Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juin 1895, samedi 29 juin 1895
BOITE 2104 N 43 TELEPHONE 2033 bevue politique et littebaiee î—LITTÉHATUBE—THEATRE—BBAUX-AHTS VOL.2 montreal, 20 juin 1885 No.43 SOMMAIRE: Autour d'un [Chapeau Rouge, Duroc.—L'Indiscrétion Irrémissible, Judex.—Ce grand jugement, Petit-Jean.—Produit de l'Instruction Ecclésiastique, Unicersitaire.— Lettres Familières, VII, Jacques Lecroyant.Les geus de main morte, Vit.—Les Ecoles séparées d'Ottawa : l'Enquête et la Reculade des Frères, Magister.— Mélanges Religieux, Chercheur.—Feuilleton : Claude (.lieux, (suite) Victor Hugo.LE RÉVEIL Les conditions d'abonnement au Réveil ne sont pas les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts.par mois, payable tu commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.Veuillez adresser vos lettres au Directeur du Réveil, Boite 2184, Montréal.AUTOUR D'UN CHAPEAU ROUGE Cefut un Jour dodeull pour\m brebli de voir leur* puicura ae dévorer entre eux pour un eh»-peau.NàIUCIV.».En l'an 93 du siècle XIXe de l'ère chrétienne il se passa dans la cité trois fois sainte de Mont-Royal il< s événements graves qui firent verser des larmes de sang à tous les amis de la foi et que m'a narrés un vieux missionnaire, les larmes aux yeux et les mains tremblantes d'émotion.La nouvelle venait do traverser les mers sur ces lils diaboliques où court h parole aux profondeurs des océans que le Kauada, le dernier rempart de la bonne et productive religion, allait subir dos mains du grand chef du monde catholique, apostolique et romain une mutation dont devait s'émouvoir toute la masse qui grouille dans les temples bien garnis.Kébec, la ville aux hautes murailles, aux couvents puissants et au clergé prépondérant, allait perdre le chapeau rouge devant lequel s'incline la foule comme Gessler voulait faire courber le genou à Guillaume-Tel duns les vallons de l'Helvétie.Dans Kébec, a dit le poète : A l'ombre du clocher ie groupent vingt fabrique*, mais il parlait de l'ancien temps, dans les beaux jours delà sainte domination Heurdelysée; 06 LE REVEIL aujourd'hui s'il s'y groupe autour d'un clocher vingt fabriques, ce sont vingt fabriques ecclésiastiques pour mieux faire dévorer le saint-frusquin populaire par un nombre vingt fois multiplié de vornccs marguillcrs.Aussi, les saintes Missions voyant qu'il n'y avait plus rien à faire dans leur ancien séjour avaient décidé de transplanter à Mont-Royal le chapeau écai'late qui est l'insigne de la touto puissance lans l'armée des croyants.Kébec perdant le chapeau rouge, il lui reste encore les habits rouges de In Reyne ; mais pas pour longtemps.Quand ceux-là lui seront ravis, il ne lui restera rien du tout ! Or pour transplanter le chapeau consacré, il fallait une téte ; celle qui devait en être coiffée h Mont-Royal n'était pas assez solide pour un aussi pesant ornement.C'est alors qu'un fin fin parmi les grands chefs de la foi, un jeune évêque du nom de Mellaril, que ses talents avaient poussé vite à la tète du diocèse de Stc-Cécilc,conçut la grande idée de conquérir la coiffure papale d'un coup d éclat.Un saint évoque venait de mourir dans les terres de l'Ouest laissant beaucoup d'argent pour ses héritiers cl peu d'espoir pour ses fidèles.Le jeune Médard prit aussitôt la voiture de feu qui dévore l'espace dans les prairies.Il ai riva à la cabane du défunt prélut.lui ferma les yeux,]>our être sur qu'il ne les rouvrirait plus, puis bâcla la successsion morale, religieuse, financière et apostolique du grand défricheur des terrains, tei rains vagues, de la cité protestante du pays de Minataboel de l'inventeur du boom de 187K Il revint it Mont-Royal en annonçant aux populations prosternées sur son |uissage qu'il venait d'accomplir une action d'éclat et que les coureurs de bois de là-bus, grâce ù lui, auraient la chance d'apprendre et de réciter lecntéchisme pendant toute leur vie sous I ur une haine secrète envieuse,implacable, contre Claude, une haine de souverain de droit à souverain de fait, de pouvoir temporel à pouvoir spirituel.Ces haines-là sont les pires.Claude aimait beaucoup Albin, et ne songeait pas au directeur.Un jour, un matin, uu moment où les porte-clefs transvasaient les prisonniers deux à deux du dortoir dans l'atelier, un guichetier appela Albin, qui était à côté du Claude, ct le prévint que le directeur le demandait.