Les Veillées du Père Bonsens, 1 janvier 1873, No 6
LES VEILLÉES DU PERE BONSENS Seconde Série.JOURNAL HEBDOMADAIRE.No.6.ANNONCES, Les Veillées du Pire Bonsens so vendent 3 cents par livraison.Les personnes de la campagne ou de la ville qui désireraient recevoir cette publication à domicile pourront adresser à l'éditeur propriétaire.N.Aubin tiroir No.36, bureau de poste, ou au No.87 rue St.Jacques, Montréal, une somme quelconque et il leur sera adressé des livraisons jusqu'à ec que le montant ait été épuisé.L'envoi équivaudra à un reçu.A la ville, le journal est à vendre dans toug les dépôts et par les porteurs de journaux.Vente en gros au No.87, rue St.Jacques.AU* INVENTEURS.On se charge à ce bureau de tout ce qui a rapport à la demande de brevets pour le Canada et les Etats-Unis.On prépare les spécifications, dessins, modèles, etc., et négocie la vente d'inventions ici ou à l'étranger.S'adresser par lettre ou personnellement à N.Aubin, 409 rue Craig.TROISIEME ENTRETIEN.Novembre 1873.(Suite et fin.) Où nous retrouvons quelques anciennes voisines qui ne parlent pas toutes à la fois.—Où le 2>ère Bonsens continue à sa manière Vexposé de Vaffaire du Pacifique, ce qui fournit à un vieux patriote l'occasion de se réjouir, d'approuver les ministres, de se livrer à des prédictions et de donner des conseils que beaucoup de conseillers feraient bien de suivre.— Encore un bout d'histoire d'autrefois qui ne ressemble pas à l'histoire contemporaine.—Où Languille raconte ce qui lui advint pour avoir voulu nager entre deux eaux.—Où Quenoche lui démontre que franchise vaut parfois mieux que finesse.—Où Von découvrira peut-être des choses que nul ne sait encore.Bistouri.—L'approbation impériale d'un acte aussi atroce doit nous démontrer qu'il n'y a rien de bon à attendre des gens qui veulent nous gouverner de si loin.Si Ton m'écoutait on commencerait par demander le rappel d'un fonctionnaire qui se sert de sa position pour protéger des voleurs publics et ensuite on travaillerait sans relâche à obtenir l'indépendance de notre pays qui n'aura jamais de gouvernement honnête et d'aecord avec l'esprit véritablement national tant que le sort de nos lois dépendra de gens qui ne s'occupent do nous que selon les avantages que nous leur procurons.Boudin.—Mon savant confrère frise la trahison envers Sa Majesté.Bistouri.—Mon savant confrère approuve la trahison envers son pays.Boudin.—On pend quelquefois les gens de l'espèce de mon savant confrère.Bistouri.—On maudit à jamais la mémoire de ceux qui agiisent comme mon estimable collègue.Quenoche.—-JDieu I que j'aime ça, d'entendre des gens qui se dévisagent en termes I Languille.—Paix donc, illustres ornements de la faculté qui tue dit-on tous ceux que la nature ne guérit pas ; calmez vos fougueux transports, embrassez-vous et que cela finisse.Papa Bonsens vous avez la parole.Bonsens.—Les ministres, voyant que l'opinion publique était soulevée contr'eux; qu'on les accusait d'avoir voulu voiler le crime de corruption par le crime autrement grave et dangereux de violation des privilèges parlementaires ; voyant que toute la presse anglaise, sans exception, con-dannait leur conduite en termes peu me-mesurés, les ministres accusés instituèrent une commission d'enquête pour prendre les témoignages des personnes qui pouvaient avoir joué quelque rôle dans cette honteuse affaire.Elle reçut le pouvoir de faire prêter le serment aux personnes qui paraîtraient devant elle.Boudin,—Eh ! bien lii, au nom du plus 42 gros sens commun et de la plus simple loyauté, qu'allez-vous trouver à redire à cela ?De Grosmont.—J'y trouve plusieurs absurdités.D'abord le droit d'adminis-'j trer le serment qu'on a refusé à un comité du parlement autorisé pourtant par une loi approuvée par le gouverneur ; droit que l'on donne à une commission nommée par les ministres lesquels ne sont eux-mêmes que les délégués du parlement lui-même.Ensuite l'indécence de la part des accusés de nommer leurs propres juges.Quenoche.—Oui, ça me parait fort, à moi aussi ; mais, après tout, on dirait que moins une affaire a de bon sens et plus elle a de chances de réussir.Languille.—Quel mérito y aurait-il, après tout, à gouverner, si l'on conduisait les choses comme tout le monde pourrait le faire ?On n'a pas besoin de guides dans un chemin droit.Bonsens.