Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 décembre 1900, samedi 29 décembre 1900
157 rtte singUINBT^^ ^io^tQ .a4J^ tiroir postal 2184 REVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE E REVEIL POLITIQUE-THEATRE-LITTERATURE-BEAUX-ARTS VOL.XIII MONTREAL.29 DECEMBRE 1900.No 276 sommaire LE XXeme SIECLE Le XXeme Siècle, La Direction — Un Jugement lntévessent.Vieux-Rouge Le directeur du Réveil a l'honneur de La Bonne Charité.Humain — Sou- Pinter à ses fidèles abonnés et à ses tones Politiques, La Redaction - La nombreux amis les meilleurs souhaits de Dépopulation, Octave Mirbeau- Glo- bonheur et de prospérité à l'occasion de la ria Victis!.Pa^etom— La Chaire nouvelle année qmj.;ouvre le vingtième siècle.Publique — Pour vous Mesdames.Les cordiales relations qui out toujours existé entre le directeur, les rédacteurs et Los conditions d'abonnement au Réveil ne les lecteurs du Réveil depuis le premier sont pas les conditions ordinaires des autres jou,.SQQ esjstence est le gage le plus journaux.Nous livrons le journal à domicile 5ûr que le jouiml n'a pas cessé d'être dans [ franco.1 à raison de 25 cts par mois, payable au , .,., ., 1 ,J , • m / la voie qu il s était tracée au début et commencement de chaque mois, lout ce que ., ,, JjC , .j a ,„Lii„ a.t aa vnir lo qu'il n a nullement démente.nous demandons an public est de voir le n journal.En jetant les yeux en arrière pour exa- - miuer le chemin parcouru depuis dix ans, tous tant que nous sommes, nous avons Le Réveil est imprimé et publié par A.raison d'être tiers du progrès qui s'est ae- Filiatreault, au No 157 rue Sanguinct, à com pli dans notre province, gracè aux sa- Montréal.crifices des personnes qui désiraient l'é- - mancipation du peuple canadien, tenu si t» longtemps sous la férule cléricale, et qui Le prix de l'abonnement au Réveil est b 1 .,.' .\.TROIS PIASTRES par année, commence a comprendre qu il a été indi- LE REVEIL gnement trompé et pillé pendant cent ans au bénéfice des soutanes.Encore vingt années de ce travail, et l'émancipation sera à peu près complète, surtout si l'on peut une bonne fois mettre le système de l'éducation populaire sous un contrôle laïque.La Direction, Un Jugement Intevessent L'hon.M.Langelier, juge de la Cour Supérieure, vient de rendre un jugement qui semble attaquer les droits de toute la profession médicale.Voici le texte de ce jugement que nous donnons en entier, pour montrer aux parties intéressées (en laissant de oôté le demandeur et le défendeur) la portée future que peut avoir ce jugement sur les services que les médecins rendent à leurs clients.Il y aura probablement appel de ce jugement devant la Cour du Banc de la Reine, et nous verrons les raisons des deux parties énuraérées en présence de cinq juges qui décideront en dernier ressort.Ci-suit le texte du jugement rendu en première instance : Attendu que le Demandeur demande que le défendeur soit condamné à lui payer $138.00 pour soins médicaux donné à lui et à ses enfants ; Attendu que le défendeur sur son plaidoyer admet que le demandeur a donné des soins médicaux à lui et à ses enfants, mais conteste le nombre et le valeur des dits soins indiqués dans le compte détaillé du demandeur, allègue qu'il est médecin-dentiste et qu'il n'est pas d'usage entre médecins de se faire payer pour services médicaux, que lui même n'a pas fait, payer le demande ar ponr des soins professionels donnés à sa femme, que le demandeur ne lui a jamais légalement le paiement de la dite somme réclamée par l'action, que le défendeur lui a offert avant l'action la somme de cinquante piastres, qu'il renouvelle cette ofire et a consigné la dite somme en produisant son plaidoyer ; Considérant que le demandeur jure qu'il a fait au détendeur et à ses enfants toutes les visites et leur a donné tons les soins mentionnés dans le compte produit avec son action ; Considérant que d'un autre côté le défendeur dont le témoignage est corroboré par oeux de Denise Giguère et Délima Griguère, ses servantes jure que le demandeur ne lui a fait à lui-même, que donze visites au lieu de quarante-huit qui apparaissent dans le dit compte, et n'a fait à ses en feints que cinqnante-quatre visites an lieu de cent cinquante-six qui