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L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal.
L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne. [...]

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal, d'abord bimensuel, est une revue publiée à Montréal par les prêtres sulpiciens, animateurs du Cabinet de lecture paroissial. Le principal responsable de la revue est l'abbé Louis Regourd. Le Cabinet faisait suite à l'Oeuvre des bons livres, fondée par les sulpiciens pour s'opposer aux mauvaises lectures, occuper les loisirs des familles et parfaire leur instruction chrétienne.

Conçue comme contrepoids conservateur à l'influence libérale de l'Institut canadien de Montréal, l'Oeuvre des bons livres est fondée en 1844 par les prêtres de la maison Saint-Sulpice. L'association culturelle, qui offre essentiellement les services d'une bibliothèque, prend de l'expansion en février 1857 avec l'ouverture du Cabinet de lecture paroissial, fondé pour accueillir les dissidents de l'Institut canadien.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal est d'abord un organe de diffusion des conférences données au Cabinet. Le Cabinet accueille de nombreux conférenciers sulpiciens venus de France, ainsi que des jésuites. Les conférences sont souvent prononcées en réaction aux idées poussées par les libéraux; le Cabinet devient donc un repaire pour les intellectuels ultramontains de Montréal. Philosophie, religion, vie politique, arts et littérature font partie de la panoplie de sujets au programme des conférences.

On aménage dans le Cabinet une chambre des nouvelles, où les membres peuvent consulter les journaux et les revues d'ici et d'ailleurs qui sont conformes à l'esprit catholique. Les conférences du Cabinet qui paraissent dans L'Écho sont aussi diffusées en partie dans les journaux conservateurs montréalais La Minerve, L'Ordre et La Patrie.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal offre un contenu qui s'adresse à trois groupes de lecteurs : les conférences pour les étudiants et les hommes instruits, les fables pour les enfants, et les romans-feuilletons pour les femmes. Les textes littéraires proviennent principalement de France.

Avec le temps, les conférences perdent de leur popularité et la concurrence provenant d'autres publications comme Les Soirées canadiennes, Le Foyer canadien et La Revue canadienne détourne le lectorat de la revue. À partir de janvier 1867, L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal passe tout de même d'un format de publication bimensuel de 20 pages à une publication totalisant mensuellement 80 pages. Sont intégrés à la revue des articles plus longs, provenant principalement de France. On y trouve toujours une chronique des événements locaux et internationaux, couvrant principalement les questions religieuses. Une grande attention est portée aux questions pontificales.

L'Écho du Cabinet de lecture paroissial de Montréal jouit de l'appui du clergé pour sa diffusion locale et nationale dans les maisons d'enseignement et les bibliothèques paroissiales. La revue est tirée à 1300 exemplaires en 1860, puis à 2000 exemplaires pendant les trois années suivantes.

LAJEUNESSE, Marcel, Les sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1982, 278 p.

LEMIRE, Maurice, « Les revues littéraires au Québec comme réseaux d'écrivains et instance de consécration littéraire (1840-1870) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 47, no 4, 1994, p. 521-550.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1859-1875
Contenu spécifique :
jeudi 15 mai 1862
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Annales du Cabinet de lecture paroissial de Montréal
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Références

L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1862-05, Collections de BAnQ.

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SOMMAIRE.-Chronique Je lft Quinzaine.—Chronique Musicale : Musique et Musicien, IV.— Etude Littéraire.— Esquisse# Nationales.—Le père Mathurin, par I’aul Ste-vens.—Union Catholique : Lecture prononcéo ù la première séance publique de l’Union Catholique, dans la salle du Cabinet de Lecture Paroissial, par J.Royal.— Poésie : Les entants nu berceau, par Alphonse I'eynaud.—Un peut de tout.—Variétés.—Musique : Souvenirs de liertliier, par Alfred Mignanlt.—Il faut courir deux lièvres.—Problèmes amusants.Enigmes.—Solutions des problèmes du dernier numéro.—Mots des énigmes précédents.