—Que te veut-on ?dit Claude.—Je no sais pus, dit Albin.Le guichetier emmena Albin.Lu mutinée se passa.Albin ne revint pas à l'atelier.Quund arriva l'heure du repos.Claude pensa qu'il retrouverait Albin au préau.Albin n'était pas au préau.On rentra duns l'atelier, Albin ne reparut pus dans l'utelier.La journée s'écoula ainsi.Le soir, quand on ramena les prisonniers dans leur dortoir, Claude y chercha des yeux Albin, et ne le vit pas.Il parait qu'il souffrait beaucoup dans ce momont-là, car il adressa lu parole à un guichetier, ce qu'il ne faisuit jamais.—Est-ce qu'Albin est malade ?dit-il.—Non, répondit le guichetier.—D'où vient doue, reprit Claude, qu'il n'a pus reparu aujourd'hui ?—Ah ! dit négligemment le porte-clefs, c'est qu'on l'a changé de quartier.Les témoins qui ont déposé de ces faits plus tard remarquèrent qu'à cette réponse du guichetier la main de Claude, qui portait une chandelle allumée, trembla légèrement.Il reprit avec calme : —Qui a donné cet ordre-là ?Le guichetier répondit : —M.D.Le directeur des ateliers s'appelait M.D.La journée 'lu lendemain se passa comme la journée précédente, sans Albin.Le soir, à l'heure de la clôture des travaux, le directeur, M.1)., vint faire sa ronde habituelle dans l'atelier.Du plus loin que Claude le vit, il ôta son bounet de grosse laine, il boutonua sa vesto grise, triste livrée de ( 'lairvaux, car il est de principe dans les prisons Ïu'une vesto respectueusement boutonnée prévient ivoruhlement les supérieurs, et il se tint debout et son bonnet à la main à l'entrée de son liane, attendant le |w»sagu du directeur.Le directeur passa.—Monsieur i dit Claude.Le directeur s'arrêta et se détourna à demi.— Monsieur, reprit Claude, est-ce que c'est vrai qu'on a changé Allan do quartier ' —Oui, répondit le directeur — Monsieur, poursuivit Claude, j'ai besoin d'Albin pour vivre.Il ajouta : —Vous savez que je n'ai pas assez de quoi manger avec la ration do la maison, et qu'AlbinJpurtagvait son pain avec moi.—C'était son affaire, dit lo directeur.—Monsieur, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de faire remettra Albin dans lo même quartier que moi t —Impossible.Il y a décision prise.—Par qui ?—Par moi.—Monsieur D., reprit Clauds, c'est la vie ou la mort pour moi, cela dépend de vous.—Je ne reviens jamais sur mes décision.—Monsieur, est-ce que je vous ai fait - quelque chose ?—Rien.—En ce cas, dit Claude, pourquoi me séparez-vous d'Albin ?—Parce que.dit le directeur.Cette explication donnée, le directeur passa outre.Claude baissa la tête et répliqua pas.Pauvre lion en cage à qui l'on ôtait son chien I Nous sommes forcé de dire que le chagrin de cette séparation n'altéra en rien la voracité en quelque sorte maladive du prisonnier.Rien d'ailleurs ne parut sensiblement changé en lui.Il ne parlait d'Albin à aucun de ses camarades.Il se promenait seul dans le préau aux heures de récréation, et il avait faim.Rien de plus.Plusieurs voulurent partager leur ration avec lui, il refusa en souriant.Tous les soirs, depuis l'explication que lui avait donnée le directeur, il faisait une chose folle qui étonnait de la part d'un homme aussi sérieux.Au moment où le directeur, ramené à heure fixée par sa tournée habituelle, passait devant le métier de Claude, Claude levait les yeux et le regardait fixement, puis il adressait d'un ton plein d'angoisse et de colère, qui tenait à la fois de la prière et de la menace, ces deux mots seulement : Et Albin ?Le directeur faisait semblant de ne pas entendre