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Titre :
Le Réveil : revue politique et littéraire. --
Faisant suite à Canada-Revue (1891-1894), condamné pour son anticléricalisme, Le Réveil lutte pour la liberté sociale, le progrès politique et l'avancement national.
Éditeur :
  • Montréal :O. Desmarais,1894-1901
Contenu spécifique :
samedi 19 juin 1897
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Canada-revue
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Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1897-06, Collections de BAnQ.

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BOITE 2184 No 141 Revue Politique et Littéraire POLITIQUE—THEATRE—LITTERATURE—BEAUX-ARTS VOL.VI.MONTREAL, 19 JUIN, 1897.No.141 SOMMAIRE Garre à la casse, Vieux rouye — Subvention scolaire, Magister— Parole réconfortante, Libéral — Les livres d'écoles, Payeur — In articulo mortis, Scrutateur — Evolution sociale des nôtres, Justus — Le népotisme, Chercheur — Les " chères études " François Coppée — Petit voyage, Armand Sylvestre — Mgr Merry del Val, — Feuilleton: Rome (Suite) Emile Zola.Les conditions d'abonnement au Réveil ne tout pas les conditions ordinaires des antres journaux.Nous livrons le journal à domicile, [ franco,] à raison de 25 cts par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous adresserons un numéro échantillon gratuitemet à tous ceux qui en ferons la deroaude.GARE A LA CASSE ! On nous accuse en certains quartiers d'avoir attaqué le gouvernement libéral à Ottawa, et le ministère Marchand à Québec.On va même plus loin, et l'on dit formellement que nous avons combattu le parti libéral tout entier.Nous nous inscrivons en faux contre cette accusation gratuite qui n'est appuyée sur rien de sérieux, et qui est facile à réfuter.11 n'y a qu'à consulter la liasse du journal depuis le premier jour de son existence jusqu a date, et nous sommes bien sû.is qu'on ne trouvera pas un mot contre le parti libéral.Ceux que nous avons combattus et que nous combattrons encore et toujours, ce sont les pieuvres du parti libéral, qui s'attachent à ses lianes, font du népotisme et accaparent tout au détriment des vrais travailleurs.L'histoire se répète.Sous l'administration Mackenzie qu'avons-nous vu ?Les places importantes données à des 242 LE REVEIL amis per-sonnels des ministres ; les contrats rémunérateurs accordés aux habiles tireurs de ficelles, et les places inférieures du service civil remplies par les plus astucieux intrigants.Sous le régime Mercier, de 1885 à 1892, les conservateurs étaient souvent choisis de préférences aux bons libéraux qui s'effaçaient pour ne pas faire de tort aa parti.Le faste insensé déployé par des gens (pii, la veille, étaient des mendiants, a créé parmi le peuple une rancune sourde qui ne s'est fait sentir qu'en mars 1892.Mais alors la colère populaire fut terrible, et Mercier tomba pour ne se relever jamais vivant.Et pourtant ce n'était pas lui, le vrai coupable.Aujourd'hui, il se passe des choses bien regrettables pour le parti libéral, non pas que nous craignons que les idées rétrogrades prévalent dans notre pays à l'avenir, mais bien parce que les hommes, ou plutôt l'homme qui a remporté la victoire sur le crétinisme conservateur et canadien tombera pour laisser sa place à quelque intrigant politique plus retors que lui.Nous l'avons dit, l'histore se répète.On voit des gens qui hier n'étaient pas capables de 'aire l'ace à leurs échéances, même minimes, et qui vivaient au jour le jour, en grattant le fond de la caisse le samedi soir pour y trouver quelques sous pour remplir la tinette au lard familiale, se pavaner aujourd'hui dans des équipages princiers et éclabousser le pauvre monde sans même crier : gare ! Ces choses se chuchottent dans tous les coins, les groupes que l'on rencontre en parlent à voix basse, s'ils ont des intérêts à sauvegarder, et ceux qui sont indépendants de tout ce monde, soit par leur fortune, soit par leur misère, le crient sur tous les tons et mettent des noms sur les têtes de?individus.Et l'on croit que cela va durer comme cela! On se trompe grandement, et nous n'avons qu'un mot à dire à M.Laurier : Gare à la casse ! VIEUX ROUQE.SUBVENTIONS SCOLAIRES En ouvrant le rapport du surintendant de l'instruction publique, on trouve que tel ou tel collège classique reçoit une subvention annuelle considérable de la province.L'éducation doit être certainement encouragée par tous les moyens possibles, mais l'enseignement supérieur ne doit pas êtremaintenu par le gouvernement lorsqu'il est démontré par les faits quotidiens qu'il y a trop d'éducation secondaire, si on la compare à l'éducation primaire.De plus, il est aussi clairement prouvé que les collèges classiques encaissent tous les ans un large bénéfice sur les nombreux élèves qui leur sont envoyés.11 y a quelques aunées un révérend père Jésuite est venu déclarer sous serment, dans une cause d'expropriation qui concernait ces révérends, que le profit réalisé sur la pension et l'enseignement se montait à 50 pour cent.11 y a un grand nombre de marchands qui se contentent de 5 pour cent, paient de forts loyers, des taxes onéreuses, et élèvent de giosses familles par-dessus le marché en travaillant ferme, et qui ne se plaignent pas.Or.si les révérends pères de la rue Bleury gagnent un aussi gros bénéfice, il est permis de supposer que les institutions similaires, avec moins de frais doivent gagner au moins 25 pour cent. LE REVEIL 243 Pourquoi alors leur donner l'argent du peuple si péniblement gagné, lorsque les écoles primaires ne valent rien lorsque les pauvres institutrices perçoivent un salaire ridicule, lorsque les maisons d'éeoles sont engénéral, mal construites, mal aérées, mal chauffées et mal entretenues t Ne serait-il pas mieux de répartir les milliers de dollars que l'on jette dans les les caisses d'institutions puissantes entre les écoles rurales, et de donner à notre peuple le moyen de s'instruire gratuitement et de s'armer pour les batailles de la vie?MAGISTER Paroles reconfortantes Il nous a fait bien plaisir, ces jours derniers, d'entendre un ministre provincial très en vue donner libre cours à des sentiments intimes sur les réformes importantes qu'il y a à opérer dans notre système éducationnel.Il est grandement consolant pour nous de constater, sur la foi d'un homme qui aura son mot à dire sur des mesures qui devront modifier nos lois scolaires, que les promesses solennelles faites au cours de la dernière campagne n'étaient pas un pur engin électoral.On a si souvent, dans les hautes sphères, fait miroiter aux yeux des populations de ces hochets d'élection qu'il nous était bien permis de mettre en doute la sincérité des phraseurs de hustings qui inondaient nos campagnes et nos villes de leur éloquence de commande, il n'y a que peu de jours.Convaincu, par la campagne incessante des journaux à franc-parler, — parmi lesquels nous nous comptons fièrement — des besoins immédiats que requérait notre loi éducationnelle, des réformes sérieuses] qui s'imposaient à toutes nos écoles, l'électorat de la province attendait, exigeait des promesses de la part des représentants des partis politiques qui sollicitaient son suffrage.Aussi,les deux états-majors ne se sont-ils pas gênés pour afficher des opinions et des engagements de cette nature en tête de leur programme.Et, Dieu merci ! après les remarques que nous entendions faire à un ministre libéral ces jours derniers, il nous est permis d'espérer beaucoup pour l'instruction de nos enfants et l'avenir de notre race." Co que nous sommes avant tout fermement décidés à accomplir, malgré tous les hauts cris que l'on puisse jater en certains quartiers, nous disait cet honorable, ee sont des réformes sérieuses dans notre système d'éducation."Nous ferons tous les sacrifices posssibles pour assurer au peuple de cette province des écoles qui puissent l'instruire convenablement et le mettre sur un pied d'égalité avec ses compatriotes de langue étrangère."Naturellement, il serait dangereux de porter la hache dans nos institutions scolaires telles qu'elles existent ; mais nous espérons qu'avec le temps, nous parviendrons à opérer des changements efficaces et pratiques dans nos écoles." Voilà qui nous réconforte et qui nous fait augurer de belles choses pour nos nouveaux ministres ! Nous aussi nous comprenons qu'il serait téméraire, fatal peut-être pour notre cabinet actuel de sapi r à sa base enracinée dans les ignorances et les superstitions d'une grande partie de notre population par un siècle et demi de fausses doctrines.Wous comprenons tout cela.L'œuvre entreprise par le ministère libéral est immense, gigantesque. 