Les Veillées du Père Bonsens, 1 janvier 1873, No 9
LES VEILLÉES DU BONSENS Seconde Série.JOURNAL HEBDOMADAIRE.No.9.ANNONCES, Les Veillées du Pire Bonsens se vendent »8 cents par livraison.Les personnes de la campagne ou de la ville qui désireraient retovoir cette publication a domicile pourront adresser h l'éditeur propriétaire.N.Aubin tiroir No.30, bureau de poste, ou au No.8T rue St.Jacques, Montréal, une somme quelconque et il leur se» adressé des livraisons Jusqu'à oe que le montant ait été épuisé.L'envoi équivaudra à uu reçu.A la ville, le journal cet à vendre dans tous les dépôts et par les porteurs de journaux.Vente en gros au No.87, me St.Jacques» AUX INVENTEURS* On se charge à ce bureau de tout ce qui a rapport à la demande de brevets pour le Canada et les Etats-Unis.On prépare les spécifications, dessins, modèles, etc , et négocie la vente d'inventions ici ou à l'étranger.S'adresser par lettre ou personnellement à N.Aubin, 409 rue Craig.CINQUIEME ENTRETIEN.¦ Novembre 1873.(Suite.) Où mademoiselle Jacqueline recommence sa confession.—Souvenirs d'enfance.— Jeux innocents.—Catastrophe et inter-rnption.-Savante dissertation médicale.-Suite de la lettre oVOttawa.—Grand combat verbal entre Languille et Muscade.— Quenoche est pris pour juge et ne sait que décider.—Il prend Vaffaire en délibéré et s'en tire par un proverbe.—Choses et autres qui remplissent la veillée.Monsieur Bonsens contiuuant la lecture de la lettre :—" Oui, mon ami, ce mon-" sieur Laflamme que les journaux conser-" vatcurs avaient, lors de son élection, " paraît-il, accusé d'indifférence, de non-" chalence en matières politiques, surprit " ses adversaires en leur prouvant, par des (» rangées de chiffres, que les ministres " avaient, plus tôt qu'on ne le pensait " récompensé sire Allan, pour 1 argent " qu'il leur avait donné, car ils laissaient " dans sa Banque de grosses sommes ap-j partenant au public sans demander un " seu d'intérêt.Il trouva moyen d'appor-** ter des arguments nouveaux à un sujet " qu'on oroyait mis à sec et, de la manière " la plus agréable du monde, contribua, par " quelques bons coups de pioche, à creuser " la tombe du ministère.Mais l'évène-" ment de la soirée et peut-être du débat " fut, sans contredit, le discours d'un mem-" bre de l'Ile du Prince Edouard, Mon-" sieur Laird qui, par une de ces haran-" gués plus solides qu'ornées, comme sait " en faire monsieur McKenzie, donna le " coup de grâce aux ministres coupables en " déclarant, contre leur attente, qu'il allait " avec trois de ses collègues voter pour la " motion de non-confiance I Muscade.—Ah I par exemple ça ne me parait pas de frano jeu; au moms d'après ce quo nous en a dit notre gazette du gouvernement.Ces représentants de l'islo du Prince Edouard avaient été reçus à bras ouverts par les ministres qui leur avaient offert des diners à gogo dans le premier hôtel de la capitale, avec du mixed bitters avant et du champagne après, qui leur payaient à chaque minute des cock tails des brandy smash pour les réchauffer et du claret punch pour les rafraîchir; enfin qui se mettaient en quatre pour leur être agréables.Eh ! bien, ils ont agi de la manière la plus déloyale à l'égard de ceux qui pariaient en faveur du gouvernement, ear on m'a assuré qu'ils avaient été prendre leur place au milieu des partisans des ministres.Aussi, quand j'ai vu ça dans notre gazette, je me suis cru certain de mon affaire et c'est ce qui m'a fait risquer mei quatre louis, un casque, cing gallons de Jamaïque et une selle neuve pour le gouvernement.Je me croyais sûr de gagner ma gageure, et voiiù que ces gueux de marchands de morue vont voter oontre CO nous ?Vous conviendrez que ce n'est pas fair play.A la fin y a des imites ! Quenoche.,—Ah ! mais dites-donc, mon gros Muscade, ça ne me paraît pas bien honnête de gager ainsi à coup sûr.Muscade.