-— Quoi qu'il en soit, la commission siégea ; mais, ni Monsieur Huntington, ni aucun do ses amis ne voulut se présenter devant elle, obéissant à cette maxime qu'une accusation portée par un membre du parlement contre d'autres membres du même corps, ne peut se juger que par le parlemeut même.C'est un des privilèges accordés aux représentants du peuple, pour les protéger contre les accusations futiles que pourraient porter des gens qui voudraient, de cette manière, interrompre l'action des législateurs.Il n'y a pas d'exemple qu'on ait violé cette coutume en Angleterre, pays qui a pratiqué le plus long-temps le système de gouvernement représentatif, et dont la constitution a servi do modèle, dit-on, pour celle qu'on nous a imposée.Bistouri.—Oui, belle constitution qu'on violo impunément toutes les fois que cela plaît à ceux qui nous exploitent ; tandis qu'en Angleterre lo gouvernement qui oserait se permettre pareilles choses, ne tiendrait pas huit jours devant l'indignation publique.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Nous sommes dono bien gauohes que nous ne savons pas nous servir des outils qu'on nous met entre les mains et dont d'autres tirent si bon parti ?De Grosmont.—Mon brave ami, cela tient à ce que vous vous habituez de bonne heure à faire aveuglément et sans raisonner ce que vous dit le premier qui vous parle.Vous vous mettez dans les rang3 d'un parti politique par pure fantaisie ; et vous ne vous en séparez plus, quelque sottise que ses chefs puissent commettre.Vous ne cherchez point à connaître la vérité ni à juger entro deux adversaires qui cherchent à vous oxpliquer leurs vues opposées, soit verbalement dans vos assemblées, soit par écrit dans les journaux.Vous déchirez la gazette qui n'est pas de votre couleur, et jetez en bas de la tribune un orateur qui vous aurait peut-être édifiés si vous l'aviez écouté plus long-temps.Je vois souvent intituler les rapports d'assemblées publiques en grosses lettres : Grande Victoire !—Triomphe éclatant des BONS PRINCIPES III — Les orateurs de Vopposition n'ont pas pu se faire entendre ! î !—Les amis de /'ordre se sont encore montrés dignes de leurs prédécesseurs ! ! ! !—Messieurs XXX et Messieurs * :Jî * * * * ont dû fuir sous une volée de pierres ! ! ! ! Grands jubilation dans le comté dp ! .A If ! 1—Le grand tribun libéral ua pu dire un seul mot; les bâtons étaient prêts pour lui répondre !!!!!! Vive la paroisse de St.toujours fidèle aux glorieuses et saines doctrines que NO ('S soutenons !!!!!! Et tout cela, je le dis avec chagrin, se reproduit des deux cotés.Lan gui fie.—Oui, je puis vous le certifier, car j'en connais quelquo choee.Vous savez que j'appartiens, naturellement à la cause de la réforme, du progrès, en un mot, des,idées libérales qui se font jour dans tous les pays.C'est traditionnel dans ma famille.Mais enfin, vous le savez, mes amis, il faut vivre.Donc, après avoir, en maintes occasions, défendu valeureusement les doctrines de mon parti, qui a eu le malheur de demeurer si longtemps en dehors des affaires publiques, je vis bientôt que je m'imposais un sacrifice au-dessus de mes forces.Tous mes camarades d'études qui avaient plaidé la cause contraire, me dépassèrent biontôt dans l'échelle sociale.Comblés d'honneurs, élégamment vêtus, attirant les regards des riches héritières et le gousset bien garni.Bistouri.—Oui ! de l'or tiré des corrupteurs, des contracteurs, des sueurs du peuple., Languille.—Sans doute, heureux docteur.Vous en parlez fort à l'aise, savant disciple d'Hippocrate, de Galien, d'Héro-phile, d'Erasistrate et de tant d'hommes illustres des temps anciens et de tant d'autres non moins célèbres des siècles modernes, y inclus notre profond ami le Docteur 43 Boudin.Vous ignorez les poignantes péri-1 péties plus ou moins épiques dont est panachée l'existence d'un jeune membre dû barreau qui veut servir sa patrie en se lançant dans la mêlée des luttes politiques.Vous travaillez dans l'ombro, vous autres, messieurs de la faculté, et les victimes de vos erreurs, vont cacher à jamais sous le sol le dépit de vous avoir pris pour guides, tandis qu'il en est bien autrement pour nous, pauvres initiés dans l'art de la chicane.Nos clients ne trouvent jamais que nous en faisons assez dans leur intérêt, tandis que les parties adverses ne nous pardonnent jamais le tort d'avoir eu raison contre elles.Tenez, par exemple, un plaideur m'avait chargé de poursuivre pour le recouvrement d'une créance sur laquelle il ne pouvait guère s'élever de contestation.Dès que l'action fut intentée, le défendeur vint me payer, capital, intérêts et honoraires, tout en me faisant de vifs reproches pour ne l'avoir pas prévenu.Le demandeur, mon client, vint me demander des nouvelles de son affaire.