Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juillet 1895, samedi 20 juillet 1895
BOITE 2184 N° 46 TELEPHONE 2033 bevue politique et litteraire POLITIQUE—LITTÉRATUBE—THÉÂTRE—BEAUX-ARTS vol.2 MONTREAL, 20 JUILLET 1896 No.46 SOMMAIRE: La Lingue Française, Duroc.— Bibliographie : Un Éerin de Perles Fines, A.Filiatreault.Kcoles du Manitoba : Les Révoltés, Libéral.—Le Parlement de* Religions : Église Civique, Chercheur.— Lettres Familières, X, Jacques L en 'oyant.- Sauvai lo es.Tardivel, Factum de l'Intimé, C.LeHeuf.— Pages Sociales : A qui le Peupl» ?Civis.—Les Portraits, (suite) Fratuyisque Sarcey.—A travers les journaux.—Papiers d'Examen.—Voyage Circulaire, Emile Zola.LE RÉVEIL Les conditions d'abonnement au Réveil ne sunt pas les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts.par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public e-1 de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal «ont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.Veuillez adresser vos lettres au Directeur du Hkvëil.Boite 2184, Montréal.M LANGUE FRANÇAISE M.Tujague, de la Nouvelle-Orléans, dont nous «vons déjà eu occasion de signaler les écrits, pas toujours dans un sens absolument approbateur, vient de nous écrire à propos des articles parus dans les journaux canadiens au sujet de l'impossibilité pour le Meschacébé de continuer en français sa publication et des remarques de Y Economiste français sur la perpétuation de la langue française en Louisiane.Voici un des passages caractéristiques de cette lettre : Il est parfaitement exact qu'à la Nouvelle-Orléans les enseignes, autrefois françaises, ne le sont plus ; que certains noms de rues ont subi une traduction anglaise ; que les créoles, débordés par l'élément anglo-saxon, voient disparaître graduellement leur langue maternelle.Tout cela est de la dernière vérité.Mais l'auteur ajoute une conclusion qui parait contestable.Il dit des créoles qu'ils ne pourront rester longtemps " bilingues " ; en d'autres termes, parler deux langues ; ce qui signifie qu'ils devront choisir l'anglais.Le subir, oui ; le choisir, non.En I pourquoi donc, tout en parlant l'anglais comme de vrais Yankees, les Créoles n'articuleraient pas le français comme vous ou moi ?C'est ce qu'ils font depuis trois quarts de siècle, et l'on ne voit pas ce qui (Murrait les empêcher de continuer.Si tel est leur goût Si tel est leur goût, voilà l'essentiel ! Un peuple ne vit pas moins bien, n'en est pas moins prospère, parce «u'il parle deux langues.Voyez les 322 LE REVEIL Belges, les Suisses, les Alsaciens et d'autres ; voyez lus Canadiens-Françuie qui, depuis plus d'un siècle, se servent également du français et de l'anglais, un France même, comme dans tous les pays, du reste.tous les campagnards des provinces sont bilingues.Ils parlent le patois local, qu'il apprennent sur les genoux de leurs mères, et l'idiome national qu'ils étudient k l'école, de même que les Louisianais pour leurs deux langues.Accepter pour vraie la conclusion de l'auteur ; c'est condamner le français partout où il n'est pas l'idiome oiliciel.C'est dur ! A ce compte, la thèse que nous plaidons aux Etats-Unis depuis si longtemps aurait pour objet une utopie.Elle ne serait elle-même qu'une divagation qui, tout au plus, devrait faire hausser les épaules ; et nos braves Canadiens n'uuraient qu'a passer l'éponge sur leur fidélité à leur langage d'origine ! En Louisiune, notre langue — comme idiome du foyer — est assurée d'un long bail de vie, parce qu'elle est soutenue par la femme, qui la transmet k ses enfauts dès qu'ils balbutient les premiers mots du verbe humain.Je parle ici, bien entendu, des foyers frunco-louisianuis." L'école, dit avec raison l'écrivain de l'Economiste, est un terrible instrument de destruction pour les langues parlées par une minorité." Si nous passons en revue nos écoles nous voyons d'innombrables établissements pour tilles, où la langue française