Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 février 1896, samedi 1 février 1896
BOITE 2184 NO 74 TELEPHONE 2033 bevue politique et littebaibe POLITIQUE—LITTÉRATUBE—THÉÂTRE—BEÀUX-ÀBTS VOL.3 MONTREAL, 1er FHVRIBR 1886 No.74 SOMMAIRE: Le chemin parcouru, Canadien.—L& Situation, Credo.— Mandement raté, Lynx.— Un coup de bélier, Phénol.—Le Grand Coup.—Un Scandale, XXX.—Le Baptême de la France, Rem y.—Una ligue est nécessaire, Camille Desaudrane.— Servantes des Pauvres, René Bazin.— Feuilleton du Réveil : Rome, par Emile kola.Les conditions d'abonnement au Réveil ne sont pas les conditions ordinaires des autres journaux, Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts.par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.Veuillez adresser vos lettres au Directeur du Réveil, Boîte 2184, Montréal, LE CHEMIN PARCOURU Ces jours derniers, notre directeur étant allé lui-même demander le paiement d'une année d'abonnement à un de nos citoyens les plus respectables et des plus haut placés dans la hiérarchie sociale, ne fut pas désagréablement surpris d'entendre ce distingué personnage lui dire en lui remettant un chèque de trois dollars : —Mon abonnement! Ah oui, avec plaisir.Car j'aime votre journal et je ne saurais vous cacher la légitime satisfaction que j'éprouve à contribuer à son succès Vous avez depuis quelques années creusé un large sillon dans les idées.Un large sillon ! 338 LE REVEIL Ah ! oui, en effet, nous l'avons creusé large et profond le sillon.Nous avons promené lourdement la charrue sur tous les préjugés collés au flanc de notre population, qu'ils fussent sociaux, politiques ou religieux.Nous en avons fait tomber des masques ! Nous en avons démoli des façades ! L'œuvre accomplie par nous, par nos hardis collaborateurs à la liberté de parole desquels on a essayé mais en vain de porter atteinte, est immense.Ses conséquences n'en peuvent point encore être calculées, mais elles ne sauraient échapper à tout esprit impartial et clairvoyant qui ne juge pas seulement à la surface mais qui sent gronder les mines souterraines que nous avons allumées.Nous pourrions disparaître demain que notre œuvre n'en existerait pas moins.Nous sommes comme le semeur qui depuis le matin jette son grain à pleines poignées sur les guérets et s'en retourne le soir à son logis sans plus se soucier de son rude labeur, sachant bien que sous la lente poussée de la terre, là où il a semé, un arbre croîtra.Nous avons failli crever à la tâche, c'est vrai.Des coups qui dans l'intention de leurs auteurs devaient être mortels ont failli nous écraser mais tel était la force du sentiment qui nous poussait que l'Autorité au nom de laquelle on voulait nous broyer, en a été rabaissée et humiliée.C'est que nous répondions à un vœu qui bien qu'improprement formulé n'en commençait pas moins à poindre sous la conscience publique.Nous avons donné corps à ce vœu et nous l'avons converti en une exigence implacable.CANADIEN.LA SITUATION Ce qui se passe actuellement dans la politique nous permet de faire quelques réflexions qui, croyons-nous, sont à propos.Nous n'avons rien à faire avec la politique ; nous n'appartenons à aucun des deux grands partis qui se disputent le pouvoir ; nous appartenons encore moins au troisième parti, celui des c: ^rs, si tant est que cette engeance soit assez respectable pour former un parti politique ; nous sommes donc à l'aise pour examiner et apprécier les événements.Nous n'appartenons pas, non plus, à la libre-pensée et nous sommes catholiques, peut-être pas très fervents, nais enfin aussi fervents que la plus grande partie de ceux qui fréquentent les / LE REVEIL 339 églises en plein jour et qui s'en vantent hautement.Notre mission a été jusqu'à présent de dénoncer les abus qui se commettent un peu partout et même dans le olergé.Il y a quelques années, quand nous avons commencé la publication du Canada-Revue, il n'était pas possible à aucun journal catholique de raconter les méfaits dont quelques membres de notre clergé se rendaient coupables; aussi ces messieurs s'en donnaient-ils à cœur joie ! Nous les avons attaqués de front, sans crainte et avec ardeur.Le public sait si nous en avons souffert ; la lutte a été terrible pour eux et pour nous ; nous avons été ruinés, c'est vrai, mais voyez aussi ce que nous avons gagné.Consultez n'importe quel journal catholique aujourd'hui et vous y lisez des colonnes de récriminations à l'adresse du clergé; ce dernier n'ose pas même protester, tant il est écrasé, tant il se sent coupable, tant la vendicte publique a tourné contre lui.Et que sont devenues ses foudres ?On s'en occupe encore un peu, il est vrai dans certains coins ; mais le gros du ]ml die, la masse, le voxpopuli, vox Dei, n'y prête presque plus d'attention ; encore quelque faux pas, encore quelque lettre politique de quelques évêques et cette masse se moquera de ce qui était une puissance énorme.L'abus produit inévitablement ce résultat.Nous le regrettons sincèrement pour notre clergé et pour nous, Canadiens-français catholiques.Quand on est bien aamé, l'on est tout naturellement plus fort pour le combat.Nous avons des combats terribles à soutenir dans ce pays ; les armes que nous avions sont émous-sées ; ceux qui les maniaient s'en sont servi pour frapper ceux qu'ils devaient protéger, conséquence, le peuple, qui voit clair, refuse de suivre plus longtemps ceux que le fanatisme politique aveugle, ceux qui frayent avec l'ennemi, et il vote à l'encontre des ordonnan ces épiscopales.' Quelle culbute, grand Dieu, quelle culbute ! Va-t-on, au moins, s'arrêter là ?Va-t-on comprendre que ceci ne peut pas durer ?Va-t-on ouvrir l'œil pour regarder venir l'orage et le cataclysme ?Nous ne le croyons pas ; ces gens-là vieillissent sans apprendre.Voyez notre saint archevêque, Mgr Fabre : Verchères avait jeté son mandement aux orties et voici que le lendemain, au momeut même où il se lamentait que les tories avaient fait un mauvais usage de sa lettre, il écrit au chapelain du cercle Ville-Marie, cercle purement littéraire, pour lui reprocher d'avoir invité l'hon.M.Laurier à présider une séance littéraire de ce cercle, parce que l'hon.chef de l'opposition pourrait y faire un beau discours et, par là, grandir dans l'estime et l'admiration de ses concitoyens ! Voyons, peut-on concevoir un pareil fanatisme politique ! Et, pour que le vénérable chapelain ne puisse pas s'y méprendre, Sa Grandeur, Monseigneur, ajoute que les conservateurs se font battre partout de ce temps-ci et que c'est le motif qui le pousse à lui envoyer cette lettre.Vous voyez que la leçon de Verchères ne lui avait pas servi à grand, chose.Et l'évêque de Chicoutimi avait-il profité de la leçon de Verchères ?Lui, au moins, il y a mis du raffinement ; il a attendu au dernier moment, il a expédié son mandement par télégraphe électrique.A quand les mandements par téléphone ?Il est vrai que Charlevoix a répondu comme Verchères avait répondu ; mais soyez certains que le saint évêque de Chicoutimi n'en continuera pas moins à être tory et à maudire, à faire maudire par ces curés, tout ce qui est libéral, quand même toutes les écoles catholiques du pays devraient disparaître.N'y a-t-il pas jusqu'à la Nouvelle-Ecosse qui nous fournit des évêques et des curés tories fanatiques.Ne viennent-ils pas de prier publiquement dans les églises pour le succès de l'élection de ce vieux cynique,qui s'appelle Sir Chs.Tupper, senior ! Ne viennent-ils pas d'ordonner aux électeurs catholiques de leur comté de voter pour cette corruption politique, sous peine des châtiments de l'enfer ?Non, non, non ; mille fois non ; ces gens-là n'apprennent rien, et c'est 840 LE REVEIL an peuple à se protéger lui-même en jetant au panier leurs mandements politiques et en votant librement, comme des hommes et non plus comme des enfants.Dieu merci, il faut espérer que nous n'aurons pas besoin d'un 93 dans ce pays et que l'instruction du peuple suffira.Depuis quelques années nous avons marché à pas de géants et les succès obtenus doivent être pour nous un encouragement suffisant.Dans cette voie on ne retourne jamais en arrière ; ce qui est gagné est gagné et nous ne pouvons qu'en gagner davantage.Le Réveil est satisfait et il continuera, comme par le passé, à répandre autant de lumière que possible sur son passage.credo.mandement rate Et comme le besoin s'eu faisait sentir ; et comme il fallait frapper un "grand-coup", Mgr de Chicoutimi prit une excellente plume d'oie, la trempa dans une encre sanctifiée, et, de sa main séraphique traça la dépèche suivante, adressée à tous les curés de sou diocèse, les gras comme les maigres : " Chicoutimi, 24 janvier 1896." Auriez-vous l'obligeance de lire, dimanche, k vos paroissiens, mais sans faire aucun commentaire, la communication suivaute : " Chers frères,—Ce n'est pas notre désir d'intervenir dans les affaires politiques ni de prendre l'ait et cause pour uu parti ou pour l'autre, niais il y a une question religieuse très importante a régler, savoir, la question des écoles catholiques de Manitoba.Nous croyons que les électeurs doivent se faire un cas de conscience de ne donner leurs suffrages que pour uu candidat qui n'hésitera en aucune façon à voter, durant la