—-L'affaire est réglée lui dis-je; votre débiteur a payé avant même l'appel de la cause.J'ai là votre argent à votre disposition.—Comment ! il a payé ?et vous avez accepté ?—Je ne pouvais pas faire autrement.—AllonB ! Je vous croyais meilleur avocat.Apprenez que ce n'était pas tant pour l'argent que je le poursuivais.Je voulais lui faire dire des sottise s par vous en pleine cour.Une autre fois je m'adresserai à un autre.Quenoche.—Il est toujours drôle ce Monsieur Languille.Mais contez-nous donc vos mésaventures politiques, pour que nous sachions si tout ce que les mauvaises langues en ont dit est vrai.Languille.—Tu as raison, mon cher Quenoche, d'arrêter le vol dévergondé de mon imagination papillonne et de me ramener aux choses positives de ce monde.Je vous disais donc.Que vous disais-je donc ?Ah I j'y suis.Je m'amusais à contraster le triste sort d'un jeuno homme sincère et naïf qui se lance dans la carrière politique, résolu d'y défendre les droits de l'homme, la justice pour tous et autres jolies idées qui figurent si bien dans les phrases ronflantes et arondies qu'on débite en se frappant la poitrine et dont l'effet le plus rempli d'actualité est de casser le verre de la montre do l'orateur v s'il en a une.Je contrastais, dis-je, son sort avec celui de ses collègues plus habi- les qui^suivent les grands, préconisent le pouvoir et acclament lo succès.A l'un les déboires, les habits râpés, les souliers éculés, la moqueuse pitié ; aux autres les saluts empressés, la louange superlative, les parties de plaisir, les petits dîners au champagne et le fashionable mal de tête qui,'le lendemain, dispense du travail quotidien.Il faut beaucoup de philosophie pour demeurer l'esclave des principes et de la misère tandis que l'opulenoe et par conséquence le bonheur sont d'un accès si facile.J'ai fait, il est vrai, mes cours de philosophie au collège ; mais notre professeur était gros et gras, de fort mauvaise humeur quand on troublait sa digestion, et entrait dans des colères vertigineuses pour une porte ouverte.Cela me fit comprendre que la théorie et la pratique sont deux choses qui ne s'accordent pas toujours.Bref je résolus de réformer, pour cause d'utilité, mes doctrines sur la réforme politique.De Grosmont.—Mais, jeune homme, la conscience, satanchien, la conscience 1 ne vous retint-elle pas sur le bord de la trahison ?Languille.—Légèrement.J'ai souffert d'abord un'peu de cette petite incommodité; mais je découvris bientôt que c'est un préjugé très plastique tout disposé à prendre les formes de ce qui l'entoure.Une magnifique occasion s'offrait à moi.Je la saisis.On venait d'inaugurer la grande confédération qui n'était qu'un armistice pour notre nationalité et où les chefs vaîbèus qui l'avaient signé se retiraient de la lutte avec les honneurs de la guerre ; surtout partageant les dépouilles avec les vainqueurs.Je me lançai tête baissée dans la mêlée électorale qui suivit cette mesure et j'eus le plaisir de cueillir quelques lauriers et de brillantes promesses on combattant mes anciens amis.Je parcourus en tous sens les campagnes ; je prononçai forco harangues sur le thème nouveau, dans les auberges, à la porte des églises; je distribuai parmi les agents électoraux des sommes d'argent inouïes dont les électeurs ne virent peut-être que de légères fractions, ne retenant pour moi, imbécile'^ que d'insignifiantes bribes ; je promis des places aux ambitieux, j'embrassai même des enfant h morveux et rachitîque* pour plaire aux mamans; je chantai des chansons risquées pour amuser ces dernières èt des.rofaanoes sentimentales pour épater les demoiselles ; j'accompagnai à lèurs/lestînSations respecti- 44 ves dos tonneaux do liqueurs et de provisions dont je tâtai peu moi-même, soupçonnant fort la pureté de leurs principes constitutifs.Enfin je no vous rappellerai pas les services que jo rendis à mes nouveaux maîtres ; ce serait la cent millième édition de l'histoire de l'ingratitude humaine.J'eus bien ma part des ripailles élégantes, de la goguette privée, des voyages d'agrément aux frais du gouvernement; mais, en fin de compte, rien de solide, rien de permanent que les espérances qu'on faisait miroiter dans mon âme.