qu'à " l'église catholique." Celui qui désobéit à l'église et enfreint ses commandements devient un mauvais catholique, mais ne cesse pas néanmoins d'être catholique." L'intimé ", sontinue l'appelant, " insulte " l'Eglise et son clergé, il fait l'œuvre des ennemis de " l'Eglise ; quelle raison a-t-il de se plaindre si on le " met hors de l'Eglise ?" Il peut se plaindre qu'où lui enlève son titre de catholique auquel il a droit, qui l'assujettit aux obligations des catholiques et qui lui conserve les avantages religieux et temporels attachés à ce titre, suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve.Cette régie ne s'applique pas seulement aux associations religieuses, mais à toute société ou corporation civile.On ne saurait nier à un membre d'une société de bienfaisance sa qualité de sociétaire, quelque hostile qu'd soit à la société, tant qu'il n'en n'a pas été expulsé eu conformité de la constitution.Jusqu'à ce moment, il reste soumis aux obligations et il a droit aux avantages que lui confère son titre.L'appelant prétend que la conduite de l'intimé faisait présumer qu'il n'était pas catholique.Mais l'intimé se proclamait catholique et l'appelant n'était pas justifiable de le démentir en s'appuyant uniquement sur des présomptions.L'appelant a pu erronément croire qu'il avait le droit d'écrire comme il l'a fait mais la bonne foi n'est pas, règle générale, une justification en matière de libelle, bien qu'elle serve à miti-ger les dommages.L'art 1053 de notre Code Civil rend une personne responsable de son inhabileté comme de sa faute volontaire.Pour étayer sa bonne foi, l'appelant s'appuie sur ce qu'il appelle une rectification de faits publiée après que l'action a été prise.Une apologie, après l'institution de l'action.ue serait pas une fin de non-recevoir contre l'action : elle militerait tout simplement en faveur d'une mitigation des dommages.Cette rectification me parait incomplète.L'appelant a, dans le numéro de la Vérité du 5 octobre, publié ce qu'il appelle un aveu de l'intimé qu'il reproduit du Canada.- Revue, lequel est dans les termes suivants : " Par respect pour les lecteurs du Canada-Revue, «je tiens à repousser l'accusation, qui a été portée " contre moi, d'usurper le titre de catholique pour dis-" cuter la question religieuse.J'ai été baptise catho-" lique, je suis et je reste catholique.Quant à mes " enfants, qui sont toutes filles, elles ont suivi la reli- 26S LE REVEIL " pion de leur mère, qui eut protestante.Puis l'appe-" lant ajoute." M.Souvalle veut-il nous dire quel nom on doit " donner au catholique qui fait élever ses enfants dans " l'hérésie ?Le cas do M.Sauvalle est encore pire que nous " le supposions." L'appelant ne répudie pas son erreur : il ne cherche pas à réparer le tort qu'il a pu faire à l'intimé en lui niant son titre de catholique.En appliquant les règles du droit à l'espèce, je ne puis arriver à la conclusion que l'appelant était justifiable de publier l'article qui contient le libelle.Troisième question.—Mais l'appelant a plaidé à rencontre de l'action, provocation et compensation d'injures.Nous touchons à une question importante de droit.Peut-il y avoir compensation d'injures, en matière de libelle ?La majorité de cotte cour ne le croit pas.Pourtant nous n'ignorons pus lu pluusibilité de la doctrine contraire.D aucuns auraient peut-être lieu d'être satisfaits si l'on disait à des parties qui se seraient injuriées pendant des semaines et des mois dans les journaux: Vous ave/, vidé votre querelle devant le public, nous vous muttons hors do cour.Plusieurs upprouveraiout do même un jugement qui déclarerait un défendeur indemne d'un assaut et batterie commis sur la personne d'un demandeur parce que ce dernier aurait, quelques jours auparavant, assailli et battu le défendeur.Mais cette doctrine serait subversive de l'ordre social." Nul ne peut se faire justice " est une maxime fondamentale de lu société.S'il en était autrement, chacun pourrait prendre une revanche qui dépasserait les strictes limites de la justice naturelle, et les querelles, par suite, s'éterniseraient La justice, sans doute, approuve la défense légitime et si dans l'exercice du droit de défense même dans les journaux le défendeur subit des torts, il ne doit s'en prendre qu'à lui même.Les cours se montreront d'ordinaire indulgentes pour celui qui, sous l'effet d'une provocation, rend immédiatement injure pour injure.coup pour coup.parce qu'elles savent que l'homme subitement excité n est plus maître de lui-même, ne peut alors se contrôler.Mais hors de cas deux cas, savoir la défense légitime et la provocation immédiate, la justice se réserve à ello seule le droit de punir et de venger.La provocation et la compuiiuation d'injures ne peuvent être invoquées comme justification du libelle, parce que l'auteur d un écrit a toujours eu le temps de réfléchir suffisamment pour que sa vengeance soit considérée comme un acte volontaire de sa pari 2 Darreau, pp 394-401, Grellot Dumazeau Nos 303,305, :i
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