murche de pair avec l'anglais.Nous pouvons comprendre dans cette catégorie la presque totalité des couvents.Dans les examens de tin d'années de ces institutions, le frunçuis figure, pour les éléments de fête et pour les récompenses, au même rung que son rival.Dans la partie dramatique de ces solennités, ils ont une part égale.Pour constater, d'ailleurs, lu popularité de notre langue, nous n'avons qu'a prêter l'oreille aux entretiens du?demoiselles et des dames créoles, soit chez elles, soit dans lu rue, ou à leurs promenades dans les magasins.On se croira a l'ai is.Notre population féminine a résisté victorieusement au mouvement d'absorption anglo-saxon qui s'opère, depuis trente uns, en Louisiane ; et rien no fait craindre qu'il en soit autrement à l'avenir.Il n'en est pas de même, malhoureuscn.ent, de l'élément masculin.Autrefois nous avions de beaux collèges où notre langue dominait.A l'heure qu'il est, presque toutes les institutions laïques ont disparu, ou se sont transformées.Les maisons religieuses ont suivi le courant : du premier plu», elles ont rélégué notre langue dans la pénombre ; elles ue lui consacrent plus que deux heures par semaine.Le français, sur cette terre jadis française, n'est plus qu'une langue étrangère, k laquelle los nouveaux maîtres du sol refusent droit de cité, malgré ses droits historiques.De là,sou exil des relations extérieures, de la politique, de la magistrature.Son domaine n'est plus qu'intime, familial ; mais sur ce terrain d'amour, il ust encore vivuee ct ne donne aucun signe do décrépitude.Nos institutions religieuses d'enseignement pour garçons ont pesé d'un grand poids sur la destinée de notre langue k la Nouvelle-Orléans.Ce sont elles qui formaient la dernière garde.Pourquoi l'ont-elles désertée ?Elles ont, sans nul doute, cédé aux vœux des pères de leurs élèves, dont la fantaisie remarquablement inintelligente, n'a pas hésité k priver leurs enfants d'une langue très répandue et non moins utile.Sans blâmer ces corps enseignants, on peut regretter leur évolution.Il est probable qu'eux-mêmes l'ont regrettée.Voilà un aveu qui est bien pénible à enregistrer, niais il est bon qu'il soit connu.Ce sont les institutions religieuses d'enseignement qui ont tué le français en Louisiane, comme elles le tueront au Canada.duroç.bibliographie UN ECR1N DE PERLES FINES Mon cher Universitaire,— II y a déjà quelques semaines que vous n'avez pas eu l'occasion de parler de la question universitaire, que vous avez traitée d'une façon magistrale, toutes les fois que vous l'avez abordée.Si j'ai bonne souvenance, vous m'avez même fait des reproches amers de ne vou8 avoir pas fourni l'occasion d'écrire quelques-uns de ces articles que vous affectionnez sur la haute éducation de notre jeunesse.Je plaide coupable, mais je demande Us circonstances atténuantes.Le bâtiment était en construction, l'abbé Proulx était disparu de la circulation, les gouverneurs se tenaient dans une réserve très digne, le curé Primeau activait le zèle des curés, à la sourdine il est vrai, et le plus portugais de nos magistrats semblait somnoler, tellement il se préoccupait du monument Maisonneuve; bref, tout semblait momifié.Hélas ! quelle erreur nous avons commise ! Nous ne sommes pas à la hauteur des événements.Lo bâtiment est achevé, ou peu s'en faut, le vice-recteur est revenu à la surface (ce (pie je suis en mesure de prouver), le curé Primeau a obtenu $ IOf>,*K)0 pour l'oeuvre universitaire, le monument Maisonneuve est terminé, ce qui va permettre au juge Pagnuelo de s'occuper des souscriptions pour l'Université.Le succès qu'il a obtenu avec sa première sous- LE REVEIL 323 cription ne peut laisser de doute sur la réussite de la seconde.J'ai dit que l'abbé Proulx était de retour, je le prouve.Hier, j'ai reçu à mon adresse une brochure de 458 pages, dont la page de titre se lit comme suit : LES ACTES DM adfllmstratei'rs, 111111hm rs et VICE - RECTEUR DE L Université Laval à Montréal par I/abbe j.b.raouuc v.