présente session, eu faveur d'une loi réparatrice, acceptable pour l'autorité ecclésiastique.Veuillez vous rappeler, je le répète, que c'est un grave cas de conscience pour les électeurs.M.F.L, Evéque de Chicoutimi." Non, mais, comment Monseigneur M.F.L.pourrait-il s'y prendre s'il avait le " désir " d'intervenir dana les affaires politiques, ou s'il lui poussait la fantaisie de " prendre fait et, cause pour un parti ou pour l'autre " ! C'est à coups de revolver qu'il interviendrait alors ?Comment! Monseigneur prétend que toutes ces affaires d'élections ne le regardent pas; il prétend conserver la neutralité la plus parfaite, mais il désigne clairement le candidat sur lequel toutes les voix des fidèles doivent se réunir ?Et c'est ça qu'on appelle la liberté électorale, la non intervention du clergé dans les affaires purement laïques ?Elle est jolie la neutralité de nos évéques ! Heureusement que leur immixtion n'est pas redoutable et que toutes leurs dépêches, lettres et mandements ne servent guère que ceux qu'ils voudraient desservir.Ver-chères et Charlevoix le prouvent d'abondance.La Minerve, naturellement, trouve la manœuvre de l'évêque de Chicoutimi merveilleuse dans sa conception et merveilleuse dans ses résultats.La majorité du candidat libéral ayant été plus forte en 1891, il s'ensuit que M.Angers, le candidat libéral triomphant aujourd'hui est battu moralement.Le candidat libéral est élu, c'est le parti conservateur qui remporte la victoire ! Hourra pour les conservateurs ! C'est uue façon de se consoler qui indique une résignation bien cléricale : Je suis heureux, c'est Dieu qui me récompense, Dieu soit béni ! — Je suis plongé dans tous les malheurs connus et inconnus, c'est Dieu qni ¦ Ini m'éprouve, Dieu soit béni ! De cette façon on a toujours raison, ou, du moins, on peut se dispenser d'avouer qu'on a tort, ce qui suffit au bonheur des Tartufe.Ecoutons la docte Minerve : " L'attitude non équivoque de l'épiscopat catholique, représenté par l'évêque diocésain, Mgr de Chicoutimi, attitude qui indique nettement où est le bon droit, ont commencé hier (avec la restauiation du parti conservateur) k produire leur heureux effet." Si ln Minerve est satisfaite, pourquoi ne le serions-nous pas ' Et si les instructions de Mgr de Chicoutimi ont produit un si " heureux effet ", alors qu'il avait interdit tout commentaire à leur sujet, que serait-il advenu si les curés avaient été libres de commenter la communication épiscopale ?Ceci, indubitablement : " Mes enfants, auraient dit les curés, Monseigneur désire vous voir porter vos suffrages sur le candidat qui promettra de voter au parlement en faveur d'une loi réparatrice, acceptable par l'autorité ecclésiastique.Or, le candidat libéral, M.Angers, est uu des plus sincères catholiques qui soient dans la Province.Il poursuivra de toutes ses forces l'application d'une loi remédiatrice en faveur de nos frères manitobains persécutés, on ne peut en douter sans pécher vénielle ment.Donc, mes enfants, votez pour M.Angers." LE REVEIL 341 Mgr de Chicoutimi, qui n'est plus un enfant de chœur, sentait si bien que cette harangue ferait suite à sa communication, qu'il a recommandé à ses subordonnés dc ne pas ajouter un mot à sa prose.Hélas ! c'est encore du temps perdu, des vœux inexaucés, un mandement qui a fait long feu.LYNX.i COUP DE BELIER Une dépêche de Paris nous apporte l'information suivante • " Paris, 28- La nouvelle d'après laquelle le gouvernement aurait décidé de rappeler M.de Behaine, ambassadeur au Vatican, à cause de sa trop grande sym-pithie pour le pape peut être vraie ou fausse, mais il e-t certain, en tout cas, que M.Bourgeois ne perd pas de vue la déclaration qu'il a faite peu après avoir pris le pouvoir de prendre envers l'Eglise de France des mesures radicales." La déclaration ministérielle lue par M.Bourgeois à la chambre des députés contenait en effet la promesse " d'un projet de loi pour réglementer les associations, un prélude a la séparation de l'Eglise et de l'Etat." Ce projet va être déposé à bref délai et son dépôt va donner l'occasion au gouvernement de tenter un effort décisif pour briser les pouvoirs des organisations ecclésiastiques en France." Ce projet garantira en premier lieu la complète liberté d'association, mais il définira rigoureusement les conditions d'existence des associations permanentes t|ui possèdent des bien-fonds et obligera ces associations à prouver leur " utilité publique." Plusieurs ordres religieux bénéficient déjà de cette reconnaissance d'utilité publique ; mais, ceux-ci à part, il existe en France des milliers d'associations religieuses possédant d'énorme?richesses représentées par des valeurs, des terres, ou des immeubles, dont l'utilité publique, d'après les radicaux, est contestable.'• Ces associations seront mises en demeure de faire lu preuve de leur utilité publique, et, en même temps, de fournir un état de leur ressources et de .l'usaga auquel elles sont employées.Si la preuve d'utilité n'est pas faite, les associations pourront être dissoutes et leurs biens confisqués.Dans tous les cas, l'évaluation de leurs revenus servira de base à un impôt." Sapristi ! voila un projet qui va faire hurler les pieuses maisons qui n'aiment pas que l'on mette le nez dans leurs affaires.Après la loi sur les fabriciens, après la loi d'abonnement, la loi d'utilité publique ! Mais c'est un pavé dans une mare à grenouilles ! Voilà sûrement un des cataclysmes .|ue l'abbé Combe n'a pas prévu dans son " Grand coup " qui en prévoit tant.Mais si l'on licencie toutes les communautés inutiles, ii n'en restera guère.Et que faire de tous ces gens des deux sexes qui ont grandi dans l'oisiveté béate, qui ne savent faire œuvre de leurs doigts, qui ne sont bons à rien qu'à dire le rosaire et à thésauriser ?Ah I oui, ça va être un coup dur ; mais une fois l'opération accomplie, le pays n'apercevra qu'il portait une tumeur formidable qui le torturait et qui l'alourdissait.L'ablation faite, la santé nationale se retrempera et l'activité générale aura des ailes, avec, en plus, des millions jusqu'ici improductifs.Ah ! si cette maladie de M.Bourgeois pouvait être contagieuse !.PHENOL, LE GRAND-COUP Nous avons rendu compte, il y a qui lques semaines, de l'amas d'inepties accumulées dans cette infâme brochure de l'abbé Combe, et intitulée le " Grand-Coup." Le Réveil est le premier journal qui ait attiré l'attention sur cotte publication archi-idiote.Après lui, M.Frechette, dans la Pabne désignait au dégoût public cette production d'un cerveau en délire.Voilà-t-il pas maintenant que les curés signalent le " Grand-Coup " à leurs fidèles, en leur en interdisant la lecture, où allons-nous, grand Dieu !.non " Grand-Coup." DN SCANDALE LA MORT DU PÈRE LEPAILLEUR M.Edouard Drumont faisait, ces jours derniers, dans la Libre Parole, une illusion discrète à la mort du Père Lepailleur, survenue récemment à Rome.Aussi bien, cette mort mérite-t-elle d'être racontée en ses détails.Et d'abord, qui était le Père Lepailleur ?C'est ce que nous allons dire.Le Père Lepailleur fondait à Rennes, il y a à près de quarante-cinq ans, ua nouvel ordre de sœurs : les " Petites Sœurs des Pauvres," œuvre philanthropique entre toutes, qui avait pour but de recueillir les malades indigents des deux sexes, de les soigner et de leur donner un abri, aux frais de la charité publique.L'œuvre eut un plein succès, et, en peu de temps, seize maisons furent ouvertes en France et en Italie, à Turin, Gênes, à Florence et à Rome.Quiconque, à Rome, se rend à Saint-Pierre — in vinculis — peut remarquer, à côté de la place, une fort belle construction nouvelle.C'est la demeure des " Petites Sœurs des Pauvres.'' On y peut admirer l'ordre, le confort et la régularité des soins donnés aux malades.L'avenir de l'institution était assuré, et des bienfaiteurs, — la plupart inconnus — mettaient à la disposi- 66 342 LE REVEIL tion du Père Lepailleur des sommes considérables pour améliorer toujours le sort des malheureux confiés à sa garde, quand, ainsi qu'il arrive trop souvent par malheur, la jalousie, l'intrigue et l'envie entrèrent en lice.Au commencement do 1891, S.E.le cardinal Place, archevêque de Rennes, manda le père Lepail'eur et lui dit que, vu son grand âge, il lui fallait abandonner, à lui archevêque, la direction et l'administration de l'Œuvre.Le Père s'y refusa nettement, observant que, en dehors de l'obéissance et de la discipline ecclésiastiques, S.E.l'archevêque ne pouvait s'emparer de la gérance des biens qui appartenaient à l'Institution même et qui avaient été confiés à son fondateur.Le cardinal Pluce se montra très contrarié de ce refus, et, do suite, la vénérable Père se voyant en butte à une hostilité Rans trêve qui alla jusqu'à chercher les moyens d'intercepter les secours adressés à lui personnellement ; mais rien ne put fléchir le Père Lepailleur dans sa résolution.La persécution prit alors une autre voie.On ueccusa lo vieux prêtre de mauvaises mœurs et d'" hérésie orale " ; l'archevêque le dénonça au Saint-Office.Le Père Lepailleur fut immédiatement appelé à Rome, où, dit-on, le cardinal le fit accompagner par deux personnes à lui.Lo Père, plein do confiance, ne se doutant de rien.se présenta au Saint Office où il s'entendit, non sans surprise, lire une condamnation pour mauvaises mœurs et pour " hérésie orale," qui lui défendait, d'ores et déjà, toute ingérence dans la direction de son Œuvre.L'on affirme encore qu'il eut à subir quelques jours de détention nu Suint-Office, après lesquels il aurait été envoyé à la maison des Pères français du Saint-Sacrement, rue del Pozetto, sous l'injonction de n'en sortir qu'avec la permission de ses supérieurs.D'autre part, les Pères français avaient ordre de n'autoriser ses sorties que de temps à autre, en voiture et accompagné.La chambre du Père Lepailleur n'avait pas de communication ; il lui était impossible do s'entretenir avec les autres Pères.On lui servait ses repas dans cette chambre, dans sa prison, pour mieux dire.Le bruit a couru, par la suite, — qui l'avait mis en circulation ?