apparaissent dans le dit compte ; Considérant qu'en face de cob contradictions le demandeur n'a pas prouvé avoir fait plus de visite que le nombre ainsi déclaré par le défendeur et ses deux témoins Denise et Délima G-i-gnè.ie ; Considérant que le demandeur lui même admet que chaque fois qu'il visitait deux ou plusieurs malades chez le défendeur en une même occasion, il n'avait droit pour tous ceux au-delà d'un qu'à la moitié du prix qu'aurait valu telle visite faite à un seul et que telle est aussi, parait-il, la pratique de la plupart des médecins, d'après le témoignage du Dr.Lamarche, témoin du demandeur.Considérant que sur ces visites au défendeur et à ses enfants il n'y en a que quarante-deux qui ont été faites à un seul patient et que, partant, pour les vingt quatre autres, le demandeur n'a droit de recevoir que la moitié du prix d'icelles ; Considérant que les médecins entendus comme témoins par les deux parties ne s'accordent pas sur le prix auquel le demandeur avait droit pour les dites visites, mais qne presque tous s'accordent a dire que le prix des visites d'un médecin dàpend de la condition sociale et pécuniaire de son client, ainsi que du nombre de telles visites d.uis un temps donné et du nombre de personnes traitées dans une même visite.Considérant que depuis la preuve, la Cour en est venue à la conclusion que d'autres médecins de la position du défendeur dans les circonstances où le demandeur a soigné celle du défendeur n'unis, pas exigé plus de cinquante cents par visite, en moyenne, ce qui ferait trente-trou piastres ponr les soixante-six visites prouvées en cette cause ; Considérant qu'outre ces soixante-six visites le demandeur a prouvé qu'il avait donné au défendeur et à ses enfants des consultations et des LE REVEIL 1*79 Boins et qu'il lui avait reudn des services pour une somme do seize piastrus ; Déclare les offreB du défendeur suffisantes, lui en donne acte, et renvoie l'action du demandeur pour le surplus avec dépens contre le demandeur.Montréal, décembre 1900.Le premier point soulevé par la profession médicale est que M.Fori in, dentiste, ne possède aucun droit nu titre de médecin, vu qu'il est tout simplement dentiste et non docteur.Mais, même dans le cas où il serait docteur, il n'est nullement prouvé que M.Fortin, dentiste, soit médecin.Entre médecin et docteur il y a un abi-me, parce que l'on trouve dans toutes les gazettes et à propos de touted es qualificatifs qui no sont pas fort explicites : Si la théorie du savant juge Langelier prévaut M.Louis Frechette, docteur, pourra se faite soigner par le Dr Brodeur, sans que ça lui coûte un sou.On demande en outre au demandeur de prouver le nombre des visites qu'il a faites.Par quel moyen peut-il arriver à faire cette preuve ?Il n'y en a qu'un, et les législateurs y ont pourvu en donnant aux médecins le droit de témoigner eux-mêmes en leur faveur.Leur serment suffit pour empêcher quelquefois la divulgation de secrets professionnels qui pourraient produire des perturbations familiales déplorables à tousles points de vue, et c'est une des raisons probables qui a induit les législateurs à ne pas demander aux médecins de produire leurs notes en détail.#*# Il s'agit donc aujourd'hui de bien déterminer la nature des services du médecin et la position sociale du client, avant de juger si les visites du premier valent 10 cents ou 50 cents ou $1 00.Ceci ne semble pas avoir été pesé dan3 le jugement prononcé par l'hon.Juge Langelier, et nous croyons que dans l'intérêt du public et de la profession médicale, ce point devrait être fixé pour une jurisprudence supérieure à celle d'un juge ordinaire.Vieux-Rouge P.s.—Depuis que j'ai écrit l'article qui précède un savant professeur d'université m'a fait remarquer que dorénavant, il faudra que les médecins rédigent une prescription chaque fois qu'ils feront une visile à un olient pour prouver la visite en question.Vieux-Roogb.LA BONNE CHARITE Ce qui suit est de nature à édifier les philanthropes, et nul doute qu'ils liront cet article avec plaisir.'