-b m.l.m.VOLUME X (Mars 1808 à Septembre 1894) —?¦*•— ROMB • IMPRIMERIE A.BEFANI, Rue Celia, 6, 7, 8.1896.J'ai cru un moment à une attention délicate du M.l'abbé qui voulait nous remercier des articles publiés sur l'œuvre universitaire, et j'ai été sur le point d'adresser des remerciements au vice-recteur.Dans le douta je me suis abstenu.Je vous Iftohe le volume, mon ehpr collaborateur, en vous priant de voir un peu ce qu'il y n dedans.Je n'ai constaté qu'une chose, c'';st que M.l'abbé Proulx a jugé à propos de faire imprimer son livre à Uome, croyant sans doute, que les typographes Canadiens avaient trop d'ouvrage.Il s'est trompé, ce brave abbé, car sur 400 ouvriers il y en a environ 150 qui battent le pavé.Faites ce que vous voudrez du volume que je vous envoie.Je sais qu'il est entre lionnes mains.A.FILIATREAULr.ECOLES 00 MANITOBA LES RÉVOLTÉS Il y a longtemps que nous le disons, la résistance aux lois scolaires du Manitoba ne vient pas des catholiques.Elle vient du clergé qui s'occupe fort peu des intérêts éducationnels des enfants, mais soigne beaucoup ses intérêts financiers.Le clergé manitobain avait le contrôle des fonds et de l'éducation.Il négligeait complètement l'éducation qui ne lui procurait que de la peine ; il soignait les fonds qui sont sa spécialité.La t ran format ion du système d'éducation n'a pas surpris les manitobains, il ne les a pas dérangés ; et il semble au contraire qu'ils out été fort satisfaits.Mais le clergé s'est fâché.( "est lui qui fait la guerre, c'est lui qui se démène et réclame à grands cris le rétablissement de l'ancien état de choses, dussent même les catholiques y perdre tout ce qu'ils pourraient gagner avec moins d'exigences et de hauteur.Mais ce n'est pas au Manitoba seulement que l'on se trouve en face de telle situation.On connaît la lutte entamée par le clergé français contre le droit d'accroissement.Les évéques ont tonné, les journaux catholiques ont fulminé.Eh bien, il parait que toute cette excitation est aussi factice que celle du Manitoba.Les congrégations sont consentantes à payer la taxe et ce sont les évéques qui veulent les en empêcher.Qu'on lise à cet égard le Monde, l'orgaue clérical parisien.Voici ce que dit l'abbé Naudet, rédacteur du journal.Lea évéques auraient fort bien pu ne tenir en dehors et se borner à conseiller les rares congrégations qui, dans les divers diocèse*, reconnaissent l'Ordinaire comme chef direct.En s'abstenant.les évéques ne manquaient à aucun de leurs devoirs et nu laissaient entamer aucun de leurs droits.Ils évitaient tout simplement do s'aliéner les hommes du gouvernement, ils paraissaient imposer eux mêmes aux religieux la conduite que le gouverne 1 m LE REVEIL ment redoute comme capable de lui créer les plus fâ- » PABLEmHT BU uuoiom oheux embarras.TP/IT TCE1 /^TTTT/^TTTï1 Telle est la situation vraie.JîlUlj l&El Ol V Ity U i!i Or, puisque aussi bien les circonstances n'ont pas permis aux évêques de se désintéresser de la question, Sous ce titre, M.Steild, éditeur de la Review fuut-il encore qu'ils puissent compter sur l'assentiment 0f Hetiemi \e premier des journalistes qui croi- ett'ectif de ceux dont ils ont épousé la cause.Quel .« .» ., „• désarroi ne serait-ce pas si, aprèUvoir presque unani- ra,t manquer au devoir professionnel 8 il ne nnii,eut reconnu l'injustice de la loi et incliné du côté trouvait et n'appliquait chaque jour une idée de la résistance inflexible, ils avaient à s'entendre nouvelle, a fondé une union nationale ayant due par les hommes du pouvoir : Vous voyez bien que , .„ .,, .* vous êtes partis en guerre indûment puisque les prin- Wit d »«"!¦ ensemble tous ceux qui aiment cipaux intéressés ne jugent pas comme vous et se sou- pour venir en aide à tous ceux qui souffrent.mettent au lieu de résister.,« ., ., Le ma'heur est que, jusqu'à présent, il ne se soit pas
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