Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 mai 1896, samedi 16 mai 1896
IITE 2184.no se TELEPHONE 892 Revue Politique et Littéraire POLITIÇUE—LITTERATURE—THEATRE—BEAUX-ARTS mu MONTREAL, 16 MAI 1896 NO.M SOMMAIRE pemerciements, A.Filiatreault—Circulaire du Réveil, Document " fin-de-siècle," par Li Reviil — Dégommés, Pierre Lerouge — Halte-là! Caiho-lique— Economie, Typo—La Charité Simplex — Les Polissons, Liberal— Vérité et Vraisemblance, Rieur — Un drôle de citoyen, Canadien — Les Comités électoraux, Electeur — Autre temps, autres formules, Cannuck — Distingol Victime — Contes de la primevère : Récit du moine, Jean Lorrain — Sur le pouce : l'art dramatique dans 1er Highlands, Georges Auriol Scrupules, Octave Mirbeau—Feuilleton : Rome, (Suite) Emile Zola.remerciements Nous adressons aujourd'hui nos remerciements les plus sincères à nos abonnés qui se sont empressés de répondre à notre appel de la semaine dernière.Ils ont compris que c'était le vrai moyen de propager le journal et d'aider à son efficacité.Ceux qui sont encore en retard sont priés de suivre ce bon exemple.La commande importante de notre correspondait^ anonyme dc Québec est remplie et les destinataires recevront leurs copies mercredi, le 20 courant.A.filiatreault.Lei condition! d'abonnement an Réveil ne loot pu lea conditions ordinaire! dea antres mmaux.Nons livrons le journal è domicile fnnco) à raiaon de 25 cts par mois, payable an onmencement de chaqne moia.Tont ce qne 001 demandons an pnblic eat de voir le journal.Let abonnements en dehors de Montréal sont ibles tons les quatre mois et d'avance.Nous farinons nn nnméro échantillon gratuitement tons ceui qui en feront U demande.Samedi soir, le 23 mai, réunion des collaborateurs du Réveil, au lieu ordinaire, à neuf heures.Tous sont spécialement invités à assister à cette réunion qui promet d'être très intéressante par la diversité des manuscrits qui seront lus et devront être approuvés avant publication.Qu'on ne l'oublie pas. 180 LE REVEIL ii l: DOCUMENT " FIN-DE-SIECLE " Mes c fier s et bien aimés lecteurs, — Dans nos précédents articles, Nous nous sommes élevés avec force contre certains membres du haut et du bas clergé, coupables de menaces graves envers le bon sens, la logique et les droits des citoyens.Nous espérions que nos avertissements salutaires suffiraient pour faire rentrer dans le devoir ceux q ni s'en étaient écartés, dans leurs projets illégaux, sans qu'il fût nécessaire de recourir aux mesures rigoureuses Sera la présente circulaire lue et publié, dans les bonnes familles, par les soins do chef de la maison, le premier jour après i réception.Nous demeurons, chers abonnés et colla-j borateuray votre tout dévoué en progrès j» litiques."LE REVEIL," Organe archi-llbéral de Montréal.DEGOMMES J'ai connu un bohème dont l'habitnd était de se précipiter vers tout rassemb Malheureusement, on a répondu à Nos ment qui semblait indiquer un acciden articles pleins de sagesse par le mépris, le récent.relus de renoncer aux projets liberticides Quand je lui demandais la raison de ce prémédités contre la société tout entière, empressement macabre : Les journaux et les feuilles vendus au clergé — C'est, me disait-il, que j'espère ton ont versé sur Nous de nouvelles insultes, jours reconnaître dans la victime un d usé d'un persiflage cynique à l'adresse du mes créanciers I Peuple, et annoncé la publication pro- Ma férocité ne va pas, je l'avoue, j chaîne d'un mandement episcopal mis à que là ; je ne voudrais pas, par crain l'index des bonnes mœurs politiques.sans doute, de représailles, souhaiter 1 C'est pourquoi Nous nous voyons aujour- mort du pécheur ; n'empêche quechaqu d'hui dans la pénible nécessité de sévir et cyclone politique me procure une douo de prendre des mesures plus efficaces pour jouissance, et que je m'empresse de cher protéger le Peuple (vulgum pecus) contre cher, sous les décombres dont il a jonch les attaques de ceux qui veulent le diviser le sol, si je ne trouverais pas quelque bi pour l'exploiter.nette dont la déconfiture me ferait joyei Le gros bon sens, la droiture et l'esprit sèment rigoler, sain invoqués, Nous condamnons, en vertu Jamais la chance ne m'a autant favorisé de Notre autorité, issue de Notre sollici- par exemple, que depuis quinze jours, tude, le mandement collectif des évêques Deux écroulements simultanés : l'un dont la publication a été fui t ce dans Ottawa et l'autre à Québec, et tous der.Notre Province, et Nous défendons for- avec une victime de haut goût : à Ottawa| mollement à tous les lecteurs du Réveil Sir Adolphe Caron, et à Québec, l'hon." sous peine de refus d'un abonnement, de C.Casgrain.lire, de recevoir, de garder en dépôt, de Au moins, voilà des écrasa qui sort» propager et de tenir compte de ce mande- du vulgaire ; voilà des cadavres qui sente» ment dangereux et malsain dans ses ten- bon.dances.Mais quelle chose étrange que lesortd 03 8999 LE REVEIL 181 ces deux hommes, si bien appareillés pour tomber ensemble I Tous deux hâbleurs, insolents, bravaches, écrasants pour les humbles, plats devant les forts.Ces chevaliers du monocle, dont la physionomie même avait un fair de parenté, dont les manières sentaient une école unique, avaient réussi à s'imposer par leur audace et leur mépris de l'opinion publique.Sir A.P.Caron, en acceptant en plein parlement la responsabilité de la transaction Beemer, et en se déclarant prêt à recommencer.L'hon.T.C.Casgrain, en prenant l'initiative de procédures criminelles impuissantes contre l'hon.H.Mercier, lorsque personne n'osait porter au lutteur vaincu ce coup dont il devait mourir, quoiqu'innocent.Eh bien 1 ces deux hommes sont descendus le même jour et du même coup.Le temps des audaces est passé pour la politique canadienne ; nous sommes tombés de l'école Macdonald dans l'école castor.Elles sont finies les brillantes envolées du Vieux Chef, disant avec confiance : 41 Le peuple crie, mais il votera ! " Nous en sommes réduits à la vilaine politique d'évêchés et de sacristies, de monastères et de couvents.On ne marche plus, on rampe ; on n'agit plus, on dit des chapelets ; on ne parle plus, on fait des mandements.Voilà pourquoi on n'a plus besoin de ce que l'on appelle en langage électoral vulgaire, mais expressif : Les grand?gueules! Non pas que nous voyions dans le changement un avantage pour le pays, car nous mettons, au point de vue de l'habileté et de l'activité.Sir A.P.Caron à cent piques au-dessus de M.Angers, et M.Casgrain à deux cents au-dessus de M.Taillon.Quant à l'honnêteté, nous ne les froisserons pas en leur disant qne, sous ce rapport, ils se valent tous.Mais, enfin, cela fait plaisir de voir tomber au rang des dégommés ces bruyants météores ; c'est une instruction pour le peuple de lui montrer le son qu'il y a dans le ventre de la poupée, le vide des grandes réputations.L'électorat se rend mieux compte de la futilité de ses emballements, lorsqu'il voit les partis gonfler et dégonfler devant lui les pantins auxquels on fait jouer la grande pantomime nationale.Ce qui est drôle, par exemple, c'est d'étudier la tenue des dégonflés.Tous affectent une suprême indifférence et, d'un air dégagé, annoncent qu'ils sont sortis du cabinet pour prendre l'air et afin de pouvoir emporter un comté pour le gouvernement fédéral.Cette attitude-là est assez crâne ; mais ceux qui la prennent sont de taux crânes.Que voyons-nous, en effet ?Sir A.P.Caron se présente dans Dorchester, et l'hon.T.C.Casgrain dans le comté de Québec.Or, les candidats qu'ils combattent dans ces deux comtés sont : M.Vaillancourt et ' M.Frémont, qui, tous deux, ont voté, contre les libéraux, avec le gouvernement sur la question du Remedial order.C'est ce que nos deux dépités appellent aider : Sir Charles Tupper 1 Un seul a eu un moment de tenue, un mot drôle qui lui fera pardonner bien des choses.Sir A.P.Caron, débarqué à Québec, après son balayage d'Ottawa, rencontre dans la rue Tom Chase Casgrain sortant du ' Parlement, son congé dans la poche." Les deux dégommés se regardent : 182 LE BLVEIL — " Quel joli groupe nous ferions I " s'é-crio Sir Adolphe.U est à regretter qu'un photographe ne se soit pas trouvé là pour fixer à jamais cette mémorable rencontre.pierre lerouob.halte-là ! Il faut mettre un terme au jeu dangereux qui a cours sous nos yeux et ne tend rien moins qu'à étouffer le seul droit que nous possédions jusqu'ici, à l'abri des, envahissements du clergé: le droit de représentation.Notre clergé, qui nous a tout pris, vient de mettre la main sur ce dernier bien.Allons-nous le laisser faire, ou mettre le holà?La question en est là.Voilà le grave problême qui motive notre effroi.Un jeune évêque parcourt en ce moment la Province de Québec, circulant de paroisse en paroisse, et s'installant au lieu de la prière pour soulever la haine et la discorde parmi ceux qui l'écoutent.Mais il fait plus encore, il nie jusqu'à l'essence même de notre constitution, et la foule aux pieds devant les populations effarées.Monseigneur Langevin n'a-t-il pas l'audace de se poser en représentant civil du Manitoba de race française, de s'attribuer un mandatgratuit.de poser aux vrais représentants du peuple des conditions, de leur faire des menaces, de dicter des lois aux ministres, le tout comme représentant — self-appointed — du Manitoba.Ah, ça ! qu'est-ce donc que cet évêque qui vient nous faire ici la loi, nou- imposer ses volontés ?Qui Ta nommé ?Qui re-présente-t-il ?La réponse est bien simple : Dam son diocèse, Mgr Langevin est une autorité ecclésiastique dont les devoirs et les droits purement spirituels sont définis par des règles strictes et immuables, et que les catholiques sont tenus de respecter au spirituel.Mais, en dehors de son évêché, en dehors de St-Boniface, Mgr Langevin n'est rien ct ne représente au public qu'un petit manitobain en voyage.Prétendre représenter le peuple : allons donc! Lo peuple a ses représentants légitimement choisis et légalement élus; ce sont ses députés qui ont le droit de parler au nom des manitobains, et non pas un évêque choisi sous le boisseau, en convention secrète.Arrêtons-là le mal.Ne permettons pas aux évêques.d'usurper, haut la crosse, des mandats de représentants populaires que l'électorat ne veut pas leur donner.Le peuple canadien consent bien à être gouverné par les hommes qu'il a choisi ; mais il ne voura jamais confier ses destinées à un gouvernement choisi au milieu de l'intrigue, de la calomnie, de la haine et de l'envie ecclésiastiques.U vaut mieux cou per court de suite à ce plan de théocratie rêvé par un petit ambitieux dont la mitre aurait besoin d'être consolidée avec un peu de plomb.Cessez de parler au nom du peuple, monsieur l'évêque ; parlez au nom du clergé, qui a fait son affaire de cette question des écoles et compte y retrouver sa prébende ; parlez au nom de vos collègues qui ont peur de voir se détacher une pierre nouvelle de leur piédestal ; mais ne parlez pas au nom du peuple ! Le peuple vous le défend ! CATHOLIQUE. 