—Mais, tu vois bien que je n'en était pas sûr puisque, si le correspondant de Monsieur Bousens dit la vérité, je suis presque certain de perdre.Languille.—Eh ! mes amis vous'tournez dans ce que nous appelons un cercle vicieux, nous, au très rhétoriciens.Muscade gageait pareequ'il était sûr de gagner et il va perdre pareequ'il ne l'était pas—Morale : tout ce que disent les gazettes n'est pas parole d'évangile.Mais continuez Monsieur Bonsens.Bonsens.—" Les paroles de Monsieur " Laird produisirent sur la chambre des " effets fort contraires, mais non moins "inattendus.Pour les libéraux ce fut le " bouquet brillant d'un feu d'artifice qui " fait éclater subitement, sur un ciel noir, " un tourbillon d'étoiles aux mille couleurs " ravissantes.Pour les conservateurs ce " fut l'explosion soudaine d'une locomotive "en partie de plaisir qui chango les joies " qu'on se promettait én douleurs mortel-" les ; les chants de triomphe en cris déses-" pérés.Les ministres crièrent grâce sous " forme d'une nouvelle motion d'ajourne-" ment.Ils se voyaient perdus, et leurs " moutons éparpillés poussèrent des bêle-" ments plaintiffs.Le vote, qui devait se " prendre ce jour là et décider la bataille " parlementaire la plus grave et la plus " décisive qui se soit livrée depuis la con-" fédération, fut remis au lendemain.Languille.—Mes pauvres amis les conservateurs ont dû rire jaune, je pense ; ils se sentaient bleus ; ce monsieur Laird leur en a tant fait voir de grises.Boudin.—Vous devriez rougir, monsieur Languille, de tenir un langage si indécemment badin à propos de matières aussi tristes.Nul ne devrait rire alors que les destinées de notre pays, de la patrie, courent de tels dangers.Alors que nos intérêts les plus chers vont être le jouet de la tourbe révolutionnaire.Alors que les doctrines les plus subversives vont triompher.Alors quo les ruines et les bouleversements.Lanquille.—Arrêtez, dooteur I Vous me faites frémir.A vous entendre on me croirait un Néron jouant du violon tandis que Rome est réduite en cendre.Je ne vois pourtant guère do ruines dans toute cette affaire que celle des espérances d'un tas de paresseux qui ne valent pas leur sel et le seul bouleversement dont nous sommes menacés aura'pour effet, je l'espère et commence à le croire, de mettre de braves gens tout neufs, à la place de vieux roués usés jusqu'à la corde et d'un parti qui a fait son temps.Bonsens.—" Dans la journée qui suivit " cette séance mémorable, les bruits les " plus contradictoires circulèrent par la " ville et parmi les plus chauds amis du " gouvernement.On disait que Sir John " avait tellement sassé et ressassé le vieux V sac où il a collectionné tant de rubriques " rjarlementaires, qu'il y avait découvert " un dernier tour au moyen duquel il allait, " encore une fois, réduire à néant les espé-" rances de ses adversaires et sauver, pour " ses amis, la barque gouvernementale " pourtant fort avariée.Des physionomies " de représentants conservateurs, abattues " la veille, rayonnaient de nouveau, s'épa-" nouïssaient sous l'effet d'un espoir re-" naissant.On assurait que Sire John " allait donner sa démission et annoncer la " reconstruction d'un ministère, tiré du " parti conservateur, mais composé d'élé-" ments nouveaux n'ayant point participé " aux hontes qui venaient d'être dévoilées." Mais ces bruits n'avaient été lancés dans " le public que pour adoucir la chute des " vaincus.L'événement vint bientôt leur " donner un brutal démenti.Dès