( UU0M(|l ! Mai 18G2.I-o Uev.p.Félix, de la compagnie de Jésus, u continu»'* ses conférences de Notre-Dame de l’aris, an milieu d’une affiucnce fécondité de la doctrine chrétienne.Or, le concours d’un si grand nombre d’auditeurs, la présence des jeunes générations à de tels enseignements, montrent que les esprits se détachent de plus en plus des vaines promesses de la science humaine, et se tournent chaque jour plus empressés et plus confiants vers les ailirmations nettes et précises de la religion et de la foi.Cette année particulièrement la philosophie moderne a été mise en cause, examinée et convaincue de stérilité, et, ce qui est à remarquer, c’est qu’elle garde le silence et qu’à des attaques si précises et si diverses elle ne trouve rien à répondre.Déjà, malgré ses prétentions de libre discussion et de libre examen elle n’avait osé rien opposer aux travaux des illustres conférenciers qui se sont succédés dans la chaire de Notre-Dame.Cependant lorsque le Rév.1*.Lacordaire et M.Bautain, le P.de Ravignan et le P.Félix exposaient les droits de la doctrine catholique, les bienfaits de l’Eglise, les immenses résultat* quelle a conquis au monde, la philosophie moderne pouvait bien sentir les conséquences de toutes ces démonstrations écrasantes pour scs idées et pour ses systèmes, mais confondue par la force des nouveaux apologistes du XIX siècle, étonnée du reveil de l’esprit religieux, désertée si universellement par ces jeunes générations dont elle avait tellement pris à tâche de flatter les idées et les inclinations, elle est restée comme anéantie d’un pareil événement et a semblé attendre des circonstances et des temps plus favorables.Il e;pt vrai qu’elle pouvait prétendre qu’elle n’était pas directement en cause et que la plus grande somme des ellbrts tombaient sur le matérialisme et l’incrédulité des jours déjà écoulés.Mais actuellement elle; est directement attaquée dans ses plus subtiles ressources et dans ses derniers retranchements, et maintenant l’Apologiste de Notre-Dame après avoir refuté, comme ses prédécesseurs, les Athées pratiques triste héritage laissé à nos jours par le siècle précédent, se tourne directement vers l’enseigne, ment moderne, vers les écoles de la philosophie nouvelle, les éclectiques et les rationalistes du XIXe siècle.Nous verrons donc si l’erreur moderne aura cette fois-ci quelque chose à répondre; depuis le commencement du siècle 011 sait qu’elle a changé habilement sa tactique.Au XVlIIe siècle, les ennemis de la religion niaient ouvertement les enseignements de l’K-glise et ses titres à la reconnaissance de l'humanité.Mais depuis M.de Chateaubriand, M.de Fraissynous et M.de Maistre, il a fallu adopter une marche plus cachée et plus subtile.On n’ose plus nier les grandeurs et les œuvres de la religion, on exalte même ses travaux et on la traite avec un respect et une vénération qui uni quelque chose d’aftecté, mais tous ces préliminaires n’ont pas d’autre but que la déclaration formelle que fait la nouvelle école, c’est que le temps de la doctrine catholique est passé, qu’elle a accompli son o uvre et qu’elle ne peut plus répondre aux besoins de l’avenir.Il faut, disent les nouveaux prophètes, une doctrine supérieure à la doctrine religieuse, une ! doctrine à la fois plus éclairée, plus éprouvée et en môme temps plus libérale, s’adaptant à ces nouveaux sentiments d’indépendance qui animent l’ordre social, comme le monde des intelligences.Or, cette doctrine n’est autre que la philosophie, elle a sulli à l’eeuvre avant l’apparition de la foi évangélique et elle a produit des œuvres et des hommes supérieurs à tout ce que nous montrent les siècles de foi, elle a guidé admirablement les peuples civilisés de l’.Antiquité et après avoir abandonné pendant quelques temps à un autre enseignement les peuples enfants de la barbarie, elle les a repris vers la renaissance, les a élevés à un degré supérieur et a produit tout ce qui distingue les temps modernes et les élève au-dessus de ce qui lésa précédés.Le christianisme a fait l’œuvre des siècles écoulés, il est sans nul doute impuissant pour les besoins des siècles nouveaux où tant de DE LECTURE PAROISSIAL.21!» choses sont changées et transformées clans un état meilleur.Voilà donc les modestes assurances du rationalisme moderne, assurances qui se propagent et qui se servent du tout pour faire leur chemin dans le monde.i c j>_ p.Félix a repris toutes ces allégations et les a examinées successivement ; il a montré d’abord tout ce que l’humanité avait gagné môme dans l’ordre intellectuel, à l’apparition de la foi et à l’aide d’une lumière nouvelle s’harmonisant si parfaitement avec les puissance de la raison humaine et étendant le domaine de scs connaissances.Il a exposé ensuite là puissance merveilleuse de cette doctrine sublime, sachant faire tous lus jours des conquêtes nouvelles, mais sachant aussi tarder les anciennes, immuable dans tout ce qu’elle a acquis et sans cesse activé pour aller encore plus loin.Enfin il a montré qu’elle lenfcrmait toutes les conditions qui lui assuraient la conduite des intelligences dans l’avenir, possédant un trésor de vérités incontestables, ayant le don de procurer la certitude et la conviction dans les âmes, sachant dispenser cc qu’eile possède et conquérir les intelligences à l’unité, et ensuite dans une dernière conférence, examinant les écoles de la philosophie moderne, il a montré de la manière la plus évidente que pas une seule d’entre elles, pas plus qu’aucune de leurs devancières, ne remplissait même approximativement aucune de ces conditions.Aucune école philosophique ne prétend posséder la vérité, elle prétend seulement mener à la recherche de la vérité ; aucune ne revendique la certitude, la conviction, elle ii’ollrc que le cloute et la discussion illimitée sur tous les points; aucune ne présente le