Les Veillées du Père Bonsens, 1 janvier 1873, No 2
LES VEILLEES DU PÉRE BONSENS Seconde Série.JOURNAL HEBDOMADAIRE.No.2.PREMIER ENTRETIEN.Octobre 1873.(Suite) i Oit Mademoiselle Jacqueline se parle à elle-même et maugrée contre lea enfants tï aujourd'hui.—Où elle déclare n'avoir de goût que pour les histoires de voleurs.—Où.le docteur Boudin acquitte les ministres vivants et accuse un mort d'avoir manqué de patriotisme.—Noires réflexions.—Histoire d'autrefois.—Le bon diable de la Roche aux corbeaux, (liavenscraig).histoire, d'aujourd'hui,— Tentation.—Débats.Quenoche.—Sans vous offenser, monsieur le docteur, je les prends pour des gens qui aiment mieux bien vivre que mal mourir.En tout cas je ne les blame pas aussi fort que bien d'autres qui font les sucrés et les indignés, qui feraient peut-être pire, s'ils en avaient l'occasion, et qui ne se tueraient point pour tout ça.Et je ne les blame pas non plus ; car après tout c'est une terrible affaire que de se faire mourir tout vivant.Jean-Claude.—Allons, Quenoche, tu dis des bêtises.Comment diantre se ferait-on mourir si on était déjà tout mort.Laisse donc parler ces messieurs.Tu interromps toujours et l'on ne peut jamais savoir la fin d'une histoire.Monsieur Bonsens, je vous en prie contez nous tout ce que vous avez appris sur les /(scandales des trois gros sires qui font tant de train.Boudin.—Gros Sires tant que tu voudras.Ils se moquent bien de tout ce qu'on peut dire d'eux, va.D'abord l'un d'eux, le premier, le plus grand, le notre, Sire Georges a passé de vie à trépas daus un autre hémisphère, je ne lui pardonnerai jamais cela à ce vieil ami ; mais il nous a légué ses cendres quo j'ai eu l'honneur de reconduire à leur dernière demeure en compagnie d'une foule d'employés publics inquiets sur leur sort futur depuis que le pilote du char de l'état.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Vlà qu'y a des pilotes à bord des chars, à c't heure ! Boudin.—Eh ! laisse moi parler.C'est une image.Quenoche.—Oh ! c'est autre chose.Si c'est une image.coloriée, je ne dis plus rien, le papier, comme on dit, souffre tout.Pardon, docteur, je ne dis plus mot ; continuez.Boudin.—Je disais donc que notre sire est mort et que ce qui prouve sa grandeur, sa grande valeur, c'est que depuis que nous l'avons perdu le vaisseau de l'état, battu des vents et des tempêtes, semble désemparé.Quenoche.—Dites donc déraillé., puisque c'était un char et que tout ce garouage est une vraie catastrophe de chemin de fer.Mais continuez donc.Boudin.—Le second sire, Sire John, est heureusement encore debout dans toute sa gloire.Il a confondu ses accusateurs et a plus d'un bon tour encore dans son sac.Il rira bien le dernier, de tous vous autres rouges et nationards.Quenoche.—Ah ça qu'est-ce que c'est que ce nouveau nom que vous nous donnez.Rouges, rouges, ça se pourrait car il y a bien des dindes qui glougloussent quand ils nous voient.Mais, nationards ; prenez garde, docteur, ça rime bigrement bien, avec renards et on dit que ce sont ces gens-là qui ont donné un si fier croc en jambe à votre plus grand sire qu'il en est tombé de Montréal à Manitoba ne pouvant tomber plus ^^y^" [ Boudin.—Paix, Quenoche, ! Respect au mortl Quant, à notre troisième ^ire je le connais pep; il Vappartijnt\>as1à notre 10 inonde ; c'est un nouveau venu dans notre politique.i)u reste il n'a pas besoin de bien des talents puisqu'il a des millions.Il paraît, après tout, qu'il jette l'argent par les fenêtres.Ce doit être un bon diable, que diable ! Bonsens,—Docteur, vous venez de dire en deux mots une profonde vérité.Iloudln—Ça vous surprend, mon vieil ami ?Eh je n'en fais jamais d'autre.De quoi voulez-vous parler ?Bonsens.