188 ECONOMIE Le Réveil prend son bien où il le tronve, ce qni est la meilleure façon de ne jamais manquer de rien et de varier souvent ses plaisirs.Ainsi, aujourd'hui un peu de politiqn « ne nous déplaît pas ; d'ailleurs, tout le monde en fait.Ah ! entendons-nous, il s'agit de politique comparative, très comparative.Mais nous sommes en pays neuf, et ce n'est qu'en comparant que nons nous instruirons.Ainsi, nous avons établi à Ottawa nne imprimerie nationale qui n'a été, depuis sa venne au monde, qu'une source d'ennuis et de déboires pour le gouvernement, sans compter les sommes énormes qui s'y engloutissent.Cette voracité budgétaire a toujours ému ceux qui ont étudié la question en hommes pratiques, et, au moins, il s'est trouvé des gens ponr admettre, dans nn rapport qui, d'ailleurs, est resté secret, que certaines imprimeries officielles étaient exploitées par on ponr des gouvernements, non seulement sans perte, mais encore avec bénéfice.Le meilleur exemple est celui de la France, et nous allons le citer, car il nous fait toujours plaisir, quelque peine que puissent éprouver les cafards, de faire ici l'éloge de notre vieille mère-pat rie.Eu France, l'Imprimerie nationale n'est pas seulement nn établissement ; c'est une institution.Et, si l'on considère le savoir, la capacité d'une partie de son laborieux personnel, on serait tenté de l'appeler un Institut.Un Institut doublant une usine Cette usine typographique est celle où s'imprime en partie l'immense paperasserie gouvernementale.Naturellement elle se fait payer ses travaux par l'Etat — papier, impression, et le reste.Or, c'est ici qu'apparait le côté économique de la question ; côté intéressant, original et terriblement i ouiroversé, côté quasi-socialiste ! Car ce n'est pas d'hier qu'où a accusé l'Imprimerie nationale de France de faire du socialisme d'Etat ! Elle s'arrange avec l'Etat, son client, comme celui-ci s'arrangerait avec n'importe quel imprimeur, mais en faisant bénéficier le dit client d'un meilleur marché d'environ quinze pour cent par rapport i l'industrie privée.Moyennant qnoi l'Imprimerie nationale subsiste par ses propres ressource».Non seulement elle ne coûte rien au budget — uniqne et phénoménale exception en matière de services publics — mais, au contraire, elle lni rapporte.Elle paye les salaires de ses ouvriers et ouvrières — cinq cent mille dollars, environ — et les émoluments de son personnel.Elle assure à ses employés des pensions de retraite, tont comme l'Etat, et elle a ponr eux une caisse de secours.Elle répare et améliore ses bâtiments et installation, entretient et accroit son immense outillage ; elle marche snr un fonds de roulement d'nn chiffre imposant— Et tontes ces dépenses faites, sans avoir absolument rien reçn de l'Etat à titre de subvention, d'allocation, ni de crédit tons aucune forme, l'Imprimerie nationale, qui ne doit faire aucun bénéfice, verse annuellement au Trésor nn boni de pins de 100,000 francs.Il est vrai qu'elle n'est pas grevée de frais de loyer, ayant été originairement dotée d'un logis par le gouvernement, et qu'elle ne paye point d'impôts.C'est ce qne n'a pas manqué de lni reprocher l'industrie privée qui, à diverses reprises, a revendiqué contre elle.Mais si l'Etat ne lni fait payer ni loyer, ni impôts, il exige d'elle ponr pins de 100,000 frs par an de travaux gratuits — impressions scientifiques) ou de haute érudition, Bulletin dea lois et de la Conr de Cassation — et il empoche ses 100,000 francs et pins de boni.Charges qni compensent, ce semble, les frais généraux dont l'Imprimerie est exonérée.Qu'est-ce qn'on pense d'nn système comme celui-là, et ne croit-on pas qu'il serait temps de l'envisager à Ottawa en remplaçant à l'Imprimerie les politiciens et les amateurs par des hommes d'affaires ?TVPO.PïRStVÏRANCK.Aux grand* maux les grands remèdes.La consomption, à son début cède invariablement à l'emploi persévérant du Baume Rhumal.25 cta partout. 184 LE REVEIL la charite St Paul a défini la charité en ces termes : " La charité est patiente et pleine de bonté ; elle ne connaît point l'orgueil, ni l'insolence, ni l'envie ; '-lie ne cherche point son intérêt, elle ne s'aigrit point, elle ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ; la charité est la pins grande des vertus : elle est au-dessus de la foi et de l'espérance." Voilà une définition splendide de cette vertu que nous connaissons si bien, an moins de nom.La charité est un don naturel, un sentiment inné dans le cœur de l'homme, et qui ne dépend ni des temps ni des lieux.C'est dire que le clergé qui a fait de la charité la base de son enseignement (et non pas de ses pratiques) n'en a pas le monopole, et ce serait une grave erreur de croire qu'on ne peut être charitable sans être exagérément dévot.Nos excellents prêtres et nos bons religieux, qui nous prêchent la charité avec tant de zèle, pratiquent cette vertu avec une ardeur telle que le dénombrement de ces saintes âme-, et l'énn-mération des établissements et des œuvres qu'ils gèrent suffisant pour donner aux étrangers de singulières illusions snr notre état social.Les vulgaires laïques pensent qne la charité doit animer tous les hommes justes, too tes les âmes généreuses ; que son but est évidemment le bonheur du genre humain, et qu'elle appelle à la consolation, à la paix, au bonheur, ceux qui paraissent être fatalement exclus de ces jouissances légitimes.Et ces profanes trouvent nne grande joie à obéir aux impulsions de la charité elle même.Mais, lorsque la charité est exercée par le clergé, elle prend de l'ampleur.Il ne s'agit plus de donner, il s'agit de recevoir ; il ne s'agit plus de se sacrifier aux autres, il s'agit d'exploiter les autres.— Non ?.Vous dites non ?.Eh bien, voyez le dernier exemple de la charité cléricale à Montréal ; l'hospice Âuclair.Qui a tout le mérite de cette fondation ?M, le curé de St-Jean-Raptiste, qni y a attaché son nom.Qui a payé ponr construire et doter cet hospice ?—Tont le monde, excepté lni.Entendons-nous, pourtant.Nons ne disons pas que M.le curé Auclair n'a pas consacré de son temps et de son pécule à l'entreprise, car nons n'en savons rien ; mais, dans tons les css, alors qne les fidèles faisaient des sacrifices et des dons, il faisait, lni, le digne homme, nn bon placement.C'est, dn reste, de tradition chei lea professeurs de charité, dont on connaît la formule : Charité bien ordonnée, etc,.Or, l'hospice Auclair, qui a été édifié par ls masse, semble n'appart nir qu'à M.Auclair.Cet hospice, comme les établissements de ce genre, parait destiné à doner asile aux détresses humaines, à recueillir des malades, des vieillards, des gneux.Eh bien, pas dn tont ! On a aménagé dans ce grand bâtiment des appartements somptueux où l'on reçoit, à titre de pensionnaire, les heureux de çe monde qni ont le moyen de se faire dorlotter dans la paix du Seigneur, et dans lea grande prix.An lien d'occuper nne maison en ville, comme naguère, on se réfugie à l'hospice Auclair, qui ne tardera paa à prendre les silures d'un hôtel fashionable.Ou paie nn bon prix, mais c'est fi forfait, et l'on est débarrassé de tons les soucis, de tous les détails compliqués qui s'ajoutent aux soins délicats d'une géranc» d'habitation.On trouve tont, à l'hospice Auclair, avec de " la belle argent " : le boire, le manger, le dormir Le prix de la pension eat toujours en rapport avec les moyens pécuniaires de celui qui la réclame.— Monaienr, le prix d- la pension complète ponr vons, Madame et Mademoiselle, est de $150 par mois.— N'est-ce paa un pen cher ?— Un pun cher ! Ah ! Votre Excellence ne songe paa à tous les avantagea qne je lni vends.Songes à ce que vous coûte l'entretien de votre maison, et compares avec mont prix.— An fait, c'eat vrai ; et puis, en me retirant dana votre saint établissement, j'accomplis nne bonne œnvre et je perpétue lest-aines traditions Et les tribus s'installent ainsi dn res-de-chaus- LE REVEIL 185 ^ ga faite de l'établissement, à la grande jubi-lation de M.le cur*, qni pourra se récréer en se lirrant à la confection des quittances et d»s factures.Vienne un malheureux, malade ou estropié, on le logera sou* les combles et on le gavera de li desserte.Mais il ne faudrait pas qu'il s'avisât de donner le mot-d'ordre à ses pareils, car, hélas ! bonnes Ames ! dans ce vaste bâtiment construit irec votre* argent ponr les nécessiteux, le coin des nécessiteux est fort étroit.En résumé, l'hospice Auclair eat nne vaste osison de rapport, qui n'a pent être rien coûté à iop heureux propriétaire.O'est pourquoi on l'ex-empte des tax s qui pèsent sur les simples particuliers chargés de famille.0 logique ! A charité ! ô business ! ô sainte bétise humaine ! SIMPLEX.N.B.— Cette réclame se trouvant insérée dans les colonnes gratuites du journal, ne donne absolument rien à l'administration.8.LES POLISSONS Vendredi dernier, à l'assemblée conservatrice da Parc Sohmer, il s'en est fallu de bien peu que li soirée ne se terminât par une mêlée générale.Enfin, par nn heureux concours de circonstsnces, cette honte nous a été épargnée.Par malheur, nous n'avons pu nous soustraire i nn scandale.Les orateurs > ou se r valeurs ont pu parler, sans doute, mais ils n'ont pu se faire entendre, ce qui est tout comme s'ils n'avaient pas pa parler.Quels sont les auteurs de cette manœuvre déloyale ?U est fort difficile de le savoir, et même de le supposer raisonnablement.Mais uue cons-Utation pénible s'impose aux bons libéraux: c'est que ces manifestations broyantes ne se produisent jamais dans les assemblées libérales, alors qu'elles «ont fréquentes dans les assemblées con-¦ervatrices.Sans doute, on ne peut pas tirer de conclusion certaine de cette particnlarité, m as il est malheureux de constater qne les conservateurs peuvent en tirer une morale facile à exploiter avec les électeurs consciencieux.Les libéraux prétendent que les conservateurs jonent incessamment cette comédie, afin de pouvoir porter une accusation grave contre leurs adversaires, et les conservateurs attribuent ces désordres renouvelés aux libéraux, La vérité est difficile à démêler, sinon impossible.Ce qui est certain, c'est que ces scènes sont répugnantes, et qne les polissons, les petits morveux — ce sont toujours des mot'tards — qui se livrent à cette indignité devraient être sortis des enceintes à coups de bottes dans les côtes.Que les libéraux s'organisent : qu'ils créent nne forte escouade de vigilants robustes, lesquels appliqueront .a correction sus-indiquée avant l'expulsion, et, s'il est vrai qne ce sont les conservateurs qui provoquent ces scandales pour en tirer profit, ils en seront pour leurs frais d'organisation.Dans tons les cas, il est urgent que les libéraux prennent des mesures pour éviter la possibilité d'une nouvelle accusation de cette nature, fondée ou non fondée.Il y va de l'avenir dn parti.LIBERAL.VERITE ET VRAISEMBLANCE Il n'y a pas de raison ponr qu'on ne s'égaye pas de temps en temps au Réveil, comme autre part ; le sérieux ordinaire de nos articles ne doit pas être ennemi d'une donoe gaieté, et nous ne voyons pas pourquoi on se priverait de rire nn peu.La vie est si courte ! Tout le monde connaît ce monologne fameux qui a pour titre ; Le Hanneton ; tout le monde en connaît le suj t, l'aventnre étourdissante de ce bon jeune homme auquel un coléoptère fait souffris le martyre, et qui ne se débarrasse de son tortionnaire qu'en secouant le contenant et le contenu par la fenêtre.Que de lois je me suis tordu en entendant O'Rilly, et, plus tard, St-Louis, qui l'imitait très bien, nons raconter cette impayable aventure.Jamais je n'eusse pensé que cette invraisemblable aventure pût avoir nne lueur de réalité.Et pourtant, tont arrive. 