bienfait de I unité, puisque tout est basé sur le principe de l'indépendance de la raison individuelle, principe de la division à l’infini ; or, comment cette philosophie sans domaine réel, sans critérium sérieux, pourrait-elle accomplir dans l’avenir ce qu’elle n’a jamais accompli une seule lois même sur aucun point de la vérité.Nous venons ce que la philosophie moderne répondra à une attaque si directe, jusqu’à présent elle n’a rien dit, Nous avons donc: été témoins cette année des mêmes résultats que les années précédentes: L’exposition éclatante des fondements de la doctrine catholique, concours universel pour venir assister à ces grandes solennités de la foi et de l’intelligence et en même temps silence complet de la part des adversaires irréconciliables de la foi et de la vérité chrétiennes.Tous les organes de l’opinion publique sont d’accord pour affirmer que le Rév.P.Félix a admirablement parlé et avec la plus grande force contre l’erreur, ils constatent unanimement qu’il s’est vu constamment entouré d’un concours prodigieux, surtout de la part de la jeunesse instruite et intelligente, et enfin pendant les six semaines qu’ont duré ces grandes campagnes de la vérité contre l’erreur, pas une réclamation n’a été entendue, pas un symptôme de défense n’a été même aperçu jusqu’à ce jour.Ces trois faits réunis nous semblent assez significatifs et nous persuadentque l’avenirn’est pas comme on le prétend quelques fois aux libres penseurs, aux inventeurs de Procès Gal-liléc (sans garantie du gouvernement), enfin aux sophistes en général, aux impies et aux incrédules.Nous venons d’apprendre une nouvelle importante pour le Cabinet de Lecture Paroissial.Le gouvernement français a envoyé en présent à cette institution quatre grands ouvrages in-folio qui ont été obtenus par les soins et la recommandation du consul général, M.le baron Gauldrée Boilleau.lo La monographie de la cathédrale de Chartres, 1 in-folio.2o La statistique monumentale de Paris, par M.Albert l.enoir, 2 vol.in-folio de planches.:$o L’ouvrage de M.Vitet sur l’Eglise de Xoyon, avec un Allas in-folio de planches.Depuis quelques années on a entrepris la Monographie des anciens monuments qui couvrent la France et l’Europe et dont un grand nombre ont été dévastés lors des catastrophes qui ont signalé la renaissance et la dernière révolution.El à ces monographies, œuvres immenses de recherches et d’érudition, on a appliqué tous les progrès de l’imprimerie et en particulier les ressources si précieuses de la litochiomie.Beaucoup d’ouvrages ont paru sur les principaux monuments d'Espagne, d’Italie, d’Allemagne, de France et d’Angleterre. 220 H (Mro PU CABINEjT Mais parmi ces ouvrages qui forment une collection de près d’une centaine de volumes in-folio, peu ont été exécutés avec le soin et la richesse que l’on trouve dans les ouvrages que le gouvernement vient d’envoyer et qui ne sont pas du reste les seuls exemplaires existant en Canada, car on les avait déjà à la bibliothèque du Parlement et à la bibliothèque de M.le Surintendant de l’instruction publique.Ces travaux ne sont pas seulement utiles aux artistes, architectes, peintres et décorateurs, ils sont de plus indispensables aux archéologues et aux historiens, car on ne peut bien connaître une nation qu’en ayant sous les yeux et en pouvant étudier ses ouvrages et ses monuments.La monographie de la cathédrale de Chartres donne les spécimens les plus remarquables de l’art de nos pères et de leurs modes de cons-struction.On y trouve les plans par terre, la coupe longitudinale et les principales façades de l’édifice, des détails d’appareils, de substrnetion, de toiture, de sculpture et de peinture sur verre.Cet Atlas a coûté plus de dix années de travail à deux architectes éminents, M.Lassus et M.\ iollet Leduc.Le texte est encore en préparation et paraîtra plus tard.La statistique monumentale de Paris, qui renferme plusieurs centaines de planches in-folio, présente une histoire suivie de l’architecture depuis les monuments romains jusqu’aux édifices du siècle de Louis XIV.Elle peut très utilement servir d’Atlas explicatif aux grandes histoires de la ville de parj9 parmi lesquelles celles de M.de St.Victor, (10 vol.in-8o) tient le premier rang.Enfin la monographie de l’église de Noyon accompagnée du texte ,1e M.Vitet, renferme’ toutes les questions que présente l’histoire de l’architecture, ci répond aux différentes objections proposées par les architectes Voltairiens du XVlIIe siècle, contre la belle architecture religieuse du moyen-àgc.M.Vitet examine avec soi,, principalement un ouvrage sur l’arehiteelure q„j a un assoz grand retentissement ,1 y a une trentaine d’années, l’ouvrage de M.Quatre,r,ère de q„jn(.v.L’auteur de la monographie de |„ cathédrale de Noyon montre la fausseté de l’érudition de Qnalrcmèrp, lf‘s préventions q„j dépar,,nt presqu’à chaque page cet immense travail et la vanité et le peu de valeur des difficultés qu’il propose contre l’art religieux, art qu’il connaissait à peine, qu’il ne comprenait pas et qu’il n’avait jamais sérieusement étudié.El d’ailleurs, comment juger un pareil art, lorsqu’on a le malheur de n’avoir pas la foi qui