—Do votre bon diable ! Ce que les anglais appellent a deuilishgood fellow.C'est-à-dire un bon compagnon à la façon du diable ; c'est-à-dire encore un être qui vous fait du bien pour vous tenter, pour vous entrainer au mal.Or tout diable doit-être en apparence, bon; sans cela il n'at-trapperait persouno.Ceci me rappelle que j'ai reçu, voilà bientôt deux ans d'un ancien ami de la ville une lettre que j'ai là dans un tiroir et que j'y avais oubliée ; mais à laquelle les événements qui viennent d'émouvoir le pays et les deux mots que vient do prononcer le docteur Boudin donnent une signification particulière.La voici : " Mou cher Bonsens.Tu me demandes " de t'éorire souvent pour te rappeler au " îiioins do temps à autre que nous sommes 11 encore tous deux de ce monde.Certes, " il n'est pas de plus grand plaisir pour M moi que de pouvoir échanger encore quel-" ques idées avec un ami qui me com-" prenne ; car, il faut nous l'avouer mal-" gré nous, il ne reste que bien peu d'hom-" mes de notre temps qui puissent partager M nos idées.Ceux d'aujourd'hui sont du " milieu du siècle ; nous sommes du com-" mencement.Un grand nombre de géné-" rations semblent nous séparer.La vapeur " et l'électricité qui ont raccourci l'espace " centuplent la durée du tems; en un an au-" jourd'hui l'on en passe cinquante de jadis." C'est ce qui explique, je pense, pourquoi " l'on rencontre tant déjeunes vieillards et u pourquoi quand nous parlons ils sourient " et apitoient nos illusions de jeunesse.La " sagesse semblent être leur partage; les " rides aussi." Mais, mon vieux camarade, ce n'est 1 u sans doute pas pour entendre des ré-" ilexions comme celles-là que tu désires " avoir quelques mots de moi." Pourtant quelles nouvelles te donne- ' " rais-je.Les gazettes que tu reçois te 1 " disent tout ce qui se passe et même 1 11 davantage.Tu sais régulièrement que |1 " des malfaiteurs ont battu et volé un citoyen attardé ; qu'un chat mort git " dans une gouttière, qu'il ventait hier " et qu'il pleut aujourd'hui ; que tel mi-" nistre est descendu à Québec en bateau " à vapeur ; que tel autre monte à Ottawa 11 par le chemin de fer.Et puis des coin-" mentaires sans fin sur les choses impor-" tantes qui doivent occasionner ces mys-" téricux déplacements.Peut-être le premier n'a fait son " voyage que pour aller manger du froma-ei ge raffiné que la poste ni l'express ne " veulent emporter, et pour cause ; l'autre a " appris par télégraphe en signes cachés " que son bébé fait sa première grosse li dent et crie, le petit chéri, comme celui " d'un simple porteur d'eau." Bateaux à vapeur et locomotives, 11 soufflent, chauffent et fument à pleines a cheminées pour hâter autant que possible " la course des hommes d'état sur la " physionomie desquels la foule vulgaire " cherche à déchiffrer le secret de leur " pensée.u A propos de bateaux et de chemins de " fer je te dirai ce que m'a raconté un individu de ma connaissance,une de ces gazet-" tes ambulantes qui colportent toutes les " nouvclles,surtout quand elles sont plus ou " moins épicées de scandale ; un de ces " fureteurs qui savent tout, découvrent " tout, ré vêlent tout, sans qu'on sache " jamais où ils prennent ce qu'ils rappor-" tent.Comme l'incident qu'il me commu-" niqua peut avoir des suites et, s'il est " vrai, exercer une influence grave sur nos " affaires publiques je t'en fais part n'ayant u pas autre chose à te dire et pensant que " cela te distraira dans ta solitude." Vous avez sans doute connu, me " disait-il, car c'est de votre temps, l'an-" cienne niaisou*MacTavish|qui seule occu-" pait jadis le ^penchant de la montagne et " dont la silhouette blanche se dessinait sur " le feuillage vert et touffu des arbres qui (t occupaient l'arrière plan.On voit encore " la colonne funéraire élevée non loin de là " sur la tombe d'un de ses derniers occu-" pants.La maison qui, pour ce temps c< était un véritable château, fut longtemps " inhabitée et les bonnes femmes des fau-u bourgs voisins assuraient qu'elle était u hantée par les esprits et que, la nuit, des " bandes de sorciers y ourdissaient leurs " maléfices.Maison, esprits et sorciers ont " disparu ; mais, près de là, sur une émi-" nance un peu plus élevée, un sorcier 11 " moderne, un millionaire, bon diable au " fond, disent ceux qui le connaissent, a " construit un magnifique château d'où la " vue domine toute la ville et le fleuve." Tourelles, murs et jardins, rien n'y man-" que; mais au luxe solide de l'ancienne " féodalité s'est ajouté le luxe moderne qui " procure des jouissances plus raffinées et " moins entachées d'égoïsme." François.