• Le cadavre de William Jackson, qui est décédé au restaurant Still well, il y a plus de trois seraaiuij*.est encore à la morgue, attendant l'inatimation." Jacksou n'avait app\remmeut aucun parent eu ce pays, et, lorsque le jury du coroner eut prononcé son verdict sur sa mort, arrivée dans des circonstances un peu mystérieuses, personne ne se présenta pour réclamer les restes de l'infortuné et leur faire des funérailles." Or.le coroner ne peut, selon la loi, envoyer à la dissection que les cadavres trouvés dans la rue.Pour celui-ci, il ne pouvait faire autrement que de prévenir les autorités municipales qui devaient voir à le faire enterrer." Comme Jackson était protestant on ne veut pas recevoir sou corps dans le cimetière catholique, et, au cimetière Mont-Royal, on no le reco-via pas sans que la fosse soit payée." Dans cette situation le corps de Jackson resta à la morgue, où il commence à entrer très vite en décompositiou.Si la ville n'agit au plus tôt, la morgue finira par être infectée." Il s'est présenté uu autre cas semblable, plus récemment.Personno n'est venu réclamer le corps 4e la vieille Zoé Michel, morte subitement le 180 LE REVEIL jour de Noël, à la morgue.Cette vieille était fort pauvre On dit qu'elle a une fille à Québec, mais que celle-ci n'a pas les moyens de faire des funérailles à sa mère." Comme la vieille était catholique, elle sera inhumée aux frais de la ville dans l'espace réservé aux indigents, au cimetière de la Côte des Neiges.Un autre, nommé G-authier, a été tué accidentellement il y a quelques jours par une locomotive, à la Pointe St-Charles.On n'a pu obtenir aucun renseignement sur sa famille et ses relations, et son corps pst resté depuis à l'hôpital Général.Hier soir, la compagnie du Grand-Tronc, à l'emploi de qui était le défunt, a annoncé qu'elle le ferait inhumer.Il y a aussi un malade anglais qui est décédé depuis plusieurs jours à l'hôpital Notre-Dame, et dout le corps n'a pas été réclamé.—La Presse Eh oui I vous avez bien lu.C'est imprimé en toutes lettres, et publié dans le journal le plus répandu dans le pays.Montréal, la ville aux minarets, où les églises et les temples se touchent dans toutes les parties de la cité ; où l'on rencontre des moines de toutes les couleurs des abbés en soutanes de soie, des révérends à tous les coins de rues ; Montréal, qui compte des asiles où l'on est bien reçu en payant, n'est pas suffisamment riche pour faire inhumer les cadavres des Indigents non réclamés.Qu'en pensez-vous, messieurs les citoyens ?Est-ce assez humiliant ! Le parti de la réforme a là une tâche facile à remplir en portant une somme insignifiante après tout au budget municipal pour parer à ces éventualités.En même temps on pourrait donner au Greffier de la Cité l'autorisation d'émaner les ordres nécessaires pour inhumer les malheureux qui meurent sans le sou.Si des villes américaines contenant à peine 25,000 âmes peuvent se payer ce luxe, nous ne voyons pas de raison pour que Montréal n'en fasse pas autant.Humain.SOUTANES POLITIQUES Nous publions aujourd'hui une étude de Jean de Bonnefon sur le Père Monsabré.Quoique les sujets traités dans cet ouvrage du célèbre écrivain ne soient plus d'actualité, il y a cependant des portraits qui s'adaptent si bien à certaines soutannes canadiennes qu'ils seront lus avec plaisir par la plupart de nos abonnés.La Rédaction.PRINCIPE IMMUABLE.Les PILULES de LONGUE VIE du CHIMISTE BONARD purifient et fortifient le sang dont la pureté et la force constituent le principe immuable de la vraie santé.9 DEPOPULATION L'autre jour, j'avais, chez moi, un ouvrier menuisier qui était venu réparer ma bibliothèque.C'est un homme très intelligent et qui aime à causer.Pendant qu'il travaillait : — Est-ce que vous avez des enfants ?lui de-mandai-je.— Non !.me répondit-il durement.Et après une pause.d'une voix plus douce : — Je n'en ai plus.J'en ai eu trois.• Ils sont morts ! Il ajouta, en hochant la tête : — Ah ! ma foi ! quand on voit ce qui se passe et la peine qu'on a dans la vie.ça vaut peut-être mieux pour eux, qu'ils soient morts.les pauvres petits bougres !.Au moins, ils ne souffrent pas.J'insistai un peu cruellement : — Est-ce qu'il y a longtemps que le dernier est mort ?— Dix ans, fit-il. le beveil 181 — Et depuis ?.