l’a inspiré, ni la plus simple connaissance des croyances qui l’ont enfanté ?Nous savons de quels nombreux et importants ouvrages est déjà enrichie la bibliothèque du Cabinet de Lecture et quelles ressources elle offre à la jeunesse sérieuse et lettrée de notre ville, ces nouveaux ouvrages commencent une collection qui sera de la plus grande utilité.Nous avons donc de nouveaux sujets de louange et de remercimenls à adresser à .M.le Baron Gauldrér lïoilleau ; la distinction et la noblesse de son caractère lui ont attiré l’estime universelle de ce pays; et en particulier les encouragements qu’il a donnés plus d’une fois à nos institutions littéraires rappelleront toujours le goût éclairé de celui qui est l’une des gloires de l’administration française, et l’un des y essayistes les plus distingués des grandes revues de Paris.MtSIQl’K KT MI SK IKNS.IV.Qu’est-ce qu’un musicien : L’éducation première qui est donnée à l'enfant qui se destine à la carrière musicale reçoit dans chaque pays, l’Italie, l’Allemagne et la France, une direction différente.Nous avons parlé du musicien de l’Ecole Française, transportons-nous en Italie, non pour y admirer son beau ciel ni scs antiques monuments, niais seulement pour y étudier le sujet qui nous occupe.Rome, Naples, Florence, Milan, Bologne, Venise, chacune de ces villes présente un type et un caractère différents (pii reflètent un sentiment musical analogue à la physionomie de chaque province.Ainsi, les habitants, Bolo-lonais (Bologne) se distinguent par la précocité de leur intelligence.Ce n’est pas qu'ils aiment beaucoup l’étude; mais les dispositions naturelles dont ils sont il' ués leur facilitent le travail et les rendent habiles à s’instruire.Kn général, l’Italien écrit bien sa langue, la .parle avec aisance et s’exprime avec esprit et originalité.Bref, l’éducation du musicien en Italie est généralement bonne parccqu’on lui apprend d’abord à parler correctement sa langue et ensuite parce qu’on l’exerce à savoir l’écrire avec ele- I)E LECTURE ¦’anee.On considère que les langues mortes sont parfaitement inutiles au musicien et on préfère compléter son instruction première dans sa langue, sauf à lui donner plus tard une éducation plus étendue s’il en a le temps ou le goût.Comme type du musicien en Italie, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire quelques particularités sur Rossini que la Bologne se glorifie d’avoir vu naître.Nous empruntons cet article à la plume de M.Adrien De la Fage qui entretient aussi le lecteur du célèbre Bellini.li Pour celui qui connaît l’Italie, qui aime et chérit ce beau pays et ses habitants, pour celui qui a séjourné plusieurs années dans les principales villes de la Péninsule, et qui compte ces années parmi les plus heureuses de sa vie, il est pénible d’avouer (pie l’art musical y est évidemment dans un état de décadence sur lequel on chercherait vainement à se faire illusion.Plusieurs Italiens ont bravé l’opinion vulgaire pour se plaindre de cette tendance malheureuse, et, quel que fût le poids de leur opinion, ils n’ont point été écoutés ; nous voudrions pouvoir n’être pas de leur avis, nous voudrions pouvoir présenter de préférence à nos lecteurs les parties de l’art dans lequel l’Italie n’a pas encore perdu sa supériorité, nous voudrions expliquer, à l’avantage des individus et à la charge des circonstances, tout ce qui nous choque dans les comparaisons que nos lectures, nos voyages, notre expérience nous ont mis à même de faire; mais un ouvrage tel que le notre ne supporterait pas un plaidoyer, nous devons avant tout la vérité à nos lecteurs, et eu tout cas nous croyons qu’il n’y a que de l’avantage à la dire, même lorsqu’elle ne plaît pas à tout le monde.“ Il était réservé à Joachim Kossini, né à IV-saro, le '29 février 11!).’, d’accomplir cette révolution musico-dramatique et d’étonner le monde par son génie cl l’impulsion audacieuse qu’il devait donner à son art ; son père jouait de la trompette dans les petites villes, et sa mère était une cantatrice obscure ; il ne commença l’étude -cent Hellini, terminait ses éludes an Conservatoire de Naples.II fit d’abord exécuter et publi*1 quelques compositions de peu d’importance ; le succès de ses premières productions attira l’attention de ses compatriotes, dont il était fort aimé, et il obtint pour première faveur d’écrire un opéra pour le théâtre de Sau-Curlo, sans avoir précédemment rien donné à la scène, si ce n’est un petit opéra joué par les élèves du conservatoire sur le théâtre de l’établissement.Le succès qu’obtint Bianai il (lamantin à N'a-pies valut au compositeur un engagement pour le grand théâtre de Milan, où lu Pirata obtint un succès prodigieux.La titrant ara, I Cnpuleti etl i Montechi, la Somnauibultt, enfin lu Nnrma, reçurent de vils applaudissements sur les premiers théâtres de l’Italie; Zaïre la hrayiatin de déballasse! le lin de son écorce.