— qu'une somme Je 14,000 francs par an, prélevée sur les fonds de la maison mèr j des " Petites Sœurs des pauvres", aurait été affectée aux frais personnels du prisonnier, tandis que nul ne connaissait sa retraite forcée et ne savait ce qu'il était devenu.M.Edouard Drumont eut vent de cette affaire en 1893 et attaqua courageusement dans la Libre Parole, S.E.le cardinal Place.Personne, malgré tout, ne put savoir alors où se trouvait le Père Lepailleur, que l'on continuait à garder emprisonné.Le vénérable vieillard est mort le 20 décembre dernier, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans et la nouvelle de sa mort est connue depuis une dizaine de jours au plug.Etrange histoire, direz-vous, mais, malheureusement trop vraie.Et, alors, diverses questions se posent forcément : Les ambassadeurs français, à Rome, étaient-ils au courant de ce qui se passait à deux pas de leurs palais ?Il faut espérer que non, car comment auraient-ils pu tolérer qu'un citoyen français fut emprisonné, séquestré même, sans l'intervention de la Loi.Comment, d'autre part, expliquer leur ignorance de ces faits ?Et les Pères du Saint-Sacrement, comment ont-ils pu 6e prêter à ces singulières fonctions de geôliers à l'égard d'un vieux prêtre qui n'était, en somme, qu'un bienfaiteur de l'humanité ?Que signifient et de pareilles accusations et une condamnation semblable contre un vieillard de cet âge f Tous les honnêtes gens demandent U lumière.Il faudra bien qu'on la leur donne 1 XXX.le bapteme de la france Nos lecteurs verront, dans une autre colonne, que le gouvernement français se propose de prendre des mesures aussi énergiques que salutaires contre la foule des congrégations religieuses qui affament le pays.Telle communauté qui fait du commerce ou de l'industrie k l'abri des immunités et des privilèges de toutes sortes que la bêtise humaine accordé si largement à ceux qui savent s'y prendre, n'en fera plus désormais sans être soumise aux obligations générales.Quel mal y a-t-il à cela ?Telle autre communauté qui ouvre un pensionnat ou fournit des gardes-malades moyennant une grosse redevance, ne pourra plus enterrer l'or soutiré à la naïveté publique sans rendre compte des manœuvres employées pour enrichir scandaleusement des couvents improductifs tout en ruinant le peuple, c'est-à-dire l'agent de l'activité nationale.Vous voulez, dira-t-on aux ordres contemplatifs, prier Dieu pour les pécheurs qui ne le prient pas ?A votre aise.On vous laissera toute liberté de dérouler vos oremus.Mais comme vos jérémiades coûtent trop cher à ceux qui ne réclament pat vos services c'est-à-dire à tout le monde, contentez-vous de prier à vos LE.REVEIL 843 heures de loisirs et n'oubliez pas que travailler c'est prier.Le Christ a dit à l'homme : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, et non à la sueur du front des imbéciles.Observez d'abord, messieurs et mesdames des couvents, la prescription fondamentale dn Divin Maître.Après cela, vous aurez le droit de la solliciter, même pour les autres.Le gouvernement français ne demandera pas aux quelques ordres religieux qui peuvent rendre de légers services d'opérer pour rien.Non.Il leur défendra simplement d'accaparer la fortune des citoyens dans des proportions hors de raison avec les services rendus.Un troupeau de bœufs pour nn œuf, c'est beaucoup trop.Et il n'est que logique, puisque la loi défend la pratique de l'usure à des pères de famille ; puisqu'elle fixe le taux rémunérateur de l'intérêt à nn chiffre calculé sur une production sage, il n'est pas logiqne, disons-nous, que cette même loi empêche l'exode de l'or ou son immobilisation perpétuelle.La mesure que va prendre le gouvernement français soulèvera, n'en doutons pas, des clameurs indignées du Canada que cela ne concerne pas ; ces saintes maisons ne se feront pas faute de crier que la France est en proie à l'athéisme, à la franc-maconnneric, à la jui-verie etc.,etc., Un démontrera, par cet exemple, la haine religieuse de notre mère patrie, et l'on concluent à l'effondrement de la France, emportée bientôt dans le cataclysme prévu par le " Grand Coup " de l'abbé Combe.Eh bien, en même temps que la France prend la précaution d'empêcher sa ruine par la succion, elle donne d'avance nn démenti éclatant anx hypocrites qui hurlent après elle.La France ne persécute pas la religion en légiférant sur les congrégations religieuses : elle protège seulement ses enfants contre tons les farceurs ct les batteurs de caisse Et la preuve que la religion n'est pas le moins dn monde violentée, c'est que la France, avec le concours de son gouvernement, va faire une démonstration chrétienne comme jamais Rome n'en a rêvée une ! Dans le cours de cette année, la fille aînée de l'Eglise va célébrer le quatorzième centenaire dn baptême de la France, c'est-à-dire le grand anniversaire de la conversion de Clovis 1er au catholicisme ainsi que celle de toute son armée.Trouvez-vous, Messieurs les sacristains, uns nation qui ait seulement jamais eu l'idée d'nne démonstration si noble, si grande, si généreuse et si pieuse Cette fête nationale émouvante prouve que la France est toujours chrétienne, tandis que la muselière qu'elle applique à ses vampires prouve qu'elle a cessé d'être bête.Double preuve qu'elle fait à son honneur.RBMY Dee milliers de personne* en font foi Noua me!ions le public en garde contre le danger d'accepter certains remèdes qu'on recommande comme supérieure, tout simplement parce qu'ila procurent au vendeur un profit, énorme.Contre lu tous, la grippe, le rhume et la bronchite, on a préconisé îles milliers de remèdes, mais aucun n'atteint le Baume It humai sous ton h Im rapporta.Cependant il ne coûte que 25 cta la bouteille.A quoi bon payer ce prix-là pour dea flacons de i ou 5 doses qu'il faut renouveler tous les jours ?Il eat rare qu'un rhume résiste à un flacon de Baume Rhumal : des milliers de personnes l'attestent.En vente dans toutes les pharmacies et les épiceries.UNE LIGUE EST NECESSAIRE Les journaux annoncent que la communauté des frères de St Viateur, est actuellement sous le coup de poursuites judiciaires en paiement d'une somme de $10,000, à la suite des mauvais traitements, suivant la la déclaration du demandeur, exercés par un de ses membres sur nn jeune enfant fréquentant les écoles de cet ordre.La démarche de ce chef de famille, sa tentative, soumise aux éventualités habituelles d'un procès, et qui, sans nul doute, sera contestée v.nguihm et rostro par ses puissants adversaires, et s'ils peuvent se disculper comme ils le disent, tont mieuv, vont-elle suffire cependant pour donner satisfaction à l'opinion publique '.Celle-ci n'ignore pas qu'en dehors de l'action toute facultative des particuliers lésés par un délit ou un crime, la justice, qni représente la collectivité, ne peut, dans aucun cas, se tenir à l'écart et demeure obligatoirement tenue de traduire à la barre le délinquant ou le criminel pour lui demander compte de sa violation des lois sociales Si, avec une bonne volonté excessive, on arrive à établir qu'il n'y a pas crime dans la présente circonstance, il sera absolument impossible de lui refuser un caractère absolument délictueux.Et pourtant on n'entend point dire que l'autorité, chargée de la répression, ait songé à remplir son devoir et pris la moindre disposition pour arriver à la punition du coupable.On traîne en prison le malheureux surpris tendant la main aux passants sans obligation ; on met sous les verroux l'ivrogne zigzaguant du long des trottoirs ; on assigne devant les tribunaux quiconque brutalise une bête de somme, et on laisserait en paix la brute à face humaine martyrisant les enfants confies à ses soins, leur tordant les muscles, leur brisant las os ! La place de ce rustre est à la geôle, et loin de l'en garantir, la robe qu'il porte et qu'il a déshonorée, appelle sur lui toutes 344 LE REVEIL les rigueurs de la loi.Il faut un exemple d'ailleurs, et une ligue est en formation pour l'obtenir.Depuis trop longtemps, les élèves des établissements d'instruction, et, s'il faut le dire, de ceux surtout qui sont dirigés par des prêtres ou des religieux, sont conduits à la férule et au bâton.On les bât sans pitié, méchamment, cruellement, et on cite des cas où de pauvres petits êtres, soustraits à peine aux jupes maternelles, ont dû mettre culotte à bas, et recevoir l'odieuse