244 LE REVEIL Mais il est un art savant de préparer les yeux à la lumière comme les bias au développement musculaire.LIBÉRAL.LES LIVRErDTCOLE La question du choix des livres dans nos é o-les publiques n'en est pas une.qui devra figurer au deruier plan parmi les réformes importantes qu'on a promis d'opérer dans notre système d'instruction publ.que.Rien au contraire, c'est par là qu'il faudra inaugurer le remède que nos gouvernants out solennellement promis d'apporter à l'état intellectuel déplorable dans lequel croupissent depuis tiop longtemps nos populations rurales.Donnez-nous de bons livres, peu coûteux, gratuits si possible, et nous aurons de bonnes écoles.Donnez-nous de bonnes écoles, a dit nn homme d'état anglais éi.iinent, et nous parviendrons à élever uu peuple fort et solide, prêt à marcher le front haut dans l'ère de progrès qui se fait sentir par tout le monde civilisé.Le fait es* admis par tous ceux qui ont quelque peu étudié la question, même par les plus intransigeants eu la matière ; notre système de livres daus la province de Québec est ridicule et ne répond pas aux besoins actuels.La liste des livres sanctionnée par le Conseil de l'Instruction publique est une dérision et une insuffisance.Ridicule, en ce qu'elle est uue mosaïque de tout ce qui peut le plus sûrement abâtardir l'intelligence de jeunes êtres imprudents confiés à l'inexpérience et au manque de savoir de professeurs et maîtres d'école tels que nous les avons.Insuffisante, en ce qu'où n'y rencontre pas.malgré les GO hors-d'œuvres de pédagogie qui figurent sur la liste, ce qui doit répondre convenablement aux besoins de notre jeune population pour eu faire plus tard dans la vie ce qu'on appelle " des hommes " Notre système d'écoles publiques, tel qu'il existe à l'heure actuelle, avons-nous certes besoin de revenir sur ce sujet, ne pourra jamais former que des efféminés, des femmelettes, et ne parviendra jamais à inculquera nos enfants cet esprit de l'éducation nationale qui fait les peuples grands, civiquement vertueux et sensibles au chapitre de l'honneur.Que notre Conseil de l'Instruction publique se mette immédiatement à la tâche et qu'il adopte un système judicieux et uniforme de livres.C'est le premier et le plus pressant des devoirs impérieux qui lni incombent.Quand nous aurons de bons livres d'écoles, ce sera toujours un grand pas de fait dans la voie des réformes.Triage judicieux des livres qui doivent servir à l'enseignement de nos enfants.Uniformité dans ie choix de ces livres.Tels sout, nous le croyons sincèrement, par notre expérience de pères de famille consciencieux, les premiers jalons qui devront être posés par le Conseil de l'Instruction publique dans le terrain passablement vague de notre instruction primaire.Choix judicieux dans les livres! Qu'est-ce à dire ?Il n'est pas besoin de théoriser sur les soins méticuleux qu'il faut apporter dans le choix des livres approuvés par le Conseil de l'Instruction publique.La liste des livres actuelsa àpeu d'exceptions près, est un bien triste monument de ce corps qui est pourtant appelé à remplir de si importantes fonctions.Ce n'est pas avec des histoires du Canada, des géographies et des grammaires, comme il en figure au catalogue précité, qne nos enfants pourront se fourbir des armes pour la lutte quotidienne de l'existence.Nous saurons revenir plus tard sur la valenr réelle de plusieurs de ces ouvrages que le corps enseignant de la province de Québec offre comme pain intellectuel à la jeunesse qui fréquente les écoles.Tour le moment, nous nous contentons de constater le fait qui souffrira, d'ailleurs, bien peu de contradictions chez les personnes qui ont suivi les articles que le Canada-Revue et le REVEir.ont déjà publies à ce sujet.Nons disons,de plus, que l'uniformité dans nos livres d'écoles s'impose sérieusement, si l'on veut obtenir de bous résultats avec les réformes que l'on opérera. LE REVEIL 245 L'uniformité 'des livies amèuera uue diuiinu-tiou notable dans le coût de l'instruction primaire et mettra lin à la spéculation éhontée de la multiplicité des livres, dont la paternité revient à nos chers frères de la Doctrine Chrétienne ou autr s.Ces bons frères ont dû assez s'enrichir, par la multiplicité des livres d'écoles, au détriment de la bourse des pauvres pères de familles, pour que leurs réclamations et leurs prétentions soient maintenant lettre-morte.Lorsque le Conseil de l'Instruction publique aura fait uu choix judicieux de livres d'écoles pour toute la province, sans égard pour aucune congrégation, qui jusqu'ici a tiré des revenus assez considérables de cette source, par le travail manuel des élèves au rabais, etc, il aura bien mérité de le patrie, Ou ne niera pas sûrement qne les pères de famille sont autant intéressés aux enfants que les frères eux-mêmes, sans arrière-pensée aucune.PAYEUR UN BON CONSEIL Un conseil donné à temps vaut souvent une fortune.Si quelqu'un de votre entourage se trouve atteint de rhume, toux, grippe ou bronchite, faites-lui prendre du BAUME RHUMAL, il est infaillible, procure un soulagement très appréciable suivi de la guérison à bref délai.IN ARTICÛLÔ MORTIS M.Oscar Me Donnell, le distingué journaliste qui dirigeait le Temps, d'Ottawa, et qui vient de mourir, à publié, avant d'entrer dans l'éternité, une lettre, sorte de testament professionnel, o ùil livrait son cœur, sa pensée, son moi tout entier, au jugement de ses araia, de ses lecteurs et du public.Or, le Manitoba, interprétant au profit de ses rancunes le document plein de ferveur et de dignité laissé par le défunt, s'acharne à en faire un monument du remords que le pauvre disparu aurait laissé à la postérité, comme le plus frappant exemple du repeesir d'un pécheur malhonnête.Citons le passage le plus saillant de cet aiticle astucieux du Manitoba : " Quelle différence dans l'attitnde de nos adversaires lorsqu'ils sont pleins de force et de vie et lorsque, un pied déjà dans la tombe, ils se trouvent en face de l'éternité ! Pleins de force et de vie, ils nous combattent, nous qni ne luttons que pour un principe religieux, et ils nous combattent pour l'avantage d'un homme, d'un parti politique ! Et tous les moyens leur sont bons : le mensonge, lajcalomnie, la réticence et le sous-entendu piies encore.Uu jour, la justice de Dieu passe, sous la forme de la mort : alors l'ambition, l'orgueil ont perdu leurs charmes et le voile qui cachait la vérité se déchire, et ils voient ils comprennent ce*te lutte que les évéques et les prêtres fent à l'erreur doctrinale.Mais il est trop tard, déjà la mort les a marqués." Assez, n'est-ce pas !.Cette honteuse exploitation de la mort au profit du clergé est bien faite pour douner la nausée, et