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Titre :
Le Réveil : revue politique et littéraire. --
Faisant suite à Canada-Revue (1891-1894), condamné pour son anticléricalisme, Le Réveil lutte pour la liberté sociale, le progrès politique et l'avancement national.
Éditeur :
  • Montréal :O. Desmarais,1894-1901
Contenu spécifique :
samedi 10 juin 1899
Genre spécifique :
  • Revues
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    Prédécesseur :
  • Canada-revue
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Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1899-06, Collections de BAnQ.

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157 RUB SANGUINET No 223 BOITE 2184 REVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE POLITIQUE__THEATRE-LITTERATURE-BEAUX-ARTS VOL.X.MONTREAL.10 JUIN 1899.No.228 SOMMAIRE: L'usure, Vieux-Rouge — Les follichonne-ries du Sénat, Libéral— A propos dc sonnet, Rigolet— Les Documents Officiels, Voteur — La flore Canadienne, Book— Manuel du partit académicien, Journaliste — Les j utits ateliers de famille, Tliomas Orim n — Un évéque démocrate, Franc-he.concile des évéques de l'Améi tque latine, Catholique — Sur l'abbé Prévost, Bibliomane — Mémoires d'un jeune homme rangé, Gaston Dcsch- ,mps.L'USURE Les conditions d'abonnement n\ Réveil ne sont pas les conditions ordinai -s des antres journaux.Nons livrons le journal à domicile | franco,] à raison de 25 cts par m ois, payable au com m on cernent de chaque mois Tout ce que nous demandons au public ett de voir le journal.Ceux do nos abonnés qui oit 'tes travaux d'impression à faire faire voudrott bien s'adres-wr au No 167 rue Sanguinet ou t :\'o 15B0 roe Notre-Dame L'article que nous avons publié dans notre dernier numéro sur cette question a eu l'effet désiré.Il a appelé l'attention du public snr un point intéressant, point qu'on n'avait pas encore soulevé.Nous voulons parler de la part considérable que joue l'exagération des frais de justice dans les effets pernicieux de l'usure.Naturellement il ne faut pas aller plus loin que nous n'avons voulu aller, et il serait injuste de trouver dans notre article plus que nous n'avons voulu y mettre.Il serait parfaitement déloyal d'appliquer ce que nous avons dit à tous les avocats, absolument comme il serait ridicule d'inclure tous les financiers dans la réprobation générale sous luquelle tombent les "shavers." " Est modus in rebus ".Il y a un milieu en tout.Ce contre quoi nous avons protesté, c'est contre l'affiliation étroite qui existe entre certains shavers et certains avocats, une sorte de combinaison immorale au dernier chef. 210 LE REVEIL Etant pose en principe ct admis que le shaver est un rebut de la société, une bête dévorante et improductive, un chancre ou charençon social, il est impossible dc ne pas comprendre dans la même réprobation celui qui lui prête son concours.Dieu merci, les cas que nous visons ici, sont rares ; cependant il en existe.Nous en connaissons ct nous croyons qu'ils doivent être dénoncés.Faisons en sorte, disons nous, que le shaver ne rencontre plus ni complaisance ni condescendance parmi les légistes, obligeons-le à pénétrer à visage découvert chez les avocats qui ont pignon sur rue et non chez ceux qui portent leur bureau dans leur chapeau graisseux et nous verrons les shavers diminuer graduellement.Nous respectons trop les avocats respectables pour supposer un instant qu'ils voudraient prêter leurs concours à une œuvre d'extorsion comme celles que l'on signale depuis que ce bill est en discussion.D'ailleurs cette position a été si bien comprise que le Barreau a déjà suspendu des avocats pour participation à des œuvres usuraires.Voilà une répression que nous voudrions voir se généraliser.Il est inutile de se cacher la tête sous nne pierre et dire qu'il n'y a pas de danger ; il faut envisager les positions en face, sans hypocrisie ct sans respect humain.Les banques ne protestent pas quand on parle des shavers.Les bons avocats, honnêtes ct honorables ne devraient pas commettre l'erreur de lier leur sort et leur nom a celui des exécuteurs dus hautes œuvres du Ghetto financier.Loin de songer à mettre en doute la sincérité du barreau dans cette œuvre d'épuration, nous comptons fortement sur sa coopération, qui est indispensable, dont la nécessité est primordiale.C'est du bon esprit, de la générosité de l'Ordre que nous attendons le salut et le repos des pauvres victimes des transactions usuraires.Nous espérons bien que cet appel ne sera pas fait en vain.Vieux-Rouge.Les folichonneries du Sénat Le Sénat n'est pas ce qu'un vain peuple pense, et ce que M.Tarte voudrait le faire croire.Ce n'est pas le ramassis de cacochymes et d'impuissants qu'on nous représente.Il a ses heures égrillardes, le Sénat et quelquefois ses "Débats" constituent une lecture aussi aphrodisiaque que certaines publications dont la Belgique s'est fait une spécialité.En veut-on un exemple : Je vais vous lire ou plutôt vous traduire la page 388 du fascicule 35 des rapporte du Sénat, vendredi 9 juin 1899.On voit que je précise ! Il s'agissait de présentation par l'hon.M.Mills, d'amendements à la loi criminelle et en particulier de l'adoption parle gouvernement du principe du Bill de M.Charlton qui .n'admet pas qu'en cas de séduction une jeune fille puisse succomber de consentement si elle n'est pas âgée de dix-huit ans.Le Sénateur Al mon s'est levé alors pour dire : " Je désire informer eette chambre qne je proposerai d'amendei la clause qni fixe l'âge de consentement.An lien de dix-huit ans, je veux qu'il soit portéjà quarante-cinq ans.Si, j'étais libre d'agir à ma guise, je ne fixerais pas d'âge du tout ot je laisserais "every herring to hang by LE REVEIL 211 ilsain head" car, à mou avis, ce n'est pas l'âge qui protège une jeuue fille, mais bieu la façon font elle a été élevée." Si ou laisse une enfant roder le soir daus ]n rues, fréquenter les endroits publics, si on l'envoie acheter du whiskey pour ses parents et uon lui laisse écouter des histoires paillardes, elle a certainement plus de chance d'être corrompue à i'âge de ciuq on six ans, que n'en audita dix-huit ans une jeune fille bieu élevée.Uae jeune fille bien élevée reste le scirà la mai-(on, ou ne lui permet pas de se lior avec des personnes de réputation douteuse, on lui interdit les lectures immorales et mu tont on l'empêche de lire les Bills dégoûtants et scandaleux qni sont soumis à celte honorable Chambre.L'houorable Secrétaire d'Etat se souvient d'uu Bill qui nous fut soumis et dout la nature était tellement repoussante que nous avons dû décider d extirper des "Débats ', la discussion à laquelle il avait donné lieu.Je ne veux pas voir daus nos statuts des bills de ce genre, qui resteraient là pour indiquer daus cinquante ou soixante ans l'état d'âme de la génération actuelle." Pour ma part, je dis : attendez que le crime ie commette pour lui déterminer un châtiment adéquat.J'ai lu dans les classiques qu'un législateur Athénien demandait un jour à un Scythe quelle était dans son pays la punition réservée an parricide ?Celui-ci répondu simplement : lacune, il n'y a pas chez nous de parricides ! " Je prétends que nous ne devrions pas légiférer à l'égard de certains crimes avaut qu'ils uo •e produisent."C'est l'éducation d'uue femme et son âge qni constitue sa protection.Je pourrais vous citer un poète que vous estimez tous, Rober Bnrus, qui lait dire a une jeune femme dans ses "Jolly Beggars " : I once was a maid; eut I dina mind when." Et pour ne pas négliger les réminiscences, je demanderai à cette chambre