Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juin 1896, samedi 6 juin 1896
BOITE 2184.TELEPHONE 892 Revue Politique et Littéraire P0UTIÇUB-UTTE.UIUR1-THÏATRB-BÏAUX.ARIS VOL.4 MONTREAL, • JUIN 1898 No.88 SOMMAIRE Mgr Laflèche et le Libéralisme ! Anathême et Excommunication I L'anarchie catholique, Pierre Lerouge— Le Minis-tre»Fantôme, Electeur — Le grand art Rieur — Le malheur des uni et le bonheur des autres, Contribuable — " Nihil nove sub soli," Chercheur — Simple question, Studens — Le diable au corps, Zouave — L'éducation dnns la Province de Québec, Magister — Quoi?Lex—La Vraie, Pauper — Après une lecture de Rome, François Coppée — Feuilleton : Rome, (Suite) Emile Zola.Les conditiona d'abonnement au RiviiL ne sont paa les conditions ordinaires des antres journaux.Noua livrons le journal è domicile (franco) i raison de 26 cts par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons an public «-st de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement à tons ceux qni en feront la demande.Veuilles adresser vos lettres au Directeur du Réveil, Boîte 3184, Montréal W LAFLÈCHE ET LE LIBERALISME! Rnatiienie et EiGommuQlGatiOQ L'ANARCHIE CATHOLIQUE "Celui-là, c'est Mgr Laflèche, évéque actuel de Trois-Rivières, dont l'omnipotence s'étend sur la ville, et bien loin aux alentours, comme un manteau de plomb.Regardez-moi cette ligne de front-se plissant en un pli vertical ; ces sourcils embroussaillés, couvrant des yeux hardis et francs, à la prunelle d'un éclat froid de métal ; puis cette bouohe, sériée 178 LB BBVEIL " à la commissure des lèvres en une volonté " implacable.Vous en concluez instincti-" Tement, n'est-ce pas, que vous êtes en " présence de quelqu'un?et vous ne vous " trompez pas.C'est un violent, un opiniàV " tre, mais c'est aussi un fort et un puis-"sant.Ancien missionnaire, et ennemi " des demi-mesures, il nous rudoie et mal-" mène tous ici, comme jadis ses sauvages, " et l'on sent que, s'il eût vécu au temps " de l'Inquisition, il eût ordonné le bûcher, " pour sauver un principe, avec la même " tranquillité d'âme qu'il apporte à entre-" prendre la lecture quotidienne de son bréviaire." Voilà dans quels termes s'exprimait un faux Paul Bourget, dans ces Sensations de Nouvelle-France, qui ont causé, il y a quelque temps, de l'émoi par l'audace des traits locaux et le toupet de l'auteur.U est difficile de mieux dépeindre le vieil irréconciliable, l'ennemi implacable de toute idée libérale, qui vient de lancer du haut de la chaire l'anathême et l'excommunication sur toute la phalange intelligente et vibrante, qui cherche à faire naître dans le peuple la conscience de ses droits et de ses devoirs ; à lui donner une existence et un sens poli t iques ; à l'arracher à l'oppression séculaire qui écrase son intelligence et asservit se) forces productrices.Ce farouche liberticide a profité de la question des écoles du Manitoba pour entamer à nouveau l'ancienne lutte dans laquelle il a déjà vu briser en deux sa crosse et trancher par lu moitié sa mître épiscopale.Mais rien n'arrête son pied qui s'agite déjà sur la tombe, et, d'un dernier effort vacillant, il tente encore de jeter au vent les idées et les formules libérales : vaines tentatives ! La liberté a pris racine dans le cœur du peuple, et l'impuissance de ce lutteur d'un autre siècle se traduit par une recrudescence d'amour libertaire dans l'Âme de la nation.On l'adore plus, la sainte liberté, de la sentir tant haïe par ces hommes qui n'ont jamais rien aimé ; leur haîne sanctifie tout ce qu'elle touche ; leur bave blanchit tout ce qu'elle croit souiller.Ah 1 le moment était bien choisi pour lancer ce cri de rancoeur contre le libéralisme ; l'occasion était bien opportune d'adopter comme cri de guerre: soumission servile à l'Eglise, lorsque l'Eglise est obligée de demander humblement au pouvoir l'appui de ses lois pour obtenir le rétablissement de ses privilèges, que tous ses canons sont impuissants à lui conserver.Ils sont donc d'un autre âge, ces hommes d'église qui viennent, la menace aux lèvres, demander des faveurs 1 Ou bien, la défaillance de leur pouvoir, l'inanité de leurs objurgations et de leurs menaces, le rappel à l'ordre constant du pouvoir qu'ils méprisent, les affolent-ils au point de leur faire montrer au peuple que leur fin est proche, et que le règne de la liberté doit être suivi de celui de l'égalité.Enfin, puisque de Trois-Rivières, le centre du catholicisme, le point de concentration entre Québec, le pouvoir, et Montréal, l'action, est sorti le Verbe; puisque de Trois-Rivières nous tenons l'expression de l'idéecentrale du clergé catholique sur notre mouvement et notre état social, il est de notre devoir d'étudier ce fameux sermon qui, nous l'espérons, va remettre ùn peu de courage au cœur des vieux libéraux assoupis derrière quelques cajoleries de sacristie, ou quelque bombance d'évêché. LB REVEIL 179 .Mgr Laflèche, le Verbe, prend pour texte de son manifeste le passage suivant de répitre de St-Paul à St-Thimothée.ch.iv : " Prêche la parole, insiste en temps et " hors de temps, reprends, censure et exhorte " avec toute sorte de douceur et en instrui-"sant." Car il viendra un temps que les hommes " ne souffriront point la saine doctrine." L'évêque de Trois-Rivières n'a pas été plus loin dans sa citation de St-Paul, car elle était scabreuse et eût dévoilé une des inquiétudes constantes qui animent ces asservisseurs de peuples et ces contempteurs de toute liberté.Voici, en effet, ce que dit le clairvoyant apôtre.à la suite du paragraphe cité : ".mais qu'ayant une démangeaison " d'entendre des choses agréables, ils s'as-" sembleront des docteurs suivant leurs pro-"près désirs." Oni, la voilà bien, la crainte anti-libertaire qu'exprimait St-Paul, et que n'ose pas exprimer le prélat de Trois-Rivières : Tenez toujours le peuple sons le joug, de peur qu'il obéisse d ses propres aspirations l N'est-ce pas là le fonds de l'école antilibérale que nous avons à combattre ?On voit qu'elle n'a pas même le courage d'arborer franchement ses couleurs, et qu'elle tronque même la parole sainte.Nous n'entendons pas réfuter ici le hors d'œuvre de Mgr Laflèche sur l'éducation ; c'est le ramassis vieillot et panvrcment ex-l>osé des doctrines ultramontaines, qui nient à l'Etat tout droit d'intervention directe dans l'éducation.Le sophisme de cette négation est tellement clair qu'il faut vivre en tombé à Trois- Rivières pour s'en tenir à une rengaine pareille.Le père a le droit primordial de conduire à sa gui e l'éducation de son entant.Dans notre organisation sociale, le père, électeur et contribuable, constitue l'Etat et lui délègue ses pouvoirs par son vote.Donc, l'Etat a le droit primordial sur l'éducation des enfants.Lorsque nous disons ici l'Etat, qu'on nous entende bien ; nous prétendons distinguer entre l'Etat et le gouvernement : l'Etat est la société organisée et vivante ; l'unité et le contrôle de l'éducation entre ses mains doivent être absolus, c'est le brevet d'existence d'une nation.Ce point brièvement relevé, arrivons aux deux propositions émises par des représentants libéraux, qui ont réveillé dans son antre le cerbère du castorisme, et provoqué l'ébranlement qui s'est communiqué sur les deux rives du St-Laurent, d'un bout à l'autre de la Province de Québec.Ces deux propositions, les voici : PREMIERE PROPOSITION L'hon.M.Laurier a dit en chambre : " Tant que j'occuperai un siège en cette chambre, tant que j'occuperai le poste que j'occupe, chaque fois qu'il «era de mon devoir de prendre nne position quelconque, cette position je la prendrai, non pas au point de vue du catholicisme, non pas au point de vue du protestantisme, mais je la prendrai pour des motifs qni penvent s'adresser aux consciences de tous les hommes, indépendamment de lenr foi ; pour des motifs qui peuvent animer tons les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance." DEUXIEME PROPOSITION Ou pose la question suivante à on député libéral : " Si Mgr Langevin se déclare entièrement satisfait du bill et demande qu'il passe, l'honorable député y sera-t-il favorable, lui ?" ?quoi le député interpellé répond : IbO LB REVEIL " La réponse qne j'ai à donner eat celle-ci : Mgr Langevin a parfaitement le droit d'être satisfait dn bill sons son aspect religieux ; mais moi, comme Canadien-français, j'ai le droit de différer d'opinion avec lni quand il s'agit de discuter le côté national et coi^titutionnel de la question.U n'appartient pas à Mgr Laugevin de me dicter ses vues et de me dire ce que j'ai à faire sous lVpeot national, politique et constitutionnel du bill." Pour compléter les docnmonts do Mgr Laflèche, nuis avons le plaisir de lui signaler une troisième proposition, analogue aux premières, émise à Lindsay, Ont., par un bon catholique, M.McHugh, candidat libéral pour South-Victoria contre le major Sam Hughes: TROISIEME PROPOSITION r " Je prends pour guide l'Eglise catholique dans tout ce qui touche aux dogmes de la foi et aux matières spirituelles ; mais je n'ai d'excuse à demander à personne pour dire que je ne vaia pas plus loin, et que, si un prince étrsnger ou un prélat voulait mettre la main sur mon pays ou sur ma liberté politique, je me révolterais.Je n'accuse ioi personne, maia si un prélat, qnel qn'il fût, à qnelqne pays ou à quelqu'Eglise qu'il appartint, voulait intervenir daua ma liberté politique, je considérerais cette intervention comme une insulte, et, si c'était nécessaire, pour combattre cette influence, je mettrais l'épée à la main, couinera fait mon grand-pére dans !•» temps, et je lutterais pour le drapeau anglais avec tout le dévouement qu'il a montré sur les champs de bataille de l'Espagne." Evidemment, tout esprit libéral comprend et apprécie le poids de ces trois propositions, entièrement respectueuses du dogme catholique, conform-s aux dictées de la conscience et du devoir religieux, mais revendiquant aussi, fièrement, les droits de l'être créé par Dieu, libre et maître de l'exercice de ses facultés pour le bien commun.Mais Mgr Laflèche ne le comprend pas ainsi, et c'est d'un grand cri de : A quart pattes! qu'il accueille ces paroles toutes de fraternité, de concorde et de justice.Voyez ce qu'il dit : A la première proposition, il répond : " Selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des particuliers, maia non celle des Etats ; il est permis dans les choses publique- de s'écarter des ordres de Dieu et ds légiférer sans en tenir compte : d'où naît cette conséquence pernicieuse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat." Faire de l'homme deux hommes, l'un catholique dans la vie privée, l'autre libéral dans la vie publique, c'est une erreur, nue erreu1 meus-trueuse et des plus désastreuses." A la deuxième proposition, il répond : " Voilà l'Eglise hors de question dana une affaire où sont en jen les droits même ds la conscience.Voici nn député qui se dresse en face des évêques et leur dit carrément : Vons dites qne le bill est acceptable, moi je dis qne non.Qni croire ?Qni a juridiction ici ponr parler d'Eglise, c'est-à-dire la hiérarchie.M.le député dit que o'est lui.Eh bien, c'est du libéralisme tout pur, de ce libéralisme qui, sous prétexte qu'une question religieuse touche à la politique par certains côtés, défend à l'autorité religieuse d'intervenir." Et voici la condamnation : L'Eglise ayant reçu de Dieu la mission et l'ordre d'apprendre à tons les hommes sans exception à accomplir en toutes choses les volontés divines, les souverains, les hommes d'état, les députés, les gouvernements, les magistrats et, en général, tons cenx qui conduisent les autres, ont ponr devoir, et pour premier devoir, de conformer leurs pensées et leurs volontés aux enseignements de l'Eglise dana l'exercice de lenr autorité.Sana cela, ils cessent d'être catholiques, au moins par un côté." Voilà la doctrine catholique, et voioi 1 avertissement qu'en conscience je me orois tenu de vous donner : Dans les circonstancié, un catholique ne saurait, sous peine de pécher en matière grave, voter pour le chef dn parti qui a formulé auaai publiqn mont une pareille e r reur, et 1« a partisans qni l'appuient daus cette erreur, taut qu'ils n'auront pas désavoué publiquement cette erreur.Voici où nous en sommes rendus au Ca- LB REVEIL nada, et voilà la doctrine qu'on veut nous imposer : Souverains, députés, magistrats, obligés de conformer leurs pensées et leurs volontés, dans l'exercice de leur autorité, aux dictées des évéques et du clergé ! Car il ne faut pas ergoter sur le terme : "se conformer aux enseignements de "l'Eglise." Lé'vêque Laflèche dit parfaitement dans son sermon : '• l'Eglise parle, '• agit et combat par son clergé." Ainsi, il n'y a pas à s'y tromper sur les intentions de Mgr Laflèche, qui ne tendent rien moins qu'à substituer aux pouvoirs existants l'autorité unique du clergé.Eh bienl nous prétendons, sans être théologiens de la force des fondeurs de cheveux du diocèse de Trois-Rivières, que les prétentions de Mgr Laflèche sont contraires aux autorités mêmes qu'il invoque, et, si nous nous reportons plus loin, dans son épitre aux Romains où il donne aux Juifs des conseils do soumission à l'autorité, St-Paul ne dit-il pas : " Que toute personne soit soumise aux " puissances supérieures, car il n'y a point " de puissance qui ne vienne de Dieu, et les puissances qui subsistent ont été établies " de Dieu.Cest pourquoi celui qui s'oppose ''à la puissance s'oppose à Vordre que Dieu " a établi, et ceux qui s'y opposent attireront " la condamnation sur eux-mêmes." — St-Paul, Romains, xiii, 1.Mais qu'importent les Saintes-Ecritures à ces ambitions de pouvoir écloses dans les champignonnières du cloître ?Le rêve de la toute-puissance terrestre qui hante et qui ronge ces cerveaux, obscurcit toute intelligence