surtout pour empêcher désormais \îb br.ives gens qui n'ont pas pratiqué leur vie durant l'agenouillement devant les curés, ornés de leurs vicaires, de donner le fraternel baiser de paix, à l'heure redoutable où les paupières se ferment pour toujours.M.Oscar McDonnell était si peu ennemi du clergé, il était si peu doctrinaire, qu'il pratiquait sa religion, et peut-être beaucoup mieux qu'un tas de bigots hypocrites qui, aujourd'hui, se font un indécent plaisir à piétiner sur son cadavre encore palpitant.La preuve ?.La preuve, c'est que celui qui est aujourd'hui devant Dien.avait un confesseur attitré, et que c'est pour se soumettre au désir de de celui-ci qu'il a laissé la lettre à l'aide de laquelle le Manitoba, organe clérical intransigeant, essaye de battre la caisse en faveur de sa bou-itque.Voici, du reste, ce que nous extrayons d'une correspondance touchant la question, correspondance qui a paru dans le nnutérodu Temps portant la date du 8 juin écoulé : Finalement, au cours d'un entretien avec son directeur spirituel, et en présence d'un tiers, il produisit ce papier et pria ce tiers d'en reviser la rédaction.Ce dernier le passa à l'homme d'église qui le lut McDonnell y disa t ce qui peut à peu près 246 LB REVEIL se résumer ainsi : Je demande pardon à ceux que j'ai pu offenser, et s'il m'est jamais arrivé de rien écrire de nature à diminuer l'influence légitime du clergé, je le regrette ; de même s'il s'est échappé de ma plume quelques paroles qui aient pu blesser personellement l'archevêque vénéré de ce diocèse, je les désavoue et retracte ; mais je proteste que bien loin de ma pensée a été toute l'idée de nuire à la religion ou à l'autorité qui la représente.L'ecclésiastique dit ulors : Merci ; cela satisfera Monseigneur," ou p'autres paroles analogues.La moralité de cette manœuvre, nous la tirerons uu autre jour.Ce que nous voulons retenir aujourd'hui, c'est qu'il dangereux pour un honnête homme de céder aux sollicitations intéressées d'un confesseur, lorsque celui ci vous demande à l'article de la mort, de laitser un écrit établissant que, malgré vos divergences d'opinion relativement au temporel, vous n'avez cessé d'adorer Dieu, de vous sonmettre sans murmures à sa sainte volonté, et de n'avoir combattu les prêtres que sur le terrain purement humain.En cédant à cette prière, on s'expose à voir sa pensée, ses paroles, ses écrits même, interprêtés dans uu sens absolument faux, et l'on s'expose surtout à passer à la postérité avec une réputation de comédien, de menteur et d'hypocrite.Ceci est bon à savoir, et nous épuiserons le sujet la semaine prochaine.La question vaut qu'on s'en occupe.SCRUTATEUR.Evolution sociale des nôtres Nous venons de parcourir avec beaucoup d'intérêt une étude publiée par un de nos compatriotes, M.Léon Gérin, dans la revue, Mouvement Sodial, et iutitulé : "L'évolution sociale des Canadiens-français." M.Gérin prend à partie les élections du 23 juin, 1806, pour signaler un indice inévitable de la transformation profonde que subit la population franco-canadienne.Nous avons lu et relu l'article de M.Gérin, et bien que nous différions d'opinion avec l'auteur sur les considérations politiques qui forment 6on entrée eu matière—ce dont M.Gérin ne nous fera certes pas uu crime—nous devons le féliciter sur les sentiments judicieux et francs qui forment la base de ses remarques.Nous ne pouvons résister à la tentation d'en reproduire un autre.J'ai montré naguère comment les Canadiens-Français, issus pour la plupart d'émigrants venus du Perche, de la Normandie, des vallées, et d'autres pays similaires de la France, ont formé, sur les bords du Saint Laureut, uu groupe compact de petits cultivateurs, de petits industriels et de petits commerçants, s'élevant assez communément à l'aisance, très rarement à la richesse, et (en l'absence de toute classe riche) encadrés, patronnés moralement et intellectuellement, par le clergé : le curé, sorte de patriarche qui s'immisce d'autorité dans les affaires particulières des familles et dans les intérêts les plus divers de la vie locale ; l'évêque qui domino de haut et fait entendre sa voix sur toutes les questions d'intérêt général et supérieur.C'est cette ancienne organisation paroissiale et diocésaine qui vient d'éprouver un échec." Au cours des dernières cinquante années, " l'habitant " a vn, dans son voisinage immédiat, se développer, par le fait des Anglo-Canadiens et des Anglo-Américains, un état social fondé ¦ur l'individualisme et le travail intense, et il n'a pu se soustraire aux influences qui se dégagent de ces nouveaux milieux.Les siens, en grand nombre, sont allés louer leurs bras dans les villes de fabrication du Canada et des Etats-Unis, et en sont revenus arec des notions grandement modifiées.D'autres de ses enfants, dans ces mêmes centres urbains, se sont adonnés aux professions libérales, et ont pu s'y faire, en dehors de la tutelle du clergé, une position indépendante.Précisément, ce sont, des avocats, des médecins, des notaires, des journalistes, presque tous des jeunes gens, presque tous sortis des villes, qui formaient l'état-major et l'avant-garde de la phalange libérale dans Québec, et qui ont emporté la province d'assaut, en dépit de la froideur, sinon de la malveillance, du clergé à leur égard.Baptiste, père, trouvait tout naturel que son curé régentât la famille, s'immisçât dans les afiaires communales, et l'évêque lançait-il un mandement en même temps d'élection, Baptiste, père, ue songeait qu'à suivre la ligue de conduite qui lui était tracée.Baptiste, fils, lui, prête volontiers l'oreille à ceux qui lui font des distinctions savantes entre l'autorité temporelle, entre la religion et la politique.Fatigué de cette question compliquée des écoles qu'il ne peut bien comprendre, séduit par cette LB REVEIL 247 pensée simple d'avoir pour premier ministre un homme de sa race, il vote pour le caudidat de M.Laurier.Bref, sur cette question mi-politique de préférence à la direction traditionnel du clergé." Très bien, n'est-ce pas ?Si nous avions un vœu à formuler, nous souhaitons que M, Léon Gérin, qui semble traiter ces quest ions de main de maitre, dans un prochain article, examine d'uue manière aussi consciencieuse, les grandes causes qui ont amené cette transformation sociale parmi nos populations.Il n'y a pas d'effet sans cause.M.Gérin vient d'établir une ordre de faits importants.Où prennent-ils leur origine ?Et nous osons croire que M.Gérin nous comptera pour quelque chose, nous, la presse sentinelle des avant-postes, qui nous sommes aguerris aux rudes coups qu'on nous a portés, mais qni, tout de même, eu contemplant nos glorieuses blessures non encore fermées, pouvons dire avec fierté ; comme ces vieux troupiers de la rieille garde impériale : j'étais à Waterloo.Cette humiliante défaite des armes de la France u'a-t-elle pas, d'ailleurs, été l'embryon d'où 1 st sorti le plus beau gouvernement du monde administrateur de la nation la plus cultivée du globe, reine des lettres et des sciences?Nous avons eu notre Waterloo, au Canada-Re vue.L'heure de la ré;ribution doit sonner comme un glas pour nos hautains persécuteurs.JUSTUS LE NEPOTISME Nous publierons bientôt un article fort intéressant sur ce sujet brûlant à l'heure actuelle.U i été écrit il y a quelques années pir un nommé Larousse, auteur pass.bl-ment connu en France et ailleurs.CHERCHEUR NE PERDEZ PAS LA TETE.Ne perdez pas la tête parce que vous n'avez pas obtenu la guérison de votre rhume avec les remèdes de bonnes femmes ; prenez sans retard quelques doses de BAUME RHUMAL et vous serez guéri.25 cts la bouteille.LES "CHERES ETUDES" L'homme d'Etat contemporain, quand il se