fessée.Quelle souffrance, quelle humiliation pour ces frêles créatures! Le droit de correction ainsi entendu appartient tout juste au père, qui est certainement tenu de ne pas en abuser.mais aux maîtres jamais.Il y a pour eux d'autres moyens d'amener à composition des sujets les plus récalcitrants,et il leur reste sans cesse la facile ressource de rendre à leurs parents les indisciplinables.Quand à porter la main sur aucun de ceux qu'on leur confie, à beaux deniers comptants, pour les instruire et en faire des hommes, les règlements, à défaut de la bonté, de la mansuétude qui devraient être la qualité dominante des éducateurs, le leur interdisent formellement; si ces règlements ne sont pas assez explicites, on leur procurera la précision qui leur manque, et on saura les faire appliquer.Les casernes, les ponts des navires ont cessé, il y a plus d'un demi-siècle, d'entendre les pleurs et les gémissements des réfractaires à leur discipline condamnés aux verges, et malheur à qui lèverait le bras sur le dernier des soldats, sur le plus misérable des matelots.Il parait douloureusement étrange que les sanglots maintenant partent des corridors et des salles d'étude renfermant tout ce que nous avons de cher et d'aimé.Tous les pères sont bien décidés à n'y plus consentir.CAMILLE DE8AUDRAN8.SERVANTES DES PAUVRES Une femme qui a beaucoup d'esprit, et même on peu de charité, m'avait dit : —Savez-vous quel a été mon premier danseur, quand j'avais quinze ans ' —Non, madame.—Un Bénédictin.—Pas de l'étroite observance.Vous devinez bien qu'il ne l'était pas à ce moment-là.et qu'il l'est devenu depuis.Il a même fondé, au lendemain de la guerre, une congrégation, qui est bien l'une des œuvres les plus touchantes et l'une des moins connues de notre temps : les Servantes des Pauvres.Elles ont déjà quatre maisons, une à Paris, une à Join-ville, une à Parthenay ; la maison-mère est à Angers.Si vous êtes curieux de dévouement, et si vous voulez voir d'admirables femmes, qui s'emploient tous les jours à résoudre la question sociale et qui n'en parlent jamais, vous savez maintenant les adresses.Le conseil m'était demeuré présent ; j'ai eu l'occasion de le suivre, un de ces matins, et je suis monté vers le couvent, après avoir, dans la banlieue, fait mon enquête à plusieurs portes.L'aubergiste m'a dit des choses ; la fruitière m'en a dit d'autres ; une vieille marchande des quatre saisons, qu'une paralysie a mise à la retraite, m'a été infiniment précieuse.Tous ont eu le même geste ; " Vous voyez le dôme.C'est là chez elles.On vous laissera entrer, allez, n'ayez pas peur.Tout le monde entre." Chez elles, c'est un sommet de colline schisteuse, très éventé, très sec, ou l'herbe folle est tout de suite jaune, où les cerises mûrissent avec quinze jours d'avance.Quatre allées sur une ronde bosse servent de promenoirs, entre des planches de seigle ou de pommes de terre.Le fondateur avait recommandé: "Mes fiiles,plantez partout des tilleuls, à cause des pauvres, qui seiont bien aises d'avoir de la tisane." Et les tilleuls forment une avenue, qui n'est pas très longue, qui n'est pas très droite, mais dont la fleur, pendant trois semaines, embaume let- petits logis situés au bas des pentes.Il avait dit aussi : " N'oubliez pas les groseilles, dont les malades sont friands." Les groseillers, les rouges, les blancs, s'épanouissent en bordures.Il avait dit aussi : " Mes filles, les pauvres qui sont malades, quand la femme ou le mari gagne sa vie à l'usine, n'ont personne qui les serve.Allez chez eux.Vous ferez pour eux ce que ferait une bonne servante, et vous ne leur demanderez rien.Vous n'accepterez ni un morceau de pain, ni un verre d'eau.Il faut qu'ils voient que vous êtes de Dieu.Mes tilles, autant que vous le pourrez, soyez gracieuses, pour conquérir le cœur des pauvres." Elles étaient cinq au début : elles sont soixante à présent.Ni les cinq, ni les soixante n'ont un seul moment douté.Elles sont parties, descendant la colline, elles sont allées dans les greniers, dans les caves, refusant les riches, ne se rebutant de rien, pas même du vice qu'elles coudoient partout, et elles ont gagné leur cause devant les faubouriens qui les aiment Le matin, toutes celles qui sont " d'obédience " se rendent dans la maison où un parent, un voisin, ou le curé d'une des paroisses les a appelées.Elles soignent le malade qui avait peur de l'hôpital — cette peur que vous connaissez sans doute, et qui est si profonde dans le peuple — elles font le ménage, balayent la chambre, débarbouillent les enfants qui partent pour l'école, raccommodent le linge ou les habits, mettent la soupe LE REVEIL 846 sur le feu pour ceux qui rentreront à midi, et s'en vont, quand ils se mettent à table dans la maison bien en ordre.Elles reviendront l'après-midi, avec de minces provisions dans un panier, pour passer la nuit, si cela est utile.Et, presque toujours, à côté de leur morceau de pain et de leur œuf dur, elles apporteront du lait pour le malade, du chocolat, des confitures, du rhum : toutes les douceurs dont elles se privent, et le sourire qui empêche de refuser le cadeau.Le miracle serait de ne pas réussir.Elles vont victorieuses là où elles peuvent entrer, et des ennemis les plus redoutables : du mal physique assez souvent, du mal moral presque toujours.Elles ramènent, sans rien dire, de vieux pécheurs que tous les curés du monde ne convertiraient pas ; elles gouvernent des ivrognes ; elles réconcilient des ménages; elles en légitiment d'autres.Et elles ont l'air d'être trop payées, lorsqu'elles ont fait du bien, et qu'on peut le savoir.Les amener à raconter une histoire n'est pas facile.Pourtant, comme je connaissais l'aventure du charbonnier Jean Moureau, je me sentis assez fort pour demunder à la petite Sœur qui vint, de la part de la supérieure, me faire visiter l'enclos et le couvent : —Ricontez-moi donc le mariage de Jean Moureau ?—Vous ne le redirez pas ?—Sûrement non ; c'est tout au plus si je l'écrirai.Elle ne comprit pas et me dit, pendant que nous suivions l'allée des Tilleuls : —Quand j'arrivai chez lui, il était très malade d'une fluxion de poitrine.Dès qu'il me vit, il eut l'air de ressusciter, pour me crier : C'est encore ma femme qui vous a fait monter, la sœur ! Allez-voui-eu 1 Je ne veux ui sœur, ni curé chez moi, tas de." Ils n'ont pas toujours de jolis mots, nos hommes.Je lui répondis : " Monsieur — nous disions toujours monsieur ou madame, pour leur être agréables — ne me recevez pas comme religieuse ; acceptez-moi pour domestique, puisque votre femme travaille à l'usine.Je ferai l'ouvrage, et, si vous n'êtes pas content, vous me chasserez." Il accepta.-En vérité ! —Kt contre mes prévisions, il commença d'aller mieux, après ^huit jours.Pendant ces huit jours-là, je croyais à chaque instant qu'il me chasserait, Il ne me disait pas un mot, mais il me regardait avec des yeux ! Je le soignais, je le veillais, je mettais en ordre le peu de linge de son armoire : rien n'y faisait.Et voilà que le huitième jour — je me souviens que j'étais assise au pied du lit, ravaudant des bas, et qu'il y avait un clair soleil jusqu'au milieu de la chambre — il se mit à raconter sa vie, qui n'était pas toute belle.J'en fus si heureuse ! — Pourquoi, ma sœur ?Elle eut un sourire très jeune, et me répondit ce mot charmant : — Quand on raconte sa vie, monsieur, on n'est pas loin de la regretter.C'est ce qui advint à Jean Moureau.Il me demanda : — Ça vous ennuie que je ne sois pas mort ?— Mais pas du tout ! — Oh ! si, un peu perce que vous comptiez sur moi, vous saviez bien que j'aurais fait quelque chose pour vous, au moment de mourir.un petit signe au curé.Tandis que maintenant, je renage ! — J'en suis ravie, monsieur Moureau, mais puisque vous vouliez me faire plaisir, vous avez encore un moyen : mariez-vous 1 " Il avait trois enfants, et n'était pas marié.Eh bien ! monsieur, il se maria.J'eus un peu de mal, à cause, des papiers, puis pour quêter les vêtements de la noce, une robe, un châle, un chapeau, un grand pantalon et deux petits.Mais tout fut prêt à la date voulue.Et, ce jour-là, ce fut très drôle.J'étais retournée, dès le matin, à la maison de mon charbonnier, pour habiller les enfants, et aussi, je l'avoue à ma confusion, parce que j'étais heureuse de les voir tous en fête.Jean Moureau était devenu tout à fait notre ami." Vous allai venir à la noce, ma petite sœur ! — Non, monsieur Moureau, la règle le défend.— Pas la mienne, et je fais la loi ici I — Je ne puis pas." Il enleva a» cravate, de dépit, et je crus que j'allai tout faire manquer.Alors, il revint, et me dit : " Ecoutes tua sœur, j'ai élevé un beau réséda, qui est sur ma fenêtre.Je vais vous en donner un brin.Piquez de sur votre estomac, pour me faire honneur.Vous nous suivrez un peu en arrière, jusqu'au tournant de la rue, et on verra que, vous aussi, vous êtes de la iiuce ! " Je n'ai pas voulu leur déplaire ; je suis sortie avec une décoration de Heur de réséda, et le quartier a bien compris." Je regardai celle qui me parlait ainsi gaiement, celle dont j'ignorais jusqu'au nom de religion, et qui avait quitté une famille assurément affinée, pour cette autre, si misérable et si mêlée, dont les douleurs seules l'attiraient.Elle était tranquille, naïvement heureuse, et, malgré sa jeunesse, comme nne mare qui raconterait la journée d'un de ses enfanta.