— Depuis, vous comprenez que ni moi, ni ma femme nous n'en avons pas voulu d'autres.Ah ! non, par exemple !.Je lni expliquai l'admirable mécanisme de la loi Piot, et comme quoi, étant assez mauvais patriote pour n'avoir pas, ou pour n'avoir plus d'enfants vivants.il serait passible d'un impôt, s'il arrivait que cette loi fût voté*.Il ne parut pas très étonné, ayant pris l'habitude de considérer la vie en philosophe : — Je ra'atteuds à toui des lois, me dit-il, sans aigreur.Uae loi, parbleu.Je sais ce que c'eBl.Je 6ais que ça n'est jamais pour nous autres.L s lois sont toujours faites ponr les riches contre les pauvres.Mais, tout de même celle dout vous me parlez.elle est vraiment nu peu forte.Car, bi je n'ai plus d'enfants.c'est de leur faute ! — De leur faute ?.A qui ?.— Mais aux autorités.à l'Etat.je ne sais pas, moi.A tout les bonshommes qui ¦ont chargés de fabriquer les loi ï, et à tous ceux-là qui sont chargés de les appliquer !.("est bien simple.et ça n'est pas nouveau!.L'Etat — il faut lui rendre cette justice — protège les volailles.les taureaux.les chevaux.les chiens.lea cochons.avec une émulation merveilleuse, et une très savante entente du progrès scientifique.On a trouvé, ponr ces divers et intéressants animaux des modes d'élevage d'une hygiène parfaite.Sur tout le territoire français, il existe à ne plus les compter — des Sociétés d'amélioration pour les différentes races de bêtes domestiqnes.Celles-ci ont de belles étables.de belles écuries.de beaux chenils.bien aérés.bien chauffés., et pourvus non seulement du nécessaire.mais d'ungrand luxe.On les entretient dans une salubrité constante et rigoureuse.purs de tous germes malfaisants et de contagions morbides, par des lavages quotidiens, par des désinfections rationnelles, à l'acide phonique, borique, etc.Moi, qui vous parle, j'ai oonstruits des poulaillers qui sont de vrais palais.C'est très bien !.Je ne suis pas jaloux des soins méticuleux dont on entoure les bêtes.Qu'on les couronne même dans les concours.qu'on les prime.qu'on leur donne des sommes d'argent, dans les comices agricole.Je l'admets !.Selon moi, tous les êtres vivants ont droit à de la protection, à antaut de bonheur qu'on peut lour en procurer.Mais je voudrais que les enfants — les enfants des hommes — ne fussent pas, comme ils le sont, systématiquement écartés de tons ces bienfaits.bestiophiliques.Eh ! bien, il parait que c'est impossible.Un enfant, ça ne compte pour rien !.Cette vermine humaine peut crever, et disparaître.Il n'importe !.On organiae même, admiuislrati-vement, des hécatombes de nouveau-nés.comme si nous étions menacés d'un dangereux pullulement de l'espèce.Et les dirigeants, les maitres de cette belle société — qui sont, sinon la cause première, du moins les continuateurs indifférents du mal qu'ils dénoncent avec un patriotisme Bi indigné — se plaignent amèrement du nombre sans cesse décroissant des enfants qu'ils empêchent de naitre, ou qu'ils tuent.sitôt nés, par les procédés les plus sûrs et les plus rapides.Car la véritable infanticide, c'est cette société, si terrible aux filles-mères qui ne peuvent nourrir leurs enfants !.Et '1 faut la voir adjurer les familles de prolific.* tant et pins, ou bien les menacer de peines fiscales très sévères quand elles s'avisent enfin de rester stériles, ne voulant pas qu'il sorte d'elles des créatures impitoyablement von.'-.- à la misère et à la mort !.Eh ! bion, non !.On ne veut plus rien savoir.Il avait dit tout cela sur un ton tranquille, et tandis que, à califourchon sur le haut d'une échelle double, il sciait avec méthode et lenteur nue planchette de bois.La planchette sciée, il se oroisa les bras et me regarda en hochant la tête : — Voyons, monsieur, fit-il .est ce pas vrai, ce que je dis là ?.Et qu'est-ce qu'ils nous chantent, avec leur Bacrée dépopulation ?.Quand tous ces beaux farceurs auront fait leur examen de conscience et qu'ils auront reconnu loyalement que le mal n'est pas eu nous.mais dans la constitution même de la société.dans la bar barie et dans l'égoïsme capitaliste des lois qui ne protègent que les heureux.alors, on pourra 182 LE REVEIL peut-être causer.D'ici là nous continuerons à jeter au vent qui la dessèche, la graine humaine et les germes de vie !.Qu'est-ce que cela me fait à moi, la richesse et la gloire d'un pays où je n'ai qu'un droit, celui de crever de misère, d'ignorance et de servitude ?.Je lui demandai alors pourquoi et comment ses trois enfants étaient morts.