ou s'éloignait en haussant les épaules.Cet homme avait tort de hausser les épaules, car il était évident pour tous les spectateurs de ces scènes étranges que Claude Queux était intérieurement déterminé à quelque chose.Toute la prison attendait avec anxiété quel serait le résultat de cette lutte entre une ténacité et une résolution.Il a été constaté qu'une fois entra autres Claude dit au directeur : —Ecoutez,monsieur, rendez-moi mon camarade.Vous ferez bien, je vous assure.Remarquez que je vous dis cela.Une autre fois, un dimanche, comme il se tenait dans le préau, assis sur une pierre, les coudes sur les genoux ct son front dans ses mains, immobile depuis plusieurs heures dans la même attitude, le condamné Faillette s'approcha de lui, et lui cria «n riant : —Que diable fais-tu donc là, Claude ?Claude leva lentement sa tête sévère, et dit : —Je juge quelqu'un.Un soir enfin, le 25 octobre 18211, au moment où le directeur fanait sa ronde, Claude brisa sous son pied avec bruit le verre de montre qu'il avait trouvé le matin dans un corridor.Le directeur demanda d'où venait ce bruit —Ce n'est rien, dit Claude, c'est moi Monsieur le directeur, rendez-moi mon camarade.—Impossible, dit le maître' —Il le faut pourtant, dit Claude d'une voix basse et ferme ; et, regardant le directeur en face, il ajouta : —Réfléchissez.Nous sommes aujourd'hui le 25 octobre.Jo vous donne jusqu'au 4 novembre. LE REVEIL 287 Un guichetier fit remarquer à M.D.que Claude le menaçait, et que c'était un cas de cachot.—Non, point de cachot, dit le directeur avec un sourire dédaigneux ; il faut être bon avec ces gens-là ! Le lendemain, le condamné Perno aborda Claude, qui se promenait seul et pensif, laissant les autres prisonniers s'ébattre dans un petit carré de soleil à l'autre bout de la cour.Eh bien, Claude, à quoi songe-tu ?tu parais triste.—Je crains, dit Claude, qu'il n'arrive bientôt quelque malheur à ce bon M.D, Il y a neuf jours pleins du 25 octobre au 4 novembre, Claude n'en laissa pas passer un sans avertir gravement le directeur de l'état de plus en plus douloureux où le mettait la disparition d'Albin.Le directeur, fatigué, lui infligea une fois vingt-quatre heures de cachot, parce que Ta prière ressemblait trop à une sommation.Voilà tout ce que Claude obtint.Le 4 novembre arriva.Ce jour là, Claude s'éveilla avec un visage serein qu'on ne lui avait pas encore vu depuis le jour où la décision de M.1).-l'avait séparé de son ami.En se levant, il fouilla dans une espèce de caisse de bois blanc qui était au pied de son lit, et qui contenait ses quelques guenilles.Il entira une paire de ciseaux de couturière.C'était, avec un volume dépareillé de l'Emile, la seule chose oui lui restât de la femme qu'il avait aimée, de la mère de son enfant, de son heureux petit ménage d'autrefois.Deux meubles bien inutiles pour Claude ; les ciseaux ne pouvaient servir qu'à une femme, le livre qu'à un lettré.Claude ne savait ni coudre ni lire.Au moment où il traversait le cloitre déshonoré et blanchi à la chaux qui sert de promenoir l'hiver, il s'approcha du condamné Ferrari, qui regardait avec attention les énormes barreaux d'une croisée.Claude tenait à la main la petite paire de ciseaux ; il la montra à Ferrari en disant : —Ce soir je couperai ces barreaux-ci avec ces ciseaux-là.Ferrari, incrédule, se mit à rire et Claude aussi.Ce matin-là, il travailla avec plus d'ardeur qu'à l'ordinaire ; jamais il n'avait fait si vite et si bien.Il parut attacher un certain prix à terminer dans la matinée un chapeau de paille que lui avait payé d'avance un honnête bourgeois de Troyes.M.Bressier.Un peu avant midi, il descendit sous un prétexte à l'atelier des menuisiers, situé au rez-de-chaussée, au-dessous de l'étage où il travaillait.Claude était aimé là comme ailleurs, mais il y entrait rarement.Aussi : —Tiens 1 voilà Claude! On l'entoura.Ce fut une fête.Claude jeta un coup d'œil rapide dans la salle.Pas un des surveillants n'y était —Qui est-ce qui a une hache à me prêter ?dit-i).