et tout esprit de justice.Le pouvoir spirituel ne leur suffit-il one pas?L'argent n'apaise-t-il pas leurs passions jalouses?La vengeance contre les adversaires n'est-elle pas un baume suffisant pour l'amertume de leurs cœurs ?Non, il leur faut le sceptre des Césars I Voit-on les affaires publiques du Canada conduites par un triumvirat Taschereau-Fabre-Laflèchel Mais ce n'est là que le côté grotesque de ce monstrueux manifeste, qui peut avoir pour notre pays les conséquences les plus désastreuses.Nous avons eu longtemps à défendre les catholiques de l'accusation qu'ils avaient à subir d'être déloyaux à la Reine et serviteurs du Pape avant tout.Mgr Laflèche vient de proclamer cette croyance un article de foi.Nous avons nié qu'il existât un vote catholique solide (solid catholic vote).Mgr Laflèche vient de proclamer que l'union du vote catholique était un article de foi.Et veut-on savoir le premier résultat de cette proclamation ; le premier avachissement devant cette prétention souveraine?Nous en avons le spécimen dans le compte-rendu de l'assemblée de St-Raphael comté "1" Bellechas8C, où le sénateur Landry a fait la déclaration suivante : " Je suis ici pour représenter officielle-" ment thon.M.Angers, et je dois dire que " je,suis autorisé à déclarer que Sir Chas." Tapper est prêt à accepter et a signer une " résolution, quelle qu'elle soit, (any résolu-41 tion) passée à V unanimité par l episcopal, "pour décider ia façon de régler la ques-" tion des Ecoles du Manitoba." Quelle carmagnole a dû danser Mgr Laflèche en lisant cela I A quatt' pattes, les ministres I LE REVEIL A quatt' pattes, les députés! Et demain : A quatt' pattes, la Reine ! Et ensuite: A nous, la caisse 1 .L'honorable W.Lairier, lui, a refusé de signer ce document; il a refusé de violer son serment de législateur et d'engager un mandat qui appartient au peup'e ; il a promis de peser la cause en son âme et conscience, et de rendre à tous justice et équité, Le lendemain, \e Courrier de Charlevoix, organe d'un évêque, inondait le pays de circulaires ainsi conçues : Qui a abjuré sa fol et ea reunion t WilTrld Laurier.Qui a aie aux évêques le droll de direction eo Matière* de conscience ?Wilfrid Laurier.(Jul eat venu dana un conté proférer d'au* dacleux Mensonges et dire qne al le gourer» ucim-iit présentait nn bill réparateur, Il vote* ralt pour ce bill Y Wilfrid laurier.Quel eat le chef politique des loges erangt.-les ct Maçonniques, qui Jurent de ne JaiuaW nceorder nne faveur * nn catholique?Wilfrid laurier.«lui va entendre les saints offices le diuisu-che dans des églises protestantes t Wilfrid Laurier.«lui aspire an pouvoir de toute l'anxiété de son iime.et, pour y arriver, n trahi nés coreligionnaires?Wilfrid Laurier.c Que de hontes commises au nom du Dieu de paix, de concorde ot de justice ! Voyons, va-t-on an moins balayer tout cela cette fois-ci ?PIERRE LEROUGK- resultats admirabes " I.vu résultats sont admirables, écrivait ces jours der-qiers un dt nos émineuts médecins, lo BAUME III II ' M A1, nue jo proscris coutinuellemeut me donno satisfaction complète." Dans tous les cas de rhumes, toux, grippe, bronchite, ut autres allections de la gorge et des poumons, lo BAUME RHUMAL est le plus puissant des spécifiques 25c.partout.Le Ministre-Fantôme Parmi les curiosités phénoménales qu'a collectionnées Sir Charles Tnpper pour constituer un groupe français dans son cabinet, aucune n'atteint certainement .a hauteur de notre ministre des travaux publics, l'hon.Alph.Desjardins.Tandis qn'il parlait l'autre jour au Côtean St.Louis et répandait sur la foule les oud-s larmoyantes de son débit somnolent, nn assistant s'écria : C'est ça, un mioistre ! Le fait est, avouons-le, qn'il n'a pas l'air ministre.Quand il n'était que maire, il n'avait pie 1 air maire.Quand il était sénateur, il n'avait pas l'air sénateur.Il n'a pas d'air, cet homme, tant il est terne, effacé, flou ! Pas un trait caractéristique paa une marque indicative, rien ! La personnalité de M.Desjardins est une pege blan«he, nn paravent vi-rge snr lequel on peut tout inscrire, tout tracer.Vous avez vu au Parc Sohmer, cet artiste qui s'installe devant nn cadre reconvert d'une feuille immaculé.- ; il demanda le nom d'nn homme célèbre, Laurier, par exemple Vlan, en deux coupe de fusain, il desaine le vaillant chef libéral da Canada, la foule applaudit.Il déroule sou papier, une nouvelle f-urfacc plua éblouissante encore, s'étale sur le chevalet.On demande Sir Chs.Tupper.Vlan, dem traits et voilà le chef conservateur que les bleus acclament.Et le papier toujours blanc et bientôt noirci, se déroule toujour-, et reçoit toutes les empreintes ; biens, rouges, castors, radicaux, évêquea, franc-maçons, moines, oraugistes.Le papier blanc c'est M.Desjardina, passant tour à tour par toutes les phases politiques et sociale', selon le gré de celui qui lni trace aa voie.> M Des jardins a tout été, parce qu'il u'eat rien.C'était bien l'h mine prédestiné A la lutte actuelle où tout se fait dans l'ombre, où les caractères marqués n'ont pas de place pare qn'il faut que rien ne ressorte sur le ton grisâtre LE REVEIL de la campagne.Le chef dn cabinet a entamé nne campagne de brouillard ; il a'agit d'étendre snr tont le Canada une nuée épaisse empêchant de discerner le mouvement des acteurs de la grande comédie conservatrice.De la Colombie Anglaise au Cap Breton nne nuée de comparses brouillent journellement les cartes et mettent le trouble dans les esprits en égarant les consciences par des promesses diverses et sans consistance; on ment à droite et à gauche, on ment an mi-lien ; on promet, et on nie ; on jure, et on se parjure ; on annonce, et l'on dément, ponr que les ténèbres soient complètes.Dans une fantasmagorie d» ce genre M Desjardins avait son râle tont trouvé, lui, le politicien fantôme et impalpable, le plâtre propre A tontes les empreiutes, la glaise adaptée i tous les moules Aussi, on le fait marcher, on la promène comme les feux-follets insaisissables qui l'élè-vent, le soir, des cimetières et qu'on ne peut jamais étreindre.Tont à coup, on s'arrêta étonné ; au milieu d'un compte-rendu d'assemblée, on voit que M.Desjardins a parlé.On examine ; qu'a-t-il dit ?Rien." Le lendemain, à l'antre bout de la province M.Desjardins parle; qne dit-il ?Rien.Et ainsi de suite : v**i juif-errant de l'inanité il léaout le problème d'être partout et de n'être nul le part ; de parler et de ne jamais rien dire ; d'être ministre sans le paiaitre ; d'être quelque chose et de n'être rien.Voilé le représentant qu'on a choisi à notre district et o'est lui qui doit défendre nos intérêts dans le cabinet hostile d'Ottawa, si le* élections tournent au profit du parti conservateur.Nous en ¦ on» ssses dit ponr montrer, ce ici qu'est l'homme ou plutôt ce qu'il n>st paa.Espérons que le sort des armes nous épargnera ce châtiment.L'homme qui s'est enfui devant sa propre ombre après avoir conspué Sir John Macdonald au Cabinet de lecture paroissial ; l'homme qui s'est sauvé devant les officiers italiens de l'Etna de peur de voir surgir le spectre de Garibaldi ; l'homme qui a eu aases peur des Américains pour acheter trois millions de fusils â la nouvelle des incidents dn Venezuela ; l'hom me qui s'est sauvé de Maispnneuve devant la candidature de M.Préfontaine et qui se sauve rait de Richelieu devant M Brnneau s'il connaissait un autre trou pour se terrer, un autre nuage pour s'évanouir, cet homme-là est condamné.Nons n'aimons pas les lâches.ELECTEUR.le grind art et la presse Il fsut avouer que nos journaux réputés sérieux sont souvent bien comiques, si on las prend en détail et si l'on parcourt un peu les pages intérieures que le lecteur regarde engénéral d'une façon très superficielle, et admire seulement pour le poids du papier qu'elles représentent.