186 LE REVEIL Voici ce que je lin dens le Lyon Républicain du 20 avril : A l'arrivée en gare -de Lyon-Perrace de l'express de Paris, un voyageur descendait hier matin de wagon avant l'arrêt.U était correctement vêtu, mais n'avait pas de pantalon.Deux employés se mirent à sa poursuite sous le tunnel de Saint-Irénée, où il s'était réfugié, et le trouvèrent irréprochablement culotté.Le voyageur a avoué qne se trouvant senl dans son compartiment, il s'était dévêtu sons le tunnel pour secouer son inexpressible par la portière ; un choc le lui avait arraché des mains L'affaire n'a pas eu d'autres suites qu'une explosion d'hilarité.Changez de milieu, et vons avez la scène dn Hanneton Allez donc maintenant parler d'invraisemblance ! RIEUR.Un Drôle de Citoyen.Un électeur zélé, de Québec, usant dn droit qne possède tont citoyen de faire porter snr les listes électorales les noms qni n'y figurent pas, a cm devoir faire porter sur les nouvelles listes les noms d'un assez grand nombre d'électeurs.Parmi ces noms ou remarque cenx de quelques prêtres du Séminaire de Québec.Les prêtres ont le droit de vote comme tons les autres citoyens, attendu qu'ils sont citoyens eux-mêmes.L'électeur qni a requis l'inscription des noms nouveaux a peut-être agi avec nn peu trop de zèle, mais en définitive il a nsé d'nn droit et ne mérite pas le blâme qne lni adresse M.J.C.K Laflamme dans nne lettre adressée au greffier du conseil.Du reste, voici cette lettre qne nous empruntons à la Vérité : 25 avril 1896.M.H.J.J.R Chouinard, Greffier du Conseil de Ville, Québec Mousienr, Je viens de m'assurer qne les noms des prêtres du Séminaire ont été inscrits, cette année, pour la première lois, sur les listes électoralea de Québec.Permettez-moi de vons faire remarquer que ceci a été fait absolument à notre insu.Ancnn prêtre dn Séminaire ne savait qu'il (M qneation de nons dans les sphères électorales.'Notre surprise a été d'antant pins grande qn noua avons vn nos noms insérés ainsi dans 1 liste des votenrs, i la demande de citoyens qq n'ont avec nons qne des rapporta très éloignés e qni n'auraient jamaia trouvé tons nos noms, i d'autres personnes entièrement charitables n les lenr avaient communiqués.Quelque touchante qr e soit cette sollicitude notre égard, nona croyona qne nona sommes « état de faire valoir nous-mêmes nos droits polit ques, lorsque à la demande de nos supérieurs ei clésiastiqnes la chose sera jugée nécessaire.En attendant, ponr ne pas déjuger la conduit passée dn Séminaire, et ponr enlever tont pré texte de croire qne les prêtres de notre mai»] tiennent à se mêler de politique, je vons prie, a nom et avec l'assentiment de tons mes contrera de retrancher les noms de tons les prêtres dn si minaire des listes électorales de Québec.Si, ps impossible, qnelqn'nn vent y rester, il vons e fera lui-même, et personnellement, la demie i Soyez sûr qne personne n'a jamais été autorisé agir an nom des prêtres dn Séminaire en estt matière, qnelqne soit la position sociale qn' occupe Cette transcription de noms de prêtres qn l'on ne connaît pes, avec lesquels on n'a ancu rapport, et cela sans aucun avertissement prés lable, est nne manière d'agir tellement lest ponr ne paa dire impertinente, qn'on est snrpri de la rencontrer même ches nn cocher.Espérant qne vous acquiescerez à ma detail de, je vons prie d'agréer l'expression de me meilleurs sentiments.Signé, J.C.K.Laflamme, ptre, Snp.Sém.de Québ* En vérité, nons ne comprenons pas cette pn testation.Si, par hasard, nn indigne et ridicule laïqn se permettait de contester le droit de vote si prêtres, il n'y aurait paa aaaei de cailloux du tonte la Province pour lapider l'imbécile qi émettrait une pareille prétention.Et nons a serions paa lea derniers à nons joindre aux pn testationa.Eh bien, l'acte de celni qui a demandé qi lea prêtrea fussent portés aur les listes électort les ne peut rien avoir d'outrageant pour ces se sieurs, au contraire.Alors, d'où vient cette sainte fureur de M- i C.K.Laflamme ?Est-elle sincère, cette fureur | LB REVEIL 18T .Nous en doutons.Elle est trop éclatante, file détonne.Quand on voit let évéques lancer des mandements politiques à l'époque d»s élections ; qnand tous les prêtres reçoivent des ordres relatifs aux instructions qu'ils devront donner anx fidèles i propos du choix è faire parmi les candidats, on l'étonue de lire des paroles comme celles-ci : ".ponr enlever* tout paétexte de croire "que les prêtres de notre maison tiennent i se "mêler de politique." Ah ! ça, ces gens-là nons prennent donc ponr de parfaits idiots ! Parce qn'ils se refusent A accomplir un devoir, celni de voter, ils s'imaginent que nous allons en conclure qu'ils ne se mêlent pas de politique ! Mais ils ne font que cela, de la politique ! Et ils en font même de si louche, de si ténébreuse, de si malpropre, qu'ils n'osent paa reconnaître qu'ils en font.Ils se cachent, ils s'abritent derrière la crosse et la mitre de Monseigneur, et, de là, tirent sur le peuple i boulets ronges.Voyez-vous cette sommation de M.l'abbé La* flamme, en son nom et an nom de ses collègues, d'avoir i rayer les noms de prêtres portés snr les listes électorales ! Comme si les noms des citoyens portés snr ces listes étaient d'nn roisinsge trop compromettant pour ces délicate ! — Malheur ! dirait Gavroche.Si vous ne von les pas voter, si les devoirs civiques sont incompatibles avec votre état, mes* sieuis les Snlpiciens et antres, imites les man-v.ii- citoyens tt ne votes pas, mais ne faites pas les ar ogants et les hypocrites en repoussant ce que des gens qui vous valent bien considèrent comme nne gloire et comme nn honneur.Et surtout, puisque vous prétendes si fièro-ment que vous deves rester étrangers à la politique, n'en faites donc pas d'une façon occulte et ne vous rendes pas les complices complaisants des castor», ensoutaunés ou non, qni font de la politique de partisans et de la politique d'escarcelle.En un mot, ayes-donc de la pudeur, vous qui prétendes tout diriger et tout avaler.Et ça, voyez-vous, c'est un bon conseil qne vous donne gratuitement un bon CANADIEN.Québec, 15 avril 1896.Les Comités Electoraux Les élections battent lenr plein, les comités s'agitent, les organisateurs se bousculent, téléphonent, télégraphient, écrivent, discutent, fîcè-lent, expédient, corrigent, etc.Les ballots de littérature s'envoient dans toutes les directions : des courriers partent à tons les points de la province et tout ce monde-là est occupé.Combien y en a-t-il là dedans qni travaillent réellement ; qni rendent des services à lenr parti ?Bien peu, sûrement.Et pourtant, le jonr de la distribution et de la victoire, tout ce monde-là sera prêt à réclamer sa part.Ponr moi, je .parle d'expérience, ces fameux comités m'ont l'air de riches mines de fainéants ; tandis qne les pauvres travailleurs triment et pataugent an sein des comtés, soumis à tontes les intempéries et à tons les ennuis, mangeant mal, couchant mal, absorbant de mauvais tabac, buvant dn whiskey frelaté, les mirliflors dn parti en belles manchettes adressent des pamphlets.Cet abus d'organisation centrale qni fait vivre anx dépens des partis tonte nne bande de jeunes larcenrs trop insignifiants pour aller an feu, mais bons sux discours d'sntichambre où ils exaltent leurs propres vertus et leurs nombreux services, rappelle asses bien nne blague dn siège de Paris qni s'était passée très sérieusement et très consciencieusement, comme d'ailleurs cela arrive toujours en pareil cas : les inutiles de cette espèce étant les derniers à s'apercevoir de lenr sotte position.O'étsit pendant le drame sanglant de 1870 ; la direction dn Rappel, organe des Hngo, emportée par son ardeur patriotique, avait offert, aux applaudissements de la Cité, un canon à la défense nationale.Il était splendide, ce canon de bronse crânement installé dans la cour du journal où sa croupe resplendissait an soleil.Les intimes seuls étaient admis près du monstre d'airain.Les boulets étaient dans la cour, harmonieusement empilés et silencieusement menaçants.Un jour de manœuvre, car la rédaction faisait la manœuvre,—dans la cour—.Victor Hugo, ac- 138 LE REVEIL compagne de Vacqaerie et de Menrice, venait d'entrer et d'admirer les braves canonniers.Soudain, le poëte, nouveau Tyrtée, sent son corps tressaillir sons une inspiration puissante et au milieu d'un silence solennel retentirent ces paroles prophétiques qu'a recueillies un témoin de la scène." Que ce canon nous venge ! s'écria Victor Hugo, dont les yeux lançaient des éclairs.Qu'il venge les mères, les orphelins, les veuves ! les IUh qui n'ont plus de pères, les pères qui n'ont pins de fils ?Qu'il venge la civilisation, qu'il vengo l'honueur universel, la conscience humaine insultée par cette guerre abominable ! Que ce canon soit implacable, fulgurant et terrible, et quand les Prussiens l'entendront gronder, s'ils lui uumaudent : Qui es-tu ?qu'il réponde : " Je suis le coup de foudre, et je m'appelle ; le canon dn Rappel." Meurice et Vacquurie étaient daus l'admiration ; la foule massée à l'entrée de la cour criait à tue-têto " Vive Hugo ! Mort aux Prussiens ! " Mais, par exemple, le canon restait là dans la cour.et la rédaction restait tranquillement à ses bureaux.Elle avait trouvé là un moyen aussi neuf qu'ingénieux de ne pas aller aux avant, postes où les pauvres garde-nationaux grelottaient et crevaient comme des monches.Eh, bien, pour moi, les emballeurs do brochures électorales me rappellent la rédaction dn Rappel ; derrière leurs remparts d'imprimés, bien à l'abri de la pluie et des coups de dents des adversaires, ils ne parlent que de combats et ne rêvent que batailles, mais ils se gardent bien, par exemple, d'aller au feu.N'empêche qu'on les eutendra crier bien fort le jour où tout sera iini.Quand donc mettra-t-ou un terme à cette exhibition da travailleurs-en-chambro ?electeur.le meilleur moyen.