“ Rteu de gai, rien de poétique a'ors comme d'entendre le bruit sec et (éclatant des braijea qui happent, se relèvent et retombent en cadence au milieu des cris jet des joyeux éclats de nro des elilans qui folâtrent sous I la colonnade du bocage.Il y a dans ce tableau une simplicité, une couleur locale qui nous transporte naturellement à un de ces jours du passé ou nous avons tous as'isté a la nu'inc scène, partagé le* mêmes joies, goûté h * mêmes plaisir'.Pour ma part, je ne me rappelle pas avoir jamais vu le broyage du lin ; mais autrefois, j’ai été témoin du broyage du chanvre ; c’est à peu près la même chose.C’est a la lin de septembre, quand le* nuits sont devenues un peu fraîche*, qu’a la pâle clarté de lt lune on commence à broyer.Le chanvie arrivé à point a été d’abord suln-amin nt trempé dan' le* eaux courantes et à demi séché sur la grève : on l'a rapporté dans la cour depuis plusieurs jours.On le place ensuite par petites gerbes, qui avec Itur* tige* écartées du bas et leurs .il têtes liées eu houle, lessemblent déjà passablement le 'oir à un s lut de petits fantômes blancs, plantés Mir leurs jambis grêles cl dansant sans bruit le long dis granges.t ' y ¦ r Dans la journée, le chanvre a été eh au (le au lour; on l’en letire à la brune pour le broyer tout chaud.L’instrument dont on se sert est le même que celui qui ! «cri au broyage du lin.("est une sorte de chevalet ! surmonté d'un levier de boi* qui, retombant surdes rai-mire«, hache la plante «an» la Couper.< 'n entend alors dans la nuit, au milieu de la campagne endormie, ce bruit ec et saccadé de trois coups frappés rapidement.I u|!> un silence se fait ; c’est le mouvement du bras qui retire la poignée de chanvre pour la broyer sur une autre DE LECTURE PAROISSIAL, 231 partie de *a longueur.Et les trois coups recommencent ; c’est l'autre bras qui agit sur le levier ; et toujours iiinsi jusque lard dans la soirée, souvent mêmejusqu’à ce qiiela lune soit voilée par les premières lueurs de l’aube.Comme ce travail ne dure que quelque jours dans l’année, les chiens de la ferme ne s’y habituent pas, et hurlent de» aboiements plaintifs auxquels d'autre* hurlements répondent de tous les coins de l’horizon.C’est aussi le temps t1 s bruits insolites cl mystérieux il us la campagne : les grues émigrantes passent dans des régions où en plein jour, l'œil les distingue à pi inc, la nuit on les entend seulement, et ces voix rauques, gémissantes perdues dans les nuages, mêlées aux croassements des cor-m illes qui font noce dans le bois voi-in, semblent l’apprl et l'adieu d'âmes tourmentées qui s’efforcent de trouver le chemin du ciel et qu’une invisible fatalité condamne à planer non loin de la terre, autour de leurs demeure-premières.Dans la nuit sonore, on entend ces clameurs sinistres tournoyer parfois assez longtemps audessus des maisons; puis, tout à coup, un sourd beuglement part de l'étable voisine et fuit à cet étrange concert une basse elïrajante, et comme on ne peut l ien voir, on ressent malgré soi une sorte de crainte et de malaise sympathique jusqu’à ce qt.e ers voix sanglotantes se soient perdues dans l'immensité.Il y a encore d’autres bruits qui sont propres à ce moment de l'année et qui sc passent principalement dans les vergers.Souvent la cueille des fruits n’est pas encore faite et mille crépitations inusitées font ressembler les arbres à des êtres animés.I ne branche grince en se courbant sous un poids armé lont à coup à son dernier degré de développement ; ou bien une pomme se détache et tombe derrière la clôture avec un son mat sur l'herbe humide.Alors, vous entendez fuir, eu frôlant les branches et les êtres un être que vous ne voyez pas : rassurez-vous, c’est le chien de la fi rme, ce rôdeur curieux, inquiet, à la fois aboyeur, insolent et poltron, qui se Ji-se partout, qui ne dort jamais, qui cherche toujours on ne sait quoi, qui vous épie, caché dans les broussailles et prend la fuite au bruit de la pomme tombée, croyant que vous lui lancez une pierre.C'est durant ces nuits-là, nuits voilées et grisâtres que les broyeusus se racontent ces étranges aventures de fulcts, d'âmes en peine, de loups-garous, de sabat au coin du bois voisin et d’étrange» lumières qui hantent les tombes du cimetière.J'ai pas.sé ainsi les premières heures de la nuit autour des broyés en mouvement dont la percussion impitoyable,rompant le récit de la broyeu-e a l'endroit le plus terrible nous laissait passer lin frisson glacé dans les veines.Et souvent aussi la fermière continuait à parler en bruyant; it il y avait quatre à cinq mois perdus, mots elfrayan's sans doute que nous ii osions pas lui faire répéter et dont l'omission ajoutait au mystère [dus affreux aux mvsières déjà si sombres de 'on histoire.C est en vain que les gens de la ferme avertissaient les tremblants écoliers qu’il était bien tard pour rester dehors, et que l’heuie de dormir était depuis longtemps sonnée pour nous: eux-mêmes mouraient d’envie d'éeou-ler encore, et avec quelle terreur ensuite nous traversions la grande cour, le chemin et l’allée du parterre sombre pour retourner à la maison.Comme le porche de l’Eglise, à droite, nous paraissait profond et tout grouillant de personnages noirs et grimaçant des grimace' affreuses avec des yeux flamboyants! Comme l'ombre des vieux ormes nous semblait épaisse et noire ! Quant au cimetière ; on 110 le voyait point : on se fermait les yeux pour ne pas regarder de ce cûlé.