—Et le bon diable qui occupe ce palais serait-il par hasard le gros sire dont parlait tout à l'heure le docteur ?Bonsens.—Justement; mais laisse moi continuer ma lettre.Quenoche.—Vous avez qu'à voir., ça commence à m'intéresser ces esprits, ces châteaux, ces sorciers, ce bon diable I ça ressemble aux histoires que nous racontait ma grand'mère.Oh 1 il va se passer quelque manigance ! mais lisez donc, monsieur Bonsens.Bonsens lisant:—" Un soir donc de " cette semaine, par un beau clair de lune, " le propriétaire du château se promenait " de long en large dans les allés de son " jardin et de temps à autre il jetait sur " la route qui monte do la ville un regard " iuquict et trahissant l'impatience.Ah ! " enfin, une voiture s'éoria-t-il avec une " évidente satisfaction.Ce doit être " lui car je n'ai pas d'autre invitation " pour ce soir et l'on no vient pas ici sans " être demandé.Un prince seul oserait se " le permettre.Oui, c'est lui, je le recon-" nais.Ma petite lettre a eu son eftet.— " Eh ! bonjour mon cher Abbott, je com-" monçais à craindre que vous ne puissiez " venir et cela m'eût contrarié ; j'ai besoin " de vous parler seul et longuement et " mes instants sont tellement .envahis, " durant le jour par les affaires de notre " maison que je ne puis m'ocouper des " miennes que le soir.Vous savez que je "vois à tout; que je m'occupe des moin-" dres détails, que je surveille même les "plus humbles employés; car, pensez y " donc, si chacun perdait seulement un " quart d'heure par jour, calculez le mon-" tant que cela ferait au bout de l'année." C'est en guettant les sous qu'on aecu-" mule les millions.Vous autres avocats " vous n'avez pas ce trouble.là, nous vous " payons de grosses sommes pour de simples " paroles en l'air.C'est nous qui travail-u Ions pour vous.—Mon cher Sir Hugh, ?• c'est un peu vrai, mais oc qui l'est da-" vantage c'est que nous n'arrivons guère " aux millious.Je n'ai pas ce souci-là et " parmi mes confrères je n'en connais pas." —Eh bien je crois que si vous voulez " m'aider nous changerons cela et qu'à " votre tour vous en connaîtrez l'cui-" barras.Quenoche.—Je vois venir le vieux diable.Le voilà qui tente ce Monsieur à bottes en lui faisant croire qu'il mettra du foin dedans.Il n'est pas bête, ein, le sorcier.Jean claude,—Eh ! laisse donc finir l'histoire.Bonsens lisant :—" Vous savez, mon " cher avocat, que la politique est aux che-" mins de fer.Je ne me mêle pas de politi-" que, Dieu merci: moi, je me mêle d'argent, " mais si la nouvelle politique peut " payer* je monte en locomotive et " chauffe garçon, fire up I Voilà assez " long-temps que je travaille sur l'eau." Il est temps que je m'essaie sur terre."Il y a ce gros joufflu de Brydges qui ' s'imagine qu'il va tout mener à sa guise " et se vante d'avoir parlement et ministres " dans sa poche.Il m'a conté souvent, cn- tre le champagne et le brandy, comment " il est plus facile qu'on ne pense, de gou-" verner un pays comme le Canada dont la " grande masse de la population accorde " à quelques chefs, les yeux fermés, une " confiance aveugle, illimitée.Il m'a bien " faire rire, parfois, ce gros Brydges, par sa " description des intrigues dont il était le " centre et des effets incroyables produits " par des moyens ridioulement insigni-" fiants.A l'en croire quelques billets de " faveur donnés à des gens qui n'eussent u jamais autrement mis le pied sur un chc-" min de fer et qui par conséquent ne fai-" saient rien perdre à la compagnie, ont " suffi pour emporter des lois qui lui va-" laient des millions.Il est vrai que la " presse faisait payer chaud ses réclames " et qu'en temps d'élection il fallait bour-" siller.Mais un capitaliste intelligent, " un gérant qui ne vise qu'aux résultats " n'hésite jamais à donner un œuf quand " il est sûr d'avoir un bœuf.Lorsqu'il mo " disait tout cela, ce cher homme