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Tiens; vous avez une âme ! Je pensais, d'après tout ce que venez de nous dire, que vous n'en possédiez pas gros.Languille.—Nous discuterons cela une autre t'ois, Quenoohe.Laisse moi finir.Tout semblait marcher à l'entière satisfaction de mes nouveaux amis lorsque tout-à-coup un nuage noir se forma sur l'horizon ; bientôt il grossit, s'étendit et menaça d'engloutir mes naissantes destinées.La division s'était mise dans nos rangs conservateurs.Les doctrinaires de la nouvelle école trouvaient leurs anciens co-disciples tièdes, et, arborant l'étendard du rigorisme le plus ascétique, se déclarèrent les seuls dignes de la confiance publique.Je ne m'étendrai pas sur ce lamentable sujet.Qu'il me suffise de vous dire que quand on a été progressif libéral et qu'on passe conservateur on ne saurait s'arrêter en chemin.On devient rétrograde.Bref, je me fis monarchiste, plus même, absolutiste et pris uu long visage.Mais eela ne me réussit pas au gré de mes désirs.Les conservateurs dits libéraux me tournèrent le dos ; les conservateurs illibéraux soupçonnèrent ma sincérité et les libéraux fidèles me méprisèrent.Lors d'une élection dans laquelle les trois partis étaient en présence, jouant au plus fin, je voulu regagner le terrain perdu en me posant en arbitre, en modérateur.A peine eus-je dit quelques mots que les conservateurs m'appelèrent traître, les libéraux éclatèrent de rire et le parti de la componction me foula aux pieds.Cela me servit de leçon, aussi je résolus d'en revonir aux honnêtes convictions de ma jeunesse et d'arborer pour toujours le drapeau glorieux du progrès et de la liberté.La victoire semble sourire au grand parti de la réforme, grâoe aux infamies de ses adversaires.S'il arrive au pouvoir il ne saurait méconnaître un ancien ami et refuser ma oo-opération dans les luttes qu'il ne peut manquer d'avoir à soutenir contre ses éternels ennemis.De Grosmont.—L'enfant prodigue fut accueilli les bras ouverts après sa repentance forcée.J'espère que vous ne serez pas plus mal traité.Quenoche.—Tout cela est bel et bon ; mais; comme l'on dit, qui a bu boira ; quant à moi j'aimerais mieux me fier à l'homme qui a toujours marché droit sur la grande route qu'à celui qui fait des zig-zags dans tous les chemins de traverse.Ce que j'en dis n'est pas pour vous offenser, monsieur Languille et je sais bien que vous trouverez dans votre sac d'avocat quelque bonne drôle de rubrique pour vous faire accepter.Mais il se fait tard, je vois que mamzelle Jacqueline cogne des clous ; que le docteur Bistouri s'accotto sur son savant confrère qui le laisse faire ; que monsieur Bonsens ferme ses lunettes, que Jean Claude baille à se démancher la mâchoire.Il est temps d'aller nous coucher.Bonsoir la compagnie.En vous en retournant, monsieur Languille, prenez le droit chemin c'est presque toujours le plus sûr et le plus court.En tendez-vous : le droit chemin.QUATRIEME ENTRETIEN.Novembre 1373.Ou Mademoiselle Jacqueline veut ouvrir son cœur.—Confession interrompue.— Une lettre qui cause une vive sensation avant sa lecture.—Ottawa, ses rues, ses cataractes, ses palais.—Les intrigues qui s'y trament.—Spectacle sublime et seines révoltantes.— Chaos.— Chute a" un ange et d'un démon.—Dénouement.—Grincements de dents et réjouissances.Mademoiselle Jacqueline est triste, fort triste.Elle a les yeux rouges.On voit qu'elle a pleuré.Elle les essuie, tantôt avec le coin de son tablier tantôt aveo son mouchoir, puis cherche, pour se donner une contenance, son tricotage dont les aiguilles s'échappent et glissent à terre.Monsieur de Grosmont qui se berce près du poêle sur une chaise basse, les relève et les lui tend.—Oh I mademoiselle Jacqueline, combien vous aimez ces petits enfants de votre bon voisin Quenoche.Tant qu'ils sont ici vous paraissez si joyeuse ! mais dès qu'ils sont partis un profond chagrin semble s'emparer de vous.Il est vrai qu'ils sont bien aimables ces petits, quoique le jeune garçon soit fort tapageur et mette ici tout sens dessus dessous ; mais satanchien.pardon mademoiselle, vilaine habi- 45 tude voyez-vous.enfin ce n'est pas, il me semble, une raison pour se chagriner.Jacqueline.—éclatant en sanglots :— Oh 1 monsieur, c'est plus fort que moi ; quand je vois jouer ici ces chers petits enfants, qui m'égaient de leur gentil babillage ou me fâchent quelquefois de leurs espiègleries, je songe malgré moi que j'eusse pu, moi aussi, devenir une heureuse mère de famille, malgré moi l'image de mon cher, de mon malheureux George.oh ! grand Dieu ! qu'ai-je dit.De Grosmont.