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Titre :
Les Veillées du Père Bonsens
Éditeur :
  • Montréal :N. Aubin,[ca 1865]-
Contenu spécifique :
No 7
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
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Références

Les Veillées du Père Bonsens, 1873, Collections de BAnQ.

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LES VEILLÉES DU PERE BONSENS Seconde Série.JOURNAL HEBDOMADAIRE.No.7.ANNONCES.Les Veillées du Pire Bonsens se vendent 3 cents par livraison.Les personnes do la campagne ou de la ville qui désireraient recevoir ci Ue publication à domicile pourront adrensur n l'éditeur propriétaire, N, Aubin tiroir No.36, bureau do poste, ou au No.87 me St.Jacques, Montréal, une somme quelconque et il leur sera adressé des livraisons jusqu'à ce que lo montant ait été épuisé.L'envoi équivaudra à un reçu.A la ville, le journal est à vendre dans tous les dépôts et par les porteurs de journaux.Vente en gros au No.87, rue St.Jacques.AUX; INVENTEURS.On se charge a ce bureau de tout ce qui a rapport à la demande de brevets pour le Canada et les Etats-Unis.On prépare les spécifications, dessins, modèles, etc , et négocie la vente d'inventions ici ou à l'étranger.S'adresser par lettre ou personnellement à N.Auuin, 409 rue Craig.QUATRIEME* ENTRETIEN.Novembre 1873.(Suite.) Où Mademoiselle Jacqueline veut ouvrir son cœur.—Confession interrompue.— Une lettre qui cause une vive sensation avant sa lecture.—Ottawa, ses rues, ses cataractes, ses palais.—Les intrigues qui s'y trament.—Spectacle sublime et scènes révoltantes.— Chaos.— Chute dun ange et d'un démon.—Dénouement.—Grincements de dents et réjouissances.Bonsens, reprenant sa lecture :—" Je 1 trouvai des groupes nombreux assis au-' tour do tables encombrées de verres de ' toutes sortes et de bouteilles de toutes les ' espèces.Je pris place dans le seul coin ' inoccupé ; j'appelai un garçon et me fis 1 apporter une plume, de l'encre et du pa-' pier, puis un verre de limonade.On me ' servit avec l'air du plus profond dédain.' Le garçon connaît évidemment son afiai-1 re.U sait que les buveurs de limonade * n'enrichissent pas les propriétaires de " buvettes.On n'avale pas trente verres " d'un breuvage qui ne fait pas de mal." Les consommateurs de liqueurs alcooli-" ques ne s'arrêtent souvent, au oon-" traire, que quand les garçons qui " les servent en ont pitié.Tout en " écrivant les premières feuilles de la " présente, je me mis à observer mes voi-" sins.Les uns étaient accoudés sur la " table et appuyaient leur tête pensive sir " une main qui soutenait en même temps " une pipe ou un cigare.Us avaient les " yeux fixés au plafond où ils semblaient *' chercher la solution d'une énigme em-" barrassante, taudis que, près d'eux, un " interlocuteur très animé leur débitait, à " voix basse, des phrases dont je ne saisis-'* sais que quelques mots par-ci par-là, et u à peu près comme suit :—Nous sommes " sûrs de la majorité.le bonhomme n'est " pas inquiet.il se tirera de là comme il " l'a fait bien des fois.toute cette blague " va tomber dans l'eau.il n'a qu'à parler " .il en a encore pour vingt ans.vos " électeurs ne vous en sauront pas gré." le gouverneur est avec nous.c'est à " prendre ou à laisser.allez-vous ainsi " briser votre carrière ?.ces imbéciles " qui ne feront jamais rien pour vous." des hommes distingues comme vous." perdre vos talents.des principes ?." quelle bêtise I c'était bon autrefois.Le docteur Boudin.—Ah ! ça, mon cher Bonsens, votre correspondant radote.Quel intérêt pense-tril que vous pouvez prendre à des propos interrompus auxquels on ne comprend rien.De Grosmont.—Pardonnez, docteur.Je vois exactement ce que e'est, aussi clairement que si j'entendais toute la conversation.Oelui qui parle est, tout simplement, un agent du gouvernement chargé de séduire en les effrayant, ou par des promesses, de jeunes membres du parti libéral.Satanchien, docteur, si vous no comprenez pas 50 cela vous mourrez dans l'encroûtement étemel.Quenoche.