¦ Ainsi la Presse nous donne dans ses colonnes de nouvelles des Canadiens des Etats-Unis—colonnes que nons recommandons anx amateurs d'une douce gsïté le compte-rendu (80 mai 1896) d'une aoirée musicale que ne répudierait pas le Canard.La scène se passe à New-Bedford : "Grande soirée-concert—L'Union Ouvrière dea Dames a montre, dimanche soir, sa foret et sa puissamt etorganisation en donnant nne soirée qni restera célèbre dans nos annales.Il y a eu cependant nn petit désagrément, le chœur qu'avait organisé M.Dion ponr les entr' actes n'a pas exécuté sea morceaux ; lea principales parties étant allées faire un tour dépêche et n'ayant pu revenir à temps " Voyez-vous ces amateurs qui taquinèrent le goujon tandis qu'on les attendait à la soirée-concert." M.J.A.Fecteau a rendu deux romances qni ont été fort goûtées ." I e pnblic n'était paa dégoûté t "Melle V.Onellette a remporté le succès qui la suit toujours." Voilà un succès fidèle, et cette demoiselle a bien fait de la remporter. 184 LE REVEIL "Mme Jarry et M.0.O.Dion ont exécuté UU duo de pHano qui était aussi d'un grand mérite." Un duo de piano ! O Chopin, OMeyerbeer! "Quant aux actrices, bien difficile serait la tâche de dire qui a le mieux rempli son rôle, en effet chacune semblait chez elle." Mais non, puisqu'elles étaient à la pèche ! " Ce qui a paru plaire le plus à l'auditoire, c'est une chanson comique par M.le capitaine Carrier.Dans l'intervalle, entre les deux pièces, M.le curé a dit un bon mot en faveur des sociétés." Voyons, il serait bon de savoir qn'est-ce qui a le plus plu : ed la chanson comique, du capi-ou du bon mot de M.le Curé ?* Voici maintenant du même journal, la Presse (19 mai 1896) un antre événement musical important.Il ae passe à Providence, an CInb Rocham-beau : " Vers huit heures, M.C.Poliquin, président du CInb Rochambean, souhaitais bienvenue anx convives et il présenta la famille Lucier, qni ouvrit la soirée par une musique entraînante.M.Lucier est le professeur de ses quatre enfants, deux filles et deux fils.L'une joue du piano et l'autre du cornet ; un de ses Jilt joue la clarinette tt l'autre du violon." Nous avions l'homme orchestre, voici la famille orchestre."M.Authier traita la question de naturalisation au point de vue de l'influence des Canadiens dans la gouverne dn pays." Evidemment, ponr leur gouverne, les canadiens ont bien fait de l'écouter." Mlle Pouliot chanta avec âme.Elle était accompagnée du prof.Bernard au piano." Qu'est-ce que M.Bernard accompagnait, l'âme ou Melle Pouliot ?" Muter Willie Faucher fit son apparition snr l'estrade tenant son violon dans tes mains, et, accompagné par son frère, M Henri Faucher, un des plus brillants virtuoses de l'Amérique, l'enfant lira tes s m les plus mélodieux de son violon." Voyons, il na pouvait pourtant pas tenir son violon avec ses pieds, ni en tirer des torqnettaa de tabac ! # # Passons au troisième specimen (La Presto 22 mai), La scène se passe à Nashua, au Club des Montagnards, et voici le compte-rendu donné par le plus grand journal de Montréal.Les amusements de la soirée furent des plue variés et ce ne fut qu'à 2 heures du matin que tou' se termina, à la plus grande satisfaction de tous.C'est ce que l'on appelle s'amuser, ça ?"Le président, M.R.H.Larivière, appela l'assemblée à l'ordre et, après avoir exposé en quel-ques mots le bnt de la soirée il nons débité una adresse débordant de points piquants definette" Un hérisson, quoi ?Maintenant, voyez la gradation des artistes."M.le prof.Lefebvre fut ensuite appelé knout réjouir par les sons harmonieux de son violon.M.Pen on vint ensuite nous charmer, par une eacelb-nte exécution de piano.M.le Dr Valcour nous amusa ensuite en noua chantant quelques-unes de ses fameuses chansons.M.H.Ledoux daigna nous donner de très intéressantes remarques sur le développement des différentes sociétés canadiennes-françaises de Nashua.M.Boilard nous donna alors une excellente exhibition avec les ' indien clubs." Chacun en a ponr son grade, et il ne pant y avoir de jaloux."Enfin, après avoir épuisé tous les moyens propres à passer le temps agréablement à table, on se leva après avoir bu à la santé du club Lea Montagnards." Zuxe nn pen s'ils avaient employé les moyens sales ! LE RÉVEIL 185 Et c'est an journal qni a 50,000 de circulation qui publie des inepties pareille».On s'étonne après cela que la population soit abêtie ! RIEUR.Le Malheur des Uns ET Le Bonheur des Autres.En musique, deux noires font nne blanche, maia en musique seulement.Dans la vie usuelle, on dit, en anglais, que ; " two wrongs cannot make a right, et en français : le malheur des ans ne fait pas le bonheur des autres.Le conflit soulevé à propos du prélèvement des taxes snr les protestants compris dans la municipalité scolaire de St Orégoire-le-Thanmatnrge — qnel llchu nom ! — en est la preuve.On sait que lea propriétaires protestants de la municipalité de St-Jeen-Baptiate, depnis des années, payaient lenrs taxea scolaires, par acte volontaire, eux commiaaairea d'écoles protestants de Montréal.Depuis, let catholiques ot>t constitué une municipalité scolaire sous le vocable de St-G-régoire-le-Thaumaturge — qael fichu nom ! Lea limites de cette localité englobent naturellement nu certain nombre de protestants qni n'ont pas bongé lors de la formation se croyant couverts par l'autorisation législative générale qui leur avait été donnée de payer leurs taxes aux • ommissai-res protestants de Montréal.Mais les commissaires d'écoles de St-Grégoire-le-Thaumaturge — qnel ficha nom ! — sont tous oetholiqnes et exigent des protestant* tr is aus de taxes.Les protestants se trouveraient ainai payer dea taxea eux deux caisses à la foia.Naturellement, ils protestent, et l'affaire eat actuellement soumise aux tribunaux.Noos ne discuterons pas l'aspect légal de la question ; maia il y a nne question de faits qui est da domaine public et qae noas voulons relever.