—Soyez tranquille, mademoiselle Jacqueline, je suis discret et ne soufflerai mot à âme qui vive de ce qui vient de vous échapper, et de plus, je ne désire nullement m'immiscer dans vos secrets intimes.Hélas ! chacun a son petit roman.Jacqueline.—Ah 1 monsieur, j'en ai trop dit pour vous oacher le reste.D'ailleurs vous pourriez, si je me taisais, faire des suppositions.toutes naturelles.Mais votre caractère et votre qualité d'ancien ami de mon bon frère vous donnent le droit de connaître le grand malheur et la grande consolation de ma vie.De Grosmont.—Parlez, mademoiselle.Je suis tout oreilles et bouche close.Mademoiselle Jacqueline se préparait sans doute à se rendre à cette rassurante invitation quand des coups redoublés appliqués aux vitres de la fenêtre l'interrompirent.Presqu'en même temps la porte s'ouvrit et donna passage à une troupe tumultueuse de voisines dont plusieurs sont connues à ceux de nos lecteurs qui ont eu par hasard le bonheur de rencontrer la première série de ces simples récits.Elles tirent j les bancs, les chaises et s'y placent sans plus de cérémonie.Chacune disait son mot san s attendre celui des autres ; mais, comme je n'ai pas encore le don d'écrire dix phrases à la fois, je dois procéder avec plus d'ordre et de méthode.Ursule.—Ahl je vous surprends enfin ma bonnne Jacqueline, la cachotteuse.Toute troublée.un tête-à-tête.les yeux rouges.un inconnu.un ancien ami sans doute.qui rôde depuis quelques jours.sous un déguisement.mais après tout, ça ne me regarde pas.Angélique.—Monsieur est peut-être le grand oncle si riche qu'on croyait mort et dont on devait hériter.Madame Module.—Taisez-vous donc, mauvaises langues.Monsieur Bonsens est bien maître sûrement de recevoir un ancien ami.Maman Jacqueline, voici ce qui nous amène.Petit Toine est allé à la poste.on l'appelle toujours petit Toine vous savez, quoiqu'il ait dix-neuf ans et six pieds passés.Petit Toine est allé à la poste et il a vu Monsieur Bonsens recovoir une grande lettre toute cachetée en cire, une lettre grosse comme une douzaine de mitaines, à ce qu'il assure.Il a entendu le maître de poste dire: (Test d'Ottawa ! affranchie par le timbre du gouvernement/ Petit Toine n'en a pas attendu plus long et a pris ses jambes à son cou.Angélique.—Oui, il est venu à la maison tout essoufflé pour m'apprendre la nouvelle.Il en était si troublé, le cher enfant, que j'ai eu beau le questionner, il n'a pas pu me dire la couleur de l'enveloppe.Ursule.—Oui et cette folle d'Angélique qui a couru dans tout le voisinage ébruiter cette affaire avant de me la communiquer à moi.J'en suis encore toute saisie ! Ce n'est pas que je sois curieuse : on me connaît, dieu merci, mais nous prenons tant d'intérêt à vous, Jacqueline, et à votre cher frère que nous n'avons pas voulu être los dernières à connaître le bonheur qui vous pend au nez.Ça doit être quelque chose d'important.une grosse antilope.dans une lettre d'Ottawa.et l'étampe du gouvernement ! 11 Mais, voici monsieur Bon-sens, avec tous nos nommes, accompagnés de plusieurs autres.Nous allons savoir enfin de quoi il retourne.Bonsens entre, suivi d'une nombreuse compagnie.Il tient à la main plusieurs journaux et une lettre grand format :— Eh ! bonjour, nos bonnes amies ; fâché de vous déranger.Mais, tenez j'ai promis à mes camarades de leur lire une lettre attendue depuis quelque temps.Cela vous ennuierait, car c'est uniquement de la politique.Si vous voulez passer dans la chambre de ma sœur vous y pourrez causer tout à votre aise des louvelles modes, des mariages en perspective, dire même du mal de nous, enfin vous amuser mieux qu'en notre compagnie.Module.—Si cela ne vous gênait pas, monsieur Bonsens, je crois que mes amies aimeraient autant vous écouter ; voyez-vous la maladie de la politique nous gagne à force d'entendre nos hommes en disputer.Nous serions bien aises d'apprendre aussi les nouvelles.Bonsens.—Comme il vous plaira, ma petite Module; je craignais seulement de vous ennuyer. 46 Quenoche.—Allons ! si les femmes se mêlent de politique à présent je plains le gouvernement.Qu'il soit bien entendu que si tous restez c'est à condition de ne pas interrompre à tout bout de champ.Angélique.—T'as qu'à voir ! la pelle qui se moqué du tisonnier ! Te v'ia bien changé, toi qui ne pouvais vivre qu'au beau milieu des cotillons ! François.