— Combien avez-vous donné à vos malades, cette année?— Nos économies.C'est peu de chose : 1,680 francs, — Et votre temps.— Evidemment : il est pour eux.Lorsque je repassai dans le faubourg, presque dépeuplé par l'usine pendant les douze heures de jour, j'admirais en moi-même cette intelligence souple da l'amour, qui a l'intuition des souffrances inexprimées, et qui est déjà partie pour consoler, qoard les théori- 346 LE REVEIL ciens dissertent sur les cause».Et je pensais qu'il y avait des hommes, en cette année 1895, décidés à faire payer très cher le droit de se dévouer ainsi.RENE BAZIN.Conséquences mortelles Il y a tant de poitrinaires, parce que leu t rois-quarts du temps, on ne so donne pas la peine de soigner un commencement de rhume.Le mal, alors ne fait que croître et empirer de jour en jour.A ce moinent-là,il n'y a pas à hésiter, il faut recourir aux remèdes surs, prompts, efficaces, recommandés par les médecins et il n'y en a pas d'autre que le Hache Rhumal qui réponde exactement aux exigences du traitement.Toute hésitation peut avoir des conséquences mortelles, et il ne faut pas jouer avec le mal.En vente dans tontes les pharmacies à 25 cts la bouteille FEUILLETON ROME PAR EMILE ZOLA I Presque tous allaient mourir à l'hôpital, d'autres disparaissaient, ignorés, emportés dans le Hot boueux de la rue.Un matin, au fond d'une hutte infâme, sur de la paille pourrie, Pierre en découvrit un, mort de faim, oublié là depuis une semaine, et dont les rats avaient dévoré le visage.Mais ce fut un soir du dernier hiver que sa pitié déborda.L'hiver, les souffrances des misérables deviennent atroces, duns les taudis sans feu, où lu neigo entre par les l'entes.Lu Seine charrie, le sol est couvert de glace, toute- suites d'industries sont forcées de chômer.Dans les cité des chiffonniers, réduits au repos, dos bandes de gamins s'en vont pieds nus, vêtus à peine, affamés et toussant, emportés par de brusques rafales do phthisic.Il trouvait des tV.inilles.Mes femmes avec des cinq ou six enfants, blottis en tas pour se tenir chaud, et qui n'avaient pas mangé depuis trois jours, Et ce fut ce terrible soir, lorsque, le premier, il pénétra, au fond d'une allée sombre, dans la chambre n'épouvante, où une mère venait de se suicider avec ses cinq petits, «le dé-espoir et do faim, un drame de la misère dont tout Paris allait frissonner pendant quelques heures, Plus un meuble, plus un linge, tout avait dù être vendu, pièce a pièce, chez le brocanteur voisin.Rien que lo fourneau de charbon fumant encore.Sur une paillasse à moitié vide, la mère était tombée eu allaitant son dernier né, un nourrisson de trois mois : et une goutte de sang perlait au bout du ?ein, vors lequel se tondaient los lèvres arides du petit mort.Les deux fillettes, trois ans et cinq aus, deux blondines jolies, dormaient aussi là lour éternel sommeil, côte à côte; tandis que,dos deux garçons, plus âgés, l'un s'était anéanti, la této entre les mains, accroupi contre le mur, pendant que l'autre avait agonisé par terre, en se débattant, comme s'il s'était traîné sur les genoux, pour ouvrir la fenêtre.Des voisins accourus racontaient la banale, l'affreuse histoire: une lente ruine, le père ne trouvant pas de travail, glissant à la boisson peut-être, le propriétaire las d'attendre, menaçant le ménage d'expulsion, et la mèie perdant la tête, voulant mourir, décidant sa nichée à mourir avec elle, pendant que son homme, sorti depuis le matin, battait vainement le pavé.Comme le commissaire arrivait pour les constatations, ce misérable rentra ; et quand il eut vu, quand il eut compris, il rabattit ainsi qu'un bœuf assommé, il se mit à hurler d'une plainte incessante, un tel cri de mort, que toute la rue terrifiée en pleurait.Ce cri horrible de race condamnée qui s'achève dans l'abandon et dans la faim, Pierre l'avait emporté au fond de ses oreilles, au fond de son cœur; et il ne put manger, il ne put s'endormir, ce soir-là.Etait-ce possible une abomination paroi Me, un dénuement complet, la misère noire aboutissant à la mort, au milieu de ce grand Paris regorgeant dejrichesses, ivre de jouissances, jetant pour le plaisir les raillions à la rue ?Quoi ?d'un côté de si grosses fortunes, tant d'inutiles caprices satisfaits, des vies comblées de tous les bonheurs ! de l'autre, une pauvreté acharnée, pas même du pain, aucune espérance, les inères se tuant avec leurs nourrissons, auxquels elles n'avaient plus à donner que le sang de leurs mamelles taries ! Et une révolte le souleva, il eut un instant conscience de l'inutilité dérisoire de la charité.A quoi bon faire ce qu'il faisait, ramasser les petits, porter des secours aux parents, prolonger les souffrances des vieux ?L'édifice social était pourri à la base, tout allait crouler dans la boue et dans le sang.Seul, un grand acte de justice pouvait balayer l'ancien monde, pour reconstruire le nouveau.Et, à cette minute, il sentit si nettement la cassure irréparable, le mal sans remède, le iliancrc de la misère sûrement mortel, qu'il comprit les violents, prêt lui-même à accepter l'ouragan dévastateur et purificateur, la terre régénérée par le fer et le feu, commo autrefois, lorsque le Dieu terrible envoyait l'incendie pour assainir les villes maudites.Mais l'abbé Rose, ce soir-là, en l'entendant sangloter, monta le gronder paternellement.C'était un saint, d'une douceur et d'un espoir infinis.Désespérer, grand Dieu ! quand l'Evangile était là ! Est-ce que la divine maxime; Aimez-vous les uns les autres, ne .suffisait pas au salut du monde ?Il avait l'horreur de lu violence, et il disait que, si grand que fût le mal, on en viendrait tout de même bien vite à bout, le jour où l'on retournerait en arrière, à l'époque d'humilité, de simplicité et de pureté, lorsque les chrétiens vivaient en frères innocents.Quelle délicieuse peinture il faisait do la société évangélique, dont il évoquait le renouveau avec une gaieté tranquille, comme si elle devait se réaliser le lendemain ! Et Pierre finit par sourire, par se plaire à ce beau conte consolateur, dans son besoin d'échapper au cauchemar affreux de la journée.Ils causèreut très tard, ils reprirent les jours suivants ce sujet de conversation que le vieux prêtre chérissait, abondant toujours eu nouveaux détails, parlant du règne prochain de l'amour et de là justice, avec la convict' touchante d'un brave homme oui était certain de ,.« mourir sans avoir vu Dieu sur la terre.Alors, chez Pierre, une évolution nouvelle se fit.La pratique de la charité, dans ce quartier pauvre, l'avait amené à un attendrissement immense : son cceur défaillait, éperdu meurtri de cette misère qu'il déses- LE REVEIL pérait de jamais guérir.Et, sous ce réveil du sentiment; il sentait parfois céder sa raison, il retournait à son enfance, à ce besoin d'universelle tendresse que sa mère avait mis en lui, imaginant des soulagements chimériques, attendant une aide des puissances inconnues.Puis, sa crainte, sa haine de la brutalité des faits, acheva de le jeter au désir croissant du salut par l'amour.Il était grand temps de conjurer l'effroyable catastrophe inevitable, la guerre fratricide des classes qui emporterait le vieux monde, condamné à disparaître sous l'amas de ses crimes.Dans la conviction où il était que l'injustice se trouvait à son comble, que l'heure vengeresse allait sonner où les pauvres forceraient les riches au partage, il se plut dès lors à rêver une solution pacifique, le baiser de paix entre tous les hommes, le retour à la morale pure de l'Evangile, telle que Jésus l'avait prêchée.D'abord, des doutes le tortjrè-rent : était-ce possible, ce rajeunissement de l'antique catholicisme, allait-on pouvoir le ramener è la jeunesse, à la candeur du christianisme primitif ?Il s'était mis & l'étude, lisant, questionnant, se passionnant de plus en plus pour cette grosse question du socialisme catholique, qui justement menait grand bruit depuis quelques années ; et, dans son amour frissonnant des misérables, préparé comme il l'était au miracle de la fraternité, il perdait peu à peu les scrupules de son intelligence, il se persuadait que le Christ, une seconde fois,devait venir racheter l'humanité souffrante.Enfin, cela se formula nettement dans son esprit, en cette certitude que le catholicisme, épuré, ramené à ses origines, pouvait être l'unique pacte, la loi suprême qui sauverait la société actuelle, en conjurant la crise sanglante dont elle était menacée.Deux années auparavant, lorsqu'il avait quitté Lourdes, révolté par toute cette bosse idolâtrie, la foi morte à jamais et l'âme inquiète pourtant devant l'éternel besoin du divin qui tourmente la créature, un cri était monté en lui, du plus profond de son être : une religion nouvelle ! une religion nouvelle ! Et, aujourd'hui, c'était cette religion nouvelle, ou plutôt cette religion renouvelée, qu'il croyait avoir découverte, dans un but de salut social, utilisant pour lo bonheur humain la seule autorité morale debout, la lointaine organisation du plus admirable outil qu'on ait jamais forgé pour le gouvernement des peuples.Duruut