si ce ne sout pas là les propres paroles que Fetronius Arbiter, l'ami de Néron, l'écrivain à la mode, il y a dix-neuf siècles, mettait dans la bouche d'uue femme au cours de ses œuvres classiques."Depuis 1900 ans, il y a tant de femmes qui l'ont jamais su quand elles étaient vierges, que l'âge ne peut constituer une protection contre les méfaits du mâle." Ou demandera pourquoi j'ai désigné 45 aus comme la limite d'âge ?" Quand une femme a dépassé 30 ans, il est bien dilfioilo de déterminer son âge.Naturellement n ligure à la première page de la Bible do funillc, mais c'est une portion du Livre Saint à laquelle les femmes .'ne se reportent jamai"." Il est à peu près aussi difficile de dire lenr âge que celui d'un cheval dont les d«nts sont rasées.A 45 ans, la femme est dans l'état que Moïse attribue à Sarah, quand l'Auge vint dire à Abraham qu'il aurait un fils et qne Sarah éclata de rire.La femme connaît généralement ce qui lui arrivera si elle pèche ; elle sait qu'elle pent avoir un enfant et que celui ci sera un bâtard et marqué au front comme tel.Il pourra faire son chemin daus la vie, il pourra acqnéiir la richesse et les honneurs, mais le nom de bâtard lui restera.Guillaume le Conquérant, le plus grand monarque peut-être qui se soit assis sur le trône d'Angleterre, Guillaume le conquérant partit de son petit duché de France pour conduire son armée en Angleterre, il culbuta l'armée de Harold qui revenait du Nord victo'ieuse des Dauois, il soumit l'Angleterre, et il lui imposa la loi et la civilisation normandes.Son livre du Doom's day est encore ciré comme spécimen de la législation et pourtant les annales du temps l'appellent Guillaume le Bâtard et sa mère est désignée comme la lille du meunier." Là dessus le sénateur Âlmon s'est rassis et les sénateurs chatouillés et émoustillés se sont mis à applaudir.Evidemment, personne ne trouvera rien à redire à cette excitation quin'a dû être que passagère et infructueuse, mais il se-mit peut-être lion qu'elle ne se répétât pas trop souvent.Nous n'interviendrons pas dans la discussion.Le sénateur Almon qui l'a soulevée représente la cité d'Halifax, la brise saline et les habitudes ichiyophagiqucs ont dû lui conserver un tempérament assez vigoureux pour qu'une jeunesse de quarante-cinq ans ait encore pour lui une fraîcheur de rose non éclose, de bouton que n'a pas encore chatouillé le doigt de l'aurore, de calice que n'a pas encore savouré la goutte savoureuse de la rosée mâle et créatrice.Laissons-lui ses illusions.tMais ne disons plus que le Sénat est sans vie.Liberal. 212 LB RÉVEIL A propos de sonnet Nous avons donné dans notre dernier nnméro nn sonnet dans la note grave.Nous allons continuer aujourd'hui cette série dc sonnets parlementaires.Celui que uous publions aujourd'hui a sur celui de l'autre jour l'avantage d'être drôle.C'est nne parodie de cette jolie chose do Sully Prudhomme, le " Vase brisé." Nous conseillons ce genre nouveau aux amateurs : LA SONNETTE BRISEE " La nouvelle sonnette de la Chambre Française a été fêlée à son tour pendant uue séance orageuse." ("est la troisième depuis le commencement de l'année ! " — Les Journaux.Le bronze de cette sonnette Un jour d'orage s'est fêlé ; Avant qu'elle devint muette Un son discord l'a révélé.Quoique légère, la Measure Est incurable sans retour ; C'est la mort évidente et sûre, Et qui ue peut tarder d'un jour.Son airain, surmené sans doute, Semble par l'effort épuisé, Attestant l'ardeur de la jonte : N'y touchez pas, il est brisé.Souvent la fêlure, de même, Gagne l'ornteur qu'on ouït, Ou l'interrupteur par système Qui se délecte dans le bruit.Toujours très sain aux yeux du moude, Daus sou cerveau se creuse, hélas ! La fiBsure fine et profonde : Il est fêlé, n'écontez pas ! Bigolet.CE QU'IL VAUT Tous ceux qui ont employé le BAUME RBvfcj-MAL vous diront ce qu'il vaut.78 LES DOCUMENTS OFFICIELS On a accusé le gouvernement conservâtes* d'être à la merci de l'influence cléricale et de laisser les curés diriger lee départements à le» guise.Les preuves du bien-fondé de cette assertion éclatent tous les jours, mais pas chaque fois avec autaut d'éclat que dans certains documents qui viennent de voir le jour au Parlement au sujet de maîtres de pose dont M.Savard, député de Chicoutimi, avait demandé la destitution et le remplacement dans la région dn Lac St-Jean où la passion politique atteint généfalement un degré d'excitation considérable.Le cas dont il s'agit est celni du maître de poste de Pablon dout l'exécution capitale pont A.P.P., Active Political Partisanship, avait été décrétée par M.Mnlock.Le curé de Pablon, de la mission de S t-Thomas d'Aquin, s'est mis dans la tête de faire rester en place l'ancien maître de poste et d'empêcher la venue du nouveau.Voici ce qu'il écrit du titulaire choisi par l'administration libérale : ." Je connais ce dernier très bien, étant mon paroissien depuis six ans ; je puis vous assurer qu'il ne jouit pas de la confiance de un curé." Voilà qui doit suffire, n'est-ce pas ?Pour l'ancien maître de poste, voici le brillant portrait qu'en fait cet excellent cnré." Quant au maître de poste actuel, je le connais pour nn parfait honnête homme, craignant Dieu." Sans doute, il n'a pas osé ajouter" .et son curé," mais cela devait être au bout de u plume.N'est-il paa étrange que nons nons ne puisions faire nos affaires sans avoir tonjouri cet gens-là dans lea jambes ?VOTEUi.POUR L'ENFANT L'enfant qui tousse prendra du BAUME RHUMAL et sera guéri.71 LE EEVEIL 218 La flore canadienne L'Ecole littéraire de Montréal, ne produit pas qae des poètes.j'allais dire Dien merci, mais je me retiens, car je compte trop d'amis dans la pléiade pour lenr causer le chagrin d'nne aussi brutale exhibition d'indifférence.Nou, je voulais dire que l'Ecole, arec un grand E, produit aussi des prosateurs et que s'il faut en juger par l'échantillon qui nons tombe sous la maiu, nous avons là une pépinière studieuse et iut» lligeute dout notre devoir est de faciliter la lâche et d'encourager les efforts.Je viens de recevoir les Monographies de Plantes Canadiennes de M.E.Z.Massicotte, et j'ai lu d'un seul trait ce gracieux recueil ou la science se cache sous le manteau léger de la fantaisie et dont sont exclus ces horribles appellations dont le btrbare Liuné a d'nne plume cruelle écrasé tant de mignons brins d'herbe et sali tant de glorieux pétales.Je ue sais si tout le monde est comme moi, mais franchement j'ai été dès mon jeuue âge dégoûté de la botanique à la simple lecture des classifications.Est-il vraiment possible que de ii jolies choses portent de si vilains noms.Daus M.Massicotte, la scieuce se fait humble; c'est furtivement que la dénomination rigoureuse apparaît.Son œuvre n'en est que plus utile.La dédicace est discrète, elle ne porte qu'un nom, ou plutôt un prénom féminin, la mite est en blanc.Pourquoi?L'auteur a t-il supposé qu'il y aurait bientôt un changement ?Mais trêve de suppositions; revenons au fait.Le fait est que ce chai m au t volume est exquis, d'une lecture aisée et légère ; que la brise des champs et le vent des grands bois y souffle à travers les feuilles sa fraîcheur et son parfum.Faites donc tous comme moi.Toile et lege.Ajoutons qne C.O.Beauchemin & Fils, éditeurs chargés de la toilette matérielle de l'œuvre, n'out épargné ni le goût ni les soius pour offrir m public un livre de haul genre.Book.Manuel du parfait académicien P—Il ne faut pas faire suivre son nom de la mention "del' Académie française " sur les affiches des théâtres qui jouent vos pièces.IL—Eviter également de se parer de ce titre pour tenter de poser des lapins aux demoiselles sans préjugés qui se sont données pour mission de faire traverser le désert à leurs contemporains.III.