—Silence ! oyez I oyez ! oyez ! Lisez donc, monsieur Bonsens.Bonsens qui a déchiré le couvert de sa lettre, en tire plusieurs feuilles de papier noircies, sur toutes leurs faces,d'une écriture fine et serrée :—Ah ! c'est justement la lettre que j'attendais et dont je vous ai parlé l'autre jour.Voyons ce que dit mon vieux camarade." Ottawa, ci-devant Bytown, ce " huitième novembre mil-huit cent soixante-" treize.Mon vieux philosophe.Je t'écris " afin de remplir ma promesse; Je t'assure " que c'est une tâche qui me coûterait fort (t si je ne connaissais ton indulgence pour " un vieil ami qui n'a plus de prétentions " littéraires depuis que, lancé dans le com-" merce, ses efforts d'imagination se bornent " à des comptes courants, des factures, des "billets à ordre et des mandats sur la " banque.Quenoche.—Je crois qu'il y a bien des écrivains de gazettes qui voudraient changer d'ouvrage avec lui.Toutes les femmes a la fois.—Tiens ta langue.Silence là ! voyez ce Quenoche qui voulait nous fermer là bouche.—Voyez donc ces hommes qui prétendent que nous jasons trop et qui ne peuvent pas rester deux minutes sans disputer.François.—Eh ! taisez-vous, les créatures.Quand monsieur Bonsens aura fini vois aurez votre tour.Bonsens continuant :—" Je suis arrivé " ici voilà trois semaines et aurais pu re-" descendre de suite ayant terminé mes " affaires en quelques heures.Mais, le " parlement étant sur le point de se réunir, " j'ai cru qu'il pourrait être intéressant de " voir par moi-même comment nos lois se " fabriquent, comment se comportent nos *' représentants peur lesquels nous nous " escrimons tant lors des élections.Et puis, " il y avait la grosse affaire du Pacifique." J'étais bien aise de savoir comment ce " vieux roué de sire John allait se tirer " du bourbier dans lequel il s'est fourré " par suite d'ambition effrénée.Je dési-" rais voir comment la représentation na-" tionale accepterait les affronte consécutifs " que lui a infligés un gouvernement qui " s'est cru tout permis parce qu'il avait " une grosse majorité très compromise et " par conséquent bien obéissante.Eh attendant j'employai mon temps à visiter " la ville et surtout les édifices publics " dont on a tant parlé et qui ont fait la " fortune de plus d'un contractëur, chose " que je ne blâme point s'ils ont fidèlement " rempli les conditions du marché.J'en " ferais certainement autant si j'en avais " l'ocoasion.J'ai ouï dire qu'il y a diver-" gence d'opinion là-dessus ; mais à quoi " bon s'en casser la' tête.Les ecus en-" volés de la caisse publique y rentrent " rarement et après tout ne sont pas per-" dus pour tout le monde.Quant à la " conscience de ceux qui les ont absorbés.Bistouri.—C'est, comme dit notre ami Languille, une légère incommodité qui ne gêne guère messieurs les conservateurs.Boudin.—Je proteste hautement contre une telle insulte, surtout de la part d'un démocrate aussi forcené que mon savant confrère.Lo sentiment intérieur qu'on appelle conscience fut inculqué à l'homme par la divinité pour qu'il puisse juger par lui-même de ses propres actions ; nul ne s'y peut soustraire que par une longue habitude du mal et.Bistouri.—Justement ! Voilà pourquoi ce sentiment encore vif parmi nous, libéraux, est sans nul doute émoussé chez.Ursule.—Arrêtez vous donc vous autres les docteurs; si nous voulons savoir ce que c'est que la conscience nous savons à qui nous adresser.Laissez donc lire Monsieur Bonsens.J'ai grande hâte de voir s'il y a quelque chose de bon pour lui dans la lettre.Malheureusement on ne verra ça qu'au poscriton.C'est toujours par là que je commence à lire mes lettres quand j en reçois.Quenoche.—Silence là donc, le3 femmes ! Bonsens, continuant sa lettre.—" Je " trouvai Bytown, je veux dire Ottawa, " bien chance depuis vingt-cinq ans que "je ne l'avais vu.Il s'y est dépensé tarit "d'argent que ce n'est pad surprenant " qu'il y règne une prospérité qui contras-" te avec celle des petites villes de notre " province.On y construit de tous cote's " des maisons, des magasins qui peuvent " rivaliser parfois avec celles qu'on voit à " Montréal par le luxe de l'architecture ; " mais les échaffaudages qui de tous côtés " obstruent les trottoirs, les excavations " qui coupent les chemins en tous sens 47 " m'ont rappelé cet homme qui cherchait " pour s'y fixer une ville terminée.En tous " cas ce n'est pas ici qu'il pourra s'arrêter " de longtemps.J'ai admiré pendant