cette période de lente formation que Pierre traversa, deux nommes en dehors de l'abbé Rose, eurent une grande influence sur lui.Une bonne œuvre l'avait .is en rapport avec monseigneur Bergerot, un évéque, dont le pape venait de faire un cardinal, en récompense de toute une vie d'admirable charité, malgré la sourde opposition de son entourage qui flairait chez le prélat français un esprit libre, gouvernant en père son diocèse ; et Pierre s'enflamma davantage au contact de cet apôtre, de ce pasteur d'âmes, un de ces chefs simples ot bons, tels qu'il les souhaitait à la communauté future.Mais la rencontre qu'il fit du vicomte Philibert de la Choue dans les associations catholiques d'ouvriers, fut encore plus décisive pour son apostolat.Le vicomte, un bel homme, d'allures militaires, à la face longue et noble, gâtée par un nez cassé et trop petit,ce oui semblait impliquer l'échec final d'une nature mal d aplomb, était un des agitateurs les plus actifs du socialisme catholique français.Il possédait de grands domaines, une grande fortune, bi.n qn'on racontât que des entreprises agricoles malheureuses lui en avaient emporté déjà près de la moitié.Dans son département, il s'était efforcé d'installer des fermes modèles, où il avait appliqué ses idées en matière de socialisme chrétien ; et il ne semblait guère non plus, que le succès l'encourageât.Seulement cela lui avait servi à se faire nommer député et il parlait à la Chambre, il y exposait le programme du parti, en longs discours retentissants.D'ailleurs, d'une ardeur infatigable, il conduisait des pèlerinages à Rome, il présidait des réunions, faisait des conférences, se donnait surtout au peuple, dont la conquête, disait-il, dans l'huinanité.pouvait seule assurer le triomphe de l'église.Et il eut de la sorte une action considérable sur Pierre, qui admirait naïvement en lui les qualités dont il se sentait dépourvu, un esprit d'organisation, une volonté militante un peu brouillonne, tout entière appliquée à recréer en France la société chrétienne.Le jeune prêtre apprit beaucoup dans sa fréquentation, mais il resta quand même le sentimental, le rêveur dont l'envolée, dédaigneuse des nécessités politiques, allait droit à la cité future du bonheur universel ; tandis que le vicomte avait la prétention d'achever la ruine de l'idée libérale de 89, en utilisant, pour le retour au passé, la désillusion et la colère de la démocratie.Pierre passa des mois enchantés.Jamais néophite n'avait vécu si absolument pour le bonheur des autres.Il fut tout amour, il brûla de la passion de son apostolat Co peuple misérable qu'il visitait, ces hommes sans travail, ces mères, ces enfants sans pain, le jetaient à la certitude de plus eu plus grande qu'une nouvelle religion devait naître, pour faire cesser une injustice dont le monde révolté allait violemment mourir ; et cette intervention du divin, cette renaissance du christianisme primitif, il était résolu à y travailler, à la hâter de toutes les forces de son être.Sa foi catholique restait {morte, il ne croyait toujours pas aux dogmes, aux my-tères, aux miracles.Mais un espoir lui suffisait, celui que l'Eglise put encore faire du bien, en prenant en main l'irrésistible mouvement démocratique moderne, afin d'éviter aux nations la catastrophe sociale menaçante.Son âme s'était calmée, depuis qu'il se dounait cette mission, de remettre l'Evangile au cœur du peuple affamé et grondant des faubourgs.Il agissait, il souffrait moins de l'affreux néant qu'il avait rapporté de Lourdes; et, comme il ne s'interrogeait plus, l'angoisse de l'incertitude ne le dévorait plus, C'était avec la sérénité d'un simple devoir accompli qu'il continuait à dire sa messe.Même il finissait par penser que le mystère qu'il célébrait ainsi, que tous les mystères et tous les les dogmes n'étaient en somme que des symboles, des rites nécessaires à l'enfance de l'humanité, et dont on se débarrasserait plus tard, lorsque l'humanité grandie, épurée, instruite, pourrait supporter l'éclat de la vérité nue.Et Pierre, dans son zèle d'être utile, dans sa passion de crier tout haut sa croyance, s'était trouvé un matin à sa table, écrivant un livre.Cela était venu naturellement, ce livre sortait de lui comme un appel de son cœur, en dehors de toute idée littéraire.Le titre, une nuit qu'il ne dormait pas, avait brusquement 348 LB REVEIL flamboyé, dans les ténèbres : la Rom* nouvelle.Et cela disait tout, car n'était-ce pas de Rome, l'éternelle et la sainte, que devait partir le rachat des peuples, L'unique Autorité existante se trouvait là, le rajeunissement ne pouvait naître que de la terre sacrée où avuit-poussé le vieux chêne catholique.En deux mois il écrivit ce livre qu'il préparait depuis un an sans en avoir conscience, par ses études sur le socialisme een-temporain.C'était en lui comme un bouillonnement de poète, il lui semblait parfois rêver ces pages tandis qu'une voix intérieure et lointaine les lui dictait Souvent, lorsqu'il lisait au vicomte Philibert de la Choue les lignes écrites la veille, celui-ci les approuvait vivement au point de vue de la propagande, en disant qne le peuple avait besoin d'être ému pour être entraîné, et qu'il aurait fallu aussi composer des chansons pieuses, amusantes pourtant, qu'on aurait chantées dans les ateliers.Quant à monseigneur Bergerot, sans examiner le livre au point de vue du dogme, il fut touché profondément du souffle ardent de charité ui sortait de chaque page, il commit même l'impru-ence d'écrire une lettre approbativa à l'auteur, en l'autorisant à la mettre comme préface en tête de l'œuvre.Et c'était cette œuvre publiée en juin, que la congrégation de l'index allait frapper d'interdiction, c'était pour la défense de cette œuvre que le jeune prêtre venait d'accourir à Rome, plein de surprise et d'enthousiasme, tout enflammé du désir de faire triompher sa foi, résolu à plaider sa cause lui-même devant le Saint-Père, dont il était convaincu d'avoir exprimé simplement les idées.Pondant que Pierre revivait ainsi ses trois années dernières, il n'avait pas bougé, debout contra.le parapet, devant cette Rome tant rêvée et tant souhaitée.Derrière lui, des arrivées et des départs brusques de voitures se succédaient, les maigres Anglais et les Allemands lourds défilaient, après avoir donné à l'horizon classique les cinq minutes marquées dans le Guide ; tandis que le cocher et le cheval de son fiacre attendaient coin plaisamment, la tête basse sous le grand soleil, qui chauffait la valise restée seul sur la banquette, Et lui semblait s'être aminci encore, dans sasoutane noire comme élancé, immobile et fin, tout entier au spectacle sublime.Il avait maigri après Lourdes, son visago s'était fondu.Depuis que sa mère l'emportait de nouveau, le grand front droit la tour intellectuelle qu'il devait à son père semblait décroître, pendant que la bouche de bonté, un peu forte, le menton délicat, d'uno infinie tendresse, dominaient disaient son âme, qui brûlait aussi dans la flamme charitable des jeux.Ah ! de quels yeux tendres et ardents il la regardait, la Rome de son livre, la Rome nouvelle dont il avait fait le rêve.Si, d'abord, l'ensemble l'avait saisi, dans la douceur un peu voilée de l'admirable matinée, il distinguait maintenant des détails, il s'arrêtait à des monuments.Et c'était avec une joie enfantine qu'il les reconnaissait tous, pour les avoir longtemps étudiés sur des plans et dans des collections de photographies.Là, sous ses pieds, le Tranatévère s'étendait, au bas du Janicule, avec le chaos de ses vieilles maisons rougeâ-très, dont les tuiles mangées de soleil cachaient le cours du Tibre.Il restait un peu surpris de l'aspect plat do la ville, regardée ainsi du haut de cette ter- rasse, comme nivelée par cette vue à vol d'oiseau, à peine bossuée les sept fameuses collines, une houle ue insensible au milieu de la mer élargie des es.Là-bas, à droite, se détachant en violet sombre sur les lointains bleuâtres des monts Albains, c'était bien l'Aventin avec ses trois églises à demi cachées parmi des feuillages ; et c'était aussi le Palatin découronné, qu'une ligne de cyprès bordait d'une frange noire.Derrière, le Cœlius se perdait, ne montrait que les arbres de la villa Mattei, pâlis dans la poussière d'or du soleil.Seuls, le mince clocher et les deux petits dômes de Sainte-Marie Majeure indiquaient le sommet de l'Esquilin, en face et très loin, à l'autre bout de la ville ; tandis que, sur les hauteurs du Viminal, il n'apercevait, noyée de lumière, qu'une confusion de blocs blanchâtres, striés de petites raies brunes, saas douta des constructions récentes, pareilles à une carrière de pierre abandonnée.Longtemps il chercha le Capitule, sans pouvoir le découvrir.Il dut s'orienter, il finit par se convaincre qu'il en voyait bien le campanile, en avant de Sainte-Marie Majeure, là-bas, cette tour carrée, si modeste, qu'elle se perdait an milieu des toitures environnantes.Et, à gauche, le Quirinal venait ensuite, reconnaissable à la longue façade du palais royal, cette façade d'hôpital on de caserne, d'un jaune dur, plate et percée d'une infinité de fenêtres régulières.Mais, comme il achevait da se tourner, une soudaine vision l'immobilisa.En dehors de