—En séance publique, se fourrer les doigts dans le nez le moins possible ; si ou succombe à la tentation, se garder de les essuyer ensuite sur les palmes de l'habit vert.IV.—Lorsqu'on entre daus un salon du grand monde, du monde politique, du monde de la finance, du monde littéraire'ou même du monde tout court, ue pas saluer en envoyant d'une pichenette son bicorne sur la nuque.VI.—Daus les mêmes milieux, si la maîtresse de la maison vous supplie — Ah cher maître !— de donner à la compagnie un échantillon de voa talents, ne pas tirer son épée à poignée de nacre pour l'avaler comme on fait dans les foires.VII.—Ne pas fourrer du poil à gratter dans le con de ses collègues pendant le travail du Dictionnaire.VIII.—Durant le même travail, ne pas profiter de l'inattention générale pour glisser dans ce monument de la langue française — et de Pénélope — des expressions obscènes ou simplement polissonnes.• IX.—Item, ne pas emprunter les exemples à l'appni des lumineuses définitions du Dictionnaire au marquis de Sade, aux Mémoires de Casanova, au Portier des Chartreux, ou à M.de Chirac.X - Pour les séances solennelles, ne pas donner les cartes d'invitation dout on dispose à son concierge ; A son valet de chambre ; A un ancien camarade de début devenu un client assidu des asiles de nuit ; A des jeunes fillies de prendre la conpoie pour lea Folies-Bergère et do faire de l'œil au récipiendaire au point de lui faire perdre le fil de son discours ; A des gens qni ne peuvent pas entendre un 214 LE REVEIL discours sans dormir ot qui ne peuvent pas dormir saus ronfler ; A des personnes ayant mangé de l'ail à leur déjeuner.XI.—Eviter avec soin de regretter qu'on n'ait pas guillotiné tous les ducs en 89 — quand M.de Broglie est là.Xll.—Item.de dire qu'on devrait étraugler le dernier prêtre avec les boyaux du dernier moine, quand le cardinal Penaud assiste à la séance.XIII.—Item, de déclarer quo le duc d'Aumale aurait mieux fait de transformer Chantilly eu asile de gâteux.XIV.—Quaud l'intérêt des séances languit, ue pas proposer de le réveiller en ouvrant des paris, " à celui qui cassera sa pipe, le premier." XV.—Ne pas fumer la sienne pendant ces mêmes séances.XVI.—Si l'on est nommé rapporteur des prix de vertu, ne pas eu profiter pour faire donner des gratifications à ses inaitresses ou à celles de ses amis et connaissances, — quoiqu'il faille uue rude vertu pour être lu uiaitresse d'uu académicien.XVII.—Ne pas se croire tenu de faire le salut militaire aux olliciers d'académie qu'on rencontre, sous prétexte qu'un officier est au-dessus d'uu simple membre.XVIII.— Mnfiii, à aucun prix, ne faire dans la Maisou des allusions, même discrètes, aux écrivains qui u'otil jamais rieu écrit.Journaliste.LES PETITS ATELIERS DE FAMILLE l Deux députés français, MM.Béuard et Florent, viennent de présenter à la Chambre uue proposition de loi ponant établissement d'une subvention aunuelle destinée au maintien ct au dév doppemeut des petits ateliers de famille.C'est là uue très h.u reuse idée et une initia-tive qu'où ue saurait trop encourager.Nous avous bieu souvent répété qu'il y aurait de très graves inconvénients à solliciter à tout bout de champ le concours ct l'intervention de l'Etat, car cette intervention aurait pour résultat inévitable d'augmenter les charges publiques et d'affaiblir l'esprit d'entreprise, an moment où Us nations rivalisent d'activité et d'énergie pour occuper la première place dans le marché dn moude.Mais il est des oeuvres pour lesquelles l'action de l'Etat est indispensable, Le projet de loi se justifie non seulement pu les avantages matériels qu'il s'agit de procurer à une nombreuse et intéressante population, mais encore par les conséquences morales qni découleraient de l'application de la mesure proposée.#*# Ou sait quo la renommée universelle des soieries françaises est due pour une grande part anx petits ateliers de tissage dont les contres principaux sont Lyon ct Saint-Etienne.C'est grâce à ces petits ateliers que les nouveautés de chaque saison s'organisent et se tissent plus rapidement que dans les grandes usines.C'est à l'habileté et à la science de ces petits chefs d'atelier et de leurs collaborateur* ouvriers que nous devons la perfection du tissage qui passe justement pour une œuvre d'art, ht canut lyonnais, au milieu des transformations profondes de l'industrie, n'a pas perdu une parcelle de sa réputation si justement méritée.Nous avons tout iutérêt à conserver cette supériorité dans la production des beaux tissus qui constitue l'une des conditions essentielles de ls vitalité et du développement des soieries françaises.Les auteurs du projet de loi fout remarque que les iilateurs, qui sont, comme les chefs d'atolier de Lyon et de Saint-Etienne, des entrepreneurs de travail à façon, au nombre de 270, ont reçu 32 millions afin de pouvoir transformer leur outillage et arriver ainsi à produire dani des conditions plus économiques, alors que les chefs d'atelier tisseurs, qui sout, comme les précédents, de petits patrons, entrepreneurs de travail à façon, n'ont absolument rien reçu et se trouvent cependant daus uue situation particulièrement digne d'intérêt.Pourquoi établir deux poids et deux mesures LE REVEIL 215 pour deux catégories de travailleurs placés daus des conditions si identiques ?La remarque a été faite à l'étranger.En juin dernier, à l'ouverture de l'Exposition de Prague, le conseiller Jahu, président, s'exprimait ainsi : "Si l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne ont vu se maintenir et se développer dans ces dernières années leur commerce et leurs débouchés, taudis que la France a eu beaucoup de peine à maintenir les siens, cela tient, pour une grande part, à ce fait que l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne out toujours encouragé de toutes leurs forces, soit par dos subventions discrètes, soit par des institutions de crédit populaire, la petite industrie qui, à égalité d'outillage, produit dans des conditions bien plus économiques que la grande industrie, tandis que la France n'ayant rien fait pour maintenir la classe si intéressante des petits industriels, ceux ci ont disparu, ne laissant plus aujourd'hui que quelques rares survivants destinés anssi à disparaître bientôt devant l'indifférence de l'Etat français, qui semble réserver ses faveurs à la grand j industrie." En Autriche, pays monarchique, l'Etat a donné, depnis dix ans, deux millions ct demi à diverses sociétés, pour consentir des prêts sans intérêt pouvant aller jusqu'à dix ans, à tous le; petits industriels sans distinction de métiers.En Bavière, depuis cinquante aus, l'Etat donne des subventions annuelles à une Société de petits industriels qui consent également des prêts, sans intérêt, à ses membres.