l'ouver-" ture de la séance, tous les membres du " parlement étaient à leur poste.Les ou-" rieux, qui avaient suivi toutes les phases " de la lutte avec un intérêt toujours " croissant, s'y trouvaient aussi.Il avait " été convenu que le vote devait se prendre {• immédiatement.Nos amis avaient l'as-" peot sévère d'hommes qui se sentent sûrs " de la victoire.Quant à moi, mon vieil " ami, j'avais été témoin de tant de décep-" tions que je n'osais espérer encore avec " trop de certitude.Il est vrai que le " scandale avait été grand ; que les coups " portés aux privilèges parlementaires et " aux libertés publiques étaient de nature " à révolter tous les hommes qui avaient " encore quelque respect pour leur pays, " pour leur propre dignité.Mais l'esprit " de parti est tellement absolu parmi nous " que je craignais de voir se répéter, pour " lajvingtième fois, ces scènes déplorables " où les corrupteurs éhontés triomphaient " sans cesse du patriotisme et de la vertu." De Grosmont.—Oui, satanchien, les gens qui ont avalé les quais, les remor- G7 queurs Baby, les contrats pour les bâtisses d'Ottawa ; les canifs à huit piastres la pièce ; les millions destinés au grand tronc et dont de si grosses miettes glissèrent dans la poche de tant de députés complaisants ; les debentures de Montréal disparues à la veille des élections ; et mille autres scandales que j'oublie, pouvaient fort bien digérer celui du Pacifique.Les hommes qui avaient vu d'un œil approbateur le tour infâme qu'en appela dans le temps le double shuffle, par lequel des ministres furent renversés tandis qu'ils étaient absents pour se faire réélire et remplacés par des hommes qui prirent des portefeuilles sans se soumettre à la réélection, aidés par un gouverneur qui ne tire pas son autorité du peuple qui le paie ; les hommes, dis-je qui avaient approuvé ces illégalités pouvaient fort bien accepter ceux qui se faisaient acquitter sans procès, qui faisaient rejeter la loi permettant d'administrer le serment à des témoins dans leur propre cause ; qui prorogèrent le parlement sous prétexte qu'il était incomplet après avoir intimé à leurs serviles partisans l'ordre de ne point s'y rendre.Satanchien ! je comprends les doutes de ce brave ami que j'appelle notre ami, car, comme on dit, les amis de nos amis sont des amis.Muscade.—Oui je comprends, moi aussi, son hésitation et ses craintes, après toutes les crasseries dont il a été témoin, à ce qu'il paraît, dans sa longue vie et dont je n'avais pas une idée bien claire ; mais enfin y a des imites et j'ai bien peur de perdre ma gageure.Au reste ce n'est pas pour le montant que j'avais au jeu, oar je m'en moque comme d'une chique de quatre heures, mais ce qui me choque le plus en pareille occasion c'est d'être la risée des gagnants Au reste je me rattrapperai une autre fois.Il y aura encore des gras contrats : un gouvernent ne peut guère vivre sans ça.J'en aurai bien ma petite part.Il faudra des élections ; pour avoir des élections il faut des électeurs ; pour avoir des électeurs il fout aller les chercher ; pour aller les chercher il faut des voitures ; mais pour avoir des voitures il faut des muscades.Quenoche.—Mais y a des imites ! Bornens.—" Enfin à trois heures de " l'après midi, le président de la chambre, " qu'on appelle l'orateur parceque d'ordi-" naire il ne dit rien et que c'est souvent " pour lui le moyen d'être plus éloquent " que tous les autres, le président prit son " siège et au milieu du plus profond si- " lence, annonça qu'il avait remis, à son " Excellence le gouverneur général, son " portefeuille, ainsi que tous ceux de ses " collègues dans l'administration, et que " l'honorable Monsieur McKenzie avait été " chargé par le gouverneur de former un " nouveau cabinet." Muecade.