plaint sans cesse du fardeau qui l'accable et souhaite publiquement qu'on le rende, selon soù expression célèbre, à ses "chères études", est, presque toujours, peu sincère.Pareil au bûcheron de La Fontaine, il appelle la mort, la mort politique, s'entend ; mais, quand elle se présente sous la forme d'une assemblée menaçante et houleuse, il la supplie de l'aider à recharger sur ses épaules le poids si lourd du pouvoir.Ils sont rares, très rares, les Dioclétiens constitutionnels, les Amurat II parlementaires, que dévore une secrète envie de se retirer, sinon pour arroser des légumes ou écussonner des rosiers, du moins pour vivre désormais dans les régions pures de la pensée et cultiver les belles lettres.Le temps est loin où les Sully, les Richelieu, les Mazarin, les Colbert, les Louvois, poursuivaient leur œuvre jusqu'au bout et mouraient dans leur place.Ils sont, au contraire, très nombreux, à notre époque troublée, les h .mines d'Etat tombés de haut et à jamais brisés par la chute.Quand cette infortune n'atteint que de vulgaires ambitieux, des intrigants quelconques— et c'est la majorité des cas—peu importe.Mais elle a aussi frappé, dans ce siècle, des personnes du promier mérite, ayant, avec un idéal politique, l'ardent souci du bien public et de la grandeur du pays.Ceux-ci acceptent saus doute la retraite avec dignité, se réfugient noblemeut dans le travail.Quoi de plus honorable, par exemple, que la vieillesse laborieuse d'un Guizot ?Cependant, même chez ces hommes supérieurs et de bonne foi, faut-il toujours prendre absolument au sérieux le soupir de soulagement qu'ils ne manquent jamais de pousser tout d'abord eu reven-mt à la vie privée, au calme labeur du cabinet ?Plusieurs nous ont prouvé que cette joie était feinte, cette résignation mensongère ; et, dès le lendemain de la défaite, leurs écrits et leurs paroles nous out offert, en mainte occasion, leur propre apologie et l'expression de leur rancune contre des ennemis victorieux.Assurément, les " chères études " ue suffisaient point à consoler ces cœurs aigris. 248 LE REVEIL Il l'uni lus excuser et les plaiudie ; car ou ue saurait jamais trop ménager les vaincus.Néanmoins, il i'st permis d'accorder une estime plus marquée à l'homme tombé du pouvoir, qui restant fidèle à ses convictions et à son parti, mais dédaigneux des récriminations vaines, revient, vers le soir de sa vie, aux travaux de sa jeuuesse —philosophie, histoire, littérature—s'y consacre tout entier et trouve un sûr asile dans les temples sereins de la pensée.Tel eft le bon exemple qu'a longtemps présenté Jules Simon aux politiciens de profession et qu'il leur préseute, en quelque sorte, encore aujourd'hui, par l'apparition posthume de sou charmant livre, Demie, s Mémoires des Autres; telle est l'excellente leçon que leur donne aussi M.le duc de Broglie eu enrichissant la collection de jolis volumes sur les grands écrivains français, que publie la maison Hachette, d'une magistrale étude sur Malherbe.Cela vous semble tout simple, dites-vous, que ces hommes remarquables, distraits pendant quelques années de leurs travaux coutumiers par la vie politique, les aien! repris dans leurs vieux jours, et vous ne trouvez pas qu'il y ait là, de leur part, si graud mérite.Revoyez-les cependant, par le souvenir l'uu et l'autre, au point culminant de leur destinée ; imaginez les rêves qu'ils ont eu le droit de faire alors.Rappelez-vous que, si Thiers était mort président de la République, Jules Simon se fût trouvé tout désigné pour devenir son successeur ; et sougez que, après une nouvelle restauration de la monarchie, le duc de Broglie eût été, tout simplement, le premier eu France, après le roi.Laissez de coté la politique.Oubliez, pour un moraeut, s'il \ous plaît, le jugemeut, indulgent ou sévère, que vous pouvez porter sur ces deux hommes, selon vos principes, vos passions on vos préjugés.Cousidérez seulement leurs espérances évanouies, leurs ambitious détruites, et vous serez bien forcés de convenir que la conduite, absolument identique, de ces deux adversaires, - dignes l'uu de l'autre, et qui, d'ailleurs, s'estimaient,— n'eut rieu de médiocre et ue fut pas ordinaire.J'ai été le témoin, à l'Académie frauçaise, des dernières années de Jules Simon, et je compte bien y admirer longtemps encore l'active et robuste vieillesse de M, de Broglie.J'ai vu avec quelle sérénité ils ont dédié, tous les deux, leurs éminentes facultés ét le reste de leur vie aux lettres conservatrices.Jules Simon, orateur ot écrivain, doué d'une facilité inouïe et d'uue énergie étonnante, se prodigna comme un jeune homme.Cette parole, qui, si souvent, jadis, avait charmé, séduit, persuadé les assemblées publiques, il la mit au service de toutes les sociétés charitables, de toutes les bonnes œuvres Elles n'avaient qu'un signe à faire pour que Jules Simon accourût daus tous les cœurs, qu'il suscitât les libéralités.Il ne s'agissait plus alors de la politique, toujours soumise à tant de contingences, de la décevante politique, où ce qui semble bon aujourd'hui peut devenir demain dangereux et funeste.Maintenant, ne prononçant plus—et avec quelle généreuse abondance ! — que des paroles de bieufaisance et de pitié, Jules Simon était sûr de ne jamais se tromper, d'être toujours utile.Pareille à un fleuve généreux qui féconde toute uue contrée, son éloquence ne coulait que pour faire le bien.Jules Simou vivait de sa plume.Car après avoir occupé les plus hautes fonctions de l'Etat il se trouvait dans uue situation voisine de la pauvreté — celle d'Aristide.Toutes les revues, tous les journaux lui étaient naturellement ouverts et sollicitaient sa collaboration.Alors, dans le grave philosophe, se révéla un surprenant improvisateur, uu merveilleux journaliste.Il répandit, par milliers, des pages pleines de grâce, d'esprit, de sensibilité, parfois aussi d'irouie, mais dirouie indulgente et sans fiel.On en trouvera quelques-unes, ut des meilleures, dans ces trois volumes Mémoires des autres, qui, parmi tant de mérites, offrent celui de pouvoir être mis dans toutes les maius.Quand il traça ces souvenirs, auxquels il a donné l'allure et le tour de la nouvelle, Jules Simou approchait de sa fin.Il était extrêmement fatigué.presque aveugle : mais il avait conservé, pour le travail litéraire, l'ardeur et l'entrain de sa jeunesse.Maintes fois, comme je le guidais, le reveil 249 en lui donnant le bras, à travers les corridors et les escaliers de l'Institut, l'iufatigable vieillard m'a confié quel intérêt toujours plus vif, quel amusement sans cesse renouvelé, il éprouvait à composer ses contes vrais, ces épisodes de sa vie, " romancés " avec un art si ingénieux et si charmant.Certes, l'âme de cet homme de parti qui avait traversé tant d'agitations, pris part à tant de luttes, de ce tribun qui avait entraîné des foules, de ce ministre qui avait gouverné son pays, de-vu:: contenir bien des déboires et bien des amertumes.Il les oubliait cependant, et, bien qu'écrasé par l'Age, le parfait homme de lettres qui était eu lui, trouvait un rire juvénile pour proclamer labonue et saine joie d'écrire et de travailler.Cette joie de l'écrivain n'est pas moins vivement éprouvée par M.le duc de Broglie.Pour lui comme pour Jules Simon, les " chères études " ne sout pas uu vain mot, et elles l'ont consolé, je n'en doute pas, des déceptions de la vie publique.Des qu'il en a été écarté, il a rouvert son manuscrit à la page interrompue et il a augmenté son œuvre de plusieurs belles compositions historiques, dont ou ne saurait trop louer la noble ordonnance et le haut style.Aujourd'hui, comme si ces travaux imposants ne suffisaient pas à son activité intellectuelle.M.de