du " Grand Tronc, il ne pensait pas que cela " pourrait me servir un jour.Il voulait " bien me laisser régner sur l'eau tandis " qu'il trônait sur terre.Mais, mon cher " avocat, le Grand Tronc a eu son temps " et je crois si je ne me trompe, que m mon ,l tour arrive de manipuler un peu ce.tré-" sor public empli par les simples, vidé par " les rusés.Tenez, vous voyez cette belle " ville déjà considérable qui s'étend à nos 12 " pieds, longe le fleuve et semble destinée " à rivaliser et à dépasser même peut-être " les plus grandes cités de l'Amérique.11 Les lumières innombrables que vous " voyez briller de tous côtés éclairent les " dernières heures de la journée consacrées •< au repos, au plaisir, ou même au travail " encore, par une population qui ne désire " que le plus simple nécessaire, la nourri-" turc et l'abri.Eh! bien, mon cher " avocat, si vous voulez me prêter le se-" cours de votre expérience et de votre po-" sition, non seulement tout ce peuple qui " grouille au-dessous de nous, mais encore " les populations entières qui envahissent " graduellement toutes les parties de " notre immense, territoire travailleront " pour nous.Chaque être vivant dans 11 l'étendue de notre grande confédération u deviendra notre tributaire et nous four-" nira jour par jour son obole.—Je ne vois 11 pas bien encore, à quoi vous en voulez venir mou cher Sir Hugh.—Je m'cxpli-11 que.Vous savez mieux que moi, puisque 11 vous êtes député du peuple et que vous " avez même été ministre pendant qucl-" ques semaines, quo le gouvernement s'est tl engagé à construire un chemin de 1er " qui reliera l'Atlantique à l'Océan Paci-u tique et dont le point de départ sera no-" tro ville de Montréal qui est déjà, grâce " à la nature et à moi, le point d'arrivée " des vaisseaux d'outre mer.Cet ouvrage (l va coûter au pays au moins cent millions ligne et au-dessous.Boudin.—Halte-là.Je dois protester contre de pareille assertions car le journal que je reçois a solennellement prouvé puisqu'il l'a déclaré que jamais,au grand jamais, ses rédacteurs n'avaient écrit un mot pour de l'argent ; qu'il avait même abandonné le Grand Tronc qui en donnait pour soutenir le Pacifique qui ne faisait qu'en prêter.Est-ce noble cela au moins*! Mais continue mou vieil ami.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! C'est bien massacrant enfin que toutes ces emmanchures auxquelles nous ne voyons goutte.Je n'ai pas d'objection à ce que les maîtres des gazettes se fassent payer pour ce qu'ils font, car enfin ils ne peuvent pas vivre de l'air du temps et ceux qui font celle du docteur n'ont pas l'air à ça, car j'en ai vu un à une élection du comté voisin.Il était par ma foi gros et gras à tel point qu'il était tout essoufflé rien qu'à porter une petite boîte pleine do pièces de trente sous américains', depuis le char du grand tronc jusqu'à la grange à Chariot Pingouin où ils furent distribués en rien de temps.Il faut bien qu'ils viveut et je ne leur en fais pas un crime, mais enfin j'aimerais bien à savoir quand je lis une gazette qui me vante une grosse affaire, si les rédempteurs écrivent ça honnêtement de leur cru ou bien si les contracteurs leur ont soufflé dans le tuyeau de l'oreille : tripottez ça comme il faut et vous pouvez nous charger un beau dix sous par ligne.Quand je lis l'annonce d'un marchand de hardes faites qui dit que son butin est bien supérieur à celui des autres, je sais à quoi m'en tenir, car je lis quelques pouces plus loin l'annonce d'un autre marchand qui jure ses grands dieux que c'est chez lui qu'il faut aller et non pas chez l'autre.Au moins j'ai mou choix et jo suis maître de me faire attrapper par qui me plait.Mais une gazette c'est pas la même chose ; c'est un missionnaire que l'on doit pouvoir consulter en toute confiance , elle a, comme disait notre maître d'école, charge d'ânes.Mais si c'est une marchandise pour les grosses poches qu'on nous le dise.Boudin.