('o qu'il y a «lo plus ddsagréalilo par ce temps, c'est do sn muuillor les pieds ; un iloit ilunc l'éviter avec suiu.Si malgré cela un prend uu rhnme et que l'on tousse, il faut h'oii guérir su plus vite.I» meilleur moyen est de prendre quelques doses du IWcmk lîhumai., lo c61cbro apociti-que français.En vente partout, 25c les 15 doses.Partout Aux premiers temps de la conquête, dans la glorieuse époque des Gortèz et des Pizarre, la colonisation avait adopté nne formule qui résumait tout l'état d'âme d'une époque, tout le sentiment d'une race.Sa devise état : Ente et aratro par l'épée et par la charrue.C'eBt sous cette égide que fut fondé le grand empire espagnol qui s'était élevé si haut ponr tomber si bas; c'est aussi la devise de Weyler à Cuba.A ces époques farouches succédèrent des temps plus calmes et des hommes plus pratiques ; l'esprit et le négoce religieux avaient asservi le ié-gime militaire et lui faisaient tirer les marrons dn feu.Les coloni -s, les entrepris s se multipliaient de tontes parts, fondées au prix du sang d ¦ milliers de soldats, et aussitôt le clergé s'insta nt snr oe sol encore fumant et fécondé de ce carnage ; il y plantait alors son étendard avec sa devise : Crue* et aratro, par la croix et par la charme.Cette dernière formule subsista avec opiniâtreté jusqu'à nos jours, surtout an Canada, où elle cadrait parfaitement avec tous les instincts accapareurs du clergé national.A tont iustan', dans chaque fête religieuse et politique, on nons servait sur un plat la devise magique destinée à nous rappeler que la première part revenait à monsieur le curé.Quelques loustics avaient même simplifié la formate à l'adresse des nouvelles conches et le jenne clergé n'évoquait plus l'antique dicton que sous la forme fi u de-siècle : Emparons-nous du sol ! Naturellement, nous veut dire le clergé.Il y a quelque temps, un riche Français, M.Méuier, se rendit acquéreur de Tile d'Anticosti, avec l'intention de la coloniser et de rendre productif cet ilôt dé.se t et fécond jusqu'à ce jour en naufrages seul.ment.L'achat fut trompette dans tons les journaux comme uu récit des " Mille et une nuits," et aussitôt on vit paraître la note susdite.Apprenant qu'il allait se dépenser en travaux et améliorations sar l'ile près de deux millions de piastres, les curés ont vite flairé l'aubaine.Allait-on employer tont cet argent-là sans les iuvi- LB REVEIL 139 ter ?Ce serait trop fort, et ils s'empressèrent de rappeler lenr existence ; et nn écrivain libéral, dans un journal qui se dit libéral, se chargea de rappeler à M, Ménier qn'il y avait encore des curés an Canada, et qne la première chose à faire avant d'engager des colons, c'était d'engager un on des cnrés.Les agents de M.Ménier, très malins, n'ont pas soufflé mot, mais ont serré prudemment leur argent, qu'ils sentaient fortement convoité.Ils ont engagé des colons et les ont embarqués pour leur lie ; mais, sans curé.* A la place du curé, ils ont fait signer à chaque colon l'engagement formel de s'abstenir de boisson alcoolique."oilà qui est pratique.Les Ménier ont trouvé la vraie formule de l'époque, la formule nouvelle de la colonisation canadienne : Aqua et aratro, par l'eau et par la charrue.Que tous nos habitants adoptent la devise de l'eau et de la charrue, et avant peu la Prorince de Québec aura retrouvé ses forces et sa richesse.C'est son seul salut.OANNUCK.DI5TINQO I Le Witness se prend, lui aussi, aux formules de la casuistique romaine, mais avec un remarquable à-propos.On sait que les protestants de l'onest de notre cité sont très excités A propos de la formation d'un groupe scolaire catholique appelé St.Gré-goire-le-Thaumaturge — quel vilain nom ! - • créée à leur insu et les englobant, bien qu'ils persistent à faire partie d'une antre division scolaire protestante.Lea protestants se trouvent ainsi forcés de payer des taxes A denx commissions, aux écoles protestantes dont ils se servent, et aux écoles catholiques dont ils ne se servent pas.La commission catholique, avec l'appui de toute l'avocasserio csstor, s'obstine à percevoir ces tues qui, parait-il, sont dans l'esprit de la loi, tt les protestants, bons princes, au lieu de se fâ- cher, constatent ironiquement, dans le rapport du Synode presbytérien, que " c'est là encore une preuve de la générosité dont les catholiques se vantent tant A l'égard des protestants de la Province de Québec." Le Witnets est intervenu dans la discussion, et, naturellement, il s'est fait malmener, mais, il a su se tirer d'affaire sur un distingo qui porte juste A la bonne place ; " Il n'y a qu'une chose A relever dans ces colonnes pleines d'un mépris insolent pour les droits de la population protestante, c'est que l'on accuse le Witness de représenter les protestants comme victimes de la tyrannie catholique.Nous n'avons jamais dit cela.Ce que nous avons dit, ' c'est que les catholiques et Us protestants sont également victimes du despotisme clérical.VICTIME.CONTES DE LA PRIMEVERE RECIT DÛ MOINE Par JEAN LORRAIN Orner avait seize ans, il avait graudi daus la jeûne et la prière A l'ombre recueillie d'uu cloître.Orner était fils de roi, mais tous les religieux ignoraient sa naissance.Des meurtres, des viols et des supplices avaient ensanglanté le palais de ses aïeux ; son père A peine égorgé par la main de ses deux frères, le dévouement d'un vieux serviteur avait sauvé l'enfaut du massacre ; l'homme avait jeté le jeune prince sur un cheval, et détalant, bride abattue, de la ville incendiée où les partisans bataillaient encore, il avait, en trois jours, dévoré soixante lieues de plaines et de vallées pour venir tomber harassé, lui, le cheval et l'eufant, an seuil de ce vieux moutier perdu dans les montagnes.Le cheval ne s'était pas relevé ; l'homme était mort dans les huit jours de la blessure d'une flèche qui l'avait atteint en fuyant ; quant A l'orphelin royal, le cloître l'avait recueilli.Vétu d'une ample robe du laine blanche, où s'affilait sa sveltesse robuste, il peignait le long des journées, assis dans les rayons d'une étroite fenêtre, de délicates fleurs à rinceaux et 140 LE REVEIL des trèfles héraldiques copiés d'après les marges de très antiques missels ; et, sous ses mains royales, de délicieuses arabesques fleuronnées de calices de rêve naissaient et s'enroulaient, rehaussées d'azur et d'or, sur l'ivoire un peu jauni des parchemins.Il suivait les religieux aux matines, servait parfois la messe au Père officiant et les soirs d'été, au crépuscule, s'attardait avec les autres novices à écouter quelque bohémien raconteur d'histoires, toléré pour une nuit dans l'ombre du couvent, mais c'était la distraction rare ; rare était le passage des compagnons de gai savoir par ces gorges abruptes et ueB hautes sapinières où bruissait la plainte grondante d'éternels torrents.Une ombre froide tombée des montagnes pesait, comme un manteau de glace, sur l'étroite vallée, et des neiges étincelantes snr des cimes d'acier fermaient l'horizon.C'était une retraite farouche, escarpée et sûre, et l'enfance proscrite du petit roi déchu y fleurissait, inconsciente, fervente et calme, tel nn beau lis royal dans la cellule d'un moine centenaire, à l'abri des rumeurs et des dangers du monde.Ses oncles usurpateurs continuaient à batailler et, rongés d'ambition et de criminelles convoitises, à agiter et à désoler le royaume de leurs misérables dissensions : le sang versé appelle le sang, et les deux voleurs de couronne, les deux rois fratricides se disputaient maintenant par le fer et le feu, à travers tous les pièges, toutes les embuscades et toutes les surprises, ce pitoyable pays tombé entre leurs mains.Dieu prit-il nn jonr en pitié ce triste peuple dépecé et saiguaut entre les serres des aigles ?Mais, an bout de dix ans de luttes intestines, nne imprévue tragédie de pslais délivrait presque simultanément le pays.L'aîné des tyrans, Frédégild, mourait empoisonné de la main d'nn de ses tendes, et cela dans Béziers assiégé depuis trois mois par son cadet Macdnf, atteint des fièvres qui ravageaient sou camp depuis les pluies d'automne et qui l'emportaient vingt-quatre heures après la fin tragique de Frédégild, au moment où, ravi de la sinistre nouvelle, il exultait sur son lit d'agonie et donnait l'ordre de li-arer assaut.Et ce fut une allégresse dans tout le pays.Le glas des funérailles tintait encore dans les cathédrales que le peuple y entonnsit dea Te Deum ; des filles de rustres, hommes, femmes et enfants, processionnaient par les vallées, le front couronné de primevères, vers quelque humble madone de campagne, précédés les uns d'an diacre, les autres d'un simple clerc, tenant toua à aller rendre grâce à la Notre Dame d'Aumône et de Secourante qui les avait p is enfin en pitié, et des grandes feux de joie s'allumeront sur les montagnes.Accoudé à la petite fenêtres de sa cellule, le novice Orner les regardait mélancoliquement brûler ; il savait que deux rois étaient morts, les deux rois du royaume qui commençait en Aquitaine et se prolongeait en Espagne—un cherrier en avait apporté la nouvelle, il y avait quatre jours—mais qne lui importaient ces rois féroces, ces deux soldats sanguinaires qu'il n'avait jamais connus, et ces luttes atroces par le fer et le poison qn'il ne devait jamais connaître, lni, Ame blanche pareille à l'agneau dn Seigneur, élevée dans l'ombre monacale et au cloître destinée?La nouvelle avait pourtant ému, et plus profondément qu'il n'eût pn le penser, le supérieur de la communauté : deux moines étaient partis immédiatement en mission, l'un vers l'archevêque de Burgos'et l'autre vers celui de Pampelune.Depnis, quatre jours s'étaient déjà écoulés, et depuis quatre jours des fenx brûlaient tons les soin à mi-flanc dn cirque des montagnes, incendiant les neiges des glaciers ; depnis quatre jours une impatience, une fièvre travaillaient tont le couvent où le jeune Orner sentait monter autour de lui une déférence inaccoutumée, une respectueuse et caressante bienveillance.Et commo il regardait roser et s'empourprer dans la nuit la neige des cimes en' ironnantes, des bruits de grelots et de hennissements le firent se pencher à la fenêtre et découvrir une file de mules caparaçonuées et montées par des moines.Il ne les avait jamais vus: plusieurs d'entre eux portaient des dalmatiqnea brillantes dont les irt'.ois miroitaient et flambaient au reflet des feux allumés sur les monts ; des cuirasses étin-celaient autour d'un vieillard tont courbé en a-vaut et comme écrasé sons une mitre ; et det LE RÉVEIL 141 hourras montaient de la vallée jusqu'aux murailles du calme monastère, sondain rempli de chu-chotfoments effarés et de pas.Puis, tont à conp, nn grand silence se fit: le cortège était entré dans le oonvent.Des bruits de sandales traînaient quelques minutes, le long des corridors, puis le monastère devint mnet comme nne tombe : tons 1st moines étaient descendus, convoqués an chapitre.Au chapitre, à hnit heur* du soir, à l'heure de la prière accoutumée !.Et le novice intrigué écoutait à sa porte, ne comprenant pas.Tout à coup, le lourd battent a'en ouvrait.C'était le supérienr lui-même, plus calme et pins grave qne d'ordinaire, avec des yeux infiniment tristes.Sans même paraître remarquer la curiosité du jeune moine, il donnait l'ordre à Orner de le suivre.Ils descendaient tone deux dans la cour.Tons les religieux du couvent y étaient assemblés, têtes nues, et 1rs bras croisés, autour du petit vieillard chancelant et cassé, coiffé d'une mitre, nn évêque ; des faces farouches et caaqnéea tenaient hantes des torchée flambantes, car les feux des montagnes commençaient à s'éteindre et des chapes orfévrées reluisaient étrangement ça et là dana la fonle." Bénissez-le, mon pere, et pnisse votre bénédiction l'inspirer ! " Et le supérieur ayant pons-ié Orner interdit sous les mains de l'évêque, l'emmenait presque aussitôt auprès de denx chevaux sel.