— Comme ils meurent tous ou presque te us, chez nous, me répondit-il.Ah ! cette histoire est courte, et c'est l'histoire de tons mes camarades.De l'un à l'autre, la forme de misère peut varier quelquefois, mais le fond est le même Je vous ai dit, tout à l'heure, que j'ai eu trois enfants.Tous les trois, ils étaient sains, forts bien constitués, aptes à vivre une bonne vie, je vous assure.Les deux premiers, nés à treize mois de distance l'un de l'autre, sont partis de la même façon.Chez nous, il est rare que la mère puisse nourrir de son lait sa progéniture.Alimentation mauvaise ou insuffisante.tracas de ménage.travail, surmenage.enfin, vous savez ce que c'est.Les enfants furent mis au biberon.Ils ne tardèrent pas à dépérir.Au bout de quartre mois, ils étaient devenus assez chétifs et malades pour nous inquiéter.Le médecin me dit : " Parbleu ! c'est toujours la même chose.le lait ne vaut rien.le lait empoisonne vos enfants ! " Alors, je dit au médecin : "Dites-moi où il y a de bon lait, et j'irai en acheter." Mais le médecin secoua la tète, et il répoudit : "Il n'y a pas de bon lait à Paris.Envoyez votre enfant à la campagne." Je confiai le gosse à l'Assistance publique, laquelle le confia à une nourrice percheronne.Huit jours après, il mourait.Il mourait, comme ils meurent tous, là-bas, du manque de 6oins, de la férocité paysanne., de l'ordure.Mon troisième, je le gardai à la maiuon.Il vint très bien.,.C'est vrai qu'à ce moment, ma femme et moi nous gagnions de bonnes journées, et que l'argent ne manquait pas.Il était gras, rose, ne criait jamais.Impossible de voir un enfant plus fort et plus beau.Je ne sais comment il attrapa une maladie des yeux qui régnait dans le quartier, en ce temps-là.Le médecin me dit qu'il fallait le mettre à l'hôpital.Il y avait un hôpital spécial à cette ma- ladie-là.Le petit guérit, mais le jour où la mère était partie pour le ramener, elle le trouva la mine défaite, et se tordant dans d'affreuses coliques.il avait gagné la diarrhée infantile.Ou ne le soignait d'ailleurs pas.La mère s'en étonna.Uno espèce d'interne qui se trouvait là, dit ; " On ne 6oigne ici que lea maladies des yeux ,.Si vous voulez qu'on le soigne pour la diarrhée.emmenez le dans un autre hôpital !" La mère eut beau prier, supplier, menacer, ce fut en vain.Elle prit son pauvre enfant dans ses bras pour le condnire dans un hôpital qu'on lui désigna.Il passa, durant le trajet.Et voilà ! tt on vient me dire encore : "Faites des enfants, nom de Dieu !.faites des enfants !." Ah! non Je sors d'en prendre.Et haussant les épaules, il dit, d'une voix plus forte : — Ils sont épatants ces beaux messieurs !.Quand il eut fini son ouvrage, il considéra les volumes rangés sur les rayons de la bibliothèque : — "Voltaire !.fit-il.Diderot.Rousseau.Michelet.Tolstoï.Kropotkine.Anatole France.Oui, tout ça, c'est très beau !.Mais à quoi ça sert-il ?.L'idée dort dans les livres.La vérité et là justice n'en sortent jamais !.Il ramassa ses outils, et s'en alla, triste.triste !.Octave Miebkad.gloria victis! Voici l'aube d'une résurrection.La générosité de l'esprit latin acclame un vaincu, qui n'est pas de sa race, mais le vaincu d'une autre nation lointaine, ignorée, après tout antipathique par les mœurs niaises, la mentalité rudimentaire, ce manque de courage individuel empêchant les Bœrs de quitter l'abri des kopjes pour conquérir par l'élan d'un assaut une victoire facile aux sièges de Ladysmith et de Kimberley.Seulement Kruger est le Vaincu.Notre àme proteste contre la raison de la Force.C'est là notre grandeur.Les journalistes anglais eux-mêmes respectent cette manifestation philosophique de LB HÈVÊÎL nos capitales où les cohortes de camelots, et les salariés d'abominables politiciens ne réussirent point à faire crier une injure avilissante par ces foules majestueuses, simplement conscientes de la vérité spirituelle.Ah ! on se sent jeune.Le coq des Gaulois a chanté clair.On peut se serrer les mains avec deB larmes aux yeux, et des cœurs émus.''Gloria Victis !", avons-nous crié déjà en 1870 Gloire aux vaincus ! Mais alors c'était nous-mêmes que nous consolions ; c'était notre douleur que n.il- honorions, pendant que les hommes du 4 Septembre, trépignaient de joie en plein boulevard parce que Sedan marqnait la fin de l'Empire, la défaite de leurs riraux politiques.Aujourd'hui, tout égoisme est loin de notre clameur.L'ombre de la France grandjt étrangement sur le monde.Examinons notre conscience ; ainsi fait celui qui sort du sommeil.Etirons nous.Ecoutons craquer le6 muscles de nos vigueurs.Pensone.Cherchons quelle somme de puissance nous pouvons offrir à la nouvelle tâche ?Car nous voici debout, n'est-ce pas ?Et pour un temps ! D'abor 1, que voulions-nous, foule et de multitudes en délire d'snthousiasme, devant ce vieil homme rugueux saluant au balcon?Un parlementaire assure que la France allait les deux causes, parce que les Bœrs résistent comme lesnotions centrales et méridionales à .'envahissements des races nordiques.M.de Mahy prétend que nous protestions contre la snprématie des Germains, des Anglo-Saxons d'Europe, et d'Amérique.Non.Le Bœr est de rsce nordique, en tant que Hollandais, et surtout de par son protestaniisme rigide, étioit, borné.Qui voyage en Hollande se peut cioire dans le Brandebourg ou la Poméranie.Au café-concert de FleBsingue, c'est la chauteuse de Hambourg, de Berlin ou de Brème qui touche le cœur de l'assistance, qui susuite les fureurs de joie.Dans Johannesburg, le quartier infâme s'appelle "le quartier français", encore que beaucoup d'Allemandes y tiennent boutique de plaisir.Entre le Transvaal et les pays latins, nulle communauté de sentiments originels.Le Bœr appaitient à cette race septentrionale mémo au dam de laquelle M.de Mahy et les parlementaires de sa secte excitent nos haines.Donc ce discours expose uniquement des erreurs et do l'ignorance.Les Français ne saluent en Kru-ger ni le concitoyen, ni l'ami, mais le vaincu, celui qui succombe sous les armes brutales du nombre.C'est un premier point.Que vient demander ici le président du Transvaal ?— L'arbitrage do la Conférence de La Haye.Voilà le motif précis de son voyage.Or, l'arbitrage international c'est la première étape de l'effort européen en marche pour établir la paix entre les nations scientifiques se voulant dégager de l'ère des luttes et du sang versé.Ces jours-ci, la France acclamait au coin du boulevard et de la rue Scribe, la protestation du Faible en appelant à la Justice des Peuples, ses pairs, après les crimes de la Force.Si le président Krnger incarne une idée nette, il incarne celle-là : la substitution de l'arbitrage international au jugement de Dieu, au hasard des combats sauvages.Il paraîtrait merveilleux anx siècles futurs que notre race, faite de vingt races diverses réunies par la seule influence de l'idéal latin, continuât cette œuvre en se déclaraut le champion du tribunal «le La Haye.Pour cette dévotion à la Justice, nul sacrifice ne coûterait trop.Nos denx millions de baïonnettes pourraient surgir sur les champs d'Europe, et notre sang remplir les sillons du vieux monde, à nouveau! La splendeur de la cause méritait qu'un tel sacrifice la consacrât.Le peuple de la Révolution se doit à ce labenr.Hant les cœurs, si nous croyons toujours eu la missiou de la Liberté ! Souvenons-nous que le képi rouge ressemble au bonnet phrygien de Mithra.Mithra le Dieu de la Lumière intelligente, et prototype del'Ormuzd persan, est représenté dans les vieilles mythologies sous la forme d'un jeune homme portant une belle coiffure.Il égorge sans peine à la surface des bas-reliefs la bestialité d'un teureau que sa forte maiu gauche tient par la corne.Il perpétue le symbole de la beauté harmonieuse et consciente anéantissaut la barbarie.De l'Asie, le mythe passa de boune heure sur la terre d'Occident.Dans chaque légion romaine les adeptes 184 LE REVEIL de Mithra instituèrent une Société secrète.On initiait les soldats les plus braves à la science de la lumière.L'épreuve d'admission consistait en un duel entre le néophyte et le meilleur spadassin.Si le candidat montrait du courage, il était reçu pa-mi les maîtres.Alors, au sein de l'assemblée mystérieuse, il se trouvait l'égal du consul, du prêteur, qui déposaient leurs insignes devant l'autel de Mithra.Le dogme de l'égalité et de la liberté lui étaient