—Ça m'a tout l'air à ça et je pense que la traite qu'ils buvaient là tous ensemble pouvait bien être payée à môme quelques écus.restant de ceux que les ministres avaient reçus de ce vieux sorcier de millionnaire.Boudin.—Votre ami, mon cher Bonsens, me fait l'effet de n'être ni plus ni moins qu'un espion.Quoi ! rapporter ainsi les conversations entre les représentants du peuple et qu'il entend ainsi subrepticement ! mais c'est abominable et indigne d'un gentilhomme.Bistouri.—Les sympathies de mon loyal confrère me semblent toutes en faveur des criminels ; il ne réserve sa haine que pour ceux qui dévoilent leurs complots.Languille.—J'approuve quant à moi, le docteur Boudin.Il tient en honneur le secret professionnel et.Ici la porte s'ouvre et donne passage à un gros personnage vêtu d'une énorme ca-potto de peau de buffle, serrée à la taille par une large ceinture rouge, bariolée de dessins fantastiques.Sa tête est couverte d'un énorme casque de peau de loup-cervier dont les oreilles pointues se dressent de chaque roté tandis que la queue pend sur ses épaules.Il tient à la main un gros et long fouet.Ses pieds se perdent dans d'énormes bottes de loup-marin qui arrivent presqu'au genou, et son visage est enveloppé dans une immense chappe qui en fait plusieurs fois le tour et se termine par quatre énormes glands dont deux reposent sur sa poitrine proéminente, tandis que lea deux autres se balancent sur son dos.Il entre en frappant violemment des pieds sur le plancher comme pour en secouer de la boue ou de la neige.Le poêle tremble et les ustensiles tintent.Il pousse plusieurs exclamations qui s'éteignent d'abord dans les replis de sa chappe, mais qui éclatent lorsque s'en étant débarrassé vivement il laisse apercevoir le visage épanoui de notre ancien ami, le jovial Muscade ! Muscade est un peu changé depuis que nous l'avons rencontré chez le père Bon-sens.Ses joues ont des teintes plus vives, son encolure a pris des proportions plus prononcées, les boutons dosa veste fatiguent davantage.Il avait jadis deux mentons.Aujourd'hui il en a trois.Après les salutations qu'échangent les hommes, les présentations exigées par la politesse, qu'exercent toujours d'une manière remarquable les gens de nos campagnes, au milieu des joyeuses, exclamations des femmes, la conversation se rétablit avec un ordre qui permit enfin de la saisir.Muscade.—Je vous y prends encore, mes gas I Je gage dix louis contre une portugaise que vous parlez politique 1 Eh ben j'avoue que c'est ce qui m'a fait in'arrô-ter, sans compter bien entendu, le plaisir do vous voir.Vous savez que j'étais pour le gouvernement depuis la confédération ; je pouvais me faire hacher pour le gouvernement, me faire assommer pour le gouvernement ; mais y a des imites, vous savez.Ah ! il était généreux dans les élections.Oh ! pour ça il n'y a rien à dire, il était généreux, et puis j'ai bien eu quelques petits bouts de contrats sur l'intercolonial ; j'ai fourni pas mal de chevaux, c'est vrai ; mais on ergote trop sur les comptes.Ça se gâte ; les gens du Haut Cananda sont mesquins en diable ; ils disent que c'est bien bon de faire quelque profit mais qu'y a des imites.On m'avait promis une place de capitaine dans la milice si je pouvais avoir un certificat.Je suis allé à l'école militaire ; mais il fallait tenir le cou raide, les bras pendants, me serrer le ventre dans un ceinturon ; ça me faisait monter le sang à la tête ; y a des imites après tout ! Et puis il fallait marcher ensemble en avant en arrière, de côté, au pas d'enterrement et au galop, se baisser, se relever, tourner à droite, à gauche ; un tas de bêtises enfin et tout ça au commandement d'un blanc bec maigre comme un goupillon époilé et qui, par conséquent, ne s'essoufflait jamais.A la fin je me suis dit : y a des imites et j'ai envoyé au diable toute la boutique.Quenoche.