Broglie fait une incursion dans le domaine de la critique et nons donne son Malherbe.Le verdict qu'il prononce sur le vieux poète est, malgré quelques réserves, absolument favorable.J'estime, avec M.de Broglie, qu'il ne faut pas traiter légèrement l'auteur des Stances à Duperrier.Sans doute, son lyrisme est à la glace et uu peu poussif ; ses vers—il eu a fait souvent de très beaux, et quelquefois d'admirables, — sentent toujours l'huile.Le " bonhomme Malherbe " n'avait conclu avec la Muse, comme l'a dit spirituellement Stendhal, qu'un mariage de raison.N'importe.Il demeure un maitre impeccable dans l'art de la versification ; et le code qu'il a établi, il y a près de trois siècles, n'a subi, en définitive, que des réformes de détail et n'est pas près d'être abrogé.D'ailleurs, je ne suis pas de ceux qui déplorent le succès de Malherbe et de sa doctrine.Il est nécessaire, de temps en temps, que rythmeurs et rimeurs soient rappelés à la précision, à la correction, à l'ordre absolu.En admettant toutes les différences qu'on voudra, l'influence de Malherbe sur la poésie de son temps peut se comparer à celle de Leconte de Lisle.U faut lire le Malherbe du duc de Broglie.Ici le peintre a bien choisi son modèle.Il y a plaisir à voir en présence l'un de l'autre, ces deux hommes d'autorité.Aussi le livre est-il excellent ; et cette ferme plume de premier ministre, qui contresigna tant de lois et de décrets, était bien celle qu'il fallait pour écrire uu jugement définitif sur le vénérable législateur de la prosodie fraucaise.FRANCOIS COPPEE N'HESITEZ PAS Le BAUME RHUMAL est adopté généralement par la profession médicale.Les malados qui l'ont adopté s'en sont bien tiouvés et ont été promptement gaéris.Si vous toussez ne prenez que le BAUME RHUMAL 25 cts la bouteille.Petit voyage Mon vieil ami Edme m'avait si affectueusement grondé de n'être pas venu au mariage de sa première fille que javais absolument juré de point laisser convoler la seconde sans lui servir, au moins, de témoin.La gamine n'avait alors que douze ans.J'avais du temps devant moi.Mais le temps passe vite et j'ai dû payer ma dette.Une trentaine de lieues de Paris seulement.Et un pays que je n'avais pas revu depuis tant d'années, ce coin du pays Briard où les hasards de la carrière paternelle m'avaient fait passer de si belles heures d'enfance, pleines de de rêves et d'illusions! C'était bien justement ce qui m'inspirait une terreur instinctive de m'y r trouver.Ces lambeaux de soi-même qu'on laisse en chemin ne sont pas insensibles, et, quand le pied s'y pose, il leur arrive de saigner encore.Que de maisons, bien que joyeuses et bruvantes peut-être, me sembleraient néanmoins vides parce que leurs hôtes auraient chan- 250 LE REVEIL gé.Oh ! ces murs qu'où reconnaît et qui ne vous reconnaissent pas, d'un frisson dans le lierre ou d'un chant d'oiseau daus la mousse ! Ces fenêtres où les visages amis font place à d'autres images ! Comme on se sent cruellement étranger dans ces patries abandonnées où il ne faut pas revenir si on en veut garder quelque chose dans sa mémoire et comme un parfum de bouquet fané.Vous savez ces architectures que la fantaisie des nuages dessinent dans le ciel, ces aériennes cités qu'un souille de vent dissipe.Eh ciel, elle ne sont guère moins fragiles que ces voisins d'anlan qui s'évanouissent dès que nous faisons quelques pas vers elles.J'ai tenu néanmoins ma parole.Mon vieil ami Edme m'avait envoyé l'horaire des trains calligraphié de sa propre main.Car aujourd'hui le chemin de fer va jusqu'à la petite ville.Nous filons à travers des coins de nature nouveaux pour moi ; car la ligne ferrée ne suit pas la route départementale.Le lacet qu'elle trace à travers champs s'allonge ou se reserre suivant qu'elle doit desservir des bourgs distants ou rapprochés.Les vaches, aux robes variées, regardent, la béte posée sur la cime des haies, passer le train sans aucun étonnement dans leurs beaux yeux accoutumés, taudis que les chats, énamourés par l'approche du printemps, s'effarent parmi les genêts fleuris qui ellleurent les gazons.Oràce aux arrets multipliés, c'est tout aussi long que par la diligence d'autefois.Le nombre des stations indique d'ailleurs la vivacité des luttes électorales dans la région.Chacune représente la victoire d'uu député nouveau qui avait pro-mis à ses électeurs le passage du chemiu de fer dans leurs terrains.Oui, certes, c'est ausoi long que par la patache et rudement moins amusant.Mou vieil ami Edme m'attend à l'arrivée et, seulement après sa rude étreinte de fidèle compagnon à travers la fuite des années, je puis regarder autour de moi.Dans la gare quadrangu-laire et blanchie à la chaux, saus architecture et sans style, je me trouve entouré de docks où des hommes affairés rouleut des marchandises.J'entre dans revenue qui y conduit, .une caserne,— puis uu café-concert—puis un photographe.Je me suis certainement trompé de ville.Mais non, c'est bien mon vieil ami Edme qui me serre le brus à le briser.Et puis voici enfin une vieille connaissance.L'enseigne de L'Hôtel de l'Ours est toujours là.Elle a trente ans, comme mes souvenirs ; mais un peu de vernis.comme à moi probablement,.lui serait bien utile.C'est un morceau de peinture impressionniste avant la lettre et de l'Ecole prémonatique.L'ours est en train de déguster du miel.Cela veut dire que les fromages de la maison sont très renommés.C'est aussi du présybolisme, quelque chose comme le langage des fleurs.Oui, voilà bien la rue montueuse et tortillée sur un pont demeuré à dos d'à no, traverse le Morin aux eaux glaeées, si transparentes qu'on voit, au iond, les longues herbes se nouer et se dénouer anx innombrables remous qui sont comme des en-tonn irs d'argent pleins de perles.De ce côté, la ville ne s'est pas étendue par-delà la colline qui descend toujours, prairie verdoyante où le linge tendu sur des cordes vacillantes, flotte comme des voiles vers l'admirable promenade que dessine le bord de la rivière, la chère promenade où les causeries s'envolaient si douces parmi le frémissement des feuillages et la chanson brève des rouges-gorges et des pinsons.Les choses, plus longtemps que les personnes, gardent leur physionomie, malgré le travail impie qui les dénature et atteint, nomme dans Bruges la Morte, à la profanation.Rien de l'ancienne population dans celle qui grouille autour de moi.Je m'attendais bien à n'y rien reconnaître aucun camarade d'autan; mais l'aspect général lui-même des êtres s'est modifié.Le lourd paysan Briard, qui marchait dans ses sabots, une sacoche do cuir au flanc, a fait place à un monsieur qui n'a pas l'air davantage de descendre des Montmorency, mais qui a le tort d'e sembler fier.Bien-être prétentieux, confortable, bruyant ; un singe qui a traversé Paris, quoi ! avec beaucoup de breloques sur le ventre.Au fond, cela m'est bien égal.Mais où sont les filles un peu farouches, au regard .sournois, charmantes d'hypocrite, provocantes de fausse pudeur, dont l'image m'était demeuré dans l'esprit avec je ne sais quel prestige agressif ?Voici l'ouvrière anémique, bonne amie du fantassin, à LE REVEIL 251 la taille déformé au regard éhonté, que j'ai rencontrée partout où l'industrie prospère, femme deux fois llétrie par un.travail qui n'est pas fait pour ses mains frôles, par une débauche dont l'habitude exclut les ex uses passionnelles, triste produit des villes manufacturies, le môme dans le Nord quo dans le Midi, mais moins nombreux cependant, daus le Midi que le Nord, grâce à notre paresse ensoleillée.Ah ! les pauvres créatures ! Celle-ci aurait eu la beauté triomphante, et ceile-là la grâce plus douce mais non moins victorieuse.Mais leurs jeunes chairs, aux