és et bridés.Le supérieur enfonrohrit l'un, Orner montait aur l'antre, et le novice et l'abbé a engageaient sous le porche abbatial ouvert sur la campagne, au bruit des paaumes entonnés par les moines.Us chvauohèreent longtemps parla campagne: les vallées succédaient aux vallées, des torrents se précipitaient dea hauteurs avec un fraca8 de vitres qu'on brise, et parfois ils longeaient d'étroite sentiers de Jcbênes surplombant des abîmes d'où montait une haleine de sépulcre.Depuis longtemps, les brasiers s'étaient éteints au flancs des hauts coteaux et parfois leurs montures trébuchaient et l'on entendait des pierres tomber et rouler dana les gouffres, et le supérieur gardait le silence.La lnne montante éclaira enfin le paysage : uue nappe d'argent baigna tout l'horizon et les cimes des glaciers apparurent de givre snr le bien froid dn ciel.Le supérieur rapprocha sa monture de celle dn jeune Orner et prit la parole Il lui raconta sa naissance, la mort inique et sanglante de son père, les atroces exploits de ses oncles et tons les forfaits de sa race, le règne de vingt rois agrandis par des dois, des trahisons, des meurtres et des massacres ; la puissance éphémère de vingt pillards courronnés arrachée à la détrease, aux larmes, au sang et à la famine d'un peuple, puiasance sacrilège et pourtant reconnue, dont la mort des deux derniers rois de sa race le faiaait héritier.Tout blême sous la lune, le novice écoutait.Ils étaient arrivés devant un immense champ assez hant sitné dans la montagne et dévalant en pente douce vers un petit lac embrumé de vapeurs.Un cirque de glaciers l'entourait et, sons la blanche clarté lunaire, l'immense prairie en pente sommeillait mollement, émnillée, criblée à chaque touffe d herbes de petites pensées sauvages, de singulières petites pensées jaunes et noires, qne la lune faiaait pareitre de velours blanc.Le supéiieur s'arrêta : " Le premier de ta race, Clothério, simple comte aventurier des Marches d'Aquitaine, traversait, il y e trois cents ans, ce champ.C'était par nne nuit claire comme celle-ci.Deux anciens rois, dont la légende a perdu jusqu'aux noma, denx frères ennemis comme tes oncles, y avaient livré bataille,—bataille inutile, puisqu'ils s'y étaient tués l'un l'autre,—mais U prairie lunaire était encore toute blanche d'osse -mente : 1a terre lea a dévorés depuis.II y avait eu là une grande tuerie et ton aïeul, tout brave qu'il était, hésita devant oet immense ossuaire ; des carcasses de chevaux et des squelettes jonchaient partout In prairie funèbre ; mais A nn crâne humain déjà verdi et rongé par la monase, luisait dans l'ombre un cercle d'or.Clothério, ton aïeul, mit pied à terre et se baissa ponr les prendre, nuis le cheval avait heurté de son sab-bot le crâne, et la tète ricanante roulait dans le lao, emportant le couronne." Clothério plongeait la tête dana l'eau du lac y saisiasait le cercle et, revenu sur la rive en-couronnait sa tête en disant : " Je serai roi." Il le fut. 142 LE REVEIL " Prince Orner, songe ù tons les morts qui dorment sous cette terre, songe aux crimes de ta race, aux meurtres du passé, à la fin de ton père et réponds si tu veux être roi comme lui." —Retournons au couvent, répondit le novice, v " —Le couvent ! Tu renonces ?" —Retournons au couvent pour y prier pour eux et n'en jamais sortir." JEAN LORRAIN SUR LE POUCE ParGEORUES AUR10L L'ART DRAMATIQUE DANS LES HIGHLANDS Je me flatte de connaître, sur le plateau de Ra-vaignan, A une encablure du Sacré-Cœur de Montmartre, un dramaturge de onze ans.A l'instar de Victorien Sardou, il est coiffé d'un béret, et cette légère analogie me suffit.Vers midi, uotre jeune moutagnard installe sou minuscule guignol face à l'ouest, contre le tronc rigide d'uu bec de gaz.A l'aide d'un fragment du charbon, il indique d'imaginaires gradins sur le trottoir, les numérote avec soin et crie : " Prenez vos places, s'il vous plait, messieurs et dames ! " Lea petits garçons, dont l'avenir est incertain, et les petites filles qui, dans quinze ans, seront assurément les plus jolies femmes de Paris, viennent s'asseoir là, selon la mode turque.Lorsque les cadres sont remplis et que les éventails de papier-jourual commencent h s'agiter, la toile se lève.Le dernier spectacle auquel j'ai assisté était fort intéressant.L'atlluence était telle, que j'ai du partager avec un terre-neuve du quartier une place debout, que j'avais bel et bien payée un décime.Voici la pièce eu questiou : les punaises La scène représente le cabinet du Propriétaire.A droite un buffet.A gauche, une forêt vierge ornée dune pendule empire.Ce luxe d'une pendule aucienue dans une forêt, et d'une forêt vierge, dans un simple bureau, signale le Propriétaire comme un personnage considérable.Le Propriétaire, teul—Quelle heure est-il?(// regarde du côté de la forêt) Onze heures ! Oh ! oh ! c'est le moment de filer ! Si j'attends cinq minutes de plus, la bourgeoise va rentrer, et je ue pourrai pas encore aller prendre mon absinthe ! (Avec un geste résigné.) Oh! là! là! quels crampons, ces femmes ! (Bien qu'il n'y ait aucune porte apparente, ou frappe.) Le Propriétaire - Entrez ! (On frappe de nouveau.) Mais entrez donc que je vous dis! Vous avez donc du fromage de cochon dans les oreilles I Entre M.Dujonc.Ou plutôt, non.M.Dujm n'entre pas; il sort du bois.Selon toutes probabilités, il y est allé pour prendre Pair d'abord, pour mettre sa montre à l'heure, secondement, et ensuite pour cueillir la fraise, le muguet ou quelque autre denrée printannilre.Il est vêtu d'une blouse bleue, cravaté décarlatt, et tient respectueusement à la main son haut-de-forme adoné dune plume blanche.Il s'incline.Le Propriétaire, allant au devant de lui— A qui ai-je l'honneur de parler, esvépé ?C'est-il i l'ambassadeur de Madagascar ?M.Dujonc —Je vous d'mande pardon, monsieur.Je suis Dujonc, le locataire du septième.Le Propriétaire — Ah ! bon ! très bien ! J'vous r'mettais pas, Monsieur Dujonc.Et Madame Dujonc, elle va bien, et la p'tite Dujonc, et le p'tit Dujonc?Allons, tant mieux! Et qu'est-ce qui vous amène, mon père Dujonc ?M.Dujonc — Je viens vous faire nne petite confidence, monsieur.Le Propriétaire — Ah ! ah ! votre bourgeoise s'est trottée avec le coi fieur ?M.Dujonc—Non.C'est aut je chose.Je vais vous dire, Monsieur: C'est plein de punaises, chez moi.Le Propriétaire, gravement— Des punaises ?M.Dujonc — Oui.Le Propriétaire, plus gravement encore—Et qu'est ce que c'est que ces punaises-là?M.Dujonc — C'est le looataire d'avant moi qni LE REVEIL 143 les a laissées.A preuve qae le papier en est farci.Ls Propriétaire — Ah ! diable ! c'est le locataire d'à.(récapitulant) c'est le lo-ca-tai-re d'avant qni les a laissées.Ça, c'est grave.M.Dujonc — Pourquoi ?Le Propriétaire.— Parce que je n'ai pas son adresse ; si je Pavais, on pourra t s'arranger.Je lai écrirais, mais dans ces conditions-là, jo ne peux rien décider.pour le moment.M.Dujonc, avec humeur—Alors, moi, quoi qn'il faut que j'fasse avec les punaises ?Le Propriétaire, gravement — Ecoutez, M.Dujonc, je suis un bon homme, moi, je ne demande qu'à tont arranger.Eh bien ! je crois que j'ai trouvé nn joint.Pati ntez encore une quinzaine, trois semaines au plus .Si, d'ici là, l'ancien locataire n'est pas venu les réclamer, eh bien ! ma foi ! ellea seront à vous, les punaises — et vons pourrez les garder.(Rideau) ' Le Sténographe, GEORGES AURIOL.SCRUPULES La unit dernière, je dormais profondément, quand je fus réveillé en sursaut par un grand brnit : quelque ch se comme la chute d'un meuble dans la pièce voisine.En même temps, la pendule sonna quatre heure et mon chat se mit à miauler lamentablement.Je aantai à baa du lit et, vivement, aana précautions, avec un cou race qu'explique aenle l'ardeur de mes convictions conservâtricea, j'ouvris la porte et pénétrai dans ls pièce.Elle était tonte éclairée, et ce que j'aperçus d'abord ce fut un monsieur, fort élégant, en tenue de soirée, décoré, ma foi ! et qni bourrait d'objets précieux une jolie valise en cuir jaune.La valise ne m'appartenait pas, mais les objets précieux étaient bien à moi, ce qui me parut nne opération contradictoire et malséante, contre laquelle je me disposai à protester.Rien que ne|connnsse paa da tout co monsieur, il avait pourtant un viaage qui m'était familier, et comme on en rencontre aur les boulevards, an théâtre, dans les restaurante de nnit, un de ces visa- ges corrects et soignés qui vous font diredecenx à qui ils appanienent : " Ca doit être nn homme de cercle ! " Prétendre que je n'eusse pas le moindre étonnement de voir chez moi, à quatre heures du matin, un monsieur en habit et qne je n'avais pas convié à y venir, cela serait exagéré.Mais cet étonnement ne se doublait d'aucun autre sentiment, frayeur ou colère, dont s'accompagnent ordinairement ces visites nocturnes.L'air d'élégance et de bonne humeur de ce clubman m'avait tout de suite rassuré, car, je dois le confesser, je ue m'attendais à rien de tel, et je craignais plutôt de me trouver face à face avec nne horrible brute de cambrioleur, et qu'il fallût me livrer contre lni à des actes de violence défensive pour lesquels je ne me sens paa d'inclination et dont on ne sait pas comment ils finissent.A ma vue, l'élégant inconnu s'était interrompu dans son travail, et avec un sourire d'une ironie bienveillante, il me dit : —Excusez-moi, monsieur, de vous avoir si im poliment réveillé.Mais ce n'est pas tout à fait de ma faute.Voua avez des meubles bien sensitifs, vraiment, et qne l'approche de la pins légère pince-monseigneur fait aussitôt tomber en pâmoison.Je vis alors que la pièce était toute bouleversée: des tiroirs ouverts et vidés, des vitrines fracturées, nn petit secrétaire où je cache mea valeurs et mes bijoux de famille, piteusement renversé sur le tapis.Un vrai pillage, enfin! Et pendant qne je faisais ces constatations, le trop matinal visiteur continuait de sa voix bien timbrée : — Oh ! ce meubles modernes ! Gomme ils ont l'Ame fragile, n'est-ce pas ?Je crois qu'ils sont atteints, eux aussi, de la maladie du siècle, et qu'ils sont neurasthéniques, comme tout le monde.Il eut nn petit rire'discret et charmant, qui ne me blessa pas, et où se révélait, à tout prendre, nn homme de la meilleure éducation.Je me décidai à intervenir.A qui ai-je l'honneur de parler ?lis-je, en suivant dn regard moins inquiet les manœuvres du nocturne visiteur, tandis qu'un courant d'air, produit par les portes ouvertes, agitait ridiculement les pans de ma chemise. 144 LE REVEIL — Mon Dieu ! répondit ce parfait gentleman sur un ton dégagé, mon nom tous serait peut-être, en ce moment, uno trop vive surprise.D'ailleurs, ne pensez-vous pas qu'il vaut mieux réserver pour une occasion moins étrange une présentation que je souhaite prochaine et que, d'ailleurs, je puis vous l'avouer, je ne cherchais nullement, aujourd'hui.Je voudrais, si vous y consentez, garder le plus strict incognito.—Soit, monsieur.Mais tout ceci ne m'explique pas.— Ma présence chez vous, à une heure aussi exagérée, et dans ce désordre ?.— C'est eel a.Et je vous saurais gré.— Comment donc ! acquiesça l'élégant inconnu.Votre curiosité est fort légitime, et je ne .songe pas à m'y soustraire.Mais, pardon !.Puisque vous dé.-irez que nous fassions nu petit bout de causerie, ne pensez-vous pas qu'il serait prudent à vous, de passer nne robe de chambre.Votre déshabillé me navre.U fai froid ici,.et l'on a vite attrappé la grippe en ces temps bizarres.•.C'est juste.Veuillez doue m'excuser une minute.—Faite*, monsieur.Faites.Je gagnai mon cabinet de toilette où j'endossai rapidement une robe de chambre, et je revins auprès de l'inconnu qui, durant ma courte absence, avait tenté de remettre un peu d'ordre dans la pièce encombrée de ses effractions.— Laissez, monsieur, laissez, je vous prie.Mon valet de chambre rangera tont cela demain.