qucl-t( q ues instants la chute qu'on a baptisée " du nom de Chaudière, mais qu'on eût " mieux fait d'appeler l'Entonnoir; car " les flots qui bouillonnent en rapides " tumultueux se rapprochent tout-à-coup, " tournoient presqu'en cercle et se précipi-" tent comme dans un trou.Il est difficile de se figurer que toute la masse de la " grande rivière Ottawa puisse passer par 11 là.C'est fort joli à voir mais ça gêne la " navigation, car si un malheureux tronc " d'arbre ou un billot égaré s'y engloutit on ne le revoit guère que quelques années " après bu même jamais.Ce gouffre sem-" ble avoir été placé là par le créateur " comme l'amblêmo prophétique du trésor " public qu'on devait plus tard établir " près de là".' Quenoche.—Oui I et il paraît que c'est incroyable la quantité d'argent qu'on jette à l'eau dans ce voisinage.Module.—Voyons, Quenoche, laisse donc continuer monsieur Bonsens.c'est toujours toi qui lui coupe la parole.Boutent lisant :—" Tu désires sans doute " que je t'écrive quelques mots des édifices " publics que tu n'as pas eu la curiosité de " voir encore.Je ne sais trop qu'en dire." n'étant pas grand connaisseur en ces ma-" tières.Mais je crois, pourtant, que, si " on se fût adressé à quelques uns de nos " architectes canadiens, ils nous auraient " fait quelque chose de plus présentable." De loin ces grandes constructions font " l'effet d'une vaste manufacture tant il y " a de cheminées.On ne voit que chemi-" nées dans toutes les directions et pourtant " l'on dit qu'on n'y fait pa^ de feu.De " près ce sont des ramassis de pierres de " toutes sortes de couleurs, symboles sans " doute des différents partis qui doivent " s'y déchirer mutuellement et s'en dispu-" ter la possession.Les rouges donnent " un peu de vie et de relief aux autres qui " pour la plupart sont tachées de rouille " et empreintes déjà d'une apparence de " vétusté prématurée et malpropre.Languille.—Votre correspondant, père Bonsens, m'a l'air d'un malin qui dit bien des vérités sans paraître y toucher.Boudin.—C'est tout simplement un de ces vieux forcenés révolutionnaires qui voient tout en mal ; un de ces démagogues incorrigibles, De Chvsmont.—Incorruptibles, satanchien I Angélique.—Ah ! Jésus-Marie ! les voilà qui vont se battre—Jean-Claude sépare-les.Jucqueline.—Eh ! non, ma chère, ce n'est rien.Oh ! si tu les voyais avant les élections quand ils parlent de s'entendre sur un candidat, c'est bien autre chose.Quenoche.—'Continuez, monsieur Bon-sens.Au diable les femmes qui vous interrompent toujours I Ursule.—Mais c'est toi au contraire qui jacasses à propos de tout.Quenoche.—Tna qu'à voir.Tiens! n'est-ce pas toi qui parles ?On n'en finira jamais si tu continue toujours.Jean-Claude, donnant un grand coup de poing sur la table et criant de toute la 1er ce de sa voix :—Silence, tout le monde ! ou sinon je me fâche.François.—Eh! ben si tu te fâches qu'est-ce que ça fera ! Jean-Claude.—Tiens, François, ne me pousse pas à bout; sinon je m'en vais et j'emmène ma femme.Bonsens reprenant sa lecture :—" Quant u à la disposition générale de ces bâtiments " elle me paraît fautive et peu adaptée à " leur destination.L'air et la lumière y " manquent et sous les -portails autrement " prétentieux, deux personnes d'embon-" point n'y peuvent pas entrer de front, " aussi beaucoup de gens qui s'y sont en-" graissés n'en veulent plus sortir.On dit " qu'on peut juger du degré de civilisation " des peuples d'après les dimensions des " fenêtres de leurs demeures.Si cet " axiome est vrai les architectes des bâtis-" ses publiques à Ottawa ne nous ont pas " fait honneur, car les ouvertures n'occu-" pent pas la dixième partie des murs cx-" térieurs.Aussi, quand on arrive du " grand jour dans ces labyrinthes, il faut y " marcher à tâtons et l'atmosphère étouffée " qu'on y respire vous saisit et un malaise " indicible s'empare de vous.Je ne sais " si c'est ce que les savants appellent les " effluves de la corruption, mais en tout " oas, je pense que ces lieux ont besoin " d'un grand lavage.Cent Jacquelines " comme ta bonne sœur, à qui je te prie " de présenter mes saluts respectueux, n'y " suffiraient pas.Angélique.—Il est poli du moins ce monsieur.Vous devez être fière, mamzelle Jacqueline de voir votre réputation d'ordre et de propreté rendue à Ottawa.On parle de vous jusque dans la capitale ! Si pareil 48 honneur m'arrivait je n'en dormirais pas.Jean Claude.