la ville, au-dessus des arbres du jardin Cor-sini, le dôme de Saint-Pierre lui apparaissait.Il semblait posé sur la verdure ; et, dans le ciel d'un bleu par, il était lui-même d'un bleu de ciel si léger, qu'il se confondait avec l'azur infini.En haut, la lanterne de pierre qui le surmonte, toute blanche et éblouissante de clarté, était comme suspendue.Pierre ne se lassait pas, et ses regards revenaient sans cesse d'un bout de l'horizon à l'autre.11 s'attardait aux nobles dantelures, à la grâce fière des monts de la Sabine et des monts Albains, semés de villes, dont la ceinture bornait le ciel.La campagne romaine s'étendait par échappées immenses, nue et majestueuse, tel qu'an désert de mort, d'un vert glauque de mer stagnante ; et il finit par distinguer Ta tour basse et ronde du tombeau de Cecilia Metella, derrière lequel une mince ligne pâle indiquait l'antique voie Appienne.Des débris et aqueducs semaient l'herbe rase, dans la poussière des mondes écroulés.Et il ramenait ses regarda, et c'était la ville de nouveau, le pêle-mêle des édifices, au petit bonheur de la rencontre.Ici, tout 8res, il reconnaissait, à sa loggia tournée vers le euve, l'énorme club fauve du palais Farnèse ; plus loin, cette coupole basse, à peine visible, devait être celle du Panthéon.Puis, par sauts brusques, c'étaient les mars reblanchis de Saint-Paul hors les Murs, pareils à ceux d'une grange colossale, les statues qui couronnent Saint-Jean de Latrau, légères, à peine grosses comme des insectes ; puis, le pullulement des dômes, celai du Qesù, celui de Saint-Charles, celui de Saint-André de la Vallée, celui de Saint-Jean des Florentins ; puis, taut d'autres édifices encore, resplendissants de souvenirs, le Château Saint-Auge dont la statue étincelait la villa Médicis qui dominait la ville entière, la terrace du Pincio où blanchissaient des marbres parmi des arbres rares, les grands ombrages J LE REVEIL 849.de la villa Borghèse, au loin, fermant l'horizon de leurs cimes vertes.Vainement il chercha le Coliaée.Le petit vent du nord qui soufflait, très doux, commençait pourtant à dissiper les buées matinales.Sur les lointains vaporeux, des quartiers entiers se dégageaient avec vigueur, tels que des promontoires dans une mer ensoleillée.Çà et là, parmi l'amoncellement indistinct des maisons, un pan de muraille blanche éclatait, nne raugée de vitres jetait des flammes, un jardin étalait une tache noire, d'une puissance de coloration surprenante.Et le reste, le pêle-mêle des rues, des places, les ilôts sans fin, semés en tous sens, s'emmêlaient, s'effa-çaieut dans la gloire vivante du soleil, tandis que de hautes fumées blanches, montées des toits, traversaient avec lenteur l'infinie pureté du ciel.Mais bientôt Pierre, par un secret instinct, ne s'intéressa plus qu'à trois points de l'horizon immense.Là-bas, la ligne de cyprès minces qui frangeait de noir la hauteur du Palatin, l'émotionnait ; il n'apercevait, derrière, que le vide, les palais des Césars avaient disparu, écroulés, rosés par le temps; et il les évoquait, il croyait les voir se dresser comme des fantômes d'or, vagues et tremblants, dans la pourpre de la matinée splendide.Puis, ses regards retournaient à Saint-Pierre ; et là le dôme était debout encore, abritant sous lui le Vatican qu'il savait être à côté, collé au flanc du colosse ; et il le trouvait triomphal, couleur du ciel, si solide et si vaste, qu'il lui apparaissait comme le roi géant, dominant la ville entière, vu de partout, éternellement Puis, il reportait les yeux on face, sur l'autre mont, au Quiri-nal, où le palais du roi ne lui semblait plus qu'une caserne plate et basse, badigeonnée de jaune.Et tonte l'histoire séculaire de Rome, avec ses continuels bouleversements, ses résurrections successives, était là pour lui, dans ce triangle symbolique, dans ces trois sommets qui se regardaient, par-dessus le Tibre : la Rome antique épanouissant, en un entassement de palais et de temples, la fleur monstrueuse de la puissance et de la splendeur impériales ; la Rome papale, victorieuse au moyen âge, maîtresse du monde, taisant peser sur la chrétienté cette église colossale de la beauté reconquise ; la Rome actuelle, celle qu'il ignorait, qu'il avait négligée, dont le palais royal, si nu, si froid, lui donnait une pauvre id?e, l'idée d'une tentative bureaucratique et fâcheuse, d'un essai de modernité sacrilège sur une cité à part, qu'il aurait fallu laisser au rêve de l'avenir.Cette sensation presque pénible d'un présent importun, il l'écartait, il ne voulait pas s'arrêter à tout un quartier neuf, toute une petite ville blafarde, en construction sans doute encore, qu'il voyait distinctement près de Saint-Pierre, au bord du fleuve.Sa Rome nouvelle à lui, il l'avait rêvée, et il la rêvait encore, même en face du Palatin anéanti dans la poussière des siècles, du dôme-de Saint-Pierre dont la grande ombre endormait le Vatican, du palais du Qnirinal refait à neuf et repeint, régnant bourgeoisement sur les quartiers nouveaux qui pullulaient de toutes parts, even-trant la vieille ville aux toits roux, éclatante sous lo clair soleil matinal.La Rome Nouvelle, le titre de son livre se remit à flamboyer devant Pierre, et une autre songerie l'emporta, il revécut son livre, après avoir revécu sa vie.Il l'avait écrit d'enthousiasme, utilisant las notes amassées an hasard ; et la division en trois parties s'était tout de suite imposée : le passé, le présent, 1 avenir.Le passé, c'était l'extraordinaire histoire du christianisme primitif, de la lente évolution qui avait fait de ce christianisme le catholicisme actuel.Il démontrait que, sous tonte évolution religieuse, se cache une question économique, et qu'en somme l'éternel mal, l'éternelle lutte n'a jamais été qu'entre le pauvre et le riche.Chez les Juifs, immédiatement après ia vie nomade, lorsqu'ils ont conquis Chanaan et que la propriété se crée, la lutte des classes éclate.Il y a des riches et il y a des pauvres : dès lors naît la question sociale.La transition avait été brusque, l'état de choses nouveau empira si rapidement, que les pauvres, se rappelant encore l'âge d'or de la vie nomade, souffrirent et réclamèrent avec d'autant plus de violence.Jusqu'à Jésus, les prophètes ne sont que des révoltés, qni surgissent de la misère dn peuple, qui disent ses souffrances et accablent les riches, auxquels ils prophétisent tous les maux, en punition de leur injustice et de leur dureté.Jésus lui-même n'est que le dernier d'eux, et il apparaît comme la revendication vivante du droit! des pauvres.Les prophètes, socialistes et anarchistes, avaient prêché l'égalité sociale, en demandant la destraction du monde, s'il n'était point juste.Lui, apporte également aux misérables la haine dn riche.Tout son enseignement est une menace contre la richesse, contre la propriété ; et, si l'on entendait par le Royaume des cienx, qu'il promettait la paix et ta fraternité sur cette terre, il n'y aurait plus là qu'un retour à l'âge d'or de la vie pastorale, que le rêve de la communauté chrétienne, tel qu'il semble avoir été réalisé après lui, par ses disciples.Pendant les trois premiers siècles, chaque église a été nn essai de communisme, une véritable association, dont les membres possédaient tout en commun, hors les femmes.Les apologistes et les premiers pères de l'Eglise en font foi, le christianisme n'était alors que la religion des humbles et des pauvres, une démocratie, nn socialisme, en lutte contre la société romaine.Et, quand celle-ci s'écroula, pourrie par l'argent, elle succomba sous l'agio, les banques véreuses, les désastres financiers, plus encore que sous le flot des barbares et le sourd travail de termites des chrétiens.La question dlargent est toujours à la base.Aussi en eut-on une nouvelle preuve, lorsque le christianisme, triomphant enfin, grâce aux conditions historiques, sociales et humaines, fut déclaré religion d'Etat Pour assurer complètement 6a victoire, il se trouva forcé de se mettre avec les riches et les puissants ; et il faut voir par quelles subtilités, quels sonbismes, les pères de l'Eglise en arrivent à découvrir dans l'Evangile de Jésus la défense de la propriété.Il y avait là pour le christianisme une nécessité politique de vie, il n'est devenu qu'à ce prix le catholicisme, l'universelle religion.Dès lors, la puissante machine s'érige, l'arme de conquête et de gouvernement : en haut les puissants, les riches, qni ont le devoir de partager avec les pauvres, mais qui n'en font rien ; en bas, les pauvres, les travailleurs, à qui l'on enseigne la résignation et l'obéissance, en leur réservant le Royaume futur, la compensation divine et éternelle.Monument admirable, qui a duré des siècles, au tout est bâti sur la promesse de l'au- 350 LB REVEIL delà, sur cette soif inextinguible d'immortalité et de justice dont l'homme est dévoré.Cette première partie de son livre, cette histoire du passé, Pierre l'avait complétée par une étude à grands traits du catholicisme jusqu'à nos jours.C'était d'abord saint Pierre, ignorant, inquiet, tombant à Rome par un coup de génie, venant réaliser les oracles antiques qui avait prédit l'éternité du Capitole.Puis, c'étaient les premiers papes, de simples