sèves vivantes ont été jetées au môme moule asservissent qui les ployé et les violente sans les broyer, alourdissant les mains par l'exercice brutal, enlaidissant ces filles à plaisir, ce qui est plus barbares que de les tuer comme les Turcs font des belles Arméniennes.Mais le petit soldat qui les courtise, le dimanche, en taillant des baguette daus la saulaie, ne les en trouve pas moins à sou goût.Nos guerriers ont, Dieu merci ! l'esthétique indulgente, et les pitiés infinies de l'Amour viennent consoler les décrépitudes anticipées.Moi, je me suis pas accoutumé enooro à cet irrespect de la Femme qui ne s'arrête pas au mépris de sa vie et s'attaque à la gloire môme de sa beauté.Et, malgré tous les éblouissements du progrès, je considérerai notre société comme absolument barbare tant qu'elle tolérera cet avilissement de la femme sous des tâches que justifiait l'ancieu esclavage.Oui, devant co chlorotique troupeau de petites ouvrières, jo regrotte amèrement les robustes paysannes qui, seules autrefois, dans cet agricole pays, représentaient le sexe faible, et cela avec de braves bras fouettés de sang, des gorges impatientes et je ne sais quelle odeur de foin qui mettait de vagues griseries au cerveau.Les cloches de l'église tintent à toutes volées.Elles, du moins, ont gardé la môme voix, et sonnent, dans le joyeux carillon, le glas de mes chers souvenirs, Toute blancho, toute mignonne, emperlée, comme une vague de candeur, d-! boutons de fleurs d'oranger, et comme enser-pentée de lames d'argent fluide sous les transparences de son voile, délicieusement souple et souriante, la jeune mariée m'a tendu sou joli front, et ce fut comme si ma jeunesse, soudain ressuscitée, me remontait aux lèvres pour ce très chaste baiser permis.O'est ainsi que m'en apparaît volontiers, aux heures de recueillement, l'image : celle d'une fiancée très pure qui m'a quitté pareeque je n'avais pas su mourir avec elle de notre commun rôvo et que j'ai préféré à celui-ci la joie âpre et impie de vieillir.Et les cloches tintent, tintent à volées plus larges encore ; et le mouvement de mon cœur se rythme, comme autrefois, aux tristesses ot aux joies ressuscitôes que me sonnait leur voix dominicale, en un temps lointain où je savais espérer et prier.ARMAND SYI.VESTKE Mgr Merry del Val Le délégué apostolique, maintenant en roule pour Montréal, a manifesté le désir d'officier à la procession de la fête-Dieu à l'Eglise Noire-Dame dimanche prochain Déjà cet honneur a élé fait à la population de Montréal par Mgr O'Brien.A cet occasion on a remarqué la fatigue occasionné par le poids de l'ostensoir avait obligé Mgr O'Brien de se faire remplacer par Mgr Fabre pendant une partie de la procession.Afin d'éviter cette fatigue au délégué apostolique, on se propose, paralt-il, d'appuyer l'ostensoir sur une petite tablette installée sur le cadre du dais, de manicre que Mgr Merry del Val n'aura qu'à placer les mains sur l'ostensoir pour le maintenir en place.— La Patrie, Du Nord, une bonne gazette : Nous apprenons qu'un jeune brun, employé à la fabrique Rolland fait les yeux doux à une jolie brunette, employée à la même fabrique.Nous croyons que les jeunes amoureux feront une fin avant les l'oins.INTERROGEZ-LBS Interrogez qui vous voudrez.Tous ceux qui ayant toussé ont fait usage du IÎAUMIÎ RHUMAL vous diront qu'ils ont élé guéris pvompte-ment et radicalement à peu de frais.Partout 25cts la bouteille.18 252 LE REVEIL FEUILLETON 1" A EMILE ZOLA XII Et des cinq enfants, le lils aîné qu voyageait, les trois autres était là, Celia en petite, robe de légère soie blanche, blonde elle aussi, délicieuse avec ses grands, yeux d'innocence et sa bouche de candeur, gardant jusqu'au bout de son aventure d'amour sou air de grand lis fermé, impcnétrab'e eu ion mystère do vierge.Les Sacco venaient d'nrriver seulement, et Attilio, qui était resté près de su fiancée, portait son simple uniforme de lieutenant, mais si naïvement, si ouvertement heureux de son grand bonheur, que sa jolie tôle, à la bouihc de tendresse, aux yeux de vaillance, en resplendissait d'un éclat extraordinaire de jeunesse et de force.Tous les deux, l'un près de l'autre, dans ee triomphe de leur passion, apparaissaient, dès le seuil, comme la joie, la sauté même de la vie, l'espoir illimité aux promesses du lendemain ; et tous les invités qui entraient les voyaient ainsi, ne pouvaient s'empocher de sourire, s'attendrissaient, oubliant leur curiosité maligne et bavi.rde, jusqu'à douner leur cœur à ce couple d'amour, si beau ct si ravi.Narcisse s'était avancé pour présenter Pierre.Mais Celia ne lui eu laissa pas ie temps.Elle lit un pas à la rencontre du prêtre, elle le mena à son père et à sa mère.— Monsieur l'abbé Pierre Froment, un ami de ma chère Benedetta.Il y eut des saints cérémonieux.Pierre fut très touché de cette bonne grâce de la jeune 611e, qui lui dit ensuite : Benedetta va venir avec sa tante et Dario.Elle doit être si heureuse, ce soir ! El vous verrez comme elle est belle ! Pierre et Narcisse lc félicitèrent alors.Mais ils ne pouvaient rester là, le Ilot les poussait, le prince et la princesse n'avaient que le temps de saluer d'un branle aimable et continu de la tote, uoyés, débordés.Et Celia, quand elle eut mené les deux amis à Attilio, dut revenir prendre sa place de petite, reine de la l'été, près de ses parents.Narcisse connaissait uu peu Attilio.Il y eut des félicitations nouvelles et des poignées de main.Puis, curieusement, tous deux manœuvrèrent pour s'arrêter un instant dans ce premier salon, où le spectacle eu valait vraiment la peine.C'était une vaste place, tendue de velours vert, à îleurs d'or, qu'on appelait la salle des armures, ct qui contenait en edit une collection d'armures très remarquable, des cuirasses, des haches d'armes, des épéee, ayant presque toutes appartenu à des Buongiovanni, au quinzième siècle et au seizième.Et, an milieu de ces rudes outils de guerre, on voyait uue adorable chaise à porteurs du siècle dernier, ornée des dorures et des peintures les plus délicates, dans laquelle l'arrière-grand'mère du Buongiovanni actuel, la célèbre Beltina, une beauté légendaire, se faisait conduire aux offices.D'ailleurs, sur les murs, ee n'étaient que tableaux historiques, batailles, signatures de.traités, réceptions royales, où les Buongiovanni avaient joué uu rôle ; sans compter les portraits de famille, de hautes figures d'orgueil, capitaines de terre et de mer, grands dignitaires de l'Eglise, prélats, cardinaux, parmi lesquels, ù la place d'honneur, triomphait le pape, le Buongiovanni vêtu de blanc, dont l'avènement uu Irène pontifical avait enrichi la longue descendance.Et c'était parmi ces armures, près de la galante chaise à porteurs, c'était au-dessous de ces antiques portraits, que les Sacco, le mari et la femme, venaient de s'arrêter, eux aussi, à quelques pas des maîtres de la maison, prenant leur part des félicitations et des saluts.Tenez ! souilla tout bas Narcisse à Pierre, les Sacco, là, en face do nous, ce petit homme hoir et cette dame eu soie mauve.Pierre reconnut Stefana, qu'il avait rencontrée chez le vieil Orlaudo, avec sa figure claire au gentil sourire, ses traits menus que noyait uu embonpoint naissant.Mais ce l'ut surtout le mari qui l'intéressa, brun et sec, les yeux gros dans uu teint de jaunisse, le menton proéminent et le nez en bec de vautour, un masque gai de Polichinelle napolitain, et dansant, criant, et d'une belle humeur si euvahissaute, que les gens, autour de lui, étaient gagnés tout de suite.Il avait une faconde extraordinaire, une voix surtout, un instrument do charme et de conquête incomparable.Rien qu'à le voir, dans ce salon, séduire