• M.Lamothe eat l'avocat dss commissaires d'é coles de St Grégoire-le.fichu nom ! et admet que les protestante vont être appelés à payer des taxes pour une école dont ils ne se servent pas, après avoir déjà payé lenrs taxea scolaires, " Mais, dit-il, ont-ils le droit de se plaindre, lorsque, dans la municipalité voisine—celle de Verdun — les Sœurs de la Congrégation payent $800 de taxes aux écolea protestantes ?" Nons ne voyons pas en qnoi cette deuxième injustice peut pallier la première.Gela fait deux injustices au lien d'nne, voilà tont.Notre avis est qn'il est aussi injuste de faire payer aux contribuables protestants de St-Jean-Baptiste la taxe pour les écoles catholiques, de S t-Grégoire-le., que de faire payer aux Sœurs de la Congrégation la taxe pour lea écoles protestantes de Verdnn.Cette question d'équité est, en somme, le fond •de la difficulté du Manitoba, et le fait qne pareil déni de justice à l'égard des deux parties peat exister dans notre province, indique qn'on nons U baille belle en demandant ponr le Manitoba le traitement même dont ces parties jouissent réciproquement dana Québec.• C'est toujours la vieille formule de gascons dont nous sommes si prodigues : tout est beau, tout va bien chez nous.en dessus.Notre éducation est de premier ordre, notre j.¦ unease éclipse celle de tous les pays, nos collèges font l'admiration du monde entier, nos lois sont des modèles, de ssgesse.On rabâche cela à toutes les fêtes de la St-Jean-Baptiste, le verre à la main et le ventre plein ; maia lorsqu'on va au fond dea choses, on voit où le bat blesse.Eh bien, il noas blesse ici.L'affaire de St-Grrègo\T6-whafshis-nam* et celle de Verdun montrent le défant de la loi, défaut auquel il a été obvié dans Ontario, où personne ns pent être inscrit snr le rôle de cotisation scolaire sans avoir, personnellement, indiqué à quel fonda, catholique on protestant, il vent qne »a taxe soit attribuée.De cette façon, pas de surprise possible, pas de coup praticable pour enrucher lea protestante ou les catholiques. 186 LB REVEIL Un amendement dans ce sens à notre loi scolaire s'impose sans retard.CONTRIBUABLE.NIHIL SUB SOLE NOVl Nona parlions l'antre jonr des créateurs de pèlerinages, des propagateurs de visions et des placiers en gaérisons et nous faisions remarquer avec quelles précautions excessives le clergé haut et bas évite en France de se prononcer et se tient à l'écart de crainte d'impostures ou d'échec.Cette attitude réservée contraste fort avec la propagande tintamaresque de nos exploiteurs de la grotte de Lourdes, mais elle concorde très bien avec la sagesse un peu brusque, même, des religieux qui en l'an mille, parait-il, eurent à faire à une foule de farceurs ou d'imbéciles qui durent, être guéris ou chassés par une foule encore plus considérable d'exorcistes, de saints, d'appelés, de vocates, etc.Le fameux livre dn Dr.Bataille sur Lè Diable au XlXt Siècle, qui est vraiment uns mine, nous renseigne sur la façon dont un chef de communauté se débarrassa d'uu vénérable qui attirait chez lui tous les pouilleux des environs sous prétexte de Lire des miracles.Comme le Dr.Bataille a Vimftrimalur da M.Tardivel, nous pouvons le citer sans crainte.Il s'agit de St Paul ds Labre qui fut d'abord ermite et habitait, parait il, une montagne de Grèce où il fonda avec quelquss autres religieux un monastère appelé " la laure de Labre." St.Paul faisait la cuisine pour ses compagnons ; quant à lui, dit ln Dr.Bataille, " il ne se nourrissait qu'avec de l'huile de lampe- et encore prenait-il la pins mauvaise huile, celle qui restait au fond des récipients, encrassée et mêlée anx bouts de mèches brûlées." " Tant de sainteté, dit l'auteur,- nous eussions dit tant de saleté,—valut à Paul le don des miracles." Il mourut le 15 décembre 956." Un des moines du mont de Labre, rapporte Fleury (livre 55), ayant été délivré à son tombeau du démon qui le possédait, Siméon (suc- cesseur de Paul à la direction de la communauté) indigné du tumulte qu'il avait causé dsns l'église, s'approcha du tombeau du saint et lui dit, comme s'il eût été vivant : " Est-ce donc là " votre aversion pour la gloire humaine ?Est-ce " là votre amour pour la solitude et la tranquil* "lité?Vous allez nous jeter dans des troubles " infinis.Ce lieu sera bientôt rempli d'hommes " de femmes et d'enfants ; et, quelle liberté après " cela, quel repos aurons-nous ?Si vous préten-" dez nous troubler ainsi par vos miracles, faites-" uous le savoir promptement.Nous vous des-" cendrons de la montagne, et nous vous laisserons en bas faire ce qu'il vous plaira." " Depuis cette remontrance, le saint ne guérit pins en public aucun possédé" (pages 815 816.) Ainsi, rien de nouveau sous le soleil ! Le propriétaire de Melle Couesdon n'a rien trouvé de nouveau en faisant expulser par ministère d'huissier l'Ange Gabriel de sou immeuble da la rue du Paradis afin d éviter l'encombrement et l'usure des escaliers.Au dixième siècle de not" ère, le supérieur du monastère de Labre menaçait St Paul de l'envoyer descendre au bas de la montagne s'il se mêlait de faire des miracles qui gênent la circulation et provoquent des rassemblements.L'histoire se répète.CHERCHEUR.SIMPLE QUESTION La chose vous est arrivée cent fois : Vous vous adresses à un canadien-français, nn marchand de gros, par exemple ; vous lui demandez une lettre d'introduction ou de créance auprès d'un autre canadien français ; il prend son papier, et de suite vous dit : —Cela vous est égal que j'écrive en anglais, n'est-ce pas ?Ça m'est plus fucile.Pourtant, cet homme a fait ses classes ; il est d'origine française ; il vit dans le milieu français.Pourquoi est-il plus sûr de lui »u anglais qu'en français pour une lettre ?Parce que l'anglais, il l'a appris lui-même.Bt que le français, ce si nt des ignares qui le lui ont enseigné.* LE REVEIL 18t Qu'où nie l'utilité dea réformes ! L'enseignement donné dans les collèges classiques est pire que pas d'enseignement dn tont, Livrés à enx-mêmes, nos jeunes gens apprendraient mienx que soumis à la direction édnca-tionnelle de professeurs sans certificat, sans connaissances, sans vie et sans esprit.8TUDEN8.LE DIABLE AU CORPS En voyant ls jeu*1 1 archevêque de St-Boniface, Mgr Lange via, se démener comme il le fait en ce moment, et changer sa houlette pastorale en arme de hnating, nons pensons au mot célèbre de M.Gnizot à Louis-Philippe an sujet dn célèbre Mgr Parisis.L'évêché de Langres donnait énormément de tablature au gouvememeut du roi ; suppliques, pétitions, prônes, sermons, l'évêque employait tont pour enrayer l'action ministérielle, au grand ennni de Louis-Philippe.Le roi manda nn jour son ministre et lni dit : " M.Guizot, je vons serais fort obligé de me débarrasser de l'évêque de Langres et de le remplacer par un homme plus conciliant." M.Gnizot présenta nn jour, à l'approbation dn roi, le nom d'un jenne abbé, fils de paysans, grassouillet, doux, mais ambitieux, ami dn gouvernement et tout