—Hourra ! je n'ai pas perdu ma gageure! Je savais bien que notre vieux Sire John saurait encore sauver ses amis;|mes cinq louis, ma Jamaïque, mon casque et ma selle me restent.Hourra I Hourra I François.—Comment, comment?mais vous nous avez dit que vous aviez parié pour le gouvernement.Muscade—Oui et non.J'avais parié que le gouvernement ne serait pas battu— Le gouvernement n'a pas été battu- Il s'est retiré.Une retraite n'est pas une bataille.Languille.—Le gouvernement a néanmoins, par le fait même, avoué sa défaite.Quenoche—§a me paraît clair.Muscade.—Le gouvernement peut avouer tout ce qu'il lui plaît ; il en est bien le maître.Mais j'ai bien aussi le droit de prétendre qu'il n'a pas été battu, puisqu'on n'a pas pris de vote.Je n'ai pas gagné ma gageure ; c'est un petit mal, mais je ne l'ai pas perdue et c'est un grand bien.Languille.—J'entreprendrais pourtant de plaider ce point devant n'importe quel tribunal.Muscade.—Une gageure étant chose immorale je ne voudrais pas en saisir la justice.Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! M'est avis pourtant que si le vote avait, comme c'est/sertain, tourné contre le gouvernement, vous auriez fort bien saisi l'argent, le casque et toute le boutique sans vous occuper de la moralité.Muscade.—Oh ! je suis pour la moralité ; mais.y à des imites.Bistouri.—Moralité de conservateurs.Languille.—Li réo.Bistouri.—Dan, l'intérêt delà société.Languille.—En commandite.Bistouri.—Qui escompte l'avenir.Languille.—A cent pour cent.Bistouri.—Par jour ! Quenoche.—Vous avez qu'à voir ! Module du fond de la chambre voisine.-^Tas de bavards, taisez-vous donc ! Nous n'y comprenons plus rien.Quelles langues que ces hommes I Bonsens,—" A peine les paroles du pre- 68 " inier ministre eurent-elles cessé qu'un " immense brouhaha se fit par la chambre.Des félicitations, des serrements de " mains s'échangeaient entre les membres " libéraux, taudis que des acclamations U diverses partaient des galeries.Les mcm-" bres conservateurs, tristes et silencieux, " commencèrent de suite à empaqueter " leurs livres et leurs paperasses pour les " emporter de l'autre côté de la chambre " sur les bancs qu'avaient occupés jusque-" là les membres de l'opposition.Un " grand nombre déchiraient avec dépit des " petites lettres qu'il eût été, parait-il, dan-" gereux do laisser subsister.L'opposition u était devenue ministérielle, les conser-" vateurs se métamorphosaient en enne-" mis du gouvernement.Quenoche.—Vous avez qu'à voir I comme ça, monsieur DeGrosmont vous allez être ministériel, sur vos vieux jours.Ça vous paraîtra drôle, hein ?DeGrosmont.—Oui ! je crois que j'aurai quoique peine à m'y faire.Quand on a !Misse cinquante ans de sa vie à combattre e gouvernement ; satanchien I c'est dur de se mettre à le soutenir.En tout cas, je n'ai pas dit mon dernier mot.Faudra voir les nouveaux à l'œuvre.C'est si difficile d'être puissant et de demeurer juste.Quenoche.—Et vous, monsieur Muscade ; ça va vous paraître singulier d'être dans l'opposition.Muscade.—Me prends-tu pour une girouette?J'ni été trop longtemps ministériel pour changer.Je refcte mini-iériel.C'était bon autrefois quand j'étais tout frais éolos ; je prenais parti pour celui-ci, pour celui-là pareequ'ils jasaient facilement; je me serais fait hacher un jour pour une idée et demain assommer pour une autre ; mais y a des imites et une certaine expérience de la vie, acquise à mes dépens, m'a depuis longtemps enseigné qu'on ne s' ii u m* guère à jouer aux c rtes san& fcyyui •
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