* # * Si l'observation de M.le conseiller Jahn est exacte pour la plupart des régions de la France, où les petits ateliers se font de plus en plus rares, elle ne p'eut s'appliquer équitablement à la région lyonnaise.En effet, il existe des métiers de tissage de soieries, en petits ateliers, non seulement à Lyon et à Saint-Kt enne, mais encore dans la plupaat dea départements limitrophes, c'est-à-dire dans environ quinze départements.On évalue à 56,000 le nombre des métiers à bras disséminés dans les campagnes, tandis que les établissements de ce genre situés à Lyon ne dépassent pas le nombre de 10,000.En venant pécuniairement en aide à ces nombreux travailleurs, on leur permettrait d'acquérir nn outillage pertectiouné qu'ils pourraient faire fonctionner sans sortir de chez eux.Les tisserands lyonnais, eux-mêmes, out déclaré maintes fois, avec beaucoup de raison, qu'ils préféraient travailler, si besoin était, à la campagne, dans leur maison entourée d'un petit champ, que d'exercer leur industrie en pleine Croix-Rousse, dans uue grande usine.La vie do famillo, source de toutes les vertus et du véritable bouheur, devient de plus en plus impossible pour les ménage.» ouvriers, absorbés en entier par les grandes usines qui emploiont l'enfant et la femme aussi bien que le chef de la mtison.De cette grande promiscuité dérivent la plupart des misères physiques et morales.Cette vaste concentration des forces induetriel-les constitue un des principaux facteurs de la dépopulation des campagnes.La grande fabrique ouvre indistinctement ses portes au campagnard et au citadin.Elle draine les bras qui s'éloignent de plus eu plus de la charrue.Autrefois, au contraire, les petits métiers à tisser, à fabriquer des dentelles, etc, pullulaient dans nos campagnes.Pendant que le mari creusait lo sillon nourricier de la famille, la femme et les enfants tiraient de leurs doigts tous les vêtements et le liuge de ménage.Cette vie patriarcale offrait un charme particulier et contribuait, sans nul doute", à resserrer les liens qui unissaient étroitement tous les membres d'uue même famille.Le progrès nous a changé tout cela, effaçant, purses merveilleuses créations,jusqu'au souvenir d'une époque pourtant bien rapprochée.A dire vrai, uous ne regrettons pas plus le primitif métier à tisser de nos pères que la vieille patache.Mais la distribution et la dissémination, uu peq partout, des forces électriques permettraient de mettre à la disposition de l'ouvrier des outils perfectionnés qu'il pourrait employer sans quitter sa maison.Le momeut n'est pas éloigné où chacun, grâce LE REVEIL au transport à grande distance des énergies électriques, pourra se procmer à bon marché la force nécessaire pour actionner sa machine.L'usine au logis, voilà l'idéal dont les modernes conquêtes de la science nons autorisent à envisager la réalisation prochaine.Thomas G-rimm.Un eveque démocrate On fait fête en c» momcut, à Paris, à Mgr Ireland, l'évêque Américain dont le nom populaire aux Etats-Unis, est déjà connu en France par Ion articles, discours, panégyriques, brochures des " démocrates chrétieus." Ou a raison de louer le talent oratoire, la chaleur d'argumentation, la géuérosité d'âme de Mgr Ir-land, mais quaud nous voyons M.Brunetière s'extasier sur l'originalité de la doctrine préchée par l'évêque américaiu, uous avors de nombreuses raisons d'avoir de la méliauce.D'abord, Mgr Ireland, évéque américain prêchant eu Amérique, ne parait " nouveau " qu'aux candeurs feint, s on réelles des catholiques français.Sur cette terre neuve et libre des Etats-Unis, la r« ligiou catholique n'est qu'une secte comme les autres ; il ferait h au voir qu'elle enseignât la haine de la science et de la liberté ! Les orateurs catholiques, pour avoir quelque inline n ce et quelque autorité, sout tenus de revenir aux traditions de l'Evangile, de défendre les petits et les humbles.Eu France, cette attitude et ce langage paraissent m ul's uux habiles du parti catholique.Or.que dit M.Ireland .' Eu redingote, avec nne ligue violette sous le col romaiu, il dit comment il comprend le devoir présent : le patriotisme, l'amour du peuple inspiré par l'Evangile.U parle des droits réciproques des patrons et des ouvriers, du droit à la vie, de l'avenir de la démocratie, des grandeurs historiques et traditionnelles de la France.Voilà qui va bien, et M.Brunetière a cent fois raison de loner ce discours.Mais pourquoi trouve-t-il admirable ces paroles daus la bouche de M.Ireland, évéque, et les trouve-t-il déplorables dans la bouche des démocrates laïques, des simples républicains ?Sans doute, ces magnifiques enseignements se tronvaient dans l'Evangile : on l'a assez répété pour qu'on le sache.Mais auraient-ils perdu de leur valeur à être développés par des esprits libres, dégagés de toute croyance précise ?Les démocrates chrétiens nous la baillent belle avec lenr prétention de monopoliser l'amour dn peuple.La vérité est que ce bel amour lenr est poussé sur le tard, après dix-huit siècles de domination stérile, et que s'il n'y avait en ce petit fait qu'on appelle la Révolution française, ils ne s'en seraient jamais avisés ! Fbanc.Le concile des evéques de l'Amérique latine Au lendemain de la guérie hispano-américaine et, après les déclarations du clergé catholique de l'Amérique du Nord, il était naturel que les évêqnes de l'Amérique latine voulussent fortifier les liens qni les unissent, persuadés de trouver dans une union plus étroite les éléments nécessaires an progrès des Etats et des populations dont ils ont assumé la direction morale.L'idée d'nne soi te d'indépendance natiouale, d'une autonomie de la race latine, facilitée pur un commencement d'antagonisme avec leurs collègues anglo-saxons, a hâté la maturité d'une entente qui n'aurait pu se produire il y a quelques années encore, et en vue de laquelle les regards m sont tournés vers le Saint-Siège.La force des choses les a donc ponr ainsi dire poussés dans une voie où, sans elle, ils auraient certainement refusé de s'eugager, même sur les avances du Vatican.Ce dernier, de son côté, désirait vivement l'évolution qui vient de se produire, et sentait, tout le premier, la nécessité de renoner les liens qui unissaient à Rome le clergé latino-américain; mais, sui vaut en cela les traditions pontificales, on étudiait, on attendait et on se gardait de faire les premiers pat, d'autant plus qu'on se croyait assuré de rencon- LE REVEIL 217 trer de sérieux obstacle! do la part de plusieurs des gouvernements de l'Amérique latine.Le Mexique et la République argentine avaient d'ailleurs, on s'en souvient, rompu tontes les relations diplomatiques avec le Saiut-Siège.Il est vrai qu'avec le premier de ces pays la situation est changée et que, grâce â l'intervention d'un habile diplomate, les rapports sont redevenus des plus cordiaux ct que les membres du clergé auraient même reçu l'autorisation de porter leur costume.Eu ce qui concerne cependant la République argentine, la situation est tonjours tendue et les relations diplomatiques n'ont pas été reprises.On n'attend, semble-t il, qu'une occasion, mais c'est à qni ne fera pas la piemière démarche.La situation, ci-dessus ébauchée, mais plus eucore l'état des esprits, a conduit Léon XIII à juger d'un œil favorable le mouvement des évéques latins, et ce fut certainement avec joie qu'il accueillit leur demande de se réunir à Rome en concile.Le fait est cependant nouveau et paraît être appelé â avoir un grand retentissement dans l'histoire de l'Eglise catholique.La première réunion, qni avait été d'abord fixée au 20 de ce mois, a été retardée de quelques jours pour permettre à quelques évéques qui out voulu so rendre en pèlerinage en Terre* Sainte d'arriver à Rome.Elle a donc eu lieu, et arec très yrande solennité, le 28.Les assemblées se tiennent au collège Pio laiiu américain et sont connues sous le nom de concile de Rome.Les vingt et une églises métropolitaines de l'Amérique du Sud y sont tontes représentées.Ces églises comprennent les pays suivauts: la République Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Equateur, le Pérou, l'Uruguay, le Paraguay, le Venezuela, les Antilles, le Guatemala, Haiti, Saint-Domingue et le Mexique.Chaque métropolitain et plusieurs évéques