à fait concordataire, devant faire nn évéqne selon le cœur de Sa Majesté.Louis-Philippe approuva la nomination, qni fnt proposée et acceptée par Rome.Hnit joura après, l'abbé Parisis était sacré évêque.En effet, tont fut changé au palais episcopal et à la cathédrale de Langres Les suppliques respectueuses de l'ancieu évêque devinrent des lettres menaçantes, ses sermons anodins de véritables philippîques, ses prôm s un peu frondeurs de véritables dénonciations emportées, soulevant les esprits contre le gouvernement et le concordat ; enfin, la guerre qui couvait sous l'ancien évêque éclata violente, terrible, an grand jour : Mgr Parisis avait fondé l'nltramontanisme en France, Le roi Lonis-Philippe n'en dormait plus ; enfin énervé, mécontent, il fit mander son ministre et lni dit : —" Ah ! ça, M.Gnizot, je vous avais prié de changer l'ancien évêque de Langres pour nn homme doux et sociable ; sur votre recommandation, j'ai nommé un jeune professeur qui devait ramener la paix dans son diocèse; mais, grands dieux ! qu'avez-vous fait ?L'évêque que vons m'avez recommandé est cent fois pire qne le premier.Il est sorti de son diocèse et est en train de parcourir la France en préchant une nouvelle doctrine.Il cherche à détruire l'Eglise de France." —" 8ire, répondit M.Guizot, croyez à tous mes regrets.Je reconnais m'être trompé Mais, qne Votre Majesté ne me parle pins de ces abbés joufflu-', i figure de poupons.Ces gens-là n'ont pas plus tôt reçu l'esprit saint qu'ils ont le diable an corps " (Hist.) ZOUAVE, L'éducation dans la province de Québec La province de Québec s'agite actuellement i propos des écoles dn Manitoba.Est-ce qne nous ne ferions pas mienx de nona occuper un peu de ce qui se passe ches nons et de voir dans notre propre marmite comment bout notre soupe.Les derniers renseignements obtenus sont bien tristes, pris isolément ; ils sont lamentablea, si l'on compare.D'après les derniers rapports, il y a dans Québec 5,935 écoles.Le nombre des élèves inscrits est de 296,411 ; 229,859 élèves eu moyenne fréquentent les écoles.Les éducationnistes fixent à 25 ponr cent la proportion de population qui doit suivre les écoles.Dans Québec, nous arrivons à peine à 19 ponr cent et le montant de l'octroi législatif deatiné aux écoles est de $100,000 seulement.Dans Ontario, le gonvernement fait voter $800,000 ponr les écoles.Le montant total qn'on dépense dans la province d'Ontario eat de 188 LE REVEIL 15,000,000 ; la valeur de la propriété scolaire est de plus de $12,000,000.Mais, c'est surtout dans la qualité de l'éducation donnée et dans l'état du professorat que l'on peut se désoler de l'état arriéré de notre province.Dans Québec 11 pour cent seulement des professeurs laïques sont munis de certificats de l'Ecole normale.Quant aux professeurs ecclésiastiques, ils ne sont soumis à aucun examen du Conseil de l'Instruction Publique, eu dépit des efforts tentés par la portion laïque du conseil.Ils possèdent d- s certificats de complaisance décernés par nn groupe ecclésiastique amical et tout puissant, mais qui n'offre au public aucune garantie.Bien plus, 15 pour cent des institntsurs laïques n'ont aucune espèce de diplôme et n'enseignent pas en moyenue plus d'une année.parce qu'ils crèvent de faim.La moyenne du salaire annuel, en dehors des ecclésiastiques qui font bonne chère, est de $142.-65 par an.Chose lamentable, honteuse, humiliante : il existe plus de 700 instituteurs qui ne gagnent pas en moyenue plus de $77 par aunée.Et o'est co régime de famine qu'on veut installer au Manitoba.C'est bien la peine.Dans Ontario, le nombre des élèves suivant les écoles est de 488,208 ; 86 pour cent des professeurs ont des diplômes d'école normale et tons ont nn diplôme quelconque ; le salaire moyen des instituteurs est de $260 et leur moyenne de temps de service est de 4 ans et demi.On voit qne Québec ferait bien mieux de s'occuper de ses propres écoles que de celles du Manitoba et de veiller à la morale de sa population cailiolique avant de tant redouter 1'jnfluence de l'école publique.Signalons un incident que nous lisons dans le Si.Laurent, journal publié A la Baie, St.Paul.A " l'Anse an-Persil, " uue nuit de la semsine dernière, deux individus, jeunes gens de Cncou-na, sous l'influence de la boissou, parait-il, ont pénétre avec effraction dans l'école et ont mis en pièces tont ce qui leur est tombé sous la main.Ils ont déchiré les cartes géographiques, les livres et les cahiers de classe, caasé une douzaine de vitres, brisé les tables et pupitres, mis l'horloge en pièces, et enfin, ils n'ont rien épargné.Voilà les produits de notre édnestion morale, scolaire et religiense.Ils sont propres.mag inter.LA VRAIE Notre collaborateur Simplex parlait l'autre jour de la charité telle que comprise par St.Paul et appliquée pai l'abbé Auclair, le plus grand financier ecclésiastique du diocèse.Il y a loin de l'application au principe ; et encore est-elle bien cérémonieuse, la charité suivant St.Paul, bien alambiquée.Ma foi, nons aimons mienx la voir plus spontanée et moins méditée.Tenez, voulez-vous un exemple de vraie charité, paitant dn cœur, le voici : Cela se passe aux Etats-Unis, cette contrée qn'on se plait à décrire dans nos cercles religieux comme le foyer de la perversion.Jugez en : Uu chien enragé parcourait l'autre jour lea rues de Jersey City et dans Union Hill, il mordit douze femmes et nn enfant.Aussitôt, les blessés sont transportés à New-York, à l'Institut Pssteur entretenu par la Cité sous la direction du Dr G-ribier.L'accident était survenu le vendredi ; la samedi, le« treize blessés fUbissaient les premiers soins et recevaient la première injection, puis revenaient à Jersey City.Mais il y avait une difficulté : le traitement dure quinze jours et coûte $160 par personne.Les pauvres victimes n'avaient paa le son, tons des pauvres gens, qui allait payer cela ?Un brave homme, le général Vf, C.Hoppen-heimer, ancien contrôleur d'état de l'État ds New-Jersey et président de la People's.Safe Deposit Coy.de Jersey Heights, apprend la chose et se rend le dimanche chez les malheureux blessés : LE REVEIL 189 — Ecoutez, leur dit-il, soignez-vous et ne craignez rien ; voua n'ayez pas d'argent ponr payer l'Institut, que oela ne vous gêne paa.Au nom de la People's Safe Deposit Coy je vais vous prêter A tons ee qn'il vous faut pour vous guérir et vous nons rendrez l'argent quand vous pourrez.Le lendemain, lnndi, le général était à la Banqne de Hoboken d'où il venait de retirer |1960 et il remettait A chacun l'argent nécessaire ponr son traitement.Eh bien ne trouvez-vous pas cela exquis de bonhomie et de charité.?VoilA nn cœur qui parle, le cœur d'nn honnête homme.Supposez que dana le Faubourg-Québec, treize petits canadiens soient mordus par un chien enragé, et viennent demander A emprunter, an millionnaire Séminaire, une somme de $1950 pour aller se faire guérir A