—Vous avez qu'à voir.Et c'est-il ça qui vous a mis libéral ?Muscade.,—Libéral, attends un peu.Je ne suis pas encore ce qu'on peut appeler un mangeur d'aristocrates.Y a des précautions et des imites.Mais il paraît que le gouvernement a pillé ce pauvre Monsieur Allan que ça fait pitié ; qu'il lui a arraché les yeux de la tête soui prétexte d'élections et qu'il y a des ministres qui ont presque tout gardé, au lieu de nous distribuer ça à nous autres les dévoués.^ Quenoche.—Tiens I pas si bêtes, les ministres.Il n'y a pas besoin d'argent pour les amis dévoués—Ils réservent ça pour ceux qui se font tirer l'oreille.Muscade.—-Allons, Quenoche, qui diable t'a déniaisé ?Je n'avais pas pensé à ça ; mais prends garde, ne va pas trop loin : y a 51 des imites—Pour lors, on dit que le gouvernement a fait tant de crasseries que les membres sont furieux et qu'ils vont le renverser.A la fin y a des imites, et j'ai grande curiosité de savoir ce qui se passe à Ottawa.Bistouri.—Vous arrivez bien à point.Monsieur Bonsens nous lisait justement une lettre d'un de ses amis qui écrit de la capitale.Il en était rendu à la buvette du parlemont.Muscade.—Il est bion heureux ! ça me fait penser que voilà au moins une grosse demi heure que je n'ai pris ni gin, ni brandy, ni whisky ; pas même un verre de bière ; mais au fait, Monsieur Bonsens ne garde rien de tout ça, il est je crois de la tempérance totale ; chacun à sa lubie, à ce qu'on dit ; pourtant y a des imites.Néanmoins, que je ne vons dérange pas.Continuez donc votre lettre comme si de rien n'était.J'aimerais bien savoir de quoi il retourne avant de me prononcer ouvertement.Bonsens, lisant :—" A une autre table " près de moi étaient assis, vis-à-vis l'un de " l'autre, deux personnages qui ne pronon-" çaient que quelques syllabes entrecou-" pées.L'un d eux semblait complètement " impassible.L'autre, qui s'agitait davan-" tage, trempait de temps à autre son doigt " dans son verre et traçait sur la table, " d'un air impatient, des colonnes de chif-" fres qu'il effaçait après que l'autre les " avait examinées.Je pus voir suoeessive-« ment 5,000, puis 10,000, puis 11,000, "puis 12,000, et ainsi de suite jusqu'à " 15,000.Enfin, comme son compagnon " semblait imperturbable, l'arithméticien " effaça d'un tour de main les caractères u qu'il avait tracés, se leva on disant :-Je " ne vous croyais pas si stupide ; mais " vous vous en repentirez.Et il alla " s'asseoir à une autre table autour de " laquelle étaient quatre ou cinq individus 11 qui disaient :.Il faut un remaniement " complet.l'opinion de mes électeurs " est montée.ce n'est plus soutenante." Lange vin est impopulaire.R obi tail le " insignifiant.Les Bas-Canadiens hési- " tent.Ils ont peur des Ecoles et du " Manitoba.Je prendrais le portefeuille " dos finances.Il me faut les travaux " publios.Le ministre actuel n'en dé- " mordra pas.Il y fait trop bien son " affaire.Car à vous, gros et grand pé- " cheur, il vous faut les pêcheries.Non, " lo petit local est plus solide.Va-t-en u voir s'ils viennent, Jean : si l'un dégrin- " gole l'autre tombera en bottes.Us " allaient continuer je pense sur le même " ton saccadé, lorsqu'un coup de canon se " fit entendre.—Voilà le gouverneur 1 s'é-" cria quelqu'un et tous décampèrent.J'en " fis autant et me rendis à la salle du Sénat " où, grâce à une carte, obtenue à grande " peine, je pus trouver une place derrière " des dames en riches toilettes et des offi-" ciers qui veulent nous en imposer, com-" me disait jadis lo grand Papineau, par " leurs plumes de coqs et leurs galons " dorés.François.