dans un même district, de sorte qne le nombre de cens-ci est d'une centaine environ pour tonte l'Amérique latine.Jusqu'à présent, cinquante-cinq sont arrivés â Rome, et on les dit en général très conciliants et pleins d'ardeur pour atteindre les résultats qu'ils se sont proposés.Le pape les a reçus par groupes en audience, et, de part et d'autre, on semble très satisfait.On dit aussi qu'un certain nombre de théologiens prendront part au concile, qni, le pape se trouvant dans l'impossibilité de le faire, sera présidé par le cardinal di Pietro, ancien nonce à Madrid.C'est là un excellent choix, étant donnée, en outre de ses capacités, sa connaissance suffisante de la langue espagnole.Dans ces réunions plénières, ou discutera sur les points qui auront été préalablement soumis à l'étude des diverses commissions entre lesquelles seront répartis les membres du concile.La besogne de celui-ci ne manquera ni de longueur ni de complexité.Les prescriptions du concile de Trente s'appliquent en effet aux pays de l'Amérique du Sud, de même qu'au reste de la chrétienté.Mais, en réalité, leur valenr n'y était que nominale.Le temps et une foule de circonstances sont venus faire des btèches nombreuses à ces prescriptions ; et particulièrement en ce qui regarde la discipline du bas clergé et son instruction, la situation actuelle laisse beaucoup à désirer.L'étendue du territoire de chaque diocèse ne laisse pas d'ailleurs de paralyser grandement toute velléité de surveillance, et les luttes politiques si fréquentes dsns ces pays, sont peu faites, il faut l'avouer, pour aider à la conservation du sentiment de la responsabilité personnelle.Parmi les points qni paraissent destinés à donner lieu à un débat sérieux, on cite particulièrement la discussion de la fixation des limites des circonscriptions diocésaines, discussion qui, croit-on, pourrait aboutir à la création de non-veaux diocèses.Il s'agirait en somme de faire le pendant du fameux concile de Baltimore, qni, il y a quelques années, réunissait dans cette ville sous la présidence d'uu légat du pape, environ soixante-dix évéques de l'Amérique du Nord.Ou sait que cette assemblée formula un ensemble do déclarations ayant pour but l'adaptation aussi parfaite que possible, aux exigences de la vie moderne, des principes du droit canonique cou- 218 LE REVEIL cernant la discipline.Il ra sans dire qne les liabitndos et les sentiments do la race anglo-saxonne se reflétaient dans les nouvelles prescriptions.Il y était dit, entre autres, que, lors de l'institution d'nne nouvelle paroisse, les deux premières choses auxquelles ou devait songer étaient l'église et l'école ; mais que si, faute de moyens suffisants, ou ne pouvait élever les deux en même temps, la préférence devait être donnée à l'école.Cet aperçu montre combien il sera intéressant de voir les résolutions qu'adoptera le nouveau concile d ; Rome et la façon dont les évêques sauront concilier, avec hs prescriptions du concile de Trente, les exigences nouvelles de la vie moderne telles qu'elles se reucontreut chez les races latiues de l'Amérique du Sud.Un poiut est désormais certain : c'est qu'eu face do l'américanisme anglo-saxon se dresse aujourd'hui l'américanisme latin.Ses chefs n'avaient eu jusqu'ici que le lieu assez fragile qui résultait de leur rattachement à un même centre : le Vatican.Depuis fort longtemps, il est vrai, les Indes occidentales avaient uu patriarche, qui était l'archevêque de Tolède ; mais depuis la naissance de toutes les républiques sud américaines, il est facile de comprendre que sou autorité sur les évêques était devenue nulle et n avait d'autre signification que de rappeler un passé éloigné et une splendeur évanouie.Aussi prète-t-on aux évêques américains, dans le but de mieux affirmer les nouveaux liens entre eux, l'inteutiou de prier le souverain poutife de leur accorder uu primat pour l'Amérique latine.Déjà le nom de l'archavêque de Buenos-Aires est mis en avaut ; par la même occasion il serait créé cardinal, et l'américanisme latin affirmerait du même coup son existence et son entrée dans la voie des dignités.Catholique.FAIT EVIDENT Le BAUME RHUMAL est la panacée des familles.to Demander un numéro échantillon du Réveil.Prix d'abonnement $3.par auuéo SUR L'ABBE PREVOST M.Schrœder, professeur au lycée Carnot, a obtenu, avec une thèse sur l'abbé Prévost, le grade de docteur en Sorl onne.On s'imagine volontiers une thèse de doctorat comme un gros bouquin rébarbatif, où sout longuement exposées des découvertes de science, de philosophie on d'érudition.T«ut au contraire, l'ouvrage de M.Schrœder est fort agréable à lire, mais, à pwler franc, il ne nous apprendrait pas grand'chose de nouveau, si nous n'ignorions généralement les vérités les mieux établies.Tout le mondo a la Manon Lescaut et a vu lo délicieux opéra de Massenet.Mais, qui donc savait qne M.Har-risse eût élucidé la biographie de l'abbé Prévoit?L'abbé Prévost est né, — ainsi que chacun l'ignore — à Hesdin, eu Picardie.A dix-sept aus il entre comme novice chez les jésuites de Paris.U défroque, s'engage comme simple soldat dans les armées du roi, retourne chez les bons pères, quitte une secoude fois le cloître ponr le corps de garde, puis se dégoûte encore du métier des armes et rentre au couvent, mais cette fois chez les bénédictins.Prévost fut une rivante réalisation de la fameuse allianoe du sabre et du goupillon.Il prononce, en 1721, à Ju-mièges, le triple vœu de pauvreté, chasteté et obéissauce.Mais il n'observe qu'une seule de ces trois promesses, à savoir la première, et encore est-ee bien malgré lui.Il fut bénédictin huit ans.C'est à l'abbaye do Saint-Grermain-des-Prés qu'il commença de composer son premier roman, les Mémoires d'un homme de qualité.Les premiers volumes parurent avec XImprimatur de l'ordre des bénédictins.Puis il s'évade de l'abbaye, et comme une lettre de cachet est décernée contre lui, il passe eu Angleterre, où Shakespeare et la liberté politique se partagent sou admiration.En 1729, il se rend en Hollande, y écrit des romans aux gages du libraire, s'éprend d'une sorte Oe Manon, nommée Lenki, avec laquelle il revient en Angleterre.En 1783, il commence la publication d'uu journal hebdomadaire, le Pour et le Contre, où il fait connaître au public fiançais la littérature anglaise, En 1784, il rentre en France, m LE REVEIL réconcilie avec l'Eglise et devient aumônier du prince de Conti." C'est que je n'ai jamaia dit la messe, avait-il objecté, lorsque la place lui fut offerte.