New-York, comment pensez-vous qu'ils aéraient reçus ?A coupa de boti*s et A coups de balaie, n'est-ce pas?Bt cependant, au Séminaire, ils sont payés ponr faire la charité ! PAUPKR, QUOI ?La législature de Québec a passé une loi contenant les articles suivants : " 8406 — Aucune inhumation ne doit être faite ailleurs qne dans nn cimetière légalement établi, sauf les cas auxquels il est autrement pourvu par la loi." 8404 — Aucune inhumation n'a lien dana une église ou chapelle servant aux exercices du culte, aans une autorisation spéciale accordée par l'autorité ecclésiastique supérieure ou diocésaine * " 2 — Dans le cas où cette permission est accordée, le cadavre doit être mis dans un cercueil contenant au moins oinq livres de chlorure de chaux on de chaux vive, et ce cercueil doit être déposé dans nne foeàe et recouvert d'au moins quatre pieds de terre, on renfermé dans un ouvrage en maçonnerie d'au moins dix-huit pouces d'épaisseur, si oet ouvrage est en pierre, on d'au moins vingt ponces d'épaisseur si cet ouvrage est en brique, la pierre ou la brique étant bien noyées dans le ciment." Le Wilntss a fait à cet égard les remarques suivantes que la Presse appelle "exhaler sa haine contre le clergé catholique et les religieuses." " Il serait intéressant, de savoir en qnoi la poussière sacrée des prêtres et des nonnes est moins insalubre que la poussière profane des laïques.On nous a dit souvent, même du patriarche David, qne sa chair a vu la corruption " vidit corruptionem ".Il est certain que s'il y a un lieu, dans les limites de la ville, où l'on pnisse avec avantage faire du mal posthume, o'est bien de dessons le pavé des églises où dea milliers de personnes s'assemblent fréquemment en denses agglomérations.Bt pourtant le nouveau règlement de l'année 1896 défendant l'inhumation en dedans des limites de la ville, fait une exception en faveur des prêtres et des religieuses, qui pourront être enterrées dans les églises." La Presse prétend faire une réponse victorieuse en ces termes : Le confrère voudrait-il bien lire lea dispositions de la loi qui concernent ces inhumations dana les églises et nous dire si elles lui paraissaient suffisantes ponr empêcher les dépouillas mortelles des prêtres et des religieuses de nuira A la santé des fidèles qui se réunissent dans les églises?N'eût-il pas été plus loyal de notre confrère, d'expliquer pourquoi les laïques qui se conformeront A ces mêmes prescriptions en leur propre domaine ne pourraient pas jonir des mêmes privilèges?LKX ?¦rran bhmfaiiamti Le remède par exoelencs pour les personnes tsttintes de consomption, le BAUME RHUMAL convient pour le traitement de toutes les affections de U gorge et des poumons.Il agit vite et paralyse le mal dans son développement.Tous ceux qui l'ont essayé en ont éprouvé les effets bienfaisants et le recommandent aux personnes atteintes de rhume, toux, grippe, bronohite, comme un remède sans rival, 96e.dans toutes Isa pharmacies et épiceries. 190 LB REVEIL IrlS DUE LECTURE DE HIDE" Comme tout le monde, je viens de lire la Rome d'Emile Zola, et, comme tous ceux qui l'ont lue ou qui la liront, je demeure ébloui de tant de talent, d'abondance et de force.Mais ce très beau livre ne m'a pas seulement donné une vive jouissance de littérature et d'art.Je lui dois encore nne autre reconnaissance : il m'a, pour un moment, rajeuni de quelques aunées, en me rappelant le séjour que je fis dans la Ville éternelle.J'y ai passé quinze jours environ, à l'époque des fêtes de Pâques.C'était trop peu, beaucoup trop peu, et j'ai vu Rome vite et mal.Emile Zola me stupéfie, lui qui, en peu de semaines, s'est assimilé tous les aspects de la prodigieuse cité et qui, si facilement, a pu absorber et digérer tant de paysages, de monuments, de ruines et de musées, pour en faire un livre qui, au point de vue descriptif, est peut-être son chef-d'œuvre.Les plaques photographiques de ma mémoire sont loin d'être si sensibles, et je ne conserve, dans mon cerveau, une impression profonde que des spectacles que j'ai regardés longtemps et son-vent.Sans avoir le goût passionné des voyages, j'ai passablement déambulé à travers l'Europe.Certes, partout j'ai joui pleinement des beautés que l'art ou la nature offrait à ma vue : je ne les ai pas oubliées, et elles m'ont souvent donné, et elles me donnent encore les joies du souvenir.Pourquoi donc, cependant, évoqué-je si rarement toutes ces belles choses, jadis admirées au passage ?C'est que je ne les ai pas assez vues, c'est que je ne m'en suis pas suffisamment pénétré.Il y a six uns à peine que j'étais à Rome, et je serais incapable aujourd'hui de vous bien dire mon impression — écrasante pourtant — en entrant dans la basilique de St-Pierre, taudis que je puis parfaitement fuire surgir devant vous, aur cette feuille de papier, uu coiu de Paris, tel qn'il était dans mon enfance, et cela avec le temps qu'il faisait, l'heure qu'il était, tous les détails, enfin ; aussi bien les petits nuages de feu sur le ciel vert du couchaut, au bout du faubourg, que les chandelles de bois peint qui cliquetaient au vent du soir, au-dessus de la boutique de l'épicier.Plus je vais, plus je constate qne je ne puis parler que de ce que je connais bien.A Venise, que j'aime infiniment, où je suis allé deux fois ; à Venise, dans cette féerie de rêve et du silence ! — à Venise, — le croirait-on ?— j'ai fait des vers sur Vaugirard.Quant à Rome, je l'ai très mal vue, je le répèle, presque aussi mal qu'un anglais coiffé d'une casquette à carreaux, qui lit son Bœdeoker snr le Pincio, devant le coucher du soleil.Pourtant, j'en ai rapporté ce sentiment — assez flatteur de ma part, à moi, qui suis le moins cosmopolite des hommes, — c'est que si l'on passaitjquelques mois là-bas, on ne pourrait peut-être plus revenir.Seulement — voilà ! — il faut le temps de s'exciter, de se monter l'imagination ; et je ne l'ai.pas eu.Le brave gardien qui me guidait à travers les ruines du Palatin — oh ! l'enivrante odeur des buis ! — avait beau me réciter — moyennant nne lire, ce n'est pss cher.