—Ce doit être bien beau à voir que tous ces habits rouges, ces sabres, ces éperons.Nos maires et nos conseillers devraient bien se mettre quelques plumets et galonnor un brin leurs capots ; ils seraient plus respectables et plus jolis à voir.Quand je vais à la ville et que je vois un beau policeman avec son numéro de cuivre, sa ceinture de cuir et son bâton luisant, il me semble que ce n'est pas un homme comme nous autres.Je me sens tout ratatiné quand je passe de contre.De Grosmont.—Préjugés que tout cela, mon brave François.Tenez, tous ces spectacles artificiels do costumes étranges, sont faits pour en imposer aux esprits vulgaires et amuser les enfants.Quant je vois les présidents et les greffiers de nos Chambres Législatives avec leurs longues robes noires et leurs chapeaux à trois cornes, tous gens que j'ai connus familièrement sous les habits honnêtes de simples citoyens, ils me font toujours l'effet, plus ou moins pénible, que j'éprouve à la vue de sauteurs qui pour de l'argent, vont exécuter des contorsions inattendues ou des tours de force contre nature.S'ils veulent qu'on prenne leur rôle au sérieux, alors, satanchien, je ne puis m'empêcher d'en rire.Tenez, il y a de cela quelques vingt-cinq ans, je me trouvais à Washington à l'ouverture du Congrès.Je pensais qu'un peuple de trente millions d'âmes, dont le trésor est toujours plein, devait en pareille occasion se livrer à des cérémonies éblouissantes.Eh I bien, pas du tout.Le président de la chambre des représentants, habillé comme le premier venu, était sur son siège.Les députés étaient à leurs places écrivant des lettres, ou feuilletant des journaux.Tout-à-coup au moment où l'horloge marquait midi, le Président se lève, frappe sur son pupitre un coup de maillet et dit : " La troisième scs-cc sion du dix-huitième Congrès est ouverte " selon la loi." Et à peine ces paroles 52 s'étaient-elles échappées de sa bouche que vingt membres à la ibis se lèvent et demandent la parole pour introduire quelque loi."Parmi ces mesures il s'en trouvait do la plus haute importance.Un de ces projets offrait gratuitement cent soixante acres de terre à tout individu qui voudrait s'y établir.Unk autre exemptait de saisie par autorité de justice, la terre ainsi donnée et la maison paternelle qui y serait construite.De si grandes et bonnes choses faites si simplement me frappèrent presque de stu pour.Mais quand j'y pensai ensuite, je me dis : Satanchien 1 que je suis be te ; il n'en peut pas être autrement quand un peuple se gouverne lui-même sans le secours em-barassant et coûteux de monarques ou do leurs créatures.Et nos parades renforcées, de coups de canon, de tambours et de trompettes, me semblèrent aussi mesquines et tristes à voir que la défroque d'un conié-dieu qui se vend a 1 encan.François.—Jo commence à croire que nos maires feront mieux de s'habiller encore comme du monde et d'agir en honnêtes gens que de.Quenoche.—Tiens! comme tu changes vite, il y a un moment tu trouvais ça si beau.T'es une tière girouette.François.—Pareeque je ne m'ostine pas avec un monsieur qui parle raison ?Je ne suis pas assez savant pour soutenir que ce qui est blanc est noir, et que ce qui a du bon sens est pendable et je crois tout ce qui me parait juste.Muscade.—C'est bien bon de ne pas être trop têtu ; mais il n'est pas toujours prudent d'accepter comme mot d'évangile ce que nous ait le premier venu.Y a des imites I Mais continuez, Monsieur Bonsens, j'ai besoin de oonnaître si notre ministère va se maintenir.J'ai ma gazette où je devrais trouver tout ça, mais il paraît qu'elle a reçu des mille et mille piastres pour nous faire des histoires qui ne sont que des contes.J'ai cru, jusqu'à présent, tête baissée, tout ce qu'elle nous disait, mais, diantre I elle a fait tant de serments et donné tant de paroles d'honneur pour affirmer des menteries effrontées, que je m'en méfie comme d'un compère maquignon.Bonsens.lisant :—" Après quelque brou-" haha le Gouverneur parut en grand " uniforme de militaire et entouré d'offi-" ciers de tous les grades.Il n'a pas l'air 41 méchant; mais il porte un lorgnon à un " seul œil, ce