—Pour quoi faire ?lui demanda-t-on.Il répondit : —C'est pour tuer ce soir le directeur des ateliers.«VICTOR HUGO.(A suivre) Le"S1IN" Compagnie d'Àssupanee sur la Vie du Canada.SIEGE SOCIAL, MONTREAL.bobbrtson Macaulay, Président.T.B.Macaulay, Secretaire.Hon.A.W.Ooilvib, Vice-Président.Ira B.Thayer, Surintendant des Agences.G.F.Johnston, - Assistant Surintendant des Agences.L'année 1894 a, jusqu'à maintenant, été des plus satisfaisante et, avec un zèle soutenu de la part de nos agents, elle montrera une augmentation suffisante.Cela veut dire beaucoup pour ta compagnie spécialement si l'on considère la crise commerciale qui se fait sentir partout.Ce résultat est surtout dû au fait que le " SUN " du Canada est devenu tout à fait populaire.Sa police sans conditions et son habile, prudente direction ont fait leur œuvre.Une Autre Raison.Le " SUN " du Canada est, la première compagnie qui introduisit la police sans conditions et ce fait a pendant de longues années, été une des principales attractions de ses polices.Cette compa gnie a, depuis, fait un pas de plus en avant et émet des polices non confiscablcs.Le contrat d'assurances'd'un porteur de police ne peut, d'après ce privilège, être résilié aussi longtemps que sa réserve estasse z élevée pour acquitter une prime qui, sans qu'il ait besoin de le demander, est payée sous forme d'un emprunt remboursable en tout temps.Demandez à nos agents De vous expliquer Ce système.OS r^rn gérant du departiment français , LLVaLn, POWR LA VILLI HT LE DISTRICT DU MONTREAL 288 LE v jJVEIL ENCORE * DES * AVANTAGES i 93 rames de papier-note, réglé, $i 25 la rame, 5 rames pour $5.50.VALEUR REELLE $2 LA RAME.13,000 Enveloppes blanches, No 7, 75c le mille.Valant $1.00.35,000 Enveloppes en papier-toile à 75c le mille.Valant $1.50.Bai WORTON, PHILLIPS * CIE, _MONTREAL.'HortiiBritish £ Mercantile' CIE D'A-SSUR-ANCE CONTRE LE FEU ET SUR.LA VIE CAPITAL.$16,000.000 PONDS INVESTIS.68,058,710 FONDS INVESTI8 EN CANADA.5,200,000 REVENU ANNUEL.12,800,000 Directeur-Gérant :—THOMAS DAVIDSON, Ecr.DIRECTEURS ORDINAIRES : W.W, Ogilvie; A.MaoNider, Ecr., Banquu de Montréal ; Henri Barbeau, gérant général Banque d'Epargne de la cité.La Compagnie, étant la plus forte et la pliw pu Usant o qui existe, offre k ne» «Murés une sécurité absolue, et en cm de feu un règlement prompt et libéral.Risques contre le Feu et sur la Vie acceptés aux taux lea plus modérée.BUREAU PRINCIPAL EN CANADA, 78 St-Francois-Xavier, Montreal.GUSTAVE FAUTEUX, Ageat sw staattésl et les Sftteas.TELEPHONE BELL N».31».Imprime par la Compagnie d'Imprlmorie De-«auliilorn, et publie par Aristide Killatreault au No.ii rue guint-OubrloI, Montreal.ARTHUR GLOBENSKY AVOCAT.«• M Y.L.B." ChairtbrM 316 et 317.BURROUGHS & BURROUGHS, AVOCATS Chambres 613 et 614 Bâtisse de la New York Life, 11 Place d'Armes, Montréal.Téléphone 1521 Os** B.Buxrougoj W Herbert Burroughs.J.A.DROUIN AVOCAT.Hat Use du lAaauranoe "New York Lifo" Il PLÂfiS VààSm chambre» SU et 111 Telephone SU et THEATBE Edifice du Monument National Le Seul ThéAtre Français à 10e.4 REPRESENTATIONS Par Jour 2.15, 4.00, 8.00, 915 tirs.AU THEATRE CHANSONNETTES, R0HANSE8, DANSES, ACROBATES, COMEDIE bt OPÉRETTES.AU MUSEE MEBC1EB sur son UT «e MflBT 100 Figure de cire, Léon XIII.Nouveautés chaque skmaink.Entrée du Musée - 10e.Entrée du Théâtre • 10c Sièges réservées, 5a ext.tr Le Musée sera ouvert le DlKAMClE de 1 heure à 10 heures du soir.JACQ.VANPOUCKE PROKKHSKl'R Dl Clarinette et de Solfège, 221—RUE CRAIG-221 gifla-S'*\> ça 1 J i I POUR RELIER LhN FASCICULES , * NAPOLÉON " Nom avou fait taire OM étampe toot» toe-claie ; ceux qui ont llaUaUoa de faire relier leur, faadcutea ferai*»TBlJU venir voir un échantillon de notre relleure à no.bu renal, ou demander notre agent qui Irait le leur montrer.JOHN LOVELL A FILS 94
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.