si aisément les cœurs, ou comprenait ses succès foudroyants, au milieu du monde brutal et mé' diocre de la politique.Pour le mariage de son lils, il venait de manœuvrer avec uue adresse rare, affectant uue délicatesse outrée, contre Celia, contre Attilio lui-même, déclarant qu'il refusait sou consentement, de peur qu'on ue l'accusât de voler uue dot et uu titre.Il n'avait LE REVEIL 253 cédé qu'uprès les Buongiovanni, il avait voulu prendre auparavant l'avis du vieil Orlando, dont la haute loyauté héroïque était entière : d'autant plus qu'en agissant ainsi,il savait aller au-devant d une approbation, car le héros ne se gcuait pas pour répéter tout haut que les Buongiovanni devaient être enchantés d'accueillir dans leur famille son petit-neveu, un beau garçon, de cœur sain et brave, qui régénérerait leur vieux sang épuisé, eu faisant à leur fille de beaux enfants.Et Saceo, dans toute cette affaire, s'était merveilleusement servi du nom légendaire d'Or-lando, faisant sonner sa parenté, montrant une vénération filiale pour le fondateur de la patrie, sans paraître vouloir se dourer un seul instant à quel point celui-ci le méprisait et l'exécrait, désespéré de son arrivée au pouvoir, convaincu qu'il mènerait le pays à la ruine et à la houte.Ali ! reprit Narcisse, en s'adressant à Pierre, un homme souple et.pratique, que les soufllets ne gênent pas ! Il en faut, paraît-il, de ces hommes sans scrrpul' s, dans les Etats tombés en dû-tresse, qui traversent des crises politiques, financières et morales.On dit que celui-ci, avec son aplomb imperlubable, l'ingéniosité de sou esprit ses infinies ressources de résistance qui ne recu-lcnt devant rien, a complètement conquis la faveur du roi.Mais voyez doue, voyez doue, si on ne croirait pas qu'il est déjà le maitre de ce palais, au milieu du Ilot de courtisans qui l'entoure ! En effet, les invités qui passaient en saluant devant les les Buongiovanni, s'amassaient autour du Saceo ; car il était le pouvoir, les places, les pensions, les croix ; et, si on souriait encore île le trouver là, avec sa maigreur noire et turbulente, parmi les grands ancêtres de la maison on l'adulait comme la puissance nouvelle, cette force démocratique, si trouble encore, qui se levait de partout, môme de ce vieux sol romain, où le patriciat gisait en ruines.—Mou Dieu ! quelle foule! murmura Pierre.Quels sont donc tous ces gens?—Oh ! répondit Narcisse, c'est déjà très môlé.11» n'en sont plus ni au monde noir, ni au monde blanc ; ils eu sont au monde gri3.L'évolution était fatale, l'intransigeance d'un cardinal Boccanera ne peut ôtre celle d'une ville entière, d'un peuple.Le pape seul dira toujours non, restera immuable.Mais, autour de lui, lout marche et se transforme, invinciblement.Do sorte que, malgré les résistances, dans quelques années, Rome sera italienne.Vous savez que, dès maintenant, lorsqu'un prince a deux fils, l'un leste au Vatican, l'autre passe au Quiriual.Il faut vivre, n'est-ce pas ?Les grandes familles, eu danger de mort, n'ont pas l'héroïsme de pousser l'obstination jusqu'au suicide.Et je vous ai déjà dit que nous étions ici sur un terrain neulre, car le prince Buongiovanni a compris uu des premiers la nécessité de la conciliation.Il sent sa fortune morte, il n'ose la risquer ni dans l'industrie ni dans les all'aires, il la voit déjà émiettée entre ses cinq enfants qui l'émièt-teront à leur tour ; et c'est pourquoi il s'esl mis du côté du roi, sans vouloir rompre avec le.pape, par prudence.Aussi voyez-vous, dans ce salon, l'image exacte de la débâcle, du pèle-môle qui règne dans les opinions et dans les idées du prince.Il s'interrompit, pour nommer des personnages qui entraient.— Tenez! voici un général, très aimé, depuis sa dernière campagne on Afrique.Nous aurons ce soir beaucoup de militaires, tous les supérieurs d'Altilio, qu'on a invités pour l'aire un entourage de gloire au jeune homme .Et tenez ! voici l'ambassadeur d'Allemagne, il est à croire que le corps diplomatique viendra presque en entier, à cause de la présence de Leurs Majestés, Et, par opposition, vous voyez bien que ce gros homme, là-bas ?C'est un député fort influent, un énriclii de la bourgeoisie nouvelle.Il n'était encore, il y a trente, ans, qu'un fermier du prince.Albertini, un de ces merennti di campagna, qui battaient la Campagne romaine, en bottes fortes et en chapeau mou .Et, maintenant, regardez ce prélat qui entre.— Celui-ci, je le connais, dit Pierre.C'est monsignor Fornaro.— Parfaitement, monsignor Fornaro, un personnage.Vous m'avez eu effet conté qu'il est rapporteur, daus l'affaire de votre livre.Un prélat délicieux ! Avez vous remarqué de quelle révérence il vient de saluer la princesse i Et quelle noble allure, quelle grâce, sous son petit manteau de soie violette ! Narcisse continua à éiuimérer ainsi des princes et des princesses, des ducs et des duchesses, des hommes politiques ei des fonctionnaires, des diplomates el des ministres, des bourgeois et des officiers, le plus incroyable tohu-bohu, 6ans compter la colonie étrangère, des Anglais des Américains, des Allemands, des Espagnols, des Russes, la vieille Europe el les deux Amériques.Puis, il revint brusquement au Saceo, à la petite madame Saceo, pour raconter les efforts héroïques qu'elle avait faits, pour la bonne pensée d'aider les ambitions de sou mari, eu ouvrant un salon. LE REVEIL Cette femme douce, l'air modeste, était uue personne rusée, pourvue des qualités les plus solides, la patience et la résistance piémontaises, l'ordre, l'économie.Aussi, daus le ménage, rétablissait-elle l'équilibre, que le mari compromettait par son exubérance.U lui devait beaucoup, saus que personne s'en doutât.Mais, jusqu'ici, elle avait échoué à opposer, aux derniers des salons noirs, un salon blanc qui fit l'opinion.Elle ne réunissait toujours que des gens de sou monde, pas un prince n'était venu, on dausait le lundi chez elle, comme on dansait dans vingt autres petits salons bourgeois, sans éclat et saus puissance.Lc véritable salon blanc, menant les hommes et les choses, muitre de Rome, restait encore à l'état de chimère.—Regardez son mince sourire, pendant qu'elle examine tout ici, reprit Narcisse.Jo sui6 bien 6Ùr qu'elle s'instruit et qu'elle drosse des plans.A présent qu'elle va être alliée à une famille princière, peut-être espère-t-elle avoir enfin la belle société.La foule devenait telle, daus la pièce, grande pourtant, qu'ils étouffaient, bousculés, serrés contre uu mur.Anssi l'attaché d'ambassade era-mena-t-il le prêtre, eu lui donuant des détails sur ce premier étage du palais, un des plus somptueux de Home, célèbre par la magnilicence des appartements de réceptiou.On dansait dans la galerie de tableaux, une salle longue de vingt mètres, royale, débordante de chefs-d'œuvre, dont les huit fenêtres ouvraient nnr le Corso.Le bullet était dressé dans la salle des Antiques, une salle de marbre, où il y avait une Venus, découverte près du Tibre, et qui rivalisait avec celle du Capitole.Puis, c était uue suite de salons merveilleux, encore resplendissants du luxe ancien, tendus des étoiles les plus rares, ayant gardé de leurs mobiliers d'autrefois des pièces uniques, que guettaient les antiquaires, dans l'espoir de la ruine future, inévitable.El, parmi ces salons, un surtout était fameux, le petit salon dos glaces, une pièce ronde, de style Louis XV, entièrement garnie de glaces, daus des cadres de bois sculpté, d'une extrême richesse et d'uu rococo exquis.