appris.On enseignait que la mission de Rome était de soumettre les barbares aux lois pacifiantes, de mêler aux entreprises de la guerre les travaux civilisateurs.La légion suivit les préceptes du dogme, couvrant notre pays de ces voies à larges dalles, de ces ponts indestructibles, de ces camps devenus, pour la plupart, des villes énormes, où fructifia le désir de la liberté, où le municipe latin se transforma en commune, pour lutter contre l'arbitraire féodal et constituer, au XlVe siècle, les Etat s Généraux.Dès 1790, lorsque ceux-ci se transformèrent en Assemblée nationale, le peuple reçut, des Jacobins, le bonnet de Mithra, Après la révolution de 1830, les troupes d'Algérie commandées par les anciens demi-soldes et les officiers carbonari, se coiffèrent d'écarlate, sous le prétexte d'adopter le fez, lequel fut sans doute choisi par les hordes turques, au temps où leur émigration conquérante traversa l'Asie centrale d'Ormuzd, le pays de Mithra.Il nous étonne de constater comment les élus du bonnet rouge, comment les syndicats socialistes «.'abstinrent de manifester en corps sous les fenêtres de l'hôtel Scribe.Collectivistes et communistes prêchent à l'envie l'internationalisme.Voici qu'un vaincu, qu'un délégué de prolétaires, laboureurs, réclame l'arbitrage.Au lieu de soutenir cette requête si conforme aux théories des Reclus, des Jaurès, des Guesde, ils se défient, se tiennent à l'écart, abandonnent la foule à elle-même, ou bien à quelques énergtwnèn-s mercenaires.En sorte que le président Kruger demandant l'appui de la France pour une sanction de la thèse internationaliste, se trouve mis en quarantaine par les partisans de cette thèse eux-mêmes.D'autre part, les nationalistes qui repoussent énergiquement toute entente avec l'étranger, qui vivent sous la crainte de ne s'en point remettre aux soins de l'artillerie, pour relever le prestige de la nation, ceux là rendent un manifeete hommage à la théorie du Cosmopolitisme, en applaudissant Kruger.Bizarrerie ! Les gens qui se posent en adversaires des états-majors refusent de réclamer, avec le vaincu, l'arbitrage international.Donc ils remettent au hazard des combats le destin des peuples.Au contraire, ceux qui s'affirment comme les défenseurs intransigeants de l'armée expriment leur enthousiasme pour l'homme qui demande implicitement la suppression de ces mêmes armées, puisque l'arbitrage international substituera lus juges aux soldats, un code à la stratégie, et saura réduire à néant la nécessité de la guerre, affirmée par les professeurs d'énergie.Contradiction folle ! Ce qui se passe à Paris depuis six jours est à la honte définitive des politiciens.Les faits démontrent avec ironie la sottise de leurs pratiques.En aucune journée de l'histoire, ils ne parurent aussi comiquement absurdes, nationalistes fevorisanl de tous leurs cris l'idée de l'internationale ; internationalistes réprouvant la manifestation pour l'arbitrage ! Rien ne démontra plus évidemment la bassesse de la politique.Les uns spéculent sur la vertu do la foule condamnant la Force, pour lui conseiller le règne de la Force.Les autres, par hostilité infantile contre des adversaires électoraux, renient à la face de l'histoire, leur foi essentielle dans la fraternité des peuples.La nation est grande.Les chefs sont petits.Ah ! France, les voilà tes ennemis immédiats, ceux qui te mentent et te détournent des routes de la gloire et de la vérité pour l'égarer dans les sentes de leurs lambitions médiocres, pour Rengager dans les hontes de leurs manigances.Et puisque tu te lèves enfin, puisque tu assures tes piods robustes sur le sol de la liberté, puisque tu proclames ta puissance morale recouvrée dans l'aube de résurrection, commence par laver ta LB REVEIL 185 belle chair.Il y a de l'eau pure dans tea fleuves.Ensuite, appelle tes sœurs pour crier avec toi contre la Force.Elles se nomment Hollande, Belgique, Suisse, Espagne.Elles fréraiesent d'impatience dans la faiblesse do leur isoiement, mais elles tremblent d'espoir en imaginant la beauté de bur ailiauce pour le Juste.Ah ! sî vous vous donniez les mains en chantant vos hymnes, en poussant devant vous vos Gis unis dans la même réprobation ! D'autres voix, sans doute, retondraient