— Arrête, arrête, Quenocho.Comme tu dégoises ! Serait-ce ta femme qui t'a prêté sa langue ?Prends-y garde, elle no t'a pas encore passé sa cervelle.Mais lis donc Bonsens, qu'on en finisse.Bonsens, lisant: " Mon cher avocat, j'ai profondément médité sur tout ce que je " viens de Vous dire et pris la détermina-" tion de me lancer aussi sur les voies fer-" rées où la bonne étoile qui m'a conduit " sur les mers me guidera sans doute à " travers les'torrents, les forêts et les co-" mités parlementaires.Après tout la chose " n'est pas si difficile qu'on l'imagine, je " n'ai qu'à imiter ce que tant d'autres ont " fait avant moi.Acheter quelques repré-" sentants populaires parmi leurs électeurs; " aider les autres à triompher de leurs " adversaires en leur prêtant quelque* " sommes à fonds perdu ; promettre dedon-" ner des places à tous ceux qui en deman-li dent, dès que le chemin sera fini ; payer " la presse pour glorifier et renchérir sur " tout ce que je dis ou fais.'Et puis, s'il le " faut, j'irai moi-même dans les villages " canadiens ; jo m'y ferai précéder par ,( tous les petits avocats à qui je glisserai " dans l'oreille ce qu'il faut dire pour pré-" parer les voies et dans la poche ce qui " leur manque pour les frais de voyage ; " je parlerai même en français aux popu-" lations.—Ah ! prenez garde, Sir Hugh ; " ces habitants canadiens ont hérité de 14 " leurs ancêtres un grain de moquerie ; or ! " si par hasard vous commettiez une de ces " erreurs de langage auxquelles nous ne " pouvons guère échapper, nous autres " anglais, et qui prêterait à rire à des gens " qui y sont déjà fort disposés, il en serait " fait de vous et de votre cause ; vous ne il pourriez plus vous montrer sans être tl assourdi des gouailleries de la foule.— " Ah 1 mon avocat que vous connaissez " peu les hommes ! Un millionnaire qui lc parle n'a pas besoin d'éloquence.Les " gens à son aspect sont interdits et sans " s'en douter se disent à eux-mêmes :—quel " monceau d'or ! les miettes de sa poche " feraient ma fortune.Et ils le mangent " des youx et chacune de ses phrases se " noie dans de frénétiques hourras.Vous a verrez.Il est cependant une chose qui " m'inquiète ; mais si vous m'aidez j'en " viendrai à bout.C'est ce petit George " Cartier, votre grand chef conservateur de " la clique française.Il est entiché du " grand tronc comme s'il l'avait fait lui-" même et adore Brydges comme un pro-" phete.Il pourrait peut-êtro me donner "du fil à retordre.Mais je le dompterai." J'ai déjà tâté le pouls à plusieurs de ses " moutons et ils m'ont clairement laissé " comprendre que s'ils étaient sûrs de leur " élection ils l'enverraient paître sans hési-" ter; qu'ils étaient fatigués de son arro-" gance.Il m'a suffi d'un clin-d'œil pour " les rassurer et leur serrement de main " m'a prouvé que nous nous étions com-" pris.Cette partie do mon œuvre est déjà " Fort avancée et les gazettes commencent " à me proclamer l'homme de la situation." Elles font la chose fort bien, je dois l'a-" vouer ; on jurerait vraiment que c'est " spontané de leur part.Enfin il m'a suffi " de quelques clins-d'œil, vous savez de ces " clins-d'œil de banquier, pour faire com-" prendre à leurs propriétaires que je ne 11 sorais pas ingrat.Eh ! croiriez-vous que " ce petit Cartier est tellement bouffi de " suffisanco et d'orgueil qu'il se croit maître " de la position Mais jo l'apprivoiserai, " moi; je lui apprendrai que les services " rendus ne font que des ingrats ; que rien " ne tient devant une bourse bien garnie " et que ceux qui se sont vendus à lui si " longtempsjse vendront à d'autres plus en " état de payer.Son titre de baronet lui a •( tourné la tête et il no s'aperçoit plus des " rires moqueurs qu'il fait éclater autour " de lui et qu'il attribue au plaisir qu'on " a de le voir.Tenez, le prince me racou- " tait un jour, que lorsqu'il était attendu " à Windsor toute la famille se réjouissait " et annonçait aux nobles personnages de " la cour qu'ils auraient en spectacle l'é-" tonnant et amusant phénomène d'un " français qui se dit anglais.Oh ! j'en vien-" drai bientôt à bout ; c'est moi qui vous " le dis.Maintenant je vais vous expliquer " Ce que