— Alors j'en dormirais mieux, parce que tu ne ronflerais pas.Angélique.—Oh 1 l'horreur ! Quenoche.—Silence donc là.Est-ce qu'on parle de ces choses devant le monde I Continuez, monsieur Bonsens, votre lettre commence à m'amuser.De Grosmont.—A nous instruire, satanchien.Bonsens.,—"Peu de jours après mon "arrivée ici, les édifices, qui avaient un " air morne et semblaient habités unique-" ment par de pieux cénobites no songeant " qu'à la solitude et à la retraite, prirent " tout-à-coup un air de vie inaccoutumé." Le palais du parlement surtout s'anima " de physionomies diverses.Des hommes " venus de toutes les parties du pays " parcouraient rapidement tous les passa-" ges, poursuivant, poursuivis, se croisant, " s'évitant, se rapprochant avec mystère.11 II était évident que quelque drame, quel-" que comédie, enfin une pièce quelconque " allait se jouer derrière ces murs monasti-" ques.Je ne savais trop comment dé-" mêler ce curieux mystère.Je me livrais " vainement à mille suppositions contraires " lorsqu'un vieux dicton latin vint me tirer " d'embarras en m'arrachant un mot grec " Eureka ! In vino Veritas, m'écriai-je, (* Et je descendis à la buvette.Boudin.—Ce qui veut dire.J'ai trouvé ! —Ija vérité est dans le vin ! Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Comment, docteur, vous savez donc le grec et le latin ! On ne dirait pas ça de vous I Boudin.—Imbécile ! Comment pourrais-je te guérir sans cela ?François.—Voyez donc ! Je croyais qu'en pouvait soigner en canadien.Quenoche.—Continuez donc, monsieur Bonsens.Vous étiez à la buvette.Si votre vieux farceur d'ami prend seulement cinq ou six coups, il va nous en conter de drôles ! Bonsens, lisant :—" Arrivé donc à la " buvette.Quenoche.—C'est toujours bien curieux qu'on permette de vendre des boissons dans le parlement.Il me semble que le gouvernement devrait défendre un tel désordre.Mais je suppose que le premier ministre n'en sait rien.Angélique.—C'est bien sûr.Mais tu ne cesseras donc jamais ton bavassement?Continuez donc, monsieur Bonsens.Bonsens, lisant :-—" Arrivé dans la bu- " vette, j'y vis une toute autre scène.De " tous côtés des groupes bruyants entou-" raient des tables couvertes.Bistouri.—J'ai ouï dire, mais je"ne le garantis pas, que le premier ministre, connaît le parlement, ses lois, coutumes et dépendances depuis la cave jusqu'au grenier ; qu'il sait combien il y a de livres dans la bibliothèque et de carafes à la buvette.Quand quelque chose l'embarrasse et qu'il ne trouve pas dans les livres ce qu'il lui faut c'est, dit-on, au fond du verre qu'il cherche et recontre souvent la solution du problême.Malheureusement ce qui fait sa consolation est la désolation de ses amis.Je ne le condamne pas, entendez bien, car la nature humaine a ses faiblesses.De Grosmont.—Faiblesse tant que vous voudrez ; satanchien, comment voulez-vous qu'un homme gouverne dignement un pays s'il ne sait pas se gouverner lui-même.Quenoche.—Par ma fine, s'il en prend, ça ne m'étonne pas qu'il se soit fait prendre lui-même.Je gage que le vieux sorcier de la roche aux corbeaux, qui a si bien entortillé le premier ministre, versait son verre sous la table tandis qu'il le traitait pour traiter avec lui son marché du Pacifique.Boudin.—Calomnie 1 abominable calomnie I Je vous défie de trouver un mot de tout ça dans ma gazette.Après tout, quel si grand mal peut-il y avoir si notre illustre sire Joha prend quelquefois son petit bitters avant ses repas ?J'en use bien moi-même et je ne vois pas qu'on en jette les hauts cris dans toute la puissance.Les hommes qui, commo nous, se livrent à des efforts intellectuels, ont besoin de toniques et de substances stimulantes qui durant leur contact avec le i parois internes de l'estomac agissent syi îpathiquement par le moyen des nerfs du système gan-glionaire, sur l'encéphale, sioge supposé du moral.Cet effet trop pen istant produit dans les facultés certains troubles qui en même temps, par l'entremis ; des nerfs ra-chidiens dérangent les fonctions des muscles locomoteurs et.Quenoche.—Arrêtez vous donc, docteur.On ne parle pas comme ça devant les femme?.Votre baragouin d'apothicaire veut dire qne quand votre grand sire a trop de boisson il caracole et ne sait pas ce qu'il dit.Un pauvre homme qui se soûle n'a peut-être pas les moyens d'avoir un lancéphale mais ça n'empêche pas qu'il se met au rang des porcs commo un premier ministre, A continuer,
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