(1) La nairalion de Al.l’abbé Casgrain .s’anime quelque fois d’une vivacité qui donne beaucoup de perfection à certaines paities des Légendes: témoin, le passage suivant : “ Voyez-vous, là-bas, sur le versant de ce coteau, cette jolie maison qui se dessine, blanche et proprette, avec .-a grange couverte de chaume, sur la verdure tendre et chatoyante tic cette bulle érablière.“ C’est une maison canadienne.“ Du haut ,1e son piédestal de gazon, elle sourit an grand fleuve dont la vague, où frémit sa tremblante image, vient expirer à ses pieds.“ Car l’heureiix propriétaire de cette demeure aime son beau grand fleuve et il a soin d; s’établir sur ses bords.“ Si quelquefois la triste nécessité l'oblige à s'en éloigner, il s’en ennuie et il a toujours hâte d’y revenir.Car c'est pour lui un besoin d’écouter sa grande voix, de contempler ses îles boisées et ses rives lointaines, de care.'.ser de son regaul ses eaux tantôt calmes et unies, tantôt terribles et écornantes.L’étranger qui, ne connaissant pas l’habitant de no* campagnes, croirait pouvoir l’assimiler au paysan de la vieille France, son ancêtre, se méprendrait étrangement.“ Plus éclairé et suitout plus religieux, il est loin de partager son état précaire.“ Mu comparaison de celui-ci, c’est 1111 véritable petit prince parfaitement indépendant sur ses soixante 011 quatre vingts arpents de terre, entourés d’une clôture île cé.lre, et qui lui fournissent tout ce qui lui e.-t nécessaire pour vivre dans une honnête aisance.“ Voulez-vous maintenant jeter un coup d’iril sous ce toit dont l’aspect extérieur est si riant ?“ Je vais essayer de vous en peindre le tableau, tel que je l’ai vu maintes fois.“ D'abord, eu entrant dans !e tambour deux sceaux, pleins d’eaux fraîche, sur 1111 banc de bois, et une tasse de terblanc, accrochée à la cloison, vous invitent à vous désaltérer. bon drame: l’intérêt toujours croissant, l’unité des partie-essentielles le naturel des personnages me semblent s’y trouver dans une assez j'is'e mesure.Il \ a là le germe fécond d'une épopée.Que dirai-je du plus sur l.i forme du livre de M.l’abbü Casgrain ?On croiia peut-être que pour une critique, je me suis trop attaché aux beautés incontestables, aux ressources de style que décèle le talent de M.Casgrain, et que je n en ai pa* assez lemarqué le- j i t< s (le goût qui peuvent s’y trouver, Ce n’est i< i ni l’à-propos, ni le lieu, cl ce n’est pas à moi qu’apnarlicnt,cette tâche de désigner a ceux que j ¦ regarda comme mes chefs «t mes ainés les endroits faibles de leur écrits.Ces faiblesses, je nu les ai pas vues devant la noble et patriotique pensée qui a inspiré la phrase poétique de M.l’abbé Casgrain.Péj», son joli travail a fait éclore une intéressante revue dont le but est de continuer une œuvre si bien commencée et de la rendre permanente et durable.Leur but, à tous ces hommes distingués par le cœur et l'esprit, est de sons-traire nos dél cieuses et émouvantes légendes à un oubli dont elles sont plus que jamais menacées, de perpétuer ainsi les souvenirs conservés dans la mémoire de nus vieux narrateurs, et de vulgariser la connaissance de certains épisodes peu connus île l’histoire de notre pays, “ La légende, dil l’abbé Casgrain, c’est le mirage du passé dans le tlot impressionnable de l'imagination populaire ; les grandes ombres de l’histoire n’apparaissent dans toute leur richesse qu’ainsi répercutées dans la naïve mémoire du peuple.” Dans ces simples récits de la veillée que se transmet la famille du père en lils, un peu brodés par l'imagination, un peu embellis par l’amour du merveilleux des couleurs, il y a un fonds de vrai, il y a quelquefois toute un épisode historique, toute une peinture des temps passés d’un prix infini pour l'histoire.Le caractère de l’époque où les légendes se passent, s’y rollète avec une vérité sans déguisement : le plus souvent, c’est un Irait des mœurs ou de la situation du temps qui a frappé “ l’imagination populaire si naïve et si impressionnable.” C’est ainsi que les légendes canadiennes sont tragiques comme l’existence des premiers colons et des premiers martyrs du pays.l)’unc part, la férocité du ! sauvage ; de l’autre les miracles de la Foi, le dévouement des missionnaires, et puis les profonds mystères des im-I inenses solitudes du nouveau-monde, les voix puissantes [ de toute cette nature vierge, ces forêts infinies, pleines ; de mystères et d’ennemis invisibles, ces fleuves géants ! dans toute leur native majesté avaient bien de quoi frapper l’imagination de nos pères.Il n’y a donc lien d’é-ionnant d.ins les scènes si remuantes de férocité, île | courage, d’intrépidité et de conviction religieuse qui font le caractère de nos légendes.La plupart ont ! germé sur le bord des gouffres, sur la crête des précipices, au fond des cataractes, sur la lisière des grands bois ; c’est bien là qu’on a vu une dernière fois un i ère.un parent, un ami ; c’est là qu’on a vu une dernière lutte, une suprême agonie, puis tout a disparu.Est-ce que des voix de trépassés ne viennent pas se mêler aux voix mugissantes de la cascade, aux sourds bruissements qui sortent delà forêt, aux noirs échos du gouffre oii s’entonne la tempête ! l it les soirs d’été, derrière la blanche écume qui s’élève du flot bouillonnant tt en colère n’a-t-on pas vu se renouveler des combats, se peindre des auréoles, sc dessiner des fées gigantesques1 lie sentiment de la nature, l’apreté de la terre vierge, une foi digne des catacombes anime et colore d une teinte particulière les légendes qui nous sont propres.Car, eu abandonnant la mère-patrie, nos aïeux n ont pas laissé derrière eux le merveilleux qui avait charmé leur enfance, les légendes du foyer domestique ils les ont emportées avec eux, et celles-là lions les possédons en commun avec les vieux pays d’où nous sortons.Llles empruntent à la vie des champs, à cette vie câline et rustique de nos père*, leur pittoresque et leur ingénuité.C’est, par exemple, cette légende qui vent qu’à Noël, a minuit, les bêtes de l'étable jouissent réellement de la paro'e et causent i ntr’elles comme de bons et lionnêtfs bourgeois.I n paysan, laconte-on, qui voulait sassuier de la véracité de cette croyance populaire, entra a11 milieu de rotte nuit xolennrlle, dans soit fiable : I)E LECTURE PAROISSIAL.bœufs broyaient tranquillement le foin placé dans leur iatelier.Cn instant après l’nn d’eux dit à son voisin; — Nous allons avoir encore, celle semaine, un rude travail- Comment donc ?répliqua I autre ; toutes les recolles sont finies, et nous avons charrié les provisions de bois pour l’hiver.Oui, mais nous serons obligés de conduire un cercueil au eimetère, car nolrt maître mourra ci tic semaine.A ces mots, le paysan épouvanté jeta un cri et tomba évanoui.Epouvantés à leur tour par celte clameur, les "ï'iis tle la maison accoururent près de lui, le relèvmt et le couchèrent dans son lit.Le lendemain, il racon-!.,u à sa famille ce qu'il avait entendu, et, quolquesjours après, un clmrriot attelé de deux bœufs le transportait au cimetière.Kl |a légende des lutins, ces petits faunes de 1ère chrétienne, qui sont une bonne fortune pour l’habitant honnête et attentif qui les héberge cl les respecte.Ce sont eux qui tressent si artistiquement la crinière des chevaux, qui mènent les troupeaux dans îles paturâgrs inconnus ou ils les font engraisser à vue d’œil, qui aident à fendre le bois, qui relèvent les clôtures tombées: que sais-je, moi ?Ces ont de pet is valets de ferme, propres, actif, toujours pièts, toujours silencieux, et n’exi-geant que peu de chose pour leur salaire : une écuelle toujours pleine de lait frais avec une cuiller toujours propre sur une tablette de la laiterie, c’est la tout ce qu’il leur faut.Mais, malheur si 011 les oublie! Leur petite haine est grosse du dangers.Il suffit qu’un seul monte dans votre voiture pour faire suer le cheval, crier les essieux et morfondre le plus bel animal.Ou bien, il nouera si bien les crins de vos bêtes que jamais âme qui vive n’a pu les débrouiller : ou bien encore, c’est le foin (le la grange qui disparaitra avec la crème du lait : et ils ne se gêneront pas de rire de vous avec, leur petite voix stridente et moqueuse, si vous voua mettez en colère.Essayez donc de les châtier ! Le livre de M.l’abbé Casgrain ne nous parle pas de ces naïves histoires : tout sun amour est pour les légendes qui sont nées et se sont épanouies sur le sol et dans les temps héroïques de la Xouvelle-France.Est-ce que ce n’est pas un grand enseignement pour notre époque de matérialisme que le spectacle de ces âge* légendaires, ou la foi apparait couronnée de la double auréole du martyre et de l’abnégation ! Ces dévouements de nos aïeux à la France, ces ardeurs de tout bravi r pour agrandir le territoire et la splendeur de la patrie, n'est-ce pas une belle et utile leçon pour nous qui sommes portes à croire si souvent que le patriotisme se pai * de phrases et que la liberté est possible s uis sacrifices ! Les Légendes Canadiennes sont une nouvelle preuve •pie la jeune nation à laquelle nous nous lésons tous une gloire d’appartenii, a eu son berceau dans l’héroïsme du sentiment religieux, et qu’un Canadien ne peut renier sa loi sans commettre un crime contre nature.que dis-je î—renier la foi de ses pères, c’est trop dire : liis de martyrs, il n'est pas inème permis aux Canadiens d cire tièdes dans la voie tracée par leurs aïeux.l'elle est l’impression salutaire et élevée que reçoit I ànie de la lecti re des Légendes, et cela, sans qu’on » ni aperçoive, tant esi naturel ce lésu tat ! * elle inllucnce serait la seue qu’exercerait ce bon livre que l’auteur se verrait amplement rétribué de ses eftorts, car pour un écrivain catholique il n’y a que les bonnes causes qui lui mettent la plume aux doigts.Et quand il peut se flatter que son travail a été béni, c’est-à-dire que son talent lui a ouvert les portes de la popularité, quand cet écrivain surtout est un prêtre, quelle récompense pour lui vaut celle-là 1 Au point de vue littéraire, le livre des Légendes est un essai remarquable pour un pays comme le nôtre : le talent qui en a inspiié la forme et les détails lui assure une influence indéniable.On me permettra de rattacher ici, comme incident et comme digression, quelques idées sur le caractère que doit avoir la littérature canadienne pour être originale, pour