chefs d'associations funéraires, c'était le lent avènement de la papauté toute-puissante, en continuelle lutta de conquête dans le monde entier, s'eriorçant sans relâche de satisfaire son rêve de domination universelle.Au moyeu âge, avec les grands papes, elle crut un instant toucher au but, être la maîtresse souveraine des peuples.La vérité absolue, ne serait-ce que le pape pontife et roi de la terre, régnant sur les âmes et sur les corps de tous les hommes, comme Dieu lui même, dont il est le représentant ! Cette ambition totale et démesurée, d'une logique parfaite, a été remplie par Auguste, empereur et pontife, maitre du monde ; et, renaissant toujours des ruines de la Rome antique, c'est la figure glorieuse d'Auguste qni a hanté les papes, c'est le sang d'Auguste qui a battu dausleuis veines.Mais le pouvoir s'étant dédoublé après l'etlondremeut de l'empire romain, il fallut partager, laisser à l'empereur le gouvernement temporel, en ne gardant sur lui que le droit de le sacrer, par délégation divine.Le peuple était à Dieu, le pape donnait le peuple al'einpereur.au uomdeDieu.etpouvait le reprendre, pouvoirsans limitedont l'excommunication était terrible, souveraineté supérieure qui acheminait, la papauté à la possession réelle et définitive de l'empire.En somme, entre le pape et l'empereur, l'éternelle querelle a été le peuple qu'ils se disputaient, la masse inerte des humbles et des souffrants, le grand muet dont de sourds grondements disaient seuls parfois l'inguérissable misère.On disposait de lui comme d'un enfant, pour son bien ; et l'Eglise aidait vraiment à la civilisa-tion.remlait des services à l'humanité,répandait d'abondantes aumômes.Toujours, le rêve ancien de la communauté chrétienne revenait, au moins dans les couvents : un tiers îles richesses ramassées pour le culte, un tiers pour les prêtres, un tiers pour les pauvres.N'était-ce pas la vie simplifiée, l'existence rendue possible aux fidèles sans désirs terrestres, en attendant les satisfactions inouïes du ciel ! Donnez-nous donc la terre entière, nous ferons ainsi trois parts des biens d'ici-bas, et vous verrez quel âge d'or régnera, au milieu de la résignation et de l'obéissance de tous! Mais Pierre montrait ensuite la papauté assaillie par les plus grands dangers, au sortir de sa toute-puissance du moyen-Age.La Renaissance faillit l'importer daus son luxe et son débordement, dans le bouillonnement de sève vivante jaillie de l'éternelle nature, méprisée, laissée pour morte pendant îles siècles.Plus menaçants encore étaient les sourds réveils du peuple, du grand muet, dont la langue semblait commencer à se délier.La Reforme avait éclaté comme une protestation de la raison et de la justice, un rappel aux vérités méconnues de l'Evangile ; et il fallut, pour sauver Rome d'une disparition totale, la rude défense de l'Inquisition, le lent et obstiné labeur du concile de Trente qui raffermit le dogme et assura le pouvoir temporel.Ce fut alors l'entrée de la papauté dans deux siècles de paix et d'effacement, car les solides monarchies absolues qui s'étaient partagé l'Europe pouvaient se passer d'elle, ne tremblaient plus devant les foudres de l'excommunication devenues innocentes, n'acceptaient le pape que comme un maître de cérémonie, chargé de certains rite*.Un déséquilibrement s'était produit dans la possession du peuple ; si les rois tenaient toujours le peuple de Dieu, le pape n'avait qu'à enregistrer la donation une fois pour toutes, sans avoir à intervenir, quelle que fût l'occasion, dans le gouvernement des Etats.(A suivre.) La Bibliothèque Utile, publiée par l'éditeur Félix Alcan, de Paris, se compose actuellement de 114 volumes consacrés à XHistoire, aux Sciences, à la Géographie et aux Questions économiques et sociales.Elégamment imprimés et d'un format portatif, ces volumes d'un prix modique (60 cent, le volume broché ; 1 fr.cartonné à l'anglaise), exposent chacun, en 192 pages, les questions les plus intéressantes qu'aucune personne instruite ne peut plus ignorer.Parmi les derniers volumes publiés, nous signalerons particulièrement : l'Alcool, par les Dr» Sérieux et Mathieu ; Madagascar, par A.Milhaud ; l'Afrique française, par Joyeux ; l'Indo-Chine Française, par Faque ; Histoire de l'Armée Française, par Bère ; La Culture des Plantes d'Appartement, par Larbalétrier ; La Vie dans les Mers, par Goupin; Les Maladies épi-démiques, par le Dr Monin ; l'Homme Préhistorique, par Zuborowski ; Les chemins de fer, par G.Mayer.La Bibliothèque Utile a été honorée de souscriptions du Ministère de l'Instruction publique ; la plupart de ces volumes sont recommandés par ce Ministère pour les Bibliothèques populaires, scolaires et pédagogiques ; par le Ministère de la Guerre, pour les Bibliothèques de garnison ; par la Ligue de l'Enseignemint.On voit que son caractère libéral lui a valu de hautes sympathies ; elle justifie son titre par les services qu'elle rend à tous ceux qui sont désireux de s'instruire.UNE LETTRE DE CH1FLEAD M.J.E.W.Lecours nous communique la lettre suivante : Chapleau, 27 janvier 1896.J.E.W.Lecours, Ecr.Pharmacien à Montréal.Monsieur, Veuillez m'expédier quatre (4) bouteilles de BAUME RHUMAL pour la somme de un dollar ci-inclus.H me fait plaisir de constater que la seule bouteille que ma femme a employée, lui a fait plus de bien que les deux cents piastres dépensées depuis un an.Aussi, croyez que je me fais un devoir de la recommander à tous mes parents et amis.Votre tout dévoué O.BOLDUC, Contracteur. Le "SUN" Compagnie d'Assuranee sur la Tie du Canada.SIEGE SOCIAL, MONTREAL.Robertson Macaulay, Préaident.T.B.Macaulay, Secrétaire.Hon.A.W.Ogilvie, Vice-Président.Ira B.Thayer, Surintendant des Agences.G.F.Johnston, • Assistant Surintendant des Agences.L'année 1894 a, jusqu'à maintenant, été des plus satisfaisante et, avec un zèle soutenu de la part de nos agents, elle montrera une augmentation suffisante.Cela veut dire beaucoup pour la compagnie spécialement si l'on considère la crise commerciale qui se fait sentir partout.Ce résultat est surtout dû au fait que le "SUN " du Canada est devenu tout à fait populaire.Sa police sans conditions et son habile, prudente direction ont fait leur œuvre.Une Autre Raison.Le " SUN " du Canada est la première compagnie qui introduisit la police sans conditions et ce fait a pendant de longues années, été une des principales attractions de ses polices.Cette compa gnie a, depuis, fait un pas de plus en avant et émet des polices non confiscables.Le contrat d'assurances d'un porteur de police «e peut, d'après ce privilège, être résilié aussi longtemps que sa réserve estassez élevée pour acquitter une prime qui, sans qu'il ait besoin de le demander, est payée sous forme d'un emprunt remboursable en tout temps.De vous expliquer Ce système.6.LEGER, ?S^dvi^»^«oht»^. in LE REVEIL PAPIER DE TOILETTE Eu rouleaux et en Paquets de 5c.à tOc."HOUSEHOLD" 400 feuilles brochées, 5c.le paquet."PILGRIM" 600 feuilles brochées, 10c.le paquet, $1.la doz."REQINA" 1000 feuilles brochées 15c.le paquet, 1,50 la doz."ORESOENT" Rouleaux Hygiéniques perforés, 10c.le rou-~—~leau, $1.00 la doz.Ces Marques sont LES MEILLEURES mais nous en avons de toutes sortes.MORTON, PHILLIPS & CIE, -MONTREAL.'NorthBriti$h£Mercantile' ME D'ASSURANCE COHUE LE FEU ET SUR LA VIE CAPITAL.$16,000.000 FONDS INVESTIS.68,068,710 FONDS INVESTIS EN CANADA.5,200,000 REVENU ANNUEL.12,600,000 Directeur-Gérant :-THOMAS DAVIDSON, Ecr.DIRECTEURS ORDINAIRES : W.W, Ogilvie ; A.MacNider, Ecr., Banque de Montreal ; Henri Barbeau, gérant général Banque d'Epargne de la cité.La Compagnie, étant la plua forte et la plua puiaiante qui existe, offre à tea aaauréa une sécurité absolue, et en cas de (eu un règlement prompt et libéral.Riaquea contre la Feu et sur la Vie acceptée aux taux le* plua modérée.BUREAU PRINCIPAL EN CANADA, 78 St-Francois - Xavier, Montreal.GUSTAVE FAUTEUX, nunm mu Ha, «M.*«•¦* peu Heatreal et 1m —Tire—.Imprime par U Compagnie d'Imprimerie lie-•aulnlew, et publie par Arl-tlde nilatreault au No.tt rue Saint Gabriel.Montreal.ARTHUR CLOBEftSKY AVOCAT " H.Y.L B." Chan|brM 316 et 317.BURROUGHS t BURROUGHS, AVOCATS Chambres 613 et 614 Bâtisse de la New York Life, 11 Place d'Armes, Montréal, ^Téléphone 1881 •.•.•anwtaf W Herbert Borroufk*.J.A.DROUIN AVOCAT.JWti&lXêlUni* "NewYork Uf." il D'ARjjica, Chambre* tu et 111 Telephone SMS.bt THEÀTHE Edifice du Monument National Le Seul ThéAtre Français a 10c.4 REPRESENTATIONS Par Jour 2.15, 4.00, 8.00, 915 lira.AU THEATRE CHANSONNETTES, R0MANSE8, DANSES, ACROBATES, COMÉDIE et OPÉRETTES.AU MUSEE MERCIER sur sod LIT de MORT 100 Figure de cire, Léon XIII.Nouveautés chaque Semaine.Entrée du Musée • 10c.Entrée du Théâtre - 10a Sièges réservées, 5c.ext.' Le Musée aéra ouvert le Dibanchi de 1 heure à 10 heures du toir.JACq.VANPOUCKE pkofesskuk M Clarinette et de Solfège, 221—RUE CRAIG-221 POUR RELIER Lh8 FASCICULES " NAPOLÉON" Nou, avons fait faire une étrunpo toute 'pédale ; ceux qui ont l'Intention de faire relier leun fascicules feraient bien de venir voir un échantillon de notre relleuro à not bureaux, o demander notre agent qui Irait le leur montrer JOHN LOVKÛL A FIL»
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