qui peut lui faire voir les " choses de travers.Il lut, en anglais et en l j'jvijo j " français, ce qui me parut au moins poli " de sa part, un discours par lequel il nous " apprit qu'il allait créer des nouveaux " portefeuilles de ministres ; oréer de nou-" velles places de juges, comme s'il n'y en " avait pas assez ; et enfin qu'il avait insti-" tué une commission royale pour prendre " connaissance des accusations portées con-" tre ses ministres ; mais qu'il laissait aux " membrep à décider si ce qu'elle avait " découvert pouvait leur être de quelque utilité.Les représentants s'en retour-" nèrent, tout penauds d'avoir été dérangés " de leurs occupations à la buvette pour si " peu de chose.Ils y redescendirent pour " la plupart.Quenoche—Vous avez qu'à voir I Ce sont donc des pintocheurs sans relâche que nos indépendants députés I Common t veut-on que les affaires du pays marchent droit si ceux qui les mèuont tricotent du matin au soir.Bonsens.—lisant :—" Ceux qui rentrè-" rént à la chambre des communes y appri-" rent que le gouvernement leur accordait " trois jours et un dimanche pour lire et " peser les témoignages, rendus devant la " commission, qu'ils avaient déjà vus sans " doute dans les journaux.Cela me parut " plutôt une nouvelle ruse pour donner le " temps aux amis des ministres, de pren-" dre les représentants par la boutonnière " et à leurs mathématiciens d'aller encore 11 faire des chiffres liquides à la buvette." Gagner du temps semble être la devise " de tous ceux qui ont quelque chose à so " reprocher : depuis Stokes, le meurtrier " de Fisk, le grand trafiqueur de comeien-" ces américaines, jusqu'à notre premier " ministre, le grand manipulateur de cons-" ciences canadiennes, rendant les trois " jours de grâce que s'accordèrent les ao-" cuséset leurs amis j'éprouvai, je t'assure, " un ennui mortel.Il me faisait pitié de " renoontrer à chaque pas des hommes " qui, jadis si fiers, si fendants, si complô-" tement inexorables envers leurs adver-" saires, aujourd'hui modestes, inquiets, " le visage allongé, mendiaient un salut ou " un sourire de ceux qu'ils avaient le plus " grièvement insultés quand ils pou-" vaient les éoraser par le nombre.Te " dire ce qu'il s'est noué de viles intrigues " pour gagner quelques voix ; les basses-" ses auxquelles ont eu recours les chefs " conservateurs qui sentaient le cher pou-" voir leur échapper, serait tâche impossi-" ble.U faut avoir vu ce poignant spec- 53 " taole pour y croire ; il faudrait être " possédé du démon pour peindre cet " enfer.S'il faut acheter les grandeurs à " ce prix je remercie la providence de ne " m'avoir jamais inspiré d'ambition.Boudin.—Je crains fort, mon cher Bon-sens,que votre ami n'ait pris toute autre chose que de la limonade à la buvette du parlement ; oar il nous raconte des choses insensées qui ne peuvent surgir que dans le cerveau d'un aliéné ou d'un homme on goguette.Quenoche.—Vous avez qu'à voir I Pourtant il me semble que les chiffres mouillés sur la table sont une bonne manière de parler sans rien dire.Si votre Sire John, qui est pourtant roué comme renard, avait employé ce moyen avec son bonhomme Allan au lieu des télégraphes qui l'ont vendu, l'on n'aurait jamais rien su de sestrigaude-ries et il pourrait aujourd'hui se promener les mains dans ses poches comme l'enfant qui vient de naître.Muscade.—Halte là, Quenoche I tu t'émancipes ; tu vas trop loin ; tu oublies qu'y a des imites.Est-ce que par hazard tes enfants naissent avec des culottes ?Quenoche.—Non, mais avec leur innocence, ce qui je crois ne vous est pas arrivé, gros patapouf.Vlà ce que je voulais dire.Module, Angélique, Ursule, Jacqueline et les autres femmes se lèvent en poussant des exclamations diverses.—Arrêtez-vous ! Ces horreurs d'hommes I—Allons nous en ! S) a ne sait pas se oonduire devant les ames.—Il n y a que pour eux à parler.— Affreux Quenoche !