de l'Orient, et de partout, aux voix occidentales.Et tout changerait peut-être, à l'honneur de "os noms.Paul Adam.LA FORCE RETROUVEE.Les hommes et les femmes, à tout âge, qui se sentent faibles et épuisés par suite d'un excès de travail intellectuel ou physique trouveront dans les PILULES de LONGUE VIE du CHIMISTE BONARD la force et la vigueur.8 La chaire catholique La chaire est an fief qui appartient en France à deux Ordres, éternels rivaux, éternels Vadius et Trissotins de cette Célimèiie qui est la popularité :' les Jésuites et les Dominicains.Jusqu'ici les procédés oratoires avaient ditféré.Les siTraons dominicains commençaient comme lès drames d'Alexandre Dumas et faisaient s'agiter sur leur base desséchée, les vieilles demoiselles romanesques raidies sur leurs chaises.Les Jésuites avaient une éloqueuce plus austère : la parole de leurs oratenrs avait gardé jusqu'ici cette modération de forme, cette élégance concise, ce charme Béducteur, qui pénétrait les âmes sans agiter les corps.L'Ordre n'avait pas, comme celni des Dominicains, deux on trois brillants ténors dont la voix éclatait à travers le monde.Lob Jésuites séduisaient et charmaient, par une doctrine forte, les auditeurs très attentifs.Paris était peut-être aux Dominicains ; la province était sûrement aux Jésuites.Ces derniers avaient jusqu'à ces temps derniers la puissance de la richesse, la force que donne la pièce de cinq francs, hoslie d'argent qui contient un Dieu vivant Les expulsions changèrent tout cela : les collèges désorganisés cessèrent de former l'élit© de l'armée ; le malheureux essai de Cantorbéry se termina par une liquidation qui fut presque une faillite ; les Jésuites perdirent lo sceptre de l'éducation et du même coup la royauté de la chaire.Les collèges do Moulins, du Mans, de Vaunes, de Mont grès, de Bordeaux et de Sainte-Marie à Toulouse, devinreut de simples pépinières moitié laïques, moitié religieuses et ne fournirent plus que des arbustes chétifs à la grande forêt de la rue deB Postes.Pendant ce temps, les Dominicains, entreprenants, libéraux, ardents, réorganisèrent des collèges où de beaux parcs séduisirent les parents, où une discipline très douce retint les élèves.Les conférenciers célèbres devinrent les maîtres de la jeunesse, et c'est avec orgueil que les élèves d'Arcaeil, appelèrent an beau jour le pèreDidon leur prieur.Le collège d'Arcacho¦¦, au milieu der» sapins, en face de la mer est le nid moelleux ou les petits Parisiens souffreteux trouvent une éducation conforme à leur faiblesse de Tempérament.Les fils des fonctionnaires, que dis je, les di gnitairo8 républicains furent accueillis chez les Dominicains et de triomphe eu triomphe l'Ordre put fonder, rue Saint Jacques, à côté de la célèbre rue des Postes, une maison insolente où l'on prépare avec succàs aux écoles du Gouuerne-ment.La Société do Jésus affolée, presque ruinée, ayant fait de vaius appels àttx liches frères d'Amérique, sentit le besoin de lutter par le cabotinage contre la mode.L'éloquence libérale, des Dominicains avait peuplé leurs collèges : Pourquoi l'éloquence réactionnaire des Jésuites ne repeuplerait-elle pas les Caousou, les Vaugi-rard désertés ?Il fallait sans plu?, Bans moins, retourner l'éloquence do la chaire comme un vieux gant ; il s'agissait pour la Société de Jésus, caméléon historique, de changer encore 186 LE REVEIL une fois de couleur, ou plutôt de recolorer le blason de l'Ordre, un peu pâli par les pluies révolutionnaires.Le P.Didon, le P.Olivier avaient bruyamment adhéré à la République ; le P.Leraoigne et le P.Forbes furent ohargés, à l'avaut-dernier carême, de défendre avec éclat la Monarchie.On se souvient encore du scandale qui éclata à Saint-Merry et à Sainte Clotilde : comment le P.Lemoigne frappa d'une main trop provinciale sur le clavier parisien, et comment le P.Forbes oublia sa qualité d'étranger pour faire concurrence à M.Descaves dans l'art de malmener l'armée.Nous sommes aujourd'hui loin du temps où, Magdeleine mâle, le P.Didon s'en allait demander pardon à Rome pour avoir trop parlé.Les idées dont il était le précursur persécuté ont triomphé et il est allé de nouveau aux pieds du Pap
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