j'attends de vous et vous saurez " ensuite ce que vous pourrez attendre de " moi.Vous êtes membre du parlement, " vous êtes dans la confidence des minis-" très avec lesquels vous votez fidèlement " après leur avoir été hostile ; vous con-" naissez les représentants et pouvez sonder " le terrain, m'indiquer les abordables et " les récalcitrants, les dévoués qui voteront " d'eux-mêmes et qui s'en fieront à ma " reconnaissance, et en qualité d'avocat " vous me préparerez les documents qu'il " faudra, projets de lois élastiques et projets " de marché qui ne le soient pas.Enfin en " mon absenoe vous serez mon agent confi-" dentiel et par votre entremise intelli-" gente j'éviterai de me compromettre." Mais j'en ai dit assez pour un homme de •( votre esprit.Vous comprenez qu'il y " aura des parts de banque, des parts de " chemins de fer, des titres de terres, des " contrats à subdiviser, des agences sur " toute la ligne, enfin de tout cela à foison " et il n'est guère possible de brasser ces " choses sans qu'il en reste aux doigts." Voyons acceptez-vous ?—Noble Sire je " me prosterne devant votre science et " votre magnificence et j'accepte.Mais {* avez-vous bien songé au vaste sacrifice " d'argent et de temps, qu'exigerait une " entreprise comme celle dont vous m'avez " tracé le plan ?—Mon cher avocat, j'ai " pensé à tout et quoique je n'aie pas encore " risqué grand'chose dans la politique le " peu que j'y ai mis m'a été rendu au " centuple.-Oui, les subsides que vous avez " obtenus pour vos vaisseaux ne sont pas à " dédaigner bien que j'aie entendu Sire " George se récrier à sa manière contre ce " qu'il appelait votre mesquinerie.—Oh I " je ne prétends pas me ruiner et je ne don-" nerai rien qu'à bon escient.Ne craignez " rien ; les précautions que je prendrai " me fourniront la garantie que tous ceux " que j'aurai servis demeureront en mon " pouvoir et devront fidèlement exécuter (t tout ce que j'exigerai d'eux." sous peine de déshonneur.—Si ce n'est " que sur la crainte du déshonneur que " vous appuyez vos espérances, mon cher 15 " Sire Uugli, vous pourriez compter saus " votre hôte, car notre ministère connaît " la vertu d'uno majorité parlementaire et " la manière de s'en servir.Sire John A.] u MacDonald a découvert que le meilleur " savon pour enlever les taches est un vote " conservateur.Prenez-y garde il a tou-" jours sous la main une bouteille enchan-" tée remplie de lutins bleus, verts, jaunes " qui lui inspirent les tours de passe-passe " les plus inattendus, aussi en fait-il voir " de toutes les couleurs à ses adversaires ¦• aussi bien qu'à ses amis.J'ai vu moi-" même ce vase merveilleux où il puise lt l'iuspiration quand il est embarrassé, et la " consolation dans ses moments de tris-" tesse; j'en ai lu l'étiquette qui porte un " mot indéchiffrable pour tous ceux qui M n'eu ont pas le secret.Dans un moment de joyeuse humeur il me l'a traduit.— ' Et que veut dire ce grimoire?—Tous 11 les moyens sont bons qui réussissent.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Eh ! ce n'est pas bien malin.Mais toujours que j'y vois une grande difficulté.Par exemple si je vais le soir sur une grande route où je sais que doit passer un voyageur qui porte une belle somme d'argent et que tout masqué et inreconnaissable je le fasse tomber de son cheval, le dévalise et le laisse là sans qu'il puisse jamais savoir qui lui enleva son magot, allez-vous me dire que la bouteille magique du sire John pourra prouver que c'est un bon moyen pareequ'il m'aurait réussi?Est-ce qu'il n'y a pas toujours la conscience qui me dira qu'elle en a meuti.Jean Claude.—Oui c'est peut-être vrai pour nous autres pauvres gens qui ne montons jamais aux grosses places ; mais je me suis laissé dire que le gouverneur-général anglais ne garde dans son cabinet que les canadiens du pays qui laissent leur conscience à la porte.Bonsens.—Laisse moi terminer.Lisant.: " Tout cela est bel et bon, mais je crois ' " que mes flutes sont assez bien arrangées <
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