• • Je lui offris uu siège, j'en pris un moi-même, et, ayant allumé uu cigare, je lui dis, sur un ton encourageant : — Monsieur, je vous écoute.Le clubman eût pu se recueillir, comme font tous les héros du roman avant de conter leur histoire.Il évita cette banalité et, tout de suite, il commença : — Monsieur je suis uu voleur.un voleur professionnel., disons le mot, si vous le voulez, un cambrioleur.Vous l'aviez, sans doute, deviné?— Parfaitement ! — Cela fait honnenr a votre perspicacité.Donc, je suis un vol-ur.Je ne me suis décidé à embrasser cette position sociale qu'après avoir bien constaté que, elle était encore la plus franche, la pins loyale, la plus honnête de tontes.Le vol, monsieur,—-et je dis le vol, comme je dirais le barreau, la littérature, la peinture, la médecine,— fut une carrière décriée, parce que tout ceux qui s'y destinèrent jusqu'ici ne fnrent que d'odieuses brutes, de répugnants vagabonds, des gens sans élégance et sans éducation.Or, je prétends lui redonner un lustre auqnel elle a droit et faire du vol une carrière honorable, libérale, et enviée.Ne nous payons pas de mots, monsieur, envisageons la vie telle qu'elle est.Le vol est l'unique préoccupation de l'homme.On ne choisit une profession — quelle qu'elle soit, remarquez bien - qae parce qu'elle nous permet de voler — plus ou moins — mais enfin de voler quelque chose à quelqu'un.Vous sves l'esprit trop avisé, vous savez trop bien ce qne cache le fallacieux décor de nos vertus et de notre honnenr, pour qae je sois forcé d'appuyer mon dire d'exemples probatoires et de concluantes enumerations.Ces paroles me flattaient trop dans mes prétentions—d'ailleurs, justifiées—à la psychologie, et à la connaissance des sciences sociales, pour que je ue les accueillisse point par un : " Evidemment ! " péremptoire et supérieur.L'élégant cambrioleur encouragé, poursuivit avec des gestes plus intimes vt confidentiels : —Je ne veux vous parler qne de ce qui me concerne seul.Je serai très bref, du reste.J'ai débuté dans le commerce.Mais les sales besognes que, nécessairement, je dus accomplir, les ruses îaaléficieusee, les ignobles tromperies, les faux poids répugnèrent vite à mon instinctive délicatesse, A ma iiatnre franche, empreinte de tant de cordialité et de tant de scrupules.je quittai le commerce p ur la finance.La finance me dégoûta .Hélas ! je ne puis me plier à lancer des affaires inexistantes, à émettre de faux papiers et de faux métaux, à organiser de fausses mines, de faux isthmes, de faux charbonnages !—Penser perpétuellement à csns-User l'argent des autres vers mes coffres, A m'en* richir de la ruine lente et progressive de mai clients, grâce A la vertu d'éblouissants prospec- LB REVEIL 145 tus, et à la légalité de combinaison! merveilleu-see, me fat aoe opération inacceptable, A laquelle se refusa mon esprit scrupuleux et ennemi du mensonge .Je pensai a'ors an journalisme.Il ue me fallut pas nn mois pour me convaincre que à moins du se livrer à des chantages, pénibles et compliqués, le journalisme ne nourrit pas son homme .'.J'essayai de la politique .Ici, je ne pus m'empéeher de pousser un rire sonore qni menaça de s'éterniser» • •• —O'est cela ! approuva le séduisant gentleman .N'en disons pas autre chose.Bref, j'épuisai ainsi tout ce que U vie publique ou privée peut offrir de professions sortables et da nobles carrières à un jeune homme actif, intelligent et délicat, comme je suis Je vis clairement que le vol—de qnelque nom qu'on l'affuble— était le but umique et l'unique ressort de toutes les activités, mais combien déformé, dissimulé et, par conséquent, combien plus dangereux ! Je me fis dono le raisonnement suivant : " Puisque l'homme ne peut pas é.happer à cette loi fatale du vol, il serait beaucoup plus honorable qn'il le pratiquât loyalement et qn'il n'entourât pss son naturel désir de s'approprier le bien d'autrni d'excuses pompeuses, de qualités illusoires et de titres redondants dont la parure euphémique ne trompe plus personne." Alors, tous les jours, je volai, je pénétrai la nuit dans les intérieurs riches ; je prélevai, une fois ponr tontes, sur les caisses d'autrni, ce qne je juge nécessaire à l'expansion de mes besoins, au développement de ma personnalité humaine.Gela me demande quelquea heures chaque nuit, entre une causerie au club, et un flirt au bal.Hormis ce temps, je vis comme tout le monde.Je suis d'un cercle ; j'ai de belles relations Le ministre m'a décoré tout récemment.Et quand j'ai fait nu bon coup, je suis accessible à tontes les générosités.Enfin, monsieur, je fais loyalement, directement, ce que tout le monde pratique par des détours' tortueux st des voiet d'autant pins ignominieuses que.Enfin, ma conscience délivrée ne me reproche plus rien, car, de tons les êtres que je connus, je suis le seul qui ait courageusement conformé ses actes à ses idées, et adapté hermétiquement sa nature à la signification mystérieuse de la Vie ., Les bougies pâlissaient, le jour entrait par le fentes des persiennes.J'offris à l'élégant inconnu de partager mon déjeuner du matin, mais il objecta qu'il était en habit, et qu'il ne voulait pas m'offusquer d'une telle incorrection.OCTAVE MIRBBAU Un peu d'esprit d'à-propos l'eût peut-être sauvé.Oct esprit qui manque parfois aux soldats, se retrouve, à en croire l'anecdote suivante, ches les agents de police : Dans une rue de Mo«cou, le comte Tolstoï vit un jour nn gorodovoï (agent de police) conduire en prison de façon moins que courtoise un ivrogne.Scandalisé, l'écrivain s'adressa en ces termes au gorodovoï : — Tu sais lire ?— Oui.— As-tu lu l'Evangile?— Oui.—Tn devrais savoir que tn ne devrais pas faire à ton prochain ce que tn ne voudrais pas qu'on te fit ?Le gorodovoï regarde de haut en bas son in* terlocuteur.et, retonrnantjla conversation, il l'interrogea à,con tour : — Tu sais lire?— Oui.— As-tu lu les instructions pour les gorodovo ?-Non.— Lis-les, et seulement alors, nons reprendrons notre conversation.« » * Dans la me : Un superbe enterrement tient le haut du pavé, le corbillard écrasé sous les fleure.Une commère s'adresse A son voisin, un petit vieux qui a l'air de ne pas avoir de religion.— Pardon, monsieur, savez-vous qui on enterre?Le monsieur réfléchit longtemps ; puis, montrant du doigt le cLar qui va disparaître : , — Je crois, madame, que c'est celui qni est dans la première voiture ! 146 LE REVEIL FEUILLETON PAR EMILE ZOLA V Un soubassement de citadelle, une tour de vingt mètres de diamètres, pour y coucher une femme 1 Et Pierre, s'étant retourné, aperçut distinctement, tout au bout de la rue superbe, éclatante, bordée des marbres de ses palais funèbres, le Palatin qui s'élevait au loin, dressant les marbres étincelants du palais des empereurs, l'énorme entassement des palais dont la toute-puissance dominait la terre.Mais il eut un léger tressaillement : deux carabiniers, qu'il n'avait point vus, dans ce désert, parurent entre les ruines.L'endroit n'était pas sûr, 1 autorité veillait discrètement sur les touristes, même en plein midi.Et, plus loin, il fit une autre rencontre qui lui causa une grande émotion.C'était un ecclésiatique, un grand vieillard à la soutane noire, liseréeet ceinturée de rouge, dans lequel il eut la surprise de reconnaître le cardinal Bocannera.Il avait quitté la route, il marchait avec lenteur dans la bande d'herbe, au milieu des hauts fenouils et des grands chardons ; et, la tête basse, parmi los débris de tombeaux que ses pieds frôlaient, il était tellement absorbé, qu'il ne vit même pas le jeune prêtre.Celui-ci, courtoisement, se retourna, saisi de le voir seul, si loin.Puis, il comprit, en découvrant, derrière uno construction, un lourd ca-rosse, attelé de deux chevaux noirs, près duquel attendait, immobile, un laquais à la livrée sombre, tandis que le cocher n'avait pas même quitté le siège ; et il se souvenait que les cardinaux, ne pouvant marcher à pied dans Rome, devaient gagner en voiture la campagne, s'ils voulaient prendre quelque exercice.Mais quelle tristesse hautaine, quelle grandeur solitaire et comme mise à part, dans ce grand vieillard songeur, doublement prince, chez les hommes et chez Dieu, forcé d'aller ainsi au désert, au travers des tombes, pour respirer un peu l'air rafraîchi du soir.Pierre s'était attardé pendant de longues heures, le crépuscule tombait, et il assista encore a un admirable coucher de soleil.Sur la gauche', la campagne devenait couleur d'ardoise, confuse, coupée par les arcades jaunissantes des aqueducs, barrée au loin par les monts Albains, qui s'évaporaient dans du rose ; pendant que, sur la droite, vers la mer, l'astre s'abaissait parmi de petits nuages, tout un archipel d'or semant un océan de braise mourante.Et rien autre, rien que co ciel de saphir strié de rubis, au-dessus de l'infinie ligne plate de la campagne.Rien autre, ni un monticule, ni un troupeau, ni un arbre.Rien que la silhouette noire du cardinal Boccanera, debout parmi les tombeaux, et qui se détachait, grandie, sur la pourpre dernière du soleil.Le lendemain de bonne heure, Pierre, pris de la fièvre de tout voir, revint à la voie Appienne, pour visiter les catacombes de Saint Calixte.C'est le plus vaste, le plus remarquable des cimetières chrétiens, celui où furent enterrés plusieurs des premiers papes On monte à travers un jardin à demi-brûlé, parmi des oliviers et des cyprès ; on arrive à une masure de planches et de piètre, dans laquelle on a installé un petit commerce d'objets religieux ; et on y est, un escalier moderne, relativement commode, permet la descente.Mais Pierre fut heureux de trouver là des trappistes français, chargés de garder et de montrer aux touristes ces catacombes.Justement, un Frère allait descendre avec deux dames, deux Françaises, la mère et la fille, l'une adorable de jeunesse, l'autre fort belle encore.Et elles souriaient toutes deux, un peu épeu-rées pourtant, pendant qu'il allumait les minces bougies longues.Il avait un front bossue, une large et solide mâchoire de croyant têtu, et ses pâles yeux clairs disaient l'enfantine ingénuité de son âme.