— Cela ne fait rien, répondit le prince ; moi, je ne l'ai jamais entendue." En 1741, il est obligé de B'eziler derechef pour collaboration à uue gazette scandaleuse.En 1742, nous le trouvons à Chaillot —comme des Grieuz et Manon — dans une charmante maisonnette arec une jenne et jolie g u cernante.Il mourut eu 1768, à Saint-Firm in, près Chantilly, de mort naturelle, et non pas tué par un chirurgien trop pressé de faire l'autopsie, ainsi qu'on l'a prétendu.Ajoutons que Prévost a été accusé d'escroquerie, de faux et usage de faux, de parricide, etc.On nous affirme que ces imputations n'étaient pas fondéea.Ce n'était là — déjà — que des gentillesses de polémique.Ce n'est pas nous, hommes de 1899, qui nous étonnerons qu'un individu quelconque ait été accusé, sans l'ombre de raison, de divers crimes infamants.Outre Manon, Prévost avait écrit un grand nombre d'interminables romaus, Cleveland, le Doyen de Killerine, etc.Personne ne les lit, et il est dommage que M.Schrœder, qui les a lus, n'en ait pas donné des analyses.Son étnde critique n'en est pas moins fort intéressante.U montre, entre autres choses, que Prévost semble bien être l'inventeur du héros romantique fatal et larmoyant, et que tons les Saint-Preux, René, Obermann, etc.sont de la lignée de Cleveland, Manon aussi a toute une pistérité littéraire, et M.Larroumet a regretté, à la soutenance, que M.Schrœder n'eût rien dit de la Dame aux camélias, ni de la Sapho d'Alphonse Daudet.Et M.Faguet a blâmé, très justement, M.Schrœder d'avoir immolé à son auteur Le Sage et Marivaux.11 n'est pas absolument sûr que Rousseau, Chateaubriand, George Sand doivent à Prévost autant que M.Schrœder le croit ; mais il es! certain que Le Sage est le grand ancêtre de tous les romauciers réalistes.Et maintenant, si nous relisions Manon ?Bibliomane.FACILE A FAIKtJi Voua toussez, prenei une dose de BAUME RHVMAL, vous ne tousserez plus.69 Mémoires d'un jeune homme range Le joli mois do mai a fait éclore une abondante floraison de romans nouveaux.Voici d'abord les Mémoires dun jeune homme rangé, par M.Tristan Bernard.Ce " jeune homme rangé " s'appelle Daniel Henry, ce qui, de l'aveu de tous, est nn nom quelconque.Le malheur de ce jeune homme, c'est d'être quelconque dans toute sa personne, dans toutes ses allures, dans toutes ses actions.Issu d'un notable commerçant (Henry fils aine, laines et tissus) il se prépare aux examens du doctorat en droit.Il ambitionne les boules blanches et la triple pean de lapin.Mais son rêve serait surtout de briller daus les bals.Invité chez les Vornud (commission, exportation), il souffre, parce que son habit, mal coupé par un petit tailleur de la rue d'Aboukir.remonte sur son faux-col.Il est peiné de voir que son plastron gondole.Il n'ose pas se risquer à la valse, parce que cette danse lui fait tourner la tête.Toutefois, il se rend anx instances d'un jeune sous-officier de dragons qni lui propose un quatrième aux lanciers.- Ayant bon cœur, il invite une petite femme courte, rouge et négligée.U s'acquitte très bien de son office, et même il donne des conseils, sur les figures du quadrille, à un gros polytechnicien qui transpire et se trompe.Galamment, il conduit sa danseuse au buffet ec lui o'Iïe des consommations gratuites.Entre temps, il regarde bostonner la jenne fille de la maison, et il en devient éperdu-ment amoureux.Et il confie sa passion à son ami Albert Julius, fils d'un grand commissionnaire en café8 Au chapitre suivant, nous sommes à la campagne, à Bernainvilliers (ligne du Nord), chez les Voraud.On est sur le point de so mettre à table.Le dluer est servi dans le jardin, parce qu'il fait chaud.Daniel Henry, invité monte dans un cabinet de toilette, au premier étage, se lave les mains et se les essuie avec une serviette éponge.Là, une jeune fille, Louise Loison, invitée comme lui (brune, très littéraire, avec un 46 220 LE RÉVEIL binocle), amène la jeune fille de la maison, Mlle Berthe, et dit à Daniel : " Embrasse-la ! " Daniel embrasse.Ensuite, on se met à table, et le repas (entrecôtes, poulet sauté, foie gras) s'achève sans incident.Au moment du départ (9 h.10), Berthe lemonte dane le cabinet de toilette et se laisse encore embrasser.A la gare« dialogue : " M'aimez-vous ?— Je vous aime ! " Serrements de maius, yeux en coulisses." Messieurs les voyageurs, en voiture ! " Suprême étreinte.Longs regards.Séparation.Daniel retourne daus sa famille, emballé.Il réunit ses parents et leur persuade qu'il faut renoncer au Vésinet, villégiature qui, décidément, n'est pas assez " campagne ".Bernain-villiers est bien mieux.Grands jardins, et des arbres, au moins ! Entraînés par l'éloquence de ce jeune homme amoureux et rangé, M.et Mme Henry loueut, à Beruainvillicrs, le chalet Pilou (salon, salle à manger, quutre chambres, cabinets tapissés avec des dessins de journaux amusants, boule dans le jardin, le tout 1,250 francs).Pendaut les pourparlers nécessaires à la location et à l'emménagement, la iamille Henry rencontre la famille Voraud.Daniel profite des moindres recoins pour embrasser Berthe.Après quelques mois, employés par Daniel à essayer de monter è cheval, M.et Mme Henry et le fils Henry, vêtus de leurs plus beaux habits, se rendent chez M.Yoraud, afin de solliciter officiellement la main de Mlle Berthe Voraud.M.Voraud ne di] pas non.Mais il ne dit pas oui.Il demande un an pour réfléchir." Je tiens à vous faire savoir, ajoute-il, que M.Daniel sera toujours le bienvenu à la maison." Le jeune Daniel, ainsi encouragé, s'élance chez la fleuriste et envoie un bouquet de dix francs à la demoiselle de ses pensées.Il a des égards et même des attentions délicates, pour sa fuiure belle-mère.Il s'arrête devant les vitrines des bijoutiers, pour choisir une bague.U profite de la remise de cette bague, pour embrasser Berthe.Malheureusemeut, il apprend, par son ami Albert Julius (cafés en gros) que les affaires de M.Voraud vont mal.Généreux, il tieut tête à ses parents qui, à cause de cet avertissement,.voudraient tout rompre.Peu à peu, il revient de ce premier mouvement chevaleresque.Bon sang ne peut mentir.Vingt générations de mer-cantis pèsent sur les velléités romanesques de Daniel Henry.On ne sait ce qui serait arrivé si M.Voraud avait été effectivement ruiné.Mail il n'en était rien.C'était une blague de l'ami Julius.Un farceur, que ce Julius ! Cependant le "jeune homme rangé " se méfie.D'autant plus que Mlle Berthe lui semble avoir beaucoup trop flirté autrefois avec un certain André Bardot.L'ami Julius lui raconte que ce monsieur la faisait asseoir sur ses genoux.Pendant toute une soirée, au Moulin Ronge, il songe aux désagréments futurs que ces privautés pas-sees lui garantissent.Et il s'afflige.Finalement, il pardonne.Et voici la conclusion de ce roman : " Monsieur et Madame Voraud ont r honneur de vous faire part du mariage de Mademoiselle Berthe Voraud, leur fille, avec Monsieur Daniel Henry, licencié en droit.' " Monsieur el Madame Henry out l'honneur dt vous faire part, etc." Sur ce thème, qui aurait pn facilement devenir un conte à dormir debout, l'humoriste Tris-tau Bernard a répandu, avec nne froideur tranquille et pinçante, le sel, nn peu âpre et fort savoureux, de son humeur misanthrope.Il est de ceux qui font rire en ne riant jamais.Il a des façons de dire et de peindre qui sont bien divertissantes.Sa manière de narrer les escapades des Parisiens dans la banlieue fait songer aux pochades acerbes et aux satires morues de Raf-faelli.Sa verve, placide et féroce, s'exerce principalement sur le haut commerce parisien.Il turlupine avec plaisir les gens cossus dout lei noms, imprimés en lettres grasses d ms les fastes de l'almanach Bot tin, promettent à la France une aristocratie " nouveau jeu " Il connait très bien le morceau d'humanité qui végète aux environs de la rne du Mail.U en sait les splendeurs et les misères, les habitudes-et les tics.Je voudrais que les caractères de ses persounag 5 fussent mieux soutenus, et qu'il n'eût pas essayé, vers la fin, de pimenter son récit par des per* LE REVEIL 221 rcrsités qui, ponr être conjugales, n'en sont pas moins fâcheuses.Passons an Célibataire de M.Pierre de Laver-nière.Ce célibataire se nomme Maxime Fersac.Il est dans son lit, att int par la triple incommodité de la migraine, de la toux et du corysa.U se demande commeut il a bien pu attraper cette grippe, vilaine maladie contagieuse qui éloigne les amis sans même exciter leur compassion.Accablé par nn demi sommeil, le nez enchifrené et reniflant, l'estomac lourd de tisanes, ce brillant fêtard commence à sentir le poids de ses trente-trois ans.Il réfléchit.Il songe à des choses sentimentales.Il entrevoit la poésie du mariage.C'est bon d'être marié, quand on a la grippe ! On n'est pas rédnit à la brève conversation des camarades, qui regardent lenr montre, évitent de s'approcher dn lit et feignant un rendez-vous ponr s'en aller plus tôt.On a une petite femme à soi, nne garde-malade, dont le dévouement gratuit est nn effet de l'amour.