—Indécent Muscade I Jacqueline apaise enfin l'orage en invitant ses amies à passer dans sa chambre où elle leur promet une bonne tasse de thé bouillant et d'où elles pourront apprendre les nouvelles intéressantes s'il s'en trouve dans la fameuse lettre dont l'arrivée a causé tant d'émoi.Quenoche.—A présent que les créatures sont hivernées pour le moment, continuez monsieur Bonsens, vous ne serez plus interrompu.Module entr'ouvrant la porte.—Prends garde, Quenoche.Je t'entends, mon vilain I Bonsens, lisant:—" Dès l'ouverture de " la première séance, la chambre était près-" qu'au complet.On sentait que les deux " partis avaient réuni toutes leurs forces " pour se livrer une bataille déoisive." L'opposition était grave.Les ministé-" riels riaient, mais d'un rire artificiel, j " comme celui de gens qui se chatouillent " pour ne pas pleurer.L'escarmouche " commença par deux jeunes messieurs qui, " en proposant la réponse banale au dis-" cours du Trône, nous répétèrent, en style " de prédication, toutes les louanges à l'a-" dresse du gouvernement qu'ont débitées, " depuis des années, les journaux ministé-" riels dictés par les ministres, soldés par, " les contracteurs.Je pense que oes jeunes " orateurs pourraient faire mieux, s'ils pro-" naient un sujet plus neuf et plus honnête." Dès qu'ils eurent fini, monsieur McKcn-" zie proposa, on amendement à l'adresse des " flatteurs, une motion de censure contre " les ministres, qui, de leur propre aveu, " avaient dépensé, pour corrompre les élcc-" teurs et prolonger leur propre pouvoir, " des sommes considérables reçues d'un " contracteur pour un grand ouvrage pu-" blio.Ce monsieur MoKenzie est un 11 réformiste de vieille date, que les libé-" raux ont choisi pour chef, parce que " c'est, parait il, un piocheur, un homme à " principes, non pas du genre de ceux que " les sacripants politiques sans vergogne u appellent bons principes en baissant les *' yeux et en mettant doucement la main " au coffre public ; un homme surpre-" nant enfin, qui connaît les rubriques "constitutionnelles et pratique la vertu; " un hommo né dans l'obscurité, dit-on, et " qui, travaillant le jour, comme un simple " ouvrier, pour gagner sa subsistance, trou-" vait, le soir, le temps de s'instruire par la " lecture, l'étude et un travail plus fatigant " encore que celui de ses mains.Il est " difficile de prédire ce que feront les k' hommes qu'entraîne le tourbillon politi-" que ; mais il me semble que son honnête " et laborieux passé, doivent faire bien " augurer de son avenir.La probité, bien " armée d'expérience, le conduiront peut-" être plus sûrement que la finesse animée " seulement par l'ambition.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! comme je me rencontre, moi simple habitant, avec un monsieur qui doit avoir lu dans les livres t C'est justement comme je disais à monsieur Languille.Le droit chemin I Le droit chemin ! Module, entr'oiivant la porte ,—Quenoche, mon vaurien, je t'attrappe encore à interrompre.Ce n'est paB joli ce que tu fais là.Quenoche.—Ma petite femme ce n'est pas si mal que d'écouter par le trou do la serrure.Attrappe ça aussi. 54 Bonsens, lisant ^"Monsieur McKenzie " fit suivro sa proposition d'un discours " simple, mais allantjdroitaubut et frappé " au coin d'une raison débarrassée de ter-il mes prétentieux ; enfin une de ces expli-" cations claires, complètes et convaincan-Jj tes comme celles que tu donnes toi-même " quelquefois, mon cher Bonsens, à tes " excellents voisins.Cette harangue, sans " façon et rude comme une rape, mit bien-" tôt à nu le visage verni de déception du " premier ministre qui était évidemment " fort mal à l'aise.Le chef de l'opposition " retraça, sans fleurs de rhétorique, la con-" duite des ministres qui, pour se mettre à " l'abri de l'indignation publique, avaient " eu recours à la nommination d'un comité, " sachant d'avance comment lui lier " les mains par un président vendu et une ?! majorité achetée, et lui fermer la bouche il par une scandaleuse prorogation.Il dissé-" qua sans hésiter et à coups de truelle et " de boucharde, en véritable maçon qu'il " fut, dit-on, l'œuvre de la commission 11 royale au moyen de laquelle on croyait " pouvoir jeter de la poudre aux yeux du |{ public ; niais qui, en dépit des tours de " tous genre, imaginés par trois vieux ju-" ges cauteleux et dévoués au premier mi-" nistre, ne laissa plus le moindre doute de " leur culpabilité.Boudin.