—Ah ! monsieur l'abbé, vous arrivez à propos.Si ces dames le veulent bien, vous allez vous joindre à nous ; car trois Frères sont déjà en bas avec du monde, et vous attendriez longtemps.C'est la grosse saison des voyageurs.Ces dames, poliment, inclinèrent la tête, et il remit au prêtre une des petites bougies minces.Ni la mère ni lafille ne devaient être des dévotes, car elles a- • vaient eu un coup d'oeil oblique sur la soutane de leur compagnon, brusquement sérieuses.On descendit, on arriva a une sorte de couloir très étroit: —Prenez garde, mesdames, répétait le religieux en éclairant le sol avec sa bougie.Marches doucement il y a des bosses et des pentes.Et il commença l'explication, d'une voix aiguë, avec une force de certitude extraordinaire- Pierre était descendu silencieux, la gorge serrée, le cœur battant d'émotion.Ah ! ces Catacombes des premiers chrétiens, ces asiles de la foi primitive, que de fois il les avait rêvées, au temps innocent du séminaire ! et, dernièrement encore, pendant qu'il écrivait son livre, que de fois il y avait songé, comme au plus vénérable et au plus antique vestige de cette communauté des petits et des simples, dont il prêchait le retour ! Mais ¦ il avait le cerveau tout plein des pages écrites par les poètes, par les grands prosateurs, qui ont décrit les Catacombes.Il les voyait à travers ce grandissement de l'imagination, il los croyait vastes, pareilles à des villes souterraines, avec des avenues larges, avec des sal les amples, capable de contenir des foules.Et dans quelle pauvre et humble réalité il tombait —Ah I dame, oui ! répondait le Frère aux questions de la mère et de la fille, ça n'a guère plus d'un mètre, deux personnes ne passeraient pas de front.Et comment on a creusé ça ?Oh I c'est fort simple.Une famille, une corporation funèbre ouvrait une sépulture, n'est-ce pas ?Eh bien ; elle creusait une première galerie, à la pioche, dans ce terrain qu'on appelle du tuf granulaire : une terre rougeâtre comme vous voyez, a la fois tendre et résistante, très facile à travailler, et absolument imperméable ; enfin, une terre faite exprès, qui a merveilleusement conservé les corps. LB REVEIL 147 Il s'interrompit,-montra, à la faible flamme de sa bougie, les cases creuses à droite et à gauche, dans les parois.—Regardez, ce sont les loculi.lia ouvraient donc une galerie souterraine, dans laquelle, des deux côtés, ils pratiquaient ces cases superposées, où ils couchaient les corps, le plus souvent enveloppés d'un simple suaire.Puis, ils fermaient l'ouverture avec une plaque de marbre, qu'ils cimentaient soigneusement.Dès lors, n'est-ce pas ?tout s'explique.Si d'autres familles se joignaient à la première, si la corporation s'étendait, ils prolongeaient la galerie au fur et à mesure qu'elle s'emplissait ; ils en ouvraient d'autres, à droite, à gauche, dans tous les sens ; même ils créaient un deuxième étage, plus profond.Tenez ! nous voici dans une galerie qui a bien quatre mètres de haut.Naturellement, on se demande comment ils pouvaient hisser les corps, à une pareille hauteur.Ils ne les hissaient pas, ils descendaient, au contraire, continuant à touiller le sol davantage, dès que la rangée des cases d'en bas se trouvait pleine.Et c'est de la sorte qu'ici, par exemple, en moins de quatre siècles, ils ont creusé seize kilomètres de galeries, où plus d'un million de chrétiens ont dû être inhumés.Or, des Catacombes existent par douzaines, toute la campagne de Rome est ainsi trouée.Songez à cela et faites le calcul.Pierre écoutait, saisi.Autrefois, il avait visité une fosse houillère, en Belgique, et il retrouvait ici les mêmes couloirs étranglés, la même pesanteur étouffante, un néant d'obscurité et de silence.Seules, les petites bougies étoilaient l'ombre épaisse, qu'elles n'éclairaient paa Et il comprenait enfin ce travail de termites funéraires, ces trous de rats ouverts au hasard, poursuivis selon les besoins, sans art aucun, sans alignement, sans symétrie, au petit bonheur de l'outil.Le sol raboteux montait et descendait à chaque pas, lus parois s'en allaient do biais, rien n'avait dû être fait au fil à plomb, ni à l'équerre.Ce n'était là qu'une œuvre de nécessité et de charité, de naïfs fossoyeurs de bonne grâce, des ouvriers illetrés, tombés à la maladresse de main do là décadence.Cela, surtout, devenait très sensible, dans les inscriptions et les emblèmes gravés sur les plaques de marbre.On aurait dit les dessins puérils que les gamins des rues tracent sur les mure.—Vous voyez, continuait le trappiste, le plus souvent, il n'y a qu'un nom ; parfois même pas de nom, et simplement les mots in pace.D'autres fois, il y a un emblème, la colombe de la pureté, la palme du martyre, ou bien le poisson, dont le nom grec est composé de cinq lettres, qui sont les initiales des cinq mots grecs : Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur des hommes.Il approchait de nouveau la petite flamme, et l'on distinguait la palme, un seul trait central, hérisse de quelques autres petits traits, la colombe ou le poisson faits d'un contour, avec la queue figurée par un zigzag, l'œil par un point rond.Les lettres des inscriptions brèves s'en allaient de travers, inégales, déformées, la grosse écriture des ignorants et des simples.Mais on était arrivé à une crypte, à une sorte de petite salle, où l'on avait" retrouve lea tombeaux de plusieurs papes, entre autres celui de Sixte II, un saint martyr, en l'honneur duquel on y voyait une inscription métrique superbe, placée là par le pape Damase.Puis, dans une salle voisine, aussi étroite, un caveau de famille décoré plus tard de naïves peintures murales, on montrait la place où l'on avait découvert le corps de sainte Cécile.Et l'explication continuait, le religieux commentait les peintures, en tirait avec force la confirmation irréfutable de tous les sacrements et de tous les dogmes, le baptême, l'eucharistie, la résurrection, Lazare sortant du tombeau, Jonas rejeté par la baleine, Daniel dans la fosse aux lions, Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, le Christ sans barbe des premiers âges accomplissant des miracles.—Vous voyez bien, répétait-il, tout est la, ça n'a pas été préparé, et rien n'est plus authentique.Sur une question de Pierre, dont l'étonnement augmentait, il convint que les catacombes étaient primitivement de simples cimetières et qu'aucune cérémonie religieuse n'y était célébrée.Plus tard seulement, au quatrième siècle, quand on honora les martyres, on utilisa les cryptes pour le culte.De même, elle ne devinrent un lieu de refuge que pendant les persécutions, aux époques où les chrétiens durent en dissimuler les entréea Jusque-là, elles étaient restées librement, légalement ouvertes.Et telle était l'histoire vraie : des cimetières de quatre siècles, devenus des lieux d'asile et ravagés pendant les troubles, honorés ensuite jusqu'au huitième siècle, dépouillés alors de leurs saintes reliques, puis tombés dans l'oubli, bouchés par les terres, enfouis pendant plus de sept cents ans, dans une telle insouciance, que les (•rentiers travaux de recherches, au quinzième siècle, es remirent à la lumière comme une extraordinaire trouvaille, un véritable problème histotique dont on n'a eu le dernier mot que de nos jours.—Veuillez vous baisser, mesdames, reprit com plaisamment le Frère.Vous voyez, dans cette case, un squelette auquel on n'a point touché.Il est là depuis seize à dix-sept cents ans, et cela vous permet de bien comprendre comment on touchait les corps.Les savants disent que c'est une femme, sans doute une jeune fille.Le squelette était absolument complet, l'année dernière encore.Mais, vous le voyez, le crâne est défoncé.C'est un Américain qui l'a cassé d'nn coup de canne pour bien s'assurer que la tête n'était pas fausse.Ces dames s'étaient penchées, et leurs pâles visages, à la faible lumière dansante, exprimèrent une pitié mêlée d'effroi.La fille surtout, si frémissante de vie, avec sa bouche rouge, ses grands yeux noire, apparut un instant, pitoyable et douloureuse.Et tout retomba dans l'ombre, les petites bougies se relevèrent, continuèrent, promenées le long des galeries, dans les ténèbres lourdes.Durant une heure encore, la visite se poursuivit, car le guide ne faisait pas grâce d'un détail, aimant certains coins, fouetté de zèle, comme s'il eût travaillé an salut des touristes.Et Pierre suivait toujours, et une transformation profonde se passait en lui.Peu k peu, à mesure qu'il voyait et comprenait, sa stupeur première de trouver la réalité si différente de l'embellissement des conteurs et «les poètes, sa désillusion de tomber dans ces trous de taupe, si pauvrement, si grossièrement creusés 148 LE REVEIL au fond de cette terre rougeatre, se changeaient en une émotion fraternelle, en un attendrissement qui lui bouleversait le cœur.Et ce n'était pas la pensée des quinze cents martyrs, dont les os sacrés, avaient reposé là.Mais quelle humanité douce, résignée et bercée d'espérance dans la mort ! Pour les chrétiens, ces basses galeries obscures n'étaient qu'un lieu temporaire de sommeil, S'ils ne brûlaient pas les corns, comme les païens, s'ils les enterraient, c'était qu ils avaient pris aux Juifs leur croyance à la résurrection de la chair ; et cette idée heureuse de sommeil,de bon repos après une vie juste, en attendant les récompenses célestes, faisait la paix immense, le charme infini de la noire cité souterraine.Tout y parlait de nuit noire et silencieuse, tout y dormait en une immobilité ravie, tout y patientait jusqu'au lointain réveil.Quoi de plus touchant que ces plaques de terre cuite ou de marbre, ne portant pas même un nom, uniquement gravées des mots in pace, en paix ! Etre en paix enfin, dormir en paix, espérer en paix le ciel futur, après la tâche faite ! Et cette paix, elle paraissait d'autant plus délicieuse qu'elle était goûtée dans une profonde humilité.Sans doute, les fossoyeurs creusaient au hasard, avec des irrégularités d'ouvriers maladroits, les artistes ne savaient plus graver un nom, ni sculpter une palme ou une colombe.Tout art avait disparu.Seulement, quelle voix de jeune humanité s'élevait de cette pauvreté ct de cette ignorance ! Des pauvres, des petite, des simple», le peuple pullulant couché, endormi sous la terre, pendant que le soleil, là-haut, continuait son œuvre.Une charité, une fraternité dans la mort : l'époux et l'épouse souvent couchés ensemble, avec l'enfant à leurs pi ds ; le flot débordant des inconnus qui noyaitlepersonnage.l'é-véipie, le martyr ; la plus touchante des égalités, celle de la modestie au fond de toute cette poussière, les cases pareilles, les plaques sans un ornement, la même ingénuité et la même discrétion confondant les rangées sans tin de têtes ensommeillées.C'était à peine si les inscriptions se permettaient des louanges, et combien prudentes, combien délicates : les hommes sont très dignes, très pieux, les femmes sont très douces, très Indies, très chastes.Un parfum d'enfance montait, une tendresse illimitée et si largement humaine, la mort de la primitive communauté chrétienne cette jnort qui se cacliait pour revivre et qui ne rêvait plus l'empire du monde.Et, brusquement, Pierre vit se dresser dans son souvenir les tombeaux de la veille, ces tombeaux fastueux qu'il avait évoqués aux deux bords de la voio Appienne, qui étalaient au plein soleil l'orgueil dominateur de tout un peuple.Ils éclataient d'une ostentation superbe, avec leurs dimensions colossales, leur entassement de marbres, leurs inscriptions indiscrètes, leurs chefs-d'œuvre de sculpture, des frises, des has-rdiefs des statues.Ah ! cette avenue de la mort pompeuse, on pleine campagne rase, menant comme une voie de triomphe à la ville reine, éternelle, quel contraste extraordinaire, lorsqu'on la comparait à la cité souterraine des chrétiens, cette cite de la mort cachée, très douce, très belle, très chaste I Ce n'était plus que du sommeil, do la nuit voulue et acceptée, toute une résignation sereine, à qui il ne coûtait rien de so confier au bon repos de l'ombre, en attendant les béatitudes du ciel ; et il n'était pas jusqu'au paganisme mourant, perdant de sa beauté, cette maladresse de main des ouvriers ingénus, qui n'ajoutât au charme de ces pauvres cimetières, creusés loin du soleil, dans la nuit de la terre.Des millions d'êtres s'étaient couchés humblement dans cette terre forée comme par des fourmis prudents, y avaient dormi leur sommeil durant des siècles, l'y dormiraient encore, mystérieux, bercés de silence et d'obscurité, si les hommes n'étaient venus déranger leur désir d'oubli, avant que les trompettes du jugement eussent sonné la résurrection.La mort avait alors parlé de la vie, rien ne s'était trouvé plus vivant, d'une vie plus intime et plus émue, qne ces villes enfouies des morte sans nom, ignorés et innombrables.Tout un souffle immense en était sorti autrefois, le souffle d'une humanité nouvelle, qui allait renouveler le monde.Avec l'humilité, avec le mépris de la chair, avec la haine terrifiée de la nature, l'abandon des jouissances terrestres, la passion de la mort qui délivre et ouvre le paradis, un autre monde commençait.Et le sang d'Auguste, si fier de sa pourpre au soleil, si éclatant de souveraine domination, sembla un moment disparaître, comme si la terre nouvelle l'avait bu, su fond de ses ténèbres sépulcrales.Le Frère insista pour montrer à ces dames l'escalier de Dioctétien ; et il leur en contait la légende.