—Tout à l'heure, vous verrez tout cela, dit Narcisse.Mais entrons ici, si nous voulons ser-pirer uu peu.C'est ici qu'on a apporté les fauteuils de la galerie voisine, pour let belles dames désireuses de s'asseoir, d'être vues et d'être aimées.Le salon était vaste, drapé de la plus admirable tenture de velours de Gènes qu'on pût voir, cet ancien velours jardinière, à loud do satin pâ- le, à fleurs éclatante, mais dont les verts, les rouges, les bleus se 6ont divinement pâlis, d'un ton doux et fané de vielles fleurs d'amour.Il y avait là, sur les consoles, daus les vitrines, les objets d'art les plus précieux du palais, des cof-Ircts d'ivoires, de bois sculptés, peints et dorés, des pièces d'argenterie, un eutassement de merveilles.Et, sur les sièges nombreux, des dames, eu effet s'étaient déjà réfugiées, fuyant la cohue assises par petits groupes, riant et causant avec les quelques hommes qui avait découvert ce coiu de grâce et de galanterie.Rieu n'était plus aimable à regarder, sous le vif éclat des lampes que ces nappes d'épaules nues d'une finesse de, soie, que ces nuques souples, où se tordaient les chevelures blondes ou brunes.Les bras nus sortaient du fouillis charmant des toilettes tendres tels que de vivantes Heurs dc chair.Les éventails battaient avec lenteur, comme pour aviver les feux des pierres précieuses, jetant à chaque souille une odeur de femme, mêlée à un parfum dominant de violettes.— Tiens ! s'écria Narcisse, notre bon ami, mon signor Nani, qui salue '.à-has l'ambassadrice d'Autruche.Dès que Nani aperçut le prêtre et son compagnon, il vint à eux; et, tous trois, ils gagnèrent l'embrasure d'uue fenêtre, pour causer uu instant à l'aisé.Le prélat souriait, l'air enchanté de la fête, mais gardant la sérénité d'une Ame triplement cuirassée d'innocence, au milieu de toutes ces épaules étalées, comme s'il ne les avait pas même vues.Ah! mon cher fils, dit-il à Pierre, que je suis heureux de vous rencontrer !.Eh bien ! que dites-vous de uotre Rome, quand elle se mêle de donner des fêtes ?— Mais c'est superbe, monseigneur! Il parlait avec attendrissement de la haute piété de Celia.il affectait de ne voir chez le prince et la princesse que des fidèles du Vatican, pour faire honneur à ce dernier de co gala fastueux, sans paraître même savoir que le roi et la reine allaient venir.Puis, soudain : — J'ai pensé à vous toute la journée, mon cher fils.Oui, j'avais appris que vous étiez allé voir Son Eminence le cardinal Sauguinetti, ponr votre affaire.Voyous, comment vous a-t-il reçu '*.— Oh ! très paternellement.D'abord, il m'a fait entendre l'embarras où le mettait sa situation de protecteur de Lourdes.Mais, comme jo partais, il s'est montré charmaut, il m'a formellement promis son aide, avec une délicatesse dout j'ai été très touché.(A suivre) LE REVEIL 255 L'ART MUSICAL sommaire DU euméro DE JUIN Chronique ; Causerie ; De l'origine des maîtres de la Symphonie (suite) ; La 8ucossion de Brahms ; Les fléaux du l'eu, Superstitions ; L'Influence de l'électricité sur la voix ; Chopiu (suite) ; Gabriel Pierné ; Règlement sur la musique sacrée, (suite) ; Une anecedote de Rubinstein ; Les littérateurs et la musique ; Le jubilé de la Reine ; Une lettre de Boieldieu ; Notes et informations; Montréal; Petit cours d'hamonie pratique ; Académie de musique de Québec; Correspondance d'Europe ; Correspondance d'Amérique ; Instruments.MUSIQUE — A l'Angélus (Piano) C.Broutin ; Valse, 01-bersleben ; Les Pilierari (Piano) Ch.Gounod.ABONNEMENTS : f VILLE.$1 15 1 n au | cam pag.ne • \ en dehohs du J canada et des I, etats-unis .1 25 Le numéro.15 Adresser les abonnements : lîoitc postale No 2181, Montréal on 1676 rue Notre-Dame.A VENDRE Deux Matériels d'Imprimerie_ tUMl'RHNASr Presses, Caractères, Casses, UNE CHANGE EXCEPTIONNELLE.S'adresser à A.KILIATREAILT, 157 rue Sanguine!, l'oite de Poste, 2184.Compagnie d'Assurance sur la Vie du Canada.Siege Social, Montreal.ROBERTSON MACAULAY.Président Hon.A."\V OGILVIE.Vice-Président.IT.B.MACAULAY, Secrétaire.|lRA B.THAYER, Sur't.des Agenc-s.«.F.JOHNSTON, Assistant Surintendant des Agences.L'année 18'.'7 a, jusqu'à maintenant été ppis satisfaisante encore que 1806 Elle montrera sans aucuu doute une augmentation tout à fait anormale.Cela veut dire beaucoup pour la com-paagnie spécialement si l'on considère la crise commerciale qui se l'ait sentir partout.Ce résultat est surtout dû au fait que le " SUN " du Canada est devenu tout à fait populaire.Sa police sans condition et son habile et prudente direction ont fait leur œuvre.— UNE AUTRE RAISON — Le " SUN " du Canada est la première compagnie qui a introduit la police sans conditian ce qui a pendant de longues années été une des principales attractions de ses polices.Cette compagnie a.depuis, fait un pas de plus en avant et émet des polices non coulisoa-bles Le contrat d'assurauce d'un porteur de police ue peut d'après ce privilège et aprâs avoir été deux ans en vigueur être résilié aussi longtemps que sa réserve esê assez élevée pour acquitter une prime qui, sans qulil ait beso.n de le demander, est payée sous forme d'un emprunt remboursable à volonté.DEMANDEZ A NOS AGENTS DE VOUS EXPLIQUER CE SYSTEME Capitaux assurés au 31 décembre 1801.|88,196,890 92 Actif au 31 décembre 1899.6,388,142 66 Revenu pour 1896.1,886,258 00 0.LEGER, Gérant Département Français pour la ville et le District de Montréal 256 LE REVEIL Une invention pour les enfants de 6 à 60 ans.j MAPLE CARD L'ECHOPHONE |§||RE lorsque edison inventa le phonographe, qui reproduit lu voix humaine; on « cru que c'était ln pin» grundo invention du siècle, et on n eu rai-son.ponse/.-v-hion: in voix humaine, des airs de niusiqne, de» chansons de imites sortes, les discours el les conférences îles grands hoiiiines d'état sont reproduits pnr ces machines.pourquoi n'v n-l-il pns des phonographes partout?ils content trap cher — de sui n $2>«>.nons «vous résolu ce problème.un ECHO-PHONE vous sera nddressé (les frais de l'express a lu charge de l'acheteur, el fAvlic'sWeikly pondant une année pour lu somme modique de 88.00 1,'ECHOPHONE est mis en mouvement pnr un mouvcmcnl d'horloge.un enfant peul s'ensei'vir.un cylindre est envoyé avec chaque machine, clinque cylindre 'mipléincntiiire conte50c chacun.les cylindres du phonographe el dugrnpho-plume peuvent être utilisés sur celle machine, el si la machine k parler ne «atllfoil pas l'acheteur, son argent lui sera remis.a juste lilrc, t.tiliti' ItWt/y, en considéré comme la maga/ine ilius tree l.i plus en vogue en amérique, le piix d'abonnement cm de $4,00 cl l'ECHOPHO » E le rend $10.00.on peut être éionné que les deux se vendent seulement $8.o, mais ceci s'explique facilement, nous avons besoin de 950,000 altonnés an Ltslieé ItWi/y.n> ut croyons le»' obtenir par ce moyen.ceux qui annonceront dans notre circulation, nous rembourseront no» |icrles d'aujnurd'liu machine esl limité—" premier rendu, premier servi." 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'.11 leur* de lu Compagnie du Mutée Kdon om cherché dans l'hinoiic de leur pay* si féconde en événements icmarquablc-, le* pa^c» l*» plt» Iniércwant:» potit l'instruction l'amusement et la récréation du public l-c* galeries du Musée Edcn sont principalement pour la jeune* e et les enfant* une source constante oinsruction récréative.Se* galeries «om au nombre de 34 et occupent un espace d'au dcIAde is.cco pied*, c'esi A dire qu'A paît de* nombreux groupe* en c ire, il y B une inimité d'attire s objcLsi voir.leonuint hitloul, lie.ru st.Uvn\.xcitiul.P, S.i*< personne* désirant *e procurer un catalo gue illustré, traitant l'histoire de* fails, pourronl se le procurer at; prit molique de 5c.C'est le seul Musée en Amérique qui exhibe autant de groupes et d'objets de curiosité pmir la somme de ioc.pour tes aduli»* ci 5c.pour les 0 ifont*.
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