—Le vieux radoteur a beau dire, la commission n'a pas prouvé que le ministère ait vendu le contrat à Sire Allan.Dono elle les a tous acquittés, et ils devront l'être par la chambre.Voyez plutôt ma gazette.Bistouri.—La gazette de mon confrère se trouvant elle-même convaincue,par le témoignage môme de sire Allan devant la commission royale, de corruption, de mensonge et de parjure, est une pauvre autorité à citer dans cette affaire.Muscade.—Oui, elle en a déjà trop dit ! comme si elle no savait pas qu'y a des imites I Ce que c'est que la soif de l'or I A propos, passe moi donc le seau d'eau, Jean-Claude ; j'ai une soif de véritable chaux vive.Continuez, je vous prie, papa Bon-sens.Cette lettre m'intéresse.Bonsens lisant : — " Après monsieur il MaoKenzie d'autres députés dont j'ai " oublié les noms prononcèrent quelques " discours, soit pour défendre, soit pour " accuser de nouveau les ministres.Parmi " eux pourtant je ne dois pas oublier qu'un " autre Mac, un Mac Donald, de Pictou, ,( voulant jeter une dernière planche de " salut à ses chefs dont il voyait sombrer " la barque, proposa un amendement à " l'amendement de monsieur MacKenzie, " déclarant que tout le monde avait fait " usage de corruption dans les élections ; " mais que le parlement continuait à repo-,l ser la même confiance dans le ministère." C'était, comme tu vois, une singulière fl proposition qui se réduisait à ceci : " Nous sommes tous de la fine canaille ; " mais comme il est prouvé que dans ce " genre là les ministres dépassent tout le " monde il est do notre devoir de leur lais-" ser encore l'occasion de faire pis que " pendre, le coffre public ne pouvant être " en de meilleures mains qu'entre celles " d'hommes qui partagent le trésor avec " nous autres, qui sommes leurs amis.Quenoche.—Ah ! ça, cet individu prenait donc nos membres pour de véritables idiots, qu'il leur demandait ainsi de se déclarer sales comme des.ramoneurs afin d'avoir l'occasion de passer l'éponge sur le visage des ministres.Vous avez qu'à voir 1 Où diantre vont-ils chercher de pareilles rubriques ?Muscade.—Eh ! mon cher, au parlement oomme ailleurs, o'est au plus fin la poche.Quand ou se noie on ne regarde guère si les branches auxquelles on s'accroche sont couvertes de chenilles ; et, dans ce cas-là, tous les moyens sont bons.Pourtant j'avoue que le dernier amendement était un peu sale.Y a des imites.Bonsens.—" Je soupçonne que la der-" niàre proposition n'avait guère d'autre f! but que de gagner encore du temps en " fournissant, au besoin, un nouveau sujet " de débats, ou de permettre à quelques " retardataires d'arriver, ou encore d'attein-" dre, par quelque moyen, la conscience " des 'amis récalcitrants qui ne croyaient " pas pouvoir faire approuver, par leurs " constituants, les acorocs faits à la con-" stitution et aux privilèges parlementaires " par les ministres soi-disant conservateurs." Quoiqu'il en soit, cette discussion durait " depuis plus d'une semaine et commençait " à ennuyer tout le monde.—Moi, tout le " premier, qui me sentais pris d'une " furieuse tentation de m'en retourner chez " moi, pour n'avoir plus sous les yeux " l'affligeant spectacle des misères na-" vrantes de notre politique, sicouverto de (* boue quand on la compare à nos belles et " nobles luttes d'autrefois, alors que l'hon-
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