*.Maxime, tandis qu'il rêve ainsi, entend le frôlement d'nne robe derrièae la porte " Toc ! toc ! — Entrez ! " C'est sa maltresse, Mme d'Issindo-langes, veuve quadragénaire, " grande, forte de poitrine et de hanches." La présence de cette dame gêne le célibataire grippé.Devant une maîtresse on n'a pas le droit d'être malade ou ridicule.Devant uue épouse on a tons les droits.Décidément, M.Maxime est mûr pour le mariage.A peine guéri de .'influenza, il consent à entendre parler d'une fille unique, convenablement dotée.Famille honorable.Taille moyenne.Cheveux abondants.Aimable embonpoint.Bonne sauté.Il se prête même à des entrevues fortuites avec Mlle Berthe Nérot.Il va jusqu'à se procurer, grâce à l'amitié d'un journaliste, nue carte pour une matinée de gala au Trocadéro, et il offre ce ticket aux dames Nérot.Pendant cette représentation, assis à côté de Berthe, il lui plaît parce qu'il s l'air de connaître tontes les femmes qui passent.'' Quelle est cette grande, en noir, là-bas ?" Il répond : 1 Blanche de Lazulis." La jeune fille insiste : " C'est une grue, n'est-ce pas?" Et il dit simplement: "Oui!" Elle se plaint de ne pas aller suffisamment au théâtre.On ne lui permet que le " Vaudeville, à certaines pièces, Sarah dans les machines on vers, et à l'Odéon ! " Elle ajoute : " C'est les Variétés, que je grille de connaître.11 y a, n'est-ce pas, des femmes qui jouent comme toutes nues dans lenrs maillots chair ?Je voudrais voir la tête des hommes, à ce moment." Elle lui parle de sou douchenr, de son masseur, de sou maître d'armes.Il la trouve charmante.Finalement, tandis que l'orchestre du Trocadéro exécute l'Or du Rhin, Maxime et Berthe complotent d'aller prochainement, grâce anx stratagèmes d'nne femme de chambre, voir le Vieux Marcheur, aux Variétés.Quelques jours après, au retour d'nne promenade en automobile, Maxime reçoit un petit bleu de Berthe, lui fixant nn rendez-vous dans l'église Saint-Philippe du-Roule.Ils vont en voiture aux Variétés.L'attitude de Berthe dans la baignoire déplaît à Maxime.Il répugne à l'idée de l'épouser et il s'en va au fond d'nne province, chez sa mère.Là, il s'enquiert de l'âge, des qualités et de la fortune des jeunes filles du pays.U croit trouver son idéal dans la blonde personne de Mlle Jeanne Brodet, jenne provinciale qui vit, très chaste, avec deux vienx parents, parmi des meubles d'acajou et de velours vert.Il assiste, pour la voir de plus près, à de copieux repas.U s'emballe presque.U va jusqu'à écrire à Mme d'IsBindolanges, dont il n'a pas oublié les services, une lettre ainsi conçue : " C'est à peu près définitif.J'aurai des enfants, mes chemises bien en ordre et un crtaplasme toujours à ls disposition d'nn furoncle." Et puis, il hésite.Sa fiancée mange trop bien et s'habille trop mal.Bref, il renonce aux vertus de Jeanne et retourne à Paris, afin de revoir Berthe.Celle-ci, joyeuse d'un si heureux retour, manifesto une joie juvénile.Les promenades d'autrefois recommencent.Ils vont à la foire de Vangirard et ils montent sur les cochons do bois.Elle vient chez lui sous nn prétexte littéraire : elle voudrait lire les ouvrages d'un certain Bran- 222 LE REVEIL tome, dont elle a entendu parler dans nn cours de jeunes filles.Maxime profite de cet entretien ponr achever uoe éducation qui demande si gentiment à être complétée.Quelque temps après, dans uu atelier d'automobiles, le" célibataire Maxime se lie avec une jeune bicycliste, qui est licenciée ès-scicnces.Il en tombe amoureux, parce qu'elle a des culottes seyantes et des bas bien tirés.Quelques jours, après, il la retrouve aux Champs-Elysées.Il apprend qu'elle est nou seulemeut licenciée es sciences, mais encore patineuse, escrimeuse, chauffeuse.Elle raffole de tous les sports.Elle s'appelle Valentine.Elle u'est pas mariée.Mis en goût par les grâces de ce jeune athlète, il l'accompagne aux conférences de l'Odéon.Il découvre que Valentine est honnête et " fourié-riste." Valentine explique A Maxime les beautés du féminisme éraancipateur.Il est ébaubi.Il a trouvé enfiu ce qu'il cherchait, la compague rêvée.Ni ménagère ni courtisane ! La femme-camarade ! Le juste milieu eutre les relents du pot-au-feu et la mauvaise odeur du balai rôti !.Mi.is cet accès de lyrisme dure peu.Maxime a peur de cette fiaucéo sportive et conrt-vêtne qui s'habille eu zouave, en canotier, eu clown, et méprise l'ampleur décente du costume jadis adopté par les femmes.Il se contente de faire avee elle denx ou trois parties de bicyclistes.Et il jure d'épouser uue veuve.Avec les veuves, on sait du moins oû l'on va.Point de surprise.Rien à inaugurer.Une jenne fille, c'est tonjours énigmatique et tronbl.iut.Taudis qu'une veuve, c'est gentil, rassurant comme un animal apprivoisé.Ayant ainsi raisonné, Maxime Fersac sollicite la main de Mme Dolly, veuve.Celle-ci, flattée, murmure : "Oui, aime-moi! Mais le mariage.Ah! le mariage.je sais trop ce que c'est." Le célibataire, las d'expériences, retourne è son célibat.Et il s'occupe de gagner de l'argent, afin d'être soigné, rur ses vieux jours, par une famille d'héritiers.M.Pierre de Lavornière, auteur de ce récit, est, je crois, uu débutant.Il ne faut donc pas s'étonuer ui trop s'irriter de la candeur presque ingénue et de la régularité quasiment mécanique avec lesquelles il multiplie les détails grivois.U se dégagera de cette mauvaise habitude, enseignée aux jeunes, hélas ! par les vieux messieurs de la littérature.Il a de la gai-té, de l'esprit.Il raconte vivement.Il a l'insànct dn dialogue.Certaines phrases, et même plusieurs pages, colorées et agiles, montrent qu'il peut nous donner plus et mieux que cette aimable narration.M.Pierre Veber continue de traduire en dialogues divertissants et en situations bouffonnes les questions sociales et les problèmes politiques qui sollicitent, à juste titre, l'attention des gens sérieux.Il nons donne, cetto fois, dans les Couches profondes, une étude sur l'état actuel de la noblesse et su le programme dea ralliés.La comtesse du Lambel des Basants ne sait que faire de son fils Hubert, jeune homme dissolu, qui, après de bonnes études à Stanislas, dépense avec les filles dn penple un patrimoine féodal.C'est alors que l'évêque in par Mus de Bérécynthe lui indique un bon moyen de détourner Hubert des voies de la pordition.U faut le diriger vers la politique.Une campagne électorale coûte moins cher qu'une sa'son à Trou-ville en compagnie d'Alliette de Vouges, de Zozo Moncadean ou Je Marie Sans-Pndeur.Est-ce que, d'ailleurs, le moment n'est pas venu, pour la Noblesse, de renoncer à une coupable inaction et d'aller résolument vers les masses, vers les " couches profondes " du suffrage universel, comme disait Ctambetta ?Dien le veut ! Les pieux défenseurs du trône et de l'autel, n'ayant pu renverser la République, doivent s'en emparer, afin de faire servir à la sainteté de leurs desseins les passions dn peuple et les institutions de la démocratie.Le feu comte de Chain bord n'aurait pas dû s'obstiner dans le culte stérile des fleurs de lys.Bead possidentis.U aurait, dû monter sur le trône d abord, sous n'importe quelle enseigne, quitte à blanchir ensuite sa cocarde et son drapeau.Le jenne Hubert, sans s'arrêter à de vains scrupules, et sans craindre de fairo loucher les portraits de ses an- LE RÉVEIL 223 cêtres, se présentera donc comme républicain modéré.Une fois élu, il détruira l'œuvre néfaste des juifs, des protestants et des francs-maçons.Car tel est le programmo du parti.Ad majorent Dei gloriam.