— un précis de l'histoire de l'empire romain, je ne voyais toujours que des pierres et de la verdure ; et, dans la catacombs de Saint-Calixte, le trappiste qui me précédait, la chandelle à la main - encore nne lire — se donnait vraiment la peine de me nommer une foule de martyrs et de confesseurs, j'avais tout de même la sensation aasez médiocre de me promener dans une cave quelconque, dans nn nid à rata.Et, puisque je suis en train de blasphémer, pourquoi me gêner ?Sachez que la Voie Sacrée est large comme un trottoir ; que le Capitole n'a aucun prestige ; que le Corso n'est guère plus imposant que la me Saint-Honoré ; que l'eau du Tibre fait songer à celle de la Bièvre, méphitique, derrière les Gobelins ; et qne, parmi les innombrables églises de Rome, — où l'on peut vivre un an et entendre, chaque jour, la messe dans r ne église différente — la plnpart sont d'un horrible style jésuite et rococo, et ressemblent à n'importe quel Saint-Roch, avec encore plue de décor, de trompe-l'œil, de dorure et de luxe tapageur.Mais tout cela, c'est la première impression, qui n'est pas la bonne, quoiqu'on ait dit ce vienx acélérat de Talleyrand. LB REVEIL 191 Si vous éprouvez d'abord une déception, en arrivant à Rome, c'est votre faute, ou plutôt, c'est la faute à la littérature et à l'iconographie ; c'est que vous Ates bien bourré de lectures, gonflé de prose et de vers, congestionné d'histoire et d'es-d'esthétique, et c'est que vous avez regardé trop de gravures et d'images Jetez tout ce bagage importun.Fourrez votre " guide " au fond de la malle.Promenez-vous, flânez.Laissez vous faire, laissez-vous vivre.Et voilà que, peu à peu, vous êtes pénétré par la mélancolie des ruines antiques, ébloui par les splendeurs des pompes religieuses.Voilà que vous vous sentez enveloppé, baigné, dans de la majesté et de la grandeur.Allez au hasard, vons dis-je.Plus tard, vous vous rappellerez votre De Virù sur le Forum ! et, devant les dallea de la Voie Sacrée, vous évoquerez le triomphateur, secoué dans son char, comme dit Zola, snr ce rude pavé de gloire.Plus tard, vous retournerez à la Chapelle Sixtine, où vous n'aviez gagné qu'un torticolis, à votre première visite, en levant la têle pour voir le Jugement dernier, et vous comprendrez la monstrueuse beauté de l'œuvre de Michel-Ange.Mais, d'abord, allez à travers Rome.Lais sez-vous gagner et conquérir par le charme puissant et uoblede cea monuments où le colossal reste harmonieux ; errez par les mes étroites et fraîches ; traversez ces places dévorées du soleil ; enivrez-vous de lumière chaude et bleue ; passez près des fontaines monumentales d'où jaillissent les plua belles eaux du monde ; gravi • sez cea col» lines, couronnées de verdure et d'édifices, et dn haut desquelles vous découvrirez de grandioses et illustres paysages.Mêlez-vous à cette foule d'une variété extraordinaire, où se croisent les prêtres du Pape et les soldats du Roi, où circulent les touristes, où résonnent les langages de tous les pays, où passeut, par bandes, les séminaris es eu soutanes de toutes les couleurs.Amusez-vous des tableaux de la vie du petit peuple, plein de paresse et de bonhomie.Regardez les modèles aux costumes pittoresques, vautrés sur l'escalier monumental de la place d'Espagne, et souriez devant cette lourde fruitière, au type de vieille impératrice, faisant l'aumône de trois tomates à un moine chargé d'un cabas et d'un énorme parapluie, qui la remercie par une prise de tabac.Prolongez votre promenade, attardez-vous jusqu'au coucher du soleil.Nulle part il n'a, autant qn'à Rome, d'éblouissements et de magies.Et voyez a ciel d'un azur incomparable, voyez ces nuages de sang et d'or se mirer dans le morne fleuve, danB le fleuve sinistre, dont on ne pourrait troubler les ondes lentes sans en faire sortir la fièvre et la mort, dans le fleuve tragique, qui cache daus ses vases pestiférées tant de trésors et tous les secrets de trente siècles d'histoire.Après quelques jours de cette flânerie féconde, vous êtes séduit, conduit, charmé.Rome alors parle à votre âme.Chacune de ses pierres devient éloquente, et vous êtes arrêté, à chaque pas, par une merveille artistique, par un grand souvenir.Et vous ne pouvez plus partir qu'avec un déchirement.J'en étais là quand j'ai quitté Rome,—trop tôt.—Et, tout à l'heure, je regardais, sur ma muraille, la jolie aquarelle qu'a bien voulu laver pour moi un jeune ami, le savant architecte Chédanne, alors pensionnaire de la Villa Médicis, et qui représente ce que j'apercevais de ma fenêtre, dans le logement que j'occupais Bur la Trtnita dei Monti : l'angle de l'église, le petit obélisque surmonté d'une croix de fer, tous les toits de la ville, avec les campaniles et les dômes, du côté de la place du Peuple ; et, tout là-bas, le versant du Janicule, derrière lequel voyais, chaque soir, le soleil disparaître si glorieusement.Et devant cette image, le cerveau hanté par les superbes évocations du livre de Zola, j'ai été pris de regret et de nostalgie, en songeant à la Ville auguste, qui, selon la magnifique expr s-sion de Chateaubriand, " a deux fois recueilli la succession du monde, comme héritière de Saturne et de Jacob '!.à la Ville sacrée, qui, après avoir été la maîtresse des nations, règne encore sur tant de millions de consciences dans l'univers.Et j'ai maudit les esclavages de la vie qui ne me permettront pas, sans doute, de revoir Rome, quittée par moi hélas ! c'est l'amertume de presque tous les départs—au moment où j'ai sen t i que je l'aimais ; Rome, où, dans la poussière historique, on respire tant de rêves d« gloire et de beauté; Rome enfin, dont tout homme de pensée, d'art et de poésie se proclame citoyen, avec autant d'orgueil que du tempe où passaient majestueusement .les aigles d'or des légions et les faisceaux des licteurs.FRANCOIS COPPEE. 192 LE EEVEIL FEUILLETON PAR EMILE ZOLA VI Qu'un ait vu là une philosophie, qu'on uit voulu y trouver toute la destinée, la création du inonde, de 1 'I.mu' et de la femme, la faute, le châtiinont, puis la rédemption, et enfin la justice de Dieu au dernier jour du inonde ; Pierre ne pouvait s'y arrêter, dès cette première rencontre, dans la stupeur émerveillée où une telle oeuvre le jetait.Mais quelle exaltation du corps humain, de sa beauté, de sa puissance et de sa grâce ! Ah! ce Jéhova.co royal vieillard, terrible et paternel, emporté dans l'ouragan de sa création, les bras élargis enfantant les momies ! et cet Adam superbe, d'une ligne si noble, la main tenduo, et que Jéhovu anime du doigt, sans le toucher, geste admirable, espace sacré entre ce doigt du créateur et celui de la creature, petit espace où tient l'infini de l'invisible et du mystère ! et cette Eve puissante et adorable, cette Eveuux flancs solides, capables de porter la future humanité, d'une grâce tière et tendre de femme qui voudra être Mimée jusqu'à la perdition, to «te la femme avec sa séduction, sa fécondité, son empire! Puis, c'étuient même los figures décoratives, assises sur les pilastres, aux quatre coins des fresques, qui célébraient le triomphe de la chair ; les vingt jeunes hommes, heureux d'être nus, d'une splendeur de torse et de membres incomparable, d'une vie telle, qu'une folie du mouvement les emporte, les plie et les renverse, en des attitudes superbes.Et, entro les fenêtres, trouaient les géants, les Prophètes et les Sibylles, l'homme et la femme devenus dieux démesurés dans la force de la musculature et dans la grandour de l'expression intellectuelle ; Jérémio, le coude appuyé sur le genou, la mâchoire dans la main, réfléchissant, au fond même de la vision et du rêve ; la Sibylle d'Brithrée, au profil si pur, si jeuno en son o-pule'
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