exhaler, suivant la jolie expression de M.J.C.Taché, la senteur du terroir laurentien.L’abbé Casgrain a si bien réussi dans plusieurs parties de son livre, à reproduire ces scènes pittoresques de la vie canadienne que son exemple aura des imitateurs.Or, le goût doit être le premier maître en ces matières et commander en roi absolu.Ces icproduclions des mœurs de notre pays doivent-elles être faites sans discernement, sans choix, à l’instar des coryphées du genre réaliste?Est-ce, par exemple, en pavant le style d’expressions vulgaires, de mots populaires qu’on donnera à notre littérature une physionomie propre ?Ce moyen au contraire me semble du plus mauvais goût, et je m’appuie ici sur les meilleurs auteurs classiques.Le beau langage distingue la littérature, comme l'homme de bon ton : elle doit se distinguer du parler vulgaire par un choix de mots toujours nobles, par des idées simples, mais élevées : il faut laisser aux gens du peuple à la familiarité, au besoin de dire vite, ses tours communs et sa technicologie.Dans les images que l’ima gination fournit à la pensée, le goût des anciens, la tradition classique conseille le discernement ; elle recommande d’éviter les détails dépoétisés par le vulgaire et de prendre le côté noble, délicat, relevé du tableau.On a vu, il y a quelques années, une révolution contraire s'opérer en Europe, dans le monde des arts et de la littérature.Les grandes traditions du passé ont été secouées comme un trop vieux manteau: la sculpture s’est mise à déshabiller ses statues, la peinture à tout peindre et ks livres sont devenus les registres fidèles de l’argot des basses classes.Bref, le beau, l'idéal, cette sainte vérité de l’intelligence, est devenu le laid, le réel absolu.Celte idôlatrie de la forme n’était que le résultat du matérialisme qui passait du monde extérieur des faits dans le domaine de l’esprit.Et telle a été son influt ncr sur les Beaux-Arts de ce siècle, qu'elle a marqué son empreinte d'une façon indélebüe jusque sur les rares écrivains qui ont essayé d y échapper.i.a grammaire n’a |>as trouvé grâce pas plus que les règles des vieux maîtres sur la poésie et le style: 011 sait quelles extravagances littéraires, l’horreur de I hemisti-elie.le mépris du bon vers, le dédain du point et de la virgule, l’amour des pages blanclr s et de I alinéa, ont produit chez tant d’auteurs de talent, et même de génie ! Quelque singulière que paraisse au premier abord la prétention de créer ici une littérature nationale, c’est-à-dire nue littérature française, se distinguant des modèles que nous rectvons de l'rance tous les jouis, il ne tant pas cependant que celle prétention nous conduise au mauvais goût, l’imitation de ce qu'il 1 a de mauvais dans les divers écoles françaises.( "est bien assez que I Lu- 231 È CII0 I)ü CABINET rope nous envoie ses vieilles modes sans que de plein gré nous allions nous affubler de ses friperies littéraires.D’après tous les maîtres dans l'ai t de penser et de bien dire, il y a deux sources où tous les écrivains indistinctement sont appelés à puiser leur idéal, à étudier le beau littéraire : ces deux principes sont l'étude de la nature et l’étude des modèles;en d’autres termes, l’imitation des œuvres de Dieu et l’imitation des grands génies.La perfection littéraire n'existe qu’à ces deux conditions.Or, l’étude de la nature doit-elle s’entendre à la façon réaliste, c'est-à-dir-1, à tout prendre indistinctement dans la nature, et à fane consister le beau dans la fidélité scrupuleuse de la copie brute, dans la traduction servile du parler grossier de héros vulgaires?.le termine.Il y a dans le livre de M.l’Abé Casgram un travail intellectuel, une pensée de retour vers les choses de l’esprit, qui me parait un principe fécond d'heureuses conséquences.Le travail, qui dira tout ce que renferme ce simple mot que le créateur prononça comme une peine terrible contre Adam le prévaricateur ! Il esl synomme de douleur, lahor ; il veut encore dire le succès: lalor omnia vincit ; il exprime souvent une idée de lutte, de combat contre la matière.Et cependant, combien peu travaillent réellement! car, il y a (leux espèces de travaux, l’un qui exprime une idée commune, générale, comme lorsqu’on dit le travail d’un ouvrier, les efforts laborieux du manœuvre, s’enrichir, ou pour paraître riche; l’autre qui réveille un ordre d’idées beaucoup plus nobles, c’est le travail de l’intelligence pour qui la langue a fait un mot exprès .-l'Etude.Et c’est en ce sens qu’il faut dire : combien peu travaillent ! Environnés comme nous le sommes par des peuples qui font l’occupation de leur vie sociale de s’enrichir, de se donner les aises et le comfort, nous croyons trop que les années du collège terminées, nous devons nous au-si nous mêler aux luttes contre la matière pour lui faire suer l'or : 011 travaille beaucoup de toutes parts à se donner les jouissances matérielles, 011 vient vite à croire que le travail de l'intelligence est inutile et même dangereux pour devenir riches.Cette activité matérielle du siècle nous fait connnîtie de suite a fond ses tristes tendances, son mal chronique.I
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