•.Ainsi parle Monseigneur.Convaincue par cette homélie, Mme du Lambol des Besants avance à son fils les fouds nécessaires pour acheter les principaux électeurs de Saint-Brévant (Loire-ct-Garonne).Hnbert prélève sur ces fonda nne somme, afin de dire adieu, en un joyeux sonper, à Mlles Alberte de Saint-Foin, Adèle Raffut, Zozo Moncadean et Marie Sans-Pndeur.Après quoi, muni de la bénédiction du nonce, il ee rend dans sa circonscription.L'évêque in parlions de Bérécynthe a eu le soin préalable de procurer au jeune candidat un agent électoral, homme de graud mérite qui, après avoir été juge en Algérie, excelle indifféremment dans l'organisation des grèves, dans le placement des vins et dans le maniement des " couches p-ofondes." La campagne électorale commence.Hubert est reçu, à la gare de Saint-Brévant, par la fanfare des Frères, qui jouo passablement la Marseillaise.U parcourt l'arrondissement en automobile.Du haut de son teuf-teuf, il sème des louis d'or dans les campagnes.U stoppe dans la cour des fermes et embrasse les enfants morveux.Il boit, dans les auberges, du trois-six et du tord-boyaux.Il fait imprimer, danB le Moniteur de Loire et Garonne, que son concurrent, le docteur Blaniche, candidat radical, n'est qu'officier de santé.Il préside, à Saint-Brévant.un "couronnement de la Muse," avec pompiers, musique et discours.Il danse le quadrille officiel su bal de la municipalité.Malheureusement, il s'oublie, le soir, de la fête, avec la Muse.Gros scandale dans le pays.Le journal radical s'indigne, le docteur Blaniche va triompher.Juste à point, Mlle AUiette de Vouges, qui s'ennuyait loin d'Hubert, rentre en scène et ramène l'espérance dans le camp des ralliés.Très crâne et coquettement parée, elle va trouver Blaniche.Et, sous prétexte de lui dévoiler un léger malaise, elle exerce sur lui le pouvoir de ses charmes.Le docteur Blaniche, en auscultant sa cliente perd toute retenue.Etonrdiment il tombe dans le panneau.Alors, la belle Aliette, qui avait son idée de derrière la tête, " pousse des cria de putois malade." Elle se met à hurler méthodiquement : " A moi ! au secours ! à moi ! '' En même temps, ajoute l'auteur, " elle déchire d'une main preste les dentelles de sa chemise et de son jupon." Elle râle : " Monstre ! Misérable ! Grâce ! A moi ! Maman ! " Le quartier s'ameute.On accourt.Blaniche, innocent, s'écrie : " C'est ainsi que l'on crée dea erreurs judiciaires ! " Mais AUiette se dresse, habilement ébouriffée, savamment fripée, dans la pose de Lucrèce après la visite de Sextus Tarquin.Tableau.Hubert, remis en selle par cette manœuvre électorale, reprend, comme disent les écuyers, du poil de la bête.Il flétrit, avec une éloquence indignée, les vices de son compétiteur." Jus-ques à quaud souffrirons nous, dit il, que les saines at vaillantes populations de Loire-et-Garonne soient scandalisées par les déportements d'un médicastre sans clientèle, fruit sec du quartier latin, vétérinaire de brasserie et politicien d'estaminet ?Quant à moi, messieurs, je suis venu parmi vous pour défendre, dans une République sage, les grands principes do la famille et de la propriété.U y a, dans les couches profondes, comme disait le regretté Gambetta, une inépuisable réserve d'énergie morale.Messieurs, vous chasserez les intrus I Vons saurez reconnaitre vos véritablea amis, les hommes de tradition et de progrès, qui veulent réconcilier, sur une nouvelle base, la vieille France et la jeune démocratie ! " Ce petit discours, rédigé à Paris dans les bureaux d'une agence, ne rate jamais son effet.Une réunion contradictoire, organisée par le comité d'Hubert, achève la déroute du docteur Blaniche.Dè.t que celui-ci veut parler, on entend : "Ala porte ! Ferme ton bocal ! Assez ! A l'eau! Menteur! Cocorico! Pi.ouitt ! Hi ! ban ! Hi ! han ! " On chante le chœur des Lampions, accompagné par des grelots de bicyclette et des corues d'automobile.Finalement, le candidat des ralliés est élu, et même il Be marie.Vive la République ! Marseillaise.Apothéose. 224 LE REVEIL U y a beaucoup d'esprit dans cette satire et pas mal de vérités dans cette caricature.M.Pierre Veber nbase, lui aussi, d« postures immodestes (ils out tous la même rage ! ) Mais c'est un pince-8aus-rire des plus distingués.Sa fantaisie cocasse est soutenue pir une prorision d'expérience et d'observation.Tantôt il houspille l'humanité à fleur de peau.Tantôt il enfonce le trait, et pince, pour ninsi dire, en profondeur.Evidemment, M.de Tocqueville aurait traité sur un antre ton les questions relatives au suffrage universel.N'empêche que les professeurs de philosophie pointue pourraient trouver l'occasion de s'instruire gaiement en lisant ce roman-vaudeville, coupé eu dialogues, à la façon de Donnay, de Gyp et de Lavedan, mais animé d'une vivacité alerte qui appartient en propre à M.Pierre Veber.Je suis surpris que cet amusant metteur en scène ne travaille pas davantage pour le théâtre.Gaston Déschampk.A quand la reprise des travaux de la Conférence Internationale.On fait maintenant subir des examens aux candidats traducteurs du Hansard.Il était temps.Mais c'est une innovation qui ne changera rien au mode de nomination.* * La St.Jeun-Baptiste doit être fêtée cette année avec une solennité inaccoutumée.Nous demanderons si notro ambassadeur va faire allonger ses culottes blanches en cette occurrence.#*# Ceux qui désirent se procurei la première livraison des Contemporains, par Vieux-Rouge, feraient mieux d'en faire la demande immédiatement.In eu reste au plus une vingtaine d'exemplaires.Prix 50 cts.TRADUCTION ET REDACTION Souvent le monde commercial, industriel ou financier désire confier la rédaction de ses circulaires, brochures ou annonces à des experts; mais ou ne réussit pas à les trouver, à moins que, comme cela arrive trop souvent, sa confiance ne soit accordée è des gens qui n'ont ni U science ni l'expérience.Il ne suffit pas de faire beaucoup de publicité : il fiut encore et snrtoat qu'elle soit à point.Si la forme ne vient pas i l'appui du fond, le but visé n'est pas atteint, la pensée de l'intéressé est ma) exprimée, peut-être même n'est elle pas du tout comprise par ceux dont on recherche la clientèle'.Ou nons a tiès souvent demandé d'organiser ici, sons les auspices du REVElL,un service de rédaction générale et de traduction d'anglais en français, ou vice versa.C'est pour satisfaire à cette demande que nous venons annoncer qae dorénavant des exports se chargeront non se niera eut de travanx commerciaux, mais littéraires et techniques.Notre tarif n'aura rien d'exorbitant, nons apporterons dans l'exécution des commandes ua soin méticuleux et touto la célérité possible.On pourra s'adreser à la direction dn Réveil, au No 157 rue Sanguinet, on par lettre an bureau de poste; Botte 2184, Montréal.Faites abonner vos amis au Réveil.#*# Le Réveil est publié et imprimé par A.Filiatreault, au No 167 rue Sanguinet, Montréal.#** On a demandé à M.Tarte dea explications au sujet de certains contrats donnés sans soumission.C'est ça qui est bien égal au Ministre des Travaux Publies.Il va en France, d'ailleurs, si l'on en croit ls rnmeur publique.C'est une perte ponr le pays, mais il nom reste à savoir si o'est un gain pour la France.Quant à noas, plus loin il se rendra, plus ci nous fera plaisir.
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