—Oui, un miracle____Sous cet empereur, des soldats poursuivaient des chrétiens, qui se réfugièrent dans ces catacombes ; et lorsque les soldats s'entêtèrent à les y suivre, l'escalier se rompit, tous furent précipités ____Les marches sont effondrées aujourd nui encore.Venez voir, c'est à deux pas.Mais ces dames étaient brisées, envahies à la longue d'un tel malaise par ces ténèbres et ces histoires de mort, qu'elles voulurent absolument remonter.D'ailleurs, les minces bougies tiraient à leur fin, et ce fnt Cur tous un éblouissement lorsqu'on se retrouva en ut dans le soleil, devant la petite boutique d'objets pieux.La jeune fille acheta un presse-papier, nn morceau de marbre sur lequel était gravé le poisson, le symbole de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur des hommes.L'après-midi du même jour, Pierre tint à visiter la basilique de Saint-Pierre.Il n'en connaissait encore, pour 1 avoir traversée en voiture, que la place grandiose, avec son obélisque et ses deux fontaines, dans le cadre vaste de la colonnade du Bernin, cette quadruple rangée de colonnes et de piliers, qui lui fait une ceinture de majesté monumentale.Au fond, la basilique e'élève rapetissée et alourdie par sa façade, mais emplissant le ciel de son dôme souverain.Sous le soleil brûlant des pentes s'étendaient, cailloutées, désertes, des marches basses se suoecédaient, usées et blanchies ; et Pierre, tout au bout, entra.Il était trois heures, do larges rayons tombaient des hautes fenêtres carrées, une cérémonie, des vêpres sons doute, commençait dans la chapelle Clémentine, à gauche.Mais il n'entendit rien, il ne fut que frappé par l'immensité du vaisseau.A pas lents, les yeux eu l'air, il en pareourut les dimensions démesurées.C'étaient, dès l'entrée, les bénitiers géante, avec leurs Anges gras comme des Amours ; c'était la nef centrale, la colossale voûte en berceau, décorée de cais- LE REVEIL 149 sons ; c'étaient surtout, à 1» croisée, les quatre piliers cyclopéens qui soutiennent le dôme ; c'étaient encore les transepts et l'abside, dont chacun est à lui seul vaste comme une de nos églises.Et la pompe orgueilleuse, le faste éclatant, écrasant, le saisissait aussi : la coupole, pareille A un astre, resplendissant des tons vifs et des ors de mosaïques ; le baldaquin somptueux, dont le bronze a été pris au Panthéon, et qui couronne le maitre-antel érigé sur le tombeau même de saint Pierre, où descend le double escalier de la Confession, qu'éclairent les quatre-vingt-sept lampes, éternellement allumées - les marbres, entin, une profusion, une prodigalité de marbres extraordinaire, des marbres blancs, des marbres de couleur, étalés, entassés.Ah I ces marbres polychromes dont le Bernin a eu la folie luxueuse : le dallage splendide où tout l'édifice se reflète ; le revêtement des piliers ornés de médaillons représentant les papes, alternant avec la tiare et les clefs, que portent des anges joufflus ; les murs surchargés d'attributs, parmi lesquels se répète partout la colombe d'Innocent X ; les niches avee leurs statues colossales, d'un goût baroque ; les loges et leurs balcons, la rampe de la Confession et son double escalier, les autels riches et les tombeaux plus riches encore T Tout, la grande nef, les bas-côtés, les transepts, l'absid s, étaient en marbre, suaient le marbre, rayonnaient de la richesse du marbre, sans qu'on pût trouver un coin, 1 irge comme la paume de la main, qui n'eût pas l'ostentation insolente du marbre.Et la basilique triomphait, indiscutée, reconnue et admirée pour être l'église la plus grande et la plus opulente du monde, l'énormité dans la magnificence.Pierre marchait toujours, errait par les nefs, regardait, accablé, sans rien distinguer encore.Il s'arrêta un instant devant le saint Pierre de bronze, à la pose raidie, hiératique, sur son socle de marbre.Quelques fidèles s'approchaient, baisant le pouce du pied droit : les uns l'essuyaient pour le baiser ; les autres, sans ressuyer, le baisaient, appuyaient le front, puis le baisaient de nouveau.Et il retourna ensuite dans le transept de gauche, où sont les confessionnaux Des prêtres y restent è demeure, prêts à confesser en toutes les langues.D'autres attendent, armés d'une league baguette ; et ils frappent légèrement le crâne des pécheurs qui s'agenouillent, ce qui procure k ceux-ci troute jours d'indulgence.Mais très peu de monde était là, les prêtres occupaient leur attente, écrivaient, lisaien comme chez eux, dans les étroites caisses de bois.Et il se retrouva devant* la Confes-sjun, intéressé par les quatre-vingt-sept lampes, scintillantes ainsi que dea étoiles.Le maître-autel, où lo pape seul peut officier, semblait avoir une mélancolie hautaine de solitude, sous lo baldaquin gigantesque erhYuri, dont la main-d'oeuvre et la dorure ont coûte plus d'un demi-million Puis, le souvenir lui revint de la cérémonie qu'on célébrait dans la chapelle Clémentine, et il s'étonna, car il n'entendait absolument rien.H U crut finie, il voulut s'en assurer.Alors, à mesure qu'il se rapprocha, il saisit un souffle léger, comme un air de flute qui venait de loin Cela grandissait, il no reconnut un chant d'orgues que lorsqu'il fut devant la chapelle.Des rideaux rouges, tirés devant lea fenêtres, tamisaient le soleil ; et elle était ainsi toute rougeoyante d'une clarté de fournaise, toute sonore d'une musique grave Mais combien perdue, combien réduite dana l'immensité du vaisseau pour qu'A soixante pas on ne distinguât même plus ni les voix, ni le grondement des orgues.En entrant, Pierre avait cru 1 église complètement vide, immense et morte.Puis, il s était aperçu de la résence de quelques êtres, devinés au loin.Du mon-e se trouvait la, mais si espacé, si rare, que cela était comme s'ils n'étaient pas.Des touristes s'égaraient, les jambes lasses, leur Quide A la main.Au milieu de la grande nef, un peintre avec son chevalet, ainsi que dans une galerie publique, prenait une vue.Tout un séminaire français défila ensuite, conduit par un prélat qui expliquait les tombeaux.Mais ces cinquante, ces cent personnes ne comptaient pas, faisaient A peine l'effet, par la vaste étendue, de quelques fourmis noires égarées, cherchant leur route avec effarement.Et, dès lors, il eut la sensation nette d'une salle de gala géante, d'une véritable salle des pas perdus, dans un palais de réception démesuré.Les larges nappes de soleil qu'y versaient les hautes fenêtres carrées, sans vitraux, l'éclaira'ent d'une lumière aveuglante, la' traversaient de part en part d'une gloire.Pas un banc, pas une chaise, rien que le dallage superbe et nu, A l'infini, un dallage de musée, qui miroitait sous la pluie dansante dea rayons.Aucun coin de recueillement, pas un coin d'ombre, de mystère, pour s'agenouiller et prier.Partout la clarté vive, l'éblouissement d'une souveraineté et d'une somptuosité de plein jour.Et lui, dans cette salle d'opéra, si déserte, allumée d'un tel flamboiement d'or et de pourpre, qui arrivait avec le frisson de nos cathédrales got-iques, où des foules obscures sanglotent parmi la forêt des pilliers ! lui qui apportait le souvenir endolori de l'architecture et de la statuaire émaciées du moyen Age, tout Ame, au milieu de cette maj sté d'apparat, de cette pompe énorme et vide, qui était tout corps ! Vainement, il chercha une pauvre femme A genoux, un être de foi ou de souffrance, dans un demi-jour de pudeur, s'abandonnant A l'inconnu, causant avec l'invisible, bouche close.Il n'y avait toujours là que le v i-et-vient lassé des touristes, l'air affairé des prélats menant les jeunes prêtres aux stitions obligatoires ; tandis que les vêpres continuaient, dans la chapelle de gauche, sans que le bruit en parvint aux oreilles des visiteurs, à peine une ondo confuse, le branle d'une cloche descendu du dehors, A travers les voûtes.EMILE ZOLA {A suivre) PBINU DU BAUME RHUMAL.C'est le conseil que donnent à leurs parents, amis et connaissances, tous ceux qui ont soigné un rhume opiniâtre, une toux persistante ou une bronchite chronique en prenant du Baume Khumal.Si voua voulei être guéri» Yite et bien, n'en prenez, paa d'autre.Populaire par •es vertus et son prix modéré.25 cts.En vente partout. 150 LE REVEIL Papier de Toilette.En ronleanz et en paquets de 5c à 10c." 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LE REVEIL 151 ?Compagnie dA'ssurance sur la Vie du Canada.SUgi Social, Montoal.ROBERTSON MACAULAY, Président.Hou.A.Vf.OGILVIE, Vice-Président.T.B.MACAULAY, Secrétaire.IRA B.THAYER, Snr't.|des Agences.».F.JOHNSTON, Assistant Surintendant des Agences.L année 1894 a jusqu'à maintenant, été plus satisfaisante et avec un zèle soutenu de la part de nos agents, elle montrera une augmentation suffisante.Cela veut dire beaucoup pour la compagnie spécialement si l'on considère la crise commerciale qui se fait sentir partout Cè résultat est surtout dû au fait que le " SUN " du Canada est devenu tout A fait populaire.Sa police sans conditions et son habile, prudente direction ont fait leur œuvre.Une Autre Raison, Le " SUN " du Canada est la première compagnie qui introduisit la police sans conditions et ce fait a pendant de longues années, été une des principales attractions de ses polices.Cette compagnie a, depuis, fait un pas de plus en avant et émet des polices non confiscates.Le contrat d'assurances d'un porteur de police ne peut d'après ce privilège, être résilié aussi longtemps que sa réserve est assez élevée pour acquitter une prime qui, sans qu'il ait besoin de le demander, est payée sous forme d'un emprunt remboursable en tout temps.DEMANDEZ A NOS AGENTS DE VOUS EXPLIQUER CE SYSTEME GERANT DU DEPARTEMENT FRANÇAIS POUR LA VILLE ET LE DISTRICT DE MONRÉALT. 162 LE REVEIL AVIS AU PUBLIC Les abonnés du Béveil sont priés de faire une propagande active en faveur du journal.Depuis l'augmentation du format, nous avons déjà reçu un grand nombre de nouveaux abonnés, et nous espérons que la hausse va continuer à se faire sentir.Veuillez nous adresser les noms de vos amis qui désireraient s'abonner.Adressez vos lettres au directeur du Eéveil, Boîte 2184, Montreal.
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